Syndrome post-COVID-19 : symptômes et impacts
Syndrome post-COVID-19 : symptômes et impacts
ScienceDirect
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REVUE GÉNÉRALE
Syndrome post-COVID-19夽
Post-COVID-19 syndrome
a
Université Paris-Saclay, AP—HP, service de pneumologie et soins intensifs respiratoires, hôpital de
Bicêtre, DMU 5 Thorinno, Inserm UMR S999, Le Kremlin-Bicêtre, France
b
Université Paris-Saclay, AP—HP, service de médecine interne et immunologie clinique, hôpital de Bicêtre,
DMU 7 endocrinologie-immunités-inflammations-cancer-urgences, Le Kremlin-Bicêtre, France
c
Université Paris-Saclay, AP—HP, service de radiologie diagnostique et interventionnelle, Hôpital de
Bicêtre, DMU 14 Smart Imaging, BioMaps, Le Kremlin-Bicêtre, France
d
Université Paris-Saclay, AP—HP, service de psychiatrie, hôpital de Bicêtre, DMU 11 psychiatrie, santé
mentale, addictologie et nutrition, équipe MOODS, Inserm U1178, centre de recherche en épidémiologie et
santé des populations (CESP), Le Kremlin-Bicêtre, France
e
Université de Poitiers, CHU de Poitiers, service de pneumologie, Inserm CIC 1402 Axe Is-ALIVE, Poitiers,
France
f
Université Paris-Saclay, AP—HP, service de médecine intensive-réanimation, hôpital de Bicêtre, DMU 4
CORREVE maladies du cœur et des vaisseaux, Inserm UMR S999, FHU Sepsis, CARMAS, 78, rue du
Général-Leclerc, 94270 Le Kremlin-Bicêtre, France
g
Université Paris-Saclay, AP—HP, centre de recherche clinique Paris-Saclay, DMU 13 santé publique,
information médicale, appui à la recherche clinique, Inserm U1018, centre de recherche en épidémiologie
et santé des populations (CESP), Le Kremlin-Bicêtre, France
h
Université Paris-Saclay, AP—HP, service d’ORL et de chirurgie cervico-faciale, DMU 9 neurosciences,
Inserm, U955, E13, CNRS ERL7000, Le Kremlin-Bicêtre, France
i
Université Paris-Saclay, AP—HP, service d’anesthésie-réanimation et médecine péri-opératoire, Hôpital de
Bicêtre, DMU 12 anesthésie, réanimation, douleur, Le Kremlin-Bicêtre, France
j
Université Paris-Saclay, AP—HP, service de réanimation chirurgicale, hôpital de Bicêtre, DMU 12
anesthésie, réanimation, douleur, Le Kremlin-Bicêtre, France
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0001-4079/© 2023 Publié par Elsevier Masson SAS au nom de l’Académie nationale de médecine.
Bull Acad Natl Med 207 (2023) 812—820
Résumé Dans les suites de l’infection aiguë par le severe acute respiratory syndrome Coro-
MOTS CLÉS navirus 2 (SARS-CoV-2), de très nombreux symptômes persistent ou apparaissent, constituant
Infections à un véritable syndrome appelé « COVID-19 long » ou « syndrome post-COVID-19 » ou « syndrome
coronavirus ; de COVID-19 post-aigu ». Son incidence est très élevée, la moitié des patients présentant au
Virus du SRAS ; moins un symptôme à 4—6 mois après le Coronarovirus infectious disease 2019 (COVID-19).
