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Introduction à l'analyse spatiale en géographie

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Université de Parakou

UE: Méthodes d’analyse spatiale

ECU: 2MAS1207 Introduction à l’analyse spatiale


Dr AGOÏNON Norbert

Géographe, géomorphologue et spécialiste


en cartographie et SIG
(LABEE/DGAT)

Dr HOUNTON C. Charles
Environnementaliste, Spécialiste
en cartographie et SIG
1
DEFINITION DE L’ANALYSE SPATIALE
L'expression "analyse spatiale" est vague en
géographie, mais deux champs de pratiques
complémentaires aident à la préciser : il y a d'une part
l'analyse spatiale exploratoire, qui est le
questionnement de quelques données géographiques
mystérieuses (quel sens ont-elles ?), d'autre part,
peut-être moins intentionnelle, quoique la
généralisation cartographique en fournisse un
exemple intensif, l'analyse spatiale constitutive, ou
l'acceptation des données dans leur disposition
spatiale (ces signes sont en relation cartographique).
2
DEFINITION DE L’ANALYSE SPATIALE (SUITE)
L'une et l'autre analyses sont fertiles car le scientifique,
géographe ou cartographe, loin de se contenter des
données, ressent immédiatement à travers elles ce
qu'elles représentent du monde réel, les prend
naturellement comme manifestations de phénomènes
géographiques. Leur automatisation en revanche est
rendue délicate par le fait que les données numériques
n'évoquent rien à l'ordinateur et que leur indigence (des
traces au lieu de formes, des listes au lieu de
répartitions) les éloigne des référents attendus par
l'utilisateur.
3
DEFINITION DE L’ANALYSE SPATIALE (SUITE)
Le sens géographique des données numériques,
s'il n'est pas stocké, se laisse cependant rappeler
à partir d'elles grâce à l'attitude du chercheur en
Sciences de l'Information Géographique, attitude
que nous décrivons ici, d'un point de vue d'ordre
épistémologique, sous le nom de
phénoménologie.

4
DEFINITION DE L’ANALYSE SPATIALE (SUITE)

L’analyse spatiale est une démarche qui, à l’instar de


la géographie « générale », recherche les similarités
entre les phénomènes et tente d’établir des lois (des
règles). Cette démarche est qualifiée de
nomothétique. En l’occurrence, comme son nom
l’indique, l’analyse spatiale recherche ou applique
des lois spatiales. Ces lois peuvent dans certains cas
être testées afin de déterminer leur validité..

5
DEFINITION DE L’ANALYSE SPATIALE (SUITE)
L’analyse spatiale est donc généralement présentée
comme une démarche « hypothético-déductive »,
puisque les similarités identifiées entre les
phénomènes observés peuvent constituer des
hypothèses de travail aboutissant à la formulation de
modèles qui seront mis à l’épreuve. Néanmoins,
contrairement aux sciences physiques, les modèles
n’ont pas tous vocation à décrire le comportement
réel des systèmes étudiés, puis à être testé et validé.
Ils peuvent plus simplement servir comme modèle de
comparaison.
6
Pour résumer, « l’analyse spatiale met en évidence des
structures et des formes d’organisation spatiale récurrentes,
que résument par exemple les modèles centre-périphérie,
les champs d’interaction de type gravitaire, les trames
urbaines hiérarchisées, les divers types de réseaux ou
de territoires, etc. Elle analyse des processus qui sont à
l’origine de ces structures, à travers des concepts
comme ceux de distance, d’interaction, de portée
spatiale, de polarisation, de centralité, de stratégie ou
choix spatial, de territorialité... Des lois de la spatialité
relient ces formes et ces processus, et sont intégrées
dans des théories et des modèles du fonctionnement et de
l’évolution des systèmes » (Denise Pumain).
7
DEFINITION DE L’ANALYSE SPATIALE (SUITE)
Malgré une apparente opposition entre ces deux
démarches, celles-ci ne sont pas incompatibles. Bien au
contraire, elles apparaissent complémentaires. En effet, la
démarche idiographique ne récuse pas toute possibilité
de généralisation au nom de l’irréductible unicité des
lieux et la démarche nomothétique n’est pas
nécessairement réductrice et oublieuse des spécificités
locales. C’est en fait entre ces deux attraits de la
géographie, la recherche de la régularité d’une part et la
fascination pour ce que l’on ne verra pas deux fois

8
DEFINITION DE L’ANALYSE SPATIALE (SUITE ET FIN)

d’autre part, que peut naitre une science ayant


son objet, sa place et sa propre contribution
au sein des sciences humaines (Pumain et
Saint-Julien, 2010). Cette dichotomie
permet seulement d’introduire, de manière
simplifiée, la principale particularité de
l’analyse spatiale et la rupture que celle-ci a
pu représenter.
Trois concepts apparaissent in fine centraux
pour définir l’analyse spatiale : 9
LE CONCEPT DE LOI
Le concept de loi : Une loi est une formule générale
énonçant une relation constante ou habituelle entre
des phénomènes. En géographie humaine, les lois
sont plutôt considérées comme des références
nécessaires aux explications, que l’objet étudié s’y
conforme ou qu’il s’en écarte. Dans ce cadre, le terme
de loi est souvent considéré comme trop fort et
remplacé par le terme de règle, ou encore par celui de
régularité. En effet, les relations observées en
géographie humaine n’ont pas la précision des lois
physiques.

