Contribution du secteur agricole au Bénin
Contribution du secteur agricole au Bénin
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MINISTERE DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ET DE LA RECHERCHE
SCIENTIFIQUE
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UNIVERSITE D’ABOMEY CALAVI (UAC)
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FACULTE DES SCIENCES ECONOMIQUES ET DE GESTION (FASEG)
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MEMOIRE DE FIN DE FORMATION POUR L’OBTENTION DE CREDIT
ACCORDE A LA LICENCE PROFESSIONNELLE
Sous la direction de :
Maitre de mémoire
CHABOSSOU Augustin Phd
Maitre de conférences agrégée
Je remercie également du fond du cœur tous mes proches pour leur soutien et leur foi
indéfectible en moi.
À tous ceux qui m’ont aidée de près ou de loin dans la réalisation de ce travail, je vous
dis
MERCI !
Dina Bader
Genève, Juillet 2011.
AVANT-PROPOS
La réflexion menée dans cette étude va sûrement troubler le lecteur, peu habitué à de
tels propos. Probablement, il sera en désaccord sur certains points, peut-être même serat-
il choqué. Mais cela ne fait rien, c’est même normal. Le but de cette étude est justement
de susciter la réflexion sur des connaissances qui semblaient jusque-là acquises.
Questionner ce qui semble « aller de soi » ou comme dirait la féministe australienne
Germaine Greer the obvious, voilà l’ambition de ce présent travail:
Souvent, on me demande comment j’en suis arrivée à traiter d’un tel sujet et surtout,
de faire un rapprochement entre ces deux pratiques. À l’origine, je voulais mener une
étude sur l’excision en traitant un aspect de la problématique. Mais au détour de
recherches de littérature et de documents sur Internet sur les Female genital
cutting/mutilation/circumcision, je suis tombée sur ce qui est appelé les Female genital
cosmetic surgery. Ce fut une surprise. Je savais bien que la chirurgie esthétique existait
mais naïvement, je ne me doutais pas qu’elle puisse toucher également les organes
génitaux féminins alors que depuis des années l’excision est combattue. J’ai donc voulu
comprendre. Comprendre pourquoi deux pratiques justement situées sur la même partie
du corps avaient deux légitimités différentes: l’une tolérée, l’autre condamnée. Mais ce
questionnement s’est renforcé lorsque j’ai pris connaissance de l’élaboration d’une
nouvelle norme pénale en Suisse qui veut réprimer l’excision en faisant exception des
opérations esthétiques génitales. Il n’en fallait donc pas plus pour que ma curiosité me
pousse à mener une recherche et voilà donc comment tout a commencé.
INTRODUCTION
CHAPITRE I
L’EXCISION ILLÉGALE
Lutter contre la perpétuation de l’excision est le but premier de cette nouvelle norme et
de ce fait, toutes les formes que peut prendre cette pratique y ont été inclues. Afin de les
définir précisément, les parlementaires se sont basés sur la typologie de l’Organisation
Mondiale de la Santé (ci-après OMS)2. Cette typologie répertorie les formes les plus
répandues de l’excision en trois groupes, allant de la sunna (type I) à l’infibulation (type
III). Dans un souci d’exhaustivité, l’OMS a également établi un quatrième groupe intitulé
les « non-classés » qui comporte notamment les percements et les scarifications et
envisagerait de créer un cinquième groupe pour toutes les pratiques symboliques telles
aboutissant à une ablation partielle ou totale des organes génitaux externes de la femme
et/ou toute autre lésion des organes génitaux féminins pratiquée à des fins non
thérapeutiques » (OMS, 2008: 1).
Selon Maria Roth-Bernasconi, cette norme se veut être « un signal politique clair » du
fait que l’excision est une pratique prohibée en Suisse. Selon les estimations, cette
pratique concernerait environ 6'700 migrantes, originaires principalement de Somalie,
Ethiopie et Erythrée (Hohlfeld et al., 2005: 959). Calculé par pondération en fonction du
nombre de ressortissant-e-s en Suisse et de la prévalence de la pratique dans le pays
d’origine, ce chiffre représenterait le nombre de femmes excisées ou fillettes présentant
un risque de l’être, vivant en Suisse4.
