Comprendre l'autisme et ses interventions
Comprendre l'autisme et ses interventions
L’étiologie de l’autisme 30
MAYADA ELSABBAGH, PH.D., MIRIAM MCBREEN, M.A., JUILLET 2012
Est-ce important?
L’autisme est un trouble neurodéveloppemental caractérisé par des difficultés dans les relations
sociales et la communication ainsi que des patrons de comportement rigides. Les individus
touchés présentent également des anomalies dans leurs processus de perception et d’attention et
leur développement moteur. D’abord défini de façon étroite comme un trouble impliquant un
manque de contact affectif avec les autres, un souci de préservation de la routine, une fascination
envers les objets et des déficiences dans la communication langagière, l’autisme est maintenant
reconnu comme un syndrome complexe dont la sévérité et les manifestations varient
énormément. Cette reconnaissance récente a mené à une redéfinition de l’autisme, qui réfère
maintenant à un spectre de troubles. On estime qu’environ un individu sur 400 présente
l’ensemble des symptômes de l’autisme « pur » alors qu’un individu sur 100 présente un trouble
du spectre autistique.
Les médias de masse ont véhiculé des préoccupations voulant que l’incidence de l’autisme soit
croissante. Cependant, aucun résultat scientifique ne permet de conclure que l’autisme est plus
répandu qu’auparavant, pour trois raisons principales : la définition du trouble a changé, ce qui
rend difficile la comparaison des estimations de l’incidence calculées à différents moments; la
méthodologie pour estimer l’incidence a évolué; il est possible que l’intérêt croissant de la
population envers le trouble mène au dépistage d’un nombre accru de cas. Une meilleure
compréhension de l’autisme mènera à des estimations plus précises de son incidence.
Même si les études de jumeaux et les études familiales ont révélé que l’autisme a une forte
composante génétique, aucun gène spécifique ou autre caractéristique biologique n’a pu être
clairement associé au trouble jusqu’à présent; l’autisme est d’ailleurs diagnostiqué sur la base de
caractéristiques comportementales. Le diagnostic est habituellement posé pendant la deuxième
année de vie ou plus tard. Il est extrêmement exigeant pour les parents de s’occuper d’un enfant
autiste et les familles touchées requièrent beaucoup de ressources communautaires. Même si
bien des enfants affectés réussissent éventuellement à mener une vie épanouissante, plusieurs
autres subiront toute leur vie les impacts négatifs de leurs importantes difficultés médicales,
scolaires et sociales. La recherche actuelle sur l’autisme vise à comprendre les déterminants
Que savons-nous?
On en sait peu sur les causes de l’autisme et des TSA. Il est bien établi que ce trouble a une base
génétique, car la parenté d’un individu affecté est plus susceptible d’être atteinte du trouble que
la population générale.
Quelles que soient les causes de l’autisme, l’une des caractéristiques définissant ce trouble est
son apparition précoce. Le diagnostic est habituellement posé au cours de la deuxième année de
vie ou un peu plus tard, mais des vidéos de nourrissons autistes, filmées à domicile et utilisées
ultérieurement dans des études rétrospectives, témoignent déjà de relations atypiques avec les
autres. Ces symptômes précoces ne se distinguent cependant pas assez clairement du
Il est maintenant reconnu que l’autisme est une condition complexe et multidimensionnelle et que
les interventions conçues pour améliorer l’évolution des individus atteints de ce trouble doivent
considérer son hétérogénéité. Les études d’intervention sont toutefois limitées, car il est peu
probable qu’elles puissent considérer l’ensemble des différences individuelles observées dans les
manifestations de l’autisme et des TSA. Un autre défi important est de décider quels symptômes
de l’autisme doivent être évalués et lesquels sont susceptibles de changer en réponse à quel type
d’intervention, pour chaque variante de l’autisme. De plus, comme le pronostic pour les individus
atteints d’autisme ou d’un TSA dépend en grande partie du niveau de développement langagier et
cognitif atteint, les études d’intervention doivent inclure à la fois des mesures standard de succès
des interventions et des mesures spécifiques à l’autisme. Pour toutes ces raisons, il est difficile de
mener des études d’intervention pour l’autisme.
Deux catégories d’intervention existent : celles qui sont axées sur le comportement et celles qui
sont axées sur la communication. Les approches comportementales prennent généralement la
forme de programmes intensifs à long terme. Un exemple d’une telle intervention est la Early
Intensive Behavioural Intervention (EIBEI), dans laquelle l’enfant travaille 30-40 heures/semaine
avec des thérapeutes et les parents disposent de périodes de consultation supplémentaires. Des
interventions moins intensives ont aussi été mises à l’épreuve, mais les résultats sur la
comparaison de leur efficacité avec celle du EIBEI sont contradictoires. On a démontré que les
approches comportementales améliorent l’évolution cognitive et langagière des enfants autistes,
La perception et l’attention atypiques des enfants autistes devraient être prises en considération
lors de la conception des programmes et des services d’intervention. Nous pourrions capitaliser
sur notre compréhension des caractéristiques attentionnelles particulières de ces enfants,
notamment leur intérêt accru envers les patrons auditifs et visuels répétitifs, pour les aider à
comprendre le monde non autiste, au lieu de leur demander de s’ajuster au modèle des enfants
dont le développement est typique. Une telle approche exigerait que l’on éduque les parents et
les donneurs de soins sur notre compréhension actuelle de l’autisme en plus de leur offrir du
soutien et des services. Ultimement, une plus grande acceptation sociétale des différences
sociales des enfants autistes sera nécessaire.
Finalement, plus de recherches seront nécessaires pour identifier les biomarqueurs de l’autisme.
Un obstacle à l’identification de ces biomarqueurs est l’hétérogénéité des manifestations
comportementales et neurobiologiques du trouble. Un autre défi consiste à comprendre le rôle des
facteurs environnementaux qui affectent les processus biologiques sous-jacents du trouble.
Introduction
Sujet
Problèmes
Des études portant sur des jumeaux ont montré que l’autisme est fortement héréditaire.3 Afin de
caractériser les premiers signes de l’autisme, des enfants dont le frère ou la sœur aîné(e) a été
diagnostiqué(e) autiste ont été suivis dans le cadre d’études longitudinales. Ces études ont
démontré qu’environ 10 à 20 % de ces enfants développent l’autisme,4 et les chercheurs
examinent actuellement quels sont les facteurs de la petite enfance associés à un diagnostic
En effet, l’autisme est très souvent associé à des troubles mentaux tels que l’anxiété, ainsi qu’à
d’autres troubles neurodéveloppementaux (comme le TDAH), ce qui signifie que la spécificité des
marqueurs précoces n’est pas facile à déterminer. Pour comprendre les mécanismes de
développement sous-jacents à l’autisme, il est nécessaire de mesurer les autres troubles
cooccurrents au moment de l’évaluation, mais seule une poignée d’études ont adopté cette
approche jusqu’à présent.
iii. Les études portant sur des échantillons de petite taille peuvent occasionner une faible
reproductibilité.