10
LE CONCEPT DE LOI (SUITE)
Quoi qu’il en soit, les lois expriment l’existence de
déterminations, même si d’une part celles-ci ne sont
pas connues ou mesurées avec précision, et si d’autre
part il entre dans leurs effets une part plus ou moins
grande de hasard et d’indétermination. Le terme de loi
est aussi employé pour désigner des règles de
comportement plutôt invariantes dans le temps et
l’espace comme la « loi du moindre effort » énoncée
par Zipf. Cette loi montre que « le plus court chemin
» ou « la plus grande proximité » ont été souvent
privilégiés dans la localisation des activités humaines.

11
LE CONCEPT D’ESPACE (SUITE)

Le concept d’espace : L’espace comme concept


géographique, n’est pas une zone, ni un lieu, ni une
région du monde, ni un « territoire ». Il se définit par la
forme (type et structure des « distances », organisation
des espacements, valeur des liens) que prennent les
relations entre les lieux, que ce soit pour un individu,
pour un groupe, ou pour une entité géographique.
En dehors de ce positionnement simple, il existe au
moins trois manières de penser l'espace en géographie
: l’espace absolu ; l’espace relatif ; l’espace construit
(subjectif). Premièrement, l’espace peut être
considéré comme une réalité absolue

12
LE CONCEPT D’ESPACE (SUITE)

Ainsi, les conditions géo-climatiques sont vues comme stables,


les régions existent en tant que telle, il y a un espace défini
de la civilisation occidentale et un espace défini de la
civilisation musulmane… Dans un deuxième temps, la
réalité spatiale peut aussi être considérée comme le
fruit d’un jeu de forces dans le cadre d’un système,
faisant que chaque élément du système se situe
spatialement en fonction des autres éléments. Ainsi,
l’espace n’est plus absolu, il est relatif et évolutif. Enfin,
l’espace peut être considéré comme une réalité fluctuante
et libre, faisant que les rapports entre les éléments ne
sont jamais réellement prédéterminés. Dans ce cadre,
l’espace est une construction entièrement subjective.

13
LE CONCEPT DE MODÈLE

Le concept de modèle : L’expression de « modèle spatial »


recouvre des acceptations et des conceptions différentes.
En effet, si les chercheurs de différents domaines peuvent
s’accorder sur une définition de la notion de « modèle »
comme « représentation simplifiée de la réalité (d’un
processus) en vue de la (le) comprendre et de la (le)
faire comprendre », le référent diffère considérablement
suivant les disciplines. En géographie, on distinguera
notamment les modèles purement thématiques
(géographie urbaine, géographie des risques…) et les
modèles informatiques (modèles de données
géographiques, modèles agents…).

14
LE CONCEPT DE MODÈLE (SUITE)

De plus, modéliser des dynamiques spatiales peut être


compris de différentes façons : rendre compte des
changements de la manière la plus claire possible
(logique descriptive) ou rechercher les causalités derrière
la forme et la vitesse des évolutions observées (logique
explicative). En outre, les modèles déforment la réalité
et peuvent s’exprimer dans des langages différents. On
peut ainsi distinguer les modèles iconiques, les modèles
mathématiques et les modèles informatiques. Il faut
également différencier les modèles statiques, qui sont les
représentations d’un existant quelconque, et les modèles
dynamiques, dont le fonctionnement permet de simuler
des processus. relativement générale

15
DEMARCHE GENERALE DES SCIENCES

A- Critères de scientificité
Quels critères permettent de confirmer la validité d'une modèle ou d'une
théorie scientifique ? Quelle frontière sépare l'opinion de la vérité scientifique
? Sans entrer dans ce débat complexe, on se contentera de mentionner trois
critères décisifs permettant de juger de la qualité scientifique d'un travail :
l'objectivité, la reproductibilité, la falsifiabilité
- Critère d'objectivité
Une démarche scientifique s'appuie toujours sur des définitions claires et
précise des objets qu'elle se propose d'étudier. Le premier travail du
scientifique est donc de transformer des notions (idées vagues et peu
précises) en concepts (objets d'étude clairement définis).

16
La géographie a eu beaucoup de difficulté à passer des notions aux
concepts et s'est longtemps satisfaite d'un ensemble de notions
imprécises (villes, paysages, etc.) qu'elle employait sans véritablement
les définir. La quantification des phénomènes a provoqué une crise
puisque la mesure des phénomènes obligeait à en donner des
définitions précises (ex. taille des villes, biomasse, etc.).
On a alors souvent tenté de plaquer des outils mathématiques sur des
notions géographiques sans réaliser que c'était la démarche inverse
qu'il fallait adopter : clarifier d'abord les concepts géographiques afin
de pouvoir ensuite les mesurer et les quantifier.

17
- Critère de reproductibilité
Une affirmation scientifique doit pouvoir être vérifiée par deux
personnes différentes. Cela signifie que les concepts, les
hypothèses et les méthodes doivent être explicitées de façon qu'une
personne reprenant la même démarche aboutisse aux mêmes
conclusions. Une théorie ou un modèle qui ne permet pas la
vérification par des tiers n'est pas scientifique.
- Critère de falsifiabilité
L'épistémologue K.R. POPPER a écrit que le propre de la science
n'est pas de prouver la vérité d'une théorie mais de l'énoncer de
telle sorte que l'on puisse éventuellement en montrer la fausseté.
Une théorie qui ne permet pas que l'on démontre sa fausseté
éventuelle n'est pas scientifique. Concrètement, cela signifie que
l'énoncé d'une théorie doit être accompagné de la proposition des
expériences qui pourrait l'invalider.

