Politique et idéologie dans le cinéma
Politique et idéologie dans le cinéma
CINEMA Politique
etlutteideologiquedeclasses: Intervention1P.
Bonitzer : Hors-champ
C. Metz : Ponctuationet demarcation
J.-L. Comolli : Techniqueet ideologie(5)S.
DaneyetJ.-P. Oudart:LeNom-de-l'Auteur
S. M. Eisenstein: Dickens, Griffithet nous (fin)
"Intolerance"(descriptionplanpar plan, fin)
Comité de rédaction : Jacques Doniol-Valcroze, Pierre Kaet, Jacques Rivette. Rédaction en chef :
Jean-Louis Comolli, Jean Narbonî. Administration : Jacques Aumont. Documentation : Pascal Bonitzer.
Rédaction : Jacques Aumont, Pierre Baudry, Pascal Bonitzer, Serge Daney, Pascal Kané, Jean-Pierre
Oudart, Sylvie Pierre. Les manuscrits ne sont pas rendus. Tou9 droits réservés. Copyright by Les
Editions de l'Etoile.
CAHIERS DU CIN EM A . Revue mensuelle de Cinéma. 30, rue Coquillière, P a rls-I*' - Administration-
Abonnements : 230-00-37. Rédaction : 236*92-93. Fabrication : Daniel & Cie.
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La TABLE DES MATIERES des numéros 160 à 199 (novembre 1964 à mars 1968) des CAHIERS DU CINEMA est sortie des
presses.
Elle comprend 84 pages sous couverture cartonnée, au format de la revue (2Î x 27 cm), et comporte les rubriques suivantes :
Auteurs - Metteurs en scène - Cinéastes divers - Cinémas nationaux - Textes sur la théorie et l’histoire du cinéma - Tech
nique et économie - Télévision - Livres de cinéma - Revues de cinéma - La critique de cinéma - Festivals - Filmographies
et biofilmographies - Index des films.
Elle est en vente dès maintenant au prix de 19.50 francs.
Nos abonnés continuent à bénéficier du prix spécial de 16 francs (joindre la dernière étiquette d'expédition).
Veuillez me faire parvenir ............ exem plaire^) de la Table des matières n° 160 à 199.
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Politique
et lutte idéologique
de classes
Intervention 1
1. Rappel historique
DaiiK It* d e rn ie r num éro des Cahiers, un certain nom- de points de vue individuels, isolés, « n'engageant que
lire de propositions im p liq u a n t une prise de parli poli leurs auteurs », niais reflètent la position de l’enscnihlc
tique el idéologique d e m a n d e n t ù être expliquées. Le de la rédaction de la revue (1).
caractère. discontinu, épars, de ces propositions (les Cette position, cette prise de parli, se fonde sur Fana*
th èse* de. J .-P. Lehel sont qualifiées de révisionnistes lyse de contradic tions idéologiques el politiques donl
dans le texte de Pascal Bonilzer « Fétichisme de la nous allons ici te n te r de p r o du ire les éléments au niveau
te chn iqu e » et la décla ratio n II de Porre tta -T e rm e , où de la c ontr adic tion politiq ue prin cip ale, puis, les mois
il est fait ex plicite m ent référence à r a p p o r t de la prochain s, à celui des contradic tions spécifiques au
G ra n d e Révolution C ulturelle Pro lé ta rie n n e chinoise), c h a m p culturel.
le fail surtout q u ’elles n ’étaient accompagnées d 'a u cun e
analyse politique, laissaient peser une équiv oque sur
le u r statut. Ce texte a po u r ohjet de lever celle a m b i
1) A la suite de la p ri se de parti unt irévieionnieie de la m a j o r i té
guïté m om enta née, avec po ur c om m encer la précision de la r é d a c t i o n , le seul m e m b r e du co m i t é de r éd ac t i o n ins c rit
suivante : les propositions en question n’é m a n e n t pas au P.C.F., B e r n a r d [Link], a quit té la re vue.
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Il va île soi que l'accusation de « révisionnisme » des positions altlmssériennes de l’épo«pie — une suresti
portée contre J.-P. Lehel d éb o rd e largement et le sujet mation de la p r a tiq u e théorique, nous amenaient à
Lehel et son travail dans le ch a m p «lu cinéma. Elle pre n d re en considération l'intérêt manifesté par «cer
vise (l'ahonl le révisionnisme de la politique culturelle tains intellectuels communistes pour les recherches
il 11 P.C.F., dont le livre de Lehel (publié p a r les E d i d ’avant-garde, donc à estimer possible un travail en
tions Sociales el logiquement soutenu dans la presse commun. Une analyse insuffisante et politiquement
du parti > est un sym ptôm e et le reflet. Il n’est sans erro née nous amenait en effet à penser, malgré un
doute pas inutile de le préciser, clans la mesure où j u s désaccord fondam ental avec la ligne culturelle (éclec
qu'à présent nos analyses «les thèses de Lehel Inotam tique, libérale, droilièro! du P.C.F. et nos réserves —
ment dans la série des textes de J.-L. Comolli, « T e c h n ’apparaissant jam ais dans la revue — qu ant à tel ou
niq ue et I d é o lo g ie » ), tout en les critiquant d'autono* tel aspect «le sa ligne politique, «pie les éléments pro
miser la p ratique te chnique du cinéma sans prendre eu gressistes du parti pouvaient y devenir dominants par
compte sa surdélcrininalion idéologique et politique, ne une lutte interne.
les rattachaie nt pas suffisamment à la ligne culturelle Donc, r a pp roc he m e n t avec le P.C.F., «lont on peut
du P.C.F. m a r q u e r la culm ination dans une analvse collective de
Mais il ne saurait davanta ge être question de s'en La Vie esf à nous (CdC 218) reprenant mot po ur mot.
tenir à critiqu er le « révisionnisme » dans le ch am p «le fa«;on non critique, la thèse du filin lies thèses du
culturel comme >i ce c h a m p était flottant : le révision P.C.F. à l’époque du Front P op u laire et, a u jo u r d 'h u i,
nisme culturel ne peut être pensé «pie comme reflet «lu sur le Front Populaire! (,Hl.
révisionnisme politique, du 1’.C.F. C’est à la criI i»pie Alais très rapidem ent, dans le c ha m p critique et th é o
directe (<;t non plus masquée ou latérale) «le ce révi rique, a émergé la c«mtra<l ici ion eut re uot re volonté
sionnisme «pie et; texte s'emploie. Ipolitique, reposant sur mie anaWse incomplète, toutes
La prise de parti ainsi définie ne lomhe évidemment contradictions censurées! de nous r a p p r o c h e r du P.C.F.
pas du ciel. Elle a une histoire et fies causes qu'il faut et notre «lésaccord de plus eu plus net et global (théo
m ain tenant analyser. rique, critique, idéologique ) avec sa ligne culturelle,
et >urtoul avec ses marri lest at ions concrètes dan> notre
«'hauip spécifique (4).
D’où les effets île sileni'e par quoi s’est eu fin de
compte surtout m a rq u é notre r a p p roc he m e n t politique,
silence déterm in é par h; souci de « ne pas faire le jeu
Ces causes sont de «leux ordres : internes et externes. de l'a nticom m unis m e » (aveuglement sur l'autre aspect
Le.- premières tiennenl essentiellement aux c ontradic de la contradiction ; on sait que ce ressort est joué
tions propres à la revue, à ses rapports avec divers
constamment p a r le P.C.F., «le fa«;on de plus eu [dus
appareils culturels du P.C.F., et n o ta m m e n t la N ouvelle stéréotypée, notam m ent à l’égard des intellectuels) lS).
Cri t if/ne.,
I. intervention du marxisme-léninisme dans la revue
(cf. « C i n é m a / id é o lo g ie /c r it iq u e » . CdC 216 et 217, octo
b r e el novembre 19f>l>. el sur les luttes qui oui entraîné
cette intervention, l’entretien avec Politique-Hebdo, CdC
n° 22M) im pliquait non seulement la prise en com pte
■ lu matérialism e historique et dialectique dans 1e travail Donc, un an après notre r u p tu r e avec Filipacchi.
-pceifiqm: des C a h i e r s (élaborai ion d ’une I liéorie maté- notre position reste «l’app ro b atio n en général, sans an a
lialUlc du cinéma, lutte idéologique dans le c h a m p du lvse concrète «le la situation concrète, de la ligne poli-
cinéma ) mais, posant la quest ion de l’art iculation de lico-économique du P.C.F., et de désaccord ra«lical avec
ce t ravai! avec les lut le> polit ii [Lies en cours, exigeait sa ligne culturelle, pensée comme : 1| relativement
une analyse de ces luttes. Cette analvse n’a pas été autonom e : 2 l en retard (normal) et en distorsion par
produite. Ou plutôt, elle a été différée, au nom d ’une
concept ion erronée île la priorité de la lutte nléolo-
HI II esl s y m p t o m a t i q u e q u e ce t ex 1er soit p r a t i q u e m e n t te seul
gique dans son auto nom ie relative par rapport à la urlicle de» Cahier* — ci l’on exc ep te Ici « v a l e u r s c ulturelle:»»
iutte politique, celle-ci étant ainsi « mise à dislance ». rec on n ue s , lype V erlov, hisciistein ou (irilTitli — à u vu ir élé cilé
Kn effet él o g ie us em en t p ar la pr esse du parti.
Par réact ion cotit re l'a ut i«‘oinmunisine d om inant de I) Il suffit de voi r ce qu e nous pens io ns des films p r ô n é s pur la
la critique d«* cinéma, et contre l'a nticom m unism e passé presse du par ti, c o m m e lus C h a b ro l , San tôt, etc. Il est s ignificatif
(pu-, pur e x em pl e dans l'analyse du doss ier do pre s s e de Tristana,
des Cahiers eux-mêmes (sons Ion tes ses formes : réac nous ob se rvi ons un p r u d e n t silence, mit les cr it iq ue s des q u o t i d i e n s
tion. libéralisme, anarchis me de droite ou de gauche). c o m m u n i st e s . aussi s y m p t o m a t i q u e s p o u r t a n t , et reflcta/rt la m ê m e
<*t à cause de la nécessité, éprouvée comme urgente, de idéologie. q ue le reste du co rp us analysé. C ela éta n t dit aussi p o u r
com b attre l'éclectisme à l'intérie ur île la revue, le ceux q ui ont été um cu és Jniinr Cinûmu, etc.l ù f a n ta s m e r
n ot re r up po rt au I M ’.K. co m m e re la ti on d 'o b é d i e n c e el liaison
P.C.F. nous apparaissait alors, après la décomposition or g a n i q u e , (.es at taq ues , bien é v i d e m m e n t , ne n o u s ont eu rien
du mouvement de mai f>K, comme la seule force dispo aidés à ar ri v er où nous en som m es a u j o u r d ' h u i , c’es t-à-dire p li n
sant d ’une stratégie cohérente face à la bourgeoisie. loin q u e j a m a i s de leur lieu d'ém iss ion . L ut te r «‘o u t r e la b o u r
De plus, l’antilhéoric ism e mécaniste de Ions les groupes geoisie et le ré v is io n n is m e , c’est, aussi c r i t i q u e r s ans répiI IVm-
h r o u i ll a m i u i s u r r é ül is to -l io lly w o od o on v ri ér o- ga uc hi s t e ,
dits gauchistes (2Ï et — sous l'influence p ré p o n d é ra n te
Si Mais si nous nous en tenions q u a n t û nous à u n e e x tr ê m e
p r u d e n c e en ver s les cr it iq ue s du !’.(!.F., il est à n o t e r q u ’in v e rs e
2> P u r u n e r é f é r e n c e a bu sive, c o m m u n e ù lu bo u r g eo i si e el au ment lu presse du par ti, q u o t i d i e n n e , h e b d o m a d a i r e n u m e n s u e ll e ,
ré v i s i o n n is m e , à l 'a n a l y s e de L én in e ; si en etTel le <!uuiliisme ne se luisuit pus Faute de nous a t t a q u e r au m o in s a u t a n t q u ' à
es! uni ' d é v i u l i o u s p é c i f i qu e du m a r x i sm e , lit p é n é t r a t i o n uimr- l'é po q u e des réduc ti on s untimurxisle» îles Cahiers (cf. e n t r e mitres
r‘l i i t a n t e ilun« le m o u v e m e n t île Mui, d an s «'criants g r ou pu scu les , les at taq ues débi les de (lervoni à A vi gn on en 1970 et n o t re ré p o n s e
■ le t yp e non marxiste, d e vr ait inciter à u n e i m u l w - ilnnl lu n ot io n m es uré e. (!d(! 22!t ; cf. aussi, é v i d e m m e n t , les textes de Le h el duns
ticliicUr (le fznnr/iismr c ons titu e le lecollvr enient i d éo lo gi q u e. lu /YomW/e C ritiqtir dés juin 19701.
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rapport à la ligne politique ; iV) et surto ut, déchirée, [Link] p rincipale : I) la ligne culturelle du parti n ’est
traversée par des luttes internes violentes e n tre un cou- absolum ent pas auto nom e, elle ne peut être que. le reflet
ranl favorable à Pavanl-garde el soucieux rlu m a té r ia d 'u n e ligne politique erro née ; 2.) c’est la ligite poli
lisme dia le ctique, el une ten dan ce conservatrice, éclec- tique et non la ligne culturelle «lu parti qui fait que
lique-drnitière. le travail d ’itvant-garde réel dans le c h a m p culturel ne
A utre m e n t dit, nous refoulons la c ontr adiction dans peut pas. de dominé, dev en ir d om inant.
le c h a m p culturel, an nom d ’une stratégie «le soutien
à la Iraction d';tvant-garde du parti, et dans le c h a m p
politique, en refusant de voir une in com p a tib ilité fon
d am en tale entre notre a p p ro b a tio n passive de la poli
tique du P.C.F. et notre prise en considéra tion de la
position chinoise (guère politique : intérêt exclusive
ment théorique p o u r la pensée mao-tsétoung et la C’est à ce montent (été-automne 71), et dans l’après-
( ; h c p o . Au niveau politique général, co m m e au coup des conséquences politiques d u « manifeste » des
niveau île n o tre pratique spécifique, notr e a t titu d e à trois revues, q u ’un certa in n o m b r e de facteurs externes
l'égard du révisionnisme est donc, elle-même révision in te rvie nnent pour accélérer le dévelo ppement de ces
niste, (la politique du P.C.F. serait ré form ab le). couIradictio ns j u s q u 'à l'antagonisme.
C'est avec le « m a n i f e s t e » >*igné conjointem ent par D ’abord, s y m p t ô m e certes m in e u r mais confirmant nos
VW Quel, Cinéthi<{m> et nous (janvier 71) que ces diver analyses, la presse, du p arti m ultiplie contre nous des
gences, qui jusque-là n ’étaient app arues, malgré leur attaques plus ou moins frontales qui, sans ja m ais faire
gravité, que de fa<;oii sporadique, sont exposées po u r la p o rte r le d é b a t sur le fond, ni bien entendu critiqu e r
pre m iè re fois p ou r ce qu'elles sont : un désaccord n o tre travail pou r ce qu'il est, glissent des allusions à
global avec la politique culturelle du P.C.F. (6). notre « théoricisme, >, voire p ra tiq u e n t l'am alg am e ac
c o u tu m é au moyen fie la com m od e é tiq u e tte de « gau
(le désaccord pourtant resle enc ore pris dans l'o p p o r chistes », et au m in im u m , d é fo rm e n t outr a uc iè rc m e nt
tunisme poliliijim qui consiste à ne pas articule r, à nos positions (H). Un autre caractè re c o m m un de ces
faire com me si étaient autonomes, la ligne cultu relle et attaques fonciè rement droitières est de sc p ro d u ire sys
la ligne politiq ue du P.C.F. Ou p lutô t (et p l u s grave té m a tiq u e m e n t au cours d ’une véritable « c a m p ag n e de.
m ent) la prise en com pte de la politique, comme promotion » du livre de Lehel présenté com m e le « bon
« dehors s> du c h a m p culturel et faisant pression sur sens » marxiste, opposé à nos « é lu cubrations idéalistes ».
lui, a p p a ra ît bien dans ce texte, mais de fat;on suffisam (Cervoni et Maurin n ’ont jam ais tant parlé de l'idéa
ment voilée (« une politiq ue, juBte, d ’union des forces lisme des Cahitirs — et même d’idéalisme tout court —
dé mocratiques, ne saurait en aucu n cas... ») p ou r m a in que. depuis que la revue travaille sur «les hases marxis-
tenir une am big uïté sur {a politique visée : soit ta tes-léninisles). Cette cam pagne, tardive (le livre de
ligne politique du P.C.F., soit une « autre » ligne; (d’al Lehel est p a ru en m a i) , a niant que massive, intervient
liances, juste) qui fxm rrail ou aurait }>u (« ne saurait après une assez longue période de silence circonspect,
en aucun cas » ) exister. quant aux thèses de Lehel, de la part des intellectuels
du parti et m a rq u e donc un resserrement des rangs
au to u r de ces thèses, présentées comme l’orthodoxie,
resserrement tel que la c ontradiction, déjà antagoniste
stir le plan th é o riq u e , ne peut que s’accentuer, et s’éten
d re oiivertem aut au plan idéologique et politique (dont
ou sait désormais que c’est lui qui règle les autres I.
A ce point donc Ilévrier 71) l’époque des discussions
souterraines, des critiques limitées au c h a m p culturel
cesse. Bien qu'encore hésitante, mesurée (7), l’exposition De façon uiialofiuc. il p r o p o s de C in élh iq u e 9 /1 0 nous nous
en tenons, aiir leur prise de po sit io n p o l i t i q u e , à u n e unaly.-e
d'un désaccord avec la ligne générale du P.C.F. doit a b s tr ai te et se b cm u l i q u e, n o n c o m m e le p r é t e n d C inéthique M /1 2
d éboucher sur la prise en considération de la contra- pur im p u i ss a n c e ù leu c r i t i q u e r c o n c r è t e m e n t (no us y r e v i e n d r o n s
p m i-b ai iic me ut et l o n g u e m e n t 1, mai* pur cr ai nt e q u e l e u r p o s it io n
......... iialectiqijc ne fourn iss e des urines un ré v i si o n n i sm e : « p r é c i
sons q u ’il ne saurait êtr e question... <le f o u r n i r des urines.., à la
6) l . o i n t e l l e c t u e l s iln p ur t i ne s’y sont pus lr o m p e s : il n'y m l
d ro ite , q u 'e l l e tmifie ù d r o i te ou à n u n c h e » : r ’eat i n d i q u e r , e n c o re
|»ltix j: uére île m e n t i o n <lu t i t re m ê m e des tr ois r e v u e s dims lu
en tr e l e s lignes, d ’où no u s voy ons v e n i r m a at t aq u es : d u révi-
pr e ss e c o m m u n i s t e run.x r a p p e l insistant du ce m an if es te .
Monnisme.
7l Dun - l ' e n t r e t i e n uvec l ’o l i t i q u e - H e b d o , C d C 229, n ou s men- 8> Cf. A l b er t (i ervoni el F ra n ç o i s M a u ri n , i n te r ro p en n t J.-IV I. eb el
l i ............ s, p a r m i les a t t a q u e s l ancées c o n t r e doua de d iv er s bo r ds, duns L 'H u m a n ité du 2R s e p t e m b r e 1971 : « Dana q u e l l e m e s u re
I |i*H dl > « s o c i a u x - d é m o c r a t e s éc lec tiq ue s », favori e n c o r e detour- / ton liv re / s'inscrit-il en r é u n i o n ro iitre un r o u r u n t tliéori-
née i l p r é c a u t i o n n e u s e de p u r I l i île en q ue nous ne po u v o n s cisle qui s ' e s t d é v e l o p p é r é c e m m e n t d an s pl u si eu r s r e v u e s d e
pttin, à ee m o m e n t . ne pus p e n s er r u m i n e révisionnism e. S elo n le r inéiriu, Les Cahiers pur e x e m p l e , ou C inéthique ? » el p l u s lo in :
m éine p r i n c i p e r é v i s i o n n i s t e à l' égar d du r év i si on n i sm e , no us « Ce qui me puruît quusi m é t a p h y s i q u e d an s l’at t i t u d e d e s r e v u e s en
p u b l i o n s en j ni l lei (<!il<! 21(0) tin texte r é d ig é pur la ce l l u l e des q u e s t io n , c'est celte a f f i r m a t i o n con si sta nt à d i r e q u e le c i n é m a
ci néas te s c o m m u n i s t e s , s u r lu ce n s u r e ; c o m m e si, d ’u n e uuulyoc doit ê t r e m alé ri ul isl e p ar ce q u e rV st l’art Ift plu» m u l é r i e l q u i
ef fec tu é e p u r de s r é v i s i o n n i s t e s, il y avuit quand m ê m e «les él é Hiil jsic : nos lecteurs jugeront du sérieux de la lecture des
ment» po si t ifs à t i r e r . ('ailiers opérée par C ervoni et Maurin ; et ça c o ntinue : 1 A u t r e
| Lu fo rm u l e { s o c i a l - d é m o c r a t e éc le c tiq ue » était d ’ai Meurs non ment dit, on r u m è n e le malérialiitmo ù la no t i o n de mu l é r ia l ilé
ni eme n l p r é c a u t i o n n e u s e , m a i s d an g er eu s e. S o cia l- dcmocr ul ie, oui, phyriico-cliimique. » A c cu sa ti o ns — (irotesques m ai s trè s pruvea - -
ù la r i g u e u r, si l’on p e n s e a u x obj ect if s q u e s' assigne le P.C.K. ; q u e ir ét uy cu l, et p o u r cause, a u c u n e citation, au c u n e unulyse.
m ais en uiiciin rai* s u r le j>lun ur ua n is u li on n el (c’est le tr o ts k y sm e <,|uant un < (cuucliisme. x. cf. l'a rticulet de. L ’Humanité-Dimanche.
qui pen.-e le P.C.K. c o m m e un par ti de type Bociul-déinocr ale, <1 r e p r o d u i t dans Ich ('nhiers u° 2^ L ou le c o m p t e r e n d u d u festival
c’est c o m p l è t e m e n t f u u \ l . Le I*.< 1.K., pur ex e m p l e , p r a t i q u e un cen- d 'A v i g n o n p ar C er vo ni d an s France-tVottrelle d u 4 o c t o b r e 1971.
trièlisme d é m o c r a t i q u e c e r t e s tr ès p ar t i cu l i er , muis tou t ù fuit Il uilunl de < (iinn liistes » les lenunt* île L uttes en Italie — en
oppo»e an « l i b é r a l i s m e » Jet. o r g an isa ti o n s bocial- démocr atcs. | l'o c c u r r e n c e l e s { ’tihier-i, qui p r és en ta ie n t f i l m ù Av ig no n.
7
(le sont bien les contra dic tions propres ail c h a m p spé collaboration possible entre les deux revues » : p ro p o
cifie, ue où nous travaillons qui oui e n tra în é la m a n i sition que nous analysons d ’emblée comme u n e m a n œ u
festation de notre antagonisme d'abord avec la ligne vre de division, consistant à jo ue r contre T e l Q uel ses
culturelle, puis avec la ligne politique du P.C..F. Mais « alliés ». Effectivement, au cours de celte réunion, on
cela ne veut pas dire que cet o rdre chro n olo giq ue soit nous proposera rien moins q u ’un entr etien dans la N.C.
p o ur nous un ordre d 'im portance (que les effets de Malgré cette bonne volonté évidente, l’essentiel de la
blocage du cha m p cu lturel pur la ligne politique nous discussion porte sur les désaccords et les critiques de
apparaissent c o m m e les plus im p o r ta n ts ) , ni que si, notr e part, ta n t sur des problèmes généraux (la position
p a r quelq ue évolution dans le sens du « libéralisme » du P.C.F. vis-à-vis de la Chine, la politique culturelle
(type P.C.I.), cette ligne p olitiq ue laissait plus de du parti) q u e sur des points précis concernant notre
« c h a m p t> aux luttes dans la politique culturelle, notre p r a tiq u e p ro p re (et n o ta m m e n t les attaques dont noua
position a u ra it élé différente. Au fur et à mesure que venons d ’être l’objel dans la presse du P.C.). A toutes
nos analyses progressaient en effet (aboutissant à la ces questions, nous recevons les réponses dilatoires pré
certitu de de la justesse de l’expérience chinoise, dont vues : po u r ce qui est du c ha m p culturel, des bonnes
les résultats théoriq ues et pratiques nous aidaient en paroles, promesses que ça va changer, autocritiques lé n i
m ême temps consid érable ment dans ces analyses), ce fiantes et de pure forme (accusant le m a n q u e de temps,
avec quoi noire r u p tu r e se consommait, avec quoi tout la négligence, la paresse, bref ram en ant tout à des ques
c ompro mis nous apparaissait désormais inacceptable, tions de sujets : personne n ’est parfait, mais...) ; quant
c’est une ligne contre-révolutionnaire, et p r in c ip a le m e n t à la Chine, on ne nous dit rien de la parution im m i
sur le plan politique. n ente de l’article sur « La sinophilie occidentale », et
on nous assure que le parti, par sérieux marxiste-léni
niste, s’inlerdit de ju ge r Pexpérience chinoise tant que
En même temps que ce raidissement dans le c h a m p lui m a n q u e n t des inform ations objectives sur le déve
des superstructures, le P.C.F. m u ltip lie ses attaques lo p p e m e n t des forces productives en Chine.
contre la politique du P.C. chinois, les principes et les On pourra lire en annexe la lettre que nous avons
résultats de la G.R.C.P.C. L’interdic tion rlu livre de envoyée à La N.C. refusant la proposition qui nous était
M.-A. Macciocchi, « De la Chine », à la fêle de L 'H u faite.
m anité, en est certes un sy m ptô m e voyant et révoltant,
mais pas [dus im po rta n t, et pas moins logique, que p ar
exemple le « to u r de la question chinoise » effectué eu
deux articles calomnieux dans L 'H u m a n ité des 30 sep
te mbre et l ”r octobre 19).
P o u r nous attaquer, el devant le no m b re sans cesse
croissant d ’inlellectuels qui s’écartent de sa ligne de
Ainsi, ce qui a p p a ra ît clairem ent dès ce moment, et démission pour la dénoncer et la combattre, il ne fait
qui depuis n ’a fait que se confirmer (cf. dans le n° 47 aucun doute «pie le révisionnisme va p arle r (c’est fait :
de La Nouvelle C ritiq ue, « De la Chine et des racines cf. en annexe la le ttr e de la N.C.) de l'instabilité des
de la sinophilie occidentale », texte sur lequel nous reve intellectuels petits-bourgeois, incapables de résoudra
nons ci-dessous, et le n° 49 de la même publication, où a u tre m e n t (pic sur le mode révolutionnariste névrotique
Je révisionnisme te nte de fa ir e face sur tous les fronts les contradictions aiguës du capitalisme monopoliste
théoriques et idéologiques : A.I.E. scolaire et universi d’Elat, opposant de plus à nos « oscillations f> la per
taire, théorie de la littérature, théorie des idéologies, manence de sa p ro p re position, etc. Cette auto-esti-
cinéma...), c’est l’accentuation de la cohérence révision mation du révisionnisme (pour ne pas même insister
niste de la politique générale du P.C.F. sur le p rem ier point) est à la fois juste et fausse.
Cette accentuation, d ’une part, et d ’autre p a rt la Elle est juste parce ipi’il est vrai q u ’aucune trans
publication, dans la presse, de fragments du manifeste form ation profonde, aucune ru ptu re , aucun changem ent
anlirévisionniste du « Mouvement de j u in 71 » (Tel q u a lita tif dans sa ligne politique, n ’est survenu ces der
Q u e l), que nous a p prouvons sur ses deux points fon d a niers mois, qui puisse justifier quelq ue révélation
m enta ux : révisionnisme du P.C.F. et reconnaissance subite de son caractère révisionniste. (Aussi toute atti
active de la G.R.C.P.C. et de la pensée mao-tsétoung, tu de de dénoncia tion du P.C.F. qui p re n d ra it comme
.-ans pour autant nous satisfaire entièrem ent de ses é b a u cause première, fondatrice, un événement survenu ces
ches d ’analyse (cf. prochain n u m é ro ), p récipitent le derniers mois ferait-elle la preuve d ’un défaut d ’an a
dévelo ppem ent de la contradiction com me antagoniste. lyse).
C’est dans cette conjoncture (pie, so u d ain em ent, La Elle est fausse cependant parce que c’est cette ligne
Nouvelle C ritique s’intéresse à nous. Le j o u r même de extrêm em ent cohérente et conséqiwnte qui a entraîn é,
la paru tio n dans Le N o u v e l O bservateur des déclara depuis quelques mois, un certain nom bre de c o m p orte
tions du « Mouvement de J u i n 7 1 » , on (la rédaction ments, de pratiques et de discours (qui ne sont que
en chef de la N.C.) nous invite à une ren co ntre urgente l'accentuation d ’une ligne anté rie ure, et nulle m ent
(trois jours plus ta rd) po u r « e n v is a g e r les formes de contr adic toire avec elle). Il ne s’agit (pie d ’effets, de
plus en plus massifs cl visibles (qui vont s’accentu er),
9) Sans parler d 'u n a r ticle «oni me «Lus iioiivl-iiux maoïstes» d ’une ligne (pii n ’a pas fondam entalem ent changé, et
[[Link]. ilu 13 o e t o b r e ) , où l’on p eu t lir e. p o u r tout (pie l’évolution des contradictio ns de l'impéria lism e à
jug em en t s u r la R é v o l u t i o n C u l t u r e l l e « Ce tle a b e r r a t i o n q u e
ro n s t i t u e te v o l o n t a r i s m e p o u r m o d i f i e r les s u p e r s t r u c t u r e s [Link]- l’échelle mondiale et à l’échelle nationale, contr aig nent
liilp?, a lo r s (]n 'o n ü’eal avé r é in up te h po*er c o r r c r t c m e n t cl ù à devenir de plus en plus visiblement révisionniste et
r é s o u d r e les vr ui a p r o b l è m e s de l' édif i cat io n d u so r i u li sm e <-it répressive (et non pas su b ite m e n t révisionniste et répres
C b i n e ». l V n d u n t l o n g t e m ps, le P.O.F. a j u st if ié (et c o n t i n u e de sive). En ce sens seulement, il est juste de dire que
j u s t i f i e r ) s o n « [Link] » su r lu C h i n e p a r le « mmugue d 'i n f o r
m a t i o n s » : e st -r e r e m ê m e m a n q u e qui au t o r i se de. tels ju gem ent * les choses ont changé. C/est, à l’échelle inte rn ationale ,
d é fi n i t i fs, c n r o r o u n e fois sans l’o m b r e d ' u n e p r e u v e ? depuis cet été, les transformations profondes entraînées
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p a r la politique exté rie ure fie la Chine, le rétablisse- tendance académ iq ue, régressive, universitaire bour-
m enl de ce pays dans ses droits à l’O.N.U., et la m odi goise ; il est encore moins concevable que, de dom inée,
fication corrélative du r a p p o r t de forces mondia l, qui la prem ière devienne dominante , car la raison de l’ac
ont provoqué l’intensification de la cam pagne de calom tuel r a p p o r t fie forces n’est pas dans le c b a m p culturel,
nies (surdélcriuinée par le soutien sans réserves -du mais hors de ce c ba m p — déterm inée p a r la ligne poli
P.C.F. au socia l- im péria lism e). C’est, à l’échelle n a tio tique d ’alliances précaires (cf. in fra) du révisionnisme.
nale, la perspective électoraliste qui est la sienne De même, il est illusoire de vouloir défendre , à l’in té
(approche des législatives, possibilité d ’une ente nte rie u r du parti ou en le soute nant de l’exté rieur, la
avec le réformisme, cam p a g n e île séduction de plus en « politique chinoise », en en e sp éran t le m o in d re effet
plus effrénée vers la petite-bourgeoisie) qui entraîne, (pour ce <pii est de la discussion fra n c h e et ouverte,
secondairement, l'a juste m e nt de la ligne cu ltu relle du les révisionnistes sont, à la rigueur, et un certain temps,
P.C.F. sur ces positions éclectiques et son extension prêts à vous laisser p a r le r ) , c’est-à-dire sans c o m p ren dre
exclusivement droitière. que la ligne politique du P.C.F. interdit la prise en
Nou9 dirons donc, en ce qui concern e d ’abord le seul considération de la ligne du P.C.C. (et im pliq u e une
plan « culturel », q u ’il est impossible que des c o n tra d ic lutte faro uch e contre elle), dans la m esu re où cette
tions antagoniques apparaissent au sein du P.C.F. entre, d ernière est une ligne de lutte de masse contre le révi
disons, une te ndance favorable à l’avant-garde et une sionnisme précisément.