Contexte de la recherche
Les recherches sur l’autisme précoce s’orientent vers des consortiums à grande échelle,
combinant des données longitudinales à plusieurs niveaux, notamment génétique, neuronal,
cognitif et comportemental. La force de cette conception réside dans sa capacité à caractériser
les processus dynamiques qui sous-tendent l’émergence de l’autisme.
Les nourrissons qui développeront plus tard l’autisme présentent-ils des différences
cognitives précoces?
Les nourrissons qui développeront plus tard l’autisme présentent-ils des différences cognitives
précoces?
Au cours de la dernière décennie, plusieurs marqueurs cognitifs ont été associés aux symptômes
émergents de l’autisme, ce qui a permis d’en élucider le mécanisme de développement sous-
jacent.5,6 Si certaines études ont montré des différences précoces dans le traitement social (par
exemple, une plus faible attention portée aux stimuli sociaux complexes7 et une faible
synchronisation audio-visuelle mesurée dans les mouvements biologiques8), d’autres ne montrent
aucune différence par rapport aux nourrissons au développement normal (par exemple, les
nourrissons autistes s'orientent eux aussi vers un visage dans un affichage statique9 et ont
également le réflexe de suivre un indice du regard10). D’après les théories axées sur la dimension
sociale de l’humain, une réduction précoce de l’attention sociale du nourrisson entraînerait une
cascade développementale menant à l’autisme. Toutefois, d’autres études montrant une
trajectoire décroissante des interactions sociales11,12 suggèrent que ces difficultés ne seraient pas
présentes dès la naissance, mais émergeraient au cours du développement. Il a également été
prouvé que des différences en matière d’attention sont associées à l’autisme, notamment un
déplacement plus lent de l’attention13, un réflexe photomoteur plus fort14 et une meilleure
performance de recherche visuelle15.
Existe-t-il des différences dans le développement précoce du cerveau chez les enfants autistes?
Les jeunes enfants autistes ont tendance à présenter une plus grande circonférence crânienne et
un plus grand volume cérébral. Il a été suggéré que l’hyper-expansion corticale dans la petite
enfance pourrait précéder la croissance excessive du volume cérébral.16 Certains chercheurs ont
suggéré qu’une augmentation des cellules neuronales progénitrices intermédiaires était le
mécanisme reliant l’expansion corticale à l’augmentation du volume cérébral et aux perturbations
de la connectivité neuronale.17 Les preuves des différences de connectivité sont cependant moins
claires. Il existe une hypothèse selon laquelle l’autisme pourrait être lié à une sous-connectivité à
longue distance et à une surconnectivité locale.18 Cependant, les résultats concernant les
Ces dix dernières années, un certain nombre d’interventions assistées par les parents ont été
menées auprès de nourrissons présentant un risque élevé de développer l’autisme. L’objectif
clinique de ces interventions est souvent de favoriser le développement des enfants ou les
résultats à long terme, mais, du point de vue de la science fondamentale, la méthodologie des
essais contrôlés randomisés permet également de mesurer l’effet causal de la modification de
l’environnement précoce. Sur la base des données disponibles à ce jour, une méta-analyse
récente a conclu que les interventions précoces permettaient de changer efficacement les
comportements des parents, mais qu’il n’existait aucune preuve qu’elles aient des effets directs
sur ceux des enfants.20 Cependant, il est tout de même possible que ces interventions aient des
effets plus subtils sur les résultats auprès des enfants. En effet, Yoder, Stone et Edmund21 ont
constaté qu’une plus grande fidélité des interventions avait tendance à améliorer les résultats
pour l’enfant. En outre, une autre intervention assistée par les parents a montré des effets
cumulatifs significatifs sur l’autisme chez les enfants suivis au cours de leur développement.22
Lacunes de la recherche
i. Aucun marqueur biologique distinct n’a encore été identifié pour l’autisme.
En effet, si de nombreux marqueurs précoces ont été associés à l’autisme, ils ne répondent pas
aux critères des « marqueurs biologiques ».23 Ces derniers doivent être mesurés de manière
objective, fiable et précise, et être liés au processus biologique ou pathogène sous-jacent. Avant
de pouvoir avancer en direction d’une utilité clinique, il reste nécessaire de reproduire la méthode
d’expérimentation, d’en évaluer les sensibilités et les spécificités et d’en examiner la « valeur
ajoutée » par rapport aux questionnaires ou aux outils de dépistage.24 Étant donné l’hétérogénéité
de l’autisme, l’identification des marqueurs biologiques pourrait à l’avenir permettre de stratifier
les différents sous-groupes au sein de l’autisme.25
Les cas de résilience, c’est-à-dire des personnes qui obtiennent de « meilleurs résultats que prévu
», ne sont pas encore bien compris dans l’autisme.26 Le domaine aurait en effet besoin qu’un
Conclusions
Les études sur les frères et sœurs de nourrissons ont permis d’identifier toute une série de
marqueurs neurocognitifs associés au développement de l’autisme par la suite. La caractérisation
des trajectoires de ces marqueurs a joué un rôle important dans la compréhension des
mécanismes de développement de l’autisme. Les différences en matière de traitement social
peuvent apparaître plus tard dans le développement, vers la fin de la première année de vie, sans
qu’il y ait de preuve d’une réduction initiale de l’attention du nourrisson face aux visages ou du
suivi du regard précoce. Ces résultats sont en contradiction avec les théories axées sur la
dimension sociale de l’humain, qui proposent qu’une attention sociale réduite chez le nourrisson
entraîne une cascade développementale menant à l’autisme. Bien que ces marqueurs soient
importants du point de vue de la science fondamentale, le manque de preuves concernant leur
stabilité et leur fiabilité signifie que leur utilité clinique a été quelque peu limitée. Les futurs
consortiums à grande échelle, visant à reproduire les effets des études, à établir la spécificité des
marqueurs précoces de l’autisme et à tester leur utilité potentielle dans la stratification de
différents sous-groupes d’enfants autistes, seront d’une importance capitale pour le domaine.
Bien qu’une décennie de recherches sur les frères et sœurs de nourrissons ait permis d’identifier
des marqueurs précoces liés à l’autisme, il reste nécessaire de les reproduire sur des échantillons
plus larges et représentatifs. Pour une application réussie en pratique clinique, il est important
non seulement de disposer de marqueurs fiables, mais aussi d’envisager l’utilité de ces
marqueurs au-delà des procédures de dépistage existantes. Le projet Research domain criteria
(RDoC)27 souligne l’importance d’adopter une approche dimensionnelle permettant de mieux
caractériser le profil d’un enfant. L’utilisation de biomarqueurs dans la stratification des profils est
un objectif clé pour la recherche future. Les domaines de la psychologie et de la psychiatrie en
général évoluent vers des approches plus personnalisées. La médecine de précision offre une
approche permettant de tester quels individus bénéficient le plus d’une intervention particulière.
