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Identités et Patrimoine au Maroc Pluriel

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Perspectives plurielles : art, langue et patrimoine dans le Maroc contemporain

LE MAROC D’AUJOURD’HUI : ANTHROPOLOGIE DES LIENS


ENTRE PLURALITÉ ET COHÉSION
ABDERRAHMANE AMHIRIK
L.R.A.L.L.A.R.C., UNIVERSITÉ SULTAN MOULAY SLIMANE, BENI MELLAL – MAROC

Introduction

Le Maroc d’aujourd’hui est la résultante de l’osmose d’une pluralité de facteurs historique,


culturel, linguistique, sociologique, politique qui, ensemble, constituent son patrimoine. Celui-
ci s’avère ainsi une forte et solide matrice génératrice de valeurs modulables en fonction des
circonstances qu’impose l’actualité. Loin d’être de simples composantes indépendantes les unes
des autres, tous ces facteurs et faits susmentionnés interfèrent dans une logique cinétique
occultant cet aspect figé et figeant que pourrait connaître un patrimoine. L’aspect mosaïque du
patrimoine marocain, loin de toute image d’ordre esthétique et/ou décorative affectée de stase,
s’affiche ostentatoirement dynamique. Interférence, osmose, transversalité, interculturalité,
transculturel, diglossie constituent, in fine, les facteurs de base qui donnent vie, souffle et sens à
cette image actuelle d’un Maroc pluriel.

La diversité ethnique et linguistique du Maroc, sans être un facteur handicapant et entravant


toute cohésion et homogénéité, s’avère la pierre angulaire à cette unicité dont bénéficie le profil
socio-culturel marocain. Les Amazighs, les Arabes et les Afro-marocains, bien qu’ils proviennent
de contrées lointaines, une fois sur le sol marocain, le métissage s’est opéré en donnant, en
conséquence, un patrimoine où tout un chacun se retrouve. Les identités individuelles fusionnent
en une identité unique, compacte et diffuse, celle du Marocain.

Chaque identité particulière, qui œuvre à l’édification de cette identité générale, comporte son
propre patrimoine relatif à la langue d’origine, à la nature de sa culture, à ses propres arts, et une
fois confrontée à l’autre identité, instaure un dialogue, si difficile soit-il, mais aboutit à une
harmonisation à la base d’un dénominateur commun qui n’est autre que le sol marocain régi par
des constantes inébranlables et, grâce auxquelles, le Maroc s’est assuré une stabilité depuis des
millénaires. Si le pays s’affiche comme une mosaïque où foisonnent différentes cultures et
différentes identités particulières, il n’en reste pas moins vrai que le mode opératoire régissant
cette fusion fait du Maroc un cas atypique en matière d’innovation, de réhabilitation et de mise
en valeur de tous ses atouts linguistiques, culturels, patrimoniaux, politiques, cultuels qui, en
mode osmotique, font du Maroc non seulement un pays émergent aux normes cosmopolites
mais aussi un pays potentiellement producteur à la fois de savoirs et de valeurs défiant ainsi
toutes les adversités et tous les écueils qu’impose cette mondialisation vorace.

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Perspectives plurielles : art, langue et patrimoine dans le Maroc contemporain

Dans notre présent travail relatif à l’art, la langue et le patrimoine dans le contexte du Maroc
contemporain, nous essaierons de mettre en lumière ce mode opératoire à base de fusion
cinétique assurant cette unicité dans la diversité. En d’autres termes, et dans cette optique
« fusionnelle », nous tenterons de voir comment l’art, la langue et le patrimoine marocain
contribuent à la richesse culturelle et à la dynamique sociales du Maroc actuel. Il s’agira au fond
d’interroger les modalités mises en œuvre qui stimulent cette capacité à se réinventer à tout bout
de champ. Dans un premier temps, il sera question de revoir l’ensemble de cet héritage ancestral
marocain, tout ce profil socio-culturel diversifié, ces langues, ces arts, ces identités d’autrefois,
où figuraient tous ces faits de « transhumance culturelle » qu’a connue l’espace géographique
marocain d’autrefois, d’aujourd’hui, d’avant et d’après l’annexion du Sahara marocain à
l’ensemble du territoire marocain. Dans un second temps, et à partir de cette cinétique
fusionnelle des cultures, et à partir du concept durandien du « Trajet anthropologique », nous
mettrons en exergue les nouvelles formes d’expressions et modes linguistiques, artistiques et
patrimoniaux œuvrant à faire du Maroc d’aujourd’hui l’archétype d’un pays du perpétuel
renouveau qui ne cesse de se réinventer et de réinventer son image de marque peinte de
diversité. Nous verrons ainsi que cette diversité substrat, de par son pouvoir générateur et
fusionnel, concourt, en somme, à mettre en lumière cette construction singulière du Maroc
inclusif et pluriel.

I. Descriptif du profil socio-culturel marocain

1. Diversité ethnique et linguistique

L’histoire du Maroc est très riche et très complexe. Son profil d’ordre composite est la
conséquence de la succession de dynasties qui, variables soient-elles, avaient charrié leurs lots
de cultures, de coutumes et de mœurs, etc. Cette histoire millénaire s’était étalée sur des périodes
distinctes. En effet, et pendant la période préhistorique et antique, le Maroc était habité par des
peuples Amazighs, premiers autochtones du pays, qui, pendant tout le paléolithique, vivaient
rustiquement et sans aucunes contraintes ni politiques ni idéologiques ou géographiques. Les
habitants étaient des chasseurs-cueilleurs nomades qui se déplaçaient au gré des changements
de saisons et des flux migratoires des animaux, et ce, pour assurer leur subsistance. Quant aux
outils et ustensiles utilisés dans leur vie, ils n’étaient que rudimentaires et en pierres taillées
assurant ainsi leur survie. Ils fabriquaient des pointes de flèches, des grattoirs, des couteaux à
partir de pierres locales. D’ailleurs, l’art rupestre dont jouit la culture marocaine contemporaine
est une caractéristique notoire qui ne cesse de faire parler d’elle comme témoignage vivant de
cette ère paléolithique. Ces populations anciennes avaient laissé des peintures et des gravures
sur les parois des grottes et des abris rocheux, représentant souvent des scènes de chasse, des
animaux et des symboles abstraits. La maîtrise du feu par ces autochtones leur permettait aussi
de subvenir à leurs usages différents comme la nourriture, le chauffage pendant les périodes

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Perspectives plurielles : art, langue et patrimoine dans le Maroc contemporain

glaciales de l’hiver et la protection de différents prédateurs. Dans son article « Note sur quelques
gravures rupestres du Sud du Maroc », Georges Souville résume cette histoire rupestre marocaine
en disant :

L’art rupestre du Maroc est très varié, mais deux grands domaines peuvent être
reconnus : celui des régions présahariennes et celui du haut Atlas ; ce dernier a
été minutieusement prospecté par Jean Malhomme qui a publié l’essentiel de
ses relevés ; représentations animalières, figurations humaines, souvent à
caractère magique, signes énigmatiques, armes de bronze (haches et poignards).
Dans le Sud, on a pu distinguer depuis longtemps (…) deux groupes : celui des
gravures « naturalistes, représentant des animaux généralement disparus du
Maroc actuel, et des graffiti « libyco-berbères », au-dessin plus schématique et
moins habile, qui montrent des animaux actuels (chevaux ou chameaux) avec,
souvent, des cavaliers et qui sont accompagnés d’inscriptions berbères, voire
arabes1.
Cette diversité ethnique du Maroc, et comme l’attestent toutes ces gravures rupestres, est la
résultante de cette cohabitation entre différentes races qui, même si elles ne parlaient pas la
même langue, parvenaient à s’entendre et à communiquer en usant différents codes. Les
Amazighs, premiers autochtones, ont su rapidement manipuler le code arabe et, partant, et au –
delà des rapports de force colonisé/colonisant, avaient pu créer un terrain d’entente et de
coexistence comme on le voit et comme on le vit aujourd’hui. L’amazighe et l’arabe sont les
langues officielles du Maroc contemporain et constituent ainsi un continuum qui, loin de de tout
rapport conflictuel, fusionnent en une seule identité cimentée par l’étendard et la devise actuelle
du Maroc.

