Encadrement juridique des documents électroniques
Encadrement juridique des documents électroniques
L’ENCADREMENT JURIDIQUE DE
‘DOCUMENTS TRANSFÉRABLES
ÉLECTRONIQUES’
1
« La faculté n’entend donner aucune approbation aux opinions émises dans cette thèse ;
ces opinions doivent être considérées comme propres à leur auteur ».
2
REMERCIEMENTS
Je remercie enfin, tous mes amis qui m’ont soutenu durant ces cinq dernières
années pour accomplir ce travail.
3
L’ENCADREMENT JURIDIQUE DE
‘DOCUMENTS TRANSFÉRABLES
ÉLECTRONIQUES’
4
SOMMAIRE
INTRODUCTION
5
DEUXIÈME PARTIE - L’EXÉCUTION DU ‘DOCUMENT TRANSFÉRABLE
ÉLECTRONIQUE’ DANS L’ENVIRONNEMENT INFORMATIQUE
6
ABRÉVIATIONS
Adde. Ajouter
al. alinéa
AC Autorité de certification
Art. article
CA Cour d'appel
Rev. Revue
Chrono Chronique
7
International
Coll. Collection
CD Compact Disc
D. Recueil Dalloz
8
Éd. Édition, Éditeur
IP Internet Protocol
9
numérique
OS Système d’exploitation
10
[Link]. Revue trimestrielle de droit civil
vol. volume
11
INTRODUCTION
1
V. Les métiers financiers face à Internet : Rev. éco. fin. 2003, n° 69.
2
B. Sousi, L'adaptation du droit bancaire et financier européen aux nouvelles technologies : RJ com. 2001,
p. 77 ; La banque électronique : CNCT août 1997. – V. aussi, H. Spiteki, Banque universelle et technologies,
perspectives et enjeux : Rev. éco. fin. 1995, n° 32 ; Vers la Banque de l'an 2000 : Banque Magazine janv.
1999.
3
C. Féral-Schuhl, Les apports du droit de l'informatique et des nouvelles technologies, dix risques à
anticiper dans les contrats : Dr. et patrimoine 3/2003, p. 59. – P. Catala, Le formalisme et les nouvelles
technologies : Defrénois 2000, art. 37210, p. 897.
12
3. En raison de l’évolution spectaculaire des NTIC, le commerce électronique se
situe dans une phase beaucoup plus mature qu’auparavant, notamment après
l’expérience couronnée de succès de l’utilisation de la signature électronique.
L’heure est au dépassement des frontières étatiques et à l’émergence d’une
nouvelle ère dématérialisée où le commerce international doit composer avec
Internet.
Entrent également dans le champ du commerce électronique les services tels que
ceux consistant à fournir des informations en ligne, des communications
commerciales et des outils de recherche, d'accès et de récupération de données,
d'accès à un réseau de communication ou d'hébergement d'informations, y
compris lorsqu'ils ne sont pas rémunérés par ceux qui les reçoivent.
Une personne est regardée comme étant établie en France au sens du présent
chapitre lorsqu'elle s'y est installée d'une manière stable et durable pour
exercer effectivement son activité, quel que soit, s'agissant d'une personne
morale, le lieu d'implantation de son siège social ».
4
Loi n° 2004-575 du 21 juin 2004 pour la confiance dans l'économie numérique, version consolidée au 09
novembre 2016, [En ligne :
[Link]
Lien=id].
5
V. notamment X. Linant de Bellefonds, De la LSI à la LCEN ; C. Caron, Aspects de propriété
intellectuelle ; J.-M. Coblence, Le statut de la publicité ; Ph. Stoffel-Munck, La réforme des contrats du
commerce électronique ; O. Cachard, Définition du commerce électronique et loi applicable : Comm. comm.
électr. 2004)
13
5. A cet article 14, s’ajoute le texte de l’article 16 de la LCEN6 qui détermine les
limites au champ d’application de la loi et à l'harmonisation qu'elle opère. Ces
exclusions relèvent de certaines opérations et modes d'activité, principalement
pour des raisons d'ordre politique, telles que les jeux d'argent, la représentation
en justice ou encore l'activité de notaire7.
6
L’article 16 de la LCEN prévoit que : "I. - L'activité définie à l'article 14 s'exerce librement sur le territoire
national à l'exclusion des domaines suivants : 1° Les jeux d'argent, y compris sous forme de paris et de
loteries, légalement autorisés ; 2° Les activités de représentation et d'assistance en justice ; 3° Les activités
exercées par les notaires en application des dispositions de l'article 1er de l'ordonnance n° 45-2590 du 2
novembre 1945 relative au statut du notariat. II. - En outre, lorsqu'elle est exercée par des personnes
établies dans un Etat membre de la Communauté européenne autre que la France, l'activité définie à
l'article 14 est soumise au respect : 1° Des dispositions relatives au libre établissement et à la libre
prestation des services à l'intérieur de la Communauté européenne dans le domaine de l'assurance, prévues
aux articles L. 361-1 à L. 364-1 du code des assurances ; 2° Des dispositions relatives à la publicité et au
démarchage des organismes de placement collectif en valeurs mobilières, prévues à l'article L. 214-12 du
code monétaire et financier ; 3° Des dispositions relatives aux pratiques anticoncurrentielles et à la
concentration économique, prévues aux titres II et III du livre IV du code de commerce ; 4° Des dispositions
relatives à l'interdiction ou à l'autorisation de la publicité non sollicitée envoyée par courrier électronique ;
5° Des dispositions du code général des impôts ; 6° Des droits protégés par le code de la propriété
intellectuelle."
7
Huet (J.), Encore une modification du Code civil pour adapter le droit des contrats à l'électronique : JCP
G 2004, I, 178.
8
Directive Européenne 2000/31/CE du Parlement européen et du conseil du 8 juin 2000 relative à certains
aspects juridiques des services de la société de l'information, et notamment du commerce électronique, dans
le marché intérieur ("directive sur le commerce électronique") ,[En ligne :
[Link] ].
9
Huet (J.), "Fasc. 2420 : Pratiques des Contrats Électroniques", 26 Mai 2014, Date de la dernière mise à
jour en 27 Juillet 2014, JurisClasseur Contrats – Distribution, LexisNexis, n°4 et s.
10
V. Huet (J.), Aspects juridiques de l'EDI, Échanges de Données Informatisées - Electronic Data
Interchange : D. 1991, chron. 181 ; C. Xueref, et P. Brousse, Des « EDITERMS » pour traiter les problèmes
14
entreprises ou avec les administrations, constituaient déjà du commerce
électronique11.
8. Dans les années 1970 à 1980, de grands réseaux à valeur ajoutée se sont mis en
place, comme le réseau Swift qui relie les établissements de crédit du monde
entier, ou le réseau SITA (Société internationale de télécommunication
aéronautique) utilisé par les agences de voyages et les compagnies aériennes.
Grace à ces réseaux, des millions d’informations étaient échangées chaque jour.
Il s’agit là d’illustrations classiques majeures du commerce électronique12. En
France, le commerce électronique s'est ouvert au grand public dans les années
80 avec la télématique13.
juridiques de l'EDI : propositions pour l'avenir, Rev. dr. informatique et télécoms 1992-3, p. 7 ; E. Caprioli,
JCl. Commercial, Échange de données informatisées, 1995.
11
Huet (J.), Op. cit., n°49 et s.
12
V. Huet (J.), Aspects juridiques de l'EDI, Échanges de Données Informatisés - Electronic Data
Interchange : D. 1991, chron. 181
13
Huet (J.), Op. cit., n°4.
14
DOUVRELEUR (O.), Le soft law en matière financière : le point de vue de l'Autorité des marchés
financiers, Revue de Droit bancaire et financier n° 1, Janvier 2012, dossier 5, n°3.
15
11. L’importance de ces textes a surgi en matière financière dans les années 90 suite
aux grandes crises financières, telles que les affaires Enron et World Bank15, et
l’urgence d’intervenir et traiter de la gouvernance des sociétés cotées, de la
rémunération de leurs dirigeants, en s'en tenant aux seules dispositions du Code
de commerce, sans évoquer les recommandations issues des acteurs eux-mêmes
et de leurs organisations représentatives (Rapports Viénot, Rapport Bouton,
Code Afep-Medef). Ils renvoient aussi à la notion d'autorégulation dont ils sont
la manifestation et l'instrument16.
13. Au niveau européen, les contrats électroniques sont régis par la directive sur la
protection des consommateurs dans les contrats conclus à distance18qui prévoit
le droit de rétractation de quatorze jours19. Il faut aussi compter avec, d'une
part, une directive du 13 décembre 1999 sur les signatures électroniques pour
15
V. BOURETZ (E.), « La défaillance de la régulation financière », Revue de Droit bancaire et financier n°
5, Septembre 2009, dossier 26, n°12.
16
L’Association Française des marchés financiers (AMAFI) estime que l'autorégulation est en mesure
d'apporter une réponse à l'insécurité juridique que peut faire naître l'approche « Principle based ». Elle
permettrait ainsi « de proposer, au travers de codes professionnels notamment, des voies de déclinaison d'un
principe normatif. V. Emmanuelle BOURETZ, “La défaillance de la régulation financière », Revue de Droit
bancaire et financier, n° 5, Septembre 2009, dossier 26, n°10 et 11.
17
Créée en 1966, la Commission des Nations Unies pour le droit commercial international (CNUDCI) est un
organe subsidiaire de l'Assemblée générale des Nations Unies chargé d'encourager l'harmonisation et
l'unification progressives du droit commercial international. Depuis sa création, elle a élaboré nombre de
conventions, de lois types et d'autres instruments ayant pour objet le droit matériel applicable aux opérations
commerciales ou d'autres aspects du droit des affaires qui ont une incidence sur le commerce international.
Elle se réunit une fois par an, normalement l'été, en alternance à New York et à Vienne.
18
Directive 2011/83/UE du Parlement européen et du Conseil du 25 octobre 2011 relative aux droits des
consommateurs, modifiant la directive 93/13/CEE du Conseil et la directive 1999/44/CE du Parlement
européen et du Conseil et abrogeant la directive 85/577/CEE du Conseil et la directive 97/7/CE du Parlement
européen et du Conseil, Journal officiel de l'Union européenne, [En ligne : [Link]
content/FR/TXT/HTML/?uri=CELEX:32011L0083 ].
19
Article 9 prévoit que « … le consommateur dispose d’un délai de quatorze jours pour se rétracter d’un
contrat à distance ou d’un contrat hors établissement sans avoir à motiver sa décision...). Sur ce texte V. A.
Debet, Des nouvelles règles encadrant les contrats à distance, Comm. comm. électr. 2012, étude n° 8 et V.
infra n° 65.
16
assurer la libre circulation de celles-ci, par la reconnaissance mutuelle des
agréments de tiers certificateurs délivrés dans les États membres, et surtout,
d'autre part, une directive du 8 juin 2000, qui traite aussi bien de l'application de
la loi du pays d'origine au prestataire, ou des informations devant être fournies
par ce dernier lorsqu'il met en place un site internet, que du processus de
conclusion des contrats électroniques20.
14. En France, le droit positif s'est enrichi de la loi sur la confiance dans l'économie
numérique (L. n° 2004-575, 21 juin 200421), qui a introduit les articles 1108-122
et 1108-223 sur la validité des actes juridiques conclus sous forme électronique ;
et les articles 1369-1 et suivants dans le Code civil pour reconnaitre l’utilisation
de la voie électronique pour mettre à disposition des conditions contractuelles
ou des informations sur des biens ou services (loi transposant la directive
communautaire de 2000 sur le commerce électronique).
20
Huet (J.), "Fasc. 2420 : Pratiques des Contrats Électroniques", 26 Mai 2014, Date de la dernière mise à
jour en 27 Juillet 2014, JurisClasseur Contrats – Distribution, LexisNexis, n°5.
21
Loi n° 2004-575 du 21 juin 2004 pour la confiance dans l'économie numérique (1), version consolidée au
15 novembre 2016, [En ligne :
[Link]
22
Article 1108-1 du Code civil prévoit que : « lorsqu'un écrit est exigé pour la validité d'un acte juridique, il
peut être établi et conservé sous forme électronique dans les conditions prévues aux articles 1316-1 et 1316-
4 et, lorsqu'un acte authentique est requis, au second alinéa de l'article 1317. Lorsqu'est exigée une mention
écrite de la main même de celui qui s'oblige, ce dernier peut l'apposer sous forme électronique si les
conditions de cette apposition sont de nature à garantir qu'elle ne peut être effectuée que par lui-même ».
23
Article 1108-2 du Code civil prévoit que « il est fait exception aux dispositions de l'article 1108-1 pour :
1° Les actes sous seing privé relatifs au droit de la famille et des successions ; 2° Les actes sous seing privé
relatifs à des sûretés personnelles ou réelles, de nature civile ou commerciale, sauf s'ils sont passés par une
personne pour les besoins de sa profession ».
24
Voir supra n°12.
17
d’un document titre. Nous sommes ici à la recherche des moyens pour pouvoir
remplacer certains documents, ayant déjà une valeur juridique probante dans
leur forme manuscrite, par des documents sous forme électronique qui seraient
revêtus de la même protection juridique que leurs équivalents sous forme papier.
18. D’autre part, il y a les documents titres qui prouvent dûment que la personne en
leur possession est autorisée à recevoir, à détenir et à disposer du document et
des biens meubles corporels qui y sont indiqués ; tel est le cas d’un
Connaissement, d’un Récépissé d’entrepôt ou encore d’un bon de livraison.
25
Stoufflet (J.), « Fasc. 1080 : CRÉDIT DOCUMENTAIRE », 10 Novembre 1998, Date de la dernière mise
à jour : 27 Septembre 2015, JurisClasseur Banque - Crédit – Bourse, LexisNexis, n°40 et s.
18
20. Concernant le rapport ‘document papier-document électronique’, tout document
papier dispose de caractéristiques particulières qui le distingue du ‘document
équivalent électronique’, en lui donnant à première vue une supériorité par
rapport à ce dernier. Un document papier transférable opère une réification de
la valeur ou de l’obligation qu’il représente, i.e. l’obligation de payer une
somme d’argent ou de livrer des marchandises est consignée dans le document
écrit, et le possesseur légitime du document - le porteur - a le droit d’en assurer
l’exécution et d’en tirer parti.
21. Tangibilité d’un document écrit. Une autre différence par rapport au
document électronique, le document écrit lui-même est un document tangible, ce
qui représente un avantage en soi. Cependant sa valeur réside non pas dans ses
caractéristiques physiques mais dans les droits qui y sont consignés. Ceci nous
incite à nous interroger sur le point de savoir si la possession d’un document
transférable est nécessaire ou non pour l’exécution des droits.
23. Les normes techniques ont apporté plus des précisions, car selon la norme
française d'archivage électronique ‘NF Z42-013’, l'intégrité est définit comme
26
L’article 1316-1 du Code civil prévoit que « L'écrit sous forme électronique est admis en preuve au même
titre que l'écrit sur support papier, sous réserve que puisse être dûment identifiée la personne dont il émane
et qu'il soit établi et conservé dans des conditions de nature à en garantir l'intégrité ».
27
Arrêté du 4 janvier 2002 modifiant l'arrêté du 17 mars 1992 relatif aux conditions auxquelles doivent
satisfaire les abattoirs d'animaux de boucherie pour la production et la mise sur le marché de viandes fraîches
et déterminant les conditions de l'inspection sanitaire de ces établissements, Journal Officiel 5 Février 2002.
19
une "caractéristique d'un document électronique qui n'a subi aucune
destruction, altération ou modification". C'est également la position de la norme
‘ISO 15489’ sur le "record management", selon laquelle « l'intégrité d'un
document renvoie au caractère complet et non altéré de son état ».
26. Par la suite, toute démarche de sécurisation pendant le cycle de vie d'un acte
sous forme électronique se traduit généralement par le balancement entre les
deux garanties d'identification et d'intégrité :
28
Article 1316-1 du Code civil prévoit que “L'écrit sous forme électronique est admis en preuve au même
titre que l'écrit sur support papier, sous réserve que puisse être dûment identifiée la personne dont il émane
et qu'il soit établi et conservé dans des conditions de nature à en garantir l'intégrité”.
29
Article 1316 du Code civil prévoit que “La preuve littérale, ou preuve par écrit, résulte d'une suite de
lettres, de caractères, de chiffres ou de tous autres signes ou symboles dotés d'une signification intelligible,
quels que soient leur support et leurs modalités de transmission”.
20
27. - Validation de l'écrit électronique – La validation fait suite à la formation de
l'acte dématérialisé. Comme le deuxième chapitre consacré à la signature
électronique et le droit de la preuve aux technologies de l’information
l’envisagera en détail, il suffit ici de signaler que, comme tout document
juridique porte impérativement une signature, il est devenu assez répondu
aujourd’hui l’usage de la signature électronique permet de valider le document
électronique.
31. Pour ce faire, il convient d’évaluer la faisabilité d’établir d’un cadre législatif
uniforme visant à appuyer le développement des arrangements contractuels
actuellement mis au point pour remplacer par des versions électroniques les
documents traditionnels sur papier. Seront donc abordées les principales
questions juridiques liées à la création, à l’utilisation et au transfert de
‘documents électroniques’.
21
32. La mise en application d’un ‘document transférable électronique’ suscite en
effet des problèmes bien distincts, comme celui de la preuve de la validité et de
l’intégrité de l’écrit électronique. Afin de proposer des solutions, il convient de
présenter les normes générales applicables aux documents sous forme
manuscrite et les confronter aux caractéristiques spécifiques des documents
électroniques. Cette méthode nous permettra de mesurer les décalages entre
l’univers classique des documents papiers et celui numérique représenté par les
documents électroniques.
35. Un document titre qui ne fera pas non plus l’objet de la présente recherche est le
connaissement électronique dans le secteur du transport maritime, le
connaissement et les crédits documentaires sont des sujets beaucoup trop larges
pour être traités dans un cadre restreint et il convient de les mettre en évidence
dans une étude séparée.
36. Plan général – Notre sujet porte sur les ‘documents transférables électroniques’,
qui sont les effets de commerce (lettres de change/billets à ordre), warrants et
récépissés d'entrepôt. Dans la première partie nous traitons de leur formation et
22
dans la seconde partie de l’équivalence fonctionnelle de ces documents
électroniques.
37. Plan – Dans première partie, dans un premier temps, nous examinerons les
principes fondamentaux qui relèvent de la liberté de communication par voie
électronique et de la protection de la vie privée; celles-ci constituent les piliers
du commerce électronique (Chapitre 1er). Nous présentons, par la suite, les
critères de validité des documents électroniques, et les règles de la preuve, s’y
rapportant ce qui inclue la signature électronique et les procédures de
certification. Ces éléments visent à garantir l’authenticité et l’unicité de l’acte
électronique. Mais pour établir la confiance des usagers dans leurs transactions
par voie électronique, il faut recourir à des intermédiaires de confiance,
appelés "prestataires de service de confiance". (Chapitre 2).
39. Les questions juridiques qui seront posées au fur à mesure de notre recherche
ont été identifiées comme faisant actuellement l’objet de nombreuses études
avancées: comme celles sur la validité juridique des contrats et autres
documents financiers conclus par le biais des communications électroniques;
l’identification, l’authentification et l’autorisation, en particulier dans le
contexte de la gestion de l’identité; l’utilisation, la rétention et la confidentialité
23
des données; la valeur probante des documents électroniques et d’autres
questions d’exécution; et les implications juridiques des différentes options
architecturales techniques.
24
PREMIÈRE PARTIE
LA CRÉATION DU ‘DOCUMENT
TRANSFÉRABLELE ÉLECTRONIQUE’
25
40. Problématique – Un ‘document transférable électronique’ constitué par
l’utilisation des moyens de communications électroniques peut-il être jugé
compatible avec les droits nationaux et les conventions internationales régissant
l'écrit "traditionnel" sur support papier ?.
44. Les parties contractantes doivent d’une part, respecter les conditions de la
formation de l’acte qu’il soit une lettre de change, un billet à ordre, un warrant
gage ou un récépissé d’entrepôt (Chapitre 1 : la formation du ‘document
transférable électronique’) et d’autre part, respecter les exigences juridiques et
techniques relevant de la signature et la cryptographie (Chapitre 2 : la
conclusion du ‘document transférable électronique’).
26
CHAPITRE I
LA FORMATION DU ‘DOCUMENT
TRANSFÉRABLE ÉLECTRONIQUE’
27
45. Le ‘document transférable électronique’ présente certaines spécificités. D’une
part, son support est différent du papier qui est classiquement la norme et,
d’autre part, du fait de la distance des parties, divers ordres interviennent lors de
la formation. Encore faut-il préciser ce que nous entendons par le terme
« formation »30. En effet, même si nous ne prenons souvent pas soin de la
définir, il existe d’abord une acceptation restrictive qui ne considère pour cette
définition que les techniques indiquant quand, où et comment le document
électronique se réalise. Ensuite, d’une manière plus large, le terme « formation »
peut être attaché à la « forme », c’est-à-dire au support qui constitue un
document juridique électronique, tant pour des considérations sécuritaires, de
preuve, que pour des raisons d’expression et de communication.
46. Les parties dans une société d’information disposent d’une grande liberté
d’expression et communication, leur permettant de choisir les moyens juridiques
et techniques pour établir leurs engagements contractuels. Alors nous allons
traiter en premier temps les piliers fondamentaux du commerce électronique
(section 1). Ensuite nous envisageons les conditions de validité du ‘document
transférable électronique’ au regard des textes régissant les effets du commerce
(section 2).
30
V. GAUTRAIS, Le contrat électronique international- Encadrement juridique, Bruxelles,
Bruylant, 2ème éd., 2002, p. 81.
28
SECTION I
50. La présentation des effets de commerce, ainsi que les principes les régissant et
les différents mouvements législatifs ayant pour objectif l’harmonisation et
l’unification des règles législatives relatives aux effets de commerce, jusqu’à
l’adoption des règles de la convention de la Commission des Nations Unies pour
le Droit commercial international (CNUDCI) sur les lettres de change et les
billets à ordre internationaux, est ainsi nécessaire avant d’aborder les moyens
appropriés pour l’utilisation des effets de commerce électroniques sur le marché
(paragraphe II).
29
PARAGRAPHE I LA LIBERTÉ DE COMMUNICATION PAR
VOIE ÉLECTRONIQUE
51. La communication par voie électronique est passée par de nombreuses phases de
maturation pour atteindre sa forme actuelle de liberté. Il nous convient d’abord
de présenter l’évolution de la communication des données et les moyens adoptés
à chaque époque afin de parvenir à la liberté d’expression dans sa forme
contemporaine issue de la société de l’information31.
31
Dans ce sens, voir PERRAY (R.), Op. cit., n°2.
32
Arrêté du 22 décembre 1981 portant enrichissement du vocabulaire informatique, JO 10 no°1984.
33
Internet est un système d'interconnexion de machines qui constitue un réseau informatique mondial,
utilisant un ensemble standardisé de protocoles de transfert de données. C'est un réseau de réseaux, sans
centre névralgique, composé de millions de réseaux aussi bien publics que privés, universitaires,
commerciaux et gouvernementaux. Internet transporte un large spectre d'information et permet l'élaboration
d'applications et de services variés comme le courrier électronique, la messagerie instantanée et le World
Wide Web.
34
TCP/IP est l’abréviation anglaise du terme « Transmission Control Protocol/ Internet Protocol ». Il s’agit
d’un protocole de contrôle des transmissions d’informations utilisé entre machines du réseau Internet, et qui
comprend une partie TCP relative à l’organisation des paquets de données et une partie IP fixant
l’acheminement des données de machine à machine jusqu'à leur destination finale. In Grenité (Michel),
Dictionnaire de la micro-informatique.
30
54. Sans entrer dans des détails techniques inutiles pour notre recherche, il s’agit
tout de même d’avoir une juste compréhension de l’Internet, de son
fonctionnement, des services et des informations qu’il abrite pour pleinement
saisir les enjeux de sa régulation et plus spécifiquement le rôle normatif des
acteurs de l’Internet.
56. D’autres services, associés à l’internet, sont aussi très utilisés pour les échanges
de fichiers. Il s’agit des systèmes de partage de fichiers poste à poste ou pair à
pair ou encore peer-to-peer35.
58. L’accès à l’internet est toujours assuré par un fournisseur d’accès qui propose de
conclure un contrat d’accès à l’internet. Le service d’accès est assuré grâce à
divers moyens de télécommunications : soit filaire (réseau téléphonique à bas
35
Le téléchargement via des réseaux peer-to-peer (P2P ; en français, « de pair en pair » ou « égal a égal » est
l’une des nouvelles problématique majeures en matière de contrefaçon sur Internet concerne; une technique
de transfert illégal de fichiers informatiques d’un ordinateur à un autre, sans nécessairement passer par
l’entremise d’un serveur. Elle permet à deux personnes de communiquer ensemble sur le réseau, et ainsi de
faire passer de l’une à l’autre toutes sortes de fichiers numériques, comme un échange de la main à la main
dans l’univers physique. Sur ce sujet, voire aussi : Vincent Fauchoux – Pierre Deprez, Le droit de l’Internet,
LexisNexis SA, 2008, n°88.
31
débit, ADSL, ou xDSL, câble coaxial, fibre optique, courant électrique porteur
CPL) soit sans fil (Wifi, Wimax, internet par satellite, 3G, 4G…).
61. A partir de l'été 1991, l’invention de l’internet a été offerte au grand public dans
le monde entier sans brevet ni droit, en adéquation avec la politique générale du
CERN. Au début l’utilisation le Web a été réduite à la consultation à distance de
pages d’informations multimédias. Ce premier mécanisme de création de Web
appelé « Web 1 » était de type systématique, et son fonctionnement était très
linéaire : cela signifie que le contenu proposé par un producteur s’affiche sur un
site Internet consulté par des internautes. Pourtant, c'est un web passif dans la
mesure où l'internaute y consomme de l'information, comme nous pouvons le
faire dans une bibliothèque par exemple, sans pouvoir pour autant participer par
36
Tim Berners-Lee, Fischetti, Mark, Weaving the Web, HarperSanFrancisco, 1999 (ISBN 978-0-06-
251587-2).
32
lui-même en ajoutant des commentaires ou modifiant le contenu sur ce qui est
consulté sur le site.
62. En août 2004, l’expression WEB 2.0 a été proposée par Dale Dougherty de la
société O’Reilly Media et explicitée par Tim O’Reilly lors d’une conférence en
2005, pour désigner une mutation du web statique (c.à.d. Web 1 dans le cadre
duquel l’internaute est un simple consommateur d’informations) vers un web
participatif dans le cadre duquel l’internaute devient fournisseur d’informations.
63. Pour Tim O’Reilly, la clef du succès dans cette nouvelle étape de l’évolution du
réseau Internet réside dans l’ « intelligence collective » : « le web 2.0 repose sur
un ensemble de modèles de conception : des systèmes architecturaux plus
intelligents qui permettent aux gens de les utiliser, des modèles d’affaires légers
qui rendent possible la syndication et la coopération des données et des services
… le web 2.0 c’est le moment ou les gens réalisent que ce n’est pas le logiciel
qui fait le web mais les services ! »37
64. Ainsi le WEB 2.0 est considéré comme une rupture dans la manière
d’appréhender la diffusion du contenu : il s’agit là de voir le réseau Internet non
plus comme un média de diffusion unidirectionnel (à l’instar de la télévision ou
la radio) mais comme une plateforme permettant des possibilités accrues de
productions, de diffusion et de consommation de contenus par les internautes.
37
Tim O'Reilly, "What is web 2.0", 30 September 2005.
[En ligne : [Link]
[Link]
38
Le site ‘Wikipedia’ est l’exemple typique du site internet qui n’est constitué que par les contributions des
internautes parce qu’il est constitué des articles à nature encyclopédique sur tous les sujets, créés et édités
bénévolement par des contributeurs anonymes. Il s’agit d’un projet d’encyclopédie collective établie sur
33
66. Le Web 2 a eu pour effet de donner une place aux internautes eux-mêmes, en
leur permettant d’interagir sur le site web. Ils peuvent exprimer leur opinion,
réagir, et créer eux-mêmes de l’information, souvent personnelle, diffusée au
public. De plus, cette nouvelle technologie a aussi permis aux internautes
d’établir des liens entre eux et même de créer des réseaux privés leur permettre
de communiquer ouvertement sur le web. (Citant à titre d’exemple les forums de
discussion crées par les internautes, les services blogs39 et les hashtags40 sur les
réseaux sociaux)
67. Le fil de l’évolution du Web ne s’arrête pas là car la bataille est rude entre les
experts pour se mettre d'accord sur ce qui pourra être l’avenir du web. Nous
voyons naitre un concept plus avancé qui est celui de ‘Web 3’; ce web 3.0 est un
concept en pleine évolution et qui a fait sa première apparition dans les années
2008.
68. ‘Web 3’ est plus intelligent, sémantique et technologique dans le sens où il est
considéré comme « l’Internet des objets » ou « l’internet des choses ». Cela
signifie que ce sont les objets au service des personnes qui communiquent avec
des serveurs par l’intermédiaire de capteurs au travers de l’internet ; il y a ici
une relation qui se crée entre l’univers physique et l’univers numérique ; cette
relation s’explique par le fait que les machines et les individus sont de plus en
plus connectés entre eux.
69. Nous illustrons cette évolution technologique par l’usage des Smartphones et les
tablettes. Il existe aussi désormais la connexion à Internet de nos outils de tous
les jours : Par exemple, un réfrigérateur pourrait savoir qu’il manque de certains
aliments, et avec l’autorisation de son propriétaire se connecter sur un site
Internet, universelle, multilingue et fonctionnant sur le principe du ‘wiki’, une application web qui permet la
création, la modification et l'illustration collaboratives de pages à l'intérieur d'un site web.
39
Un blog est un type de site Web utilisé pour la publication périodique et régulière d’articles. A la manière
d’un journal intime, ces articles sont typiquement datés et signés, et qui permettent aux lecteurs d’ajouter des
commentaires et mettre leur avis sur le sujet abordé.
40
Sur les réseaux sociaux, le hashtag sert à centraliser les messages autour d’un terme bien précis. Il sert de
mot-clé pour que les utilisateurs puissent commenter ou suivre une conversation. Il est créé par l’association
d’un mot-dièse « # » et d’un mot ou un groupe de mots, sans espace, par exemple : « #Aressy ;
#SocialMedia ». Les hahtags peuvent être crées par n’importe quel utilisateur et permettent de mettre en
relation plusieurs utilisateurs autour d’une thématique, même si ceux-ci ne se connaissent pas.
34
marchand, faire ses courses, commander, payer et organiser la réception des
marchandises41.
70. De tout ce qui précède, nous retenons que l’internet a connu une évolution
rapide aux cours des années 90 et devenu un vrai phénomène social ; et avec
l’apparition de l’achat sur internet, la numérisation des œuvres et leur diffusion
sur un réseau de télécommunication mondial, sous des formes très variées
(comme sites internet42, réseaux peer-to-peer, les blogs43 etc.), la rencontre de
l’internet avec le droit devrait être au rendez vous.