18
Beaucoup de théories développées en géographie et en science
sociales ne sont pas ou peu scientifiques à l'aune du critère de
Popper. Ceci tient en grande partie au fait que l'on ne peut pas
expérimenter sur la société comme on le fait dans les sciences de la
nature. Pour autant, il est possible de corroborer des théories
géographiques en les confrontant à des situations concrètes
(pseudo expérimentation) ou bien d'émettre des prédictions qui
seront vérifiées ou invalidées. Il y a toutefois une difficulté
particulière liée au fait que les prédictions faites par les sciences
sociales risquent de modifier le comportement de la société si celle-
ci en prend connaissance (rétroactions, prédictions créatrices).

19
Méthode inductive et méthode déductive
Comme dans les autres sciences physiques ou sociales, la démarche
géographique est tour à tour inductive et déductive.
La démarche inductive consiste à généraliser une série d'observations
empiriques à travers une loi ou un modèle. On observe, on localise, on
dénombre, on mesure, on classe. Puis on cherche des régularités qui
permettent de faire progresser la connaissance.

ex. : On mesure les températures moyennes à la surface du


globe et l'on observe une relation globale entre la latitude et
la température moyenne. On propose donc une loi générale
qui résume les observations faites :
H1 : La température diminue régulièrement de l'équateur
vers le pôle selon une loi T=f(Lat) dont la forme peut être
précisée.
20
La démarche déductive, au contraire, part de la
formulation d'une règle, formulée sous forme
d'hypothèse, que l'on suppose avoir une portée
générale. On cherche ensuite à valider ou infirmer cette
hypothèse en la confrontant à des données
expérimentales.
ex. : Sachant que l'incidence des rayons solaires conditionne l'absorption du flux
solaire par l'atmosphère et le réchauffement de la surface terrestre, on propose un
modèle des températures moyennes qui dépend de l'incidence des rayons solaires
:
Soit T=a. cos(Lat)
Cette proposition théorique sera ensuite confrontée aux mesures empiriques pour
vérifier si elle est valide ou non.

21
Le cheminement normal de la pensée scientifique consiste en un va-et-vient
entre ces deux démarches, c'est la méthode hypothético-déductive.
L'observation du réel conduit à formuler un modèle qui est ensuite
confrontée à la réalité ; les écarts entre le modèle et la réalité peuvent
conduire à une nouvelle formulation qui devra à son tour être confrontée
aux données du monde réel, etc.

H1 : la T°; dépend de la latitude => 50 % des variations de


température sont expliquées.
H2 : la T°; dépend de la latitude et de l'altitude => 80 % du
phénomène est expliqué.
H3 : la T°; dépend de la latitude, de l'altitude et de la distance à
la mer => 90 % du phénomène est expliqué

22
C- Etapes d'une approche hypothético-déductive
Le savoir géographique, comme tout savoir scientifique, se
construit à travers une série d'étapes. Ces étapes sont la
description, la modélisation, la prévision et l'explication. Au
cours de chacune de ces étapes sont mises en œuvre
différentes méthodes qui conditionnent la qualité des
résultats obtenus. A travers deux exemples pris en
géographie physique et en géographie humaine, nous
allons montrer rapidement comment ces étapes
s'enchaînent.
La distribution de la taille des villes d'un pays.
La répartition des températures dans une région
montagneuse
23
Description
Toute recherche commence par la définition d'objets d'étude et par
leur description au moyen d'un ou de plusieurs langages.
Température & altitude
L'analyse des températures à la surface du globe s'est longtemps limitée à une appréhension
qualitative des lieux : tel lieu fait partie des régions "froides", "tempérées" ou "chaudes" à
l'échelle du globe. De même, on a repéré très tôt les étagements de végétation et de
température des milieux montagnards
Un premier progrès a été le passage du langage littéraire au langage cartographique
qui a permis de localiser à la surface du globe les zones froides ou chaudes et de
découvrir ainsi le rôle de la latitude et de l'altitude.
La mise au point d'outils de mesure précis (thermomètres) a permis une analyse plus
précise en utilisant le langage numérique pour quantifier les températures. Des
cartes plus précises ont pu être établies en interpolant la situation de stations
isolées.
Finalement, l'apparition de satellites géostationnaires a permis de mesurer de façon
continue l'évolution des températures en tout moment et en tout point du globe, et de
les restituer sous forme d'images numériques.
=> l'apparition de nouveaux outils et de nouveaux langages améliore donc
progressivement la connaissance du phénomène.
24
Modélisation
La seconde étape de la démarche scientifique est de mettre en évidence
des régularités à l'intérieur du phénomène observé, sans pour autant
chercher à les expliquer à ce stade de l'analyse.
Température & altitude :

L'examen de la distribution des températures en montagne laisse apparaître une


diminution de celles-ci vers les hautes latitudes et en altitudes. Dans le cas des
altitudes, on constate une diminution régulière de -0.6°C tous les 100 mètres.

A certains égards, la modélisation est une description plus synthétique qui


permet de résumer un grand nombre d'observations à travers un petit
nombre de paramètres. Le modèle n'est jamais parfait, mais il permet de
résumer une plus ou moins grande partie du phénomène dans une formule
très simple.

