Cours de Mathématiques Lycée Lakanal
Cours de Mathématiques Lycée Lakanal
Cours de mathématiques
MP
Alain TROESCH
1 Suites numériques 7
I Topologie réelle et complexe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
I.1 Intervalles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
I.2 Voisinages . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
II Convergence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
II.1 Convergence, réexpression topologique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
II.2 Rappel des propriétés opératoires relatives à la convergence . . . . . . . . . . . . . 10
II.3 Comportement des limites vis-à-vis des inégalités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
II.4 Propriétés des suites monotones . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
III Comparaisons asymptotiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
IV Suites récurrentes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
IV.1 Suites récurrentes linéaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
IV.2 Suites récurrentes linéaires perturbées . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
IV.3 Suites récurrentes un`1 “ f pun q . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
2 Cardinaux et dénombrabilité 21
I Rappels sur les cardinaux finis . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
I.1 Ensembles finis, cardinaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
I.2 Rappel des propriétés calculatoires sur les cardinaux . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
I.3 Grands principes combinatoires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
II Dénombrabilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
II.1 Cardinaux infinis . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
II.2 Dénombrabilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
II.3 Règles opératoires sur les ensembles dénombrables . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
II.4 Des ensembles infinis non dénombrables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
4 Intégrales généralisées 57
I Intégrales sur un intervalle quelconque . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 57
I.1 Intégrale généralisée sur un intervalle ra, br. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58
I.2 Intégrales de référence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
I.3 Théorèmes de comparaison pour les intégrales de fonctions positives . . . . . . . . 61
I.4 Extension aux intégrales sur un intervalle quelconque I . . . . . . . . . . . . . . . 63
I.5 Intégrabilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65
I.6 Bilan méthodologique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 68
II Méthodes calculatoires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 68
II.1 Changement de variables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 69
II.2 Intégration par parties . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 70
III Études asymptotiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71
III.1 Intégration des relations de comparaison . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71
III.2 Théorème de convergence dominée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 72
Nous rappelons dans ce chapitre les définitions et propriétés importantes sur les suites, ainsi que quelques
aspects techniques et calculatoires en fin de chapitre. Il s’agit essentiellement de révisions du cours de
MPSI, mais nous profitons de ce chapitre de révision pour introduire des notions fondamentales en analyse,
comme les notions topologiques.
L’objectif n’est pas de refaire le cours de MPSI, mais uniquement des rappels. Ainsi, en particulier, les
démonstrations, et les exemples de base sont à reprendre dans votre cours de MPSI. Certaines démons-
trations importantes seront néanmoins reprises rapidement.
Nous rappelons que R “ R Y t´8, `8u.
@pa, bq P I 2 , @x P R, a ď x ď b ùñ x P I.
On rappelle que la propriété de la borne supérieure permet de décrire tous les intervalles :
Ÿ Éléments de preuve.
Si I est non vide, sa borne inférieure a et sa borne supérieure b existent (éventuellement infinies).
Montrer, par la propriété de convexité, que sa, brĂ I Ă ra, bs. Ź
8 CHAPITRE 1. SUITES NUMÉRIQUES
Remarques 1.1.3
1. Cette propriété est spécifique à R. Par exemple, elle est fausse dans Q (avec a, b P Q).
2. La définition et le théorème s’étendent à R. Puisque `8 et ´8 sont des éléments particuliers
de R, on a besoin de moins de cas pour décrire tous les intervalles : ra, bs, sa, bs, ra, br et
sa, br, avec a, b P R. L’ensemble vide est par exemple obtenu en considérant s0, 0r, alors que
R “s ´ 8, `8r et R “ r´8, `8s.
La seule différence avce les intervalles de R est la possibilité d’inclure les bornes infinies.
I.2 Voisinages
On note K “ R ou C. La notation |z| désignera donc suivant le cas soit la valeur absolue dans R, soit le
module dans C.
Définition 1.1.4 – Voisinage dans K “ R ou C
Soit a P K, et V Ă K. On dit que V est un voisinage de a s’il existe ε ą 0 tel que :
@y P K, |y ´ x| ă ε ùñ y P V,
a P I Ă V.
Exemple 1.1.8
Donner un exemple de famille de voisinages de 0 dans R dont l’intersection n’est pas un voisinage
de 0.
Par exemple, dire qu’une fonction f est continue au voisinage de a signifie qu’il existe un voisinage V de
a tel que pour tout x P V , f soit continue en x, donc tel que f soit continue sur V .
II Convergence
II.1 Convergence, réexpression topologique
On rappelle les définitions suivantes :
Définition 1.2.1 – limite d’une suite, convergence, divergence
‚ Une suite pun qnPN à valeurs dans K “ R ou C admet une limite ℓ P K si et seulement si :
@ε ą 0, DN P N, @n ě N, un P Bpℓ, εq.
Si pun q admet une limite ℓ, on dit aussi que pun q tend vers ℓ lorsque n tend vers `8, et on écrira
ℓ “ lim un , ou un ÝÑ ℓ.
nÑ`8 nÑ`8
@A P R, DN P N, @n ě N, un ě A.
@A P R, DN P N, @n ě N, un ď A.
Ÿ Éléments de preuve.
Si ℓ1 et ℓ2 sont deux limites (non infinies) distinctes de pun q, considérer ε “ |ℓ2 ´ ℓ1 | dans les
définitions pour obtenir une contradiction.
Discuter les cas infinis de façon similaire. Ź
Pour ne pas avoir constamment à traiter le cas d’une limite infinie de façon particulière, on donne une
traduction topologique de la définition de la limite d’une suite, valide tout aussi bien pour des limites
finies ou infinies.
Proposition 1.2.4 – Caractérisation topologique de la limite
Soit pun qnPN une suite d’éléments de K “ R ou C, et a P K (ou éventuellement a “ ˘8 si K “ R).
Alors les propositions suivantes sont équivalentes:
(i) un ÝÑ a
aÑ`8
10 CHAPITRE 1. SUITES NUMÉRIQUES
(ii) @V P Vpaq, DN P N, @n ě N, un P V .
On termine cette section par une propriété importante des suites d’entiers.
Ÿ Éléments de preuve.
Réciproque évidente. Sens direct : considérer ε ă 12 . Ź
La continuité de l’exponentielle et du logarithme (ou une propriété de composition des limites, pour les
cas infinis non indéterminés) permet d’obtenir les règles d’exponentiation :
II Convergence 11
Dans cette proposition, les règles d’exponentiation ont été étendues par les opérations suivantes dans R :
‚ a`8 “ 0 si a P r0, 1r,
‚ a`8 “ `8 si a Ps1, `8s
‚ a´8 “ `8 si a P r0, 1r,
‚ a´8 “ 0 si a Ps1, `8s,
‚ 0b “ 0 si b Ps0, `8s.
80 , 00 et 18 .
Ÿ Éléments de preuve.
Par l’absurde. Ź
Avertissement 1.2.13
Les inégalités strictes ne se conservent pas !
Remarque 1.2.15
C’est avant tout un théorème d’existence de la limite. La valeur vient en bonus. Ne pas le rédiger
comme un double passage à la limite dans les deux inégalités, qui ne justifie pas correctement cette
existence.
Le théorème de minoration s’utilise parfois en comparant à des suites dont on connaît bien la nature, par
exemple les suites géométriques. La divergence ou la convergence des suites géométriques étant rapide,
cela ne s’applique toutefois que pour des suites ayant un comportement assez marqué.
Voici une façon assez commode de faire une comparaison à une suite géométrique. Elle permet également
de comparer les séries associées (critère de d’Alembert).
Exemples 1.2.18
an
Limite de n! , a P C.
@n ě n0 , un “ εn vn et lim εn “ 0.
Si ces propriétés sont satisfaites, on dit que pun q est négligeable devant pvn q, et on note un “ opvn q.
La propriété suivante permet d’écrire une équivalence sous forme d’un développement asymptotique,
ce qui s’avère très souvent pratique d’un point de vue technique, pour contourner certains problèmes
techniques liés aux équivalents (sommes, compositions)
Remarque 1.3.5
Si pvn q ne s’annule pas à partir d’un certain rang, ces propriétés peuvent être caractérisées par
vn
l’étude de :
ˆ ˙ un
un
‚ bornée ðñ un “ Opvn q ;
vn
un
‚ ÝÑ 0 ðñ un “ opvn q ;
vn
un
‚ ÝÑ 1 ðñ un „ vn .
vn
On rappelle les règles de manipulation suivantes, qui se démontrent facilement avec le point de vue
séquentiel (la deuxième caractérisation).
Avertissement 1.3.10
‚ Ne pas sommer des équivalents (problème de compensation de la partie principal)
‚ Ne pas composer des équivalents par une fonction.
Exemples 1.3.11
Donner des contre-exemples pour ces deux avertissements.
Pour conourner ces problèmes, revenir à des techniques de développements limités ou asymptotiques.
Enfin, deux propriétés importantes des équivalents :
Et pour terminer, la piqûre de rappel des équivalents classiques. Je les donne sous leur version fonc-
tionnelle, ce qui signifie ici qu’on peut remplacer x par n’importe quelle suite convergeant vers 0 (les
équivalents classiques étant tous donnés au voisinage de 0).
Ne pas hésiter sur ces équivalents !
IV Suites récurrentes 15
Et un petit dernier qui a un statut un peu particulier, car spécifique aux suites et ne découlant pas de
techniques de dérivation :
IV Suites récurrentes
Nous terminons ce chapitre par quelques rappels sur les propriétés et l’étude de certaines suites récur-
rentes.
Une suite récurrente d’ordre k est entièrement déterminée par sa relation de récurrence et la donnée de
ses k premiers termes. Plus précisément :
Dans le cas où les suites pai,n q sont constantes, on parle de suite récurrente linéaire d’ordre k à coeffi-
cients constants. On dispose dans ce cas de techniques d’explicitation, grâce aux racines du polynôme
caractéristique.
16 CHAPITRE 1. SUITES NUMÉRIQUES
Ÿ Éléments de preuve.
Hors-programme dans le cas général. Voir cours de MPSI pour le cas particulier k ď 2 (ou adapter
celle-ci). La preuve utilise des polynômes d’endomorphisme. Reprenez-là lorsque vous serez un peu
plus à l’aise sur le sujet.
‚ Considérer χpDq où D est l’opérateur qui à pun q associe pun`1 q, et le factoriser. On est ramené à
l’étude de pD ´ λi Idqαi ppPi pnqλni qq, et on remarque qu’à chaque itération, le degré du polynôme
diminue strictement. Cela prouve que ces suites sont bien solutions.
‚ La réciproque se fait par un argument de dimension, en montrant que les pnj λni qnPN , j ă αi ,
forment une famille libre (par exemple en exploitant un équivalent en `8).
Ź
k´1
ÿ
pEq : @n P N, un`k ´ ai,n un`i “ bn .
i“0
On note également pEHq la relation de récurrence homogène associée (obtenue en remplaçant bn par 0).
Ÿ Éléments de preuve.
k´1
ÿ
Il s’agit d’une fibre de l’endomorphisme de CN défini par pun q ÞÑ un`k ´ ai,n un`i Ź
i“0
IV Suites récurrentes 17
Ÿ Éléments de preuve.
Hors-programme. Encore une fois, utiliser χpDq. Ź
Remarque 1.4.7
1. La résolution des suites arithmético-géométriques un`1 “ aun `b, a ‰ 1, est un cas particulier
de ces deux résultats plus général : il existe une solution constante c, vérifiant c “ ac ` b.
C’est donc le point fixe. La solution générale s’écrit alors sous la forme λan ` c.
2. Avant cela, la résolution des suites arithmétiques un`1 “ un `a en est aussi un cas particulier :
la proposition donne l’existence d’une solution particulière sous la forme cn (il faut multiplier
par n car 1 est racine de multiplicité 1 du polynôme caractéristique). En remplaçant, on
trouve facilement c “ a. La solution générale est alors λ1n ` an, et on ajuste avec les termes
initiaux.
Exemple 1.4.8
Un exemple un peu moins trivial. Expliciter pun q tel que
Ÿ Éléments de preuve.
Montrer par récurrence que un est défini, et un P I. Comme I est dans le domaine, on peut alors
continuer. Ź
Évidemment, si on parvient à trouver un indice N tel que uN soit dans un intervalle stable, on parvient
à la même conclusion.
Les intervalles stables permettent aussi souvent d’étudier les variations de pun qnPN . La situation la plus
simple est la suivante (et assez facile à détecter graphiquement) :
Ÿ Éléments de preuve.
D’après ce qui précède, pour tout n, un P I. Appliquer f pour comparer un`1 à un . Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Tout d’abord, tous les termes un sont dans I. On peut alors propager par récurrence l’inégalité
initiale entre u0 et u1 , en appliquant la fonction croissante f . Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Appliquer le résultat précédent à f ˝ f , décrivant la récurrence associée aux suites pu2n q et pu2n`1 q.
Ź
Remarque 1.4.15
Ainsi, si f est décroissante sur un intervalle stable, les deux suites extraites pu2n q et pu2n`1 q sont
monotones de sens de variation opposés. Cela ne suffit pas pour prouver que pun qnPN converge. Pour
cela, il faut encore s’assurer que pu2n q et pu2n`1 q ont même limite. Les limites de ces deux suites
sont à rechercher parmi les points fixes de f ˝ f . Si f ˝ f a deux points fixes distincts, on peut très
bien avoir convergence de pu2n q vers l’un des deux et de pu2n`1 q vers l’autre. Essayez de construire
un exemple graphique.
Avertissement 1.4.16
Les points fixes de f sont point fixes de f ˝ f , mais il peut exister des points fixes de f ˝ f qui ne
sont pas points fixes de f .
IV Suites récurrentes 19
Exemple 1.4.17
Étude de la suite u0 P R, @n P N, un`1 “ u2n ´ un .
Pour terminer, nous donner deux résultats hors-programme, mais à savoir refaire, permettant l’étude de
la vitesse de convergence (c’est-à-dire estimant le comportement asymptotique de la suite, soit sous forme
d’une domination, soit sous forme d’un équivalent).
Le deuxième résultat s’applique lorsque f 1 paq “ 1. Dans ce cas, il est clair graphiquement que la conver-
gence sera beaucoup plus lente. On peut, sous réserve quelques hypothèses supplémentaires, trouver un
équivalent de pun q. Plutôt que de donner un résultat tout finalisé, nous donnons ici plutôt une méthode.
Nous avons besoin pour cela d’un lemme archi-classique, probablement vu en MPSI déjà.
admette une limite finie non nulle. On pourra pour cela faire un développement limité de f
au voisinage de a, ou utiliser des équivalents classiques.
‚ Le théorème de Cesàro permet alors d’obtenir, par télescopage, un équivalent de uα α
n ´ u0 ,
duquel on déduit un équivalent de pun q.
Exemple 1.4.21
Donner un équivalent de la suite définie par u0 “ 1 et @n P N, un`1 “ sinpun q.
20 CHAPITRE 1. SUITES NUMÉRIQUES
2
Cardinaux et dénombrabilité
Nous faisons dans ce chapitre quelques rappels sur les cardinaux finis, et leur utilisation dans des questions
de dénombrement. Dans un second temps, nous quittons les révisions pour aborder le problème des
cardinaux infinis, beaucoup moins intuitif, l’objectif étant l’étude des ensembles de même cardinal que
N, qu’on appelle ensembles dénombrables.
Ÿ Éléments de preuve.
L’unicité de n provient du fait qu’il ne peut pas exister de bijection de J1, nK dans J1, mK si n ‰ m, ce
qui n’est pas si évident que cela à montrer si on ne dispose d’aucun outil de cardinalité. Cela peut se
faire en montrant par récurrence sur n que si m ‰ n et f : J1, nK Ñ J1, mK, alors f n’est ni injective
ni surjective. Pour passer de n à n ` 1, considérer f pn ` 1q. Quitte à composer par une transposition
bijective, on peut considérer que f pn ` 1q “ m ` 1, ce qui permet d’enlever n d’un côté, m de l’autre
(avec une discussion à faire), pour se ramener à l’hypothèse de récurrence. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
On peut ranger les éléments de F dans l’ordre : F “ tx1 ă x2 ă ¨ ¨ ¨ ă xm u. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Restreindre et corestreindre une bijection E Ñ J1, nK et utiliser le lemme. Ź
22 CHAPITRE 2. CARDINAUX ET DÉNOMBRABILITÉ
Ÿ Éléments de preuve.
C’est évident intuitivement. Pour une bonne formalisation, par une bijection, on peut se ramener au
cas où A “ J1, pK et E “ J1, nK. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Le point 2 s’obtient du point 1 par récurrence. Le point 1 résulte du lemme et des propriétés des
sommes Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Écrire l’un des trois ensembles en jeu comme union disjointe des deux autres. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Quel est le cardinal de AB A lorsqu’on est dans le cas d’égalité ? Ź
Ÿ Éléments de preuve.
On peut décomposer en A Y B “ A Z pBzpA X Bqq Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Le point 2 s’obtient du 1 par récurrence.
Pour le point 1, découper en tranche, ou utiliser une bijection de J0, nm´1K dans J0, n´1KˆJ0, m´1K
définie par une opération arithmétique classique. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Restreindre ou corestreindre de façon adéquate, de sorte à se ramener à une bijection. Ź
Cela incite, pour des dénombrements (ou calculs de cardinaux, à se ramener par une bijection, à des
modèles simples et connus.
Méthode 2.1.11 – Combinatoire bijective
Pour dénombrer un ensemble fini E (c’est-à-dire pour déterminer son cardinal), une méthode clas-
sique consiste à le mettre en bijection avec un ensemble dont le cardinal est connu.
Exemple 2.1.12
Par définition des coefficients binomiaux, le cardinal de Pk pJ1, nKq est nk . En déduire le nombre de
` ˘
l’ensemble des chemins monotones de p0, 0q à pa, bq dans N2 , chaque pas étant de longueur 1, et se
faisant vers la droite ou vers le haut.
Exemple 2.1.14
p ˆ ˙ ˆ ˙
ÿ n`k n`k`1
Formule sommatoire, ou lemme de la chaussette : “ .
k“O
n n`1
Ÿ Éléments de preuve.
ě
Une formalisation passe par un partionnement de l’ensemble E dénombré en Ek , où on a rangé
kPJ1,aK
les éléments à dénombrer dans des ensembles Ek , en les triant suivant le résultat de la première étape.
La troisième hypothèse certifie que l’union est disjointe (ce qui est représenté par le signe ` dans
l’union), et la deuxième hypothèse assure que les Ek sont tous de cardinal b.
Cette formalisation est équivalente au lemme du berger, stipulant que si f : E Ñ F est une surjection
telle que les images réciproques f ´1 ptyuq aient toutes même cardinal b, alors |E| “ b|F |. Ź
Exemple 2.1.16
Dénombrement des injections, cardinal de Sn .
Remarque 2.1.17
Les deux méthodes peuvent être combinées, par exemple un tri, et pour chaque part du tri, une
succession de choix.
Exemple 2.1.18
n ˆ ˙ˆ ˙ ˆ ˙
ÿ a b a`b
Formule de Vandermonde : “
k“0
k n´k n
Cela revient à intervertir le rôle des deux étapes, donc l’ordre dans lequel on effectue la construction.
Exemple 2.1.20
La formule du capitaine, ou comité-président.
Exemple 2.1.22
n ˆ ˙
ÿ n
Interpréter combinatoirement la formule “ 2n .
k“0
k
Exemple 2.1.24
n ˆ ˙
ÿ n
Montrer combinatoirement que p´1qk “ 0 si n ą 0.
k“0
k
II Dénombrabilité
II.1 Cardinaux infinis
On ne peut pas définir d’emblée (en tout cas pas simplement) de cardinal d’un ensemble fini. Cantor
fait une construction (compliquée) qui permet de définir des cardinaux (ou plutôt des classes cardinales)
de façon explicite, mais ce n’est pas l’objet de ce cours. Nous nous contentons de définir la condition
d’égalité des cardinaux.
Attention, certaines intuitions sur les comparaisons de cardinaux d’ensembles finis peuvent être fausses
dans ce contexte.
26 CHAPITRE 2. CARDINAUX ET DÉNOMBRABILITÉ
Avertissement 2.2.3
Deux ensembles vérifiant une inclusion stricte E Ĺ F peuvent être de même cardinal. Pourtant F
contient strictement plus d’éléments que E.
II.2 Dénombrabilité
Définition 2.2.5 – Ensemble dénombrable
Soit E un ensemble. On dit que :
‚ E est dénombrable s’il est de même cardinal que N ;
‚ au plus dénombrable s’il est fini ou dénombrable.
Ÿ Éléments de preuve.
Construire une bijection en diagonales. Ou bien utiliser une bijection classique entre N2 et N˚ , basée
sur l’étude des facteurs pairs de la décomposition de n en produit de facteurs premiers. Ź
Nous souhaitons caractériser les ensembles au plus dénombrables à l’aide des sous-ensembles de N. Pour
cela, nous commençons pas établir un lemme sur le cardinal des sous-ensembles de N.
Lemme 2.2.7
Tout sous-ensemble de N est au plus dénombrable.
Ÿ Éléments de preuve.
Considérer un sous-ensemble E P PpNq, non fini. Construire par récurrence une application injective
de J0, nK dans E, en rajoutant à chaque étape le minimum des éléments non encore utilisés. Cela
définit une bijection N Ñ E. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Un sens est évident par les définitions de la finitude ou de la dénombrabilité. L’autre provient du
lemme. Ź
Nous donnons une deuxième caractérisation des ensembles au plus dénombrables en terme de surjection ou
d’injection. Cette caractérisation est plus souple pour prouver les différentes propriétés de dénombrabilité
liées aux constrructions ensemblistes. Cette caractérisation nécessite un petit lemme.
Ÿ Éléments de preuve.
On construit g associant à y un antécédent de ses antécédents. Dans le premier cas, on n’a pas le
choix quand on est dans l’image de f , et sinon, on définit g comme on veut. Dans le deuxième cas,
on doit choisir parmi les antécédents de y. Ź
Remarque 2.2.10
‚ Ce sont en fait des équivalences.
‚ On utilise l’axiome du choix (qui affirme la possibilité de pouvoir faire simultanément une
infinité de choix).
Ÿ Éléments de preuve.
‚ piq ùñ piiq : considérer une bijection E Ñ F Ă N, et composer par l’injection canonique.
‚ piiq ùñ piiiq : c’est l’inversibilité à gauche d’une injection
‚ piiiq ùñ piiq : c’est l’inversibilité à droite d’une surjection. Pourquoi l’axiome du choix n’est-il
pas nécessaire ici ?
‚ piiq ùñ piq : corestriction à l’image.
Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Ź
28 CHAPITRE 2. CARDINAUX ET DÉNOMBRABILITÉ
Corollaire 2.2.13
1. L’ensemble Z est dénombrable.
2. L’ensemble Np est dénombrable.
3. L’ensemble Q des rationnels est dénombrable.
Un résultat important sur les familles sommables découle de ces propriétés. On rappelle la définition
suivante.
Définition 2.2.14 – Support d’une famille de scalaires
Soit a “ pai qiPI une famille de réels ou complexes. Le support de a est l’ensemble
J “ ti P I | ai ‰ 0u.
Ÿ Éléments de preuve.
Se ramener au cas d’une famille réelle positive, en contrôlant le support de a en fonction de celui des
parties positives et négatives de ses parties réelles et imaginaires.
Dans le cas positif, exprimer le support en fonction des
Iε “ ti P I | ai ą εu.
Ÿ Éléments de preuve.
(démonstration non exigible) Sinon, considérer une énumération pxn qnPN˚ de tous les réels, et consi-
dérer un y tel que le n-ième chiffre après la virgule de y soit distinct de 0, 9 et du n-ième chiffre de
xn . Le réel y peut-il être dans l’énumération ? Pourquoi prendre la précaution de prendre les chiffres
distincts de 0 et 9 ? Ź
Cette preuve est connue sous le nom d’« argument diagonal de Cantor », dont une généralisation donne
un deuxième élément de réponse à la question initiale :
Ÿ Éléments de preuve.
S’il existe une surjection f : X Ñ PpXq, considérer Y Ă X constitué des éléments x tels que x R f pxq,
et obtenir une contradiction en considérant l’appartenance de c à Y , c étant un élément de X tel
que f pcq “ Y . Ź
On peut donc construire une chaîne infini d’ensembles ayant des cardinaux strictement croissants. Il y a
donc une infinité de cardinaux infinis distincts.
Remarque 2.2.18
En quoi le résultat précédent empêche-t-il l’existence d’un « ensemble des ensembles » ?
30 CHAPITRE 2. CARDINAUX ET DÉNOMBRABILITÉ
3
Espaces vectoriels normés
Le but de ce chapitre est d’introduire un cadre qui permettra de généraliser l’analyse réelle de première
année au cas de fonctions définies d’un espace vectoriel vers un autre. En particulier, la notion importante
à la base de la notion de limite (et à partir de là, de continuité et de dérivabilité) est la notion de
convergence d’une suite.
On aimerait donc donner un cadre rigoureux à l’étude de la convergence de suites dans un espace vec-
toriel E sur R ou C. Si cet espace est de dimension finie, il suffit d’étudier la convergence coordonnée
par coordonnée relativement à une base fixée. On verra dans un chapitre ultérieur que la propriété de
convergence ne dépend alors pas du choix de la base. Ainsi, dans ce contexte, toute notion « raisonnable »
de convergence équivaut à la convergence coordonnée par coordonnée.
Lorsque E n’est pas de dimension finie, les choses sont beaucoup moins claires, et nécessitent de revenir
à l’intuition et la définition de la convergence, en terme d’approximation : une suite réelle ou complexe
pun qnPN converge vers ℓ, si et seulement si, pour toute qualité d’approximation ε ą 0, à partir d’un certain
rang, un est presque égal à ℓ, à ε près. Cette définition nécessite de mesurer une distance de un à ℓ.
Pour généraliser cette définition, nous introduisons la notion de norme sur un espace vectoriel, permet-
tant de définir ensuite une distance. Beaucoup de notions d’analyse réelle (notamment dans un premier
temps d’analyse séquentielle) se généralisent alors dans le cadre des espaces vectoriels normés (c’est-à-dire
munis d’une norme). On montrera par exemple dans le chapitre suivant des généralisations de certaines
propriétés des fonctions continues, rencontrées dans le cadre de fonctions réelles : le théorème des bornes
atteintes, le théorème des valeurs intermédiaires et le théorème de Heine par exemple.
Nous ferons remarquer dans la dernière partie (HP) qu’il est possible de définir directement une notion
plus générale de distance, sans passer par une norme, ce qui est suffisant pour pouvoir définir de façon
satisfaisante la notion de convergence.
La propriété de positivité est en fait redondante, mais ce n’est généralement pas la plus dure à montrer
dans les situations concrètes.
Proposition 3.1.2
Soit N : E Ñ R vérifiant les points (i), (ii) et (iii) de la propriété précédente. Alors pour tout
x P R, N pxq ě 0 (et par conséquent, N est une norme).
Ÿ Éléments de preuve.
Considérer N px ` p´xqq et appliquer les trois points. Ź
Exemples 3.1.4
‚ Si E “ K, | ¨ | est uneanorme.
‚ Si E “ R2 , px, yq ÞÑ x2 ` y 2 est une norme.
Le deuxième exemple est un cas particulier d’une situation plus générale déjà croisée en première année.
Alors } ¨ } est une norme sur E, appelée norme euclidienne associée au produit scalaire x¨, ¨y.
Ÿ Éléments de preuve.
Pour l’inégalité triangulaire, développer d’un côté xx ` y, x ` yy, d’un autre p}x} ` }y}q2 et comparer
les deux. Ź
N 1 pxq “ N pφpxqq
Ÿ Éléments de preuve.
Vérifications faciles par linéarité, et caractérisation de l’injectivité par le noyau. Ź
I Normes sur un espace vectoriel 33
Ÿ Éléments de preuve.
Le seul point un peu délicat est l’inégalité triangulaire pour } ¨ }2 dans le cas où K “ C. On peut
se ramener au cas réel en considérant le vecteur X̃ “ p|x1 |, . . . , |xn |q. On peut aussi adapter la
démonstration du cas réel, en définissant un produit « hermitien » :
n
ÿ
xX, Y y “ xi yi ,
i“1
Remarque 3.1.10
1. Si K “ R, } ¨ }2 est la norme euclidienne associée au produit scalaire canonique.
2. Un même espace vectoriel peut être muni de plusieurs normes ! Comme la notion de conver-
gence est définie à l’aide des normes, elle peut être fortement dépendant du choix de la norme.
Ainsi, une suite peut très bien converger pour une norme et pas pour une autre. On verra
des exemples en exercice.
Avertissement 3.1.12
Toute norme sur un R-espace vectoriel n’est pas euclidienne. Par exemple, }¨}8 n’est pas euclidienne.
Ÿ Éléments de preuve.
La formule de polarisation donne l’unique candidat à être le produit scalaire associé. Trouver un
défaut de bilinéarité. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Même type de démonstration que dans le cas de la dimension finie Ź
Remarque 3.1.14
1. Ces normes s’étendent-elle au cas des fonctions continues par morceaux ? (la réponse n’est
pas forcément la même suivant les normes).
2. Dans la définition de } ¨ }8 , le sup est-il un max ?
La norme }.}8 peut être définie dans un contexte beaucoup plus général.
@x P A, }f px} ď M.
}f }8 “ sup }f paq}.
aPA
L’application } ¨ }8 est une norme sur BpA, Eq, appelée norme de la convergence uniforme sur
BpA, Eq.
Ÿ Éléments de preuve.
Même preuve que dans le cas C 0 pra, bs, Kq. Ź
Et dans un contexte plus analytique, on peut définit les normes } ¨ }1 , } ¨ }2 , } ¨ }8 associées aux fonctions
polynomiales définies par les polynômes formels.
Remarque 3.1.18
La définition des normes séquentielles ci-dessus s’étend à certains sous-espaces de l’espace des suites
KN (les sous-espaces permettant d’assurer la bonne définition de ces normes).
Remarque 3.1.19
1. Si K “ R, la norme } ¨ }2 est associée au produit scalaire canonique sur Mn pRq, défini par
ÿ
xA, By “ trpAJ Bq “ ai,j bi,j .
1ďi,jďn
3. Dans le cas de matrices carrées, comparer }AB} et }A} ¨ }B} pour ces différentes normes
Ÿ Éléments de preuve.
‚ La matrice constituée uniquement de 1 est un contre-exemple pour } ¨ }1 et } ¨ }8
‚ Le cas de } ¨ }2 résulte de l’inégalité de CS. Ce résultat est classique (nombreux exercices) mais
pas au programme. La démonstration doit donc être connue.
Ź
L’existence d’une norme matricielle est d’une grande utilité dans l’étude de convergences de séries matri-
cielles par exemple, notamment des séries faisant intervenir des puissances d’une matrice A. C’est le cas
par exemple de la série exponentielle, permettant de définir l’exponentielle d’une matrice carrée :
`8
ÿ An
exppAq “ .
n“0
n!
Nous justifierons ultérieurement que cette série est convergente (indépendamment de la norme choisie).
L’un des points clés (outre l’équivalence des normes en dimension finie) sera de pouvoir majorer }An }
par }A}n , pour pouvoir se ramener à la convergence d’une série numérique.
Nous définirons dans le chapitre suivant une autre norme matricielle sur Mn pKq, notée ~A~, et appelée
norme triple, ou norme d’opérateur.
Ce sont des normes. La norme } ¨ }8 ainsi définie est appelée norme produit des normes Ni .
Ÿ Éléments de preuve.
Adaptation facile du cas de Kn . Ź
Remarque 3.1.23
La notation } ¨ }8 n’indique que la dernière couche de la définition de la norme. Les normes internes
utilisées sur chaque composante peuvent ne pas être des normes infinies.
II Topologie d’un espace vectoriel normé 37
dpx, yq “ }y ´ x}.
Remarque 3.2.3
‚ La propriété (iv) découle des 3 autres.
‚ Les propriétés (i) à (iii) ci-dessus (et donc aussi (iv)) permettent de définir des distances sur
des ensembles beaucoup plus généraux (qui n’ont pas besoin d’être des espaces vectoriels).
Dans ce qui suit, on se place dans un e.v.n. E, dont la norme sera notée } ¨ }, et la distance associée sera
notée d.
Définition 3.2.4 – Boules ouvertes, boules fermées, sphère
Soit a P E, et r P R`
(i) La boule ouverte de centre a et de rayon r est définie par Bpa, rq “ tx P E | dpx, aq ă ru ;
(ii) La boule fermée de centre a et de rayon r est définie par Bpa, rq “ tx P E | dpx, aq ď ru ;
(iii) La sphère de centre a et de rayon r est définie par Spa, rq “ ty P E dpx, aq “ ru.
Pour lever une éventuelle ambiguïté, cela arrive d’utiliser la notation B̊pa, rq pour désigner la boule
ouverte Bpa, rq.
Exemples 3.2.5
1. Les boules dans R2 au sens de la norme } ¨ }2 sont représentées dans la figure 3.1. Essayez de
représenter de la même façon les boules pour la norme } ¨ }1 et la norme } ¨ }8 , et observez
qu’un boule n’est pas toujours ronde !
2. À quoi ressemble la boule Bpf, εq, pour f P Cpra, bs, Rq, muni de la norme } ¨ }8 ?
Exemple 3.2.6
Dans R, les boules sont des intervalles (voir figure 3.2) :
‚ Bpx, rq “sx ´ r, x ` rr
‚ Bpx, rq “ rx ´ r, x ` rs
En fait, tout intervalle borné ouvert est une boule ouverte, tout intervalle borné fermé est une boule
fermée :
38 CHAPITRE 3. ESPACES VECTORIELS NORMÉS
r r
y y
dpx, yq dpx, yq
x x
B̊px, rq Bpx, rq
` ˘
‚ sa, br“ B a`b 2 , b´a
2 ,
` a`b b´a ˘
‚ ra, bs “ B 2 , 2
x y x y
x´r x`r x´r x`r
r dpx, yq r dpx, yq
B̊px, rq Bpx, rq
Ÿ Éléments de preuve.
Utiliser l’inégalité triangulaire. Faire un dessin ! Ź
L’inégalité triangulaire implique également une autre propriété des boules, bien visible sur tous les
exemples étudiés : la convexité (au sens géoémtrique).
Définition 3.2.8 – Ensemble convexe, figure 3.3
Soit F une partie E. On dit que F est convexe si et seulement si pour tout couple de points A et
B de E, le segment rABs “ tp1 ´ tqA ` tB, t P r0, 1su est entièrement inclus dans E.
Exemple 3.2.9
Par définition, les intervalles sont les sous-ensembles convexes de R.
Ÿ Éléments de preuve.
Encore un petit coup d’inégalité triangulaire. Ź
II Topologie d’un espace vectoriel normé 39
E1 E2
‘
ˆ
Figure 3.3 – Un sous-ensemble convexe E1 et un sous-ensemble non convexe E2 de R2
V1 V2
a
a
‘
ˆ
Figure 3.4 – Voisinage de a
č
(iii) Si I est fini, Vi P Vpaq.
iPI
Exemple 3.2.14
Trouver dans R un exemple de famille infinie de voisinages de a P R dont l’intersection n’est pas un
voisinage de a.
@x P U, Dε ą 0, Bpx, εq Ă U.
Intuitivement, un ouvert est un ensemble dont le « bord » est flou : on peut s’en approcher, mais jamais
l’atteindre en restant dans U . Ainsi, l’image qu’il faut en garder est qu’un ouvert est un ensemble ne
contenant pas son bord. Évidemment, n’ayant pas défini la notion de bord, ceci reste une image.
Cette fois, intuitivement, c’est le complémentaire qui ne contient pas son bord, donc F , lui contient tout
son bord.
Exemples 3.2.17
1. Les intervalles ouverts sont des sous-ensembles ouverts de R.
2. Les intervalles fermés sont des sous-ensembles fermés de R.
3. Les intervalles semi-ouverts ne sont ni ouverts ni fermés.
4. R et ∅ sont des sous-ensembles à la fois fermés et ouverts de R.
5. On peut montrer que les sous-ensembles ouverts de R sont les unions disjointes d’intervalles
ouverts (voir exercices)
Ÿ Éléments de preuve.
1. Si x est dans l’union, il existe une boule centrée en x restant dans l’un des ouverts, donc dans
leur union.
2. Prendre le minimum des rayons des boules centrées en x restant dans chaque ouvert. Pourquoi
doit-on se limiter au cas fini ?
3. Par complémentation
4. De même.
Exemples 3.2.21
Voici deux contre-exemples à bien garder en tête :
`8 ȷ „
č 1
1. Contre-exemple pour une intersection infinie d’ouverts : ´ , 1 “ r0, 1r.
n“1
n
`8 „ ȷ
ď 1
2. Contre-exemple pour une union infinie de fermés : , 1 “s0, 1s.
n“1
n
Å “ ta P E | Dε ą 0, Bpa, εq Ă Au.
Exemples 3.2.26
1. Décrire l’intérieur d’un intervalle.
˚
2. Décrire Bpa,
˚ rq ?
˚
3. Justifier que Q̊ “ ∅. A-t-on A˙ Y B “ Å Y B̊ ?
A “ ta P E | @ε ą 0, Bpa, εq X A ‰ ∅u.
L’adhérence est donc l’ensemble des points qui « collent » à A, dans le sens où on peut en trouver des
points de A arbitrairement proches.
Exemples 3.2.28
1. Décrire Q. A-t-on A X B “ A X B ?
2. Que dire de l’adhérence d’un intervalle de R ?
3. Décrire B̊pa, rq
4. Soit F “ tx ÞÑ e´nx , n P N˚ u Ă C 0 pr0, 1s, Rq. Montrer que la fonction nulle est adhérente à
F pour la norme } ¨ }1 mais pas pour la norme } ¨ }8 .
5. Soit A une partie non vide et bornée de R. Montrer que suppAq et infpAq sont adhérents à
A.
On donne une autre caractérisation en terme de distance. Pour cela, on définit dans un premier temps la
distance d’un point à une partie.
FrpAq “ AzÅ “ A X Ac .
Il s’agit donc des points arbitrairement proche de points de A et de points qui ne sont pas dans A.
Exemples 3.2.35
1. Quelle est la frontière de ra, br dans R ?
2. Quelle est la frontière de Q dans R ?
3. Déterminer la frontière de B̊pa, rq. Quelle est la frontière de Bpa, rq ?
4. De façon générale, étant donné A Ă E, a-t-on FrpAq “ FrpAq ? A-t-on FrpAq “ FrpÅq ?
@b P B, @ε ą 0, Da P A, dpa, bq ă ε.
(ii) Soit A une partie de E. On dit que A est partout dense si A “ E (ce qui équivaut donc à dire
que A est dense dans E.
Exemples 3.2.38
1. Q Ă R est partout dense (dans R). Il est dense dans r0, 1s.
2. Escpra, bs, Rq est dense dans C 0 pra, bs, Rq, ainsi que dans Cm
0
pra, bs, Rq (espace des fonctions
continues par morceaux).
3. GLn pCq est dense dans Mn pCq.
44 CHAPITRE 3. ESPACES VECTORIELS NORMÉS
Exemple 3.2.40
1. On se place dans l’e.v.n. C. Soit a P R. Alors sa ´ 1, a ` 1r est un voisinage relatif de a dans
R, mais ce n’est pas un voisinage de a dans C
2. On se place dans l’e.v.n. R. Soit a P R. Alors ra, a ` 1r est un voisinage relatif de a dans
ra, `8r.
Exemples 3.2.44
1. Décrire les ouverts relatifs convexes de r0, 1s dans R.
2. Que dire des ouverts relatifs de A si A est ouvert ?
3. Montrer que A et ∅ sont toujours des ouverts relatifs de A.
Exemples 3.2.46
1. Que dire des fermés relatifs de A lorsque A est fermé ?
2. Montrer que A et ∅ sont toujours des fermés relatifs de A.
III Convergences
III.1 Suites convergentes
Les notions de convergence vues pour les suites réelles et complexes se généralisent sans peine au cas des
suites à valeurs dans un evn.
Proposition/Définition 3.3.1 – Convergence d’une suite d’éléments d’un e.v.n.
Soit pun qnPN une suite d’éléments d’un e.v.n. E, et ℓ P E. Les propriétés suivantes sont équivalentes :
(i) (point de vue métrique) @ε ą 0, DN P N, @n ě N, }un ´ ℓ} ď ε.
(ii) (réexpression du point de vue métrique) @ε ą 0, DN P N, @n ě N, un P Bpℓ, εq.
(iii) (point de vue topologique) @V P Vpℓq, DN P N, @n ě N, un P V .
Si ces propriétés sont vérifiées, on dit que pun q converge vers ℓ, ou que pun q admet ℓ comme limite.
Remarque 3.3.2
Dans le point (i), l’inégalité }un ´ ℓ} ď ε peut être exprimée indifféremment avec une inégalité large
ou stricte, sans que cela ne modifie le sens de la propriété. C’est ce que suggère l’équivalence avec
le point (ii).
Cette unicité permet de définir sans ambiguïté LA limite d’une suite (en cas d’existence).
Exemples 3.3.5
1. Quelle est la limite, pour la norme } ¨ }8 , de la suite pAn q P M2 pRqn par
˜ ¸
1 1
2n 2 ` n`1
An “ ` ˘n .
1 ` n1 1
2. Quelle est la limite dans RrXs muni de la norme } ¨ }8 sur les coefficients, de la suite définie
46 CHAPITRE 3. ESPACES VECTORIELS NORMÉS
pour n ě 0 par
n
ÿ 1
Pn “ `n˘ X k
k“0
pk ` 1q k
3. Quelle est la limite pour la norme de la convergence en moyenne sur r0, 1s de la suite
fn : x ÞÑ e´nx .