Afin de mettre au point des traitements plus efficaces permettant d’obtenir de meilleurs résultats
pour les enfants autistes, il est nécessaire d’associer une solide méthodologie d’essai et une
compréhension des mécanismes de développement.
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Introduction
Contexte de la recherche
Leo Kanner, dans son article de référence de 1943 qui abordait la description clinique de
l’autisme,2 a décrit pour la première fois plusieurs symptômes qui s’appliquent encore au trouble
du spectre autistique tel qu’il est défini aujourd’hui. Toutefois, Kanner n’a jamais accepté
l’élargissement de ce qu’il considérait comme un syndrome de définition circonscrite,
apparaissant dès la naissance ou avant l’âge de 30 mois et caractérisé par un manque profond de
contact affectif avec les autres, un désir anxieux et obsessif de préservation de la similitude dans
les routines et l’environnement, une fascination envers les objets et le mutisme ou l’utilisation
d’un langage qui ne semble pas destiné à la communication interpersonnelle. En fait, Hans
Asperger travaillait sur ce trouble à Vienne3 bien avant que Kanner ne le fasse à Baltimore.4
Asperger disait que la condition n’était jamais reconnue au début de la vie et habituellement pas
avant la troisième année de la vie. Une maîtrise complète de la grammaire était tôt ou tard
acquise, mais il pouvait y avoir une difficulté à utiliser les pronoms correctement. Le contenu du
discours était anormal, tendant à être pédant et consistant souvent en de très longs exposés sur
les sujets favoris. La caractéristique la plus évidente était peut-être l’inaptitude à s’engager dans
une interaction sociale à double sens, principalement due à l’incapacité de comprendre et
d’utiliser les règles tacites régissant les comportements sociaux. Asperger, comme Kanner,
rapportait des habiletés et des faiblesses chez les individus touchés, comme une excellente
mémoire lorsqu’il s’agissait d’apprendre des listes d’éléments par cœur et un intérêt intense
Il y a trente ans, on considérait l’autisme comme un trouble de l’enfance rare souvent associé à
un handicap intellectuel sévère, un manque de conscience sociale et une absence de langage
expressif significatif.6 Aujourd’hui, le spectre des troubles autistiques (TSA) est reconnu comme un
ensemble de troubles développementaux communs. Les causes de la plupart des cas d’autisme
restent inconnues. On a déjà pensé que ce trouble était le produit de « mères froides», mais cette
notion a largement été discréditée (malheureusement pas, toutefois, dans certaines parties de la
France et de l’Italie et dans quelques pays latino-américains). Il existe un certain consensus
aujourd’hui voulant que les TSA soient des troubles neurodéveloppementaux ayant une base
génétique (peut-être en interaction avec l’environnement).
Dans les années 1980, des formes moins sévères de l’autisme ont été classées dans des
catégories diagnostiques séparées, au sein d’une classe plus large de troubles qu’on appelle
aujourd’hui TSA et qu’on a dénommés à l’époque « troubles envahissants du développement ».
Même s’il a été décrit pour la première fois il y a bien longtemps, le syndrome d’Asperger est
apparu dans les nosographies officielles seulement dans les années 1990. La différence entre
l’autisme de haut niveau (qui touche les individus manifestant des comportements autistiques
tout en étant fonctionnels dans un cadre social) et le syndrome d’Asperger reste l’objet d’un
débat. La validité du syndrome d’Asperger en tant que syndrome distinct de l’autisme n’est pas
clairement reconnue, en partie parce qu’on ne connait pas de caractéristiques neurobiologiques
différenciant ces deux troubles.
Dans la nouvelle cinquième édition du DSM, les critères révisés incluent seulement deux
domaines de symptômes (communication sociale et intérêts fixes et répétitifs), les sous-types de
TSA sont éliminés et l’on décrit plutôt des différences individuelles dans la sévérité des
symptômes des deux domaines, selon le niveau développemental et l’âge chronologique atteints.
Ainsi, un individu ayant un diagnostic de TSA serait décrit en termes de dimensions des
symptômes sociaux-communicatifs et de sévérité des comportements/intérêts fixes ou limités. Ce
diagnostic pourrait être associé avec d’autres conditions génétiques ou médicales connues (par
ex., TSA et syndrome de Rett ou TSA et syndrome du X fragile), des troubles du langage ou
d’autres conditions psychiatriques (par ex., TSA avec TDAH, TSA avec déficience intellectuelle).
Lacunes de la recherche
Bien que le concept de TSA soit devenu plus familier, des questions importantes restent à propos
de l’étiologie de ces troubles, des procédures les plus précises et efficaces pour les diagnostiquer,
de la hausse apparente de leur prévalence et des méthodes les plus efficaces pour les traiter.
Malgré les continuelles tentatives de division des TSA en composantes séparables,8 certains
éléments communs définissent essentiellement ce groupe de troubles : difficultés importantes en
communication sociale de base et comportements/intérêts limités et répétitifs, qui apparaissent
tôt dans la vie.
Certaines distorsions et idées fausses sur l’autisme restent fortement ancrées. Par exemple, en
matière d’interventions, plusieurs traitements pseudo-scientifiques d’une efficacité spécieuse ont
été proposés, notamment le chambres hyperbares, la chélation (l’élimination des métaux lourds)
et l’enveloppement dans des draps mouillés froids (« le packing » en France). Heureusement, il
existe aussi une énorme quantité de recherches scientifiques très robustes abordant les questions
de l’étiologie, de l’épidémiologie, du diagnostic et du traitement de l’autisme.
Conclusions
La recherche à ce jour indique clairement que les TSA affectent un groupe hétérogène d’enfants
et d’adultes dont les besoins en matière d’évaluation et d’intervention sont variés et évoluent tout
au long de la vie. Étant donné la variabilité actuelle des taux de TSA entre les États américains et
Comme le pronostic et le traitement des individus touchés par un TSA sont fortement liés aux
niveaux cognitif et langagier atteints, les évaluations doivent inclure des mesures
développementales normalisées en plus des mesures spécifiques à l’autisme. En matière de
politiques publiques, il est important de reconnaître que, comme les TSA forment maintenant une
catégorie plus hétérogène, les approches diagnostiques et d’évaluation universelles ne sont pas
appropriées.11 La variabilité des taux des sous-types de TSA a des implications politiques
importantes. Il est difficile de planifier des services pour cette population hétérogène. Un
programme unique pourrait ne pas être approprié pour la majorité des enfants d’une classe à
cause de la variabilité dans l’âge et le niveau développemental des enfants touchés. Même entre
la naissance et l’âge de trois ans, la gamme d’habiletés et de besoins des jeunes enfants touchés
par un TSA est variable.
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Professeur émérite, Département de psychiatrie, Oregon Health & Science university, États-Unis
Juin 2024
Introduction
Sujet
Les études de prévalence estiment la proportion de participants atteints de TSA dans une
population donnée, à un moment donné. Les estimations de la prévalence sont nécessaires en
vue de planifier les services et de développer des politiques de santé et d’éducation appropriées.