Dans cette prem ière intervention, nous analyserons de conversion (souligné par nous, CdC) m entale, m orale
quelques-uns des aspects principau x du révisionnisme du ou idéologique... » (10). Ces quelques lignes condensent
P.C.F. au niveau théorique. les procédés hab itu els du P.C.F. : escamotage du p ro
blème de fond, am alg am e et caricature, d é fo rm a tio n his
Le caractè re fo nd am en tal du P.C.F., re p érab le à tous torique, réductions en tous genres, etc. Mais là n'est pas
les niveaux tle sa p r a tiq ue et de ses discours, de ses le plus im p o rta n t. Posons le problèm e a u tre m e n t : la
analyses et «le ses propositions, trait à p a rtir duquel lutte contre l'économisme co m m e déviation redoutable
seulement il est possible de c o m p re n d re sa ligne d u m arxism e a été historiquem ent le fa it des marxistes
politique c o m m e sa ligne culturelle, est 1’économisme, a u th e n tiqu e s eux-mêmes (à commencer, p o ur ne citer
révision m a je u re du marxisme qui l’accompagne depuis q u e des noms, par Marx et Engels, et sans insister sur
ses débuts. Le marxisme en effet, puis le marxisme-léni Lénin e et Mao), elle n'a jamais signifié que la révo
nisme et les pratiques révolutio nnaires qui en sont insé lu tion é tait (ni avant ni après tout) affaire de « c o n v e r
parables, se sont constitués et renforcés dans une lutte sion » tle q u e lq ue o rd re «pie ce soit, mais elle im pliquait
incessante, o pin iâ tre — parfois p rin c ip a le — contre et im p liq u e la reconnaissance im pérative d ’une ju ste
toute» les formes de révisionnisme et d 'o p p o rtu n is m e : ligne politique seule capable de c o m p re n d re et de m e
la grande révolution culturelle p rolétarien ne chinoise ner à bien toutes les tâches économiques — ligne poli
représente l’exp érie nce histo riq ue la plus am ple d ’une tique inséparable d ’un travail prolongé de tr a n s f o r m a
lutte de masses victorieuse contre le révisionnisme. tion et de rééducatio n idéologique pro fo ndes ;
Les traits p rincipaux fie l’économisiue, fie la déviation — ensuite, parce qu'il n ’est pas rare que la d é n o n
économiste dans les partis et organisations reconnaissant ciation de l’économisme, procédant elle-même par sim
« en paroles » le marxisme-léninisme, sont connus de ple renversement de ses analyses mécanistes, se fasse
longue date. Est-il inutile d ’en rappele r, avant l’analyse de façon également unilaté ra le (en dépit de certaines
des formes spécifiques q u ’il prend a u j o u r d ’hui en précautions formelles). Il est tout à fait erroné, selon
France, le fonctionnement de base ? Nous ne le pensons nous, fie p arler du révisionnisme ou de toute autre
pas : déviation du marxisme-léninisme (le dogm atism e par
— d ’abord parce que le révisionnisme lui-mèine s’in exemple.) com me d ’aberrations découlant d'u ne faute
génie a u j o u r d ’hui plus que jam ais (selon un processus th é oriq u e originelle — c’est-à-dire survenant sans lutte
inévitablement appelé à se d é v e lo p p e r), et cela pour entre deux lignes, deux voies, dont l’une a tr i o m p h é — ,
«les raisons d 'in té r ê t évident, à tout brouille r et tout ou de les penser dans un ra p p o rt de filiation simple,
obscurcir sur ce point. Une tenta tive p arm i les plus s’engendranl l’une l’autre, « accouchant » ou « avor
récentes : dans l’éditorial du il0 49 de La N ouvelle tant » l’une «le l’autre selon un processus h isto riq u e en
C ritique. Antoine Casanova l« L'enjeu >, p. 5), p artan t q u e lq ue sorte autonom e, autodéterm iné, coupé de ses
en guerre contre les tenants tle « l'avance » des sup er conflit ions matérielles d ’existence et de ses facteurs île
structures sur les réalités sociales, matérielles, écono
miques, décrit l’accusation d’économisme (ou d ’ « éco- 10) Lu cilulion c o m p l è t e est lu su iv an te « T h è s e de « l’uva nc c *
nomicisme » | comme une «v ie ille rie théolo gique » de* x u p e r s t r u e t u re s (rfiir les réuIilés [Link], mutériell e* , é c o n o m i
visant le marxisme-léninisme, accusation dont serait un q u es ! te l l em en t n u i la té r u le q u e noua ne nommed pas lo in d u vieil
exem ple la « longue décla ration en mai 1971 de l’épisco- idéulistne lh éo l o | i i q n e qu i taxe le m ar x i sm e- l én i n i sm e « d ' c c o n o m i-
ci>me » (cf. lu lo n g u e d écl ar ut io n en niai 1971 de l’é p ts c o p a t
pat chilien », régulièrement lancée par ceux pour qui chi li en I ro u s p r ét ex t e q u e lu ré v o lu ti o n eut avant tout uffuirc' d e
« la révolution est avant tout (souligné par A.C.I affaire co nv ent io n nienlule, niorule, idéologique... ».
reproduction ( I I ) . L ’économisine, en efïel, sous-estime société, de plus en plus exploitées el opprimées, vouées
ou évacue non seulement l'im p o rt an ce des lui les 110I1- à la salarisation, la paupérisation ou la prolétarisation,
li<|ues, mais aussi fies lutles idéologiques, culturelles, et dont le rap pro ch em ent de la classe ouvrière, voire
théoriques. Il perd de vue que l'aspect principal de= l'intégration à celle-ci (aspect positif perm ettan t de
lutles de classes à l’échelle, mondiale a u jo u r d 'h u i est penser une lactique d'alliances) s’accompagne (aspe ’t
po litiq u e , que la crise mondiale de l'impérialism e est négatif passé constamment sous silence par le P.C.F )
avant tout u n e crise politico-idéologique dont l’aspect d’une im portation massive de la conception bourgeoise
économique — y compris la crise m onétaire actuelle, du monde (13).
révélatrice — , quelle que soit son importance, et elle
C’est de la capacité politique et th éoriq ue d'u n parti
esl considérable, est un aspect secondaire (au sens
à pa re r à ces risques inévitables, jam ais définitivement
marxiste-léniniste du te rm e secondaire, c'est-à-dire tel
écarlés, c'est-à-dire de la fidélité on non aux principes
que l’expose Mao Tséto ung dans « A propos de la
universels du marxisme-léninisme, du socialisme scien
ro n lrad ictio n », el non dans l’acception réductrice où
tifique, el de leur application dialectiq ue aux conditions
l'ente ndent tous les mécanistes : voir plus loin). Mais
concrètes de la lutte des classes dans telle formatio n
la reconnaissance de l'im p o rtance capitale fies luttes
sociale à tel moment, de la p ra tiqu e ou non d ’une véri
idéologiques et théoriques, de le ur puissance matérielle
table ligne de masse, que dépend l’élaboration et la
el de leur force d ’intervention, la prise en considéra
conduite d 'u n e stratégie el d ’une tactique correctes de
tion de l ’action en retour constante des superstructu re s
luttes et d ’alliances, ou le reniem ent du marxisme-léni
sur l'infrastructure économique, comme fie leur rôle;,
nisme par ajustement de la ligne de ce parti aux
dans certaines circonstances, ftrimortliai, ne saurait en
intérêts é m in em m en t réformistes, contre-ré volutionnai
aucun cas justifier la sous-estimation, par méconnais
res, île cette aristocratie ouvrière et de ces couches
sance des processus économiques ou p a r réaction contre
petites-bourgeoises dès lors hégémoniques (au lieu qu 'a l
l’écouoinisme déchaîné du révisionnisme, du terrain où
liées possibles elles doivent être, placées sous la direc
se développe cc révisionnisme, fies racines sociales qui
tion du prolétariat, progressivement transformées, réé
en ont rendu possibles les commencements historiques
duquées) el cela, bien entendu, au d étrim ent fies
<tt dont les Iransform alions en d éte rm in enl el fucilitenl,
aspirations révolutionnaires de la classe ouvrière.
selon les lieux et les époques, la résurgence, la conso
lidation ou l'appnrilion (12). R a p p e le r les hases sociales où se nourrit le révision
Nous savons, depuis Lénine, que les racines sociales nisme et dont il représente les intérêts, nous paraissait
du révisionnisme sont communes à tous les pays mono* indispensable (sauf à to mber dans une analyse theori-
polisles, q u ’elles constituent une menace et un risque ciste unilatérale (14), à une juste position du problème.
pour les partis communistes de tons ces pays au stade
impérialiste du capitalisme. Ce sont elles qui rendent
compte, par-delà la diversité des conditions nationales lit) « Q n ’esl-ce qui r en d (le r év isi on ni sm e) in é v i ta b le du ns la
el le degré de dé veloppement (au jou rd 'h ui : de déclin) sociélé capitalis te ?... Dqiis d iu q u o pays capital is te , ù cô té du
prol éla riu i se t r o uv en t to u j o u r s les lar^e- cou ch e s «le lu petite-
fie l'impérialisme, par-delà les formes spécifiques q u ’il bo u rg eo isi e, des petits patrons. Lu p e t i te - pr od u ct io n a e n g e n d r é et
revêt dans Lel ou tel parti ou organisation, de son fonc co n t i n u e d’e n g e n d r e r co n st am m en t le cap italism e . <'elui-ci c ré e
tionnem ent général, de ses traits invariants, de ses i n é l u c t a b l e m e n t de no uv ell es « c o n c i l e s m o y e n n e s Ces n o u v e a u x
principes fondamenta ux. Ces racines sociales sont : 1) petits p r o d u c t e u r s sont in él u c t a b l e m e n t re jetés ù le u r l o u r d a ns
les runiis du p ro lé ta ria t. Dès lors, il est p ar fa it e m e n t n a t u r e l q u e
l'aristocratie ouvrière, frange de la classe ouvrière an a des conception» pet ites-bourgeoises ne ressent de s u r g i r dan» les
lysée par Kngels en Angleterre dès la f i n du XIXe siècle, ^ r u m h par ti s o u v r i e r s . » (Lé n in e, « Ma rx is m e et r é v i s i o n n i s m e » ,
dont l'accroissement n u m é riq u e est organiq uem ent lié Kdiliou» Sociales, t o m e 15, p. '!!>.) O n r e m a r q u e q u e ce d o n t il
s'u^il ici est la petilc-hourÿienisie « t r a d i t i o n n e l l e » (p e tite p r o d u c
au dévelo ppem ent de l'im péria lisme, et qui monnaye
tion, petite p r o p r i é t é ) q ue Marx, Erifiel», Lé ni ne onl é tu d ié e , et
son accepta tion de la règle du jeu capitaliste contre donl ils ont sou li gn é lu tendance (la Icnduiice se u l e m e n t > à p é r i
les miettes que la bourgeoisie accepte de prélever, pour cli ter uvcc le d é v e l o p p e m e n t du cap italism e. Muis l'a na ly s e vaut
les lui reverser, sur les énormes surprofits qu ’elle réa p o u r les co uc h es de lu « n o u v e l l e » petite-liour^eoi s ie , d o n t Lé n in e
lise : 2) les couches moyennes, petites-bourgeoises, de la so u l i p i u i l déiù r i m p o r l u n c e et prév oy ait au contraire l'élargis-
se men i avec l’i m p é r i a l i s m e (l'él ar gi sse m ent <•! l' e x p lo ita tio n
g r a n d i ss a n t e ), c.'esl-à-dire l 'e ns em bl e des travailleurs salariés non
11 ) Si lu t h ès e a v a n c é e dtms le» « P ositio n? du m o u v e m e n t do productif* (intellectuels, cadres, em pl oyé s, etc.). Q u e l'an alys e,
j u i n 19 7 1» (Tel (Jitftl 47) du d ô ^ m a l i r o - r é v i s i o n n i s m e d u l ’.C.K. en ce q u i con ce rn e le rév ision nism e, soil éga le m e n t v a la b l e p o u r
lions pu ru it fo n d a m entalem ent justn, les p r o p o si t i o n s su iv an 1rs sonl ces cou ches, vient de ce fuil (dont le P.C.K. ne veu t pas e n t e n d r e
plus d i s c u t a b l e ? : « ... le r é v i si o n n i sm e issu d i r ec t em en t , p ar l er ) (pie les de u x ensemble* (petil e-h ou r^ oi sic -r t r a d i t io n n e l le »
p u r r e n v e r s e m e n l , d u d o g m a t i s m e qui le no u r r i I et s' en n o u r r i t .. . » el « n o u v e l l e » ) , bien q u' oc c u pa nt de» place? ra d i c a l e m e n l d if fé
!« Position?-... », p. 137) ; c le d o g m a t i sm e et le r é v i s i o n n i s m e qui r e n t '» dans les ra pp ort » de pr o d u c l i o u , n ’en so n t pus mo in s
av o rt e d u d o g m a t i s m e , l o in c o m m e le cr o ien t n aï v em en t c ertains, unifirex s u r le plan idéologique, el qu e c'est cela q n i p e r m e t de
d ' ê l r e i : i i c o n t r a d i c t i o n . . . » (T el Q uel 47, « Ué r l u r u ti on su r l'hégé par ler , en loute r ig u eu r, d ’u ne itlétilogie ftetilr-hourgeoisfi.
monie idéologique b o u r g e o i s i e / r é v i s i o n n i s m e », p. 1331 ;
14) (lYsl ainsi qu e Jeun-Loui» l ia ud r y , dans I el (h iel 44. t o u r n e
i ... l Y r r n i r , p ui s lu c o r re ct io n s t a lin ie nn e sont, de ce p o i nt de eu r o nd dan» le cercle qti'il u lu i-même p ro d u il eu p o s a nt
vu e. d e u x s y m p t ô m e s d u m a n q u e ù lu d iu lc cl iq u e du do g m at i sm e
i n c o m p l è t e m e n t el i n co r re c t em en t ce p r o b l è m e (« l ’o u r u n e
ru Ira in d 'u r c o u r l i e r d e sou en ver s r évisionniste. » <IMiilippe
inotéi iolofiie ». p. 541 * L'imu^c ma»»if de l’idéo lofiie (e mp loi
Sol l urs , c K.B. », T el Q uel 47. p. 24).
n on spécifié de t er m es, hors d ’une r éf ér en ce à lu lotie des clauses
12) L ' é t u d e d e ces racine.» sociales doil elle- mêm e é v i d e m m e n t se cl à la f or m e qu 'e l l e p r e n d à un m o m e n t et dan» uu pa ys d o n n é ,
nu n i e r de l’é c u ei l é c o n o m i s t e : des f orces .'OC iules id en t i q u e s p e u pur ex. « lib er té », <t vér ilé », ete.t serl-il à justifier u n e tr a
v ent , s e l o n le» c ir c on s t a n c e » et les lieux, avo ir des pratiquer* i d é o it i»on de» inlér êls de chis»e ? ou l'avril^leiilelit i d é o l o g i q u e e»l-il
lo g i q u e s el d e s a t t i t u d e s poli ti que » m o l r e - r é v o l u l io n n ai r es f o n d a r e sp on s ab l e d 'u n e orie nt ut i ou poli liqiicmcnt dé lai lia nie 'i ] I n 'j
mentalem ent différentes r é vi sionnistes, mais aussi r éf orm ist es . a pas de ré p o t i 'e pr éci se à d o n n e r à celle alter na t iv e car l ' a m b i
o u v e r l e i n e n t r é a c t i o n n a i r e s , vo ir e fasciale». Le m o m e n t q u e .......- guïté curuclérisc ess en ti el le m en t le m o d e d ’uelion de l' id é o lo g ie . » ( V I.
a n a lyso n s, le u /o rm e s que. le ré v is io n n is m e prend eu France mi- O u voit h 'e n p o u r q u o i lu ré ponse esl impo ss ible . L' u n il e d n c ll e
jituril'htii a v e c fe I V C i.K . »ou1 d é t e r m i n é s p a r d e s f a c t e u r : - m u l t i p l e ' , pol il iq uc- id én lop ic , posée dans ces terme», e.~l siilTisaiile ù r e n d r e
une l o n g u e é v o l u t i o n h i s t o r i q u e d e l a s i t u a t i o n n a t i o n a l e et i u l c r - c o m p t e de» pr ocessus de f o rm at io n. de r e n f o r c e m e n t r l de r e p r o
n a l io n a le q u ' i l n 'e d pus d a n s n o t r e p r o p o s d e r e lr n c e r f c o u » l iIii l i o u du ct io n éla rg ie du rév ision nism e. A pins forte ra is o n lYst-rlIr
d . i l ' . C . K . , su p l a c e d a n » la 1111' I n t e r n a t i o n a l e , e t c . ). il p r n -e i et u co n d u i r e n u r lutte conifilète co n tr e loi.
*0
(,'e qui ne v«ul pas dire q u e l’objet de ce texte soit dans l’a p p areil «les « porteurs » du « savoir » et de la
une analyse de la composition sociale du P.C.F. (facteur science (intellectuels, idéologues divers, ingénieurs,
im p o rtant de non révisionnisme et de ses mécanismes cadres, etc.) ;
d'entretien,), mais U T i e é tu d e de certaines de ses m a n i — étude, en relation avec les points précédents, du
festations a u jo u r d 'h u i en France. rôle politique et idéologique, considéra ble «;m France.
Nous signalons donc seulem ent quelques axes de depuis le xix" siècle, de la petite et m oyenne bo u r
recherches (déjà publiées, en cours ou à e n tr e p r e n d r e ) : geoisie ; la force d’a p p o in t q u ’elles représente nt ; de
— étu de du poids idéologieo-poliîique (15) de l’aris quelle lutte ach a rn é e elles sont l’enjeu...
to cratie ouvrière dans le P.C.F. et la C.G.T. à partir
d’un certain no m b re d e revendications et de comporte*
ment* typiques à ces «leux organisations (par exem ple : 15) N o u s di sons bie.n p o i d s p o litiq u e et idéologique. Là a us si rit
le social-chauvinisme, l’étroitcsse corporatiste , le culte effel il faut ne ga r d e r d ’une position éc o n o m i s t e : rfé limilatio u île
r el ie Transe c o n t r e -r é v o l u t i o n n a i r e mit le* seuls crilè rc s de la q u a
de la h ié ra rc h ie ), étu de à p a rtir de laquelle seulement lification cl «lu salaire. Q u e l'a r i sl u r ra t ie o u v r i è re se r e e r u tc plus
il esl possible de penser leur relation (qui dirige qui ? jucili’nw nt elle/ les o u v r i e r s les plus q ua li f ié s et les m ie u x p uyés
Comment'.'') au trem en t (pie sur le inode descrip tif et n 'a u t o r i se mie nne di vi sio n m é c a n i q u e : un o u v r i e r q u a l i f i é el
bien puyé, mais uyant une consc ienc e de «.lasse r é v o l u t i o n n a i r e , ne
statique du « P.C.G.T. » ; sa ura it êtr e c o n s i d é ré r a n i m e hiibunt p ar ti e de cette a r is t o c r a t ie
— étude de la « b u r e a u c r a t i e syndicale el p o l it iq u e » (r.r. c Kuscisme «■! [Link] j> <fe N . l ‘o ul au i / as 1 . Là e n c o r e , el
p ro p re à ces deux organisations, proliférant de façon c'est ci: q u e IMarx, hl upds, L é n i n e et Muo ont toujours affirmé., la
im pressio nnante avec l 'h y p e rtro p h ie de l’A p p areil d ’Etat snult* d é l e r m i n a t i o n é e i m o m i q u e n’est pas suffisante (b ie n q u ’iuilis-
p e n s a b l e ) à la «'iiractérisulion d ’un e classe, cou cbc , ca té g o r ie , fra c
bourgeois ; tion... Lu q u e s t io n idéologique et politiq u e j o u e un rô l e d écisif.
— étu de du glissement progressif de la hase de Cet ar ti cl e n'« pas d'uittre but q u e de r é p é t e r <■«!', te v ô rilé o u b l i é e
classe du P.C.F. vers la petite-bourgeoisie salariée ; rôle p a r les révisionniste».
Les délaiIlances théoriques «le ré«:onomisiiie (à I oeu la hase éco no m iq u e). Les choses sont un peu plus
vre de la«;oii diffuse dans l’économisme « sp on ta n é », compliquées en ce «pii concerne la relation forces pro
organisées en système q u and il est « conséquent ») sont d u c tiv e s /ra p p o rts «le production. Le révisionnisme mo
a u jo u r d ’hui bien connues. Ces défaillances, dont nous d ern e n’en est plus aux temps anciens du fatalisme
énum érerons celles «pti nous paraissent les plus opé économ iq ue (début «lu siècle) où la passivité el l'a tte n
rantes, ne maixpienl ja m ais d’avoir des effets /tralit/tuis, tisme politiques tro uvaient leur justification dans la
politiques massifs «pie nous «levrons égale m ent analyser. certitu de «pie le seul d évelo p p em en t des forces pro du c
Quelles sont les défaillances théoriq ues principales tives e n tra în e ra it a u to m a tiq u e m e n t — une fois franchi
de l’économisme 'i un seuil de com p atib ilité m axim um avec les rap po rts
de production existants — la tran sfo rm atio n « révolu
— Une conception inécaniste «le l’évolution «les p ro tionnaire » «le ceux-ci, et cela en l’absence rie toute
cessus socio-historiques, de la dialectiipie des forces lutte politique consciente et organisée «lu pro létariat et
productives et «les rapports de production, d e l’infra de ses alliés. Le révisionnisme m o d e rne (ici sembla ble
structure économ ique et de la sup e rstru c ture idéologico- à celui «le la I I e I n te rn a tio n a le ) reconnaît le rôle m o teu r
ju rid ic o-politique (les su perstructures pensées comme «le la lutte «le classes dans l’histoire. Mais cette recon
sim ple phénomène, p roduit, reflet inerte et passif de
naissance — outr e q u ’elle n ’a jam ais été suffisante à
faire la distinction entre un marxiste-léniniste et un
révisionniste puisque, Lénine y insiste, les notions de
16) O n p r é r i s e r a t ou t d e s u i te q u e les ac r o ba ti es st y li s ti qu es el
classes et m êm e de lutte de classes sont recevables pour
les s o p h i s m e s «lu P .C. F. n e s a u r a i e n t eu au c u n eus i m p r e s s i o n n e r :
c'est le p r o p r e d u r é v i s i o n n i s m e q u e de. lie. pas d i r e ce qu' il fuit la bourgeoisie, l’accepta tion ou non de la dictature du
el de ne pas f a i r e r e q u 'i l dit. O u du m o in s pus tout à fait. prolétariat constituant, elle, la ligne de dém arcation
Car d i s c o u rs el p r a l i n e s c o n t r a d i c t o i r e s ne p e u v e n t coexister décisive ; nous y reviendrons, mais cf. dès m a inte n a n t,
é t e r n e l l e m e n t sa n s i n f l u e n c e r é c i p r o q u e . C la s si q u e m e n t, le r é vi si on
n is m e se d é f i n i t «le r e c o n n a î t r e le m a r x i s m e « e n p a r o l e s » et «le p a r exemple, l’é ditoria l «le L au ren t Salini dans « L'Hu-
le r e n i e r « d a n s (es f a i t s » , mais ces Tails f inissent p a r r e l en l i r m anité-D im anche », du 10 mai 1971, parla nt en ces
su r ces p a r o l e s p o u r e n d é f a i r e la belle o r d o n n a n c e (c'est sur termes rie cette ligne de dém a rc a tion « ce «pie l’on
textes a us si q u e L é n i n e f init pur p r e n d r e K a u l s k y ) . Il n' y a do n c
appela naguère la « d ic ta tu re du p ro létariat » (les guil
pus t o u j o u r s o p p o s i t i o n s i m p l e e n t r e «les p r a t i q u e s d e c o l l a b o r a
t i on de classes el d e s d i s c ou r s r é v o l u t i o n n ai r e s . L o r s q u ' i l esl lemets sont «le L.S. ) — cette reconnaissance du rôle mo
p ou ss é à b o u t , c o n t r a i n t d e t o u tes par ts, acculé, le r é v is io nn is m e te ur tle la lutte des classes est elle-même viciée par l’éco-
a b a n d o n n e aussi le m a r x i s m e - l é n i n i s m e e/i paroles ( c o m m e r 'est
noniisme et e n tra în e une conceptio n toute part iculière
le cas, i r r é v e r s i b l e m e n t , p o u r le 1\C. F . ) . Les d is c o u r s ju sti f i ent
de plu s en p l u s t o r t u e u s e m e n t des pr at i q u es , cl les q u e l q u e s , é l é ‘ (cf. p ro c h a in n u m é ro) de la lutte politique. Lorsque le
r encea o b l i g é e s à lu d o c t r i n e s ' év er tu en t à fuirc pas ser les unes et m i n i m u m nécessaire de maté rialis me est requis, et
les aut re s . L ' o p p o s î l i o n s i m p l e fait place à la d é n é g a t i o n , le oblige à ra p p e l e r l'interaction de tous les niveaux d’une
« J e sui s m a rx i s t e - l é n i n i s t e > au : <11 n'est pas vrai q u e ie ne
sois pas m a rx i s t e - l é n i n i s t e ». Et «‘. 'est au m atérialism e historique form ation sociale, les articulations de son unité com
q u ’il r e v i e n t de «l éco uvr ir quand et pourquoi. plexe, c’est l'in d é term in a tio n , Vindécision totales : les
choses é la n t c om plexe^ on finit par a d m e ttre que tout mique, du rôle «le la théorie, sans p arle r — cf. prochain
ge lient plus ou moins. Un exem ple récent : l’article nu m é ro —, du rôle assigné à la lutte politique et à la
de Jacques tle Bonis et Anto in e Casanova dans La /Vou- lutte idéologique. P o u r l’économismc, ce q u ’il a postulé
velle C ritique 47, « De la C hine et des racines de la com me contradiction prin cipale pourra it à la rig ueur
sin ophilie occidentale » (page 42) : « Aussi faut-il bien exister sans les contradictions secondaires, et, dans scs
dire (pie là — com me ailleurs évid e m m e nt — ce n’est versions « dialectiques », existe de toute m anière avant
pas l’idéologie qui est « pre m iè re », qui « Fait » le elles.
développem ent his to riq ue de la Chine, c’est l’ensemble — L’aplat issement, la linéarisation de la contradiction
de la formation sociale d o n t la base est, el reste les fonde une conception d ia c h ro n iq u e simpliste de l’évo
ra p p o rts de production et le u r interaction avec les lution des processus socio-historiques. Plus de muta tions
forces productives, dont les aspects matériels et hum ain s révolutionnaires, de bonds, de sauts qualitatifs, mais un
(Févolulion des besoins et des a p titu d e s) sont indisso temps continu homogène. A la d iale ctique « s u b t i l e » et
ciables ». La loi de la contradic tion in h é r e n te aux « révolu tionnaire » fait place 1’ « évolution simple et
choses et aux phénomènes, la loi du développement de toul re p o s » (Lénine). Deux exemples :
inte rne des contradic tions propres à une formation 1) évolution sim ple : « Thèses du X IX 1' Congrès du
sociale se tran sform e ici (puisqu’il est impossible de P.C.F. » (chapitre « Pour une dém ocratie avancée
savoir ce qui, selon la conjoncture, est principal et ouvrant la voie au socialisme », page 16) : « Un gouver
secondaire, d o m ina nt et dominé, m o teu r et agi) en une nement d ’union démocratique, dans lequel le Pa rti com
tautologie a n h isto riq ue : ce qui fait l ’évolution de la m uniste assumerait les responsabilités que lui confère
Chine, c’est l’ensemble de la formation sociale chinoise. la confiance de millions de Français, s’a p p u ie r a i t réso
E l voilà pourq u o i votre fille est muette, et voilà p o u r lument sur les niasses popula ires po ur conduir e cette
quoi la révision du P.C.F., digne fille du révisionnisme politique dans la stabilité et le progrès continu » (sou
de la I I Ü In tern atio n ale, ne ta rit pas d ’absurdités sur ligné p a r nous CdC : s’il est vrai, comme le déclare
lu Chine. En fait, ce pluralisme éclectique où toutes le P.C.F., que d ’innom brables débats à tous les niveaux
les contradic tions sem ble nt s’a n n u le r (tout est dans tout ont p roduit les thèses en question, que cliaque te rm e
el ré c ip ro qu em en t) recouvre une h ié r a r c h ie rigide mise a été pesé, on est tout à fait fondé à les pren d re au
en place d o gm atiquem ent une fois p o u r toutes : ce m ot) ;
n ’est pas l’idéologie qui « fait » la Chine, toutes les 2) d e tout repos : toujours dans les mêmes thèses,
contradictio ns in te rv ie nnent, mais ce qui « fait > la page 20, nu m é ro 19 : « A notr e é poque et dans no tre
Chine, ce qui est « prem iè re » c’est la base économ ique pays, où les prémisses économiques et sociales du socia
toute-puissante, d é te rm in a n te et dom in a n te , dernière et lisme sont d ’ores et déjà réunies, un long intervalle
prem ière. Q uant à « f a i r e » la Chine, « e n s e m b l e de historique ne séparerait pas l’insta uration d ’une dé m o
la form ation socia le », « in te r a c ti o n in é v ita b le » , « indis cratie avancée et le passage à une société socialiste. La
sociables », c’est le ressassement indécis, flou, tâ to nn a n t démocratie avancée est une form e de tr ansition vers
d ’un vocab ulaire pas même vraim ent marxiste, Findé- le socialisme » (souligné par nous, CdC).
term ina tion p u re et simple, le vide de la connaissance, L ’évolutionnisme mécaniste est ici ple in em ent à l’œ u
l’opposé de l’analyse concrète d ’une situation concrète, vre : augmentation, dim in u tio n, addition, répétition,
le plein de l’idéalisme. temps continu, avec perte de vue de la cause du m o u
vement, de sa source (la lu tte et ses effets : la révolu-
— L’économisme c’est aussi, à p a r tir de la découverte tion prolétarienne et l’iuslauration de la d ictature du
marxiste fond a m e n ta le de la base éco n o m iqu e des luttes prolétariat) au nom d ’une révolution « eu deux temps »
de classes en général el de la lutte p o litiqu e en p a rti sur laquelle nous reviendrons. Sur le plan d ’une
culier, à p a rtir du p r in c ip e irrécusable de la d é te r m in a conception de la culture, la théorie des stades p rop re
tion en dernière instance économ iq ue des modes de à l’évolutionnisme atteint, sous couvert de p rio rité des
production, l’identification une fois po u r touteis de cette tâches et d ’o rdre (les urgences, des effets du plus h a u t
contradic tion d é te rm in a n te en dernière instance (Capi com ique : c’est le cas du d ro la tiq u e pastiche de « C ré a
tal-Travail) avec le rôle de contradiction d o m in a n te tion », et révéla te ur ju ste m e n t parce que « forçant la
dans une form ation sociale. Alors que M arx et Engels note », de Maurice Goldring sur le Chili (Nouvelle Cri
n ’ont pas cessé d ’insister sur le mot dernière, l’écono- tiq ue n° 47, « U n an de révolution c u l tu r e ll e » ( ! ) ) :
misnie s’obstine à la concevoir comme prem ière. L ’exem « Le l ' r jo ur, le gouvernement d ’unité popula ire n a tio
ple cité ci-dessus est éclairant : 1) l’idéologie ne « f a i t » nalisa le cuivre. Le 2* jo ur, le gouvernem ent d’unité
pas la Chine (ni aucun autre pays), l ’idéologie n ’est pas pop ulaire nationalisa le nitrate. Le 3e jour... les banques
« p rem ière » ; 2) parce que l ’ensemble de la form atio n d ’affaires (...) Le 7* jour, le gouvernement d'u nité p o p u
sociale jo u e co ntra dic to ire m e n t : 3) dont la base (ici laire se reposa et il s’occupa de culture ». Inutile d’in
t o u r de passe-passe identifiant dernière [juste] et « p re sister sur cette conception très marxiste de la culture
mière » [fa u x ]) est, et reste, l’économie. comm e su p p lém en t d ’âm e dominic al !
Paris, le 25 novem bre 1971 P o u r tou le réponse, vous vous en êtes tenus à l’expli
cation p a r tr o p simple q u ’il y avait eu de votre part
MM. A nto in e Casanova, Jacqu es De Boni», « négligence », « oubli », « scrupules à in te rv e n ir h â t i
Emile Breton, Jean-A mlré Fieschi vem ent », etc. T o u t cela allait enfin être réparé. Hier,
LA N O U V E L L E C R I T I Q U E rien n ’était possible ; a u jo u r d ’hui, to u t le devenait.
PI ace du Colonel-Fabien P o u rq u o i précisément a u j o u r d ’hui ?
PARIS-190 La chose p o u r nous ne faisait, et ne fait toujourg,
aucun doute. Au m o m e n t où — le révisionnisme, n o ta m
Messieu rs, ment culturel, se m a nife sta n t dans votre presse el dans
Lors de noire rencontre du jeudi 21 octobre 1971, vos analyses avec plus d ’éclat que jam ais — une partie
vous nous avez proposé de pa rtic ipe r à un entretien de lu rédactio n de Tel Quel venait de pre n d re position
dans la Nouvelle Critique. contre la politique du P.C.F., il s’agissait, en sollicitant
Cette proposition, discutée en Conseil de Rédaction, les Cahiers, que le u r inte rv ention dans la Nouvelle Cri
a été refusée. Les raisons de ce refus sont de deux tique apparaisse comm e un désaveu des positions de
ordres, l’un conjoncturel, l’autre plus général. Tel Quel.
1° Devant vous, nous avons plusieurs fois manifesté Il ne saurait être question — quelles (pie soient les
n o tre su rprise de l’inté rê t so udain que la Nouvelle C ri réserves que nous pouvons fuire sur les modalités et
tique portait à n otre travail, alors que depuis un an certain s points secondaires de ces positions — de nous
elle l’avait passé sous silence, el q ue d ’autres p ublica p rêter ù ce que nous considérons comme une m a n œ u v re
tions du p arti ( « L ’H u m a n i t é » , « L’H um anité-Dim an- politique. Et qui plus est, d ’une politique avec laquelle
clie », « F r a n c e N o u v e lle » ) en donnaient, très récem nous sommes en désaccord.
m ent encore, une « version » caricaturale. 2° Nous ne voua avons pas caché en effet — c’est là
Certes, il pouvait a rriv e r q u ’au cours de conversa la d é te rm in a tio n prin cipale que nous m ain te nons — les
tions privées vous conveniez de l’im p o rta n c e de notre graves divergences qui nous séparent, sur de nom b reu x
travail, el de la nécessité — au moins — d ’en discuter. points. N o ta m m e n t, po u r ce qui est de n otre c h a m p
Rien p o u rta n t n ’en apparaissait dans votre revue, les spécifique, sur la question d ’une politique c ulturelle
seules références aux Cahie rs du Ciném a s’y réduisant marxiste-léniniste qui, tr op de signes s’en manifestent
à rappeler, avec une insistance réglée, le manifeste c h aqu e jour, est loin d’être celle du P.C.F. Sincèrement
q u ’avec C in é th iq u e et Tel Quel, nous avions signé en vôtres, Jacques A um ont, Pascal Bonitzer, Jean-Louis
d écem bre 1970. Comolli, Je a n N arboni.
3. Commentaires
On ne s’a tta rd e ra pas sur celte lettre dont les pro P.C.F. devient un quelc onque groupe littéraire dont
cédés (classiques) ont fait l’objet d’une analyse dans l’antico m m un ism e vulgaire, etc. Disons plutôt q u ’au
le texte précédent. Une brève é num ération, cependant. moment où cette ru p tu r e s’annoncait, il était im portant
1. A m a lg am e el brouillages divers. T o ute atta q ue pour la « N o u v e lle C ri t iq u e » , revue du P.C.F., de pou
contre le P.C.F. rangerait ses aute urs — an tic o m m u voir nous jouer dans le c h a m p spécifique qui est celui
nistes vulgaires — sinon dans le cam p (voir plus h a u t) des avant-gardes dans les pratiques artistiques. Quant
de l’épiscopal chilien, du moins dans celui des réfor à « Tel Quel » proprem ent dit, la « Nouvelle C ritique »
mistes de gauche, du P.S.U., des [tenseurs attitrés de ne semblait pas, récemm ent encore, en faire si peu de
la classe dir ig eante (de Gaulle, le Pape, J.-J. S.-S., « L e cas et c’est à p a rtir d’une pure et simple « prévision
Figaro », Griotteray, etc.). Tout irait pour le mieux du passé » q u ’elle affirme a u j o u r d ’hui n ’avoir eu nul
dans le plus grand confort, si les choses n ’éta ient un besoin de tenter cette manœ uvre.
peu différentes : c’est le révisionnisme, trahison du 3. H ostilité im m aîirisahle envers la Chine. Que la
marxisme-léninisme, qui se range obje ctivem ent du côté seule m ention de la Révolution chinoise soit perdue
de la bourgeoisie et de l'anticom m unis m e. P o u r ce qui comme une blessure par le révisionnisme a p p araît comi
est des réformistes de gauche (P.S.U., etc.) on précisera quement ici. La décla ration « agressive » de Porretta-
u n e fois encore q u ’à le ur encontre (et contre tous les T e r m e se composait en effet ainsi : 1) rappel «les
tenants du rôle prin cipal a u jo u r d 'h u i des cadres, tech débats de « Positif » el « Cinéma 71 » avec mention du
niciens, de la « nouvelle classe ouvriè re », du « bloc his livre révisionniste de Lebel : 2) tout à fait dans un
to riq ue », de « l'embourgeoisement du prolétaria t », etc.) autre c h a m p (le p a ra g ra p h e commence par « en revan
la position marxiste-léniniste reconnaît le caractè re révo che»...) référence à la G.R.C.P.C. et aux textes de
lu tion n a ire jusqu'au bout fie la classe ouvrière et l’im Mao Tsétoung pour c ritiq u e r la position dogm atique
portance d ’un e avant-garde dirigeante, d ’un P a rti com de « C in é lh iq u e ».
muniste. Mais les partis révisionnistes (comme le P.C.F.) Méla ngeant tout, aveuglé, le révisionnisme prend
ne [peuvent en aucun cas (en dépit d’une emprise p ro pour lui une citation visant un autre destinataire. Voilà
visoire obtenue sur cette classe au prix des pires dupe* qui en dit long sur sa « capacité <le lecture » mais
ries) p ré te n d re à constitu er celte avant-garde ni à r e p r é délivre aussi quelque chose de sa vérité et de celle qui
senter les intérêts de cette classe. la force à se fa ire jour : q u ’est-ce que la Révolution
2. Bricolages historiques rétroactifs et analyses à l'en chinoise en effet, sinon, dans sa m ention même, la
vers. « Tel Quel » ayant rom pu sp ecta cula irem ent avec le mise-au-suppliee du révisionnisme V — C.d.C.
14
Hors-champ
(un espace en défaut)
par Pascal Bonitzer
i. Vrai, faux. Le geste idéologique automatique, obsède le cinéma classique. C’est, le plus souvent, au
inaugural de la vision d ’un film, de l ’expérience de la nom d ’un plus-de-réel que s’effectue ce « recul » ; le
projection, est d ’investir la surface de l’écran d’une souci du « réel » (du vrai, de l’authentique, du natu
fictive profondeur. Celte profondeur dénote la réalité rel, etc.) dans la représentation n’est par définition
dans la fiction, la réalité de la fiction. Celte prise idéo jamais satisfait. Le « réel » constitue la borne idéolo
logique est, au cinéma, plus impérative qu’en toute gique autour de laquelle tourne la critique, la lecture
autre production signifiante. C’est ce qu’on appelle divisée et bloquée, entre l’hésitation névrotique et le
« l’impression de réalité ». tourniquet fétichiste (le déni), où alternent les p a ra
Surface, profondeur, réalité, fiction, tout processus digmes du « vrai » et du « faux ». Cette alternance du
de lecture d ’un film, c’est-à-dire tout procès critique « jugement », blocage de la lecture et de sa dérive,
tendant à lever le refoulement de la surface dans sa c’est-à-dire de sa productivité, définit sommairement
configuration en profondeur, à rappeler la fictivitc le mécanisme de la captation spec(tac)ulaire ; la
de la fiction, se trouve donc pris d ’emblée dans le « prise de distance » est un moment nécessaire de la
chiasme, dans l’étau d’une antinomie dont il ne semble représentation, qui permet de prévoir, de tolérer et
pas possible de sortir. C’est ainsi que la vision cri de maîtriser les chutes de « crédibilité ».
tique, au cinéma, se manifeste p ar une dissociation de Naturellement, ceci vaut pour tout film (la plupart)
l’objet filmique ; elle analyse dans le même temps tablant sur la vraisemblance du récit et le réalisme du
qu’elle continue de « vivre » la fiction : clivage du détail (l’un n ’allant pas sans l’autre : réalisme ici
sujet. On se prend ainsi fréquemment à questionner dénote le niveau du signifiant, vraisemblable celui
la technique d ’un truquage tout en s’y laissant pren
dre, à contester « l ’authenticité» d ’un costume, (1), 1) Je pens e à cette réflexion île Kazan : « T e n e z , pa r
ex e m pl e : il y a une chns c qui m'a f ra pp é. C’est La Guerre
à critiquer l’acteur « sous » le personnage, à sfinquié- est finie. J ' a im e l’œ u v r e <le Resnais, ça ne nie laisse jam ai s
ter de savoir si l’arrière-plan est ou non une trans in di ffé ren t, et souvent m ’int éresse b ea uco up. Seulement,
quel que chos e d a n s ce film m ’a mis mal à l’aise. C’est la
parence, à s’interroger sur le coût de la, production, et ch e m is e de l’a c te u r — Yves Mont a n d — toujours p r o pr e ,
ainsi de suite, dans un processus généralisé de clivage d ’un bout à l’au tr e du film. Enfi n : il baise la fille, lout
babillé, et q u a n d il se lève, sa c h e m is e est ab so lu m e n t
de la scène filmique. c om m e avanl !... Alors, je me suis dit : bon ! voy on s un
Ce « recul » critique ressemble beaucoup à une peu... C’est tout de mê me une obje ction idiote, e n f a n li n e !...
et je protestais, je râlais... (...) J e ne pouv ais pas m ' e m p ê
défense contre « l’impression de réalité », contre la c h e r d ’y revenir, à lu c h e m is e de cet hom m e, el je me
puissance d ’assertion dont on crédite le cinéma. C’est di sais : ma is enfi n, est-ce c o m m e ça q u ’on por te une
c he mi se q u a n d on est un h o m m e da n s sa sit uation ? »
une défense, dans la mesure où le geste en reste lié, et (Ent ret ie n, CdC 184). 11 est cl ai r q u ’e n t re ee flhn et ce
même aliéné, à ce « r é a l is m e » du détail, du décor, sp ec lnleur, e n t re < é c r it u r e » et « lecture >, s ' e n c h a în e un
pro ce ssu s idéologique d ' i n t e rp c ll a li o n - ré p o n s e qui ex cèd e
etc. appuyant la « vraisemblance » du récit, qui la seule question du « réa lis me ».