71. Il est indispensable d’adopter des normes juridiques et des règles de conduite
pour régir et sécuriser les transactions qui s’effectuent en ligne, de même qu’il
est indispensable que les auteurs et le législateur fassent preuve de créativité
pour établir des règles menant à trouver des solutions pertinentes à ce
phénomène de la numérisation des œuvres et l’ouverture à la société de
l’information.
72. Sur le plan juridique, au milieu des années 1990, aucun texte de droit ni aucune
décision de justice n’évoquaient encore l’Internet. Le réseau, à cette époque,
était vu par beaucoup comme une sorte de Far West juridique, un secteur en
friche où tout était encore possible.
41
En ligne : [Link]
42
Le Site internet regroupe l’ensemble de pages Web, considérées comme une des composantes majeures
d’une activité sur Internet. Ces pages web peuvent être des créations, œuvre de l’esprit, se traduisant par des
aspects graphiques, textuels, voire sonores, ainsi que par des développements logiciels. Le statut de ces
créations obéit aux règles du droit commun, et n’a pas manqué de donner lieu à des débats juridiques et à des
décisions de justice dont l’enseignement est fort utile pour éviter des litiges lors de développement de sites.
43
Le terme blog vient de contraction de l’expression web log qui signifie littéralement journal Web (c'est-à-
dire journal sur Internet). A l’origine, le blog était une forme de site internet personnel sur lequel un
internaute rédige des billets d’humeur sur des sujets aussi divers que variés et sur lesquels les lecteurs
peuvent rebondir en y inscrivant leurs commentaires. D’après le Forum des droits sur l’Internet, le « blog est
un site personnel qui offre à chacun la possibilité d’exprimer son point de vue personnel sur un sujet
particulier et, à tous les lecteurs, de réagir à celui-ci en formulant des commentaires comme dans un forum
de discussion » (Je blogue tranquille, dossier du Forum des droits sur l’Internet, Oct. 2005, p.3) ; voir aussi :
FAUCHOUX (V.) et DEPREZ (P.), Le droit de l’Internet, LexisNexis SA, 2008, n°377 et s.
35
73. Au moment où le grand public commençait à croire à l’impunité dans cet espace
supposé libre, les juges réfléchissaient à étendre à l’internet les règles juridiques
du monde réel.
76. Cet étudiant a de même numérisé et mis en ligne sur le réseau internet les
œuvres musicales dont Jacques Brel est l’auteur de textes et souvent de la
musique46. Ainsi le juge français a adopté une nouvelle règle de droit selon
laquelle toute reproduction par numérisation d'œuvres musicales protégées par
le droit d'auteur et susceptible d'être mise à la disposition de personnes
connectées au réseau Internet doit être expressément autorisée par le titulaire ou
le cessionnaire des droits.
77. Par jugement, les juges ont bien montré pour la première fois dans l’histoire de
la jurisprudence française le vide juridique sur l’internet. Ainsi sur le
fondement juridique de la violation des dispositions de la loi du 30 septembre
1986 relatives à la nécessité d'une déclaration préalable de mise à disposition de
44
FAUCHOUX (V.) et DEPREZ (P.), Op. cit., n°3.
45
Tribunal de Grande Instance de Paris, Ordonnance de référé du 14 aout 1996, RG n° 60139/96 Société Art
Music France et a. c/ ENST et a. Dalloz 2015.
46
Il s’agit de textes de chanson de J. Brel mis en ligne sans autorisation des ayants droit. Tribunal de Grande
Instance de Paris, Ordonnance de référé du 14 aout 1996, Société Editions musicales Pouchenel et a. c/
Ecole Centrale de Paris (ECP) et a. Dalloz 2015.
36
services de communication audiovisuelle que le juge a statué sur l’affaire, en
condamnant la violation du droit d’auteur sur le Web.
A. La liberté de communication.
37
suivant son évolution depuis l’époque où la liberté de la presse et de
l’audiovisuel firent apparition pour la première fois sur le plan juridique.
81. Pendant des siècles, l’histoire du droit de la communication concerne avant tout
l’écrit –la presse et les ouvrages – et la conquête à la liberté d’expression a
trouvé une évolution progressive dans le temps. Le 29 Juillet 1881 représente
une date significative dans l’histoire de la liberté d’expression, puisqu’il s’agit
de la date de l’entrée en vigueur de la Loi du 29 Juillet 1881 sur la Liberté de la
presse48.
82. Cette loi de 1881 est considérée comme le socle juridique fondateur de la liberté
de la presse et la liberté d’expression en France, inspiré par l’article 11 de la
déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 Aout 178949. Elle est
d’ailleurs un texte qui en limite l’exercice et incrimine certains comportements
spécifiques à la presse (« les délits de presse ») pour garantir sa liberté.
83. La loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse est emblématique. C’est
qu’elle représente l'approche d'un compromis optimal entre l'exercice de la
liberté fondamentale de l'information et la protection des droits des personnes.
Le principe de liberté qu'elle édicte, encadré d'incriminations précises (i.e. la
diffamation, l'injure, l'offense, la publication de fausses nouvelles, les
interdictions d'[Link].) ainsi que les mécanismes de régulation de
l'information comme l'exercice des droits de réponse et de rectification qu'elle
contient50.
84. De plus, ce qui est remarquable dans le texte de la loi de 1881 c’est qu’il est
toujours applicable ; évidemment il a fait l’objet de nombreuses reformes
législatives pour le moderniser et rendre le texte plus adapté à l’évolution du
monde actuel. Il ne s'agit donc plus aujourd'hui d'une loi sur la liberté de la
48
Loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, version consolidée au 29 janvier 2014. [En ligne :
[Link]
49
Article 11 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 Aout 1789 prévoit que « La libre
communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme : tout Citoyen
peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté, dans les cas
déterminés par la Loi ».
50
Ibid.
38
presse, mais d'une grande loi sur la liberté d'expression "publique" qui
s'applique aussi bien à l'écrit, à l'audiovisuel, qu’au réseau Internet.
85. Pourtant, il convient de rappeler quel progrès fut la loi puisque jusqu’au XIIIe
siècle, le droit de la presse et la liberté d’expression étaient étroitement
surveillés par un système politique qui limitait rigoureusement la liberté
d’expression pour entraver toute opposition éventuelle au pouvoir.
86. Pendant toute la période de l’Ancien Régime, la presse était opprimée et vivait
sous la dépendance du pouvoir politique, soumise à l’arbitraire et aux
« privilèges » ; une situation décrite par la célèbre boutade de Beaumarchais :
« Pourvu que je ne parle dans mes écrits ni de l’autorité, ni du culte, ni de la
politique, ni des gens en place, ni des corps en crédit, ni de l’Opéra, ni des
autres spectacles ni de personne qui tienne à quelque chose, je puis tout
imprimer librement sous l’inspection de deux ou trois censeurs » (Le Barbier de
Séville, acte V, scène 3).
87. Comme il l’a bien illustré M. le Professeur Yves BISMUTH, dans son ouvrage
‘Droit de l’Informatique – Eléments de Droit à L’usage des Informaticiens’ en
décrivant cette période qui précède la révolution jusqu'à la promulgation de la
loi de 1881 comme ‘de la liberté proclamée à la liberté bafouée’51.
88. La radio fera ensuite, l’objet d’un embryon de législation, puis entre deux
guerres et la libération la Ve République verra éclore un premier texte sur la
liberté d’expression dans le cadre audiovisuel. Mais la liberté d’expression est
toujours contingente des moyens techniques mis en œuvre et des pouvoirs en
place qui acceptent ou pas cette expression.
51
BISMUTH (Y.), Droit de l’Informatique – Eléments de Droit A L’Usage des Informaticiens, éd.
L’Harmattan, 2011.
39
B. Sources de la liberté de communication
90. Pourtant, la liberté de la presse n’est pas absolue ; le texte de la DDHC lui fait
connaitre des limites, en prévoyant que : « la liberté consiste à pouvoir faire
tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi l’exercice des droits naturels de chaque
homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société
la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées par
la loi 52» (art. 4 DDHC).
91. D’autre part, la consécration des règles issues de la Déclaration des droits de
1789 a été implicitement approuvée en faisant référence à la déclaration des
droits de l’homme dans les préambules de 1946 et 1958 :
52
Déclaration universelle des droits de l'homme (1948-1998). [En ligne : [Link]
[Link]/histoire/dudh/[Link]].
53
Constitution de 1946, IVe République. [En ligne : [Link]
constitutionnel/francais/la-constitution/les-constitutions-de-la-france/constitution-de-1946-ive-
[Link]].
40
préambule, la constitution française de 1946 a effectivement conféré une valeur
constitutionnelle à la DDHC de 1789, et par conséquent, aux principes de la
liberté d’expression et de la presse.
2) Sources jurisprudentielles.
95. Dans une décision du 16 juillet où une loi déférée à l'examen du Conseil
constitutionnel par Alain Poher, le président du Senat, a été soumise au vote des
deux assemblées, dans le respect d'une des procédures prévues par la
Constitution, au cours de la session du Parlement ouverte le 2 avril 1971. Il
demandait au Conseil constitutionnel de se prononcer sur la conformité de ce
texte à la Constitution.
96. En fait, les associations en France étaient placées sous le régime de la loi de
1901. Les associations peuvent se former librement, sans contrôle de
54
Constitution du 4 octobre 1958. [En ligne : [Link]
constitutionnel/francais/la-constitution/la-constitution-du-4-octobre-1958/texte-integral-de-la-constitution-
[Link]].
41
l'Administration, mais peuvent être reconnues par l'État avec une simple
déclaration en préfecture, en vertu du principe de la liberté d’association.
97. En 1971, certains artistes décident de créer des associations inspirées par
l'idéologie communiste. L'administration s'oppose ainsi à la déclaration de
l'association Les "Amis de La Cause du peuple", en refusant de délivrer le
récépissé de déclaration sans aucune base légale. Le ministre de l’Intérieur
Raymond Marcellin soupçonnait l'association d'être une organisation gauchiste
se proposant de reconstituer une association dissoute qui s'appelait "La Cause du
peuple". Le Gouvernement décide alors de faire voter une loi pour instituer un
contrôle administratif de la déclaration des associations. Cette loi tendant à
compléter les dispositions des articles 5 et 7 de la loi du 1er juillet 1901 relative
au contrat d'association.
99. Dans cette même décision, le conseil constitutionnel a fait référence aux
« principes fondamentaux reconnus par les lois de la République » ; une
référence considérée floue et imprécise par sa généralité, et qui englobe les
grandes lois de la IIIe République, dont la loi du 29 juillet 1881 faisait partie.
55
Décision n° 71-44 DC du 16 juillet 1971. [En ligne : [Link]
constitutionnel/francais/les-decisions/acces-par-date/decisions-depuis-1959/1971/71-44-dc/decision-n-71-
[Link]].
42
liberté d’autrui et la préservation du caractère pluraliste des courants
d’expression socioculturels auxquels ces modes de communication, par leur
influence considérable, sont susceptibles de porter atteinte » (Considérant 5 de
la décision du 16 juillet 1971).
56
Décision du Conseil constitutionnel n° 2000-433 DC du 27 juillet 2000 modifiant la Loi n° 86-1067 du 30
septembre 1986 relative à la liberté de communication. [En ligne :
[Link]
08v_2&dateTexte=?cidTexte=JORFTEXT000000583643&categorieLien=cid].
43
b) Les sources européennes et internationales
107. L’idée d’une Déclaration universelle des droits de l’Homme fut acceptée
dès la fin de la Conférence de San Francisco en date du 26 juin 1945. Cette
généreuse proposition doit son succès à deux personnes qui ont joué un rôle
majeur dans son aboutissement: il y a d’abord Anna Eleanor Roosevelt, une
femme politique américaine, l’épouse du président américain Franklin
Roosevelt et la première dame des Etats Unis du 4 mars 1933 au 12 avril 1945.
Elle était très connue à l’époque en tant que 1re présidente de la Commission
présidentielle américaine sur le statut de la femme et elle a présidé la
57
Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. [En ligne :
[Link]
10087/[Link]].
58
Pacte international relatif aux droits civils et politiques de 1966. [En ligne : [Link]
[Link]/histoire/peinedemort/[Link]].
44
commission chargée de rédiger la Déclaration universelle des droits de
l’homme59. L’autre personne qui a contribué au succès de la déclaration est le
juriste français René Cassin qui était à l’époque le vice-président du Conseil
d’Etat, et il est considéré comme l’artisan majeur de la Déclaration60.
110. Nous retenons ici que cette définition a un champ d’application très large
en adoptant une notion vaste de la liberté de communication et d’expression,
pour pouvoir y inclure non seulement la liberté d’expression, mais également
celle de recevoir et de rechercher des informations sans considération de
frontières ; ce qui est d’ailleurs intéressant puisque l’accès à Internet est
considéré comme un droit de l’homme, une règle de droit initiée par la Directive
du parlement européen, et ainsi reconnaitre la liberté de communication par voie
électronique.
59
Histoire de Anna Eleanor Roosvelt. [En ligne : [Link]
ladies/eleanorroosevelt].
60
Histoire de la rédaction de la DUDH. [En ligne : [Link]
declaration/history-document/[Link]].
61
La Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, site officiel des Nations Unies. [En ligne :
[Link]
45
de valeur juridique contraignante comme son équivalent en France (la
Déclaration de Droits de l’Homme et du Citoyen « DDHC ») de 1789 et ne
prévoit ainsi aucune sanction.
112. Cependant ce texte instaure une exigence morale ainsi que le principe de
l’universalité des droits de l’homme, ce qui signifie que les valeurs inscrites
dans la Déclaration universelle doivent être respectées quels que soient le lieu,
le régime politique, la religion, etc.
113. Nous concluons que cette déclaration est une preuve de reconnaissance de
la dignité et de la liberté de l’être humain et apparaît comme une réponse aux
vœux de René Cassin qui écrivait : « Ainsi c’est l’homme tout entier dont les
facultés et les prérogatives indispensables au développement de sa personnalité
physique, intellectuelle et morale, doivent être reconnues et protégées 62»
115. Le Pacte de 1966 comprend les droits et libertés classiques qui protègent
les particuliers contre les ingérences de l’État, comme le droit à la vie,
l’interdiction de la torture, de l’esclavage et du travail forcé et le droit à la
liberté et la liberté d’expression et de communication.
116. Ce texte est entré en vigueur le 23 mars 1976, et ratifiée par 167 Etats,
dont la France par la loi du 25 juin 198064. C’est ainsi qu’à la différence de la
62
Qu'est-ce-que la déclaration universelle des droits de l'Homme de 1948. [En ligne : [Link]
[Link]/ressources/99/[Link]].
63
Pacte international relatif aux droits civils et politiques du 16 décembre 1966, entrée en vigueur: le 23
mars 1976 ; Haut-commissariat aux droits de l’homme, Nations Unies Droits de l’homme. [En ligne :
[Link]
64
Plateforme d’information human [Link]. [En ligne : [Link]
Traites/Pacte-II/[Link]].
46
Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, le Pacte a une force
contraignante et ses dispositions doivent être respectées par les Etats membres
sous peine de sanctions.
119. Ce qui est encore plus rentable et bénéfique pour les utilisateurs d’utiliser
les outils informatiques la possibilité de mettre en relation toutes leurs données
centralisées dans un système. Ces systèmes informatisés deviennent ainsi une
source riche d'informations, y compris pour soi-même avec le développement
des objets connectés65.
120. Lorsque ces données personnelles appartenant aux clients font de manière
quotidienne l'objet de multiples opérations de collecte, de transfert et, plus
généralement de traitement sur Internet, il va falloir élaborer des règles pour
régir l’utilisation de ces données personnelles qui appartiennent à des personnes
privées, ainsi que de garantir la protection de leur données sur le réseau.
65
CNIL, Quantified self, m-santé : le corps est-il un nouvel objet connecté ? 28 mai 2014 : [Link] ;
Comm. com. électr. 2014, alerte 49, note F. Meuris. - V. pour plus de détails, N. Weinbaum, Les données
personnelles confrontées aux objets connectés : Comm. com. électr. 2014, étude 22. - Groupe de l'article 29,
avis n° 8/2014, 16 sept. 2014, WP 223. - V. d'une manière plus générale, M. Touchard, Nous aurons à l'aube
de 2020 près de 50 milliards d'objets connectés, une tendance à ne pas ignorer - 3 Questions à Me Thierry
Piette-Coudol : JCP G 2015, 461. - V. sur les précautions à suivre en termes de protection, F. Eon, Objets
connectés : comment protéger les données de santé ? Comment concilier amélioration de la santé publique
et le respect de la vie privée : RLDI avr. 2016, n° 125, p. 49.
47
Les deux textes communautaires suivants ont largement contribué à la
réglementation des données personnelles dans le cadre de l’Union européenne.
124. D’autre part, la Directive de 1995 a joué un rôle indéniable pour la création
du droit de l’Internet, surtout grâce au travail d’adaptation de la Commission
nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) 67, notion introduite par la loi
66
Directive du 24 octobre 1995/46/CE du Parlement européen et du Conseil relative à la protection des
personnes physiques à l'égard du traitement des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces
données, Legifrance.
[En ligne: [Link]
67
La Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) est une autorité administrative
indépendante française. La CNIL est chargée de veiller à ce que l’informatique soit au service du citoyen et
qu’elle ne porte atteinte ni à l’identité humaine, ni aux droits de l’homme, ni à la vie privée, ni aux libertés
individuelles ou publiques. Elle exerce ses missions conformément à la loi no 78-17 du 6 janvier 1978
modifiée le 6 août 2004, [En ligne : [Link]
48
du 6 août 2004, pour instituer la CNIL qualifiée d’ « autorité administrative
indépendante » (AAI68) ;
125. C’est dans un souci de fournir une protection plus efficaces aux données
personnelles au niveau européen que la Directive a ouvert la porte aux autorités
nationales en charge de la protection des données personnelles, telle que la
CNIL en France, en renforçant leur rôle, et leur accorder plus de pouvoirs de
contrôle, qui s'exercent désormais a posteriori et plus seulement a priori, et de
pouvoirs de sanction69.
128. Dans le cadre de sa mission que lui a été attribuée par la loi, la CNIL, en
tant que AAI, doit remplir les fonctions suivantes :
- Le contrôle de la conformité à la Loi des projets de fichiers et traitements ;
- Le rôle de conseil et d’information ;
- L’instruction des plaintes ;
68
Les Autorités Administrative Indépendante (AAI) constituent une catégorie juridique particulière qui ne
dispose d’aucune définition légale. Il existe à ce jour plus de quarante AAI disposant d’un régime juridique
hétérogène. Ces AAI sont régies par les différents textes qui les ont institués.
69
V. notamment pour plus de précisions, D. Martin, La directive 95/46 transposition en droit français : Gaz.
Pal. 1998, 1, doctr. p. 601. - Y. Poullet, De quelques questions relatives à l'application de la directive
données personnelles n° 95/46 du 24 octobre 1995 au contexte de l'Internet : Lamy droit de l'informatique,
suppl., n° 96, oct. 1997, p. 11. - M.-C. Ponthoreau, La directive 95/46/CE du 24 octobre 1995 relative à la
protection des personnes physiques à l'égard du traitement des données à caractère personnel et à la libre
circulation de ces données : RFDA 1997, p. 125. - J. Frayssinet, La directive du 24 octobre 1995 : Cah.
Lamy mars 1996 (K), p. 1.
49
- Le pouvoir de vérification sur place ;
- Le pouvoir de sanction.
130. Citant un exemple de sujets dont la CNIL peut se saisir. S'agissant par
exemple d’un centre d’appel qui exploite des données à caractère personnel dans
le cadre de son activité. Dans cette hypothèse, l'archivage de ces données peut
poser de multiples problématiques aussi bien au niveau juridique que technique.
De plus, la protection des données dans une telle entreprise nécessite un niveau
élevé de protection contre le piratage afin de sécuriser le système informatique
qui utilise les données des clients. C'est la raison pour laquelle à chaque étape de
traitement de données des procédures particulièrement techniques soient mises
en œuvre pour protéger ces données, sources de bénéfices pour les entreprises
qui les exploitent.
131. D’ailleurs, le traitement des données fait l’objet d’une déclaration qui
exige une autorisation préalable ; le législateur français vise ici les fichiers dits
d'exclusion ou « listes noires » qui répertorient tant des informations relatives
aux incidents de paiement que des comportements pénalement répréhensibles ou
encore des «anomalies» ou «incohérences»70.
70
Loi n° 2004-801 du 6 août 2004 relative à la protection des personnes physiques à l'égard des traitements
de données à caractère personnel et modifiant la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique,
aux fichiers et aux libertés. Journal Officiel du 7 Aout 2004, [En ligne :
[Link]/[Link]?cidTexte=JORFTEXT000000441676; [Link]
[Link]/publications/44-donnees-perso/89-loi-6-aout].
50
133. Il est bien de noter que le principe de la liberté de communication par voie
électronique ne contredit pas le besoin de l’utilisation des données personnelles
dans certaines activités ; c’est que l'enregistrement et l'utilisation des données
personnelles sont au cœur même de différentes activités.
137. La loi de 1978 a donc été modifiée par la loi du 6 août 200475 afin
d’instaurer un régime unifié de déclaration des traitements de données pour le
secteur privé (entreprises et professionnels) et le secteur public, et ainsi de
71
CE, ass., 30 juin 2000, n° 210412, Ligue des droits de l'homme et du citoyen : JurisData n° 2000-060767 ;
AJDA 2000, n° 10, concl. P. Fombeur ; JCP G 2000, IV, 2742 ; LPA 13 févr. 2001, n° 31, p. 10, note R.
Diane ; Gaz. Pal. 10 mars 2001, n° 69, p. 21, obs. P. Graveleau ; Gaz. Pal. 17 juill. 2001, n° 198, p. 42, note
A.-F. Godet.
72
V. notamment pour un rappel historique détaillé, VIVANT (M.), C. Le STANC, L. Rapp et M. Guibal,
Droit du numérique : Lamy, 2014, n° 544 s.
73
Loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, Legifrance [En ligne :
[Link]
74
Le Système automatisé pour les fichiers administratifs et le répertoire des individus (dont l’acronyme est
SAFARI) désignait un projet d'interconnexion des fichiers nominatifs de l'administration française,
notamment par le biais du numéro INSEE, [En ligne : [Link]
75
Loi n° 2004-801 du 6 août 2004 relative à la protection des personnes physiques à l'égard des traitements
de données à caractère personnel et modifiant la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux
fichiers et aux libertés (1), [En ligne :
[Link]
51
transposer en droit français les dispositions de la Directive 95/46/CE sur la
protection des données personnelles.
76
Décret n°2005-1309 du 20 octobre 2005 pris pour l'application de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978
relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, Legifrance, [En ligne :
[Link]
77
Règlement (UE) 2016/679 du Parlement européen et du Conseil du 27 avril 2016 relatif à la protection des
personnes physiques à l'égard du traitement des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces
données, et abrogeant la directive 95/46/CE (règlement général sur la protection des données), [En ligne :
[Link]
52
(‘smart phones’), de médias sociaux, de services bancaires sur Internet et de
transferts mondiaux78.
78
Dans ce sens, l’alinéa 2 de l’article 1er du règlement prévoit que «le règlement protège les libertés et droits
fondamentaux des personnes physiques, et en particulier leur droit à la protection des données à caractère
personnel ».
79
ULDALL (R.) et de MONTIS (W.), Réforme sur la protection des données: le Parlement approuve de
nouvelles règles adaptées à l'ère numérique, 14 Avril 2016, [En ligne :
[Link]
des-donn%C3%A9es-des-r%C3%A8gles-adapt%C3%A9es-%C3%A0-l'%C3%A8re-num%C3%A9rique].
53
b) Les nouveautés apportées par le règlement du 27 avril 2016
Le règlement du 27 avril 2016 a adopté des nouvelles règles que nous allons
présenter dans l’ordre suivant :
144. Le consentement devrait être donné par un acte positif clair par lequel la
personne concernée manifeste de façon libre, spécifique, éclairée et univoque
son accord au traitement des données à caractère personnel la concernant, par
exemple au moyen d'une déclaration écrite, y compris par voie électronique, ou
d'une déclaration orale (Considérant 32 du règlement).
145. Dans le domaine numérique il est donc nécessaire d’opter pour certains
paramètres techniques pour des services de la société de l'information ou au
moyen d'une autre déclaration ou d'un autre comportement indiquant clairement
dans ce contexte que la personne concernée accepte le traitement proposé de ses
données à caractère personnel.
54
148. En cas de litige en justice mettant en question le consentement de la
personne concernée, le responsable du traitement doit être en mesure de prouver
que ladite personne a donné son consentement au traitement de données à
caractère personnel la concernant81 (article 7 alinéa 1er du règlement).
151. Il est aussi important de savoir que le règlement 2016 fixe des normes
minimales sur l'utilisation des données à des fins policières et judiciaires. Ceci
est évoquée dans le texte du règlement dans le Considérant 54 qui prévoit que :
« Le traitement des catégories particulières de données à caractère personnel
peut être nécessaire pour des motifs d'intérêt public dans les domaines de la
santé publique, sans le consentement de la personne concernée. Un tel
traitement devrait faire l'objet de mesures appropriées et spécifiques de façon à
protéger les droits et libertés des personnes physiques. Dans ce contexte, la
notion de «santé publique» devrait s'interpréter selon la définition contenue
dans le règlement (CE) no 1338/2008 du Parlement européen et du Conseil »
81
Dans ce sens, le Considérant 42 du règlement prévoit que « Lorsque le traitement est fondé sur le
consentement de la personne concernée, le responsable du traitement devrait être en mesure de prouver que
ladite personne a consenti à l'opération de traitement…etc.).
55
2) le droit à l'oubli (droit à l’effacement)
152. La personne concernée a le droit d'obtenir du responsable du traitement
l'effacement, dans les meilleurs délais, de données à caractère personnel la
concernant et le responsable du traitement a l'obligation d'effacer ces données à
caractère personnel dans les meilleurs délais (article 17 du règlement).
82
Article 17 du Règlement (UE) 2016/679 du Parlement européen et du Conseil du 27 avril 2016 relatif à la
protection des personnes physiques à l'égard du traitement des données à caractère personnel et à la libre
circulation de ces données, et abrogeant la directive 95/46/CE (règlement général sur la protection des
données), [En ligne : [Link]
56
3) le droit de transférer ses données vers un autre fournisseur de services
(droit à la portabilité des données)
57
i. communiquer le nom et les coordonnées du délégué à la protection des
données ou d'un autre point de contact auprès duquel des informations
supplémentaires peuvent être obtenues ;
ii. décrire les conséquences probables de la violation de données à caractère
personnel ;
iii. décrire les mesures prises ou que le responsable du traitement propose de
prendre pour remédier à la violation de données à caractère personnel, y
compris, le cas échéant, les mesures pour en atténuer les éventuelles
conséquences négatives.
58
de profits illicites et de tentations, et le droit séculier s'élabore autour de la seule
vraie richesse, à savoir les immeubles83.
166. Le premier de ces outils à voir le jour est la lettre de change. Celle-ci n'est
à l'origine qu'un contrat de change85 qui sert d'instrument de paiement par lequel
les commerçants parcourant les foires à travers l'Europe cherchent à prévenir les
risques liés au transport d'argent.
167. Pour limiter les transports de fonds, l’idée était de créer un contrat de
change en vertu duquel, le futur acheteur, le bénéficiaire, remet de l’argent à son
banquier dans sa propre ville, en échange d’une lettre qui lui permet de recevoir
une somme équivalente d’un autre banquier, dans une autre ville et souvent dans
une autre monnaie, sous la déduction de la rémunération des banquiers (les
agios). Cela supposait que le premier banquier (tireur) avait un correspondant
(tiré) dans l’autre ville. La lettre de change s’est ainsi servie comme instrument
de transport de fonds86.
168. Ce n’est qu’à partir du XVIe siècle que la lettre de change se transforme
progressivement en instrument de crédit, grâce à l'apparition de la clause à ordre
sur le titre au XVIIe siècle, puis à la création de l'escompte en Angleterre et en
France au XVIIIe siècle87.
83
Hilaire, Introduction historique au droit commercial : PUF, Coll. Droit fondamental, 1986, n° 9.
84
Schapira et Leben, Le droit international des affaires : PUF, 5 e éd. 1996, Coll. Que sais-je ?, n° 1465, p. 5
85
Hilaire, op. cit., p. 253, n° 157.
86
SZRAMKIEWICZ (R.) et DESCAMPS (O.), Histoire du droit des affaires, 22 Octobre 2013, n. 166 s.,
insiste sur une autre fonction, très tôt apparue aussi : la lettre de change permet de tourner la prohibition du
prêt a intérêt, à laquelle se heurte au contraire le billet a ordre. V. aussi, GUEVEL (D.), « L’atomisation du
droit cambiaire », Mélanges P, Simler, Dalloz, 2006, p. 457 et s.
87
JEANTIN (M.) et LE CANNU (P.), Droit commercial, Instruments de paiement et de crédit et entreprises
en difficulté : Dalloz, Précis, 5e éd. 1999, n° 226.
59
169. Par conséquent, les effets de commerce dispose d’une double fonction car
ils servent à la fois en tant qu’instruments de paiement et instruments de crédit.
La lettre de change a été utilisée d’abord comme un instrument de paiement,
puis progressivement comme instrument de crédit à court terme.
172. Ainsi en raison de l’absence d’une définition légale précise sur l’effet de
commerce, il appartient alors à la doctrine de proposer sa propre définition et
d’élaborer les classifications indispensables à la description du régime juridique
des effets de commerce.
88
Code de commerce, version consolidée au 20 octobre 2016, [En ligne :
[Link] ].
60
173. D’abord, d’après Monsieur le professeur Delebecque, l’effet de commerce
se trouve défini comme « un titre négociable qui constate l’existence au profit
du porteur d’une créance à court terme et sert à son paiement »89. De cette
définition, nous saisissons l’utilisation des termes génériques, ce qui correspond
bien à la nature de l’effet de commerce qui comprend divers titres moyens de
paiement.
176. Cette dernière définition montre une autre façade de l’effet de commerce ;
il s’agit d’un instrument de financement qui sert à remplacer la monnaie, en
constant la somme d’argent faisant l’objet de titre pour une courte durée.
89
Ripert et Roblot par Delebecque et Germain, n° 190.
90
LE CANNU (P.), GRANIER (T.), ROUTIER (R.), Instruments de paiement et de crédit Titrisation,
Dalloz, 8ème éd., 2010.
91
Lescot (P.) et Roblot (R.), Les effets de commerce : Rousseau 1955, n° 6 s. ; voir aussi « Fasc. 2505 :
Redressement et Liquidation Judiciaires. – Nullités de droit. – Régime des paiements », JurisClasseur Droit
international, 1 Juil. 2001, LexisNexis SA.