2. Profil religieux au Maroc

La religion officielle du Maroc est l’Islam. Ce dernier est la religion d’État. Cependant, il existe
également des communautés juives et chrétiennes même si elles sont minoritaires. La
constitution de 2011 garantit la liberté de pensée, d’expression et de réunion, et prévoit que l’État
garantit à chacun la liberté de pratiquer sa religion. La constitution établit que le roi détient le
titre du « commandeur des croyants », qu’il veille au respect de l’Islam et qu’il est le garant du
libre exercice des affaires religieuses. Elle interdit la promulgation des lois ou d’amendements
constitutionnels qui contreviennent à ses dispositions sur l’Islam et reconnaît également la
communauté juive comme faisant partie intégrante de la société. Ces quelques recommandations
inspirées de la constitution marocaine mettent l’accent sur un élément fondamental voire moteur
de cette fusion des communautés au sein du Maroc à savoir cette essence de la tolérance : le
Maroc garantit à tous une liberté du culte : juifs, musulmans, chrétiens et autres peuvent pratiquer
librement leur confession sans aucune contrainte ni aucune astreinte. C’est grâce à ce profil

1
Georges SOUVILLE, « Note sur quelques gravures rupestres du Sud marocain », Caesar Augusta, Zaragoza, pp. 33-34,
1969.

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religieux et grâce à cette entente entre les différentes religions que le Maroc est parvenu à
instaurer un dialogue fructueux entre toutes les religions et toutes les croyances et, par
conséquent, tout étranger au Maroc peut exercer librement sa confession sans se sentir dépaysé.
D’ailleurs, un grand nombre de villes marocaines disposent d’églises et de synagogues où l’on
peut exercer sa religion en toute liberté. L’Islam au Maroc jouit ainsi d’un statut singulier en
prônant l’amour, la paix et la tolérance. Si la destination du Maroc est fortement prisée par les
étrangers, c’est parce qu’il offre à tous un espace de sécurité, de convivialité et d’hospitalité.

Au niveau économique, tout investisseur étranger a les mêmes droits que son homologue
marocain pour mettre en œuvre toute sorte de projets. Cette souplesse marocaine contribue à
l’ouverture de beaucoup de chantiers aux quatre coins du pays. L’ouverture sur les pays de
l’Afrique en est la preuve tangible de cette politique qui tente de défier l’hermétisme des
frontières et de pouvoir faire face à cette mondialisation vorace. La question religieuse au Maroc
s’avère donc la clé à cette élasticité à tous les niveaux, et sans elle, le Maroc n’aurait pas pu
gagner tous les autres défis.

3. Famille et société au Maroc

L’institution familiale marocaine actuelle est une entité sociale considérée à la fois comme socle
et réceptacle de toutes les valeurs universelles. La sacralité de cette instance émane d’une part
des percepts islamiques qui incitent au mariage et à la procréation dans la stricte légalité, et
d’autre part, la fondation d’une société saine et homogène ne pourra s’établir que par les
observations des normes en vigueur telles qu’elles sont consignées dans le code de la famille.
Toutefois, et malgré la rigidité et l’imperméabilité des codes régissant la fondation de la famille,
la famille marocaine d’aujourd’hui semble différente de celle d’autrefois. Le père d’autrefois était
le seul qui se chargeait des besoins de la famille et répondait ainsi au schéma classique de la
société patriarcale. La femme, quant à elle, n’était qu’un être de l’intérieur et devait en toutes
circonstances obéir et servir son mari et ses enfants. Le travail de la femme mariée à l’extérieur
était mal vu et souvent jugé sévèrement voire condamné. Or, actuellement, la femme marocaine
bénéficie de tous ses droits au même titre que son prochain l’homme. Cette prise de conscience
de l’importance de la femme dans la vie active n’est pas due à un hasard ou à des circonstances
fortuites. L’accès de la femme marocaine à l’école a été certainement le secret des changements
des mentalités. Elle est désormais perçue comme une force productrice dans la société. La
scolarisation de la femme, la lutte contre l’analphabétisme, la garantie institutionnelle et
constitutionnelle de tous les droits ainsi que l’acceptation de l’égalité entre homme et femme ont
permis de percevoir des changements notoires dans la nouvelle structure de la famille marocaine
d’aujourd’hui. C’est dans ce sens même que Ben Salem, dans son étude des structures et
caractéristiques des familles au Maroc dit que :

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Perspectives plurielles : art, langue et patrimoine dans le Maroc contemporain

Dans la plupart des pays arabes, l’institution familiale est une entité différente de ce
qu’elle était il y a une génération. Les divers changements qui ont traversé ces sociétés,
et qui se poursuivent, l’ont profondément touchée. Amorcées par les changements
introduits par la colonisation, ces transformations se sont poursuivies sous l’effet de
l’urbanisation, la communication, la scolarisation et la mixité à l’école, l’entrée des
femmes dans le marché du travail, en particulier pour contribuer aux dépenses
familiales, l’émigration des hommes et la planification familiale.2
Ces changements ostensibles au niveau de la cellule familiale ont impacté lourdement les modes
de vie des Marocains. En effet, le système économique traditionnel, sans s’effondrer totalement,
se trouve sujet à des métamorphoses remarquables qui laissent entrevoir une certaine
amélioration du niveau de vie. Kerrou et Kharoufi, dans leur ouvrage Famille, valeurs et
changements sociaux affirment que :

Le système économique traditionnel de la famille, basé sur l’indivision et


l’autosubsistance se désagrège et la fonction de production quitte le cadre familial,
surtout en milieu urbain. Sur le plan culturel, le modèle familial hiérarchisé et patriarcal,
élargi et autoritaire, n’est plus la référence unique. Détrôné dans bien des cas par l’école
et par les nouvelles organisations politiques et syndicales, la famille cesse en fait d’être
le seul dépositaire des valeurs. Avec l’abandon progressif des idéaux traditionnels en
matière de procréation, ces transformations se sont accompagnées, sur le plan de
l’habitat, d’un passage de la grande maison à la petite ou à l’appartement3.

Cependant, l’institution familiale marocaine demeure dépositaire des grandes valeurs ancestrales
et auxquelles on tient fermement aujourd’hui et à partir desquelles on construit de nouveaux
modes et modèles sociaux : l’honneur, la solidarité, l’entraide, le respect, etc. D’ailleurs, ces
valeurs basiques constituent tout un patrimoine compact sur lequel s’est édifié ce nouveau Maroc
et qui lui assure de ce fait une stabilité à tous les niveaux. Ainsi, la thèse selon laquelle la famille
marocaine actuelle ne ressemble en rien à celle d’autrefois nous semble erronée car, si en
apparence on perçoit un changement notoire, si le mode de vie au sein des familles tend vers
une certaine modernité, c’est cette capacité intrinsèque à la culture marocaine à savoir
l’intelligence de l’adaptation et de l’accommodation du pays avec tous les nouveaux partenaires
qui s’impose par la force des choses, économiques, politiques ou géopolitiques. Nous ne
parlerons plus d’une rupture radicale entre deux modèles, nous parlerons plutôt d’une continuité
dans la discontinuité qui s’avère, en somme, une synergie nécessaire à la survie des nations et à
leur pérennité. Il s’agit au fond d’une transition qui s’est faite dans la plus grande douceur sans
provoquer un quelconque dépaysement ou un quelconque hiatus culturel.

2
Lilia BEN SALEM, « structures familiales et changement social en Tunisie », (communication présentée lors du séminaire
de Amman/Jordanie organisé du 16-18 Décembre 1989 sous le titre « the changing family in de Middle East ».
3
Mohamed KERROU, et Mostafa KHAROUFI, « famille, valeur et changement sociaux », revue Monde arabe : Maghreb-
Machrek ,1994, pp. 26-39.

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Perspectives plurielles : art, langue et patrimoine dans le Maroc contemporain

4. Flux migratoires et urbanisation

Le Maroc est mondialement connu comme un pays de destination, de transit et de départ. Les
flux migratoires au Maroc sont protéiformes. D’un côté, ces flux sont internes et consistent en
des déplacements au sein du pays, surtout de la campagne vers la ville, du sud vers le nord et
dont les principales raisons sont cette ambition d’améliorer son niveau de vie, ce désir impérieux
de s’extraire à la misère que connaissent certaines zones enclavées et certaines contrées loin du
train de la civilisation, et surtout cette envie de se faire fortune et d’améliorer en conséquence le
niveau de vie. D’un autre côté, les flux migratoires transfrontaliers consistent à quitter le pays
vers d’autres pays étrangers dont les plus prisés sont l’Italie, l’Espagne et la France. Bien que la
réalité des modes de vie soit difficile voire contraignante, les immigrés s’évertuent pourtant à
endurer les lancinantes douleurs et les éprouvantes adversités tels le racisme, la xénophobie le
dépaysement, les écueils linguistiques, les sévices climatiques, etc.