15
du signifié) ; jouant le jeu, donc, d ’une scène repré cependant jamais, fût-ce sous la forme du déni ( « j e
sentative (2). sais que c’est truqué mais j ’y crois quanti m ê m e » ),
Placez maintenant un spectateur habitue à ce type sans doute d ’ailleurs la plus fréquente.
de film devant un de ceux, fort rares pour d ’évidentes Il n ’y a jamais prise absolue, totalement hypnoti
raisons idéologiques, qui ne jouent pas le jeu de celle que, de « réalité » au cinéma. V « impression de réa-
représentation, qui décentre et morcelle la scène de la lité » esl originairement affectée d'un manque. D’où
fiction au point de rendre vaine la mécanique idéolo cela vient-il ? D’abord de ce que toute représentation
gique de Palternance vrai-faux : il « décrochera ». est, par définition, el peu ou prou, contestation (en
Lorsqu’on reproche ainsi au,\ films d ’avant-garde de même temps que suscitation) de la présence (de la
n’être pas « visibles » par la « masse » des specta réalité). Mais plus précisément, cela tient à la struc
teurs, en impliquant toujours : par les ouvriers, les ture matérielle de la fiction cinématographique, c’est-
paysans, les spectateurs virtuels et « incultes », exclus à-dire au système de la projection, à l’écran, et glo
des superstructures, on se réfère en fait à la masse balement à la structure de la scène filmique.
des spectateurs petits-bourgeois inloxiquée de cinéma
dramatique, de réalisme aristotélicien, tle vraisembla Si l’on en vient en effet à mettre en doute, assez
ble. La machine n’ayant plus lieu de tourner, l ’écla banalement, et le plus souvent sans risque que cela
tement de ce support imaginaire provoque une sorte aille trop loin, la « réalité», 1’ « authenticité», de ce
de vide, de blanc, angoissant pour loute attention hys que nous offre l’écran, c’est que celui-ci ne nous mon
térique, et inaugural de la lecture, c’est-à-dire d ’un tre pas « tout », autrement dit, que l’écran n ’a pas
procès de production de sens en dérive, en proie à pour seule fonction de nous permettre de voir (le
« u n e initiative perpétuelle» (Kristeva), au jeu dia- film ) mais aussi, comme son nom l ’indique, de nous
lecLique des décisions, s’épanchant largement hors de cacher (de la réalité). L’image cinématographique est
l’aire d ’interprétation d ’un objet défini (ce film). (Le hantée par ce qui ne s’y trouve pas. Contrairement à
spectateur petit-bourgeois, au contraire, ne veut surtout l ’idée reçue, l’image filmique n ’est pas l’empreinte et
pas inventer, travailler les images et les sons. Il veut le dépôt une fois pour toutes d ’une réalité unique ;
être satisfait, comblé d ’images. Le plaisir du cinéphile affectée d ’un manque, elle travaille, (c’est Yhistoire
est un plaisir oral, on absorbe « du » cinéma (ruban qui la fait travailler), creusée par ce qui ne s’y trouve
fécal) par les yeux — puis, second temps, on commente pas.
entre soi, c’est-à-dire qu’on érige par déjections ver La scène filmique « j o u e » et travaille de ce qui
bales un fétiche, « séquence sublime », « plan gé ne s’y trouve pas, soit dans sa dynamique et sa dia
nial » : le règne sans partage de celte cinéphilie est chronie, au niveau de la suite et la fuite des plans,
peut-être fini, mais ça dure encore.) soit dans son architectonique et sa synchronie, au
Le jugement « c’est faux » (je veux dire toute prise niveau du photogramme. On sait (cf. Barthes, Le Troi
de distance du spectateur par rapport à la fiction), sième sens, Cdc 222, et Sade Fourier Loyola, p. 158)
qui dénote les dénivellations et les chutes de crédibilité que ces deux niveaux sont hétérogènes, ne s’imbriquent
dans le coulé de la narration, se trouve donc presque pas, ne se complètent pas, ne « rentrent » pas l’un
automatiquement réinvesti dans une interrogation sur dans l’autre. Ils s’articulent cependant en termes de
le travail, le matériau, les opérations de mise en scénographie, dans la mesure où le photogramme (le
scène, etc. : c’est que la fiction cinématographique, à plan érigé en fétiche, perversement coupé du corps
l’inverse des fictions théâtrale ou romanesque, met vivant du film) retient certaines des lignes de force
en jeu la plupart du temps un assez considérable appa qui, dans le rapport dynamique des plans institué par
reil de leurre, de truquage, fonctionne dans le mys le cinéma classique (raccord dans l’axe et règle des
tère. Toute chute de crédibilité (cette notion renvoie à 30° [ 3 ] ) , dessine l’espace de la scène, la profondeur
l’unité du « réalisme » et de la « vraisemblance » dont se soutiennent la représentation, le drame clas
dans la fiction) conduit à une question sur le signi sique. C’est de cette fictive pofondeur, où s’annule le
fiant, dans la suspension de son « réalisme » (qui
l’efface comme signifiant). Or, si « l’impression de réa 3) « Il s’aflit d ’une rè^le qui s’est aff ir mée e m p ir iq u e m e n t
p e n d a n t les a n n é es vin^t, et qui veut que tout nouvel axe
lité » provoquée par le cinéma est comme on sait très sur un m ê m e sujet diffère de l’axe pr éc éd e n t p a r un an^lc
forte, sa contestation à des degrés divers ne manque d ’au moi ns 30°. On s ’était ap er çu en effet que des c h a n
gem ents d ’angle de m oi ns de 3<)o (à m oi ns q u ’il ne s ’afiisse
d ’un « r ac co r d da ns l’axe ») pro vo q ue nt ce que l’on est
2) «V ra is embla ble » ne signifie pas que les événements (lu co nv e n u d ’ap p e le r un « saut », une sorte de Kènc duc au
récit auraient pu ou pourraient « se produire dans la réa m a n q u e d ’a m p l e u r et de netteté du ch a n g e m e n t int erv en u :
lité » ; le « fantastique » obéil j'énéralement aux lois du le nouveau plan n ’a pas une au t o n o m ie suffisanle, surtout
vraisemblable, qui lui donnent d ’ailleurs son concepl ; le lorsque les gr oss eur s sont voisines. Mais on po ur rai t aussi
vraisemblable se définit par un enchaînement causal linéaire a f f ir m er que cette gêne pr ovient de l’inutilité plastique
des « faits » fictifs, provoquant, par l’hypostase de la eause, d ’un lel « r ac co r d », el surtout d 'u n e f ru st ra tio n de l’œil,
l’efTet d ’assertion, de crédibilité, de « réalilé » ; c’est la qui d e m a n d e des d ép l ac em e n ts sensibles des co n t o u rs d ’un
s u p p o s i t i o n <le la cause dans l'effet qui produit l'effet «lobai sujel, lorsque dé p l a c e m e n t il y a, el que les ten sions qui
de réalité el permet de parler des «effets de réel» méto résultent de ces d ép l ac em e n ts soient fra n ch e s et neltes. »
nymiques. (Noël Burch. P raxis du ciném a, p. 00). Cette « f r u s t r a t i o n
16
En h a ut , photogram m e d e O n e p l u s on c, d e
Godard. En bas, p hoto de plateau de Cleo-
pa tr a, d e M ankiew icz. P rototype norm al du
fétiche technique, la grue Sam -M ighty est une
m é to n ym ie de l'espace hollyw oodien, et u n e
m étaphore de l'im périalism e américain (m éta
phore qu e l'on retrouve dans la condensation
N ixo n -P aram o unt/B rojnev-M osfilm de V e n t
d ’Egt). Erection blanche, colonne cadavérique,
elle a la * beauté des ruines >, de la ruine
du cinéma américain (et il n'est pas étonnant
qu e ce plan fascine , c o m i q u e m e n t , les tenants
de ce cin é m a , cf. P o s i t i f 113), dont elle t-st
le signe v id e .
A l'inverse, la photographie très m ise en
scène (noter le rideau) d u tournage de Cleo-
p a t r a i n ac rïf bien la place d u d i r e e t o r c o m m e
analogue d e celle de César.
signifiant, el du défaut de cette profondeur, qu’il est C’est moi qui écris «espace centré». Ce n’est pas
ici question. dans le texte de Burch. II est pourtant clair que toutes
Ou s’intéresse donc à « ce qui ne se trouve pas » les manipulations scénographiques faisant intervenir la
dans l’image filmique, selon un double registre du fonction du « hors champ » se réfèrent à la notion
manque : 1) « diachroniquement », lyentre-deux-plans d ’un espace centré, celui de la scène classique, du
2) «synchroniquem ent», le hors-cadre. Etant entendu théâtre à l’italienne, le cube scénographique. Le cube
que la béance du hors-cadre se laisse précisément ré* qui garantit la profondeur de la surface.
duire dans l’articulation diachronique des plans ;
dans le cinéma représentatif classique celle-ci s’effec La notion de champ implique nécessairement celle
tue au bénéfice d ’une causalité linéaire, la béance de profondeur. Fragment d ’espace circonscrit par le
étant alors le lieu où s’enfonce la cause, et depuis cadre, ouvert à l’œil, à cet œil dit « objectif » qui en
lequel celle-ci miroite dans ses effets (c’est ce « miroi effet l’objective, le dote d’une réalité substantielle, le
tement » qui constitue F «effet de ré a lité » ). champ est toujpurs en profondeur, qu’il y ait ou non
« p ro fo n d e u r de c ham p». Il se laisse comprendre de
2. Cham p, hors champ. Si pour Bazin le hors-cadre part en part par les normes de la perspective
n’est jamais que la pure continuité du réel que l’écran linéaire (4). La notion de champ, on le sait, répond à
dévoile à la manière d ’une fenêtre ou d ’un miroir la classification des plans selon la grosseur ; elle p a r
(c’est-à-dire en coupant cette continuité, mais par là ticipe donc du même arbitraire, qui enracine le frag
même en la « saisissant » et en l ’avérant), Noël Burch ment filmique dans le « sujet ». Plus le plan est
est à notre connaissance le premier théoricien du « gros », nous dit-on, plus le champ est « restreint »
cinéma d ’après-guerre à avoir pensé en termes de (p. ex. Burch, op. cit., p. 4 7 ). « P l a n » et « c h a m p »
dynamique (« structures » ou (?) « dialectiques» pour règlent donc, de leur couplage paradigmatique, les
emprunter la terminologie burchienne) l’espacement, variations diincnsionncllcs et distancielles de l’objet
l’entre-deux-plans, le hors-cadre. Dans Praxis du dans le cadre, pour un œil imaginaire. Ils règlent l’es
cinéma (Gallimard, coll. Le Chemin), et spécialement pace en fonction de cet u:il, qui, ainsi, le verrouille.
dans l’un des tous premiers articles qui composent le C’est ce « verrouillage » qui constitue la dimension
volume, « Nana ou les deux espaces », Burch s’attache de profondeur comme réserve (économique) d ’un
à cet aspect très méconnu de la ciné-scénographie : sujet central et souverain, réduit à une pure « percep
l’espace filmique comme espace divisé, espace en dé tion oculaire», et qui définit l ’espace de la « c o n s
faut. Il est dommage que l’empirisme et le formalisme cience ». C’est-à-dire de la méconnaissance.
de la méthode confinent l’analyse à une description
vite épuisée de quelques cas de fonctionnement de Dans la mesure où la notion de « hors champ »
« l’autre espace », à une étude un peu courte des dépend de celle de champ, elle participe du système
effets de rupture et des manipulations formelles, — de cette méconnaissance. Le hors-champ est d ’abord
dans une « structure » générale, elle, jamais inter la région métonymique du champ, il en constitue le
rogée (la représentation), — que permet la fiction prolongement et le support imaginaire. Une part non
de cet « a u t r e espace», latent. Empirique, l’approche négligeable de la direction d ’acteurs, dans le cinéma
de Burch est réductrice : elle s’enracine dans une de classique, consiste à « animer » l’espace hors-champ,
ces notions techniques idéologiquement si chargées, en par l’angle et la direction des regards dans le plan
l’occurrence la notion de « champ ». Les deux espaces, (axe des regards décalé par rapport à celui de l’objec
c’est le champ et le hors champ. Le cinéma dialec tif et celui du plan : ce faisceau intensifie, redouble
tique selon Burch, c’est celui qui « articule » ces deux l’illusion de profondeur et y trace des lignes de force
espaces : en dernière analyse, c’est faire trembler les scénographiques), par les entrées et sorties de champ
points de repère qui centrent l’espace scénique, en (obliques également, et cela dès les premiers films de
jouant sur les paramètres de distance, d’angles, etc., Lum ière), etc. L’espace hors-champ déplace le centre
de telle sorte que le spectateur (et son œil imaginaire) de gravité de la scène. 11 n’y a ainsi de présence hors-
soit continuellement suspendu au tracé scénographique champ (le hors-champ ne « c o n s is te » ) que selon
qui, d ’un plan à l’autre, déroute sa confiance en un
4) Cette af fi rm at io n peut p ar a îtr e excessive. Les 1res lon
espace centré. gues focales ou les 1res gros plans s u p p r im e n t, en effet,
le « sent ime nt » «le p r o fo nd e u r, lin fait, on a alors à faire
de l’œil », bien e nt en du , doit se lire idé ologiquement. Ce à un c h a m p « limité » ou « aplati » (I’ « étage men t » des
qui est iei blessé, c ’esl le d é p la c em e nt libre, c ’est-à-dire plans da ns le cas d ’une longue focale est inévit ab lem ent
maître, de l'œil d a n s un espaee hom ogène. La netteté de saisi c o m m e une anom alie, voire un « e f f e t » ) , c ’est-à-dire
l:i ci m pure à + 30° résout la di fié ronce — le « saut * — que la « nor ma li té » de la p r o f o n d e u r co n t in u e de g ou ver
<];ins h; bénéfice d ’un nouvel aspect dévoilé de l’objet ; ner la scène. Je an -L ou is Bau«l ry {Cinélliique 7/8, cf. infra)
qiiîinl à I' * a u to n om ie * du plan, elle ne dés igne ici que a raison d ' é c r i r e : « Le recours à des objectifs multiples,
t:rlle — |n maîtr ise - ■ de l'œil. L’œil n ’est pas autre chose quan«l il n ’est pas dicté par des co n s id é r a t io n s techn iqu es
que le su pp or t du sujet. Comme le note un peu plus loin visant à r ét a b lir un c h a m p pe rs pe cti f habituel ( pri se s de
Hurc.h, « le c h a n g e m e n t d ’angle (le m oi ns de MOo c o m vue da n s des -espaces limités ou éten dus q u ’il faut élargir
me nce à se faire une place da n s le voca bul ai re «lu ci néa ste ou r ét réc ir ) d ét ru it m o in s la p ers p ec ti ve qu'il ne l'amcne
m o d e r n e ». à jouer le rôle de no r m e référentielle. »
18
En haut, O n e p l u s o n c. En bas, D eu x ou
tr o is c h o s e s q u e j e sait* d ’el le: S u r ces d e u x
photogram m es u n appareil au m o in s rc-mar
q u e le hors-cham p c o m m e espace de p ro d u c
tion. L e m i r o i r est l'u n de ces appareils.
< M is à n u > ses appendices techniques, le
Personnage {ici, A n n e tF iazem sky) se vide de
.sa puissance imaginaire, de son intériorité .
(9
(qu’en) un certain déplacement. Ce déplacement en Car Burch a bien raison de marquer, et peut-être plus
quoi consiste le hors-champ est une ressource fonda encore qu’il ne le sait lui-même, que l’espace off est
mentale de la scène filmique classique. d ’abord imaginaire. Mais lorsqu’il ajoute qu’un contre
La scène théâtrale classique comportait un espace champ le rend rétrospectivement « concret », il ne
« off », les coulisses, dehors nécessaire du cube où le tient pas compte du fait qu’il s’agit d ’une sorte de
drame, essentiellement discursif, s’alimentait en évé tour de passe-passe, car pour devenir « c o n c r e t » par
nements, en « réel » (e. g. le meurtre de Camille dans le dispositif du raccord, du champ-contrechamp ou du
Horace). Avec le cinéma, l’espace « off » entre, si l ’on recadrage, cet espace n’en demeure pas moins « ima
peut dire, en scène. Le montage diachronique, la mobi ginaire », ou plus exactement, fictif. Simplement, d’un
lité de la caméra, fracturent, ouvrent, frayent, l’espace plan à l’autre, d ’un champ à l’autre, un « g a in de réa
scénique ; le cube réduit, fractionné en plan, est de lité », selon l’expression de Bazin, a été effectué.
plan en plan mis en éclats et libère la notion d ’un L’angoisse latente de la béance a été suturée.
espace fluide, plastique, animé. Dans la scène théâtrale Mais quelque chose (« d e » l’espace) est resté, radi
classique, l ’espace « off » l’est (off) sans recours, c’est calement, hors scène. La suture est une forclusion. F,t
un dehors simple de la scène. Au cinéma au contraire, ce que forclôt ainsi le dispositif de la scène, ce redou
l’espace « off » se laisse penser dans la dimension du blement du champ d ’un plan à l’autre, cet étrange pro
temps et du mouvement, le hors-champ (un certain hors- cessus de confirmation d ’un espace dans l ’ajointement
champ) devient champ, le champ se transforme en de ses fragments, c’est une autre scène : celle de sa
hors-champ, par le simple jeu du champ-contrechamp production, dispersée, elle, non homogène, en signi
ou du panoramique, voire du son. On saisit le béné fiants dont les plus « proches » et les plus évidents
fice, du point de vue dramatique. La métonymie du sont ceux, obstinément coupés de la scène classique, de
« réel » s’y renforce considérablement. Cette transfor l’instrumentation technique ; autrement dit ceux que
mation du champ virtuel en champ « réel » et vice- l’on trouve littéralement à portée de main dans la
versa légitimerait le terme de dialectique proposé par proximité la plus immédiate de la scène, sur le pla
Burch. Celui-ci remarque bien, en outre, que le deve teau.
nir-champ du hors-champ provoque une modification
Rappeler ainsi — assez banalement à l ’heure pré
qualitative du concept de hors-champ :
sente — que l’institution de la scène filmique clas
« ... Il faut parler de l’autre manière sique s’effectue par un court-circuit de sa matérialité,
dont se divise l ’espace-hors-champ : en de ce qui la rend possible, c’est marquer que cette
espace concret... et imaginaire. Lorsque scène est, beaucoup moins « franchement » ( = en effa
| dans Nana] la main de l’imprésario en çant beaucoup plus radicalement les traces de ce qui
tre dans le champ pour prendre la coque- la produit) que le théâtre ou la peinture figurative,
tière, l’espace où celui-ci se trouve et q u ’il une scène métaphorique, le dispositif d ’une circulation
définit est imaginaire, puisqu’on ne l’a pas de métaphores. « Beaucoup moins franchement » veut
encore vu, qu’on ne sait pas, par exemple, dire que cet espace métaphorique est naturalisé.
à qui appartient ce bras. Mais, au moment
Dans le système de cet espace, on a donc affaire
du raccord dans l’axe qui nous révèle la
comme aux deux faces d ’une même opération 1) à
scène dans son ensemble (Muffat et l’im
un geste d ’exclusion radical (forclusion de la matéria
présario debout côte à côte), cet espace
lité de la scène filmique) 2) à l ’investissement de
devient, rétrospectivement, concret. Le pro l’espace d ’exclusion (— le hors-champ ou, plus large
cessus est le même dans un champ-contre
ment, le hors-scène) d ’une réalité fictive, continuant
champ, le « c o n tre c h am p » rendant concret
l’espace du champ, c’est-à-dire proprement celui de la
un espace « off » qui était imaginaire dans fiction. C’est ce qui permet à Bazin (lequel donne cet
le « c h a m p » . Parfois, cet espace hors- effet comme essentiel et constitutif du cinéma) d’écrire
champ peut demeurer imaginaire, dans la
que l’écran doit être conçu comme un cache qui « ne
mesure où aucun plan plus vaste ou dans
dévoile qu’une partie de la réalité » et non comme un
un autre axe (ou aucun mouvement d ’a p cadre qui la contiendrait « tout entière », ou encore
pareil) ne vient nous montrer l’origine du
que l’espace de l’écran est « centrifuge ». Autrement
b r a s ,» etc. (Praxis du cinéma, p. 36-37).
dit, c’est Videntité de l’espace hors-champ el de l’es
Ces distinctions sont fragiles, elles ont la faiblesse pace du champ qui garantit l’effet de réalité de la
de l’empirisme notionnel. Mais l’observation est inté fiction cinématographique et la possibilité de toutes
ressante. On y voit que le champ-contrechamp, le reca ses manipulations dramatiques (Bazin, déjà cité :
drage, etc., dans la scénographie classique ont une « Quand un personnage sort du champ de la caméra,
fonction dramatique et fo u idéologique bien précise : nous admettons qu’il échappe au champ visuel, mais
celle d ’avérer, d ’un « c h a m p » à l’autre, la « r é a l i t é » il continue d ’exister identique à lui-même en un autre
(la concrétude) de la scène par ce qui s*en absente. point du décor, qui nous est caché. » Cette identité du
20
personnage n’est possible que p ar l ’institution scéno- fini (continuité, intelligibilité, homogénéité). Tout est
graphique de la continuité du champ et du hors- permis, à condition que ce modèle soit respecté.
champ, de leur identité topologique). C’est dire que Or ce modèle scénographique opère, on l’a vu, une
dans ce système, le hors-scène n ’a jamais pu être forclusion fondamentale, précisément la forclusion de
pensé en tant que tel, comme autre de la scène ou tout ce qui pourrait rappeler son fonctionnement spé
comme sa perte pure, sans réappropriation. Le grand cifique, tout le système de son fonctionnement.
problème qui obsède le cinéma classique, c’est, on Tout doit concourir à ce que le simulacre de la repré
le sait, « comment passer d ’un plan à un autre », sentation s’efface comme tel et gagne en réalité. La
c’est-à-dire : comment passer sans trébucher, sans tom réalité est le terme, le cran d ’arrêt du système, autour
ber. Cette peur du trou est très sensible dans les duquel celui-ci se replie et se clôt. C’est le verrou du
manuels de l’IDHEC, particulièrement en ce qui système, sa pierre d ’angle idéologique : ce qui, dans
concerne le montage. P a r exemple : le système, ne travaille pas, s’en extrait comme valeur
« Il arrive quelquefois qu’un raccord et comme fétiche. Les valeurs de continuité, d ’intelli
en mouvement ou un raccord de position gibilité et d ’homogcnéité lui sont coextensives, puisque
soit si imparfait qu’il n’est pas montable. dans ce système la réalité signifie l'exemption de la
Dans ce cas, le chef monteur recherche contradiction, du mouvement (bien sûr, pas de ce
dans son matériau un plan de coupe, ou « mouvement » dont on répète à satiété qu’il est
au besoin en demande le tournage. Servant « l ’essence du cin é m a » , et qui est le mouvement
de cheville entre les deux plans à assem perçu, senti, subi, vécu, par un spectateur passif, le
bler, le plan de coupe permet d’éliminer défilé des images, valorisé pour des raisons bien com
le raccord défectueux. Ce procédé un peu préhensibles). Introduire la dialectique, la contradic
barbare ne doit bien entendu être utilisé tion, dans la représentation, c’est nécessairement en
qu’après avoir lout tenté pour rendre pos altérer le système, altérer la « réa lité » qui en est le
sible le passage du raccord. » (R. Lou- terme, le terme fétiche.
veau, Le Montage de Film, 1DHEC). C’est, de quelque manière, ouvrir la scène représen
Ce qui doit être conservé à lout prix, c’est l ’unité, tative à ce à quoi elle s’est fermée, à son autre scène,
l’homogénéilé, la continuité de cette scène idéologique la scène discontinue, « inintelligible », hétérogène, du
où se joue toujours le même drame ou la même comé travail. Des instruments de production, des forces pro
die : ductives, des rapports de production qui ouvrent un
film à la question de son rapport à l’histoire, de son
« Ma is les soucis du chef monteur ne
insertion dans l ’histoire.
sont pas uniquement d ’ordre rythmique. Il
a également pour mission d ’assurer la Il serait, en ce point, naïf, en tout cas mécaniste,
continuité, lyintelligibilité et l’homogénéité de penser comme semble le faire Jean-Louis Baudry
du film et d ’amorcer, puis de maintenir (Effets idéologiques produits p ar l ’appareil de base,
en le dosant, l ’intérêt du spectateur tout Cinéthique 7 / 8 ) , qu’il suffirait de « faire entrer en
au long du déroulement de l’action, ména scène » la caméra ou les seuls instruments de produc1
geant les effets dramatiques ou comiques, tion, pour que la représentation et la méconnaissance
sans jamais oublier que la séquence qu’il qu’elle institue, s’effondrent.
monte ou qu’il retouche s’insère dans un
ensemble dont tous les éléments réagissent
les uns sur les autres de façon parfois 3. Instrument, travail. Analysant le fonctionnement
imprévue. C’est de cette constante vue de l’appareil idéologique cinématographique, ou plus
d’ensemble dont le souci doit dominer tout exactement de la machine, du dispositif représentatif
le travail du chef monteur, que naîtra cinématographique en dehors de toute inscription
l’harmonieux équilibre qui caractérise les historique, économique, politique et signifiante concrè
films bien montés. » (ici.) tes de ce dispositif, du seul point de vue de « l’idéo
logie » envisagée comme système autonome, Jean-Louis
Le fantasme de maîtrise qui se dégage de ce frag
Baudry en vient à écrire :
ment, admirable condensé de l ’idéologie « techni
cienne » (le travail du technicien consiste à maintenir « Appareil destiné à obtenir un effet
(un niveau, ou une machine en état de m arche), à idéologique précis et nécessaire à l’idéo
doser, à ménager (des effets), à retoucher, à assurer logie dominante : créer une fantasmatisa-
(une continuité), à équilibrer, etc., bref à accumuler tion du sujet, le cinéma collabore avec
toutes les opérations subordonnées imaginables, mais une efficacité marquée au maintien de
surtout pas, non, surtout pas à TRANSFORMER quoi l ’idéalisme. Le cinéma vient relayer en
que ce soit), montre que ce qui est ici impensable, fait le rôle joué dans l’histoire de l’Occi-
intolérable, c’est la possibilité d'altérer le modèle dé dent p ar les différentes formations artisti
21
ques. L’idéologie de la représentation d’autres, dans une chaîne de pratiques différenciées)
comme axe principal orientant la concep n’est tout au plus que l ’inscription de ce support.
tion de la « c r é a t io n » esthétique et la Aussi bien cette « inscription » ne serait-elle qu’un
spécularisation qui organise la mise en geste de fétichisation de l ’instrument (et c’est bien
scène indispensable à la constitution de le cas dans L ’Homme à la caméra, où l’instrument
la fonction transcendantale y forment un se trouve sexuellement investi). JLB redouble ce féti
système singulièrement cohérent. Tout se chisme : les notions de « dévoilement », de « en
passe comme si le sujet lui-même ne pou chair et en o s » , sont des leurres internes au système
vant — et pour cause — répondre de sa de la représentation, des déterminations métaphysi
propre place, il avait fallu lui substituer ques de la vérité, du sens, dont le même Jean-Louis
des organes secondaires, greffés, rem pla Baudry a pu écrire (il est vrai à propos de « littéra
çant ses propres organes défaillants, des ture », non de cinéma, ce qui tendrait à démontrer
instruments ou des formations idéologi l’efficacité du dispositif représentatif dans ce champ)
ques susceptibles de remplir sa fonction. que tout recours à leur concept, « tout mouvement, tout
En fa it, celte substitution n e s t possible système de pensée déterminé par la dimension du sens
qu’à la condition que l’instrument lui- et de la vérité (a) pour inévitable conséquence une
mêm e soit occulté, refoulé. D ’où les effets perte de texte ». Qu’il y ait dans L ’Homme à la caméra
perturbateurs — semblables justement à une deuxième caméra, qui représente la « première »,
ceux annonçant le retour du refoulé — cette division de un en deux, inséparable du morcel
que ne manque pas de provoquer l’arrivée lement scénographique et du mouvement de substitu
de Vinstrument « en chair et en o$ », tion métaphoro-métonymique pratiqué par le montage
comme dans L ’H om m e à la caméra de est le contraire d ’un dévoilement, c’est un plus-de-
Vertov. C’est à la fois la tranquillité spé- texte, une germination où l’instrument comme signi
culaire et l ’assurance en sa propre iden fiant se trouve sexuellement décliné (œil, bite, bouche,
tité qui avec le dévoilement du mécanisme, vagin...), les opérations du tournage investies de
c’est-à-dire l’inscription du travail, s’effon façon fétichiste — c’est le montage qui, par les rup
dre. » (C’est moi qui souligne.) tures et les dénivellations constantes dont il marque
le processus filmique, inscrit transformationnellement
Sans insister ici sur la curieuse transfusion notion-
et « analyse » ce fétichisme ; le montage est la pro
nelle pratiquée entre « idéologie » et « idéalisme »,
ductivité du film ; or, si JLB marque en note et « en
on peut relever que « tout se passe comme si », pour
creux » le rôle du montage, son analyse s’y arrête :
reprendre sa formule, Jean-Louis Baudry pensait que
l’espace du signifiant étant dans son texte mis entre
la méconnaissance inhérente à la représentation
parenthèses, aucune analyse, surtout concrète, n ’est
(méconnaissance du procès de transformation signi
possible du travail d ’un film sur le système fantas-
fiante, du « travail pré-sens », sur le mode du recours
matico-métaphysique qui gouverne, dans sa structure
à l’identité spéculaire et métaphysique) pourrait être
technique, l’Appareil Idéologique d ’Etat cinématogra
levée par une représentation, celle, littéralement pro
phique. Répétons que « l’inscription du travail »,
videntielle, de l’instrument « en chair et en os », selon
geste sans doute nécessaire de toute pratique du
une formulation étrangement conforme, en ce point,
signifiant s’efforçant de lever, sur des bases m atéria
à la problématique husserlienne précisément critiquée
listes, les effets névrotiques et idéologiques de la
dans le texte. Refoulé originaire de la représentation
représentation, ne s’effectue pas par une irruption,
cinématographique, V « instrument » (la caméra, je
une apparition soudaine et sauvage (« l ’arrivée de
suppose), serait ainsi, par rapport à celle-là, située
l’instrument », magique, providentielle, miraculeuse,
à la place du réel. D’où 1’ « effet de connaissance »
semblable à maint héros hollywoodien), mais au
produit par son « dévoilement » (il s’agit en effet
contraire précisément par un travail, c’est-à-dire par
pour JLB « de savoir si le travail est montré, si la
un mouvement, excluant toute immédiateté, de dépla
consommation du produit entraîne un effet de connais
cement des séries idéologiques. Le film-texte ou le
sance ; ou s’il est dissimulé et, en ce cas, la consom
film matérialiste ne saurait en tout état de cause (et
mation du produit sera évidemment accompagnée
la cause semble d ’ailleurs, aujourd’hui, entendue) se
d ’une plus-value idéologique»).
pratiquer par un retour réducteur (ne plus montrer
Il est clair que JLB confond ici caméra, sujet et que l’appareillage et les opérations du tournage, cf.
travail ; si la caméra, « centrale » dans le processus l ’époque mécaniste-tautologique de Cinéthique : « le
de production du film, est bien, comme l ’écrit JLB, le film ne dit que le film, c’est entendu, mais il dit tout
support fantasmatique du « s u j e t » , 1’ « arrivée » dans le film ») sur le lieu fantasmé et les instruments féti-
le film de cet instrument (qui au contraire du point chisés du « travail », comme métonymies de « l’autre
de vue du travail n ’est, comme l’a noté Comolli dans scène », du « hors-champ réel » de la fiction, dans la
Technique et Idéologie, qu’un instrument parmi mesure où cette « autre scène » n’est rien de réel, elle
77
E n h aut : L e f i an cé , l a c o m é d i e n n e et le
m a q u e r e a u , de Straub. En bas : O t h o n , d u
m ê m e . L e travail de la d o u b le scène (c théâ
trale », film iq u e ) ou d e la scène barrée . La
< naturalité y de la s c è n e film iq u e est cou*
pce par son inscription théâtrale (coupure ou
barre i ci visib le en l'espèce d e la ram pe, du
m u r ) . Les signifiants p honiques, gestuels, s'en
■ro u ve n t régénérés. C ette d o u b le scène est
ne scène littérale.
23
se joue. Et se joue au plus près, aujourd’hui, d ’une L’analyse de Jean-Louis Baudry « marche sur la
autre scène divisée, celle de l’histoire, politique, celle tête ». Elle repère et décrit justement le lien idéolo
de la lutte des classes, dont aucune fraction de la gique entre la fantasmatisation de Vespace produite
petite-bourgeoisie intellectuelle « d ’avant-garde » ne par l’appareil cinématographique, fantasmatisation
peut plus, sous peine de régression, se prétendre dans redoublée par la forclusion, dans l’institution de la
' son travail à l’abri. scène classique, du « champ » de l’instrumentation
Et c’est aussi d ’une forclusion de l’histoire et de technique, et la métaphysique du sujet transcendanlal.
la contradiction principale, allant normalement de Mais en donnant le rôle principal à ce champ, à la
pair avec la forclusion du signifiant (toujours à base instrumentale, en refusant d ’analyser les gestes
l’œuvre à l’époque dogmatique actuelle de Cinéthi- de forclusion, ou d ’ « intervention » de l'instrument
q u e ), que l ’analyse de JLB trouve sa limitation comme signifiant dans la scène fictionnelle, comme
mécaniste. JLB autonomise la sphère de l’idéologie, gestes historiquement déterminés, JLB tombe nécessai
ce qui s’inscrit symptomatiquement, à la limite, dans rement dans le formalisme et l’hypostase d ’un effet
une phraséologie dont la « dureté » apparente ne idéologique, en dernière analyse l’hypostase de la
doit pas faire illusion, telle que celle-ci : « Peu « sphère » idéologique conçue comme système clos
importe au fo n d les form es de récit adoptées, les non travaillé par l’histoire.
« contenus » de l*image, du moment qu'une identifi JLB ne met pas l’accent sur le fait que le dispositif
cation demeure possible », ou, plus gravement du de la scène cinématographique classique se soutient
point de vue du primat de la politique dans toutes d’un hors-scène supposé continu (prolongement et dif
les formes de lutte, cette « analyse » singulièrement fusion du « c h a m p » hors-cadre). Deux (champ el
restrictive et vague à la fois : hors-champ) fusionnent en un ( « r é a l i t é » , « s u j e t » ) :
« Le cinéma peut donc apparaître c’est la forclusion du signifiant, de ce qui est hétéro
comme une sorte d ’appareil psychique gène au sujet.
substitutif répondant au modèle défini par C’est dire (ce que ne dit pas JLB, puisque pour lui
l’idéologie dominante [i.e. l’ego transcen- c’est « l’arrivée de l’instrument en chair et en os »
dantal garanti par l’identification spécu- qui prime) que ce qui est premier dans la déconstruc
laire ; d’où idéologie dominante = idéa tion de la «scène spéculai re/transcendantale » (scène
lisme, ce qui est prendre le problème à idéologique où tournent les polichinelles du drame et
un niveau de généralité abstraite qui ne de la comédie bourgeois) c’est l’inscription du (hors)
rend pas surprenant l’achoppement de champ de la pratique comme hétérogène des effets de
l’analyse sur un objet concret, e.g. Ver- réalité de la fiction. Un (« réa lité » ) se divise en deux
tov. — P.B.]. Le système répressif (éco (pratique/effets de sens, de réalité ou de vérité). Cet
nomique d ’abord) [? ] a pour but d’em hétérogène libère le signifiant, l’écriture sur une scène
pêcher les déviations ou la dénonciation générale, sexuelle, économique et politique, qui ne
active de ce « modèle ». se laisse pas ressaisir dans le « champ » d’une cons
Je n’insiste pas sur des formules évidemment conju- cience. Les films y travaillent, n’en sont pas le miroir.
ratoires comme « le cinéma » ou « le système répres L’inscription du champ de la pratique et de la
sif ». Toute spécification reviendrait à altérer la p a r scène économique, politique, sexuelle où elle joue ne
faite circularité d ’un système clos, son étanchéité à peut se concevoir que stratégiquement. Si le « dévoi
l'histoire, c’est-à-dire à l ’économie (modifications du lement » de l ’instrumentation technique dans les films
rapport forces productives/rapports de production) et a pu avoir, chez Vertov, Godard et le groupe Dziga-
à la politique qui en est l ’expression concentrée. De Vertov des effets idéologiques positifs, à des moments
même JLB peut-il écrire : « Le cinéma collabore différents et très déterminés de l ’histoire, dans des
avec une efficacité marquée au maintien de l’idéa espaces idéologiques non travaillés p ar les mêmes
lisme », comme si l’idéalisme était une chose ou un forces, il est aisé de démontrer que dans le cas du
« é t a t » . La réduction techniciste du « c i n é m a »
rejoint ici selon un autre mode le refoulement de 5) Com me il est r ap p e lé 1res just ement da n s le n u m é ro <1
l’histoire opéré par Lebel (lui le pratique sur le de « Cin é-F or um >, lu revue rlu ciné-club île lu MJC «le
mode de la relativisation : on peut tout faire, à Poitie rs dunt nous avi ons signalé le travail da n s les
(Àihicrs 2MU, celle a p p r o c h e hv p o st a ti q u e relève « «l’un
condition de savoir le faire et pourquoi on le fait : s y m p t ô m e ilonl la c ri ti q ue ma térialiste a, en Brcclit, déjà
JLB, sur le mode de l’absolu : une seule chose à re c on n u des effets, c ’est ainsi que cit ant cl co m m e n t a n t
une pr op o sit io n du F ilm k u r ie r : « u n e im pr e ssi o n fasci
faire, dévoiler la mécanique, et à travers elle qui en n an te quelle que soil la sig nification q u ’on ail voulu d o n
est le support, la vocation idéaliste du cinéma ; d ’un n e r à ce film », Brecht écrit : < Face à 1a te ch ni q ue les
intellectuels sont pleins (l’inc ert it ude . La façon br utale
côté 011 purifie la base technique de toute surdétermi- mais puissante dont elle a p p r é h e n d e les d o m a in es de l’es
nalion idéologique, de l’autre on la charge de toute prit les rempl it d ‘un mélange de m é p r i s et d ’é l o n n e n ic n l:
Elle devient un fé ti ch e .* (Ecrits sur la littérature ft l'art
la causalité idéologique) (5). L’Arche, t. 1, p. 185).