Effets indésirables à Ils peuvent toucher de très nombreux organes. Le symptôme le plus fréquent est une fatigue
long terme ; persistante, semblable à celle rencontrée après d’autres infections virales. Les séquelles pul-
Anxiété ; monaires radiologiques sont relativement rares et peu étendues. En revanche, les symptômes
Dépression ; respiratoires fonctionnels, en premier lieu la dyspnée, sont beaucoup plus fréquents. La res-
Dyspnée ; piration dysfonctionnelle est une cause de dyspnée non négligeable. Des troubles cognitifs
Fibrose pulmonaire et des symptômes psychiques sont aussi très fréquents, les symptômes anxieux, dépressifs et
de stress post-traumatique étant largement décrits. Les séquelles cardiaques, endocriniennes,
cutanées, digestives ou rénales sont en revanche plus rares. Les symptômes vont globalement en
s’améliorant au terme de plusieurs mois, même si leur prévalence à deux ans reste non négli-
geable. La plupart des symptômes sont favorisés par la gravité de la maladie initiale, et les
symptômes psychiques par le sexe féminin. La physiopathologie de la plupart des symptômes
est mal connue. L’influence des traitements utilisés à la phase aiguë l’est aussi. La vaccina-
tion semble en revanche réduire leur incidence. Le nombre total de patients touchés fait du
syndrome de COVID-19 long un défi pour la santé publique.
© 2023 Publié par Elsevier Masson SAS au nom de l’Académie nationale de médecine.
Summary In the aftermath of acute infection with the severe acute respiratory syndrome
KEYWORDS Coronavirus 2 (SARS-CoV-2), a large number of symptoms persist or appear, constituting a real
Coronavirus syndrome called ‘‘long COVID-19’’ or ‘‘post-COVID- 19’’ or ‘‘post-acute COVID-19 syndrome’’.
infections; Its incidence is very high, half of patients showing at least one symptom at 4—6 months after
SARS virus; Coronarovirus infectious disease 2019 (COVID-19). They can affect many organs. The most com-
Long-term adverse mon symptom is persistent fatigue, similar to that seen after other viral infections. Radiological
effects; pulmonary sequelae are relatively rare and not extensive. On the other hand, functional res-
Anxiety; piratory symptoms, primarily dyspnoea, are much more frequent. Dysfunctional breathing is
Depression; a significant cause of dyspnoea. Cognitive disorders and psychological symptoms are also very
Dyspnea; common, with anxiety, depression and post-traumatic stress symptoms being widely described.
Pulmonary fibrosis On the other hand, cardiac, endocrine, cutaneous, digestive or renal sequelae are rarer. The
symptoms generally improve after several months, even if their prevalence at two years remains
significant. Most of the symptoms are favored by the severity of the initial illness, and the psy-
chic symptoms by the female sex. The pathophysiology of most symptoms is poorly understood.
The influence of the treatments used in the acute phase is also important. Vaccination, on the
other hand, seems to reduce their incidence. The sheer number of affected patients makes
long-term COVID-19 syndrome a public health challenge.
© 2023 Published by Elsevier Masson SAS on behalf of l’Académie nationale de médecine.
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D. Montani, L. Savale, N. Noel et al.
Quels bilans faut-il effectuer chez ces patients et comment supplémentaires de présenter un syndrome de post-COVID-
les prendre en charge ? Ce sont les questions auxquelles, en 19 (autodéclaré) que ceux infectés ultérieurement [8]. Il
se fondant sur la littérature existante, cette revue synthé- est frappant de constater que l’incidence maximale du
tique tente de répondre. COVID-19 initial chez les personnes atteintes d’un syndrome
Pour ce faire, nous avons effectué une recherche dans post-COVID-19 autodéclaré s’est agrégée autour de la date
les bases de données PubMed et Embase, en introduisant les du discours présidentiel annonçant le confinement en France
termes « long COVID », « post-COVID syndrome » et « post- (16 mars 2020) [8].
acute COVID-19 », « COVID-19 or SARS-CoV-2 and sequelae ».
Nous avons aussi utilisé les résultats de l’étude COMEBAC (cf. Système respiratoire
ci-dessous) [3].