Ainsi, la notion de convergence est fortement dépendante de la norme (en tout cas en dimension infinie).
Xn “ px1,n , . . . , xp,n q.
Alors pXn qnPN converge vers L “ pℓ1 , . . . , ℓp q si et seulement si pour tout k P J1, pK, pxk,n qnPN
converge vers ℓk .
En particulier, cela permet d’exploiter un certain nombre de techniques de majorations vues dans le cadre
de réels.
Méthode 3.3.9
Pour montrer que un Ñ ℓ, il suffit de trouver une majoration
@n P N, }un ´ ℓ} ď Mn ,
Comme il n’y a a priori pas dans E d’autres opérations que l’addition et la multiplication par un scalaire.
Ÿ Éléments de preuve.
Majorer la norme de la différence avec la limite présumée en utilisant l’inégalité triangulaire. Ź
Nous donnons dès maintenant une règle opératoire concernant les produits, mais elle sera démontrée plus
tard, nécessitant quelques propriétés liées à la continuité des applications linéaires et multilinéaires.
Exemple 3.3.12
˜ ` ˘ ?1
¸42
cos n1 e n
Calculer la limite lorsque n tend vers `8 de 1 .
lnpnq 1 ` n12
Corollaire 3.3.14
En particulier, toute suite convergente d’éléments de A converge dans A.
Autrement dit, F est fermé si et seulement si F est stable par passage à la limite.
Par restriction à A, on obtient de même une caractérisation des fermés relatifs.
48 CHAPITRE 3. ESPACES VECTORIELS NORMÉS
Ainsi formellement, une suite extraite de pun q est une composée de un : N ÝÑ R par une fonction
strictement croissante φ : N ÝÑ N. En pratique, cela signifie que pvn q est constitué de termes de pun q,
dans l’ordre, et sans répétition d’indice.
Le comportement des suites extraites à l’infini donne des indications quant au comportement de la suite
initiale. Si le comportement de la suite initiale détermine le comportement d’une suite extraite, il est
beaucoup plus délicat de faire chemin arrière, une suite extraite ne pouvant fournir qu’une information
partielle sur la suite totale.
Ÿ Éléments de preuve.
La stricte croissance de l’extractrice φ montre que pour tout n, φpnq ě n. Le résultat est alors
immédiat par la définition de la limite. Ź
Proposition 3.4.3
Soit pun qnPN une suite réelle ou complexe. Alors pun qnPN converge dans R ou C si et seulement si
pu2n qnPN et pu2n`1 qnPN convergent vers une même limite ℓ, et dans ce cas, lim un “ ℓ.
Ÿ Éléments de preuve.
Sens direct déjà acquis. Pour le sens réciproque, considérer εi ą 0, associé à chaque φi , ainsi qu’un
rang de validité Ni , puis se placer au delà du plus grand des Ni . Ź
La notion de suite extraite est intimement liée à celle de valeur d’adhérence :
IV Valeurs d’adhérence et compacité 49
Ainsi, l’ensemble des valeurs d’adhérence d’une suite pun qnPN est l’ensemble de toutes les limites (finies)
des suites extraites de pun qnPN .
Exemples 3.4.6
1. Décrire les valeurs d’adhérence de la suite p´1qn .
¨¨ ˛n ˛
0 1 0
2. Décrire les valeurs d’adhérence de la suite ˝˝1 0 0‚ ‚ dans Mn pKq muni de la norme
˚˚ ‹ ‹
1
0 0 2 nPN
} ¨ }1 .
3. Décrire une suite réelle n’ayant pas de valeur d’adhérence.
Ÿ Éléments de preuve.
C’est une réexpression du théorème de convergence des suites extraites. Ź
Ainsi, une suite ayant au moins 2 valeurs d’adhérences est divergente.
Avertissement 3.4.8
La réciproque est fausse !
Exemples 3.4.9
Construire une suite réelle non convergente et admettant une seule valeur d’adhérence.
Ÿ Éléments de preuve.
Faire une double-extraction, ce qui revient à composer les extractrices. Attention au sens dans lequel
écrire cette composée. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
‚ piq ùñ piiq : utiliser la définition topologique de la convergence d’une suite extraite vers a ;
‚ piiq ùñ pivq : les boules centrées en a sont des voisinages de a ;
‚ piiq ðñ piiiq et pivq ðñ pvq car un sous-ensemble de N est infini si et seulement si il est non
borné ;
‚ pvq ùñ piq en construisant une suite puφpnq q associée à une suite pεn q convergent vers 0.
Ź
Ÿ Éléments de preuve.
On peut faire une dichotomie, en gardant toujours une moitié de l’intervalle contenant une infinité
de termes de la suite pun q. Ź
Tout ce qui précède reste évidemment valide, mais on peut également s’intéresser dans ce cadre à la
convergence vers `8 ou ´8, et donc définir des valeurs d’adhérence infinies.
Ÿ Éléments de preuve.
Discuter suivant que pun q est bornée ou non, pour pouvoir appliquer le théorème de Bolzano-
Weierstrass. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Sens direct déjà étudié. Sens réciproque : pour tout voisinage V de a (unique valeur d’adhérence),
seul un nombre fini de termes de un est hors de V (sinon on peut en extraire une suite convergente
d’après la proposition précédente, et on obtient une deuxième valeur d’adhérence). Ź
IV Valeurs d’adhérence et compacité 51
Avertissement 3.4.16
Attention à bien considérer les éventuelles valeurs d’adhérences infinies. Comme on l’a vu sur un
exemple, l’existence et l’unicité d’une valeur d’adhérence réelle n’est pas suffisante pour assurer la
convergence.
Exemples 3.4.18
1. Les intervalles ra, bs fermés bornés sont des compacts de R.
2. U est un compact de C.
3. Un sous-ensemble fini de E est compact.
Propriétés 3.4.19
Soit E un e.v.n., et K un compact.
1. K est fermé et borné.
2. Soit F un fermé relatif de K. Alors F est compact.
Avertissement 3.4.20
On prendra garde que (i) ne permet pas de caractériser les compacts. On montrera que c’est le cas en
dimension finie. En revanche, un théorème célèbre (théorème de Riesz) affirme que la boule fermée
Bp0, 1q est compacte si et seulement si E est de dimension finie, ce qui donne un contre-exemple en
dimension infinie.
Ÿ Éléments de preuve.
Si pun q a une unique v.a. ℓ et ne converge pas, on peut extraire une suite ne s’approchant pas trop
de ℓ. Cette suite doit avoir une v.a. qui ne peut pas être ℓ. Ź
Remarque 3.4.22
Du fait même de sa définition (équivalente à l’existence d’une valeur d’adhérence), la notion de
compacité joue un rôle central dans de nombreux problèmes existentiels. L’hypothèse de compacité
permet par exemple d’obtenir l’existence d’extrema de fonctions continues.
52 CHAPITRE 3. ESPACES VECTORIELS NORMÉS
Ÿ Éléments de preuve.
Par extractions successives, on en déduit une version plus générale. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
C’est un cas particulier du théorème précédent :
‚ tout d’abord pour récupérer BW sur C
‚ puis en décomposant E en produit de droites.
À chaque étape, le caractère borné permet de se restreindre à un intervalle fermé borné de la droite
considérée, donc compact. Ź
Une variante de ce résultat est le très important résultat suivant :
Ÿ Éléments de preuve.
C’est une réexpression du résultat précédent, à quoi on ajoute le caractère fermé de la boule. Ź
V Comparaison de normes
Comme on l’a vu dans plusieurs énoncés (par exemple le théorème de Bolzano-Weierstrass), il est souvent
plus pratique de travailler avec une norme particulière. En général, ce n’est pas suffisant pour pouvoir
généraliser le résultat pour une norme quelconque. On s’intéresse ici à des conditions permettant de nous
assurer que pour l’étude d’un problème particulier, deux normes sont interchangeables (i.e. que travailler
avec l’une plutôt que l’autre est équivalent).
V.1 Domination
Définition 3.5.1 – Domination de normes
Soit E un espace vectoriel sur K, et N1 et N2 deux normes sur E. On dit que N1 est dominée par
N2 s’il existe α P R˚` tel que
@x P E, N1 pxq ď αN2 pxq.
Exemple 3.5.4
Dans R2 :
‚ } ¨ }1 est dominée par } ¨ }2
‚ } ¨ }2 est dominée par } ¨ }8
‚ } ¨ }8 est dominée par } ¨ }1 .
Plus généralement :
Soit alors E un e.v.n. muni d’une base B. En considérant la décomposition de E comme produit cartésien
de droites, on en déduit une comparaison similaire entre } ¨ }B,1 , } ¨ }B,2 et } ¨ }B,8 .
Ÿ Éléments de preuve.
Peut se faire soit par majoration soit par les voisinages en utilisant la propriété précédente. Ź
Exemples 3.5.9
1. Dans C 0 pr0, 1sq } ¨ }1 est dominée par } ¨ }8 , mais } ¨ }8 n’est pas dominée par } ¨ }1
2. Montrer que dans KrXs, } ¨ }8 est dominée par } ¨ }1 mais } ¨ }1 n’est pas dominée par } ¨ }8 .
54 CHAPITRE 3. ESPACES VECTORIELS NORMÉS
Proposition 3.5.11
Cela définit une relation d’équivalence sur l’ensemble des normes sur E.
Proposition 3.5.12
Les comparaisons faites dans le paragraphe précédent amènent :
‚ les normes } ¨ }1 , } ¨ }2 et } ¨ }8 sont équivalentes sur un produit fini d’e.v.n. ;
‚ les normes } ¨ }B,1 , } ¨ }B,2 et } ¨ }B,8 sont équivalentes sur E de dimension finie, muni d’une
base B.
Les comparaisons des topologies et propriétés de convergence établies dans le paragraphe précédent
amènent :
En particulier, les objets et propriétés topologiques et séquentiels (définis soit avec les ouverts ou voisi-
nages, soit avec des propriétés de convergence) sont les mêmes pour deux normes équivalentes. Notam-
ment, deux normes équivalentes définissent les mêmes compacts.
Ainsi, la compacité, montrée pour un produit cartésien de compacts au sens de la topologie produit
(définie avec } ¨ }8 ) reste donc aussi valide avec les normes } ¨ }1 et } ¨ }2 .
L’équivalence des normes permet donc de choisir, parmi celles équivalentes à la norme donnée initialement,
celle qui est le plus adaptée à la situation. Comme on l’a vu à plusieurs reprises, la norme }¨}8 est souvent
assez pratique à manipuler. Mais parfois, cela peut être intéressant de « panacher » les normes au gré des
étapes du raisonnement.
Attention toutefois à ne faire cela qu’avec des normes équivalentes !
On verra dans le chapitre suivant que c’est toujours le cas lorsque E est de dimension finie.
Comme on l’a vu, cela implique en particulier la positivité. La propriété 3.2.2 pourquoi la réf ne marche
pas bien ? affirme alors que l’application px, yq ÞÑ }y ´ x} est une distance.
Exemples 3.6.2
‚ Soit A une partie d’un e.v.n.. La distance associée à la norme de E se restreint en une distance
sur A.
‚ Distance entre 2 sommets d’un graphe non orienté connexe (en un seul morceau), comme
étant le nombre minimal d’arêtes à parcourir pour aller d’un sommet à l’autre.
On peut alors définir dans un espace métrique pE, dq, de même que dans un e.v.n., des boules, des
voisinages, des ouverts, et des fermés.
Ce point de vue permet de clarifier la définition de la topologie relative (les ouverts et fermés relatifs)
vue en cours de chapitre.
Le but de ce chapitre est de généraliser la définition des intégrales au cas d’intervalles non bornés, ou
d’intervalles aux bornes desquels la fonction f n’est pas définie, et n’admet pas de limite finie.
Le procédé est le même que celui qui permet de passer des sommes finies aux séries, à savoir passer à la
limite sur les bornes. D’ailleurs, comme vous vous en rendrez compte, l’étude des intégrales généralisées
possède des similarités très fortes avec l’étude des séries.
Pour cela, afin de pouvoir définir l’intégrale de f sur un intervalle I quelconque, il est déjà nécessaire de
pouvoir définir son intégrale sur tout segment ra, bs Ă I. Le programme de première année nous donne
une condition suffisante simple à énoncer pour l’intégrabilité sur un segment : la continuité par morceaux
de f . Même si ce n’est qu’un condition nécessaire et pas nécessaire, c’est ce cadre que nous adoptons.
Nous rappelons donc la définition importante suivante :
0
On notera Cm pra, bs, Kq l’espace des fonctions continues par morceaux. La notation n’étant pas complè-
tement standard, la redéfinir si vous l’utilisez.
Exemples 4.0.2
1. x ÞÑ txu est continue par morceaux sur R.
#X \
1
x si x ą 0
2. x ÞÑ n’est pas continue par morceaux sur r0, `8r.
0 si x “ 0
Sa restriction à s0, `8r est continue par morceaux.
définie sur ra, br, admet une limite finie (i.e. dans K) lorsque x tend vers b.
żb
‚ Lorsque f est convergente, sa valeur est notée d’une des façons suivantes, et définie par :
a
ż ż żb żb żx
f“ f ptq dt “ f“ f ptq dt “ lim f ptq dt.
I I a a xÑb´ a
żb
‚ Si f n’est pas convergente, on dit qu’elle est divergente.
a
On parle aussi parfois d’intégrale impropre et de borne impropre pour désigner la borne b qui est exclue
du domaine.
Exemples 4.1.2
ż `8
dt
1. est divergente.
0 t
ż `8
2. e´t dt est convergente.
0
ż1
3. lnptq dt est convergente.
0
Remarque 4.1.3
ż `8
La forte ressemblance avec les séries pourrait faire croire que si f converge, alors f pxq Ñ 0.
a
Est-ce le cas ?
Exemple 4.1.5
ż1
sinptq
Justifier la convergence de dt.
0 t
Remarque 4.1.6
żb
En particulier, si f est c.p.m sur ra, bs, considérer l’intégrale f ptq dt au sens de Riemann, ou au
a
sens de l’intégrale généralisée de f|ra,br revient au même. Cela donne une certaine cohérence à la
notation, et permet de s’assurer que la relation
żb żx
f ptq dt “ lim f ptq dt
a xÑb´ a
reste aussi vrai pour des fonctions déjà c.p.m. (donc Riemann-intégrables) sur ra, bs.
żb żb żb
2. Si f est convergente et g est divergente, alors pf ` gq est divergente.
a a a
żb żb żb
3. Si f et g sont divergentes, on ne peut rien dire en toute généralité de pf ` gq.
a a a
3. (Stricte positivité) Si f est continue et positive sur ra, br, non partout nulle, et d’intégrale
convergente, alors
żb
f ą 0.
a
Remarque 4.1.9
La propriété de stricte positivité s’utilise souvent dans sa version contraposée : si f est continue et
positive sur I, d’intégrale (convergente) nulle, alors f est identiquement nulle.
60 CHAPITRE 4. INTÉGRALES GÉNÉRALISÉES
est bien définie sur ra, br. De plus, F est dérivable sur ra, br, et
Attention au signe moins, provenant du fait que la dépendance se fait sur la borne inférieure de l’intégrale.
Remarques 4.1.12
1. Attention à l’hypothèse de continuité, la c.p.m ne suffit pas ici !
żb
2. Par composition, on en déduit des formules de dérivation pour x ÞÑ f ptq dt, comme
αpxq
dans le cas d’intégrales définies.
żx
3. Le signe disparaît lorsqu’on adapte à l’intervalle sb, as : la dérivée de F : x ÞÑ f est dans
b
ce cas f pxq.
Exemples 4.1.16
ż1 ż `8
dt dt
‚ ? est convergente, alors que ? est divergente.
ż01 t 1
ż `8 t
dt dt
‚ est divergente, alors que est convergente.
t2 t2
ż01 ż `8 1
dt dt
‚ et sont toutes deux divergentes.
0 t 1 t
Nous verrons
ż `8 un peu plus tard d’autres intégrales de référence, appelées intégrales de Bertrand, de la
1
forme α lnptqβ
dt, qui peuvent être utiles pour affiner un peu les comparaisons (notamment quand
1 t
α devient proche de 1, ou égal à 1). Mais ces intégrales ne sont pas explicitement au programme, et il
faudra savoir redonner les justifications idoines au cas par cas.
Un autre exemple qu’on peut obtenir par un calcul explicite, mais qui sert assez rarement d’intégrale de
référence du fait de son comportement peu marqué, est l’intégrale du logarithme en 0. Comme ce n’est
pas une intégrale de référence officielle du programme, elle n’a que le statut d’exemple.
Exemple 4.1.17
ż1
L’intégrale lnptq dt est convergente.
0
Remarque 4.1.19
żb
1. Dans le cas positif, on peut donc considérer f ptq dt avant toute étude de convergence
a
2. Le programme stipule expressément qu’ « un calcul aboutissant à un résultat fini vaut preuve
de convergence ». Autrement dit, cela autorise à mener une méthode calculatoire sans se
préoccuper de la convergence.
3. Cela permet aussi de justifier la convergence par majoration en obtenant après calculs une
majoration stricte par `8 (ce qui utilise implicitement les théorèmes de comparaison qu’on
va établir ci-dessous).
Remarque 4.1.22
Il suffit d’avoir la comparaison 0 ď f ď g au voisinage à gauche de b seulement. Par ailleurs, les
intervalles de définition de f et g n’ont pas besoin d’avoir la même borne inférieure.
Exemple 4.1.26
Pour quelles valeurs de x l’intégrale ż1
tx´1 e´t dt
0
est-elle convergente ?
soit convergente (en la borne a) et f ptq dt soit convergente (en la borne b).
c
‚ Cette propriété est alors indépendante du choix de c Psa, br
‚ On définit alors l’intégale de f sur sa, br par
żb żc żb
f ptq dt “ f ptq dt ` f ptq dt.
a a c
Avertissement 4.1.29
Dans l’expression sous forme de double limite, les deux bornes doivent bien être indépendante. Si
on lie les bornes, il peut y avoir des compensations qui faussent l’étude.
Exemple 4.1.30
ż `8 żx
L’intégrale sinptq dt est divergente, mais lim sinptq dt “ 0.
´8 xÑ`8 ´x
Les propriétés vues dans le cadre des intégrales généralisées en une seule borne s’étendent facilement.
Ÿ Éléments de preuve.
C’est juste un théorème bilan regroupant tous les cas qu’on a déjà vus.
‚ Si I est fermé borné, c’est la relation de Chasles usuelle pour les fonctions Riemann-intégrables
sur un segment
‚ Si I est semi-ouvert, c’est le théorème 4.1.10.
‚ Si I est ouvert, c’est la définition de la convergence 4.1.27
Ź
żb żb żb
2. Si f est convergente et g est divergente, alors pf ` gq est divergente.
a a a
I.5 Intégrabilité
Comme pour les séries, l’étude de la convergence d’une intégrale peut parfois s’étudier en étudiant d’abord
la convergence de l’intégrale de son module. Cela permet de ramener l’étude au cas d’une intégrale d’une
fonction positive, et donc d’exploiter les méthodes du paragraphe précédent, notamment les techniques
de comparaison.
Avertissement 4.1.35
‚ Attention à bienż avoir la bonneżterminologie, l’intégrabilité d’une fonction se définit par la
convergence de |f | et non de f .
I I
‚ De plus, la notion d’intégrabilité porte sur la fonction, et non sur l’intégrale
‚ Faire le parallèle avec la notion de sommabilité des familles pai qiPI !
Remarques 4.1.36
ż
1. Si f est c.p.m sur ra, br et de signe constant, la convergence de f équivaut à l’intégrabilité
I
de f .
Cela reste en particulier vrai si f est de signe constant au voisinage de b.
2. La notion d’intégrabilité en b est une notion locale, qui permet d’évacuer momentanément
les problèmes qu’il pourrait y avoir à un autre endroit de l’intervalle I.
Remarque 4.1.38
Avec les notations de la proposition, si a P I, l’intégrabilité en a est acquise, et il ne reste dans le
second point que l’intégrabilité en b à étudier.
Ÿ Éléments de preuve.
‚ On commencer par étudier le cas K “ R, en décomposant f “ f ` ´ f ´ , et en utilisant le fait que
0 ď f ` , f ´ ď |f |. Le théorème de comparaison et la linéarité permettent de conclure.
‚ On passe de même de R à C en décomposant f en partie réelle et partie imaginaire.
Ź
Exemple 4.1.40
ż `8
cosptq
Montrer la convergence de dt
1 t2
Avertissement 4.1.41
Attention, comme pour les séries, la réciproque est fausse : il peut exister des fonctions f telles
żb żb
que f ptq dt converge sans que f soit intégrable. On dira dans ce cas que f ptq dt est semi-
a a
convergente.
Exemple 4.1.42
ż pn`1qπ´ π6
| sinpxq| sinpxq
‚ En minorant dx, montrer que f : x ÞÑ n’est pas intégrable sur
nπ` π
6
x x
r1, `8r
ż `8
sinpxq
‚ En effectuant une IPP sur l’intégrale partielle, montrer que dx est semi-convergente.
1 x
Ainsi, l’étude d’une intégale généralisée passe souvent par l’étude d’une intégrale de fonction positive.
Pour cette raison, il peut être commode de remarquer qu’on peut toujours donner une valeur dans R à
l’intégrale d’une fonction positive :
Proposition/Définition 4.1.43 – Intégrale d’une fonction positive non intégrable
Soit I un intervalle quelconque, de bornes a ă b dans R. Si f est c.p.m. sur I, positive, et non
intégrable, alors
lim lim f ptq dt “ `8.
xÑa` yÑb´
Remarques 4.1.44
1. Selon les termes du programme, « pour une fonction à valeurs dans R` , un calcul aboutissant
à un résultat fini vaut preuve de convergence ».
2. Cela signifie concrètement que si f est positive, on peut commencer à manipuler (calculer ou
żb
majorer) f sans s’être préoccupé au préalable de la convergence de cette intégrale
a
3. Cette remarque vaut notamment pour l’étude de l’intégrabilité de f . On peut toujours consi-
żb
dérer |f |, sans justification préalable de sa convergence. Dans ce contexte, selon les termes
a ż
du programme officiel, « un calcul montrant que |f | ă `8 vaut preuve d’intégrabilité ».
I
I Intégrales sur un intervalle quelconque 67
4. Dans ce cadre, les manipulations liées à la linéarité et aux majorations restent valides dans
R quelle que soit la nature des intégrales, ce qui découle de la proposition suivante.
Ÿ Éléments de preuve.
Dans le cas où tout converge, c’est déjà vu, et dans les autres cas, il suffit d’exprimer le fait que les
divergences se font toujours vers `8 dans le cadre positif.
ż divergent, puisque λ ą 0,
‚ Pour la linéarité, il s’agit aussi de constater que si les deux intégrales
il ne peut pas y avoir de compensation entre les deux termes, et f ` λg est nécessairement
I
divergente aussi.
‚ Pour la comparaison, utiliser les théorèmes de comparaison pour l’étude des convergences.
Ź
Les théorèmes de comparaison s’adaptent pour l’étude de l’intégrabilité en une borne.
Exemple 4.1.47
1
pe´ t ´ 1q sinptq
Montrer l’intégrabilité sur t0u, `8r de f : x ÞÑ .
t
On note dans la suite de ce paragraphe L1c pI, Kq le sous-espace de L1 pI, Kq constitué des fonctions
intégrables sur I et continues. La notation n’est pas standard et n’apparaît pas dans le programme
officiel. Il faut la réintroduire si vous l’utilisez.
Le résultat suivant a déjà été vu lorsque I “ ra, br. Le cas général s’en déduit en recollant deux intervalles
semi-ouverts.
Proposition 4.1.51 – Positivité, et stricte positivité
ż
Soit f P L1c pI, Rq telle que f ě 0. Alors f ě 0, le cas d’égalité étant obtenu si et seulement si
I
f “ 0.
II Méthodes calculatoires
Cette section a pour but d’étendre au cas des intégrales généralisées les méthodes calculatoires établies
pour les intégrales sur un segment, à savoir les changements de variable, et les intégrations par parties.
Dans cette section, I désigne un intervalle de bornes a ă b dans R, les bornes étant indifféremment
ouvertes ou fermées. On désigne toujours par K le corps R ou C.
II Méthodes calculatoires 69
Ÿ Éléments de preuve.
Le théorème de la bijection assure que lim φ´1 pxq “ α et lim φ´1 pbq “ β.
xÑa xÑb
şB
Ainsi, faire d’abord le changement de variable sur l’intégrale partielle A f pxq dx, pour a ă A ă B ă
b, puis faire tendre A vers a et B vers b. Ź
Exemple 4.2.3
ż `8
2 ?
On admet la valeur de l’intégrale de Gauss : e´t dt “ π.
´8
ż `8
2
1. Que vaut e´t dt ?
0
ˆ ˙ ż `8 ´t
1 e
2. En déduire la valeur de Γ “ ? dt.
2 0 t
Remarques 4.2.4
‚ Selon les termes du programme, « on applique ce résultat sans justification dans des cas
de changements de variables usuels », ce qui est très vague. Cela englobe en tout cas les
changements de variable affine. Pour le reste... c’est flou...
‚ Le théorème de changement de variable permet aussi de comparer la nature des intégales.
Donc c’est aussi un moyen d’étude de convergence.
Exemple 4.2.5
ż `8
1
Déterminer la nature de dx (intégrale de Bertrand)
2 x lnpxqβ
70 CHAPITRE 4. INTÉGRALES GÉNÉRALISÉES
Ÿ Éléments de preuve.
A savoir faire car classique, bien que HP. Cela doit donc être refait en cas de nécessité.
‚ Le cas α ‰ 1 en `8 s’obtient facilement par comparaison à des séries de Riemann.
‚ On peut ramener l’étude en 0 à la précédente par changement de variable y “ x1 .
Ź
Remarque 4.2.9
Selon les termes du programme, « pour les applications pratiques, on ne demande pas de rappeler
les hypothèses de régularité », c’est à dire le caractère C 1 de f et g.
Avertissement 4.2.10
Sous l’hypothèse d’existence des limites de f g, la convergence
ż `8des intégrales est préservée, mais pas
sinptq
l’intégrabilité, comme le montre l’exemple déjà étudié de dt.
1 t
Exemples 4.3.2
ży
1. Soit x ą 0. Trouver un équivalent simple lorsque y tend vers 0 de tx´1 e´t dt.
0
2. żSoit x P R. À l’aide d’une IPP, trouver un équivalent simple lorsque y tend vers `8 de
`8
tx´1 e´t .
y
Dans le cas divergent, ce sont les intégrales partielles qu’on pourra comparer.
Théorème 4.3.3 – Intégration des relations de comparaison dans le cas divergent
Soit f, g : I Ñ R. On suppose que :
‚ f et g sont continues par morceaux
‚ g est positive et non intégrable en b.
Alors :
żx ˆż x ˙
1. si f “ Opgq, alors f “ O g ;
b a xÑb a
żx ˆż x ˙
2. si f “ opgq, alors f “ o g ;
b a xÑb a
żx żx
3. si f „ g, alors f „ g
b a xÑb a
Exemples 4.3.4
ż `8
1. Soit x ă 0. Déterminer un équivalent en 0 de y ÞÑ tx´1 e´t dt.
y
72 CHAPITRE 4. INTÉGRALES GÉNÉRALISÉES
żx
dt
2. À l’aide d’une IPP, donner un équivalent simple de quand x tend vers `8.
2 lnptq
Ÿ Éléments de preuve.
L’intégrabilité des fn et de f provient des théorèmes de comparaison. Le reste de la preuve est
(vraiment) hors-programme, le bon cadre n’étant par celui de l’intégrale de Riemann, mais celui de
l’intégrale de Lebesgue. Ce théorème sera donc admis. Ź
Exemples 4.3.6
ż π
4
1. Déterminer lim tanpxqn dx
nÑ`8 0
żn ´ x ¯n
2. Déterminer lim 1´ dx.
nÑ`8 0 n
ż1 ?
nx
3. Déterminer lim px ` nqe´ dx
nÑ`8 0
Remarques 4.3.7
1. Lorsque la suite pfn q est décroissante ce qui est le cas du premier exemple, alors on pourra
toujours dominer la suite par f0 , à condition qu’elle soit intégrable.
2. Lorsque la suite est croissante, et que la limite f est intégrable, alors on pourra dominer pfn q
par f . C’est le cas du deuxième exemple.
3. Le dernier exemple montre un cas où pfn q n’est ni croissante ni décroissante.
5
Fonctions continues sur un e.v.n.
Le but de ce chapitre est d’étendre la notion de continuité aux applications d’un e.v.n. dans un autre.
Certains résultats d’analyse réelle se généralisent dans ce cadre : le théorème de Heine, le théorème des
bornes atteintes (à juste titre aussi appelé théorème de compacité), et le théorème des valeurs intermé-
diaires, qui nécessite, pour sa généralisation, d’introduire la notion de connexité par arcs. Nous étudierons
pour terminer la continuité des applications linéaires.
Remarque 5.1.2
La signification de cette définition :
‚ @ε ą 0 : « Quelle que soit la marge d’erreur ε qu’on se donne, aussi petite soit-elle ... »
‚ Dη ą 0 : « ... il existe une petite boule de rayon η centrée en a, quitte à prendre η très petit
... »
‚ @x P A, }x ´ a}E ă η ùñ ... : « ... tel que si x est à la fois dans A et dans cette boule ... »
‚ ... ùñ }f pxq ´ b}F ă ε : « alors f pxq est proche à ε près de b. »
Autrement dit : « À condition de prendre x P A suffisamment proche de a, on peut rendre f pxq arbitrai-
rement proche de b ».
Remarques 5.1.3
1. L’hypothèse a P A est nécessaire pour pouvoir considérer des points aussi proches qu’on veut
de a.
2. L’inégalité à obtenir est d’autant plus contraignante que ε est petit. On peut se contenter
d’étudier le cas de valeurs de ε inférieures à une valeur ε0 donnée.
3. On peut généraliser cette définition à des fonctions définies entre deux espaces métriques. La
continuité en a s’exprime alors de la manière suivante :
@ε ą 0, Dη ą 0, @x P A, dE px, aq ă η ùñ dF pf pxq, bq ă ε,
74 CHAPITRE 5. FONCTIONS CONTINUES SUR UN E.V.N.
Proposition 5.1.4
On peut remplacer une ou plusieurs des inégalités larges }x ´ a}E ď η et }f pxq ´ b}F ď ε par des
inégalités strictes, cela donne une définition équivalente
Ÿ Éléments de preuve.
Le quantificateur universel sur ε nous assure que l’on peut aussi remplacer ε par ε{2. On déduit alors
l’équivalence de la chaîne d’inclusions :
ε
Bpb, q Ă Bpb, εq Ă Bpb, εq
2
et des inclusions similaires avec a et η2 (il sera alors peut-être nécessaire de considérer comme valeur
de sortie η2 et non η, ce qui nous donne aussi la validité de notre quantification existentielle). Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Soit ℓ est la limite de f en a. Puisque a vérifie toujours |a ´ a| ď η, on doit avoir, pour tout ε ą 0,
|f paq ´ ℓ| ď ε. Ź
Avec les notations de la définition, soit B une partie de E. On note
Il s’agit donc de l’image directe de B par f (étendu au cas où B n’est pas inclus dans le domaine de f ).
La définition de la limite peut alors se réécrire de façon plus synthétique.
@M P R, Dη ą 0, @x P A, }x ´ a}E ď η ùñ f pxq ě M ;
@M P R, Dη ą 0, @x P A, }x ´ a}E ď η ùñ f pxq ď M ;
I Limites dans un e.v.n. 75
Exemple 5.1.8
On considère dans cet exemple (et ceux qui suivent) C comme R-e.v.n., pour la norme définie par
1
le module. Étudier la limite en z0 de f : Cztz0 u Ñ R définie par f pzq “ |1´z0|
.
Remarque 5.1.9
On peut réexprimer la définition de la sorte : f pxq ÝÑ `8 si et seulement si
xÑa
@ε ą 0, Dλ ą 0, @x P A, x ě λ ùñ }f pxq ´ b}F ă ε;
Exemple 5.1.11
Étudier la limite dans pC 0 pr0, 1sq, } ¨ }8 q de la fonction x ÞÑ fx lorsque x tend vers `8, où fx est la
fonction définie par
fx ptq “ p1 ´ tqtx .
Remarque 5.1.12
Le cas de la convergence de suites à valeurs dans un e.v.n. pF, } ¨ }F q est un cas particulier de cette
définition, lorsque A “ N Ă R.
On peut adapter cette définition dans le cas où pE, } ¨ }E q est un e.v.n. quelconque, mais au lieu de
faire tendre x vers un infini dans une direction précise, on fait tendre x vers un infini non directionnel,
c’est-à-dire qu’on fait tendre }x} vers `8.
Exemple 5.1.14
1
Soit f : C Ñ C définie par f pzq “ 1`z 2 . Montrer que f pzq tend vers 0 lorsque |z| Ñ `8.
76 CHAPITRE 5. FONCTIONS CONTINUES SUR UN E.V.N.
Remarque 5.1.15
Toutes les définitions données dans le cadre des fonctions réelles (notamment les limites infinies ou
les limites en des points infinis) ont été données, dans le cadre du programme de première année,
dans le cas où f est définie sur un intervalle (ou une union finie d’intervalles) et où a est un point de
cet intervalle ou une extrémité. Cette contrainte avait pour but de se limiter à des points adhérents
au domaine, mais sans le dire. Les définitions s’étendent sans peine au cas d’un point a P X,
éventuellement infini (on rappelle que `8 P X si et seulement si X n’est pas majoré).
Exemple 5.1.16
Soit f définie sur Q par f pxq “ 1q où x “ pq est la représentation irréductible de x (le signe éventuel
se reportant sur p). Soit a P RzQ. Étudier la limite de f pxq lorsque x Ñ a.
Remarque 5.1.19
Toute comme dans le cas de voisinages de points finis, l’intersection d’un nombre fini de voisinages
de l’infini est encore un voisinage de l’infini.
La notion de voisinage permet de condenser tous les cas distincts pour la définition des limites en un seul.
C’est surtout intéressant dans le cas réel où il faut distinguer les infinis au départ et à la source.
Dans la caractérisation suivante, les cas a et/ou b “ ˘8 sont pertinents lorsque A et/ou B est une partie
de R non majorée (resp. non minoré). Le cas a “ 8 est pertinent lorsque A n’est pas borné.
Ÿ Éléments de preuve.
Remarquer que }x ´ a}E ă ε équivaut à x P Bpa, εq
I Limites dans un e.v.n. 77
Au départ, on passe alors du cas topologique au cas métrique en remarquant que tout voisinage de
a contient une boule Bpa, εq, et du cas métrique au cas topologique en remarquant qu’une boule
Bpa, εq est un voisinage de a. Quelle différence à l’arrivée ? Ź
Remarque 5.1.21
On peut aussi avoir des caratérisations mixtes, que j’énonce uniquement dans le cas fini, pour
éviter d’avoir à donner trop de cas. Avec les notations de la définition, les propriétés suivantes sont
équivalentes :
(i) f pxq tend vers b lorsque x tend vers a ;
(ii) (métrique/topologique) @W P Vpbq, Dη ą 0, @x P A, }x ´ a}E ă η ùñ f pxq P W
(i.e. f pBpa, ηq Ă W )
(iii) (topologique/métrique) @ε ą 0, DV P Vpaq, @x P V X A, }f pxq ´ b}F ă ε
(i.e. f pV q Ă Bpa, ηq).
Ÿ Éléments de preuve.
Même principe que pour les limites de suites : si b1 ‰ b2 (y compris infini si on est dans R), on peut
trouver V1 P Vpb1 q et V2 P Vpb2 q tels que V1 X V2 “ ∅. Ź
Proposition 5.1.23
Soit f : A Ñ F admettant une limite finie en a. Alors lim f pxq P f pAq.
xÑa
En notant par abus x Ñ 8 pour désigner }x} Ñ `8, et xn Ñ 8 lorsque }xn }E Ñ `8, on peut
généraliser la caractérisation séquentielle que vous connaissez dans le contexte réel.
Ÿ Éléments de preuve.
‚ Dans le sens direct, utiliser la caractérisation topologique pour ne pas avoir besoin de distinguer
les cas.
‚ Dans le sens réciproque, raisonner par contraposée, et construire des voisinages collant de plus
en plus à a, et dont l’image n’est pas incluse dans un certain voisinage bien choisi de b.
Ź
Nous dirons qu’une fonction f admet une propriété P au voisinage d’un point a P A, s’il existe un
voisinage V de a dans R (au sens étendu ci-dessus pour a infini) tel que la propriété P soit vérifiée par
f sur l’ensemble V X X.
La notion de limite permet alors de « contrôler » une fonction au voisinage d’un point. Ainsi, on obtient
par exemple :
78 CHAPITRE 5. FONCTIONS CONTINUES SUR UN E.V.N.
Proposition 5.1.25
Soit f une fonction admettant une limite finie en un point a de A. Alors, f est bornée au voisinage
de a.
Ÿ Éléments de preuve.
La définition de la limite par ε donne un encadrement local de f . Comment s’arranger pour ne pas
avoir besoin de distinguer les cas de limites en un point fini ou en un point infini ? Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Par voisinage pour ne pas avoir de discussion, en remarquant que si V0 est un voisinage de a sur
lequel f et g coïncide, alors pour tout voisinage U de a, U X V0 est un voisinage de a, sur lequel f
et g coïncident. Ź
Exemple 5.1.28
Trouver un exemple de fonctions réelles telles que f et g coïncident sur ra, bs, et que f admette une
limite en a mais pas g.
Ÿ Éléments de preuve.
Critère séquentiel. Ź
Cet énoncé reste vrai dans les cas où a et b peuvent prendre des valeurs `8, ´8 ou 8.
Ÿ Éléments de preuve.
Par voisinages, ce qui permet d’englober aussi les cas évoqués tout à la fin. Ź
Remarque 5.1.31
Le théorème de convergence des suites extraites est un cas particulier de ce résultat.
Remarque 5.1.33
La norme produit est la norme } ¨ }8 définie sur le produit cartésien. Comme on l’a vu, elle est
équivalente aux normes } ¨ }1 et } ¨ }2 , donc cette propriété reste vraie avec ces normes-là.
Exemple 5.1.34
Le cas des limites des fonctions f : R Ñ C est un cas particulier, la norme usuelle sur C correspon-
dant à la norme } ¨ }2 sur le produit cartésien R ˆ R. Ainsi, f admet une limite en a si et seulement
si sa partie réelle et sa partie imaginaire admettent une limite en a.
L’hypothèse a P A X X est nécessaire du fait que A X X est le domaine de définition de la restriction f|X .
Exemples 5.1.36
1. Pour f une fonction d’un sous-ensemble de R dans R, la limite à gauche de f en a est la
limite selon s ´ 8, ar.
2. De même, la limite à droite de f en a est la limite selon sa, `8r.
3. Si X “ tx0 u, a est adhérent à X X A si et seulement si x0 “ a, et a P A. La limite selon tau
est alors f paq.
80 CHAPITRE 5. FONCTIONS CONTINUES SUR UN E.V.N.
lim f pxq.
4. Limite épointée xÑa
x‰a
Vous savez caractériser l’existence d’une limite en un point a P R par l’existence et l’égalité des limites
à gauche, à droite et de la valeur au point ; c’est-à-dire l’existence et l’égalité des limites selon s ´ 8, ar,
sa, `8 et tau. Voici une généralisation de cette caractérisation
Exemple 5.1.38
Étudier la limite en px0 , 0q de la fonction f : R2 Ñ R définie par
$
& sinpxyq
? si y ą 0
y
f px, yq “
%0 sinon.
Remarque 5.1.39
Les propriétés sur les limites (et celles sur la continuité qui suivent) sont notamment valides dans le
contexte de fonctions f : A Ñ R, où A est une partie de Rn (fonction réelle de n variables réelles).
Il faut a priori se donner une norme sur Rn , mais comme on le verra à la fin du chapitre, toutes
les normes sur Rn sont équivalentes, et le choix de la norme importe peu. On peut ainsi choisir la
norme qui convient le mieux à l’étude en cours.
Vous pouvez admettre ce point, et utiliser dès à présent dans les exercices l’équivalence des normes
sur Rn .
II Continuité
II.1 Continuité en un point
Dans tout le paragraphe, pE, } ¨ }E q et pF, } ¨ }F q sont deux e.v.n., et A Ă E est une partie de E.
Remarque 5.2.2
Le point a est dans le domaine de f . Ainsi, si f est continue en a, la limite en a est nécessairement
f paq.
De façon équivalente :
II Continuité 81
Ÿ Éléments de preuve.
Équivalences déjà vues dans le cadre des limites. Le seul ingrédient supplémentaire est l’égalité de la
limite avec f paq, ce qui, comme on l’a vu, est toujours le cas lorsque a est dans le domaine de f . Ź
Remarque 5.2.4
Comme on l’a vu dans le cadre des limites, les inégalités }x ´ a}E ď η et }f pxq ´ f paq}F ď ε peuvent
être indifféremment larges ou strictes.
Avertissement 5.2.6
Cela n’équivaut pas à la continuité de f|B . Pouvez-vous trouver un contre-exemple ?
Ÿ Éléments de preuve.
On a déjà vu dans cette situation l’équivalence de l’existence des limites, et leur égalité. Ź
Corollaire 5.2.8
Soit f et g définies sur A Ă E, et U un ouvert tel que U X A ‰ ∅. Alors, si f|U XA “ g|U XA et si g
est continue sur U X A, alors f aussi.