Etant l’un des derniers pays d’accueil européens à ne pas être doté d’une telle loi 5,
instaurer cette norme revient à suivre le pas de ses voisins. La Suède est en effet le
premier Etat à avoir interdit l’excision en 1982, suivi par une dizaine de pays européens
parmi lesquels le Royaume-Uni (1985), la Norvège (1996) et la Belgique (2001) (Leye et
Sabbe, 2009: 2). Toutefois, avoir été dépourvu d’une loi spéciale, n’implique pas que la
pratique de l’excision en Suisse était jusqu’alors un acte impuni. Au contraire, il est déjà
possible avec le droit actuel de réprimer l’excision à l’aide de plusieurs articles du code
pénal. Les plus importants sont l’art. 122 CP sur les lésions corporelles graves et l’art.
123 CP sur les lésions corporelles simples 6. Elaborer une norme pénale spécifique à
l’excision c’est donc d’abord un message.
3 Cette pratique est une forme de ce qui est appelé usuellement « sunna », ce qui correspond au type I de
la classification de l’OMS.
4 Cette estimation est toutefois contestable car elle ne distingue ni les différentes formes d’excision, ni
le niveau socioéconomique ou le titre de séjour de l’individu. De plus, elle ne comprend pas les
personnes possédant un passeport suisse.
5 Parmi les Etats qui au moment de cette étude (2011) n’ont pas de loi spéciale contre l’excision, figurent
la Finlande, la France, l’Allemagne et les Pays-Bas. L’excision est toutefois punie grâce aux normes
pénales générales de ces Etats (Leye et Sabbe, 2009: 6).
6 La première condamnation suite à une excision a été prononcée par le tribunal fribourgeois le 11 juin
2008 à l’égard d’une réfugiée somalienne, reconnue « coupable de violation du devoir d’assistance et
d’éducation » selon l’art. 122 CP. Quelques jours plus tard (le 26.06.08), la Cour suprême du canton de
Zurich a condamné selon l’art. 123 CP les parents d’une fillette qui a été excisée en Suisse à deux ans
avec sursis. Source : [Link].
Une norme ethnicisée
Or, le message que véhicule cette nouvelle norme est problématique à de nombreux
égards. En effet, cette loi punit l’excision qu’elle ait été pratiquée sur des mineures ou des
femmes adultes, qu’elle ait été forcée ou consentie. C’est l’excision en tant que pratique
qui est combattue. Pourtant, dans la norme, c’est le terme « mutilations 9
sexuelles » qui est employé, avec pour dessein de se conformer à la définition précitée de
l’OMS. Cependant, dans cette définition il est bien mentionné que les « mutilations
sexuelles » concernent aussi « toute autre lésion des organes génitaux féminins pratiqués
à des fins non thérapeutiques ». Ceci impliquerait que « les mutilations sexuelles » soient
entendues de manière générale. Or, ce n’est pas le cas: la nouvelle norme fait exception
des piercings clitoridiens, des tatouages génitaux et des opérations esthétiques génitales,
en somme, des pratiques autochtones considérées comme des interventions « légères »
(Roux, Paul-André dans BO 2010 N 2133).
Puisqu’il s’agit surtout de protéger les petites filles de toute « mutilation sexuelle », la
norme aurait pu être élaborée de telle façon que toutes les interventions chirurgicales sur
mineures sans distinction de leur ethnie soient prohibées. Mais voilà, la nouvelle norme
pénale n’interdit que l’excision. Mais loin de ne concerner que les enfants, cette
prohibition est de surcroît valable aussi pour des femmes adultes et consentantes, partant
du postulat que ce cas de figure n’existe pas ou tout du moins que derrière ce
consentement se cache en réalité une contrainte sociale et psychologique. Certes, ce
présupposé n’est pas sans fondement mais comment justifier l’interdiction imposée à une
femme adulte qui souhaite être excisée et la totale liberté laissée à une autre désirant subir
une opération esthétique génitale ?
