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Contribution du secteur agricole au Bénin

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REPUBLIQUE DU BENIN

---------------
MINISTERE DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ET DE LA RECHERCHE
SCIENTIFIQUE
---------------
UNIVERSITE D’ABOMEY CALAVI (UAC)
---------------
FACULTE DES SCIENCES ECONOMIQUES ET DE GESTION (FASEG)
---------------
MEMOIRE DE FIN DE FORMATION POUR L’OBTENTION DE CREDIT
ACCORDE A LA LICENCE PROFESSIONNELLE

OPTION : ECONOMIE Filière : économie-appliqué


Thème :

Analyse de la contribution du secteur agricole à la


croissance économique du Benin

Réalisé et présentée par :


AKAPKO A. Gildas

Sous la direction de :
Maitre de mémoire
CHABOSSOU Augustin Phd
Maitre de conférences agrégée

Année Académique : 2021-2022


REMERCIEMENTS

Je tiens à remercier mon directeur de mémoire, Professeur Sandro Cattacin, pour la


confiance qu’il m’a accordée tout au long de l’élaboration de cette recherche ; mes
collègues du Forum suisse pour l’étude des migrations et de la population pour leur
encouragement et leurs remarques pertinentes qui ont permis d’améliorer
considérablement cette étude ; Anna Neubauer et Danièle Larpin pour leur précieuse
relecture ; tous les interviewés qui m’ont ouvert leur porte et sans qui cette étude n’aurait
jamais vu le jour.

Je remercie également du fond du cœur tous mes proches pour leur soutien et leur foi
indéfectible en moi.

À tous ceux qui m’ont aidée de près ou de loin dans la réalisation de ce travail, je vous
dis

MERCI !

Dina Bader
Genève, Juillet 2011.
AVANT-PROPOS

La réflexion menée dans cette étude va sûrement troubler le lecteur, peu habitué à de
tels propos. Probablement, il sera en désaccord sur certains points, peut-être même serat-
il choqué. Mais cela ne fait rien, c’est même normal. Le but de cette étude est justement
de susciter la réflexion sur des connaissances qui semblaient jusque-là acquises.
Questionner ce qui semble « aller de soi » ou comme dirait la féministe australienne
Germaine Greer the obvious, voilà l’ambition de ce présent travail:

comprendre pourquoi et si vraiment l’excision et la nymphoplastie « ça n’a rien à voir ».

Souvent, on me demande comment j’en suis arrivée à traiter d’un tel sujet et surtout,
de faire un rapprochement entre ces deux pratiques. À l’origine, je voulais mener une
étude sur l’excision en traitant un aspect de la problématique. Mais au détour de
recherches de littérature et de documents sur Internet sur les Female genital
cutting/mutilation/circumcision, je suis tombée sur ce qui est appelé les Female genital
cosmetic surgery. Ce fut une surprise. Je savais bien que la chirurgie esthétique existait
mais naïvement, je ne me doutais pas qu’elle puisse toucher également les organes
génitaux féminins alors que depuis des années l’excision est combattue. J’ai donc voulu
comprendre. Comprendre pourquoi deux pratiques justement situées sur la même partie
du corps avaient deux légitimités différentes: l’une tolérée, l’autre condamnée. Mais ce
questionnement s’est renforcé lorsque j’ai pris connaissance de l’élaboration d’une
nouvelle norme pénale en Suisse qui veut réprimer l’excision en faisant exception des
opérations esthétiques génitales. Il n’en fallait donc pas plus pour que ma curiosité me
pousse à mener une recherche et voilà donc comment tout a commencé.
INTRODUCTION

En Suisse comme dans plusieurs pays européens, il existe de nombreuses interventions


chirurgicales qui transforment le corps et depuis quelques années, les organes génitaux.
Or, toutes ces interventions ne bénéficient pas de la même légitimité: certaines sont
tolérées, d’autres condamnées. L’exemple le plus significatif de cette dichotomie est la
norme pénale suisse contre les « mutilations sexuelles » qui interdit toutes les formes
d’excision1 quelles que soient leurs conséquences mais fait exception de toutes les formes
d’opérations esthétiques génitales. Certes, l’excision est souvent pratiquée sur des
personnes mineures et/ou forcées physiquement, mais comment expliquer que la norme
pénale interdit aussi l’excision à des femmes adultes et consentantes ? Y a-t-il une
différence objective entre ces deux pratiques ? Autrement dit, pourquoi l’excision dans
un contexte migratoire et les opérations esthétiques génitales bénéficient-elles de
légitimités inégales ? Voilà les questions auxquelles cette présente étude se propose
d’apporter une réponse. En effet, si toutes ces pratiques touchent des femmes, elles ne
concernent pas pour autant les mêmes: les unes sont Suissesses, les autres immigrées
extra-européennes. Et c’est là toute la différence, si ce n’est la seule.

1 Je n’utilise pas le terme communément admis de « mutilations génitales/sexuelles féminines » mais


préfère utiliser le terme d’« excision » car plus neutre et moins stigmatisant pour les femmes excisées
(voir Johnsdotter et Essen 2010). Comme le dit très justement Marisa Birri de Terre des femmes: «
Gerade im Gespräch mit betroffenen Frauen und Mädchen ist es in der Regel angebracht eben von
Beschneidung zusprechen nicht von Verstümmelung weil sich zum Teil diese Frauen nicht als
verstümmelt betrachten und mit diesen Begriff nichts anfangen könnten wenn man sie fragt « Seit ihr
verstümmelt ? » Dann antworten sie natürlich nein. Also ihre Sicht ist es keine Verstümmelung sondern
eine Praktik die eben ihre Mitgliedschaft zur Gemeinschaften definiert. ». Source: Neues Gesetz gegen
Genitalverstümmelung. DRS 2 Kontext. 23 Mai 2011.
PARTIE I

SITUATION DE DÉPART ET QUESTIONNEMENT

CHAPITRE I

L’EXCISION ILLÉGALE

L’initiative parlementaire 05.404

Le 17 mars 2005, la conseillère nationale socialiste genevoise Maria RothBernasconi


dépose une initiative parlementaire, intitulée « Réprimer explicitement les mutilations
sexuelles commises en Suisse et commises à l’étranger par quiconque se trouve en Suisse
» (05.404). Adoptée par le Conseil national le 16 décembre 2010, puis par le Conseil des
Etats le 7 juin 2011, l’initiative a pour objectif d’interdire à toute personne vivant en
Suisse la pratique de l’excision. En s’inscrivant sous l’article 124 CP, l’excision devient
un délit à part entière, poursuivi d’office et ce, quels que soient le pays où elle a eu lieu et
la nationalité de l’auteur(e) et de la plaignante. Cette dernière pourra porter plainte au
cours des 15 ans qui suivent son excision voire jusqu’à ses 25 ans révolus pour autant
qu’elle ait été excisée avant l’âge de 16 ans (Jurius 20 juin 2011). Quant à l’auteur(e) du
délit, il ou elle encourt une peine pécuniaire de 180 joursamendes au minimum jusqu’à
10 ans de prison.