24
C h r o n i q u e d 'u n é t é, de Houch et Edgar
M orin. Sous V œ il paternel ( o u socratique) de
la caméra-vérité, la confrontation d'A ngelo et
L an d ry , c'est-à-dire : d e l'O uvricr et du
Nègre. La su rd éterm ination d 'u n « dialogue *
m im a n t a v euglém ent la « c o m m unication »
la p lus transparente est bien en te n d u un
do u b le racisme refoulé q ui rend presque obs
cène cette confrontation, sous le signe de
l'idéologie petite-bourgeoise.
cinéma dit « vérité » ou « direct », par exemple avec scène classique homogène représente en s’y soustrayant
Rouch ou (de façon plus nettement réactionnaire) un volume général de contradictions, dont elle est
Perrault, les effets de « travail », l’inscription de la ainsi le lieu mort.
« technique », sont réinvestis dans le champ de la L’avant-garde actuelle, de façon inégale (et inéga
vérité, voire de la « communication » (la confrontation lement politique, marquée généralement par une idéo
est le jeu le plus fréquent dans l’espace idéologique logie volontariste et un idéalisme résiduel surtout sen
du direct ; confrontation de n ’importe qui avec n ’im sible chez Duras — Jaune le soleil — . et Straub, mais
porte quoi, on est toujours sûr qu’il en sortira « de la point absent des films du groupe Dziga-Vertov, malgré
vérité », cf. Chronique d ’un été et la « vérité », entre la tentative systématique d’application de la pensée
autres politique, qui y advient). Les instruments et maotsétoung qui s’y trouve à l’œ uvre), a libéré le
les techniciens qui encombrent le champ ou rendent pluriel de la scène filmique en attaquant de façon
présent un hors-champ plein de labeur sont alors décisive « le concept bourgeois de représentation »
affectés d’un rôle socratique : à la fois dedans et {Vent d ’E st), l’homogénéité idéologique de la scène
dehors, pas tout à fait dans le champ et pas tout à bourgeoise. La disjonction, le « décollement » des
fait hors*champ, jouant sur la ligne de différence, d ’in- scènes ou chaînes sonore, vocale, iconique, lumineuse,
clusion-exclusion, ils permettent l’accès à une vérité etc. dont le cinéma classique ne pensait la différence
supérieure (des participants au film ? des spectateurs ? que sous l ’espèce d ’une division du travail effacée en
ici encore, l’identification la plus manifestement hysté fin de parcours par les opérations ultimes du mixage,
rique joue sur le fond d ’une « v é r i t é » qui échappe). de l’étalonnage, de la synchronisation, etc. (opérations
données par l’enseignement technique comme allant
4. La scène divisée. Le principe de division maté de soi : c’est la tautologie lebelienne de la « nécessité
rielle de la scène est donc dans le cinéma bourgeois purement technique» dont j ’ai parlé précédemment),
(c’est un de ses traits fondamentaux) systématiquement se trouve à l’œuvre plus ou moins systématiquement
occulté et méconnu. Morcelée, la scène filmique clas dans des films tels que Jaune le soleil, Othon, Vent
sique est unifiée : c’est en ce sens que le discours qui d*Est, Luttes en Italie. Seuls les deux derniers, cepen
s’y tient est principalement symptomatique, si, comme dant, produisent en même temps une analyse de l’ap
l ’écrit Lacan, « c’est morcelé que le corps porte le pareil scénographique comme appareil idéologique
symptôme, et lout entier qu’il sert à ne pas l’enten (dans Vent d’Est, analyse de la représentation comme
dre ». Elle se lit donc dans sa surdétermination. leurre ; dans Luttes en Italie, inscription du refoulé
A contrario, une scène littérale matérialiste se défi de la représentation : le champ forces productives/
nirait d ’abord comme divisée, marquée d ’une barre rapports de production). Dans Jaune... ou Othon, la
signifiante impliquant une scénographie productive, clôture signifiante de la topographie libère le jeu ris
coupante, contradictoire, irréductible au « r é a l i s m e » qué, l’insistance « mortelle » de rénonciation, en perte
plat de la scène spéculaire. On voit que la « b a r r e » de maîtrise, libère le volume sonore. Cette perte de
ou la coupure en question porte nécessairement sur maîtrise, il faut le souligner, implique le spectateur,
le fantasme, la jouissance, à l’œuvre sur cette scène met en cause sa place de spectateur (qui dans la scé
spéculaire ; et d ’abord sur la topographie « en conti nographie classique se trouve au contraire garantie
nuité » qui en assure la « réalité ». Elle implique la par la fantasmatisation de la scène).
castration de l’œil (du spectateur : celui qui regarde),
Or une telle mise en cause n ’est possible qu’à h
du rôle central assigné à l’œil dans la scénographie
condition d ’un déplacement perpétuel de la scène « lit
classique. Ce qui se libère en une telle « castration »
térale » (ou si l ’on veut de la scène « e s th é tiq u e » )
(== limitation de souveraineté) c’est le réseau signi
sous la pression de la contradiction historique princi
fiant gestuel, phonique (ou plutôt phono-graphique),
pale, 1* « a u t r e scène» de la lutte des classes. Faute
coloré, etc. qu’enchaînaient la circularité de la topo
de cette « autre scène » historique, toute mise en
graphie spéculaire et la linéarité de la narration bour
cause de la « p l a c e » du spectateur, de l ’appareil scé
geoise (bourgeoise d ’abord parce qu’elle met en scène
nographique, se verrait privée de sens, d ’enjeu, ou ne
des individus, des monades sur fond d ’histoire refou
prendrait qu’un sens mineur, celui d ’un jeu sans ris
lée, reproduisant ainsi, avant même toute question de
que et sans conséquence. Le concept d ’autonomie rela
« contenu », les modes de vie et de pensée bourgeois
tive de l ’idéologie marque ce déplacement, ce travail
et petits-bourgeois et les dotant automatiquement d ’une
d ’une scène spécifique par celle de la politique en
« valeur » artistique, morale, métaphysique, d ’un
son point le plus tranchant, l’antagonisme bourgeoisie/
volume spirituel).
prolétariat, qui ne cesse de diviser, idéologiquement
La scène classique, divisée, est supposée totale dans
et politiquement, la petite-bourgeoisie.
chacun de ses fragm ents.. La scène « matérialiste ».
C’est de ce « hors-champ » immaîtrisable que se
divisée, se construit-détruit dans l ’articulation et l’in
trouve refendue la scène cinématographique.
teraction dialectique de ses fragments. Elle s'effectue
dans une irréductible hétérogénéité, au lieu que la Pascal BONITZER.
26
[Link]. Griffith ; Dream Slreet
27
Tout d ’abord, Griffith est un grand maître de ce forme particulière du montage, la plus caractéris
qu ’il y a de plus visuel dans le domaine du mon tique pour Griffith, qui s ’acclimata le moins chez
tage — le maître du montage parallèle.l nous ; pourtant, s’il s’était agi d’emprunts, c’est jus
tement cette forme qui eût dû s’épanouir dans notre
Griffith est, avant tout, le grand maître des struc cinéma avec le maximum d ’exubérance.
tures de montage qui créent une accélération recti-
Or, ce n ’est pas du tout le cas. Et ce n’est pas du
ligne du mouvement et l’accroissement de l’allure
tout un hasard. L’archétype du montage griffithien
(principalement dans les formes citées plus haut du
est le « bacon entrelardé » des parallèles irréducti
montage parallèle).
bles dont parle Dickens.
L’école de Griffith est, avant tout, une école du Le dualisme des postulats d ’une telle « pensée
tem po. de l’allure et non du rythme. montagiste » saute aux yeux.
Il n’était pas de force à rivaliser avec la jeune Or, comme nous l ’avons dit plus haut, la « pensée
école soviétique du montage sur le plan de l’expressi montagiste » est indissolublement liée aux idées géné
vité et de l’implacable puissance d ’action du rythme rales qui forment le fondement de la pensée en son
— dont les problèmes dépassent de très loin les ensemble.
problèmes étroitement limités du tempo.
Et l’inévitable dualisme de Griffith (produit des
Et ce sont précisément ces particularités d 'un structures sociales reflétées par sa conscience) est,
rythme foudroyant, si différentes des effets du de même, inévitable dans les méthodes de son art
tem po. que l’Amérique a appréciées dans nos pre qui découlent directement des structures de sa
miers films soviétiques. pensée.
Comme nous l’avons vu, l’horizon de la vision
Après le compte rendu concernant les thèmes et sociale de Griffith ne dépasse pas la limite du
les idées de nos œuvres, c’est justement cette parti
partage de la société en riches et en pauvres.
cularité de notre cinéma qu’au cours des années
1925-1926 montaient en épingle les journaux amé L’éthique, la morale et la sociologie bourgeoises
ricains. nous enseignent que ce sont là deux catégories imma
nentes, peut-être bien instituées par le Seigneur Dieu
Or, un rythme authentique, suppose avant tout une lui-même.
unité organique. \
Une conscience différente, une différente méthode Ensuite : la dispersion du conflit en tout un sys
de la pensée — de là découle une différente com tème de séquences au moyen desquelles « nous ras
préhension des phénomènes, une différente concep semblons à nouveau l ’événement décomposé, mais
tion des méthodes artistiques. déjà selon notre propre optique, notre attitude en
face du phénomène... »
11 est tout à fait normal que la conception du
Ainsi, la cellule-unité de montage se morcelle en
montage de Griffith, montage avant tout parallèle,
une chaîne de dédoublements qui s’assemblent à nou
semble être calquée sur sa vision dualiste de l’uni
veau en une unité nouvelle : en une phrase de mon
vers, où les deux lignes parallèles : « pauvres » et
tage qui incarne la conception de l'image du phéno
« riches » courent vers quelque hypothétique « récon
mène.
ciliation » — là-bas... où les lignes parallèles se
rencontrent, autrement dit dans un infini... tout aussi Il est intéressant de noter que la linguistique
inaccessible que la « réconciliation » elle-même ! connaît exactement le même processus en ce qui
concerne le mot ( « im a g e -c a d re » ) et la proposition
Tout aussi normalement, notre conception du mon (« phrase de montage ») ; on y observe le même
tage devait naître d ’une « image » phénoménologique stade originel du « mot-proposition » qui, par la
très différente, celle que nous a découverte la vision suite, « se scinde » en proposition composée de mots
moniste et dialectique de l ’univers. séparés indépendants.
Nous ne pouvions imaginer le microcosme du mon V.A. Bogoroditzky3 écrit : « ... à ses débuts, l ’hu
tage autrement que sous l’aspect d ’une unité, se manité exprimait ses pensées au moyen de mots
dédoublant sous la pression interne des contradic isolés qui étaient la forme primitive de la propo
tions pour se rassembler à nouveau en une unité sition. » (Cours général de la gram m aire russe,
nouvelle, d ’un niveau qualitativement supérieur, com 1935.)
prise de façon imagée et repensée d ’une façon nou Nous avons exposé plus haut les particularités
velle. de notre conception du montage.
Entre la conception du montage chez Griffith et Cependant, la différence entre notre conception du
la conception du montage dans la cinématographie montage et la conception américaine prendra tout
soviétique il y a une différence de principe. son relief et sa netteté lorsque nous étudierons une
semblable différence de principe dans la conception
C’est à moi qu’échut la tentative de formuler
d ’une autre innovation que Griffith introduisit dans
théoriquement cette tendance générale de notre con
la cinématographie et qui, elle aussi, trouva chez
ception du montage. Je l’ai exprimée en 1929, dans
nous une interprétation totalement différente.
l’article « Hors Cadre »2, sans songer alors à quel
point notre méthode était l’opposé — et par ses ori Il s’agit de ce que l’on appelle « gros plan ».
gines, et pa r ses principes — du montage de Griffith. En fait, la différence de principe commence à
Cela était exprimé sous forme d ’une définition de l’appellation.
liaison entre les stades, entre le cadre-image et le Nous disons : un objet ou un visage pris en « gros
montage. plan », c’est-à-dire grossi.4
A propos de l’unité thématique du contenu d ’un
3) Vassily Bogoroditzky (1857-1941), linguiste sovié
film, à propos du fragment « image-cadre », j’écri
tique, spécialiste des langues indo-européennes et mon-
vais : golo-turques.
4) Le te rm e russe : « k r o u p n y » a plu tô t le sens de
2) Voir Cahiers d u Cinéma, n u 215. g rand, im po rta nt.
30
L ’Américain dit : « en plan rapproché » (sens Alors que, à en croire Seldes*, Griffith lui-même
littéral du terme close-up)*. finit par s’apercevoir « qu’en fractionnant les scènes
L’Américain parle des conditions physiques de la en galopade des sauveteurs et en terreur des vic
vision. times, il multipliait de manière grandiose l’effet
émotionnel ; que le tout se révélait infiniment plus
Nous, nous parlons de l’aspect qualitatif du phé
grand que la somme des parties qui la composaient »
nomène, aspect lié à sa signification (exactement
— même ce résultat nous semblait insuffisant.
comme nous parlons de grosses possibilités d ’un
artiste qui le détachent du commun, ou bien de gros Nous ne pouvions nous contenter de cette augmen
caractères, étroitement liés à la nécessité de ressortir tation quantitative, fût-ce dans son état « surmulti
ce q u ’il y a d ’essentiel et de plus significatif). plié » : nous cherchions et nous avons trouvé , dans
les confrontations quelque chose de beaucoup plus
Chez l'Américain, le terme est lié à la vision.
important — le bond qualitatif.
Chez nous, à Vappréciation de ce qui est vu. Ce bond se révéla comme dépassant les limites
Nous verrons à quel point est profonde la diffé des possibilités virtuelles d ’une scène — dépassant
rence de principe après avoir analysé plus loin le les limites de la situation : passant dans le domaine
système selon lequel notre cinématographie utilise d ’une image réalisée p ar le montage, de la notion
la méthode et les applications du gros plan, très créée p ar le montage, le domaine du montage consi
différemment de l’utilisation du « close-up » par le déré avant tout comme un moyen de révéler la
cinéma américain. conception idéologique.
Ce qui saute aux yeux dès le début de cette Et à propos, dans l’un des livres de Seldes**
confrontation, c’est la fonction essentielle du gros figure une longue diatribe contre le cinéma am éri
plan dans notre cinématographie : moins montrer et cain des années 20 à qui sa prétention à « l’artis-
représenter que signifier, donner un sens, rendre ticité » et à « la théâtralité » faisait perdre sa spon
signifiant. tanéité.
C’est écrit sous forme de lettre ouverte aux ma
Ce fut l’une des caractéristiques de notre rapide
gnats du cinéma. Cela commence p ar cette savou
assimilation du gros plan et de notre conception très
reuse formule de politesse : « Pauvres êtres igna
personnelle de sa nature — alors qu’il avait été à
res ! » et se termine pa r ces lignes mémorables :
peine remarqué comme moyen de représentation dans
« ... et alors apparaîtra un nouveau film, sans
la pratique du cinéma américain.
votre concours. Car, lorsque vous, vos capitaux et
Dès nos premiers pas dans cette voie, la métho votre battage publicitaire irez au diable, cela lais
dologie du gros plan nous avait justement séduit pai sera le champ libre aux autres... Il deviendra l’apa
ce trait étonnant : la possibilité de créer la qualité nage de véritables artistes. Avec des acteurs en lieu
nouvelle du tout par la confrontation des particu et place de cabotins, avec des idées nouvelles (d’où
larités. l’idée de gros profits pourrait bien être absente), ces
Là où chez Griffith un gros plan isolé, tout à fait artistes rendront à l’écran ce que vous avez cor
dans la tradition de la bouilloire dickensienne, for rompu — l ’imagination. Ils vont créer au moyen de
mait un détail souvent décisif, le « détail-clef » ; la caméra, et pas seulement enregistrer... La création
là où l’alternance de visages en gros plan était une de grandes épopées sur l’industrie américaine est
préfiguration muette du futur dialogue synchrone (et possible et souhaitable; que la machine y joue le
à ce propos, Griffith n’enrichit le cinéma sonore rôle d’un caractère dans le drame ; et de même,
d’aucun procédé nouveau) — là, nous mettions en doivent jouer leur rôle les terres de l’Ouest et le blé.
avant l'idée d ’une fusion qualitative fondam entale Les grandioses conceptions de Frank Norris*** en-
ment nouvelle et qui découlait d ’un processus de * J. Seldes, his to rie n d ’art, critique et jo u rna liste a m é
confrontations. ricain, a u te u r de n o m b re u x livres sur le th é â tre et le
En ce qui me concerne, par exemple, c’est presque cinéma. (Note de S.M.E.)
dès mes toutes premières déclarations orales ou ** MT h e Seven livelv arts” , N.Y.L., 1924 (Note de
S.M.E.’).
écrites au cours des années 20 que je désignais la
*** F r a n k Norris, a u te u r de rom ans épiq ues sur les
cinématographie comme « l’art des confrontations » U.S.A. On lui doit la fameuse scène du ro m a n ” Octo-
en premier lieu. pus” 5, dédiée à l’é p o p ée du blé, où un gros spécula te ur
de céréales se no ie dans le flot de blé coula nt dans
* Dans «a fameuse déclaration ail ”T h e New York le silo. Norris (1870-1902) était très influencé p a r Emile
D ram alic M irro r” du 3 d écem bre 1913, G riffith lui* Zola. Il est l’a u te u r du rom an ” Mc T e a g u e ” , dont Eric
mêm e em ploie les d e u x termes : ” T b e large or close- von S troheim s’inspira pou r Les Rapaces. (Note de
u p ” . Main il est caracté ristique q u e seul le second te rm e S.M.E.)
’Ylose-up” ait été retenu p a r le langage co u rant du 5) Il s’agit du ro m a n « L a Pie uvre > (1901), prem ier
cinénm américain. (Note de S.M.E.Ï volet de la trilogie inachevée « L ’E p o p é e du Blé ».
31
tient tout à fait dans les possibilités de la caméra. Il Car, si dans sa partie américaine, Intolerance de
existe quantité de peintres, d’architectes, de photo meure l’exemple le plus brillant, insurpassé par Grif
graphes tout prêts à œuvrer pour la caméra. Et les fith lui-même, de montage griffithien, il faut recon
écrivains aussi trouveront, je pense, matière à intérêt naître que sur le plan de l’intention de dépasser les
dans les scénarios, ce nouveau moyen d ’expression. limites du récit pour pénétrer dans le domaine de la
« 11 n ’y a pas de limites à tout ce que nous pou généralisation et de la parabole métaphorique, ce
vons créer. film est, effectivement, un échec complet.
« ... Car le film, c’est l’imagination créatrice de Mais l ’historien du cinéma américain a tort de
l’humanité en action... » nier pour le cinéma en général toute possibilité de
Ce radieux ciné-avenir, Seldes l’attendait d ’on ne récit imagé, n’admettant la métaphore assimilative,
sait quels hypothétiques films, sortis des mains de comparative et autres comparaisons que pour le
non moins problématiques « artistes véritables », des texte des inter-titres — à l’extrême rigueur !
épopées dédiées à... la superindustrie américaine ou
En l’occurrence, les raisons profondes de l ’échec
au blé américain. Mais ses paroles ont trouvé leur
étaient tout autres.
confirmation dans une toute autre direction : elles
Griffith n’avait pas entièrement réalisé que le
se sont révélées comme une sorte de prémonition de
domaine de l’écriture métaphorique et imagée rele
ce qui, précisément en ces années-là (le livre sortit
vait de la sphère des confrontations par le montage
en 1924), se formait à l’autre bout du globe pour
et non des fragments figuratifs du montage en eux-
s’incarner ensuite dans l’épanouissement de la pléiade
mêmes.
des premiers films soviétiques muets qui devaient
D’où l’échec de la répétition-refrain de la séquence
dépasser toutes ses prévisions.
de Lilian Cish auprès du berceau. Le fragment
Car, seules les nouvelles structures socialistes, en
du poème de Walt Whitman qui inspira Griffith6,
libérant à jamais l’art des problèmes étroitement
fut traduit non en une structure, non en une répé
commerciaux, pouvaient donner pleine vie à ce dont
tition harmonique d'expressivité du montage, mais
les Américains progressistes pouvaient seulemenl
en tableautin isolé ; de ce fait le berceau ne put
rêver !
devenir une abstraction, imager l’éternelle naissance
En même temps, entrait dans la technique du
des époques ; le berceau restait un vrai berceau
montage une conception entièrement nouvelle de sa
concret, provoquant chez le spectateur la raillerie,
signification.
l’étonnement ou l’agacement.
A u parallélisme cl à l’alternance des gros plans Nous connaissons dans notre cinéma un mécompte
de VAmérique, notre cinéma opposa leur fusion en presque semblable : l ’histoire de la fameuse « bonne
un tout : LE TROPE DU M O N T A G E . femme à p o i l » dans La Terre de Dovjenko. Il y
La linguistique nous apprend que « le trope est avait ici la même erreur d ’estimation, la même négli
une figure par laquelle un mot est détourné de son gence du fait que, pour des « manipulations » ima
sens propre en faveur d ’un autre sens, par exemple : gées et hors du quotidien le ciné-fragment doit être
une intelligence acérée (sens propre : un couteau abstrait du figuratif quotidien.
acéré) » (N. Minine, Théorie de la linguistique, Dans certains cas, une telle abstraction peut être
1872). donnée par le gros plan.
Le cinéma de Griffith ignore ce genre de struc Effectivement, un corps de femme sain et épanoui
tures de montage. Chez Griffith, les gros plans créent peut se hausser au niveau de l’image du principe
l’atmosphère ; cernent les caractéristiques des per même de la vie, dont Dovjenko avait besoin pour
sonnages ; se succèdent dans les dialogues ; augmen la confronter en choc de montage avec l’enterrement
de La Terre.
tent la tension et accélèrent le tempo dans les scènes
de poursuites. Mais partout Griffith reste au niveau Un habile assemblage de gros plans, filmés à la
du fig u ra tif et du représentatif, jamais il ne tente Rubens, isolés du cadre quotidien, abstraits dans le
de devenir signifiant et imagé par le moyen de la sens voulu, était parfaitement capable de s’élever
confrontation des séquences. jusqu’à une telle image « ressentie charnellement ».
Mais dans La Terre, cette construction était vouée
Toutefois, il existe chez Griffith une semblable
à l’échec, parce que, au lieu de ces gros plans, le
tentative, et grandiose par son envergure. C’est Into
réalisateur a inséré dans la scène de l’enterrement
lérance.
un plan général de l’isba où se démène la femme
L’un des historiens du cinéma américain l’appelle nue. Et le spectateur ne pouvait séparer de cette
à juste titre « une gigantesque métaphore ». Et avec femme concrète, quotidiennement réelle, cette vision
autant de raison, il qualifie en même temps le film
d ’ «éblouissante d éfaite». 6) « Le berceau des temps... >
32
A. D o v je n k o : La T e r r e (photogram m es coll. V. P inel).
33
généralisée de la fécondité éclatante, de l'affirm ation On trouve ici la même faille — l ’incapacité
sensuelle de la vie que le réalisateur voulait trans d ’abstraire un phénomène qui, faute de cela, ne se
porter au sein de toute la nature, en opposition pan prête à aucune transposition autre q u 'étroitement
théiste au thème de la mort et de l’enterrement ! figurative. C’est pourquoi tous les problèmes « sur-
Cela ne passe pas à cause des ustensiles de mé figuratifs », « d e transposition» (métaphoriques) de
nage, à cause des marmites, du poêle, des torchons, meurent insolubles.
des bancs, des nappes — de tous ces détails quoti C’est seulement en séparant « la chaleur » de
diens dont une coupe du cadrage pouvait facile l’indice de la température que l ’on peut parler de
ment libérer ce corps de femme ; et alors, le fatras « sentiments chaleureux ».
fig uratif du quotidien n ’eût pas empêché la réali C’est seulement en abstrayant « l a p ro fo n d e u r»
sation de l’image métaphorique transposée1. des mètres et sagènes8 que l ’on peut parler de « sen
timent profond ».
Mais revenons à Griffith. C’est seulement en détachant « la chute » de la
Si, par manque de « pensée montagiste », il rate form ule de Vaccélération du corps en chute libre
son coup en élaborant la répétition des « vagues du mv2 \
( —— y que l’on peut parler de « la chute d’humeur ».
temps » moyennant le symbole, peu convaincant
plastiquement, du berceau qui se balance, au pôle
opposé — assemblage des quatre thèmes du film Cependant, l’échec d’Intolerance en ce qui concerne
selon les mêmes principes de son montage — il com son absence d ’homogénéité tient encore à une autre
met une autre bévue. conjoncture : les quatre épisodes choisis pa r Griffith
Cet entrelacement de quatre époques était super étaient réellement inconciliables.
bement^ conçu !* Griffith écrivait à ce propos :
« Pour commencer, ces quatre récits vont couler Et l’échec formel de la tentative de les fondre en
comme quatre rivières que l’on contemple du som une image unique de VIntolérance n’est que le reflet
met d ’une montagne. Au début, ces quatre flots sui d ’une erreur thématique et idéologique.
vront séparément leur course calme et sans heurts. Comment serait-il possible qu’un infinitésimal trait
Mais au fur et à mesure de leur progression, ils commun — le commun signe extérieur de l’intolé
se rapprochent de plus en plus, ils coulent de plus rance — , avec majuscule ! — vue de façon métaphy
en plus vite et voici qu’enfin, au dernier acte, ils se sique et non repensée, puisse unir dans la conscience
confondent en un unique et puissant fleuve d ’intense des phénomènes historiques aussi violemment incon
émotion ». ciliables que le fanatisme religieux de la nuit de
Mais l ’effet ne se produisit pas. Saint-Barthélemy et la lutte des grévistes dans un
Car, encore une fois, ce qui a été réalisé, c’est grand pays capitaliste ! Les pages sanglantes de la
un assemblage de quatre différentes histoires et non lutte pour l’hégémonie en Asie, et le complexe pro
la fusion de quatre manifestations en une générali cessus de la lutte du peuple juif contre le colonia
sation unique. lisme intérieur, dans les conditions de l’asservisse
ment à la métropole romaine !
Intolerance — « Drame des comparaisons », ainsi Et c’est ici que nous trouvons la clef des achop
Griffith nomma son œuvre future. Et Intolerance est pements de la méthode du montage griffithienne sur
bien resté un « d r a m e des com paraisons» et non le problème des abstractions.
l’unique et puissante idée généralisatrice. Le secret n ’est pas d ’ordre technico-professionnel,
mais bien de l’ordre de la pensée idéologique.
Il ne s’agit pas du fait que la représentation ne
7) Jam ais Dovjenko n ’a d m it ces critiques. Il niait toute
puisse atteindre, moyennant une élaboration et une
intention sy m bolique : « Dans m o n film, Vassil est le
sy mbole de Vassil, le tr a c te u r est le symbole du tr a c présentation convenables, à la métaphore, à la com
teur... » Il disait aussi que L a Terre était une sorte de paraison, à l’image.
« révéla teur sensuel » — les êtres sains aim a ie n t le film Il ne s’agit pas du fait qu’en occurrence Griffith
el il c h oq u ait les autres. Au cinéaste qu i, lors d ’une fut trahi par sa méthode ou sa maîtrise profession
discussion publiq ue, rep ro ch a au film ses « vulgarités »
(la fem m e nue, les gars pissant dans le ra d ia te u r ) ,
nelle.
D ovjenko ré p o n d it : « Si vous êtes à ce poin t pudique, Il s’agit de ceci : Griffith, qui le tente sans suc-
je ne puÎB rien p o u r vous ! » cès, est incapable d ’abstraire un phénomène, de
* L,eB premiers timides essais de compositions sem bla l ’isoler d ’une manière réellement raisonnée : de tirer
bles avaient été tentés p a r P o r t e r dans La K le p to m a n e une signification générale du phénomène historique
et p a r G riffith lu i-même dans J u d ith de B é th u lie . Le pris parmi la diversité des faits historiques.
p re m ie r film m o n t r a i t deux vols — l’u n commis par
une d a m e riche, l’a u tre p a r u ne pauvre femme, volant
un m orceau de pain. L’action se d é ro u la it p a rallèlem ent 8) Ancienne mesure russe de longueur, équivalait à
et, p o u r finir, aboutissait au procès. (Note de S.M.E.) 2,13 ni.
34
Dans le domaine de l’histoire et de l’économie Et Payant vu, nous ne pouvions faire autrement
politique, il fallut tout le gigantesque travail de Marx que nous lancer dans cette direction et dans tous
et de ses continuateurs pour que l’on parvienne enfin les excès possibles.
à comprendre la loi organique du processus qui se
tient derrière la disparité des faits isolés. Dans notre film Octobre, nous avons inséré des
Pour que la science parvienne à abstraire, en images de harpes et de balalaïkas dans la scène des
une généralisation, le chaos des traits particuliers, discours mencheviks. Et ces harpes n ’étaient pas des
caractéristiques du phénomène. harpes, mais les représentations imagées des discours
P our que, sur un nouvel échelon de la montée, melliflus de l’opportunisme menchevik au Deuxième
grâce au parfait outil de connaissance — le marxis congrès des Soviets en 1917. Et les balalaïkas
me, s’accomplisse dans les domaines les plus hauts n ’étaient pas des balalaïkas, mais l ’image de la fas
de la connaissance la même révolution qui, en son tidieuse serinette de ces discours vides — au moment
temps, fut accomplie p ar l'humanité, alors qu’elle où allait se déchaîner l’orage des événements histo
créait ses premiers moyens de production, les. outils riques. .
qui devaient lui permettre des abstractions primaires, En plaçant côte à côte un menchevik et une harpe,
ses premiers contacts avec les notions «.transposées». un menchevik et une balalaïka, nous élargissions les
limites du montage parallèle, nous l’amenions à une
Dans les studios cinématographiques américains on qualité nouvelle, lui ouvrions un nouveau dom aine :
emploie un excellent terme professionnel : « lim ita nous le faisions passer de la sphère de l’action à la
tions » 9 — « limites », « bornes ». Les « limites » sphère de la signification.
de. tel réalisateur — c’est la comédie musicale. Les
« limites » de telle actrice — les rôles de jeune L’époque de semblables confrontations, passable
fille du monde. Au-delà de ces « limites » (et, géné ment naïves, passa relativement vite. Ces sortes de
ralement, à juste litre) un certain talent ne se hasarde solutions, plutôt « baroques » par la forme, s’effor-
pas. çaient principalement (et pas de la plus heureuse
Une escapade risquée hors de ses propres limites façon, par-dessus le marché !) d ’anticiper — avec
donne parfois des résultats exceptionnellement bril les moyens palliatifs du cinéma muet — sur le rôle
lants, tout à fait inattendus ; mais en règle géné que la musique devait tenir avec tant d ’aisance dans
rale, cela aboutit à un échec. le cinéma sonore.
Pour user de ce terme, je dirais que si le cinéma Tout ça ne tarda pas à quitter l’écran.
américain n’a guère récolté de lauriers dans le
Cependant l’essentiel est resté — est restée la
domaine de Vimage créée par le montage, c’est à
conception du montage non seulement comme moyen
cause de ses « l i m i t e s » idéologiques, de ses « b o r
de réaliser des effets, mais aussi et avant tout, comme
nes » idéologiques, de ses idéologiques « lim ita
le moyen de parler, le moyen d ’exprim er les pen
tions ».
sées ; de les exprimer grâce à une forme particulière
Parce que là, il n ’y a plus de technique qui
du langage cinématographique, grâce à une forme
tienne ; là, ni l ’envergure, ni la mise en scène gran
particulière de discours cinématographique.
diose, ni l’énormité des capitaux investis ne peuvent
plus être d ’un quelconque secours. Il est tout à fait naturel que le chemin vers la
Le problème de la création de l ’image par le notion d ’un ciné-discours normal ait passé p a r ce
montage suppose une certaine structure, un certain stade de l’excès dans le domaine du trope et de la
système de la pensée ; ce problème ne pouvait se métaphore primitive. 11 est intéressant de constater
formuler, et ne s’est formulé qu’à travers la cons que ce faisant, nous répondions à une méthodologie
cience collective, reflet du stade nouveau (socialiste) remontant à la plus haute antiquité ! Car l ’image
de la société humaine, résultat de l’éducation idéo « poétique » du centaure, p ar exemple, n ’est pas
logique et philosophique de la pensée, indissoluble autre chose que l ’amalgame de l ’homme et du cheval
ment liée aux structures sociales de notre société. pour exprimer une form e de pensée inexprimable
directement par l’image (à savoir, que les hommes
Nous, notre époque — intellectuelle et dotée d ’un d ’une certaine région sont « très rapides à la
sens idéologique suraigu — devions obligatoirement c o u rs e » ) .
déceler dès l ’abord dans un cadre cinématographique De sorte que l’élaboration des notions simples
ses qualités d ’idéogramme — de signe ; nous devions naît elle-même dans un processus de confrontations.
obligatoirement découvrir dans la confrontation de C’est pourquoi le jeu des confrontations dans le
ces cadres les bases d ’un nouvel élément qualitatif, montage a une puissance agissante qui va aussi loin
d ’une image nouvelle, d ’une nouvelle notion. et aussi profond. D’un autre côté, c’est à travers la
confrontation prim aire dénudée que devait s’élaborer
9) En am éric ain dans le texte. le système de la confrontation complexe, interne (non
35
lisible extérieurement) que représente chaque phrase se offerens ratio »*, c’est parce qu’il attribue son
du discours de montage ordinaire, normal et gram propre état au créateur de l ’expression imagée. C’est
maticalement correct. attendre qu’au cccur d ’une chaude bataille l’on puisse
raisonner aussi calmement que devant un échiquier,
Mais ce processus vaut pour l’élaboration de n im
lorsqu’on joue par correspondance. Et si l’on se
porte quel discours en général. A commencer par
place dans les mêmes conditions où se trouve celui
le discours fait de mots dont nous nous servons pour
qui parle, il est bien aisé de retourner l’affirmation
parler. On sait que « la métaphore est une compa
du froid observateur et déclarer que le « prim um
raison en raccourci » (A.A. P otebnia)10.
se offerens », encore que non « communis », est
Et à ce propos, Mautner le dit très finement de précisément l’imagé... » (A. Potebnia, Notes sur la
notre langage (Fritz Mautner, Beitrâge zu einer Kri- théorie du langage, 1905).
tik der Sprache, II Band, XI — Die Metapher) : Dans son enseignement sur la métaphore, Werner
« T o u te métaphore est, en fait, un trait d’esprit. la place également à côté du berceau du langage,
La langue que parle aujourd’hui tel ou tel peuple, encore que pour d ’autres motifs — il la relie non à
représente la somme de millions de traits d ’esprit, la tendance à découvrir de nouveaux domaines en
un recueil de millions d ’anecdotes dont l’origine assimilant l’inconnu par le connu, mais au contraire,
s’est perdue à jamais. A ce point de vue, on est à la tendance à cacher, à substituer, à remplacer
tenté de .se représenter les hommes de la période de pour l ’usage quotidien ce qui est frappé d ’interdit
formation des langues comme des plaisantins encore oral — du « tabou ».
plus impénitents que nos blagueurs d ’aujourd’hui, Il est intéressant de noter que le seul « fait du
vivant de leurs bons mots... Le trait d’esprit note des mot » est en soi un rudiment du trope poétique :
ressemblances lointaines. Les similitudes proches pou « Indépendamment des rapports de mots radicaux
vaient être immédiatement fixées par des notions ou ou dérivés, tout mot en tant que signe phonétique
au moyen de mots. Mais le décalage dans la signi d ’une signification, est fondé sur l ’assemblage du
fication des mots constitue une conquête du mot, son et de la signification, soit en simultanéité, soit
c'est-à-dire l ’extension métaphorique et spirituelle de en continuité successive, par conséquent, il est une
la notion à des similitudes lointaines... » métonymie. » (A. Potebnia, Notes sur la théorie du
A.A. Potebnia est tout aussi catégorique : langage).