Exemple 5.2.9
Étude de la continuité de la fonction f : R2 Ñ R définie par
$
& sinpxyq
? si y ą 0
y
f px, yq “
%0 sinon.
Ÿ Éléments de preuve.
Conséquence directe de la caractérisation séquentielle pour les limites, et de la valeur de la limite
lorsque a est dans le domaine. Ź
82 CHAPITRE 5. FONCTIONS CONTINUES SUR UN E.V.N.
Remarque 5.2.14
1. Cela reste valide en remplaçant la norme produit par } ¨ }1 ou } ¨ }2 qui lui sont équivalentes.
2. En particulier, cela permet d’étudier la continuité d’une application à valeurs dans Rn en
étudiant chacun de ses coordonnées, si Rn est muni d’une des 3 normes } ¨ }1 , } ¨ }2 ou } ¨ }8 ,
ou plus généralement de n’importe quelle norme, en admettant provisoirement l’équivalence
des normes en dimension finie.
Exemples 5.2.15
1. x ÞÑ ex sur R.
1
2. x ÞÑ x sur s0, 1s.
Si pour tout ε, on peut trouver un η convenable pour toute valeur de x, on parlera de continuité uniforme.
Remarquez qu’il ne s’agit de rien de moins que d’une interversion de quantificateurs par rapport à la
définition de la continuité sur un domaine.
Définition 5.2.16 – Continuité uniforme
Soit f : A Ñ F une fonction définie sur une partie A d’un e.v.n. E. Soit B Ă A. On dit que f est
II Continuité 83
Ÿ Éléments de preuve.
Évident : c’est juste enlever une contrainte de dépendance. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Le sens direct est une conséquence immédiate de la définition de la continuité uniforme et de la
convergence de suites. Réciproquement, raisonner par la contraposée. Ź
Un exemple important de classe de fonctions uniformément continues est la classe des fonctions lipschit-
ziennes.
Définition 5.2.19 – Applications lipschitziennes
Soit f : A Ñ F une application définie sur une partie A d’un e.v.n. E. Soit B Ă A. Soit k P R` .
‚ On dit que f est k-lipschitzienne sur B si
‚ On dit dans ce cas que k est un facteur de Lipschitz pour la fonction f sur B.
‚ On dit que f est lipschitzienne sur B s’il existe k P R` tel que f soit k-lipschitzienne.
‚ On dit que f est contractante s’il existe k P r0, 1r tel que f soit k-lipschitzienne.
Ÿ Éléments de preuve.
Par inégalité triangulaire. Ź
84 CHAPITRE 5. FONCTIONS CONTINUES SUR UN E.V.N.
Ÿ Éléments de preuve.
Majorer dpx, zq ´ dpy, zq par IT, puis dpx, Aq ´ dpy, Aq, puis intervertir les rôles. Ź
pE px, yq “ x et pF px, yq “ y
Ÿ Éléments de preuve.
Probablement encore un coup de M. Rudolf Lipschitz. Ź
Voici un corollaire qui permet souvent de se ramener à la continuité de fonctions usuelles d’une variable.
Corollaire 5.2.24
Soit pE1 , } ¨ }E1 q, pE2 , } ¨ }E2 q et pF, } ¨ }F q trois e.v.n., et f : E1 Ñ F une application continue. Alors
#
˜ E1 ˆ E2 ÝÑ F
f“
px, yq ÞÝÑ f pxq
est continue.
Ÿ Éléments de preuve.
Composer par la projection. Ź
Exemple 5.2.25
Étudier la continuité pour } ¨ }8 de la fonction f : R2 Ñ R2 définie par
` ˘
f px, yq “ sinpxq cospyq, ex`y .
Un autre résultat, permettant de travailler « à isomorphisme près » (par exemple en assimilant } ¨ }B,8
sur E à } ¨ }8 sur l’espace Kn des coordonnées dans la base B) :
Ÿ Éléments de preuve.
Ce sont même des isométries ! Ź
II.5 Prolongements
III Continuité et topologie 85
Les situations de densité permettent aussi d’obtenir des propriétés d’unicité de prolongements.
Corollaire 5.2.29
Soit A une partie de E et B Ă A une partie dense dans A. Soit f : B Ñ F une application continue.
Alors f admet au plus un prolongement g défini et continu sur A.
Exemple 5.2.30
Déterminer toutes les applications continues f : R Ñ R telles que pour tout px, yq P R2 , f px ` yq “
f pxq ` f pyq.
Ce théorème est notamment très utile pour montrer de façon efficace que certaines parties de Rn sont
des ouverts ou des fermés.
Exemples 5.3.2
1. Le demi-plan de R2 d’équation x ě 0 est un fermé.
2. tpx, yq P R2 | x ă 3y ` 2 et x2 ą yu est un ouvert de R2 .
3. Redémontrer le fait que Bpa, rq et Spa, rq sont des fermés de E, et que B̊pa, rq est un ouvert.
Ÿ Éléments de preuve.
Quelle fonction continue permet de caractériser l’inversibilité ? Ź
Avertissement 5.3.4
En général, l’image directe d’un ouvert (resp. fermé) par une fonction continue n’est pas ouvert
(resp. fermé)
Exemple 5.3.5
Trouvez (graphiquement) des exemples dans le cas de fonctions R Ñ R.
Pour les fermés, c’est cependant presque vrai, avec une petite condition en plus (la compacité).
Ÿ Éléments de preuve.
La continuité permet de préserver la convergence d’une suite extraite. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Par le théorème de compacité, f pKq est fermé et borné. Donc sup f pKq P f pKq. Ź
Remarque 5.3.8
1. On retrouve l’énoncé de première année dans le cadre de fonctions définies sur un intervalle
fermé borné de R en remarquant qu’un intervalle ra, bs est compact.
2. L’importance de ce théorème se fait particulièrement sentir dans le cadre de la recherche
d’extremas globaux : le théorème des bornes atteintes se réexprime en effet en disant qu’une
fonction f : K Ñ R définie sur un compact admet un minimum et un maximum sur K.
Exemple 5.3.9
Soit P une fonction polynomiale sur R2 prenant au moins une valeur strictement positive. Existence
Montrer que l’application f : R2 Ñ R définie par
2
`y 2 q
f px, yq “ e´px P px, yq
Une autre propriété des fonctions continues sur un compact généralise une propriété de première année.
IV Connexité 87
Ÿ Éléments de preuve.
De même que le cas réel, par contraposée, en niant le critère séquentiel. Ź
IV Connexité
On cherche dans cette partie à généraliser le théorème des valeurs intermédiaires.
Remarque 5.4.2
Faites un dessin pour illustrer la notion !
Exemple 5.4.5
1. Déterminer les composantes connexes par arcs de R˚
2. Montrer que C˚ est connexe par arcs.
3. Montrer que le « plan fendu » CzR´ est connexe par arcs
4. CzR est-il connexe par arc ?
5. Étudier la connexité par arcs de Spa, rq dans un e.v.n..
(ii) On dit que A est étoilée s’il existe a tel que A soit étoilée par rapport à A.
88 CHAPITRE 5. FONCTIONS CONTINUES SUR UN E.V.N.
Proposition 5.4.7
Une partie convexe est étoilée.
Ÿ Éléments de preuve.
On peut joindre b à c en 2 temps, en faisant un petit détour. Ź
Exemple 5.4.9
1. Les boules sont connexes par arcs.
2. Montrer que tout sous-espace vectoriel de E est connexe par arcs.
Dans le cas où E “ F “ R, les connexes par arcs étant les intervalles, on retrouve le fait que l’image d’un
intervalle par une fonction continue est un intervalle, qui est l’un des énoncés possibles du TVI.
On peut se servir de cette propriété pour montrer que certains ensembles ne sont pas connexes par arcs.
Exemple 5.4.12
1. En considérant det, montrer que GLn pRq n’est pas connexe par arcs.
2. De même pour On pRq.
}upxq}F
~u~ “ sup }upxq}F “ sup
xPSp0,1qq xPEzt0u }x}E
On dit que ~u~ est la norme subordonnée (aux normes } ¨ }E et } ¨ }F ) de l’application linéaire
continue u.
On parle aussi de norme triple, ou de norme d’opérateur, et on rencontre parfois la notation } ¨ }op .
Exemples 5.5.3
1. Soit pE, } ¨ }q un e.v.n.. Déterminer ~IdE ~.
2. Soit E “ RrXs muni de } ¨ }8 sur les coefficients, et a Ps ´ 1, 1r. Montrer que u : P ÞÑ P paq
est continue, et déterminer ~u~. Que dire lorsque |a| ą 1 ?
~v ˝ u~ ď ~v~ ¨ ~u~.
Corollaire 5.5.6
La norme ~ ¨ ~ est une norme d’algèbre sur Lc pRq.
Exemple 5.5.7
Donner un exemple montrant qu’on peut avoir ~u ˝ v~ ă ~u~ ¨ ~v~.
On généralise l’étude de la continuité des applications linéaires au cas des applications multilinéaires.
Ÿ Éléments de preuve.
Le démonstration n’est pas exigible.
90 CHAPITRE 5. FONCTIONS CONTINUES SUR UN E.V.N.
1
‚ piiq ùñ piiiq : Dans le sens direct, prendre k “ ηn , où η est tel que
‚ piiiq ùñ piq Faire un télescopage (comme pour la continuité d’un produit), de sorte à former une
différence yi ´ xi sur l’une des coordonnées dans chaque terme.
Ź
Exemples 5.5.9
1. L’application K ˆ E Ñ E, telle que pλ, xq ÞÑ λx.
2. L’application d’évalution Lc pE, F q ˆ E Ñ F telle que pu, xq ÞÑ upxq.
3. L’application Lc pE, F q ˆ Lc pF, Gq Ñ Lc pE, Gq telle que pu, vq ÞÑ v ˝ u.
4. Si E est un espace euclidienne, et } ¨ } la norme euclidienne associée, x¨, ¨y est continue.
5. Si E est une algèbre tel que } ¨ }E est une norme d’algèbre, le produit px, yq ÞÑ xy de E ˆ E
dans E.
6. Retrouver avec l’exemple précédent la propriété de continuité d’un produit de deux fonctions
à valeurs dans une algèbre muni d’une norme d’algèbre (donc même si cette propriété n’est
pas au programme, on la retrouver facilement avec les résultats au programme).
Ÿ Éléments de preuve.
Fixer une base B et comparer une norme N quelconque à la norme } ¨ }8 “ } ¨ }B,8 .
‚ Dans un sens, c’est évident par IT et majoration des coordonnées.
‚ Dans l’autre, utiliser la deuxième IT et la majoration précédente pour montrer que N est lip-
schitzienne donc continue. Terminer en utilisant la compacité de Bp0, 1q pour } ¨ }B,8 .
Ź
Un espace de dimension finie pouvant toujours être muni d’une norme (par exemple la norme } ¨ }B,8
associée à une base), on a une topologie naturelle d’e.v.n. unique, indépendante de la norme choisie. En
particulier, toutes les propriétés de continuité et de convergence sont les mêmes quelle que soit la norme
choisie. Le caractère borné est aussi préservé d’une norme à l’autre.
Il en résulte que le choix de la norme n’a pas beaucoup d’importance, et en général, elle ne sera pas
préciser. Parler de convergence ou de continuité dans un espace de dimension finie E, sans préciser de
norme, se réfère de façon implicite à la topologie définie par l’une quelconque des normes qui peuvent
être définies sur E.
Ce théorème nous permet notamment de choisir une norme à notre convenance, dans le but de simplifier les
calculs et les majorations, certaines normes pouvant être plus pratiques que d’autres suivant le contexte.
Ainsi, comme on l’a déjà vu, il peut être intéressant, dans un contexte matriciel (donc en dimension finie),
d’utiliser une norme matricielle (donc sous-multiplicative).
En particulier, la convergence peut toujours s’étudier avec la norme } ¨ }B,8 , ce qui permet de justifier le
résultat suivant.
VI E.v.n. de dimension finie, et conséquences sur la continuité 91
ÿ d
ÿ
@n P N, un “ un,k bk et @x P A, f pxq “ fk pxqbk .
k“1 k“1
1. La suite pun qnPN converge vers L tel que rLsB “ pℓ1 , . . . , ℓd q si et seulement si pour tout
k P J1, dK, pun,k qnPN converge vers ℓk .
2. L’application f admet une limite L “ pℓ1 , . . . , ℓd q lorsque x tend vers a si et seulement si
pour tout k P J1, dK, fk pxq ÝÑ ℓk .
xÑa
3. L’application f est continue en b P A si et seulement si pour tout k P J1, dK, fk est continue
en b.
Autrement dit, la convergence (de suites, de fonctions) et la continuité peuvent s’étudier coordonnée
par coordonnée.
Exemple 5.6.3
Trouver dans RrXs une suite non convergente pour la norme } ¨ }8 sur les coefficients, mais conver-
geant coordonnée par coordonnée dans la base canonique.
Avertissement 5.6.4
On peut définir des métriques sur E associées à d’autres topologies ! Ainsi, l’unicité de la topologie
sur E de dimension finie est valide dans le contexte où on ne regarde que les topologies issues de
normes.
Ÿ Éléments de preuve.
Cela avait été démontré pour } ¨ }B,8 , après choix d’une base. Par équivalence des normes, cela reste
vrai pour toute norme. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Un sens a déjà été vu. L’autre résulte de BW et du caractère fermé. Ź
92 CHAPITRE 5. FONCTIONS CONTINUES SUR UN E.V.N.
Corollaire 5.6.8 – Caractérisation de la convergence par les v.a. dans un e.v.n. de dim finie
Soit E un e.v.n. de dimension finie, et pun q un suite bornée. Alors pun q converge si et seulement si
elle a une unique valeur d’adhérence.
Ÿ Éléments de preuve.
pun q est à valeurs dans une boule fermée, donc compacte. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Utiliser une base de VectpF Y tℓuq, où ℓ est la limite d’une suite convergente d’éléments de E, et
introduire une base convenable de cet espace pour étudier la convergence coordonnée par coordonnée.
Ź
Exemple 5.6.10
ř |un |
C’est faux en dimension infinie. En effet soit E l’espace des suites réelles telles que n2 converge.
Pour u “ pun q, on définit
`8
ÿ |un |
N puq “ .
n“0
n2
Soit F le sous-espace de E des suites à support fini (donc nulles àpcr). Montrer que N est une
norme sur E, et que F n’est pas fermé (on pourra constuire une suite d’éléments de F convergeant
vers la suite constante de valeur 1).
Ÿ Éléments de preuve.
Munir E d’une norme } ¨ }8 “ } ¨ }B,8 , et majorer upBp0, 1qq. Ź
La norme triple ~ ¨ ~ peut donc être définie sur LpE, F q tout entier.
Si F est lui-même de dimension finie, LpE, F q est isomorphe à un espace de matrices Mn,p pKq. Plus
précisément, M P Mn,p pKq représente une application linéaire de Kp dans Kn , définie par
X ÞÑ M X.
Ainsi, quelle que soit la norme } ¨ }n choisie sur Kn et la norme } ¨ }p choisie sur Kp , l’application linéaire
définie par M est continue, ce qui permet de définir la norme triple associée à M
VI E.v.n. de dimension finie, et conséquences sur la continuité 93
~M N ~ ď ~M ~ ¨ ~N ~.
Ÿ Éléments de preuve.
On l’a déjà vu dans le contexte des AL continues. Ź
Plus généralement,
Ÿ Éléments de preuve.
Récurrence sur p. Ź
Exemples 5.6.15
1. Soit E de dimension finie, muni d’une base B. Le déterminant detB : E Ñ K est multilinéaire
sur E, donc continue, quelle que soit la norme de E.
2. det : Mn pKq est continue par rapport à ses colonnes, pour n’importe quelle norme sur l’espace
Kn des colonnes.
3. pM, N q ÞÑ M N de Mn,p pKq ˆ Mp,q pKq dans Mn,q pKq est continue.
4. De même, la composition des AL entre espaces de dimension finie.
Exemple 5.6.17
L’application f définie sur R3 par f px, y, zq “ 3x2 yz 4 ´ xy ` 2 est une application polynomiale.
Proposition 5.6.18
Les applications polynomiales sont continues sur leur domaine de définition, et ceci indépendamment
des normes choisies.
94 CHAPITRE 5. FONCTIONS CONTINUES SUR UN E.V.N.
Ÿ Éléments de preuve.
Travailler avec la norme 8 pour obtenir la continuité des projections, puis les règles sur le produit
permettent de conclure. Ź
Exemple 5.6.19
Étudier la continuité de f : R2 Ñ R2 définie par
ˆ ˙
2 2 2 cospxyq
f : px, yq ÞÑ lnpx ` xy ` y ` 1q, 2
x ` y4 ` 1
Ÿ Éléments de preuve.
Avec ce point de vue, tr et det sont polynomiales. La continuité de tr provient également de sa
linéarité (et de la dimension finie). Ź
Plus généralement, on peut définir des applications polynomiales sur un espace quelconque :
En travaillant coordonnée par coordonnée (sur F ) avec la norme }¨}B,8 sur E, les raisonnements ci-dessus
s’adaptent bien, et on obtient :
I.1 Convergences
Définition 6.1.1 – Convergence d’une série
Soit pun q une suite de réels ou complexes.
(i) Les sommes partielles Sn de la série de terme général un sont :
n
ÿ
@n P N, Sn “ uk .
k“0
ř
(ii) On dit que la série un de terme général un converge si la suite pSn qnPN de ses sommes
partielles admet une limite finie.
(iii) On note alors
`8
ÿ n
ÿ
un “ lim Sn “ lim uk .
nÑ`8 nÑ`8
n“0 k“0
`8
ÿ `8
ÿ
@n P N, Rn “ uk “ uk ´ Sn .
k“n`1 k“0
Ÿ Éléments de preuve.
Si la série converge, un “ Sn ´ Sn´1 tend vers 0. Ź
96 CHAPITRE 6. SÉRIES NUMÉRIQUES ET VECTORIELLES
Ÿ Éléments de preuve.
`8
ÿ
ř
Sous ces hypothèses, la somme partielle de la série un est croissante, et majorée par vk . Ź
k“0
Ÿ Éléments de preuve.
‚ Pour le cas réel, utiliser le TCSTP avec 0 ď u` ´
n ď |un | et 0 ď un ď |un |.
‚ Pour le cas complexe, utiliser le cas réel, et le TCSTP avec 0 ď |Repun q| ď |un | et 0 ď | Impun q| ď
|un |
Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Combinaison de la propriété de linéarité des sommes finies et de la propriété de linéarité de la limite.
Ź
Ÿ Éléments de preuve. żx
C’est bien sûr Chasles, d’abord. Puis la croissance de x ÞÑ f ptq dt, qui assure l’existence d’une
n0
limite dans R quand x tend vers `8. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Les points (ii) et (iii) sont équivalents par positivité de f .
Pour l’équivalence entre piiq et piiiq, encadrer sur un intervalle rn, n ` 1s par décroissance de f :
ż n`1
f pn ` 1q ď f ptq dt ď f pnq,
n
Ÿ Éléments de preuve.
On avait montré le théorème similaire pour les intégrales. Il faut juste s’assurer de la monotonie
àpcr. Pour α ‰ 1, on peut aussi le retrouver facilement par comparaison à une série de Riemann. Ź
Les techniques de comparaison entre séries et intégrales permettent en général d’obtenir mieux que juste
la convergence ou la divergence d’une série. En effet, il s’agit d’un encadrement en général suffisamment
fin de la série par deux intégrales pour obtenir une estimation (majoration, ou équivalent) de sommes
partielles ou de restes. Il n’y a pas de résultat particulier à connaître, simplement une bonne maîtrise de
ces techniques de comparaison. Pour citer le programme officiel : « Les étudiants doivent savoir utiliser la
comparaison série-intégrale pour établir des convergences et des divergences de séries, estimer des sommes
partielles de séries divergentes, ou des restes de séries convergentes, notamment dans le cas d’une fonction
monotone. »
Nous voyons donc un certain nombre d’exemples, à bien étudier pour être en mesure de les adapter à
d’autres situations.
Exemples 6.1.12
n `8
ÿ 1 ÿ 1
1. Trouver un équivalent de α
pour α ď 1, de α
pour α ą 1.
k“1
k k“n`1
k
98 CHAPITRE 6. SÉRIES NUMÉRIQUES ET VECTORIELLES
`8
ÿ lnpkq
2. Déterminer un équivalent de .
k“n`1
k2
n
ÿ lnpkq
3. Déterminer un équivalent de ?
k“0 k
Ÿ Éléments de preuve.
Un O se traduit par une inégalité àpcr sur les valeurs absolues, ce qui nous ramène au TCSTP.
Un équivalent se réécrit avec o. Ź
Avertissement 6.1.14
La comparaison par équivalents permet de comparer la nature de séries de signe constant, ou la
CVA, mais ne permet pas d’établir une semi-convergence, par exemple.
Une façon commode de comparer à une série géométrique consiste à comparer asymptotiquement le quo-
tient uun`1
n
au quotient similaire (constant égal à la raison) qu’on obtiendrait avec une série géométrique.
Cela est à la base de la règle suivante :
Proposition 6.1.15 – Règle de d’Alembert
ř
Soit un une série réelle ou complexe
ˇ ˇ telle que pour tout n P N, un ‰ 0 (ou au moins à partir d’un
ˇ un`1 ˇ
certain rang). On suppose que ˇ un ˇ ÝÑ ℓ P R` .
ř
(i) Si 0 ď ℓ ă 1, alors un converge absolument.
ř
(ii) Si ℓ ą 1, alors un diverge grossièrement.
(iii) Le cas ℓ “ 1 est indéterminé.
Ÿ Éléments de preuve.
(i) si ℓ ă a ă 1, àpcr, |un | ď an´n0 |un0 |.
(ii) àpcr, |un`1 | ą |un |, ce qui empêche la convergence vers 0 du terme général
(iii) Considérer par exemple les séries de Riemann qui se placent toutes dans ce cas.
Ź
I Rappels et compléments sur les séries numériques 99
Remarque 6.1.16
La règle de Riemannˇ sera ˇun outil important dans l’étude du domaine convergence des séries entières
an xn . En effet si ˇ aan`1
ř
ˇ Ñ ℓ, alors
ˇ ˇ
n
ˇ ˇ
ˇ an`1 xn`1 ˇ
ˇ an xn ˇ ÝÑ ℓ|x|,
ˇ ˇ
et la série va converger absolument si |x| ă 1ℓ et diverger grossièrement si |x| ą 1ℓ (dans C). Ainsi,
le domaine est un disque pouvant contenir (ou non) certains points de sa frontière. Le réel 1ℓ est
appelé rayon de convergence de la série entière.
On montrera que le domaine de convergence des séries entières est toujours de cette forme, même
lorsque la règle de d’Alembert n’est pas applicable.
Exemples 6.1.17
ÿ zn
1. Rayon de convergence de la série exponentielle
n! ÿ
2. Rayon de convergence de la série géométrique dérivée pn ` 1qxn .
ÿ xn
3. Rayon de convergence de la série du logarithme .
ně1
n
I.4 Semi-convergence
Définition 6.1.18 – Semi-convergence
Une serie semi-convergente est une série convergente, mais pas absolument convergente.
convergente.
Ÿ Éléments de preuve.
En notant Sn la somme partielle, montrer que pS2n q et pS2n`1 q sont adjacentes. Ź
Méthode 6.1.20
ÿ p´1qn ÿ p´1qn
L’étude des séries α
ou est alors immédiate. On peut souvent s’y ramener par
n nα lnpnqβ
DL.
Exemple 6.1.21
ř p´1qn
Nature de p´1qn `nα .
Méthode 6.1.22
‚ Dans des situations d’agencements de signes plus complexes, une bonne idée consiste souvent
à regrouper les termes consécutifs de même signe (faire des paquets), puis :
˚ vérifier que la somme sur chaque paquet ne tend pas vers 0, ce qui suffit à établir la
divergence ;
˚ ou vérifier que la sommation par paquet se ramène à l’étude d’une série alternée. Il faut
ensuite contrôler ce qui se passe entre les paquets, mais c’est assez « automatique » vu
100 CHAPITRE 6. SÉRIES NUMÉRIQUES ET VECTORIELLES
Ÿ Éléments de preuve.
La démonstration peut se faire par ε exactement comme dans le cas des intégrales. On peut aussi être
flemmard et se ramener au cas des comparaisons intégrales, en introduisant les fonctions fu : x ÞÑ utxu
et fv : x ÞÑ vtxu . Ź
Ÿ Éléments de preuve.
‚ Si ℓ fini, écrire un ´ ℓ “ op1q et sommer.
‚ Si ℓ “ `8, 1 “ opun q et sommer. Adapter pour ´8.
Ź
On retrouve, avec une technique un peu allégée, les équivalents trouvés précédemment pour les séries de
Riemann. Le résultat lui-même est HP, mais il est attendu qu’on sache le retrouver rapidement.
`8
ÿ 1 1 1
2. Si α ą 1, a
„ α´1
;
k“n`1
k `8 α ´ 1 k
n
ÿ 1
3. Si α “ 1, „ lnpnq
k“1
k `8
Ÿ Éléments de preuve.
1 1
Procéder par télescopage, en trouvant un équivalent simple de ´ , ou de lnpn ` 1q ´
pn ` 1qα´1 nα´1
lnpnq dans le dernier cas. Ź
On peut appliquer cela (sauf la première étape déjà faite) aux séries de Riemann elles-mêmes. Par
exemple :
Exemple 6.1.27 – DA de la série harmonique
Montrer qu’il existe une constante γ telle que
n ˆ ˙
ÿ 1 1
“ lnpnq ` γ ` `o .
k“1
2n n
Exemples 6.1.28
ˆ ˙n
` 1
˘ 1ÿ
‚ Trouver un DA à la précision o de n2sin . On n’explicitera pas la constante.
k“1
k
ÿn
` ˘ 1
‚ Trouver un DA à la précision o n1 de k 2 e k . À nouveau, on n’explicitera pas la constante.
k“1
ř
‚ Le vecteur S est alors appelé somme de la série un , et on note
`8
ÿ N
ÿ
S“ un “ lim un .
N Ñ`8
n“0 n“0
Exemple 6.2.2
1. Soit E “ RN et un “ pδn,m qmPN “ 1tnu pmq. On munit E de la norme
|uk |
}pxm qmPN } “ sup .
kPN k
ř
Montrer que un converge, et en donner sa somme.
2. On reprend le même exemple, mais on munit cette fois E de la norme
La technique mise en oeuvre dans le deuxième exemple nous montre que certains principes d’étude des
suites numériques s’adaptent, notamment :
Un certain nombre de propriétés connues dans le cadre numérique restent vraies. Par exemple :
Remarque 6.2.5
ř ř
1. Que dire si un et vn divergent ?
2. Si on considère une somme de p séries, à quelles conditions de convergence peut-on déduire
à coup sûr la nature de la série de la somme ?
Dans la plupart des cas, on essayera de se ramener au cadre réel positif, de la même manière que lorsqu’on
étudie la convergence absolue dans le cadre des séries numériques, grâce au théorème qui suit. Attention
à l’hypothèse de finitude indispensable dans ce théorème.
Comme dans le cas réel, l’étude de la convergence de suites peut se ramener à l’étude de la convergence
de séries télescopiques :
II Séries dans un e.v.n. 103
Ÿ Éléments de preuve.
Travailler avec la norme } ¨ }8 pour se ramener à la convergence absolue coordonnée par coordonnée.
Ź
Exemple 6.2.9
ř An
Soit A P Mn pKq. Alors la série n! converge.
L’exponentielle matricielle est notamment l’outil adéquat pour la résolution des systèmes différentiels,
généralisant ainsi la résolution connue en dimension 1.
Nous étudierons plus en détail les propriétés de l’exponentielle matricielle dans un chapitre ultérieur.
104 CHAPITRE 6. SÉRIES NUMÉRIQUES ET VECTORIELLES
7
Structures algébriques
Ce chapitre a pour but de compléter l’étude des structures algébriques vues en MPSI, en approfondissant
notamment les propriétés combintoires, algébriques et arithmétiques.
I Groupes
I.1 Rappels
Définition 7.1.1 – Groupe
On rappelle qu’un groupe G est un ensemble muni d’une loi de composition interne ‹ telle que :
‚ ‹ est associative ;
‚ il existe un élément neutre e pour la loi ‹ ;
‚ tout élément x admet un symétrique xs .
Le neutre est alors unique, ainsi que le symétrique d’un élément x donné.
Définition 7.1.2 – Groupe abélien ou commutatif
On dit qu’un groupe pG, ‹q est abélien (ou commutatif) si la loi de G est commutative.
Une structure algébrique vient toujours accompagnée des applications qui ont un sens dans le contexte,
c’est-à-dire qui respectent la structure.
Définition 7.1.4 – Homomorphisme de groupes
Soit pG, ‹q et pH, ˛q deux groupes.
‚ On dit qu’une application f : G ÝÑ H est un homomorphisme de groupes (ou plus simple-
ment morphisme de groupes) si pour tout px, yq P G, f px ‹ yq “ f pxq ˛ f pyq.
On note HompG, Hq l’ensemble des homomorphismes de G dans H.
106 CHAPITRE 7. STRUCTURES ALGÉBRIQUES
Ÿ Éléments de preuve.
Considérer f pxqf px´1 q. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Vérifications faciles pour la composée
Pour la réciproque, considérer f ´1 pf pf ´1 pxqf ´1 pyqqq. Ź
I.2 Sous-groupes
Définition 7.1.8 – Sous-groupe
Soit pG, ‹q un groupe. Un sous-ensemble H de G est appelé sous-groupe de G si H est stable pour
la loi de G et si la loi induite définit sur H une structure de groupe.
Dans la pratique, pour montrer que H est non vide, on vérifie souvent que eG P H.
(ii) @px, yq P H 2 , x ‹ y s P H.
On traduit cette dernière propriété dans les deux cas les plus fréquents :
‚ pour un sous-groupe d’un groupe additif, la vérification de stabilité à faire est donc :
@px, yq P H 2 , x ´ y P H;
‚ pour un sous-groupe d’un groupe multiplicatif, la vérification de stabilité à faire est donc :
@px, yq P H 2 , xy ´1 P H.
On trouve notamment des sous-groupes en prenant des images directes ou réciproques de sous-groupes
connus.
Proposition 7.1.11 – Image directe et réciproque de sous-groupes par un homomorphisme
Soit G et H deux groupes, et soit f P HompG, Hq un morphisme de groupes.
1. Soit G1 un sous-groupe de G. Alors f pG1 q est un sous-groupe de H.
2. Soit H 1 un sous-groupe de H. Alors f ´1 pH 1 q est un sous-groupe de G.
Une autre façon de construire un sous-groupe à partir d’autres est d’en prendre l’intersection :
Ÿ Éléments de preuve.
Sans difficulté à l’aide de l’une ou l’autre des caractérisations des sous-groupes. Ź
Cela nous permet de définir le plus petit sous-groupe contenant une partie donnée :
Proposition 7.1.16 – Description par le bas du sous-groupe engendré par une partie
Soit X une partie d’une groupe G. Alors xXy est l’ensemble des éléments pouvant s’écrire sous
la forme x1 ¨ ¨ ¨ xn , n P N, où les xi vérifient soit xi P X, soit x´1
i P X. Le produit vide est par
convention égal au neutre e de G.
Ÿ Éléments de preuve.
Justifier que l’ensemble de ces éléments est forcément inclus dans xXy, et que c’est une sous-groupe
contenant X. Ź
Définition 7.1.17 – Partie génératrice d’un groupe
Soit X Ă G une partie de G. On dit que X est une partie génératrice de G si xXy “ G.
Lorsque X est un singleton on écrira plutôt xxy au lieu de xtxuy, pour alléger les notations.
Par exemple Z “ x1y. Plus généralement, tous les sous-groupes de Z vont pouvoir se décrire avec un
unique générateur :
Proposition 7.1.18
Les sous-groupes de Z sont les groupes aZ “ xay, a P N.
Ÿ Éléments de preuve.
Considérer a l’élément minimal de GXN˚ . Justifier que aZ Ă G, et si l’inclusion est stricte, contredire
la minimalité de a en effectuant une division euclidienne. Ź
deux classes.
Exemples 7.1.21
Décrire la table des lois de Z{nZ, pour n P t2, 3, 4u.
Ÿ Éléments de preuve.
Montrer piq ðñ piiq, qui est assez clair, et piiq ðñ piiiq qui provient de Bezout. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Le sens direct est évident. Réciproquement (ii) donne la condition pour que la valeur de f soit la
même pour tout représentant d’une classe de congruence, ce qui donne une façon naturelle de définit
g. Le reste n’est que de la vérification facile. Ź
Ainsi, pour définir un morphisme de groupe issu de Z{nZ, on le définira d’abord sur Z, puis on vérifiera
l’hypothèse (ii) pour le « passer au quotient ».
Ÿ Éléments de preuve.
2 i πk
Considérer Z ÝÑ Un défini par f pkq “ e n , puis passer au quotient. Ź
Exemples 7.1.27
1. pZ, `q est monogène, engendré par 1 ou par ´1. Ce sont les seuls générateurs possibles de Z.
2. Tous les sous groupes de Z sont monogènes. En effet, ils sont de la forme aZ “ xay “ x´ay.
Ce sont les seuls éléments générateurs de aZ.
3. pZ{nZ, `q est monogène, ses éléments générateurs sont les k, avec k ^ n “ 1.
4. pUn , ˆq est monogène. Ses générateurs sont les images par l’isomorphisme de la proposition
2 i kπ
7.1.25 des générateurs de Z{nZ, à savoir e n , avec k ^ n “ 1. Ces éléments générateurs
sont appelés racines nièmes primitives de l’unité.
Ÿ Éléments de preuve.
Dans le cas 2, passer φx au quotient par la proposition 7.1.24 pour définir φ
Ăx : Z{nZ Ñ G. Vérifier
que c’est un isomorphisme. Ź
Exemples 7.1.31
1. Dans pZ, `q, ordp1q “ `8
2. Dans pZ{nZ, `q, ordp1q “ n.
3. Dans pZ{42Z, `q, ordp12q “ 7.
xk “ e ðñ n | k.
ordpxq “ | xxy |.
Ÿ Éléments de preuve.
Dans le cas où ordpxq est fini, égal à n, le théorème 7.1.29 donne xxy » Z{nZ. Passer au cardinal. Ź
Ainsi, le dernier résultat se réexprime en disant que l’ordre d’un élément est égal à l’ordre du sous-groupe
qu’il engendre.
Corollaire 7.1.35
Si G est un groupe fini, tout x P G admet un ordre fini.
Ÿ Éléments de preuve.
Sinon, Z » xxy Ă G. Ź
On peut préciser un peu le corollaire précédent :
Théorème 7.1.36 – Lagrange, admis sauf dans le cas abélien
Soit G un groupe fini, et x P G. Alors ordpxq | CardpGq.
Ainsi l’ordre d’un élément d’un groupe fini divise l’ordre de ce groupe.
Ÿ Éléments de preuve.
La démonstration n’est exigible que dans źoù G est abélien. Montrer que l’application φ : g ÞÑ xg
ź le cas
est une bijection et en déduire que g“ pxgq, puis simplifier. Ź
gPG gPG
Ÿ Éléments de preuve.
C’est la partition associée à la relation d’équivalence définie sur G par
x ”g y rHs ðñ x´1 y P H
Remarque 7.1.38
Lorsque G “ Z et H “ nZ (et en revenant aux notations additives), la congruence modulo H
correspond à la congruence modulo n bien connue.
Ÿ Éléments de preuve.
L’application h ÞÑ ah est une bijection de H dans aH. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
On a partitionné G avec des parts qui ont toutes le même cardinal que H. Ź
Le théorème de Lagrange pour l’ordre des éléments s’en déduit en appliquant le théorème de Lagrange
pour l’ordre des sous-groupes avec H “ xxy.
II Anneaux et idéaux
II.1 Rappels
Un anneau est un groupe abélien (additif) auquel on rajoute une loi multiplicative :
Exemples 7.2.3
1. Z, R, Q et C munis des opérations usuelles sont des anneaux. R, Q et C sont même des corps.
2. Pour tout n P N˚ , Z{nZ est un anneau commutatif.
3. L’ensemble KrXs des polynômes à coefficients dans un corps K est un anneau commutatif
4. L’ensemble Mn pKq des matrices carrées est un anneau non commutatif.
Les éléments non nul d’un anneau ne sont donc en général pas inversibles, contrairement à un corps. Leur
ensemble possède tout de même une structure intéressante.
La régularité est à la base de la résolution de grand nombre d’équations, par factorisation. Voici un cadre
qui nous permet d’exploiter ce type de technique :
Comme pour les groupes, on a une caractérisation assez efficace des sous-anneaux :
Enfin, comme pour les groupes, on peut munir un produit cartésien d’anneaux d’une structure d’anneau
produit. On le définit pour un produit de deux anneaux, mais cela se généralise évidemment pour un
produit cartésien d’un nombre fini d’anneaux.
‚ Muni de ces deux lois, A ˆ B est un anneau, donc les neutres sont p0A , 0B q et p1A , 1B q.
‚ Si de plus, A et B sont commutatifs, il en est de même de A ˆ B.
II.2 Idéaux
Les anneaux sont des environnements propices à l’arithmétique. En effet, les propriétés liés aux produits
permettent, sous certaines conditions, d’envisager des notions de divisibilité.
Dans le cas de l’anneau Z (et donc de l’arithmétique usuelle sur les entiers), la relation de congruence
modulo n est omniprésente. C’est elle qui permet notamment de synthétiser de façon concise toutes les
propriétés se rapportant à l’étude des restes de la division euclidienne.
Dans ce cadre, le sous-objet qui nous intéresse dans Z est l’ensemble nZ des multiples de n, et les différentes
classes de congruence, qui correspondent à des translatés k ` nZ de nZ. Cependant, nZ n’est pas un sous-
anneau de Z, mais est un peu plus riche qu’un sous-groupe additif (car aussi stable par multiplication).
Ainsi, même si la notion de sous-anneau n’est pas ininterressante en soi, elle n’est pas la notion appropriée
pour les études arithmétiques. Cela motive la définition suivante, introduisant un type de sous-ensembles
particuliers d’un anneau. On se limite, conformément au programme, au cas des anneaux commutatifs.
Une notion similaire peut être définie également pour des anneaux non commutatifs, mais il convient
alors de distinguer les idéaux à droites des idéaux à gauche. Si un sous-ensemble est alors à la fois idéal
à gauche et idéal à droite, on dira dans ce cas que c’est un idéal bilatère. Ces distinctions n’ont pas lieu
d’être dans la situation qui nous intéresse.
@a P A, @x P I, ax P I.
On rappelle que le noyau d’un morphisme d’anneau est le noyau du morphisme de groupe additif sous-
jacent, c’est-à-dire Kerpf q “ f ´1 pt0A uq.
Un autre exemple important d’idéal qui sera à la base de l’arithmétique est l’idéal engendré par un
élément.
Proposition 7.2.16 – Idéal engendré par x
Soit A un anneau commutatif, et x P A.
1. xA “ txa, a P Au est un idéal.
2. C’est le plus petit idéal de A contenant x.
xA est appelé idéal engendré par x.
Remarque 7.2.18
La plupart des idéaux que nous rencontreront seront principaux, mais il existe des idéaux non
principaux.
116 CHAPITRE 7. STRUCTURES ALGÉBRIQUES
Enfin, voici deux constructions sur les idéaux, qui seront à la base de caractérisations du pgcd et du ppcm
dans Z ou KrXs (et pourront même permettre de définir des pgcd et ppcm dans des anneaux principaux
quelconques).
Dans la suite du chapitre, on s’intéresse à 3 familles d’anneaux en particulier, tout d’abord Z, puis les
anneaux Z{nZ, qui nous fournissent des outils algébriques importants pour l’arithmétique des entiers, et
enfin les anneaux de polynômes KrXs, dont l’étude des idéaux permettra également d’établir un certain
nombre de propruétés arithmétiques qui seront d’une grande utilité dans l’étude des endomorphismes
d’un K-espace vectoriel, et notamment en vue de réduire (diagonaliser par exempl) ces endomorphismes.
Ÿ Éléments de preuve.
Les idéaux de Z sont en particulier des sous-groupes, dont on connaît la description ! Ź
Les idéaux permettent de redéfinir, ou de caractériser le PGCD et le PPCM tel qu’ils ont été définis en
MPSI.
mZ “ a1 Z ` a2 Z ` ¨ ¨ ¨ ` an Z.
m “ a1 u1 ` ¨ ¨ ¨ ` an un ;
‚ réciproquement, si c vérifie
c “ a1 u1 ` ¨ ¨ ¨ ` an un ,
alors m divise c.
Ÿ Éléments de preuve.
Immédiat par traduction des congruences, et par le théorème de Bézout. Ź
Remarque 7.3.2
Le point (ii) nous dit comment trouver un inverse de k modulo n : il suffit de déterminer une relation
de Bézout, et de la réduire modulo n.
Ÿ Éléments de preuve.
Si p P P, tout élément de J1, p ´ 1K est premier avec p. Réciproquement, si p R P, un diviseur strict
de p n’est pas premier avec p et sa classe n’est pas inversible dans Z{pZ. Ź
Exemple 7.3.4
Le corps F2 a seulement deux éléments. Le corps F3 en a 3. Décrire leurs lois.
Ÿ Éléments de preuve.