92
P. Lescot et R. Roblot, Les effets de commerce : Sirey, 1953, t. 2 – F. Perochon et R. Bonhomme,
Entreprises en difficulté, Instruments de crédit et de paiement : LGDJ, 4e éd. 1999, n° 603. – M. Jeantin,
Droit commercial : Dalloz, 4e éd. 1995, n° 213, p. 126. – Cass. civ., 13 nov. 1889 : S. 1892, 1, p. 437. – CA
Bordeaux, 29 mars 1871 : DP 1873, 2, p. 213.
61
B. Traits caractéristiques de l’effet de commerce
93
GAVALDA (Ch.) - STOUFFLET (J.), Instrument de paiement et de crédit, LexisNexis - Litec, 8e éd.,
2012.
94
La cession de créance est définie comme une convention par laquelle le créancier va décider de céder à un
tiers, que l’on appelle le cessionnaire à la fois ces droits et ces actions contre le débiteur cédé. Les
Obligations entre le cédant et le cessionnaire seront régis par la loi qui s’applique au contrat d’origine entre
le créancier cédant et le débiteur cédant. [En ligne: [Link]
definition-conditions-effets-a121608612 ].
95
Article 1690 du Code civil prévoit que « Le cessionnaire n'est saisi à l'égard des tiers que par la
signification du transport faite au débiteur. Néanmoins, le cessionnaire peut être également saisi par
l'acceptation du transport faite par le débiteur dans un acte authentique ». Ainsi l’exigence d’un acte
authentique pour caractériser une cession de créance ; un procédé civiliste jugé lourd et couteux, à l’opposé
du procédé simplifié dont il bénéficie l’effet de commerce.
96
BONHOMME (R.), Instruments de Crédit et de Paiement, 10e éd. L.G.D.J – 2013, p. 88.
62
181. D’abord, le moyen le plus simple est la circulation par tradition, qui
consiste dans la remise de la main à la main du titre, ce qui suppose un titre au
porteur. L’autre procédé qui parait plus efficace et plus sûr que la tradition, est
l’endossement ; un procédé qui consiste dans l’apposition au dos du titre d’une
signature par le porteur du titre appelé endosseur. Ce procédé suppose un titre à
ordre, qui autorise expressément le créancier à se substituer toute personne de
son choix sans l’accord du débiteur.
184. L’une des règles qui caractérisent le rapport cambiaire est l’inopposabilité
des exceptions. Cette règle du droit cambiaire signifie que le nouveau titulaire
du titre, le porteur, acquiert en principe la créance telle qu’elle résulte
apparemment du titre, et donc débarrassée de ses vices, et une sorte de purge
s’est ainsi produite afin de protéger le porteur contre tous les moyens de
défenses qui auraient pu être opposées au cédant par le débiteur. C’est le
63
principe de l’inopposabilité des exceptions qui sera donc applicable aux effets
de commerce97.
187. Par ailleurs, pour qu’un titre soit négociable, il faut que ce soit prévu dans
la loi et que celle-ci lui reconnaisse ce caractère négociable. Un titre négociable
doit aussi contenir une clause de négociabilité (clause à ordre ou au porteur). Ne
peut pas être qualifié de négociable un titre incomplet dont le nom de
bénéficiaire a été laissé en blanc, à moins que l’usage lui reconnaisse ce
caractère ; nous examinons cette hypothèse lorsque nous envisageons plus tard
la lettre de change.
97
Cette autonomie du régime des effets de commerce conduit a exclure la responsabilité de la banque au titre
du devoir de mise en garde ou du respect de la proportionnalité des engagements, à l’égard de l’avaliste :
Com. 30 oct. 2012, nᵒ 11-23519, Bull. nᵒ 195 ; Gaz. Pal., 12 déc. 2012, chron. 12, n. Dumont-Lefrand ;
Banque et Dr. Nov. 2012. 54, n. Jacob ; RLDA déc. 2012. 30, n. Mauriès ; RTD com. 2013. 124, obs.
Legeais.
98
Roblot. Ibid. n° 88.
99
Schvika, Du déclin de la négociabilité des instruments de paiement et de crédit : D. 2000, chron, p. 615.
64
de la monnaie qui ne reposent pas sur la négociation d’un titre (i.e. les cartes de
paiement, les transferts électroniques de fonds…). Nous évoquons par cette
opinion la crainte et la méfiance à l’égard de la nouvelle technologie et les
nouvelles techniques commerciales : ces dernières ne seront pas capables de
produire un effet de commerce négociable, équivalent à celui sous forme
manuscrite. Une telle crainte que nous démontrerons, au fur et à mesure de notre
étude, est injustifiée en présence d’un système juridique régissant les
instruments de paiement et le crédit électroniques.
2) Objet monétaire
3) Engagement de payer
190. L’effet de commerce est caractérisé par l’engagement de payer une somme
d’argent souscrit par l’émetteur ; et qu’une simple cession de créance au porteur
ou à ordre ne répond pas à cette condition si le cédant n’en garantit pas le
règlement à tout porteur100.
191. L’effet représente une somme d’argent déterminée payable à court terme,
ce qui explique son statut de crédit à court terme. Ainsi, un titre négociable et
littéral ne pourra être considéré comme un effet de commerce que lorsqu’il
constate une créance a court terme. La fixation d’une date limite précise est
pourtant difficile à déterminer dans la plupart des cas101. Nous laissons ainsi à la
100
STOUFFLET (J.), Op. Cit. p. 13.
101
‘On indiquera seulement que si elle fournit un ordre de grandeur, la limite de quatre-vingt-dix jours que
la Banque de France fixe en principe pour l’escompte commercial n’est pas à retenir comme critère. Une
65
doctrine et aux usages commerciaux le soin de déterminer le terme et la date
d’exigibilité d’un effet de commerce.
192. L’effet de commerce a fait son grand succès à l’époque du Moyen Âge en
l’utilisant en tant qu’instrument de paiement pour remplacer l’argent, en offrant
aux commerçants un moyen plus sécurisé pour conclure leurs transactions, bien
qu’en droit les effets de commerce sont présentés comme des instrument de
crédit à court terme.
193. Nous tenons ainsi compte de la pratique qui reconnait aux effets de
commerce un pouvoir libératoire (même s’ils ne l’ont pas en droit) ou les
considère comme de la quasi-monnaie grâce aux facilités de mobilisation qu’ils
comportent, tandis que d’autres titres sont écartés de tels emplois bien que leurs
caractéristiques objectives ne les en excluent pas.
194. Lorsque les États se constituent sous leur forme moderne unitaire, ils ne
laissent plus aux commerçants le soin de gérer leur métier et leur droit
professionnel. Les États créent leurs propres règles juridiques afin de gouverner
la vie professionnelle des marchands et réglementent les effets de commerce,
soit en les fondant dans un droit commun, comme la common law britannique,
soit en, en créant un droit spécifique, à l'instar de l'État français102.
195. Ainsi les droits étatiques ont confisqué le droit unique des marchands en
formant par leur diversité une pluralité de systèmes juridiques étatiques dont la
date d’exigibilité sensiblement plus éloignée n’est pas exclusive de l’appartenance à la catégorie des effets
de commerce’. STOUFFLET (J.), Instrument de paiement et de crédit, Ibid.
102
Schapira et Leben, Le droit international des affaires : PUF, 5e éd. 1996, Coll. Que sais-je ?, n° 1465, p.
6.
66
vocation à régir les effets de commerce internationaux produit des situations
conflictuelles ;ainsi le droit uniforme des marchands cède le pas et ne mettra pas
fin aux conflits de lois103.
196. Au XIXe siècle les divergences entre les droits étatiques en Europe
s'accentuent lorsque les juristes allemands faisaient de la lettre de change un
titre formel, émancipé des motifs pour lesquels le tireur l'a souscrite, et qu’ils
adoptent leur propre droit positif distinct par le biais de la Conférence de Leipzig
de l'ordonnance de 1848 servant à unifier les législations des États allemands104.
L'Europe occidentale du XIXe siècle connaît alors trois principaux types de
droits susceptibles de régir les effets de commerce: le droit issu de la common
law, le droit commercial de tradition latine et le droit allemand.
198. Nous retenons ici deux remarques: d’une part, bien que les Conventions de
Genève aient servi à unifier les législations de nombreux pays européens, leur
adoption a également consommé la rupture entre les droits continentaux et les
droits anglo-saxons : la Grande-Bretagne et son empire, ainsi que les États-Unis
ont conservé leur droit fondé sur le Bill of Exchange Act106, texte de 1882
codifiant la coutume anglaise107 qui, au XIXe siècle, s'est affranchie de
103
HUON (PH.), Droit Uniforme en Droit du Commerce International, [En ligne :
[Link]
104
Hilaire, op. cit., n° 183.
105
Sur l'historique de cette période, V. Bayalovitch, Le droit international du change : thèse, Lyon, 1935, n°
62 à 78. - Arminjon et Carry, La lettre de change et le billet à ordre : Dalloz, 1938, n° 10 à 13. - Loussouarn
et Bredin, Droit du commerce international : Sirey, 1969, n° 444. - Roblot, Les effets de commerce : Sirey,
1975, n° 49.
106
Bill of Exchange Act 1882 [En ligne: [Link]
107
Loussouarn et Bredin, Droit du commerce international : Sirey, 1969, n° 444. - Roblot, Les effets de
commerce : Sirey, 1975, n° 445.
67
l'influence du droit français et des théories de Pothier 108. Depuis lors, les
systèmes anglo-saxon et continental s'opposent sur de nombreux points.
108
Arminjon et Carry, op. cit., n° 143 s.
109
Convention des Nations Unies sur les lettres de change internationales et les billets à ordre internationaux
(New York, 1988), [En ligne :
[Link]
110
V. pour un exemple, Al Bejad, Les lettres de change dans les relations internationales : étude
comparative des droits cambiaires français et des États du Conseil de coopération des États arabes du Golfe
: thèse, Rennes 1, 1993.
68
anglo-saxonne de la négociabilité l'emporte aux États-Unis (UCC, art. 3) 111. Il
en résulte par exemple que les "negotiable instruments" anglo-saxons
recouvrent classiquement la lettre de change, le billet à ordre, le chèque, les
billets de banque, les bons du Trésor... 112. Comparée à la stricte énumération du
Code de commerce français, énumérer cette liste montre clairement l'absence
d'unité de la notion d'effet de commerce dans les législations nationales.
202. Ainsi il est devenu urgent de trouver une notion unitaire d'effet de
commerce ; Les professeurs Chaput et Schödermeier avaient estimé cette
exigence pour deux raisons principales113 :
- d'une part, une notion unitaire qui permettrait à la doctrine à dégager un régime
commun des effets de commerce ;
- d'autre part, elle permettrait d'évaluer avec précision la portée des textes qui font
expressément référence aux effets de commerce (par exemple, C. com., art. L.
621-107 et L. 621-121. - Adde plus récemment, C. com., art. L. 441-7).
203. Pour autant, bien que les effets de commerce n’aient pas les mêmes statuts
juridiques au niveau national, les lois nationales confèrent aux effets un régime
spécifique complet, ce qui ne rend pas indispensable l’application d’une notion
unitaire, comme l’ont estimé les professeurs Chaput et Schödermeier ; et ce sera
conformément à un principe bien établi, le juge saisi d'une difficulté de
qualification d'un titre opérera selon les conceptions de la loi du for114.
204. Les moyens utilisés pour unifier le régime des lettres de change et des
billets à ordre sont de natures très variées. D’abord, par le biais des conventions
de Genève en 1930; ces dernières avaient tenté d'agir sur les législations
nationales et afin de combler les lacunes laissées par les désaccords relatifs à
certaines questions de droit matériel sur les règles de conflit de lois (A). La
CNUDCI a fait un travail très audacieux visant à la création d’une nouvelle
111
U.C.C. – Article 3 – Negotiable Instruments (2002), Uniform Commercial Code, [En ligne :
[Link]
112
Ripert et Roblot, Traité de droit commercial : LGDJ, 16e éd. 2000, t. 2, par Delebecque et Germain, n°
1912.
113
CHAPUT (Y.) et SCHODERMEIER (M.D.), Effets de commerce, chèques et instruments de paiement :
PUF, Coll. Droit fondamental, 2e éd. 1998, n° 3.
114
Roblot, Les effets de commerce : Sirey, 1975, n° 657. - Batiffol et Lagarde, Traité élémentaire de droit
international privé : LGDJ, 8e éd. 1993, t. 1, n° 292.
69
catégorie d'instruments de crédit : la lettre de change international le et le billet à
ordre international (B).
70
511-1 s.); puis la deuxième annexe comporte vingt-trois articles assortis de
certaines réserves, autorisant les États signataires à déroger à la Convention sur
des éléments spécifiques115.
209. Cet ensemble de textes constitue le socle du progrès législatif dont nous
témoignons aujourd’hui116. Pourtant bien que la Convention LU ait achevé un
degré considérable d’harmonisation, elle ne réussit toutefois pas à rallier les
pays anglo-saxons. Elle n'est pas non plus exempte de critiques eu égard à sa
vocation universelle. Nous reprochons à ces règles les déficiences présentées
dans l’ordre suivant117 :
115
Les Etats Parties s’engagent à introduire dans leurs territoires respectifs la Loi uniforme formant
l’Annexe I de la Convention de Genève. Pourtant cet engagement sera éventuellement subordonné aux
réserves que chaque Etat membre devra, dans ce cas, signaler au moment de sa ratification ou de son
adhésion. Ces réserves sont mentionnées à l’Annexe II de la Convention LU qui contient 23 articles, [En
ligne : [Link]
116
Bayalovitch, Le droit international du change : thèse, Lyon, 1935, n° 62 à 78. - Arminjon et Carry.
117
Vincent Thomas, Fasc. 566-20 : Effets de commerce. - Lettre de change et billet à ordre. – Warrant,
JCP 30 Oct. 2002, n° 14.
118
Bloch, Les lettres de change et billets à ordre dans les relations commerciales internationales, Étude
comparative de droit cambiaire français et américain : Economica, 1986, n° 146. - Mattout, Droit bancaire
international : Banque, 2e éd. 1996, n° 40. - Coutenier, Les techniques de mobilisation des créances
internationales, Aspects de droit international et de droit comparé : RD aff. int. 3/1999, p. 295 s., spéc. n° 4
s, n° 74.
71
circonstances de chaque document qui permet de différencier la lettre de change
("bill of exchange") du billet à ordre ("promissory note"), alors que la loi
uniforme, comme le droit français, consacre la conception scripturale formelle
allemande de ces deux effets de commerce119;
- enfin, la bonne foi du porteur est conçue différemment dans les deux systèmes :
alors qu'elle est acquise en droit anglo-saxon au porteur qui ignorait, au moment
de la négociation, le vice affectant le titre, le porteur est de bonne foi selon la loi
uniforme à moins qu'il "n'ait agi sciemment au détriment du débiteur"(Conv.
LU, annexe I, art. 17. - C. com., art. L. 511-12) ; interprétant cette expression, la
jurisprudence française creuse le fossé qui sépare notre droit du système de
common law en exigeant que le porteur ait eu conscience du préjudice que
l'endossement cause au débiteur de l'effet par l'impossibilité où il le met de se
prévaloir, vis-à-vis du tireur ou d'un précédent endosseur, d'un moyen de
défense issu de ses relations avec ces derniers122 .
119
Conv. LU, annexe I, art. 1 et 2. - Adde, C. com. fr., art. L. 511-1. - C. civ. suisse, art. 991 et 992.
120
BEA, section 24. - UCC, art. 3-404, 3-405, 3-603. - Bloch, Les lettres de change..., op. cit., n° 240. -
Pinault, La réconciliation des irréconciliables : la Convention des Nations unies sur les lettres de change
internationales et les billets à ordre internationaux : Les Cahiers de Droit, Université Laval [Québec], vol.
38, n° 3, sept. 1997, p. 533 et 534.
121
Cabrillac, cité par Gavalda et Stoufflet, op. cit., n° 46.
122
Cass. com., 26 juin 1956 : JCP 1956, II, 9600, note Roblot ; RTD com. 1957, p. 147, obs. Becqué et
Cabrillac. - 13 janv. 1987 : Bull. civ. IV, n° 17 ; RTD com. 1988, p. 469, obs. Cabrillac et Teyssié. - 11 juill.
2000 : RJDA 12/2000, n° 1164. - Gavalda et Stoufflet, op. cit., n° 55-1 s.
72
212. Ces différences majeures existant entre les deux systèmes constituaient un
obstacle à l’adhésion des pays de common law à la convention de La Haye.
D’autres raisons d’ordre politique et historique ont mené à accentuer l’écart
entre les deux systèmes juridiques. En effet, Il n’était pas évident pour les pays
appartenant à la communauté anglo-saxonne de pouvoir adhérer à la Convention
de Genève.
213. Bien que les Etats Unis et l’Angleterre aient participé à l’ensemble des
conférences de La Haye, ces deux pays avaient clairement établi qu’ils
n’entendaient pas apporter de modifications à leur législation relative aux effets
de commerce quels que soient les résultats obtenus à la conférence.
214. Cette position pour l’Angleterre se justifiait par le fait que les pays de
common law avaient déjà procédé entre eux à une certaine uniformisation à
partir de la fin du XIXe siècle ; tout a commencé par une coutume établie par les
pratiques du milieu bancaire ; le Bill of Exchange Act123en 1882 qui a connu un
grand succès et qu’il a par la suite influencé les pays faisant parties de l'Ancien
Empire britannique à l’époque. Parmi ces pays qui avaient adhéré à la
convention le Canada, les Indes ou l'Australie dès la fin du XIXe siècle.
123
Ibid p. 51.
124
Bayalovitch, Le droit international du change : thèse, Lyon, 1935, p. 60, note 23.
125
"Negotiable Instruments Act" de 1896, adopté par les États de l'Union de 1897 à 1927; Uniform
Negotiable Instruments Act Drafted by the National Conference of Commissioners on Uniform State Laws,
and by it Approved and Recommended for Enactment in All the States at Its Conference at Saratoga Springs,
N.Y., August 15-18, 1896.
73
unification. Ainsi l'intérêt de la Convention LU est devenu moins significatif,
voire même très faible, pour ces États.
217. D’autre coté, nous nous rendons compte de la réticence de certains États
d'Amérique latine, puisqu’il ne s’agit que seulement quatre États sud américains
qui avaient signé la Convention sur la Loi Uniforme : la Colombie, l'Équateur,
le Pérou et le Brésil ; et seul ce dernier la ratifia. Ce manque de succès de la
Convention dans ces pays d’Amérique latine s'explique par le fait que ces pays
sont trop influencés par le droit anglo-saxon.
126
Le texte de la convention et la liste complète des États signataires et ayant ratifié sur [Link].
74
si le porteur a des droits spéciaux sur cette provision reste en dehors de la loi
uniforme" (article 16, alinéa 1er de l'annexe II127). Ce texte, ajouté à la demande
de la France, préserve les systèmes juridiques qui organisent la transmission de
la provision avec l'émission et l'endossement de l'effet, comme les systèmes
français, belge ou luxembourgeois, et limite l'influence du système allemand qui
confère à l'obligation cambiaire un caractère exclusivement littéral128.
127
Annexe II de la Loi uniforme sur les lettres de change et billets à ordre, conclue à Genève le 7 juin 1930,
[En ligne : [Link] .
Voir aussi la note à l’art. 54 al. 6 de la loi uniforme.
128
Coutenier, Les techniques de mobilisation des créances internationales, Aspects de droit international et
de droit comparé : RD aff. int. 3/1999, p. 295 s., spéc. n° 8.
129
V. Commentaires de la CNUDCI sur les projets de convention : Annuaire CNUDCI, Vol. III, 1972, p.
145, A/CN. 9/67 ; Annuaire CNDUCI, Vol. XIII, 1982, p. 71, A/CN. 9/211. - Adde Roblot, Une tentative
d'unification mondiale du droit : le projet de la CNUDCI pour la création d'une lettre de change
internationale, Études offertes à Jean Vincent : Dalloz 1981, p. 361. - Bloch, Le projet de convention sur les
lettres de change internationales et les billets à ordre internationaux : JDI 1979, p. 770.
75
le sujet provenant de plus de 50 pays est institué en Avril de l’année 1971 et qui
aboutit la rédaction du premier projet en 1972, suivi d’une rédaction finale en
1981. Quelques années plus tard, les efforts du groupe de travail de la CNUDCI
ont abouti à l'adoption par l'Assemblée générale des Nations unies d'une
convention sur les lettres de change internationales et les billets à ordre
internationaux le 9 décembre 1988130.
130
Convention et note du Secrétariat de la CNUDCI sur [Link]. - Support papier de la note du
Secrétariat de la CNUDCI : Annuaire CNUDCI, vol. XXV, 1994, p. 265, A/CN. 9/386.
76
est payable à vue ou à une échéance déterminée ;
est daté ;
est signé par le souscripteur.
229. Nous retenons ici que la Convention CNUDCI confère une importance
toute particulière au lieu où la lettre est tirée et au lieu du paiement de la lettre et
du billet parce que c’est grâce au lieu de l’émission du titre que l’aspect
international du titre sera caractérisé.
230. Ainsi selon l'instrument concerné, l'un de ces lieux au moins doit être
précisé sur le titre et doit se situer dans un État contractant. À défaut,
l'instrument n'est pas considéré comme un effet international au sens de la
Convention CNUDCI.
77
fois consacrés, notamment par l'exigence d'un certain formalisme et par
l'admission assez large de l'inopposabilité des exceptions131.
232. Certains titres négociables répondent aux critères précités sur les effets de
commerce. C’est le cas, en tout premier lieu, de la lettre de change, l’écrit par
lequel un tireur invite un tiré à verser une somme d’argent à l’ordre d’un preneur
ou bénéficiaire, à une date déterminée et s’oblige à payer si le tiré ne le fait pas.
233. Est également qualifié d’effet de commerce le billet à ordre, écrit par
lequel un souscripteur s’oblige à payer une somme d’argent à l’ordre d’un
preneur ou bénéficiaire, à une date déterminée et s’oblige à payer si le tiré ne le
fait pas. La même qualification s’impose pour le warrant qui s’analyse en un
billet à ordre garanti par un gage sur des marchandises déposées, en principe,
dans un magasin public.
234. Afin d’encadrer les titres faisant l’objet de la présente recherche, parmi les
différentes catégories des effets nous pouvons envisager un DTE sur une lettre
de change et un billet à ordre et un warrant-gage. Pourtant le cheque a été exclu
pour les raisons précédemment présentées dans l’introduction.
131
Vincent Thomas, Op. Cit., p.16, n°50.
78
SECTION II
237. Un DTE n’est en réalité qu’un effet de commerce revêtant une forme
électronique pour répondre à l’évolution des techniques commerciales; il est
ainsi possible de présenter les aspects communs entre ces deux instruments
avant de dévoiler leurs points de divergence.
238. Bien qu’un DTE soit l’équivalent électronique d’un effet de commerce, ce
dernier est plus connu par son statut formaliste, sa forme manuscrite et son
caractère négociable, rendant la reconnaissance de l’équivalent électronique plus
difficile à accepter sur le plan juridique ; c’est la raison pour laquelle un DTE
s’est présenté pendant ces deux dernières décennies comme un nouveau défi à
relever en droit du commerce international.
239. Alors lorsque nous traitons les exigences de forme pour valider un
document transférable électronique, on revient, par respect du principe de
parallélisme de forme, aux critères de base de leurs équivalents sous forme
manuscrite ; et qu’à partir de là que nous identifierons les éventuelles
différences entre ces deux formes de documents.
79
240. Parlons des lettres de change et billet à ordre, ces instruments sont des
formes variées d’un titre qui est l‘effet de commerce. Dans cette deuxième et
dernière section du chapitre consacré aux conditions de validité, la distinction
fondamentale se porte sur l’instrument financier transférable et le document
‘formant titre’. Le premier représente une somme d’argent - tel est le cas de la
lettre de change et le billet à ordre - (paragraphe 1 : instruments financiers de
mobilisation de créance – les lettres de change et les billets à ordre) alors que le
second représente des marchandises comme les warrants et les récépissés
d’entrepôt (paragraphe 2 : instruments financiers de garantie de créance –
warrants et les récépissés d’entrepôt).
241. Etant réputée comme l’archétype de l’effet de commerce, dotée d’un statut
juridique complet, la lettre de change qui, selon la définition la plus couramment
admise, est un titre par lequel une personne (le tireur) donne à une autre (le tiré)
l’ordre de payer à une tierce personne (le bénéficiaire) ou à son ordre une
certaine somme à une époque déterminée.
242. Il s’agit d’un titre négociable qui constate l’existence au profit du porteur
d’une créance à court terme et sert à son paiement. La lettre de change est
remise par le tireur au bénéficiaire, à qui est conféré ces droits, mais
naturellement, le tireur est tenu de payer la lettre de change si le tiré ne le fait
pas.
80
243. Historiquement, la lettre de change, portant bien souvent en pratique le
nom de ‘traite’, est l’un des instruments de paiement et de crédit à court terme
les plus anciens lorsqu’il apparait la première fois à l’époque du Moyen Age, et
est pratiqué dans les foires comme un moyen de paiement entre commerçants.
244. La lettre de change apparait au Moyen Age sur la base d’un contrat
particulier appelé ‘contrat de change’. Celui-ci est défini comme « la convention
par laquelle le donneur fournissait une somme d’argent au preneur et recevait
en échange un engagement payable à terme mais en un autre lieu et une autre
monnaie »132. Nous retenons de cette définition que la lettre de change est une
manifestation d’un rapport triangulaire où le tiré est débiteur du tireur qui est le
rapport fondamental, et le tireur, débiteur du bénéficiaire.
246. Etant un acte juridique, la lettre de change est soumise aux conditions du droit
commun des actes juridiques. Mais en tant qu’acte de commerce, elle présente
une certaine spécificité qui se manifeste à trois points de vue. Il s’agit là de trois
rapports juridiques distincts qui pourront avoir lieu lorsque nous envisageons
une lettre de change dans une opération commerciale :
132
Définition rapportée par HILAIRE (J.), Introduction historique au droit commercial : PUF, Coll. Droit
fondamental, 1986, p.255. Comp. Avec la définition donnée par R.J/Pothier (traité du contrat de change,
Debure, 1773, p.2) « un contrat par lequel je vous donne ou m’engage à vous donner une certaine somme en
un certain lieu pour et en échange d’une somme d’argent que vous obligez de me faire compte en un autre
lieu ». On perçoit aisément l’élément essentiel de l’opération : un échange, qualification juridique qui permet
– avec la « distancia loci » - d’éviter les foudres du droit canonique prohibant le prêt à intérêt.
133
L’intérêt du signataire a l’opération commerciale n’a pas a être recherché : Com. 1er, Oct. 1996, Bull. nᵒ
219 ; RTD com. 1997. 120, obs. Cabrillac ; D. aff. 1996. 1291. Mais le signataire n’acquiert pas pour autant
la qualité de commerçant : v. Com. 11 mai 1993, Bull. nᵒ 179 ; RTD com. 1994. 75, obs. Cabrillac et
Teyssisé.
134
Code de l’Organisation Judiciaire, [En ligne :
[Link]
81
Rapport cambiaire entre le tiré et les endossataires ;
247. Dans cette opération tripartite, la lettre de change est créée d’abord en raison
de l’existence d’un rapport fondamental ; il s’agit du rapport préexistant entre le
tireur et le tiré, ou pour être plus précis de la dette du second envers le premier.
Ce rapport fondamental est parfois reconnu par le tiré au moyen d’une
acceptation. L’acceptation se définit ici comme un engagement souscrit par le
tiré de payer le montant de la lettre de change à l’échéance. Elle fait naitre
contre le tiré un engagement cambiaire, indépendant de toute idée de
provision135. Le porteur aura ainsi face à lui un nouveau débiteur principal ; sa
garantie de paiement sera augmentée.
248. Le plus souvent, le tireur est un vendeur de marchandises et le tiré n’est que
l’acheteur. Le titre permet au vendeur qui a fait crédit à son acheteur de
mobiliser sa créance. Lors de l’émission d’une lettre de change, une provision
sera déposée chez le tiré, ou au plus tard elle le sera au jour de l’échéance de la
traite. De son côté, le tireur remet la lettre de change à un bénéficiaire, car celui-
ci lui fournit ou lui fournira une contrepartie. En cas d’endossement, l’endosseur
transmet l’effet à un nouveau porteur, car il est, ou il sera, tenu à son égard.
249. En droit français, le législateur n’a pas accordé une définition légale à la
lettre de change. Il a pour autant précisé le contenu de l’instrument pour lui
attribuer le titre de lettre de change. C’est dans le texte de l’article L 511-1 du
Code de commerce136 que les critères de la lettre de change sont expressément
énumérés. Ainsi afin de reconnaitre une lettre de change, il faut satisfaire les
critères de validité attribués par la loi.
135
Com. 13 mai 1996, Bull. Civ. IV, nᵒ88.
136
Article L. 511-1 du Code de commerce, version consolidée au 20 octobre 2016, Edition Dalloz, [En
ligne:[Link]
ARTI000006233040&dateTexte=&categorieLien=cid].
82
B. Les exigences de forme d’une lettre de change
250. La lettre de change est un titre qui, comme tout acte juridique, doit
répondre à certaines conditions de forme pour lui attribuer une valeur juridique,
lui garantissant son applicabilité et sa force contraignante.
253. Il convient ici de souligner que la lettre de change fait aussi l’objet d’une
loi uniforme la régissant avec les billets à ordre, transcrivant les mêmes
exigences de forme indiquées à l’article L. 511-1 du Code de commerce (article
1er de la Convention de Genève portant loi uniforme concernant la lettre de
change et le billet à ordre). Tous les éléments indiqués dessous doivent figurer
dans les ‘documents transférables électroniques’. Nous examinerons ces
exigences dans l’ordre suivant :
137
Article L. 511-1 du Code de commerce, version consolidée au 20 octobre 2016, Edition Dalloz.
83
• Dénomination de « lettre de change » :
254. Etant une exigence qui découle du droit uniforme issu des Conventions de
Genève, la dénomination de la lettre de change138 doit être insérée clairement
dans le texte même de la lettre, et qu’un simple intitulé hors texte ne suffirait pas
en soit pour caractériser une lettre de change.
255. De plus, le premier alinéa de l’article L511-1 exige que la dénomination
« lettre de change » soit exprimée dans la même langue employée pour la
rédaction de la lettre. L’intérêt de cette exigence est de ne pas employer une
langue inconnue dans le titre, que tout soit clair pour les parties contractantes. Il
y a aussi le soin de protéger le rédacteur (le tireur) et les différents signataires
(les tiers bénéficiaires et éventuels endossataires) du titre contre tout vice qui
pourrait en résulter ; les parties prennent conscience de la nature juridique et la
rigueur des engagements qu’elles contractent ; qu’il s’agit bien d’une lettre de
change qui produira des effets spéciaux répondant à des exigences particulières
issues de droit cambiaire.
256. Si nous parlons d’une lettre de change électronique, le titre doit aussi
contenir clairement la dénomination « lettre de change » dans le texte même du
titre et que cette dénomination soit exprimée dans la même langue employée
pour la rédaction du titre.