« ... le point de départ du langage et de la pensée Et celui qui se risquerait à s’indigner el à s’élever
consciente est la comparaison... la langue est issue contre ce postulat, se trouverait immanquablement
d e la complexité croissante de celte forme pri dans la position du pédant de la nouvelle de L.
maire... » (A. Potebnia, La pensée et le langage, Tieck11 qui s’exclame :
1913). « ... Dès que l’homme compare une chose à une
autre, il se met à mentir. « L’aube répand les roses».
Au seuil de la création d ’une langue se tiennent Peut-on inventer quelque chose de plus stupide ?
la comparaison, le trope et l’image : « Le soleil plonge dans la mer ». Bavardage !... « Le
« Toutes les significations du mot dans un langage matin s’éveille». Le matin n’existant pas, comment
sont, à l ’origine, imagées, chacune peut, avec le pourrait-il dormir ? Ce que l’on nomme ainsi n’est
temps, devenir non imagée. Les deux états du mol, que l’heure du lever du soleil. Malédiction ! Le
l’imagé et le non imagé, sont également naturels. Et soleil ne se lève point, et nous voici, déjà, en plein
si l’état non imagé du mot fut considéré comme pri dans l’absurdité et la poésie. 0 , s’il m’était donné
mordial (alors qu’il est toujours dérivé), cela tienl un pouvoir sur le langage, comme je vous le nettoie
au fait que cet état non imagé constitue un repos rais, comme je vous le balayerais !... Oh, damna
temporaire de la pensée (tandis que l’état imagé est tion ! Balayer ! Dans ce monde de perpétuel men
son nouveau pas en avant), et que le mouvement songe, on ne peut s’empêcher d’énoncer des absur
attire davantage l’attention et suscite davantage la dités ! » (L. Tieck, « D i e G e m â ld e » ).
recherche que ne le fait le repos. A tout cela répond la manière imagée de repenser
« IJn observateur serein, examinant une expres une simple figuration. Le même Potebnia le dit fort
sion figurée ou une création poétique plus complexe, bien.
peut trouver en sa mémoire une expression non ima « L'image est plus importante que le représenté.
gée équivalente et qui corresponde mieux à la tona L’histoire du moine qui, ne voulant pas faire gras
lité de sa propre pensée (celle de l’observateur). en carême, prononça sur le porcelet rôti l’invocation :.
S ’il dit que ce non imagé est « communis et prim um * « En toute chose, avant tout se manifeste la raison »
(trad. de S.M.E.)
10) A lexandre P o te b n ia (1835-1891) linguiste russe et 11) Ludwig Tieck (1773-1853) écrivain r o m a n tiq u e
professeur de littérature, spécialiste de l’histoire des allem and, trad uit et connu en Russie dès le déb u t du
langues slaves. XIX" siècle.
36
S.M. Eisenstein : Octobre (photograntm es coll. V. P in cl).
37
« Cochonnet, deviens poissonnet ! » — cette histoire, c’est un ordre qui a sa logique aussi, mais une logi
privée de son caractère satirique, nous donne la que surtout affective, où les idées sont rangées non
manifestation historique et universelle de la pensée pas d’après les règles objectives d’un raisonnement
humaine : le mot et l’image forment la moitié spiri suivi, mais d ’après l’importance subjective que le
tuelle de l’affaire, son essence. » (A. Potebnia, Notes sujet parlant leur donne ou qu’il veut suggérer à
sur la théorie du langage). son interlocuteur.
Quoi qu ’il en soit, on trouve la métaphore à l ’aube « Dans la langue parlée, la notion de phrase au
de la langue, étroitement liée à la période de la sens grammatical s’efface. Si je dis : « L'hom m e que
formation des premières notions figurées, c’est-à-dire vous voyez là-bas assis sur la grève est celui que
des notions de sens et non des notions motrices ou j fai rencontré hier à la gare », je me sers des pro
d'objets uniquement. Autrement dit, liée à la période cédés de la langue écrite et je ne fais q u ’une seule
de la naissance des premiers outils —- premiers phrase. Mais en parlant, j’aurais dit : « Vous voyez
moyens, permettant de « transposer » les fonctions bien cet hom m e, — là-bas, — il est assis sur la
el l’activité du corps de l’homme lui-même à l’outil grève, — eh bien ! je l'ai rencontré hier, il était à
entre ses mains. Rien de surprenant, par conséquent, la gare. » Combien y a-t-il de phrases ici ? C’est
si la période de formation du futur langage articulé très difficile à dire : imaginez que je laisse un
du montage, passa, elle aussi, par l’étape intensé temps d ’arrêt à l’endroit marqué par des tirets, les
ment métaphorique, caractérisée par un excès de mots « là-bas » constituent à eux seuls une phrase,
« traits d ’esprit plastiques » — et qui n ’étaient pas exactement comme si je répondais à une question :
toujours pleinement valables ! « Où est cet homm e ? — Là-bas ». Et la phrase
même « il est assis sur la grève » devient facilement
Mais très vile, ces « traits d ’esprit » ont été res
un groupe de deux phrases si je m’arrête entre les
sentis comme les exagérations et les fioritures d ’un
deux parties qui la composent : « i l est assis», « [i/
certain « l a n g a g e » . Et progressivement, l’attention
esi] sur la g r è v e » (ou « [c e s t ] sur la grève \q u '\il
s’est déplacée de la curiosité provoquée par les exa
est a s s is » ). La limite des phrases grammaticales
gérations vers l ’intérêt suscité par la nature même
est ici tellement fuyante, qu’il vaudrait mieux renon
de ce langage.
cer à en tenter le compte. Mais à certain égard, il
Ainsi, peu à peu, le secret de la structure du mon n’y a qu’une seule phrase. L’image verbale est une,
tage se dévoilai! comme le secret de la structure d'un encore qu’elle comporte un développement pour ainsi
langage émotionnel. Car, aussi bien le principe même dire cinématique. Seulement, tandis que dans la lan
du montage que toute l’originalité de ses structures gue écrite elle se présente d ’un seul bloc, on la.
n’est pas autre chose que la copie exacte d'un lan débite dans la langue parlée par tranches successives
gage émotionnel, ému. dont le nombre et l’intensité correspondent aux im
Pour s’en convaincre — en l ’absence de tout com pressions que l’on éprouve soi-même ou aux besoins
mentaire — il suffit de lire les caractéristiques d ’un que l’on a d ’agir sur autrui. »
tel langage. N ’est-ce pas là une copie exacte de ce qui se
Ouvrons au chapitre correspondant l’excellent passe pendant le montage ? Et tout ce qui est dit
ouvrage de J. Vendryes « Le Langage »* : ici à propos du langage « écrit », n ’apparaît-il pas
comme le calque d ’un maladroit « plan d ’ensemble »
« La principale différence entre le langage affectif qui, lorsqu’il s’efforce de représenter quelque chose
et le langage logique est dans la constitution de la « dramatiquement », est désespérément semblable à
phrase. Cette différence éclate quand on compare une lourde phrase amphigourique, bourrée d ’inci
la langue écrite et la langue parlée. En français, dentes, de prépositions et de participes d ’une mise
langue écrite et langue parlée sont tellement éloi en scène « théâtrale » — à quoi il se condamne lui-
gnées l’une de l’autre qu’on ne parle jamais comme même ?!
l’on écrit et qu’on écrit rarement comme on
parle. (...) Les éléments que la langue écrite s’e f Toutefois, il ne s’ensuit nullement qu ’il faille
force d ’enfermer dans un ensemble cohérent, appa courir coûte que coûte après le « hachis du mon
raissent dans la langue parlée, séparés, disjoints, tage » 12. A ce sujet, on peut étendre aux phrases ce
désarticulés : l’ordre même en est tout différent. Ce que l’auteur du « Raisonnement sur l ’ancien et le
n ’est plus l ’ordre logique de la grammaire courante ; nouveau style de la langue russe », le slavophile
I T 289 (f) : Aux tentes de Cyrus. P 1 303 (Cache horizo nt al en bas, cl P 1315 ( = P 1 307) ; les deux g a r
(2 + 9) co in s a r r o n d i s au haut de l ’image) diens, immo bil es à d ro ite et à gauche,
P la n géné ral du gibet de la prison, r e g a rd e n t le Garçon, qui e x a m in e scs
P 1 291 : P lan 1res généra! (plongée) g r a n d e c o n s tr u c ti o n en po u tr es avec vêtem en ts civils d ’un a i r pensif.
du c a m p de Cyr us ; au fond, la g r a n d e u n e pla te-forme ; q u a t re h o m m e s (un (2 4- 14)
tente du c h e f ; partout, des soldats ; les en civil, qu at re en u n if o r m e ) m o n te n t
c h a r s des pr êt r es en tr e n t p a r l’avant, l’es ca lie r qui mè n e à la plate-forme. P 1 316 : P la n a m é r ic a in d a n s la c h a m
el se di r ig e n t vers la g r a n d e tente, (6) (2 + 11) b r e de la Petite Chérie ; l’Agent Bien
veillant, ou pas de la porte, enlève son
I T 290 (f) : La Fille de la Montagne, I T 292 (a) : La d e r n i è r e a ub e p o u r le c h a p e a u et baisse les yeux ; la Petite
de loin, obse rve l’a r r iv é e des prêtres. Garçon. Les b o u r r e a u x font un essai. Chérie, de p ui s l’avan t- dro it e, se p r é c i
(6) (3 1/2) pite vers lui et le qu es tio n n e ; il se
coue né g at ive me nt la tête, d ’un ai r
P 1 292 (Léger ca ch e ci rc u la ir e ) : P lan P 1 304 (C ache ci rc u la ir e ) : Plan r a p m a lh e u r e u x . (3 1/2)
m o y e n ; le c h a r de la je un e fille, co u p r o c h é : les trois ho m m e s en un if orm e,
r a n t sur la roule, rale nti t ; au fond : en rang, s’a p p r o c h e n t d ’u n e table, te P 1317 (O u ve rt u re e n fondu ;
la rivière. (1 + 5) n a n t c h a c u n u n cou teau de la m a in = P 1 260) ; la Délaissée a r r iv e ( p a r
droi te . (2 + 9) l’av an t- dr oi te) d a n s le hall d ’en tr é e de
P 1 293 (Cache c i r c u la ir e ) : Plan a m é la mais on de la Petite Chérie ; elle va
r i c a i n de la Fille rie la Montagne, d e P 1 305 (Léger c a ch e c ir c ul a ire ) : Gros vers l’escalier, r eg ard e à droite et à
bout s u r son c h a r im mobile, tenant les p la n des trois m a in s des b o u r r e a u x , gauche d ’un a i r affolé, et monte. ( F e r
rênes ; elle r eg a rd at te n t iv em en t deva nt t e n a n t leurs cout eaux au-dessus de trois me tu re en fondu.) (9)
elle, sourit fugitivement puis r eg a rd e à ficelles tendues, parallèles, su r la table.
dr o it e ; d e r r i è r e elle, le m u r d ’un m o (3 1/2)
P 1 318 ( = P I 310) : La Petite Chérie
nu m e n t de p ie rr e, o r n é île sc ulp tur es qu es tio n ne l ’Agent Bienveillant. (2 + 9)
as sy ri en n e s. (3 1/2) P 1 306 ( = P 1 304) : les trois b o u r
reaux, de v a n t la table et les ficelles ;
P 1 294 ( = P 1 267) : Un me ss ag e r a r l’un (i’eux e x a m in e son cou teau ; puis, P 1 319 : Plan m oy e n : la Délaissée
rive el salue Cyrus, qui cesse de faire tous trois, te n an t leurs co ut ea ux au- a r r iv e sur le palier, p ar vie nt à la h a u
les ce nt pas. (3 1/ 2) dessu s des ficelles, to ur ne nt la tête vers teu r de la porte de la c h a m b r e de la
la d ro ite (avec l’a i r d ’a t t e n d r e un si Petite Chérie, s’arr ête. (2 4- 0)
gnal). (3)
P 1 295 : P la n m oy e n de Cyr us et du
m es sa ge r ; Cyr us re n v o ie les m u si ci e n s P 1 320 ( = P 1 318) : La Petite Chérie
et les da n s eu rs , p ui s d o n n e des o r d re s ; P 1 307 (Cache c i rc u la ir e d ou x) : Plan co n t in u e à p o se r des qu estions à
au fond, des fumées d ' e n c e n s et le m oy e n du Garçon, en co st um e rayé, l’Agent, qui secoue né g at ive me nt la tête
to u r n o ie m en t d 'u n e roue dentelée. allongé d a n s la p é n o m b r e de sa cellule; et d é t o u rn e son rega rd ; elle le saisit
(7 1/2) un g a r d ie n e n t r e p a r la g au ch e et d é p a r le reve rs de son veston. (2 + 13)
po se à côté de lui des vê te m e n ts civils;
le Garço n s ’ac co u de et lève les yeux
I T 291 (c) : La g r a n d e co n s p ir a ti o n . v er s le g a r d ie n ; à pe in e visible, en P 1 321 : Plan r a p p r o c h é du po licie r et
(2 + 14) b o r d c a d r e à gauche, im mobile, un de la femm e ; elle le tient p a r son ves
d e u x i è m e g ar d ie n . (5) ton, et, levant les yeux au ciel, dit
P 1 296 : Plan d 'e n se m b le de l'entrée « O h , Dieu, je vous en p rie...» . (4)
de la G ra n de tente ; le gr o u pe des p r ê P 1 308 ( = P 1 203) : Les trois b o u r
tres e n t r e d a n s la tente, passant au r ea ux sont alignés d e r r i è r e la table su r P 1 322 ( = P 1 3 1 9 ) : La Délaissée
milieu d ’une haie de soldats. (Au m i la plate-forme du gibet ; le qu at ri èm e écoute un instant, puis se p réc ip ite
lieu du pla n, u n e f e r m et ur e -o uv e rt u re h o m m e leu r d o n n e un signal. (2 4- 14) d a n s l ’escalier m e n a n t à l’étage su p é
en fondu.) rieur. (2 4- 9)
P 1 309 ( = P 1 306) : Les trois b o u r
P 1 297 : Plan moy en de l’i n t é r ie u r de rea ux , le visage to u r n é vers la droite,
P 1 323 ( = P i 320) ; La Petite Chérie,
la tente ; le g r o u p e des prêtr es , passant te n an t le ur s couteaux, immobiles.
deva nt une ligne de soldats et de d i g n i (2 + 6) ou vre la porte, saisit à nouveau l'Agent
par son veston, et l’e n t ra în e deh ors.
ta ir es (?), tr av e rs e le c h a m p gauchc- (2 + 2 )
dr o it c ; le R h a p so de , a r r i v é au milieu P 1 310 ( = P 1 305) : Gros plan : si
de l'image, s ' a r rê te et se pr os te rn e , m u l ta n é m e n t , les trois cout eaux t r a n
lundi s que les p r ê tr e s co nt in u cn l leur c h e n t les ficelles ; les seg men ts en I T 293 (a) : Désespérée, ta petite f e m
mouvement. (5) av an t- p la n di sp a ra is se n t, vio lemment me va voir elle-même le go u v er n e ur .
ti rés à l’ex té ri eu r. (2 4- 3) (5)
P 1 2 9 8 ( = P 1 294) : Cyrus est assis
s u r un trô ne, à droite ; les pr êt r es se P 1 311 (Cac he ci rc u la ir e ) : Gros plan : P 1 324 : Le hnll d ’en tr é e de la m a i
d ir ig e n t vers lui. (3 1 /2 ) tr o is poids, s u s p e n d u s à des ficelles, son : pla n a m é r i c a i n : l’Agent et la
Pelite C hé ri e de s c e n d e n t l’esca lier à r a n t p a r Pa va nt -d ro ite et va vers la da ns les m a in s ; à droite, deux c o u r ti
toute vitesse ; en bas, le vieux voisin Petite Chérie. (1 + 2) sa ns le re g a rd e n t. , (3 1/2 )
les r eg a rd e in t e r ro g a ti v e m e n t et les
salue. ( 1 + 12)
P 1 338 ( = P 1 333) : La Délaissée, su r P 1 352 : Le c o r r i d o r d ’en tr é e de la
le palier, s’av a n ce p o u r r e g a rd e r. (2) m a is o n d’Yeux B r u ns et de sa famille ;
P 1 325 ( = P 1 322) : La Délaissée pl a n mo ye n : le père, oc cu pé p r è s d ’un
re d e sc e n d de sa cachette, et, par -dessus me u bl e à gauche, se re d r e ss e et écoute.
la r a m p e d’escalier, r eg a rd e ce qui sc P 1 339 ( = P 1 337) : L ’Agent a saisi (2 + 1 )
passe en bas. (3 1/ 2) la Petite Chérie p a r le b r a s et l ’e n
tr a î n e v io le m m en t vers la sortie ; les
deux voisins les r eg a rd e nt . (0 + 11) P 1 353 : Plan m o y e n de l' en t ré e d 'u n e
P 1 326 ( = P 1 324) : L ’Agent sort en ruelle ; un gr o up e de soldats ; leur chef
c o u r a n t ( p a r l ’ava n t- dr oi te ) ; le vieux d o n n e un signal ; ils s ' é b r a n l e n t et
voisin r eti ent la Petite Chérie p a r le P 1 3k0 ( = P 1 336) Ils s or te nt en q ui tt en t l’image p a r l ’ava n t- ga u c h e ; à
bras. (1+6) co ur an t. (1 1/2 ) leur suite, toute une tr o u p e so rt de la
ruelle (où elle était c a c h é e ) . (2 + 14)
P 1 327 : Plan a m é r i c a i n : la por te de P 1 3 M ( = P 1 335) : Ils m o n t e n t r a p i
la m a is o n ( e x té ri e u r ) ; l’Agent sort d e m e n t da n s la v oit ure qui d é m a r r e et I T 296 (e) : Le c o m m e n c e m e n t du
b r u sq u e m e n t, jette un c o u p d ’œ i l à sort p a r la droite. (5) m a s s a c r e de la Sa in t- B ar th él em y . (7)
droite, puis sort en c o u r a n t p a r la
gauche. (2 + 6) P 1 3k2 ( = P 1 339) : La Délaissée, P 1 35k (O u v e rt u re d’iris par ti ell e) :
d a n s le hall, cour t et sort p a r l’avant- Plan gén éral d ’une rue de P a r is : des
P 1 328 ( = P I 326) : La Peti te Chérie, droite. (Les deux vo isi ns ont di sp a ru .) soldats a r r iv e n t de p ar to u t et c o m m e n
Pair égarée, va vers l’av an t ; la fem m e (1 + 8) cent à tu e r des p as sa nt s ; les gens
du vo isin e n t r e p a r la droite, la rejoint, co u r e n t d a n s tous les sens ; la p o u s
lui p r e n d les épaules et les m ai ns. P 1 3k3 ( = P I 340) : La Délaissée sière et la fumée m o n t en t. (7)
(3 1/2) s’a r r ê te u n instant sur le pas de la
porte, puis se di ri ge r a p i d e m e n t vers P 1 355 : P la n m o y e n de la po rt e de
P 1 329 : P la n r a p p r o c h é de la Petite la gauche. (3) la m a is on d ’Yeux B r u n s ( e x té ri e u r ) ;
Chérie et de la voisine ; la je un e fem deux f u y a r d s e n t r e n t p a r la g au ch e ;
me parle à la voisine, qui c h e r c h e à la P 1 3kk ; P la n m o y e n d ’un taxi ; la l’un d ’eux s’ar r êt e à la p o r te et f r a p p e
ca lm e r ; la Petite Chérie a un mo u ve Délaissée ar r iv e p a r la droite, mont e p r é c i p i t a m m e n t ; l ’au tr e r eg a rd e ,Vers
ment p o u r s o r ti r ; l’au tr e la retient, en d a n s la voiture q u i d é m a r r e et quitte la g au ch e pu is co n t in u e sa fuite ; un
h o c h a n t la tête avec co m m is é ra ti o n . l ’image p a r la droite. (6) tro isi èm e h o m m e a p p a r a î t en coura nt.
(5) (2 + 6 )
P 1 345 ( = P 1 341) : Le taxi, suivant
P 1 330 (Cache c i r c u la ir e ) : P la n r a p la v oit ure de la Petite Chérie (hors- P 1 356 ( = P 1 352) : Le pèr e se r e
p r o c h é de la Délaissée, en tr ai n d ’écou- c h a m p ) , passe gau c h e- d ro ite de va nt la t o ur ne et r eg a rd e la po r te d ’entrée.
ler (à l ’étage), le visage fe rm é et i r r é maiso n. (1 + 4) (1 + 3)
solu. (1 + 15)
I T 295 (b) : Le m a t i n de la Saint-Bar- I T 297 (e) : P o u r Yeux Brun s, un t e r
P 1 331 (Cache ci rc u la ir e ) : Gros plan thélemy. La cloche de Saint -G erm ai n. ri bl e réveil. (5)
du visage de la Pelite Chérie, les yeux (6)
au ciel, d is a n t d ’u n a i r dés es pé ré : P 1 357 : Plan r a p p r o c h é d ’Yeux B r u n s
(3 1/ 2) et de sa petite sœ ur , d o r m a n t ; Yeux
P 1 3k6 : Une pièce du palais royal ;
pla n m o y e n : Ca th e rin e est assise à B r u n s se réveille b r u sq u e m e n t, s’assied
I T 29k (a) : « Oh, Dieu ! Ne les laisse d r o it e ; effrayée, elle se lève, agite les d a n s le lit, et l’a i r effrayé, po rt e la
pas faire cela ! » (5) bras, va à la fen être à ga uc he ; au m a in à sa tête, en éc outant vers la
fond, da ns la pièce voisine, Mons ieu r gau c he ; sa petite s œ u r se p el o to n n e
La F r a n c e a b a n d o n n e scs o c c u p a t io n s c o n t r e elle. (4 1/2)
P 1 332 ( = P 1 331 ) : Elle secoue la et s’a p p r o c h e . (13 1 /2)
tête, c h e r c h e à sour ire, ferme les yeux,
épuisée, secoue la tête à nouveau. (15) P 1 358 ( = P 1 356) : Le pèr e r e g a r d e
P 1 3 k7 (Cache tr ia n g u la i re , la p oi nt e à l’e x t é r i e u r p a r la po rt e de la rue
vers le bas) : P la n m oy e n de la to ur ouverte ; au fond, on d ev in e la mêlée
P 1 333 ( - P 1 325) : La Délaissée, au d ’une église. Le ca ch e en V se resse rre , du m a ss ac r e ; le père, épo uvanté, lève
bou t du palier, p rè s de l’es ca lie r qui au fur et à m e su re q u ’a p p a r a ît , en s u r les br as au ciel et r e n t r e à l'i n té ri eu r .
m èn e au rez-de-chaussée, r eg a rd e vers im pr es sio n, une cl o ch e d’église qui (2 + 2)
le bas ; elle recule légèrement, por te sa s o n n e à la volée ; la su r im p r e s s io n d is
ma in dr oit e à son col. (4 1/2) paraît, t a n d is que le c a ch e s’o u vr e à P 1 359 : P la n d ’en se mb le de la c h a m
nouveau. (4 1/2 ) b r e d ’Yeux Bru ns et de sa s œ u r ; les
P 1 334 (Cache ci rc u la ir e ) : Gros plan deux filles q ui tt en t le lit et von t à la
se rr é du visage de la Délaissée ; elle P 1 3k8 ( = P 1 346) : Monsi eur La por te de la c h a m b r e (à g a u c h e ) . (4)
lève p r o g re ss iv e m en t les yeux vers le F r a n c e s ’a p p r o c h e de Ca therine.
ciel ; elle pleure, e n t r o u v r e la bouche , (2 + 4) P 1 360 ( = P 1 358) : Le p ère fer me
baisse les yeux. (12) la por te d ’enl rée, met la b a r r e de sé cu
P 1 3k9 ( Lé ger ca ch e c i r c u la ir e ) : Il rité. (2 + 4)
P 1 335 ; Plan d ’en se mb le de la rue à joint ses m a in s aux si e n n e s ; C at he rin e
la h a u t e u r de la ma iso n de la Pelite s’est ca lm ée ; ils se r e g a r d e n t avec P 1 361 : Plan gé né ra l : la voiture de
Ch éri e ; une aut om obi le a r r iv e r a p i d e co nn iv en c e. (8) la Pe tite Chérie s’ar r êt e de va nt la m a i
ment p a r la g au ch e et rale nti t deva nt son (du g ou v en e ur ) ; u n iris isole, à
la por te ; l’Agent Bi env eilla nt bo ndil P 1 350 ( = P 1 348) ; les deux p e r s o n gauc he, l’auto mo bil e. (4 1/2)
du m a r c h e p i e d et cou rt vers la porte. nages res te nt im m ob ile s d a n s leu r po si
(1 + 12) tion. ( F e r m e t u r e en fo nd u.) (2 + 14) P 1 362 : Plan m o ye n : le taxi de la
Délaissée s’a r r ê te c o n t r e u n tr ot to i r ; la
P 1 336 ( — P 1 327) : Il e n t re en co u Délaissée en de sc e n d , sa ns r e f e r m e r la
rant. (1 + 7) P 1 351 : Plan mo ye n d ' u n e au t re
p iè ce (?) du palais royal : le Roi, l’ai r p or tiè re, r eg a rd e v er s la droite, fait
c a ta st r o p hé , ten d le b ra s vers la g a u signe au c o n d u c t e u r (de r es te r ).
P 1 337 ( = P 1 328) : Il e n t re en co u che, puis s'affale s u r son trône, la tête (6 1/2 )
IT 298 (a) : L ’ap p el fait p a r la Petite P î 375 ; P la n m o y e n de la vo it ur e : P 1 387 ( = P 1 385) : La Peti te Chérie,
Chérie au g o u v e r n e u r est in f ruc tue ux. les trois p e r s o n n a g e s d e s c e n d e n t les f ré né ti qu em e n t, désigne (la voiture,
(4 1 /2) m a r c h e s et von t vers l ’auto ; la Petite h o r s - c h a m p ) à dr oi te ; le Po licier, ef
C hé ri e se lève et s’in t e r p o se ; elle parle faré, ( a p p r e n d le d é p a r t du g o u ve r
au g o u v e r n e u r qui s’esquive et mont e n eu r) ; les trois pe r so n n a g e s se d i r i
P 1 363 : Plan m o y e n de la p o r te d ’e n d a n s la v oi t u re avec sa fe m m e ; le gen t vers la gauche. (2 + 4)
trée de la m a is on d u g o u v e r n e u r ; le se c r é ta ir e dit quel que s mois à la Petite
se c r é ta ir e de celui-ci r a c c o m p a g n e sans Chérie, l ’écar te et mo n te en voiture lui
m é n a g e m e n t s PAgent B i env ei lla nt et la aussi. (10) I T 301 (a) : Ils essaient de r a t t r a p e r
Peti te C hé ri e ; ceux-ci, tout en sortant, le g o u v e r n e u r av an t q u ’il atteigne le
c h e r c h e n t v a i n e m e n t à le co n va in c re . Irain. (4)
(3) P I 376 : P lan a m é r i c a i n de l'Agent el
de la Délaissée, côte à côte ; l’Agent
pose des qu es tions, la Délaissée, sans P 1388 : P l a n d ’en se mb le du taxi ;
P 1 364 : P la n m o y e n : la Délaissée, ré p o n d r e , rajuste son m a nt ea u et part l’Agent Bienveillant fait le tour de
s ’av a nc e sur le tr ottoir, lon g ea nt un vers la gauche ; l’Agent la r a t t r a p e p a r l’auto et saute d e d a n s ta nd is q u ’elle
m u r e t de p ie rr e, (3) son vêt em e n t ; elle se dégage. (3 1/2) d é m a r re . (2)
P 1 478 : Plan r a p p r o c h é d ’Ycux Bru ns; P 1491 : Plan a m é r ic a in (p lon gée ) d ’un
elle saisit un vase et l’abat sur la n u P 1504 : Plan gén éral de la lo c o m o
gr o up e de vieillards, p r ia n t , la tête p e n
que «l’un des soldats. (2 + 3) chée, immobiles, les m a in s jointes. tive, vue de cô té (la c a m é r a Paccom-
p agn e en trave lli ng latéral d a n s son
( F e r m e t u r e «l’iris p ar ti el le ). (3) m o u v e m en t d ro it e -g a u ch e ). (3)
P 1479 : Plan a m é r i c a i n : le soldat
s’écro ule ; Yeux Bru ns sc c a ch e la P 1492 : Plan géné ral de la rue ; à Par-
tête d a n s ses b ra s ; sa mère, co ur bé e rière-p lan , é m e r g e a n t de la foule h o u P 1505 ( = P 1421) : Plan r a p p r o c h é
en deux, te nant son bébé d a n s scs leuse, la croix. (2 1/2 ) «lu Garçon et du p r ê tr e face à fuce ;
bras, court vers l’ava nt -g au c h c (en d i le p r ê tr e fait un signe de cr o ix deva nt
rection de la p o r te ) . (2 + 9) le visage «lu Garçon, qui f e r m e les
P 1493 : Plan m o y e n : la foule se yeux el ouvr e la b o u ch e ; le pr ê tr e y
presse vers Pavant. (2 + 13) int ro d u it une hostie ; le G ar ço n fer me
P 1480 : Plan d 'e n se m b le de la pièce : la bouche, ouv re tes yeux, lève le nte
la mère, p a r v e n u e à la porte, recu le ; I T 314 (f) ; La d e r n i è r e b a c c h a n a l e me n t son visage vers le ciel, so u ri t ;
un soldai a r m é d’une épée a p p a r a î t et de Babylone. (4) puis il vacille cl tombe d a n s les bras
«lu p r êt r e, lu tête s u r son épaule. P 1518 ( = P 1514) : Le M erc ena ir e P 1532 ( = P 1407) : Plan a m é r i c a i n :
(15 1/2) b on d it vers elle ; elle te nte fie s’é c h a p da ns son c o m p a r ti m e n t, le g o u v e r n e u r
per. (1 + 12) se tour ne vers Pavant, Pair é t o n n é ; le
se cr ét a ir e sc lève. (3)
P 1506 : Plan tr è s général du tr ai n
tr av e rs an t la c a m p a g n e (a r ri èr e- d ro i te P 1519 ( = P 1513): P r o s p e r se dégage )
avanl-gauclie) ; à l’ex tr ê m e arr iè r e - de l'étreinte des soldats et sort en co u P 1533 ( = P 1531) : le tr ai n s’ar r ê te
plan, à droite, sur la roule parallèle à r a n t p a r Pavanl-droite. (2 + 12) juste à la h a u t e u r de la voiture, qui
la voie, on aper çoi t ta voiture de recule et dégage la voie ; les trois p e r
course . (4) so nna ges co u r e n t vers le train. (6)
P 1520 : Plan a m é r i c a i n : Le Merce
n a i r e tient Yeux Bru ns re n v e rs é e sur
P 1 507 (Cache c ir c u la ire ) : Plan son b ra s (il lui lient les m a in s d e r P 153b (C ache ci rc u la ir e ) : Plan m oy e n ;
a m é r i c a i n des o c c u p a n t s de la vo iture riè re le dos) ; d ’un geste lent, il d é b o u la Pelite Chérie, PAgent et la Délaissée
de co u rs e : au ce ntre, la Petite Chérie, to n n e le c o r d o n de sa ch e mi se de nuit c ou r e n t vers le p r e m i e r wagon, en
qui inc ite le ch a u f fe u r à dr oit e (bo rd- puis tire s u r le col du v êt em en t ; elle co m p a g n ie du c ha u ffe ur de la loco mo
c a d r e ) à aller plus vite, et désigne en cr ie et s’éva no u it ; il jette un coup tive, qui leur d e m a n d e (ce qui sc p a s
sour ian t le t r a i n ( h o r s - c h a m p en d ’œil à g au ch e ( ver s la porte, hors- se), et les ai d e à m o n t e r ; des gens,
av a n t- g a u c h e ) ; d er r iè r e , PAgent Bien c h a m p ) , qui p r e n d la je u ne fllle d an s aux fen êt res des wagons, reg a rd e nt .
veillant et la Délaissée. (1 + 14) ses b ra s cl la por te en di re c tio n du lit (3 1/2)
(au fond à d r o it e ). (10)
P 1508 (= P 1) : Plan «d u ber P 1535 : Plan m oy e n : d a n s la c h a m
ce au >. (2 1 /2) P 1521 (= P 1) P la n c du b e r bre d ’Yeux B r u ns ; le M e rc en a ir e tient
ceau ». (1 1/2) la jeune fille p a r les poignets, et la
P 1509 : Plan a m é r i c a i n : Le Me rce t r a n s p e r c e de son épée ; elle to m b e à
n a i re tient Yeux Bru ns p a r le poignet, P 1522 : Plan général du Irain rou lant scs pieds, lentem ent ; il la rega rde , lève
et s ’a p p r ê t e à lu p e r c e r de son épée. da ns la c a m p a g n e ; un travelling laté- les yeux au ciel en éc art an t les bras,
(1 1/2 ) ral - a r r iè r e P a cc om pa g n c d a n s son mo u puis court vers la por te (à g au c h e) ,
vem ent, de pu is la route parallèle à la q u ’il ouvre. (21)
voie. (1 + 13)
P 1510 (Léger ca ch e ci rc u la ir e ) : P lan
r a p p r o c h é d ’Yeux Bru ns ap p u y é e c o n P 1536 : Dans une rue de P a r i s ; plan
tre le m u r , r e g a r d a n t aveq, h o r r e u r , les P 1523 ( = P 1507) : La Petite Chérie, am é r i c a i n : P r o s p e r cou rt vers Pavant-
yeux écarquillés, le Me rc en a ir e hors du doigt, m o n t r e au ch a u f fe u r le train d ro ite ; un soldat l’inter pel le ; il lui
c h a m p , qui la tient sous la m e n a c e de ho r s- c ha m p , en avant-gauche. (2) m o n t r e son b r a s s a rd , puis c o n t i n u e sa
son épée ; sou dain, son h o r r e u r g r a n course. (4 1/2)
dit. (2 + 15)
P 152b ( Lé ger c a c h e ci rc u la ir e ) : Gros
plan du pied (d u c ha u ffe ur ) a p p u y a n t P 1537 : Plan général de P cn tr cc du
P 1511 (Cache ci rc u la ir e ) : P la n r a p à p lus ie ur s repr ises, à fond, su r l’a c c é palais royal ; le sol est jo n c h é de c a d a
proché du Me rc en a ir e r e g a rd a n t Yeux léra teu r. (2 + 10) vres ; C a th e ri n e de Médicis, a c c o m p a
Bruns ( h o r s - c h a m p ) d ’un a i r li b id i gnée (Pune suite de co u rt is an s, sort à
neux ; il Pattire à lui, l ’étre int , l’e m pied du palais, et r eg a rd e les c o r p s à
brasse. (3) P 1525 : Plan d ’en se mb le de la voi
tur e ro u la n t à vive al lure ; un Iravel- terre. (2 + 7)
ling latéral ( p r i s v ra is e m bl a bl e m en t du
P 1512 : P la n m o y e n d’une rue de tr ai n ) l’ac c o m p a g n e da n s son m o u v e P 1538 (Cache c i rc u la ir e ; légère pl on
P a r is ; P ro sp e r, c ou r a n t vers Pavant- me n t vers la d ro ite ; la voiture, allant gée) : Plan moyen des c a d a v r e s sur
plan, est à nouveau a r r ê té p a r deux plus vite que le travelling, finit pa r le sol ; pa rm i eux, des enfants.
solda ts : à l’a r r iè r e -p la n , le massa cr e s o r ti r du c h a m p à droite. (4) (1 + 4)
co nt inu e. (1 + 9)
P 1 526 (Léger ca ch e ci rc u la ir e ) : Plan
P 1513 Plan a m é r ic a in de P r o s p e r géné ral de la voie de c h e m i n de fer P 1539 (Cache ci rc u la ir e ) : P la n r a p
a r r ê té p a r les deux soldais ; il leur el de la route (axe ar r iè r e - d r o it e p r o c h é de Ca th e rin e (de face) ; elle
m o n t r e son br a s s a rd . (4) ava nt- gau ch e) ; la vo it ure roule à la abaisse l’éventail dont elle se ma squ ai t
h a u t e u r de la q ueu e du train. (3 1/2) le visage, et sour it d ’un air cruel. (3)
P 151b : Plan d ’en se mb le de la c h a m
b r e d ’Yeux Bru ns ; la je un e fllle P 1527 : Plan très général de la voie V 15b0 : Plan fie d em i- en se m b le de la
é c h a p p e au Mercenaire, pr ès de la et de la route ( m ê m e axe) : la voi c h a m b r e d ’Yeux B r u n s; P ro sp e r, à Par-
porte, et s’enfuit au fond de la pièce ; tur e dé p a sse le trai n. (4) rièrc-p lan , l’épée à la ma in, ap e r ç o it à
il fe rm e la porte. (4) lerre, en avant-plan, le c a d a v r e de sa
fiancée ; il se p r éc ip ite vers elle, la
P 1528 : Plan très géné ral de la voie soulève, la p r e n d d a n s ses bras. (7)
P 1515 (C ache ci rc u la ir e ) : Plan r a p à la h a u t e u r d ’une sorte de gare de
p r oc h é du Me rc en a ir e ; a p r è s un cou p dépôt ; les rails pr es qu e da ns l’axe «le
d ’œil à la porte, il se t o u r n e vers la la c a m é r a ; le tr a i n ar r iv e au loin. P 15b1 (Cache ci rc u la ir e ) : P la n r a p
je u n e fille ( h o r s - c h a m p ) , et lui fait (2 + 5) p r oc h é de Prosp er, un genou au sol,
signe de s ’a p p r o c h e r . (1 + G) tenant le c a d a v r e de la jeune fille ent re
P 1529 : Plan gé né r al : la voiture quitte ses bras ; il r eg a rd e sa po it rin e et son
I T 315 (e) : Yeux Br uns — P au vr e de la route, fra n ch it un fossé re mp li d ’eau ven tr e (là où le Mercenaire l’a percée
moi, p au vr e de moi ! (4 1/2) et roule vers les rails (en av a n l- p la n ). de son épée), el, le ntem ent, p e n c h e la
(2 1/ 2 ) lêle, pose son front co n t re celui du
ca dav re , q u ’il embra sse . (G)
P 1516 : Plan r a p p r o c h é de la jeune
fllle, acculée da n s un coin de la c h a m P 1530 ( — P 1528) : La voiture s ' a r
bre, r eg a rd a n t vers la g au ch e avec un rête en tr av e rs des rails ; les Irois P 15b2 ( = P 1457) : Plan général
l'ictus de te r r e u r : elle secoue la tête, p er so n n a g e s en d e s c e n d e n t p r é c i p i t a m (Pune rue de P ari s ; des c a d a v r e s j o n
lient les m a in s croisées sur sa po i ment el font de g r a n d s signes de bras ch en t le sol ; une tro upe de ca val ier s
trine . (1 -f- 9) en di r ec ti o n du trai n. (2 + 9) galope vers l’avant-plan. (4)
P 1517 (Cache c i r c u la ir e ) : Gros plan P 1531 ( Lé ger c a ch e ci rc u la ir e ) : Plan P 15b3 (Cache ci rc u la ir e ) : Plan am é
de son visage dé f o r m é p a r la p e u r ; d ’en se mb le du Irain, qui ralentit. ric a in de P ro sp e r. debout, te na n t le
elle crie. (2 + 14) (1 + 13) ca d a v r e d ’Yeux Br un s da ns ses bras ;
il r eg a rd e son visage, et a m o rc e un
mo u ve m en t vers la gauche. (1 + 11) bobine no 13 d ’un a i r su p p li a n t en di r e c ti o n du
G o u v e r n e u r assis, ho r s- c h am p .