Lutter contre la perpétuation de l’excision est le but premier de cette nouvelle norme et
de ce fait, toutes les formes que peut prendre cette pratique y ont été inclues. Afin de les
définir précisément, les parlementaires se sont basés sur la typologie de l’Organisation
Mondiale de la Santé (ci-après OMS)2. Cette typologie répertorie les formes les plus
répandues de l’excision en trois groupes, allant de la sunna (type I) à l’infibulation (type
III). Dans un souci d’exhaustivité, l’OMS a également établi un quatrième groupe intitulé
les « non-classés » qui comporte notamment les percements et les scarifications et
envisagerait de créer un cinquième groupe pour toutes les pratiques symboliques telles

2 Cf. Annexe 1 : Les types d’excision.


que piquer le clitoris afin que s’écoule une goutte de sang 3 (voir Unicef 2008 [2005]). En
d’autres termes, l’OMS définit l’excision ou pour reprendre ses termes, les « mutilations
sexuelles féminines » comme « toutes les interventions 8

aboutissant à une ablation partielle ou totale des organes génitaux externes de la femme
et/ou toute autre lésion des organes génitaux féminins pratiquée à des fins non
thérapeutiques » (OMS, 2008: 1).

Selon Maria Roth-Bernasconi, cette norme se veut être « un signal politique clair » du
fait que l’excision est une pratique prohibée en Suisse. Selon les estimations, cette
pratique concernerait environ 6'700 migrantes, originaires principalement de Somalie,
Ethiopie et Erythrée (Hohlfeld et al., 2005: 959). Calculé par pondération en fonction du
nombre de ressortissant-e-s en Suisse et de la prévalence de la pratique dans le pays
d’origine, ce chiffre représenterait le nombre de femmes excisées ou fillettes présentant
un risque de l’être, vivant en Suisse4.

Etant l’un des derniers pays d’accueil européens à ne pas être doté d’une telle loi 5,
instaurer cette norme revient à suivre le pas de ses voisins. La Suède est en effet le
premier Etat à avoir interdit l’excision en 1982, suivi par une dizaine de pays européens
parmi lesquels le Royaume-Uni (1985), la Norvège (1996) et la Belgique (2001) (Leye et
Sabbe, 2009: 2). Toutefois, avoir été dépourvu d’une loi spéciale, n’implique pas que la
pratique de l’excision en Suisse était jusqu’alors un acte impuni. Au contraire, il est déjà
possible avec le droit actuel de réprimer l’excision à l’aide de plusieurs articles du code
pénal. Les plus importants sont l’art. 122 CP sur les lésions corporelles graves et l’art.
123 CP sur les lésions corporelles simples 6. Elaborer une norme pénale spécifique à
l’excision c’est donc d’abord un message.

3 Cette pratique est une forme de ce qui est appelé usuellement « sunna », ce qui correspond au type I de
la classification de l’OMS.
4 Cette estimation est toutefois contestable car elle ne distingue ni les différentes formes d’excision, ni
le niveau socioéconomique ou le titre de séjour de l’individu. De plus, elle ne comprend pas les
personnes possédant un passeport suisse.
5 Parmi les Etats qui au moment de cette étude (2011) n’ont pas de loi spéciale contre l’excision, figurent
la Finlande, la France, l’Allemagne et les Pays-Bas. L’excision est toutefois punie grâce aux normes
pénales générales de ces Etats (Leye et Sabbe, 2009: 6).
6 La première condamnation suite à une excision a été prononcée par le tribunal fribourgeois le 11 juin
2008 à l’égard d’une réfugiée somalienne, reconnue « coupable de violation du devoir d’assistance et
d’éducation » selon l’art. 122 CP. Quelques jours plus tard (le 26.06.08), la Cour suprême du canton de
Zurich a condamné selon l’art. 123 CP les parents d’une fillette qui a été excisée en Suisse à deux ans
avec sursis. Source : [Link].
Une norme ethnicisée

Or, le message que véhicule cette nouvelle norme est problématique à de nombreux
égards. En effet, cette loi punit l’excision qu’elle ait été pratiquée sur des mineures ou des
femmes adultes, qu’elle ait été forcée ou consentie. C’est l’excision en tant que pratique
qui est combattue. Pourtant, dans la norme, c’est le terme « mutilations 9

sexuelles » qui est employé, avec pour dessein de se conformer à la définition précitée de
l’OMS. Cependant, dans cette définition il est bien mentionné que les « mutilations
sexuelles » concernent aussi « toute autre lésion des organes génitaux féminins pratiqués
à des fins non thérapeutiques ». Ceci impliquerait que « les mutilations sexuelles » soient
entendues de manière générale. Or, ce n’est pas le cas: la nouvelle norme fait exception
des piercings clitoridiens, des tatouages génitaux et des opérations esthétiques génitales,
en somme, des pratiques autochtones considérées comme des interventions « légères »
(Roux, Paul-André dans BO 2010 N 2133).

Puisqu’il s’agit surtout de protéger les petites filles de toute « mutilation sexuelle », la
norme aurait pu être élaborée de telle façon que toutes les interventions chirurgicales sur
mineures sans distinction de leur ethnie soient prohibées. Mais voilà, la nouvelle norme
pénale n’interdit que l’excision. Mais loin de ne concerner que les enfants, cette
prohibition est de surcroît valable aussi pour des femmes adultes et consentantes, partant
du postulat que ce cas de figure n’existe pas ou tout du moins que derrière ce
consentement se cache en réalité une contrainte sociale et psychologique. Certes, ce
présupposé n’est pas sans fondement mais comment justifier l’interdiction imposée à une
femme adulte qui souhaite être excisée et la totale liberté laissée à une autre désirant subir
une opération esthétique génitale ?