Toutes ces entraves d’ordres civilisationnel et culturel obligent l’immigré à s’accepter et à


accepter son nouveau mode de vie en vue d’une éventuelle intégration, et par la suite, le
poussent à espérer un jour revenir au pays d’origine car leur grand rêve est de rentrer au pays
avec une nouvelle étiquette d’immigré à part entière ayant ses propres ressources et ses propres
moyens pour pouvoir vivre dignement au sein des siens. Les années quatre – vingt ont connu le
summum des flux migratoires partant du Maroc vers l’Europe, où le Maroc vivait des moments
économiques difficiles suite à la sécheresse qui avait sévi dans tous les quatre coins du pays et
qui a connu un taux élevé du chômage. Toutefois, et malgré toutes ses entraves et adversités
endurées, l’immigré marocain a su s’adapter à ce nouveau monde, et a fait montre d’une capacité
d’endurance lui assurant ainsi une parfaite adaptation car le Marocain, par essence travailleur et
endurci, a su prendre son mal en patience et est parvenu, in fine, à s’imposer comme entité
hautement performante dans tous les domaines. Le Maroc en tire un grand bénéfice en matière
de devises et d’investissements. Par ailleurs, une fois de retour au bled, l’immigré marocain pense
« sauver » les siens soit, en montant des projets locaux, soit en les invitant à faire de même et de
vivre la même aventure de l’immigration.

L’achat des terrains est devenu la devise et le rêve de chaque immigré. Les prix flambent et les
projets de construction de bâtiments foisonnent et relancent une panoplie d’activités impactant
l’activité économique dans toutes les villes marocaines. L’activité urbanistique connaît, de ce
fait, une efflorescence et un essor notoires marqués par l’élargissement et l’extension des villes.
En somme, les flux migratoires, toutes formes confondues, impactent profondément la société
marocaine en entraînant à la fois des changements dans les structures spatiales, sociales et
familiales. Si l’immigration de nombreux jeunes marocains est souvent périlleuse, il n’en
demeure pas moins vrai que si elle réussit, elle permet aux jeunes de s’offrir de nouveaux
horizons et de nouvelles opportunités à même d’assurer leur avenir.

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5. Éducation au Maroc

L’un des grands défis que s’est lancé le Maroc depuis son indépendance est celui de l’école.
L’éducation est un enjeu important car l’aspiration à tout développement ne peut être accessible
que par le biais de l’école et de la scolarisation. Les profonds changements qu’a connus le secteur
éducatif au Maroc ont permis d’avoir un enseignement ouvert à toutes les tendances modernes,
d’ailleurs toutes les réformes entreprises dans ce secteur ont tablé sur les notions de qualité,
performance et adéquations aux conjonctures internationales. Une grande importance est
donnée à l’apprentissage des langues, outil efficace pour pouvoir s’ouvrir à l’Autre. L’école
marocaine, consciente de ce nouvel élan d’ouverture, a entamé de grandes refontes relatives aux
curricula, aux programmes, aux formations continues afin de répondre aux nouvelles demandes
et aux exigences de la nouvelle école dite « école intelligente ».

Le système éducatif marocain contemporain se caractérise par la cohabitation du système public


et privé de l’enseignement arabophone, amazighophone, francophone, anglophone, etc. Cette
pluralité linguistique met en relief la grande nécessité d’apprendre tous ces codes linguistiques
en vue de s’en servir dans la vie active. Si le Maroc d’aujourd’hui est réputé comme destination
privilégiée des touristes étrangers, c’est que, et mise à part l’infrastructure de haut niveau, la
maîtrise des langues comme outil de communication assure et accélère la promotion du pays en
matière de tourisme. D’ailleurs, dans tous les centres de formations professionnelles relatifs au
secteur touristique, la priorité est accordée aux langues étrangères et aux nouvelles approches
communicatives modernes comme les soft skills, communication digitale, le langage de
l’intelligence artificielle, etc.

Le système public est géré par le ministère de l’éducation nationale du royaume du Maroc alors
que les systèmes privés sont gérés par des entreprises privées ou par des structures étrangères
d’enseignement, publiques ou mixtes, comme l’agence pour l’enseignement français à l’étranger
(AEFE). Quant à l’enseignement catholique au sein du Maroc, il est assuré par l’archevêque de
Rabat. Cette profusion des types d’enseignement au Maroc fait du Maroc contemporain une sorte
de carrefour à toutes les cultures mondiales. Celles-ci redorent le blason du pays, font de lui un
espace de grande tolérance, d’ouverture, et par conséquent, le privilégient en matière
d’investissement toutes catégories confondues.

Les taux de scolarisation au Maroc ne cessent de s’améliorer d’année en année, et ce, selon un
planning visant l’atteinte de 100 % de filles et de garçon ayant l’âge légal à l’horizon de 2030.
Ainsi, les taux bruts de scolarisation et taux d’achèvement du primaire des Marocains n’ont cessé
d’augmenter régulièrement à tous les niveaux. En 1999, le gouvernement marocain se lance dans
un vaste programme de réforme, avec l’adoption de la charte nationale de l’éducation en 1999
et la période 2000-2009 devient « décennie de l’éducation ». En 2006, le roi Mohammed VI,

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Perspectives plurielles : art, langue et patrimoine dans le Maroc contemporain

arrivé au pouvoir à compter du décès de son père, le roi Hassan II, en 1999, décide de créer le
conseil supérieur de l’enseignement. Le Maroc, par la suite, se dote en 2009 d’un programme
d’urgence pour l’éducation afin de rattraper le lourd retard du pays. Dans ce contexte, le
gouvernement marocain demande à cinq bailleurs de fonds importants – l’Union européenne
(UE), la Banque européenne d’investissement (BEI), l’Agence française de développement (AFD),
la Banque africaine de développement (BAD) et la Banque mondiale – d’aider à la mise en œuvre
du programme de réforme du plan d’urgence.

6. Économie, développement du Maroc contemporain

Le Maroc connaît dernièrement une efflorescence économique à tous les niveaux. Le mode de
vie des Marocains, et à la lumière de tous ces facteurs susmentionnés, s’améliore de jour en jour,
et ce, grâce à une gouvernance rationnelle et surtout grâce à une politique de gestion intelligente
et rationnelle qui ne peut pas se départir d’une gouvernance politique lucide, clairvoyante et
objective telle qu’elle est tracée et encadrée par le roi du Maroc Mohammed VI. Économe et
juriste de formation académique, spécialiste dans le droit privé et public, docteur en
management, le roi Mohammed VI, en tant que politicien, a su mettre le Maroc sur la bonne
voie de la percée économique. Depuis son arrivée sur le trône, de grands et de lourds chantiers
ont vu le jours permettant au pays de s’ouvrir sur les conjonctures internationales. Le taux des
investissements au Maroc connaît une croissance considérable. La circulation des capitaux et
des devises bat tous les records. Malgré les grandes crises qu’a connues le Maroc, pandémie de
la covid-19, le séisme d’El Haouz, la grande sécheresse, la flambée du baril du pétrole, la rupture
gazière, les tensions politiques internationales, en l’occurrence la guerre en Ukraine, le Maroc a
su s’en sortir haut la tête en assurant une stabilité tous azimuts, et ce, grâce à cette politique sage
du monarque Alaouite, le régent et le commandeur des croyants.

Si le Maroc d’aujourd’hui s’affiche l’un des pays émergents, s’il parvient à rivaliser avec les
grandes puissances, c’est grâce à cette philosophie de l’ouverture sur l’autre, sur son économie,
sa culture, sa religion, ses croyances et ses ambitions. Ainsi, et en quelques années, le Maroc est
devenu le deuxième investisseur africain sur le continent. Grâce à cette clairvoyance politique
royale, le Maroc a réintégré en 2017 l’Union africaine après plus de trente ans de retrait. Il
décroche par ailleurs un statut avancé et privilégié avec l’union européenne, ratifie une pléthore
de partenariats de différents ordres avec un grand nombres de pays asiatiques, américains,
africains, etc. Le Maroc d’aujourd’hui vit à la fois une révolution structurale et structurelle sur
tous les plans dans un environnement général caractérisé par un ralentissement de la croissance
de l’économie mondiale. La résilience économique marocaine donne ses fruits en maintenant
un certain équilibre et en parant toutes les situations de crise et de récession. C’est dans cette
optique que Kako Nubukpo affirme que :

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La croissance du PIB réel du Maroc est établie en moyenne à 4,48 % sur la période 2000-
2017, avec une croissance de 5,59 % en 2017 contre 1,59 % en 2000. Malgré une
croissance économique sinusoïdale sur la période 2000-2017, l’économie marocaine
demeure résiliente. (…) Le pays a donc réalisé des performances remarquables au cours de
ces dernières années (…). Cette augmentation est due essentiellement à une politique
d’importation du pétrole et des biens d’équipement partiellement compensée par les recettes
touristiques et les transferts des migrants4.
7. L’art contemporain au Maroc

La culture marocaine, et à l’instar des autres cultures mondiales, se caractérise par un


foisonnement de différentes formes artistiques : de la musique, la peinture, la sculpture, la
littérature, le cinéma, le théâtre, l’architecture, la photographie, la bande – dessinée, tags, graffiti,
etc. Cet art marocain s’inspire de la mémoire collective du patrimoine tripartite : amazigh,
africain, arabo-islamique et orientaliste.