Pour montrer que c’est un isomorphisme, étudier le noyau en se ramenant à des propriétés arithmé-
tiques. Ź
En d’autres termes, l’ensemble des solutions est de la forme x0 ` pa1 ¨ ¨ ¨ an qZ. C’est donc une classe de
congruence modulo a1 . . . an .
III Anneau Z{nZ 119
Exemple 7.3.9
$
&x ” 2 r5s
’
’
x ” 6 r9s
’
’
%x ” ´2 r11s
Lorsque les modules de congruence ne sont pas premiers entre eux, on peut se ramener à cette situation en
séparant la contribution de chaque facteur premier, et en comparant les congruences modulo les puissances
d’un même facteur premier. Plutôt que de longs discours, voici un exemple :
Exemple 7.3.10
Résoudre les deux systèmes suivants :
#
x ” 3 r42s
1.
x ” 10 r49s
#
x ” 3 r42s
2.
x ” 9 r49s
Ÿ Éléments de preuve.
C’est le théorème de Lagrange dans le groupe pZ{nZqˆ Ź
Ÿ Éléments de preuve.
En passant aux inversibles dans le théorème choinois, sachant qu’un isomorphisme préserve l’inver-
sibilité. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Dénombrement direct, sachant que k n’est pas premier avec p P P si et seulement s’il est multiple de
p. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
S’aider de la division euclidienne, comme pour montrer que Z est principal. C’est une propriété
général de tout anneau muni d’une division euclidienne (anneau euclidien). La deuxième partie
provient de la description des inversibles de KrXs. Ź
On peut alors caracrétiser (ou définir) le pgcd de la même manière que dans Z :
Comme pour les entiers, on retrouve la notion définie en MSPI via le résultat suivant :
Exemples 7.4.7
1. Les polynômes X ´ λ sont irréductibles (λ P K)
2. Dans RrXs, tout polynôme aX 2 ` bX ` c tel que ∆ ă 0 est irréductible.
3. Ces polynômes ne sont pas irréductibles dans CrXs.
On rappelle que :
Ÿ Éléments de preuve.
Considérer un diviseur non constant de degré minimal. Ź
P “ λP1 ¨ ¨ ¨ Pk .
Ÿ Éléments de preuve.
Par récurrence, en divisant par un facteur irréductible unitaire. Pour l’unicité, aussi par récurrence,
en remarquant qu’un facteur irréductible unitaire de P se retrouve dans toute décomposition, d’après
le lemme d’Euclide. Ź
8
Compléments d’algèbre linéaire
On admet que toute l’algèbre linéaire vue en MPSI reste valide lorsque K, le corps de base, est un corps
quelconque. En particulier, les coefficients peuvent, par exemple, être pris sur K “ Fp , p P P. Cependant,
lorsque des polynômes interviendront, (notamment dans la troisième partie de ce chapitre), il convient
de faire un peu plus attention, car des choses particulières peuvent se produire. Par exemple, les règles
sur les degrés peuvent ne pas être les mêmes. Par exemple, dans Fp rXs, la dérivée de X p n’est pas de
degré p ´ 1, et à peu près pour cette raison, les polynômes de degré p ´ 1 n’admettent pas de primitive.
On observe par la même occasion que pour ce polynôme X p , la caractérisation de la multiplicité de la
racine 0 par les dérivées successives n’est pas valide.
Pour éviter ce type de problème, dès lors que des polynômes interviendront dans notre étude, nous
supposerons que K est un sous-corps de C, même si un grand nombre de résultats associés restent valides
dans un contexte plus général.
Nous ne reprenons pas le cours de MPSI. Nous nous contentons d’en rappeler ci-dessous les grandes lignes,
à bien maîtriser :
‚ Notion d’espace vectoriel, de sous-espace vectoriel ;
‚ Notion de famille libre, de famille génératrice, de base ; une famille libre maximale est une base ;
‚ Notion de somme de 2 espaces, de somme directe de 2 espaces. Lien avec les bases.
‚ Applications linéaires, détermination d’une application linéaire sur les vecteurs d’une base, endo-
morphisme, isomorphisme, automorphisme
‚ Projecteurs et symétries, caractérisation algébrique (p2 “ p, s2 “ id), caractérisation géométrique.
‚ Sous-espaces affines d’un espace vectoriel
‚ Théorie de la dimension : espace de dimension finie (par existence d’une famille génératrice finie),
théorème de la dimension, dimension d’une somme directe, formule de Grassmann
‚ Applications linéaires en dimension finie, dont surtout, le théorème du rang et la caractérisation
de la bijectivité par l’injectivité ou la surjectivité en cas d’égalité des dimensions.
‚ Représentation matricielle d’une AL par choix de 2 bases. Cas d’un endomorphisme (avec la même
base au départ et à l’arrivée). Propriétés de composition, d’évaluation.
‚ Rang d’une matrice, version matricielle du théorème du rang, calcul du rang d’une matrice par
méthode du pivot.
‚ Changements de base. Matrices équivalentes. Toute matrice est équivalente à une Jn,p,r ; deux
matrices sont équivalentes ssi elles ont même rang.
‚ Déterminant d’une application linéaire dans une base, déterminant d’une matrice. Lien entre les
deux.
‚ Méthodes calculatoires pour les déterminants : pivot, développement suivant une ligne ou une
colonne.
‚ Exemple important : déterminant de Vandermonde.
124 CHAPITRE 8. COMPLÉMENTS D’ALGÈBRE LINÉAIRE
Ÿ Éléments de preuve.
‚ C’est un sev, par vérifications simples
‚ Il inclut tous les Fi
‚ Par stabilité par somme, si un sev G inclut tous les Fi , il inclut aussi leur somme.
Ź
Remarque 8.1.4
La propriété (v) montre que la somme globale est directe, si et seulement si à chaque étape, le terme
qu’on ajoute est en somme directe avec les précédents. Combiné aux propriétés d’associativité, cela
permet d’écrire :
n
à
Fi “ pppF1 ‘ F2 q ‘ F3 q ‘ ¨ ¨ ¨ ‘ Fn´1 q ‘ Fn .
i“1
I Sommes directes et blocs 125
Avertissement 8.1.5
Attention à l’erreur courante consistant à caractériser la somme directe par le fait que les intersec-
tions deux à deux sont réduites à t0u (autrement dit les Ei sont 2 à 2 en somme directe.
C’est clairement insuffisant, comme le montre l’exemple de 3 droites vectorielles non confondues
dans le plan.
X ! Y “ px1 , . . . , xk , y1 , . . . , yℓ q
Le point 1 montre qu’il existe toujours une base adaptée à une décomposition en somme directe.
πi : x1 ` ¨ ¨ ¨ ` xn ÞÑ xi .
1. Pour tout i P J1, nK, πi est un projecteur. Plus précisément, c’est le projecteur sur Ei paral-
lèlement à la somme des autres Ek .
2. Les πi vérifient :
n
ÿ
πi “ idE et @pi, jq P J1, nK2 πi ˝ πj “ δi,j .
i“1
On peut montrer que réciproquement, si pπ1 , . . . , πn q sont des projecteurs vérifiant le point 2, leurs images
forment une déomposition de E en somme directe dont ils sont les projecteurs associés.
126 CHAPITRE 8. COMPLÉMENTS D’ALGÈBRE LINÉAIRE
Ÿ Éléments de preuve.
Une analyse synthèse sans difficulté. Ź
c’est-à-dire la matrice obtenue en juxtaposant dans une même grande matrice les matrices
des ui dans l’ordre.
2. Réciproquement, pour u P LpE, F q, et une décomposition en blocs
´ ¯
MatB,C puq “ A1 A2 ¨ ¨ ¨ An ,
Aj “ MatBj ,F pu|Ej q.
m
à
On s’intéresse maintenant au problème dual, lorsque F “ Fi admet une décomposition en somme
i“1
directe. On note ρ1 , . . . , ρm les projections associées, et j u la corestriction à Fj de ρi ˝ u. Ainsi, pour tout
àm
x P E, j upxq est la composante sur Fj de la décomposition de upxq dans la somme directe Fi . On a
i“1
alors j u P LpE, Fj q.
I Sommes directes et blocs 127
En combinant ces deux représentations on peut avoir une représentation d’un endomorphisme u rela-
tivement à des bases adaptées à deux décompositions en somme directe, l’une de l’espace de départ
n
à m
à
E“ Ej , l’autre de l’espace d’arrivée E “ Fi , les deux espaces E et F étant supposés de dimension
j“1 i“1
finie. Pour u P LpE, F q, pour tout j P J1, nK, uj désigne comme avant la restriction de u à Ej , et pour
tout i P J1, mK, on peut alors considérer i uj la corestriction de ρi ˝ uj à Fi . Ainsi, i uj P LpEj , Fi q.
Soit, pour tout j P J1, nK, Bj une base de Ej et pour tout i P J1, mK une base de Fi . On note
B “ B1 ! ¨ ¨ ¨ ! Bn et C “ C1 ! ¨ ¨ ¨ ! Cm les bases adaptées correspondantes de E et F .
Alors on obtient la représentation par blocs suivante :
¨ ˛
MatB1 ,C1 p1 u1 q ¨ ¨ ¨ MatBn ,C1 p1 uj q
˚ .. .. ‹
MatB,C puq “ ˚ ˝ . .
‹,
‚
MatB1 ,Cm pm u1 q . . . MatBn ,Cm pm un q
tels que :
‚ à i fixé, les Ai,j , j P J1, nK ont toutes même nombre de ligne ;
‚ à j fixé, les Ai,j , i P J1, mK ont toutes même nombre de colonnes ;
alors, en regroupant convenablement les vecteurs de la base B, il existe des décompositions
en somme directe de E et F dont B et C sont des bases adaptées, telles que, avec les notations
préédentes,
@pi, jq P J1, nK ˆ J1, mK, Ai,j “ MatBj ,Ci pi uj q.
Soit pour tout i P J1, nK, Bi une base de Ei , et B “ B1 ! ¨ ¨ ¨ ! Bn une base adaptée.
Soit u P LpEq tel que pour tout i P J1, nK, Ei est stable par u. Alors
¨ ˛
MatB1 puE1 q 0 ¨ ¨ ¨ 0
˚ .. .. .. ‹
˚ 0 . . . ‹
MatB puq “ ˚ ‹,
˚ ‹
.. .. ..
. .
˚
0
‹
˝ . ‚
0 ¨¨¨ 0 MatBn puEn q
On dira que les deux découpages par blocs ont des tailles compatibles si pour tout j P J1, nK, le
nombre de colonnes des Ai,j est égal au nombre de lignes des Bj,k .
I Sommes directes et blocs 129
Remarques 8.1.17
1. Attention, on ne peut pas permuter A et B dans cette définition.
2. Cette condition permet de considérer, pour tout j P J1, nK, le produit Ai,j Bj,k . De plus, le
format de cette matrice ne dépend pas de j. Ainsi, la matrice suivante est bien définie :
n
ÿ
Ai,j Bj,k .
j“1
3. D’un point de vue vectoriel, si A et B sont interprétés comme des matrices d’applications
linéaires u P LpF, Gq et v P LpE, F q respectivement, relativement à des bases B, C et D,
les découpages par blocs définissent des décompositions en somme directe de E, F et G. La
compatibilité des tailles des blocs dit simplement que les blocs de A et B définissent la même
décomposition en somme directe de F .
Ÿ Éléments de preuve.
La démonstration n’est pas exigible.
Considérer u P LpF, Gq et v P LpE, F q des endomorphismes associés à A et B, avec des décomposi-
tions en somme directe associées de E, F et G, de projections respectives πk , ρj et σi . Décomposer
ÿ
πk ˝ u ˝ v ˝ σi “ πk ˝ u ˝ ρj ˝ ρj ˝ v ˝ σi
j
Alors pour tout n P N, An est aussi triangulaire par blocs, avec des blocs de même taille que
130 CHAPITRE 8. COMPLÉMENTS D’ALGÈBRE LINÉAIRE
A, et ¨ ˛
An1,1 ‚ ¨¨¨ ‚
˚ .. .. .. ‹
˚ 0 . . . ‹
An “ ˚ . ‹.
˚ ‹
˚ . .. ..
. .
‹
˝ . ‚ ‚
0 ¨¨¨ 0 Anq,q
2. On dit que A est diagonale par blocs si pour tout i ‰ j, Ai,j “ 0, donc
¨ ˛
A1,1 0 ¨ ¨ ¨ 0
˚ .. .. .. ‹
˚ 0 . . . ‹
A“˚ . ‹.
˚ ‹
˚ . .. ..
. . 0 ‚
‹
˝ .
0 ¨¨¨ 0 Aq,q
Alors pour tout n P N, An est aussi diagonale par blocs, avec des blocs de même taille que
A, et ¨ ˛
An1,1 0 ¨ ¨ ¨ 0
˚ .. .. .. ‹
˚ 0 . . . ‹
An “ ˚ . ‹.
˚ ‹
˚ . .. ..
. . 0 ‚
‹
˝ .
0 ¨¨¨ 0 Anq,q
Ÿ Éléments de preuve.
Comme pour les matrices exprimées avec des coefficients scalaires. Inutile de refaire. Ź
Exemple 8.1.20
¨ ˛
1 1 0 0 0
˚0 1 1 0 0‹
˚ ‹
Calcul des puissances successives de ˚0 0 1 0 0‹
˚ ‹
˚ ‹
˝0 0 0 2 1‚
0 0 0 0 2
les blocs diagonaux étant triangulaires, et les blocs étant de taille compatible avec ceux de A pour
effectuer le produit.
Ÿ Éléments de preuve.
C’est la même chose que dans le cas scalaire, à adapter grâce aux règles de produit matriciel par
blocs. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
En effet, la matrice Ei,k,T est triangulaire (vraiment, pas seulement par blocs), de coefficients dia-
gonaux tous égaux à 1. Ź
Lemme 8.1.24
˜ ¸
I 0
1. det “ detpBq
C B
˜ ¸
I C
2. det “ detpBq
0 B
Ÿ Éléments de preuve.
1. Une transvection fait sauter C, puis faire des développements suivant des colonnes pour se dé-
barrasser du I.
2. Transposer.
Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Par récurrence, se ramener au cas n “ 2, pour lequel on peut décomposer
˜ ¸ ˜ ¸˜ ¸
A C I C A 0
“
0 B 0 B 0 I
Exemple 8.1.26
˜ ¸
A B
Exprimer det en fonction de detpA ´ Bq et detpA ` Bq.
B A
II Algèbres
II.1 Définitions générales
Soit K un corps quelconque.
Remarque 8.2.2
1. En particulier, une algèbre est unitaire, dans le sens où elle possède un neutre multiplicatif.
Dans certains ouvrages plus généraux, ce n’est pas toujours le cas. Se méfier.
2. La définition est redondante, puisque certaines propriétés de ` se retrouvent à la fois dans
la structure d’anneau et dans la structure d’espace vectoriel
3. Pour éviter ces redondances, on peut définir une algèbre comme un K-ev enrichi d’une mul-
tiplication ˆ associative, unitaire, et bilinéaire. La bilinéarité englobe à la fois les propriétés
de distributivité et la propriété (iii).
4. Les signes opératoires ˆ et ¨ sont souvent omis. Il n’y a pas de confusion possible entre les
deux, puisque l’une des deux lois implique des scalaires et pas l’autre. L’examen de la nature
des objets en jeu permet donc de lever toute ambiguité.
Exemples 8.2.3
1. pK, `, ¨, ¨q est une K-algèbre (le produit externe et le produit interne sont ici égaux).
2. KrXs est une K-algèbre.
3. KrX, Y s (combinaison linéaire de monômes X i Y j ) aussi.
4. Mn pKq est une K-algèbre
5. Si E est un K-ev, LpEq est une K-algèbre.
6. KX “ FpX, Kq est une K-algèbre.
7. C est une R-algèbre.
II Algèbres 133
Ÿ Éléments de preuve.
Comme toujours dans ce type de propriété, une fois la stabilité acquise, toutes les propriétés univer-
selles sont préservées par restriction. Il faut juste s’assurer des propriétés existentielles. Ź
Exemples 8.2.7
1. K est une sous-algèbre de KrXs (le corps K étant identifié aux polynômes constants).
2. Plus généralement, si A est une K-algèbre, K ¨ 1A “ Vectp1A q est une sous-algèbre de A
3. KrXs est une sous-algèbre de KrX, Y s.
4. L’ensemble Dn pKq des matrices diagonales est une sous-algèbre de Mn pKq.
5. De même, Tn` pKq est une sous-algèbre de Mn pKq.
6. Tn`` pKq (matrices strictement triangulaires supérieures) est-elle une sous-algèbre de Mn pKq ?
Exemples 8.2.9
1. K ¨ 1A est isomorphe à K.
2. f : RrXs Ñ C définie par f pP q “ P piq est un morphisme d’algèbre.
3. Plus généralement pour a P K, l’évaluation eva : KrXs Ñ K définie par eva pP q “ P paq est
un morphisme d’algèbre.
4. Si a est transcendant (i.e. non racine d’un polynôme de QrXs), alors Qras est isomorphe à
QrXs.
Remarque 8.2.12
1. La spécialisation P pxq est bien définie, puisqu’on sait :
‚ faire des produits (donc prendre des puissances) dans A, y compris un produit vide (la
puissance d’ordre 0), puisque A est unitaire : pour tout x P A, x0 “ 1A ;
‚ multiplier un élément de A par un scalaire ai P K ;
‚ sommer entre eux des éléments de A.
2. Le terme « évaluation » pour désigner P pxq est en général réservé au cas où x P K. Ainsi, on
ne peut évaluer qu’en des éléments du corps de base, mais on peut spécialiser sur des objets
plus complexes.
3. L’évaluation est un cas particulier de spécialisation, en considérant A “ K, qui est bien une
algèbre.
Exemples 8.2.13
1. Spécialisation en une matrice carrée : si M P Mn pKq, on peut considérer P pM q.
˜ ¸
2 1 1
Par exemple, déterminer P pM q lorsque P “ 2X ` X ` 1 et M “ .
0 2
2. Spécialisation en un endomorphisme : si u P LpEq, P puq est bien défini, et est un élément de
LpEq, les puissances qui interviennent correspondant à l’itération de la composition.
II Algèbres 135
Ÿ Éléments de preuve.
Le seul point un peu délicat à montrer est le respect du produit qui nécessite une petite manipulation
de sommes. Ź
Alors Krxs est une sous-algèbre commutative de A, et est minimale parmi les sous-algèbres de A
contenant x. On l’appelle sous-algèbre de A engendrée par x.
Exemples 8.2.16
1. Pour A “ LpEq et u P LpEq, le produit dans LpEq étant la composition, le respect du produit
par Su s’écrit :
P puq ˝ Qpuq “ pP Qqpuq “ pQP qpuq “ Qpuq ˝ P puq.
L’égalité du milieu exploite la commutativité dans KrXs, qui permet donc d’obtenir la com-
mutativité de l’algèbre pKrus, `, ¨, ˝q.
˜ ¸
0 1
2. Décrire KrM s, où M “ .
1 0
On remarque que cette propriété de commutation est un cas particulier d’un résultat un peu plus général :
Ÿ Éléments de preuve.
Par manipulation de sommes, en remarquant que uk v ℓ “ v ℓ uk . Ź
136 CHAPITRE 8. COMPLÉMENTS D’ALGÈBRE LINÉAIRE
Ÿ Éléments de preuve.
Le 1 est classique et se démontre indépendamment de ce qui précède. Le 2 consiste à appliquer le 1
aux endomorphismes P puq et Qpvq qui commutent. Ź
Proposition 8.3.2 – Existence d’un polynôme annulateur non nul en dimension finie
Soit E un K-espace vectoriel de dimension finie, et u P LpEq. Alors u admet au moins un polynôme
annulateur non nul.
Ÿ Éléments de preuve.
2
Pour n “ dimpEq, la famille pu0 , u1 , . . . , un q est liée car dimpLpEqq “ n2 . Ź
dim Krus “ d,
Ÿ Éléments de preuve.
Caractère générateur par division euclidienne. Liberté par minimalité du degré de µu . Ź
Ainsi, le polynôme minimal µu est l’unique polynôme unitaire tel que pour tout polynôme annulateur P
de u, µu | P . C’est donc aussi, parmi les polynômes annulateurs unitaires non nuls, celui dont le degré
est minimal.
On peut évidemment traduire ces définitions en termes matriciels. Pour M P Mn pKq, l’ensemble des
2
polynômes annulateurs de M est l’idéal KerpSM q, non réduit à 0 car pM 0 , . . . , M n q est liée, et engendrée
par un unique polynôme annulateur unitaire µM ou πM , appelé polynôme minimal de M .
Avant de voir des exemples de polynômes minimaux, on donne une définition :
III Polynômes d’endomorphismes 137
d “ mintk P N, uk “ 0LpEq u
est appelé indice de nilpotence de u. C’est donc le plus petit entier positif tel que ud “ 0.
L’indice de nilpotence d’un endomorphisme nilpotent est toujours au moins égal à 1 (car ud “ id, et
même à 2, sauf si u “ 0.
Cette définition s’adapte bien entendu aux matrices.
Exemples 8.3.6
Les exemples suivants doivent être pris comme des exemples du cours.
1. Polynôme minimal de 0LpEq .
2. Polynôme minimal d’une matrice scalaire λIn , λ ‰ 0.
¨ ˛
0 1 0 ¨¨¨ 0
˚. .
. . . . . . . . ... ‹
‹
˚ ..
˚ ‹
˚. . . ‹
3. Polynôme minimal de Jn “ ˚ ..
˚ .. . . 0‹ ‹ P Mn pCq
˚.
..
‹
˚.
. 1‚
‹
˝.
0 ¨¨¨ ¨¨¨ ¨¨¨ 0
4. Les projecteurs sont définis algébriquement par un polynôme annulateur X 2 ´ X. À quelle
condition est-ce le polynôme annulteur
5. De même, X 2 ´ 1 est un polynôme annulateur de toute symétrie. À quelle condition est-ce
le polynôme minimal ?
Proposition 8.3.7 – Caractérisation d’un endomorphisme nilpotent par son pol. min.
Soit u P LpEq. Les propositions suivantes sont équivalentes:
(i) u est nilpotente d’indice de nilpotence d ;
(ii) µu “ X d .
Par ailleurs, on sait comparer le degré de µd à n “ dimpEq, dans ce cas particulier, grâce au lemme
suivant.
Ÿ Éléments de preuve.
Montrer qu’il existe x P E tel que px, upxq, . . . , ud´1 pxqq soit libre. Ź
Ainsi, le polynôme minimal d’un endomorphisme minimal est toujours de degré inférieur à dimpEq. Ce
résultat se généralisera à tout polynôme minimal plus tard, grâce au théorème de Cayley-Hamilton, qui
fournit un polynôpme annulateur de degré n “ dimpEq (ce qui assure de facto que le polynôme minimal
est de degré plus petit).
138 CHAPITRE 8. COMPLÉMENTS D’ALGÈBRE LINÉAIRE
Ÿ Éléments de preuve.
Par récurrence immédiate, la primalité 2 à 2 impliquant en particulier que Pk est premier avec
P1 . . . Pk´1 , il suffit de le montrer lorsque r “ 2.
Pour r “ 2, se servir d’une relation de Bézout, à la fois pour montrer l’inclusion directe, et pour
montrer le caractère directe de la somme. Ź
Exemples 8.3.11
1. Si p est un projecteur, on retrouve E “ Kerppq ‘ Kerpp ´ idq
2. Si s est une symétrie, on retrouve E “ Kerps ´ idq ‘ Kerps ` idq.
3. Dans les deux exemples précédents, trouver une base B de E telle que MatB ppq (resp.
MatB psqq soit diagonale.
Le dernier point nous fait bien comprendre l’utilité de ce résultat dans des études de diagonalisabilité.
Ainsi, on obtient par exemple le résultat important suivant (qui sera repris et complété dans le chapitre
suivant) :
Ÿ Éléments de preuve.
Par le lemme de décomposition des noyaux, puis prendre une base de chaque terme de la somme
directe.
C’est même une équivalence, comme on le justifiera plus tard. D’où la terminologie « caractérisation ».
Ź
9
Réduction des endomorphismes
Le problème de la réduction des endomorphismes consiste à trouver une base dans laquelle la forme de
la matrice associée sera suffisamment simple pour être propice aux calculs.
L’idéal est par exemple de trouver une base dans laquelle la matrice est diagonale. C’est le principe de
la diagonalisation. Ce n’est pas toujours possible, c’est pourquoi on recherche parfois des formes un peu
plus générale, comme des matrices triangulaires par exemple.
Lorsqu’on adapte la situation aux matrices, il s’agit donc de travailler sur l’endomophisme f de Kn
canoniquement associé à une matrice M , et de trouver une base dans laquelle la nouvelle matrice N de
f sera d’une forme particulière, par exemple diagonale ou triangulaire. Par la formule de changement de
base, on a donc une relation du type M “ P N P ´1 , où P P GLn pKq.
Cette relation est un peu plus forte que la relation d’équivalence, puisqu’on impose l’égalité des deux
matrices de passage. De fait, deux matrices semblables sont équivalentes mais la réciproque est fausse.
Le problème de la diagonalisation est donc très lié à la recherche des droites stables.
Réciproquement, une droite Kb est stable si et seulement si upbq P Kb, donc s’il existe λ P K tel que
upbq “ λb, c’est-à-dire pu ´ λidqpbq “ 0.
3. Les éléments non nuls de Eλ puq sont alors appelés vecteurs propres associés à la valeur
propre λ.
Remarque 9.1.2
1. Par définition, si λ est une valeur propre, Eλ puq ‰ t0u, et il existe donc au moins un vecteur
propre associé à λ.
Une valeur propre λ se caractérise donc par le fait qu’il existe x P Ezt0u tel que upxq “ λx.
2. Il arrive parfois, pour des raisons techniques (éviter des discussions) d’étendre la notation
Eλ puq au cas où λ n’est pas une valeur propre. Dans ce cas, λ est une valeur propre ssi
Eλ puq ‰ t0u.
3. Lorsque E est de dimension infinie, la non injectivité de u ´ λid n’équivaut pas à sa non
inversibilité. La non inversibilité définit ce qu’on appelle les valeurs spectrales de u (hors
programme).
4. Les sev propres sont parfois aussi notés SEPλ puq.
Exemple 9.1.3
Décrire les valeurs propres et les sous-espaces propres d’un projecteur.
Remarque 9.1.5
En dimension infinie, le spectre est défini non pas avec les valeurs propres, mais avec les valeurs
spectrales, raison pour laquelle cette définition n’est ici donnée qu’en dimension finie.
Ÿ Éléments de preuve.
Par le lemme de décomposition des noyaux. Peut aussi se montrer facilement directement par récur-
rence, c’est un bon entraînement, mais c’est un peu plus fastidieux. Ź
I Élements propres d’un endomorphisme 141
Corollaire 9.1.7
Soit pxi qiPI une famille de vecteurs propres associés à des valeurs propres 2 à 2 distinctes. Alors
pxi qiPI est libre.
Ÿ Éléments de preuve.
Ce sont des vecteurs non nuls de sous-espaces vectoriels en somme directe. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Soit par l’examen des dimensions, soit par le corollaire précédent qui donne sinon une famille libre
trop grande. Ź
Dans le but d’étudier des propriétés de réduction simultanée, nous aurons besoin du lemme suivant :
Ÿ Éléments de preuve.
Application directe de 8.2.17. Ź
Remarque 9.1.10
En particulier, puisque u commute avec lui-même, les sous-espaces propres de u sont stables par u.
Cela se comprend bien de façon directe, sans passer par ce résultat, et c’est une évidence, mais ça
ne fait pas de mal que ce soit dit explicitement au moins une fois !
Enfin, remarquons qu’une façon de restreindre la recherche des valeurs propres de u est de s’intéresser à
des polynômes annulateurs :
Ÿ Éléments de preuve.
1. Par récurrence, si x est un vecteur propre associé à λ, un pxq “ λn ¨ x, puis P puqpxq “ P pλq ¨ x.
2. Pour le point 2, une inclusion est acquise. Si l’inclusion est stricte, on peut factoriser P puq par
u ´ λid, où λ n’est pas une valeur propre. L’injectivité de u ´ λid permet alors de contredire la
minimalité de µu .
Ź
Remarque 9.1.12
Lorsque E est de dimension finie, on peut réexprimer ces propriétés à l’aide du spectre :
1. Pour tout polynôme annulateur P de u, Sppuq Ă RacpP q ;
2. Sppuq “ Racpµu q.
142 CHAPITRE 9. RÉDUCTION DES ENDOMORPHISMES
Exemples 9.1.13
1. Quelle est la seule valeur propre possible d’un endomorphisme nilpotente ?
3
2. ¨
Déterminer
˛ les valeurs propres dans C de l’endomorphisme de C canoniquement associé à
0 0 1
˝1 0 0‚.
˚ ‹
0 1 0
Ÿ Éléments de preuve.
Si M et N sont semblables, M ´ λIn et N ´ λIn le sont aussi, donc ont même rang. Ź
Le lien entre éléments propres d’une matrice et éléments propres d’un endomorphisme se fait via les
résultats suivants.
Proposition 9.1.15 – Élements propres de u et de MatB puq
Soit u P LpEq et B une base de E. Alors :
1. Sppuq “ SppMatB puqq ;
2. x est vecteur propre de u associé à λ ssi rxsB est vecteur propre de MatB puq associé à λ ;
3. Pour λ P Sppuq, Eλ pMB puqq “ φB pEλ puqq, où φB : x ÞÑ rxsB .
Sur les matrices, on dispose d’une opération d’extension des scalaires, consistant à voir les matrices de
Mn pKq comme des matrices de Mn pK1 q, dès lors que K1 est un corps contenant K. C’est notamment
ce qu’il se produit lorsqu’on considère une matrice à coefficients réels comme une matrice à coefficients
complexes. Dans cet exemple, on peut notamment se demander si le spectre d’une matrice réelle M reste
le même selon qu’on considère M comme une matrice réelle ou comme une matrice complexe. La réponse
est non en général, mais une inclusion est vraie.
Ÿ Éléments de preuve.
Un vecteur propre X P Mn,1 pKq est aussi un vecteur propre dans Mn,1 pK1 q. Ź
Exemple 9.1.18
˜ ¸
0 ´1
L’inclusion peut être stricte, comme le montre l’exemple de M “ .
1 0
Ÿ Éléments de preuve.
Par la formule de développement, tous les termes sont de degré au plus n ´ 2, sauf celui indexé par
id. En effet, une permutation de Sn ne peut pas avoir exactement n ´ 1 points fixes.
On obtient donc les termes de degré n et n ´ 1 en développant pX ´ a1,1 q ¨ ¨ ¨ pX ´ an,n q, ce qui se
fait avec les relations de Viète.
Le coefficient a0 s’obtient par évaluation. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
λ est racine ssi detpλIn ´ M q “ 0. Qu’est-ce que cela signifie sur l’inversibilité de la matrice ? Ź
Voici une situation dans laquelle le polynôme caractéristique est simple à calculer :
Par conséquent, vu les deux derniers résultats obtenus, si on recherche une matrice triangulaire T sem-
blable à une matrice M , les coefficients diagonaux de T sont les valeurs propres de M , leur multiplicité
sur la diagonale de T correspondant à leur multiplicité dans le polynôme caractéristique de M . C’est ce
qu’on appelle la multiplicité algébrique d’une valeur propre.
Le dernier résultat permet aussi de définir le polynôme caractéristique d’un endomorphisme u d’un espace
E de dimension finie. En effet, si B et C sont deux bases de E, MatB puq et MatC puq sont semblables.
Les propriétés du polynôme caractéristique de u sont alors similaires à celles d’une matrice représentant u.
Par exemple, comme la trace de u est également définie comme étant la trace commune des matrices
représentant u dans une base quelconque, et comme le déterminant vérifie aussi cette propriété, on en
déduit que
χu pXq “ X n ´ trpuqX n´1 ` ¨ ¨ ¨ ` p´1qn detpuq.
Ÿ Éléments de preuve.
Dans une base convenable, la matrice de u est triangulaire par bloc, l’un des blocs étant une matrice
de uF . Utiliser le calcul du déterminant de matrices triangulaires par blocs. Ź
I Élements propres d’un endomorphisme 145
Exemples 9.1.28
1. Déterminer les valeurs propres et les espaces propres associés de l’endomorphisme D : f ÞÑ f 1
du C-ev C 8 pR, Cq.
2. Déterminer les valeurs propres et les sous-espaces propres de M P M2n pCq définie par
¨ ˛
0 ¨¨¨ ¨¨¨ ¨¨¨ 0 ´1
˚.
.
˚ ..
‹
..
..
˚ 0‹ ‹
˚. .. ‹
.
˚ ..
..
..
´1 . ‹
M “ ˚.
˚ ‹
.. ‹
.
˚.
..
..
1
‹
˚. . ‹
.. ‹
˚ ‹
.
˚
..
..
˝0 . ‚
1 0 ¨¨¨ ¨¨¨ ¨¨¨ 0
˜ ¸ ˜ ¸
1 4 3 1
3. Déterminer les valeurs propres et les sous-espaces propres de et de .
3 2 ´1 1
Remarque 9.1.30
Les deux notions peuvent différer, comme le montre le dernier exemple du 9.1.28.
En d’autres termes, la dimension du sous-espace propre Eλ puq est majorée par la multiplicité de λ en
tant que racine de χu .
Ÿ Éléments de preuve.
Considérer le polynôme caractéristique de uEλ puq , l’endomorphisme induit par u sur le sous-espace
stable Eλ puq. Ź
Faisons pour terminer un bilan des résultats obtenus pour les endomorphismes induits.
Ÿ Éléments de preuve.
Démonstration non exigible.
Les deux énoncés sont évidemment équivalents. On montre le cas matriciel.
ÿn n´1
ÿ
Écrire χA pXq “ ak X k , et CompXIn ´ AqJ “ X k Ck .
k“0 k“0
Avec la formule de Cayley, trouver une relation matricielle reliant Ck , Ck´1 , A et ak . Former alors
χA pAq par télescopage. Ź
II Diagonalisation
Soit E un K-espace vectoriel de dimension finie.
(iv) χu est scindé, et pour tout λ P SppEq, la multiplicité algébrique de λ est égale à la multiplicité
géométrique de λ.
Ÿ Éléments de preuve.
‚ piq ùñ piiq : toute base de diagonalisation est une famille libre de vecteurs propres.
‚ piiq ùñ piiiq par propriété de la dimension d’une somme directe.
‚ piiiq ùñ pivq car la multiplicité géométrique est toujours inférieure à la multiplicité algébrique,
et car le degré de χu est connu.
‚ pivq ùñ piq : construire une base de diagonalisation à partir de bases des Eλ puq.
Ź
Ÿ Éléments de preuve.
148 CHAPITRE 9. RÉDUCTION DES ENDOMORPHISMES
ř
1. Dans ce cas, on a nécessairement dim Eλ puq ě n, et trivialement dans l’autre sens aussi.
2. C’est un corollaire du point 1. On peut aussi remarquer que cela implique que la multiplicité
algébrique et la multiplicité géométrique de toutes les valeurs propres sont égales.
Ÿ Éléments de preuve.
ź
‚ piq ùñ piiq : Considérer pX ´ λq, et utiliser le décomposition de E en somme directe de
λPSppEq
sev propres.
‚ piiq ùñ piiiq : Dans ce cas, le polynôme minimal est un diviseur d’un polynôme scindé.
‚ piiiq ùñ piq : par le lemme de décomposition des noyaux.
Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Le lemme implique qu’alors uF est simplement scindé. Ź
On en déduit le résultat suivant, hors-programme mais archi-classique en concours.
II Diagonalisation 149
Ÿ Éléments de preuve.
Les Eλi puq sont stables par v. L’endomorphisme induit vi est alors diagonalisable. Il existe donc une
base de Eλi puq formée de vecteurs propres de v. Faire cela pour chaque sev Eλi puq et concaténer
toutes ces bases. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
‚ piq ðñ piiq par la formule de changement de base.
‚ piiq ðñ piiiq est la définition de matrices semblables.
Ź
Du fait même de cette correspondance très forte entre diagonalisabilité d’un endomorphisme et diagona-
lisabilité d’une matrice, ainsi que d’après les propositions 9.1.15 et 9.1.16, toutes les propriétés vues dans
le paragraphe précédent reste valides pour les matrices, et en particulier :
‚ la caractérisation géométrique 9.2.2 de la diagonalisabilité par la décomposition de E en somme
directe de sous-espaces propres, ou par l’égalité entre multiplicité algébrique et géométrique des
valeurs propres ;
‚ la diagonalisabilité d’une matrice de Mn pKq ayant n valeurs propres distinctes (corollaire 9.2.3) ;
‚ la caractérisation algébrique 9.2.4 de la diagonalisabilité par les polynômes simplement scindés.
‚ la propriété (HP) de codiagonalisabilité.
Remarque 9.2.13
La diagonalisation permet par exemple de calculer les puissances d’une matrice A “ P DP ´1 . En
effet, par simplification des termes intermédiaires, An “ P Dn P ´1 .
On peut donc aussi notamment calculer ainsi des exponentielles matricielles.
Exemples 9.2.14
Diagonalisabilité, et le cas échéant, diagonalisation des matrices suivantes :
¨ ˛ ¨ ˛
1 0 1 2 ´1 1
A “ ˝0 1 1‚ et B “ ˝1 0 1‚.
˚ ‹ ˚ ‹
1 ´1 2 1 ´1 2
III Trigonalisation
Toutes les matrices ne sont donc pas diagonalisables. On peut déterminer, sur C, des formes réduites
privilégiées (sous forme de matrices diagonales par blocs du type λI ` J, où J est une matrice de
Jordan), valide de façon plus gérénale dès que le polynôme caractéristique est scindé sur K (réduction de
Jordan).
Cette décomposition n’est pas simple à obtenir (même si cela reste accessible avec les outils de classe
préparatoire). Nous nous contentons d’étudier une propriété intermédiaire un peu dégradée, qui est l’exis-
tence d’une base B de E dans laquelle la matrice de u est triangulaire (c’est le cas de la réduction de
Jordan).
D’autres types de réduction existent, valides sous des conditions sur K plus générales, par exemple la
décomposition de Forbenius qui donne une forme réduite diagonale par blocs, avec des blocs diagonaux
égaux à des « matrices compagnons » de certains polynômes.
E désigne toujours un K-espace vectoriel de dimension finie.
Les deux définitions (vectorielle et matricielle) se ramènent l’une à l’autre, comme dans le cas de la
diagonalisabilité.
III Trigonalisation 151
t0u “ E0 Ă E1 Ă E2 Ă ¨ ¨ ¨ Ă En “ E
La pratique de la trigonalisation est quelque chose de technique et compliqué, vous serez nécessairement
guidé dans la démarche. En revanche, il existe une condition très simple de trigonalisabilité. Cette CNS
a évidemment un analogue matriciel.
Ÿ Éléments de preuve.
‚ piq ùñ piiq : exprimer le polynôme caractéristique à partir d’une base de trigonalisation.
‚ piiq ùñ piiiq : d’après Cayley-Hamilton
‚ piiiq ùñ pivq : car µu divise alors un polynôme scindé
‚ pivq ùñ piq : faire une récurrence, en distinguant suivant que µu est constant ou non. S’il n’est pas
constant, il a une racine, qui est alors une valeur propre de u. Considérer une base commençant
par un vecteur propre associé.
Ź
Remarque 9.3.5
On peut se dispenser de l’utilisation du théorème de Cayley-Hamilton ici, en remarquant que piiq ùñ
piq peut se faire comme pivq ùñ piq, et que piq ùñ piiiq peut se faire directement, en considérant
le polynôme P simplement scindé dont les racines sont les coefficients diagonaux d’une matrice
triangulaire T représentant u, et en remarquant que P pT q est strictement triangulaire supérieure.
On a alors pP pT qqn “ 0, donc P n est un polynôme annulateur scindé de T .
Corollaire 9.3.6
Toute matrice de Mn pCq est trigonalisable
Ÿ Éléments de preuve.
C’est d’Alembert-Gauss Ź
152 CHAPITRE 9. RÉDUCTION DES ENDOMORPHISMES
De la même façon, toutes les propriétés qui suivent, utilisant une hypothèse de scindement du polynôme
caractéristique, sont systématiquement vraies sur C.
Le sous-espace Nλ puq (parfois aussi noté SECλ puq) est appelé sous-espace caractéristique associé à
la valeur propre λ de u.
Ÿ Éléments de preuve.
Les points 1 et 2 sont immédiats. On déduit du 2 que le polynôme caractéristique de puλ ´ λidq est
pX ´ λqdλ , où dλ “ dim Nλ puq.
Utiliser la divisibilité de χu par χuλ et la décomposition de E en somme d’espaces caractéristiques
pour conclure simultanément les points 3 et 4. Ź
Corollaire 9.3.11
k
ź
Soit u un endomorphisme tel que χu “ pX ´ λi qmi .
i“1
Alors il existe une base B telle que MatB puq soit diagonale par blocs, de blocs diagonaux A1 , . . . , Ak
vérifiant :
(i) la matrice Ai est de taille mi ;
(ii) la matrice Ai est triangulaire à coefficients diagonaux tous égaux à λi .
On remarquera que cette matrice est en particulier triangulaire, et cela donne une forme possible un peu
plus précise de la trigonalisation de u.
Corollaire 9.3.12
k
ź
Soit M P Mn pKq à polynôme caractéristique scindé χM “ pX ´ λi qmi .
i“1
Alors M est semblable à une matrice T diagonale par blocs, de blocs diagonaux A1 , . . . , Ak vérifiant :
(i) la matrice Ai est de taille mi ;
(ii) la matrice Ai est triangulaire à coefficients diagonaux tous égaux à λi .