138
Une décision isolée a jugé que la mention «traite » était équivalente (Montpellier, 24 nov. 1953, Banque
1956. 520), solution qui doit être désapprouvée tant elle ruine la sécurité inhérente au formalisme.
139
V. J.-Cl. Banque, fasc. 12.
84
258. Le Professeure Stoufflet a aussi précisé dans son ouvrage sur les
instruments de paiement et de crédit140 que l’exigence de l’article L 511-1 1º
concernant la dénomination de la lettre de change sert essentiellement à faciliter
la circulation de l’effet – et ceux qui le souscrivent qui pourraient facilement
être avertis de la nature de leur engagement, un formalisme strict, mais qui
répond suffisamment aux fonctions de la lettre de change.
260. D’ailleurs, si le montant est mentionné plusieurs fois, ou que nous sommes
dans un cas de discordance entre les deux mentions en lettre et en chiffre, c’est
le montant le plus faible qui sera retenu142.
261. Les juristes ont l’habitude d’exiger que le montant de la lettre de change
figure à la fois en lettre et en chiffres dans leurs engagements contractuels.
Pourtant cette pratique devient moins courante car nous avons remarqué qu’il y
a des grandes entreprises qui ont abandonné cette pratique et qui acceptent
aujourd’hui de mentionner uniquement le montant de l’engagement en chiffre
dans leurs engagements contractuels143.
262. Un mandat pur et simple signifie qu’une lettre de change qui ne comporte
pas un ordre explicite de payer ne pourrait valoir comme lettre de change. Cela
veut dire qu’une lettre de change ne peut pas être assujettie à des conditions
140
Gavalda et Stoufflet, Instruments de paiement et de crédit : Litec, 8e éd. 2012, p. 29.
141
Com. 13 janv. 1982, JCP 1982. IV. 114.
142
Article L 511-4 du Code de commerce.
143
La société informatique américaine ‘Oracle Systems Limited’ a abandonné depuis l’année 2015 la
mention obligatoire du montant du contrat en chiffre et en lettre, en admettant de mentionner le montant
uniquement en chiffre dans les contrats avec leurs clients et fournisseurs.
85
suspensives144 ; et que si des conditions sont stipulées dans le titre même, ce
dernier ne vaudra pas comme lettre de change.
263. De plus, le mandat de payer doit porter sur une somme déterminée ; qu’il
ne suffit pas que la lettre de change comporte uniquement les éléments
permettant le calcul de son montant au moment du paiement.
264. Dans ce sens, l’article L.511-3 du Code de commerce prévoit que toute
stipulation de produire des intérêts dans une lettre de change est réputée non
écrite ; cette interdiction est justifiée par le fait que les intérêts rendent
indéterminé le montant de la lettre de change et prive ainsi le titre, lors de son
émission de la fixité de son montant. Le même article admet seulement
l’introduction des intérêts dans le titre à condition que le taux des intérêts soit
indiqué dans la lettre. (Art. L.511-3 al. 2 [Link]) ce qui rend le calcul du
montant exact du titre déterminable.
265. Par ailleurs, lorsque nous nous interrogeons sur les règles concernant les
montants exprimés en monnaie étrangère. En ce cas, la conversion en euros
s’effectuera au jour de l’échéance, sauf en cas de liquidation judiciaire ; le
législateur français a transcrit cette règle dans l’article L. 622-22, alinéa 2 du
Code de commerce en imposant la conversion au jour du jugement la
prononçant.
266. Dans une lettre de change, il faut designer celui qui doit normalement
payer le titre à l’échéance ; l’identification du tiré est donc une mention
indispensable pour valider le titre145.
267. Cette exigence est interprétée de manière très stricte par la jurisprudence146.
L’indication du domicile du tiré ne pourrait pas suppléer l’absence d’indication
144
La notion de condition suspensive est définie dans le code civil français, dans son article 1181 qui prévoit
que ‘l'obligation contractée sous une condition suspensive est celle qui dépend ou d'un événement futur et
incertain, ou d'un événement actuellement arrivé, mais encore inconnu des parties’.
145
ROBLOT (R.), «Fasc. 425 : LETTRE DE CHANGE – Acceptation », JCP, 2 Juin 2014, LexisNexis SA.
n°71.
86
de son nom, mais qui servira comme complément d’identification. De même
avec la signature du tiré sur le titre qui ne pourrait pas, à elle seule, suppléer
l’absence de sa désignation, en raison d’importants risques de fraude147.
268. De même pour la lettre de change sous forme électronique, l’identité du tiré
doit figurer sur le titre de manière claire et non équivoque.
272. D’autre part, cette indication répond aussi à la nature bien stricte et
rigoureuse de la lettre de change ; c’est qu’il s’agit d’un engagement cambiaire
interdisant tout délai de grâce, et supposant que la date d’exigibilité de la
créance soit fixée dès l’émission du titre. Bien que les textes de la loi ne fixent
aucune limite, l’échéance ne pourrait pas dépasser plus de quelques mois de la
création de la lettre.
146
Amiens, 15 oct. 1993 : JCP 1994. II. 22258, note Mossot-Durin.
147
Comp. Com. 18 janv. 1994, RJDA 1994. 540.
148
ROBLOT (R), «Fasc. 425 : Lettre de Change – Acceptation », JCP, 2 Juin 2014, LexisNexis SA, n° 70.
149
T. com. Lyon, 9 févr. 1970 : Banque 1970, p. 816, obs. X. Marin ; RTD com. 1970, p. 750, n° 1, obs. M.
Cabrillac et J.-L. Rives-Lange.
150
BONHOMME (R.), Instrument de crédit et de Paiement, 10e éd. L.G.D.J – 2013 – p. 102.
87
273. D’ailleurs, la stipulation de l’échéance dans l’article L.511-1 du Code de
commerce a une portée large et générale, complétée par une série de textes qui
prévoient quatre façons d’indiquer l’échéance et ainsi de tirer une lettre de
change (article L. 511-22 e s.) : à vue, à un certain délai de vue, à un certain
délai de date, ou à jour fixe. L’échéance doit être unique, à peine de nullité
(article L. 511-22-II du Code de commerce151).
Indication à vue (art. L. 511-23 [Link]) La lettre est payable dès qu’elle est
présentée au tiré par le porteur, et elle peut l’être à tout moment car le
bénéficiaire ou le porteur choisit librement la date à laquelle sera présentée au
paiement la lettre de change, dans l’année de création, sauf mention contraire
apposée sur le titre.
à jour fixe : c’est la façon la plus simple qui est l’indication du jour de
l’échéance sur le titre.
à un certain délai de date: dans cette hypothèse, le délai indiqué sur le titre court
à compter de la date de création de la lettre obligatoirement mentionnée (ex. à
45 jours ou à un mois à compter de 1er janvier 2018)
à un certain délai à vue : l’art. L.511-24 du Code de commerce dispose que
l'échéance d'une lettre de change à un certain délai de vue est déterminée, soit
par la date de l'acceptation, soit par celle du protêt152 ; cela signifie que la lettre
est payable tant de jours ou de mois à compter de son acceptation par le tiré ou
de la constatation de son refus de l’accepter.
Pareillement, une lettre de change électronique doit prévoir une date d’échéance
en recourant à l’une des trois formes ainsi présentées ci-dessus.
151
Article L. 511-22 du Code de commerce, version consolidée au 20 octobre 2016.
152
Le protêt est acte authentique dressé par un huissier à la demande du porteur d'un effet de commerce,
d'une lettre de change ou d'un chèque pour constater, après sommation, soit le non-paiement à l'échéance de
l'effet (protêt faute de paiement), soit le refus d'acceptation d'une traite. Voir la définition sur le site
[Link].
88
275. En principe, une lettre de change doit comporter cette indication à peine de
nullité ; pourtant cette nullité est rarement prononcée dans la mesure où l’article
L.511-1 alinéa 4 du Code de commerce153 dispose qu’à défaut d’indication du
lieu du paiement, le lieu désigné à côté du nom du tiré est réputé être le lieu du
paiement en même temps que le domicile du tiré. Cette présomption du lieu de
paiement est maintenue lorsque nous envisageons le cas d’une lettre de change
électronique.
153
V. aussi Article 2 de la Convention de Genève portant loi uniforme sur les lettres de change et billets à
ordre, Genève, 7 juin 1930 :
[Link]
154
Est nul le titre qui ne contient pas le nom de celui auquel ou à l’origine duquel, le paiement doit être fait :
Com. 6 juil. 1965, D. 1966. 24.
155
Désignation par la signature d’endossement du tireur, Com. 9 mars 1976, Bull. nᵒ85 ; RTD com. 1976.
754, obs. Cabrillac et Rives-Lange ou par celle du souscripteur du billet à ordre, l’identité entre souscripteur
et bénéficiaire n’étant pas prohibée et l’endossement du souscripteur le désignant lui-même implicitement
comme bénéficiaire : Com. 13 sept, 2011, nᵒ10-19963, Bull. nᵒ129 ; D. 2011, act. 2269, obs. Delpech ; JCP
G 2011. 1046, obs. Lasserre Capedeville ; Banque et Dr. Nov. 2011, 15 obs. Bonneau ; Gaz. Pal., 28 oct.
2011. 31, n. Houin-Bressand.
89
279. - Le lieu et la date de création de la lettre de change - Si nous supposons
que l’indication du lieu de création de la lettre de change est presque sans intérêt
dans les relations internes, elle est par contre très utile et son importance surgit
lorsque nous sommes en mesure de régler un conflit de lois dans une relation
internationale. Comme par exemple lorsque la lettre est payable dans un pays
autre que celui de sa création. Dans ce cas, ça sera le lieu d’émission de la lettre
de change qui détermine la loi applicable aux rapports cambiaires.
282. Concernant la date de création de la lettre, il est très important de dater une
lettre de change, et cela s’explique pour plusieurs raisons. D’abord la mention
de la date de création est importante pour apprécier la capacité des parties au
moment de la création de la lettre, permettant de vérifier si le tireur avait, au
moment de la création de la lettre de change, la capacité et le pouvoir de
l’émettre.
284. En cas d’omission de date, une jurisprudence constante décide que la lettre
de change est nulle156 et que le titre ne peut plus valoir comme lettre de change.
Il est ainsi indispensable de mentionner la date de création du titre dans une
156
Com. 9 mai 1962, Bull. civ. III, nᵒ 247. Com. 7 nov. 1979, Gaz. Pal. 1980. 1.44, note J.D. ; RTD com.
1980. 115, obs. Cabrillac et Rives-Lange. Com. 29 juin 1983, Bull. civ. IV, nᵒ 198. Com. 13 mars 1985,
Bull. civ. IV, nᵒ97; D. 1985. IR. 418, obs. Cabrillac. Com. 7 oct. 1987, D. 1988. Somm. 51, obs. Cabrillac.
90
lettre de change électronique pour les mêmes raisons que nous venons
d’évoquer pour la lettre de change manuscrite.
285. - Signature du tireur - Le tireur doit apposer sa signature sur le titre. Cette
exigence de la signature du tireur est primordiale pour matérialiser l’engagement
cambiaire du tireur puisqu’il est le premier à s’obliger cambiairement.
288. En apposant leur signature, les parties expriment leur accord sur la nature
cambiaire de leur engagement. Or, la signature par chacune des parties est
irremplaçable tant pour une lettre de change papier ou par voie électronique afin
de produire ses effets juridiques.
91
C. Les exigences de fond d’une lettre de change
290. Comme tous les actes juridiques, la lettre de change doit répondre aux
conditions générales de validité des actes juridiques touchant la capacité, les
pouvoirs, le consentement, l’objet et la cause.
1) Le consentement du tireur
291. Le consensualisme est un principe fondamental en droit civil, selon lequel
un contrat se forme par le seul échange de consentement sans qu’aucune forme
particulière ne soit nécessaire ; et qu’en vertu de ce principe, un document écrit
et signé n’est pas une condition de formation du contrat. Que tout contrat est
consensuel à moins que la loi dispose autrement.
157
Gavalda et Stoufflet, Op. Cit., p.55.
158
Code civil, version consolidée au 9 octobre 2016.. [En ligne :
[Link]
159
J. Flour et J.-L. Aubert, les obligations, l’acte juridique, 8e éd., Armand Colin, 1998, nᵒ344 ; selon la
doctrine, la nullité relative correspondait davantage à la sanction d’un défaut portant atteinte ici à un intérêt
particulier.
92
295. D’ailleurs, une lettre de change est un acte de nature cambiaire, ce qui lui
fait exception à la règle ; bien qu’un vice de consentement soit caractérisé dans
le rapport fondamental entre le tireur et le tiré, la lettre de change est en mesure
de produire pleinement ses effets cambiaires à l’égard des autres parties
signataires. Cela s’explique par deux notions qui caractérisent l’engagement
cambiaire :
298. D’autre part, la règle de l’inopposabilité des exceptions est une autre
notion qui caractérise l’engagement cambiaire. D’après ce principe, Les
personnes actionnées en vertu de la lettre de change (ex : tiré accepteur,
endosseur, tireur), ne peuvent pas opposer au porteur les exceptions fondées sur
leurs rapports personnels avec le tireur ou avec les porteurs antérieurs. En effet,
il y a purge des exceptions à chaque transmission. Ainsi ce principe de
l’inopposabilité des exceptions ne donne pas le droit aux parties de se prévaloir
160
Par ex., en cas d’émission au nom d’une société par une personne sans pouvoir, l’obligation au paiement
du tiré accepteur reste valable : Com. 15 juin 1993, Bull. nᵒ 247 ; RTD com. 1993. 690, obs. Cabrillac et
Teyssié.
93
d’un vice quelconque sur un rapport antérieur pour contester l’acte vis-à-vis
d’un porteur de bonne foi.
299. Cette solution est retenue par la convention de Genève en 1930 portant loi
uniforme sur les lettres de change et billets à ordre, dans son article 10 161 qui
prévoit que « Si une lettre de change, incomplète à l’émission, a été complétée
contrairement aux accords intervenus, l’inobservation de ces accords ne peut
pas être opposée au porteur, à moins qu’il n’ait acquis la lettre de change de
mauvaise foi ou que, en l’acquérant, il n’ait commis une faute lourde ». Nous
retenons de ce texte que lorsque le porteur est de bonne foi et n’a pas commis
une faute qualifiée de grave, il peut toujours bénéficier de principe de
l’inopposabilité des exceptions pour demander l’exécution de la lettre.
1) Falsification de signature
301. La règle de droit dicte ici que nous ne pouvons pas imposer au tireur
d’honorer un engagement qu’il n’a pas consenti ou dont le consentement est
vicié.
161
Convention portant loi uniforme sur les lettres de change et billets à ordre (Genève, 7 juin 1930), [En
ligne: [Link]
162
Putman, nᵒ53; Gavalda et Stoufflet, Op. Cit., nᵒ32 et en jurisprudence Civ. 17 déc. 1884, DP 1885. 1. 102.
94
sera pas engagée et peut opposer au porteur cette nullité, peu importe que
l’imitation ait été parfaite.
307. Une altération de l’effet implique une modification importante dans le sens
où elle aura pour effet de modifier la situation juridique d’un ou plusieurs
signataires de la lettre de change. Les altérations les plus fréquentes se
produisent sur le montant de la lettre et sur la date d’échéance. Si par exemple
l’une des parties ajoute un zéro à la somme figurant sur le titre, ça doit
caractériser une altération significative à l’acte ; alors dans ce cas l’engagement
du tireur se limite au montant figuré dans le texte primitif, et il ne peut pas être
163
Faux en écriture de commerce; Code pénal, art. 441-1 et s. ; v. sur ces aspects, M. Cabrillac et C. Mouly,
Droit pénal de la Banque et du Credit, Masson, 1982, nᵒ349 ; v. une application par Com. 2 déc. 1997, JCP
E 1998. 151, où il est jugé que les juridictions civiles doivent surseoir a statuer jusqu'à l’issue de la
procédure.
164
Le Cannu (P.), Granier (T.), Routier (R.), Op. Cit., p. 301.
165
Com. 11 janv. 1972, [Link]. IV, nᵒ17; Com. 12 oct. 1993, JCP 1995. II.22378, note Bazin ; Régine
Bonhomme, Instrument de crédit et de Paiement, 10e éd. L.G.D.J – 2013, p. 111.
95
engagé à honorer la lettre dans sa nouvelle forme modifiée à son insu, même à
l’égard d’un porteur de bonne foi.
Le mineur
309. Comme la lettre de change s’analyse en un acte de commerce par la forme,
le tireur doit avoir la capacité pour effectuer des actes de commerce 166 ; il n’est
pas nécessaire pour autant qu’il ait la qualité de commerçant.
311. Il s’agit là pour la plupart des auteurs d’un texte de portée générale dans le
sens où un mineur ne peut souscrire une lettre de change, même à titre
occasionnel, car d’après l’article L. 110-1 du Code de commerce, cette
incapacité générale d’exercice du mineur repose sur le fait que la signature
d’une lettre de change est un acte de commerce par la forme. Un tel acte ne
pouvait être accompli ni par le mineur émancipé (sauf s’il était commerçant
avec une autorisation spéciale), ni même par son représentant légal.168
96
obligations. Seul le mineur ou son représentant légal peut invoquer la nullité du
titre dans un délai de cinq (5) ans à partir du jour de la conclusion de la lettre.
313. Donc nous retenons le principe selon lequel un mineur émancipé ne peut
pas valablement signer une lettre de change pour un acte qu’il n’a pas la
capacité d’accomplir seul, et son représentant légal ne pouvait pas l’engager
dans une opération cambiaire 169.
316. De plus, il est encore possible d’invoquer à l’encontre du mineur les règles
de l’action de in rem verso (enrichissement sans cause), s’il a tiré un
enrichissement du fait de sa signature sur l’effet. En tout état de cause, si le
mineur commet un délit ou un quasi-délit lors de sa signature sur l’effet, il doit
réparer le préjudice qu’il a causé au porteur.
169
Pour l’affirmative, v. J. Stoufflet, nᵒ 28, qui se fonde notamment sur l’abrogation par la loi du 5 juil. 1974
de l’article 3 du Code de commerce. Contr, P. Delebecque et M. Germain, nᵒ 1959, pour qui « le désir
d’épargner aux incapables les rigueurs spéciales du droit de change » interdit au représentant d’engager
l’incapable ; M. Cabrillac, La lettre de change dans la jurisprudence, nᵒ1, p. 13 s.
170
Loi nᵒ2010-658 du 15 juin 2010 relative à l’entrepreneur individuel à responsabilité limitée.
171
L’incapable peut opposer son incapacité à tous, même au tiers porteur de bonne foi. Civ. 19 févr. 1869 :
DP 1856.1.86. Paris, 17 juill. 1894 : DP 1895.2.25, note Thaller Paris, 10 nov. 1925 :DP 1926.2.139, note
H.L.
172
Com. 21 dec. 1959, D. 1960.262.
97
317. Pour admettre une action in rem verso à l’encontre de mineur, le juge
français exige la preuve que ce mineur avait conscience de sa faute 173. Cette
solution retenue vaut non seulement pour les incapables mineurs, mais aussi
pour les incapables majeurs (art. L. 511-5 al. 2 [Link]) auxquels le législateur a
assimilé les consommateurs qui ont recours à certains crédits (immobiliers ou à
la consommation).
Majeurs incapables
318. Concernant les personnes majeures protégées, il est nécessaire de
distinguer suivant le régime de protection. L’engagement du tireur de la lettre de
change peut-être annuler sur le fondement de l’article 414-1 du Code civil, si la
preuve a été apportée que son consentement a été donné à un moment où il
souffrait d’un trouble mental.
319. L’article 473 du Code civil frappe le majeur en tutelle d’une incapacité
générale. Il lui est ainsi impossible d’émettre une lettre de change.
Le Consommateur
320. Pour le consommateur, l’article L.313-13 du Code de la consommation fait
référence à l’article L.511-5 du Code de commerce pour accorder le même
traitement de mineurs aux consommateurs pour les lettres de change et les
billets à ordre souscrits par les emprunteurs même majeurs à l’occasion des
opérations de crédit à la consommation ou de crédit immobilier.
173
Req.15 nov. 1898 et 21 mars 1899, S. 1899. 1. 225, note Wahl.
174
Civ 1ère, 30 sept. 1997, RTD com. 1998.181, obs. Cabrillac.
98
322. Ὰ l’inverse, une directive européenne du 22 décembre 1986 sur la
protection des consommateurs175 permet l’utilisation des lettres de change,
même si elle autorise les Etats membres à prendre des mesures plus strictes,
dans un but de protection, que celles contenues dans la directive.
3) Les pouvoirs
323. Le pouvoir se présente en général comme une prérogative permettant à une
personne d’effectuer des actes juridiques pour le compte d’autrui176. Il est très
fréquent qu’un tireur souscrive une lettre de change pour le compte d’autrui.
C’est bien souvent le cas lorsque la lettre est émise par le représentant légal
d’une personne morale.
324. Nous examinons ici deux hypothèses dans lesquelles le tireur se trouve
représenter par un mandataire qui agit vis-à-vis des tiers :
326. Il s’agit d’une pratique très fréquente lorsque le tireur est une personne
morale, représentée par ses dirigeants. Les limitations statutaires des pouvoirs
des dirigeants de sociétés sont en principe inopposables aux tiers et un usage
bancaire constant dispense le banquier escompteur177 d’exiger la justification
des pouvoirs de la personne qui a apposé la signature178.
175
Directive Européenne n°87-102 du 22 décembre 1986, JOCE du 12 février 1987 page 48.
176
V. E. Garillard, La notion de pouvoir en droit privé, Economica, 1985, pref. Cornu, nᵒ65 s. ; P. Malaurie
et L. Aynes donnent une autre définition : « aptitude d’une personne a engager des biens par ses actes (les
siens ou ceux d’autrui) », Les obligations, Défrenois, 4e éd., 1997, nᵒ 803.
177
L’escompte il s’agit d’une opération de crédit par laquelle le porteur d’une lettre de change en transfère la
propriété à un banquier, qui en avance immédiatement le montant (diminué de sa rémunération) et sera
remboursé à l’échéance grâce au paiement par le tiré. Définition rapportée par Régine Bonhomme, Op. Cit., ,
nᵒ160.
178
V. dans ce sens, Com. 9 mars 1999, RTD com. 1999. 929, obs. Cabrillac ; RDBF 1999. 94, obs. Crédot et
Gérard.
99
327. - Tirage pour compte - Le tirage pour compte est prévu à l’article L.511-2
alinéa 3 du Code du commerce qui dispose que la lettre de change peut-être tirée
pour le compte d’un tiers ». Nous parlons de tirage pour compte lorsque le tireur
qui agit pour le compte d’autrui ne révèle pas aux tiers cette qualité et se
présente comme un tireur ordinaire. Cette émission se distingue de l’autre tirage
par mandataire par le fait que le tireur pour compte agit personnellement comme
tireur.
328. Ainsi le tirage pour compte est un cas de tirage imparfaite, occulte, qui
évoque le contrat de commission dans lequel le tireur pour compte est qualifié le
véritable créateur du titre, et ce n’est que lui qui apparait sur le titre. Bien que le
donneur d’ordre n’apparaisse pas sur le titre, il sera tenu de fournir la
provision179.
329. Un exemple fréquent de tirage pour compte est l’hypothèse dans laquelle
une convention extra-cambiaire investit un cabinet de recouvrement des
créances qui se charge de recouvrer les fonds pour le compte de ses clients,
donneurs d’ordre, ou bien un fournisseur qui, pour des raisons de stratégie
commerciale, préfère rester caché, etc.180
330. Quant aux effets du tirage pour compte, en règle générale, le tireur pour
compte se trouve tout seul engagé vis-à-vis des tiers et des porteurs successifs,
et qu’aucune action cambiaire ne pourrait être intentée contre le donneur d’ordre
puisqu’il s’agit d’un mandat occulte qui évite tout rapport juridique entre le
donneur d’ordre et les tiers qui ne connaissent que le tireur pour compte.
331. Pourtant la théorie du mandat réapparait dans les rapports liant le donneur
d’ordre du tiré : le tiré qui aurait payé sans avoir reçu provision a la possibilité
de se retourner contre le donneur d’ordre181. Ainsi une restriction à la règle
générale existe dans les rapports du tireur pour compte et du tiré qui doit
179
Le Cannu (P.), Granier (T.), Routier (R.), [Link]. , p.317.
180
V. Com. 29 nov. 1994, Bull. nᵒ 353; RTD com. 1995. 173, obs. Cabrillac: tirage par le cédant Dailly pour
compte du cessionnaire, après notification de la cession; le tiré accepteur peut être des lors oppose le défaut
de provision au donneur d’ordre (cessionnaire de la créance) qui n’a pas la qualité d’un tiers porteur.
181
Com. 10 mars 1970, Bull. Civ. IV, nᵒ91 rejetant un pourvoi contre Paris, 24 janv. 1968, RTD com, 1969.
130, obs. Cabrillac et Rives-Lange.
100
réclamer la constitution de la provision au donneur d’ordre et non au tireur pour
compte (C. com., art. L. 511-7, al. 1er). Dans ce dernier rapport entre le donneur
d’ordre et le tireur pour compte, ce sont les règles extra-cambiaires du mandat
qui s’appliquent puisqu’il ne s’agit pas d’un rapport cambiaire.
4) L’objet et la cause
332. Quant à l’objet de l’obligation cambiaire, elle est principalement sous
forme pécuniaire caractérisé par le paiement d’une somme d’argent. L’objet doit
également être licite et ne pourrait pas être le résultat d’un acte illicite ou interdit
par la loi.
335. Cette solution est fondée sur la théorie du caractère abstrait pris par le
signataire de la lettre de change le privant de la protection assurée en droit
commun par la théorie de la cause.
336. Citons ici quelques exemples sur la cause illicite : le cas d’une lettre émise
en vue du règlement du prix d’une maison de tolérance ou d’une clientèle
médicale, dans la mesure où nous la considérons comme étant hors commerce,
ou bien pour réaliser une donation prohibée ou bien encore en vue d’une
dissimulation fiscale183.
182
Code Civil, version consolidée au 9 octobre 2016.
183
Cass. Com., 19 juillet 1982 : Bull. civ. 1982 : Bull. civ. 1982, IV, nᵒ279, p. 240.
101
337. Or, si l’absence ou l’illicéité de la cause est apparente sur le titre (c.-à-d. il
est clairement mentionné sur le titre la consistance illicite de la valeur fournie),
la nullité de l’engagement du tireur sera opposable à tous les porteurs de
mauvaise foi ; les autres engagements n’étant pas affectés dans la mesure où ils
n’ont pas la même cause.
339. Les effets de complaisance sont à la base un terme financier qui s’emploie
dans le monde des affaires lorsque nous envisageons l’hypothèse d’un
commerçant qui connait une gêne financière et qui demande à un ami de lui
rendre service en l’autorisant à tirer sur lui une lettre de change bien qu’il ne soit
titulaire à son égard d’aucune créance, ni présente ni en formation.
340. Cette opération s’effectue à l’insu de la banque qui ignore les conditions de
l’émission en lui faisant croire que le tireur est effectivement créancier à terme
d’une certaine somme sur le tiré. Ainsi le tireur, dans cette hypothèse, appelé
complu, obtient grâce au tiré appelé complaisant les liquidités dont il a besoin
auprès de la banque.
102
rembourser, le tiré tirera sur le tireur un effet aussi fictif que le premier (tirage
croisée), qu’il veillera à faire escompter par un autre banquier184.
344. Après avoir traité la lettre de change, nous traitons ensuite un autre titre qui
fait partie de la famille ‘effet de commerce’, le titre ‘billet à ordre’ ressemble en
partie à la lettre de change mais qui détient une forme assez simplifié.
184
Régine Bonhomme, Op. Cit., p. 115. Dans ce sens, voir Christine Lassalas, « Fasc. 550 : Escompte », 1er
Janvier 2016, JurisClasseur Banque - Crédit – Bourse, n°13 : « S'agissant d'effets de complaisance, le
souscripteur n'entend pas effectuer le paiement à l'échéance. Aussi, le tireur en émettra une seconde qu'il
proposera à l'escompte et fournira ainsi au tiré la somme d'argent nécessaire pour effectuer le paiement du
premier effet. Cette opération, lorsqu'elle se renouvelle, aboutit à la création d'effets de cavalerie,
expression justifiée par le chevauchement des effets de complaisance ».
185
Et peuvent être constitutive d’escroquerie si elles s’accompagnent de manœuvres frauduleuses: v. Crim.
20 juin 1983, Bull. nᵒ189, RTD com. 1984. 492, obs. Cabrillac et Teyssié ; P. Delebecque et M. Germain,
nᵒ1984 et les réf. cit. ; M. Cabrillac , La lettre de change dans la Jurisprudence, nᵒ39, E, p. 159. Pour un
exemple récent d’utilisation de lettre de change fictive : Crim. 4 avr. 2012, nᵒ11-81332, Gaz. Pal., 22 sept.
2012. 23 s., n. Morel-Maroger.
103
II. FORMATION DU BILLET À ORDRE
345. Est qualifié d’effet de commerce, le billet à ordre qui est un écrit par lequel
un souscripteur s’oblige à payer une somme d’argent à l’ordre d’un preneur ou
bénéficiaire, à une date déterminée et s’oblige à payer si le tiré ne le fait pas186.
347. Deux remarques peuvent ici être soulignées. D’une part, le souscripteur
d’un billet à ordre cumule les qualités de tireur et de tiré ; par conséquent, la
théorie de l’acceptation que nous envisageons dans le rapport tireur-tiré dans
une lettre de change n’aura pas lieu dans un billet à ordre. De même avec la
théorie de la provision qui n’aurait aucune signification dans un billet à ordre.
349. Le billet à ordre est un titre négociable, qui répond aux mêmes
caractéristiques de la lettre de change en tant qu’effet de commerce. Pourtant, à
la différence de la lettre de change, le billet à ordre présente une structure plus
simple188 car sa création n’intéresse que deux personnes dont l’une, celle qui
s’engage cambiairement (le souscripteur) et qui se présente comme étant le
débiteur principal de l’effet.
186
Régine Bonhomme, Op. cit.,, nᵒ238.
187
Le Cannu (P.), Granier (T.), Routier (R), Op. cit. , nᵒ485.
188
J. Stoufflet, Op. cit, nᵒ151.
104
350. Malgré quelques différences techniques, le billet à ordre et la lettre de
change incorporent tous les deux une créance de somme d'argent, payable au
porteur, à une date déterminée.
351. Ce rapprochement entre les deux titres se manifeste dans leur régime
juridique respectif qui leur rapproche de manière significative. En fait le régime
du billet à ordre est inspiré de celui de la lettre de change et suit son modèle
pour produire ses effets juridiques.
354. D’un autre côté, cette transposition ne doit pas s’effectuer de manière
automatique mais plutôt raisonnée ; cela revient à dire que le renvoi est effectué
aux dispositions relatives à la lettre de change dans la mesure où elles ne sont
pas incompatibles avec la nature du billet à ordre190.