(1 + 7)
P 1544 ( = P 1540) : P ro sp e r, p o r ta n t
Yeux Bruns, va vers la porte. {1 + 1) P 1 566 : P lan r a p p r o c h é du Garço n et
P 1 557 : Plan gé né ra l de la g r a n d e du p r ê t r e d e bo u t da ns la cellule ; l’un
po rt e de Ba bylone (vue de l’i n t é r ie u r et l’au tr e ont les yeux vers le ciel ;
I* 1545 : Plan m oy e n du c o r r i d o r de la ville) ; la por te s ’ouvr e ; la Fille le p r ê t r e soutient le Garçon. (1)
P r o s p e r sort de la c h a m b r e et se d i de la Montagne, s u r son c h a r , e n t r e au
rige vers la por te d ’en tr é e ouverte. galop (et sort de l ’image p a r la
(1 + 11 ) d r oi te ) ; à gauche, un h o m m e tient P 1 567 (Cac he c i r c u la ir e ) : Gros plan
une to r c h e enflammée. (8) du visage du Garçon, les yeux vers le
ciel, l’a i r d o u lo ur eu x ; un léger sou
P 1546 ( Lé ger c a ch e ci rc u la ir e ) : Plan r ir e passe s u r son visage. (5)
mo ye n de la po r te d ’en ir é e de la m a i I T 316 (f) : Cyr us joint scs a r m é e s à
son (vue de l’ex t ér ie u r) : P r o s p e r , sur celles rie son li eutenant, Gobryas. P 1 568 ( = P 1 566) ; le p r ê t r e prie.
le pas de la porte, te na nt tou jours le (2 + 1 0 ) (3)
c a d a v r e de sa fiancée, défie (les sol
dats catholiques, h o r s - c h a m p ) ; leur
lance r ag eu sem en t (des insultes). P 1 558 : Plan très géné ral de la route P 1 569 ( = P 1 565) : La Peti te Chérie
(1 + 11 ) m e n a n t à Babylone (axe de la route : pla id e de va nt le G o u v e r n e u r ; elle
fon d-gauche av an t- d ro it e) : Une foule p e n c h e la tête s u r le côté. (1)
de c h a r s cl de ca va li er s cou rt sur. la
P 1547 : Plan d ’en se mb le : à l’a rr iè re - route. (G 1/2)
gauche, à la porte, P r o s p e r c o n t in u e P 1 570 ( — P 1 563) i; Le Gouv ern eur ,
scs vi t u p ér at i o n s dé s es p é ré es ; à l’avant- les m a in s «te la Peti te C hé ri e d a n s les
droite, deux solda ts lui font face, et I T 317 ( f ) 1: L’a ve r tis se m e nt de la Fille sie nnes, l’écoute ; pu is il se tou rn e
r é p o n d e n t (à ses insu ltes ), b r a n d i s fie la Montagne est r e ta rd é p a r les vers son se c r é ta ir e à demi-levé, lui
sant le urs épées d a n s sa dir ec tio n. convives. (7) d o n n e un o r d r e ; le se cr ét a ir e sort r a
(2 + 7) p id e m e n t de l’image p a r la droite,
ta n di s que le g o u v e r n e u r se to ur ne à
P 1 559 : P la n d ’en se mb le d ’u n e rue nouv ea u vers la Pe tite Chérie, et la
P 1548 : P la n d ’en se mb le ; u n g ro upe de B a byl one ; le c h a r de la je u n e fille réc on for te . (4)
de solda ts p o r te u r s de mo u sq ue ts a r r i e n t re p a r l’ava nt- gau ch e ; un gr oup e
ve p a r la droite, s’a r r ê te et r e g a r d e vers de b a m b o c h e u r s l’ar rêt e, tente de m o n
la gauc he (d o ns la d ir e c ti o n de P r o s te r sur le c h a r ; la je u n e fille essaie P 1 571 ( = P I ) : Plan « du b erc ea u >.
per, h o r s - c h a m p ) . (2 + 7) (3)
de les écar ter. (7)
P 1 572 : P la n d ’en se mb le du c h a r de
P 1549 ( = P 1546). (1 + 15) P 1 560 (Cache c o ur be au coi n en haut Cyr us de v a n t la G ra n d e P or te de Ba-
à ga uc he) : Plan très général des m u by lon e ; Cyr us lève son glaive vers le
railles de Ba bylone ( e x té ri e u r ) ; un e ciel ; la tr o u pe des p r ê tr e s e n t r e d a n s
P 1550 ( = P 1547) : les deux soldats tro upe de ca va li er s et de c h a r s a r r iv e
agitent f u ri e u se m en t leurs épées vers Babylone. (3)
p a r le f on d-g au che el fonce en d i r e c
P ro sp e r, qui c o n t in u e à les (insulter.) tion de la G ra n d e Porte. (9)
(1 + 3) P 1 573 : Plan gén éral de la P o rte (vue
de l’i n t é r ie u r de la ville).; elle s ’o u
P 1 561 ( = P 1 559) : La Fille de la vre ; le G r a n d - P r ê t r e de Baal a p p a r a ît ,
P 1551 ( = P 1548) : Les sold ats é p a u à pied, d o n n a n t des o r d r e s aux h o m
lent le urs mo u sq u et s et tirent vers Montagne se dégage ; un fies h o m m e s
tombe à te rre ; la je un e fille, sur son mes de la porte. (3 1/2)
1‘av a n l- ga u c hc ; a b o n d a n t e fumée.
(1 + 12) cha r, roule r a p i d e m e n t vers le fond-
droite. (3 1/2) P 1 574 : Plan très général du festin
de Balthazur (p longée) ; une f e r m e
P 1552 ( = P 1547) : P r o s p e r vacille. ture parti elle d ’iris isole un c h a r tr a
(2 + 5) P 1 562 ( = P I ) : P la n « d u b er c ea u >.
(3) vers an t la foule des convives. (4 1/2)
De même que la ponctuation écrite est souvent 8. Les langages et le discours (Belgique, Bruxelles, 1943,
interprétée comme un mouvement direct de la pen- Ed. Office de P u b lic ité ) , Chap. VI-A, p. 49.52.
9. Le langage c iném atographique (Paris, Ed. d u Cerf,
7. P o u r ces problèmes, ainsi que leurs répercussions sur 1955, n° éd. 1962), p. 80.
la conception du cinéma com m e « écritu re », voir le 10. Sur ce point, voir mes Essais sur la signification au
chap. XI I € Cinéma et éc ritu re » ) de mon ouvrage ciném a (op. cit.), tome II, texte n" 9, chap. 1.
Langage et cinéma (Larousse, 1971). 11. Voir m êm e livre, même tome, même texte, chap. 7.
65
p u re » . C’est peut-être une forme culturelle de synes- l’explique également par ce souci de coulée narrative
thésie. C’est en tout cas un trait qui rapproche de qui a acquis un grand poids au cinéma. Il convient
la ponctuation écrite celle des films classiques, mais évidemment de ne pas prendre ces affirmations dans
qui en éloigne celle des films anciens où la diégèse, un sens normatif ou d'essence : elles s’appliquent à
plus nettement « brisée », s’évertuait à la scansion une époque historique du cinéma, et ce dernier peut
théâtrale davantage qu’au liant de la lecture roma changer. Mais elles me semblent justes en tant que
nesque. Si les parenthèses et les guillemets que l’on constatations d ’un état qui est encore majoritaire
trouve dans les livres sont des signes partiellement dans les films actuels.
arbitraires, le point qui sépare deux phrases, le pas
sage à la ligne qui sépare deux paragraphes, le pas
sage à la page qui sépare deux chapitres donnent
lieu plus nettement, comme dans les films de fiction
romanesque, à des phénomènes d ’induction diégé-
lique que favorise la « ressemblance» entre le signi 3. Ponctuation « obligatoire »,
fié (appréhension d ’une articulation du discours) et
le signifiant (perception d ’une solution de continuité ponctuation « facultative )>
dans la chaîne noire qui raie la page blanche).
Celte page, restée blanche, à la fin du chapitre,
sépare moins brutalement que ne le font vingt mi
nutes d ’entracte (de plus, ce n’est pas forcément D ’après Robert Bataille15, la grande différence
à celle page-là que les lecteurs choisiront d ’inter entre la ponctuation cinématographique et la ponc
rompre leur lecture, si du moins ils l’interrompent). tuation écrite tiendrait à ce que la seconde est obli
Quant à la ponctuation du film-roman, elle sépare gatoire alors que la première ne l ’est pas. Il y a
encore moins que celle du roman. Non que le film évidemment du vrai dans cette remarque, que Marcel
soit plus continu que le livre : ce plus n ’aurait pas Martin reprend à son compte16, mais le mot « obli
grand sens dans le cas d ’un livre lu d ’un trait et gatoire » convient mal à la chose et empêche de
avec attention. Mais il l ’est plus radicalement : tout l’analyser plus avant. Certes, la présence ou l’absence
film, en principe, se voit d ’un trait. Le film, comme de la ponctuation, dans un texte écrit de quelque
le souligne Etienne Fuzellier12, est un genre à temps longueur, n ’est pas matière à appréciation indivi
fixe (au sens où l’entendait T h ibaudet); le théâtre, duelle (si du moins l’on se place dans une tradition
d ’ailleurs, l ’est aussi ; mais le temps fixe du film ne « c u lt i v é e » ) . Un écrivain a beau aimer les phrases
comporte pas d ’entracte : dans le code, il est fixe- longues, il ne peut différer indéfiniment, à partir d’un
continu, et non point fixe-discontinu. L’abandon des « point », l ’échéance du point suivant, et moins
ponctuations de choc est donc une des conséquences encore celle des virgules intermédiaires (dont l’abon
de cette évolution du cinéma classique, qu’ont rem ar dance reste néanmoins variable). La ponctuation
quée beaucoup d ’auteurs, vers une formule plus écrite peut être rare, elle ne saurait être absente (à
romanesque que théâtrale. L’importance de la ponc notre époque, et dans les langues à forte tradition
tuation filmique, selon Jean Mitry13, demeure assez d ’écriture). La longueur de la phrase proustienne,
réduite, car le cinéma recherche avant tout la conti d ’ailleurs jalonnée de virgules et de parenthèses, ne
nuité (mais je voudrais montrer qu’une certaine ponc nous rapproche en rien d’une situation où la ponc
tuation est justement compatible avec cette recher tuation serait près de disparaître. Dans un film, au
che, et en fait même p a rtie ); de son côté, André contraire (et même si l’absence totale de signifiants
M alraux note11 que le fondu n ’a pas la même puis ponctuatifs est un cas-limite), la marge de variation
sance de disjonction que l’interruption de la repré dans la fréquence est plus considérable. Un film
sentation théâtrale, ou même que la page blanche comme M uriel d ’Alain Resnais (France, 1963) com
interposée entre deux chapitres d ’un livre, et il porte très peu de ponctuations. Même pour passer
d ’une séquence à la suivante — articulation parti
12. C iném a et littérature. Cours professé à l'in s titu t des culièrement forte — , divers moyens s’offrent, autres
Hautew Etudes C iném atograph iques (Editions de l’I.D. que la ponctuation : sans parler des intertitres du
H.E.C., 1957, 2 vol.). Devenu un livre (beaucoup plus cinéma muet, qui bien souvent constituaient (et éli
détaillé) h o u s le m êm e titre (Paris, Ed. du Cerf, 1964). minaient) la vraie ponctuation, deux séquences peu
Passage cité : P re m iè re partie du vol. 1 (dans le cours),
vent être immédiatement contiguës ( = coupe fra n
p. 1140.
che), y compris si elles renvoient à des fragments
13. Esth étiq u e et psychologie d u ciném a (Paris, Ed.
Universitaires), T o m e 1 (1963), p. 157. de l ’éspace-temps diégétique passablement éloignés
14. Esquisse d 'u n e psychologie du ciném a (op. cit.),
p. 379 dans la p agination de Marcel L’H e rb ie r (op. 15. Grammaire, ciném atographique (op. cil.), p. 63.
rit.). 16. Le langage ciném atographique (op. cit.), p. 77-78.
66
l’un de l ’autre. Ce saut un peu abrupt est éventuel de son troisième étage par l’ascenseur, puis se pro
lement facilité p ar un raccord dans le mouvement : menant dans la rue : à part recherche d ’un effet
le héros est en train de gravir les marches d’une pas déterminé, aucune ponctuation ne viendra fragmenter
serelle d ’avion, nous savons qu’il va à New York la « scène » de l’ascenseur ni celle de la promenade,
pour y rencontrer un associé ; nous le quittons quel-’ mais pour passer de la première à la seconde, un
ques marches avant le haut de la passerelle, à Orly, honnête fabricant de films choisira entre un signi
pour le retrouver l’instant d’après à New York, mon fiant ponctuatif et son absence : à ce point de la
tant les dernières marches d ’un escalier qui mène chaîne, dans le code du film à diégèse, le problème
à une porte vitrée où figure le nom de l’associé (que de la ponctuation est devenu pertinent. La démarca
nous connaissions déjà) : c’est ici la logique d ’im tion matérialisée, s’il y en a une, séparera (ou
plication diégétique17, la « logique de l ’histoire», qui reliera, car c’est la même chose) deux segments n a r
permet de faire l’économie de la ponctuation pro ratifs, fort complexes, dont chacun est susceptible
prement dite (on verra dans un moment que la situa de comporter plusieurs plans : deux « séquences »,
tion est en fait un peu plus compliquée). D’autres selon l’expression consacrée, ou encore deux seg
fois, c’est une analogie de contour graphique entre ments autonomes, dans le sens précis que j ’ai essayé
les motifs principaux des deux images contiguës, ou de donner à ce terme en étudiant la « grande syn-
encore un objet présent dans l ’une et l’autre, qui tagmatique » du film n a rra tif19.
viennent faciliter telle ou telle coupe franche un peu C’est dire que le signal d ’articulation ne corres
vive (sans être pour autant des ponctuations, puis pondra en aucune façon à la virgule, au point-vir
qu’ils contribuent justement à rendre leur absence gule, aux deux points, ni même au point, mais bien
possible). Le film peut donc différer très longtemps, plutôt au passage à la ligne (changement de p a ra
après un signifiant ponctuatif, l ’échéance du sui graphe) ou au passage à la page (changement de
vant ; à la limite, indéfiniment, et c’est en ce sens chapitre) — , lesquels précisément, dans l ’ordre
que la ponctuation cinématographique n ’est pas écrit, ne sont pas de véritables ponctuations, mais
« obligatoire ». des articulations de la composition littéraire ou rhé
torique, comme telles beaucoup plus « libres » :
l’écrivain ne peut pas retarder très longtemps la pro-.
* chaîne virgule, mais il peut écrire des pages entières
sans passer à la ligne, s’il désire que ces pages fonc
tionnent comme un vaste paragraphe unique. Un
A ma connaissance, ce statut « facultatif » n’a romancier classique qui décrirait en une quinzaine
jamais été élucidé de façon satisfaisante. On peut de lignes le couple dans l ’ascenseur aurait pu déci
dire évidemment (comme je l ’ai fait à l’instant, à der, à l’instar du cinéaste, de considérer la prome
titre provisoire) que la logique des inférences dié- nade ultérieure des deux personnages comme appar
gétiques, fonctionnant sur des images analogiques et tenant au même chapitre, ou inaugurant au contraire
circonstanciées, rend le récit compréhensible « par le chapitre suivant, et c’est même p ar son choix de
lui-même », et superflue la ponctuation ; c’est l ’opi noircir la page jusqu’en bas ou de s’en abstenir qu’il
nion la plus courante à ce sujet. Ce n ’est pourtant aurait créé l ’une ou l ’autre situation. Ce romancier,
qu’une explication positive et causale, sans fausseté, au contraire, écrivant « Elise a faim. », n ’était pas
mais aussi sans grande portée sémiologique ; il faut libre d ’y établir une phrase ou deux, ni de choisir
chercher plus avant. L’image filmique, le « p l a n » , entre cette graphie et (par exemple) « Elise a.
n’équivaut pas à un mot, mais à un énoncé déjà Faim. ».
complexe, comme je l’ai montré par ailleurs18. De Il n ’est donc pas tout à fait exact d ’opposer la
plus, ce n’est même pas entre chaque plan et le sui ponctuation écrite, obligatoire, à la ponctuation fil
vant, sauf cas particuliers, qu’il est question pour mique, facultative, car cette dernière n ’est compa
le cinéma classique d ’introduire une ponctuation (ou rable qu’à l’articulation littéraire, et comme elle
de s’en abstenir), mais seulement entre des unités « facultative » (on reviendra sur ce mot, qui convient
plus vastes. Pour l’une et l’autre de ces raisons, les lui aussi assez m al). Il serait plus juste de constater
problèmes de ponctuation n ’interviennent qu ’à que rien dans le film ne correspond à la ponctuation
l’échelle de segments syntagmatiques de grande proprement dite (typographique). Ce que l ’on
taille. Soit un film qui montre un couple descendant nomme la ponctuation filmique est en vérité une
macro-ponctuation ; elle sépare des segments qui ne
17. Notion e m p r u n té e â Je a n Mitry, E sth étiq u e et p sy sont pas de l ’ordre du mot ou de la proposition
chologie d u ciném a (op. cit.), n o ta m m e n t to m e I (comme fait la virgule), ni de la phrase, comme
p. 120. fait le point.
18. Essais sur la signification au ciném a (op. cit.),
tome I (1968), p. 33-34, 70-72 et 117-118. 19. M ê m e li vre, m ê m e t o m e , p. 121-134.
67
4. Sur quelques cas particuliers par l ’échelle de grandeur à laquelle elle intervien
drait : entre plans, et non plus entre «séqu en c e s» .
Mais cette position n ’aurait de justesse que pure
Toutefois, il arrive également que chaque « p l a n » ment formaliste, car elle négligerait la profonde
soit séparé du suivant par un effet optique. Ainsi, différence qui, dans le cinéma classique, sépare le
une longue marche dans le déserl sera évoquée plan de la séquence, et qui fait elle-même partie du
par une série de plans montrant (pour peu de temps code. Le propre de ce cinéma, c’est qu’il considère
chaque fois) le voyageur à un point différent de l’unité du plan comme donnée, comme suffisamment
sa pénible progression, et chacun de ces profils se assurée par sa continuité physique et phénoménale
résorbera dans le suivant à travers un fondu- (référentielle) ; tout son effort est de s’appuyer sur
enchaîné. Dans les constructions de ce genre, les cet acquis premier pour retrouver les prestiges dié-
segments compris entre deux enchaînés (surtout s’il gétiques du roman classique: création d ’un « monde »,
s’agit de plans assez simples) sembleraient se ra p sentiment de la durée « v é c u e » , « é p a is s e u r » des
procher, par leur étendue syntagmatique, de ceux temps, des lieux et des hommes. Pour cela, c'est la
que la langue écrite encadre entre' deux ponctua* séquence qu’il recherche, c’est elle (et non le plan)
lions (phrases ou propositions). Mais cette « é q u i qui lui est un souci, qui lui fait un problème per
valence », de toute façon peu convaincante, ne manent : il faut que les actions, les époques, les
résiste pas à l’examen : on a affaire ici à un type paysages se distribuent et s’organisent sur l ’ensemble
de montage bien particulier (que j ’ai appelé, a il du film ; il faut que s’établissent des regroupements
leurs,20 « f r é q u e n t a t i f » ou « d u r a t i f » ) , et où le supérieurs au plan ( = unité de tournage) et infé
fondu-enchaîné fonctionne d ’une façon très spécifique rieurs à l ’œuvre (unité m axim ale). A partir du ciné
dont la première conséquence est qu’il n ’est pas une ma des « primitifs », où chaque tableau coïncidait
ponctuation. Il ne sépare pas deux segments de la automatiquement avec un plan unique, c’est le cinéma
diégèse, mais déploie son action à l’intérieur de l ’un classique qui a peu à peu développé et imposé —
d ’entre eux, qu’il contribue par là à constituer comme qui a inventé — la notion même de séquence, ainsi
tel. que les principaux types normalisés de séquences, qui
Il ne sépare pas deux segments autonomes, et il ne forment cette « grande syntagmatique » dont j ’ai
les relie pas non plus. Car il faut bien prendre commencé l’élude. C’est pourquoi, dans le film à
garde à ne pas opposer la ponctuation et la non- diégèse, la séquence (le «segment auton om e») n’est
ponctuation comme ce qui sépare et ce qui relie. Il pas une unité comme les autres, mais représente
est vrai que l ’enchaîné fréquentatif relie, et qu’il ne idéologiquement l ’unité majeure. Les véritables
sépare pas. Mais ce n ’est pas pour cela qu’il n’est ponctuations sont celles qui interviennent entre seg
pas une ponctuation. C’est parce qu’il assure la ments autonomes, parce que ce sont elles qui ponc
cohésion interne d ’un segment, et non la démarca tuent ce qu’il faut ponctuer, et non pas seulement
tion de deux segments : il est ciment, non charnière. parce qu’elles forment la grande majorité numérique
Mais les démarcations véritables sont toujours, et de tous les effets optiques qui, dans ces films, pour
toujours à la fois, séparations et liaisons : elles raient de près ou de loin être considérés comme
permettent le passage d ’une unité à une autre, et par ponctuatifs (toutefois, cette constatation de pure sta
là-même elles en distinguent deux. Elles séparent tistique tient aussi aux mêmes causes).
deux segments, mais elles les constituent aussi comme Un autre cas particulier est celui du plan-
deux sous-segments d ’un discours plus vaste, qui séquence, qui est venu rejoindre et enrichir après
du même coup est réputé unitaire : aussi bien, on coup l’arsenal syntagmatique du découpage classique.
n’imagine pas une ponctuation qui s’interposerait Son existence a pour corollaire fréquent la sépara
entre un chapitre d ’un livre et un chapitre d ’un tion de deux plans successifs par une ponctuation,
autre livre.
puisque chaque plan coïncide à présent avec une
On rétorquera peut-être que ces mêmes principes, séquence entière (comme le dit déjà le terme même
appliqués au cas de l ’enchaîné duratif, permettraient de «plan-séquence», à sa façon fort exact). Pour
justement de le considérer comme un signifiant ponc- tant, l’« exception », ici encore, n’est qu’apparente,
tuatif : ne peut-on pas dire de lui, également, qu’il et elle n ’autorise toujours pas à considérer que le
sépare et relie à la fois plusieurs sous-unités, ' qui film narratif introduit des ponctuations au niveau
seraient ici les différents plans successifs de la du plan. Car ce ne sont pas deux plans comme tels
séquence durative ? Ce serait, en somme, une ponc que la ponctuation, ici, est susceptible de séparer
tuation qui se distinguerait simplement des autres (ou de relier), mais justement deux séquences (qui
se trouvent réduites chacune à un seul plan), et dont
20. Essais sur la signification au ciném a (op. cit.),
la ponctuation va contribuer à établir la dualité.'
tome I, p. 123-124, 128, 132-133, et tonie II, texte n° 2,
ohap. VII. Cette affirmation a peut-être l’air d ’un tour de passe-
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passe, mais pour se convaincre du contraire, il suffit nable : une simple commutation, comme le remarque
de prendre garde que le plan-séquence ne commute Charles Bally2H et après lui Louis Hjelmslev,2'1 per
pas avec un plan d ’une séquence ordinaire, mais met donc de considérer le degré zéro comme signi
avec cette séquence en entier, qui constitue de toute fiant du présent ; l ’opposition avec un signifiant plein
évidence, par rapport au film dans son ensemble, est une condition nécessaire, mais aussi suffisante.
une unité du même ordre de grandeur que le plan- Or, dans le cinéma classique, la coupe franche
séquence. Ainsi, la ponctuation de plan-séquence, tout entre bien en opposition avec des formes à signifiant
comme la ponctuation de séquence, démarque des matérialisé. Soit une scène, comme il y en a tant
grandes unités et fonctionne comme un changement dans les films, représentant un salon dans lequel
de chapitre,21 non comme une virgule ou un point. plusieurs personnes sont en conversation ; une série
Au total, si la ponctuation filmique n’est pas de plans montrent successivement tel ou tel person
« o b lig a to ire » , c’est parce qu’elle joue un rôle dans nage, puis la pièce entière, puis une partie de la
lequel la « ponctuation » écrite n’est pas non plus pièce vue de plus près, puis deux hommes par
obligatoire, et où l’une comme l’autre contribuent lant avec animation, etc. Un fondu ou quelque autre
à établir des articulations, non à marquer des unités effet optique, intervenant entre deux plans, donne
préexistantes. Au contraire, la ponctuation propre rait l ’impression qu ’il s’agit d ’une autre réunion
ment dite (typographique) — et c’est pourquoi elle tenue dans le même salon un autre jour, ou à tout
donne l’impression d ’être « o b l ig a to ir e » — se relie le moins d ’un autre moment de la même réunion ;
davantage, comme je l’ai dit plus haut, aux unités au contraire, tant que les plans se succèdent en
antérieures que lui apporte la langue (mots, propo coupes franches, la représentation diégétique de la
sitions, phrases), et exerce davantage, bien que réception mondaine est réputée continue (c’est le
jamais totalement, une fonction de reflet et de redon point de vue seul qui change). La coupe franche
dance, consistant à souligner des articulations qui entre donc en paradigme avec le fondu, elle se
auraient aussi, jusqu’à un certain point, existé sans constitue en signifiant zéro, et le paradigme établit
elle. deux signifiés distincts.
Dire que la coupe franche équivaut à la virgule,22 Mais ce qui caractérise ces signifiés, c’est juste
c’est non seulement rechercher d ’illusoires corres ment q u ’un seul d ’entre eux (celui du fondu ou de
pondances fines, mais les rechercher à un niveau l’effet optique) est de nature ponctuative et instaure
où les correspondances grossières (comme séquence une démarcation diégétique. L’autre, celui de la
— chapitre) sont elles-mêmes impossibles. coupe franche (c’est-à-dire celui qui nous occupe),
est en un sens le contraire même d ’un signifié ponc-
tuatif, puisque ce qu’il signifie, et qui fait de lui un
signifié, est proprement l’absence de démarcation dans
5. La coupe franche l’espace-temps diégétique.
Dans le découpage classique, la coupe franche
intervient le plus souvent là où la ponctuation est
Les discussions qui précèdent nous amènent à un
refusée. La coupe franche est censée traduire le
problème connexe. Jusqu’ici, je ne me suis posé la
fait même du montage comme principe très général
question de la ponctuation que devant un effet opti
du cinéma, le dévidement même de la chaîne du
que. Mais ne faudrait-il pas se la poser aussi devant
discours. Aussi le spectateur la perçoit-il à peine :
la coupe franche elle-même, c’est-à-dire le simple
dans la scène de la conversation mondaine, il aura
passage d ’un plan à un autre sans effet optique ?
plus ou moins l ’impression d ’avoir vu à tout moment
L’absence d ’un signifiant matérialisé n ’autorise pas
l’ensemble du salon. La perception reconstruit un
à répondre par la négative, puisqu’on sait qu ’il existe
espace-temps unitaire par totalisation spontanée (et
des signifiants zéro, comme par exemple celui du
pourtant codée) des vues partielles, et par le jeu
temps présent dans la phrase nominale du russe
de la mémoire immédiate. Ce processus a souvent
moderne : le morphème qui correspond à maison et
été étudié dans ses aspects psychologiques25 ; sémio-
celui qui correspond à l’adjectif neuf suffisent à eux
deux pour constituer l’énoncé « La maison est 23. « C opule zéro et faits connexes », Bu lletin d e la
neuve » ; mais si l ’on veut signifier « La maison Société de Lingu istiq u e de Paris, Ionie X X II I , 1922.
était neuve» ou « L a maison sera neuve», il faut 24. « Le verbe et la ph rase nom inale », p. 253-281 in
employer le verbe être conjugué au temps conve- Mélanges de philologie. de littérature et d'histoire a n
cienne offerts à J. M arouzeau, 1948 (Reprise d’une
21. Déjà noté par Marcel M artin (Le langage ciném a c om m unic a tion de l’Académie du D a n e m a rk , 1946).
tographique.. op. cit., p. 79) à propos du fondu au noir 25. N o ta m m e n t par Jean M itry {Esthétique et p s y c h o
dans sa définition générale. logie d u ciném a, op. cit., tome I, p. 395-396) ; par
22. R obert Bataille, G ram m aire c in ém atographique (op. Bianka et R e né Zazzo (« Niveau m ental et c om pré
cit.), p. 63. hension du cinéma », R e v u e Internationale d e F ilm o ■
69
logiquement, il correspond à l’emploi normal de la ment visuel ou sonore tout au long de la séquence
coupe franche. Car cette totalisation perceptive — (un personnage, un objet, un bruit, un motif musi
et c’est une preuve parmi d ’autres qu’elle est codée cal, etc.). Mais dans cette mesure, il s’éloigne, me
— joue à l’intérieur de la séquence, et non par semble-t-il, du problème des articulations au profit
dessus ses frontières : tant que durent les coupes de celui des éléments de continuité qui, de part et
franches, on peut totaliser ; lorsqu’intervient la pre d’autre de la coupe (c’est-à-dire avant ou après elle,
mière ponctuation, il faut arrêter le compte et en non à son niveau) peuvent éventuellement souligner
ouvrir un nouveau. l’unité de la séquence.
En celte mesure, la coupe franche est l’anti-
ponctuation. Dans un énoncé écrit comme « 11 avait
faim, il avait soif », il est un point de la chaîne 6. A propos de la notion
(entre fa im et le deuxième il) où l’on peut hésiter
entre la virgule et le point-virgule, car on est au de (C transition »
moment de la ponctuation ; mais entre avait el
faim , la limite n’est pas une ponctuation : on assiste Tout ceci montre qu’il faut soigneusement distin
simplement au déroulement de la chaîne, et en guer entre le problème des coupures (la ponctuation
quelque sorte au fait syntagmatique lui-même : il ou son absence) et celui des rappels de thèmes,
fuut plusieurs mots pour s’exprimer, de même qu’il c’est-à-dire des véritables transitions, que je définirai
faut au film classique plusieurs plans pour faire autrement que ne le fait Marcel Martin. Dans un
die pèse. La ponctuation implique une coupure sen texte écrit, il arrive souvent que l’on repère, p a r
sible, et non le simple découpage des unités syntag- dessus la frontière du paragraphe, du chapitre, de
matiques. Aussi cette coupe que Ton dit franche est- la strophe... un jeu de réponses entre certains thèmes,
elle fort retorse, puisqu’elle travaille à innocenter certains mots, certaines figures grammaticales, ou
même certaines figures phoniques (en poésie notam
dans l’évidence d’une représentation neutre et conti
ment). L’avant et l’après deviennent ainsi les ter
nue toute une série permanente de choix et de déci
mes d ’une sorte de petit système, distinct de la
sions qui, s’ils avaient été autres, auraient profondé
ment modifié cette représentation même. coupure et qui l’enjambe à dessein, ce qui lout à
la fois en atténue les effets et en souligne l’exis
Marcel Martin considère26 que la coupe franche
tence. Lorsque ces procédés appartiennent à la con
s’emploie toutes les fois que la « transition » n ’a
notation, on a affaire à un rappel, à une rime (au
pas d ’importance par elle-même, et consiste en un
sens propre ou figuré). Lorsqu’ils ressortissent à la
simple changement de point de vue sur une unité
dénotation, ce sont à proprement parler des transi
diégélique qui reste inchangée. Mais il serait plus
tions : ainsi, dans un exposé didactique bien mené
jusle de dire qu ’en pareil cas il n’y a pas de
(c’est-à-dire dont le sens dénoté s’établit clairement,
« transition » du tout, el que le film veut q u ’il en
puisque c’est là l’un des buts du discours didactique),
soil ainsi. De même, François Chevassu27 distingue
les premiers mots d ’un paragraphe font souvent écho
les « articulations de discontinuité », marquant un
aux derniers mots du paragraphe précédent.
hiatus spatio-lemporel, des « articulations de conti
Ces jeux de rappel, sous l’une et l’autre forme,
nuité », intérieures à une séquence unitaire. Les
existent aussi dans les films et ne relèvent pas de
premières, dit-il, relient tout en séparant : ceci
la ponctuation, mais constituent une des facettes
me paraît exact et important (voir plus haut). Les
du montage. Le montage, parmi bien d ’autres pro
secondes relieraient seulement. Mais c’est que les
blèmes, pose celui du rapport entre deux plans voi
secondes ne sont pas des articulations, ou du moins
sins : rapport de ressemblance ou de contraste, celle-
ne le sont pas dans le même sens, comme j ’ai essayé
là comme celui-ci pouvant porter sur le contour
de le montrer. D’ailleurs, parmi les « articulations
graphique des motifs, sur la forme de leur mouve
de continuité » que mentionne François Chevassu, la
ment (s’ils sont mobiles), sur leur « g r o s s e u r » res
coupe franche — et à juste titre — ne figure pas.
pective, sur leur incidence angulaire, etc. C’est à
L’auteur cite entre autres28 la permanence d ’un élé
juste titre que des théoriciens comme Eisenstein,
Poudovkine, Koulechov, Timochenko, Balâzs, Spot-
logie. n" 5, p. 33); par E dgar Morin (Le ciném a ou
tiswoode, Arnheim, etc. les ont considérés comme fai
l'homme, imaginaire. Ed. de Minuit, 1956, p. 126-127);
p a r Paul Fruisse et G. de M onlm ollin (« Sur la mémoire sant partie du montage, et ont énuméré dans leurs
de* films », Rev. int. de Filmol.. n ” 9, 1952, p. 37 à 69 « tables de montage » les principaux types do rap
el surtout 44-45); etc. ports qu’ils avaient distingués entre deux plans suc
26. I;e langage ciném a to graphique (op. cit.), p. 78-79. cessifs, séparés ou non par une ponctuation. Toutes
27. L e langage ciném atographique (Ed. de la Ligue ces formes de « réponses » consistent à projeter sur
Française de l'E nseignem ent, Paris, 1962), p. 56-57. l’axe syntagmatique ( = montage) des ressemblances
28. M ê m e livre, m ê m e s pages. et des différences qui, comme telles, relèvent d ’une
70
paradigmatique ; Roman Jakobson l’a bien montré le code linguistique, c’est-à-dire l’ensemble des indi
à propos de la composition poétique. cations que fournissent les paroles du film — suffi
Marcel M artin29 relève et classe certains de ces sent à établir la démarcation entre segments auto
rapports syntagmatiques, qu’il appelle « transitions » nomes, de sorte que le signifiant ponctuatif (s’il y
(comme il le fait aussi pour la coupe franche). 11 en a un) a valeur plutôt redondante. On notera
distingue les analogies de « contenu matériel », de toutefois que ce rapport peut s’inverser : une forte
« contenu structural », de « contenu dynamique » ponctuation crée d ’emblée la démarcation, que les
entre deux images, les liaisons effectuées par le spec inférences diégétiques viennent ensuite confirmer.
tateur lui-même, les liaisons « nominales », les liai Dans l’une ou l’autre de ces interprétations (et plus
sons « idéologiques », etc. Ce qu’on peut reprocher encore dans la prem ière), le film donne l ’impression
à cette classification peu convaincante, c’est avant d ’être « directement » compréhensible : c’est oublier
tout de suggérer, par un emploi trop lâche de la que les mécanismes de l’inférence diégétique ne sont
notion de « transition », une fâcheuse confusion pas plus simples que ceux de la ponctuation, et
entre les figures de rappel et les problèmes de ponc qu’un tournant « m a n i f e s t e » dans le cours de l’in
tuation, qu ’il traite dans un même chapitre intitulé trigue, tout autant que la présence d ’un fondu au
justement « Les transitions ».;i0 Or, c’est une confu noir, est chose dont le cinéaste a lui-même décidé,
sion qu’il n’est (ut de loin) pas le seul à faire et et aurait pu décider autrement.
qu’on trouve partout dans la littérature cinématogra II reste qu’un changement très perceptible de lieu,
phique. ou de temps, ou d ’action peut suffire à créer la d u a
lité des séquences, et rendre ainsi superflue la ponc
tuation. Il est d ’observation courante que cette der
7. Ponctuation/démarcation nière, même dans les films les plus traditionnels,
n’intervient pas à chaque passage entre séquences.