’ On termine cette section par un théorème, grand classique des concours, mais à la marge du programme.
Dans ce chapitre, on étudie les suites et séries de fonctions. De façon naturelle, on peut définir, si elle
existe, la valeur point par point (c’est-à-dire la limite de fn pxq) à x fixé, pour une suite pfn q). On peut
alors se poser la question de savoir si certaines propriétés des suites fn passent bien à la limite (par
exemple la continuité, la dérivabilité etc) et si cela revient au même de faire certaines opérations terme à
terme ou sur la somme totale, par exemple si la somme des intégrales est égale à l’intégrale de la somme
(ou de même pour les limites). Il s’agit donc de propriété d’interversion de certains symboles, définis à
base de limites. En général ces interversions ne seront pas possibles et il faudra des modes de convergence
plus contraignants.
I Modes de convergences
I.1 Convergence simple
Soit E et F deux espaces vectoriels de dimension finie. On munit F de sa topologie naturelle d’e.v.n.,
associée à une norme quelconque } ¨ }F . Soit A Ă E. On considère une suite d’applications pfn qnPN de A
dans E.
Dans certains énoncés, E devra également être muni de sa structure topologique naturelle d’e.v.n., no-
tamment quand il sera question de continuité. Nous noterons dans ce cas } ¨ }E une norme (arbitrairement
choisie) de E.
Comme on est en dimension finie, le choix des normes sur E et F n’a pas d’influence sur les propriétés
de convergence et de continuité.
Remarque 10.1.3
1. La propriété de convergence simple, ainsi que la valeur de la limite simple f , ne dépend par
de la norme sur F
2. L’espace E n’a pas besoin d’être muni d’une norme pour définir la convergence simple.
156 CHAPITRE 10. SUITES ET SÉRIES DE FONCTIONS
3. Les règles usuelles sur les limites de suites à valeurs dans F s’appliquent (sommes, produits
si pertinent etc). Par exemple, si pfn q et pgn q admettent des limites simples f et g, alors
pfn ` λgn q converge simplement vers f ` λg.
4. L’indice x pour désigner le rang Nx dans la définition est indiqué pour insister sur la dé-
pendance de N par rapport à x (il dépend aussi de ε, mais ce point est plus « évident »,
alors que la dépendance ou non par rapport à x est justement la subtilité qui différentie la
convergence simple de la convergence uniforme)
Exemples 10.1.4
Étudier la convergence simple de la suite pfn q où, pour tout n P N, fn : R` Ñ R est définie par :
1. fn pxq “ e´nx ;
2. fn pxq “ nxe´nx .
3. fn pxq “ ne´nx
Remarque 10.1.5
Comme on l’a fait remarquer dans le préambule, certaines propriétés ne se conservent pas. Ici, dans
l’exemple 1, la continuité des fn n’est par exemple pas préservée au passage à la limite simple f . Il
faut, pour que ce soit le cas, un mode de convergence plus fort
2. Soit B Ă A. On dit que pfn q converge uniformément sur B si ppfn q|B q converge uniformément,
donc si
@ε ą 0, DN P N, @x P B, @n P N, n ě N ùñ }fn pxq ´ f pxq}F ď ε.
Remarque 10.1.7
1. La différence essentielle avec la convergence simple est l’indépendance de N par rapport à x.
La convergence est donc « aussi rapide » en chaque point.
2. Graphiquement, pour des fonctions réelles, cela signifie qu’àpcr, la courbe de fn est dans un
« tube » de rayon ε autour de la courbe de f .
3. La quantité }fn ´ f }8 étant bien définie dans R (égale à `8 si f ´ fn n’est pas bornée), la
définition peut se réexprimer de la façon suivante :
}fn ´ f }8 ÝÑ 0,
nÑ0
Exemples 10.1.12
1. Parmi les exemples précédents, y en a-t-il qui CVU sur R` ? sur ra, `8r, a>0 ?
2. Étudier la convergence uniforme sur R des suites définies par :
2
‚ fn pxq “ e´pt`nq
1 2
‚ f pxq “ e´pt` n q .
n
Exemples 10.1.15
1. Reprendre les exemples précédents.
`x˘
2. Étudier la CVU sur R de pfn q définie par fn pxq “ cos n .
Exemple 10.1.17
Montrer que les exemples 10.1.4 sont uniformément convergents au voisinage de tout point de R˚` ,
mais par uniformément continue sur R˚` .
Attention au fait que la convergence uniforme sur une partie B de A n’implique pas nécessairement la
convergence uniforme locale au voisinage de tout point de B :
Exemple 10.1.18
#
1 si x ă 0
Soit fn : x ÞÑ .
´nt
e si x ě 0
Montrer que pfn q CVU sur s ´ 8, 0s, mais ne converge pas uniformément au voisinage de 0.
Dans le cas d’une fonction définie sur un intervalle I de R, on peut se contenter d’étudier la convergence
uniforme sur tout segment inclus dans I.
Proposition 10.1.20 – CVU sur un intervalle de R
Soit fn : I Ñ F . Les propositions suivantes sont équivalentes:
(i) pfn q converge uniformément au voisinage de tout point de I.
(ii) pfn q converge uniformément sur tout segment ra, bs Ă I ;
3. En particulier si pfn q converge uniformément vers f (sur A entier) et si les fn sont continues,
alors f est continue (sur A).
Ÿ Éléments de preuve.
Le premier point implique facilement les deux autres. Pour montrer 1, poser un ε et décomposer
Montrer que pfn q converge vers une fonction f et que f est continue.
En représentant les fonctions pfn q, on se doute bien que les irrégularités de plus en plus nombreuses
vont être un frein à la dérivabilité. De fait, on peut montrer que f est une fonction continue sur
r0, 1s, mais dérivable en aucun point de r0, 1s. C’est historiquement le premier exemple d’une fonction
continue nulle part dérivable, découvert par Bolzano vers 1830.
Avertissement 10.2.3
Si la propriété de CVU ne porte pas sur A tout entier, attention à l’hypothèse d’ouverture. En
particulier, si on travaille dans R, et que A et B sont des intervalles, il faut faire attention aux
bornes.
Exemple 10.2.4
La suite définie par $
&0
’
’ si x ď ´ n1
fn pxq “ nx ` 1 si x Ps ´ n1 , 0r
’
’
%1 si x ě 0
est uniformément convergente sur r0, `8r, et les fn sont toutes continues sur cet intervalle. Pourtant,
la limite 1R` n’est pas continue en 0.
On doit se ramener à une convergence uniforme sur un ouvert (relatif, mais ici, A “ R tout entier
donc c’est la même chose). Donc tout ce qu’on peut obtenir ici, c’est la continuité sur R˚` , qui est
bien vérifiée.
II.2 Double-limite
La propriété de continuité correspond à une interversion limxÑa / limnÑ`8 :
160 CHAPITRE 10. SUITES ET SÉRIES DE FONCTIONS
On peut se demander si une telle propriété subsiste au bord du domaine, lorsque a P AzA. Cela reste
valide, mais un peu plus délicat, car la valeur de la double-limite est un peu moins accessible.
Ÿ Éléments de preuve.
La démonstration est hors-programme. Le point délicat est de prouver la convergence de pℓn q, car
une fois celle-ci acquise, on peut se ramener au théorème de continuité par prolongement.
On peut en fait assez facilement montrer d’abord que pℓn q est bornée (en commençant par majorer
}fn ´ fn0 }8 , pour un n0 convenable), pour trouver une valeur d’adhérence, puis par ε, montrer que
f pxq ÝÑ ℓ. La convergence de la suite pℓn q s’en déduit par une propriété d’unicité de la limite de f ,
amenant l’unicité de la valeur d’adhérence de pℓn q. est Ź
Ainsi, l’existence de limites (finies) ℓn pour tous les fn assure l’existence d’une limite pour f , égale à la
limite des elln . Ou encore, sous ces hypothèses :
Avertissement 10.2.7
Sans hypothèse de CVU, une telle interversion peut être fausse, même si toutes les limites existent.
Exemple 10.2.8
La suite définie par fn pxq “ e´nx sur R˚` vérifie :
Ÿ Éléments de preuve.
›ż x ›
› ›
Remarquer que › fn ptq ´ f ptq dt›› ď |b ´ a| ¨ }fn ´ f }8
› Ź
a E
Ÿ Éléments de preuve.
Prendre la limite simple en x “ b dans le théorème précédent. Ź
Remarque 10.2.11
Ce théorème affirme
ż donc que sous les hypothèses de continuité et de convergence uniforme, on peut
intervertir lim et , ou, en d’autres termes, « passer à la limite sous l’intégrale » :
żb żb
lim fn ptq dt “ lim fn ptq dt.
a nÑ`8 nÑ`8 a
Exemple 10.2.12
ż1
Soit f la fonction de Bolzano définie dans un exemple précédent. Calculer f pxq dx.
0
Avertissement 10.2.13
‚ L’hypothèse de convergence uniforme est importante.
‚ L’hypothèse de continuité est moins importante, le résultat restant vrai sous la seule hypo-
thèse d’intégrabilité (mais l’intégrabilité de la limite est un peu plus délicate à démontrer)
Exemples 10.2.14
Soit fn définie sur r0, 1s, pour n ě 1, par
$
2 1
&n x si x P r0, 2n s
’
’
1 1
fn pxq “ n ´ n2 x si x Ps 2n , ns
’
1
’
%0 si x Ps n , 1s.
ż1 ż1
Comparer lim fn ptq dt et lim fn ptq dt.
nÑ`8 0 0 nÑ`8
162 CHAPITRE 10. SUITES ET SÉRIES DE FONCTIONS
Remarque 10.2.15
Le théorème d’interversion limite/intégrale en cas de convergence uniforme peut être vu comme un
cas particulier assez simple du théorème de convergence dominé, appliqué sur un segment à la suite
pfn ´ f q, dominée à partir d’un certain rang par une fonction constante, intégrable sur un segment.
Montrer que pfn q converge uniformément vers une fonction f à déterminer. Montrer que pour
tout n P N˚ , fn est dérivable sur r0, 1s, mais pas f
xn
2. Soit fn définie pour tout n P N˚ sur r0, 1s par fn pxq “ n .
Montrer que pfn q converge uniformément vers une limite f , dérivable, mais que pfn1 q ne
converge pas vers f 1 sur r0, 1s.
Ainsi, même une hypothèse de convergence uniforme, portant sur la suite pfn q, n’est pas suffisante. De
fait, il faut bien une hypothèse de convergence uniforme pour pouvoir intervertir limite et dérivation,
mais elle doit porter sur la suite des dérivées.
Théorème 10.2.17 – Dérivation d’une suite de fonctions
Soit pfn q une suite de fonctions définies d’un intervalle I Ă R dans un e.v.n. F de dimension finie.
On suppose que :
(i) les fn sont de classe C 1 sur I ;
(ii) la suite pfn q converge simplement vers f
(iii) la suite pfn1 q converge uniformément sur I vers une application g : I Ñ F .
Alors pfn q converge uniformément vers f sur I, est de classe C 1 sur I, et pour tout x P I,
Ÿ Éléments de preuve. żx
Appliquer le théorème de primitivation à la suite pfn1 q, pour comparer f et x ÞÑ f paq ` gpxq. Ź
a
Par récurrence, on obtient facilement la version pour la classe C p
Théorème 10.2.18 – Classe C p d’une limite
Soit pfn q une suite de fonctions définies d’un intervalle I Ă R dans un e.v.n. F de dimension finie,
et p P N. On suppose que :
(i) les fn sont de classe C p sur I ;
pkq
(ii) pour tout k P J0, p ´ 1K la suite pfn q converge simplement ;
ppq
(iii) la suite pfn q converge uniformément sur I.
Alors :
III Séries de fonctions 163
Il suffit donc de majorer Rn pxq par une suite indépendante de x, et tendant vers 0. Le plus naturel est
d’essayer de majorer la série en normes, ce qui nous ramnène à la définition suivante
Définition 10.3.3 – Convergence normale
ř ř
La série fn converge normalement (sur A) si pour tout n P N, fn est bornée, et si }fn }8
converge.
Remarque 10.3.4
1. Autrement dit, la convergence normale correspond à la convergence absolue de la série dans
pBpA, F q, } ¨ }8 q.
2. En pratique, la convergence uniforme, ou la convergence normale, seront souvent obtenues
164 CHAPITRE 10. SUITES ET SÉRIES DE FONCTIONS
sur des sous-parties B adéquates, comme dans le cas des suites de fonctions. Ce sera en
général suffisant pour obtenir les propriétés de continuité.
Ÿ Éléments de preuve.
Le reste de la série des normes est indépendant de x, tend vers 0, et majore }Rn pxq}. Ź
Remarque 10.3.6
Il suffit, pour utiliser ce théorème, que les fn soient bornées à partie d’un certain rang n0 , et que
ř
fn soit normalement convergente.
něn0
Exemples 10.3.7
ř xn
1. Montrer que n! converge uniformément sur r´A, As, pour tout A P R` .
1
ř
2. Montrer que x2 `n2 converge uniformément sur R.
ně1
3. Soit ζ la fonction de Riemann, définie par
`8
ÿ 1
ζpzq “ z
.
n“1
n
Montrer que ζ est définie sur D “ tz P C | |z| ą 1u, et que la somme définissant ζ est
uniformément convergente sur Da “ ttz P C | |z| ą 1u, pour tout a ą 1.
Exemples 10.3.9
ř xn
1. n! ne converge pas normalement sur R.
ř xn
2. n ne converge pas normalement sur s ´ 1, 1r.
ř ´nx
3. xe converge simplement sur R` , mais pas normalement.
4. Les trois séries précédentes ne sont pas non plus uniformément convergentes sur les intervalles
donnés.
5. La somme définissant ζ n’est pas uniformément sur s1, `8r.
III Séries de fonctions 165
Avertissement 10.3.10
La CVN n’est pas une condition nécessaire à la CVU. Une série peut converger uniformément sur
un ensemble A sans y converger normalement. Nous donnons des exemples, après avoir donné des
méthodes pour gérer cette situation.
Exemples 10.3.12
ř p´1qn xn
1. Montrer que n converge uniformément sur r0, 1s, mais pas normalement.
n
x
ř
2. Montrer que cospnq ? n
est uniformément convergente sur r0, 1s.
ř cospnxq
3. Monter que n converge uniformément sur rε, 2π ´ εs.
ř
Le théorème de la double limite s’adapte en un théorème d’interversion lim / .
ř
Théorème 10.3.14 – Passage à la limite sous
ř `8
ř
Soit fn une série uniformément convergente sur A et f “ fn . Soit a P A. On suppose que
ř n“0
pour tout n P N, fn pxq Ñ ℓn P F . Alors ℓn converge, et f admet une limite en a, égale à
`8
ÿ
lim f pxq “ fn pxq.
xÑa
n“0
En d’autres termes,
`8
ÿ `8
ÿ
lim fn pxq “ lim fn pxq.
xÑa xÑa
n“0 n“0
166 CHAPITRE 10. SUITES ET SÉRIES DE FONCTIONS
Exemples 10.3.15
1
1. Déterminer lim .
x2 ` n2
xÑ`8
2. Déterminer lim ζpxq.
xÑ`8
ż x `8
ÿ
converge uniformément sur I vers x ÞÑ fn ptq dt.
a n“0
ř
2. En particulier, si fn est uniformément convergente sur ra, bs,
ż b `8
ÿ `8
ÿ żb
fn ptq dt “ fn ptq dt.
a n“0 n“0 a
Exemples 10.3.17
1. Montrer que pour tout x P r´1, 1r,
`8
ÿ p´1qk`1 xk
lnp1 ` xq “ .
k“1
k
ż1
lnp1 ´ xq π2
2. À l’aide de l’exemple précédent, calculer dx. On admettra que ζp2q “ .
0 x 6
`8
ÿ
S 1 pxq “ fn1 pxq.
n“0
Ce théorème permet donc de dériver une série terme à terme (sous les hypothèses idoines).
Théorème 10.3.19 – Classe C p d’une série
Soit pfn q une suite de fonctions d’un intervalle I dans F , et p P N. On suppose que :
(i) les fn sont de classe C p sur I ;
ř
(ii) la série fn converge simplement ;
III Séries de fonctions 167
ř ppq
(iii) la série fn converge uniformément sur I.
Alors S “ fn est de classe C p sur I, et pour tout x P I, et tout k P J0, pK,
ř
`8
ÿ
S pkq pxq “ fnpkq pxq.
n“0
Exemples 10.3.20
1. Montrer que ζ est dérivable à tout ordre sur R˚` , et exprimer sa dérivée à tout ordre sous
forme d’une somme.
2. Montrer que pour tout x Ps ´ 1, 1r, et tout n P N,
`8
ÿ n!
pk ` nq . . . pk ` 1qxk “ .
k“0
p1 ´ xqn`1
On retrouve ainsi la formule du binôme négatif, déjà établie par récurrence en utilisant des
produits de Cauchy.
Exemple 10.3.22
Déterminer la limite de ζ quand x Ñ 1` .
La méthode utilisée peut s’exprimer sous forme d’une proposition, mais la démonstration doit être remise
en oeuvre à chaque fois.
Exemples 10.3.25
1. Équivalent en `8 de ζpxq ´ 1. Développement asymptotique à 3 termes de ζ en `8
2. Équivalent en 0 de ζpxq.
`8
ÿ 1
3. Équivalent en `8 de 2 ` t2
.
k“0
x
`8
ÿ pan xqn 1
4. Équivalent en `8 de , où an “ p2n ` 1q n`1 . On pourra faire un développement
n“0
n!
asymptotique de an .
IV Approximations uniformes
IV.1 Principes généraux
Définition 10.4.1 – Approximation uniforme à ε près
Soit f : A Ñ F une application d’une partie A de E dans l’e.v.n. de dimension finie F . On dit que
g : A Ñ F est une approximation uniforme de f à ε près si }g ´ f }8 ď ε.
On dira que g est une ε-approximation uniforme de f .
Remarque 10.4.2
Cela implique implicitement que g ´ f doit être borné ; mais g et f ne le sont pas nécessairement.
Exemple 10.4.3
1 1
La fonction x ÞÑ x2 est une approximation uniforme à ε “ 100 près de x ÞÑ x2 ` 100 sinpxq sur R.
On cherche à savoir si une fonction f donnée peut être approchée uniformément arbitrairement proche
par des fonctions d’un certain type.
IV Approximations uniformes 169
Exemple 10.4.5
On dit que f : R Ñ R est en escalier si elle est en escalier sur tout ra, bs. On remarquera par exemple
que x ÞÑ txu est alors en escalier sur R (mais non bornée). En effet, contrairement au cas d’une
fonction en escalier sur un segment, on peut avoir une infinité de paliers.
Soit L ą 0. Montrer que toute fonction L-lipschitzienne f : R Ñ R peut être approchée uniformé-
ment par des fonctions en escalier.
Remarque 10.4.6
1. Si G Ă BpA, Rq, alors les propositions suivantes sont équivalentes:
(i) f peut être approchée uniformément par des fonctions de G
(ii) f P G (pour la norme } ¨ }8 ).
Dans ce cas, f est nécessairement aussi bornée.
2. Ainsi, si F, G Ă B, les propositions suivantes sont équivalentes:
(i) tout f de F peut être approché uniformément par des fonctions de G ;
(ii) G est dense dans F (pour la norme } ¨ }8 ).
α “ σ0 ă ¨ ¨ ¨ ă σn “ b
de ra, bs telle que f est constante sur chaque intervalle sσi , σi`1 r de la subdivision.
On note Escpra, bs, F q l’ensemble des fonctions en escalier sur ra, bs, à valeurs dans F .
Un premier théorème d’approximation uniforme a déjà été vu dans le cas réel au moment de définir
l’intégrale de Riemann.
Ÿ Éléments de preuve.
Cela provient de la continuité uniforme de f , issue du théorème de Heine. On peut alors considérer
une subdivision régulière suffisamment fine. Ź
0
On note CM pI, Cq l’ensemble des applications continues par morceaux de I dans R.
0
Corollaire 10.4.10 – Approximation uniforme de CM par Esc
Les fonctions continues par morceaux sur ra, bs peuvent être approchées uniformément par des
fonctions en escalier sur ra, bs.
0
Autrement dit, Escpra, bs, F q est dense dans CM pra, bs, F q.
Ÿ Éléments de preuve.
Approcher uniformément f sur chaque part d’une subdivision associée (on peut à chaque fois pro-
longer fsσi ,σi`1 r par continuité pour se ramener à une fonction continue sur un segment). Ź
Un autre théorème est nettement plus délicat à obtenir. Sa démonstration est de fait hors-programme. On
rappelle que K “ R ou C. Pour S une partie de R, on note KS rxs l’ensemble des fonctions polynomiales
à coefficients dans K, restreintes à S.
Ÿ Éléments de preuve.
Hors-programme. On le verra peut-être en DM. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Les fonctions polynomiales sont de classe C 8 . Ź
11
Intégrales à paramètres
f :ΛˆI Ñ K
x Þ Ñ f px, tq.
g:Λ Ñ Kż
x ÞÑ f px, tq dt
I
Nous avions montré un résultat plus général, concernant la convergence uniforme d’une suite de primitives.
Exemple 11.1.2
ż1
Calculer lim tanpxqln n dx.
nÑ`8 0
Méthode 11.1.4
Si certains points empêchent la CVU, ou si l’intégrale n’est pas définie sur tout le segment on peut
soit se rabattre sur le théorème de convergence dominé, soit, si ce n’est pas possible, couper autour
de la borne.
Exemple 11.1.5
ż pi4
Calculer lim tanpxqn dx
nÑ`8 0
L’outil le plus efficace, et plus général que le précédent (puisque valide sur des intervalles quelconques)
reste le suivant, qu’on a déjà donné, sans le démontrer/
Exemples 11.1.7
1. Reprendre les exemples précédents, y compris celui où on n’avait pas CVU sur tout l’inter-
valle. żn´
x ¯n
2. Déterminer lim 1´ dx.
nÑ`8 0 n
ż1 ?
3. Déterminer lim px ` nqe´ nx dx
nÑ`8 0
Remarques 11.1.8
1. Lorsque la suite pfn q est décroissante (ce qui est le cas des premiers exemples), alors on
pourra toujours dominer la suite par f0 , à condition qu’elle soit intégrable.
2. Lorsque la suite est croissante, et que la limite f est intégrable, alors on pourra dominer pfn q
par f . C’est le cas du deuxième exemple.
3. Le dernier exemple montre un cas où pfn q n’est ni croissante ni décroissante.
ż x `8
ÿ
converge uniformément sur I vers x ÞÑ fn ptq dt.
a n“0
ř
2. En particulier, si fn est uniformément convergente sur ra, bs,
ż b `8
ÿ `8
ÿ żb
fn ptq dt “ fn ptq dt.
a n“0 n“0 a
L’intégrabilité sur un segment quelconque I n’ayant été définie que pour des fonctions à valeurs dans K,
les autres énoncés se placent dans ce contexte ; ils peuvent s’adapter sans réelle difficulté au cadre d’e.v.n.
de dimension finie, en regardant coordonnée par coordonnée dans une base.
Ÿ Éléments de preuve.
Démonstration hors programme. Elle reste abordable avec le TCD.
ř
1. Si fn est intégrable, dominer la somme partielle par la somme totale et utiliser le TCD
2. Sinon, on a divergence sur une des deux bornes de I, disons la borne supérieure. Soi a P I.
Justifier qu’il existe x0 tel que pour tout x ě x0 ,
ż x `8
ÿ
fn pxq dx ě A,
a n“0
`8
ÿ ż
A étant posé arbitrairement. Utiliser encore le TCD sur ra, xs, pour montrer que fn est
n“0 I
minoré par tout A réel.
Ź
Remarque 11.1.11
ÿ `8
ÿ ż
En particulier, si les fn sont positifs, on peut justifier l’intégrabilité de fn en majorant fn ptq dt.
n“0 n“0 I
Exemple 11.1.12
`8
ÿ 1
1. Intégrabilité de x ÞÑ sur r0, `8r ?
n“1
x3 ` n3
`8
ÿ 1
2. Intégrabilité de x ÞÑ sur r0, `8r.
n“1
1 ` n2 t2
ż 1 `8
ÿ
3. Calculer n2 1r0, 1
s
n4
0 n“1
ż `8
t
4. Calculer dt, en fonction de ζp2q.
0 et ´1
Remarques 11.1.13
1. Le TITT positif peut s’utiliser dans des cas où on n’a pas convergence uniforme, et permet
ř ş
donc de gérer des cas plus variés que le théorème d’interversion { par CVU. C’est par
exemple le cas du troisième exemple.
2. Le dernier exemple montre une situation typique dans laquelle on combine un développement
en série et une intégration terme à terme pour calculer une intégrale. Les exemples de ce type
sont nombreux, pensez-y !
3. Le point le plus délicat à justifier dans le cas positif est souvent la c.p.m. de la somme. Le
programme stipule explicitement de ne pas trop s’attarder sur ces justifications.
Ÿ Éléments de preuve.
Démonstration hors-programme. On peut le démontrer un peu plus facilement sous une hypothèse
ř
supplémentaire, en supposant de plus |fn | c.p.m.. Ź
Exemple 11.1.15
ż1
lnp1 ` tq
Calculer dt sous forme d’une somme de Riemann alternée.
0 t
Remarque 11.1.16
Remarquez la similitude entre ces résultats d’intégration terme à terme, et les théorèmes de Fubini
pour les familles sommables (version positive dans R, et version générale). D’ailleurs, les théorèmes
de Fubini peuvent se retrouver à partir des théorèmes d’ITT, en considérant des fonctions en escalier
fn prenant la valeur an,p sur l’intervalle rp, p`1r. Ces théorèmes peuvent être vus comme une version
continue/discrète des théorèmes de Fubini discret/discret. Il en existe aussi une version pour les
intégrales doubles (version continue/continue), mais celle-ci n’est pas au programme.
řş
Méthode 11.1.17 – Si I
|fn | “ `8
Dans le cas où les conditions du TITT ne sont pas vérifiées, on peut parfois utiliser le TCD sur la
somme partielle pSn q. C’est notamment assez fréquent avec des séries alternées, puisqu’on parvient
dans ce cas à encadrer la somme S entre S0 et S1 . L’hypothèse de domination est donc assez facile
à obtenir.
Exemple 11.1.18
ż `8 `8
ÿ ?
Justifier l’intégrabilité, et exprimer sous forme d’une somme la valeur de p´1qn e n¨t
dt
0 n“1
Remarque 11.1.19
Le caractère alterné permet aussi l’étude facile de la CVU, donc de la continuité sur les compacts,
ce qui nous assure la continuité par morceaux (au moins sur l’intervalle ˚
I, ce qui est suffisant).
Exemple 11.1.21
ř`8 n
ř`8 p´1qn`1
En considérant x ÞÑ n“0 p´xq , montrer que n“1 n “ lnp2q.
176 CHAPITRE 11. INTÉGRALES À PARAMÈTRES
Ÿ Éléments de preuve.
On montre directement la version plus générale ci-dessous. Ź
Une version un peu plus générale, pas explicitement au programme (mais pouvant se déduire du théorème
de continuité qui suit, après prolongement de chaque f px, ¨q), et exprimée, comme on le fait souvent, en
notation fonctionnelle plutôt que familiale, permet de considérer un paramètre dans un e.v.n..
Dans cet énoncé, f étant une fonction définie sur un produit cartésien A ˆ I, f p¨, tq désigne la fonction
x ÞÑ f px, tq définie sur A, obtenue en fixant la deuxième variable égale à t. De même f px, ¨q désigne la
fonction d’une variable obtenue en faixant la première variable égale à x.
Théorème 11.2.2 – Théorème de convergence dominée, version continue vectorielle
Soit I un intervalle de R, E un e.v.n. de dimension finie, et A une partie de E. Soit f : A ˆ I Ñ K,
a P A, et g : I Ñ K. On suppose que :
(i) pour tout x P A, f px, ¨q est c.p.m. ;
(ii) pour tout t P I, f px, tq ÝÑ gptq, et g est c.p.m. ;
xÑa
(iii) (domination) il existe φ telle que pour tout x P A, |f px, ¨q| ď φ, et φ est intégrable.
Alors ż ż ż
lim f px, tq dt “ gptq dt “ lim f px, tq dt.
xÑa I I I xÑa
Ÿ Éléments de preuve.
Par critère séquentiel, on se ramène au TCD discret. Ź
Exemple 11.2.3
ż `8
x ` lnptq
Déterminer lim 3 dt.
xÑ`8 0 1 ` x2 t 2
Alors la fonction ż
F : x ÞÑ f px, tq dt
I
est continue en a.
Ÿ Éléments de preuve.
C’est l’application directe du TCD, dans sa version continue vectorielle, en un point du domaine. Ź
On en déduit de façon immédiate :
Théorème 11.2.5 – Continuité globale d’une intégrale à paramètre dans un e.v.n.
Soit I un intervalle de R, E un e.v.n. de dimension finie, et A une partie de E. Soit f : A ˆ I Ñ K.
On suppose que :
(i) pour tout x P a, f px, ¨q est c.p.m. ;
(ii) pour tout t P I, f p¨, tq est continue en a ;
(iii) (domination) il existe φ telle que pour tout x P A, |f px, ¨q| ď φ, et φ est intégrable.
Alors la fonction ż
F : x ÞÑ f px, tq dt
I
est continue sur A.
Exemple 11.2.6
ż `8
2
1. Étudier la continuité de x ÞÑ sinpxtqe´t dt et déterminer sa limite en `8.
0
2. Transformée de Laplace :
Soit f une fonction intégrable sur s0, `8r. Soit A “ tp P C | Reppq ě 0u.
ż `8
Étudier l’existence et la continuité sur A de la transformée de Laplace F ppq “ f ptqept dt.
0
Remarque 11.2.7
En pratique, il est fréquent de ne pas vérifier l’hypothèse de domination sur A tout entier, mais de
le faire sur une famille pBi qiPI de sous-ensembles de A tel que tout point de A soit dans l’intérieur
d’un des Bi . Par exemple, si A est un intervalle de R, on peut se contenter de faire la domination
sur tous les segments.
Exemple 11.2.8
ż `8
Étudier la continuité sur R˚` de Γ : x ÞÑ tx´1 e´t .
0
Ÿ Éléments de preuve.
Former le taux d’accroissement. L’IAF et les hypothèses permettent l’utilisation du TCD continu.
Ź
Exemple 11.3.2
ˆż x ˙2
´t2
Soit F : x ÞÑ e dt . Exprimer la dérivée de F sous forme de la dérivée d’une intégrale à
0 ż `8
2
paramètres, et en déduire la valeur de e´t dt.
0
B jf
ż
@j P J0, kK, @x P A, g pkq pxq “ px, tq dt.
I Bxj
Exemple 11.3.5
ż `8
Montrer que la fonction Γ : x ÞÑ tx´1 e´t dt est de classe C 8 et exprimer sa dérivée sous forme
0
intégrale.
IV La fonction Γ (HP mais classique) 179
Ÿ Éléments de preuve.
Pour le 2, se ramener à l’intégrale de Gauss par changement de variable. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
C’est immédiat pour les dérivées d’ordre pair. Constater ensuite par un argument direct que les
dérivées d’ordre pair sont croissantes, donc admettent une dérivée positive. Ź
En particulier, cela implique la croissance et la convexité de Γ et de toutes ses dérivées.
Ÿ Éléments de preuve.
La dernière propriété entraînant la première, on peut la montrer d’abord, avec l’identité remarquable.
La deuxième s’obtient par croissance et les valeurs particulières déjà trouvées. Ź
La fonction Γ possède bien d’autres propriétés, et est d’une grande importance, notamment car elle
intervient dans le calcul de nombreuses transformées de Laplace. Nous aurons peut-être l’occasion de
prolonger notre étude de Γ en DM.
12
Endomorphismes d’un espace
euclidien
Le but de ce chapitre est d’étudier certains types d’endomorphismes d’un espace euclidien. On s’intéresse
en particulier aux isométries vectorielles (les endomorphismes conservant les distances) et aux endomor-
phismes autoadjoint, dont la matrice dans une base orthonormale est symétrique.
On montrera notamment que, dans une base orthonormale bien choisie, les isométries f ont une matrice
diagonale par blocs, chaque bloc étant de taille 1 ou 2, et correspondant à une direction stable sur laquelle
f agit comme une symétrie ou l’identité (pour les blocs de taille 1), ou a un plan stable sur lequel f agit
comme une rotation.
On montrera également que les endomorphismes autoadjoints (ou symétriques) sont diagonalisables en
base orthonormale, ce qui se réexprime en disant que toute matrice symétrique réelle est diagonalisable.
C’est le théorème spectral. Enfin, nous caractériserons, pour un endomorphisme autoadjoint a, la positi-
vité de la forme quadratique x ÞÑ xx, apxqy (ou matriciellement X ÞÑ X J AX) par la positivité du spectre.
Cette propriété sera utile en particulier pour l’étude des points critiques des fonctions de plusieurs va-
riables, en vue de faire de l’optimisation (recherche d’extrema).
φpx, yq “ X J M Y.
L’expression matricielle d’une forme bilinéaire s’applique aussi aux produits scalaires, et donc, en notant
M la matrice du produit scalaire x¨, ¨y dans une base B et X et Y les vecteurs-colonne coordonnées de x
et y, le produit scalaire s’exprime :
xx, yy “ X J M Y.
S’il n’y a pas d’ambiguïté sur le produit scalaire, on parlera plus simplement de l’espace préhilbertien E,
au lieu de pE, x¨, ¨yq.
I Rappels sur les espaces euclidiens 183
I.2 Orthogonalité
On suppose que E est un espace euclidien. La plupart des notions se généralise au cas préhilbertien réel,
mais certains propriétés peuvent être fausses en revanche.
On rappelle que deux vecteurs x et y sont orthogonaux si, par définition, xx, yy “ 0.
Le procédé de Gram-Schmidt permet, à partir d’une famille libre pe1 , . . . , en q, de construire une famille
orthonormale pf1 , . . . , fn q telle que pour tout k P J1, nK
Plus précisément, en appliquant le procédé de Gram-Schmidt à une base obtenue en complétant une
famille orthonormale :
Théorème 12.1.13 – Théorème de la base orthonormale incomplète
Soit E un espace euclidien. Alors toute famille orthonormale peut être complétée en une base
orthonormale.
Avertissement 12.1.17
C’est faux si E n’est pas de dimension finie (cadre préhilbertien réel au lieu d’euclidien).
sont les coordonnées de x et y dans la b.o.n. B, le produit scalaire et la norme s’expriment par les formules
usuelles :
n
ÿ ÿn
xx, yy “ xi yi “ X J Y et }x}2 “ x2i “ X J X.
i“1 i“1
Ces relations traduisent le fait que la matrice du produit scalaire dans une base orthonormale pour ce
produit scalaire est égale à In .
I Rappels sur les espaces euclidiens 185
P J P “ In “ P P J , donc: P ´1 “ P J .
Ÿ Éléments de preuve.
Utiliser la formule de changement de base pour la matrice du ps dans les bases B et C. On peut aussi
le retrouver à l’aide de la desciption explicite de PBC et des expressions des xci , cj y en b.o.n. B. Ź
Exemples 12.1.25
˜ ¸ ˜ ¸
cospθq ´ sinpθq cospθq sinpθq
1. Dans Mn pRq, les matrices Rpθq “ et Spθq “
sinpθq cospθq sinpθq ´ cospθq
2. La matrice In , la matrice ´In , et plus généralement, toute matrice obtenue de In en changeant
les signes de certains de ses coefficients diagonaux, et en permutant les colonnes.
Une matrice orthogonale peut se caractériser également par l’orthonormalité de ses colonnes ou ses lignes :
Théorème 12.1.27 – Caractérisation d’une matrice orthogonale par ses colonnes ou lignes
Soit P P Mn pRq. Les propositions suivantes sont équivalentes:
(i) P est orthogonale
(ii) P J est orthogonale
(iii) Les colonnes de P forment une base orthonormale de Rn » Mn,1 pRq
(iv) Les lignes de P forment une base orthonormale de Rn » M1,n pRq.
Théorème 12.1.28 – Caractérisation des matrices de passage entre b.o.n. par orthogonalité
Soit E un espace euclidien.
1. Toute matrice de passage d’une b.o.n. de E à une autre b.o.n. de E est une matrice ortho-
gonale.
2. Réciproquement, soit B une b.o.n. de E, et P une matrice orthogonale. Alors il existe une
186 CHAPITRE 12. ENDOMORPHISMES D’UN ESPACE EUCLIDIEN
unique base C telle que P soit la matrice de passage de B à C, et cette base C est une b.o.n.
de E.
3. De même, si C est une b.o.n. de E, et P une martice orthogonale, il existe une unique base
B telle que P soit la matrice de passage de B à C, et cette base B est une b.o.n. de E.
Ÿ Éléments de preuve.
1. Résulte de la définition.
2. Remarquer que si x et y sont deux vecteurs de coordonnées X et Y dans une b.o.n, et si φ est le
psc, xx, yy “ φpX, Y q. Justifier que ceci permet de définir une b.o.n. dont les coordonnées dans
B sont les colonnes de P .
3. Appliquer ce qui précède à P ´1 qui est encore orthogonal.
Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Montrer que c’est un sous-groupe de GLn pRq ; les vérifications sont simples. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Appliquer le det à l’égalité P J P “ In . Ź
Le noyau de ce morphisme est donc un sous-groupe de On pRq.
Remarque 12.1.33
Si n P N˚ , le sous-groupe SOn pRq n’est pas égal à Opnq tout entier. En effet, la matrice Diagp´1, 1, ¨ ¨ ¨ , 1q
est dans OpnqzSOpnq.
Plus précisément, on peut alors montrer qu’il y a « autant » d’éléments dans SOpnq que dans
OpnqzSOpnq.
Ainsi, orienter l’espace E consiste à choisir une base de référence B0 . Toute base de la même orientation
que B0 sera alors appelée base directe.
II Endomorphismes autoadjoints
II.1 Adjoint d’un endomorphisme
Théorème 12.2.1 – Théorème de représentation de Riesz
Soit E un espace euclidien, et φ P E ˚ une forme linéaire sur E. Il existe un unique vecteur a P E
tel que φ “ xa, ¨y.
Plus précisément, a ÞÑ φa “ xa, ¨y est un isomorphisme de E dans E ˚ .
Ÿ Éléments de preuve.
Le premier point est une vérification élémentaire. Le second provient du théorème de représentation
de Riesz.
Le fait que u˚ soit un endomorphisme provient de l’unicité dans le théorème de représentation de
Riesz, en constatant que λu˚ pxq`u˚ px1 q répond au problème de la représentation de la forme linéaire
xλx ` x1 , ¨y. Ź
pv ˝ uq˚ “ u˚ ˝ v ˚ .
Ÿ Éléments de preuve.
Vérifier que xu˚ ˝ v ˚ pxq, yy “ xx, v ˝ uy, égalité qui caractérise l’adjoint pv ˝ uq˚ . Ź
pu˚ q˚ “ u.
Ÿ Éléments de preuve.
Simplifier xpu˚ q˚ pxq, yy. La symétrie du produit scalaire pourra être utile pour se ramener de façon
précise à la définition. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Sens direct : calculer xu˚ pxq, yy pour x P F K et y P F .
Sens réciproque : cela se ramène au sens direct, par involutivité du passage à l’adjoint et du passage
au supplémentaire orthogonal. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
La première égalité provient de l’équivalence x P Kerpu˚ q ssi @y P E, xu˚ pxq, yy “ 0, puis utiliser la
définition de l’adjoint.
La seconde égalité se ramène à la première en remplaçant u par u˚ . Ź
rgpu˚ q “ rgpuq.
Une interprétation matricielle permet de relier ce résultat à un résultat déjà connu, démontré de façon
algorithmique.
Ÿ Éléments de preuve.
Les formes bilinéaires px, yq ÞÑ xu˚ pxq, yy et px, yq ÞÑ xx, upyqy ont des matrices dans B respectivement
associées à MatB pu˚ qJ et à MatB puq, et sont égales. Ź
L’égalité des rangs de u et u˚ provient alors de l’invariance du rang par transposition. Ce résultat est
plus général que celui qu’on a prouvé ci-dessus (car valide pour des matrices de tout format), mais la
démonstration ci-dessus donne un éclairage géométrique à un résultat qui sinon reste purement algorith-
mique. D’ailleurs, on pourrait adapter cette démonstration à la situation générale, en considérant des
applications linéaires entre 2 espaces euclidiens E et F .
Le déterminant, la trace, le polynôme minimal et le polynôme caractéristique sont aussi invariants par
transposition. On obtient donc :
Remarque 12.2.11
La notation utilisée se réfère à la terminologie « endomorphisme syémtrique », qui s’explique par
l’aspect matriciel évoqué ci-dessous. Mais le programmme officiel stipule explicitement de privilégier
la terminologie « endomorphisme autoadjoint ».
Ÿ Éléments de preuve.
‚ piq ðñ piiq par définition
‚ piq ùñ piiiq par description matricielle de l’adjoint.
‚ piiiq ùñ pivq par existence d’une b.o.n.
‚ pivq ùñ piq aussi par description matricielle de l’adjoint.
Ź
Ainsi, les endormophismes autoadjoints sont exactement les endomorphismes dont la matrice est symé-
trique (réelle) en base orthonormale.
Vous avez peut-être déjà remarqué au cours d’exercices que lorsque vous exprimez la matrice d’un pro-
jecteur orthogonal en base orthonormale, vous obtenez une matrice symétrique. Cela n’est pas un hasard,
et résulte de la proposition suivante.