Dans un souci d’éviter toute interdiction de la chirurgie esthétique, un avant-projet


avait été adopté le 12 février 2009, précisant que « l’acte ne serait pas punissable si la
personne lésée était majeure au moment des faits et avait consenti à subir l’intervention »
(IP 05.404, Rapport CAJ-CN, 30 avril 2010: 5141). Mais cette phrase a soulevé un tollé
parmi les organisations de lutte contre l’excision en s’exclamant que cela signifierait que
la Suisse autorise la pratique à l’âge adulte. Pour apaiser cette indignation, cette assertion
a été supprimée tout en spécifiant que les opérations esthétiques génitales, les piercings et
les tatouages seraient exempts de cette loi, décision qui a été « félicitée » par le Conseil
fédéral évitant ainsi à la norme que « son application [ne] se heurte[…] à des difficultés
insurmontables » (IP 05.404, Conseil fédéral, 25 août 2010: 5154). En conséquence, il a
été convenu que si une femme devait se déclarer consentante à son excision, c’est au juge
d’estimer s’il s’agit d’un « consentement valable » au sens du droit pénal, un
consentement entendu comme dépourvu de toute influence extérieure. En d’autres
termes, la norme pénale punit uniquement les « mutilations sexuelles » commises par et
sur des migrantes d’origine 10

extra-européenne sans distinction de l’âge, du consentement et de la forme d’excision


subie.

Une vision européenne

Alors qu’officiellement la nouvelle norme se veut générale puisqu’elle s’applique à


tout un chacun de la même manière, officieusement, elle ne concerne que la pratique
importée par les immigrant-e-s. Mais la Suisse n’est pas le seul Etat à faire une telle
distinction. Cette compréhension officieuse peut être en effet généralisée à l’ensemble
des pays d’accueil européens7 qui ont adopté une loi spéciale contre l’excision. Ce qu’on
constate de prime abord dans toutes les législations européennes c’est leur caractère
apparemment général: il n’est fait mention ni de l’âge, ni de l’ethnie et encore moins du
mode d’intervention. Prenons par exemple la loi pénale suédoise (1982):

« Operations on the external female genital organs which are designed to mutilate
them or produce other permanent changes in them (genital mutilation) must not take
place, regardless of whether consent to this operation has or has not been given. »

(Johnsdotter et Essen, 2010: 33)

Ou encore la loi belge de 2001 (art. 409 CP):

« Quiconque aura pratiqué, facilité ou favorisé toute forme de mutilation des organes
génitaux d'une personne de sexe féminin, avec ou sans consentement de cette

7 Ce constat se vérifie également dans les pays d’Amérique du Nord, d’Australie et de Nouvelle-Zélande
par exemple.
dernière, sera puni d'un emprisonnement de trois à cinq ans. La tentative sera punie
d'un emprisonnement de huit jours à un an. »8

À première vue donc, il n’est pas possible d’attribuer ces lois à la seule pratique de
l’excision puisqu’elles condamnent les opérations qui visent à modifier les organes
génitaux féminins de façon permanente et pour des raisons non médicales. Il est en outre
spécifié que le consentement n’est pas considéré. Pourtant, toutes ces lois font une
exception implicite ou explicite des opérations esthétiques génitales. Comme l’explique
Simone Weil Davis, les lois contre les « mutilations sexuelles » font en sorte de définir
les procédures que cela implique de telle manière à « utiliser seulement un langage qui 11

traite de l’excision du corps des immigrées africaines basée sur le ‘rituel’, la coutume et
la croyance » (Davis, 2002: 21 ; guillemets de l’auteure, ma traduction). Dans certains
cas comme dans The Scottish Act (2005), les chirurgies esthétiques sont exemptes de la
loi grâce à une assertion qui mentionne qu’« aucune offense n’est commise si l’opération
est nécessaire pour la santé physique ou psychique de la fille ou de la femme » (Berer,
2010: 108 ; ma traduction). Et un des exemples donnés pour illustrer les cas d’opérations
justifiées par la santé psychique est la « détresse causée par une perception d’anormalité
» (ibid. ; ma traduction).

Comme le confirme Marge Berer, les lois contre les « mutilations sexuelles » ont pu
être instaurées dans les pays « occidentaux » justement parce qu’elles ne concernaient
que les pratiques non autochtones (Berer, 2010: 109). Pourtant, depuis quelques années
des chercheurs (Sheldon et Wilkinson 1998; Chambers 2008 ; Johnsdotter et Essen 2010)
ont questionné la cohérence d’une telle loi, intransigeante vis-à-vis de toutes les formes
d’excision, mais tolérante face aux opérations esthétiques génitales ; des chirurgies qui ne
font l’objet d’aucune règlementation et qui sont « présentée[s] comme l’une des
modalités de renforcement de l’estime de soi. » (Erlich, 2007: 186). Cette étude est donc
le prolongement de ce questionnement qui entend comprendre ce qui dans un pays
d’accueil européen comme la Suisse explique que deux pratiques qui touchent les
organes génitaux féminins soient légiférées de manière différente.

CHAPITRE II

CADRE THÉORIQUE ET MÉTHODOLOGIE


8 Source: [Link] (Consulté le 05.07.11)
Le corps, la norme et l’Etat

« The personal is political »9 écrivait Carol Hanisch en 1969 dans la mouvance du


féminisme radical. À cette époque, les féministes réclament que l’Etat intervienne dans la
sphère privée, dénonçant les rôles et les normes sociales genrés qui créent et
maintiennent l’oppression des femmes dans ce qu’on appelle une société patriarcale.
Aujourd’hui, c’est chose faite. Pourtant, loin de « libérer » les femmes du patriarcat,
l’Etat comme institution suprême de l’ordre social contribue à maintenir cette oppression:
par les lois ou par leur absence, l’Etat institutionnalise les comportements. Il dicte ce qui
est licite et ce qui est illicite, ce qui est conforme et ce qui ne l’est pas. Autrement dit, la
frontière entre sphère privée et sphère publique n’est plus. Les pratiques corporelles et
culturelles, de l’ordre de la sphère privée de l’individu, deviennent objets politiques.
C’est l’ère de la « biopolitique » confirme Michel Foucault: à partir de la deuxième
moitié du 18e siècle, l’Etat va contrôler les populations « par de nouvelles politiques
appuyées sur de nouveaux savoirs (la démographie, l’hygiène publique, l’urbanisme) »
(Memmi, 2000: 3).