En somme, on ne peut pas étudier les signes de Ainsi, dans les Westerns, lorsqu’à une suite d’images
ponctuation en faisant abstraction de leur fonction; montrant une bataille acharnée entre un groupe
et par « fonction », il faut entendre non seulement d’indiens et une patrouille militaire, succède une
la fonction au sens courant (l’utilité, l’emploi), mais scène où le jeune lieutenant, dans le calme du soir,
aussi la fonction dans le texte, le jeu des rapports se promène aux abords du camp avec l ’héroïne qu’il
entre « fonctifs » (comme dirait Louis Hjelmslev), courtise, chacun comprend clairement qu’il a affaire
la fonction au sens des Formalistes russes ( = posi à deux syntagmes différents, et que, même s’ils rele
tion p ar rapport aux autres éléments). Si un fondu- vaient d ’un type syntagmatique identique (s’ils
enchaîné figure entre deux séquences, c’est une ponc étaient, par exemple, traités l’un et l’autre en mon
tuation ; s’il figure entre les plans d ’un montage tage alterné), ce seraient encore deux montages
duratif — ou s’il sert simplement à adoucir la alternés et non un seul, Dans les contextes de ce
coupe franche entre deux images d ’une même genre, la ponctuation peut disparaître (bien qu’elle
séquence, comme c’est souvent le cas dans le film ne le fasse pas toujours).
classique — , il n’est plus un signe de ponctuation. L’exemple qui précède nous introduit à la troi
Il y a là une sorte de tautologie, puisque la ponc sième (et dernière) façon qu’a le cinéma narratif
tuation se définit par rapport aux segments autono d ’établir les démarcations entre unités diégétiques.
mes, et que le découpage des segments autonomes, Même en la double absence d ’un signifiant ponctuatif
comme je l’ai dit, repose en partie sur la ponctua et d ’un changement manifeste dans le cours de l ’ac
tion. Mais cette tautologie, d ’abord, n’est pas évi tion, le passage correspondant du film ne nous est
table et n ’a pas à être évitée, car elle est le propre pas forcément présenté comme un unique segment
de toute analyse de type immanent et textuel : elle autonome. Le traitement cinématographique de cette
ne fait que refléter le mécanisme qui aboutit à la action continue et non ponctuée peut avoir pour
création d'une diégèse dans les films narratifs. En effet, s’il varie à l’intérieur du passage, d’y établir
second lieu, c’est une tautologie qui n’est pas totale deux ou plusieurs segments. Et il est remarquable
(si l’on peut s’exprimer ainsi), une tautologie par que ces derniers seront encore perçus comme des
tielle. Car les unités de diégèse ne s’établissent pas éléments de diégèse, ce qui prouve bien que la dié
seulement par le jeu de la ponctuation. Dans d ’autres gèse n’est pas ce q u ’elle prétend être, ce réfèrent.
cas, le fonctionnement des codes analogiques, c’est- idéalement antérieur au film et que le film se conten
à-dire le contenu même des images, à partir duquel terait de représenter — , mais au contraire une entière
le spectateur se livre à des inférences — ou encore création du film lui-même et du film total : à cet
égard, la démarcation par variation du traitement,
29. Le langage ciném atograjthique (op. cit.), p. 80 à 85. la démarcation p ar ponctuation et la démarcation
30. Chap. 6, p. 77 à 85. par « l’intrigue elle-même » ne sont que trois niveaux
71
(Tintervention du film sur sa propre diégèse, qui ment parce que le détail des images ne l’impose
diffèrent seulement par le point exact où chacun pas de façon absolue, mais parce qu’il demeurerait
se silue dans le travail du film, mais non par leur intrinsèquement insuffisant, étant donné que la leçon
commune et fondamentale propriété de fabriquer ce particulière n ’était elle-même que le dernier segment
qu’ils ont l ’air de reproduire. (et non le seul) d ’une série dont les autres étaient
eux aussi relatifs à l ’apprentissage, et qu’il reste
donc à expliquer pourquoi ils se distinguaient entre
* eux. Voici un exemple où la démarcation a finale
ment été établie par le jeu combiné d ’une variation
dans le traitement et d ’une indication d ’intrigue
Les cas de redondance sont d ’ailleurs fréquents. 11 (sans ponctuation), et où la redondance peut être
arrive souvent que le passage d ’un segment autonome orientée (l’indication d ’intrigue est simplement adju
au suivant soit institué à la fois par deux des sortes vante) : un cas parmi tous les autres auxquels abou
de démarcations que j ’ai distinguées, ou par les trois tit la combinatoire des^démarcations dans le film
à la fois. Il n’est pas toujours possible (ni théori narratif classique, si l’on « développe » jusqu’au
quement souhaitable) d 'orienter la redondance, c’est- bout les critères de classification que j ’ai proposés.
à-dire de décider laquelle des deux (ou des trois) On constatera surtout que les trois types de dém ar
démarcations a été décisive, et laquelle ou lesquelles cation interfèrent constamment, et que c’est à eux
ont été redondantes : leur efficacité, parfois, est trois qu’ils articulent la diégèse.
sensiblement équivalente. Dans un passage de Citizen
Kane d ’Orson Welles (U.S.A., 1941), le héros entre
prend de forcer Suzan, sa deuxième femme, à se
produire en public comme chanteuse. Nous avons *
d ’abord un certain nombre de scènes successives
correspondant aux différentes phases de l’apprentis
sage de Suzan, et la dernière nous fait assister à L’analyste du film classique est donc en droit de
une leçon de chant où le maestro italien engagé considérer comme un segment autonome (un seul)
comme professeur s’indigne de la nullité de son tout passage du film qui n’est interrompu ni par un
élève et se voit vertement rabrouer par le mari surgi changement majeur dans le cours de l’intrigue, ni
à l’improviste. Ensuite, un syntagme en accolade31 par un signe de ponctuation, ni par le passage d ’un
(d’ailleurs compliqué d ’un montage duratif) fait défi type syntagmatique à un autre.
ler devant nos yeux, en une suite éblouissante de Cette définition du segment autonome par un triple
surimpressions et de fondus-enchaînés, divers aspects critère aboutit à distinguer dans un film, en moyenne,
du martyre de la chanteuse forcée : répétitions ora des segments nettement plus nombreux et nettement
geuses, nouvelles colères du maestro, fausses notes plus courts qu’on ne le fait d ’ordinaire (sous le
de l’élève peu douée, manchettes de journaux annon nom générique de « s é q u e n c e s » ). Ces dernières, en
çant que Kane a fait construire un opéra pour elle, effet, sont dans la compréhension courante des unités
gros plans d ’une lampe de scène qui s’allume et de diégèse globale, des unités référentielles, ou
s’éteint, plans moyens de Kane applaudissant pesam- encore des unités de scénario : des sortes de « gran
.ment dans sa loge, el de deux machinistes goguenards des parties » qui correspondent moins au film qu’au
commentant les événements du haut des cintres, etc. résumé écrit que l’on pourrait en faire, ou au sou
Le contraste entre les deux types de traitement ciné venir d ’ensemble que l’on peut en garder. Leur
matographique successivement adoptés — la leçon dénombrement ne tient compte (du moins régulière
particulière présentée tout du long et sans hiatus, ment) ni des ponctuations, ni des variations de trai
et le condensé si typiquement fréquentatif (et sur tement, ni même de certaines sous-articulations d ’in
découpé) qui lui fait suite — est ici suffisamment trigue encore assez sensibles. Ainsi, on parle souvent
frappant pour localiser à lui seul le point de pas de « la séquence de Suzan chanteuse malgré elle »
sage entre les deux segments, et a fortiori pour en (dans Citizen Kane) pour désigner un bloc qui
créer deux, en dépit de l’absence de ponctuation. comprend les deux segments analysés à l’instant,
Mais une certaine inférence d ’intrigue joue aussi les quelques épisodes d’apprentissage qui les précè
son rôle en ce point : le premier des deux segments dent, et le plan-séquence du suicide manqué qui
(la leçon particulière) correspond à l’apprentissage vient juste après. Si le segment autonome est en
de Suzan, et le second à ses apparitions publiques. règle générale plus petit que la « séquence », c’est
Toutefois, ce critère n ’est pas décisif : non seule donc parce qu’il désigne une unité textuelle, et que
sa détermination prend en compte de façon plus
31. Voir nies Essais sur la signification an cinéma (op. circonstanciée l’ensemble du processus par lequel le
oil.), t o m e I, P- 127-128. film crée sa diégèse.
72
C ette page et page suivante : Citizen K ane (Orson ff'elles) : Vapprentissage et la « carrière » de Susan.
10
BO
— simultanément, le récit est la révélation, jus
que-là différée, d ’un « secret » relatif au personnage
et/ou à son milieu (à sa fam ille), secret corrélatif de
sa décadence, dont il esl le signifiant métaphorique.
Ces deux axes s’inscrivent dans un discours n a rra
tif de type « classique » (au moins depuis Senso)
dont la structure (l’instauration d ’un « réel » fictif)
implique un rapport immuable entre deux termes :
— un figurant/embrayeur : le témoin de l’his
toire ;
— ses « o b j e t s » : sa scène, son cadre social.
La reprise/transformation
du cinéma hollywoodien
Le cinéma « c la s s iq u e » européen, dont M o n à
Venise peut être dit, à bien des égards, un point
d ’aboutissement, la clôture, s’est presque toujours
présenté comme une reprise/transformation du
cinéma classique hollywoodien :
— l’économie narrative de ce cinéma européen,
fondée sur la transitivité d ’un récit, sur l’institution
d ’une fiction comme présence réelle et compréhen
sion réciproque des figurants (sur la communauté
« idéologique » des personnages dans le cinéma hol
lywoodien, cf. JPO n° 2 3 2 ), reproduit pour l’essentiel
le mode de la « transparence» hollywoodienne: mode
qu’elle transforme en y introduisant, sous la forme
d ’un supplément de mise en scène, la signature lisible
d ’un auteur. Ce supplément va de l’utilisation (d’ail
leurs de plus en plus purement décorative) du travel
ling, puis du zoom, chez Rossellini par exemple, au
remarquage de la scène théâtrale chez Renoir par
exemple. (Signature qu’on peut lire comme anta
gonique à la « neutralité » de la mise en scène
hollywoodienne, du moins dans la période classi
que : c’est au contraire la marque de la dégénéres
cence d ’Hollywood que la profusion, dans les films
récents — Penn, Schlesinger, Russell — de ces
effets — cf. de ce point de vue, ailleurs, The Touch
comme caricature).
— parallèlement, le cinéma classique européen
d ’avant-guerre (Renoir, Carné,...) et d’après-guerre
(Rossellini, Visconti,...) s’est présenté comme une
« conscience malheureuse » du cinéma hollywoodien :
comme le tableau/critique d ’une société (là où, dans
le cinéma hollywoodien, il y a plein accord idéolo
gique entre les valeurs du cinéma et celles de la
société) — comme un cinéma « réaliste/critique ».
Chez Visconti (dès ses premiers films), cette trans-
formalion de l’économie narrative du cinéma classi
que hollywoodien s’inscrit selon trois modalités :
a) par la position d ’un personnage central comme
agent d ’une réflexion/critique sur son milieu ;
81
b) pa r l ’inscription redoublée de la scène filmi
que comme objet du regard du metteur en scène ;
c) par la valorisation des figurants comme objets
narcissiques du metteur en scène (le prolétariat de
La Terra tréma par exemple).
D’où trois déterminations idéologiques majeures
de l’inscription viscontienne :
a) celle de la fiction historique (du scénario) :
l’histoire est comprise p ar un témoin privilégié (qui
est un narrateur, c’est-à-dire le figurant/embrayeur
— notons que dans le cinéma hollywoodien, le/les
embrayeur(s) ne sont pas des narrateurs, sauf chez
les « m a î t r e s » tardifs d ’Hollywood : Mankiewicz,
Preminger, etc.).
b) celle du réel/fictif de la mise en scène : la
fiction est comprise/critiquée par l ’auteur, et le
regard de l’auteur fonctionne lui aussi comme em-
brayeur (tout se passe donc comme s’il y avait un
double embrayage / le héros viscontien / le metteur
en scène / dont la présence est subsumée par l’effet
scénique redoublé) ;
c) valorisation névrotique des figurants comme
objets narcissiques du metteur en scène (Tadzio dans
Mort à Venise).
2 Surdétermination
de la fiction viscontienne
Le réfèrent
L’analyse de cette surdétermination exige que soit
posé d ’abord le problème du réfèrent dans la fiction
hollywoodienne et européenne d ’avant et d ’après-
guerre. Le rcférent est une notion idéologique qu’il
s’agit de considérer comme telle pour en décons
truire les effets et pour en analyser le procès de
production.
Posons dès maintenant que l’inscription référen
tielle de l ’objet filmé consiste en une position de la
figuration filmique telle que :
1) instituée comme réelle dans la fiction, elle
produit la confusion du figurant avec son « réfè
rent » réel, extérieur au produit filmique ;
n ) cette confusion n ’est jamais idéologiquement
neutre dans de telles fictions : en effet, elle tient
lieu de support actif de l ’institution de certains figu
rants comme valeurs d ’échange, étalons idéologiques
de la fiction. Particulièrement dans le cinéma holly
woodien d ’après-guerre (le Western « classique par
exemple) où un embrayeur privilégié constitue la
valeur idéologique érigée comme dernière instance
du discours du film, dans la mesure où les autres
figurants le « comprennent » comme telle.
82
Autrement dit, dans ce cinéma, l ’inscription réfé , scène du « monde » renoirien fait place chez Rossel-
rentielle consiste en l ’articulation d ’un couple cons -< lini une mise en présence directe de la bourgeoisie,
titué par une série de figurants qui en comprennent j,d a n s ses premiers films) ;
un autre comme leur « valeur » (leur « référence » II) confusion radicalisée des figurants et de leurs
morale : cf. « L i n c o l n » ) , La valeur de ce person « référents » réels p ar l’inscription d ’un acteur pri
nage en surplus dans la fiction est donc produite vilégié faisant fonction d ’embrayeur fictionnel à un
par le crédit que lui attribuent les autres. La plus- double titre : comme agent de la réflexion-critique
value idéologique dont ce personnage est investi est du metteur en scène sur le monde réel (c’est-à-dire
ainsi à comprendre comme l’effet d ’une économie sur un réel-fictif institué comme présent historique,
fictionnelle (ou du fonctionnement économique d ’une dehors réel confondu du cinéma et de son acteur), et
fiction) telle qu’une série de figurants en produisent comme objet érotique de la fiction (les héroïnes de
un autre, supportent l’inscription de cet autre dans Renoir et de Rossellini).
le rôle de leur représentant.
Les effets idéologiques dominants du cinéma clas Le rapport qui est ainsi instauré, dans le cadre
sique se supportent de fait de l ’institution d ’un de ce discours politique refoulé (et érotisé), entre
« représentant de la représentation » qui maintient le héros (l’héroïne) et les autres de la fiction (le
la coupure idéologique de l’individualité de chaque m onde), consiste, littéralement, en la recherche d ’un
figurant (à tout un chacun son supplément de pré référent (au sens de bonne référence) introuvable
sence) et soutient l’articulation de la communauté (un modèle d ’homme idéal dans Le Carrosse d ’Or,
idéologique de tous. Cette coupure et cette articula une relation amoureuse ineffable dans Voyage en
tion, en leur matérialité signifiante, consistent : Italie).
I) en une accentuation systématique de toutes les Le héros (l’héroïne) est à la recherche d’autre
pratiques d ’échange, de « don » (économique, linguis chose qu’il ne peut trouver dans son milieu, dont il
tique), surdéterminée par l ’inscription refoulée des s’exclut sur un mode purement fantasmatique, cette
pratiques économiques capitalistes (détournement — exclusion s’inscrivant filmiquement :
traîtrise, manquement à la parole donnée) ; 1) sur un mode « obsessionnel » comme le re-mar-
I I ) en une forclusion de toute inscription sexuelle quage infini des effets de mise en scène : le théâtre
(pas de figuration de la copulation, forclusion des comme hors-champ moral/métaphysique de l’héroïne
organes sexuels en tant que signifiants), surdéter du Carrosse d'Or, toujours compris dans le champ
minée par une inscription érotique fétichiste (le féti
de la mise en scène, toujours exposé pa r le système
che advenant au lieu du signifiant — de l’inscription de la mise en scène au regard-critique du cinéaste ;
forclose des organes sexuels). i i ) sur un mode « h y s té r iq u e » comme la valori
sation des moments « vrais » du jeu des acteurs : le
Alors que la fiction hollywoodienne réinscrit des tournage rossellinien.
idéologèmes exportés de l’idéologie politique, écono
mique, sociale de l’Amérique des débuts du siècle, et
q u ’elle en soutient directement les pratiques, en inter Autrement dit, ce qui advint en position de réfè
venant activement dans le champ politique américain, rent dans le cinéma européen d ’après-guerre est à
la fiction européenne d ’avant-guerre importe sa la fois :
matière d ’une sphère culturelle bourgeoise (roman, I) l’objet de la mise en scène, dénoté dans la fic
théâtre) dont elle réinscrit le discours politique tion comme faux-semblant (le théâtre renoirien et la
refoulé en termes humanistes et métaphysiques (pas bourgeoisie rossellinienne) ;
de dialectique de lutte de classes chez Renoir, mais II) le moment « v r a i » où le faux-semblant est
un système clôturé de substitutions infinies des diffé éclipsé p a r l’inscription d ’un défaut de mise en scène
rents discours des personnages les uns aux autres). (de jeu, de maquillage, de physionomie : cf. la p r a
tique du montage dans Le Carrosse d ’Or, substituant
Le réalisme critique du cinéma européen d ’avant-
indéfiniment des effets scéniques et des effets de mise
guerre consiste en la mise en scène-critique (Renoir,
en présence directe).
C am é) de tableaux, de scènes de genre bourgeoises,
et impose une conception idéologique de la pratique
filmique : le regard-critique d ’un metteur en scène L ’un inscrivant un semblant de coupure politique,
sur « s o n » monde (le « t o u t so c ia l» de Renoir). l ’autre un semblant d ’analyse, en produisant un effet
Cette conception va être réinscrite par la pratique du de dehors, de rupture de la mise en scène massive
cinéma « néo-réaliste » d ’après-guerre, marqué par ment investi p ar une idéologie humaniste.
deux déterminations principales : L’un et l’autre bordant, en dernière instance, le
I) refoulement de l ’inscription culturelle petite- discours du cinéaste, ce en quoi consiste la fonction
bourgeoise du cinéma d’avant-guerre (à la mise en idéologique du référent.
83
L'inscription référentielle Dans l’inscription de cette décadence, le sexuel
(à ne pas comprendre comme une instance biologique
dans les films de Visconti mais comme un ensemble complexe de pratiques,
d ’institutions sociales) a joué sur deux plans :
Le fonctionnemenl du système référentiel, dans
1) comme inscripteur de la cause mythique de la
les films de Visconti, repose d ’une manière constante,
décadence de la bourgeoisie (cf. Proust), de la
répétitive (contrairement au cinéma hollywoodien
classe et de l ’individu (en fait toujours de la classe
d'avant et d ’après-guerre, el au néo-réalisme français
comprise en termes de destinée individualisée), sur
et italien, dont les réseaux de surdétermination et
déterminant ainsi toute l ’inscription de la causalité
l’inscription fictionnelle sont presque toujours beau
historique et de l ’interprétation biographique telles
coup plus complexes) sur le rapport fictif d ’un
que les pratique Visconti ;
couple dont les deux membres sont :
2) comme inscripteur du symptôme, du secret, de
1) un ensemble historico-social inscrit en termes
la vérité de cette décadence (Sandra, Les Damnés,
littéralement scéniques : la classe bourgeoise en tant Mort à Kercise).
que spectacle ordonné (cf. la tradition du théâtre en
Italie, la scène théâtrale massivement investie par la
L ’inscription référentielle viscontienne a été tra
bourgeoisie italienne, depuis le xix* siècle : l’opéra
vaillée par cette distorsion entre :
italien) ;
1) d’une part la nécessité idéologique de tenir un
2) un spectateur privilégié qui assiste à la déca discours marxisant où la détermination économique
dence de son milieu. devait advenir au premier plan, et la surdétermina
tion insistante des fantasmes érotiques viscontiens,
Sur ce couple, qui inscrit la détermination idéolo portés par une inscription culturelle qui les investis
gique dominante de la fiction viscontienne, se gref sait massivement (Proust, Mann) : condensation
fent d ’autres rapports entre les figurants, qui inscri étroite, dans les Damnés, entre le jeu des positions
vent la détermination proprement névrotique des économiques des personnages^ leurs rôles érotiques
films de Visconti (détermination qui comprend à la et leurs rapports politiques (leur stratégie), qui inter
fois celle, personnelle, du metteur en scène, et celle, dit précisément l’inscription d ’aucun discours poli
massive, et la comprenant dans son inscription, du tique spécifique par des personnages qui ne font
système de la mise en scène classique tel que l ’a littéralement pas la différence (excepté Aschenbach,
académisé le cinéma européen d ’après-guerre) : nazi mythique, embrayeur omniprésent et idéalemenl
— ex. : dans Rocco et ses frères : Rocco, son frère castré, qui n ’a pas d ’intérêts érotiques) entre l’accom
aîné et sa mère, c’est-à-dire son objet narcissique et plissement de leurs désirs érotiques el leur pratique
son « objet primordial » ; politique (Martin), dans la mesure où l’écriture de
— ex. : dans Sandra : Sandra, son père mort et la fiction ne démarque jamais leurs multiples déter
son frère ; minations, mais au contraire en impose le condensé
— ex. : dans Les Damnés : Martin, sa mère et comme l’interprétation, en dernière instance, de la
Aschenbach (l’histoire de Martin, telle que la décrit fiction historique qu’ils jouent (l’histoire de la trans
la fiction, constituant en fait une sorte d’interpréta formation de Martin en nazi est entièrement comprise
tion « psychanalytique » des rapports parents/enfants dans l ’interprétation « analytique » que le personnage
dans les films de Visconti). en donne, confirmée par le savoir qu’a Aschenbach
de la détermination psychologique de Martin, savoir
La fiction viscontienne consiste ainsi en la mise dont l’exposé, confondu avec l’enchaînement des épi
en scène d ’une classe au regard d'un spectateur dont sodes de l’histoire de Marlin, constitue l’explication,
elle constitue non seulement le cadre social, mais en termes de motivations psychologiques, de la relève
aussi le référent idéologique, et qui assiste à sa déca de la bourgeoisie tarée par le nazisme) ;
dence, à son eflondremenl en tant que référent. En 2) d ’autre part, dans l’inscription du sexuel, lelle
effet, dans ses « fresques » historiques, le travail de que cette contradiction majeure l’induit, entre la
Visconti a porté essentiellement sur l’inscription, métaphorisation de» rapports érotiques et la liltéra-
dans une fiction linéaire massivement surdéterrninée lisation des rapports sexuels : en tant que cause
par sa conception mécaniste de l’histoire et son obses mythique de la décadence, le sexuel s’inscrit de fail
sion névrotique de la déliquescence de la bourgeoisie, chez Visconti comme chez les cinéastes hollywoodiens
du spectacle de la décadence de sa classe, c’est-à-dire dans une condensation métaphorique des rapports
en fait de la décadence comprise comme la décompo entre les positions économiques et les rôles érotiques
sition sur place d ’une mise en scène spectaculaire, (les rapports parentaux en particulier, exposant simul
sans intervention d ’un dehors historique destructeur tanément la scène névrotique bourgeoise el sa « géné
réel. ration », confondues) ; mais en tant que symptôme,
B4
secret, vérité du faux-semblant de la mise en scène
bourgeoise, le sexuel ne peut s’inscrire que comme
moment sexuel de la fiction (que l ’acte sexuel soit
dit dans Sandra ou montré dans Les Damnés).
95
de la p ro fo n d e u r de c h a m p (chez Je a n R enoir th éo rie m atérialiste du cinéma, débrouiller, dans
pur exem ple) ; celle-ci a to u jo u rs élé possible en la mesure où p a r là aussi s’est en tre te n u e la
e x té rie u r et m ême en studio au prix de quelques confusion du m élalangage tech n iq u e et du méta-
prouesses. Il suffisait de le vouloir. E u sorte q u ’il langage critique (9). Les deux cham ps non seu
s’agit moins d ’un p ro b lè m e technique, dont la lement ne sont pas in d ép en d an ts l’un de l’autre,
solution, il est vrai, a été g ra n d e m e n t facilitée, m ais ensemble ils ne sont pas autonom es : les
qu e d ’une recherche de style. (...) Puisque les variations, l’histoire de leur recouvrem ent et de
déterm inism es techniques étaien t p ra tiq u e m e n t leur (rare) excédentarité est dé te rm in é e idéolo
éliminée, il faut donc c h e rc h e r ailleurs les signes g iq u em en t et économ iquem ent, selon des retards
et les principes de l’évolution du langage : dans et des inégalités qui m a in tien n en t à la fois leur
la remise en cause des sujets et p a r voie de indissociahilité et leur spécificité relative.
conséquence des styles nécessaires à leur expres
sion. » (8) Sans exception, les histoires et esthétiques idéa
« Il suffisait de le vouloir » : pas plus que listes posent le couple progrès te c h n iq u e s /in n o v a
M itry p a r son recours à la tech n iqu e com m e tions stylistiques comme autonom e, autosufîisant :
d ern ière instance, Bazin ne règle la question du ses deux pôles s’ap p ellen t en circuit fermé. Alors
dépérissement et de la renaissance de la profon q u ’il s’agit non seulem ent de d é te rm in e r ce qui
d e u r en en faisant l’affaire du « vouloir » ou dans cette c ontradiction est prin cip al et secon
« non vouloir » de tel cinéaste ou technicien. d a ire (le technicisme et l’esthétisme consistant
Certes R enoir a « voulu » filmer Partie de ca m ■ précisém ent dans le p rim a t accordé à l’u n des
pagne ou La Règle du jeu en p ro fo n d e u r : mais deux term es), mais de voir co m m en t cet aspect
j ’ai cité la re m a rq u e de B runius sur l’extrêm e p rin cip al et cet aspect secondaire peuvent c han
difficulté q u ’il y eut p o u r eux à retrouver, quinze ger de place, com m ent ces variations sont toutes
ans après le u r mise en service, les objectifs des le reflet — el le couple lui-m êm e le p r o d u it —
« p rim itifs » qui p e rm ettaien t cette profondeur. des contradictions qui travaillent l’a p p a re il idéo
P o u rq u o i cette difficulté, et po u rq uo i si rares logique cinéma. La p rob lé m a tiq u e de la pro fo n
furent les cinéastes, d u r a n t dix ans, à se préoc d e u r de c h a m p telle q u ’elle opère ici a précisé
c u p er de la p ro fo n d e u r (s’ils avaient été plus m ent po u r fonction de diviser et rediviser l’unicité
n om breu x , nul doute que les difficultés techn i illusoire des scènes techniques et esthétiques,
ques avancées p a r Mitry ou p ratiq u es signalées de d é p lie r les contradictions qui à la fois les
p a r B ru niu s eussent été facilem ent résolues) ? fondent et les dissolvent (c’est au seul prix du
Une fois encore : quelles étaient les forces, les recouvrem ent de ces contradictions que le dis
pressions, les dem andes en jeu qui réglèrent une cours idéaliste — Mitry’ comme Bazin — se peut
telle désaffection et les exceptions qui la confir te n ir I.
m aient ? Ni Mitry ni Bazin ne le disent. Pour Im m é d ia te m e n t celte division trouve à jo u er
l’un les problèmes techniques, la rech erch e sty flans la lacune cpii d ém an tèle le raisonnem ent
listique p o ur l’au tre font office de raison d er de M itry — co m m en t n ’avoir pas re m a rqu é la
nière.. Mais d ’où viennent ces problèmes, cette
synchronie en tre l’effacement de la p rofondeur
recherche ? Q u ’est-ce qui les pro d u it ? Sur quel
et l'in stau ratio n du cinéma parlan t ?
les autres scènes ces « causes » sont-elles elles-
mêmes déterm inées et jouées ? Le second des avantages, en effet, que l’in
Il s’agit, à propos de l’o b je t technico-stylisti- dustrie du film a pu trouver, dans les « années
que / p r o f o n d e u r de ch am p /, et p o u r le construire 25 », à s’imposer — malgré les difficultés p r a
th é o riq u e m e n t, de faire éclater et la scène tech tiques et le coût de l’o pératio n — le rem place
n iq u e et la scène, stylistique sur l’une ou l’autre m ent de l’o rth o c h ro m a liq u e par la p a n c h ro m a
desquelles, mais chacun de la m êm e façon ex tique, tient lui aussi à la plus grande sensibilité
clusive et autonom isanle, l’ont pensé Mitry et de celle-ci. Non seulement ce gain de sensibilité
Bazin. Car on ne sau rait nullem ent conclure, de p erm ettait le réalignem ent du « réalisme » de
la faillite des « causes techniques » du prem ier, l'im age cin é m a to g ra p h iq u e sur l’image p h o to
à l’évacuation définitive des « déterm inism es te c h g ra p h iq u e (10), mais il compensait la perte de
niques » à quoi le second s’empresse de souscrire, lum ière due au passage d ’une vitesse de [irise
tro p co n ten t de pouvoir m e ttre au poste de
com m an d em en t ‘les seules exigences esthétiques 9) Cf. n° 233, p. 40.
10) J e r ev ie n s s u r ce p o i n t , t r ai t é p eu t- êt re un p eu e l l i p t i
de la « rech erch e de style », é thiq u e s du « des q u e m e n t d ans le p r é c é d e n t n u m é r o (p. 44) . J 'é cr iv ai s
tin réaliste du langage cin é m a to g ra p h iq u e ». « L’i m age d u r e , c o nt r as té e des p r e m i e r s te m p s d u c i n é m a n e
D ’abord parce que « style » ou langage «l’une satisfait pl us aux co d es d u r é a l i s m e p h o t o g r a p h i q u e t r a v a i l
part, techniques de l’au tre ne sont en rien in d é lés et aig uises p a r la d i f fu s i o n de lu p h o t o g r a p h i e . » Dans
le r é a m é n a g e m e n t g én ér al des co d es du «r r é a l i s m e » c i n é
pendants, mais forcément s’im p liq u e n t, se recou m a t o g r a p h i q u e p r o d u i t , à H o l l y w o o d (se lo n bi en e n t e n d u
vrent (en un a u tre texte sur la profo n d eu r de ses n o r m e s et ses o b j e c t i f s i d é o l o g i q u e s et é c o n o m i q u e s : à
ch am p , « W illia m W yler ou le janséniste de la son profit et ù celui d e l 'id éo lo gi e b o u r g e o i s e ) , p a r le ci n ém a
mise en scène », Bazin p o u r ta n t le pose n e tte p a r la n t, les r o d e s d u c r é a l i s m e » p r o p r e m e n t p h o t o g r a p h i
q u e de l'i m ag e f i lm iq u e se re déf inissent d e façon spécifique
ment : « Les perfectionnem ents de l’o p tiq u e sont (mais n o n exc lu si ve) p u r r a p p o r t ù la plac e de p lu s eu plu s
en liaison étro ite avec l’histoire du découpage, à i m p o r t a n t e pr ise p a r l'i m ag e p h o t o g r a p h i q u e da n s les sociétés
la fois cause et conséquence »). Et que cette b o u r g e o i s e s , » sa c o n s o m m a t i o n de niasse. Cett e place u q u e l
im plication est précisément ce q u ’il faut, à la q u e ch o se à faire avec ce ll e de l ’or (du fétic he) : lu p h o t o
m o n n a y e le « r é e l » , lu « v i e » , elle en as su re la c i r c u l a t i o n
et l ' a p p r o p r i a t i o n « c o m m o d e s ». P a r là, elle est cons acr ée
8) « L 'é v o l u t i o n du lan gag e c i n é m a t o g r a p h i q u e », op. cit., u n a n i m e m e n t c o m m e é q u i v a l e n t g én ér al , ét a l o n d e tou t
p. 138, 139. « r é a l i s m e » : l 'i m a g e c i n é m a t o g r a p h i q u e ne p o u v a i t pas,
96
de vue de 16 ou 18 images/seconde à la vitesse
de prise de vue de 24 im/sec q u'im pose le
cinéma parlant. On s’é to nne ra (d’au ta n t que c’est
bien du « savoir technique » q u ’il revendique)
qu e Milry ait pu « om ettre » pou r cclairer la
disparition de la p ro fon de ur la plus indiscu table
des explications techniques possibles en l’occn-
rence : « C’est le cinéma sonore, écrivait Brunius
en 1938, réduisant le tem ps d’exposition de 1/301'
à l/.'ïft4' de seconde environ, qui nous a valu la
pancliro et les objectifs très ouverts, » (11)- La
chaîne / / p a n e h ro /o b je c tifs sans profoiu leu r/pa r-
lant / / fonctionne mie ux comme « causalité tech ni
que » que le d é to u r par les lam pes à incandes
cence proposé p a r Milry (12). Les « années 2f> »
(ou les « années 30 » de Bazin) se précisent ainsi
en 1927, année du lancement conjoint sur le m a r
ché de la p a n c h ro m a tiq u e et du parlant.