II Endomorphismes autoadjoints 191
Ÿ Éléments de preuve.
Considérer (exceptionnellement) une valeur propre complexe λ (pourquoi en existe-t-il une ?) et un
J J
vecteur propre complexe X associé. Considérer X M X “ λX X, transposer et conjuguer, pour
conclure que λ “ λ. Qu’en déduire sur les racines du polynôme caractéristique de M ?
C’est la seule incursion dans les complexes, désormais, on travaille exclusivement dans R. Ź
Avertissement 12.2.19
Une matrice symétrique de Mn pCq n’est pas nécessairement diagonalisable !
192 CHAPITRE 12. ENDOMORPHISMES D’UN ESPACE EUCLIDIEN
Exemples 12.2.26
1. Pour toute matrice M P Mn pRq, M J est symétrique positive. Elle est définie positive ssi
M P GLn pRq.
2. Une matrice M est symétrique définie positive ssi c’est la matrice d’un produit scalaire
relativement à une base B arbitraire.
3. Une matrice M est symétrique définie positive si et seulement s’il existe P P GLn pRq telle
que M “ P J P .
4. Les matrices suivantes sont-elles positives, définies positives ?
?1
¨ ˛ ¨ ˛ ¨ ˛
1 0 1 1 0 21 1 0 2
M1 “ ˝0 1 1‚, M2 “ ˝ 0 1 2 ‚, 1‹
M3 “ ˝ 0 1 ?1 ‚.
˚ ‹ ˚ ˚ ‹
2
1 1 ?1 ?1
1 1 1 2 2 1 1
2 2
@x P E, }upxq} “ }x}.
Ÿ Éléments de preuve.
‚ La conservation de la norme et la séparation des normes permet de décrire facilement Kerpuq,
pour u P Opnq. Un argument de dimension montre alors l’inclusion dans GLpEq.
‚ La structure de sous-groupe se vérifie facilement ensuite.
Ź
Exemples 12.3.3
Les endomorphismes de R2 (muni du ps usuel) canoniquement associés à Rpθq et Spθq sont des
isométries. Pouvez-vous les décrire géométriquement en analysant l’image de la base canonique ?
Remarque 12.3.5
‚ Une symétrie orthogonale par rapport à une droite D est appelée symétrie d’axe D.
‚ Une symétrie orthogonale (mais il n’y a pas trop le choix...) par rapport à t0u est appelée
symétrie centrale.
Ÿ Éléments de preuve.
Décomposer x “ xF ` xF K , exprimer spxq à l’aide de cette décomposition, et comparer }x} et }spxq}
grâce au théorème de Pythagore. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
‚ piq ùñ piiq en considérant }upx ` yq}. La réciproque est évidente.
‚ piiq ùñ piiiq ùñ pivq ùñ pviq ùñ pvq ùñ pviiq ùñ piiq ; ce n’est évidemment pas le seul
parcours possible.
Ź
Remarques 12.3.8
1. En particulier, le point (ii) assure qu’une isométrie conserve l’orthogonalité. Mais la conser-
vation de l’orthogonalité n’est pas suffisante pour caractériser les isométries.
2. Les points (v) et (vi) justifient la terminologie « endomorphisme orthogonal. Le programme
mentionne les deux terminologies, mais stipule de privilégier « isométrie vectorielle ».
3. Les points (v) et (vi) justifient également la ressemblance de notation et la correspondance
des terminologies utilisées pour désigner le groupe des isométries et le groupe des matrices
orthogonales. Plus précisément, u ÞÑ MatB puq est un isomorphisme entre OpEq et On pRq.
III Isométries vectorielles 195
Exemple 12.3.9
‚ Soit s une symétrie orthogonale. Trouver une b.o.n. dans laquelle MatB psq est orthogonale.
Remarquez que cela propose une alternative à la preuve précédente du caractère isométrique
des symétries orthogonales.
‚ Une symétrie s P LpEq est orthogonale ssi s˚ “ s
Ce dernier point permet de caractériser les symétries qui sont des isométries.
Proposition 12.3.10 – Caractérisation des symétries isométriques
Soit s une symétrie de E. Alors s est une isométrie ssi s est une symétrie orthogonale.
Les points pvq et pviq donnent accès au déterminant d’une isométrie vectorielle
Remarques 12.3.13
‚ L’égalité |detpuq| “ 1 est assez naturelle, puisque le déterminant calcule l’effet sur les volumes
de l’endomorphisme u : detpuq est le coefficient de proportionnalité entre le volume orienté
du parallélotope engendré par px1 , . . . , xn q et le volume orienté du parallélotope engendré
par pupx1 q, . . . , upxn qq.
Ainsi, l’égalité |detpuq| “ 1 ne fait que traduire le fait qu’un isométrie conserve les configu-
rations spaciales, et donc les volumes.
‚ Les isométries directes sont celles qui conservent l’orientation des b.o.n., les isométries indi-
rectes sont celles qui inverse l’orientation des b.o.n.
Exemple 12.3.14
‚ Caractériser les syémtries orthogonales qui sont dans SOpEq.
‚ Une réflexion est-elle une isométrie directe ?
‚ À quelle condition sur E une symétrie d’axe D est-elle une isométrie directe ?
˜ ¸
cospθq sinpθq
(ii) Soit M P Op2qzSOp2q, alors il existe θ P R tel que M “ ;
sinpθq ´ cospθq
Ces descriptions sont uniques modulo 2π.
Ÿ Éléments de preuve. ˜ ¸
cospθq
En notant C1 et C2 les colonnes de M , C1 est de norme 1 et peut donc s’écrire . Le vecteur
sinpθq
C2 doit être orthogonal à C1 et unitaire aussi. Cela ne laisse que deux possibilités. Ź
On note : ˜ ¸ ˜ ¸
cospθq ´ sinpθq cospθq sinpθq
Rpθq “ et Spθq “ .
sinpθq cospθq sinpθq ´ cospθq
Ÿ Éléments de preuve.
Calcul direct et peu intéressant, basé sur les formules de trigonométrie Ź
En particulier, on reconnaît en SOp2q un groupe qu’on a déjà rencontré.
Ÿ Éléments de preuve.
Montrer qu’on peut passer θ ÞÑ Rpθq au quotient (de R par 2πZ). Ź
D’après les résultats précédents sur les matrices Rpθq, on obtient ρθ “ ρtheta1 ssi θ ” θ1 r2πs.
III Isométries vectorielles 197
Ÿ Éléments de preuve.
Le premier point résulte de la description de SO2 pRRq et de la définition des rotations.
Pour le second point, une inclusion est déjà acquise. Pour la seconde, constater que Spθq2 “ I2 , donc
les éléments de Op2qzSOp2q sont des symétries. Une propriété précédente caractérise les symétries
isométriques parmi toutes les symétries. Ź
Les règles de produit matriciel dans SOp2q amènent directement les règles de composition des rotations,
dont l’interprétation géométrique est assez intuitive :
Nous pouvons définir la notion d’angle orienté entre deux vecteurs grâce aux rotations. Pour cela, nous
utilisons le lemme suivant :
Lemme 12.3.22
Soit E un espace euclidien orienté, et soit x et y deux vecteurs de norme 1 de E. Il existe une unique
rotation ρ telle que ρpxq “ y.
Ÿ Éléments de preuve.
Si on se fixe une orientation, il existe une unique b.o.n. directe B de premier vecteur x et une unique
b.o.n. directe C de premier vecteur y. La rotation ρ doit nécessairement envoyer B sur C. Ź
Soit E un espace vectoriel orienté, et x et y deux vecteurs non nuls de E. Alors l’angle orienté px,
z yq
est l’angle θ, défini modulo 2π, de l’unique rotation ρ telle que
ˆ ˙
x y
ρ “ .
}x} }y}
Ÿ Éléments de preuve.
Faire un changement de base pour exprimer s dans l’unique base pu, vq telle que pu, vq soit orthonor-
male de même orientation que B. Que peut-on dire de la matrice de passage ?
Ź
198 CHAPITRE 12. ENDOMORPHISMES D’UN ESPACE EUCLIDIEN
Ÿ Éléments de preuve.
Passer par u˚ , et le fait que u´1 est un isomorphisme. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Considérer un facteur irréductible P de χu , de degré d, et un vecteur x P KerpP puqq. Justifier que
Vectpx, upxq, . . . , ud´1 pxqq est stable par u. Ź
Réciproquement, tout endomorphisme se réduisant ainsi en base orthonormale est une isométrie.
Ÿ Éléments de preuve.
Par récurrence forte. Puisque le lemme donnant l’existence d’un sous-espace stable strict est valide
uniquement à partir de la dimension 3, il faut initialiser pour E de dimension inférieure ou égale à
2. L’étude précédente nous donne le cas dimpEq “ 2. Ź
On étudie dans ce chapitre un cas particulier important de séries de fonctions : les séries entières, de
la forme an xn . Ces séries apparaissent notamment de façon naturel comme prolongement à l’infini de
ř
I Définitions, convergence
I.1 Définition
Définition 13.1.1 – Série entière
ř
‚ Une série entière est une suite de fonctions fn où pfn q est de la forme
fn : x ÞÑ an xn , avec pan q P KN .
ÿ
an z n la série entière associée à la suite pan q, ou éventuellement an z n si
ř
‚ On note
něn0
l’indexation commence au rang n0 .
‚
Avertissement 13.1.3
Les coefficients an doivent être indépendants de la variable z (ou x ou t).
Exemples 13.1.4
Les séries de fonctions suivantes sont-elles des séries entières ?
ř n
1. z
ř n
2. nz
200 CHAPITRE 13. SÉRIES ENTIÈRES
nz n´1
ř
3.
nz n´2
ř
4.
2
lnpnqz n
ř
5.
ně1
ř z n
6. 2 z
Ÿ Éléments de preuve. ˇ ˇ
ˇ z ˇn
Écrire |an z n | “ |an z0n | ¨ ˇˇ ˇˇ Ź
z0
Remarque 13.1.6
En particulier, si an z0n converge, alors an z n converge absolument sur B̊p0, |z0 |q.
ř ř
Exemples 13.1.8
nα z n , α P R, à partir de la définition.
ř
1. Rayon de convergence de
ř zn
2. Rayon de convergence de n!
n!z n .
ř
3. Rayon de convergence de
3. La convergence pour |z| “ R peut varier suivant les séries et suivant la valeur de z.
B̊p0, Rq est appelé disque ouvert (ou intervalle ouvert dans R) de convergence de la série entière
I Définitions, convergence 201
Ÿ Éléments de preuve.
Pour z P B̊p0, Rq, considérer r tel que |z| ă r ă R, et appliquer le lemme d’Abel. Ź
Remarque 13.1.11
Le théorème de convergence des séries entières donne un moyen de déterminer le rayon de conver-
gence, par étude directe du domaine de convergence. Le rayon R délimite alors la zone de conver-
gence et la zone de divergence. Il n’est pas nécessaire d’étudier toutes les propriétés de convergence :
par exemple, trouver un z0 tel que an z0n converge, mais an z n diverge si |z| ą |z0 | permet de
ř ř
déterminer R.
Exemples 13.1.12
1. Reprendre les exemples précédents.
2
2. Rayon de convergence de lnpnqz n
ř
Remarque 13.1.13
‚ Si an Rn converge absolument, alors an z n est convergente (absolument) sur Bp0, Rq.
ř ř
Nous recontrerons cette situation en probabilités : si X est une variable aléatoire à valeurs dans N, cela
permet de s’assurer que le rayon de convergence de P pX “ nqtn est au moins égal à 1. Cette série est
ř
Remarque 13.1.16
|an`1 |
Ainsi, sous réserve d’existence de cette limite, R “ lim .
nÑ`8 |an |
an`1
Le programme officiel stipule que « la limite du rapport peut être utilisée directement.
an
Exemple 13.1.17
ř `2n˘
Rayon de convergence de n zn.
202 CHAPITRE 13. SÉRIES ENTIÈRES
Avertissement 13.1.18
Attention au fait qu’il est important ici que l’indice de an corresponde bien à l’exposant en z. Le
résultat ne peut pas être mis en oeuvre pour des séries « à trous ».
Exemples 13.1.19
ř `2n˘ 2n`1
1. Rayon de convergence de n z .
2
n n
ř
2. Rayon de convergence de e z .
Les propriétés suivantes permettent de comparer les rayons de convergence de deux séries entières.
Théorème 13.1.20 – Theorème de comparaison des rayons de convergence
Soit an z n et bn z n deux séries entières, de rayons respectifs Ra et Rb , et n0 P N.
ř ř
Ÿ Éléments de preuve.
Pour 1, on peut revenir à la définition. Pour 2, on se ramène à 1, en utilisant la comparaison des
rayons de bn z n et de M bn z n . Le 3 résulte directement de 2.
ř ř
Ź
Corollaire 13.1.21
an z n une série entière de rayon de convergence R. Alors něn0 nan z n est de rayon de
ř ř
Soit
convergence R.
Ÿ Éléments de preuve.
Une inégalité provient de la comparaison an “ Opnan q.
La deuxième s’obtient par comparaison de nan z n à an rn , pour |z| ă r ă R. Ź
Exemples 13.1.22
an z n , nan z n et nan z n´1 ont même rayon de convergence.
ř ř ř
1.
ně1
ř an n
an z n et
ř
2. n z ont même rayon de convergence.
ně1
3. Pour toute fraction rationnelle F non nulle, et n0 assez grand, něn0 F pnqan z n a même
ř
‚ Parfois une unique valeur peut suffire : la divergence non grossière de an z n ou la semi-
ř
I Définitions, convergence 203
convergence de an z n suffisent à savoir que z est sur le cercle limite. Ainsi, la divergence
ř
ř ř zn
non grossière de 1n suffit à conclure que n est de rayon de convergence 1.
‚ On peut aussi revenir à la définition et étudier le caractère borné de pan z n q, notamment à
l’aide des croissances comparées.
‚ Enfin, dans des situations un peu plus abstraites on pourra procéder par comparaisons.
n
ÿ
cn “ ak bn´k .
k“0
Ÿ Éléments de preuve.
an z n et bn z n
ř ř
Les séries étant absolument convergentes, on peut faire le produit de Cauchy de
lorsque |z| ă minpRa , Rb q. Ź
Avertissement 13.1.26
L’inégalité peut être stricte.
Exemple 13.1.27
1
p´1qn xn et de n
ř ř
1. Rayon de convergence du produit de Cauchy de n x .
4t 2 u
pδn,0 ` 2n qz n et δn,0 n
ř ř
2. Rayon de convergence du produit de Cauchy de p´1q z .
Ce dernier exemple montre que le rayon de convergence du produit de Cauchy peut même être strictement
plus grand que le plus grand des deux rayons (merci Bertrand Hauchecorne pour cet exemple, extrait de
Les contre-exemples en mathématiques)
Remarque 13.1.28
On peut montrer que si pour tout n P N, an ě 0 et bn ě 0, alors Rc “ minpRa , Rb q.
204 CHAPITRE 13. SÉRIES ENTIÈRES
Ÿ Éléments de preuve.
Comparer à |an |rn qui converge puisque an z n est absolument convergente dans B̊p0, Rq.
ř ř
Ź
Remarque 13.2.2
Si an Rn converge absolument, la preuve s’adapte facilement pour montrer que an z n est uni-
ř ř
Le cas où on a un point du disque en lequel on a une semi-conevergence est plus délicat, mais on peut
quand même en dire quelque chose. Quitte à faire une rotation (consistant à remplacer an par an ei nθ ),
on peut supposer qu’on a convergence au point R.
Ÿ Éléments de preuve.
`8
ÿ
Montrer que le reste ak z k converge uniformément vers 0, en faisant une transformation d’Abel,
k“n`1
en écrivant ak Rk “ Rk ´ Rk`1 , où
`8
ÿ
Rn “ ak Rk .
k“n`1
Ź
Remarque 13.2.4
1. Comme dit plus haut, ce résultat n’a d’intérêt que si la convergence n’est pas absolue. Dans
le cas d’une CVA, le résultat obtenu est plus fort
2. Attention à ne pas en conclure que an Rn converge uniformément au voisinage de R. Ceci
ř
est faux en général, et nécessiterait de maîtriser l’approche de R dans toutes les directions
(en restant dans le disque de convergence). Ici, on ne s’approche de R qu’en suivant un rayon.
Remarque 13.2.6
Si an Rn est absolument convergente, on a même la continuité de A sur Bp0, Rq.
ř
an Rn converge, alors
ř
ÿ
lim an xn “ an Rn
xÑR´
xPR
Ÿ Éléments de preuve.
La démonstration est HP, pour éviter le théorème de CVU sur un rayon, dont le théorème d’Abel
radial est une conséquence immédiate par théorème de la double-limite.
Remarque : même si le théorème de CVU sur un rayon est HP, le théorème d’Abel radial est, lui,
bien au programme. Ź
Autrement dit, en combinant les deux résultats précédents, si an z n est de rayon R et an Rn converge,
ř ř
Exemple 13.2.8
ř`8 n`1
On retrouver lnp2q “ n“1 p´1qn , connaissant le développement du logarithme sur s ´ 1, 1r.
Remarquez que la preuve qu’on en avait donnée reposait sur une transformation d’Abel. Il s’agissait
donc en fait de la preuve du théorème d’Abel radial, exprimée dans cette situation particulière.
Remarque 13.2.9
Le programme ne donne pas de résultat de primitivation spécifique aux séries entières, mais la
convergence uniforme sur les Bp0, rq, r ă R, permet d’utiliser le théorème de primitivation (et
d’intégration) des suites de fonctions sur tout intervalle ra, bs Ăs ´ R, Rr.
Pour étudier les propriétés de dérivabilité, on se limite à la variable réelle. On pourrait obtenir des
propriétés de dérivabilité en la variable complexe aussi (la dérivée étant aussi définie par limite du taux
d’accroissement), mais cela débouche sur la théorie des fonctions holomorphes, et dépasse largement le
cadre du programme.
égale à Apxq, pour x Ps ´ R, Rr. Alors A est de classe C 8 sur s ´ R, Rr, et pour tout p P N, et tout
x Ps ´ R, Rr,
`8
ÿ
Appq pxq “ pn ` 1q . . . pn ` pqxn .
n“0
206 CHAPITRE 13. SÉRIES ENTIÈRES
Exemple 13.2.12
On retrouve la formule du binôme négatif, en dérivant p fois la relation
`8
ÿ 1
xn “
n“0
1´x
Apnq
an “ .
n!
On termine par une étude de dérivabilité au bord, qui sera bien utile en probabilités, pour l’étude des
séries génératrices de variables aléatoires, et le rapport avec les calculs d’espérance et de variance.
permet de définir A sur s ´ R, Rs. On suppose de plus que A est dérivable à gauche en R.
nan Rn´1 converge, et
ř
Alors
ně1
`8
ÿ
A1 pRq “ nan Rn´1 .
n“1
Ÿ Éléments de preuve.
1. Dans le sens direct, c’est le théorème radial d’Abel et le théorème de la classe C 1 par prolongement
(corollaire du théorème de la limite de la dérivée).
2. La démonstration du sens réciproque n’est pas exigible. Les hypothèses de positivité permettent
řn
d’obtenir la convexité sur s0, Rr, donc aussi sur s0, Rs. Majorer alors k“1 kak xn par A1 pRq, puis
passer à la limite quand x Ñ R´ , puis quand n Ñ `8.
Ź
III Développements en séries entières 207
Remarque 13.2.16
Ce théorème n’est explicitement au programme que dans un contexte de probabilités, avec un rayon
R “ 1, et des coefficients tous positifs. Il doit donc être en théorie redémontré dans toute autre
circonstance, notamment le sens direct, lorsqu’on n’a pas l’hypothèse de positivité.
Pour un r ą 0 tel que cette égalité soit satisfaite, on dira que f est développable en série entière sur
B̊p0, rq.
Exemple 13.3.4
1
Soit f définie par f pxq “ e´ x2 si x ‰ 0, et f p0q “ 0. Montrer que f est de classe C 8 sur R, que
sa série de Taylor converge sur R tout entier, mais que f n’est pas développable en série entière au
voisinage de 0.
an z n et bn z n .
ř ř
2. f g est développable en série entière, de DSE égal au produit de Cauchy de
Ÿ Éléments de preuve.
Rechercher f sous la forme an xn , dériver et injecter dans l’équation différentielle. La relation sur
ř
Remarque 13.3.7
1. Retenir cette méthode de recherche de développement en s’aidant d’une équation différen-
tielle. Cela permet de trouver de façon efficace le DSE de fonctions solutions d’équations
différentielles. Il est assez fréquent de commencer par rechercher ainsi les solutions dévelop-
pables en série entière d’une ED, qui aident souvent à trouver les autres.
2. Une fois l’existence d’une telle fonction obtenue, toutes les propriétés vue en première année
sont valides. En particulier, les propriétés liées à la résolution des équations différentielles
d’ordre 1. En particulier, le théorème de Cauchy Lipschitz pour les équations différentielles
d’ordre 1 est vérifié, ce qui assure en particulier l’unicité de la solution de f 1 “ f , tel que
f p0q “ 1. On en déduit que la fonction exp est non seulement unique parmi les fonctions
DSE, mais également parmi toutes les focntions dérivables.
Ÿ Éléments de preuve.
Même technique que pour exp, mais maintenant on connaît par avance l’unicité de la solution de
cette ED. Ź
III Développements en séries entières 209
Remarque 13.3.9
On peut aussi trouver les DSE de cos et sin en montrant que le reste de Taylor-Lagrange tend vers
0, par exemple avec l’inégalité de Taylor-Lagrange.
exppzq “ ez “ ex ei y .
Ÿ Éléments de preuve.
Par produit de Cauchy. Ź
`8
ÿ x2n`1
10. Arctanpxq “ , pour x Ps ´ 1, 1r.
n“0
2n ` 1
Ÿ Éléments de preuve.
1. Vu au paragraphe précédent
2. Somme géométrique.
3. Produits de Cauchy
4. Résolution de l’ED p1 ` xqy 1 “ αy.
5. Par intégration (ou, ce qui revient en même, en dérivant cette série entière).
6. Vu précédemment
7. Vu précédemment
8. À partir du DSE de l’exponentielle
9. Idem
10. Par intégration.
Ź
14
Espaces probabilisés
Le cours de probabilité de première année se contruit entièrement dans le cadre d’un univers Ω fini.
Dans ce cadre, une expérience d’univers des possibles Ω est un processus aléatoire amenant un résultat
(une issue) ω appartenant à Ω. Un évènement A est alors un sous-ensemble de Ω. Dire que A lors d’une
expérience signifie que l’expérience débouche sur une issue ω appartenant à A.
Nous voyons dans ce chapitre comment élargir ce cadre, en acceptant notamment des univers infinis. Ce
cadre formel un peu abstrait est indispensable pour pouvoir définir de façon rigoureuse une mesure de
probabilité.
I Espaces probabilisés
Dans cette section, Ω désigne un ensemble quelconque, fini ou infini.
Exemple 14.1.1
Le dernier point est motivé par l’étude d’un tirage infini à Pile ou Face : quelle est la probabilité
qu’un tirage donné (par exemple n’obtenir que des Piles) ait lieu ? Pour ce calcul, on peut encore
se dispenser des unions (ou intersections par passage au complémentaire) infinies, en effectuant
des majorations, si on définit correctement la probabilité ; mais en revanche, si on se demande
maintenant quelle est la probabilité qu’un résultat soit stationnaire, on a besoin de regrouper une
infinité de cas possibles (stationnaires à partir d’un certain rang).
Nous complétons les propriétés imposées par la définition par les suivantes :
Ÿ Éléments de preuve.
Le point 2 se montre en complétant la famille pA, Bq en une famille dénombrable, en ajoutant
l’ensemble vide, ce qui ne change pas l’union. Les autres s’obtiennent par passage au complémentaire.
Ź
Par une récurrence immédiate, les points 2 et 4 se généralisent facilement aux unions ou intersections
d’un nombre fini quelconque d’événements.
Remarque 14.1.5
1. Une tribu est aussi fréquemment notée A au lieu de T (en référence à la terminologie σ-
algèbre). C’est la notation utilisée dans le programme officiel
2. « La manipulation des tribus n’est pas un objectif du programme », dixit le programme
officiel. La notion est surtout donnée pour avoir le bon cadre de travail. Ce cadre sera souvent
fourni dans les exercices ou problème, sans que vous ayez à vous demander précisément à
quoi il correspond.
3. En particulier, toute la très riche théorie des tribus, indispensable à une théorie un peu plus
poussée des probabilités, ne sera pas abordée.
Exemple 14.1.6
PpΩq est une tribu sur Ω. Dans le cas où Ω est fini ou dénombrable, on choisira en général cette
tribu. Elle s’avère en général trop riche lorsque Ω n’est pas dénombrable, et on devra dans ces cas
définir des tribus plus petites pour éviter certains écueils techniques.
On rappelle alors le vocabulaire probabiliste usuel, qui est le même que dans le cas fini
I Espaces probabilisés 213
Remarque 14.1.10
Très souvent I “ N. Dans ce contexte, la famille pPpAn qqnPN étant positive, sa sommabilité équivaut
ř
à la convergence de la série PpAn q.
214 CHAPITRE 14. ESPACES PROBABILISÉS
Ÿ Éléments de preuve.
ř
Pp∅q s’obtient en étudiant la convergence de Pp∅q, convergence assurée par la σ-additivité. L’addi-
tivité en découle en complétant la famille finie pA, Bq en une famille dénombrable par ajout de ∅. Les
points 3,4,5,6 sont évident, en décomposant le plus grand ensemble en union disjointe d’ensembles
plus petits. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Sans perte de généralité, considérer I “ J1, nK, et faire une récurrence sur N à partir de l’expression
de PpA Y Bq qui nous donne le cas n “ 2. Ź
On verra un peu plus loin que cette propriété se généralise au cas dénombrable.
Remarque 14.1.16
Un résultat sur les familles sommables (démontré dans le chapitre sur la dénombrabilité) montre
alors que tω | Ppωq ‰ 0u est au plus dénombrable, ce qui justifie la terminologie.
Ainsi, pΩ, T , Pq est un espace probabilisé discret si et seulement si T contient les singletons, et si pPpωqqωPΩ
est une distribution de probabilités discrète sur Om.
Ÿ Éléments de preuve.
Unicité car les singletons engendrent PpΩq. Expliciter p ainsi obtenue en fonction des probabilités
des singletons, et vérifier qu’il s’agit bien d’une mesure de probabilité. Ź
Ainsi, pour définir une mesure de probabilité sur Ω fini ou dénombrable, il suffit de se donner une
distribution de probabilités ppω qωPΩ .
|A|
PpAq “ (formule de Laplace)
|Ω|
1. Soit pAn qnPN une suite croissante d’événements (pour l’inclusion). Alors :
˜ ¸
ď
P An “ lim PpAn q.
nÑ`8
nPN
Ÿ Éléments de preuve.
ď ě
Écrire An “ pAn zAn´1 q, avec A´1 “ ∅, puis σ additivité. Passer au complémentaire pour
nPN nPN
l’intersection. Ź
Exemple 14.1.22
Lors d’une succession infinie de tirages à Pile ou Face, calculer la probabilité de n’obtenir que des
Piles.
Corollaire 14.1.23
Soit pAn qnPN une famille quelconque d’événements. Alors
˜ ¸ ˜ ¸ ˜ ¸ ˜ ¸
ď N
ď č N
č
P An “ lim P An et P An “ lim P An .
N Ñ`8 N Ñ`8
nPN n“0 nPN n“0
ď
En définissant pour une suite croissante pAn q, An “ lim Ò An et de même pour une suite décroissante,
č nPN
An “ lim Ó An , la propriété ci-dessus se réécrit :
nPN
Il s’agit donc d’une propriété de continuité séquentielle, d’où le nom donné au théorème.
Par exemple, calculer la probabilité que lors d’une suite infinie de tirages à P/F, la suite obtenue
soit stationnaire.
Corollaire 14.1.26
Soit pAn q une suite d’événements.
‚ La probabilité qu’un nombre infini de Ak se réalisent est
˜ ¸
8
ď
Pplim sup An q “ lim P Ak .
k“n
Exemple 14.1.27
On tire une infinité de fois à P ou F. Probabilité que la suite de P/F soit stationnaire.
Remarque 14.1.28
`8
ď
Si pAn q est décroissante, Ak “ An et lim sup An “ lim Ó An ; de même si pAn q est croissante,
k“n
lim inf An “ lim Ò An . Le corollaire précédent englobe donc le théorème de continuité monotone.
Exemple 14.1.30
Les événements « n’obtenir que des P » lors d’une succession infinie de tirages P/F, ou « obtenir
une suite stationnaire » sont quasi-impossibles, sans être impossibles.
Leur complémentaire est donc presque sûr, sans être certain.
Remarque 14.1.31
La terminologie recommandée par le programme officiel est « négligeable » et « presque sûr », mais
les autres terminologies sont aussi très répandues dans les ouvrages.
218 CHAPITRE 14. ESPACES PROBABILISÉS
Ÿ Éléments de preuve.
Par sous-additivité dénombrable, puis complémentation. Ź
Remarques 14.1.33
1. Dans pΩ, T , Pq, par convention, si I est vide,
ď č
Ai “ ∅ et Ai “ Ω.
iPI iPI
Ainsi, les propriétés sont aussi vraies pour des familles vides.
2. À condition d’enlever le cas des familles vides, la propriété est aussi trivialement vraie pour
les intersections quelconques d’ensembles négligeables, et les unions quelconques d’ensembles
presque sûrs.
On définit maintenant une notion voisine des SCE, mais qui permet plus de souplesse dans les hypothèses
de certains théorèmes.
Définition 14.1.34 – Système quasi-complet d’événements, SQCE
Soit pΩ, T , Pq un espace probabilisable, et pAi qiPI une famille au plus dénombrable d’éléments de
T . On dit que pAi qiPI est un système quasi-complet d’événements si :
(i) les Ai sont 2 à 2 incompatibles ;
Ť
(ii) P p iPI Ai q “ 1.
Ainsi, la différence
ď avec un système complet réside dans le fait que certaines parts peuvent être vides, et
que l’union Ai n’est égale à Ω qu’à un ensemble négligeable près.
iPI
Un système complet est bien entendu aussi quasi-complet, la réciproque étant fausse.
II Conditionnement et indépendance
II.1 Probabilités conditionnelles
Les définitions relatives aux probabilités conditionnelles s’étendent bien au contexte étendu qu’on vient
de définir.
Définition 14.2.1 – Probabilités conditionnelles
Soit pΩ, T , Pq un espace probabilisé, A et B deux événements de T tels que B ne soit pas presque-
impossible. Alors, la probabilité conditionnelle de A en B (ou la probabilité de A sachant B) est :
PpA X Bq
PB pAq “ .
PpBq
Cette définition se comprend bien pour la mesure uniforme : il s’agit dans ce cas de la proportion des
éléments de B qui satisfont A (c’est-à-dire la proportion des éléments de B qui sont dans A X B).
Proposition 14.2.2
Soit B un événement non presque-impossible. Alors PB définit une mesure de probabilités sur
l’espace probabilisable pΩ, T q.
Ÿ Éléments de preuve.
Vérifications sans difficulté. Ź
Remarque 14.2.3
La définition des probabilités conditionnelles est souvent utilisée sous la forme suivante : PpAXBq “
PpA | BqPpBq.
En effet, expérimentalement, on a plus facilement accès aux probabilités conditionnelles qu’aux pro-
babilités d’intersections, et on s’en sert pour le calcul de probabilités d’intersections. C’est d’ailleurs
le cas initial de la formule plus générale des probabilités composées (théorème 14.2.6).
Remarque 14.2.5
1. La formule des probabilités totales permet de retrouver une probabilité PpBq connaissant les
probabilités conditionnelles PpB | Ai q. Ainsi, on peut calculer PpBq en « distinguant suivant
un certain nombre de cas » (suivant que Ai est réalisé), si ces cas partagent l’ensemble
(ou presque) des cas possibles. Ainsi, cette formule est adapté au cas où le résultat d’une
expérience dépend de résultats antérieurs, donc si on est amené à faire une discussion pour
décrire le résultat de l’expérience.
2. Si un SCE ou un SQCE contient des événements quasi-impossibles, on a vu ci-dessus qu’en
enlevant ces événements, on obtient encore un SQCE avec lequel la formule des probabilités
totales est valide. Ainsi, plus généralement, si pAi qiPI est un SQCE quelconque,
ÿ
PpBq “ PpB | Ai qPpAi q.
iPI
tq P pAi q‰0
presque-impossible). Alors :
˜ ¸
čn
P Ai “ PpA1 qPpA2 | A1 qPpA3 | A1 X A2 q ¨ ¨ ¨ PpAn | A1 X ¨ ¨ ¨ X An´1 q
i“1
˜ ˇ ¸
n
ź ˇ i´1
ˇ č
“ PpA1 q P Ai ˇ A .
i“2
ˇ j“1 j
Ÿ Éléments de preuve.
Récurrence sur n. Ź
Remarque 14.2.7
L’intérêt de cette formule est de donner une formule pour le calcul des probabilités d’intersections
d’événements, notamment dans le cas d’une succession d’expérience. Cette formule dévoile toute
son utilité lorsque les événements considérés ne sont pas mutuellement indépendants. En cas d’in-
dépendance mutuelle, elle ne dit rien de plus que la proposition 14.2.15 ci-dessous.
PpB | AqPpAq
PpA | Bq “
PpBq
Ÿ Éléments de preuve.
Calculer PpA X Bq en conditionnant de deux manières. Ź
De façon plus générale, la connaissance des probabilités d’un système complet, et des probabilités d’un
événement B conditionnées au système complet permet de retourner une à une les probabilités condi-
tionnelles :
Théorème 14.2.9 – Formule de Bayes sur un système complet
Soit pAi qiPI un système quasi-complet fini ou dénombrable, et B un événement non quasi-impossible.
On suppose que pour tout i P I, PpAi q ‰ 0. Soit j P I. Alors :
PpB | Aj qPpAj q
PpAj | Bq “ ř .
PpB | Ai qPpAi q
iPI
Ÿ Éléments de preuve.
Exprimer PpBq avec la formule des probabilités totales dans la formule précédente. Ź
Exemple 14.2.11
Dans une population composée d’autant d’hommes que de femmes, 5 % des hommes et 0,25 %
des femmes sont daltoniens. Quelle est la probabilité pour qu’une personne daltonienne choisie au
hasard soit une femme ?
II.3 Indépendance
Les probabilités conditionnelles mesurent l’impact de la réalisation d’un événement sur un autre. Si
cet impact est nul (c’est-à-dire si la connaissance de la réalisation d’un événement n’influe pas sur la
probabilité de l’autre), on dira que ces deux événements sont indépendants.
Ainsi, intuitivement, deux événements A et B sont indépendants si la connaissance de l’un ne modifie
pas la probabilité de l’autre, donc si PpA | Bq “ PpAq et PpB | Aq “ PpBq. L’inconvénient de cette
définition réside dans le fait qu’elle n’est valable que sous une hypothèse de non quasi-impossibilité, afin
de pouvoir considérer les probabilités conditionnelles. On constate cependant que dans le cas de non quasi-
impossibilité, les deux égalités sont équivalentes à l’égalité : PpA X Bq “ PpAqPpBq. Cette égalité pouvant
être considérée sans hypothèse de quasi-impossibilité, c’est elle que nous prenons comme définition de
l’indépendance. Elle a en outre l’avantage d’être symétrique.
Avertissement 14.2.16
L’égalité précédente ne suffit pas à avoir l’indépendance. Il faut bien contrôler TOUS les produits
222 CHAPITRE 14. ESPACES PROBABILISÉS
On verra dans le paragraphe suivant comment calculer la probabilité d’une intersection lorsque les évé-
nements ne sont pas indépendants (formule des probabilités composées, théorème 14.2.6).
Exemple 14.2.17
On fait des tirages à pile ou face
‚ A est réalisé si et seulement si le premier tirage est Pile.
‚ B est réalisé si et seulement si lors des 3 premiers tirages, il y a au plus un Pile.
‚ C“B
On a PpAXB XCq “ 81 “ PpAqPpBqPpCq, mais les événements ne sont clairement pas indépendants !
Exemple 14.2.20
On procède à trois tirages à Pile ou Face. Soit A l’événement consistant à obtenir exactement 1 Pile
lors des tirages 2 et 3, B de même lors des tirages 1 et 3, C de même lors des tirages 1 et 2. Les
événements A, B et C sont 2 à 2 indépendants, mais pas mutuellement.
Ÿ Éléments de preuve.
Prendre une intersection finie de tels ensembles, c’est aussi une intersection finie de Ai . Écrire par
indépendance la probabilité comme produit de PpAi q, puis regrouper par paquets de Ik en réutilisant
l’indépendance sur ces paquets. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Calculer PpA X Bq “ PpAzpA X Bqq. Ź
III Bilan des méthodes calculatoires en probabilités 223
Ÿ Éléments de preuve.
Considérer l’intersection d’une sous-famille. Seul cas à voir : A1 est dans la sous-famille. Se ramener
au cas précédent en justifiant que A1 est indépendant de l’intersection des autres termes de la sous-
famille. Ź
Ainsi, il est important de savoir s’orienter rapidement vers la bonne technique de calcul (probabilité
d’une union, d’une intersection), suivant la situation rencontée. Voici les différents cas rencontrés les plus
fréquemment :
224 CHAPITRE 14. ESPACES PROBABILISÉS
@A P T , PpAq “ 1 ´ PpAq.
Méthode 14.3.5 – Cas d’une expérience dont l’issue dépend de résultats antérieurs
Dans certaines situations, par exemple lorsque le mode opératoire d’une expérience (par exemple
la composition d’une urne) dépend du résultat d’une expérience précédente, il peut être nécessaire
de discuter suivant le résultat obtenu lors de l’expérience antérieure : autrement dit, dans ces
situations, il est aisé de calculer des probabilités conditionnellement à chacun des résultats possibles
de la première expérience. Il faut ensuite récupérer la probabilité globale à partir de toutes ces
probabilités conditionnelle. On utilise pour cela la formule des probabilités totales.
Enfin, vu qu’elles interviennent dans de nombreuses formules, nous faisons quelques remarques concernant
le calcul des probabilités conditionnelles.
pPB qC “ PBXC .
À titre d’exemple, voici la formule des probabilités totales pour une probabilité conditionnelle :
pAi qiPI étant un système complet au plus dénombrable tel que pour tout i P I PC pAi q ‰ 0, on a :
ÿ
PpB | Cq “ PpAi | CqPpB | C X Ai q.
iPI
Avertissement 14.3.7
Attention, on ne peut pas définir de notion d’événement conditionnel. Ce n’est pas l’événement qui
est conditionnel, mais sa réalisation. Ainsi, si vous adoptez la démarche générale de rédaction :
‚ ne décrivez pas l’événement conditionnel (cela n’a pas de sens), mais donnez bien une condi-
tion nécessaire et suffisante de réalisation, conditionnellement à un certain événement :
« Sachant que B est réalisé, A est réalisé si et seulement si ... »
‚ Gardez-vous bien de transcrire cette phrase de manière ensembliste ; cela vous amènerait
inévitablement à considérer des « événements conditionnels ». Sautez cette étape et passez
directement aux probabilités. Vous pouvez transcrire votre phrase de façon ensembliste à
l’intérieur des probabilités, la condition étant alors précisée non pas au niveau des ensembles,
mais au niveau de la probabilité.
Avertissement 14.3.8
L’indépendance est une notion dépendant de la mesure de probabilité. Ce n’est pas parce que A et B
sont indépendants (lorsqu’on dit cela, on sous-entend l’indépendance pour la mesure de probabilité
totale P) qu’ils sont indépendants pour une mesure de probabilité conditionnelle PC .
Exemple 14.3.9
On effectue 3 tirages à Pile ou Face indépendants. L’événement C est réalisé si et seulement si on
obtient exactement 1 Pile lors des tirages 1 et 2, A de même avec les tirages 2 et 3. et B de même
avec les tirages 1 et 3.
Les événements A et B sont indépendants pour P, mais pas pour PC .
226 CHAPITRE 14. ESPACES PROBABILISÉS
“
15
Variables aléatoires discrètes
Dans ce chapitre, sauf mention contraire, pΩ, T , Pq désigne un espace probabilisé quelconque.
La situation à laquelle vous serez le plus fréquemment confrontés est celle d’une variable aléatoire discrète
à valeurs réelles (variable aléatoire réelle), ou à valeurs dans Rn (on parle de vecteur aléatoire, c’est
équivalent à la donnée de n variables aléatoires réelles) mais on peut définir une variable aléatoire discrète
à valeurs dans n’importe quel ensemble E.
La définition d’une variable aléatoire X générale (non discrète) dépasse en revanche le cadre du pro-
gramme, et nécessite un cadre un peu plus précis : l’ensemble E dans lequel X prend ses valeurs doit
lui-même être muni d’une tribu, et X doit vérifier une propriété de « mesurabilité », qui est en quelque
sorte un respect des tribus, comme la continuité est le respect des topologies.
@A P PpEq, X ´1 pAq P T .
Ÿ Éléments de preuve.
C’est la stabilité par union finie ou dénombrable, du fait que XpΩq X A est fini ou dénombrable. Ź
228 CHAPITRE 15. VARIABLES ALÉATOIRES DISCRÈTES
Remarque 15.1.5
Les notations pX P Aq et tX P Au figurent toutes deux dans le programme, contrairement à rX P As,
qui est néanmoins largement présente dans beaucoup d’ouvrages (en particulier pour les événements
rX “ xs).
