Identités et Patrimoine au Maroc Pluriel
Identités et Patrimoine au Maroc Pluriel
Introduction
Chaque identité particulière, qui œuvre à l’édification de cette identité générale, comporte son
propre patrimoine relatif à la langue d’origine, à la nature de sa culture, à ses propres arts, et une
fois confrontée à l’autre identité, instaure un dialogue, si difficile soit-il, mais aboutit à une
harmonisation à la base d’un dénominateur commun qui n’est autre que le sol marocain régi par
des constantes inébranlables et, grâce auxquelles, le Maroc s’est assuré une stabilité depuis des
millénaires. Si le pays s’affiche comme une mosaïque où foisonnent différentes cultures et
différentes identités particulières, il n’en reste pas moins vrai que le mode opératoire régissant
cette fusion fait du Maroc un cas atypique en matière d’innovation, de réhabilitation et de mise
en valeur de tous ses atouts linguistiques, culturels, patrimoniaux, politiques, cultuels qui, en
mode osmotique, font du Maroc non seulement un pays émergent aux normes cosmopolites
mais aussi un pays potentiellement producteur à la fois de savoirs et de valeurs défiant ainsi
toutes les adversités et tous les écueils qu’impose cette mondialisation vorace.
Dans notre présent travail relatif à l’art, la langue et le patrimoine dans le contexte du Maroc
contemporain, nous essaierons de mettre en lumière ce mode opératoire à base de fusion
cinétique assurant cette unicité dans la diversité. En d’autres termes, et dans cette optique
« fusionnelle », nous tenterons de voir comment l’art, la langue et le patrimoine marocain
contribuent à la richesse culturelle et à la dynamique sociales du Maroc actuel. Il s’agira au fond
d’interroger les modalités mises en œuvre qui stimulent cette capacité à se réinventer à tout bout
de champ. Dans un premier temps, il sera question de revoir l’ensemble de cet héritage ancestral
marocain, tout ce profil socio-culturel diversifié, ces langues, ces arts, ces identités d’autrefois,
où figuraient tous ces faits de « transhumance culturelle » qu’a connue l’espace géographique
marocain d’autrefois, d’aujourd’hui, d’avant et d’après l’annexion du Sahara marocain à
l’ensemble du territoire marocain. Dans un second temps, et à partir de cette cinétique
fusionnelle des cultures, et à partir du concept durandien du « Trajet anthropologique », nous
mettrons en exergue les nouvelles formes d’expressions et modes linguistiques, artistiques et
patrimoniaux œuvrant à faire du Maroc d’aujourd’hui l’archétype d’un pays du perpétuel
renouveau qui ne cesse de se réinventer et de réinventer son image de marque peinte de
diversité. Nous verrons ainsi que cette diversité substrat, de par son pouvoir générateur et
fusionnel, concourt, en somme, à mettre en lumière cette construction singulière du Maroc
inclusif et pluriel.
L’histoire du Maroc est très riche et très complexe. Son profil d’ordre composite est la
conséquence de la succession de dynasties qui, variables soient-elles, avaient charrié leurs lots
de cultures, de coutumes et de mœurs, etc. Cette histoire millénaire s’était étalée sur des périodes
distinctes. En effet, et pendant la période préhistorique et antique, le Maroc était habité par des
peuples Amazighs, premiers autochtones du pays, qui, pendant tout le paléolithique, vivaient
rustiquement et sans aucunes contraintes ni politiques ni idéologiques ou géographiques. Les
habitants étaient des chasseurs-cueilleurs nomades qui se déplaçaient au gré des changements
de saisons et des flux migratoires des animaux, et ce, pour assurer leur subsistance. Quant aux
outils et ustensiles utilisés dans leur vie, ils n’étaient que rudimentaires et en pierres taillées
assurant ainsi leur survie. Ils fabriquaient des pointes de flèches, des grattoirs, des couteaux à
partir de pierres locales. D’ailleurs, l’art rupestre dont jouit la culture marocaine contemporaine
est une caractéristique notoire qui ne cesse de faire parler d’elle comme témoignage vivant de
cette ère paléolithique. Ces populations anciennes avaient laissé des peintures et des gravures
sur les parois des grottes et des abris rocheux, représentant souvent des scènes de chasse, des
animaux et des symboles abstraits. La maîtrise du feu par ces autochtones leur permettait aussi
de subvenir à leurs usages différents comme la nourriture, le chauffage pendant les périodes
glaciales de l’hiver et la protection de différents prédateurs. Dans son article « Note sur quelques
gravures rupestres du Sud du Maroc », Georges Souville résume cette histoire rupestre marocaine
en disant :
L’art rupestre du Maroc est très varié, mais deux grands domaines peuvent être
reconnus : celui des régions présahariennes et celui du haut Atlas ; ce dernier a
été minutieusement prospecté par Jean Malhomme qui a publié l’essentiel de
ses relevés ; représentations animalières, figurations humaines, souvent à
caractère magique, signes énigmatiques, armes de bronze (haches et poignards).
Dans le Sud, on a pu distinguer depuis longtemps (…) deux groupes : celui des
gravures « naturalistes, représentant des animaux généralement disparus du
Maroc actuel, et des graffiti « libyco-berbères », au-dessin plus schématique et
moins habile, qui montrent des animaux actuels (chevaux ou chameaux) avec,
souvent, des cavaliers et qui sont accompagnés d’inscriptions berbères, voire
arabes1.