« Operations on the external female genital organs which are designed to mutilate
them or produce other permanent changes in them (genital mutilation) must not take
place, regardless of whether consent to this operation has or has not been given. »
« Quiconque aura pratiqué, facilité ou favorisé toute forme de mutilation des organes
génitaux d'une personne de sexe féminin, avec ou sans consentement de cette
7 Ce constat se vérifie également dans les pays d’Amérique du Nord, d’Australie et de Nouvelle-Zélande
par exemple.
dernière, sera puni d'un emprisonnement de trois à cinq ans. La tentative sera punie
d'un emprisonnement de huit jours à un an. »8
À première vue donc, il n’est pas possible d’attribuer ces lois à la seule pratique de
l’excision puisqu’elles condamnent les opérations qui visent à modifier les organes
génitaux féminins de façon permanente et pour des raisons non médicales. Il est en outre
spécifié que le consentement n’est pas considéré. Pourtant, toutes ces lois font une
exception implicite ou explicite des opérations esthétiques génitales. Comme l’explique
Simone Weil Davis, les lois contre les « mutilations sexuelles » font en sorte de définir
les procédures que cela implique de telle manière à « utiliser seulement un langage qui 11
traite de l’excision du corps des immigrées africaines basée sur le ‘rituel’, la coutume et
la croyance » (Davis, 2002: 21 ; guillemets de l’auteure, ma traduction). Dans certains
cas comme dans The Scottish Act (2005), les chirurgies esthétiques sont exemptes de la
loi grâce à une assertion qui mentionne qu’« aucune offense n’est commise si l’opération
est nécessaire pour la santé physique ou psychique de la fille ou de la femme » (Berer,
2010: 108 ; ma traduction). Et un des exemples donnés pour illustrer les cas d’opérations
justifiées par la santé psychique est la « détresse causée par une perception d’anormalité
» (ibid. ; ma traduction).
Comme le confirme Marge Berer, les lois contre les « mutilations sexuelles » ont pu
être instaurées dans les pays « occidentaux » justement parce qu’elles ne concernaient
que les pratiques non autochtones (Berer, 2010: 109). Pourtant, depuis quelques années
des chercheurs (Sheldon et Wilkinson 1998; Chambers 2008 ; Johnsdotter et Essen 2010)
ont questionné la cohérence d’une telle loi, intransigeante vis-à-vis de toutes les formes
d’excision, mais tolérante face aux opérations esthétiques génitales ; des chirurgies qui ne
font l’objet d’aucune règlementation et qui sont « présentée[s] comme l’une des
modalités de renforcement de l’estime de soi. » (Erlich, 2007: 186). Cette étude est donc
le prolongement de ce questionnement qui entend comprendre ce qui dans un pays
d’accueil européen comme la Suisse explique que deux pratiques qui touchent les
organes génitaux féminins soient légiférées de manière différente.
CHAPITRE II
Méthodologie
Avant d’aller sur le terrain, il était important d’avoir une bonne connaissance théorique des
deux pratiques analysées: la nymphoplastie d’une part et l’excision d’autre part. Mais comme
peu de recherches récentes ont été menées en Suisse sur l’excision et aucune encore à ma
connaissance sur la nymphoplastie, la littérature scientifique a essentiellement été anglophone.