Nous laisserons désormais de côté cette notation.
Ÿ Éléments de preuve.
‚ f pXq´1 ptyuq est une union au plus dénombrable de X ´1 ptxuq.
‚ f : XpΩq Ñ f pXqpΩq est une surjection, et XpΩq est au plus dénombrable.
Ź
On en déduit :
Proposition 15.1.9 – Algèbre des v.a.r.d.
Le sous-ensemble de RΩ constitué des variables aléatoires réelles discrètes est une sous-algèbre de
RΩ . Ainsi, si X et Y deux v.a.r.d. sur Ω, λ un réel quelconque :
1. 1 est une v.a.r.d.
2. X ` Y est une v.a.r.d.
3. λX est une v.a.r.d.
4. XY est une v.a.r.d.
De plus, si X est une v.a.r.d., il en est de même de |X|.
Ÿ Éléments de preuve.
2 et 4 s’obtiennent en composant pX, Y q par la somme ou le produit. Ź
I Loi d’une variable aléatoire discrète 229
Proposition 15.1.10
Soit X une variable aléatoire discrète sur pΩ, T , Pq à valeurs dans E. Alors
‚ la famille ptX “ xuqxPXpΩq est un SCE d’événements ;
‚ la famille pPpX “ xqqxPXpΩq est une distribution de probabilités.
Ÿ Éléments de preuve.
Le premier point est de la vérification facile (c’est en fait la partition associée à une surjection
Le deuxième point et la σ-additivité utilisée sur le SCE précédent. Ź
Remarque 15.1.12
Au besoin, il est possible de définit P sur l’espace probabilisable pF, PpF qq, pour tout ensemble F
tel que XpΩq Ă F , en prolongeant la mesure de probabilité pP pX “ xqqxPXpΩq , en posant
#
PpX “ xq si x P XpΩq
px “
0 sinon.
Cela permet par exemple de définir PX sur pE, PpEqq tout entier.
Ÿ Éléments de preuve.
Écrire A comme union de singletons. Ź
Remarque 15.1.14
En définissant PX sur pE, PpEqq, on peut plus généralement écrire
ÿ ÿ
@A P PpEq, PX pAq “ PpX P Aq “ PpX “ xq “ PpX “ xq,
xPA xPAXXpΩq
@x P S1 “ S2 , P1 pX “ xq “ P2 pY “ xq.
Exemple 15.1.16
Si X “ Y presque sûrement (i.e. il existe Ω1 Ă Ω tel que PpΩ1 q “ 1 et pour tout ω P Ω1 , Xpωq “
Y pωq), alors X „ Y .
Remarque 15.1.17
1. Contrairement à l’exemple précédent, la relation X „ Y ne nécessite pas que X et Y soient
définis sur le même espace probabilisé.
2. La relation „ est clairement réflexive, symétrique et transitive. Mais dans le cadre du pro-
gramme, il est un peu abusif d’en déduire que c’est une relation d’équivalence, car son « do-
maine » de définition n’est pas très bien défini. Il n’est pas clair que l’ « ensemble » des
variables aléatoires discrètes soit bien un ensemble, car, même en fixant E, la relation néces-
site de faire varier Ω. Or, la collection des ensembles n’est pas un ensemble.
On peut bien évidemment aussi définir des lois conditionnelles. En effet, la définition d’une variable
aléatoire X : Ω Ñ E n’implique que l’espace probabilisable pΩ, T q, et non l’espace probabilisé pΩ, T , Pq.
Ainsi, étant donné un événement B P T , on peut munir pΩ, T q de la mesure de probabilité conditionnelle
PB et définir la loi de la variable X en référence à l’espace probabilisé pΩ, T , PB q. Concrètement, la loi
conditionnelle de X est donc définie par la distribution de probabilités
´1 .
Pf pXq “ PX ˝ fy
2. En particulier, ÿ
@x P f pXpΩqq, Ppf pXq “ xq “ PpX “ yq.
y|f pyq“x
yPXpΩq
Ÿ Éléments de preuve.
Ź
I Loi d’une variable aléatoire discrète 231
Pour éviter l’abus de notations techniques stériles, nous donnons les définitions dans le cas de couples de
vriables aléatoires, elles s’étendent facilement au cas de vecteurs aléatoires à davantage de coordonnées.
Pour commencer, on peut remarquer que si pX, Y q est une couple de variables aléatoires réelles discrètes,
et V “ pX, Y q, alors
V pΩq Ă XpΩq ˆ Y pΩq.
De la même façon, on parle de la loi conjointe, et de la k-ième loi marginale d’un n-uplet pX1 , . . . , Xn q.
De façon évidente :
De façon similaire, la k-ième loi marginale d’un n-uplet pX1 , . . . , Xn q s’obtient en sommant sur toutes les
valeurs possibles prises par les n ´ 1 autres variables aléatoires.
Avertissement 15.1.25
Les lois marginales sont déterminées par la loi conjointe, mais la réciproque est fausse : les lois
marginales ne déterminent pas la loi conjointe !
Exemple 15.1.26
Soit une urne contenant 1 boule blanche, 1 boule noire. On effectue un tirage, avec équiprobabilité.
On note X1 , Y1 et X2 les trois variables (égales l’une à l’autre) égales à 1 si on tire la boule noire,
et 0 sinon. On note Y2 la variable égale à 1 si on tire la boule blanche, et 0 sinon. Alors, les lois
marginales de pX1 , Y1 q et de pX2 , Y2 q sont les mêmes, pourtant les lois conjointes sont distinctes.
(iii) Pour tout px, yq P XpΩq ˆ Y pΩq, les événements tX “ xu et tY “ yu sont indépendants, i.e.
Remarque 15.1.28
Conformément à la remarque faite lors de la définition de la loi d’une variable aléatoire, on peut se
contenter de considérer pA, Bq P PpXpΩqq ˆ PpY pΩqq.s
(iii) pour toute famille pxk qkPK telle que pour tout k P K, xk P Xk pΩq, les événements tXk “ xk u,
k P K, sont indépendants ;
(iv) pour tout J P Pf pKq et toute famille pxj qjPJ telle que pour tout j P J, xj P Xj pΩq,
˜ ¸
č ź
P tXj “ xj u “ PptXj “ xj uq.
jPJ jPJ
Dans ce cas, on dit que les variables aléatoires Xk , k P K, sont indépendantes (ou mutuellement
indépendantes).
Ÿ Éléments de preuve.
Démonstration un peu technique, en exprimant tout en fonction des répartitions de probabilités des
Xi . Ź
Par récurrence, on en déduit la version générale, qu’on exprime volontairement sous une forme un peu
lâche.
Théorème 15.1.35 – Lemme des coalitions
Soit pXk qkPK une famille de variables aléatoires discrètes indépendantes, et pKi qiPI une famille de
sous-ensembles finis deux à deux disjoints de K. Soit pYi qiPI une famille de variables aléatoires, telle
que pour tout i P I, Yi s’écrive comme fonction des Yk , k P Ki (et pas des autres). Alors pYi qiPI est
une famille de variables aléatoires discrètes indépendantes.
234 CHAPITRE 15. VARIABLES ALÉATOIRES DISCRÈTES
Ÿ Éléments de preuve.
Le cas K infini et I fini s’obtient par récurrence à partir du lemme des 2 coalitions (seul un nombre
fini de Xk intervenant, puisque les parts Ki sont finies)
Le cas I infini provient alors du fait que l’indépendance d’une famille équivaut à l’aindépendance de
toutes ses sous-familles finies. Ź
On admet le résultat suivant, qui permet d’assurer l’existence d’espaces probabilisés modélisant des
situations un peu complexes, notamment infinies. Par exemple, la modélisation précise d’une succession
infinie de tirages à Pile ou Face indépendants n’est pas chose facile. L’univers Ω est naturellement t0, 1uN ,
mais cet ensemble est en bijection avec R, et le munir de la tribu PpΩq ne permet pas ici de modéliser
correctement le tirage à pile ou face.
En effet, on peut montrer que toute mesure de probabilité sur pR, PpRq, Pq est déterminée par une
répartition de probabilités discrète. Or, pour tout ω P Ω, on obtient alors dans cet espace probabilisé
Ppωq “ 0 (par le même calcul que la probabilité de n’obtenir que des Piles). Ceci contredit le fait que P
soit déterminée par une répartition de probabilités discrète.
La construction d’un modèle convenable est difficile, et n’est pas un objectif du programme. Nous utili-
serons donc le théorème suivant, admis, pour justifier l’existence d’un modèle convenable.
@n P N, PXn “ Pn .
Ÿ Éléments de preuve.
Démonstration hors-programme. Ź
Il est fréquent, pour étudier les caractéristiques d’une expérience, de la répéter une infinité de fois dans
les mêmes conditions, de façon indépendante, et d’observer le résultat sous forme de valeur prise par une
variable aléatoire.
Définition 15.1.37 – variables i.i.d.
Soit pXn qnPN une suite de variables aléatoires. On dit que la suite pXn q est indépendante identique-
ment distribuée (en abrégé officiel i.i.d.), si les Xn sont indépendants, et suivent la même loi (i.e.
pour tout pi, jq P N2 , Xi „ Xj ).
Si les Xi suivent une loi classique, on dira, par exemple, que pXn qnPN est une suite i.i.d. de variables
suivant une loi binomiale Bpn, pq.
En appliquant cela à une loi de Bernoulli Bppq, on obtient l’existence d’un espace probabilisé modélisant
une succession infinie de tirages (éventuellement déséquilibrés) à Pile ou Face
II Espérance et variance
On étend les définitions vues en première année au cas des variables discrètes.
Dans toute cette section,
‚ pΩ, T , Pq désigne un espace probabilisé qu’on ne réintroduira pas à chaque énoncé ;
‚ sauf mention explicite du contraire, les variables sont définies sur pΩ, T , Pq, et à valeurs dans R ou
C.
Remarque 15.2.2
Si `8 P XpΩq :
‚ si PpX “ `8q ą 0, alors EpXq “ 0 ;
‚ si PpX “ `8q “ 0, alors X a même espérance que sa restriction à Ω1 “ ΩztX “ `8u
Plus généralement,
Remarque 15.2.4
Une variable aléatoire X positive peut admettre une espérance infinie même si X ne prend que des
valeurs finies.
Exemple 15.2.5
6
XpΩq “ N˚ et @n P N˚ , PpX “ nq “
π 2 n2
Dans le cas de variables à valeurs dans N, on dispose d’une autre description possible de EpXq.
Remarque 15.2.9
Il arrive souvent que l’ensemble dénombrable XpΩq soit énuméré, c’est-à-dire décrit sous forme d’une
suite pxn qnPN . La condition d’existence d’une espérance finie équivaut dans ce cas à la convergence
ř
absolue de la série xn PpX “ xn q.
On prendra garde au fait que la semi-convergence n’est pas suffisante pour assurer la sommabilité.
En effet, comme on l’a vu, la valeur de la somme est dans ce cas fortement dépendante de l’ordre
de sommation. Or l’ordre de sommation défini par l’énumération pxn qnPN est purement arbitraire,
et n’a pas de raison d’être privilégié par rapport à un autre.
Exemple 15.2.10
6
XpΩq “ tp´1qn n, n P N˚ u, et : @n P N˚ , PpX “ p´1qn nq “ .
π 2 n2
Remarque 15.2.11
Lorsque X ě 0, X P L1 ðñ EpXq ă `8.
En revanche, lorsque X n’est pas positive, cela n’a pas de sens de donner une valeur infinie à EpXq.
Comme dans le cas positif, on peut comparer l’espérance de deux variables de même loi.
Ÿ Éléments de preuve.
Partir de l’espérance de f pXq, et, par propriété d’associativité positive, regrouper les valeurs de x
selon les parts tf pXq “ yu. Ź
Exemple 15.2.15
Si X est une variable discrète réelle. En cas de sommabilité,
ÿ
EpX k q “ xk PpX “ kq.
xPXpΩq
Remarque 15.2.16
Si pX, Y q est un couple de variables aléatoires définies sur E et F respectivement, et f : E ˆ F Ñ C,
on peut considérer pX, Y q comme une variable aléatoire à valeurs dans E ˆ F , ce qui permet
d’utiliser la formule de transfert : f pX, Y q admet une espérance finie ssi pf px, yqPpX “ x, Y ´
yqqpx,yqPXpΩqˆY pΩq est sommable. Dans ce cas,
ÿ
Epf pX, Y qq “ f px, yqPpX “ x, Y “ yq.
px,yqPXpΩqˆY pΩq
X P L1 ðñ Ep|X|q ă `8,
et dans ce cas,
|EpXq| ď Ep|X|q.
Ÿ Éléments de preuve.
Théorème de transfert, appliqué à f : px, yq ÞÑ λx ` y, puis manipulations simples de somme et
expression des lois marginales en fonction de la loi conjointe. Ź
La propriété de positivité de la proposition suivante a déjà été démontré.
Ÿ Éléments de preuve.
Dire que X ě Y ps signifie qu’il existe Ω1 Ă Ω tel que PpΩ1 q “ 1 et @ω P Ω1 , Xpωq ě Y pωq. Ź
EpXY q “ EpXqEpY q.
Par récurrence immédiate, si X1 , . . . , Xn sont des variables indépendantes et L1 , alors X1 ¨ ¨ ¨ Xn est aussi
L1 , et
n
ź
EpX1 . . . Xn q “ EpXk q.
k“1
‚ On dit que X admet un moment d’ordre 2 fini (et on note X P L2 ) si EpX 2 q ă `8.
Définition 15.2.25
XY P L1 s’obtient en majorant |XY |. Ensuite, développer EppλX ` Y q2 q.
Ÿ Éléments de preuve.
Prendre Y “ 1. Ź
‚ Dans l’inégalité précédente, le cas d’égalité est obtenu si et seulement si X et Y sont coli-
néaires presque sûrement, donc s’il existe des constantes λ et µ réelles telles que λX `µY „ 0.
Ÿ Éléments de preuve.
C’est l’inégalité de Cauchy Schwarz pour la forme bilinéaire symétrique positive pX, Y q ÞÑ EpXY q
définie sur L2 pΩ, Rq.
On rappelle que l’inégalité de Cauchy-Schwarz pour une forme bilinéaire symétrique positive φ peut
être obtenue sans l’hypothèse de séparation, et que le cas d’égalité est alors obtenu pour le couple
px, yq si et seulement s’il existe λ et µ tels que φpλx ` µy, λx ` µyq “ 0. Ź
Afin d’alléger les énoncés, nous ne rappelons plus par la suite à chaque fois que les vaiables consédérées
sont réelles discrètes (ce que nous sous-entendrons par l’écriture X P L2 que nous n’avons définie que
dans ce cas).
‚ l’écart type de X : a a
σpXq “ VpXq “ EppX ´ EpXqq2 q.
240 CHAPITRE 15. VARIABLES ALÉATOIRES DISCRÈTES
VpaX ` bq “ a2 VpXq.
Il arrive souvent, de normaliser les variables aléatoires, afin de pouvoir les comparer. Il faut dans ce cas
à la fois normaliser la valeur moyenne et la dispersion.
X ´ EpXq
X˚ “ .
σpXq
Ÿ Éléments de preuve.
Analyse synthèse par linéarité de E et quadraticité de V. Ź
II.5 Covariance
Pour l’instant, contrairement au cas de l’espérance, nous n’avons pas donné de moyen de calculer la
variance d’une somme. Nous avons en effet besoin pour cela d’un outil supplémentaire, qui nous permet
de mesurer la dépendance entre deux variables.
En effet on comprend bien que la variance de X ` Y va fortement dépendre de la corrélation entre X et
Y . Pour prendre deux cas extrêmes, supposons que X et Y suivent une même loi symétrique par rapport
à0:
‚ si X “ Y , on aura alors VpX ` Y q “ Vp2Xq “ 4VpXq ;
‚ si X “ ´Y , on aura alors VpX ` Y q “ 0.
Ainsi, la seule donnée des lois de X et Y ne peut pas suffire à déterminer VpX ` Y q. La covariance
covpX, Y q va nous permettre de mesurer la propension de deux variables à évoluer de façon parallèle ou
opposée.
II Espérance et variance 241
Ÿ Éléments de preuve.
Assez immédiat par linéarité de l’espérance. Ź
Avertissement 15.2.38
La réciproque de la dernière propriété est fausse : il existe des variables décorrélées, mais non
indépendantes. Voir les exercices pour des exemples.
Les propriétés 2, 3 et 4 permettent d’affirmer que cov est une forme bilinéaire symétrique positive, de
forme quadratique associée égale à la variance. En particulier, on dispose d’une deuxième inégalité de
Cauchy-Schwarz :
Remarque 15.2.40
Sans être explicitement au programme, cette inégalité peut être considérée comme étant au pro-
gramme, puisqu’il ne s’agit de rien d’autre que l’inégaliét de Cauchy-Schwarz pour l’espérance
appliquée aux variables centrées X ´ EpXq et Y ´ EpY q.
242 CHAPITRE 15. VARIABLES ALÉATOIRES DISCRÈTES
Cette formule est dans notre contexte surtout utilisée pour calculer la variance d’une somme à l’aide des
covariances. Nous la reexprimons donc de la façon suivante :
2. Si de plus X K
K Y , alors VpX ` Y q “ VpXq ` VpY q.
Proposition
¨ ˛ 15.2.44 – Reexpression matricielle de la variance d’une somme
1
˚.‹
Soit C “ ˝ .. ‹
˚
‚ P Mn,1 pRq. Alors :
1 VpX1 ` ¨ ¨ ¨ ` Xn q “ C J ¨ VpX1 , . . . , Xn q ¨ C,
où VpX1 ` ¨ ¨ ¨ ` Xn q est la matrice ci-dessous, appelée matrice des variances-covariances :
Ainsi, la variance est la somme des coefficients de la matrice des variances-covariances. Ce point de
vue simplifie souvent les manipulation sommatoires, notamment lorsque l’expression des covariances suit
un motif en diagonales (constante sur chaque diagonale par exemple). Les considérations combinatoires
déviennent plus évidentes sur la représentation matricielle.
Remarque 15.3.5
Si R ą 1, le point 2 est redondant. En revanche, il apporte une information nouvelle si R “ 1.
Les fonctions génératrices donnent un outil calculatoire efficace d’étude des variables aléatoires. En par-
ticulier, elle permet de reconnaître et comparer des variables aléatoires. En effet :
La fonction génératrice donne également un accès direct à l’espérance, et presque directe à la variance.
Ÿ Éléments de preuve.
‚ Si le rayon R de la série génératrice vérifie R ą 1, R est aussi le rayon de la série dérivée, et cela
résulte des propriétés de dérivation des séries entières.
‚ Sinon, le résultat est un corollaire du théorème 13.2.15 (la dérivabilité correspond dans ce cas à
la dérivabilité à gauche)
Comme le théorème 13.2.15 n’est pas explicitement au programme, on rappelle que le sens direct
piq ùñ piiq est une application simple du théorème d’Abel radial. La démonstration du sens
réciproque piiq ùñ piq n’est pas exigible.
Ź
Ÿ Éléments de preuve.
X P L2 ssi XpX ´ 1q P L1 . Cela correspond, par formule de transfert, à la dérivée seconde de la série
génératrice.
Ensuite utiliser la formule de König-Huygens. Ź
Une dernière propriété importante est l’accès facile à la loi d’une somme de variables indépendantes.
Ÿ Éléments de preuve.
Le point 1 par produit de Cauchy. Le point 2 par récurrence. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
C’est juste pour refaire le calcul avec la fonction génératrice, qui donne une version plutôt plus
compliquée ici que la méthode directe. Ź
Pour tout ensemble fini E, on note plus généralement X „ UpEq pour une v.a.r. suivant la loi uniforme
sur X, c’est-à-dire une v.a.r. telle que :
1
@x P E, PpX “ xq “ .
|E|
Plus généralement, si X est une variable suivant une loi uniforme sur l’ensemble Ja, bK, elle vérifie :
a`b pb ´ a ` 1q2 ´ 1
EpXq “ et VpXq “ .
2 12
Ÿ Éléments de preuve.
Un peu trivial... Mais le vérifier aussi avec la série génératrice. Ź
Une expérience telle que décrite dans la proposition précédente est usuellement appelée « expérience de
Bernoulli ».
Remarque 15.3.17
Toute variable aléatoire prenant ses valeurs dans t0, 1u est une variable de Bernoulli, à condition
d’élargir la définition en acceptant de considérer les cas dégénérés p “ 0 et p “ 1.
De façon équivalente, si une variable aléatoire à valeurs dans N a une fonction génératrice affine,
alors il s’agit d’une variable de Bernoulli (avec cette dafinition étendue).
n ˆ ˙
ÿ n k
Ceci définit bien une loi de probabilités. En effet : p p1 ´ pqn´k “ pp ` p1 ´ pqqn “ 1.
k“0
k
Un calcul élémentaire (fait en MPSI) amène :
Ÿ Éléments de preuve.
La série génératrice se calcule par la formule du binôme. Dériver pour obtenir l’espérance et la
variance. Ź
Ainsi, la valeur `8 n’est pas pertinente dans la description de la loi, et on peut définir la loi générique
de X sans la valeur infinie.
Définition 15.3.22 – Loi géométrique
On dit que X suit une loi géométrique de paramètre p Ps0, 1r, si pX P N˚ q est presque sûr, et
On note X „ Gppq.
Ÿ Éléments de preuve.
On présente le calcul de l’espérance de X par fonction génératrice et par calcul direct. Ź
D’après les résultats sur les séries exponentielles, cela définit bien une loi de probabilité. De plus :
Proposition 15.3.26 – Espérance et variance d’une loi de Poisson
Soit X „ Ppλq. Alors
λk
@k P N, PpXn “ kq ÝÑ e´λ .
k!
On dit que la suite pXn q converge en loi vers une loi de Poisson de paramètre λ.
Remarque 15.3.28
Pour cette raison, la loi de Poisson modélise le nombre de succès lorsque le succès est un événement
rare (i.e. de petite probabilité) et que la population est très grande.
Une situation typique est l’affluence (à un magasin, à un parc d’attraction etc), lors d’un laps de
248 CHAPITRE 15. VARIABLES ALÉATOIRES DISCRÈTES
temps donné (par exemple une journée, dans une population très grande. Chaque individu de la
population a une probabilité p très faible d’aller à ce lieu lors d’une journée donnée, et la population
N est très grande. Ainsi, la loi BpN, pq représentant l’affluence au lieu donné pendant la période
donnée est assez voisine de la loi PpN pq. Ainsi, en posant λ “ N p, la loi de Poisson Ppλq est une
bonne modélisation de l’affluence.
Ÿ Éléments de preuve.
Se comprend bien par l’expérience. Assez immédiat par fonctions génératrices. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Même principe de calcul. Ź
IV Inégalités probabilistes
Pour terminer, nous généralisons au cas de variables discrètes les inégalités de Markov et de Bienaymé-
Tchebychev vues en MPSI pour les varables finies.
EpXq
PpX ě aq ď .
ε
Ÿ Éléments de preuve.
Par croissance de E, en remarquant que X ě a1tXěau . Ź
EpX 2 q
Pp|X| ě εq ď .
ε2
Ÿ Éléments de preuve.
Si EpX 2 q ‰ 0, appliquer ce qui précède à X 2 . Et sinon ? Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Inégalité de Markov quadratique appliquée à... Ź
Un des exemples les plus importants de convergence en probabilité est celle qui résulte du calcul de la
moyenne obtenue lors d’une répétition de variables aléatoires.
Théorème 15.4.5 – Loi faible des grands nombres, HP
Soit pXn qnPN˚ une suite de variables aléatoires réelles discrètes L2 , i.i.d, d’espérance m et de variance
σ 2 . Soit pZn qnPN˚ définie par :
X1 ` ¨ ¨ ¨ ` Xn
@n P N, Zn “ .
n
Alors pZn qnPN˚ converge en probabilité vers la variable certaine égale à m. Plus précisément :
` ˘ σ2
@ε ą 0, @n P N˚ , P |Zn ´ m| ě ε ď 2 .
nε
Ÿ Éléments de preuve.
Inégalité de B-T appliquée à Zn dont on sait facilement déterminer l’espérance et la variance. Ź
L’objectif de ce chapitre est l’étude de propriétés généralisant la dérivation, dans le cadre de fonctions
définies sur un e.v.n. de dimension finie E.
En MPSI, vous avez par exemple étudié le cas de fonctions de 2 variables, c’est-à-dire de fonctions
f : Ω Ñ K où K “ R ou C, et Ω est un ouvert de R2 . Tout élément de Ω peut être décrit dans la base
canonique sous forme d’un couple px, yq P Ω, ce qui permet de considérer une telle fonction comme une
fonction de 2 variables réelles x et y. On a notamment vu dans ce cadre comment définir des dérivées
partielles, et plus généralement des dérivées selon un vecteur.
On comprend facilement comment généraliser pour des fonctions de n variables, c’est à dire définies sur
un ouvert Ω de Rn et à valeurs dans K, ou plus généralement, à valeurs dans un K-e.v.n. F .
De façon encore plus générale, on peut se demander si on peut s’affranchir de ce cadre très rigide de Rn
pour la variable de départ, c’est-à-dire si on peut directement considérer des fonctions de Ω dans F , où
Ω est un ouvert d’un R-e.v.n. E, et F est un K-e.v.n..
La notion de dérivée selon un vecteur se définit alors de même, et, si on est en dimension finie, est
indépendante du choix des normes. Les dérivées partielles correspondent à des dérivées selon certains
vecteurs particuliers formant une base de E. Les dérivées partielles peuvent donc se définir de façon plus
générale en référence à une base de E.
Le point de vue des dérivées partielles est pratique d’un point de vue calculatoire, mais donne souvent un
point de vue un peu trop partiel et morcelé sur la fonction f étudiée. Il peut être intéressant de regrouper
les informations. Dans ce but, nous définirons la notion de différentielle en un point a, qui est un objet
qui regroupe toutes les dérivées directionnelles en un point. Plus précisément, la différentielle de f au
point a est (sous réserve d’existence et de linéarité) l’application qui à tout vecteur ⃗u de E associe le
vecteur dérivé en a selon la direction de ⃗u.
Cette notion de différentielle permet d’avoir des formules beaucoup plus compactes et naturelles que
celles provenant de l’étude des dérivées partielles, et surtout, elle permet de s’affranchir de la donnée
d’une base.
Dans tout le chapitre, K désigne le corps R ou C, E est un R-e.v.n. (nécessairement réel) de dimension
finie, F un K-e.v.n. de dimension finie, et Ω un ouvert de E. Dans certains contextes liés à l’optimisation
(recherche d’extrema), il pourra cependant être intéressant de considérer des fonctions définies sur un
fermé, ou même sur un compact, afin d’assurer l’existence d’extrema globaux.
252 CHAPITRE 16. CALCUL DIFFÉRENTIEL ET OPTIMISATION
Remarque 16.1.2
Le terme d’erreur sera toujours contrôlé par une fonction à valeur dans R, et non une fonction
vectorielle.
Alors
‚ f pxq “ opgpxqq si et seulement si pour tout i P J1, nK, fi pxq “ opgi pxqq ;
x0 x0
‚ f pxq “ Opgpxqq si et seulement si pour tout i P J1, nK, fi pxq “ Opgi pxqq ;
x0 x0
Ÿ Éléments de preuve.
Écrire α avec ses coordonnées, et utiliser la norme } ¨ }B,8 . Ź
Exemples
¨ 16.1.4
˛
t
1. ˝ t2 ‚ “ opt3 q
˚ ‹
`8
lnptq
˜ ¸ ˜ ¸
et sinptq 1`t t
2. 1 “ ` Opt2 q.
1`t Arctanptqq 0 1´t t
n
ÿ Ak
3. Pour A P Mn pCq, eA “ ` op~A~n q.
AÑ0
k“0
k!
I Compléments sur les fonctions vectorielles 253
La situation la plus fréquente sera le cas d’un terme d’erreur en }x}α , x étant une variable de l’e.v.n. E
de dimension finie.
f pxq “ op}x}α α
1 q ðñ f pxq “ op}x}2 q
xÑx0 xÑx0
et
f pxq “ Op}x}α α
1 q ðñ f pxq “ Op}x}2 q.
xÑx0 xÑx0
Les propriétés opératoires sur les o et O sont les mêmes que dans le cas réel (sommation, transitivité etc).
f pxq ´ f paq
τx0 f pxq “
x´a
admet une limite finie ℓ P F lorsque x tend vers a. Le vecteur dérivé en a est alors défini par :
La deuxième limite est prise en considérant h P I ´ x0 “ tx ´ x0 , x P Iu. Ainsi, si x0 est la borne inférieure
de I, il s’agit d’une limite lorsque h tend vers 0` .
Définition 16.1.10 – Fonction dérivable sur I, fonction dérivée
Soit f : I Ñ F . On dit que f est dérivable sur I si f est dérivable en tout x0 P I. On définit alors
la fonction dérivée f 1 : I Ñ F par :
f pyq ´ f pxq
@x P I, f 1 pxq “ lim .
yÑx y´x
Exemples 16.1.11
1. Dérivée de f : t ÞÑ tX0 , X0 P K.
2. Plus généralement, dérivée de f : t ÞÑ gptqX0 , g : I Ñ R étant une fonction dérivable en a ,
et X0 un vecteur de F .
3. Dérivée de t ÞÑ ei t .
la décomposition de f suivant ses composantes sur la base B. Les propositions suivantes sont équi-
valentes:
(i) f est dérivable en x0 ;
(ii) pour tout i P J1, nK, fi est dérivable en x0 .
Dans ce cas, on a
n
ÿ
f 1 px0 q “ fi1 px0 qbi .
i“1
Ÿ Éléments de preuve.
Former le taux d’accroissement coordonnée par coordonnée, et utiliser la caractéristique similaire
pour les limites. Ź
La caractérisation par les coordonnées permet de montrer qu’en définissant la dérivabilité à gauche et
à droite comme dans le cas d’une fonction réelle, et en utilisant la caractérisation de la dérivée par
les dérivées à gauche et à droite sur chacune de coordonnée, cela permet d’obtenie une caractérisation
similaire dans le cas vectoriel.
Corollaire 16.1.13 – Opérations sur les dérivées
Soit I et J des intervalles de R, et F un e.v.n. de dimension finie.
1. La dérivation est linéaire : si f, g : I Ñ F et λ P K, alors si f et g sont dérivables en a P I,
λf ` g aussi, de dérivée
pλf ` gq1 paq “ λf 1 paq ` g 1 paq.
Ÿ Éléments de preuve.
Voir coordonnées par coordonnées. Ź
I Compléments sur les fonctions vectorielles 255
Ÿ Éléments de preuve.
La caractérisation précédente nous ramène au cas des fonctions d’une variable. On peut aussi utiliser
directement la propriété suivante (DL à l’ordre 1, qu’on peut ensuite restreindre à l’ordre 0). Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Caractérisation de o par quotient, puisque h ne s’annulle pas au voisinage épointé de 0. Ou encore,
se ramener la la dérivabilité coordonnée par coordonnée. Ź
On donne une première conséquence, qui est plutôt un exemple, suffisamment important pour qu’il soit
un résultat du cours (il servira pour l’étude des équations différntielles).
@t P R, f 1 ptq “ A exppAtq.
Une autre conséquence de la caractérisation par les DL est l’interprétation du vecteur dérivé en terme
d’approximation de la trajectoire.
Exemple 16.1.20
Décrire la trajectoire, et la vitesse instantanée d’un point, dont la position est définie pour t P R`
par
f ptq “ pcosptq, sinptq, tq.
256 CHAPITRE 16. CALCUL DIFFÉRENTIEL ET OPTIMISATION
Ÿ Éléments de preuve.
Voir dans une base. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Ces propriétés sont bien connues pour les fonctions à valeurs réelles. S’y ramener en travaillant sur
les coordonnées. Ź
Remarque 16.2.2
1. La fonction partielle fa,⃗u est bien définie au voisinage de 0, car Ω est ouvert.
2. La flèche sur ⃗u est présente ici uniquement pour faire remarquer que c’est la structure affine
naturelle de E qui est en jeu ici. Les éléments de E jouent donc un rôle double de points et
de vecteurs. Les éléments en lesquels f est évalué correspondent plutôt à des points, alors
que ⃗u donne une direction de translation, et doit plutôt être considéré comme un vecteur. La
fonction fa,⃗u correspond plus ou moins, après reparamétrage, à la restriction de f à la droite
affine passant par a et dirigée par le vecteur ⃗u.
1 f pa ` t⃗uq ´ f paq
D⃗u f paq “ fa,⃗
u p0q “ lim P F.
tÑ0 t
Remarque 16.2.4
1. Dans la suite, afin d’alléger les notations, on omettra la flèche sur u, en notant simplement
Du f paq.
2. L’existence d’une dérivée selon u en a n’implique pas l’existence de dérivées selon d’autres
vecteurs non colinéaires ; en revanche, si v ‰ 0 est colinéaire à u, l’existence de Du f paq
équivaut à celle de Dv f paq, et on peut relier les deux quantités.
Exemple 16.2.5
258 CHAPITRE 16. CALCUL DIFFÉRENTIEL ET OPTIMISATION
Ÿ Éléments de preuve.
Revenir à la définition par taux d’accroissement. Ź
Avertissement 16.2.7
L’existence de toutes les dérivées directionnelles en a n’est pas suffisante pour assurer la continuité
en a
Figure 16.1 – Une fonction non continue en p0, 0q mais y admettant des dérivées selon toute direction
f pa ` tbk q ´ f paq
Bk f paq “ BB,k f paq “ Dbk f paq “ lim .
tÑ0 t
2. Si f admet une k-ième dérivée partielle dans la base B en tout point de Ω, cela définit une
application Bk f : Ω Ñ F .
On obtient facilement, du fait de la possibilité de choisir la norme qu’on veut (en dimension finie)
et donc notamment par exemple la norme } ¨ }B,8 que :
‚ f est continue en x ssi f˜ est continue en rxsB ;
‚ f admet en x une dérivée partielle selon bk ssi f˜ admet en rxsB une dérivée partielle selon ek
(vecteur de la base canonique), et alors
Notation 16.2.11
Bf
Lorsque Ω est un ouvert de Rn , on note aussi paq la k-ième dérivée partielle par rapport à la
Bxk
base canonique. Ainsi, pour a “ pa1 , . . . , an q, sous réserve d’existence,
Bf f pa1 , . . . , ak ` t, . . . , an q ´ f pa1 , . . . , an q
paq “ lim .
Bxk tÑ0 t
On l’appelle aussi dérivée partielle par rapport à la k-ième variable.
B f˜
px1 , . . . , xn q “ Dek pf˜qpx1 , . . . , xn q “ BB,k f pxq.
Bxk
Notation 16.2.13
Après avoir fixé la base B et identifié f à f˜, on pourra donc aussi identifier la k-ième dérivée partielles
par rapport à la base B à la dérivée partielle par rapport à la k-ième variable de f˜, et on s’autorisera
à écrire, s’il n’y a pas d’ambiguïté sur la base :
Bf
Bk f paq “ paq.
Bxk
Par ailleurs, il arrive souvent, dans le cadre d’une application d’un ouvert de Rn dans Rp (situation à
laquelle on se ramène par choix de bases), de travailler coordonnée par coordonnée. Dans ce cadre, on est
ramené au calcul de dérivées partielles d’une fonction à valeurs dans R :
260 CHAPITRE 16. CALCUL DIFFÉRENTIEL ET OPTIMISATION
Par ailleurs, on rappelle comment, concrètement, calculer les dérivée partielles d’une fonction dont on
connaît l’expression :
Exemple 16.2.16
Calculer la dérivée partielle par rapport à x de f : px, y, zq ÞÑ pxy lnpx ` ez q, sinpxez q cospyqq.
Avertissement 16.2.17
L’existence des dérivées partielles par rapport à une base n’implique pas l’existence de dérivées selon
toutes les directions en un point a.
Figure 16.2 – Une fonction admettant des dérivées partielles en p0, 0q, mais pas de dérivée selon p1, 1q
II Dérivées partielles et différentielles 261
Remarque 16.2.19
Cependant, sous des hypothèses supplémentaires de régularité, les dérivées partielles suffisent à
retrouver les dérivées directionnelles. Par exemple, dans le cas des fonctions de 2 variables, vous avez
montré l’année dernière que si f est de classe C 1 au voisinage de a (dans le sens où ses
¨ deux dérivées
˛
Bf
˚ Bx pXq
partielles existent et sont continues au voisinage de a), alors, en notant ∇f pXq “ ˝ Bf ‚:
‹
pXq
Bx
Bf Bf
‚ pour tout u “ pux , uy q, Du f paq “ x∇f paq, uy “ ux paq ` uy paq,
Bx By
‚ au voisinage de a “ pax , ay q, en notant X “ px, yq,
Bf Bf
f pXq “ f paq`px´ax q paq`py´ay q paq`op}X ´a}q “ f paq`xX ´ a, ∇f paqy`op}X ´a}q
Bx By
(formule de Taylor-Young)
II.2 Différentielles
En particulier, d’après la remarque clôturant le paragraphe précédent, les fonctions de 2 variables suffi-
samment régulières se comportent à première approximation comme la fonction affine
X ÞÑ f paq ` xX ´ a, ∇f paqy ,
donc la partie linéaire est l’application linéaire est
Y ÞÑ xY, ∇f paqy “ DY f paq.
Ainsi, sous certaines conditions de régularité, la dérivée directionnelle en a est une application linéaire
en la direction, et permet de définir un développement limité à l’ordre 1.
C’est l’existence de cette approximation linéaire qui définit la notion de différentiabilité d’une application
(tout comme la dérivabilité d’une fonction d’une variable équivaut à l’existence d’un DL1 ).
Définition 16.2.20 – Différentiabilité et différentielle de f
Soit f : Ω Ñ F , et a P Ω.
1. On dit que f est différentiable en a s’il existe une application linéaire u P LpE, F q telle que
au voisinage de a,
f pxq “ f paq ` upx ´ aq ` op}x ´ a}q.
2. Dans ce cas, l’application linéaire u est notée df paq, et est appelée différentielle de f au point
a, ou application linéaire tangente à f en a.
Remarque 16.2.21
Attention à bien comprendre les significations des différentes parenthèses. Si f est différentiable sur
tout Ω par exemple,
df : Ω Ñ LpE, F q
est une fonction qui à tout point de Ω associe une application liénaire, qui est la partie linéaire de
262 CHAPITRE 16. CALCUL DIFFÉRENTIEL ET OPTIMISATION
df paq : E Ñ F
est donc une application linéaire, qu’on peut ensuite évaluer en h P E. Nous verrons plus loin que,
comme dans le cas d’une fonction de deux variables, df paq ¨ h est la dérivée directionnelle en a
selon u.
Cette définition est à rapprocher de la caractérisation de la dérivabilité des fonctions d’une variable réelle
par le DL1 . D’ailleurs, cette caractérisation permet d’en déduire le rapport entre dérivée et diférentielle
dans le cas d’une fonction d’un intervalle I de R dans R.
Proposition 16.2.22 – Différentielle d’une application d’une variable réelle
Soit Ω un ouvert de R, f : Ω Ñ R et a P R. Alors f est différentiable en a si et seulement si f est
dérivable en a, et dans ce cas :
df paq : R ÝÑ F
h ÞÝÑ f 1 paq ¨ h
Cette proposition permet de voir la plupart des résultats suivants comme généralisation de la situation
réelle bien connue.
Méthode 16.2.23 – Montrer que f est différentiable, méthode 1
Pour montrer que f est différentiable en a et calculer sa différentielle, on peut effectuer un DL1 en
a.
Exemples 16.2.24
1. Différentiabilité et différentielle en p0, 2, 1q de la fonction définie sur R3 par f px, y, zq “
sinpxq´1
1`x´y´z .
2. Différentiabilité en M et différentielle de M ÞÑ M k , définie sur Mn pRq à valeurs dans Mn pRq
3. Différentiabilité et différentielle en 0 de exp : Mn pRq Ñ Mn pRq.
Ÿ Éléments de preuve.
Par DL ! Remarquer que df paq est continue en 0 puisque linéaire en dimension finie. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Encore par DL. Ź
II Dérivées partielles et différentielles 263
En effet, l’exemple 16.1 définit une fonction admettant des dérivées directionnelles mais non continue en
0, donc non différentiable.
Exemple 16.2.32
3
Étudier la différentiabilité en p0, 0q de f : px, yq ÞÑ x2x`y4 , prolongée par 0 en 0.
NB : en exercice, assurez-vous que trouver un DL1 de façon directe n’est pas aisé du tout !
264 CHAPITRE 16. CALCUL DIFFÉRENTIEL ET OPTIMISATION
Autrement dit, pour tout a P Ω, df paq est l’application linéaire nulle de E dans F .
df paq “ f.
Les notations dx, dy, etc, très utilisée par les physiciens notamment, peuvent être définies rigoureusement
comme des cas particuliers de la proposition précédente.
Ainsi, en tout a P E,
dxi paq “ pi i.e. @h P E, dxi paq ¨ h “ hi ,
où hi est la coordonnée selon bi de h sur la base B.
La notation dxi , bien qu’adhérente au programme et utile pour justifier les notations des physiciens, n’est
pas explicitement au programme.
II.3 Gradient
On généralise dans cette section la notion de gradient introduite l’année dernière dans le cadre de fonctions
de fonctions de deux variables réelles à valeurs dans R. Dans ce contexte, le gradient a été défini en un
point a comme le vecteur de R2 formé des deux dérivées partielles en a, autrement dit des deux dérivées
selon les vecteurs d’une base.