Cette diversité ethnique du Maroc, et comme l’attestent toutes ces gravures rupestres, est la
résultante de cette cohabitation entre différentes races qui, même si elles ne parlaient pas la
même langue, parvenaient à s’entendre et à communiquer en usant différents codes. Les
Amazighs, premiers autochtones, ont su rapidement manipuler le code arabe et, partant, et au –
delà des rapports de force colonisé/colonisant, avaient pu créer un terrain d’entente et de
coexistence comme on le voit et comme on le vit aujourd’hui. L’amazighe et l’arabe sont les
langues officielles du Maroc contemporain et constituent ainsi un continuum qui, loin de de tout
rapport conflictuel, fusionnent en une seule identité cimentée par l’étendard et la devise actuelle
du Maroc.
La religion officielle du Maroc est l’Islam. Ce dernier est la religion d’État. Cependant, il existe
également des communautés juives et chrétiennes même si elles sont minoritaires. La
constitution de 2011 garantit la liberté de pensée, d’expression et de réunion, et prévoit que l’État
garantit à chacun la liberté de pratiquer sa religion. La constitution établit que le roi détient le
titre du « commandeur des croyants », qu’il veille au respect de l’Islam et qu’il est le garant du
libre exercice des affaires religieuses. Elle interdit la promulgation des lois ou d’amendements
constitutionnels qui contreviennent à ses dispositions sur l’Islam et reconnaît également la
communauté juive comme faisant partie intégrante de la société. Ces quelques recommandations
inspirées de la constitution marocaine mettent l’accent sur un élément fondamental voire moteur
de cette fusion des communautés au sein du Maroc à savoir cette essence de la tolérance : le
Maroc garantit à tous une liberté du culte : juifs, musulmans, chrétiens et autres peuvent pratiquer
librement leur confession sans aucune contrainte ni aucune astreinte. C’est grâce à ce profil
1
Georges SOUVILLE, « Note sur quelques gravures rupestres du Sud marocain », Caesar Augusta, Zaragoza, pp. 33-34,
1969.
religieux et grâce à cette entente entre les différentes religions que le Maroc est parvenu à
instaurer un dialogue fructueux entre toutes les religions et toutes les croyances et, par
conséquent, tout étranger au Maroc peut exercer librement sa confession sans se sentir dépaysé.
D’ailleurs, un grand nombre de villes marocaines disposent d’églises et de synagogues où l’on
peut exercer sa religion en toute liberté. L’Islam au Maroc jouit ainsi d’un statut singulier en
prônant l’amour, la paix et la tolérance. Si la destination du Maroc est fortement prisée par les
étrangers, c’est parce qu’il offre à tous un espace de sécurité, de convivialité et d’hospitalité.
Au niveau économique, tout investisseur étranger a les mêmes droits que son homologue
marocain pour mettre en œuvre toute sorte de projets. Cette souplesse marocaine contribue à
l’ouverture de beaucoup de chantiers aux quatre coins du pays. L’ouverture sur les pays de
l’Afrique en est la preuve tangible de cette politique qui tente de défier l’hermétisme des
frontières et de pouvoir faire face à cette mondialisation vorace. La question religieuse au Maroc
s’avère donc la clé à cette élasticité à tous les niveaux, et sans elle, le Maroc n’aurait pas pu
gagner tous les autres défis.
L’institution familiale marocaine actuelle est une entité sociale considérée à la fois comme socle
et réceptacle de toutes les valeurs universelles. La sacralité de cette instance émane d’une part
des percepts islamiques qui incitent au mariage et à la procréation dans la stricte légalité, et
d’autre part, la fondation d’une société saine et homogène ne pourra s’établir que par les
observations des normes en vigueur telles qu’elles sont consignées dans le code de la famille.
Toutefois, et malgré la rigidité et l’imperméabilité des codes régissant la fondation de la famille,
la famille marocaine d’aujourd’hui semble différente de celle d’autrefois. Le père d’autrefois était
le seul qui se chargeait des besoins de la famille et répondait ainsi au schéma classique de la
société patriarcale. La femme, quant à elle, n’était qu’un être de l’intérieur et devait en toutes
circonstances obéir et servir son mari et ses enfants. Le travail de la femme mariée à l’extérieur
était mal vu et souvent jugé sévèrement voire condamné. Or, actuellement, la femme marocaine
bénéficie de tous ses droits au même titre que son prochain l’homme. Cette prise de conscience
de l’importance de la femme dans la vie active n’est pas due à un hasard ou à des circonstances
fortuites. L’accès de la femme marocaine à l’école a été certainement le secret des changements
des mentalités. Elle est désormais perçue comme une force productrice dans la société. La
scolarisation de la femme, la lutte contre l’analphabétisme, la garantie institutionnelle et
constitutionnelle de tous les droits ainsi que l’acceptation de l’égalité entre homme et femme ont
permis de percevoir des changements notoires dans la nouvelle structure de la famille marocaine
d’aujourd’hui. C’est dans ce sens même que Ben Salem, dans son étude des structures et
caractéristiques des familles au Maroc dit que :
Dans la plupart des pays arabes, l’institution familiale est une entité différente de ce
qu’elle était il y a une génération. Les divers changements qui ont traversé ces sociétés,
et qui se poursuivent, l’ont profondément touchée. Amorcées par les changements
introduits par la colonisation, ces transformations se sont poursuivies sous l’effet de
l’urbanisation, la communication, la scolarisation et la mixité à l’école, l’entrée des
femmes dans le marché du travail, en particulier pour contribuer aux dépenses
familiales, l’émigration des hommes et la planification familiale.2
Ces changements ostensibles au niveau de la cellule familiale ont impacté lourdement les modes
de vie des Marocains. En effet, le système économique traditionnel, sans s’effondrer totalement,
se trouve sujet à des métamorphoses remarquables qui laissent entrevoir une certaine
amélioration du niveau de vie. Kerrou et Kharoufi, dans leur ouvrage Famille, valeurs et
changements sociaux affirment que :
Cependant, l’institution familiale marocaine demeure dépositaire des grandes valeurs ancestrales
et auxquelles on tient fermement aujourd’hui et à partir desquelles on construit de nouveaux
modes et modèles sociaux : l’honneur, la solidarité, l’entraide, le respect, etc. D’ailleurs, ces
valeurs basiques constituent tout un patrimoine compact sur lequel s’est édifié ce nouveau Maroc
et qui lui assure de ce fait une stabilité à tous les niveaux. Ainsi, la thèse selon laquelle la famille
marocaine actuelle ne ressemble en rien à celle d’autrefois nous semble erronée car, si en
apparence on perçoit un changement notoire, si le mode de vie au sein des familles tend vers
une certaine modernité, c’est cette capacité intrinsèque à la culture marocaine à savoir
l’intelligence de l’adaptation et de l’accommodation du pays avec tous les nouveaux partenaires
qui s’impose par la force des choses, économiques, politiques ou géopolitiques. Nous ne
parlerons plus d’une rupture radicale entre deux modèles, nous parlerons plutôt d’une continuité
dans la discontinuité qui s’avère, en somme, une synergie nécessaire à la survie des nations et à
leur pérennité. Il s’agit au fond d’une transition qui s’est faite dans la plus grande douceur sans
provoquer un quelconque dépaysement ou un quelconque hiatus culturel.