Puisque l’excision est un sujet qui a considérablement été étudié depuis plus de trente ans,
j’ai choisi de ne pas m’étendre davantage dans cette étude sur la description approfondie de
cette pratique. En revanche, je me suis concentrée plus particulièrement sur la nymphoplastie
puisque c’est une chirurgie esthétique récente et encore largement méconnue. Pour m’aider
dans cette entreprise, Internet a été un outil indispensable, me permettant d’avoir accès à une
diversité d’articles de presse internationaux sur la nymphoplastie et la chirurgie esthétique
génitale. Pour me faire également une idée plus précise des motivations qui poussent des
femmes à subir une nymphoplastie, j’ai consulté de nombreux forums féminins et médicaux
où les messages postés étaient très révélateurs de la préoccupation grandissante des femmes
pour l’aspect de leurs organes génitaux. La revue de la littérature et la consultation d’Internet
Entretiens
Les entretiens, de type semi-directifs, ont été conduits sur la base d’un canevas
flexible, adapté au profil des personnes interrogées. Toutefois, chaque entretien a
influencé le suivant au sens où les réponses apportées et les questions suscitées lors
d’un entretien ont été reprises dans les suivants pour confirmation ou pour
confrontation d’opinions. Parce que l’objet de cette étude est complexe et encore assez
tabou, j’ai délibérément choisi de révéler la problématique de mon étude à mes
interlocuteurs, non sans savoir qu’adopter une telle approche puisse comporter des
risques: refus d’entretien ou perte de crédibilité. Toutefois, adopter une telle démarche
a eu le mérite de susciter le débat, ce qui m’a permis de mieux comprendre les
représentations sociales qui entourent l’une et l’autre pratique
PARTIE II
ANTITHÉTIQUE
CHAPITRE III
LA NYMPHOPLASTIE
de « pathologie », sans pour autant pouvoir en donner une définition précise 17.
Toutefois, les patientes qui correspondent à ce cas n’ont pas d’elles-mêmes une
démarche médicale mais consultent d’abord pour des raisons de « confort », étant
gênées physiquement dans leurs vêtements, en faisant du vélo ou lors des rapports
sexuels. La nymphoplastie esthétique, en revanche, concerne davantage une gêne
psychologique: lorsque l’aspect des petites lèvres provoque chez la patiente une gêne
lèvres et c’est vrai que faire une reconstruction pour avoir des lèvres normales, c’est quand même
important parce que c’est quand même l’élément important de la sexualité. » (GE_médecin_4a)
17
« Elle veut des petites lèvres mais plus petites donc en fait… si vous voulez on enlève un petit peu
ce qui est entre guillemet pathologique… et où est le pathologique ? On n’en sait rien… mais je
veux dire c’qui les dérangent physiquement, etc. » (GE_médecin_2)
18
Pour davantage d’informations, voir Braun 2009b ; Braun et Tiefer 2010.
19
« Bon moi j’ai un peu les termes types quoi mais ça dépend un peu des assurances mais il y en a
beaucoup qui… qui remboursent pas. Mais bon des fois ça dépend sur quel médecin-conseil on
tombe... et pis… si on explique… ça peut passer hein. » (GE_médecin_2)
25
CHAPITRE IV
DOUBLE ANTAGONISME
13 La nymphoplastie comme nouvelle chirurgie esthétique est née dans les discours publics à la fin
des années 1990 à travers les sites web de chirurgiens, les publicités et une couverture médiatique
importante (Braun, 2009: 134)
14 Pour des photos avant-après: cf. Annexe 2 : Les types de chirurgie esthétique génitale.
De même que la norme pénale distingue l’excision des opérations esthétiques
génitales, les interviewés de cette étude ont tenu des propos faisant apparaître une
gémellité antithétique parfaite entre ces deux pratiques. En effet, excision et
nymphoplastie sont présentées comme diamétralement opposées. Cette affirmation ne
surprendrait pas la psychologue néo-zélandaise, Virginia Braun qui a établi le même
constat:
The domains of ‘FGM’ and FGCS 15 have been constructed as entirely separate,
as polar opposite; some have argued explicitly for a fundamental difference
between FGCS and ‘FGM’ […] The implicit position within such discourse is
that ‘FGM’ is unacceptable, but FGCS is acceptable.
L’analyse des termes utilisés par les intervenants permet ainsi de répertorier
plusieurs « différences », présentées dans les discours comme des vérités indéniables.
Tout d’abord, excision et nymphoplastie ne concernent pas les mêmes personnes: d’un
côté, cela touche des Africaines, de l’autre, cela s’adresse à des Européennes.