On pourrait définir le gradient de la même manière, par rapport à une base, mais c’est plus commode
de le définir sans référence à une base particulière. Pour cela, on se place dans le contexte où E est un
espace euclidien et F “ R, et on utilise le lemme suivant, qu’on a déjà utilisé pour justifier l’existence de
l’adjoint d’un endomorphisme.
II Dérivées partielles et différentielles 265
Remarque 16.2.41
Si Ω Ă Rn et f : Ω Ñ R est différentiable en a, alors la jacobienne en a est
ˆ ˙
Bf Bf
Jf paq “ Matbc pdf paqq “ paq, . . . , paq P M1,n pRq.
Bx1 Bxn
∇f paq
max Du f paq ðñ u “
}u}“1 }∇f paq}
266 CHAPITRE 16. CALCUL DIFFÉRENTIEL ET OPTIMISATION
Ÿ Éléments de preuve.
C’est l’inégalité de Cauchy-Schwarz et son cas d’égalité, le choix du signe étant dicté par le fait que
D´u f paq “ ´Du f paq, par linéarité de df paq. Ź
Ainsi, en tout point de différentiabilité, le gradient indique la direction de plus forte pente.
Définition 16.2.44
Revenir à la définition par DL.
est différentiable en a, et
n
ÿ
@h P E, dM pf1 , . . . , fn qpaq ¨ h “ M pf1 paq, . . . , dfk paq ¨ h, . . . , fn paqq.
k“1
Ÿ Éléments de preuve.
Par DL et majoration de la forme multilinéaire (par continuité) Ź
Exemple 16.2.46
1. Soit f, g : Ω Ñ K, Ω Ă E. Exprimer la différentielle de f g.
2. Si f : Ω Ñ F avec F euclidien, et si f est différentiable en a, montrer que }f }2 est différen-
tiable en tout point et exprimer sa différentielle.
3. En particulier, si E est un espace euclidien, exprimer la différentielle en tout point de X ÞÑ
}X}2 .
Remarque 16.2.48
C’est une généralisation de la dérivée d’un produit (le produit est bilinéaire !)
Corollaire 16.2.49
Voici 3 cas particuliers classiques, a
1. Si L est une application linéaire de F dans G, et f : I Ñ F dérivable en a, alors pL ˝ f q aussi,
et
pL ˝ f q1 paq “ Lpf 1 paqq.
d @ D @ D
xf ptq, gptqy “ f 1 ptq, gptq ` f ptq, g 1 ptq .
dt
3. Soit E un espace vectoriel de dimension n, et B une base de E. Alors, si f1 , . . . , fn sont à
valeurs dans E et dérivables,
n
d ÿ
detB pf1 , . . . , fn q “ detB pf1 , . . . , fk1 , . . . , fn q.
dt k“1
Exemples 16.2.50
1. Exprimer la dérivée de t ÞÑ AptqBptq, où
Ÿ Éléments de preuve.
Composer les DL. Ź
Exemples 16.2.53
1. Différentiabilité de x ÞÑ }x} en tout x ‰ 0 dans un espace euclidien.
2. Différentiabilité de }f } lorsque f l’est.
Exemples 16.2.55
Dérivée de t ÞÑ f pa ` thq. Cohérence en 0.
Avertissement 16.2.57
Attention à ne pas confondre Bi gpf paqq et Bi pg ˝ f qpaq.. Quelle est la différence entre les deux ?
De façon équivalente, en exprimant coordonnée par coordonnée, Jg˝f paq “ Jg pf paqq ˆ Jf paq.
Exemple 16.2.59
Soit f une application de R3 dans R admettant des dérivées partielles en tout px, y, zq. Exprimer
les dérivées partielles de
gpu, v, wq “ f pu2 ` v, 2v, 3w ´ ev q.
Remarque 16.2.61
Retrouver de la sorte l’expression de la jacobienne.
Exemples 16.3.2
1. Soit f : E Ñ F une application linéaire, alors f est de classe C 1 .
2. Soit f une application constante, alors f est de classe C 1 .
Ÿ Éléments de preuve.
Attention à bien comprendre sur quelle variable porte la continuité (le point x P Ω en lequel on
considère la différentielle). Cela conditionne la validité de l’argument donné. Par exemple, pour
la composée, la différentielle dpg ˝ f q s’exprime comme composée de deux différentielles, mais la
composée porte sur la variable h, et non sur a qui est à voir plutôt comme un paramètre. Donc on
ne peut pas obtenir la continuité de cette différentielle par propriété de continuité d’une composée.
En revanche, puisque la composition se fait entre applications linéaires d’espaces de dimension finie,
l’application pf, gq ÞÑ g ˝ f est une application bilinéaire entre espaces de dimension finie, donc
elle-même continue. C’est ce point qui est en jeu ici.
Pour 2, on peut remarquer que si M : E n Ñ F est une application multilinéaire, alors M̃ : E k´1 ˆ
LpE, F q ˆ E n´k Ñ LpE, F q définie par
est également multilinéaire, donc continue, tous les espaces en jeu étant de dimension finie. Ź
Vous avez défini l’année dernière le caratère C 1 des fonctions de 2 variables à l’aide des dérivées partielles.
On retrouve ce point de vue via la caractérisation 16.3.5. On démontre d’abord le résultat suivant, qui
n’apparaît qu’implicitement au programme (cela peut être vu comme un sous-produit de la caractérisation
16.3.5 et de la définition de la différentielle)
où ph1 , . . . , hn q “ rhsB
Ÿ Éléments de preuve.
Utiliser la formule de Taylor pour les fonctions d’une variable, successivement pour chacune des n
variables. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Démonstration non exigible.
‚ Se ramener à fi : Ω Ñ K, en considérant les coordonnées dans une base C de F .
n
ÿ
‚ Utiliser la décomposition dfi paq “ Bk fi .
k“1
III Applications de classe C n 271
Cela revient en gros à utiliser le fait que df est continue si et seulement si MatB,C pdf q est continue,
ce qui est la matrice des dérivées partielles des coordonnées dans C (l’analogue de la jacobienne)
Dans le sens piiq ùñ piq, ne pas oublier de montrer d’abord la différentiabilité de f , en utilisant la
formule de Taylor-Young. Ź
Remarque 16.3.6
La formule de Taylor 16.3.4 se réécrit alors simplement
Avertissement 16.3.8
Comme on l’a déjà vu, l’existence seule des dérivées partielles (et même plus généralement des
dérivées directionnelles) ne suffit pas à établir la continuité.
Ÿ Éléments de preuve.
L’intégrande est la dérivée de f ˝ γ : r0, 1s Ñ F . Ź
Remarque 16.3.10
Ce théorème peut être vu comme une généralisation du théorème fondamentale de l’analyse, puis-
qu’en prenant E “ R et γ : t ÞÑ ap1 ´ tq ` bt, puis en faisant un changement de variable affine, on
retrouve ż b
f ptq dt “ f pbq ´ f paq
a
Exemple 16.3.11
1. Si f est de classe C 1 sur l’ouvert Ω et si ra, bs Ă Ω, alors
ż1
f pbq ´ f paq “ df pap1 ´ tq ` btq ¨ pb ´ aq dt
0
Ÿ Éléments de preuve.
‚ Le sens direct est déjà vu.
‚ Pour le sens réciproque, utiliser le théorème 16.3.9 sur une paramétrisation du segment ra, bs pour
montrer que pour tout a, b P Ω, f paq “ f pbq.
Ź
Ce théorème admet une généralisation qui est aussi au programme, mais sans sa démonstration (que nous
esquissons quand même).
Ÿ Éléments de preuve.
Démonstration hors-programme.
C’est toujours la réciproque qui reste à voir.
On pourrait essayer d’adapter la preuve précédente, en montrant que si Ω est ouvert et connexe par
arcs, on peut toujours joindre deux points par un arc de classe C 1 . Mais cette construction n’est pas
si évidente que cela à faire.
On procède donc autrement, en « grignotant » petit à petit.
Soit a P Ω, et Ω1 Ă Ω l’ensemble des points x P Ω tels que f paq “ f pxq. Si Ω1 ‰ Ω, considérer b P ΩzΩ1
et joindre a à b. Montrer l’existence d’un point c sur cet arc, étant sur la frontière de Ω1 . Trouver
une contradiction en utilisant la caractérisation (1) et la convexité d’une petite boule centrée en c.
Ź
Exemples 16.3.15
1. Quels sont les vecteurs tangents à ∅ ?
2. 0 est tangent à tout X non vide.
III Applications de classe C n 273
Ÿ Éléments de preuve.
L’inclusion directe est évidente en paramétrant des droites incluses dans X passant par B.
Réciproquement la dérivée de γ est limite d’un taux d’accroissement qui est dans V . Comme on est
en dimension finie, V est fermé. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Considérer les grands cercles passant par x.
Pour l’autre inclusion, vérifier que si γ est à valeurs dans S, sa dérivée est orthogonale au rayon
(dériver un produit scalaire). Ź
Exemple 16.3.18
Décrire sous forme d’une équation le plan vectoriel TA pSq où S “ Sp0, 1q Ă R3 et A “ pa, b, cq P S.
2
px, yq ÞÑ , le point de tangence étudié étant en p1, 0q.
1 ` 2x2 ` 2y 2
Bf Bf
h pX0 q ` k pX0 q “ ℓ,
Bx By
Ÿ Éléments de preuve.
Comme dans les autres exemples, étudier les propriétés des arcs du graphe, et réciproquement,
trouver des arcs adéquats. Ź
Dans le cas général (Ω Ă E, E de dimension finie), on obtient la description suivante :
Ta X “ Kerpdf paqq.
Ÿ Éléments de preuve.
Hors-programme. Ź
Exemple 16.3.22
1. Retrouver à l’aide de ce théorème la description des vecteurs tangents à un espace affine de
Rn , décrit par une équation
a1 x1 ` ¨ ¨ ¨ ` an xn “ b.
2. De même, retrouver la description des vecteurs tangents de la sphère unité de l’espace eucli-
dien Rn .
3. Retrouver la description de l’espace des vecteurs tangents au graphe d’une fonction f : Ω Ñ R
où Ω Ă R2 , lorsque f est de classe C 1 au voisinage de X0 . Généraliser pour Ω Ă Rn .
III Applications de classe C n 275
Ÿ Éléments de preuve.
Dans le contexte euclidien, cette formulation est équivalente à cette du théorème, par définition du
gradient.
On peut le démontrer indépendamment du théorème, en considérant un arc à valeurs dans X, et en
dérivant f ˝ γ. Ź
Exemple 16.3.24
Retrouver l’équation des hyperplans des vecteurs tangents à la sphère unité de Rn .
Remarque 16.3.25
1. Si E “ R2 , X est la ligne de niveau de valeur 0. Plus généralement, en considérant f ´ b
au lieu de f , on peut décrire de la sorte toutes les lignes de niveau. La proposition affirme
que le gradient en a est orthogonal à la droite tangente à la ligne de niveau en a, ce qu’on
peut réexprimer de façon plus abrégée en disant que le gradient est orthogonal aux lignes de
niveau.
2. Ainsi, si f est de classe C 1 sur un ouvert de R2 , en combinant les deux interprétations, la
direction de plus forte pente au point a est toujours orthogonale à la ligne de niveau en a.
x2 ` y 3
Figure 16.5 – Courbe de niveau “ 1, tangente et gradient en A “ p1, 1, 1q.
x4 ` y 2
Bk f
‚ paq, si px1 , . . . , xn q représentent les coordonnées génériques dans la base B, en
Bxik ¨ ¨ ¨ Bxi1
particulier si E “ Rn muni de la base canonique.
On peut définir des différentielles d’ordre supérieur, mais cette notion est hors programme, et les objets
manipulés deviennent de plus en plus complexes. Pour cette raison, nous définissons la classe C k à l’aide
des dérivées partielles d’ordre k. Cette définition est une généralisation de la caractérisation de la classe
C 1 par les dérivées partielles premières.
Remarque 16.3.29
Si f est de classe C k , alors :
‚ f est de classe C j pour tout j ď k ;
‚ plus généralement, si ℓ ď k et pi1 , . . . , iℓ q P J0, nKℓ , Bi1 ,...,iℓ f est de classe C k´ℓ .
Pour étudier la classe C k , il y a donc a priori 2k dérivées à étudier. Mais en pratique, cela en fait moins,
car sous des conditions assez peu restrictives, on va retrouver plusieurs fois la même, dans le sens où
l’ordre de dérivation (i.e. le choix de l’ordre des variables par rapport auxquelles on dérive) n’importe
pas. C’est ce que dit le théorème suivant.
III Applications de classe C n 277
Ÿ Éléments de preuve.
Démontration non exigible.
En fixant toutes les autres variables, on est ramené au cas de fonctions de 2 variables. Exprimer un
DL2 de f px`h, y `kq´f px, yq en H “ ph, kq, de deux manières différentes, en intercalant f px`h, yq,
ou f px, y ` kq, et en se ramenant à la formule de Taylor-Young à l’ordre 2 pour les fonctions d’une
variable (en fixant l’autre). Identifier les deux DL obtenus (justifier proprement cette identification).
Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Les dérivées partielles successives commutent 2 à 2. On peut donc ramener d’abord i1 en position
initiale, par échange successif, pour faire ensuite une récurrence. Ou directement utiliser le fait que
Sn est engendré par les transpositions pi i ` 1q. Ź
Ainsi, l’ordre des variables de dérivation importe peu, dès lors que la fonction est de classe C k , ce qui
permet de regrouper éventuellement les dérivées selon les variables, afin d’écrire ces dérivées sous la
forme :
Bk f
αn , α1 ` ¨ ¨ ¨ ` αn “ k.
Bxα
1 . . . Bxn
1
Cette notation signifie qu’on a dérivé α1 fois par rapport à x1 , α2 fois par rapport à x2 etc. Certains αi
B3 f
peuvent être nuls et peuvent être omis dans la notation. On notera par exemple la dérivée d’ordre
BxBz 2
3 d’une fonction de 3 variables x, y, z, obtenue en dérivant une fois par rapport à x et 2 fois par rapport
à z, mais aucune fois par rapport à y.
Ÿ Éléments de preuve.
Démonstrations non exigibles, un peu fastidieuse mais sans difficulté. Faire une récurrence, en déri-
vant une première fois. Ź
Exemples 16.3.33
1. Les fonctions polynomiales f : Rn Ñ K, de n variables réelles et à coefficients dans K, sont
de classe C 8 .
2. Les fractions rationnelles aussi, sur leur domaine de définition.
3. det : Mn pRq Ñ R est de classe C 8 .
4. M ÞÑ M ´1 définie sur GLn pRq est de classe C 8 .
Dans le cas de fonctions d’une seule variable réelle, on rajoute une propriété, concernant la dérivée itérée
d’une forme bilinaire. Lorsqu’on applique cette formule au cas du produit de deux réels, on retrouve la
formule de Leinbniz classique.
Ÿ Éléments de preuve.
C’est une réexpression du théorème de Schwarz. Ź
La matrice hessienne va nous permettre d’exprimer de façon élégante la formule de Taylor-Young, c’est-
à-dire l’expression d’un DL à l’ordre 2 à l’aide des dérivées d’ordre 1 et 2, sous les hypothèses idoines de
régularité.
Nous avons déjà obtenu une première version de cette formule, lorsque f est une fonction de 2 variables
de classe C 2 au voisinage d’un point a, lors de la démontration du théorème de Schwarz :
Bf Bf 1 B2 f B2 f 1 B2 f
f px`h, y `kq “ f px, yq`h px, yq`k px, yq` h2 2 px, yq`hk px, yq` k 2 2 px, yq`op}H}2 q,
Bx By 2 Bx BxBy 2 By
˜ ¸
h
où H “ . À l’aide du lemme précédent, on obtient une réexpression synthétique de cette formule, en
k
˜ ¸
x
posant X “ :
y
1
f pX ` Hq “ f pXq ` x∇f pXq, Hy ` H J Hf pxqH ` op}H}2 q.
2
Plus généralement :
Ÿ Éléments de preuve.
Démonstration non exigible. On peut procéder comme dans le cas de 2 variables, en utilisant la
formule de Taylor-Young pour les fonctions d’une variables, successivement sur chaque variable.
On peut aussi exploiter la symétrie de Hf paq en considérant d’abord une b.o.n. de diagonalisation
pb1 , . . . , bn q, et en exploitanta la formule de Taylor à l’ordre 2 pour les fonctions partielles associées.
Les exprimer par ε, et exprimer le cas général par linéairité et bilinéarité. Ź
Bf
Proposition 16.3.39 – Résolution de “0
Bxi
Soit i P J1, nK. Les propositions suivantes sont équivalentes:
Bf
(i) f : Rn Ñ R est de classe C 1 et vérifie “ 0 sur Ω
Bxi
(ii) il existe g P C 1 pRn´1 , Rq tel que pour tout px1 , . . . , xn q P Rn ,
Bf
En d’autres termes, les solutions de l’EDP “ 0 sont les fonctions ne dépendant pas de la vaiable xi
Bxi
1
et de classe C par rapport aux autres variables.
Exemple 16.3.40
Bf Bf
Résolution de a `b “ 0, par changement de variable.
Bx By
Exemples 16.3.41
B2 f
1. Résoudre “ 0 où f P C 2 pR2 , Rq.
BxBy
B2 f B2 f
2. Résoudre ´ a “ 0, où f P C 2 pR2 , Rq. On cherchera un changement de variable
Bx2 By 2
linéaire.
IV Optimisation
IV.1 Principes généraux
L’optimisation consiste en l’étude des extrema d’une fonction f (globaux ou locaux).
Le but de cette section est de donner des principes de recherche des extrema (locaux ou globaux).
Les sous-sections suivantes donneront des méthodes pour trouver en quels points de D il existe un
extremum, local ou global. Pour commencer, nous nous intéressons à l’existence d’un extremum global
(ou local par restriction à un voisinage).
Nous rappelons le théorème de compacité, outil incontournable dans ce contexte.
Il est fréquent d’étudier des fonctions qui ne sont pas définies sur des compacts. Mais il est possible de
s’y ramener, soit en restreignant (si D n’est pas borné), soit en prolongeant (si D est borné).
x2 y ´ 3y ` y 2
Figure 16.6 – f : x ÞÑ “1
p1 ` x2 ` y 2 q
e ´ exy
Figure 16.7 – g : x ÞÑ
1 ´ px2 ` y 2 q
Ÿ Éléments de preuve.
Se ramener à la CN similaire pour les fonctions d’une variable réelle, par l’étude de toutes les dérivées
directionnelles df paq ¨ h. Ou alors, montrer directement la proposition 16.4.15 qui est une version
plus générale de ce théorème. Ź
Ce théorème motive la définition suivante, comme dans le cas des fonctions d’une variable réelle.
Remarque 16.4.7
Si f est une fonction d’une variable réelle, a P D̊ est point critique si et seulement si f est dérivable
en a et l’application linéaire df paq : h ÞÑ f 1 paqh est nulle, c’est-à-dire si et seulement si f 1 paq “ 0.
On retrouve la notion de point critique définie en MPSI.
Exemple 16.4.9
e ´ exy
Rechercher les points critiques de g : px, yq ÞÑ sur B̊p0, 1q, et en déduire l’existence d’un
1 ´ x2 ´ y 2
minimum global.
Remarque 16.4.10
Si le nombre de points critiques est peu élevé et si on a pu montrer l’existence d’extrema locaux,
comme dans le paragraphe précédent, l’étude de la CN du premier ordre peut être suffisante pour
conclure.
IV Optimisation 283
Avertissement 16.4.11
Comme dans le cas d’une fonction d’une variable réelle, df paq “ 0 n’est pas une CN pour avoir un
extremum local.
Figure 16.8 – f : x ÞÑ xy
Le paragraphe suivant donne justement des techniques en vue de l’étude des extrema d’une fonction
retreinte. Cela permet notamment l’étude aux bords (si D lui-même peut être plongé dans un ouvert Ω
de sorte que DzD̊ soit une partie de Ω).
Ÿ Éléments de preuve.
Dériver f pαptqq, où α “ r´ε, εs Ñ X vérifie αp0q “ a. Ź
Remarques 16.4.16
1. En prenant X “ D̊, puisque X est un voisinage de a, Ta X “ E, et on retrouve donc le
théorème 16.4.5.
2. Si E est euclidien, la proposition 16.4.15 affirme que si f|X admet un extremum local en a,
∇f paqKTa X.
Si l’ensemble X est défini par une équation gpxq “ 0, on peut combiner le résultat précédent et le théorème
16.3.21.
Théorème 16.4.17 – Optimisation sous contrainte
Soit f, g : Ω Ñ R de classe C 1 , et X “ tx P Ω, gpxq “ 0u. Si f|X admet un extremum local en a P X
tel que dgpaq ‰ 0, alors df paq et dgpaq sont colinéaires.
Exemple 16.4.18
Après avoir montré leur existence, déterminer les extrema globaux de f : px, yq ÞÑ x2 ` xy ´ 2y 2 sur
Bp0, 1q.
Ÿ Éléments de preuve.
D’après la formule de Taylor-Young, le signe de f pa ` hq ´ f paq est celui de hJ Hf paqh. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Toujours le contrôle du signe par Taylor-Young, en travaillant avec une norme adaptée à Hf paq. Ź
IV Optimisation 285
Avertissement 16.4.21
‚ La CN du second ordre n’est pas une CS.
‚ La CS du second ordre n’est pas une CN
Exemples 16.4.22
Étudier les CN et CS du second ordre pour les fonctions suivantes, en 0.
1. f : px, yq ÞÑ px2 ` y 2 q2 .
2. g : px, yq ÞÑ x3 y 3 .
Exemples 16.4.25
Étudier la nature du point critique p0, 0q dans les 3 cas suivants :
1. f1 px, yq “ y 4 ` x2 y ` x2 ` 2xy ` 2y 2
2. f2 px, yq “ x3 y ` x2 ´ 4xy ` y 2
3. f3 px, yq “ xy 2 ` x3 ´ x2 ` 2xy ´ 2y 2 .
286 CHAPITRE 16. CALCUL DIFFÉRENTIEL ET OPTIMISATION
17
Intégration vectorielle et équations
différentielles linéaires
Ce chapitre consiste en un certain nombre de rappels concernant la résolution des équations différentielles
linéaires, ainsi qu’un certain nombre de compléments. En effet, le contexte des e.v.n., et les techniques
matricielles (notamment la diagonalisation et l’utilisation de l’exponentielle complexe) nous permettent
d’avoir des outils efficaces pour gérer des situations bien plus générales que ce que vous avez vu en MPSI.
Les fonctions que nous considérerons sont des fonctions y : I Ñ E, définies sur un intervalle I de R, et à
valeurs dans un e.v.n. E de dimension finie sur le corps K, égal à R ou C. Une équation différentielle est
une équation reliant les valeurs de f et de ses dérivées successives, évaluées au même point t P I. Nous
nous limitons dans ce chapitre à une forme bien particulière d’équations différentielles : les équations
différentielles linéaires. Les autres types d’équations différentielles sont bien plus complexes à étudier, et
il n’est pas toujours possible d’expliciter les solutions.
Les équations différentielles apparaissent de façon naturelle dans de nombreux contextes, en particulier
en physique. Le cas linéaire est souvent suffisant, les physiciens étant des habitués de la linéarisation,
donnant souvent (mais pas toujours) des approximations suffisamment précises pour être pertinentes pour
la situation étudiée.
I Compléments d’intégration
On présente dans cette section quelques rappels et compléments sur les intégrales de fonctions d’une
variable réelle, à valeurs dans un K-e.v.n. F de dimension finie n (où K “ R ou C). Les fonctions seront
définie sur un segment I “ ra, bs.
S’il n’y a pas d’ambiguïté sur la base, on notera simplement fi au lieu de fB,i .
CHAPITRE 17. INTÉGRATION VECTORIELLE ET ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES
288 LINÉAIRES
Ÿ Éléments de preuve.
Découle de la caractérisation coordonnée par coordonnée de la continuité et des limites. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Exprimer le changement de base matriciellement, et utiliser la linéarité de l’intégrale scalaire. Ź
En travaillant coordonnées par coordonnées, on transfert de façon quasi-immédiate une grande partie des
propriétés usuelles de l’intégrale scalaire.
Ÿ Éléments de preuve.
Le point 1 se ramène à la propriété similaire pour les fonctions scalaires, par caractérisation par les
coordonnées.
Le point 2 s’obtient en choisissant une base contenant u.
Le point 3 est conséquence des 2 premiers, en tranvaillant encore dans une base B. On utilise d’abord
la linéarité de L pour entrer L dans la somme, puis la linéarité de l’intégrale pour sortir L de
l’intégrale, et encore la linéarité de L pour entrer l’intégrale dans L ! Ź
I Compléments d’intégration 289
Ÿ Éléments de preuve.
Encore les coordonnées. Ź
Le point suivant se généraliserait sur des subdivisions non régulières dont le pas tend vers 0, mais seul le
cas des subdivisions régulières est au programme.
Ÿ Éléments de preuve.
On peut voir F comme un R-ev (même si au départ il est complexe). Se ramener au cas de fonctions
à valeurs réelles en travaillant dans une R-base. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Par sommes de Riemann. Ź
Même si l’inégalité est vraie quelle que soit la norme de F choisie, les valeurs de ces intégrales dépendent
de la norme.
Avertissement 17.1.7
1. Il faut évidemment utiliser la même norme de F dans les deux membres de l’inégalité !
2. Attention ici à l’hypothèse a ă b. Si b ă a, il faut rajouter un signe pour contrer l’inversion
des bornes. Ou rajouter une valeur absolue externe.
Remarque 17.1.8
Le cas des fonctions f : I Ñ C est déjà connu (programme de MPSI). Cependant, on peut remarquer
qu’on le retrouve ici, à partir du cas f : I Ñ R, en voyant C comme un R-e.v.n..
Ÿ Éléments de preuve.
Par linéarité de la dérivation, et caractérisation des fonctions contantes. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
1. Se ramener au cas scalaire par choix d’une base.
2. G0 diffère de G d’une constante, donc Gpbq ´ Gpaq “ G0 pbq ´ G0 paq.
Ź
Voici une réexpression classique du théorème fondamental.
}f pbq ´ f paq} ď |b ´ a| ¨ }f 1 }8 .
Les propriétés calculatoires (formule de changement de variable, formule d’intégration par parties) peuvent
s’obtenir de même que dans le cas scalaire, à l’aide du théorème fondamental. Ces formules ne sont pas
au programme, et seront établies en exercice seulement.
Le théorème fondamental de l’analyse permet aussi de dériver des intégrales vectorielles dépendant de
façon C 1 de leur borne, en se ramenant à des dérivées de composées.
Ÿ Éléments de preuve.
Se ramener à la formule de Taylor scalaire appliquée aux fonctions coordonnées. On peut aussi
procéder directement vectoriellement, en faisant une IPP itérée, à condition de démontrer d’abord
la formule d’IPP vectorielle (voir exercices). Ź
Remarque 17.1.15
Cette formule ne nécessite pas d’hypothèse a ă b. Elle reste valide lorsque b ď a.
Ÿ Éléments de preuve.
Coordonnée par coordonnée, les dérivées à tout ordre et les o se caractérisant bien ainsi. Ź
a ¨ x “ apxq P E.
CHAPITRE 17. INTÉGRATION VECTORIELLE ET ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES
292 LINÉAIRES
Les équations différentielles linéaires font intervenir des fonctions a : I Ñ LpEq. Ainsi, pour t P I, aptq
est un endomorphisme de E. La notation s’explique alors par le fait qu’elle offre un peu plus de clarté
dans les écritures, puisqu’elle permet d’écrire aptq ¨ x au lieu du très lourd aptqpxq.
Par ailleurs, dans le cas courant où E “ K, un endomorphisme consiste en la multiplication par un
scalaire. Via l’identification des endomorphismes aux scalaires de K, l’évaluation apxq correspond au
produit ax, ce qui rend la notation ci-dessus cohérente et compatible avec cette situation.
où :
‚ pour tout k P J0, rK, ak P C 0 pI, LpEqq ;
‚ b P C 0 pI, Eq.
2. L’équation différentielle sera souvent notée de façon abrégée et abusive :
et y0 une solution particulière de pEq. Alors l’ensemble S des solutions de pEq est un sous-espace
affine de pEq, passant par y0 , et de direction l’ensemble des solutions SH de l’équation homogène
associée
pEHq : ar ptq ¨ y prq ` ¨ ¨ ¨ ` a0 ptq ¨ y “ 0.
Ainsi,
S “ y0 ` SH .
l’espace affine S correspond à la fibre de Φ passant par b, c’est-à-dire à l’image réciproque de b, qui est
un sous-espace affine passant par un antécédent quelconque y0 , et dirigée par le noyau de Φ, qui n’est
autre que SH .
II Propriétés générales des EDL 293
Pour la recherche d’une solution particulière, on peut parfois « isoler les difficultés » en séparant le
second membre en somme de plusieurs fonctions pour lesquelles une solution particulière est plus simple
à exprimer. On reconstitue alors une solution particulière de l’équation initiale grâce au résultat ci-dessous.
Ÿ Éléments de preuve.
Vérification facile, par linéarité de la dérivation. Ź
Exemples 17.2.8
1. Déterminer toutes les solutions développables en séries entières au vouisinage de 0, de l’équa-
tion
1
px2 ` 1qy 1 ` x3 y “ .
1´x
On se contentera de donner une relation de récurrence permettant de calculer les coefficients
de ces solutions, mais sans les expliciter. On ne demande pas non plus d’écrire ces solutions
avec les fonctions usuelles. En revanche, on vérifiera que le rayon de convergence est non nul.
2. Montrer qu’il n’existe qu’une solution de l’équation
lnp1 ` xqy 1 ` y “ x
Remarque 17.2.10
Si dans l’équation pEq du paragraphe I-2, pour tout t P I, ar ptq P GLpEq, alors on peut mettre pEq
sous forme normale en posant
@k P J0, r ´ 1K, @t P I, αk ptq “ ´ar ptq´1 ˝ ak ptq et bptq “ ´ar ptq´1 ¨ bptq.
On verra des exemples plus tard, lorsqu’on aura revu les méthodes usuelles de résolution des EDL nor-
malisées.
pEHq : y 1 “ aptq ¨ y.
Ÿ Éléments de preuve.
‚ L’équivalence entre (i) et (ii) provient du choix d’une base dans un sens, et du fait que (ii) est
de la forme de (i) dans E “ Mn pKq. Ainsi, (i) est une forme plus générale de (ii), mais pouvant
toujours se ramener à (ii) pâr choix d’une base.
‚ L’équivalence entre (ii) et (iii) est claire en explicitant le produit matriciel coefficient par coeffi-
cient.
On vérifiera que les propriétés de continuité sont bien préservés à chaque implication. Ź
Nous adopterons le plus souvent le point de vue matriciel.
Remarque 17.3.4
Traduire la définition et la propriété qui suit dans les points de vue vectoriel et système linéaire.
Voici un résultat d’une importance capitale, qui peut se généraliser, au moins localement, sous certaines
hypothèses dans un contexte non linéaire.
CHAPITRE 17. INTÉGRATION VECTORIELLE ET ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES
296 LINÉAIRES
Ÿ Éléments de preuve.
Démonstration non exigible (mais pas hors-programme).
‚ Existence. On définit Φ : C 0 pI, Kn q Ñ C 0 pI, Kn q qui à Y associe le membre de droite de l’expres-
sion intégrale du problème de Cauchy. On en cherche un point fixe. Considérer pFn qnPN définie
par la récurrence
Fn`1 “ ΦpFn q,
ř
et F0 constante de valeur Y0 . Montrer que pFn`1 ´ Fn q converge normalement sur tout compact
K de I. On pourra pour cela majorer sa norme par récurrence par le terme général d’une série
exponentielle de paramètre ℓpKq.
‚ Unicité. Si F et G vérifient tous deux les conditions de Cauchy, adapter le raisonnement précédent
pour montrer que F ´ G est nécessairement nul.
Ź
Ÿ Éléments de preuve.
La linéarité est évidente. La bijectivité provient du théorème de Cauchy linéaire, donnant l’existence
et l’unicité d’un antécédent de tout élément de Kn . Ź
Ÿ Éléments de preuve.
L’isomorphisme evt0 envoie base sur base, ainsi que sa réciproque. Ź
Un autre résultat qui peut se voir comme conséquence du théorème de Cauchy est une propriété impor-
tante de l’exponentielle matricielle, qu’on a déjà démontrée de façon un peu laborieuse par produit de
Cauchy. La démonstration recommandée par le programme est celle ci-dessous.
Ÿ Éléments de preuve.
Démonstration recommandée par le programme : considérer f ptq “ expptpA`Bqq et gptq “ expptAq expptBq.
Vérifier que f et g sont solutions du même problème de Cauchy. Il faut aussi revoir la preuve de la
III EDL d’ordre 1 297
dérivabilité de t ÞÑ exppAtq qu’on avait fait reposer sur ce théorème : on peut la voir par dérivation
d’une série de fonction normalement convergente. Là encore, c’est la démonstration recommandée
par le programme. Ź
S0 “ ty : x ÞÑ CeApxq , C P Ku,
Ÿ Éléments de preuve.
Poser zpxq “ ypxqe´Apxq et dériver z. Ź
Exemples 17.3.11
1. Résolution de y 1 “ ay (a constant)
2. Résolution de y 1 “ yxα sur R si α ě 0, sur R˚` sinon.
‚ Dans les autres situations, la méthode de variation de la constante donne une méthode systé-
matique, qui permet d’avoir une expression d’une solution particulière sous forme intégrale.
Exemples 17.3.13
1. Résoudre y 1 “ 2y ` sinpxq ` ex ` x sur R.
2. Résoudre y 1 “ y ` xex .
x2
3. Résoudre y 1 “ x2 y ` 1`x2 sur R˚` .
Exemples 17.3.15
1. Retrouver les solutions des deux premières équations de l’exemple précédent par la méthode
de variation de la constante.
2. Résoudre y 1 “ ´ xy ` Arctanpxq sur R˚` .
Remarque 17.3.16
On peut retrouver le théorème de Cauchy linéaire dans le cas scalaire d’ordre 1 de façon élémentaire,
grâce à l’explicitation donnée par la méthode de variation de la constante.
Pour terminer cette étude, on étudier le problème des raccordements, qui intervient lors de l’étude d’équa-
tions non normalisées.
Méthode 17.3.17 – Raccordements
Pour l’étude d’une ED apxqy 1 ` bpxqy “ cpxq, où a, b, c : I Ñ K sont continues, et où a s’annule un
en nombre fini des points t1 ă ¨ ¨ ¨ ă tn :
‚ considérer les intervalles I1 , I2 , . . . , In`1 ouverts en x1 , . . . , xn , et dont l’union fait Iztx1 , . . . , xn u ;
‚ sur chacun de ces intervalles, on peut normaliser l’ED pour se ramener aux méthodes précé-
dentes ;
‚ une solution sur I définissant par restriction des solutions sur chaque Ik , elle s’obtient en
« recollant » les morceaux obtenus sur chaque intervalle ;
‚ ces recollements (ou raccordements) doivent être continus (ce qui donne en général soit des
obstructions fortes, soit des relations entre les différentes constantes) ;
‚ ils doivent aussi être dérivables au point de raccordement : le vérifier par taux d’accroissement,
par dérivée à gauche et droite, ou encore en utilisant le théorème de la limite de la dérivée,
ce qui permet d’exploiter de façon efficace l’expression de l’équation différentielle ;
‚ vérifier rapidement que les valeurs de f et f 1 au point de raccordement vérifient bien l’ED.
Exemple 17.3.18
Résoudre sur R les équations différentielles suivantes :
III EDL d’ordre 1 299
a
1. |x|y 1 “ y
2. xy 1 “ y.
Y 1 “ AY ` Bptq,
Y 1 “ AY et Y pt0 q “ Y0
Avertissement 17.3.20
La position de Y0 par rapport à l’exponentielle est importante. D’ailleurs, dans l’autre sens, cela
pose un problème de compatibilité des formats.
Remarque 17.3.21
Donner la traduction dans le langage vectoriel de ce résultat, lorsqu’on considère l’équation y 1 “ a¨y,
où a P LpEq ; c’est-à-dire
@t P I, y 1 ptq “ apyptqq.
Ainsi, la résolution d’une équation différentielle matricielle à coefficients constants (donc d’un système
linéaire différentiel à coefficients constants) se ramène au calcul d’une exponentielle matricielle exppsAq
(s “ pt ´ t0 q). On rappelle les situations favorables à ce calcul, déjà vues dans un chapitre antérieur.
Exemples 17.3.23
1. Résoudre le système $
1
& x
’ “ 6x ´ 3y ` 3z
y1 “ 3x ´ 2y ` 5z
’
% z1 “ 3x ` y ` 2z
2. Résoudre le système #
x1 “ ´x ` y
y1 “ ´4x ` 3y
une équation différentielle scalaire, de fonction inconnue y P Dr pI, Kq, les fonctions ak et b étant dans
C 0 pI, Kq.
Une première remarque importante, qui permet d’adapter à cette situation tous les résultats théoriques
et pratiques de la partie précédente, est le fait que toute équation de ce type se ramène à une équation
différentielle matricielle d’ordre 1.
s’adaptent aussi.
Ÿ Éléments de preuve.
La linéarité est évidente. La bijectivité provient du théorème de Cauchy linéaire. Ź
où ar´1 , . . . , a0 sont des constantes de K, et b : I Ñ K est continue. On note pEHq l’équation homogène
associée.
On note χpXq “ X r ´ ar´1 X r´1 ´ ¨ ¨ ¨ ´ a0 le polynôme caractéristique de l’équation différentielle pEq.
CHAPITRE 17. INTÉGRATION VECTORIELLE ET ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES
302 LINÉAIRES
Ÿ Éléments de preuve.
Cette démonstration ne sera pas faite en cours, mais fait l’objet d’un exercice du TD.
Écrire χpDq “ pD ´ λ1 Idqα1 ˝ ¨ ¨ ¨ ˝ pD ´ λk Idqαk pour calculer χpDqpfj q. Ź
yptq “ tα Qptqeλt ,
Ÿ Éléments de preuve.
Cette démonstration ne sera pas faite en cours, mais fait l’objet d’un exercice du TD.
Encore une fois, il s’agit d’écrire χpDq sous forme factorisée, pour comprendre son effet sur les
polynômes précédant l’exponentielle. Ź
ypt0 q “ y0 et y 1 pt0 q “ y1 .
On peut remarquer alors qu’en appliquant cette propriété d’unicité à pEHq, si z est une solution de pEHq
telle que
zpt0 q “ z0 et z 1 pt0 q “ z1 ,
alors λz est encore solution de pEHq, mais répondant cette fois au problème de Cauchy suivant :
˜ ¸ ˜ ¸
z0 z01
Cet argument montre que si les deux vecteurs et sont liés, les deux solutions qu’elles défi-
z1 z11
nissent le sont aussi, et réciproquement. Cela se comprend aussi bien plus formellement par le fait que
l’application qui à une solution associe les conditions de Cauchy qu’elle vérifie est un isomorphisme, donc
préserve la liberté.
Afin d’étudier la liberté d’un couple de solutions, on introduit donc naturellement un objet permettant
de caractériser la colinéarité des conditions de Cauchy en un point t qu’on pourra ensuite faire varier.
Définition 17.4.7 – Wronskien d’un couple de solutions de l’équation homogène
Soit y et z deux solutions de pEHq. On définit leur wronskien Wy,z : I Ñ K par :
yptq zptq
@t P I, Wy,z ptq “
y 1 ptq z 1 ptq
x1 “ a1 ptqx.
Ainsi, on sait déterminer tous les wronskiens possibles, à une constante multiplicative près, par les mé-
thodes usuelles de résolution des équations d’ordre 1. C’est cette capacité calculatoire sur le wronskien
qui en donne l’intérêt.
Par définition même, il permet de caractériser la liberté d’un couple de solutions de (EH). Comme l’espace
des solutions est de dimension 2, cela donne une caractérisation des bases de l’espace des solutions de
(EH).
Ÿ Éléments de preuve.
C’est un peu ce qu’on a dit depuis le début ! Ź
λ2 φ0 ` λ1 p2φ10 ´ a1 φ0 q “ 0.
CHAPITRE 17. INTÉGRATION VECTORIELLE ET ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES
304 LINÉAIRES
Remarque 17.4.11
En fait, les deux méthodes sont complètement équivalentes. La deuxième méthode ne fait que
contourner le wronskien, mais l’ED obtenue correspond à l’ED W 1 “ a1 W pour le wronskien
du couple pφ, φ0 q. Ainsi, en vue d’avoir des calculs plus structurés (et de pouvoir éventuellement
réutiliser le wronskien par la suite), la méthode 1 est préférable.
Exemple 17.4.12
Résoudre l’équation y 1 ` 1t y “ 0 par la méthode du wronskien.
Ainsi, la résolution d’une ED scalaire homogène d’ordre 2 se ramène le plus souvent à la recherche d’une
solution particulière.
Exemple 17.4.14
1. Trouver une solution de y 2 “ y 1 ` e2t y, en essayant de deviner une solution. Résoudre ensuite
l’équation.
2. Faire un changement de variable u “ et dans l’équation précédente, et retrouver la solution
particulière.
1
3. Trouver une solution particulière de y 2 “ t2 `t`1 py
1
` 2yq
On termine enfin cette étude par la recherche d’une solution particulière de l’équation non homogène
pEq, connaissant une base pφ, ψq de l’espace des solutions de pEHq.
Exemple 17.4.17
Résoudre le système y 2 ` y “ tanptq.