2
Lilia BEN SALEM, « structures familiales et changement social en Tunisie », (communication présentée lors du séminaire
de Amman/Jordanie organisé du 16-18 Décembre 1989 sous le titre « the changing family in de Middle East ».
3
Mohamed KERROU, et Mostafa KHAROUFI, « famille, valeur et changement sociaux », revue Monde arabe : Maghreb-
Machrek ,1994, pp. 26-39.
Le Maroc est mondialement connu comme un pays de destination, de transit et de départ. Les
flux migratoires au Maroc sont protéiformes. D’un côté, ces flux sont internes et consistent en
des déplacements au sein du pays, surtout de la campagne vers la ville, du sud vers le nord et
dont les principales raisons sont cette ambition d’améliorer son niveau de vie, ce désir impérieux
de s’extraire à la misère que connaissent certaines zones enclavées et certaines contrées loin du
train de la civilisation, et surtout cette envie de se faire fortune et d’améliorer en conséquence le
niveau de vie. D’un autre côté, les flux migratoires transfrontaliers consistent à quitter le pays
vers d’autres pays étrangers dont les plus prisés sont l’Italie, l’Espagne et la France. Bien que la
réalité des modes de vie soit difficile voire contraignante, les immigrés s’évertuent pourtant à
endurer les lancinantes douleurs et les éprouvantes adversités tels le racisme, la xénophobie le
dépaysement, les écueils linguistiques, les sévices climatiques, etc.
L’achat des terrains est devenu la devise et le rêve de chaque immigré. Les prix flambent et les
projets de construction de bâtiments foisonnent et relancent une panoplie d’activités impactant
l’activité économique dans toutes les villes marocaines. L’activité urbanistique connaît, de ce
fait, une efflorescence et un essor notoires marqués par l’élargissement et l’extension des villes.
En somme, les flux migratoires, toutes formes confondues, impactent profondément la société
marocaine en entraînant à la fois des changements dans les structures spatiales, sociales et
familiales. Si l’immigration de nombreux jeunes marocains est souvent périlleuse, il n’en
demeure pas moins vrai que si elle réussit, elle permet aux jeunes de s’offrir de nouveaux
horizons et de nouvelles opportunités à même d’assurer leur avenir.
5. Éducation au Maroc
L’un des grands défis que s’est lancé le Maroc depuis son indépendance est celui de l’école.
L’éducation est un enjeu important car l’aspiration à tout développement ne peut être accessible
que par le biais de l’école et de la scolarisation. Les profonds changements qu’a connus le secteur
éducatif au Maroc ont permis d’avoir un enseignement ouvert à toutes les tendances modernes,
d’ailleurs toutes les réformes entreprises dans ce secteur ont tablé sur les notions de qualité,
performance et adéquations aux conjonctures internationales. Une grande importance est
donnée à l’apprentissage des langues, outil efficace pour pouvoir s’ouvrir à l’Autre. L’école
marocaine, consciente de ce nouvel élan d’ouverture, a entamé de grandes refontes relatives aux
curricula, aux programmes, aux formations continues afin de répondre aux nouvelles demandes
et aux exigences de la nouvelle école dite « école intelligente ».
Le système public est géré par le ministère de l’éducation nationale du royaume du Maroc alors
que les systèmes privés sont gérés par des entreprises privées ou par des structures étrangères
d’enseignement, publiques ou mixtes, comme l’agence pour l’enseignement français à l’étranger
(AEFE). Quant à l’enseignement catholique au sein du Maroc, il est assuré par l’archevêque de
Rabat. Cette profusion des types d’enseignement au Maroc fait du Maroc contemporain une sorte
de carrefour à toutes les cultures mondiales. Celles-ci redorent le blason du pays, font de lui un
espace de grande tolérance, d’ouverture, et par conséquent, le privilégient en matière
d’investissement toutes catégories confondues.
Les taux de scolarisation au Maroc ne cessent de s’améliorer d’année en année, et ce, selon un
planning visant l’atteinte de 100 % de filles et de garçon ayant l’âge légal à l’horizon de 2030.