L’excision a aussi un caractère collectif alors que la nymphoplastie est d’ordre
individuel. L’excision touche des enfants alors que la nymphoplastie est une pratique
d’adultes. De ce fait, pour l’une, la femme est victime, pour l’autre, elle est actrice.
Excision Nymphoplastie
s’adresse à vous comme à moi /
Africaines vs Européennes africaines
européennes
Collectif vs Individuel tout [nouveau-né] / des [enfants] une [femme] / un [individu]
nouveau-né / naissance / mineur / adulte / femme
Enfant vs Adulte
enfants / jeunes filles
liberté / libre de ses choix / a le choix
impose / clan / aucun choix /
/ indépendante / consentantes / sont
Victime vs Actrice victime / contre la volonté / sans
d’accord / conscientes de ce qu’elles
demander l’avis
font / elles paient pour
30
Enfin, l’excision est un acte violent et barbare. Or, la nymphoplastie est un acte
médical donc sûr. En effet, l’excision est une pratique ancienne et culturelle alors que
la nymphoplastie est moderne. C’est pourquoi, d’un côté, la pratique est illégale, de
l’autre, elle est légale.
Excision Nymphoplastie
arracher / agresser / brutale /
tranquillement / spécialiste / sécurité
violence / barbare / une mutilation /
on ampute / ablation / ils délabrent / confort / une plastie / doctors know
Violence vs Sécurité what they’re doing / scientifically
tout / tortuous practice / torture /
studied / scientifically it can be done
bousillé / massacré / abimé /
horrendous / dangerous
pratique traditionnelle / pendant des
Ancienne vs Moderne nouveau / new modern way
siècles
approved by the government /
against medical ethics / against
accepted by the law in the country /
Illégale vs Légale legislation /
accepted by the community /
medically condemn by WHO
medically accepted
31
La démarche que dans une société donnée on impose à tout nouveau-né de sexe
féminin de se faire arracher le clitoris de façon assez brutale pour des raisons
idéologiques, religieuses, etc. on les connait. Et puis le fait qu’une femme adulte
va tranquillement sur ses deux pattes arrière voir un spécialiste pour lui faire une
plastie génitale esthétique dans des conditions toute sécurité, tout confort. Je
pense qu’il y a quand même une grosse différence. Vu sous cet angle-là.
(GE_médecin_4)
Toutes ces « différences » mentionnées par les divers interviewés de cette étude
montrent que ces discours sont certes basés sur des faits réels mais que ceux-ci,
généralisés, sont devenus des représentations sociales qui ne tiennent plus compte de
la pluralité des vécus. Dans l’imaginaire collectif, ce sont donc deux pratiques
totalement opposées avec pour distinctions principales le plaisir sexuel, les
conséquences sur la santé et le consentement.
CHAPITRE V
16 Cette étude n’aborde ni la question de l’âge ni celle de la contrainte physique puisque pour des
questions de comparabilité, je ne me base que sur la situation de deux femmes adultes et consentantes.
Le plaisir sexuel
Selon plusieurs interviewés, le plaisir sexuel est une différence incontestée entre la
nymphoplastie et l’excision17. Or, l’histoire de la nymphoplastie ou plus généralement
de la chirurgie génitale montre que cette intervention n’a pas toujours eu pour
vocation d’améliorer la sexualité féminine.