Les études de prévalence peuvent également contribuer à évaluer les facteurs de risque associés
aux TSA et peuvent être reconduites au fil du temps pour détecter les modifications à long terme
dans l’incidence des TSA.
Problèmes
Étudier les TSA à l’échelle de la population n’est pas facile, car en l’absence de biomarqueur
valide, un diagnostic de TSA s’appuie sur des procédures cliniques complexes et chronophages.
Les concepts et les critères de diagnostic n’ont cessé d’évoluer, et la comparaison des résultats
d’études au fil du temps n’en est que plus difficile. Il faut également tenir compte du fait que l’âge
au moment du diagnostic varie, et que tous les enfants n’ont pas un accès égal aux services de
diagnostic : certains ne sont donc pas diagnostiqués et sont difficiles à détecter dans le cadre
d’enquêtes de population. Enfin, il est plus difficile et coûteux d’obtenir un grand échantillon
représentatif afin d’obtenir la précision nécessaire.
Contexte de la recherche
En matière de définition et de confirmation des cas, les différentes enquêtes ont utilisé des
méthodologies très hétérogènes. Les définitions des TSA s’appuient sur des critères diagnostiques
variables : critères de Kanner et de Rutter, classifications CIM-9/10/11 et DSM-III/IV/5 et autres. La
confirmation du statut des cas était elle aussi variable, certaines études se basant sur des
évaluations pédagogiques ou des diagnostics de santé, d’autres menant des évaluations en
personne pour confirmer le diagnostic. Les stratégies de recensement des cas variaient
également : certaines études utilisaient de grands registres ou bases de données reposant de
manière passive sur les diagnostics enregistrés existants, tandis que d’autres adoptaient des
approches de dépistage plus proactives, notamment le dépistage dans des écoles normales afin
de repérer d’éventuels enfants non diagnostiqués. Parmi ces dernières, les protocoles d’enquête
n’incluaient pas tous les parents, les enseignants et les sujets atteints de TSA comme participants.
De plus, ils s’appuyaient sur différents types d’instruments de dépistage et de procédures de
confirmation diagnostique.
Il n’existe donc pas de formule consensuelle pour planifier et réaliser une enquête ni de
standardisation de la méthodologie des enquêtes sur l’autisme. Chaque enquête est conçue avec
ses propres particularités qui tiennent compte des infrastructures et des politiques locales en
matière de services éducatifs et de santé pour les enfants handicapés. Compte tenu de cette
hétérogénéité dans la méthodologie, il convient de faire preuve de prudence lorsque l’on compare
les estimations de prévalence entre les études.
1. Quelles sont les estimations actuelles de la prévalence des TSA chez les enfants?
2. Quels sont les facteurs corrélés aux TSA dans les études de prévalence?
1. La prévalence des TSA était considérablement plus élevée dans les études plus récentes,
dans celles réalisées dans des pays à revenu élevé en comparaison aux pays à revenu
intermédiaire, dans celles utilisant des critères diagnostiques plus récents (CIM-10/11 et DSM-IV/5)
et dans les enquêtes portant sur les enfants d’âge scolaire. Pour résumer les résultats, nous avons
limité notre analyse à 41 enquêtes réalisées depuis 2018 dans 19 pays à revenu élevé (population
totale : 27,5 millions d’enfants; âge médian : 8 ans). Les estimations de prévalence allaient de 0,2
% à 2,76 % (EI : 0,76 %-1,56 %) avec une estimation médiane de 1,15 %. Il s’agit là d’une
estimation prudente de la prévalence actuelle des TSA chez les enfants âgés de quatre à douze
ans vivant dans des pays à revenu élevé.2 On peut raisonnablement estimer une valeur entre 1 %
et 2 %. Une carte interactive de la prévalence mondiale de l’autisme est accessible au public.3
2. Avec le temps, on observe une nette augmentation de la prévalence, comme l’indique une
corrélation notable entre la prévalence et l’année de publication (P < .001).2,4,5 La proportion de
participants sans déficience intellectuelle (DI) a également augmenté de manière significative au
fil du temps (P < .001). Des études récentes montraient une proportion médiane d’individus sans
DI de 62,1 % (EI : 53 %-76 %).
Sur 135 enquêtes, le ratio médian homme:femme était de 4,1:1 (EI : 3,1-4,8). Aucun changement
significatif n’a été constaté au fil du temps pour la prédominance masculine dans les enquêtes, et
un ratio de 4:1 (soit environ 80 % de garçons dans les échantillons) est une caractéristique solide
du profil épidémiologique des TSA.
La prévalence s’est révélée moins élevée dans les enquêtes qui incluaient des enfants d’âge
préscolaire, des adolescents ou des adultes en raison de la faible sensibilité de la détermination
des cas dans ces groupes d’âge. Ainsi, les estimations dérivées des échantillons de sujets d’âge
scolaire sont moins biaisées.4
Les enquêtes sur les adultes sont encore rares. Des études pionnières réalisées en Angleterre
chez des adultes vivant dans des foyers classiques ou des logements supervisés ont rapporté une
prévalence de 1,1 %, sans variation entre les différentes tranches d’âge.6,7 Une étude récente sur
la population adulte américaine couverte par Medicaid âgée de 18 ans et plus a fourni une
Aux États-Unis, la prévalence s’est généralement révélée plus faible dans les groupes mal
desservis en raison des inégalités sociales dans l’accès aux services, bien que cette tendance se
soit atténuée récemment.9 Cependant, dans les enquêtes menées dans des pays dotés de
systèmes de santé universels, les TSA ne sont généralement pas associés au statut socio-
économique de la famille ni au niveau d’instruction des parents ou à la race/ethnicité.
3. L’augmentation de la prévalence des TSA au fil du temps a parfois été interprétée comme
une preuve que l’incidence sous-jacente des TSA était en hausse, ce qui a eu pour effet de
susciter une crainte d’« épidémie » d’autisme.10 Toutefois, il convient d’examiner les modifications
à long terme dans l’incidence ou la prévalence de la maladie en tenant compte des facteurs
méthodologiques qui contribuent à la variabilité des estimations de prévalence. Avant de tirer
toute conclusion significative, il convient d’écarter toute autre raison pouvant expliquer un
changement de prévalence.2
Les chercheurs des études mondiales se sont appuyés sur les concepts diagnostiques des
classifications CIM et DSM ainsi que les instruments correspondants (questionnaires, outils
diagnostiques), sans éprouver de difficulté ni le besoin de réajuster massivement les instruments
cliniques et de recherche. Il semble donc que le concept d’autisme ait un aspect universel, même
s’il peut être appelé ou catégorisé différemment dans certaines cultures. Néanmoins, quelques
petits ajustements dans la formulation des questions ou dans l’administration des tests sont
parfois nécessaires pour s’adapter aux contextes culturels spécifiques.2,4
Lacunes de la recherche
La surveillance de la prévalence des TSA dans différentes populations est devenue un objectif de
santé publique dans plusieurs pays. Aux États-Unis, la surveillance des TSA est effectuée par le
CDC (Centers for Disease Control and Prevention) depuis 2002 au moyen d’enquêtes biennales
sur la population d’enfants âgés de 8 ans.9,21 Des efforts comparables ont été initiés Canada22 et
dans l’Union européenne23, mais ces derniers ont engendré des répercussions restreintes.