Ainsi, les taux bruts de scolarisation et taux d’achèvement du primaire des Marocains n’ont cessé
d’augmenter régulièrement à tous les niveaux. En 1999, le gouvernement marocain se lance dans
un vaste programme de réforme, avec l’adoption de la charte nationale de l’éducation en 1999
et la période 2000-2009 devient « décennie de l’éducation ». En 2006, le roi Mohammed VI,
arrivé au pouvoir à compter du décès de son père, le roi Hassan II, en 1999, décide de créer le
conseil supérieur de l’enseignement. Le Maroc, par la suite, se dote en 2009 d’un programme
d’urgence pour l’éducation afin de rattraper le lourd retard du pays. Dans ce contexte, le
gouvernement marocain demande à cinq bailleurs de fonds importants – l’Union européenne
(UE), la Banque européenne d’investissement (BEI), l’Agence française de développement (AFD),
la Banque africaine de développement (BAD) et la Banque mondiale – d’aider à la mise en œuvre
du programme de réforme du plan d’urgence.
Le Maroc connaît dernièrement une efflorescence économique à tous les niveaux. Le mode de
vie des Marocains, et à la lumière de tous ces facteurs susmentionnés, s’améliore de jour en jour,
et ce, grâce à une gouvernance rationnelle et surtout grâce à une politique de gestion intelligente
et rationnelle qui ne peut pas se départir d’une gouvernance politique lucide, clairvoyante et
objective telle qu’elle est tracée et encadrée par le roi du Maroc Mohammed VI. Économe et
juriste de formation académique, spécialiste dans le droit privé et public, docteur en
management, le roi Mohammed VI, en tant que politicien, a su mettre le Maroc sur la bonne
voie de la percée économique. Depuis son arrivée sur le trône, de grands et de lourds chantiers
ont vu le jours permettant au pays de s’ouvrir sur les conjonctures internationales. Le taux des
investissements au Maroc connaît une croissance considérable. La circulation des capitaux et
des devises bat tous les records. Malgré les grandes crises qu’a connues le Maroc, pandémie de
la covid-19, le séisme d’El Haouz, la grande sécheresse, la flambée du baril du pétrole, la rupture
gazière, les tensions politiques internationales, en l’occurrence la guerre en Ukraine, le Maroc a
su s’en sortir haut la tête en assurant une stabilité tous azimuts, et ce, grâce à cette politique sage
du monarque Alaouite, le régent et le commandeur des croyants.
Si le Maroc d’aujourd’hui s’affiche l’un des pays émergents, s’il parvient à rivaliser avec les
grandes puissances, c’est grâce à cette philosophie de l’ouverture sur l’autre, sur son économie,
sa culture, sa religion, ses croyances et ses ambitions. Ainsi, et en quelques années, le Maroc est
devenu le deuxième investisseur africain sur le continent. Grâce à cette clairvoyance politique
royale, le Maroc a réintégré en 2017 l’Union africaine après plus de trente ans de retrait. Il
décroche par ailleurs un statut avancé et privilégié avec l’union européenne, ratifie une pléthore
de partenariats de différents ordres avec un grand nombres de pays asiatiques, américains,
africains, etc. Le Maroc d’aujourd’hui vit à la fois une révolution structurale et structurelle sur
tous les plans dans un environnement général caractérisé par un ralentissement de la croissance
de l’économie mondiale. La résilience économique marocaine donne ses fruits en maintenant
un certain équilibre et en parant toutes les situations de crise et de récession. C’est dans cette
optique que Kako Nubukpo affirme que :
La croissance du PIB réel du Maroc est établie en moyenne à 4,48 % sur la période 2000-
2017, avec une croissance de 5,59 % en 2017 contre 1,59 % en 2000. Malgré une
croissance économique sinusoïdale sur la période 2000-2017, l’économie marocaine
demeure résiliente. (…) Le pays a donc réalisé des performances remarquables au cours de
ces dernières années (…). Cette augmentation est due essentiellement à une politique
d’importation du pétrole et des biens d’équipement partiellement compensée par les recettes
touristiques et les transferts des migrants4.
7. L’art contemporain au Maroc
La culture amazighe se définit tout d’abord par sa langue amazighe dont le code principal et
initial est le Tifinagh qui consiste en un alphabet ayant pour architecture un ensemble de
symboles sous forme de motifs architecturaux. L’Amazigh est, par définition, « l’homme libre »,
un descendant des capsiens, originaire de Tunisie, et dont la descendance s’est répandue dans
l’ensemble de l’Afrique du Nord. Quant à l’Amazigh marocain, il comprend les « Chleuhs », les
Zayanes, les Rifains, les Sanhadja et les Zénètes. Chaque ethnie, et tout le long de son histoire
de développement, charrie un lot de formes artistiques qu’on peut déceler dans toutes les formes
de la vie.
L’art du tapis amazigh, à titre d’exemple, est, à lui seul, un patrimoine artistique où défile toute
l’histoire des Amazighs. Le tapis a de tout temps été un élément essentiel de la vie humaine.
Cette confection des tapis à base de la laine remonte à plusieurs millénaires et dresse ainsi un
pont avec les cultures perses et chinoises. Au Maroc, cet artisanat du tapis s’est développé suivant
deux modèles en apparence distincts, mais qui, en sous-jacence, laisse entrevoir une relation
très intime. Les tapis conçus dans les villes, comme Rabat, Fès ou Médiouna, mettent en évidence
une inspiration orientale apparue au sortir de la fastueuse période andalouse quand les artisans
musulmans, alors présents en Espagne, ont dû rejoindre le Maroc vers le 15e siècle. Le tapis
amazigh semble inscrire ses racines dans des temps plus anciens. Un grand nombre de
correspondances s’observent facilement entre certains motifs traditionnels et des dessins
rupestres qui avaient parsemé la région et datent de plusieurs millénaires.