Les entretiens montrent que les conséquences sur la santé est un deuxième argument
important pour différencier la nymphoplastie de l’excision. Si les diverses
conséquences de l’excision sont connues18, les risques de la nymphoplastie semblent
être sousestimés. Lors des entretiens, plusieurs constats ont en effet pu être établis:
pour certains médecins interrogés, la nymphoplastie ne comporte aucun risque ou dans
le pire des cas, juste des risques liés à une banale intervention chirurgicale19. Certains
chirurgiens arguent même que la dangerosité de la nymphoplastie est issue de «
rumeurs »
Le consentement
Des trois arguments principaux, le consentement et le libre choix sont deux concepts qui
reflètent sans aucun doute l’argument le plus important, évoqué par les interviewés. La
majorité d’entre eux affirment sans hésitation que la nymphoplastie est une démarche
personnelle, consentie et libre. En d’autres termes, la principale distinction entre
nymphoplastie et excision serait la pression socioculturelle exercée sur la femme. Dans
l’excision, elle serait à la base même de toute intervention alors que pour une nymphoplastie,
elle serait quasi nulle. Or, pour Clare Chambers, philosophe britannique, considérer le choix
des individus en-dehors de toute influence extérieure est un leurre:
17 « Bah ce sont deux choses différentes. L’excision vous supprimez le désir sexuel. Vous êtes en
train de mutiler une femme dit très clairement. Tandis que là on est en train de… au contraire de…
c’est deux opposés… on est en train de au contraire de… d’arranger, de permettre à une femme de
se sentir mieux dans sa sexualité. C’est deux opposés. C’est deux extrêmes si vous voulez. »
(GE_médecin_3)
18 Les risques liés à la pratique de l’excision sont divers: infections, hémorragies, douleurs et pour une
infibulation: difficultés pour uriner ou lors de l’écoulement menstruel, complications lors de l’accouchement. Il
est toutefois important de noter que les complications précitées ne sont pas imputables à tous les types
d’excision. En effet, le type I – la sunna – comporte moins de risque qu’une infibulation par exemple (type III).
19 « Pfffff…. honnêtement rien. Les risques classiques d’une intervention: on peut avoir un hématome, une
infection, tout ce que vous voulez mais voilà, c’est… en plus c’est une chirurgie de… débile. Enfin c’est… il
n’y a rien de plus simple. Il ne peut justement rien arriver… pratiquement jamais d’infections et d’hématomes.
Jamais. » (VD_expert_1)
Individuals and their preferences are formed by social forces, so that who people are and
what they want are affected by their social context. […] individual’s options are
constrained by social norms.
En d’autres termes, les discours sur le consentement ont tendance à focaliser leur attention sur
la seule capacité des individus à choisir et non sur la manière dont la société forme leurs
préférences (Chambers, 2008: 9). Et pourtant, dans le cas de la nymphoplastie comme pour
toute chirurgie esthétique, l’environnement social a une influence certaine sur les perceptions
et les choix.
Synthèse
Dans cette partie de l’étude, j’ai montré que ni le plaisir sexuel, ni les conséquences sur la
santé et encore moins le consentement, ne sont des raisons suffisantes pour légitimer une
distinction binaire entre l’excision et la nymphoplastie quand il s’agit de comparer deux
femmes adultes consentantes à leur opération. En effet, ces deux pratiques ont plus de
similitudes que de différences. Or, ce sont les représentations sociales entourant ces deux
pratiques qui donnent l’impression d’une gémellité antithétique. En d’autres termes, être
conscient de ces ressemblances c’est éviter toute incohérence dans les discours, un risque pour
la crédibilité de la norme pénale.
PARTIE III
PÉNALE
L’Autre
À en croire toutes les personnes interrogées au cours de cette étude, une pratique dite
scientifique et médicale ne peut nuire. Quel que soit l’endroit du corps soumis au scalpel, la
chirurgie esthétique semble toujours légitime du fait de son caractère psychothérapeutique.