Il serait nécessaire d’effectuer des enquêtes sur les adultes atteints de TSA, étant donné le
nombre croissant d’adultes concernés et dont les besoins sont mal compris et mal satisfaits.
Des enquêtes sont également nécessaires dans les pays (en particulier ceux à revenu faible et
intermédiaire) et les régions du monde (Asie centrale/Russie, Amérique du Sud, Afrique) qui
manquent encore d’informations épidémiologiques sur les TSA.
Conclusions
Les TSA sont des troubles neurologiques du développement plus communs qu’on ne le pensait
auparavant. La prévalence varie de 1 % à 2 %, certains pays présentant des taux encore plus
élevés. Ils touchent quatre hommes pour chaque femme, et sont associés à une déficience
intellectuelle dans environ 35-40 % des cas. Les TSA se rencontrent chez les enfants de toutes les
couches sociales et de tous les groupes raciaux/ethniques, bien que les inégalités sociales en
matière de santé retardent le diagnostic et l’intervention dans les groupes mal desservis. La
prévalence a augmenté au fil du temps, mais on ne sait toujours pas si cela est dû principalement
à des artefacts liés à l’évolution des définitions et des méthodologies d’étude, ou à une véritable
augmentation de l’incidence dans la population. Il n’existe aucune preuve que la prévalence des
TSA soit différente selon les pays ou que l’expression et la mesure du phénotype des TSA
nécessitent des modifications culturelles importantes. La surveillance épidémiologique des TSA
est de plus en plus envisagée par les agences de santé publique.2
Les TSA sont des troubles neurologiques du développement dont la gravité est variable. Ils
apparaissent au cours des deux premières années de vie, mais souvent reconnus et diagnostiqués
beaucoup plus tard. Ils touchent 1 % à 2 % des enfants d’âge scolaire dans la plupart des
enquêtes actuelles, bien qu’il existe une variabilité notable dans les résultats des enquêtes
épidémiologiques, et plusieurs études ont documenté une prévalence supérieure à 2 %.
Typiquement, 80 % des enfants atteints de TSA sont des garçons, sans preuve épidémiologique
que cette proportion ait changé. La déficience intellectuelle et les troubles de l’apprentissage se
produisent maintenant chez moins de 40 % des enfants touchés. Les TSA se produisent dans
toutes les familles et dans toutes les régions du monde, indépendamment des caractéristiques
sociodémographiques familiales. Les TSA sont un trouble permanent, qui affecte donc également
Références
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Introduction
Au cours des dernières années, une transition s’est effectuée dans notre compréhension de
l’autisme : ce trouble, qu’on définissait auparavant de façon étroite et catégorique, est
maintenant considéré comme un spectre de conditions qui affecte de différentes façons les
individus touchés.1 L’impact de l’autisme varie : certains individus atteints peuvent mener une vie
autonome et accomplie, mais plusieurs éprouvent des difficultés considérables sur les plans
médical, éducatif et social, difficultés qui ont un sérieux effet négatif sur leur qualité de vie.2
L’hétérogénéité de la condition a mené certains scientifiques à suggérer que l’autisme n’est pas
un phénomène unique et qu’il existe probablement plusieurs « autismes » ayant différents
processus biologiques sous-jacents et différentes trajectoires développementales.
Les études de jumeaux et les études familiales ont démontré que des facteurs à la fois génétiques
et non-génétiques contribuent à une vulnérabilité accrue à l’autisme.6 Certains facteurs
génétiques sont plus fortement impliqués que d’autres et on a identifié un ensemble hétérogène
Actuellement, des études à grande échelle sont en cours pour déterminer dans quelle mesure
chaque facteur de risque génétique est impliqué dans l’étiologie du trouble. Aucune des variantes
génétiques identifiées jusqu’à présent ne peut être considérée cliniquement utile pour le
dépistage de l’autisme dans la population générale.8 Toutefois, la détection de variantes
génétiques chez les individus ayant reçu un diagnostic de trouble développemental, notamment
d’autisme, vise à améliorer les soins médicaux, en permettant 1) d’identifier les variantes qui
pourraient entraîner des problèmes médicaux comorbides (par ex., les complications médicales,
comme l’épilepsie, associées à la sclérose tubéreuse et aux syndromes de
microdélétion/microduplication, ainsi que les problèmes rénaux et gastro-intestinaux); 2) d’établir
les risques de récurrence potentielle chez la future progéniture de parents ayant déjà un enfant
atteint du trouble. Les facteurs non-génétiques qui accroissent le risque d’autisme sont toujours
très peu compris et pourraient inclure des facteurs épigénétiques et environnementaux.9 Les
interactions entre les facteurs génétiques et non-génétiques peuvent, par des mécanismes
complexes, contribuer encore davantage au risque d’autisme.10
Les comportements caractéristiques de l’autisme apparaissent d’abord puis évoluent au fil des
quelques premières années de développement postnatal. Des études récentes menées auprès de
nourrissons à risque de développer le trouble suggèrent que des altérations dans le
développement du cerveau débutent bien avant l’apparition des symptômes comportementaux.11
Cependant, l’expression précoce de l’autisme est variable chez les bébés, à la fois sur les plans
cérébral et comportemental, et les différentes trajectoires développementales qui s’ensuivent
divergent avec le temps.10 À l’âge adulte, l’autisme est associé à des différences dans une large
gamme de systèmes neurobiologiques. Plusieurs ont suggéré que l’autisme est la conséquence
Lacunes de la recherche
Malgré des progrès majeurs dans la compréhension des facteurs génétiques, neurobiologiques et
développementaux qui sous-tendent l’autisme, plusieurs aspects de ce trouble sont toujours très
peu compris. Les récentes tentatives d’application des connaissances actuelles de la
neurobiologie de l’autisme à des tests utiles sur le plan clinique se sont heurtées à des défis
scientifiques et sociétaux. Ces défis soulignent l’hétérogénéité biologique de l’autisme, qui
contribue à son portrait complexe. Les informations que reçoit le public général, cependant,
reflètent rarement ce niveau de complexité.
Les défis majeurs à surmonter sont notamment l’absence actuelle d’une contribution
systématique de la communauté touchée par l’autisme et le manque de recherche sur ce qui
détermine les perspectives des différents individus touchés. Si l’on néglige de mettre les résultats
émergents en neurobiologie dans le contexte des besoins uniques des diverses communautés
affectées, on ne peut qu’amoindrir la valeur potentielle de ces résultats scientifiques. L’implication
accrue des familles et des cliniciens dans la recherche, par des processus de transfert des
connaissances adéquatement supportés, améliorera l’intégration des résultats de recherche à la
pratique. En mettant les connaissances scientifiques existantes et émergentes dans le contexte
des expériences réelles des familles affectées, les communications scientifiques sur les
biomarqueurs de l’autisme pourraient atteindre leur objectif principal, celui d’informer le public en
contribuant à un transfert des connaissances éthique. Éventuellement, les décisions et la
préparation des parents pourraient être mieux supportées s’ils savaient laquelle des nombreuses
formes d’autisme pourrait se développer chez leur enfant. En attendant, les familles ont le droit
de recevoir des informations fondées scientifiquement sur les causes et les manifestations
biologiques de l’autisme ainsi que des services appuyés sur des résultats de recherche probants.