Si l’identité du Maroc d’aujourd’hui est facilement identifiable, si elle résiste à toute falsification,
à toute dénaturation et à toute expropriation, son authenticité est indéniablement marquée dans
4
Kako NUBUKPO, La transformation structurelle de l’économie marocaine, défis et effets d’entrainement, fondation Jean
Jaurès, 2019. [Link]
effets-dentrainement/
son histoire, d’une part, et dans son art, toute forme confondue, d’autre part. La dernière querelle
qu’a soulevée le zellige marocain montre de visu que la grande guerre entre les cultures est
désormais identitaire. Une nation dépourvue d’histoire, d’identité devient fragile à tous les
niveaux. Ainsi, les arts décoratifs marocains sont, entre autres, des annales de la grande histoire
de l’identité marocaine. Ces arts d’une grande richesse sont des témoins vivants de cette
authenticité patrimoniale du Maroc. Ces arts sont donc un ensemble de traditions et de savoir-
faire constituant ce socle solide de l’identité marocaine. Celle-ci s’affiche ostentatoirement dans
le décor architectural, infime soit-elle, parle d’elle-même et fait parler toute l’histoire de tout le
Maroc. L’artisanat marocain est, à lui seul, un parchemin de l’histoire. En effet la poterie, le
tissage, la dinanderie, la ferronnerie, la maroquinerie, les bijoux, la broderie sont à l’image de la
personnalité du Royaume.
Le monde de l’art au 21e siècle s’est enfin ouvert à la mondialisation. Le Maroc est, à l’instar des
pays émergents, s’évertue à se mettre sur le même diapason en faisant de la question de l’art, de
la culture et du patrimoine une cause nationale. C’est dans cette optique que Hicham Daoudi,
président de Marrakech Art Fair, avance que :
Le Maroc a une place à prendre au sein des différents espaces géographiques où il est
implanté. En étant la corne nord-ouest de l’Afrique, il doit être le fer de lance de notre
continent et promouvoir les arts contemporains du Maroc, au Maghreb et donner une
visibilité aux artistes que l’on qualifie maladroitement d’Afrique noire. Au Maroc une
dynamique est née depuis l’avènement de Sa Majesté au trône dans différents domaines
économiques et sociaux. La culture n’a pas échappé à cette révolution et dès lors que
Mohammed VI s’est intéressé à l’art marocain contemporain et moderne, les gens ont
pu à leur tour y croire. Les artistes et les professionnels ont gagné beaucoup de
considération et ont pu travailler à développer ensuite le marché5.
5
Hicham DAOUDI, Marrakech Art Fair, 2010.
marocain. Par ailleurs, le Maroc, tout au long de l’année, ne cesse de programmer des festivals
de cinéma et s’offre ainsi l’occasion de se comparer aux productions internationales et de
pouvoir se projeter dans l’ego de l’autre, et partant, instaure un dialogue interculturel accréditant
cette thèse de l’ouverture dans tous ses aspects et dans toutes ses formes. Nous citons, à titre
d’exemple, le festival national du film de Marrakech, créé en 2001, qui est l’événement phare
sur la scène nationale et internationale et qui accueille des cinéastes de toute la planète. Le
festival du film de Tanger, de Fès, d’Agadir, de Khouribga, de Meknès, de Salé, de Tétouan, de
Sidi – Kacem, de Zagora, de Rabat, de Chefchaouen, de Taroudant, etc. témoignent de cet
engouement pour le septième art au Maroc.
Au-delà des stéréotypes et des clichés, le Maroc contemporain révèle une richesse et une
luxuriance artistique, linguistique et patrimoniale fascinante et dynamique plaçant le pays aux
avant-postes de la créativité artistique mondiale.
Dans cette première partie de ce travail sur l’art, la culture et le patrimoine marocain, le détour
descriptif du profil socio-culturel du Maroc contemporain, succinct soit – il, mais il nous a permis
de voir que le pays jouit d’une dynamique artistique et culturelle où la « soft power » et la « hard
power » se complètent en générant et en réinventant, ainsi, un processus catalysant tous les
secteurs du Maroc. Les artistes innovent et repoussent les limites des traditions, la diversité des
langues reflète la complexité et la force de l’identité nationale, le patrimoine matériel et
immatériel témoignent de la profondeur historique de ce pays. Dans cette seconde partie, et à la
lumière d’une approche anthropologique, nous tenterons de voir de près comment le Maroc est
parvenu à maintenir son rythme de croisière par cette dynamique fusionnelle entre arts, langues,
cultures et patrimoine.
La culture, l’art, la langue et le patrimoine d’une société sont au fond un ensemble de symboles,
d’images, de figures qui non seulement reflètent la quiddité sociale, sociétale de la société, mais
s’affichent comme paramètres cruciaux pour pouvoir comprendre les tenants et les aboutissants
de la dynamique inhérente à son évolution. Si l’approche sociologique s’avère décisive pour
comprendre l’évolution des nations, si elle relève foncièrement d’une approche strictement
descriptive, il n’en demeure pas moins vrai qu’elle reste en deçà des attentes scientifiques pour
pouvoir voir de près la vraie quintessence de cette dynamique qui sous-tend toute l’évolution.
En effet, la perspective d’élargir les champs d’investigations pour comprendre les mécanismes
sous-jacents à une culture doit être impérativement complétée par une réelle approche
anthropologique qui interroge en profondeur la symbolique des signes que comprennent toute
la culture et tous ces imaginaires qui peuvent interférer. C’est dans ce sens où s’inscrit l’assertion
durandienne extraite de son livre Les structures anthropologiques de l’imaginaire :
Gilbert Durand opte ainsi pour une approche globalisante qui, sans réduire ou occulter les autres
approches, tente, dans un esprit assimilatif et associatif, de recourir à des recoupements, à des
croisements pour en tirer le maximum de constats à même de mettre au clair un tel ou tel
phénomène social, patrimonial, artistique ou culturel. Les cultures, les langues, les arts et les
patrimoines ne sont au fond que des produits humains qui, par un effet de cumul, de
condensation, s’agglutinent et donnent un tout compact difficilement déchiffrables et
décodables. Et pour pouvoir démêler l’écheveau à tout ce magma, rien ne vaut qu’une approche
anthropologique apte à tracer et à marquer de visu toutes les évolutions des modes de vie dans
une enceinte bien précise.
