I.1.
Le théorème de Banach-Steinhaus
Notation. — Soient E et F deux espaces vectoriels normés. On désigne par
L(E, F ) l’espace des opérateurs linéaires et continus de E dans F , muni de la
norme
∥T ∥L(E,F ) = sup ∥T x∥ = sup ∥T x∥.
∥x∥≤1 x∈E,∥x∥≤1
On pose L(E) = L(E, E).
Théorème II.1 (Banach-Steinhaus). — Soient E et F deux espaces de
Banach. Soit (Ti )i∈I une famille (non nécessairement dénombrable) d’opérateurs
linéaires et continus de E dans F . On suppose que
sup ∥Ti x∥ < ∞ ∀x ∈ E. (1)
i∈I
Alors
sup ∥Ti ∥L(E,F ) < ∞. (2)
i∈I
Autrement dit, il existe une constante c telle que
∥Ti x∥ ≤ c∥x∥ ∀x ∈ E, ∀i ∈ I.
Remarque 2. — Dans la littérature américaine, le théorème II.1 est souvent
désigné sous le nom de Principle of Uniform Boundedness — ce qui exprime bien
le contenu du résultat : on déduit une estimation uniforme à partir d’estimations
ponctuelles.
Démonstration. — Pour chaque entier n ≥ 1, on pose
Xn = {x ∈ E; ∀i ∈ I, ∥Ti x∥ ≤ n}
de sorte que Xn est fermé et, grâce à (1), on a
∞
[
Xn = E.
n=1
Il résulte du lemme de Baire que Int Xn0 ̸= ∅ pour un certain n0 ≥ 0. Soient
x0 ∈ E et r > 0 tels que B(x0 , r) ⊂ Xn0 . On a
∥Ti (x0 + rz)∥ ≤ n0 ∀i ∈ I, ∀z ∈ B(0, 1).
Par conséquent, il vient
r∥Ti ∥L(E,F ) ≤ n0 + ∥Ti x0 ∥;
d’où (2).
II.2. Théorème de l’application ouverte
Les résultats fondamentaux suivants sont dus à Banach.
1
Théorème II.5 (Théorème de l’application ouverte)
Théorème. — Soient E et F deux espaces de Banach et soit T un opérateur
linéaire continu et surjectif de E sur F . Alors il existe une constante c > 0 telle
que
T (BE (0, 1)) ⊇ BF (0, c).
Démonstration du Théorème II.2
La démonstration se fait en deux étapes :
Première étape
Soit T un opérateur linéaire et surjectif de E sur F . Alors il existe c > 0 tel que
T (B(0, 1)) ⊇ B(0, 2c). (3)
Démonstration
On pose Xn = nT (B(0, 1)) ; comme T est surjectif, on a
∞
[
Xn = F,
n=1
et grâce au lemme de Baire, on sait qu’il existe n0 tel que Int Xn0 ̸= ∅. Il en
résulte que
Int [T (B(0, 1))] ̸= ∅.
Soient c > 0 et y0 ∈ F tels que
B(y0 , 4c) ⊆ T (B(0, 1)). (4)
En particulier, y0 ∈ T (B(0, 1)), et par symétrie, on a
−y0 ∈ T (B(0, 1)). (5)
Par addition de (9) et (10), on obtient :
B(0, 4c) ⊆ T (B(0, 1)) + T (B(0, 1)).
Enfin, comme T (B(0, 1)) est convexe, on a :
T (B(0, 1)) + T (B(0, 1)) = 2T (B(0, 1)).
D’où (8).
Deuxième étape
Soit T un opérateur linéaire et continu de E dans F qui vérifie (8). Alors, on a
:
T (B(0, 1)) ⊇ B(0, c). (6)
2
Démonstration
Fixons y ∈ F avec ∥y∥ < c. On cherche x ∈ E tel que
∥x∥ < 1 et T x = y.
D’après (8), on sait que :
1
∀ε > 0, ∃z ∈ E avec ∥z∥ < et ∥y − T z∥ < ε. (7)
2
c
On choisit ε = 2 et on obtient un z1 ∈ E avec :
1 c
∥z1 ∥ < et ∥y − T z1 ∥ < .
2 2
En appliquant le même procédé avec y − T z1 (au lieu de y) et avec ε = 4c ,
on obtient un z2 ∈ E tel que :
1 c
∥z2 ∥ < et ∥(y − T z1 ) − T z2 ∥ < .
4 4
Ainsi de suite, on construit par récurrence une suite (zn ) telle que :
1 c
∥zn ∥ < et ∥y − T (z1 + z2 + · · · + zn )∥ < n ∀n.
2n 2
Donc la suite xn = z1 + z2 + · · · + zn est de Cauchy. Soit x = lim xn ; on a
∥x∥ < 1 et y = T x puisque T est continue.
Théorème III.3 (Théorème du graphe fermé)
Soient E et F deux espaces de Banach. Soit T un opérateur linéaire de E dans
F . On suppose que le graphe de T , G(T ), est fermé dans E × F . Alors :
T est continu.
Remarque 6
Bien entendu, la réciproque est vraie, puisque toute application continue (linéaire
ou non linéaire) a un graphe fermé.
Démonstration du Théorème II.3
On applique la remarque 5. On considère sur E les deux normes :
∥x∥1 = ∥x∥E + ∥T x∥F et ∥x∥2 = ∥x∥E .
Comme G(T ) est fermé, E muni de la norme ∥ · ∥1 est un espace de Banach.
D’autre part,
∥x∥2 ≤ ∥x∥1 .
Par conséquent, ces deux normes sont équivalentes : il existe une constante
c > 0 telle que
∥x∥1 ≤ c∥x∥2 .
Donc
∥T x∥F ≤ c∥x∥E .