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Juillet 2012
Introduction
Sujet
Bien que l’autisme soit diagnostiqué sur la base de difficultés dans un certain nombre de
domaines du développement et du comportement, les caractéristiques fondamentales qui le
définissent sont les difficultés dans les relations et la communication sociales. Cependant, le
monde social et le comportement social d’un nourrisson sont bien différents de ceux d’un enfant
d’âge scolaire, d’un adolescent ou d’un adulte. Le présent article traite principalement de la
nature de ces difficultés sociales qui émergent très tôt dans la vie des autistes et de leur
trajectoire développementale depuis les années préscolaires jusqu’au milieu de l’enfance et par la
suite.
Problèmes
Contexte de la recherche
Cependant, au cours des deux dernières décennies, des progrès importants ont été réalisés en
matière de dépistage et de diagnostic précoces, motivés par l’espoir que des interventions
précoces pourraient avoir un impact positif durable sur les enfants touchés et leur famille.8 Un
certain nombre de devis de recherche, dont l’analyse rétrospective de vidéos d’enfants, filmés à
domicile, qui ont reçu ultérieurement un diagnostic, ainsi que l’étude de nourrissons ayant un
grand frère ou une grande sœur atteint(e) du trouble, nous ont permis de tracer la trajectoire
développementale des difficultés sociales qui sont au cœur de la définition de l’autisme, depuis
leur émergence précoce au début de la vie jusqu’à l’âge scolaire, l’adolescence et, plus
récemment, l’âge adulte.
En mettant l’accent sur le dépistage et l’intervention précoces, une question critique a émergé :
quels sont les tout premiers signes observables de l’autisme? Étant donné la très grande
variabilité du progrès que font les différents enfants autistes en matière d’interaction sociale et de
communication au fil du temps, quels sont les facteurs internes et externes associés aux progrès
réalisés sur ces plans? Quelles interventions précoces émergentes ont fait l’objet d’études de
qualité attestant de leur efficacité?
Les études rétrospectives basées sur des vidéos filmés à domicile de nourrissons ultérieurement
diagnostiqués permettent de repérer une large gamme de différences précoces apparentes chez
les enfants autistes en matière de sociabilité et de communication, dont une orientation réduite
Au cours de la dernière décennie, plusieurs groupes à travers le monde ont initié des études
d’observation réellement prospectives en exploitant le taux relativement élevé de récurrence de
l’autisme au sein des mêmes familles. Ce taux de récurrence permet de recruter une cohorte de
frères et sœurs cadets d’enfants ayant un diagnostic d’autisme et de suivre leur développement
au fil du temps, pour identifier lesquels développeront l’autisme.10,11 À ce jour, aucune différence
comportementale claire chez les nourrissons de moins d’un an ne permet de prédire la possibilité
d’un diagnostic ultérieur. Plusieurs groupes ont montré que, dès le début de la deuxième année
de vie, des différences claires émergent sur certains plans, notamment l’orientation vers l’appel
du prénom, les gestes et la tendance à l’imitation, le sourire social, la réactivité, l’intérêt social et
les comportements guidés par les sens. Des études récentes ont suggéré que certaines habiletés
sociales auraient stagné ou décliné chez certains enfants ayant reçu ultérieurement un diagnostic
d’autisme. Ces résultats prospectifs appuient la « régression » ou la perte de compétences qui
était rapportée depuis longtemps dans la littérature sur la base de rapports parentaux
rétrospectifs.12
D’autres études ont suivi la trajectoire des symptômes sociaux et communicationnels depuis l’âge
de deux ou trois ans jusqu’au milieu de l’enfance. Charman et al.13 ont montré que ces symptômes
décroissaient au fil du développement, jusqu’à l’âge de sept ans. Cependant, plusieurs enfants
autistes rencontrent un défi important lorsqu’ils entrent à l’école secondaire, l’environnement
social y étant encore plus exigeant. Une autre étude a suivi les habiletés langagières et
communicationnelles d’enfants autistes entre l’âge de deux et neuf ans. Les résultats montrent
que ces habiletés variaient beaucoup d’un enfant à l’autre au terme du suivi, bien que plusieurs
enfants aient présenté un retard de langage à deux ans.14 À neuf ans, certains enfants avaient
atteint un niveau langagier approprié considérant leur âge alors que d’autres avaient seulement
fait des progrès très lents.
Après plusieurs décennies pendant lesquelles peu d’essais aléatoires contrôlés ont été menés
dans le domaine de l’autisme, une explosion de telles études s’est produite au cours des dix
dernières années.15 Plusieurs d’entre elles étaient axées sur l’amélioration des habiletés sociales
et communicationnelles précoces, que ce soit par des interventions auprès des enfants en milieu
Lacunes de la recherche
Conclusion
Les caractéristiques du développement social précoce atypique des autistes sont maintenant bien
décrites et reconnues. Cependant, des questions scientifiques de base sur les processus
neurodéveloppementaux sous-jacents menant au phénotype autistique et aux comorbidités qui y
sont communément associées n’ont toujours pas obtenu de réponse claire. Dans la récente vague
Les coûts de l’autisme pour les individus atteints, leur famille et la société sont considérables.18
Jadis considéré comme une condition rare, on admet maintenant que l’autisme, sous une forme
quelconque, affecte environ 1% des enfants et des jeunes. Les parents et les professionnels, en
particulier ceux qui œuvrent dans les milieux communautaires dédiés à la santé et à l’éducation
de la petite enfance, doivent être éduqués sur la nature des tout premiers symptômes de
l’autisme, pour faciliter le dépistage précoce et une prise en charge rapide des enfants atteints.
Les difficultés dans les relations sociales et la communication, qui constituent la caractéristique
centrale du trouble, émergent chez plusieurs enfants peu après la première année de vie et
deviennent particulièrement apparentes lors de l’entrée à la garderie ou à l’école, des milieux plus
exigeants sur le plan social. Les habiletés sociales et communicationnelles continuent à se
développer pendant l’enfance et par la suite, mais à un rythme variable chez les différents
individus touchés. Une base de résultats probants permettant d’appuyer les interventions
psychosociales qui ciblent les habiletés communicationnelles et le comportement social précoces
est en développement. À l’échelle internationale, alors que de plus en plus d’enfants reçoivent un
diagnostic pendant la période préscolaire, la demande de services d’intervention précoces
grandira et nécessitera un financement. Une question sociétale plus générale concerne la
nécessité d’une plus grande acceptation de la « différence sociale » et d’un soutien pour les
individus affectés, leur famille et les personnes qui œuvrent auprès d’eux.