Le concept du « trajet anthropologique » que clame haut et fort Gilbert Durand opère à la base
d’un cinétisme, d’un mouvement qui peut expliquer et faire comprendre tous les phénomènes
relatifs à la culture, à la langue, à l’art et aux patrimoines. Les langues naissent, évoluent et
meurent, c’est dans cette progression ou évolution dans les deux sens, où il y a, à la base, un
cinétisme qui conditionne tout ce processus relié indéfectiblement à un imaginaire bien précis.
D’ailleurs, Bachelard, cité par Durand dira : « À la description purement cinématique d’un
mouvement… il faut toujours adjoindre la considération dynamique de la matière travaillée »7.
Ainsi, si certaines nations souffrent en matière d’acculturation, du flou identitaire, c’est que le
mouvement à la base n’a pas bien été assimilé et, par conséquent, poussent les uns à usurper les
identités des autres ou à imiter l’autre sans pouvoir atteindre une légitimité plausible.
6
Gilbert DURAND, Les structures anthropologiques de l’imaginaire, Paris, Bordas,1ère édition,1969, p.15
7
Ibid.
Dans cette seconde partie de ce présent travail sur l’art, la langue, le patrimoine, nous opterons
pour cette théorie du trajet anthropologique telle qu’elle a été édifiée par Durand, et ce, pour
pouvoir démontrer que les identités ne s’usurpent pas, ne s’imitent pas, mais elles se légitiment
grâce à un processus cinétique des imaginaires qui, par effet de concrétisations, se construisent
en des doxas autonomes et propres à chaque nation. Cette logique intrinsèque à la genèse des
cultures et des civilisations s’affiche comme substrat final et se retrouve ainsi accréditée par la
légitimité historique et politique de la communauté ou de la société. C’est d’ailleurs le même
principe physiologique de l’empreinte digitale de chaque être humain. La singularité des
identités est donc la résultante de tout un processus inhérent aux fonctionnements sociologiques,
historiques, psychologiques et anthropologiques « confectionnant », de ce fait, une étiquette
identitaire propre à chaque nation, et partant, difficilement imitable. L’industrie chinoise qui,
aujourd’hui, fabrique des babouches à partir des motifs artisanaux marocains, reflètent-ils
réellement la vraie identité marocaine ? Le caftan turc, à titre d’exemple, ressemble-t-il au caftan
marocain ?
Le Maroc est une nation aux multiples facettes et formes linguistiques qui se sont construites tout
au long d’un processus historique en perpétuels changements. La cohabitation des deux langues
amazighe et arabe, et sans oublier les autres interférences linguistiques étrangères comme le
français, l’espagnol, l’anglais, italien, etc., dotent le pays d’une richesse linguistique qui, au lieu
d’entrer dans une forme de diglossie ou de rapports dominants/dominés, constitue, au contraire,
un socle à partir duquel beaucoup d’autres systèmes linguistiques se réinventent et se mettent en
exercice dans le quotidien du Marocain. Les phénomènes d’emprunts linguistiques, les
expressions idiomatiques, les dialectes et autres formes d’expression, loin d’être un frein à la
cohabitation ou à la communion, deviennent des catalyseurs de communication en créant ainsi
une atmosphère et une ambiance particulières, un exotisme linguistique dont tout Marocain se
sent fier. Cette diversité linguistique est ainsi le reflet de l’histoire riche et complexe du pays,
marquée par les influences de différentes cultures et civilisations qui se sont succédées au fil des
siècles. L’identité du Marocain d’aujourd’hui doit sa force et sa plénitude à cette richesse
linguistique. Il est à la fois amazigh et arabe à la base mais très ouvert aux autres codes. C’est
d’ailleurs ce qui le dote d’un être aux allures cosmopolites lui facilitant toute forme d’intégration
dans d’autres civilisations. Si nous observons le cas des Marocains illettrés issus des douars de la
périphérie de Béni-Mellal, ville du centre du Maroc, une fois en Europe, notamment en Espagne,
en Italie, ils parviennent rapidement à communiquer en italien et en espagnol, et s’assurent, en
conséquence, une parfaite intégration. C’est cette atmosphère multilingue du pays d’origine qui
se trouve facilitatrice de son intégration. De même, et dans le domaine touristique au Maroc,
nombreux sont les touristes qui se trouvent sidérés par la maîtrise des langues par des artisans,
des vendeurs qui n’ont jamais appris à l’école une quelconque langue, mais parviennent à
communiquer correctement et clairement avec des étrangers toutes origines confondues. Depuis
longtemps, le Maroc a connu un défilé de dynasties, de civilisations et qui ont fortement impacté
l’Être du Marocain tel que nous le voyons aujourd’hui. Dans son « épigénétique » se trouve
incrustée cette tendance à parler plusieurs langues, et ce, pour pouvoir survivre, s’affirmer en
tant qu’Être à part entière.