Or, nous étudierons les conditions de validité d’un billet à ordre, en commençant
par les exigences de forme (A) puis celles de fond (B)
189
C. com., art. L. 512-3 à L. 512-8. - Conv. LU, annexe I, art. 77.
190
V. par ex. l’application des principes régissant la coexistence d’un effet et d’un bordereau Dailly : Com.
10 mars 1998, RTD com. 1998. 648, obs. Cabrillac ; D. 1998. 620, note Goyet.
105
soit expressément indiqué dans le titre et mentionné sur la facture. Il s’agit là
d’une règle d’ordre public dont les parties ne peuvent pas déroger191.
191
Le Cannu (P.), Granier (T.), Routier (R), Op. cit., nᵒ486.
192
Com. 12 févr. 1991, D. 1991. Somm. 216, obs. Cabrillac; [Link], nᵒ64.
106
4) Indication de l’échéance. La détermination de l’échéance s’effectue, par renvoi
de l’art. L. 512-3, aux arts. L. 511-22 à L. 511-25 concernant la lettre de change.
L’échéance doit être indiquée dans le titre, sinon le billet sera réputé payable à
vue (art. L.512-1, II).
359. Des règles particulières sont prévues par l’article L. 512-7 du Code de
commerce pour la détermination de l’échéance d’un billet à ordre payable à un
certain délai de vue (ex : à trois mois de vue, je paierai…)
107
obligatoire qui se trouve incompatible avec le régime des billets à ordre
internationaux et la signature électronique que le commerce international a
reconnus depuis plus qu’une dizaine d’années.
364. Ainsi les questions qui se posent dans une lettre de change en tant qu’acte
de commerce n’auront pas lieu dans un billet à ordre. Par exemple la question
relevant de la souscription d’un effet pour le compte d’un incapable est liée à la
nature de la lettre de change, ce qui n’existe pas pour le billet à ordre.
365. Il convient aussi de rappeler que, comme nous avons signalé dans la lettre
de change, l’engagement du souscripteur d’un billet à ordre est nul s’il est
entaché d’un des vices mentionnés à l’article 1109 du code civil198.
196
Rouen, 14 juin 1963, D. 1963.636 ; Banque 1963.866, obs. Marin, V. Ss nᵒ517.
197
J. Stoufflet, Op. Cit., nº 154.
198
En ce sens pour l’aval d’un billet à ordre : Renne, 1e ch. B, 22 juin 2006, IV, 3467.
108
366. En ce qui concerne la cause du billet à ordre, la théorie de la provision
n’existe pas dans un billet à ordre. Dans ce dernier, le souscripteur s’engage lui-
même à payer le montant, ce qui signifie que cet engagement trouve sa cause
dans le rapport fondamental qui lie le souscripteur au bénéficiaire.
369. D’ailleurs, il faut préciser que des efforts sont aboutis en matière
d’unification des règles de droit, en prenant acte de l'existence de principes
communs à l'ensemble des effets de commerce. Citant par exemple la
Commission des Nations Unies pour le droit commercial international
(CNUDCI) auprès de qui une équipe de recherche était dévouée pour
l'uniformisation du régime de la lettre de change et du billet à ordre au plan
mondial.
370. Bien que ces efforts aient abouti à des textes importants qui servent dans le
commerce international, l'ambition unificatrice qui les motivait n'a pas encore
complètement abouti. Il en résulte qu'à côté des règles uniformes issues du droit
conventionnel, les règles de conflit de lois du droit international privé ont encore
vocation à s'appliquer.
199
Paris, 14e ch. B, 26 sept. 1997 : D. 1997, inf. Rap. O.221. – Paris 3e ch. C, 20 Janv. 1995: D. 1996, somm.
P. 34, obs. Cabrillac).
109
PARAGRAPHE II : INSTRUMENTS FINANCIERS DE
GARANTIE DE CRÉANCE : WARRANTS ET LES
RÉCEIPISSÉS D’ENTREPÔT
(« LES DOCUMENTS TITRES »)
I. Notion de warrant-gage.
372. Il s’agit d’une variété de billet à ordre dont le paiement est garanti par un
gage constitué sur des marchandises déposées dans un magasin général ou des
marchandises que le souscripteur s'engage à conserver chez lui. Ainsi la
particularité du warrant-gage est de réunir dans le même titre la promesse de
payer à court terme une somme d'argent et la mise en gage d'un ou de plusieurs
biens meubles corporels.
373. Ici le warrant-gage se diffère d’un billet à ordre classique. Bien qu’il s'agit
d'un effet de commerce par détermination de la loi (C. com., art. L. 522-35), la
fonction du titre consiste essentiellement à garantir un emprunt : c’est que
l’émission de warrant garantit le plus souvent le remboursement d'un prêt ou
d'une ouverture de crédit.
374. Le warrant présente un avantage par rapport au billet à ordre, c’est qu’il
mobilise une créance garantie par une sûreté c.-à-d. que la constitution de gage
se trouve intégrée dans le mécanisme du titre.
376. Il parait inévitable d’admettre le fait d’avoir cette sûreté dans le titre
implique des règles particulières qui modifient la portée des obligations du
souscripteur et les voies de recours cambiaires dont bénéficie le titre en tant que
billet à ordre.
110
377. Le warrant, en tant que gage, est un écrit qui relève de l'article 1108-1 du
Code civil et pourrait donc être conclu par voie électronique mais il tombe sous
le coup des exceptions prévues par l'article 1108-2 du même Code et ne peut
donc être établi par voie électronique que s'il est constitué par une personne pour
les besoins de sa profession.
378. Il est ici important de souligner qu’il ne faut pas confondre le ‘warrant-
gage’ faisant l’objet de la présente section avec le ‘warrant financier’ qui ne
porte pas la même signification ; ce dernier est défini comme un instrument
financier conférant à son titulaire la faculté d'exercer une option d'achat (call
warrant) ou de vente (put warrant) sur un élément sous-jacent de nature diverse,
tels des valeurs mobilières, paniers ou indices de valeurs mobilières, devises,
taux d'intérêt, matières premières, etc. 200
380. Tant que le warrant est un document titre qui représente des biens
mobiliers, il ne constitue un effet de commerce et ne devient un véritable billet à
ordre qu’à partir du moment où il fait l’objet d’un premier endossement. Ce
premier endossement ne constitue pas uniquement une simple opération de
transmission du titre mais c’est le moment de la création de warrant en tant que
billet à ordre.
200
HOVASSE (H.), "Fasc. 2030 : Warrants financiers ", JurisClasseur Banque - Crédit – Bourse, 1er Août
2012.
111
titre et qu'il transmet à celui-ci le droit de gage qu'il constate, lorsque le warrant
est à la fois un effet de commerce et une sûreté.
383. D’une part, les conflits de lois soulevés à propos du warrant par rapport à
son rôle en tant qu’effet de commerce se posent de la même manière lorsque
nous avons envisagé la différence entre la lettre de change et le billet à ordre.
384. Il est regrettable de savoir que bien que le warrant soit un effet de
commerce, il n’est pas soumis aux règles uniformes des Conventions de
Genève ; c’est que leur champ d’application est limité exclusivement aux lettres
de change et aux billets à ordre; aucune disposition particulière ne vient unifier
son régime ou fixer de règle de conflit de lois particulière le concernant : le droit
international privé commun a donc vocation à régir le warrant dans son entier.
385. Tant que le statut juridique de warrant échappe à la loi uniforme ; en droit
français, il est son fondement juridique dans une ancienne ordonnance datée de
6 aout 1945, puis elle fut modifiée par les dispositions de la loi du 28 mai 1858.
Depuis la mise en application de l’ordonnance du 18 septembre 2000, les
dispositions de l’ordonnance de 1945 ont été intégrées dans le texte du Code de
commerce (les articles L. 522-24 et suivants201).
386. D’autre part, dans sa fonction en tant que gage, le warrant donne naissance
à d'autres conflits de lois qui s'articulent autour de la marchandise gagée et font
donc intervenir la lex rei sitae202. le warrant se voit en principe appliquer la "lex
rei sitae" (‘ La loi de la situation de la chose’). Ce terme qui gouverne le gage
sur les meubles. Dans ce sens en droit international privé, la loi française est
201
Le Cannu (P.), Granier (T.), Routier (R), Op. cit., nᵒ 502.
202
THOMAS (V.), Fasc. 566-20 : Effets de commerce. - Lettre de change et billet à ordre. – Warrant ;
JurisClasseur Droit international, 30 Octobre 2002, nᵒ131.
112
"seule applicable aux droits réels dont sont l'objet les biens mobiliers situés en
France”.
388. Pourtant, en tant que sûreté réelle conventionnelle le warrant est rattrapé
par la question qui porte sur le domaine respectif de la lex rei sitae et de la loi du
contrat qui en est à l'origine ; qu'il faut distinguer entre le droit réel lui-même et
la cause lui donnant naissance.
389. Il y a ainsi cumul des deux lois : la loi du contrat qui détermine si la sûreté
a un fondement valable, puis la loi de la situation dira si ce type de sûreté peut
exister. C'est de la sorte que les conditions d'existence de la sûreté doivent être
vérifiées, la lex rei sitae ayant ensuite vocation à régir exclusivement les effets
de la sûreté, à savoir les prérogatives du créancier sur la chose ainsi que les
causes d'extinction de la sûreté.
390. Selon le type de warrant, le gage porte sur des marchandises déposées dans
un magasin général (warrant avec dépossession) soit sur certaines formes de
marchandises, limitativement énumérées par des textes particuliers, restant en la
possession du constituant du gage (warrant sans dépossession).
113
A. Warrant avec dépossession
391. Les warrants avec dépossession sont aussi appelés les ‘warrants des
magasins généraux’ ; ils sont des effets de commerce garantis par un gage
portant sur des marchandises déposées dans un magasin général203.
392. Un magasin général est un entrepôt dans lequel des industriels, des
commerçants, des agriculteurs ou des artisans peuvent déposer des matières
premières, des marchandises, des denrées ou des produits fabriqués. Ce magasin
général délivre au déposant qui en fait la demande un titre appelé récépissé-
warrant. C’est l'exploitant (personne physique ou société) de ces entreprises
privées, ayant la qualité de commerçant, qui est habilité à délivrer aux déposants
ces récépissés warrants.
203
Patrice Bouteiller, Fasc. 765 : Gage Warrant, 6 Avril 2016, JurisClasseur Banque - Crédit – Bourse,
n°111.
204
Patrice Bouteiller, Op. cit., n°112.
114
un agriculteur soit une société coopérative agricole ou d'une
société d'intérêt collectif agricole (SICA)205. (C. rur., art. L.
342-1206).
395. Un warrant, comme tout autre effet de commerce, doit répondre à certaines
conditions de forme (A) et de fond (B).
A. Conditions de forme
1) Mentions obligatoire.
396. Il s’agit ici de certaines mentions obligatoires prévues à l’article L.522-24
du Code de commerce : les unes doivent figurer au recto du titre ; les autres au
verso : Au recto, le titre doit porter les mêmes mentions que le récépissé
205
Patrice Bouteiller, Op. cit., n°113.
206
Code rural et de la pêche maritime, version consolidée au 3 décembre 2016. [En ligne :
[Link] ].
207
Patrice Bouteiller, Op. cit., n°120.
208
Patrice Bouteiller, Op. cit., n°121 et 122.
115
constatant le dépôt dans le magasin général209. Aux termes de l’article L.522-24
[Link] sont obligatoire les mentions suivantes : le nom, profession et domicile
du déposant, la nature de la marchandise et les indications propres à en établir
l'identité et à en déterminer la valeur. Bien qu’il ne soit pas inclus dans la liste
ci-dessus, il est important de mentionner dans le titre la date du dépôt et la
signature de l'exploitant.
397. Quant aux mentions qui figurent au verso du titre, il vaut remplir la clause
suivante: « Bon pour transfert du présent warrant à l'ordre de M…, demeurant
à…, pour garantie de la somme de… payable le… », date et signature.
400. De même, l'omission d'une des mentions qui figurent au recto doit
entraîner la nullité du titre en tant que warrant, mais le titre peut conserver la
valeur d'un billet à ordre si les mentions obligatoires du verso sont complètes210.
2) Mentions facultatives.
402. - Clause non à ordre - Cette clause non à ordre qui implique que le warrant
doit être transmis par la voie de la cession de créance. En fait le législateur
209
Patrice Bouteiller, Op. cit., n°111.
210
V. P. LESCOT et R. ROBLOT, loc. cit. ; R. ROBLOT, loc. Cit.
116
français ne prévoit pas expressément la clause non à ordre dans la liste des
mentions obligatoires, mais il a admis que le warrant peut être transmis par
endossement. Il en résulte que l'absence de la clause sur le titre n'empêche pas la
transmission par endossement.
403. Pourtant, le souscripteur peut avoir intérêt, pour son crédit en particulier, à
ne pas voir le titre souscrit par lui passer entre les mains d'un trop grand nombre
de personnes. Il lui sera donc possible de porter sur le titre le terme « non à
ordre » ou toute autre formule équivalente pour empêcher la transmission du
titre par endossement. Cette clause a été déclarée valable pour la lettre de
change, et il n'y a pas de raison de le refuser pour le warrant. Nous revenons
ainsi au texte de l’article L. 511-8 du Code de commerce qui prévoit dans cette
hypothèse de « non à ordre » que le titre ne sera transmissible que « dans la
forme et avec les effets d'une cession ordinaire ».
404. - Clause portant dispense de protêt - Le protêt est l’acte dressé par un
huissier ou un notaire qui constate le refus de paiement à l'échéance ou le refus
d'acceptation d'un effet de commerce par le débiteur.
405. La validité de cette clause dont le recours est accepté dans une lettre de
change, ne reconnait la même aisance en matière de warrants. En France la
doctrine est partagée pour accepter la clause dans un récépissé d’entrepôt211.
Pourtant ce problème ne paraît donner lieu à aucune jurisprudence et la clause
semble rarement employée en pratique.
406. Elle ne saurait avoir en tout cas qu'une utilité limitée, puisque la vente de
la marchandise, pour refus de paiement, doit être obligatoirement précédée d'une
sommation adressée au débiteur. Elle ne peut avoir d'intérêt que pour les recours
du porteur non payé contre les endosseurs du titre.
211
P. LESCOT et R. ROBLOT, Les effets de commerce, t. 2, 1953, n°840.
117
B. Conditions de fond.
408. Ainsi toute autre personne qui ne détient pas la qualité requise par la loi
d’après l’article L. 522-1 est de plein droit privé de la possibilité d’émettre un
warrant. Aux termes de l’article L.522-1 du Code de commerce, le warrant porte
sur des matières premières, des marchandises ou des denrées ou produits
fabriqués. Il est d’ailleurs important de souligner que le warrant repose sur la
mise en gage des stocks ; il est ainsi exclu toute mise en gage de matériel.
410. En fait Les travaux réalisés par la CNUDCI dans ce domaine ont
notablement participé à améliorer les pratiques dans les secteurs utilisant
actuellement des documents transférables électroniques, et créeront un
environnement dans lequel d’autres secteurs pourraient commencer à y
recourir213.
212
GABRIEL (H.), “Warehouse Receipts and Securitization in Agricultural Finance”, Revue de droit
uniforme, 2012, p. 369.
213
Rapport de la Commission des Nations Unies pour le droit commercial international, Groupe de travail
IV, Vienne, 29 octobre-2 novembre 2012, [En ligne: A/CN.9/[Link]/WP.119 P.13, nᵒ48]. .
214
Henry Gabriel, Op. Cit. p.102.
118
récépissés papier ; ces avantages retirés de l’expérience des marchés agricoles
nationaux où des récépissés d’entrepôt électroniques ont été utilisés.
413. Pour les producteurs agricoles, cela représente une augmentation claire des
avantages découlant de l’utilisation des récépissés d’entrepôt, à savoir un
meilleur accès au crédit et à des sommes plus importantes, la capacité de
répondre à différents niveaux d’offre et de demande dus aux fluctuations du
marché, et la capacité de vendre en gros et donc de réaliser des gains
supplémentaires grâce au volume de vente. Les acheteurs y gagnent également
car ils peuvent acheter de plus gros volumes et réguler la qualité des
marchandises.
415. Citons ici quelques exemples pour montrer le succès international des
récépissés d’entrepôt électronique. D’abord, en Inde, il y a le texte de l’article
11 de la Loi indienne sur l’entreposage (Warehousing (Development and
Regulation) Act) de 2007 qui prévoit explicitement l’utilisation de récépissés
d’entrepôt sous forme électronique215. Toutefois, l’article 2 du règlement de
2011 sur l’Autorité de développement et de régulation de l’entreposage en Inde
216
(Récépissés d’entrepôt négociables) exclut actuellement les récépissés
d’entrepôt négociables sous forme électronique.
215
La loi est entrée en vigueur le 25 octobre 2010 (on peut en trouver le texte intégral à l’adresse
[Link]
EVELOPMENT_AND_REGULATION_ACT_2007.pdf).
216
Le texte intégral du règlement est disponible à l’adresse [Link]
119
électronique dans le secteur agricole afin de commercialiser les stocks déposés
dans les entrepôts.
217
Créés par la loi n° 11.076/04, les certificats de dépôt et warrants agricoles sont des instruments de crédit
liés à la production déposée dans des entrepôts. Les certificats représentent la promesse de livraison des
marchandises déposées et les warrants accordent le droit de rétention sur les marchandises décrites dans les
certificats. Ces instruments sont corrélatifs, en ce sens qu’ils sont émis au même moment et se réfèrent au
même lot de marchandises. Ils sont émis par le dépositaire des marchandises qui appartiennent aux
propriétaires des stocks ou aux acheteurs successifs des instruments. Ils doivent être enregistrés et conservés
dans une entité habilitée par la Banque centrale. Dès ce moment, la négociation des instruments devient
nécessairement électronique. Les warrants permettent au porteur de constituer une garantie sur le produit
pour obtenir un prêt bancaire, alors que les certificats lui permettent de vendre les marchandises sans
qu’aucune taxe ne soit due jusqu’à ce que le propriétaire des instruments, en tant qu’agent économique, ne
souhaite effectivement utiliser le produit stocké pour la transformation ou la vente.
218
Sarel F. du Toit, Reflections on Bills of Lading and Silo Receipts used in the South African Futures
Market, 2 Journal of International Commercial Law and Technology 3 (2007) 105; Gideon Onumah,
Promoting Agricultural Commodity Exchanges in Ghana and Nigeria: A Review Report, Rapport établi pour
la CNUCED, p. 8 et 9; Gideon Onumah, Implementing Warehouse Receipt System in Africa – Potential and
Challenges, établi pour le Quatrième colloque africain sur la politique des marchés agricoles, Malawi, 6-7
septembre 2010, actes disponibles à l’adresse :
[Link] ;
Ghana Grains Council Warehouse Receipt System Rules and Regulations, article 26-3: “GGC Warehouse
Receipts shall be paper or electronic documents” (“Les récépissés d’entrepôt du Conseil des céréales du
Ghana sont des documents sous forme papier ou des documents électroniques”).
219
Code des règlements fédéraux (United States Code of Federal Regulations), titre 7: agriculture, sect. 735:
Regulations for the United States Warehouse Act (réglementation concernant la Loi sur les entrepôts).
120
un récépissé d’entreposage est établi au nom d’un déposant (un agriculteur, un
groupe d’agriculteurs, un transformateur ou un négociant) pour attester qu’il ou
elle a déposé un produit de base donné, dans les quantités et de la qualité
indiqués, à un endroit donné. Le titulaire du récépissé peut le donner en gage à
un prêteur (la marchandise déposée servant de garantie pour le prêt) ou le
transférer à un acheteur (par le biais d’une vente). L’exploitant de l’entrepôt ou
le tiers détenteur (collateral manager), qui détient les stocks, garantit la
livraison contre le récépissé, et devrait compenser toute perte de valeur dû au
vol, à l’incendie ou à d’autres catastrophes. Ici les acteurs principaux du système
des récépissés d’entreposage sont les déposants, l’exploitant de l’entrepôt ou le
tiers détenteur, et les prêteurs ; et que leurs rôles, responsabilités et bénéfices se
varie selon que le système est réglementé ou non. De toute manière, le secteur
du coton est au niveau international, est l’un des mieux régi par des règles
contractuelles
220
Guide de l’exploiteur de coton – Centre du Commerce International, [En ligne :
[Link]
121
CONCLUSION DU CHAPITRE I
421. La liberté de communication est un principe fondamental pour pouvoir
faire circuler les ‘documents transférables électroniques’ sur le web; au niveau
national, cette liberté est reconnue et consacrée par la loi du 29 juillet 1881 sur
la liberté de la presse, la DDHC (art 11), puis intégrée dans les préambules de la
constitution de 1946 et de 1958.
422. Pourtant cette liberté ne doit pas porter atteinte au respect de la vie privée ;
la protection des données personnelles évolue dans le temps. La preuve en est
de la loi du 6 août 2004, transposée de la Directive européenne 95/46/CE du 24
octobre 1995, puis du Règlement européen 2016/679 du 27 avril 2016 ; ce
dernier vise à promouvoir l’utilisation de l’outil informatique, tout en accordant
la protection appropriée aux données à caractère personnel.
423. Les législateurs français et européen ont adapté leurs régimes juridiques
respectifs sur les effets de commerce classiques, pour pouvoir intégrer
l’équivalent de ces derniers sous forme électronique. Au fur et à mesure de notre
présentation des critères de validité qui gouvernent la lettre de change, les billets
à ordre et les récépissés d’entrepôt, nous constatons que les même critères sont
susceptible d’être appliqués aux ‘documents transférables électroniques’.
122
CHAPITRE II
LA CONCLUSION DU ‘DOCUMENT
TRANSFÉRABLE ÉLECTRONIQUE’
123
424. Comme tout acte juridique, les documents, revêtant une valeur probante et
contraignante, sont soumis à une signature manuscrite s’il s’agit d’un document
papier ou à une signature électronique lorsque l'acte est électronique lui-même.
124
SECTION I : LA SIGNATURE ÉLECTRONIQUE : LE
SUPPORT
432. La sécurisation des actes électronique est un défi (I), auquel répondent la
mise en place de la signature électronique et différents systèmes de gestion
électronique (II) ; nous parlerons ensuite de la confiance en l’identité numérique
(III) pour aborder finalement les règles de la preuve et la présomption de
fiabilité de la signature électronique (IV)
433. Il convient d’abord de préciser que lorsque nous avons recours à des écrits
électroniques, cela reste subordonné à l'accord de volonté des parties sur
l'emploi de cette forme; celle-ci, si elle ne peut, en principe, être refusée en
raison de l'équivalence des formes écrites et électroniques, doit cependant être
rejetée à chaque fois qu'il n'est pas établi que les parties possèdent tous les
125
équipements requis pour assurer la transmission et le déchiffrage de tels
documents.
435. Pour remédier à cela, ont été révisées les dispositions des articles 1316-1 et
1316-4 du Code civil depuis l’entrée en vigueur de la loi n° 2000-230 du 13
mars 2000 portant adaptation du droit de la preuve aux technologies de
l'information et relative à la signature électronique221.
436. Ces textes ont innové avec pour la première fois une définition de la notion
d'écrit qui se présente comme : "...une suite de lettres, de caractères, de chiffres
ou de tous autres signes ou symboles dotés d'une signification intelligible, quels
que soient leur support et leurs modalités de transmission" (C. civ., art. 1316)
222
. Une nouvelle définition qui propose simplement la notion de l’écrit,
indépendamment de son support et de son mode de transmission.
126
"traditionnel" sur support papier et l'écrit "sous forme électronique". L'écrit
électronique est soumis à certaines conditions, habituelles mais peu exprimées
dans le monde du papier, pour être recevable et notamment, pour présenter la
même force probante que l'écrit papier.
B. La dématérialisation de l’écrit
440. Toutefois, la dématérialisation concerne tout aussi bien l'action par laquelle
les données, sur support papier, sont transférées et/ou transformées en fichiers
informatiques : les documents sont numérisés. Il s'agit ici de l'hypothèse selon
laquelle les documents sont initialement créés sous format papier puis
informatiquement reproduits ou copiés.
442. Deux situations doivent être nettement distinguées selon que nous
envisageons l'impact de la réforme sur les effets de commerce dans leur forme
traditionnelle, ou la création d'effets de commerce entièrement électroniques.
223
Éric A. CAPRIOLI, Droit cambiaire et signature électronique, LexisNexis, Communication Commerce
électronique n° 10, Octobre 2011, comm. 97. En ce sens, voir aussi T. Bonneau, note sous Cass. com., 26
nov. 1996, op. cit. n° 7.
224
CA Orléans, 17 févr. 2011, n° 10/02082, Guy Tual c/ SAS Lafarge Bétons de l'Ouest : JurisData n° 2011-
002558. En ce sens, voir aussi : Le droit fondamental de la preuve, l'informatique et la télématique : Petites
affiches 29 mai 1996, n° 65, p. 3.
127
443. Concernant les ordres de paiement totalement dématérialisés ne revêtant
pas la forme d'effets de commerce, le principe du consensualisme s'applique et
permet une très large validation de ces procédés, indépendamment de la réforme
du droit de la preuve225.
445. Par ailleurs, la validité de certains actes est conditionnée par une mention
manuscrite de la part de la personne qui s’engage. L’article 1108-1 prévoit que
lorsqu’une mention manuscrite est exigée « de la main même de celui qui
s’oblige, ce dernier peut l’apposer sous forme électronique si les conditions de
cette apposition sont de nature à garantir qu’elle ne peut être effectuée que par
lui-même ».
446. Ainsi le texte de l'article 1108-1 du Code civil issu de la loi sur l'économie
numérique établit une autorisation générale de la dématérialisation en acceptant
l’établissement et la conservation d’un écrit sous forme électronique, sous
respect des conditions prévues dans la loi.
448. Pourtant nous entendons par l’usage d’un acte électronique un changement
de forme de l'acte juridique, ce qui porterait, en théorie, atteinte à un grand
principe du droit, qui est le formalisme juridique.
225
Sur ce point V. M. Espagnon, L'ordre de paiement émis sur Internet : RD bancaire et bourse n° 71, janv.-
févr. 1999, p. 7. En ce sens, voir Thierry Piette-Coudol, Fasc. 80 : Les Collectivités Territoriales Face aux
Technologies de l’Information et de la Communication, LexisNexis, 24 Octobre 2014, p. 8 et s.
226
En ce sens, voir : Luc Grynbaum, Fasc. 10 : La Preuve Littérale - Dispositions générales - Écrit
électronique, LexisNexis, 19 Décembre 2011, mise à jour le 17 Juin 2016.
128
449. Le formalisme juridique est naturellement constitué de l'ensemble des
formalités nécessaires à la formation d'un acte juridique donné. Les contraintes
majeures relevant de ce dernier sont habituellement l'exigence d'un support
papier, l'apposition d'une signature manuscrite et la présence de mentions
obligatoires prévues par la loi.
452. Lorsque le document électronique est ainsi réalisé à droit constant, il est
identique au document d'origine, mais sous une forme électronique, et qu’il
faudra alors pratiquer le parallélisme des formes de la façon suivante :
• le support papier est remplacé par la forme électronique (C. civ., art. 1108-1) ;
• la signature manuscrite est remplacée par une signature électronique (C. civ.,
art. 1316-4);
• les mentions obligatoires sont présentes dans la forme électronique comme sur
le support papier (C. civ., art. 1108-1).
129
mesures de sécurisation afin que l'acte dématérialisé atteigne le même niveau de
sécurité que le papier (conservation des attributs juridiques)227.
227
PIETTE-COUDOL (Th.), Fasc. 80 : Les Collectivités Territoriales Face aux Technologies de
l’Information et de la Communication, LexisNexis, 24 Octobre 2014, n°35 et s.
228
JOLY-PASSANT Elisabeth, L’écrit confronté aux nouvelles technologies, L.G.D.J, 2006, p. 380, n°847.
Voir aussi GAUDRAT (P.), Introduction, in Une Société sans papier ? Droit de la preuve et nouvelles
technologies de l’information (rapport-cadre), La documentation Française, 1990, p. 170.
130
majeure de la discordance observée entre le formalisme et les impératifs
bancaires229.
459. Il paraît alors évident qu'il s'agit en fait d'une véritable révolution de la
notion d'écrit. En effet, il résulte des termes mêmes employés par le législateur,
et de l'unité de la notion d'écrit, qu'il faut admettre qu'à chaque fois qu'un écrit
est exigé, que ce soit ad probationem ou ad solemnitatem, l'écrit électronique,
accompagné d'une signature de même nature est désormais recevable au même
titre que l'écrit traditionnel, sous la seule réserve de l'exigence d'une forme
spéciale. La signature électronique va être traitée plus tard dans ce chapitre.
229
V. J. Devèze, À propos de la réforme du droit de la preuve : observations tirées du droit des instruments
de paiement : Mélanges Michel Cabrillac, 2000, p. 449 s. qui relève que "Le formalisme direct, sanctionné
par la nullité de l'acte, est un obstacle assurément redoutable lorsqu'il impose un écrit, par exemple pour
protéger le consommateur encore que des adaptations aux exigences les plus fortes puissent être le fait de la
pratique [LCR], du législateur [...], ou de la jurisprudence [...]" ; Plus généralement : P. Villeroil, La
télétransmission confrontée au droit de la preuve - Un aspect de la banque à distance : Banque et droit n°
63, janv.-févr. 1999, p. 22.
230
M. Vasseur, La lettre de change-relevé - De l'influence de l'informatique sur le droit : RTD com. 1975, p.
203.
231
En ce sens, voir François Guy TRÉBULLE, L'incidence de la réforme de la preuve sur le droit bancaire,
Revue de Droit bancaire et financier n° 2, Mars 2000, étude 100010, n°2 et s.
232
François Guy TREBULLE, Ibid.
131
460. Ce mouvement de dématérialisation de l'écrit dépasse certainement les
vœux du législateur ; mais il s'inscrit parfaitement dans la logique
communautaire qui vise à imposer l'égalité de traitement entre les formes
traditionnelles et les formes électroniques propres à la société de l'information.
Citons l’exemple de la lettre de change-relevée et le billet à ordre relevé qui
témoigne de la pesée de l'informatique sur les opérations de banque, et ce n’est
que l'une des nombreuses applications de l'informatique bancaire. La banque est
"la terre d'élection des opérations de masse qu'expliquent notamment la
"bancarisation" des ménages, l'ouverture multipliée de comptes et la
dématérialisation des moyens scripturaux ainsi que l'évolution de l'épargne vers
les placements financiers avec l'accroissement du nombre de titres à gérer, la
mondialisation des échanges économiques et les transferts internationaux de
fonds"233
461. D’une part, la lettre de change relevé est un moyen d'échanger des lettres
de change de manière dématérialisée, un effet commerce dématérialisé qui
circule sous forme de fichiers informatiques. Elle est créée à l'initiative du
créancier (le tireur) qui l'envoie à sa banque afin que celle-ci l'adresse à la
banque de son débiteur. La profession bancaire a créé la lettre de change relevé
(LCR) pour simplifier les traitements de la lettre de change (et surtout réduire
les coûts pour les banques puisque la lettre de change classique nécessite de
nombreuses manipulations de papier) tout en conservant ses modalités et
conditions juridiques234. La lettre de change-relevé magnétique ne repose pas
sur un titre soumis aux conditions de validité de l'article L. 511-1 du Code de
commerce, et constitue un simple procédé de recouvrement de créance dont la
preuve de l'exécution relève du droit commun235.