La culture amazighe se définit tout d’abord par sa langue amazighe dont le code principal et
initial est le Tifinagh qui consiste en un alphabet ayant pour architecture un ensemble de
symboles sous forme de motifs architecturaux. L’Amazigh est, par définition, « l’homme libre »,
un descendant des capsiens, originaire de Tunisie, et dont la descendance s’est répandue dans
l’ensemble de l’Afrique du Nord. Quant à l’Amazigh marocain, il comprend les « Chleuhs », les
Zayanes, les Rifains, les Sanhadja et les Zénètes. Chaque ethnie, et tout le long de son histoire
de développement, charrie un lot de formes artistiques qu’on peut déceler dans toutes les formes
de la vie.

L’art du tapis amazigh, à titre d’exemple, est, à lui seul, un patrimoine artistique où défile toute
l’histoire des Amazighs. Le tapis a de tout temps été un élément essentiel de la vie humaine.
Cette confection des tapis à base de la laine remonte à plusieurs millénaires et dresse ainsi un
pont avec les cultures perses et chinoises. Au Maroc, cet artisanat du tapis s’est développé suivant
deux modèles en apparence distincts, mais qui, en sous-jacence, laisse entrevoir une relation
très intime. Les tapis conçus dans les villes, comme Rabat, Fès ou Médiouna, mettent en évidence
une inspiration orientale apparue au sortir de la fastueuse période andalouse quand les artisans
musulmans, alors présents en Espagne, ont dû rejoindre le Maroc vers le 15e siècle. Le tapis
amazigh semble inscrire ses racines dans des temps plus anciens. Un grand nombre de
correspondances s’observent facilement entre certains motifs traditionnels et des dessins
rupestres qui avaient parsemé la région et datent de plusieurs millénaires.

Si l’identité du Maroc d’aujourd’hui est facilement identifiable, si elle résiste à toute falsification,
à toute dénaturation et à toute expropriation, son authenticité est indéniablement marquée dans

4
Kako NUBUKPO, La transformation structurelle de l’économie marocaine, défis et effets d’entrainement, fondation Jean
Jaurès, 2019. [Link]
effets-dentrainement/

REVUE Littérature, Art et Langue - N° 6 – 2024 59


Perspectives plurielles : art, langue et patrimoine dans le Maroc contemporain

son histoire, d’une part, et dans son art, toute forme confondue, d’autre part. La dernière querelle
qu’a soulevée le zellige marocain montre de visu que la grande guerre entre les cultures est
désormais identitaire. Une nation dépourvue d’histoire, d’identité devient fragile à tous les
niveaux. Ainsi, les arts décoratifs marocains sont, entre autres, des annales de la grande histoire
de l’identité marocaine. Ces arts d’une grande richesse sont des témoins vivants de cette
authenticité patrimoniale du Maroc. Ces arts sont donc un ensemble de traditions et de savoir-
faire constituant ce socle solide de l’identité marocaine. Celle-ci s’affiche ostentatoirement dans
le décor architectural, infime soit-elle, parle d’elle-même et fait parler toute l’histoire de tout le
Maroc. L’artisanat marocain est, à lui seul, un parchemin de l’histoire. En effet la poterie, le
tissage, la dinanderie, la ferronnerie, la maroquinerie, les bijoux, la broderie sont à l’image de la
personnalité du Royaume.

Le monde de l’art au 21e siècle s’est enfin ouvert à la mondialisation. Le Maroc est, à l’instar des
pays émergents, s’évertue à se mettre sur le même diapason en faisant de la question de l’art, de
la culture et du patrimoine une cause nationale. C’est dans cette optique que Hicham Daoudi,
président de Marrakech Art Fair, avance que :

Le Maroc a une place à prendre au sein des différents espaces géographiques où il est
implanté. En étant la corne nord-ouest de l’Afrique, il doit être le fer de lance de notre
continent et promouvoir les arts contemporains du Maroc, au Maghreb et donner une
visibilité aux artistes que l’on qualifie maladroitement d’Afrique noire. Au Maroc une
dynamique est née depuis l’avènement de Sa Majesté au trône dans différents domaines
économiques et sociaux. La culture n’a pas échappé à cette révolution et dès lors que
Mohammed VI s’est intéressé à l’art marocain contemporain et moderne, les gens ont
pu à leur tour y croire. Les artistes et les professionnels ont gagné beaucoup de
considération et ont pu travailler à développer ensuite le marché5.

Le cinéma marocain contemporain, une autre figure de la richesse culturelle marocaine, et à


travers ses différentes phases d’évolution, a pu réussir les défis de cette globalisation. Le septième
art marocain a pu se forger une identité singulière et unique. Il a été à la fois témoin de toute une
époque et un vecteur potentiel pouvant assurer un dialogue interculturel. Le cinéma marocain
se renouvelle et se réinvente et parvient, de ce fait, à captiver non seulement des cinéphiles
locaux, africains, arabes mais aussi une large masse de spectateurs étrangers, d’ailleurs la
traduction filmique a permis de faciliter la consommation des productions cinématographiques
marocaines. Le Maroc est désormais réputé comme un lieu privilégié des tournages locaux et
internationaux. Cette évolution retentissante du cinéma marocain est bénéfique pour l’expression
de la culture et de l’imaginaire des Marocains. Il est désormais aisé de comprendre les idéaux
de la mentalité marocaine rien qu’en visionnant un film ou une télésérie car, l’art de l’écran
permet de reproduire sous un moule fictionnel – mais combien réel – le quotidien du citoyen

5
Hicham DAOUDI, Marrakech Art Fair, 2010.

60 REVUE Littérature, Art et Langue - N° 6 – 2024


Perspectives plurielles : art, langue et patrimoine dans le Maroc contemporain

marocain. Par ailleurs, le Maroc, tout au long de l’année, ne cesse de programmer des festivals
de cinéma et s’offre ainsi l’occasion de se comparer aux productions internationales et de
pouvoir se projeter dans l’ego de l’autre, et partant, instaure un dialogue interculturel accréditant
cette thèse de l’ouverture dans tous ses aspects et dans toutes ses formes. Nous citons, à titre
d’exemple, le festival national du film de Marrakech, créé en 2001, qui est l’événement phare
sur la scène nationale et internationale et qui accueille des cinéastes de toute la planète. Le
festival du film de Tanger, de Fès, d’Agadir, de Khouribga, de Meknès, de Salé, de Tétouan, de
Sidi – Kacem, de Zagora, de Rabat, de Chefchaouen, de Taroudant, etc. témoignent de cet
engouement pour le septième art au Maroc.

Au-delà des stéréotypes et des clichés, le Maroc contemporain révèle une richesse et une
luxuriance artistique, linguistique et patrimoniale fascinante et dynamique plaçant le pays aux
avant-postes de la créativité artistique mondiale.

Dans cette première partie de ce travail sur l’art, la culture et le patrimoine marocain, le détour
descriptif du profil socio-culturel du Maroc contemporain, succinct soit – il, mais il nous a permis
de voir que le pays jouit d’une dynamique artistique et culturelle où la « soft power » et la « hard
power » se complètent en générant et en réinventant, ainsi, un processus catalysant tous les
secteurs du Maroc. Les artistes innovent et repoussent les limites des traditions, la diversité des
langues reflète la complexité et la force de l’identité nationale, le patrimoine matériel et
immatériel témoignent de la profondeur historique de ce pays. Dans cette seconde partie, et à la
lumière d’une approche anthropologique, nous tenterons de voir de près comment le Maroc est
parvenu à maintenir son rythme de croisière par cette dynamique fusionnelle entre arts, langues,
cultures et patrimoine.