Les langues arabe et amazighe interfèrent dans le quotidien du Marocain et constituent ainsi une
sorte d’habitus linguistique qui, malgré son hétérogénéité, parvient à assurer une communication
efficace à tous les niveaux. L’arabe, langue sémitique ancestrale, est profondément ancrée dans
la culture marocaine. Grâce à son statut de langue du coran, elle prend le dessus sans être
dominante, et s’emploie dans les rites religieux du Marocain et dans l’ensemble des institutions
administratives. Pourtant, le dialecte marocain, la darija, s’accapare la quasi-totalité des rapports
langagiers des Marocains. L’arabe classique, depuis des générations, s’est imprégnée des
expressions idiomatiques, des dialectes régionaux et des emprunts à d’autres langues, donnant
naissance à un arabe marocain unique, riche en nuances et en subtilités. Ce métissage entre
l’arabe classique et la darija a permis de mettre en évidence tout un vocabulaire facile d’usage
et de mémorisation facilitant de ce fait tout acte de communication. D’ailleurs, aujourd’hui,
l’apprentissage de ce dialecte marocain est devenu prisés par un grand nombre d’étrangers. Au
niveau universitaire marocain, une pléthore de recherches linguistiques se penchent sur cette
problématique du rapport entre le darija et l’arabe classique et toutes s’accordent sur les grands
rôles que joue ce dialecte dans la vie des Marocains. On étudie ainsi les transformations
morphologiques, morpho-phonologique, lexicales et pragmatiques de ce dialecte qui ne cesse
de se réinventer de jour en jour. L’arabe classique semble se reléguer au second plan au
détriment de la darija au niveau de la communication quotidienne des Marocains, et ce, grâce
à sa fluidité et son efficacité à transmettre des messages. Le marocain est désormais facilement
identifiable rien qu’en prononçant des vocables de le darija. Eu égard au concept durandien du
« trajet anthropologique », cette construction de ce dialecte est due à un cinétisme profond édicté
par la nouvelle conjoncture communicative marocaine. C’est en effet une forme tendancieuse
qui émane d’un désir profond d’être sur le même diapason que tous les usagers, d’arborer un
comportement moderne, de faire preuve d’une efficacité langagière rapide mais très suffisante.
Prenons à titre d’exemple le vocable de la darija marocain « khwadrya » (petite sœur) qui est
dérivé de l’arabe classique « okhti » (ma sœur), une fois proféré par un usager marocain, permet
d’identifier la région de ce locuteur, son imaginaire, ses attentes, son statut social, etc. Ainsi, et
en un seul mot, l’identité du locuteur s’affiche ostentatoirement et facilite, en conséquence,
l’échange sans aucune marge d’ambiguïté ou de dissonance. De même, prononcer « okhti »
aujourd’hui risque de sidérer l’interlocuteur qui, en somme, se retrouve face à un discours
conservateur relevant d’une catégorie sociale bien déterminée, et que tout natif marocain peut
facilement identifier.
La langue amazighe, elle aussi, et en tant que langue des autochtones du nord de l’Afrique, subit
des transformations reliées à son usage quotidien. D’ailleurs, au Maroc, nous avons quatre
parlers amazighs : le rifain, le Soussi, le tachelhit et le zayan. Bien qu’ils soient phonétiquement
légèrement distincts, l’intercompréhension lors d’un échange est très accessible et permet aussi
de situer le locuteur dans son espace géographique et même ethnique. Bennasser Oussikoum,
spécialiste universitaire de la langue amazighe, a pu réussir l’établissement des connexions entre
ces différents parlers amazighes. Dans son Dictionnaire Amazighe-français : le parler des Ait
Wirra-Moyen Atlas8, Oussikoum permet aux natifs et non natifs, aux arabisants, aux étrangers de
comprendre tous ces parlers amazighs qui ponctuent et qui émaillent le patrimoine linguistique
et patrimonial des Marocains. Grâce aux travaux et aux recherches entrepris sur la question
amazighe par Oussikoum, grâce à ses conférences, ses cours dispensés aux chercheurs, la
question linguistique de l’amazigh trouve toute sa plénitude cognitive, son authenticité
historique, et, par conséquent, légitime son appartenance à tout ce patrimoine marocain qui,
sans cette langue, risquerait d’être incomplet voire falsifié. L’amazighe, une langue millénaire,
connaît ainsi un regain d’intérêt et de valorisation symbolisant la diversité ethnique et culturelle
du Maroc.
8
Bennasser OUSSIKOUM, Dictionnaire Amazigh-Français : le parler des Ait Wirra-Moyen Atlas, Rabat, IRCAM, 2013.
Toutes ces manifestations ont fait l’apologie de ces processus du renouveau qui caractérisent la
culture marocaine et notamment ces cinétismes intrinsèques à chaque art, et, surtout cette
aptitude à se recréer et à se générer en fonction des données actuelles. Ainsi, dans sa
bibliographie sélective sur les arts au Maroc, et dans une tentative explicative de ces mouvements
producteurs de sens et d’images, on trouve l’assertion suivante :
Les arts du Maroc sont essentiellement le fruit de deux composantes : l’héritage berbère
d’une part, céramique, et l’apport arabe et arabo-andalou d’autre part. Après les temps
de l’islamisation au VIIème siècle, la période d’apogée des dynasties almoravides (mi
XI-mi XII-ème siècles) et almohade (mi XIIème-XIII -ème siècle) voit l’unification
politique et culturelle autour du Maroc, d’un vaste ensemble de territoires allant de la
péninsule ibérique à l’Afrique sub-saharienne en passant par le Maghreb, la dynastie
mérinide (fin du XIII -ème-XVème siècles) recentrée sur le Maroc est aussi un temps
d’apogée de l’art de l’inspiration arabo-andalouse. Ces arts reçoivent aussi des
influences des cultures d’Afrique noire et des nombreuses communautés juives. Au cours
L’histoire culturelle du Maroc n’est pas seulement inscrite dans les annales de l’histoire ou dans
les documentaires, elle est facilement décelable dans l’architecture actuelle du pays. Depuis le
règne du feu Hassan II, les consignes étaient strictes quant à la préservation de l’identité
marocaine via son architecture. Celle-ci est un patrimoine architectonique exceptionnel,
caractérisé par une richesse des styles et de matériaux. Des villes comme Fès, Marrakech et
Meknès offrent un aperçu saisissant de cette architecture ancestrale, avec ses façades en marbre
sculptées de motifs intriqués, ses arches majestueuses et ses patois ombragés. Pour tout visiteur
étranger, et face au pittoresque de cette architecture traditionnelle marocaine, découvre
facilement cette grande richesse et ne cesse de s’émouvoir face aux charmes et aux variétés et
même aux sens que dégage cette architecture exceptionnelle. Qu’il soit du nord ou du sud, les
motifs architecturaux marocains interpellent, séduisent et poussent, en conséquence à la
réflexion sur tout cet art qui s’évertue à parler de lui-même et à faire parler toute une histoire
millénaire du Maroc. Parfaitement préservées et bien circonscrites, les murailles fortifiées, les
médinas, les minarets, les portes monumentales, ou encore les ksars et les kasbahs lui permettent
de découvrir des trésors architecturaux marocains qui ne cessent de fasciner plus d’un. Ainsi,
cette politique de préservation qu’a entreprise le royaume répond en écho à l’assertion de Marc
9
Les Arts du Maroc, Bibliographie sélective, Bibliothèque nationale de France, direction des collections, département
littéraire et art, novembre 2004.