462. D’autre part, le billet à ordre relevé (BOR) relève, quant à lui, du support
papier, car il concrétise un engagement de payer qui requiert la signature du
souscripteur. Il est normalisé (NFK 11.080) et comporte toutes les mentions
233
Jean-Pierre Deschanel, Fasc. 440 : Lettre de change relevé (LCR) Billet à ordre relevé, jurisClasseur
Banque - Crédit – Bourse, 15 Juillet 1999, mise à jour le 27 Novembre 2015, n°1 s.
234
Jean-Pierre Deschanel, Op. cit., n°19.
235
[Link]., 2 juin 2015, n° 14-13.775, FS-P+B, M. X c/ Banque populaire des Alpes : JurisData n° 2015-
013154; JCP E 2015, 1466, note Rodriguez : RD bancaire et fin. 2015, comm. 179, obs. Francis-J. Crédot et
Th. Samin.
132
prescrites par le Code de commerce (art. 183) et l'identification bancaire du
souscripteur (RIB)236.
463. Bien que le droit civil ait été bouleversé par cette évolution, celle-ci
apporte une réponse innovante au lancinant problème des manipulations de
papier et l’avancement du commerce électronique.
464. Une fois L'écrit électronique est considéré valide, il sera recevable comme
preuve (C. civ., art. 1316-1) comme l'est l'écrit papier. Il possède la même force
probante qu’un écrit papier (C. civ., art. 1316-3), et le juge réglera tout conflit
éventuel de preuve en déterminant par tous moyens le titre le plus vraisemblable
quel qu'en soit le support (C. civ., art. 1316-2).
466. Ce défi a été relevé et le cas de l'écrit électronique ad validitatem est résolu
avec l'article 25 de la loi sur l'économie numérique n° 2004-575 du 21 juin 2004
(Journal Officiel 22 Juin 2008) qui a été transposé dans la loi en France, en
créant le nouvel article 1108-1 dans le Code civil.
467. Le nouvel article 1108-1 du Code civil prévoit que "lorsqu'un écrit est
exigé pour la validité d'un acte juridique, il peut être établi et conservé sous
forme électronique...". L'article 25 de ladite loi balise ainsi le parcours du
juriste ; celui-ci dématérialise d'abord si la base légale est suffisante, puis il
revalide juridiquement la forme substituée en établissant l'identification et
l'intégrité du substitut électronique.
236
Jean-Pierre Deschanel, Op. cit., n°18.
133
469. Concernant la confidentialité de l’écrit électronique, dans les échanges
électroniques, les fichiers et les messages sont transmis sans enveloppe, ce qui
les rend plus accessibles aux indiscrets, aux curieux et autres pirates. Aussi,
pour tous les réseaux de télécommunications, à plus forte raison pour Internet,
les entreprises comme les particuliers présentent-elles une forte demande de
confidentialité pour protéger les échanges commerciaux, stratégiques et
concurrentiels.
471. Appliqué dès l'origine aux lettres et paquets confiés à la poste, le secret des
correspondances s'est étendu aux télécommunications. L'assimilation a été
renforcée par la loi n° 91-646 du 10 juillet 1991 relative au secret des
correspondances émises par voie de télécommunications237. Le principe est
donné par l'article 2 de la loi en prévoyant que "Le secret des correspondances
émises par la voie des télécommunications est garanti par la loi".
472. D’après l'article 1er de la loi précitée, le secret est absolu, et que les seules
exceptions au secret sont des écoutes de deux types : les interceptions ordonnées
par l'autorité judiciaire et les interceptions de sécurité faite par l'Administration
sur autorisation du Premier ministre.
134
474. Le régime juridique de la confidentialité dans le commerce électronique est
assez complexe et comporte plusieurs facettes qui doivent toutes être surveillées
dans l’hypothèse des ‘documents transférables électroniques’. Il s'agit des
déclinaisons suivantes de la confidentialité, en contexte papier ou électronique :
239
Loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, Journal officiel du 7
janvier 1978 et rectificatif au J.O. du 25 janvier 1978.
135
II. Présentation de la signature et des systèmes de gestion des
documents électronique
476. Curieusement qu’il n’existe pas un texte de la loi pour définir le terme
‘signature’ ; en l’absence de définition légale, la signature peut se décrire en tant
que graphisme original qui exprime de manière non équivoque la personnalité
d’un individu et de son adhésion au contenu de l’acte240.
477. En fait, le risque couru ici est que si la personne dénie la signature posée
sur l’acte, la signature perd toute sa valeur et son existence, à moins de respecter
la procédure de vérification d’écriture. Donc, il faut retenir précieusement cette
dernière pour pouvoir satisfaire aux conditions de reconnaissance de la signature
en cas de litige.
480. De cette définition, nous relevons l’exigence d’un lien existant entre le
signe employé par le signataire et l’acte signé, permettant à son identification et
qui reflète sans le moindre doute sa volonté réelle de consentir à l’acte.
240
[Link]
241
Du sceau numérique à la signature électronique, sous la direction de C. DHENIN, Vers une
administration sans papier, Paris, La documentation Française, 1996, p.96.
136
481. Parallèlement, lorsque nous sommes dans un contexte informatique, la
signature numérique fait recours au cryptage qui sert à révéler l’identité et
déterminera ainsi la volonté du signataire. Nous envisagerons la technique de
cryptage en détail plus tard dans le présent chapitre.
484. Nous entendons par texte véritablement EDI les messages étant validés au
cours des quatre stades: émission, expédition, réception du message dans le
système informatique du destinataire, acceptation (distincte du simple accusé de
réception).
242
94/820/CE: Recommandation de la Commission, du 19 octobre 1994, concernant les aspects juridiques de
l'échange de données informatisées (Texte présentant de l'intérêt pour l'EEE).
137
486. Il est nécessaire d’avoir une coordination et une convergence d’effort dans
les milieux professionnels, administratifs et juridictionnels afin de reconnaitre
pleinement la valeur juridique de l’EDI.
488. De point de vue historique, l’EDI n’est pas vraiment un nouveau terme qui
appartient à la dernière décennie, il est connu la première fois en France depuis
1987 ; il y avait même certaines applications qualifiées aujourd’hui d’”EDI” qui
étaient apparues dès 1980 dans le monde bancaire. La pratique de la lettre de
change relevée magnétique est un exemple de l’utilisation de l’EDI dans le
secteur bancaire.
489. Les avantages de l’EDI sont nombreux, nous pouvons citer principalement
l’abaissement des coûts, l’accroissement d’efficacité des interventions
d’organismes officiels, la diminution des délais d’acheminement ainsi que tous
les mérites déjà reconnus à la gestion électronique de documents (GED)243, dont
l’EDI diffère radicalement par son degré de dématérialisation et d’automaticité
interactive.
243
La gestion électronique des documents (GED ou en anglais DMS pour Document Management System ou
EDM pour Electronic Document Management) désigne un procédé informatisé visant à organiser et gérer
des informations et des documents électroniques au sein d'une organisation. Le terme GED désigne
également les logiciels permettant la gestion de ces contenus documentaires.
138
C. Gestion Electronique de Documents (GED) vs. Bigdata
491. La GED est un concept produit suite à un besoin accru sur le marché
d’avoir des outils pour maitriser et gérer les documents électroniques. Le
concept GED peut être exécuté par l’adoption de différents genres de logiciel
pour parvenir à cette fin.
492. Nous comparons la GED à une notion qui parait au premier abord similaire
mais qui occupe une fonction plus vaste, et qui ne se limite pas à la seule gestion
des documents électroniques. Cette notion est le « bigdata ».
244
L. Marino, Notre vie privée : des little data aux big data, Le secret dans la vie des personnes, in Le secret
à l'ère de la transparence : JCP E 2012, suppl. n° 47, p. 14. – V. également, L. Marino, Le big data
bouscule le droit : RLDI déc. 2013, n° 3300. – V. également d'une manière générale sur le big data, Groupe
de l'article 29, 16 sept. 2014, WP 221. – A. Bensamoun et C. Zolynski, Big data et privacy : comment
concilier nouveaux modèles d'affaires et droits des utilisateurs : LPA 18 août 2014, n° 164, p. 8. – V. sur la
réexploitation par le Big Data des données traitées dans le cadre du quantified-self, M. Lanna, Le quantified-
self, nouveau moteur du big data et menace pour la vie privée : LPA 12 mai 2016, n° 95, p. 6. – V. pour une
analyse du point de vue de la science politique, J. Boyadjian, La science politique face aux enjeux du « big
data » et de la protection des données personnelles sur internet : RD pub. 2016, n° 1, p. 7. – V. pour une
évolution au regard de la proposition de règlement, A. Latreille et C. Zolynski, in TEE, La proposition de
règlement européen relatif aux données à caractère personnel : propositions du réseau Trans Europe Experts,
ss la dir. de N. Martial-Braz : Société de législation comparée, 2014, p. 262.
139
494. La notion de bigdata est un concept s’étant popularisé en 2012 pour
traduire le fait que les entreprises sont confrontées à des volumes de données
(data) à traiter de plus en plus considérables et présentant un fort enjeu
commercial et marketing245.
495. D’ailleurs, ce concept de bigdata n’est pas propre au marketing, mais il est
aussi important pour le développement du commerce électronique. D’après
Evan Stubbs, bigdata est un "terme familier qui se réfère à des ensembles de
données qui sont trop lourds à traiter dans un laps de temps raisonnable en
l'absence d'outils spécialisés. Les caractéristiques communes comprennent
essentiellement de grandes quantités de données (volume), différents types de
données (variété), et la vitesse sans cesse croissante de production (vitesse). Ils
nécessitent généralement des mesures particulières pour la capture, le
traitement, l'analyse, la recherche et la visualisation"246.
497. Le bigdata est conçu pour répondre à une problématique technique qui est
la capacité de gérer d’énormes volumes de données en temps réel. Ainsi il y a 3
mots clé pour réaliser cet objectif qui sont le Volume, la Vitesse et la Variété.
– Volume car les masses de données à traiter sont sans cesse croissantes. Les
secteurs concernés par le bigdata sont le plus souvent ceux qui par nature
génèrent d’énormes volumes de données à traiter.
245
B. Batelot, « Définition : Big Data », 1er septembre 2016, [En ligne : [Link]
[Link]/definition/big-data/].
246
Big Data is defined as “a colloquial term referring to datasets that are otherwise unwieldy to deal with in
a reasonable amount of time in the absence of specialized tools. Common characteristics include large
amounts of data (volume), different types of data (variety), and ever-increasing speed of generation
(velocity). They typically require unique approaches for capture, processing, analysis, search, and
visualization”. EVAN STUBBS, Big Data Big Innovation – Enabling Competitve Differentiation through
Business Analytics, edition John Wiley & Sons, 2014, p.206.
247
Ibid.
140
– Vitesse car la collecte, l’analyse et l’exploitation des données doit de plus en plus
souvent se faire en temps réel, pour être efficace et répondre à leur fin.
– Variété car les données sont bien souvent de formes très variées et pas toujours
structurées.
499. Pour maintenir une bonne gestion des différents risques juridiques relevant
de l’utilisation des documents électroniques, chaque partie doit d’abord être en
mesure d’avoir une confiance raisonnable en l’identité numérique déclarée par
une personne dans un document électronique.
141
502. Sur le plan juridique, en cas de différend, les acteurs doivent pouvoir
déterminer où se fier à l’identité numérique d’une personne afin d’être en
position de lui imputer un acte ou un fait juridique. Ainsi l’identité d’une
personne est essentielle pour pouvoir introduire une action en justice contre
celle-ci, devant un tribunal territorialement compétent.
‘Le concept même d’identité numérique n’est pas, et pas plus que l’identité
traditionnelle univoque et uniforme : l’identité numérique se compose d’un
ensemble d’identifiants partiels, finalisés, et des relations qu’entretiennent ces
identifiants.
248
Pierre Truche, Jean-Paul Faugère, Patrice Flichy, Administration électronique et protection des données
personnelles – Livre Blanc, [Link]
publics/024000100/[Link], consulté le 26 mars 2016.
142
506. Généralement, l’identification se définit comme une opération permettant
à un individu de faire état de son origine sur la base d’un élément externe,
d’exprimer son identité249.
510. D’un point de vue littéral, le mot ‘anonymat’ signifie un faux nom qui est
choisi par une personne. Toutefois, l’anonymat ne doit pas avoir pour objectif
d’interdire que nous retrouvions l’identité des personnes en cas de nécessité,
tout spécialement en cas d’infraction et de poursuites judiciaires.
249
Eric A Caprioli, Signature électronique et dématérialisation, Edition LexisNexis SA 2015, p. 28 s.
250
Sine qua non est un terme juridique latin qui signifie une condition nécessaire « sans laquelle cela ne
pourrait pas être ».
251
Loi n° 2004-575 du 21 juin 2004 pour la confiance dans l'économie numérique. [En ligne :
[Link]
Lien=id].
143
personnes qui ont contribué à la création du contenu ou l’un des contenus des
services dont elles sont prestataires.
512. Cependant, ces identifications ne touchent que les contenus diffusés sur
Internet et non pas les transactions ou les accès en ligne à des données ou à des
services. En droit européen, nous saisissons une définition de l’identification
électronique prévu à l’article 3 (1) de la proposition de règlement sur
l’identification électronique et les services de confiance pour les transactions
électroniques au sein du marché intérieur252.
513. Ce texte l’a défini comme le processus consistant à utiliser des données
d’identification personnelle sous une forme électronique représentant de
manière claire et non équivoque une personne physique ou morale.
252
Article 3 (1) du Règlement (UE) n ° 910/2014 du Parlement européen et du Conseil du 23 juillet 2014 sur
l’identification électronique et les services de confiance pour les transactions électroniques au sein du
marché intérieur et abrogeant la directive 1999/93/CE, [En ligne : [Link]
content/FR/TXT/?uri=CELEX%3A32014R0910].
253
Article 3 (2) du Règlement (UE) n ° 910/2014, ibid.
254
Article 3 (4) du Règlement (UE) n ° 910/2014, ibid.
144
B. Authentification des documents électroniques
1) Contexte et notion.
519. Le terme ‘authentique’256 signifie que le document est vérifié et certifié par
une autorité publique compétente (soit une juridiction ou un état civil) ou par un
officier public et ministériel dont les pouvoirs ont été délégués par une autorité
publique (comme les notaires et les huissiers de justice).
255
Eric A Caprioli, Op. cit., p. 30 s.
256
Lexique des termes juridiques, Dalloz, 18° éd. 2014, p.81, V° Authentification. L’acte authentique est une
« attestation de l’exacte provenance d’un objet ou d’un écrit ».
257
E. A. Caprioli, la sincérité de la signature électronique, in O. Le Bot (sous la coordination), la sincérité
en droit, Bruxelles, Larcier, 2011, p. 111-127, [En ligne: [Link]
dematerialisation-archivage/246-la-sincerite-de-la-signature-electronique].
145
522. Ainsi, l’article 3 (10) du règlement de l’Union européen n° 910/2014258,
définit la signature électronique comme "des données sous forme électronique,
qui sont jointes ou associées logiquement à d’autres données sous forme
électronique et que le signataire utilise pour signer".
524. Selon son article 4-e, l’authentification doit être entendue comme la
confirmation de l’identité prétendue d’entités ou d’utilisateurs. Cette définition
porte un sens assez large puisqu’elle intègre les personnes morales. Celle-ci a
été reprise en droit français par le Référentiel général de sécurité (RGS) 260, ce
cadre réglementaire ayant pour objectif principal l’instauration et le
renforcement de la confiance des usagers dans les services électroniques mis à
disposition par les autorités administratives.
258
Article 3 (10) du Règlement (UE) n ° 910/2014 du Parlement européen et du Conseil du 23 juillet 2014
sur l’identification électronique et les services de confiance pour les transactions électroniques au sein du
marché intérieur et abrogeant la directive 1999/93/CE, [En ligne : [Link]
content/FR/TXT/?uri=CELEX%3A32014R0910].
259
Règlement (CE) n° 460/2004 du Parlement européen et du Conseil du 10 mars 2004 instituant l'Agence
européenne chargée de la sécurité des réseaux et de l'information (Texte présentant de l'intérêt pour l'EEE),
[En ligne: [Link]
260
Le référentiel général de sécurité (RGS) est le cadre règlementaire permettant d’instaurer la confiance
dans les échanges au sein de l’administration et avec les citoyens. Le site gouvernemental de l’RGS dans le
lien suivant : [Link]
general-de-securite-rgs/.
[En ligne : [Link]
146
doivent garantir la sécurité de leurs systèmes d’information en charge de la mise
en œuvre de ces services.
147
Authentification simple :
532. L’authentification est un mécanisme qui ne requiert qu’un seul facteur, le
plus souvent un mot de passe et/ou un identifiant261.
534. Il est évident qu’une identification qui passe par un seul canal se trouve
plus vulnérable aux attaques des hackers qu’un dispositif s’appuyant sur au
moins deux facteurs d’authentification, ce que nous allons envisager comme
deuxième méthode d’identification détenant un système de sécurité renforcée.
Authentification forte :
535. Les méthodes d’authentification fortes sont plus fiables que les simples et
elles permettent de prévenir plus efficacement (notamment en cas d’échanges de
données sensibles) les usurpations d’identité, les accès sans droit, les fraudes
commises en ligne sur les comptes bancaires, etc.262.
261
Eric A Caprioli, Signature électronique et dématérialisation, Edition LexisNexis SA 2015, p. 36.
262
Eric A Caprioli, Op., cit., p. 36 s.
148
538. Ainsi par exemple la communauté bancaire a mis en œuvre certaines
initiatives en ce sens, comme la publication d’une Politique d’acceptation
commune (PAC) des certificats par le Comité français d’organisation et de
normalisation bancaire. Cette initiative a pour objectif de permettre la
reconnaissance des certificats d’identification électronique de clients entre
établissements bancaires et financier l’ayant acceptée.
A. Notion de la preuve.
539. La preuve est une notion dominante, car c’est grâce à la preuve que le juge
peut reconnaitre le droit du justiciable et parvenir à un verdict pertinent qui obéit
à sa conscience en tant que serviteur de la justice, et de la règle de droit.
263
Rapport de l’Assemblée Nationale au nom de la commission des lois constitutionnelles, de la législation
et de l’administration générales de la république sur le projet de loi, adopté par le Senat, portant adaptation
du droit de la preuve aux technologies de l'information et relatif à la signature électronique, M. Christian
PAUL. 28 fév. 2000.
149
542. D’ailleurs, il nous faut citer ici un vieil adage du droit : idem est non esse
et non probari264 (ne pas être ou ne pas être prouvé, c’est tout un/ avoir un droit
sans le prouver revient à ne pas avoir le droit). Cette tradition juridique retenue
du droit romain nous enseigne que pour que le juge tienne compte d'un fait, il
faut le prouver. S'il n'est pas prouvé, le fait n'existe pas pour le juge.
543. Pour se prononcer dans un litige, le juge confronte les éléments de fait
avec les éléments de droit et il base sa décision sur les règles de la preuve. Ainsi,
la preuve présente le seul moyen employé pour convaincre le juge et parvenir à
un verdict favorable. Il s’agit d’un élément essentiel de l’application du droit.
« La preuve juridique est une preuve judiciaire ».
B. Régimes de la preuve.
544. Nous estimons que la preuve est une constante du droit. Elle existe dans
tous les droits, même pour les plus « primitifs ». La preuve est une notion
juridique essentielle dans tous les systèmes juridiques et toute prétention
juridique doit être justifiée par la preuve des droits invoqués.
264
Philippe OBADIA, « Idem est non esse aut non probari = avoir un droit sans le prouver revient à ne pas
avoir de droit », [En ligne : [Link]
Idem+est+non+esse+aut+non+probari+%3D+avoir+un+droit+sans+le+prouver+revient+%C3%A0+ne+pas
+avoir+de+[Link]].
150
547. En principe, il existe deux grands systèmes de preuve: le système de
preuve libre et le système de preuve légale265. Le premier vise la capacité pour
les parties de présenter toute forme de moyens de preuve à l’appui de leur
demande. Un tel système laisse au juge le soin d’admettre, au cas par cas, si les
moyens de preuve qui lui sont présentés sont recevables. Une question laissée à
la libre appréciation des juges.
548. Dans le second régime, la loi impose aux parties certains moyens de
preuve et guide ainsi l’intervention du juge qui est chargée de contrôler la
conformité des preuves exigées par la loi et ne dispose d’aucun pouvoir pour en
apprécier la portée.
549. En droit français, le système probatoire est mixte, les deux systèmes
s’appliquent respectivement selon les différentes branches du droit, voire les
deux peuvent coexister dans certaines branches.
551. Ainsi, les preuves résultant de l’emploi des nouvelles technologies seront
librement admissibles devant le juge pénal, quel que soit le support électronique
qui les soutient. Bien entendu, le juge ne peut pas se servir de preuves qui ont
été estoquées comme les écoutes téléphoniques, mais il pourra ordonner des
expertises afin de vérifier la véracité du moyen utilisé comme preuve et venir
conforter et asseoir sa conviction.
552. En matière pénale, l’article 427 du Code de procédure pénale dispose que
« Hors les cas où la loi en dispose autrement, les infractions peuvent être
établies par tout mode de preuve et le juge décide d'après son intime conviction.
265
Sur ce point, voir : CAPRIOLI (E.), Op. cit., n°801 s.
151
Le juge ne peut fonder sa décision que sur des preuves qui lui sont apportées au
cours des débats et contradictoirement discutées devant lui ».
553. Le régime de la preuve est donc principalement dominé par deux principes
fondamentaux : la liberté de la preuve et son corollaire, l’intime conviction du
juge266. La liberté de la preuve signifie que tout moyen de preuve est admissible
et qu’il n’existe pas de hiérarchie des preuves. Bien que la preuve soit libre, cela
ne signifie que le système est affranchi de toute règle. La preuve devra toujours
être apportée dans des conditions loyales et soumise à la contradiction267. Le
principe de l’intime conviction obéit en effet à la règle du jeu de l’alinéa 2 de
l’article 427 du Code de procédure pénale ; la preuve doit pouvoir être débattue
par les parties.
556. D’après le droit français, l’article 1315-1 du Code civil dispose de cinq
différents moyens de preuve : la preuve littérale, la preuve testimoniale, les
présomptions, l’aveu de la partie et le serment.
557. Etant donné que l’écrit est au cœur de notre étude, le juge devra déterminer
si les écrits que les parties produisent relèvent de la qualification de la preuve
littérale ou non. Dans l’affirmative, il sera alors lié par leur force probante.
266
CAPRIOLI (E.), Op. cit., n°802 s.
267
Ibid
268
Hervé de GAUDEMAR, « La preuve devant le juge administrative », Droit Administratif n° 6, Juin 2009,
étude 12, LexisNexis, n°10 s.
152
558. Sur la preuve légale, en droit français, le texte de l’article 1341 du Code
civil est d’une portée générale. En citant ce texte considéré comme pièce
fondamentale du système de preuve légale : « il doit être passé acte devant
notaires ou sous signatures privées de toute chose excédant une somme ou une
valeur fixée par décret, même pour dépôts volontaires, et il n’est reçu aucune
preuve par témoins contre et outre le contenu aux actes, ni sur ce qui serait
allégué avoir été dit avant, lors ou depuis les actes, encore qu’il s’agisse d’une
somme ou valeur moindre. Le tout sans préjudice de ce qui est prescrit dans les
lois relatives au commerce ».
560. Par rapport à l’écrit électronique entre un acte authentique et un acte sous
seing privé, il s’agit de l’obligation de pré-constituer un écrit sous la forme d’un
acte authentique ou d’un acte sous seing privé pour des opérations juridiques
supérieures à un certain seuil. Pour employer les termes exacts, l'écrit papier est
un acte juridique sous seing privé sur support papier et l'écrit électronique, un
acte juridique sous seing privé sous forme électronique.
562. Il faut ici rappeler que la définition de l’article 1316 du Code civil propose
simplement une définition de l’écrit, indépendamment de son support et de son
mode de transmission. L’article 1316 du Code civil ne permet donc pas de
déterminer ce qui constitue une preuve littérale opératoire. (Supra).
153
563. De plus, le même principe de neutralité a été mentionné implicitement
dans le texte de l’article 1326 du Code civil269 ; en fait, le législateur français a
modifié ce dernier par la loi n° 2000-230 du 13 mars 2000, dans son article 5270
dans le sens où il a supprimé la référence à l'écrit manuscrit, afin de reconnaitre
implicitement l’écrit électronique en tant que preuve légale en droit français.
564. Une autre distinction apparait dans la doctrine entre les exigence ad
probationem et ad validitem, lorsque nous opposons deux grands courants,
consensualisme et formalisme. La règle générale de droit édicte que les actes
juridiques, tels que les contrats, se forment par le seul échange des
consentements, ce qui suppose que la rédaction et la signature d’un écrit ne
soient pas nécessaires à leur formation.
269
Article 1326 du Code civil français (Modifié par Loi n°2000-230 du 13 mars 2000 - art. 1 JORF 14 mars
2000) prévoit que "l'acte juridique par lequel une seule partie s'engage envers une autre à lui payer une
somme d'argent ou à lui livrer un bien fongible doit être constaté dans un titre qui comporte la signature de
celui qui souscrit cet engagement ainsi que la mention, écrite par lui-même, de la somme ou de la quantité
en toutes lettres et en chiffres. En cas de différence, l'acte sous seing privé vaut pour la somme écrite en
toutes lettres".
270
Loi n° 2000-230 du 13 mars 2000 portant adaptation du droit de la preuve aux technologies de
l'information et relative à la signature électronique, version consolidée au 31 octobre 2016, [En ligne :
[Link]
271
CAPRIOLI (E), Op. cit., note n°86 et s.
154
567. En ce qui concerne les exigences à des fins de validité des actes juridiques
(par ex., les contrats qui imposent l’exigence d’un écrit comme les contrats de
bail, de crédit à consommation, de vente par démarchage a domicile, les statuts
de société, la cession et la licence de brevet d’invention, etc.), la loi n 2004-575
du 21 juin 2004 pour la confiance dans l’économie numérique (LCEN) a
introduit, dans le Code civil, les article 1108-1 et 1108-2272 relatifs à la validité
des actes juridiques conclus sous forme électronique.
272
Voir supra n°14.
273
ISO 7498-2 est un système de traitement de l’information produit en 1989, il fournit une description
générale des services de sécurité et des mécanismes connexes, qui peut être assurée par le modèle de
référence, et des positions au sein du modèle de référence où les services et les mécanismes peuvent être
fournis. Il étend le champ d'application de la norme ISO 7498 pour couvrir des communications sécurisées
entre les Systèmes Ouverts. ISO 7498-2 ajoute aux concepts et aux principes énoncés dans la norme ISO
7498 mais ne les modifie pas. Il ne contient pas pour autant de spécification de mise en œuvre, ni une base
pour évaluer la conformité des mises en œuvre en vigueur.
274
Directive 1999/93/CE du Parlement européen et du Conseil du 13 décembre 1999 sur un cadre
communautaire pour les signatures électroniques, Journal Officiel des communautés européennes 19 Janvier
2000. [En ligne : [Link] ].
155
570. D’une part, la directive du 13 décembre 1999 sur la signature électronique
pose un principe de non-discrimination entre les actes constatés sur support
papier et ceux constatés sur support numérique.
572. Nous nous demanderons s’il n’est pas redondant dans l’article 1316-1 du
Code civil d’indiquer une condition d’identification alors que celle-ci a déjà été
consacrée à l’article 1316-4 du Code civil. Si tel n’était pas le cas, cela
signifierait qu’un écrit dont nous savons de qui il émane sans qu’il soit pour
autant signé – sous réserve qu’il remplisse la seconde condition d’intégrité – est
une preuve littérale.
156
575. Cependant, en cas d'incertitude sur l'intégrité ou l'authenticité entre deux
preuves inscrites sur deux supports différents - papier et électronique -, le
législateur confie au juge la tâche de désigner la preuve la plus convaincante aux
faits de l'espèce. Dans ce sens, l'article 1316-2 du Code civil dispose que : «
Lorsque la loi n'a pas fixé d'autres principes, et à défaut de convention valable
entre les parties, le juge règle les conflits de preuve littérale en déterminant par
tous moyens le titre le plus vraisemblable, quel qu'en soit le support ».
577. Par ailleurs, de multiples questions sur la signature électronique avait fait
l’objet des nombreux débats et qui en avait abouti à la publication de la Loi type
de la CNUDCI sur les signatures électroniques276.
275
V. A. 27 juin 2007 portant application de l'article D. 1617-23 du Code général des collectivités
territoriales relatif à la dématérialisation des opérations en comptabilité publique : Journal Officiel 11 Juillet
2007.
276
La loi-type de la CNUDCI sur les signatures électroniques, en date de 5 juillet 2001, Publication des
Nations Unies, New York, 2002.
157
579. Par analogie, et en application du principe du "parallélisme des formes",
comme nous exigeons que le document papier porte une signature manuscrite,
nous approuvons l’usage de la signature électronique pour le document
électronique.
582. La loi du 13 mars 2000 a mis sur pied d’égalité la signature électronique et
la signature manuscrite, à trois conditions pour la première :
il faut une procédure d'identification ;
il faut qu'il existe un lien entre le contenu du document numérique et son
destinataire ;
le document doit être conservé de manière intègre ;
585. Par conséquent, l'écrit numérique a la même valeur probatoire que l'écrit
papier. Pourtant les conditions pour en faire un mode de preuve ne sont pas
toujours évidentes à remplir, une raison pour laquelle la signature est sécurisée
par des mécanismes modernes de cryptologie.
277
Article 1316-4 du Code civil : « La signature nécessaire à la perfection d'un acte juridique identifie celui
qui l'appose. Elle manifeste le consentement des parties aux obligations qui découlent de cet acte. Quand
elle est apposée par un officier public, elle confère l'authenticité à l'acte. Lorsqu'elle est électronique, elle
consiste en l'usage d'un procédé fiable d'identification garantissant son lien avec l'acte auquel elle s'attache.
La fiabilité de ce procédé est présumée, jusqu'à preuve contraire, lorsque la signature électronique est
créée, l'identité du signataire assurée et l'intégrité de l'acte garantie, dans des conditions fixées par décret
en Conseil d'Etat », [En ligne :
[Link]
TEXT000006070721].
159
militaires, policiers et diplomates278, la cryptologie était jusqu'aux années 1990
considérée comme une arme de guerre (L. n° 90-1170, 29 déc. 1990, art. L. 28, 2°)
avant la survenance de la dérégulation des télécommunications qui a trouvé son
apothéose avec la loi n° 2004-575 du 21 juin 2004 relative à la confiance dans
l'économie numérique.