II. Cinétisme fusionnel : la diversité pour l’unicité

La culture, l’art, la langue et le patrimoine d’une société sont au fond un ensemble de symboles,
d’images, de figures qui non seulement reflètent la quiddité sociale, sociétale de la société, mais
s’affichent comme paramètres cruciaux pour pouvoir comprendre les tenants et les aboutissants
de la dynamique inhérente à son évolution. Si l’approche sociologique s’avère décisive pour
comprendre l’évolution des nations, si elle relève foncièrement d’une approche strictement
descriptive, il n’en demeure pas moins vrai qu’elle reste en deçà des attentes scientifiques pour
pouvoir voir de près la vraie quintessence de cette dynamique qui sous-tend toute l’évolution.
En effet, la perspective d’élargir les champs d’investigations pour comprendre les mécanismes
sous-jacents à une culture doit être impérativement complétée par une réelle approche
anthropologique qui interroge en profondeur la symbolique des signes que comprennent toute
la culture et tous ces imaginaires qui peuvent interférer. C’est dans ce sens où s’inscrit l’assertion
durandienne extraite de son livre Les structures anthropologiques de l’imaginaire :

REVUE Littérature, Art et Langue - N° 6 – 2024 61


Perspectives plurielles : art, langue et patrimoine dans le Maroc contemporain

Il semble que pour étudier « in concreto » le symbolisme imaginaire il faille s’engager


résolument dans la voie de l’anthropologie en donnant à ce mot son plein sens actuel –
c’est-à-dire : ensemble des sciences qui étudient l’espèce homo sapiens – sans jeter a
priori d’exclusives et sans opter pour une ontologie psychologique qui n’est que
spiritualisme camouflé, ou une ontologie culturaliste qui n’est généralement qu’un
masque pour l’attitude sociologique, l’une ou l’autre de ces attitudes se résolvant en
dernière analyse en un intellectualisme sémiologique. Nous voudrions pour étudier les
motivations symboliques et tenter de donner une classification structurale des symboles,
rejeter à la fois le projet cher aux psychologues phénoménologistes et les refoulements
ou intimidations sociofuges chères aux sociologues et aux psychanalystes. Nous
voudrions surtout se libérer définitivement de la querelle qui, périodiquement, dresse les
uns contre les autres culturalistes et psychologues, et essayer d’apaiser, en nous plaçant
à un point de vue anthropologique pour lequel « rien d’humain ne doit être étranger »,
une polémique néfaste à base de susceptibilités ontologiques, qui nous semble mutiler
deux points de vue méthodologiques également fructueux et légitimes tant qu’ils se
cantonnent dans la convention méthodologique. Pour cela, il faut nous placer
délibérément dans ce que nous appellerons le trajet anthropologique, c’est-à – dire
l’incessant échange qui existe au niveau de l’imaginaire entre les pulsions subjectives et
assimilatrices et les intimations objectives émanant du milieu cosmique et social6.

Gilbert Durand opte ainsi pour une approche globalisante qui, sans réduire ou occulter les autres
approches, tente, dans un esprit assimilatif et associatif, de recourir à des recoupements, à des
croisements pour en tirer le maximum de constats à même de mettre au clair un tel ou tel
phénomène social, patrimonial, artistique ou culturel. Les cultures, les langues, les arts et les
patrimoines ne sont au fond que des produits humains qui, par un effet de cumul, de
condensation, s’agglutinent et donnent un tout compact difficilement déchiffrables et
décodables. Et pour pouvoir démêler l’écheveau à tout ce magma, rien ne vaut qu’une approche
anthropologique apte à tracer et à marquer de visu toutes les évolutions des modes de vie dans
une enceinte bien précise.

Le concept du « trajet anthropologique » que clame haut et fort Gilbert Durand opère à la base
d’un cinétisme, d’un mouvement qui peut expliquer et faire comprendre tous les phénomènes
relatifs à la culture, à la langue, à l’art et aux patrimoines. Les langues naissent, évoluent et
meurent, c’est dans cette progression ou évolution dans les deux sens, où il y a, à la base, un
cinétisme qui conditionne tout ce processus relié indéfectiblement à un imaginaire bien précis.
D’ailleurs, Bachelard, cité par Durand dira : « À la description purement cinématique d’un
mouvement… il faut toujours adjoindre la considération dynamique de la matière travaillée »7.
Ainsi, si certaines nations souffrent en matière d’acculturation, du flou identitaire, c’est que le
mouvement à la base n’a pas bien été assimilé et, par conséquent, poussent les uns à usurper les
identités des autres ou à imiter l’autre sans pouvoir atteindre une légitimité plausible.

6
Gilbert DURAND, Les structures anthropologiques de l’imaginaire, Paris, Bordas,1ère édition,1969, p.15
7
Ibid.

62 REVUE Littérature, Art et Langue - N° 6 – 2024


Perspectives plurielles : art, langue et patrimoine dans le Maroc contemporain

Dans cette seconde partie de ce présent travail sur l’art, la langue, le patrimoine, nous opterons
pour cette théorie du trajet anthropologique telle qu’elle a été édifiée par Durand, et ce, pour
pouvoir démontrer que les identités ne s’usurpent pas, ne s’imitent pas, mais elles se légitiment
grâce à un processus cinétique des imaginaires qui, par effet de concrétisations, se construisent
en des doxas autonomes et propres à chaque nation. Cette logique intrinsèque à la genèse des
cultures et des civilisations s’affiche comme substrat final et se retrouve ainsi accréditée par la
légitimité historique et politique de la communauté ou de la société. C’est d’ailleurs le même
principe physiologique de l’empreinte digitale de chaque être humain. La singularité des
identités est donc la résultante de tout un processus inhérent aux fonctionnements sociologiques,
historiques, psychologiques et anthropologiques « confectionnant », de ce fait, une étiquette
identitaire propre à chaque nation, et partant, difficilement imitable. L’industrie chinoise qui,
aujourd’hui, fabrique des babouches à partir des motifs artisanaux marocains, reflètent-ils
réellement la vraie identité marocaine ? Le caftan turc, à titre d’exemple, ressemble-t-il au caftan
marocain ?

1. La langue amazighe et arabe : richesse et évolution dans le Maroc contemporain

Le Maroc est une nation aux multiples facettes et formes linguistiques qui se sont construites tout
au long d’un processus historique en perpétuels changements. La cohabitation des deux langues
amazighe et arabe, et sans oublier les autres interférences linguistiques étrangères comme le
français, l’espagnol, l’anglais, italien, etc., dotent le pays d’une richesse linguistique qui, au lieu
d’entrer dans une forme de diglossie ou de rapports dominants/dominés, constitue, au contraire,
un socle à partir duquel beaucoup d’autres systèmes linguistiques se réinventent et se mettent en
exercice dans le quotidien du Marocain. Les phénomènes d’emprunts linguistiques, les
expressions idiomatiques, les dialectes et autres formes d’expression, loin d’être un frein à la
cohabitation ou à la communion, deviennent des catalyseurs de communication en créant ainsi
une atmosphère et une ambiance particulières, un exotisme linguistique dont tout Marocain se
sent fier. Cette diversité linguistique est ainsi le reflet de l’histoire riche et complexe du pays,
marquée par les influences de différentes cultures et civilisations qui se sont succédées au fil des
siècles. L’identité du Marocain d’aujourd’hui doit sa force et sa plénitude à cette richesse
linguistique. Il est à la fois amazigh et arabe à la base mais très ouvert aux autres codes. C’est
d’ailleurs ce qui le dote d’un être aux allures cosmopolites lui facilitant toute forme d’intégration
dans d’autres civilisations. Si nous observons le cas des Marocains illettrés issus des douars de la
périphérie de Béni-Mellal, ville du centre du Maroc, une fois en Europe, notamment en Espagne,
en Italie, ils parviennent rapidement à communiquer en italien et en espagnol, et s’assurent, en
conséquence, une parfaite intégration. C’est cette atmosphère multilingue du pays d’origine qui
se trouve facilitatrice de son intégration. De même, et dans le domaine touristique au Maroc,
nombreux sont les touristes qui se trouvent sidérés par la maîtrise des langues par des artisans,

REVUE Littérature, Art et Langue - N° 6 – 2024 63


Perspectives plurielles : art, langue et patrimoine dans le Maroc contemporain

des vendeurs qui n’ont jamais appris à l’école une quelconque langue, mais parviennent à
communiquer correctement et clairement avec des étrangers toutes origines confondues. Depuis
longtemps, le Maroc a connu un défilé de dynasties, de civilisations et qui ont fortement impacté
l’Être du Marocain tel que nous le voyons aujourd’hui. Dans son « épigénétique » se trouve
incrustée cette tendance à parler plusieurs langues, et ce, pour pouvoir survivre, s’affirmer en
tant qu’Être à part entière.