Séquelles radiologiques
Incidence globale et facteurs de risque
généraux En dépit de la sévérité des lésions pulmonaires observées
à la phase aiguë dans les formes graves de la maladie, les
Les études sur la prévalence des symptômes sont séquelles tissulaires chez les survivants sont rares et rela-
aujourd’hui très nombreuses. Cependant, elles ont toutes tivement peu sévères. Dans la cohorte COMEBAC, 19 % des
des limites importantes. Les études de cohorte prospectives patients présentaient des lésions fibreuses, mais peu éten-
ont pu attirer des patients symptomatiques recherchant un dues touchant moins de 25 % du volume pulmonaire dans
diagnostic et une prise en charge, augmentant de facto 97 % des cas [3]. Une vaste méta-analyse rapporte une inci-
l’incidence des symptômes. Les incidences rapportées dans dence de 32 % entre 6 et 12 mois [9]. Ces lésions fibreuses
ces études sont grandement influencées par le terme auquel étaient favorisées par la gravité de l’infection initiale [10] ;
l’évaluation a été menée, par la définition des symptômes dans la cohorte COMEBAC, leur incidence était trois fois plus
utilisée, et la méthode de recueil (autodéclaration vs. élevée chez les patients intubés à la phase aiguë que chez
recherche systématique). De plus, la présence ou l’absence les autres [3].
de vaccination et la souche de virus induisent aussi une Les opacités en verre dépoli sont les lésions radiolo-
disparité importante entre les populations considérées. Les giques élémentaires du COVID-19 aigu, et leur persistance
méta-analyses effectuées sur ces études souffrent dès lors signe probablement une inflammation parenchymateuse
d’une grande hétérogénéité. Les études rétrospectives des résiduelle. Dans la méta-analyse citée ci-dessus, elles
grandes bases de données en santé souffrent quant à elles étaient retrouvées chez 34 % des patients [9]. Elles dimi-
d’une documentation imprécise des symptômes. Ainsi, les nuent avec le temps mais peuvent être observées jusqu’à
incidences rapportées sont très variables et aucune ne doit 12 mois après l’infection aiguë [11]. Enfin, des anomalies
être considérée comme absolue. séquellaires de la perfusion pulmonaire ont été décrites
Néanmoins, les études concordent pour rapporter, au [12], probablement en lien avec une embolie pulmonaire,
terme de 4—6 mois, le fait que près d’un patient sur patente ou non, survenue à la phase aiguë [13].
deux présente au moins un symptôme post-COVID-19 [3,5].
L’incidence est moindre chez les patients n’ayant pas néces- Symptômes fonctionnels respiratoires
sité d’hospitalisation [6]. D’une façon générale et quels que
soient les symptômes considérés, il semble que le syndrome La dyspnée est un des symptômes post-COVID-19 les plus
post-COVID-19 soit favorisé par le sexe féminin pour les fréquents (Fig. 1). Dans une méta-analyse de 102 études
symptômes psychiques [7]. L’obésité, l’âge, l’état de santé (42 872 patients), elle était rapportée chez 41 % des patients
avant l’infection, l’asthme et de faibles conditions socioé- [14]. La dyspnée est plus fréquente chez les femmes que
conomiques ont aussi été décrits comme facteurs associés à chez les hommes, et chez les patients ayant eu une infec-
la persistance de symptômes après une infection par SARS- tion aiguë sévère [14,15]. Elle s’améliore avec le temps
CoV-2 [6]. [11,14]. Elle a probablement des origines multiples : elle
Une question majeure est de savoir si le risque de pré- peut être liée à des lésions pulmonaires persistantes mais
senter des symptômes post-COVID dépend de la gravité une dysfonction cardiovasculaire, un déconditionnement
de l’infection initiale. Pour ce qui concerne les symp- musculaire ou une respiration dysfonctionnelle (voir ci-
tômes respiratoires, la gravité de l’atteinte pulmonaire dessous) l’expliquent très souvent [13].
aiguë semble être un facteur de risque bien défini [7]. La toux après COVID-19 semble être moins fréquente que
Par exemple, dans la cohorte COMEBAC, une dyspnée per- la dyspnée, rapportée par exemple par 8 % des patients
sistante à 4 mois était deux fois plus fréquente chez les de la cohorte COMEBAC à 4 mois de l’épisode initial [3].
patients ayant été intubés à la phase initiale que chez les Aucun facteur de risque clair ne semble être associé à
patients hospitalisés mais non ventilés [3]. Il semble aussi une toux post-COVID-19 à long terme. Elle pourrait être
que, d’une façon plus générale, les symptômes séquellaires due à des séquelles parenchymateuses, mais aussi à une
sont plus fréquents chez les patients ayant été hospitalisés activation des nerfs sensoriels vagaux et des événements
initialement [6]. neuro-inflammatoires cérébraux [16].