Méthodologie

Avant d’aller sur le terrain, il était important d’avoir une bonne connaissance théorique des
deux pratiques analysées: la nymphoplastie d’une part et l’excision d’autre part. Mais comme
peu de recherches récentes ont été menées en Suisse sur l’excision et aucune encore à ma
connaissance sur la nymphoplastie, la littérature scientifique a essentiellement été anglophone.

Puisque l’excision est un sujet qui a considérablement été étudié depuis plus de trente ans,
j’ai choisi de ne pas m’étendre davantage dans cette étude sur la description approfondie de
cette pratique. En revanche, je me suis concentrée plus particulièrement sur la nymphoplastie
puisque c’est une chirurgie esthétique récente et encore largement méconnue. Pour m’aider
dans cette entreprise, Internet a été un outil indispensable, me permettant d’avoir accès à une
diversité d’articles de presse internationaux sur la nymphoplastie et la chirurgie esthétique
génitale. Pour me faire également une idée plus précise des motivations qui poussent des
femmes à subir une nymphoplastie, j’ai consulté de nombreux forums féminins et médicaux
où les messages postés étaient très révélateurs de la préoccupation grandissante des femmes
pour l’aspect de leurs organes génitaux. La revue de la littérature et la consultation d’Internet

9 Source: [Link] (Consulté le 07.07.11)


a donc constitué la première étape de cette recherche, une étape nécessaire pour établir le
panorama de ma problématique.

Entretiens

La deuxième étape et le cœur de cette étude qualitative a consisté en la réalisation d’une


vingtaine d’entretiens menés entre février et mai 2011. Les entretiens ont été menés, en
français ou en anglais, avec des personnes clés 10: d’une part, des observateurs privilégiés
(médecins, juristes, militants contre l’excision et deux femmes excisées); d’autre part, des
experts du domaine politique ou scientifique. L’anonymat a été préservé pour les premiers.

Les entretiens, de type semi-directifs, ont été conduits sur la base d’un canevas
flexible, adapté au profil des personnes interrogées. Toutefois, chaque entretien a
influencé le suivant au sens où les réponses apportées et les questions suscitées lors
d’un entretien ont été reprises dans les suivants pour confirmation ou pour
confrontation d’opinions. Parce que l’objet de cette étude est complexe et encore assez
tabou, j’ai délibérément choisi de révéler la problématique de mon étude à mes
interlocuteurs, non sans savoir qu’adopter une telle approche puisse comporter des
risques: refus d’entretien ou perte de crédibilité. Toutefois, adopter une telle démarche
a eu le mérite de susciter le débat, ce qui m’a permis de mieux comprendre les
représentations sociales qui entourent l’une et l’autre pratique

PARTIE II

EXCISION ET NYMPHOPLASTIE : UNE


GÉMELLITÉ

ANTITHÉTIQUE

CHAPITRE III

LA NYMPHOPLASTIE

10 Cf. Annexe 3 : Liste des entretiens.


La première question à laquelle a voulu répondre cette étude est de savoir quels
sont les arguments donnés par les intervenants pour distinguer la nymphoplastie de
l’excision. Il est en effet important de comprendre leurs différences présupposées afin
d’apporter un premier élément de réponse à l’exception faite par les parlementaires
pour les opérations esthétiques génitales. Cette Partie II, représentant les résultats
empiriques de la recherche, est construite en trois chapitres: dans le chapitre ci-
présent, il s’agit de comprendre tout d’abord ce qu’est la nymphoplastie. Cette brève
description se base principalement sur les informations apportées par les interviewés.
Puis, j’exposerai les termes utilisés lors des entretiens pour différencier les deux
pratiques à partir d’une analyse de contenu afin de mieux se rendre compte de la
polarité des discours (Chapitre IV). Cette analyse permet ainsi de dégager trois
arguments principaux qui sont étudiés dans le dernier chapitre de cette partie (Chapitre
V) afin de montrer qu’en réalité, ce sont les représentations sociales sur la
nymphoplastie et l’excision qui les ont érigés en deux parfaits opposés.

Sex design, une nouvelle chirurgie esthétique

La nymphoplastie – ou labioplastie11 – est une chirurgie ambulatoire qui consiste à


réduire les petites lèvres, dans le cadre médical ou esthétique. L’intervention est
considérée comme médicale lorsque la patiente présente une malformation congénitale
ou si une ou les deux petites lèvres sont jugées hypertrophiées, soit « anormalement
longues », dues à une croissance excessive durant la puberté. Plusieurs interviewés
utilisent l’expression « des oreilles d’éléphant » pour illustrer ce cas 12 ; d’autres
parlent 24

de « pathologie », sans pour autant pouvoir en donner une définition précise 17.
Toutefois, les patientes qui correspondent à ce cas n’ont pas d’elles-mêmes une
démarche médicale mais consultent d’abord pour des raisons de « confort », étant
gênées physiquement dans leurs vêtements, en faisant du vélo ou lors des rapports
sexuels. La nymphoplastie esthétique, en revanche, concerne davantage une gêne
psychologique: lorsque l’aspect des petites lèvres provoque chez la patiente une gêne

11 Cf. Annexe 2 : Les types de chirurgie esthétique génitale.


12 « La nymphoplastie c’est un petit différent c’est quand vous avez des lèvres qui sont très… souvent
qui sont détendues avec le temps. C’est un peu comme des oreilles de Dumbo l’éléphant au niveau des
ou une honte. Toutefois, la frontière entre une nymphoplastie esthétique et une
nymphoplastie médicale est quelque peu vaporeuse. En effet, la nymphoplastie
esthétique est assimilée par de nombreux interviewés à une psychothérapie 18 au sens
où elle permet à la patiente de remédier à une anxiété, un stress quant à l’apparence de
ses organes génitaux et par la même occasion à améliorer la qualité de sa vie sexuelle,
étant « libérée » de ses complexes. Dans un numéro de la revue Reproductive Health
Matters consacré à la chirurgie génitale, on remarque en effet que la justification
médicale a tendance à supplanter l’esthétique:

In almost all cases, labiaplasty is a response to the physical appearance of


completely normal labia and a desire for more “attractive” genitalia. It is difficult
for doctors to refuse such requests if the patient argues that her insecurities are
psychologically damaging.