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Introduction
Sujet
Problèmes
L’aspect de l’autisme qui apparaît en premier, et qui est aussi le plus frappant, est la réduction
significative de l’attention manifeste spontanée envers les voix et les visages, jumelée à une
hausse de l’attention envers les aspects non-sociaux du monde. Ces comportements, qui
impliquent plusieurs « symptômes négatifs » (c.-à-d., symptômes qui sont rarement ou jamais
observés dans la population touchée bien qu’ils soient communs dans la population générale),
sont centraux dans les modèles sociaux de l’autisme et dans les modèles plus généraux de
l’autisme impliquant des processus attentionnels et perceptuels atypiques. Cet aspect de
l’autisme pourrait aussi indiquer que la série de processus par lesquels l’humain détecte,
reconnaît, entrepose et manipule mentalement les représentations des informations sociales est
unique et intrinsèquement différente de la norme chez les individus autistes.
Contexte de la recherche
On a initialement considéré, dans les années 1960 et 1970, que l’attention atypique des autistes
découlait d’une “sursélectivité” (un accent excessif sur certaines caractéristiques d’un stimulus ou
de l’environnement) ou de difficultés dans la modulation de « l’excitation », la sous-excitation et
la surexcitation ayant toutes deux été suggérées comme source des anomalies attentionnelles et
d’autres anomalies fondamentales chez les autistes. Dès les années 1980, les modèles de
l’autisme étaient plutôt basés sur la présence de déficits liés aux paramètres de l’attention (par
ex., transférer l’attention d’une cible à une autre), à l’attention commune partagée (« joint
attention ») et à la compétition entre les cibles sociales et non-sociales dans le déclenchement
des comportements attentionnels.
L’étude de la perception met une emphase considérable sur les processus perceptuels qui sont
améliorés chez les autistes : à quel niveau du traitement perceptuel survient l’anomalie (c.-à-d.,
encodage, formation et manipulation de patrons, ou les deux)? Est-elle plus évidente dans
perception dirigée par les données (« bottom-up ») ou dans la perception dirigée par les concepts
(« top-down »)? Est-ce un exemple d’anomalie perceptuelle spécifique à une catégorie, les stimuli
sociaux par exemple?
L’étude du développement moteur est axée sur les différences individuelles au sein des sous-
groupes de troubles du spectre autistique. Pourquoi certains autistes manifestent-ils une certaine
forme apraxie motrice alors que la plupart des autres n’ont pas de difficulté à cet égard? Est-ce
que les sous-groupes de troubles du spectre autistique présentent un développement moteur
différent (autisme vs Asperger)? Et dans quelle mesure trouve-t-on des différences dans les sous-
domaines du fonctionnement moteur (habiletés motrices globales par opposition aux habiletés
fines; élocution par opposition aux autres habiletés motrices, etc.)?
Attention
La suggestion d’un déficit primaire du fonctionnement attentionnel général est incompatible avec
des résultats récents selon laquelle la détection de stimulis non-sociaux, même multimodaux, est
plus rapide que la moyenne2 et la détection de cibles périphériques aux visages est supérieure
chez les autistes.3 En ce qui concerne l’attention sélective accordée à l’information sociale, les
mécanismes de l’attention qui s’y appliquent semblent intacts, sans toutefois les biais typiques
caractérisant la perception des visages chez les personnes typiques. De façon similaire, l’habileté
à transférer l’attention d’une cible à une autre et l’habileté à dégager l’attention d’une cible pour
pouvoir la consacrer à une autre sont intactes, bien qu’il ait initialement été suggéré qu’elles
étaient déficientes à cause d’un haut niveau de rigidité. En revanche, les autistes montrent une
interaction atypique entre la perception et l’attention, sous la forme d’un « biais local » (c.-à-d.,
Perception
Certains comportements reliés à la perception, comme des comportements visuels atypiques, des
explorations aléatoires et des regards de côté lors de l’exposition à un mouvement périodique
sont relativement spécifiques à l’autisme. De plus, les enfants autistes semblent développer très
tôt une fixation sur la synchronie audio-visuelle, obtenue notamment lorsqu’un événement visuel
et un événement auditif coïncident de façon non arbitraire, ainsi que sur les stimuli géométriques
Les autistes performent mieux dès l’âge de trois ans lors de tâches qui requièrent la détection de
cibles masquées par la présence de distracteurs. Le résultat à l’effet qu’ils manipulent mieux les
objets bidimensionnels (par ex., arrangement selon un patron donné de cubes ayant des arêtes de
différentes couleurs) est l’un des plus répliqués dans ce champ d’études et cette habileté s’étend
même aux objets tridimensionnels (par ex., rotation mentale). Cependant, cette force est
partiellement, mais pas entièrement, un artéfact méthodologique découlant de l’utilisation de
tests verbaux qui sous-estiment l’intelligence des autistes et mènent à des procédures
d’appariement avec des participants de comparaison non-autistiques moins intelligents.7
Bien que les premières conceptions de l’autisme aient suggéré un déficit du traitement cognitif
des visages, les résultats à ce sujet sont maintenant plus nuancés. Les autistes montrent des
niveaux de performance normaux lors de tâches de perception du visage qui impliquent des
images faciales, bien que la façon dont ils scrutent les visages, prélèvent l’information qu’ils y
trouvent et la traitent par la suite est atypique.8 Sur le plan auditif, le traitement plus complexe de
l’aspect physique de l’élocution peut être associé à un retard de langage. Tous les aspects de la
perception dans l’autisme semblent moins influencés par le langage, les émotions et, de façon
générale, les aspects non-perceptuels de la cognition. La perception semble plutôt jouer un rôle
important, s’il n’est pas toujours bénéfique aux acquisitions, dans plusieurs domaines du
fonctionnement, notamment le langage, la résolution de problème et le raisonnement.9 Ceci est
supporté pour la modalité visuelle par des résultats d’une méta-analyse d’imagerie fonctionnelle
de toutes les tâches de stimulation visuelle, dans laquelle on a montré que les autistes
manifestent systématiquement une activité supérieure dans les régions cérébrales impliquées
dans la perception et la compétence visuelle.
Habiletés motrices
Lacunes de la recherche
Une voie de recherche prometteuse consistera à faire le lien entre, d’une part, nos connaissances
bien établies sur l’attention accrue portée par les autistes aux régularités perceptuelles comme
les stimulis auditifs et visuels répétitifs et, d’autre part, les initiatives d’intervention précoce, pour
favoriser le langage, la littératie et une meilleure compréhension du monde non-autistique. Au
niveau fondamental, nous devons combler les lacunes entre notre compréhension des indices
comportementaux et électrophysiologiques de l’attention et de la perception et les facteurs
cellulaires et génétiques qui y sont impliqués. Le rôle des aspects sociaux et non-sociaux des
stimuli dans l’habileté perceptuelle et le développement d’une expertise doit être mieux compris.