25
Prévision
La connaissance de régularités empiriques que procure les modèles permet
de prévoir ce que sera la forme d'un phénomène, même si l'on ignore les
mécanismes qui gouvernent ce phénomène. Prévoir et expliquer sont en
effet deux choses qui ne sont pas nécessairement liées.
Température & altitude
L'établissement de la relation Tz=-0.6*z+T0 (avec z, altitude en centaine de mètres et T0
altitude au niveau de la mer) me permet par exemple de dire que s'il fait 10°C à Clermont
Ferrand (400m d'altitude), alors, il fera un peu moins de 4°C au sommet du Puy de Dôme
(1465 m d'altitude).
Je n'ai pas besoin de connaître les mécanismes physiques qui expliquent la diminution des
températures en altitudes puisque je connais la loi empirique.

Des lois empiriques permettent donc de résumer des ensembles


d'informations à l'aide d'un petit nombre de paramètres et, dans certains cas,
de faire des prévisions en extrapolant les résultats de ces lois empiriques aux
situations pour lesquelles on ne dispose pas d'information (ou d'une
information lacunaire). La prévision n'impose pas, a priori, la compréhension
du phénomène et de nombreux modèles "stupides" sont utilisés pour prévoir
sans comprendre (ex. cours de la Bourse 26
Explication
L'explication scientifique consiste à se poser non plus la question du COMMENT mais
celle du POURQUOI. Ayant observé une certaine régularité empirique, on va essayer
de bâtir une théorie qui explique comment cette régularité à pu se produire. Il faut bien
se rendre compte que ce niveau d'analyse est le plus difficile. Beaucoup de régularités
empiriques ont été constatées sans être expliquées, ou bien ont reçu plusieurs
explications différentes.

Température & altitude


La diminution des températures avec l'altitude repose sur des phénomènes
physiques clairement identifiables (diminution de la pression atmosphérique avec
l'altitude et relation thermodynamique entre pression et température selon la loi
PV=NRT). L'explication peut être plus ou moins complexe, elle n'en demeure pas
moins unique et peu contestable.
Les résidus que l'on peut observer (ex. adret/ubac) témoignent de l'intervention de
facteurs secondaires tels que l'exposition, l'ensoleillement, … qui s'ajoutent au
phénomène thermodynamique principal.

27
L’analyse spatiale comme rupture
« L’avènement » de la démarche nomothétique en géographie
a pu constituer une véritable « révolution », puisque la
géographie reposait jusqu’alors sur la démarche
idéographique. Cette révolution se produisit dans les
décennies 1950, 1960. Ainsi, la volonté de rupture était
telle que les tenants de ce changement paradigmatique
n’hésitait pas alors à parler, pour se distinguer d’une
géographie qu’il qualifiait de « classique », de Nouvelle
Géographie. Plus précisément, ce fut une révolution
essentiellement « théorique et quantitative caractérisée
par le recours à des analogies issues de la physique et
l’utilisation croissante d’outils mathématiques relativement
nouveaux.
28
L’analyse spatiale comme rupture
Néanmoins, il est important de préciser que la démarche
nomothétique était déjà présente dans des travaux
antérieurs. C’est pourquoi, certains modèles présentés
dans ce complément de cours sont antérieurs à cette
révolution. Cet avènement souleva de nombreux
débats (voire des réticences et des oppositions) qui
sont pour certains toujours d’actualité et
parfaitement légitimes. En effet, la démarche
nomothétique est issue des sciences de la nature,
son application dans une discipline qui relève des
sciences humaines et sociales soulève donc des
questions épistémologiques qui ne sont pas triviales. 29
L’ANALYSE SPATIALE COMME RUPTURE
(SUITE ET FIN)
Cet avènement fut initié par des géographes travaillant aux
Etats-Unis, puis s’est diffusé en Europe, notamment en
Grande-Bretagne, en Suède et en Allemagne. L’ouvrage de
William Bunge en 1962, Theoritical geography, posa les
fondations théoriques d’une discipline de l’espace,
délimita les objets et offrit les outils. David Harvey
effectua quant à lui une importante réflexion
épistémologique. Enfin, le manuel de Peter Haggett,
Locational analysis, en proposant une histoire, une
grammaire formelle de l'espace, finit d'établir la « normalité
de ces nouvelles pratiques, qu'il fallait désormais traiter
comme une branche à part entière de la géographie 30
L’analyse spatiale comme démarche
« instituée » et « formalisée »
D’un point de vue méthodologique, les premiers travaux
d’analyse spatiale furent fragmentés et ne reposèrent pas
sur un cadre théorique bien formalisé. Ce cadre a
émergé progressivement. D’ailleurs, certains géographes ont
toujours du mal à appréhender ce qu’est l’analyse spatiale
et contestent cette dénomination. Pourtant, l’analyse spatiale
est désormais une démarche instituée et formalisée reposant
par exemple sur un cadre d’analyse comportant trois étapes :

31
1) Cartographier le phénomène : La première étape consiste à
choisir les observables et à décrire le système au moyen de ces
observables. Ce choix se fait en fonction de la question posée. A
cette étape, il ne s'agit pas encore de relier les observables dans des
formules, mais uniquement de simplifier le système en vue de le
représenter en y faisant apparaître ces observables. Cette
première étape de représentation peut simplement revenir à
cartographier le phénomène observé à l’aide les observables. Pour
cela, il est généralement nécessaire d’opérer une opération de
collecte de l’information spatiale, puis de quantifier les observables
et d’opérer des classifications. On est alors dans une analyse
descriptive assez simple des phénomènes. Néanmoins, cette
première étape n’est pas neutre. En effet, les choix effectués lors
de cette étape conditionnent les étapes suivantes et expliquent
en partie les limites de l’analyse menée.