(RHM, 2010: 179, guillemets de l’auteur)

De plus, une justification médicale permet à la patiente d’espérer se faire rembourser


l’opération par sa caisse maladie. En effet, les chirurgies esthétiques étant à la charge
de la cliente et souvent très onéreuses, avancer un argument médical augmente les
chances d’un remboursement. Certains médecins interrogés expliquent en effet que le
remboursement dépend souvent des termes utilisés pour justifier l’intervention «
médicale » et du bon-vouloir du médecin-conseil de l’assurance19.

lèvres et c’est vrai que faire une reconstruction pour avoir des lèvres normales, c’est quand même
important parce que c’est quand même l’élément important de la sexualité. » (GE_médecin_4a)
17
« Elle veut des petites lèvres mais plus petites donc en fait… si vous voulez on enlève un petit peu
ce qui est entre guillemet pathologique… et où est le pathologique ? On n’en sait rien… mais je
veux dire c’qui les dérangent physiquement, etc. » (GE_médecin_2)
18
Pour davantage d’informations, voir Braun 2009b ; Braun et Tiefer 2010.
19
« Bon moi j’ai un peu les termes types quoi mais ça dépend un peu des assurances mais il y en a
beaucoup qui… qui remboursent pas. Mais bon des fois ça dépend sur quel médecin-conseil on
tombe... et pis… si on explique… ça peut passer hein. » (GE_médecin_2)
25

Une chirurgie esthétique récente


Si la nymphoplastie pour remédier à une malformation congénitale semble avoir
toujours existé, il n’en va pas de même pour les nymphoplasties « de confort » et
esthétique qui auraient commencé il y a une dizaine d’années 13. Certains interviewés
attribuent cet essor à la plus grande liberté de langage autour du sexe et à sa
médiatisation – en grande partie grâce à Internet. Si toutefois l’existence de la
nymphoplastie en tant que chirurgie esthétique est encore assez méconnue, le besoin
ressenti par les femmes de changer l’apparence de leurs organes génitaux – partie du
corps jusqu’ici peu sujette à la chirurgie esthétique – est un sentiment de plus en plus
grandissant et la banalisation de la pornographie y est pour beaucoup.

Alors qu’auparavant, il était difficile de pouvoir comparer ses organes génitaux


avec d’autres femmes, partie intime et peu exposée, la pornographie et les revues
érotiques ont donné la possibilité aux femmes de comparer leur vulve à celle des
actrices X (voir Jeffreys 2005). Bien qu’il s’agisse de photos retouchées et souvent, de
petites lèvres opérées, ces images ont établi un standard de beauté auxquelles des
organes génitaux « normaux » doivent correspondre. Or, ces images renvoient à des
vulves de petites filles, puisque sur ces photos – et a fortiori après une nymphoplastie
– les petites lèvres retrouvent leur aspect pré-pubère 14. Ceci a pour conséquence d’une
part de donner aux femmes l’impression de n’être pas « normales » dès le moment où
leurs organes génitaux ne correspondent pas à ce qu’elles voient; d’autre part, de
renforcer chez certains hommes, « le fantasme de la jeune fille », qui vont de ce fait
encourager ou du moins soutenir la démarche de leur femme à faire recours à la
chirurgie.

CHAPITRE IV

DOUBLE ANTAGONISME

13 La nymphoplastie comme nouvelle chirurgie esthétique est née dans les discours publics à la fin
des années 1990 à travers les sites web de chirurgiens, les publicités et une couverture médiatique
importante (Braun, 2009: 134)
14 Pour des photos avant-après: cf. Annexe 2 : Les types de chirurgie esthétique génitale.
De même que la norme pénale distingue l’excision des opérations esthétiques
génitales, les interviewés de cette étude ont tenu des propos faisant apparaître une
gémellité antithétique parfaite entre ces deux pratiques. En effet, excision et
nymphoplastie sont présentées comme diamétralement opposées. Cette affirmation ne
surprendrait pas la psychologue néo-zélandaise, Virginia Braun qui a établi le même
constat:

The domains of ‘FGM’ and FGCS 15 have been constructed as entirely separate,
as polar opposite; some have argued explicitly for a fundamental difference
between FGCS and ‘FGM’ […] The implicit position within such discourse is
that ‘FGM’ is unacceptable, but FGCS is acceptable.

(Braun, 2009b: 234, mis en italique par l’auteure)

L’analyse des termes utilisés par les intervenants permet ainsi de répertorier
plusieurs « différences », présentées dans les discours comme des vérités indéniables.
Tout d’abord, excision et nymphoplastie ne concernent pas les mêmes personnes: d’un
côté, cela touche des Africaines, de l’autre, cela s’adresse à des Européennes.
L’excision a aussi un caractère collectif alors que la nymphoplastie est d’ordre
individuel. L’excision touche des enfants alors que la nymphoplastie est une pratique
d’adultes. De ce fait, pour l’une, la femme est victime, pour l’autre, elle est actrice.

Excision Nymphoplastie
s’adresse à vous comme à moi /
Africaines vs Européennes africaines
européennes
Collectif vs Individuel tout [nouveau-né] / des [enfants] une [femme] / un [individu]
nouveau-né / naissance / mineur / adulte / femme
Enfant vs Adulte
enfants / jeunes filles
liberté / libre de ses choix / a le choix
impose / clan / aucun choix /
/ indépendante / consentantes / sont
Victime vs Actrice victime / contre la volonté / sans
d’accord / conscientes de ce qu’elles
demander l’avis
font / elles paient pour
30

Ensuite, l’excision aboutit à de nombreuses conséquences alors que la


nymphoplastie n’en a aucune, notamment concernant la sexualité féminine que
l’excision brime et que la nymphoplastie améliore. De même pour l’aspect des
organes génitaux qui de par l’excision sont enlaidis alors que la nymphoplastie permet
de les embellir. En d’autres termes, l’excision n’apporte aucun bénéfice alors que dans
le cas de la nymphoplastie, les médecins viennent en aide à la patiente. Pour toutes ces
raisons, l’excision est un acte irrationnel, fondé sur une tradition, contrairement à la
nymphoplastie qui est un acte réfléchi, donc rationnel.