Avec une telle justification, peu d’interviewés n’osent condamner
La tolérance de l’automutilation
Comme « il n’existe aucune institution explicite exigeant l’obéissance des femmes aux
dictats de la beauté » (Sandra Bartky dans Jeffreys, 2005: 174 ; ma traduction), il est souvent
entendu à tort que toute demande de chirurgie esthétique est parfaitement libre et non une
réponse à des contraintes normatives. J’ai montré précédemment que plusieurs décisions
individuelles de faire recours à la chirurgie ont un impact collectif. Grâce à son concept de
agency (ci-après agir en français), Anthony Giddens conforte cette idée. Pour Giddens, ce
sont les actions répétées des individus qui produisent la structure, une structure régie par des
normes sociales. L’agir est donc structurant (Giddens 1997). Mais dans une logique circulaire,
l’agir, structurant, est également structuré: l’individu lui-même va s’autocontrôler afin de se
conformer aux normes qui le contraignent. Pour mieux comprendre cela, prenons l’exemple
du Panopticon de Jeremy Bentham que Michel Foucault analyse dans son livre Surveiller et
punir: modèle de prison circulaire à l’intérieur de laquelle se situe une tour en son centre et
des cellules de prisonniers en périphérie. Chaque individu est placé dans une cellule
individualisée, composée de deux fenêtres, l’une donnant sur l’extérieur et l’autre sur
l’intérieur. Grâce au contre-jour que permet la disposition de la cellule, le prisonnier peut être
vu à tout moment par un surveillant dans la tour centrale sans que lui-même ne puisse voir s’il
est surveillé
Mais interdire l’excision dans un contexte migratoire a d’autres enjeux que seulement la
non-conformité avec le discours attendu: l’excision concerne des femmes non autochtones.
Comme je l’ai montré dans le Chapitre VI, la conviction que le développement contribue à
l’émancipation féminine est largement reçue (Nader, 2006: 17). Or, dans un contexte
migratoire, la vision d’une modernité civilisatrice est d’autant plus forte que les immigré-e-s
vivent dans le même contexte social et géographique que les autochtones. De ce fait, il semble
incompréhensible pour les autorités des pays d’accueil que des immigrées adultes puissent
continuer à pratiquer des traditions
« barbares », importées de leur pays d’origine alors qu’elles vivent dans un pays « développé
». La seule explication plausible trouvée à cette « incohérence » est de croire qu’elles sont
prisonnières de leurs traditions (Johnsdotter et Essen 2010 ; voir aussi Kofler et Fankhauser
2009). Reflétant ainsi une attitude paternaliste, l’Etat social instaure une loi contre l’excision
dans une logique de protéger la « victime » bien qu’ « adulte et capable de discernement »
(BO 2010 N 2133).
Synthèse
Dans la Partie III, j’ai montré que l’antagonisme présupposé entre les opérations
esthétiques génitales et l’excision est en réalité le reflet d’une dichotomie plus générale: celle
qui oppose les pays « développés » aux pays dits « en voie de développement ». Cette vision
du monde binaire place les premiers en-dessus des seconds, érigés en modèles de
développement.
Ainsi, il semble incompréhensible pour les autorités des Etats européens que des immigrés
puissent continuer à perpétuer des pratiques « barbares » alors qu’ils vivent dans une société «
moderne ». Ne répondant pas aux discours attendus, les déviants – soit ici les auteurs ou
incitateurs d’une excision – sont perçus comme un échec d’intégration et expulsés. En réalité,
tout ce processus, légitimé par des discours binaires, participe au maintien de la suprématie
des pays d’immigration européens sur les pays d’émigration non-européens. Comparer des
pratiques provenant des deux côtés de cette « frontière » c’est craindre de faire basculer cette
hiérarchie. Aussi, il est admis de supposer ici que la norme pénale contre les « mutilations
sexuelles » n’aurait pas été instaurée si elle avait également dû incorporer les pratiques
autochtones, qui remplissent pourtant tous les critères définis par les Nations Unies d’une
harmful traditional practice.
ANNEXES
Définition
Type II: Ablation partielle ou totale du clitoris et des petites lèvres, avec ou
sans excision des grandes lèvres (excision)
Type IIa: Ablation des petites lèvres uniquement
Type IIc: Ablation partielle ou totale du clitoris, des petites lèvres et des
grandes lèvres
20 Référence: OMS (2008), Eliminer les mutilations sexuelles féminines: déclaration interinstitutions, Genève.
Type IIIb: Ablation et accolement des grandes lèvres
Type IV: Non classées: toutes les autres interventions nocives pratiquées sur les
organes génitaux féminins à des fins non thérapeutiques, telles que la ponction,
le percement, l’incision, la scarification et la cautérisation.
Définition
Photos de nymphoplastie21