32
2) La formulation mathématique et statique du phénomène : La
recherche de généralisations (de lois spatiales) conduit à inscrire de
multiples configurations observées dans un schéma générique. Plus
ce schéma « capture » des configurations existantes plus celui-ci est
puissant. Cette étape consiste dès lors à relier entre elles les
observables afin de décrire le système à l’aide de formules
mathématiques. Ces modèles sont dits « phénoménologiques ». En effet,
les modèles produits lors de cette étape sont des modèles théoriques et
descriptifs qui sont essentiellement statiques. Ces modèles n’ont pas
de valeurs explicatives. Ainsi, leur but est de comprimer les observations
dans une ou plusieurs formules qui doivent permettre de reproduire les
données, mais aussi de les prévoir sans passer par l'observation directe.

33
3) La formulation dynamique du phénomène : L’ambition des modèles
produits lors de cette étape est de comprendre la mécanique des
phénomènes dans le temps, de les reconstruire en les simulant.
Les modèles produits correspondent par exemple aux modèles qui
cherchent à reconstruire des villes virtuelles qui présenteront des
caractéristiques structurelles semblables à celles observées dans la
réalité, ou à interpoler ou extrapoler le développement de villes réelles.
La grille d’analyse présentée ci-dessus n’est qu’un exemple, il en existe
d’autres. De plus, celle-ci n’est pas rigide. Ainsi, il n’est pas obligatoire
de réaliser les trois étapes décrites pour faire de l’analyse spatiale.
Si la première étape est incontournable, il est tout à fait envisageable de
s’arrêter à la deuxième étape. L’analyse reste alors phénoménologique
et statique. Enfin, il est possible de dépasser cette grille en ajoutant une
quatrième étape. Les modèles de cette quatrième étape pourront par
exemple tenter d’appréhender les aspects multi-niveaux.
34
Des modèles, des lois et des théories
1- Les modèles hiérarchiques : de la loi rang-taille à la théorie des lieux centraux
• La loi rang-taille (loi de zipf)
La « loi » rang-taille des villes permet de caractériser en partie la hiérarchie des villes dans
un système urbain. Ce sont les travaux pionniers de Auerbach (1913), de Goodrich (1926)
et de Singer (1936) qui ont mis en évidence, pour la première fois, l'existence d'un
phénomène « rang-taille » des villes. Ces travaux ont été suivis par ceux de Lotka
(1941) et de Zipf (1949). Le nom de ce dernier fut associé à une loi statistique
selon laquelle la taille des grandes villes d’un système urbain est « proportionnelle »
à leur rang (c’est-à-dire au classement par ordre décroissant des tailles des grandes
villes). Dans les faits, la loi de Zipfest plus souvent présentée comme une observation
empirique concernant la fréquence des mots dans un texte. Elle a pris le nom de son
auteur, George Kingsley Zipf (1902-1950), qui par un exemple incongru contribua à
populariser cette distribution. La légende raconte que Zipf entreprit d'analyser une œuvre
monumentale de James Joyce, Ulysse, d'en compter les mots distincts, et de les
présenter par ordre décroissant du nombre d'occurrences. La légende dit alors que :

35
• La loi rang-taille (loi de zipf)

le mot le plus courant revenait 8 000 fois ;


le dixième mot 800 fois (8000/10) ;
le centième 80 fois (8000/100) ;
et le millième 8 fois (8000/1000).
Ces résultats semblent un peu trop précis pour être parfaitement exacts. Reste que la loi de
Zipf prévoit que dans un texte donné, la fréquence d'occurrences f(n) d'un mot est liée à son
rang n (dans l'ordre des fréquences d’apparitions) par une loi de la forme [1] où K est une
constante . Cette loi est observée au sein de nombreux systèmes. Ainsi, cette loi peut être
observée au sein de certains systèmes urbains. Par exemple, la hiérarchie des villes fut
étudiée à l'aide de la relation entre le chiffre de sa population et son rang, en décidant
que plus une ville est peuplée plus son rang dans la hiérarchie est élevé (Tableau 1).
Sur les graphiques qui représentaient le lien discontinu qui s’établit entre la population de
chaque ville (axe vertical : ordonnée) et son rang (axe horizontal : abscisse) l’échelle
arithmétique fut remplacée par une échelle logarithmique sur un ou les deux axes
(Figure 1). On obtint dès lors une distribution semblant suivre une droite plus ou moins
inclinée : on parle de « loi rang-taille »