15 FGCS: Female genital cosmetic surgery.


Excision Nymphoplastie
conséquences multiples / put the
Conséquences : Multiples health, welfare and well-being at pas de conséquences / pratiquement
vs Nulles risk / les pires problèmes / jamais d’infections et d’hématomes
cicatrices horribles
sexualité perdue / supprimer le
désir sexuel / limite le plaisir sexuel
/ permettre de se sentir mieux dans sa
Sexualité : Brimée vs supprime l’organe producteur de sexualité / n’enlève pas l’organe de
Améliorée plaisir
plaisir / ne pas avoir une jouissance
sexuelle / ablation du clitoris donc
tout ce qui est lié au plaisir
Inesthétique vs Esthétique not aesthetic for beautification
aider / arranger / améliorer / lui
Bénéfices : Nuls pas pour faire du bien / aucun
rendre service / opération hautement
vs Multiples bénéfice
réparatrice / medical benefits
it has to be done / pratique rituelle / discuté / décidé / des choses
Acte : des raisons culturelles / des raisons réfléchies / capables de discernement
idéologiques, religieuses / une
Irrationnel vs Rationnel tradition / no justification / un but / must be a reason / des raisons
non médical médicales

Enfin, l’excision est un acte violent et barbare. Or, la nymphoplastie est un acte
médical donc sûr. En effet, l’excision est une pratique ancienne et culturelle alors que
la nymphoplastie est moderne. C’est pourquoi, d’un côté, la pratique est illégale, de
l’autre, elle est légale.

Excision Nymphoplastie
arracher / agresser / brutale /
tranquillement / spécialiste / sécurité
violence / barbare / une mutilation /
on ampute / ablation / ils délabrent / confort / une plastie / doctors know
Violence vs Sécurité what they’re doing / scientifically
tout / tortuous practice / torture /
studied / scientifically it can be done
bousillé / massacré / abimé /
horrendous / dangerous
pratique traditionnelle / pendant des
Ancienne vs Moderne nouveau / new modern way
siècles
approved by the government /
against medical ethics / against
accepted by the law in the country /
Illégale vs Légale legislation /
accepted by the community /
medically condemn by WHO
medically accepted

31

Lorsqu’il s’agit de mettre en parallèle l’excision et la nymphoplastie, on remarque


ainsi que bien souvent ce sont des antonymes qui sont utilisés. On constate également
un changement de rythme dans le ton de la voix lorsque l’interviewé parle de
l’excision (voix plus rapide) ou de la nymphoplastie (voix plus lente), un changement
de rythme qui reflète l’opinion du locuteur pour l’une et l’autre pratique. Voici une
citation d’un médecin interrogé qui illustre parfaitement cette opposition symétrique,
appuyée par un changement de rythme:

La démarche que dans une société donnée on impose à tout nouveau-né de sexe
féminin de se faire arracher le clitoris de façon assez brutale pour des raisons
idéologiques, religieuses, etc. on les connait. Et puis le fait qu’une femme adulte
va tranquillement sur ses deux pattes arrière voir un spécialiste pour lui faire une
plastie génitale esthétique dans des conditions toute sécurité, tout confort. Je
pense qu’il y a quand même une grosse différence. Vu sous cet angle-là.

(GE_médecin_4)

Toutes ces « différences » mentionnées par les divers interviewés de cette étude
montrent que ces discours sont certes basés sur des faits réels mais que ceux-ci,
généralisés, sont devenus des représentations sociales qui ne tiennent plus compte de
la pluralité des vécus. Dans l’imaginaire collectif, ce sont donc deux pratiques
totalement opposées avec pour distinctions principales le plaisir sexuel, les
conséquences sur la santé et le consentement.

CHAPITRE V

LES TROIS ARGUMENTS PRINCIPAUX DE DISTINCTION

Dans le présent chapitre, il s’agit d’analyser les trois « différences » identifiées


comme capitales dans l’opposition des deux pratiques. Ces trois arguments sont donc
le plaisir sexuel, les conséquences sur la santé et le consentement 16. Je vais montrer ici
que cet antagonisme, érigé en vérité indéniable, est en réalité le résultat de
représentations sociales en vigueur en Suisse comme dans tout pays d’immigration
européen.

16 Cette étude n’aborde ni la question de l’âge ni celle de la contrainte physique puisque pour des
questions de comparabilité, je ne me base que sur la situation de deux femmes adultes et consentantes.
Le plaisir sexuel

Selon plusieurs interviewés, le plaisir sexuel est une différence incontestée entre la
nymphoplastie et l’excision17. Or, l’histoire de la nymphoplastie ou plus généralement
de la chirurgie génitale montre que cette intervention n’a pas toujours eu pour
vocation d’améliorer la sexualité féminine.

Les conséquences sur la santé

La nymphoplastie, une pratique à risques

Les entretiens montrent que les conséquences sur la santé est un deuxième argument
important pour différencier la nymphoplastie de l’excision. Si les diverses
conséquences de l’excision sont connues18, les risques de la nymphoplastie semblent
être sousestimés. Lors des entretiens, plusieurs constats ont en effet pu être établis:
pour certains médecins interrogés, la nymphoplastie ne comporte aucun risque ou dans
le pire des cas, juste des risques liés à une banale intervention chirurgicale19. Certains
chirurgiens arguent même que la dangerosité de la nymphoplastie est issue de «
rumeurs »

Le consentement

Des trois arguments principaux, le consentement et le libre choix sont deux concepts qui
reflètent sans aucun doute l’argument le plus important, évoqué par les interviewés. La
majorité d’entre eux affirment sans hésitation que la nymphoplastie est une démarche
personnelle, consentie et libre. En d’autres termes, la principale distinction entre
nymphoplastie et excision serait la pression socioculturelle exercée sur la femme. Dans
l’excision, elle serait à la base même de toute intervention alors que pour une nymphoplastie,
elle serait quasi nulle. Or, pour Clare Chambers, philosophe britannique, considérer le choix
des individus en-dehors de toute influence extérieure est un leurre:
17 « Bah ce sont deux choses différentes. L’excision vous supprimez le désir sexuel. Vous êtes en
train de mutiler une femme dit très clairement. Tandis que là on est en train de… au contraire de…
c’est deux opposés… on est en train de au contraire de… d’arranger, de permettre à une femme de
se sentir mieux dans sa sexualité. C’est deux opposés. C’est deux extrêmes si vous voulez. »
(GE_médecin_3)