Guillaume quand il dit : « tout devient patrimoine : l’architecture, les villes, les bâtiments
industriels, les équilibres écologiques, le code génétique »10.
10
[Link]
économique des communautés artisanales locales. Le roi du Maroc ne cesse d’appeler dans ses
discours à la mise en valeur de la sauvegarde du patrimoine culturel du pays. Il en souligne
l’évolution et appelle à sa protection afin qu’il reste un référentiel accessible aux générations
futures.
11
Les Arts du Maroc, Bibliographie sélective, Bibliothèque nationale de France, direction des collections, département
littéraire et art, novembre,2004.
L’industrie touristique marocaine est un réel levier à la fois social, politique, culturel et
économique. Il joue, en effet, des rôles prépondérants dans la relance sectorielle du Maroc. Non
seulement il est une source financière pour le Marocain, mais aussi un facteur déterminant dans
la préservation et la transmission des valeurs et des traditions marocaines. Grâce à l’intérêt
croissant des visiteurs pour l’artisanat, les festivals culturels et les pratiques ancestrales, de
nombreuses communautés ont redécouvert et revitalisé leurs savoir-faire traditionnels, assurant
ainsi la transmission de ce riche patrimoine immatériel aux générations futures. Cependant, et
eu égard aux grands engouements voire convoitises que suscite le secteur touristique, l’on risque
de se trouver de plain pieds face à des pratiques de figement de nos valeurs. Bien que le tourisme
ait contribué à la valorisation du patrimoine culturel marocain, il comporte également des
risques de folklorisation, où certaines traditions sont figées dans une image stéréotypée visant à
répondre aux attentes des visiteurs. Ainsi, et pour que ce cinétisme fusionnel continue à opérer
dans le bon sens, celui de la sauvegarde du patrimoine, il est juste et judicieux de trouver un
équilibre entre l’authenticité culturelle et l’adaptation aux besoins du tourisme, afin de garantir
une représentation juste et durable du Maroc contemporain, sans nuire à ce principe durandien
du « trajet anthropologique » qui, tout en confrontant les imaginaires, il en tire des
représentations conformes à l’image de base. Le concept de « l’adaptation » ne doit en aucun
cas fonctionner dans le sens contraire où l’on pourrait privilégier le mercantilisme aux notions
de valeurs authentiques. Aujourd’hui, on peut constater que cet engouement pour le tourisme a
entraîné des adaptations et des syncrétismes culturels, où les artistes marocains ont réinterprété
certaines de leurs pratiques pour répondre à la demande touristique. Cette rencontre entre
tradition et modernité a permis l’émergence de nouvelles formes hybrides, témoignant la
capacité du Maroc à s’enrichir des influences extérieures sans pour autant sombrer dans un
mimétisme fade, et surtout, pour pouvoir préserver notre vraie identité, loin de ces fards
trompeurs.
Conclusion
catalysant ainsi tous les mouvements de brassage, de transversalité et de fusion entre les
différentes composantes de l’histoire marocaine. L’unicité du pays, voire son homogénéité dans
l’hétérogénéité, réside dans sa capacité à fusionner les différentes identités sans les effacer, mais
au contraire en les mettant en dialogue pour créer une harmonie singulière.
En fin de compte, le Maroc incarne l’idée que la diversité n’est pas un obstacle, mais une source
d’enrichissement et de créativité tous azimut. Ce pays pluriel offre un modèle unique de vivre
ensemble où la fusion des cultures crée une identité nationale authentique et dynamique. Le
Maroc contemporain est à l’image de sa mosaïque culturelle : complexe, harmonieuse en
constante évolution.
Références bibliographiques
DURAND, Gilbert, Les structures anthropologiques de l’imaginaire, Paris, Bordas, 1ère édition,
1969.
GUILLAUME, Marc, « la politique du Patrimoine… vingt ans après », labyrinthe, n.° 7,2000,
pp. 11-20.
SOUVILLE, Georges, « Note sur quelques gravures rupestres du Sud marocain », Caesar Augusta,
Zaragoza, 1969, pp. 33-34.
VERMEREN, Pierre, École, élite et pouvoir au Maroc et en Tunisie au XX siècle, Alizés, 2002.
Les Arts du Maroc, bibliographie sélective, Bibliothèque nationale de France, direction des
collections, Département littérature et art, Novembre 2004.