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Introduction à la rhéologie et ses applications

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1 Introduction


La rhéologie, mot inventé par Bingham en 1929 à partir du verbe grec ρ ǫ́ω qui veut dire couler
(voir l’historique sur la figure 1), est l’étude des écoulements et des déformations. Devant l’impuis-
sance de la théorie de l’élasticité et de la mécanique des fluides (théories élaborées au 19e siècle) à
décrire et à expliquer les propriétés de matériaux aux comportements mal définis et intermédiaires
entre celui du solide élastique parfait (où les contraintes sont proportionnelles aux déformations) et
celui du fluide newtonien (où les contraintes sont proportionnelles aux vitesses de déformation), il
est apparu nécessaire d’élaborer cette nouvelle discipline. Les études expérimentales s’attachent à
mesurer les propriétés de l’écoulement des matériaux tandis que les approches théoriques cherchent
les équations constitutives reliant contraintes et déformations.

2 Phénoménologie
2.1 Comportements non linéaires
Un des comportements pratiques les plus intéressants des fluides non-newtoniens est leur re-
lation non linéaire entre contrainte et vitesse de déformation. La structure interne du fluide est
complexe et peut être influencée par l’écoulement.
Certains fluides ne s’écoulent qu’à partir d’une certaine contrainte seuil (liquide plastique de
Bingham, comme sur la figure 2). Cette propriété est particulièrement utile pour le transport de
particules en empêchant la sédimentation (boues de forage) et se rencontre dans la vie pratique
dans les pâtes dentifrices, le ketchup, la graisse et les peintures non-coulantes.
La plupart des fluides sont rhéofluidifiants : suspensions diluées de particules solides, suspen-
sions de vésicules déformables (comme le sang), encres, peintures, solutions diluées de polymères,
polymères liquides (acétate de cellulose), pâte à papier (voir la figure 2). Leur viscosité effec-
tive diminue lorsqu’on augmente la contrainte. Cet effet est dû en général à une brisure de la
structure interne par l’écoulement. Quelques fluides sont rhéoépaississants comme les suspensions
concentrées ou encore le sable mouillé (voir encore la figure 2).

2.2 Comportement dépendant du temps


Les fluides thixotropes ont une viscosité effective qui diminue avec le temps quand une contrainte
constante est appliquée (par exemple, le ketchup, le yoghourt, certaines peintures). Cela s’explique
par des changements de structures intervenant dans le fluide avec des temps caractéristiques
comparables aux temps d’observation. Comme la réponse du fluide dépend de son histoire, cela
complique les mesures rhéologiques car il existe des effets d’hystérésis (effets de mémoire). Il existe
aussi, mais plus rarement, des fluides antithixotropes (voir un exemple sur la figure 3).

2.3 Résistance à l’étirement


La résistance bien plus forte à un étirement du fluide que celle à laquelle on s’attendrait
venant d’une viscosité de cisaillement est attribuée à une viscosité élongationnelle très grande
bien qu’elle soit peut-être due, en fait, à un effet élastique. Cet effet rend les bulles d’air pointues à
l’arrière lorsqu’elles montent dans un shampooing : la pointe convertit l’écoulement élongationnel
en écoulement de cisaillement (voir la figure 4). Ce phénomène réduit la pulvérisation de fines
gouttes hors des jets avec les applications qui en découlent : maintenir les jets plus concentrés dans
les lances à incendie et réduire la tendance à faire une brume explosive pour le fuel des avions
(voir la figure 5). Cela aussi explique la réduction de la traı̂née dans les écoulements turbulents
résultant de l’addition d’une très faible quantité d’un polymère de très grande masse moléculaire
au fluide en écoulement.

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