Les langues arabe et amazighe interfèrent dans le quotidien du Marocain et constituent ainsi une
sorte d’habitus linguistique qui, malgré son hétérogénéité, parvient à assurer une communication
efficace à tous les niveaux. L’arabe, langue sémitique ancestrale, est profondément ancrée dans
la culture marocaine. Grâce à son statut de langue du coran, elle prend le dessus sans être
dominante, et s’emploie dans les rites religieux du Marocain et dans l’ensemble des institutions
administratives. Pourtant, le dialecte marocain, la darija, s’accapare la quasi-totalité des rapports
langagiers des Marocains. L’arabe classique, depuis des générations, s’est imprégnée des
expressions idiomatiques, des dialectes régionaux et des emprunts à d’autres langues, donnant
naissance à un arabe marocain unique, riche en nuances et en subtilités. Ce métissage entre
l’arabe classique et la darija a permis de mettre en évidence tout un vocabulaire facile d’usage
et de mémorisation facilitant de ce fait tout acte de communication. D’ailleurs, aujourd’hui,
l’apprentissage de ce dialecte marocain est devenu prisés par un grand nombre d’étrangers. Au
niveau universitaire marocain, une pléthore de recherches linguistiques se penchent sur cette
problématique du rapport entre le darija et l’arabe classique et toutes s’accordent sur les grands
rôles que joue ce dialecte dans la vie des Marocains. On étudie ainsi les transformations
morphologiques, morpho-phonologique, lexicales et pragmatiques de ce dialecte qui ne cesse
de se réinventer de jour en jour. L’arabe classique semble se reléguer au second plan au
détriment de la darija au niveau de la communication quotidienne des Marocains, et ce, grâce
à sa fluidité et son efficacité à transmettre des messages. Le marocain est désormais facilement
identifiable rien qu’en prononçant des vocables de le darija. Eu égard au concept durandien du
« trajet anthropologique », cette construction de ce dialecte est due à un cinétisme profond édicté
par la nouvelle conjoncture communicative marocaine. C’est en effet une forme tendancieuse
qui émane d’un désir profond d’être sur le même diapason que tous les usagers, d’arborer un
comportement moderne, de faire preuve d’une efficacité langagière rapide mais très suffisante.
Prenons à titre d’exemple le vocable de la darija marocain « khwadrya » (petite sœur) qui est
dérivé de l’arabe classique « okhti » (ma sœur), une fois proféré par un usager marocain, permet
d’identifier la région de ce locuteur, son imaginaire, ses attentes, son statut social, etc. Ainsi, et
en un seul mot, l’identité du locuteur s’affiche ostentatoirement et facilite, en conséquence,
l’échange sans aucune marge d’ambiguïté ou de dissonance. De même, prononcer « okhti »
aujourd’hui risque de sidérer l’interlocuteur qui, en somme, se retrouve face à un discours

64 REVUE Littérature, Art et Langue - N° 6 – 2024


Perspectives plurielles : art, langue et patrimoine dans le Maroc contemporain

conservateur relevant d’une catégorie sociale bien déterminée, et que tout natif marocain peut
facilement identifier.

La langue amazighe, elle aussi, et en tant que langue des autochtones du nord de l’Afrique, subit
des transformations reliées à son usage quotidien. D’ailleurs, au Maroc, nous avons quatre
parlers amazighs : le rifain, le Soussi, le tachelhit et le zayan. Bien qu’ils soient phonétiquement
légèrement distincts, l’intercompréhension lors d’un échange est très accessible et permet aussi
de situer le locuteur dans son espace géographique et même ethnique. Bennasser Oussikoum,
spécialiste universitaire de la langue amazighe, a pu réussir l’établissement des connexions entre
ces différents parlers amazighes. Dans son Dictionnaire Amazighe-français : le parler des Ait
Wirra-Moyen Atlas8, Oussikoum permet aux natifs et non natifs, aux arabisants, aux étrangers de
comprendre tous ces parlers amazighs qui ponctuent et qui émaillent le patrimoine linguistique
et patrimonial des Marocains. Grâce aux travaux et aux recherches entrepris sur la question
amazighe par Oussikoum, grâce à ses conférences, ses cours dispensés aux chercheurs, la
question linguistique de l’amazigh trouve toute sa plénitude cognitive, son authenticité
historique, et, par conséquent, légitime son appartenance à tout ce patrimoine marocain qui,
sans cette langue, risquerait d’être incomplet voire falsifié. L’amazighe, une langue millénaire,
connaît ainsi un regain d’intérêt et de valorisation symbolisant la diversité ethnique et culturelle
du Maroc.

La coexistence harmonieuse de l’arabe et de l’amazighe, langues officielles depuis 2011,


témoigne de la volonté du Maroc de préserver son patrimoine linguistique. C’est donc ce
métissage harmonieux entre les deux systèmes linguistiques qui a été à la base de cette fusion
culturelle qui constitue une force du patrimoine marocain. Les efforts de standardisation et de
codification de l’amazighe, notamment à travers l’enseignement dans les écoles, contribuent, in
fine, à sa reconnaissance et à sa transmission aux jeunes générations, Les médias, la littérature
et les arts amazighes reflètent une richesse à tous les niveaux, offrant ainsi une fenêtre sur la
diversité culturelle du Maroc contemporain.

2. L’art marocain contemporain : diversité des expressions et des influences

À l’instar de ce cinétisme linguistique que connaît la culture marocaine entre l’arabe et


l’amazighe et qui a grandement contribué à la solidification des rapports sociaux et familiaux,
l’influence des arts est aussi décisive dans cette dynamique sociétale, économique et politique
que connaît le pays lui donnant une image panoramique d’une unicité compacte résultant de
cinétismes intrinsèques œuvrant à la base. L’art contemporain marocain est le reflet de cette
richesse culturelle du pays, à la croisée des influences arabo-musulmanes, amazighes,
méditerranéennes et africaines. Cette diversité se traduit dans une grande variété d’expressions

8
Bennasser OUSSIKOUM, Dictionnaire Amazigh-Français : le parler des Ait Wirra-Moyen Atlas, Rabat, IRCAM, 2013.

REVUE Littérature, Art et Langue - N° 6 – 2024 65


Perspectives plurielles : art, langue et patrimoine dans le Maroc contemporain

artistiques, allant de la peinture et de la sculpture aux arts textiles, à la calligraphie et à la


céramique. Les arts marocains se réinventent et s’attèlent consciemment et même
inconsciemment aux idéaux de la modernité offrant ainsi une diversité enrichissante et
dynamique. Ils s’inspirent, de ce fait, des traditions ancestrales permettant aux artistes
contemporains d’explorer de nouvelles techniques et de nouvelles formes d’expressions. Les
liens entre autrefois et aujourd’hui, loin d’être affectés de discontinuité, de ruptures radicales,
s’affichent interdépendants et allant dans les deux sens, d’où cette force qui fait de cet art non
seulement un reflet d’aujourd’hui et d’autrefois, mais aussi une équation génératrice du
renouveau dans toute la créativité. C’est donc ce « trajet anthropologique » de Gilbert Durand
qui ne cesse d’interpeller les imaginaires d’autrefois en les associant à ceux d’aujourd’hui avec
toute cette charge affective pour en faire dégager une vision unique et singulière de la culture
marocaine et de son patrimoine. Les artistes marocains contemporains, toute forme confondue,
interprètent les motifs, les couleurs et les savoir-faire traditionnels pour créer des œuvres uniques,
mêlant habilement modernité et patrimoine culturel. L’art et le patrimoine marocains
contemporains font l’objet et le thème de grandes manifestations étrangères vantant ainsi les
grands mérites de ces arts dans la pérennisation et la consolidation de l’identité marocaine qui a
résisté à l’usure des temps. La bibliothèque nationale de France a dernièrement rapporté sous
forme de synthèse détaillée les apports de tous ces arts marocains tout en mettant en relief les
secrets de cette dynamique du renouveau. On trouve ainsi sous la rubrique Les Arts du Maroc
tout argumentaire édifiant de toute la culture marocaine : « Tout un automne marocain est
organisé actuellement à Paris, autour de nombreuses manifestations, concerts, rencontres et
expositions : « Le Maroc médiéval : un empire de l’Afrique à l’Espagne », au Louvre, « Le Maroc
contemporain » à l’institut du monde arabe, « Identité » à l’Institut des cultures d’Islam, « Objets
dans la peinture, souvenir du Maroc » au musée Delacroix.

Toutes ces manifestations ont fait l’apologie de ces processus du renouveau qui caractérisent la
culture marocaine et notamment ces cinétismes intrinsèques à chaque art, et, surtout cette
aptitude à se recréer et à se générer en fonction des données actuelles. Ainsi, dans sa
bibliographie sélective sur les arts au Maroc, et dans une tentative explicative de ces mouvements
producteurs de sens et d’images, on trouve l’assertion suivante :

Les arts du Maroc sont essentiellement le fruit de deux composantes : l’héritage berbère
d’une part, céramique, et l’apport arabe et arabo-andalou d’autre part. Après les temps
de l’islamisation au VIIème siècle, la période d’apogée des dynasties almoravides (mi
XI-mi XII-ème siècles) et almohade (mi XIIème-XIII -ème siècle) voit l’unification
politique et culturelle autour du Maroc, d’un vaste ensemble de territoires allant de la
péninsule ibérique à l’Afrique sub-saharienne en passant par le Maghreb, la dynastie
mérinide (fin du XIII -ème-XVème siècles) recentrée sur le Maroc est aussi un temps
d’apogée de l’art de l’inspiration arabo-andalouse. Ces arts reçoivent aussi des
influences des cultures d’Afrique noire et des nombreuses communautés juives. Au cours