36
37
Néanmoins, il ne faudrait pas conclure de l’exemple précédent que la loi rang-
taille ne s’applique pas aux villes françaises. Dans les faits, la loi rang-taille généralisée
rend plutôt bien compte de la hiérarchisation du système urbain français (Figure
2). Pour le vérifier, vous pouvez télécharger les données issues de l’INSEE ou
les récupérer sur Wikipedia. Ensuite, il faut mettre ces tableaux en forme sous
Excel, puis transformer les valeurs des rangs et des populations en utilisant la
fonction log. Enfin, il suffit de représenter les données sous la forme d’un nuage de
points avec le log de la population en ordonnée et le log des rangs en abscisse, puis
d’afficher une courbe de tendance avec ses valeurs (Figure 2).
38
39
40
• La théorie des lieux centraux
La théorie des lieux centraux est plus complexe à manipuler et à
appréhender que la loi rang-taille. Cette théorie a été conçue, principalement par
W. Christaller et A. Lösch, pour expliquer la taille, le nombre des villes et leur
espacement dans un territoire donné. Elle s’appuie sur une définition de la ville
qui en fait essentiellement un centre de distribution de biens et de services pour une
population dispersée, et sur des principes d’optimisation (qui tiennent compte des
coûts de transport). Pour W. Christaller, l’importance d’une ville est liée à celle
de la clientèle périphérique à qui elle procure un certain nombre de biens et de
services. Cette clientèle n’est pas extensible à l’infini car le coût de transport
s’ajoute à celui du bien et du service, et comme il augmente avec la distance, le
coût du déplacement devient dissuasif comparé à l’attrait du produit. On appelle
alors « portée d’un bien ou d’un service » la distance maximale que la clientèle
est prête à parcourir pour se le procurer. Si seul comptait l’intérêt du
consommateur, la portée serait faible et l’offre de services très dispersée. Mais
cette offre ne peut être rentable que si des économies d’échelle sont possibles, et
donc si le service n’est offert que lorsque existe un certain volume de clientèle à
satisfaire. 41
• La théorie des lieux centraux
Les deux principaux postulats de la théorie des lieux centraux sont les suivants :
1- Les biens qui ont des portées comparables se regroupent dans les mêmes
centres (ce qui implique des économies d’échelle et des économies
d’agglomération pour les producteurs comme pour les consommateurs) ;
2- Les centres de niveau supérieur offrent tous les biens et services offerts par les
centres de niveau inférieur. Combinés à des hypothèses simplificatrices concernant
l’espace géographique, ces postulats
donnent une disposition prévisible des centres de différents niveaux dans
l’espace géographique. Ainsi, si la population est répartie de manière uniforme avec le
même pouvoir d’achat, si les conditions de circulation sont partout identiques et si
l’accès au marché est
parfaitement libre, alors les lieux centraux peuvent être disposés selon des
figures géométriques relativement simples (Figure 4). En se fondant sur ces
hypothèses simplificatrices, W. Christaller imagina trois principes déterminant
trois types de configuration spatiale des centres :

42
• La théorie des lieux centraux

Selon le principe de marché, qui est aussi un principe d’équité


spatiale, le nombre de centres est maximisé. Les consommateurs
ont alors des chances d’accès au centre qui sont les moins inégales
possibles. C’est le cas lorsque les centres sont disposés au centre de
triangles équilatéraux, la clientèle de chaque centre de niveau inférieur
se partageant également entre trois centres de niveau supérieur
(Figure 4 gauche) : le rapport K=3 représente ainsi le facteur multiplicatif
entre le volume de clientèle d’un centre de niveau supérieur et
celui d’un centre de niveau immédiatement inférieur ; le rapport
entre les rayons de deux hexagones successifs est de √3.

43
• La théorie des lieux centraux
Le principe de transport correspond à la volonté de réduire la
longueur des infrastructures nécessaires à la desserte des centres que
le schéma triangulaire tend à allonger. En les déplaçant, pour les
situer au milieu des côtés des hexagones (Figure 4 centre), on
détériore légèrement l’égalité d’accès des clients aux centres, mais on
améliore l’égalité du transport dans le système. Le rapport entre le
volume de clientèle d’un centre et celui d’un centre de niveau inférieur
est alors de K=4.
Selon le principe d’administration, la clientèle d’un centre ne
peut pas se partager entre des centres concurrents. La clientèle est au
contraire incluse en totalité dans une circonscription. De nombreux
systèmes urbains s’étant constitués en incluant ce principe
administratif d’attribution exclusif, W. Christaller imagine un système
spatial où les hexagones sont emboîtés en totalité dans l’hexagone
de niveau supérieur (Figure 4 droite), ce qui donne une
hiérarchie des centres avec un rapport K = 7.
44
• La théorie des lieux centraux

45
• La théorie des lieux centraux
Les critiques concernant la théorie des lieux centraux sont
nombreuses. En effet, cette théorie concentre presque la totalité
des critiques qu’il est possible d’émettre au sujet des modèles
d’analyse spatiale. La principale critique concerne l’aspect
éminemment utopique de cette théorie, puisque les formes
géométriques produites par ce modèle semblent peu
représentatives de la réalité des systèmes urbains. Néanmoins,
on ne saurait récuser la théorie des lieux centraux au nom de la
seule irréalité des modèles géométriques qu’elle permet de
prévoir. A l’instar de la loi rang-taille, peu importe que les
modèles d’analyse spatiale représentent la réalité et peu importe
que ceux-ci soient « universels ».