Enfin, l’incidence du syndrome post-COVID-19 est influen- Lors des épreuves fonctionnelles respiratoires,
cée par des facteurs qui ne sont pas liés à l’infection l’altération de la capacité de diffusion du monoxyde
initiale elle-même. Une récente étude française menée de carbone (DLCO) est l’anomalie la plus fréquemment
sur 567 patients rapporte que les patients infectés pen- observée [9,17], retrouvée chez 39 et 31 % des patients
dant la première vague épidémique avaient 87 % de risques à 6 et 12 mois, respectivement [9]. Elle s’atténue avec
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Figure 1 Résumé des différents symptômes constituant le syndrome de COVID-19 long, regroupés par organes et systèmes. D’après
[3], avec permission.
le temps [18]. Un syndrome restrictif est moins fréquent La physiopathologie de la respiration dysfonctionnelle est
[9,17], retrouvé dans 13 et 5 % des cas à 6 et 12 mois respec- mal connue. L’anxiété et la dépression sont fréquentes chez
tivement [9]. Le retentissement des lésions radiologiques les patients atteints [21]. De ce point de vue, dans les suites
sur les tests de la fonction pulmonaire est modeste pour la d’un COVID-19, il faut noter que l’anxiété, la dépression et la
plupart des patients. Par exemple, chez les patients de la dyspnée sont des symptômes fréquemment associés [3]. Le
cohorte COMEBAC, les lésions fibreuses étaient rarement récepteur viral de l’enzyme de conversion de l’angiotensine
associées à une dyspnée et une altération de la DLCO [19]. 2 étant exprimé dans les noyaux du tronc cérébral impliqués
dans la régulation de la ventilation [21], une interférence
avec la commande respiratoire ne peut pas être totalement
Respiration dysfonctionnelle exclue.
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D. Montani, L. Savale, N. Noel et al.
efficacité de la réhabilitation fonctionnelle en cas de dys- Enfin, bien sûr, un effet différé de l’infection par le SARS-
pnée persistante [14]. Les traitements immunosuppresseurs CoV-2 ne peut être exclu. Cependant, les résultats des tests
et antifibrotiques dans les lésions interstitielles sont en psychologiques effectués à distance ne montrent pas systé-
cours d’investigation mais il est probable que la plupart des matiquement de symptômes objectifs [36]. Dans la cohorte
lésions séquellaires observées soient irréversibles [23,24]. chinoise qui a réévalué les patients à 2 ans de l’épisode
La respiration dysfonctionnelle est souvent prise en charge infectieux initial, l’incidence des symptômes anxieux et
par des séances de kinésithérapie respiratoire adaptée [22], dépressifs semblait cette fois-ci réduite [18]. L’effet des
là encore avec un niveau de preuve faible [25]. traitements utilisés à la phase aiguë est pour l’instant
inconnu. Il semble que l’utilisation de la chloroquine soit
Symptômes et troubles psychiatriques associée à une augmentation systématique de l’incidence
des symptômes psychiatriques et des troubles mentaux [37].
La fréquence des signes psychiatriques incite à recher-
Symptômes et fréquence
cher systématiquement des symptômes psychiques chez les
patients ayant été infectés par le SARS-CoV-2, surtout chez
Les troubles psychiatriques sont sans doute parmi les plus ceux ayant séjourné en réanimation [29,30].