Mais cette « m eilleure » explication technique
ne saurait servir ici q u ’à re-m arquer la coïncidence
en tre l’arrivée du parlant et la mise hors-jeu île
la profondeur — et non en fo u r n ir la raison. Bien
que certains de ses effets le soient, cette raison
n ’est pas technique. Aussi bien, on l’a vu, plus
d ’un film parlant avant C itizen K nnn travaille la
p ro fo n d eu r ; et môme, la généralisation des ob
jectifs à grande o uve rture n ’en est pas exclusive :
la sensibilité des émulsions s’accentuant, la q u a n
tité de l’éclairage pouvant se payer, rien n’empê-
sans p e r d r e de son « p o u v o i r » (de sa c r é d i b i l i t é ) ni- pas
s ' a l i g n e r su r scs n o r m e s . Le plun « S tri cte me nt t e c h n i q u e »
des p e r f e c t i o n n e m e n t s de l 'o p t i q u e el (1rs ém u l si o n » est ainsi
t o t a l e m e n t p r o g r a m m é p u r l'idéologie. de la r e p r o d u c t i o n
c réa li ste » du m o n d e à l 'œ u v r e d a n s lu co n s t it u t i o n de
l 'i m a g e p h o t o g r a p h i q u e r o m m e « r e p r é s e n t a l i o n o b j e c t i v e »
p u r ex cel len ce . Id éo l o g i e, sy st èm e de codug c q u ’à son t o u r
cette iniuge r e c o n d u i t . Le film vien t do n e p r e n d r e sa place ,
t e n i r soit r ôl e da ns le ci rc ui t d e c o n s t it u t i o n - r e c o n d u c t i o n
des co d es du c r é a l i s m e » i c o n i q u e an al y sé pur n m i r d i c u :
« U n e œ u v r e upp ur uî t c o m m e «c r e s s e m b l a n t e » ou « r é a l i s t e »
l o r s q u e les rè g le s q u i en déf inissent les c o n d i t i o n s de p r o
du c t i o n c o ï n c i d e n t avec, la dé fi ni tio n en v i g u e u r de lu vision
o b j e c t i v e du m o n d e ou, p lu s p r é c i s é m e n t, avec lu « vision
du m o n d e » d u sp e c t a t e u r , c’est-à-dire, uvee un sy st èm e île
ca tég or ies soc iales de p e r c e p t i o n et d 'a p p r é c i a t i o n q u i sont
ell es -m êm es le. p r o d u i t de la f r é q u e n t a t i o n p r o l o n g é e de
r e p r é s e n t a t i o n s p r o d u i t e s se lon ces m ê m e s règles. C'est ainsi
q u ’en c o n f é r a n t ù lu p h o t o g r a p h i e un br ev et (le ré al is m e
n o t r e société ne fuit r ie n d ’au t r e q u e se c o n f i rm e r el le- m êm e
rluns lu c e r t i t u d e t a u t o l o g i q u e q u ' u n e i m a g e c o n f o r m e à sa
r e p r é s e n t a t i o n de l'o b j e c t i v i t é esl vrui iue nt obj ect iv e, l ' o n r
se I ro u v e r r e n f o r c é e du ns celle certitudo sui, il lui suffit
d ’o u b l i e r q u e les r e p r é s e n t a t i o n s p h o t o g r a p h i q u e s ne d o i
vent d e pu r a l t re « r e s s e m b l a n t e s » el « o b j e c t i v e s » q n ’o l e u r
c o n f o r m i t é uux lois de lu r e p r é s e n t a t i o n q u 'e l l c - m ë m e uvait
p r o d u i t e s et m ises en œ u v r e (on soit l 'u s u re ([ne, les p e i n f ‘tige V4 : La G r è v e (S.M. h'.iscnstein, 1925).
tres fuisuieut de lu caméra obscura) l o n g t e m p s uvant d' ê t r e Il n'y a pas. q u o iq u 'e n dise B a zin . la m o in d re incom patibilité
c a p a b l e de p r o d u i r e les m o y e n s d e les ef fe c t u e r mécanique* entre montage et p r o fo n d e u r d e cham p :
m ent . S’il esl vr ai, c o m m e on l'a dit, q u e « la n a t u r e i m it e ce. dont tém oignent — côté p ro fonde ur — re photogramme, de La Grèv e
l'art », on c o m p r e n d q u e la p h o t o g r a p h i e , i m i t a t i o n de. l'art et c elui, ci-d#ssiut, du Cu ir as sé l ' o t e m k i u e ,
le c pl us n a t u r e l » à n o t r e société, a p p a r a i s s e comme, l 'i m i t a isolés d e texte* où c'est
tion lu pl us fidèle de la na t u r e . » (Soci olo gi e de. la p e r c e p le montage qui règle la production signifiante.
tion es t h é t i q u e , in « Les sc iences h u m a i n e s et l’œ u v r e d'a rt », C ent en m ê m e tem ps le montage et la pro fo n d e u r qu e refoulent
Lu Co n na is sa n ce , p. 174.) les narrations holly w o o d ien n e s parlantes, dans la mesure où
11) ln « P h o t o g r a p h i e et p h o t o g r a p h i e d e c i n é m a » , op. cil. l'inscrii>tion de la profondeur, dès qu'e lle n'est plus « p rim itiv e v,
12) D 'a ut un t q u e bî l'on en ernit un a u t r e t e c h n ic ie n , ,lean im p liq u e un travail d'écritttre.
Vivié, c'est le p a r l a n t q u i im p o s a l 'i n ca n de sc en ce , et no n Dans Cili zcn K a n e , pro fo n d e u r de cham p et m o n t a g e
( s e u l e m e n t ) u n e q u e s t io n de s p e c t re c o m m e l'afTirme Milry : sont à l'œ uvre c o n jo in te m e n t , alors qu e pttur liazin
c Les a p p a r e i l s d ’éc l a i r a g e d u r e n t ê t r e e n t i è r e m e n t chungés : l'inscription de la pre m iè re u p o u r fin l'éracuution,
en elTet les arcs é l e c t r i q u e s p r o d u i s a i e n t un s if f le m en t eurac- le « défm ssement » du second.
t é r i s t i q u e q u i a u r a i t i n t e r d i t to u t e pr ise de sous, et c o m m e A partir de la pratique spécifique de R enoir
on n'avait pas tr o u v é le m o y e u d e r e n d r e les arcs sil en c ie u x, (cf. ci-dessus. Lu R è g le d u jeu ^
ceux-ci f u re n t r e m p l a c é s p a r des l a m p e s à in ca n d e s c e n c e de qui fait jouer la p r o fo n d e u r ri l'intéreur de p l an s-s équ enc es ,
forte pui&suncc d o n t la t e c h n i q u e d e f a b r i c a t io n venait fort Hnzin pose la p.d.c. c o m m e indissociable d u plan-séquence,
h e u r e u s e m e n t d ’êt r e mi se au poi nt . » (« H i s t o r i q u e et d é v e la pense ù tr uve rs lui c o m m e facteur de * continuité »
l o p p e m e n t de la t e c h n i q u e c i n é m a t o g r a p h i q u e », op. cit., ( = réalisme, respect de la « réalité vécue y )
p. 87.) niant et dépassant le m ontage/discontinu.
97
chait — techniq uement — de d ia p h r a g m e r ces pouva it se produire, je l’ai déjà uoté (17), q u ’en
objectifs (si même, comme Renoir, on n’en pouvait trava illant à en a tté n u e r les effets, à en masquer
pas trouver d’autres). Ce n ’est donc pas com me la réalité même. Sinon, elle eût été refusée, comme
ultim e « cause techniq ue » que le p arlan t doit trop visiblement factice : de ces véritables cas
interven ir : c’est en tant qu’en un lieu précis île trations sensorielles qui fondaient sa spécificité,
production-diffusion (Hollywood) il remodèle non il fallait absolument q u ’elle facilite la dénégation,
seulement les systèmes d'écriture du film, niais et non, en les re-marquant, q u ’elle l’empêche. Il
avec eux et réglant cette mise à jour, la fonction fallait des c o m p r o m is , pour que le cinéma puisse
idéologique du cinéma et les données économiques fonctionner comme ap pareil idéologique, pour
de son fonctionnement. q u ’il puisse y avoir leurre.
Il n’est pas indifférent que ce soit — à Holly Ce travail de suture, de comblement, de rafis
wood — au m om ent où le rendu de l’image tolage des ma nques qui ne cessaient de r a p p e le r
cin é m ato g ra p h iq u e se nuance, s’ouvre aux valeurs la différence radicale de l’image cinématogra
fies gris — tra duc tion monochro me de la gamme phique, ne s’est pas fait d ’un coup, mais pièce par
tles couleurs —, se ra p p r o ch a n t ainsi d’une plus pièce, p a r V a c c u m u la tio n p a ti e n te des progrès
fidèle im ita tion des images photo graphiqu es dont te c h n iq u e s . Directement et totalement pro g ra m
j ’ai indiqué la prom otion (la fétichisation ) en mée p a r l’idéologie «le la ressemblance, fie la d u
normes mêmes du réalisme, q u 'e n tre n t en scène plication « objective » d’un « réel » lui-même
la Parole el le Sujet parlant. Dès que produits conçu comme reflet spéculaire, la te chniq ue ciné
(13), le son et la parole sont plébiscités comme m a to g ra p h iq u e s’est employée à perfectionner, à
la « v é r ité » q u i m a n q u a i t au film muet — dont affiner le dispositif prim itiv em ent im parfait, t o u
on s’aperçoit lout à coup, non sans effarement ni jo u rs im p a r fa it de leur re idéologique pro d u it par
résistances (14), q u ’elle lui m anquait. E t aussitôt le film comme « impression de réalité ». Au
cette vérité périm e tous les films qui ne la dé défaut du relief avaient im m éd ia te m ent suppléé
tiennent pas, qui ne la produisent pas (15). Ce fc’est l ’impression de réalité originaire) le mouve
supplément décisif, ce « lest de réalité » (Bazin) ment et la « p ro fo n d e u r » de l’image, inscrivant
que constituent son et parole, intervie nnent donc le code perspectif qui flans les cultures occiden
d'emblée comme p e r f e c t i o n n e m e n t et r e d é fi n itio n tales vaut comme emblème principal du relief
d e Fiinpression d e réalité. spatial. Le défaut de couleur d u t se contenter
de la p a n ch ro m a tiq u e, en attendant la com mercia
C’est au prix d’une série d’aveuglements en effet
lisation fies tec hniques de tric hro m ie (1935-1940).
(de dénégations) que l’image m uette avait pu être
Ni les pianos ni les orchestres du muet ne pou
prise pour le reflet, le double objectif de « la
vaient vraiment tenir lieu de « son réaliste » :
vie m êm e » : déni de la couleur, déni du relief,
la pa role et le son sy n c h r o n e s -— malgré leurs
déni du son. Fondée sur ces manques (comme
imperfections, à vrai dire de peu de poids en un
d’ailleurs toute représentation l’est d’un m an q u e
mom ent où c’est la reproduction sonore tout
cpii la règle, d ’une faille qui est au prin cip e fie
entière, disques, radios, qui est affectée de bruits
tout simulacre : que le specta te ur de toute façon
de fond et parasites — d é p la c e n t ainsi considé
en sait bien l’artifice, mais qu ’il préfère y croire
r able m e nt le lieu et les m o y e n s ju sq u e -là str ic te
qua nd même [16 ]), la représentation film iq ue ne
m e n t ic o n iq u e s de la production de l’impression
fie réalité.
1U) 1926 : Don Juan ; 1927 : T h e Jazz Singer ( W a r n e r ) **1
Seventh H e a ie n (Kox) ; 1929 enf in, le. « p r e m i e r film cent
P arce que les conflit ions id é o lo g iq u e s de pro duc
p o u r ce nt p a r l a n t » : Lighis of i W w York. tion-consommation de l’impression de réalité pri
14) Fau t- il r a p p e l e r , ap r è s t o u te s les « Histoi r e s du c i n é m a », mitive (analogie figurative + mouvem ent + pers
q u e la m a j o r i t é des cinéastes du m u et f ur en t, un t em ps pective) changeaient (ne fut-ce q u ’en fonction
d u m o i n s , h o st i l es au par lan t ? C r i t i q u e s et t h éo r ic ie ns p o u r
lu p l u p a r t l 'é t a ient aussi. Muia à par t le f a m eu x « m a n i
de la diffusion même de la photo et du f ilm ), il
f e s t e » d ’E i s e n s tein - l ' o u d o v k i n e ■ À l e x an d r o v, ces ré actions fallait bricoler ses modalités techniques, pour que
d 'o p p o s i t i o n , e sthètes, f or m alis tes, élitair es, f u r en t vite l’acte de dénégation reconduisant le leurre puisse
c o n t r é e s , au n o m du « p r o g r è s » . P ar ce q u ’il exigeait une c ontinue r de s’accomplir « a u to m a tiq u e m e n t », de
d é n é g a t i o n pl u ? v io len te, le muet se tr o uv ait êtr e le lieu
d ' i n v e s t i s s e m e n t s f an t as m at i q u es plu s f orts q u e le pa rl an t façon réflexe, sans pe rtu rbatio n du spectacle ni,
n 'e n p o u v a i t n o u r r i r , d ’où ces r ésistances. surtout, travail, effort p ro p re du spectateur. La
15) L ’U n i o n s o vié tiq ue , et r«: n ’esl pas p o u r r i en , réagît le succession, l’enchère des progrès technique s ne
p l u s t a r d i v e m e n t , le plu s l en te m en t à la p r o p a g a t i o n m o n
d i a l e d u p a r l a n t : en 1934 en cor e, M i k h a il R o m m to u r n e
peuvent être lus comme m arc he vers un « plus de
son p r e m i e r film, B oule de suif, en mue! . Il n' y avait en réalisme », à la façon de Bazin (cf. in f r a ) , qu'en
e iï cl filière d e r ai son s qu e, dans un pays soc ialiste, où ce qu'ils accumule nt des suppléments réalistes vi
d ’a u t r e s tfiches é c o n o m i q u e s ét aie nt d ' u n e a u t r e urgence, sant tous à re produire, en la renforçant, en la
l ’o n se m î t à b o u l e v e r s e r l ' é q u i p e m e n t des salles et des
s t u d i o s (c.’est aussi qu e les pr at i q u es du m on ta g e y avaient diversifiant, en la subtilisant, l’impression de réa
d 'a v a n c e p é r i m é l’uti li sat io n r ep r é se n t at i v e de la pa r o l e ). lité : c’est-à-dire à amen uiser le plus possible, à
A p r o p o s de ee « r et ar d » des t e c h n i q u e s en U.R.S.S., dû min im is er la brèche q u ’il faut au « je sais bien-
no n s e u l e m e n t a ux di f f icultés, mais aux choix é c o n o m i q u e s ,
oti p e u t o b s e r v e r q u e *i le ca p it al is m e f r ein e l e d é v e l o p
mais q u a n d même » combler.
p e m e n t d e s f o r r es pr o d u ct i v es , il lui ar r i v e aussi d'a c cé lé re r Tel est l'axe idéologique qui centre la recherche
c el ui de c e r t a i n es t e c h n i q u e s : c'est q u ’elles le servent. Il de la « perfection tec hn ique », « l’inéhictabilité »
ne s a u r a i t ê t r e i n d if f ér en t q u ’ainsi le c i n é m a soit un ries du « réalisme » r le travail passe tout en tier du
c h a m p s o ù les p r o g r è s t e c h n i q u e s en q u e l q u e s an née s se
so nt [Link]és, ni q u e celte su r e n c h è r e ait eu p r i n c i p a l e côté des instruments techniques, est monopolisé
m e n t H o l l y w o o d ( ou Wall S tr eet) p o u r hase.
16) Cf. « C l e f s p o u r l’i m a g i n a i r e ou l’A u t r e S c è n e » (Seuil, 17) Cf. n n 230, p. 53 : « l e « r é a l i s m e » c i n é m a t o g r a p h i q u e
1969) d ’O. M a n n o n i ; el dans ce n u m é r o le texte de Tascul ne sc p r o d u i t et n'est tel q u ’à se p r o d u i r e c o m m e dé ni de
I t o n i t z e r , q u i r e c o u p e en plu s d ' u n po in t cette analyse. la « r é a l i t é f i l m i q u e » . »
90
pa r le seul appareilla ge, en vue précisément film sonore el c h a n ta n t ». Aussitôt la concurrence
d ’ép a rg n e r au sp e c ta te u r le m o in d re travail ; très s’éveille : la Western Electric, au m o m e n t m êm e
grossièrement on peu t résu m er la chose en disant où elle construit po ur la W a rn e r les installations
que ce ..n’est pas le spectateur, mais la te c h niq ue V itaphone, construit, p o u r la Fox (p ro p riétaire
qui progresse ; le « réalisme s> mis en œ uvre à des brevets de Lee De Forest el de Th. W. Case),
grands frais n ’u surtout pas pour objet l’a p p r o les installations du Movietone. Fox lance, début
pria tion cognitive du réel, mais de renfo rcer la 1927, quelq ues courtes bandes sonores, alors que
crédibilité du spectacle qui se do n n e comme re la W a rn e r ouvre décisivement le m a rch é avec T h e
présenta nt (recouvrem ent) de ce réel. Tel est du J azz Singer, après le tr io m p h e duquel c’est la
moins cet axe à Hollywood, lieu principal à la course aux brevets, la guerre commerciale. Du
fois de la mise au point-diffusion des perfection fait que les Grandes Compagnies se ru èren t sur le
nements te chniq ues el de la d om in a tio n de la p a rla n t après q u ’il eut prouvé non pas sa mise au
conception specta culaire du cinéma. point technique, mais sa supério rité commerciale,
nous retiendrons que bien évidem m ent le progrès
tech n iq u e n’est pas le m o teu r de l’évolution du
cinéma, q u ’il est plutô t l’effet, la réponse à une
d e m a n d e idéologique que les commerçants en
cin éma ont p o u r fonction de satisfaire et de recon
N om bre de c o m m entateurs se sont étonné» que duire.
ce soit au m om ent mêm e où le cin éma m u e t Il faut se d e m an d er si la diffusion et le trio m
atteignait sa plus g rand e p roductivité avec le phe in te rn a tio n a l du « p r e m ie r film sonore el
dévelo ppem ent des pratiques du monta ge — es p arlant » furent programmés davan tage p a r la
sentiellement (et ce n ’est pas po u r rien) les curiosité du public envers une innovation tech
pratiques soviétiques : les aulres (école fran çai niqu e (on sait que bi^n avant T h e Jazz Singer
se...), bien que « d’avanl-garde », pié tin a n t dans cette curiosité avait pu être diversement contentée
le formalisme —, où l’on pouvait enfin parler, p a r mille expériences de synchronisation et de
dans la terminologie de l’é poque (Canudo, Elie sonorisation) q u e par, dans le m êm e m om en t, la
Fau re, etc.), de « m usiq ue des images », d ’ « écri révélation et le comblement d 'u n e lacune qui jus
tu re cin ég rap h iq u e », que tout d ’un coup le q u ’alors n ’é tait qu ’obscurément ressentie comme
p arlant vienne p é rim e r ces valeurs à peine décou telle, qui é ta it déniée lors m ê m e q u ’on ten tait de
vertes, ru in e r un langage dont on se félicitait la pallie r p a r le jeu d ’un orchestre ou d ’un disque,
ju ste m e n t cpi’il pu! a d m ira b le m e n t « se passer » el qui brutalem ent, dès que sa dénégation n’était
de parole. plus nécessaire, apparaissait comm e intolé rable
J ’avancerai q u ’il n ’v a point de hasard à ce plus longtemps. 11 restera à analyser, certes, les
que le parlant se soit imposé d ’abord à Holly déterm inations sûrement complexes et multiples
wood (et de là, via l’Allemagne, p a rto u t) : en ce qui travaillent et p ro g ra m m e n t cette de m a nd e
lieu idéologiq uem ent d é te rm in é où le m onta ge idéologique, et la raison de leur bru sq u e co nd en
n ’avait précisément pas droit de cité (si l’on sation qui provoque un v érita ble saut q u a lita tif
excepte, exceptions juste m ent, et datées, tels films dans cette dem an d e puisque, dès q u ’a p p a r u , le
île G riffith). L’antagonisme entre la logique, la p a rla n t nie et réduit à rien po u r tous les publics
pente de la n a r r a tio n hollyw oodie nne (déjà re la le muet. Mais j ’insiste sur le fait que — comme
tivement éb auchée à la fin du m uet) et les dans le cas de « l’inventio n du cinéma » déjà
con c e p tio ns/p ra tiq u e s du montage comme é critu re étu dié (18) — c’est dès 1910-1915 que le cinéma
su rdéte rm in e, me semble-t-il, la prise en charge p a rla n t était scie ntifiquement, te ch niq uem en t pos
p a r Hollywood du p arla nt. Et cela, précisément sible (les tr av au x de Lauste en 1912 « ont entiè
parce que cette prise en charge est d éterm in ée rement résolu le pro blèm e. A p a r tir de 1912
non p a r quelq ue souci abstra it du « progrès te c h toute la production cin é m a to g ra p h iq u e aurait pu
niq u e », mais bien, massivement, p a r une lutte être sonore » /19/> : il fa u d ra re n dre com pte de
économique (concurrence des trusts et banques) et ce retard, de cette ’différance que n ’épuise pas
un e dem and e idéologique dont la satisfaction l’a rgu m e nt d ’u n « plus » de perfectionnements
s’avère des plus rentables. q u ’il aurait fallu a p p o r te r aux brevets te c h n iq u e
On sait que le p rem ier procédé d'enregistrement- m ent pratiqu ab les de Lauste et De Forest dans
re p ro d uc tion sonore do n t la commercialisation fut les années 10, puisque c’est précisément de ce
possible et fructueuse est le procédé V itaphone, retard que profitent po u r s’effectuer ces multiples
proprié té du trust Western Electric, lié, selon perfectionnements.
Sadoul, à la ban q u e Morgan, com me les princi Dans l’hésitation manifeste de l’in dustr ie à s’en
pales Grandes Compagnies. P o u r ta n t les démarches gager dans la voie du p arla nt, on esl en droit de
de la Western auprès de ces compagnies échouè faire* j o u e r autre chose q u e la perfectibilité (iné
rent : solidement installées, d o m in a n t alors le puisable) de la techniq ue : des considérations
m a rché mondial, elles craig naient que le parlant, d ’abord économiques : lu tte des trusts p o u r le
mettant inévitablem ent l'accent sur la spécificité plus pressé. les brevets de l’image ; souci c ap ita
des langues, ne vînt diviser le ur hégémonie, com liste de s’installer le plus longtemps possible dans
p ro m e ttre le u r expansion, et considérablement la rep ro d u c tio n m écanique du p ro fit en recon
a u g m en ter le coût des films. Il fallut une petite duisant aux moindres frais les conditions origi
compagnie, presque au bord de la faillite et qui naires de ce profit ; et les dé te rm in a tio ns idéolo-
n ’avait plus grand chose à perdre, la W a r n e r Bro
thers, po u r tenter l’aventu re : ce fut, en août 18) Cf. iT 229, p. 9-15.
1926, la sortie el le succès de Don Juan, « pre m ie r 19) « D i c t i o n n a i r e d u r i n é m a », op. cit.
99
giques auxquelles elles s’articulent : la nécessite leurs places, réorganisant leurs ra p p o rts selon des
p o u r l'industrie de réaligner, mais dans l’après- systèmes d ’opposition, de récurrence, divisant et
coup, l’appareillage tech nique sur la d em an de dénaturalisant leur enc ha îne m e nt mécanique, le
idéologique. Or, c’est bien sur la dem a n d e id éo montage superpose à l’émission filée d ’impression
logique que faisaient de longue date pression, en de réalité que toute suite d ’images (montées ou
tant que refoulés/déniés, les m anques (de cou non) p ro d u it nécessairement un autre mouvement,
leur, de son, de relief) que l’image ciném atogra celui du sens, de la lecture, qui la décentre, ou
p h iq u e ne cessait pas, noire, muette, illusoirement plutôt décentre d ’elle le spectateur, affronté à un
profonde, d ’inscrire, en lant q u ’elle persistait à se système de la discontinuité qui c o ntredit à chaque
présenter comme reproduction « objective » du m om ent la tendance au continu dont se n o u rr it
réel, à jo u e r massivement sur l'im pression de et que reconduit l ’impression de réalité.
réalité qu’elle produisait, et à faire de ce méca C’est ainsi que l’on p eut réécrire la rem arque
nisme d énégateu r le prin cip e d ’organisation signi de Bazin : « Si l’essentiel de l’art ciném atogra
fiante du film tout entier, le fo ndem ent du ré a ph ique / c'est ju s te m e n t ce que Bazin ne croit
lisme-spectaculaire et de la logique fictionnelle pas / tient dans to u t ce que la plastique et le
dom inante. montage peuvent a jo u te r à une réalité donnée
C'est bien en ta n t qu'elles misaient à fond sur / à une im pression de réalité toujours donnée / ,
les « effets de réel », sur le système rep ré se n ta l'a rt m uet est un art complet. Le son ne saurait
tio n /d é n é g a tio n , sur le « vraisemblable » el le to u t au plus que jo u e r un rôle su bordonné et com
« réalisme » d 'u n spectacle où la place, l'in s crip plém entaire : en co ntrepo in t de l ’image visuelle
tion du spectateur éta ient c onfortab lem ent am é / la théorie eisensteinienne -— ou vertoi:ienne —
nagées, parce qu'elles ta blaient sur et étalaient le d u « contrepoint », ou de la contradiction son-
leurre mis en place p a r l'impression de réalité, image n ’entraîne pas une « subordination t> du
que les narrations hollywoodiennes (sauf burles son, mais une relation dialectique où en tout cas,
ques), dominantes à la fin du muet, inscrivaient contrairement au parlant hollyw oodien, le son
le m an que de la parole, ne pouvaient pas ne pas n'est pas toujours d o m in a n t / » (21). Précisém ent:
inscrire la parole (la couleur, le relief) comme le montage déplace le lieu d'assignation du son,
manque. Alors que les pratiques du montage, et il n'en fait pas un com plém ent et bientôt l’une
surto ut les soviétiques, avaient produ it pou r le des pièces maîtresses de l’impression de réalité
spectateur une autre place : celle du lecteur, la comme fait la n a rra tio n hollywoodienne, mais une
place d ’un travail, el que ce travail venait néces contradiction s u p p lé m en ta ire pouvant, aussi, jouer
sairem ent b a rre r l’a b a n d o n au film comme spec contre cette impression.
tacle, à l’image comme réductible à l’impression L’écart, le conflit esl grand en effet en tre une
de réalité. conception du cinéma fondée sur la prolifération
T o u t montage (même formaliste) p ro d u it au à tous les niveaux signifiants du le urre institutio n
m i n i m u m des effets de travail : m u ltip lie les nel de l’impression de réalité, et où la parole
traces, coupes, sauts, cassures, bref, les signes arrive p o u r perfection ner et r e n c h é rir sur ce le u r
d ’écriture qui l’affirment comme fonctionnant, par re, où son in terv ention ne pouvait p re n d re que
quoi, au m in im u m encore, se m a r q u e q u ’il v a cette forme et non celle d’u ne contradiction, et
l’autre conception fondée sur le dépassement dans
travail de p ro duc tion signifiante : il se voit. P a r
là il vient barrer, travailler, écrire, le d éroulem ent le texte film iqu e du leurre « réaliste », sur la
linéaire et continu des images, hypostasié comme différence du film, sur le travail p a r le spectateur
« n a tu re l », la « n a tu ralité » m êm e de la « durée de cette différence en ce qu'elle est productrice
de contradictions, de sens, où la parole ne peut
réaliste » des scènes, « le respect de la continuité
de l’espace d ra m a tiq u e et n atu re lle m e n t de sa intervenir que comme contradiction s u p p lé m e n
d urée » (20) en quoi Bazin voit le fo ndem ent du taire à l’œuvre dans le texte. Appelée p a r un
« réalisme » p arce que s’y laissent le temps et la m a nqu e idéologique, la parole intervient dans le
place au « réel » de se « révéler ». Cette conti cinéma hollywoodien prio rita ire m e n t au niveau du
mécanisme de l ’impression de réalité, qu ’elle re
nuité, celte linéarité (que Bazin, en bon idéaliste,
dore et ra je unit, et dont à la fois elle rend
représente comme celles mêmes du réel, alors
que tout au plus l’impression de continu est un plus négligeables les modes d’émission p ro
prement iconiques — ce qui s’avère dans la perte
p ro duit de la p e rception ), cette durée même, la
« pensée montagiste » les désarticule, les casse, soudaine d ’im po rtan ce de la pro fo n d e u r de
les éclate, au m in im u m les brouille : c’est du c ham p : la « p r o fo n d e u r » insondable de la p r é
sence pa rla nte rem place avantageusement celle du
même coup l’éta lement dans le temps de l’im
pression de réalité qui se brouille, c’est son dé champ.
roulem ent p a r la chaîne continue des images qui Car avec le parlant hollywoodien, non seulement
est contredit, alors que, po ur que s’installe et le son, le bruit, re n tren t sy nc hroniq ue m en t dans
jo ue son leurre, il fa u t précisément ce déroule l’image, l’investissent et la tire n t à eux : la
ment, et q u ’il soit sans heurts, sans failles. T r a parole aussi, surtout, c’est-à-dire l ’in tériorité, le
vaillant le statut de l’image (de la suite d ’images, discours du sujet, ce vide, ce creux que la parole
puisque l’image c iné m ato grap hiqu e ne se donne, cerne comme une présence pleine et qu’en effet
jam ais seule, et que le mécanisme de l’impression ne cessent pas de re m p lir les énoncés idéologiques
de réalité suppose, po u r inscrire le mouvement, qui parlent ce sujet. (A suivre).
une durée) dans le réseau signifiant, re distribua nt Jean-Louis COMOLLI.
100
Lettres
roblxo
67, rue halle, paris 14e
extraits du som m aire :
De François Chevassu : la poésie hors du livre, hors du spectacle, hors de i ’objet • unité
du cham p perceptif • dossier argentine : tuctiman brûle • guerre
au musemn o f m od em art • quelques aspects de l'art bourgeois :
C o m m e l'écrivait Jean-Louis C om olli, « je ne sais
la non-im ervem ion • espaces collectifs • vantongerloo : de l'in
plus qui a d it que les Fronçais o n t la m ém o ire courte ». terchangeable au processart • de la révolution théâtrale au théâtre
Les Cahiers du C iném a aussi, semble-t-il. Sinon, com révolutionnaire • h om m age à gutai • le contrôle idéologique de
m en t Jacques A u m o n t pourrait-il, en toute im p u d e u r, l ’avant-gardc par piero gilardi • du scoutisme au napalm par
s'en prendre à ses confrères, dans votre n u m é ro de jean baudrillard •
n o v e m b re , en a ffirm a n t : « il est plus que jam ais néces
saire de revenir de façon insistante sur une p ro b lé m a
i’olïlio
tique (c in é m a /p o litiq u e ) tout à coup b r a n d ie — il fau
dra voir p o u r quels efforts [sic] — p a r ceux-là mêmes
5-6 12 <
qui la refusaient avec le plus de véhémence ». Et, là-
dessus, d e trouver « pour le m oins curieux de lire dans
Im age et Son : car je suis bien d'accord pour considérer
q ue tout film est p o litiq u e ».
Si Jacques A u m o n t se donnait la pein e de lire, ne
serait-ce qu'u n p e u , les revues q u 'il critique, il aurait p u
trouver, dans la nôtre, fort souvent, depuis des années,
des phrases analogues. N e serait-ce que celle-ci « Mais
si Ton se situe au niveau de la « p olitique-éthique », il
a p p a r a ît que, supp osant 1111 « ordre du m onde », tout
sujet, tout film est peu ou prou po litiq ue ». C 'était, il
est vrai, dans le n u m éro « C iném a el politiq u e » que
nous avons p u b lié en 1965. Mais sans d oute (et bien
qu'ils en aient confié la contestation à M ichel M ardore
dans leurs colonnes) les Cahiers du C iném a avaient-ils
rï cette époque d'autres préoccupations. Celle de suivre,
par exem ple, la vigoureuse défense de « La Bataille de
France » dans laquelle Jean-Louis C om olli écrivait
« Q u’on ne vienne donc pas nous casser la tête avec la
politique » ou « mais il est bien connu q ue la « d é m a
gogie de droite » fait fu ir les foules, tandis que la
« démagogie de gauche », p oint si bête, les attire »
(n° 157 - J u ille t 1964).
Ma référence est trop ancienne ? soit. A lors, en
no v em b re 1965 je lis, toujours sons la p lu m e de Jean-
Louis Comolli, un bel éloge de la « su ren ch ère chabro-
lienne » qui « présage à p a r ti r de ces petits chefs-d’œ u
vre du rien que sont les Tigres et M arie Chantai, les
pures merveilles du n éant que le ciném a m oderne p ro
m et mais ne d on ne pas encore ».
J'irai m ê m e ju sq u 'e n fé vrier 1968 (quelques mois
après, bien sur, c'est d iffé re n t) p o u r prend re quelques
leçons d'abord p o litiq u e d u ciném a : « c’est un com pli
m en t sincère que celui-ci : tra n s m u e r les laborieuses Q u n o u w n m c T Ç DE l m t j
tractations temps-espace et réel-iinaginàire en spectacle
et m ouvem ent, a ir et om bre, c’est bien affaire de talent.
11 faut donc croire que la critiq u e préfère à l’élégant
l’enipesé, au vif le poussiéreux » (Jean-Louis C om olli —
C ritique d u V iol).
robho
Je pourrais continuer ce' p e tit jeu, mats, à dire vrai, est en vente à :
il ne m 'am use pas et je ne voudrais surtout pas m'asso la joie de lire
cier à une certain e vague de polém iques stériles. S im 40, rue saint-séverin, paris 5e
ple m e n t, je crois que les Cahiers d u C iném a sont bien la hune
170. boulevard saint-germain, paris 6 i:
les derniers à pou voir adresser de tels reproches. Que
aciualités
M ai 68 leur ait d onné une autre a ttitu d e p o litiq u e , je 38, rue dauphine, paris 6e
ne le conteste pas. Ils o n t tout autant le droit d'oublier
leu r passé. Mais cela ne les autorisa pas à m ettre fa u s prix : 12 f
sem ent en cause celui des autres.
D 'autant que, m ê m e au présent, ce ne m e sem ble pas
tellem en t être une dém arche révolutionnaire de rééditer
101
tles livres « tlans de belles éditions reliées en toile, à stu pide à une paye de p ublicité pour des livres reliés,
tirage lim ité n u m é ro té ». J'y vois m êm e, pour m a p art. édités par Seghers, et dont nous ne sommes ni les fa bri
que fâcheuse synthèse de la culture aristocratique et d u cants ni les vendeurs.
com m erce bourgeois. — Le D irecteur F. Chevassu.
Errata
1) CdC 231 : « S u r T r a fic » , p. 38, 3 lignes après l’astérisque, lire : « e l l e ne fait pas q u ’accomplir... »
2Ï CdC 233 : « Note sur l’idéologie du western italien », première colonne, d e rn ie r paragraphe, lire :
« étant dès lors l’unique objet de la description, et. corollairement, le m oindre effort d ’un réalisateur... »
3) CdC 233 : p. 3, légende tle la photo : Le M o in d r e Geste est un film de F ernand Deligny et Jean-
Pierre Daniel, contrairem ent à ce q u ’une ligne omise nous a fait écrire.
E d ité p ar les é d i t i o n s d e l ‘ E toile - S . A R L. au c a p ita l de 2C 0 0 0 F - R.C Sein e 5"? B 19 3 7 3 - D é pôt à la d a te de p a r u t io n - C o m m is s io n p a r it a ir e no 2 2 354
I m p r im é p ar P .P.I., 51, av. ) e a n - L o liv e . 9 3 - B a g n o l e î - Le d i r e c t e u r d e la p u b l ic a t io n : la c q u e s D o m o l - V a lc r o z e
PR IN TE D IN FRANCE
ANCIENS NUMÉROS
Ancienne série (5 F) : 108 - 110 - 112 - 113 - 1 16 - 117 - 119 - 124 - 125 - 127 - 128 - 129 -
132 - 134 à 137 - 139 à 149 - 152 à 159.
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Vingt) - 226/227 (Eisenstein) - 161/162 (crise du cinéma français).
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NUMEROS EPUISES
Serge DEDIEU, 19, rue du Pont-aux-Choux, Paris-3e, vend collection complète des Cahiers, du
n° 1 au n° 228 ; collection complète de la Revue du Cinéma (n05 1 à 20) ; tables des matières
nos 1, 2 et 3 des Cahiers.
Europériodiques, 72, boulevard Sénard, 92-Saint-Cloud, recherche les nos 1 à 44, 100 à 104, 114,
118, 119, 123, 127.
Jean A. GILI, 102, avenue de la Lanterne, 06-Nice, vend nos 1 à 17, 69, 84, 87, 93, 106, 114,
123 à 196.
François ROCHETTE, 26, rue Parmentier, 92-Neuilly, recherche les nos 79, 86, 90, 94, 99, 104, 150/
151, 164, 171, 173.
Jacky MARTIN, S.P.A.P., 12, rue Tonduti-de-l'Escarène, 06-Nice, vend collection complète (sauf
n° 30), du n° 1 au n° 159.
Collaborateur de la revue vend collection incomplète (manquent 21 nQS) des. Cahiers du Cinéma
du n° 1 au n° 199, avec les trois premières tables des matières ; collection incomplète (manque
n° 40) mais très rare de L’Ecran Français ; collection « Premier Plan », nos 1 à 38, ainsi que 70
livres de cinéma (catalogue sur demande).
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Nous offrons à nos lecteurs la collection complète des 19 numéros dans lesquels ont paru les
textes d’Eisenstein (nos 208 à 211 et 213 à 227) au prix spécial de 50 francs. (Offre valable dans
la limite des exemplaires disponibles.)
Nos derniers numéros :
229 (niai-juin)
V e rto v . la presse c l le p a rti
J.-L. C o m o lli : "ïocïini<[iie et idéologie
J. N a rb o n i : « L ’ im m aculée perception »
P. B o n itz e r : « Réalité » de la dén ota tion
J.-P. O u d a rl : Noies p o u r une théorie de la représentation
S. P ie rre : « Les Clowns »
230 (juillet)
« La N o uvelle Babylone »
S. Daney : Vieillesse du M ême (IJawks et « R i o L o b o »)
P. Kané : « Sous le signe du Scorpion » ( fin )
J.-P. O ud a rt : Notes p o u r une ih é o ric de la représentation
J.-L. C o m o lli : S u r l'h is to ir e du cinéma
J.-L. Schefer : Les couleurs renversées/la buée
231 (août-septembre)
P. B o n itz e r : Sur « La C érém onie » (O shim a)
J.-L. C o m o lli : T e c h n iq u e et idéologie ( 3 )
S.M. Eisenslein : Dickens. G r iff it h et nous
P ie rre B a u d ry : « Trafic » ( T a t i)
« I n t o lé r a n c e » de C r i l ï i t h (d e s c rip tio n plan, par plan)
•
232 (octobre)
S.M. Eisenslein : Dickens. G r il fit h et nous
P. B o n itz e r : Le gros plan : su p p lé m e n t de scène
J. N a rb o n i, J.-P. O u d a r l : « La G uerre C iv ile en France »
(« La N o u ve lle B abylone. 2 »)
« Intolerance » (d e s c rip tio n plan par p la n )
233 (novembre)
P. B o n itz e r : Fétichism e du plan
J. ^ j m o n t et J.-P. O udart : Misère- du cinéma français
S.M . Eisenstein : Dickens, G r iff it h et nous
J.-L . C o m o lli : T cch im p ie e l idéologie ( 4 )
« I u tolérance » (d e s c rip tio n plan par plan)