46
• La théorie des lieux centraux

Ces modèles « idéaux » (« théoriques », « utopiques ») permettent


avant tout de caractériser certains phénomènes. Si le modèle de W.
Christaller ne semble pas représentatif de la réalité, c’est qu’il
souligne tout simplement le caractère « anisotrope » des espaces
géographiques. Compte tenu des nombreuses contraintes
physiques, culturelles et politiques, il n’est pas possible de trouver
une telle régularité dans l’espacement des villes (comme cela se
pourrait dans un milieu isotrope).
47
• La théorie des lieux centraux

Dans les faits, l’hypothèse d’uniformité d’où se déduisent les


rapports fondamentaux de dimension et d’espacement entre
lieux centraux peut difficilement être retenue dans la mesure
où elle contredit, du moins à certaines échelles, l’hétérogénéité
de la répartition spatiale du peuplement liée à l’existence
même des centres. C’est bien plus la situation dans un espace
d’accessibilité qui détermine la hiérarchie des centres en milieu
urbain que leur position en termes de distances physiques.

48
Les modèles de flux : du modèle gravitaire
au modèle de Huff
Le géographe Peter Hagett commençait son ouvrage sur
l’analyse spatiale en Géographie humaine publié en 1967 par la
notion de mouvement. En effet, ce sont les déplacements entre
des lieux différents qui construisent l’espace géographique. Pour
caractériser ces mouvements, on fait appel à la notion de flux.
Plus précisément, on appelle « flux », l’écoulement, le transfert
d’une certaine quantité de personnes, de véhicules,
d’informations, de marchandises transportés par un moyen de
communication. L’analyse des flux en analyse spatiale est donc
centrale. Il n’est donc pas étonnant que des modèles de flux
aient émergé

49
Les modèles de flux : du modèle gravitaire
au modèle de Huff
Ces modèles peuvent aussi être présentés comme des modèles
d’attraction. Deux de ces modèles seront présentés dans ce
cours. Le premier modèle est le modèle gravitaire qui permet de
présenter un modèle d’analyse spatiale issu d’une analogie avec
la physique. Le second est le modèle de Huff qui découle
directement du modèle gravitaire. Ce modèle trouve des
applications en géomarketing et permet d’illustrer les potentialités
opérationnelles offertes par certains modèles d’analyse spatiale.
50
Les modèles de flux : du modèle gravitaire
au modèle de Huff
Le modèle gravitaire
Le modèle gravitaire est destiné à formaliser, à étudier, à reproduire et à
prévoir les interactions. En effet, la répartition des interactions dans un
ensemble de lieux dépend de leur configuration, c’est-à-dire des forces
d’attraction et des difficultés de communications entre chaque lieu. Le
modèle gravitaire a été formulé par analogie avec la loi de la gravitation
universelle de Newton : deux corps s’attirent en raison directe de leur masse
et en raison inverse de la distance qui les sépare. De même, dans un
espace de circulation relativement homogène, les échanges entre deux
régions ou deux villes seront d’autant plus importants que le poids des villes
ou des régions est grand et d’autant plus faibles qu’elles seront éloignées
51
Les modèles de flux : du modèle gravitaire
au modèle de Huff

Le modèle gravitaire
Dans les faits, comme ont pu l’écrire R. Brunet et O. Dollfus, «
tout se passe "comme si" tout lieu dans l'espace géographique
exerçait sur les autres une attraction en fonction directe de sa
masse et en fonction inverse de la distance qui les sépare de lui
». Ainsi le flux Fij entre deux zones i et j est directement
proportionnel au produit des masses Pi et Pj de chaque zone et
inversement proportionnel à la distance dij qui les sépare [4], cette
distance jouant un rôle plus ou moins important en fonction d’une
valeur n (n=2 dans la loi de la gravitation universelle de Newton).
Enfin, k est une constante déterminée lors de l’ajustement du
modèle.
52
Les modèles de flux : du modèle gravitaire
au modèle de Huff

Le modèle gravitaire

Le modèle gravitaire résume bien l’essentiel des


mouvements qui se produisent dans un milieu où la
mobilité et l’accessibilité sont relativement homogènes. Il
prédit par exemple assez bien l’ampleur des flux de
déplacements domicile-travail dans un bassin d’emploi
urbain, à partir de la répartition des zones de résidence et
des zones d’emploi. De plus, le modèle gravitaire est très
employé pour analyser les flux de migration et pour
délimiter les zones de chalandise en marketing.

53
Les modèles de flux : du modèle gravitaire
Le modèle de Huff au modèle de Huff
L’émergence du modèle gravitaire en analyse spatiale est
notamment liée à des questions de natures économique et
commerciale. En effet, en 1931, Reilly formula une loi concernant
l'organisation des zones d'attraction commerciale qui reprend la
formulation du modèle gravitationnel de Newton. Cette loi est fondée
sur des observations empiriques qui quantifient les attractions
commerciales entre différentes villes. Elle est désormais nommée «
loi de Reilly ». C’est à ma connaissance la première formulation du
modèle gravitaire en analyse spatiale. L'énoncé de la loi de «
gravitation commerciale » est le suivant : « deux centres (situés dans
deux villes différentes) attirent les achats des populations situées
entre elles en proportion directe du nombre total d'habitants des
villes considérées et en proportion inverse du carré de la distance
qu'il faut parcourir pour y s'y rendre ». 54
Les modèles d’optimisation : de Von Thünen aux
modèles de localisation-allocation
Derrière la très riche variété des paysages concrets que nous
observons à la surface du globe, il existe des organisations
structurantes résultant du désir des habitants ou de leurs
dirigeants d’aménager le sol pour leur plus grande Ce
processus d’adaptation à un milieu commodité (Pumain et St-
Julien, 2010). donné peut s’apparenter à un principe
d’optimisation. En effet, les sociétés cherchent très souvent à
maximiser une fonction d’utilité qui varie en fonction des
lieux et des périodes. Cette fonction d’utilité peut être
purement économique (maximisation économique de
l’utilisation du sol) ou plus complexe (maximisation du bien-
être individuel ou social). Ainsi, il n’est pas si surprenant
qu’un des premiers modèles d’analyse spatiale, le modèle de «
Von Thünen », repose sur un principe de maximisation : celui
55
de la maximisation des rentes foncières.
Les modèles d’optimisation : de Von Thünen aux
modèles de localisation-allocation