66 REVUE Littérature, Art et Langue - N° 6 – 2024


Perspectives plurielles : art, langue et patrimoine dans le Maroc contemporain

du temps, le Maroc a persévéré sa forte identité, son irréductible personnalité, échappant


dès les premiers siècles de l’Islam à l’autorité des Califes de Damas, puis de Bagdad,
n’ayant pas connu l’occupation ottomane. En outre, longtemps les divers envahisseurs
s’en tiennent à l’occupation des côtes, les protectorats s’établissent relativement tard et
seuls les Français entreprennent la conquête complète du territoire9.
Les formes artistiques marocaines se diversifient et, tout en transcendant ses aspects décoratifs
voire folkloriques, se fixent de nouvelles finalités dont la plupart sont d’obédience engagée. L’art
marocain défend désormais les causes nationales et acquiert une nouvelle dynamique. De
nombreux artistes marocains contemporains utilisent leur pratique artistique comme moyen
d’expression et de réflexion sur les enjeux sociaux et politiques de leur époque. Leurs œuvres
abordent des thèmes tels que l’identité, la mémoire collective, les droits de l’homme ou encore
les transformations sociales en cours dans le pays. L’Art marocain contemporain gagne en
reconnaissance sur la scène artistique internationale, avec des artistes tels que Hassan Hajjaji ou
encore Faouzi Laatiris, dont les œuvres sont exposées dans des galeries et des musées du monde
entier. Cette visibilité croissante témoigne de la richesse et de la vitalité de la création artistique
au Maroc.

3. L’architecture traditionnelle marocaine : entre modernité et préservation

L’histoire culturelle du Maroc n’est pas seulement inscrite dans les annales de l’histoire ou dans
les documentaires, elle est facilement décelable dans l’architecture actuelle du pays. Depuis le
règne du feu Hassan II, les consignes étaient strictes quant à la préservation de l’identité
marocaine via son architecture. Celle-ci est un patrimoine architectonique exceptionnel,
caractérisé par une richesse des styles et de matériaux. Des villes comme Fès, Marrakech et
Meknès offrent un aperçu saisissant de cette architecture ancestrale, avec ses façades en marbre
sculptées de motifs intriqués, ses arches majestueuses et ses patois ombragés. Pour tout visiteur
étranger, et face au pittoresque de cette architecture traditionnelle marocaine, découvre
facilement cette grande richesse et ne cesse de s’émouvoir face aux charmes et aux variétés et
même aux sens que dégage cette architecture exceptionnelle. Qu’il soit du nord ou du sud, les
motifs architecturaux marocains interpellent, séduisent et poussent, en conséquence à la
réflexion sur tout cet art qui s’évertue à parler de lui-même et à faire parler toute une histoire
millénaire du Maroc. Parfaitement préservées et bien circonscrites, les murailles fortifiées, les
médinas, les minarets, les portes monumentales, ou encore les ksars et les kasbahs lui permettent
de découvrir des trésors architecturaux marocains qui ne cessent de fasciner plus d’un. Ainsi,
cette politique de préservation qu’a entreprise le royaume répond en écho à l’assertion de Marc

9
Les Arts du Maroc, Bibliographie sélective, Bibliothèque nationale de France, direction des collections, département
littéraire et art, novembre 2004.

REVUE Littérature, Art et Langue - N° 6 – 2024 67


Perspectives plurielles : art, langue et patrimoine dans le Maroc contemporain

Guillaume quand il dit : « tout devient patrimoine : l’architecture, les villes, les bâtiments
industriels, les équilibres écologiques, le code génétique »10.

Cependant, face à la pression de la modernité et de l’urbanisation galopante, ces trésors du passé


font l’objet d’efforts concentrés de préservation et de réhabilitation. À l’instar de nombreuses
médinas historiques, de nombreuses demeures et de riads traditionnels font l’objet d’une
campagne de restauration et dont l’objectif principal est la conservation de leur splendeur
d’antan tout en s’adaptant aux exigences de la modernité. C’est donc ce mode opératoire de
l’adaptation qui constitue l’essence de ce cinétisme de conservation et qui consiste à ajouter des
motifs de la modernité offrant ainsi un décor-substrat très significatif et très suggestif. L’État
marocain, et dans ce sillage de préservation du patrimoine traditionnel, met en place de grands
projets et de grandes initiatives publiques et privées visant la valorisation de ce patrimoine
architectural en veillant notamment à un équilibre subtil entre tradition et modernité. Les
nouvelles constructions s’inspirent avec élégance des codes esthétiques marocains, tout en
intégrant des solutions techniques pour un habitat durable. La fusion entre autrefois et
aujourd’hui réussit sans ambages et donne ainsi à l’ensemble une image hautement significative
où l’agréable rejoint l’utile.

4. Musées et institutions culturelles dans la préservation du patrimoine marocain

Les grandes lignes de la politique marocaine relative à la préservation de tout ce patrimoine


ancestral marocain sont : la préservation et l’exposition du patrimoine, la valorisation des savoir-
faire et la favorisation des transmissions des connaissances. En effet, la politique de mise en place
de musées a été encouragée depuis l’indépendance du Maroc et à laquelle le roi Hassan II tenait
beaucoup car c’est la mémoire collective de toute une dynastie et de toute une histoire qu’il faut
impérativement conserver. Les musées marocains jouent un rôle essentiel dans la sauvegarde et
la mise en valeur du riche patrimoine culturel du pays. Qu’il s’agisse d’art traditionnel, d’artefacts
historiques ou de créations contemporaines, ces institutions offrent aux visiteurs l’opportunité de
découvrir et d’apprécier la diversité et la richesse de l’héritage culturel marocain. À travers des
expositions permanentes et temporaires, ainsi que des programmes éducatifs, les musées
permettent de transmettre aux générations futures la connaissance et la compréhension de ce
patrimoine singulier et unique. Par ailleurs, et au-delà de la simple conservation des objets, les
institutions culturelles marocaines mettent un point d’honneur à promouvoir les métiers d’art et
les savoir-faire traditionnels qui font la renommée du pays. Que ce soit dans le domaine de la
poterie, du tissage, de la bijouterie ou de la calligraphie, ces institutions offrent aux artisans une
plateforme pour faire connaître leur travail et perpétuer des traditions séculaires. Cette
valorisation contribue à la fois à la préservation du patrimoine immatériel et au développement

10
[Link]

68 REVUE Littérature, Art et Langue - N° 6 – 2024


Perspectives plurielles : art, langue et patrimoine dans le Maroc contemporain

économique des communautés artisanales locales. Le roi du Maroc ne cesse d’appeler dans ses
discours à la mise en valeur de la sauvegarde du patrimoine culturel du pays. Il en souligne
l’évolution et appelle à sa protection afin qu’il reste un référentiel accessible aux générations
futures.

Aujourd’hui, force est de constater que le patrimoine culturel a considérablement évolué


sur le plan conceptuel. En effet, il ne sert plus seulement à désigner un ensemble de
monuments historiques ou de pièces archéologiques. Il renvoie plus largement aux us et
coutumes et aux expressions vivantes, héritées de nos ancêtres et transmissibles aux
générations futures comme les traditions orales, les représentations artistiques et même
les pratiques sociales11.
Les musées marocains, à la lumière de ces directives royales ne se contentent pas de conserver
et d’exposer le patrimoine, ils jouent également un rôle essentiel dans la diffusion des
connaissances auprès du public marocain et étranger. À travers des programmes éducatifs, des
conférences, ces institutions permettent aux visiteurs, et en particulier aux jeunes générations,
de mieux comprendre l’histoire, les traditions et les expressions culturelles du Maroc. Cette
transmission des savoirs contribue à renforcer l’identité et la fierté nationale, tout en ouvrant la
voie à un dialogue interculturel enrichissant.

5. Le patrimoine culturel immatériel : traditions, savoir-faire et célébrations

Le Maroc ratifie la convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel le 6 juillet


2006. La première pratique protégée est inscrite en 2008. En 2023, le Maroc compte quatorze
éléments inscrits au patrimoine culturel immatériel, treize sur la liste représentative et un
nécessitant une sauvegarde urgente. Ce patrimoine immatériel comporte les savoir-faire,
connaissances, expressions, pratiques et représentations qui se rattachent à différents domaines,
comme les arts, les métiers d’art, la construction, l’agroalimentaire, la santé, les sports ou les
loisirs.

Le Maroc abrite une riche tradition de savoir-faire ancestraux, transmis de génération en


génération. Ces traditions, ancrées dans la vie quotidienne et les cérémonies, reflètent la
profondeur de la culture marocaine. Que ce soient les techniques artisanales de tissage, de
poterie ou du travail du cuir, chaque geste porte l’empreinte d’une histoire séculaire et d’un lien
étroit avec la terre et la nature. Pourquoi le caftan marocain et la djellaba bziouia sont-ils
inimitables ? C’est parce qu’ils relèvent d’une tradition ancestrale ayant un rapport étroit et
indéfectible avec l’histoire du Maroc, de sa nature, de ses dynasties aux temps immémoriaux
d’avant les mouvements d’invasion, de colonisation qu’avait connus le territoire marocain.
Quant aux savoirs artisanaux, les artisans marocains perpétuent des techniques de fabrication

11
Les Arts du Maroc, Bibliographie sélective, Bibliothèque nationale de France, direction des collections, département
littéraire et art, novembre,2004.