fréquemment rapportés dans les suites d’un COVID-19
(Fig. 1). Une méta-analyse de 19 études (11 324 patients)
rapportait, à 3—6 mois de l’épisode initial, une incidence Syndrome de stress post-traumatique
de 31 % pour les troubles du sommeil, de 23 % pour les
symptômes anxieux et 12 % pour les symptômes dépressifs Parmi les symptômes psychiatriques, le syndrome de stress
[26]. Dans une cohorte rétrospective de 236 379 patients, post-traumatique (SSPT) occupe sans doute une place à
l’incidence d’un diagnostic neurologique ou psychiatrique part. En particulier lors de la première vague épidémique,
au cours des 6 mois suivant l’infection aiguë était de 34 %, l’infection aiguë, surtout si elle nécessitait une hospitalisa-
et cette incidence était plus élevée que chez les patients tion, a pu représenter un traumatisme psychique significatif,
présentant une grippe ou une autre infection du tractus res- à cause du contexte social et médiatique anxiogène, de la
piratoire [27]. L’incidence estimée était encore plus élevée peur d’une forme grave de la maladie, de celle de ne pas
pour les patients qui avaient été admis en soins intensifs pouvoir bénéficier de soins adaptés, de l’absence de trai-
[27]. Cependant, ces incidences varient beaucoup selon le tement curatif établi, et du manque des visites de proches
terme auquel l’évaluation a été effectuée et selon les outils pour les patients hospitalisés.
diagnostiques utilisés [26,28]. Enfin, les symptômes respi- Son incidence varie, là encore selon le terme et la défi-
ratoires sont souvent associés à des troubles psychiatriques nition considérés. À 4 mois de l’épisode aigu, elle serait
[29]. de l’ordre de 10 à 15 % [3,5]. La gravité et la longueur
L’incidence ne semble pas clairement liée à la gravité de l’épisode initial sont des facteurs de risque non surpre-
de la maladie initiale [30], même si les incidences les plus nants [3,38]. Cependant, que dans la cohorte COMEBAC, un
élevées sont observées chez les patients ayant été hos- SSPT a été rapporté y compris chez des patients hospitali-
pitalisés en soins critiques [3,15,27,31]. De ce point de sés en dehors des unités de soins intensifs [3]. La sévérité
vue, ces troubles s’apparentent à ceux du syndrome post- du SSPT semble liée à la gravité et la longueur de l’épisode
réanimation, retrouvé fréquemment chez les patients ayant aigu, aux antécédents psychotraumatiques et une percep-
survécu à un séjour en soins critiques pour une autre cause tion négative de l’épidémie [38]. Par ailleurs, des études
que la COVID-19. Le sexe féminin est également un facteur ultérieures devront déterminer si l’incidence a été moindre
de risque pour les symptômes dépressifs et les troubles du lors des phases ultérieures de l’épidémie, lors desquelles le
sommeil [32,33]. Enfin, l’incidence des troubles psychiques contexte général était sans doute moins anxiogène qu’à la
est plus élevée en cas de trouble psychique antérieur à phase initiale.
l’infection [29,34]. Enfin, il est intéressant de noter qu’une revue systéma-
tique rapportait un SSPT chez 34 % des soignants ayant pris
Évolution en charge des patients atteints de COVID-19 aigu, cette inci-
dence ayant significativement diminué après l’apparition de
L’évolution des symptômes anxieux et dépressifs fait débat. la vaccination [39].
Si certaines séries montrent leur diminution entre 3—6 mois
et un an [26], d’autres rapportent une augmentation de
l’incidence entre ces termes. C’est ce que montraient trois Séquelles cognitives
études de grande ampleur [3,11,35] et c’est ce que nous
rapportions dans la cohorte COMEBAC lorsque les patients Il s’agit là encore de symptômes fréquents du syndrome
symptomatiques à 4 mois de l’épisode initial étaient rééva- post-COVID-19 (Fig. 1). La méta-analyse citée ci-dessus rap-
lués 16 mois plus tard [36]. Dans cette cohorte, 26 % des portait une incidence de 32 % pour le « brouillard mental »,
patients qui ne présentaient pas de symptômes psychiques de 27 % pour les troubles de la mémoire, et de 22 % pour
à 4 mois en présentaient un an plus tard. Différentes explica- les troubles de l’attention [26]. Ils sont, comme les symp-
tions peuvent être avancées. Ils ont pu effectivement appa- tômes psychiatriques, plus fréquents chez les patients ayant
raître secondairement, notamment à la reprise d’une vie eu une infection initiale grave [27], et plus fréquents chez
professionnelle ou sociale. Le syndrome post-COVID-19 était les patients hospitalisés en réanimation que chez les autres
relativement inconnu des patients à l’été 2020, lors du pre- [3,31]. Les symptômes cognitifs s’atténuent avec le temps
mier bilan, ayant pu alors entraîner une sous-déclaration. [11,18].