Dans la vie courante, le choix de son lieu de résidence varie en


fonction des capacités financières de chacun, mais certains
critères semblent partagés par de nombreuses personnes. Or,
certains de ces critères font clairement référence à des critères
d’optimisation qui peuvent s’exprimer simplement : minimisation
du temps de trajet à son lieu de travail en fonction d’une
maximisation des accès à certaines aménités (commerces,
espaces verts, liens sociaux…). Ainsi, l’optimisation, si elle ne
doit pas être systématiquement recherchée, peut servir de
modèle de référence afin de mettre en exergue les singularités
des territoires.

56
Le modèle de Von Thünen
Von Thünen dans son ouvrage Der Isolierte Staat in
Beziehung auf Landwirtschaft und Nationalökonomie
(1826) se donne comme objectif d’expliquer la
localisation des activités agricoles. Selon lui, les
activités agricoles ne sont pas disposées de manière
aléatoire dans l’espace, mais répondent à une
distribution spécifique. Dans sa théorie, Von Thünen
est parti de l’idée développée par Adam Smith, selon
laquelle le producteur cherche à maximiser le profit de
sa terre. Von Thünen, lui-même propriétaire terrien,
savait qu’un tel profit repose sur l’utilisation optimale
des surfaces et des coûts de transport.
57
Le modèle de Von Thünen
En se concentrant sur ces deux variables, il obtient un
État isolé homogène avec une « ville-marché » en son
centre. Von Thünen conclut qu’une denrée ne vaut la
peine d’être produite que si elle se trouve à une
certaine distance du marché. En dehors de cette
distance, le coût de la terre (rente foncière) ou le coût
de transport devient trop élevé, une autre culture
devient alors plus rentable. Von Thünen ayant calculé
les coûts de transport par des distances à vol d’oiseau
du marché, les zones ainsi définies sont circulaires : on
parle des anneaux de Von Thünen
58
Le modèle de Von Thünen
Plus précisément, le modèle repose sur les hypothèses
suivantes :
Le marché est situé au centre d’un « Etat isolé » ou plus
généralement d’un territoire isolé ;
L’État isolé est entouré d’étendues sauvages ;
Le pays est plat, sans rivière ni montagne ;
Les qualités du sol et du climat sont homogènes ;
Les producteurs apportent directement leurs produits
aux marchés par le chemin le plus court (il n’y a pas de
routes et tout le transport se fait à vol d’oiseau…) ;
Les producteurs se comportent de manière à maximiser
leur profit. 59
Le modèle de Von Thünen

A partir de cette situation, on pose :


Ri = la rente foncière : Ri(d) = r(pi – ci) – r×Ti×d ;
r = le rendement par unité de surface ;
pi = le prix du marché par unité de produit ;
ci = les charges de fabrication par unité de produit ;
Ti = le coût du transport, en unité de compte par unité de produit
et par unité de distance ;
d = la distance au marché.

60
Le modèle de Von Thünen

Pour un même rendement unitaire de surface, on obtient


l’équation suivante : Ri(d) = (pi – ci) – Ti×d. Ainsi, pour
chaque produit, la rente est représentée par une droite
décroissante de pente -Ti dont l’ordonnée à l’origine est
égale à (pi – ci). Une production n’est plus rentable
(c’est-à-dire Ri(dmax)=0) au point d’abscisse dmax = (pi
– ci) / Ti.
61
Le modèle de Von Thünen
Comme, la surface est dédiée à la culture du produit qui
offre la rente la plus élevée aux propriétaires fonciers, la
configuration des différentes cultures suit bien une forme
de cercles concentriques (Figure 13). Sur la figure ci-
dessous, la première parcelle sera affectée au produit a,
la seconde, un peu éloignée du centre au produit b et la
dernière encore un peu plus distante du marché au
produit c.
62
Les modèles de localisation-allocation (ou
localisation-affectation)
Pour un large éventail d'entreprises privées et publiques, la «
bonne » localisation de leurs différentes installations (points de
vente, bureaux, entrepôts…) représente un enjeu de
planification crucial. L’objectif des modèles de localisation-
allocation est précisément d’optimiser la localisation de ces
installations (par exemple des points de vente) en tenant de
l’allocation (l’affectation) des ressources ou des clients (afin de
déterminer par exemple la capacité d’offre de différents points
de ventes). 63
Les modèles de localisation-allocation (ou
localisation-affectation)
Néanmoins, il ne faut pas limiter la portée de ces modèles aux
seules entreprises qu’elles soient publiques ou privées. En
effet, si ces modèles font partie des fondements du
géomarketing, il ne faut pas oublier que les individus peuvent
très bien agir en suivant des comportements d’optimisation
(comme par exemple dans leur mode de déplacement, en
choisissant les chemins les plus courts pour aller d’un lieu à
un autre).
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