18 Les risques liés à la pratique de l’excision sont divers: infections, hémorragies, douleurs et pour une
infibulation: difficultés pour uriner ou lors de l’écoulement menstruel, complications lors de l’accouchement. Il
est toutefois important de noter que les complications précitées ne sont pas imputables à tous les types
d’excision. En effet, le type I – la sunna – comporte moins de risque qu’une infibulation par exemple (type III).
19 « Pfffff…. honnêtement rien. Les risques classiques d’une intervention: on peut avoir un hématome, une
infection, tout ce que vous voulez mais voilà, c’est… en plus c’est une chirurgie de… débile. Enfin c’est… il
n’y a rien de plus simple. Il ne peut justement rien arriver… pratiquement jamais d’infections et d’hématomes.
Jamais. » (VD_expert_1)
Individuals and their preferences are formed by social forces, so that who people are and
what they want are affected by their social context. […] individual’s options are
constrained by social norms.

(Chambers, 2004: 2 ; mis en italique par l’auteure).

En d’autres termes, les discours sur le consentement ont tendance à focaliser leur attention sur
la seule capacité des individus à choisir et non sur la manière dont la société forme leurs
préférences (Chambers, 2008: 9). Et pourtant, dans le cas de la nymphoplastie comme pour
toute chirurgie esthétique, l’environnement social a une influence certaine sur les perceptions
et les choix.

Synthèse

Dans cette partie de l’étude, j’ai montré que ni le plaisir sexuel, ni les conséquences sur la
santé et encore moins le consentement, ne sont des raisons suffisantes pour légitimer une
distinction binaire entre l’excision et la nymphoplastie quand il s’agit de comparer deux
femmes adultes consentantes à leur opération. En effet, ces deux pratiques ont plus de
similitudes que de différences. Or, ce sont les représentations sociales entourant ces deux
pratiques qui donnent l’impression d’une gémellité antithétique. En d’autres termes, être
conscient de ces ressemblances c’est éviter toute incohérence dans les discours, un risque pour
la crédibilité de la norme pénale.

PARTIE III

DES REPRÉSENTATIONS SOCIALES À LA NORME

PÉNALE

L’Autre

À en croire toutes les personnes interrogées au cours de cette étude, une pratique dite
scientifique et médicale ne peut nuire. Quel que soit l’endroit du corps soumis au scalpel, la
chirurgie esthétique semble toujours légitime du fait de son caractère psychothérapeutique.
Avec une telle justification, peu d’interviewés n’osent condamner

Les harmful traditional practices des pays « développés »

La vision de la femme « non-occidentale », prisonnière de ses traditions que la modernité


salvatrice viendrait délivrer est si bien ancrée dans les esprits qu’elle est même présente dans
les rapports onusiens. Professeure en science politique à l’Université de Melbourne, Sheila
Jeffreys dénonce, dans son livre Beauty and Misogyny (2005), « l’oubli » par les Nations
Unies des HTP qui existent aussi dans les pays « développés ». Dans la dernière Fact Sheet
onusienne sur les HTP affectant la santé des femmes et des fillettes (UN n°23, 1995) –
définies de surcroît par la Convention on the Elimination of All Forms of Discrimination
Against Women (ci-après CEDAW) – seules les pratiques telles que l’excision, le gavage, le
mariage forcé et/ou précoce ou encore le féminicide sont répertoriées. Nulle mention par
exemple des troubles alimentaires (anorexie, boulimie) ou de la chirurgie esthétique. Or, sous
le concept de HTP se regroupent – toujours selon la CEDAW – toutes les pratiques qui
affectent la santé des femmes, accomplies afin de mieux contrôler leur sexualité, au profit des
hommes et qui se transmettent d’une génération à l’autre ([Link].). Les troubles alimentaires
ou les chirurgies esthétiques sont bien souvent écartées de cette définition de par leur
présupposé caractère individuel. De ce fait, il est encore difficile aujourd’hui de les
reconnaître comme des HTP de pays « développés » alors qu’elles en ont en réalité toutes les
caractéristiques.

La tolérance de l’automutilation

L’agir structuré et structurant

Comme « il n’existe aucune institution explicite exigeant l’obéissance des femmes aux
dictats de la beauté » (Sandra Bartky dans Jeffreys, 2005: 174 ; ma traduction), il est souvent
entendu à tort que toute demande de chirurgie esthétique est parfaitement libre et non une
réponse à des contraintes normatives. J’ai montré précédemment que plusieurs décisions
individuelles de faire recours à la chirurgie ont un impact collectif. Grâce à son concept de
agency (ci-après agir en français), Anthony Giddens conforte cette idée. Pour Giddens, ce
sont les actions répétées des individus qui produisent la structure, une structure régie par des
normes sociales. L’agir est donc structurant (Giddens 1997). Mais dans une logique circulaire,
l’agir, structurant, est également structuré: l’individu lui-même va s’autocontrôler afin de se
conformer aux normes qui le contraignent. Pour mieux comprendre cela, prenons l’exemple
du Panopticon de Jeremy Bentham que Michel Foucault analyse dans son livre Surveiller et
punir: modèle de prison circulaire à l’intérieur de laquelle se situe une tour en son centre et
des cellules de prisonniers en périphérie. Chaque individu est placé dans une cellule
individualisée, composée de deux fenêtres, l’une donnant sur l’extérieur et l’autre sur
l’intérieur. Grâce au contre-jour que permet la disposition de la cellule, le prisonnier peut être
vu à tout moment par un surveillant dans la tour centrale sans que lui-même ne puisse voir s’il
est surveillé

Un signe de non intégration

Mais interdire l’excision dans un contexte migratoire a d’autres enjeux que seulement la
non-conformité avec le discours attendu: l’excision concerne des femmes non autochtones.
Comme je l’ai montré dans le Chapitre VI, la conviction que le développement contribue à
l’émancipation féminine est largement reçue (Nader, 2006: 17). Or, dans un contexte
migratoire, la vision d’une modernité civilisatrice est d’autant plus forte que les immigré-e-s
vivent dans le même contexte social et géographique que les autochtones. De ce fait, il semble
incompréhensible pour les autorités des pays d’accueil que des immigrées adultes puissent
continuer à pratiquer des traditions

« barbares », importées de leur pays d’origine alors qu’elles vivent dans un pays « développé
». La seule explication plausible trouvée à cette « incohérence » est de croire qu’elles sont
prisonnières de leurs traditions (Johnsdotter et Essen 2010 ; voir aussi Kofler et Fankhauser
2009). Reflétant ainsi une attitude paternaliste, l’Etat social instaure une loi contre l’excision
dans une logique de protéger la « victime » bien qu’ « adulte et capable de discernement »
(BO 2010 N 2133).