591. De nos jours, dans toutes les missions diplomatiques, il y a une salle du
chiffre, à partir de laquelle sont envoyés les messages confidentiels vers la
capitale. D’ailleurs, la valise diplomatique était utilisée à l’origine comme
moyen de transport et de transmission des codes secrets. Il est clair que la
cryptographie s’est développée dans le cadre militaire et de l’espionnage.
278
Jean-Louis Autin et Pascale Idoux, Fasc. 4600 : Droit National des Communications électroniques, 15
Janvier 2011, mise à jour : 6 Février 2015 JCP, note n°129.
279
Steganographie est un terme grec qui signifie l’ensemble de techniques permettant de transmettre une
information en la dissimulant au sein d'une autre information (photo, vidéo, texte, etc.) sans rapport avec la
première et le plus souvent anodine, essentiellement à l'aide de logiciels spécialisés. [En
ligne :[Link]
280
[Link], Histoire des codes secrets, J.-C. Lattes, 1999. Hérodote disait que la méthode grecque consistait
à écrire un message sur le crane rasé d’un messager, attendre que les cheveux aient repoussé, et l’envoyer à
travers les positions ennemies jusqu’aux destinataires. Jules César dans la Guerre des Gaules utilisait la
substitution de lettres avec une clé de répartition, ce qui rendait les messages interceptés incompréhensibles
des Gaulois.
281
"Enigma" est une machine électromécanique portable servant au chiffrement et au déchiffrement de
l'information. Elle fut inventée par l'Allemand Arthur Scherbius, reprenant un brevet du Néerlandais Hugo
Koch, datant de 1919. "Enigma" fut utilisée principalement par les Allemands (Die Chiffriermaschine
Enigma) pendant la Seconde Guerre mondiale. [Link] .
160
592. Ainsi, des multiples solutions techniques existent depuis longtemps et
permettent d’offrir des garanties d’authentification de l’origine des
informations, d’intégrité (pour s’assurer que la donnée n’a pas été altérée
accidentellement ou frauduleusement), et de confidentialité des messages.
594. Avec des clés symétriques, il est possible de diffuser une clé permettant de
déchiffrer les messages chiffrés avec la même clé restée secrète mais le
problème réside dans la transmission de cette clé qui ne peut transiter sur les
réseaux au risque d’être interceptée.
Schéma représente la cryptographie à clé symétrique (cryptographie à clef secrète), où une seule clé
est utilisée pour le chiffrement et le déchiffrement
282
CAPRIOLI (E.), Op. cit., page 215 s.
161
Schéma sur la cryptographie à clé publique, où des clés asymétriques sont utilisées pour le
chiffrement et le déchiffrement
597. En fait, ces deux clés sont délivrées par un organisme tiers de confiance,
appelé le prestataire de services de Certification Électronique (PSCE). Ces deux
clés sont différentes, et désignées sous le terme de clé privée et de clé publique.
598. D’un côté, la clé privée qui est une clé personnelle utilisée uniquement
pour le procédé de chiffrement ; de l’autre côté, la clé publique, remise par
l’organisme de tiers de confiance à tous ceux dont nous voulons faire lire le
document, servira donc au déchiffrement du message.
162
envoyer, grâce à la fonction mathématique dite de hachage283. Ce hachage est
transmis avec le message que nous souhaitons envoyer, et il servira à vérifier
que le message n'a pas été altéré puisque nous comparerons ce cours extrait
‘haché’ au message pour vérifier qu'ils sont identiques284. Ainsi la fonction de
hachage permet essentiellement de garantir l'intégrité du message que nous
désirons envoyer.
601. D’ailleurs, il faut s'assurer que le hachage n'a lui-même pas été altéré au
cours de la transmission. C’est ainsi que cet extrait est chiffré également avec la
clé privée de l'émetteur puis le destinataire le déchiffrera avec la clé publique.
283
On nomme fonction de hachage, de l'anglais hash function (hash : pagaille, désordre, recouper et
mélanger) par analogie avec la cuisine ; une fonction particulière qui, à partir d'une donnée fournie en entrée,
calcule une empreinte servant à identifier rapidement, bien qu'incomplètement, la donnée initiale. Les
fonctions de hachage sont utilisées en informatique et en cryptographie.
284
[Link]
285
Il est à noter que le terme technique d’authentification est depuis longtemps employé dans les
réglementations qui régissent la cryptologie. Outre cette fonction d’authentification, la cryptologie
asymétrique permet également le contrôle d’intégrité du message, c'est-à-dire la possibilité d’établir que son
contenu n’a pas été modifié.
286
Voir supra n°499 s.
163
605. Pour conclure, lorsque nous signons un document numérique à l’aide
d’une clé privée, nous chiffrons le document ainsi qu'un court extrait ; ensuite
pour lire ce document rendu inintelligible par la clé privée, il faut avoir recours
à une clé publique qui elle seule permet de déchiffrer le message.
610. Sauf exception, les démarches suivantes sont à accomplir pour toutes les
opérations suivantes relatives aux moyens de cryptologie288 :
287
ANSSI signifie l’ « Agence National de la Sécurité des Systèmes d’Information ».
288
En ligne : [Link]
cryptographie/demarches-a-accomplir/.
289
Valérie Sedallian, Les problèmes posés par la législation française en matière de chiffrement, Droit de
l'Informatique et des télécoms 98/4 (10/98) [En ligne :
[Link] ].
165
612. Nous récapitulons le régime juridique des moyens de cryptologie (LCEN,
article 30) dans le tableau suivant290 :
290
CAPRIOLI (E.), Op. cit., p.218 s.
291
Décret n° 2007-663 du 2 mai 2007 pris pour l’application des articles 30, 31 et 36 de la loi n° 2004-575
du 21 juin 2004 pour la confiance dans l’économie numérique et relatif aux moyens et aux prestations de
cryptologie.
166
615. Le paragraphe 2 de l’article 31 de la LCEN dispose que les personnes
exerçant une activité de fourniture de prestations de cryptologie sont soumises
au secret professionnel dans les conditions prévues aux articles 226-13 et 226-
14 du Code pénal. Ces derniers articles du code pénal disposent qu’à l’exception
des cas où la loi l’autorise ou l’impose, la révélation d’une information à
caractère secret par une personne qui en est dépositaire est punie d’un an
d’emprisonnement et de 15 000 euro d’amende.
616. Il est aussi important de noter que Le décret n° 2007-663 du 2 mai 2007292
pris en l’application des articles 30, 31 et 36 de la LCEN et relatifs aux moyens
et aux prestations de cryptologie et l’arrêté du 25 mai 2007 définissant la forme
et le contenu des dossiers de déclaration et de demande d’autorisation
d’opérations relatives aux moyens et prestations de cryptologie sont venus
préciser les formalités applicables en matière de cryptologie.
617. Les services et prestations de cryptologie ne sont pas traités dans le cadre
de la proposition de règlement sur l’identification et les services de confiance.
Cette réticence d’accorder une définition communautaire à la cryptologie est
justifiée qu’il s’agit d’une branche des mathématiques qui est l’art de décrypter
des messages chiffrés, un thème considéré technique qui n’exige pas
l’intervention du législateur européen pour légiférer les prestations de
cryptologie.
292
Ibid.
167
électronique dont nous parlerons du contexte en détail lorsque nous envisageons
les prestataires de services de confiance dans la prochaine section.
293
En ce sens, voir supra n°1119.
294
Aux Etats-Unis, il n'y a pas de restrictions concernant l'importation, l'utilisation et la fourniture des
produits de cryptographie. En revanche, il existe une réglementation de l'administration fédérale concernant
les exportations des « biens dits sensibles » qui trouve sa source dans l'Export Administration Act.
Jusqu'à la fin 1996, les produits de chiffrement étaient classés dans la catégorie des munitions au sens de la
loi américaine sur le contrôle et l'exportation des armes (Arm Export Control Act) et du décret sur le trafic
international des armes (ITAR, International Traffic in Arm Regulation). Les produits de cryptographie
étaient donc classés dans la catégorie des armes de guerre et munitions et leur exportation nécessitait une
autorisation du département d'Etat et de la National Security Agency (NSA). Dans les années 90, sous la
pression des entreprises, la tendance de l'administration américaine est d'assouplir le régime du contrôle des
exportations, afin de faciliter le développement du commerce électronique. Par conséquent, depuis le 15
novembre 1996, le contrôle des exportations des produits de chiffrement relève de la compétence du
Commerce Department, sauf pour les produits de chiffrement à des fins militaires qui restent de la
compétence de l'ITAR. Le fait que les produits de chiffrement soient passés dans le champ d'application de
168
624. Suite à la consécration de la signature électronique, la directive
européenne 1999/93/CE du 13 décembre 1999 a opéré une distinction entre la
signature ordinaire et la signature avancée. Cette classification a été maintenu
lors de l’abrogation de la directive et retenu dans le règlement du Parlement
européen et du Conseil du 23 juillet 2014.
625. D’une part, la signature ordinaire s’entend comme une donnée sous forme
électronique, qui est jointe ou liée logiquement à d’autres données électroniques
et sert de méthode d’authentification.
627. Quant à la signature électronique avancée, elle est caractérisée par quatre
exigences cumulatives énoncées à l’article 26 du règlement du 23 juillet 2014296.
D’après l’article 26 du règlement du 23 juillet 2014 (repris de l’article 2.2 de la
directive abrogée du 12 déc. 1999) la signature électronique avancée doit
satisfaire aux quatre exigences suivantes:
a) être liée au signataire de manière univoque;
b) permettre d’identifier le signataire;
l'Export Administration Act ne signifie cependant pas la fin des contrôles à l'exportation. Si le département
du Commerce attribue les licences d'exportation, les départements de la Justice, de l'Etat, de la Défense, de
l'Energie, et les agences de contrôle des armes et du désarmement ont un droit de regard sur les licences
accordées. Les entreprises du secteur informatique et les associations demandent constamment d’enlever ces
restrictions imposées à la liberté de chiffrer et de lever les contrôles à l'exportation, et les années 2000
marquent un deuxième mouvement visant à l’assouplissement graduel du contrôle à l’exportation de la
technologie cryptographique.
295
En France, cette analyse de la signature ordinaire est retenue par la chambre sociale de la cour d’appel de
Besancon, dans un arrêt du 20 octobre 2000 qui, dans le cas d’espèce, devait dire si un avocat pouvait
valablement interjeter appel d’une décision prud’homale, en apposant une signature scannée au lieu et place
de sa signature manuscrite. Les juges ont en effet souligné que la fiabilité du procédé utilisé en l’espèce par
l’avocat est relative dans la mesure où le code permettant d’accéder à la signature peut être détenu par une
autre personne du cabinet. CA. Besancon, ch. Soc., 20 oct. 2000, Chalets Boisson c/Gros, Expertises fevr.
2001. P.73, note Beaujard ; CCE janv. 2001, p.22, note Galloux ; JCP 2000, II, 10606, note Caprioli et
Agosti – CONFIRMEE PAR Civ. 2e, 30 avr. 2003, n.00-46.467, [Link] II, n.118.
296
Règlement (UE) n ° 910/2014 du Parlement européen et du Conseil du 23 juillet 2014 sur l’identification
électronique et les services de confiance pour les transactions électroniques au sein du marché intérieur et
abrogeant la directive 1999/93/CE. [En ligne : [Link]
169
c) avoir été créée à l’aide de données de création de signature électronique que
le signataire peut, avec un niveau de confiance élevé, utiliser sous son
contrôle exclusif; et
d) être liée aux données associées à cette signature de telle sorte que toute
modification ultérieure des données soit détectable.
628. Il résulte de ce texte que la signature avancée doit être liée uniquement au
signataire, permettant de l’identifier, être créée par des moyens sous son
contrôle exclusif, et être liée aux données auxquelles elle se rapporte, de telle
sorte que toute modification ultérieure de ces données soit détectable.
297
CAPRIOLI (E.) et AGOSTI (P.), « La régulation du marché européen de la confiance numérique :
enjeux et perspectives de la proposition de règlement européen sur l'identification électronique et les
services de confiance », Communication Commerce électronique n° 2, Février 2013, étude 3, n°12.
170
II. Nouveaux produits et services informatiques de sécurité des
données électroniques
« L’informatique en nuages ou Cloud computing »
633. Cette protection de la confidentialité des données doit être assurée tout en
maintenant la circulation de documents et autres échanges électroniques sur les
réseaux sans pour autant être lues, altérées, détournées par des personnes non
autorisées.
298
[Link]
Voir aussi : [Link]
171
637. Considéré aujourd’hui comme l’un des produits cryptologiques les plus
fréquemment demandés par les utilisateurs pour assurer la sécurité et
l’authentification des communications électroniques ; ces tunnels chiffrés
(vpn)299 sont utilisés surtout dans les grandes entreprises pour sécuriser leur base
de données échangées300.
640. Théoriquement, bien que ca n’existe pas jusqu'à présent, rien n’empêche
la possibilité de recours à la méthode vpn pour protéger les documents
transférables électroniques, lorsque nous remplissons les deux critères de leur
reconnaissance (i.e. l’intégrité et l’identification).
641. Pour conclure, le terme RPV est notamment utilisés par les grandes
entreprises dans le travail à distance, ainsi que pour un moyen d’accès sécurisés
à des structures de types Cloud computing.
299
Pour savoir plus sur les VPN (réseaux privés Virtuels - RPV), veuillez consulter le lien suivant :
[Link]
300
Eric A Caprioli, Op. cit., p. 216 s.
301
[Link]
172
1. Contexte historique du Cloud computing
644. Puis, les années quatre-vingt-dix ont été marquées par la démocratisation
de l'informatique dans les petites et moyennes entreprises (PME) et les très
petites entreprises (TPE) avec l'informatique dite « personnelle ». Les années
deux mille furent celles de l'Internet et des réseaux et c’est à partir de 2010 que
nous trouvons la mobilité offerte par le Cloud computing.
302
L’infogérance est un cas particulier d'externalisation. Il s’agit d’un service défini comme le résultat d’une
intégration d’un ensemble de services élémentaires, visant à confier à un prestataire informatique tout ou une
partie du système informatique (SI) d’un client, dans le cadre d’un contrat pluriannuel, à base forfaitaire,
avec un niveau de services et une durée définie (définition de l'AFNOR). En d’autres termes, c’est
l’externalisation de tout ou partie de la gestion et de l’exploitation du SI à un prestataire informatique tiers
(SSII nouvellement appelé ESN). Cette mission doit s’effectuer dans la durée et non de manière ponctuelle.
[En ligne : [Link]
173
2. Notion de Cloud computing :
645. Il nous faut ici poser la question de savoir ce que l’on entend par Cloud
computing, et quelle nouveauté il apporte au client.
a. Définition
647. D’abord, une définition générale de Cloud computing est prévue par le
Référentiel de qualification de prestataires de services sécurisés d’informatique
en nuage (cloud computing)303. Il précise qu’il s’agit d’un modèle permettant un
accès aisé, à la demande et au travers d’un réseau, à un ensemble partagé de
ressources informatiques.
303
« Référentiel de qualification de prestataires de services sécurisés d’informatique en nuage (cloud
computing) - référentiel d'exigences», version 1.3, 30/07/2014, Agence nationale de la sécurité des systèmes
d’information, [En ligne : [Link]
304
[Link]
305
[Link]
174
650. En France, le Cloud computing est défini par la Commission générale de
terminologie et de néologie précise, en prévoyant qu’il s'agit d'une forme
particulière de gérance de l’information, dans laquelle l'emplacement et le
fonctionnement dans le nuage ne sont pas portés à la connaissance des
clients306.
306
Avis et Communications, Vocabulaire de l'informatique et de l'internet, JORF n°0129 du 6 juin 2010
page 10453 texte n° 42.
[En ligne : [Link]
307
[En ligne : [Link] et pour une définition du cloud computing : [En ligne :
[Link] : “Cloud computing is a model for enabling convenient, on-
demand network access to a shared pool of configurable computing resources (e.g., networks, servers,
storage, applications, and services) that can be rapidly provisioned and released with minimal management
effort or service provider interaction”.
308
Vladimir O. Safonov, Trustworthy Cloud Computing, Edition John Wiley and Sons, Fevrier 2016.
175
654. Techniquement, cette approche est très innovante, car elle change
radicalement la perspective du développeur de logiciels sur l'utilisation des
ressources. Au lieu du temps et des démarches longues et ardues du passé, telles
que: « Je vais installer tels ou tels logiciels et telles données sur mon ordinateur
pour résoudre certaines tâches (l'installation peut nécessiter plusieurs jours, et
parfois une mise à niveau/ actualisation importante ou même un remplacement
de l'ordinateur pourrait être nécessaire)", le client peut désormais utiliser
l'approche « nuage » moderne. Dans ces conditions le client raisonne
différemment « Je souscris aux services cloud de la société X pour six mois et
résoudrai avec l'aide des ressources de cloud tous mes problèmes, j’utilise le
« nuage » quand et où je veux, source de confort de travail en me connectant
sur Cloud depuis mon smartphone ou mon ordinateur portable. "
656. Dans une perspective juridique, toutes les définitions de Cloud computing
peuvent laisser perplexe ; ce concept soulève de nombreuses préoccupations
juridiques qu'il convient d'anticiper, lorsqu’on parle du mécanisme de Cloud
computing. En effet ce système repose sur le recours à l'externalisation des
prestations informatiques sans se soucier des difficultés relatives à la protection
juridique des données privées et au partage des documents informatiques.
309
Voir supra n°675 s.
176
658. Dans la première hypothèse de prestation classique de services
informatiques, le client installe ou fait installer les applications 310 dont il a
besoin sur ses équipements ou ceux dont il a la disposition chez son prestataire
d'hébergement ; par contre dans l’hypothèse de la prestation de services Cloud,
les logiciels seront directement accessibles par le client après authentification
via Internet sans avoir besoin de les installer sur leurs équipements.
Figure 2 : schéma synthétise les spécificités, les modèles de service et les modèles
de déploiement Cloud.
310
Application est un terme informatique qui signifie un programme ou ensemble de programmes destiné à
aider l'utilisateur d'un ordinateur pour le traitement d'une tâche précise.
[En ligne : [Link]
177
associés"311. D'abord, il permet une mise à jour en continu et automatique des
applications. Le client n’a plus besoin de demander la mise à jour des
applications chaque fois qu’il y a une nouvelle version sur le marché, le
prestataire de services s’occupera désormais de la mise à jour des services
informatiques inclus dans le contrat. Ainsi le client dispose, pendant toute la
période du contrat, des équipements mis à jour automatiquement et prêts à
l’usage.
661. Par conséquent, le Cloud computing est avantageux pour le client dans la
mesure où il réduit et rationnalise les coûts, en supprimant d'une part les
équipements nécessaires à la mise en œuvre des logiciels et, d'autre part les frais
de maintenance associés.
662. Ensuite, il est présenté comme visant, par une approche « pay as you go »
(c.à.d. Payez ce que vous consommez)312 ; cette option signifie que le client
paie le prestataire de services informatiques au fur à mesure de sa
consommation du service Cloud computing313.
663. Pendant ces dernières années où il y a de forte tension sur les budgets
partout dans le monde des affaires, le Cloud computing rencontre un succès
considérable lorsque son utilisation se paie à l'usage, ce qui donne l'impression
qu'il est moins cher314
664. Il faut d’ailleurs préciser que le Cloud computing est considéré comme une
charge récurrente, et non un investissement ; d'un point de vue comptable, le
coût d'accès à un des services proposés en Cloud constituera une charge
311
Dans un contrat de vente de licence en général, nous parlons d’un logiciel qui est "vendu" comme un
bien destiné uniquement à être utilisé par une entreprise dans ses fonctions de base, même avec des
adaptations, cas dans lesquels la propriété littéraire et artistique n'entre absolument pas en ligne de compte.
Dès l’acceptation du client de la commande par le vendeur, ce dernier lui est concédé un droit (selon les
cas, exclusif ou non exclusif, cessible ou non cessible) d’utilisation des logiciels et des services commandés,
pour la durée de protection par le droit d’auteur. Dans ce sens, voir : Guillaume Blanc-Jouvan, « Fasc. 321
: Fourniture d’un logiciel ou d’un progiciel», LexisNexis, 20 Avril 2009, n°17 s.
312
Barrie Sosinsky, Cloud Computing Bible, John Wiley & Sons, January 11, 2011, p.17 s.
313
Emmanuel SORDET et Richard MILCHIOR, Le Cloud computing, un objet juridique non identifié ?,
Communication Commerce électronique n° 11, Novembre 2011, étude 20.
314
Isabelle Renard, 3 QUESTIONS Le Cloud Computing, La Semaine Juridique Entreprise et Affaires n° 50,
13 Décembre 2012, 770.
178
d'exploitation quand le recours à des licences et à l'équipement nécessaire pour
les faire fonctionner se traduira par la constatation au bilan d'immobilisations315.
665. Enfin, d'un point de vue plus technique, le Cloud computing permet une
mutualisation et une allocation dynamique de capacité (c.-à-d. des ressources de
stockage et de traitement) en fonction des besoins de l'entreprise suivant ainsi
ses cycles de développement.
667. Citons l’exemple d’une entreprise qui voulait transmettre les solutions et
ressources logicielles qu’il dispose dans sa nouvelle filiale. Pour ce faire, il
fallait dépenser une somme considérable afin de pouvoir effectuer une telle
tache et mettre en œuvre les mêmes solutions dans cette nouvelle entité. Grâce à
la virtualisation dans le Cloud computing, le transfert des solutions s’effectue
simplement en cliquant sur le clavier et en suivant quelques étapes sur le
système pour effectuer la mutualisation des ressources dans la nouvelle filiale.
668. Nous comprenons dès lors l'intérêt pour les entreprises de recourir au
Cloud computing.
669. Il existe plusieurs modes de Cloud computing dont les trois principaux à ce
jour sont le SaaS (Software as a service), le PaaS (Platform as a service) et
l'IaaS (Infrastructure as a service), la forme originelle du Cloud computing.
Alors que le SaaS permet l'accès aux données via Internet, le PaaS facilite le
développement d'applications. Quant à l'IaaS, il s'agit d'une infrastructure
fournissant des capacités de traitement.
315
Emmanuel SORDET et Richard MILCHIOR, Op. cit.
179
Les différentes activités de Cloud se présentent dans l’ordre suivant :
671. Le IaaS consiste à mettre dans le Cloud des serveurs partagés virtualisés,
avec le système d’exploitation, et vendus à la demande. Ils sont généralement
vendus selon des métriques liées au nombre de sessions virtuelles, la quantité de
mémoire allouée, l’espace de stockage utilisé ainsi que le débit réseau utilisé.
672. Ainsi lorsque par exemple un client souhaite avoir plus d’espace, il paiera
pour les sessions virtuelles demandées ; et lorsqu’il a besoin de plus de vitesse
pour effectuer ses taches, il demande l’augmentation de la quantité de mémoire
allouée.
180
c. Fourniture de service SaaS (Software as a service)
676. Le Saas a pour but de proposer une application complète qui doit être plus
ou moins personnalisée pour le client. L’application proposée dispose d’une
interface utilisateur, d’une interface pour le manager et les utilisateurs. Ces
applications sont souvent proposées selon des métriques business : nombre
d’utilisateurs, nombre de transactions etc… Les offres sont très nombreuses et
dans tous les domaines mais principalement des domaines transverses pour le
moment.
677. Quant à la gestion du service SaaS, c’est le prestataire qui offre une
fonction opérationnelle et gère de façon transparente pour l’utilisateur
l’ensemble des aspects techniques requérant des compétences informatiques. Le
client garde quand même la possibilité d’effectuer quelques paramétrages de
l’application.
679. L'idée n'est pas nouvelle : il est depuis longtemps possible d'externaliser
tout ou partie de son informatique à un prestataire et ce, que ce soit au niveau de
l'infrastructure de base (« IaaS »), de la plate-forme (« PaaS ») ou encore de
l'application (« SaaS »). Mais le Cloud Computing diffère de l'infogérance
classique par son caractère « distribué » des infrastructures (c'est-à-dire la
répartition de la puissance informatique sur des centres de calcul
géographiquement distants reliés par des réseaux à haute vitesse).
181
3. Software as a services Applications
Figure 3 : nous illustrons les différents modèles de service Cloud comme des couches technologiques
4. Modèles de déploiement
681. Une autre distinction importante à signaler, selon qu'il existe un réseau
Internet ouvert au public ou un réseau intranet réservé aux collaborateurs et tiers
autorisés d'une entreprise : le Cloud public et le Cloud privé316.
316
Barrie Sosinsky, Op. cit., p.7 s.
182
683. Face à l’émergence de l’information dans les nuages ou Cloud computing,
associée aux services proposés en mode SaaS (software as a Service), nous
pouvons théoriquement envisager le recours au service Cloud computing pour
les documents transférables par voie électronique, lorsqu’il existe une garantie
de la conformité juridique des opérations, spécialement le contrôle et le suivi
des identités des utilisateurs de ces services ; la confiance passe par la mise en
place de méthodes d’authentification (comme par exemple le système Single
Sign-on "SSO", OTP, certificats). La sécurité et la confidentialité des
informations, ainsi que leur lieu d’hébergement sont des questions clés
notamment en termes contractuels317.
317
Eric A Caprioli, Op. cit., p.22 s.
183
SECTION II : LES PRESTATAIRES DANS LE
SERVICE DE CONFIANCE : LES GARANTS DE LA
SIGNATURE
689. Cette extension nous parait logique. Une législation qui se limite à
l’intervention du tiers de confiance dans le cadre de la signature électronique et
les certificats d’identité n’avait pas de sens. Un tiers de confiance peut avoir
d’autres champs d’intervention lorsque nous envisageons la conclusion, la
transmission et la conservation d’un acte juridique dans un processus
complètement électronique.
184
690. Dans un premier temps nous présentons les prestataires de service de
confiance, leur attribuer une définition et d’exposer leurs critères de
qualification (Paragraphe I), ensuite nous envisageons les obligations et
responsabilité des prestataires de service de confiance (Paragraphe II). Dans un
troisième et dernier temps, nous exposons un exemple significatif de prestation
de service de confiance qualifié, qui est la prestation de services d’horodatage
(Paragraphe III).
693. Ainsi la confiance dépend désormais des tiers ; ces intermédiaires qui sont
les prestataires de service de confiance. S’agissant de nouveaux métiers de
confiance, le droit reconnait progressivement leur intervention afin de renforcer
la confiance entre les usagers. Si la confiance ne peut naître du seul rapport
318
M. ANTOINE, D. GOBERT et A. SALAÜN, Le développement du commerce électronique : les
nouveaux métiers de la confiance », in Droit des technologies de l’information, regards prospectifs, Cahiers
du CRID, n° 16, Bruxelles, Bruylant, 1999, p. 3 à 32.
185
entre les parties, cela ouvre le champ à l’intervention des tiers dont l’activité est
de créer, de manière originale, les éléments de la confiance et de la sécurité.
319
695. Au niveau européen, le Règlement européen du 23 juillet 2014 attribue
aussi une définition similaire aux prestataires de services de confiance320 ; la
fiabilité de leurs pratiques ou de leurs produits étant reconnue par chaque Etat
membre. Le règlement du 23 juillet 2014 a élargi le champ d’application des
services de confiance qui regroupe désormais de nombreux services, et les
prestataires de services de confiance pourront ainsi agir dans plusieurs domaines
d’activités bien que leur régime juridique ne soit pas unifié.
319
Règlement (UE) n ° 910/2014 du Parlement européen et du Conseil du 23 juillet 2014 sur l’identification
électronique et les services de confiance pour les transactions électroniques au sein du marché intérieur et
abrogeant la directive 1999/93/CE, [En ligne : [Link] ].
320
D’après l’article 3 (19) du Règlement (UE) n ° 910/2014 du Parlement européen et du Conseil du
23 juillet 2014, le «prestataire de services de confiance» est une personne physique ou morale qui fournit un
ou plusieurs services de confiance, en tant que prestataire de services de confiance qualifié ou non qualifié
186
697. Toutes ces procédures de contrôle susmentionnées visent à amplifier et
rejaillir le sentiment de confiance de la part des usagers et les internautes. Un
prestataire de service fiable doit être doté de la spécialisation et un certain
niveau de professionnalisme dans le cadre de l’exercice de son métier. En
procédant de la sorte, la confiance des usagers exige que le rôle des prestataires
de service contribuant à des transactions par voie électronique soit clairement
spécifié et bien encadré dans leur domaine d’intervention.
321
Article 170 ter, II) du Code général des Impôts prévoit que « La mission de tiers de confiance est réservée
aux personnes membres des professions réglementées d'avocat, de notaire et de l'expertise comptable », [En
ligne :
[Link]
TEXT000006069577].
187
prestataires de service. La fiabilité de la technologie et services peut être
soutenue et assurée par certaines mesures de sécurité : comme la qualification,
certifications des services ou matériels (auprès de l’Agence National de la
Sécurité des Systèmes d’Information « ANSSI »322) ou encore des labellisations
CNIL323 et celle de l’Union européenne pour les services qualifiés (cette
labellisation sera présentée plus tard dans le deuxième paragraphe de la présente
section).
iii. La pérennité de l’entité. Il est important que l’activité du tiers de confiance soit
durable et pérenne dans le temps avec une base financière solide.
322
L’Agence National de la Sécurité des Systèmes d’Information (ANSSI) est un service français créé par
décret le 7 juillet 2009. Ce service à compétence nationale est rattaché au Secrétaire générale de la défense et
de la sécurité nationale (SGDSN), autorité chargée d'assister le Premier ministre dans l'exercice de ses
responsabilités en matière de défense et de sécurité nationale. [En ligne : [Link]
323
La notion de labellisation est comprise par le grand public comme étant un mode de reconnaissance d’un
niveau de qualité, conformément à l’état de l’art du marché et aux bonnes pratiques, délivrée par une entité
privée ou une autorité publique, adossée à un cahier des charges.
324
L’"impartialité" est définie comme la règle selon laquelle il convient que les juges et les arbitres soient
indépendants au regard l'autorité de l'Etat et neutres à l'égard des parties. Dictionnaire en ligne du Droit
Privé, [En ligne : [Link]
188
701. Le droit français prévoit les deux possibilités soit d’internaliser ou
d’externaliser la fonction du prestataire de services de confiance dans un texte.
Il s’agit de l’article 19 du décret n° 2010-112 du 2 février 2010325 pris pour
l’application des articles 9, 10 et 12 de l’ordonnance n° 2005-1516 du 8
décembre 2005 ; ce texte prévoit clairement ces deux possibilités, admettant la
possibilité pour une autorité administrative d’agir comme prestataire de services
de confiance pour ses besoins propres ou au profit d'autres autorités
administratives.
704. Ce texte précise que les fonctions qui contribuent à la sécurité sont
occupées par les prestataires de services de confiance et que c’est à ces derniers
d’offrir leurs services afin de mettre en œuvre ces fonctions d’assurer la sécurité
325
Décret n° 2010-112 du 2 février 2010 pris pour l'application des articles 9, 10 et 12 de l'ordonnance n°
2005-1516 du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités
administratives et entre les autorités administratives, [En ligne :
[Link]
326
Ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et
les autorités administratives et entre les autorités administratives, [En ligne :
[Link]
189
des informations échangées par voie électronique (article 1er, II, 2° dudit
ordonnance).