Conclusion
Le système visuel et auditif des autistes transmet au reste de leur cerveau des informations
différentes, sur les plans qualitatif et quantitatif, de celles qu’on retrouve chez les personnes dites
normales, mais ceci n’implique pas nécessairement un déficit.10 Par exemple, l’attention ne
manifeste pas le biais de priorité donnée à l’information sociale, mais des informations
socialement pertinentes peuvent tout de même être traitées efficacement. La perception des
autistes est plus indépendante des émotions, des attentes et des processus médiatisés par le
langage. Elle est aussi plus fidèle à la réalité et moins déformée par des influences cérébrales
(attentes, connaissances antérieures…). Autrement dit, la perception dirigée par les concepts est
moins présente chez les autistes.
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Introduction
Sujet
Problèmes
Relativement peu d’essais bien conduits ont été publiés sur l’autisme, à tous les âges.8-11 Plusieurs
des premiers essais d’interventions (fréquemment cités) étaient de piètre qualité et plusieurs
défis se posent en effet pour concevoir des études robustes et détecter les changements
Contexte de la recherche
Quel est le meilleur modèle théorique pour guider le développement d’interventions pour
l’autisme? La recherche scientifique vise à distinguer les déclarations spécieuses des faits valides.
Quelles mesures du résultat des interventions doivent être utilisées? L’accent est évidemment mis
sur les symptômes qui caractérisent le trouble, mais on peut aussi justifier l’importance de cibler
la qualité de vie de l’enfant et de sa famille, la performance scolaire, l’adaptation émotionnelle ou
les difficultés comportementales concomitantes.
Qui devrait évaluer les résultats des interventions? Les évaluations menées par la famille ou la
personne affectée sont très utiles mais peuvent être biaisées par l’espoir et les attentes. On
considère que les mesures « objectives » indépendantes du traitement reçu fournissent des
résultats plus valides sur l’effet réel du traitement, mais elles sont aussi moins sensibles.
Qu’est-ce qui fonctionne pour qui? Les essais doivent être conçus de façon à cerner
l’hétérogénéité de l’autisme.
Les interventions basées sur la théorie psychologique de l’apprentissage ont été parmi les
premières à être largement adoptées pour l’autisme. Une intervention typique de cette approche
est l’Early Intensive Behavioural Intervention (EIBI, auparavant ABA, signifiant Intervention
Ces approches se concentrent sur les aspects développementaux des interactions sociales et de
la communication entre parent et enfant; elles sont généralement moins intensives et placent
davantage le parent au cœur de l’intervention. Un ECR récent de taille moyenne (n=62) a permis
d’évaluer l’intervention de Hanen « More than Words » (HMTW ou Plus que des mots), une
formation parentale de groupe17 d’une durée de trois mois et demi, en la comparant aux « soins
habituels » offerts aux enfants autistes. Les résultats illustrent l’hétérogénéité de l’effet du
traitement18 : chez les enfants qui avaient initialement un intérêt moins développé envers les
objets, on a observé des effets positifs en matière de communication suite à l’HMTW, mais
l’évolution des enfants initialement plus intéressés par les objets a été pire sous l’HMTW que sous
les soins habituels. Dans le cadre d’une approche plus individualisée, on a évalué un programme
ciblé de six mois visant à améliorer la synchronie interpersonnelle chez les enfants d’un ou deux
Au bilan, les études récentes sur l’autisme ont rapporté plusieurs résultats positifs, principalement
en ce qui concerne les effets « proximaux » des interventions, comme l’interaction dyadique,
l’attention partagée et l’imitation. Moins d’effets sur le fonctionnement plus général de l’enfant
ont été obtenus; deux études font état d’améliorations du langage et de la communication
mesurées avec des outils normalisés16,22 mais trois ne mentionnent aucun effet de ce type.18,19,21 Un
outil diagnostique normalisé conçu pour mesurer les symptômes de l’autisme a été utilisé dans
deux études16,21 mais les interventions ne semblent avoir entraîné aucun effet significatif sur la
base de cet outil de mesure.
Lacunes de la recherche
Un ensemble de mesures communes permettant la comparaison entre les études doit faire l’objet
de discussions et être développé. Étant donné la complexité de l’autisme, les devis des études
doivent devenir plus sophistiqués et se concentrer davantage sur les étapes successives de
mesures et la compréhension du processus par lequel l’intervention a un effet. Les essais
d’intervention doivent être davantage liés à la recherche développementale neurobiologique afin
d’identifier des biomarqueurs illustrant les effets différentiels des traitements, ce qui aiderait par
la suite à cerner le problème de l’hétérogénéité du trouble. L’étude d’échantillons de taille
beaucoup plus importante sera nécessaire pour mieux comprendre cette hétérogénéité. Les devis
des essais doivent considérer l’autisme comme un trouble développemental chronique, en axant
Une méthodologie idéale consisterait à mener une série d’essais au fil des années sur une même
cohorte, depuis la toute petite enfance, pour évaluer les résultats à long terme des interventions
et déterminer la valeur qu’ajoute l’utilisation d’interventions séquentielles progressives et
adaptées aux différents stades du développement.
Conclusion
Plusieurs approches de traitement de l’autisme sont défendues avec passion mais une base de
données systématique sur l’efficacité de ces approches n’est née que récemment. Les résultats
des études récentes convergent vers le même constat : plusieurs types d’interventions bien
ciblées peuvent effectivement améliorer des aspects immédiats de l’autisme qui sont importants
sur le plan développemental, comme la communication parent-enfant et l’attention partagée,
mais la généralisation de tels changements aux symptômes centraux de l’autisme et à
l’adaptation dans des situations réelles variées présente beaucoup plus de défis. Comme nous
savons que les enfants atteints d’autisme ont beaucoup de difficultés à généraliser de nouveaux
apprentissages à plusieurs contextes, ce résultat n’est pas surprenant, même s’il donne à
réfléchir. On a peu évalué à quel point les effets des traitements précoces se maintiennent au fil
du temps. Il reste que, notre base de données s’élargissant, nous comprenons beaucoup mieux le
processus de changement dans l’autisme et les méthodes pertinentes pour le mesurer. Nous
commençons à comprendre quels enfants peuvent bénéficier de quel type d’intervention à quel
moment, ce qui constitue l’objectif des soins de santé personnalisés. L’accélération de la
recherche fondamentale devrait permettre de concevoir éventuellement des formes
d’intervention jamais auparavant envisagées. Nous sommes de plus en plus en mesure de
débattre des meilleurs traitements sur la base de résultats communs d’études de bonne qualité.
Voilà où se trouve le vrai progrès – même s’il requière du temps.
Confrontés aux difficultés et à la complexité de l’autisme, il est compréhensible que les parents
recherchent désespérément des conseils et de l’espoir et que les décideurs politiques cherchent
activement des pistes de solution. Ultimement, la recherche cumulative sur l’efficacité des
interventions constituera le meilleur guide pour les personnes concernées, bien que cette avenue
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