REVUE Littérature, Art et Langue - N° 6 – 2024 69


Perspectives plurielles : art, langue et patrimoine dans le Maroc contemporain

unique, façonnées par des générations de savoir-faire. La calligraphie, la dinanderie, la broderie


ou la marqueterie témoignent de la créativité inimitable de l’artisan marocain et de son grand
doigté et de sa fine dextérité en la matière. Ces savoirs constituent une part essentielle de
l’identité culturelle marocaine, et leur préservation est, non seulement un enjeu historique ou
politique, mais aussi un enjeu ontologique pour tous les Marocains. Par ailleurs, et dans ce même
ordre d’idées du patrimoine immatériel, les célébrations communautaires constituent un point
fort dans la culture marocaine et dans son identité. Les fêtes et célébrations traditionnelles sont
des éléments prépondérants dans cette dynamisation de tout le patrimoine culturel immatériel.
Elles sont souvent l’occasion de rassemblements des communautés autour de rituels ancestraux,
de chants, de danses et de plats traditionnels. On cite à titre d’exemples « Ahidous », Alaitta »,
« Ahouach », etc. Ces danses sont atypiques et caractérisent ainsi l’identité du Marocain. De
même, « les Moussems » (événements et fêtes célébrant des saints marocains) s’organisent tout
au long de l’année et connaissent une affluence des quatre coins de la planète au même titre que
ces festivals cinématographiques. L’on cite le moussem de Moulay Abdellah à El Jadida, celui
de Bou Abid Charqui à Boujaad, celui de Tan-Tan, celui des roses à Kelaat M’gouna, celui des
Aissaouas à Meknès moussem du mariage à Imlchil, etc. Ces événements sont des moments de
grands partages et d’efficientes transmissions des valeurs culturelles. Les fusions de ces différents
imaginaires, ceux d’antan et d’aujourd’hui, établissent un véritable dialogue et enclenchent de
nouvelles représentations qui charrient, à leur tour, des sentiments de fierté, de patriotisme et de
foi en l’aspect inébranlable d’une identité qui s’est construite en une forme de sédimentation
géologique difficile à imiter ou à usurper.

6. Tourisme et impact sur l’identité culturelle marocaine

L’industrie touristique marocaine est un réel levier à la fois social, politique, culturel et
économique. Il joue, en effet, des rôles prépondérants dans la relance sectorielle du Maroc. Non
seulement il est une source financière pour le Marocain, mais aussi un facteur déterminant dans
la préservation et la transmission des valeurs et des traditions marocaines. Grâce à l’intérêt
croissant des visiteurs pour l’artisanat, les festivals culturels et les pratiques ancestrales, de
nombreuses communautés ont redécouvert et revitalisé leurs savoir-faire traditionnels, assurant
ainsi la transmission de ce riche patrimoine immatériel aux générations futures. Cependant, et
eu égard aux grands engouements voire convoitises que suscite le secteur touristique, l’on risque
de se trouver de plain pieds face à des pratiques de figement de nos valeurs. Bien que le tourisme
ait contribué à la valorisation du patrimoine culturel marocain, il comporte également des
risques de folklorisation, où certaines traditions sont figées dans une image stéréotypée visant à
répondre aux attentes des visiteurs. Ainsi, et pour que ce cinétisme fusionnel continue à opérer
dans le bon sens, celui de la sauvegarde du patrimoine, il est juste et judicieux de trouver un
équilibre entre l’authenticité culturelle et l’adaptation aux besoins du tourisme, afin de garantir

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Perspectives plurielles : art, langue et patrimoine dans le Maroc contemporain

une représentation juste et durable du Maroc contemporain, sans nuire à ce principe durandien
du « trajet anthropologique » qui, tout en confrontant les imaginaires, il en tire des
représentations conformes à l’image de base. Le concept de « l’adaptation » ne doit en aucun
cas fonctionner dans le sens contraire où l’on pourrait privilégier le mercantilisme aux notions
de valeurs authentiques. Aujourd’hui, on peut constater que cet engouement pour le tourisme a
entraîné des adaptations et des syncrétismes culturels, où les artistes marocains ont réinterprété
certaines de leurs pratiques pour répondre à la demande touristique. Cette rencontre entre
tradition et modernité a permis l’émergence de nouvelles formes hybrides, témoignant la
capacité du Maroc à s’enrichir des influences extérieures sans pour autant sombrer dans un
mimétisme fade, et surtout, pour pouvoir préserver notre vraie identité, loin de ces fards
trompeurs.

7. L’éducation et la transmission des savoirs culturels aux générations futures

Sensibiliser les futures générations marocaines à l’importance de la préservation du patrimoine


culturel passe impérativement par l’école. En effet, et dès le primaire, nombreuses sont les
activités qui ont pour thématique la question de l’héritage patrimonial marocain. Toutes les
écoles marocaines publiques ou privées organisent des sorties et des excursions pédagogiques à
destination des villes ancestrales pour voir de près les vestiges des anciennes civilisations qu’a
connues le royaume chérifien. Les manuels scolaires comportent tous des cours relatifs à
l’histoire culturelle du pays. D’ailleurs, dès le primaire, les cours d’histoire du Maroc tout au long
de son établissement offrent aux élèves toute une panoplie de faits historiques retraçant les grands
moments de la vie des Marocains d’antan et même d’aujourd’hui. L’éducation et la transmission
des savoirs culturels aux générations futures sont donc des enjeux cruciaux pour préserver
l’identité et la richesse du Maroc contemporain. À tous les niveaux, des efforts sont déployés
pour intégrer l’apprentissage du patrimoine culturel dans les programmes scolaires et
universitaires. Des formations spécialisées sont également proposées pour les futures
générations, dans le dessein de les sensibiliser à cette composante incontournable dans la
formation du marocain de demain. Le Maroc connaît d’ailleurs de nos jours une série de
programmes relatifs aux métiers de la culture et du patrimoine. Cette approche holistique vise à
ancrer profondément les valeurs culturelles marocaines chez les jeunes, afin qu’ils deviennent
des ambassadeurs et garants de cette richesse unique à l’échelle nationale et internationale.
Ainsi, l’éducation et la transmission constituent des leviers fondamentaux pour assurer la
pérennité du patrimoine marocain dans toute sa diversité.

Conclusion

En conclusion, il apparaît clairement que le Maroc contemporain est un véritable « melting-pot »


culturel, linguistique et patrimonial où la diversité est célébrée et utilisée comme un atout majeur

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Perspectives plurielles : art, langue et patrimoine dans le Maroc contemporain

catalysant ainsi tous les mouvements de brassage, de transversalité et de fusion entre les
différentes composantes de l’histoire marocaine. L’unicité du pays, voire son homogénéité dans
l’hétérogénéité, réside dans sa capacité à fusionner les différentes identités sans les effacer, mais
au contraire en les mettant en dialogue pour créer une harmonie singulière.

L’approche anthropologique du « trajet anthropologique » de Gilbert Durand, principe de


confrontation des imaginaires en vue d’en faire sortir de nouvelles représentations, nous a permis
de comprendre comment le Maroc se réinvente constamment en intégrant ses traditions tout en
en embrassant la modernité dans toutes ses formes nouvelles et modernes. Cette dynamique
fusionnelle des cultures se retrouve dans tous les aspects de la société marocaine, de l’art à la
langue en passant par le patrimoine.

Le Maroc contemporain est donc un exemple concret de coexistence pacifique et enrichissante


entre les différentes identités et cultures. La richesse de ce pays réside dans sa capacité voire son
habileté à valoriser sa diversité et à en faire une force orchestrant ainsi toutes les synergies et les
potentialités. En tant que pays émergeant au statut très avancé, le Maroc montre la voie, et fait
entendre sa voix, en matière d’innovation et de réhabilitation de son patrimoine culturel,
linguistique et artistique.

En fin de compte, le Maroc incarne l’idée que la diversité n’est pas un obstacle, mais une source
d’enrichissement et de créativité tous azimut. Ce pays pluriel offre un modèle unique de vivre
ensemble où la fusion des cultures crée une identité nationale authentique et dynamique. Le
Maroc contemporain est à l’image de sa mosaïque culturelle : complexe, harmonieuse en
constante évolution.

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Perspectives plurielles : art, langue et patrimoine dans le Maroc contemporain

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