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Les mécanismes pathologiques de cette déficience cogni- une maladie thromboembolique [43]. Leur incidence aug-
tive post-COVID-19 ne sont pas clairs [13]. Ils peuvent inclure mentait avec la gravité de l’atteinte initiale, même si le
les effets directs dus à l’invasion cellulaire virale, le SARS- risque était aussi accru chez des patients qui avaient subi
CoV-2 pouvant infecter directement les neurones. Un autre une forme légère de l’infection [43]. Une étude rétrospec-
rôle indirect du dysfonctionnement du système nerveux cen- tive britannique portant sur 47 780 patients hospitalisés pour
tral lié au SARS-CoV-2 pourrait être l’inflammation. Enfin, COVID-19 démontrait une multiplication par trois du risque
l’hypoxémie profonde et la ventilation mécanique ou les d’évènement cardiovasculaire majeur dans les 4 mois sui-
procédures d’ECMO pour les patients admis en réanimation vant l’hospitalisation, par rapport à des sujets contrôles non
pourraient être associées à des dysfonctionnements cogni- hospitalisés [44].
tifs persistants et à des troubles psychologiques à long terme Les mécanismes de l’atteinte cardiovasculaire post-
[13]. COVID-19 sont mal compris [45]. La persistance de
De ce point de vue, de tels troubles cognitifs ont été rap- l’inflammation, peut-être liée à la persistance du virus
portés dans le cadre du syndrome post-réanimation, chez dans des réservoirs cellulaires cardiaques, pourrait entraî-
des patients hospitalisés en soins critiques pour d’autres ner une dysfonction endothéliale et des lésions tissulaires.
raisons que le COVID-19 [40], notamment en cas de confu- Une réponse auto-immune provoquée par une similitude
sion pendant l’hospitalisation [41]. Aucune lésion vasculaire antigénique pourrait aussi être impliquée [45].
cérébrale n’a été rapportée dans les études qui les ont Il semble raisonnable de conseiller un bilan cardiovas-
systématiquement recherchées [31]. La cohorte COMEBAC culaire après une infection aiguë à SARS-CoV-2 chez des
démontrait bien que l’association des troubles cognitifs aux patients qui présentent des symptômes cardiaques, qui ont
autres symptômes psychiatriques (d’anxiété, de dépression) eu une atteinte cardiaque avérée à la phase aiguë, et chez
ainsi qu’aux troubles du sommeil, est manifeste [3]. ceux qui ont des facteurs de risque cardiovasculaires nom-
Il semble raisonnable de préconiser un bilan neuropsy- breux. La prise en charge est largement symptomatique.
chologique chez les patients présentant une plainte de La réhabilitation cardiovasculaire est raisonnablement pro-
mémoire, associé à une recherche des symptômes psychia- posée, sans preuve évidente à l’heure actuelle de son
triques présentés ci-dessus. En effet, les troubles anxieux efficacité [45].
ou dépressifs sont associés (avec ou sans COVID-19) à la
plainte mnésique et au « brouillard mental ». Des explora- Troubles olfactifs et du goût
tions plus poussées spécialisées à la recherche d’anomalies
cérébrales, de troubles du sommeil ou d’autres patholo-
À la phase aiguë de l’infection, les troubles olfactifs et du
gies influençant les capacités de mémoire peuvent être
goût touchent 56 à 86 % des patients, selon la méthode
proposées en fonction des premières analyses. Le soutien
d’évaluation utilisée, et semblent plus fréquents dans les
psychologique et une éventuelle rééducation orthophonique
formes modérément sévères de la maladie [46]. La persis-
se discutent au cas par cas.
tance des troubles olfactifs et du goût est également typique
du syndrome post-COVID-19, mais ils s’amendent le plus sou-
Conséquences cardiaques vent en quelques mois. Selon une méta-analyse de 18 études
incluant 3699 patients, 86 et 96 % des patients avaient recou-
vré l’olfaction et le goût à 1 et 3 mois, respectivement [47].