Une absence de comparaison nécessaire

La condamnation et l’expulsion de ces « criminels » voire l’existence même de la norme


pénale contre l’excision renforcent les stéréotypes déjà existants sur la culture des immigrés et
l’image de la migrante prisonnière de ses traditions. Or, ces préjugés sont également
importants dans le maintien de l’oppression des femmes autochtones. Comme l’explique
Laura Nader (2006), les discours négatifs sur l’Autre permettent de détourner l’attention du
contrôle des femmes européennes puisqu’il paraîtrait inconvenant de comparer les conditions
de vie des femmes dans un pays « développé » avec celles d’un pays « en voie de
développement ». En réalité, cette vision d’une comparaison « déplacée » contribue à la non
remise en question des normes sociales genrées injustes envers les femmes en Europe et par
conséquent à l’acceptation implicite de ces codes. Or, cette absence de comparaison est
indispensable puisque « la présomption de supériorité des femmes occidentales [est un]
symbole de la présomption de supériorité de l’Occident » (Nader, 2006: 18). En effet,
reconnaître qu’il existe aussi des HTP dans des pays « développés » impliquerait la destitution
de l’ « Occident » comme modèle à suivre de civilité et remettrait ainsi en question la
hiérarchie et la vision du monde qu’il s’est efforcé d’imposer aux autres pays. Pour veiller à
cet équilibre, il est donc nécessaire de bien différencier les pratiques autochtones de celles des
migrants extra-européens puisqu’au travers d’une légitimité différenciée entre ces deux
pratiques corporelles, se cachent en réalité des enjeux sociopolitiques.

Synthèse

Dans la Partie III, j’ai montré que l’antagonisme présupposé entre les opérations
esthétiques génitales et l’excision est en réalité le reflet d’une dichotomie plus générale: celle
qui oppose les pays « développés » aux pays dits « en voie de développement ». Cette vision
du monde binaire place les premiers en-dessus des seconds, érigés en modèles de
développement.

Ainsi, il semble incompréhensible pour les autorités des Etats européens que des immigrés
puissent continuer à perpétuer des pratiques « barbares » alors qu’ils vivent dans une société «
moderne ». Ne répondant pas aux discours attendus, les déviants – soit ici les auteurs ou
incitateurs d’une excision – sont perçus comme un échec d’intégration et expulsés. En réalité,
tout ce processus, légitimé par des discours binaires, participe au maintien de la suprématie
des pays d’immigration européens sur les pays d’émigration non-européens. Comparer des
pratiques provenant des deux côtés de cette « frontière » c’est craindre de faire basculer cette
hiérarchie. Aussi, il est admis de supposer ici que la norme pénale contre les « mutilations
sexuelles » n’aurait pas été instaurée si elle avait également dû incorporer les pratiques
autochtones, qui remplissent pourtant tous les critères définis par les Nations Unies d’une
harmful traditional practice.
ANNEXES

Définition

« L’expression « mutilations sexuelles féminines » (on parle aussi d’« excision » et de «


mutilation génitale féminine/excision ») désigne toutes les interventions aboutissant à une
ablation partielle ou totale des organes génitaux externes de la femme et/ou toute autre lésion
des organes génitaux féminins pratiquée à des fins non thérapeutiques. » (OMS, 2008: 1).

Typologie établie par l’OMS (2007)20

Type I: Ablation partielle ou totale du clitoris et/ou du prépuce (clitoridectomie


ou sunna)
Type Ia: Ablation du capuchon clitoridien ou du prépuce uniquement

Type Ib: Ablation du clitoris et du prépuce

Type II: Ablation partielle ou totale du clitoris et des petites lèvres, avec ou
sans excision des grandes lèvres (excision)
Type IIa: Ablation des petites lèvres uniquement

Type IIb: Ablation partielle ou totale du clitoris et des petites lèvres

Type IIc: Ablation partielle ou totale du clitoris, des petites lèvres et des
grandes lèvres

Type III: Rétrécissement de l’orifice vaginal avec recouvrement par l’ablation


et l’accolement des petites lèvres et/ou des grandes lèvres, avec ou sans excision
du clitoris (infibulation)
Type IIIa: Ablation et accolement des petites lèvres

20 Référence: OMS (2008), Eliminer les mutilations sexuelles féminines: déclaration interinstitutions, Genève.
Type IIIb: Ablation et accolement des grandes lèvres

Type IV: Non classées: toutes les autres interventions nocives pratiquées sur les
organes génitaux féminins à des fins non thérapeutiques, telles que la ponction,
le percement, l’incision, la scarification et la cautérisation.
Définition

« Les interventions chirurgicales génitales (à but esthétique) comprennent : la labioplastie


(réduction des petites lèvres), les « augmentations » des grandes lèvres (suppression des
tissus, injections de graisse), la liposuccion (pubis, grandes lèvres), le resserrement du vagin
(injections de graisse, resserrement chirurgical), la réduction [voir l’ablation] du capuchon
clitoridien, le repositionnement du clitoris, l’« amplification » du point G (injection de
collagène dans le point G qui se gonfle de façon significative) et l’hymenoplastie
(reconstruction de l’hymen). » (Braun, 2005: 407 ; ma traduction)

Synonymes de nymphoplastie: labioplastie, labiaplastie, réduction des petites lèvres, plastie


des petites lèvres, sex design, design sexuel.

Photos de nymphoplastie21

AVANT APRÈS AVANT APRÈS

Avec piercing clitoridien.

21 Sources: [Link] et [Link]

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