À la phase aiguë, l’infection par SARS-CoV2 peut être
Les facteurs pronostiques de mauvaise récupération étaient
responsable de manifestations cardiaques, en particulier
le sexe féminin et la sévérité des troubles initiaux [47].
de myocardites, mais celles-ci sont rares [42]. Dans les
La prise en charge des troubles olfactifs et gustatifs
suites, les évaluations systématiques ont révélé que les dou-
persistants n’est pas standardisée. De nombreuses straté-
leurs thoraciques et les palpitations sont des manifestations
gies thérapeutiques ont été tentées (corticoïdes par voie
communes du syndrome post-COVID-19, avec une incidence
générale, instillations de soluté salé hypertonique, corti-
de 10 % environ à 6 mois [13] (Fig. 1). Plusieurs études ont
coïdes, mucolytiques et décongestionnants, ou sulfate de
aussi rapporté une diminution de la consommation maxi-
zinc, injection de plasma riche en plaquettes dans la fente
male en oxygène, due principalement à une limitation de
olfactive), sans qu’aucune n’ait démontré une efficacité
l’extraction par déficience musculaire. L’hypotension pos-
claire [48]. Plusieurs études randomisées sont en cours sur
turale orthostatique est aussi fréquemment rapportée. En
le sujet.
revanche, dans les quelques études où elle a été mesurée,
telle la cohorte COMEBAC, la fonction ventriculaire gauche
n’est que très rarement altérée dans les suites de l’infection Séquelles rénales
[3], et encore pourrait-il s’agir d’anomalies antérieures à la
maladie ou de troubles neurologiques dysautonomiques. L’insuffisance rénale chronique sous-jacente et l’apparition
Par ailleurs, plusieurs études sur des cohortes de grande d’une insuffisance rénale aiguë à la phase aiguë sont des
taille ont montré un risque accru de complications car- facteurs de morbi-mortalité à la phase aiguë du COVID-19
diovasculaires dans les suites du COVID-19. La première [49]. Après l’infection, dans une vaste étude chinoise, 35 %
observation était issue de la base de données de l’US des patients présentaient un débit de filtration glomérulaire
Department of Veterans Affairs, incluant 153 760 patients réduit à 6 mois même s’ils ne présentaient pas d’insuffisance
atteints de COVID-19, rapportant qu’un an après l’infection, rénale à la phase aiguë [50]. Dans une cohorte de vété-
ces patients courent un risque accru de développer une rans américains, comparée à une population de patients sans
fibrillation auriculaire, une cardiopathie ischémique, une COVID-19, le risque de présenter un débit de filtration glo-
péricardite, une myocardite, une insuffisance cardiaque et mérulaire diminué de plus de 30 % à 30 jours de l’infection
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aiguë est multiplié par 1,25 chez les patients ayant été infec- Manifestations diverses
tés par le SARS-CoV-2. Ce risque est plus important chez les
patients ayant présenté une forme grave de la maladie [51] Les symptômes gastro-intestinaux sont relativement rares.
et chez les hommes [33]. Une méta-analyse de 50 études a rapporté la présence de
Divers mécanismes physiopathologiques, y compris des douleurs abdominales (14 %), de nausées (6 %), de diarrhées
lésions tubulaires et endothéliales liées à des médiateurs (10 %), d’une dyspepsie (20 %) et d’un syndrome du côlon irri-
inflammatoires, l’activation du complément, des lésions table (17 %) [62]. Les symptômes neurologiques autres que
vasculaires et des podocytes ont été proposés pour expliquer cognitifs (paresthésies, faiblesse musculaire, myalgies) sont
l’atteinte rénale post-aiguë [52]. également peu fréquents [13]. Les arthralgies et l’alopécie
sont rapportées chez 10—15 % des patients à 4—6 mois, mais
régressent avec le temps [18,63]. Des manifestations ocu-
Séquelles endocriniennes
laires ont aussi été rapportées, tels que des symptômes de
conjonctivite ou des signes fonctionnels aspécifiques [3].
Les preuves que les troubles glycémiques pourraient appar-
tenir au syndrome post-COVID-19 ne sont pas claires. Une
étude sur 660 patients montrait que même chez les patients Conclusion
ayant présenté un diabète à la phase aiguë de l’infection,
le contrôle glycémique redevenait normal dans les suites Dans les suites d’une infection aiguë par SARS-CoV-2,
[53]. Cependant, une autre étude d’assez grande ampleur une proportion importante de patients présentent des
(551 patients) rapportait que 2 mois après l’infection aiguë, symptômes séquellaires ou apparus secondairement, qui
chez des patients qui avaient présenté un diabète durant peuvent toucher presque tous les organes et systèmes de
l’hospitalisation, une résistance à l’insuline et une hyper- l’organisme. Si ces symptômes ne présentent pas indi-
stimulation des cellules bêta persistaient deux mois après viduellement de gravité majeure, leur nature et leur
l’infection initiale [54]. accumulation sont susceptibles d’altérer significativement
Si des altérations de la fonction thyroïdienne et des thy- la qualité de vie [3]. De plus, certaines observations font
roïdites subaiguës ont été rapportées à la phase aiguë, de craindre une augmentation à moyen ou long terme de la
vastes séries n’ont pas rapporté d’anomalies des dosages morbi-mortalité cardiovasculaire. Si les symptômes post-
hormonaux thyroïdiens post-COVID-19 [55]. De même, ces COVID-19 sont bien décrits aujourd’hui, grâce à un nombre
études n’ont pas montré d’insuffisance corticotrope [55], considérable d’études observationnelles, leur physiopatho-
en dépit des craintes dues à l’atteinte virale elle-même et logie reste largement inconnue et leur prise en charge
à la corticothérapie utilisée dans certains cas. indéterminée. L’influence des traitements maintenant utili-
sés à la phase aiguë, celle du type de variant impliqué, celle
des réinfections est pour l’instant inconnue. En revanche,
Symptômes généraux une méta-analyse a montré que la vaccination réduisait de
29 % le risque de présenter un syndrome post-COVID-19.
La fatigue est le symptôme le plus fréquent du syndrome La vaccination réduisait significativement l’incidence des
post-COVID-19 [56]. Dans des grandes méta-analyses, elle troubles cognitifs, des troubles du sommeil, des myalgies
était rapportée dans 47 [57] et 45 % [58] des cas, res- et des anomalies rénales [64].
pectivement. Elle diminuait significativement à deux ans L’épidémie de COVID-19 a été un défi majeur pour
dans la vaste étude chinoise ayant réévalué une cohorte à les systèmes de santé du monde entier. Le syndrome
ce terme [18]. Les facteurs de risque de l’asthénie post- post-COVID-19, en raison de son incidence et du nombre
COVID-19 sont : un âge élevé, le sexe féminin, la sévérité considérable de patients chez qui il peut survenir, pose et
de l’infection initiale, un nombre élevé de comorbidités et posera aussi un problème de santé publique important.
l’existence d’une anxiété ou dépression préalable [59].
L’origine de l’asthénie post-COVID-19 n’est pas claire.
Comme nous l’avons vu plus haut, une insuffisance corti- Déclaration de liens d’intérêts
cotrope ou thyroïdienne ne peut pas être impliquée, en
tout cas chez la majorité des patients [55]. Elles peuvent Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.
cependant être recherchées devant une asthénie persistante
[22,60].
Un syndrome de fatigue post-infectieux a en fait déjà Références
été décrit pour de nombreux virus, tels les Herpes viridae.
Il s’intègre parfois dans un syndrome de fatigue chronique, [1] COVID-19 rapid guideline: managing the long-term effects
décrits avec d’autres virus, en particulier le virus d’Epstein- of COVID-19. London: National Institute for Health and
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