705. Pour rendre le choix plus simple pour les administrations de choisir les
prestataires de service, ils ont à leur disposition certains outils élaborés à cette
fin: on parle ici de "référentiels" de sécurité, d'interopérabilité et d'accessibilité.
A. Le système de référentiels
327
Article 9 de l’ordonnance du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les
autorités administratives et entre les autorités administratives prévoit que :
«I. - Un référentiel général de sécurité fixe les règles que doivent respecter les fonctions des systèmes
d'information contribuant à la sécurité des informations échangées par voie électronique telles que les
fonctions d'identification, de signature électronique, de confidentialité et d'horodatage. Les conditions
d'élaboration, d'approbation, de modification et de publication de ce référentiel sont fixées par décret.
II. - Lorsqu'une autorité administrative met en place un système d'information, elle détermine les fonctions
de sécurité nécessaires pour protéger ce système. Pour les fonctions de sécurité traitées par le référentiel
général de sécurité, elle fixe le niveau de sécurité requis parmi les niveaux prévus et respecte les règles
correspondantes. Un décret précise les modalités d'application du présent II.
III. - Les produits de sécurité et les prestataires de services de confiance peuvent obtenir une qualification
qui atteste de leur conformité à un niveau de sécurité du référentiel général de sécurité. Un décret précise les
conditions de délivrance de cette qualification. Cette délivrance peut, s'agissant des prestataires de services
de confiance, être confiée à un organisme privé habilité à cet effet ».
190
services de confiance pourra obtenir la qualification lui permettant d’agir et
exercer librement ses activités sur le marché, de manière favorable par rapport à
un autre prestataire non qualifié.
i. Contexte
712. Le Référentiel général de sécurité (RGS) a pour objectif principal de
sécuriser les échanges administratifs, et comporte un cadre de règles que doivent
respecter les fonctions des systèmes d'information développés par les
administrations, en ce qui relève de l’identification, de la signature électronique,
la confidentialité et l'horodatage.
328
D. n° 2010-112, 2 févr. 2010 fixant les conditions d'élaboration et de publication du Référentiel général
de sécurité : Journal Officiel 4 Février 2010, p. 2072. - A. 6 mai 2010, portant approbation du référentiel
général de sécurité et précisant les modalités de mise en œuvre de la procédure de validation des
certifications électroniques : Journal Officiel 18 Mai 2010.
191
714. La deuxième version du RGS est publiée par l’arrêté du 13 juin 2014329
portant approbation du référentiel général de sécurité et précisant les modalités
pour mettre en œuvre la procédure de validation des certificats électroniques.
716. Nous signalons aussi que la transition des certificats vers la nouvelle
version du référentiel s’effectue normalement pendant l’année qui suit l’entrée
en vigueur de la nouvelle version 2014 lorsqu’ils étaient conformes aux
dispositions de la première version du RGS330.
329
Arrêté du 13 juin 2014 portant approbation du référentiel général de sécurité et précisant les modalités de
mise en œuvre de la procédure de validation des certificats électroniques. [En ligne :
[Link]
330
Le chapitre 8 du RGS en date de 13 juin 2014 prévoit les mesures transitoires suivantes : "les certificats
conformes aux annexes de la première version du RGS pourront encore être émis pendant l’année qui suit
l’entrée en vigueur de la présente version. Les autorités administratives devront accepter ces certificats
pendant leur durée de vie jusqu’à concurrence de trois (3) ans, soit au maximum pendant les quatre (4)
années qui suivent l’entrée en vigueur de la présente version du référentiel général de sécurité ; les
certificats conformes aux annexes de la présente version pourront être émis à compter de son entrée en
vigueur. Les autorités administratives devront accepter ces certificats au plus tard un (1) an après cette
date".
192
échanges électroniques qu’elles mettent en œuvre, ainsi qu’aux industriels dont
l’activité est de proposer des produits de sécurité.
331
Voir Supra n°795 s.
193
des règles et bonnes pratiques que doivent mettre en œuvre les administrations
ainsi que tout prestataire de service souhaitant recourir à des prestations
spécifiques : certification et horodatage électroniques, audit de sécurité.
725. Quant à la valeur juridique des règles annoncées par le RGS, elles sont
considérées comme des recommandations suivies dans le domaine de la sécurité
des systèmes informatique et les échanges électroniques et fortement sollicitées
par les usagers332.
726. Il s’agit d’un référentiel qui est prévu également par l'ordonnance du 8
décembre 2005 dans son article 11, et adopté par l'arrêté du 9 novembre 2009.
Le RGI dispose d'un cadre commun d'harmonisation, qui détermine les règles
techniques permettant d'assurer l'interopérabilité des systèmes d'information. Il
sert à déterminer notamment les répertoires de données, les normes et les
standards qui doivent être utilisés par les usagers.
332
Nous entendons ici par usagers l’ensemble des acteurs de l’achat de produits ou de prestations liés à la
sécurité des systèmes d’information, y inclus les institutions financière pour protéger les "documents
transférables électroniques".
333
Arrêté du 20 avril 2016 portant approbation du référentiel général d'interopérabilité. [En ligne :
[Link]
334
Voir supra aussi n°1119.
194
729. L’interopérabilité joue dans le sens où il s’agit de prévenir, voire éviter
qu’un document émis par un service ne puisse être lu sur l’ordinateur de son
destinataire (c.-à-d. celui qui reçoit le document électronique et ayant le droit de
s’en prévaloir et s’en servir).
730. Ainsi il faut veiller d’utiliser des formats uniformes. Citant à titre
d’exemple la décision des autorités de privilégier le format ODF – qui se décline
en « .odt », « .ods », « .odb »... La nouvelle version du RGI a placé ce format en
« recommandé », tandis que l’OOXML de Microsoft (« .docx », « .xlsx »...)
reste « en observation », notamment du fait de « sa complexité », et de « son
manque d’ouverture ». La raison pour laquelle le RGI a conseillé l’usage du
format ODF est sa simplicité et son interopérabilité sur différents systèmes.
732. Etant adopté par le décret n° 2009-546 du 14 mai 2009 pris en application
de la loi n° 2005-102 du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des
195
chances335, le RGAA vise à permettre à toute personne, quelle que soit la nature
de son handicap, d'accéder aux contenus et services en ligne des administrations,
et ainsi définit notamment les critères d’accessibilité des sites Internet.
B. Le système de certification
1) Notion de certification.
734. D’après l’ordonnance n° 2005-1516, art. 1er, II, 3e, les certificats
électroniques sont délivrés par une tierce personne, qui est le prestataire de
services de confiance.
335
Loi n° 2005-102 du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la
citoyenneté des personnes handicapées. Journal Officiel 16 Mai 2009, version consolidée au 23 novembre
2016. [En ligne : [Link]
336
Article 3 (14) du Règlement (UE) n ° 910/2014 du Parlement européen et du Conseil du 23 juillet 2014
sur l’identification électronique et les services de confiance pour les transactions électroniques au sein du
marché intérieur et abrogeant la directive 1999/93/CE. [En ligne : [Link]
337
Article 3 (15) du Règlement (UE) n ° 910/2014.
338
L’Annexe I du Règlement (UE) n ° 910/2014 prévoit les exigences concernant les certificats qualifiés;
tout certificat qualifié doit comporter:
196
737. La certification permet d’attester par une tierce partie indépendante et
impartiale qu’un produit ou un document atteint, à un instant donné, un niveau
de sécurité représenté par les services de sécurité qu’il offre et sa résistance à un
niveau d’attaques donné : en France, quel que soit le type d’évaluation, la
certification s’appuie systématiquement, outre des vérifications de conformité,
sur des tests d’intrusion pour déterminer le niveau de sécurité réellement atteint
par le produit ou le document électronique339
a) une mention indiquant, au moins sous une forme adaptée au traitement automatisé, que le certificat a été
délivré comme certificat qualifié de signature électronique;
b) un ensemble de données représentant sans ambiguïté le prestataire de services de confiance qualifié
délivrant les certificats qualifiés, comprenant au moins l’État membre dans lequel ce prestataire est établi, et
- pour une personne morale: le nom et, le cas échéant, le numéro d’immatriculation tels qu’ils figurent dans
les registres officiels;
- pour une personne physique: le nom de la personne ;
c) au moins le nom du signataire ou un pseudonyme; si un pseudonyme est utilisé, cela est clairement
indiqué;
d) des données de validation de la signature électronique qui correspondent aux données de création de la
signature électronique;
e) des précisions sur le début et la fin de la période de validité du certificat;
f) le code d’identité du certificat, qui doit être unique pour le prestataire de services de confiance qualifié;
g) la signature électronique avancée ou le cachet électronique avancé du prestataire de services de confiance
qualifié délivrant le certificat;
h) l’endroit où peut être obtenu gratuitement le certificat sur lequel reposent la signature électronique
avancée ou le cachet électronique avancé mentionnés au point g);
i) l’emplacement des services qui peuvent être utilisés pour connaître le statut de validité du certificat
qualifié ;
j) lorsque les données de création de la signature électronique associées aux données de validation de la
signature électronique se trouvent dans un dispositif de création de signature électronique qualifié, une
mention l’indiquant, au moins sous une forme adaptée au traitement automatisé.
339
La certification de sécurité par l’ANSSI, document publié le 09 Septembre 2015, [En ligne :
[Link]
197
2) Procédure de certification
340
D. 18 av. 2002, art. 2 s.
198
précisera les caractéristiques des objectifs de sécurité proposés, et conclut soit à
la délivrance d'un certificat, soit au refus de la certification341.
748. Il est aussi important de signaler que le centre fait recours à des experts de
l’ANSSI dans ces missions, et il s’appuie sur des laboratoires d’évaluation
agréés (Centre d’Evaluation de la Sécurité des Technologies de l’Information).
De leur côté, le centre prend compte de vérifier leurs compétences techniques
sur les différents domaines techniques pour lesquels ils sont agréés, et valide la
pertinence de leurs travaux pour chaque produit évalué.
341
Décret n°2002-535 du 18 avril 2002 relatif à l'évaluation et à la certification de la sécurité offerte par les
produits et les systèmes des technologies de l'information, Version consolidée au 23 novembre 2016. Art. 7
et s. [En ligne : [Link]
342
Op. Cit. Art. 8 s.
343
Service de certification auprès de l’ANSSI, [En ligne : [Link]
certifies/].
199
- L’évaluation selon les Critères Communs permet quant à elle de certifier un
produit selon des niveaux d’assurance de sécurité Evaluation Assurance Level
très variés, allant de EAL1 (niveau d’attaquant faible, script kiddie) à EAL7
(niveau d’attaquant élevé), et prend également en compte la sécurité du
développement.
344
Directive 1999/93/CE du Parlement européen et du Conseil, du 13 décembre 1999, sur un cadre
communautaire pour les signatures électroniques, [En ligne : [Link]
content/FR/ALL/?uri=CELEX:31999L0093].
345
D. GOBERT, « Le règlement européen du 23 juillet 2014 sur l’identification électronique et les services
de confiance (eIDAS) : analyse approfondie », février 2015, [En ligne : [Link]
[Link]/wp-content/uploads/2016/11/annexes/dossier/[Link]].
200
753. Ainsi le législateur européen a abrogé la directive n° 1999/93/CE, par la
mise en œuvre du règlement européen du 23 juillet 2014 sur l’identification
électronique et les services de confiance (eIDAS)346
754. L’objectif de ce Règlement consiste principalement à mettre en place un
cadre juridique visant à susciter une confiance accrue dans les transactions
électroniques au sein du marché intérieur et d’instaurer un cadre juridique
général concernant l'utilisation des services de confiance347. Le Règlement
consiste aussi à renforcer la sécurité juridique, au profit tant des prestataires de
services que des utilisateurs de ces services. Comme l’évoque d’ailleurs le
premier considérant du Règlement, l’amélioration de la sécurité juridique
devrait contribuer au renforcement du climat de confiance348.
756. Ainsi, ce nouveau texte du règlement répond aux défis posés par le
déploiement du numérique au sein du marché interne, et apporte une solution
efficace au manque de confiance des utilisateurs dans les systèmes électroniques
par rapport aux interactions physiques349.
346
Règlement (UE) n ° 910/2014 du Parlement européen et du Conseil du 23 juillet 2014 sur l’identification
électronique et les services de confiance pour les transactions électroniques au sein du marché intérieur et
abrogeant la directive 1999/93/CE, Journal officiel de l'Union européenne, 28 aout 2014. [En ligne
:[Link] ].
347
Chapitre 3 du Règlement européen du 23 juillet 2014 consiste à instaurer un cadre juridique général
concernant l'utilisation des services de confiance. Considérant n° 21 et article 1, b) et c).
348
Considérant n°1 de la Règlement (UE) n ° 910/2014: « Instaurer un climat de confiance dans
l'environnement en ligne est essentiel au développement économique et social. En effet, si les
consommateurs, les entreprises et les administrations n'ont pas confiance, notamment en raison d'un
sentiment d'insécurité juridique, ils hésiteront à effectuer des transactions par voie électronique et à adopter
de nouveaux services » et considérant n° 14 : « Le présent règlement vise à établir un cadre cohérent en vue
de fournir des services de confiance d'un niveau de sécurité et de sécurité juridique élevé ».
349
PE et Cons. UE, prop. de règl. : Doc. COM (2012), 238 final, [Link] – V.E.A. Caprioli et P.
Agosti, La régulation du marché européen de la confiance numérique : enjeux et perspectives de la
proposition de règlement européen sur l’identification électronique et les services de confiance :
[Link]. févr. 2013, n 2, étude 3.
201
757. Le législateur européen a adopté la solution la plus cohérente en
promulguant la Directive 1999/93 puis le Règlement n° 910/2014 dans une
tentative d’unifier les règles de droit entre les Etats membre en matière de
services de confiance.
758. Un "label" est aussi un autre outil pour fortifier la confiance des usagers.
Celui ci est essentiel pour que les utilisateurs tirent pleinement avantage des
services électroniques et qu'ils s'y fient en connaissance de cause.
760. Suite à l’obtention par un prestataire du statut qualifié et qu’il soit inscrit
sur la liste de confiance, il pourra utiliser le label de confiance de l'Union pour
indiquer d'une manière simple, claire et reconnaissable les services de confiance
qualifiés qu'il fournit (Article 23.1 du Règlement).
761. En plus, l’article 23, dans son alinéa 2, prévoit que le prestataire doit
veiller à ce qu'un lien vers la liste de confiance concernée soit disponible sur son
site Internet351. Cette liste est accessible au grand public et sert à tracer les
services qualifiés.
350
Considérant n°47.
351
Article 23.2 du Règlement (UE) du n ° 910/2014 du Parlement européen et du Conseil du 23 juillet 2014
sur l’identification électronique et les services de confiance pour les transactions électroniques au sein du
marché intérieur et abrogeant la directive 1999/93/CE, Journal officiel de l'Union européenne, 28 aout 2014.
202
2. Les Conditions préalables à l’utilisation de services qualifiés
352
Résumé de l’analyse d’impact accompagnant la proposition de règlement du 4 juin 2012 (SWD(2012)
136 final).
[En ligne : [Link]
203
767. Cette dernière déclaration par la Commission révèle que les principales
causes de ce problème du manque de confiance et d’interopérabilité sont le fait
que le cadre juridique en vigueur dans les Etats membres est insuffisamment
développé ; nous ajoutons à cela le manque de coordination dans le
développement et le contrôle des services offerts, le manque de transparence
quant aux garanties de sécurité et le manque de sensibilisation des utilisateurs.
769. Dans le cadre des échanges électroniques entre les usagers et les autorités
administratives, tout prestataire de services de confiance peut demander à être
qualifié. Cette qualification atteste de la conformité du service aux exigences du
Référentiel Général de Sécurité (RGS) au niveau de sécurité requis. La
qualification permet aussi au prestataire de demander à être référencé par l'Etat.
204
772. D’abord, lorsqu’un prestataire prend l’initiative d’offrir un service de
confiance qualifié, il doit concrétiser son initiative par soumettre à un organe de
contrôle national une notification de son intention accompagnée d'un rapport sur
l'évaluation de la conformité délivré par un organisme d'évaluation de la
conformité353.
773. Par la suite, l’ANSSI, désignée comme organe de contrôle les autorités
françaises, prendra une décision de qualification d’un prestataire de services de
confiance sur la base de ce rapport d’évaluation rendu par l’organe de contrôle.
775. Ces listes sont sécurisées et accessibles en ligne à tout moment, permettant
ainsi à tout utilisateur de vérifier de manière fiable si un prestataire auquel il
compte recourir est effectivement inscrit sur la liste et dispose du « statut
qualifié ».
776. L’article 22 stipule d’ailleurs sur les listes de confiance que chaque Etat
membre est tenu responsable pour établir, tenir à jour et publier, de façon
353
Note de l’ANSSI sur « les Prestataires de services de confiance qualifiés – critères d’évaluation de la
conformité au règlement eIDAS », Version 1 du 4 mai 2016. Page 5.
Selon l’article 3,18), un "organisme d'évaluation de la conformité" est un organisme défini à l'article 2, point
13), du règlement (CE) n° 765/2008 (du Parlement européen et du Conseil du 9 juillet 2008 fixant les
prescriptions relatives à l'accréditation et à la surveillance du marché pour la commercialisation des produits
et abrogeant le règlement (CEE) n° 339/93 du Conseil, JO L 218 du 13.8.2008, p. 30), qui est accrédité
conformément audit règlement comme étant compétent pour effectuer l'évaluation de la conformité d'un
prestataire de services de confiance qualifié et des services de confiance qualifiés qu'il fournit.
354
Cette affirmation découle d’une lecture a contrario de l’article 21.3.
355
Article 22 du règlement (UE) n ° 910/2014 du Parlement européen et du Conseil du 23 juillet 2014 sur
l’identification électronique et les services de confiance pour les transactions électroniques au sein du
marché intérieur et abrogeant la directive 1999/93/CE.
356
En ce sens, le considérant n° 46 indique que « Les listes de confiance sont des éléments essentiels pour
fonder la confiance des opérateurs économiques, car elles indiquent le statut qualifié du prestataire de
service au moment du contrôle ».
205
sécurisée et sous une forme adaptée au traitement automatisé, les listes de
confiance.
357
Dans ce sens, le considérant 10 de la directive 1999/93/CE du Parlement européen et du Conseil, du 13
décembre 1999 prévoit que "… afin de favoriser la fourniture à l'échelle communautaire de services de
certification sur des réseaux ouverts, il y a lieu que les prestataires de service de certification soient libres
d'offrir leurs services sans autorisation préalable; on entend par "autorisation préalable" non seulement
toute autorisation à obtenir par le prestataire de service de certification au moyen d'une décision des
autorités nationales avant d'être autorisé à fournir ses services de certification, mais aussi toute autre
mesure" ayant le même effet".
206
B. Système de responsabilité des prestataires de services de
confiance.
784. Pour utiliser une métaphore, le Règlement se limite à créer une « garde-
robe » ou une « boîte à outils »358 dans laquelle nous y trouvons deux «
costumes juridiques » principaux : le costume juridique applicable aux services
de confiance qualifiés et celui applicable aux services de confiance non
qualifiés.
358
D. GOBERT, Supra voir p.195, n°739.
207
pourrait offrir des services de signature et cachet électroniques, sans toutefois
offrir des services d’horodatage et d’envoi recommandé électronique.
790. Nous nous posons ici la question sur le choix du modèle par l’utilisateur, et
la réponse dépendra certainement de la stratégie juridique et de la politique de
gestion de risques de l’utilisateur.
791. Le premier choix réside pour un utilisateur qui utilise ces services dans un
domaine dans lequel nous pouvons se satisfaire d’un niveau de sécurité et de
fiabilité faible et/ou pour des opérations juridiques pour lesquelles le risque de
contestation est faible voire acceptable.
208
792. Dans ce cas, l’utilisateur pourra se contenter d’un service non qualifié de la
même manière qu’il n’est pas nécessaire de disposer d’un véhicule suréquipé
pour rouler 20 km par jour sur des routes bien entretenues et sans obstacle.
793. Par contre, lorsque l’utilisateur se sert de ces services dans un domaine
dans lequel un niveau de sécurité élevé est requis tant les risques d’attaques ou
de fraudes sont importants et/ou pour des opérations juridiques pour lesquelles
nous ne pouvons se permettre de prendre le risque d’une contestation tant les
enjeux juridiques, économiques et financiers sont considérables, il adoptera un
service de confiance qualifié. Par exemple en matière bancaire, les effets de
commerce sont des instruments financiers qui risquent de fraude pendant leur
exécution, ce qui nécessite une protection renforcée en faisant recours aux
services de confiance qualifiés.
794. Dans ces dernières hypothèses, nous voyons l’importance pour l’utilisateur
de recourir à un service de confiance qualifié de la même manière que s’il veut
accéder au sommet d’une montagne en passant par un chemin semé d’embûches
et de nombreux bourbiers, nous lui conseillerons d’utiliser un véhicule ad hoc
lui permettant de franchir aisément ces obstacles en sécurité359.
795. Tous les services de confiance qualifiés bénéficient d’une clause dite
d’assimilation ou de présomptions ; cette clause dispensera son utilisateur de la
charge de la preuve en cas de contestation, et le prestataire est présumé fautif
jusqu'à preuve du contraire360.
359
D. GOBERT, Op. cit., p. 25.
360
Dans ce sens, l’article 13 Règlement du 23 juillet 2014 prévoit que " Un prestataire de services de
confiance qualifié est présumé avoir agi intentionnellement ou par négligence, à moins qu’il ne prouve que
les dommages visés au premier alinéa ont été causés sans intention ni négligence de sa part".
209
présente sous une forme électronique ou qu'il ne satisfait pas aux exigences du
même service de confiance qualifié361 (nous développons plus tard dans la
présente section la responsabilité des prestataires de service de confiance362)
361
Voir les articles 25.1., 35.1., 41.1. et 43.1 du Règlement européen du 23 juillet 2014.
362
Voir n°825 s.
210
2. Les engagements juridiques des prestataires de services de confiance
qualifiés
799. La note publiée par l’ANSSI sur les Prestataires de services de confiance
qualifiés et leurs critères d’évaluation de la conformité a traité juridiquement et
techniquement en détail les obligations qui relèvent du prestataire de services
qualifié.
800. Il nous suffit ici d’aborder les obligations juridiques prévues par le
révérenciel de l’ANSSI selon l’ordre suivant.
802. Il est aussi tenu d’adresser chaque année à l’ANSSI une synthèse de
l’ensemble des modifications apportées à la fourniture de ses services de
confiance qualifiés.
ii. Assurer la fiabilité des systèmes utilisés pour le stockage des données
211
qui lui sont fournies, sous une forme vérifiable tout en respectant les conditions
suivantes363 :
o les données ne doivent pas être publiquement disponibles pour des traitements
qu’après avoir obtenu le consentement de la personne concernée par ces
données ;
o seules des personnes autorisées peuvent introduire et modifier les données
conservées ;
o l’authenticité de ces données peut être vérifiée.
363
Section II.3.2 de la note de l’ANSSI sur « les Prestataires de services de confiance qualifiés – critères
d’évaluation de la conformité au règlement eIDAS », version 1 du 4 mai 2016. Page 6, [En ligne :
[Link]
212
iv. Gestion des incidents « Incident management »
812. Au niveau des Etats, lorsqu’un Etat membre reconnait une atteinte du
schéma d’identification électronique ou de l’authentification, affectant la fiabilité
de l’authentification transfrontalière de ce schéma, il doit notifier, suspendre ou
révoquer immédiatement cette authentification transfrontalière ou les éléments
altérés en cause, et d’informer les autres Etats membres et la commission
européenne365.
364
Section II.3.4 paragraphe 7.9 de la Note de l’ANSSI sur « les Prestataires de services de confiance
qualifiés – critères d’évaluation de la conformité au règlement eIDAS », version 1 du 4 mai 2016, p. 6. Voir
aussi article 19, 2) du règlement (UE) n ° 910/2014 du Parlement européen et du Conseil du 23 juillet 2014
sur l’identification électronique et les services de confiance pour les transactions électroniques au sein du
marché intérieur et abrogeant la directive 1999/93/CE.
365
Article 10 du règlement (UE) n ° 910/2014 du Parlement européen et du Conseil du 23 juillet 2014 sur
l’identification électronique et les services de confiance pour les transactions électroniques au sein du
marché intérieur et abrogeant la directive 1999/93/CE.
213
certificats et publie le statut de révocation du certificat en temps utile, et en tout
état de cause dans les vingt-quatre heures suivant la réception de la demande.
Cette révocation devient effective immédiatement dès sa publication.366
ii. La suspension.
816. La suspension du certificat qualifié ne porte pas les mêmes effets qu’une
révocation, et ses conséquences juridiques sont nettement moins grave que
lorsque nous sommes dans l’hypothèse de la révocation. Le considérant (53) du
règlement 2014 précise que « la suspension de certificats qualifiés est, dans un
certain nombre d’États membres, une pratique opérationnelle établie des
prestataires de services de confiance qui est différente de la révocation et
entraîne une perte temporaire de validité d’un certificat. La sécurité juridique
impose que le statut de suspension d’un certificat soit toujours clairement
indiqué. À cet effet, les prestataires de services de confiance devraient avoir la
responsabilité de clairement indiquer le statut du certificat et, s’il est suspendu,
la période précise de temps durant laquelle le certificat est suspendu ».
366
Article 24 § 3 du Règlement (UE) n° 910/2014 du Parlement européen et du Conseil du 23 juillet 2014
sur l’identification électronique et les services de confiance pour les transactions électroniques au sein du
marché intérieur et abrogeant la directive 1999/93/CE, [En ligne : [Link]
content/FR/TXT/?uri=CELEX%3A32014R0910].
367
Article 24 § 4 du Règlement (UE) n° 910/2014 du Parlement européen et du Conseil du 23 juillet 2014
sur l’identification électronique et les services de confiance pour les transactions électroniques au sein du
marché intérieur et abrogeant la directive 1999/93/CE, [En ligne : [Link]
content/FR/TXT/?uri=CELEX%3A32014R0910].
214
817. Ainsi, à la différence de la révocation qui est définitive et irrémédiable, la
suspension entraine une perte temporaire du certificat qualifié et que c’est au
prestataire de services de confiance de préciser la période de suspension ; ce
règlement ne devrait pas imposer aux prestataires de services de confiance ou aux
États membres de recourir à la suspension, mais devrait prévoir des règles en
matière de transparence, dans les cas où cette pratique est disponible.
818. Tous les prestataires de services de confiance devraient être soumis aux
exigences du présent règlement, notamment en matière de sécurité et de
responsabilité, pour assurer une diligence appropriée, la transparence et la
responsabilité quant à leurs activités et à leurs services. Toutefois, eu égard au
type de services fournis par les prestataires de services de confiance, il y a lieu de
faire une distinction, au niveau de ces exigences, entre, d’une part, les prestataires
de services de confiance qualifiés et, d’autre part, les prestataires de services de
confiance non qualifies (Considérant 35 du Règlement)
368
Guide pratique sur la dématérialisation des marchés publics - Version 2.0 de décembre 2012, 19
décembre 2012, [En ligne : [Link]
[Link]].
215
publication (annuaire ou liste de révocation des certificats ou des autorités de
certification reconnues).
821. L’IGC est ainsi constituée d’un ensemble de moyens techniques, humains,
documentaires et contractuels mis à la disposition des utilisateurs pour assurer un
environnement sécurisé aux échanges électroniques. La mise en œuvre d’une
infrastructure de gestion de clés permet de s’assurer de la correspondance entre
une clé publique figurant dans un certificat et un titulaire du certificat (celui qui
signe à l’aide de la clé privée associée à la clé publique), ainsi que de fournir des
services à valeur ajoutée pour les transactions électroniques. D’autres services
comme l’horodatage, le cachet électronique, la gestion des preuves ou la
confidentialité (chiffrement) peuvent également être fournis par le prestataire.
216
dernière sur la base des engagements contractuels souscrits entre eux au sein de
l’I.C.P.
- D’une part, s’il s’agit d’un prestataire de services de confiance non qualifiés, la
charge de la preuve du comportement fautif du prestataire de service pèse sur la
personne physique ou morale qui a subi les dommages. Il lui incombe donc de
prouver que, intentionnellement ou par négligence, le prestataire a manqué à ses
369
Proposition de Règlement du Parlement européen et du conseil sur l'identification électronique et les
services de confiance pour les transactions électroniques au sein du marché intérieur, Bruxelles, 4 juin 2012,
article 9, p. 25, [En ligne :
[Link]
m%282012%290238_fr.pdf ].
217
obligations prévues par le Règlement et que le dommage est la conséquence de
ce manquement.
- D’autre part, lorsqu’il s’agit d’un prestataire de services de confiance qualifié, la
charge de la preuve de l’exécution non fautive de ses obligations pèse sur ce
prestataire. En effet, il est présumé responsable, à moins qu'il ne prouve que les
dommages ont été causés sans intention ni négligence de sa part (article 13 du
Règlement).
829. Une telle contrainte éventuelle, et le risque qui en résulte si cette preuve
(technique) n’est pas apportée à suffisance, peuvent être de nature à dissuader
certains utilisateurs à recourir aux services de confiance non qualifiés. Cette
distinction se justifie essentiellement par la volonté du législateur européen de ne
pas faire peser un régime juridique trop lourd sur les prestataires non qualifiés, au
risque de freiner le développement de cette catégorie de prestataires, d’autant que
les services offerts par ces derniers ne bénéficient pas des « incitations » qui
découlent des clauses d’assimilation ou des présomptions exposées plus haut370.
831. Ainsi les prestataires de services doivent disposer des garanties financières
suffisantes pour fonctionner en permettant l'indemnisation des utilisateurs autant
que de besoin et notamment par le bais de souscription d'une police d'assurance
appropriée.
370
Voir supra n°795 s.
371
Article 24 du Règlement, alinéa 2-c) prévoit que « en ce qui concerne le risque de responsabilité pour
dommages conformément à l’article 13, maintient des ressources financières suffisantes et/ou contracte une
assurance responsabilité appropriée, conformément au droit national »
218
pas ces règles nationales, par exemple celles relatives à la définition des
dommages, au caractère intentionnel ou à la négligence, ou les règles
procédurales applicables en la matière ».
835. Il est évident qu’un élément produit de manière unilatérale n’aura pas la
même force probante qu’un élément objectif, et il appartient au juge d’apprécier
la réalité des faits374, comme l’a souligné la Cour de cassation en 2012 dans son
rapport annuel : « ...la preuve du fait juridique est libre, quelle que soit donc la
personne dont elle émane … mais la force de conviction sera souverainement
appréciée par le juge. ».
372
La rédaction de l’adage, telle que retenue ici, que l’on trouve notamment chez Pothier (références in
Mouly-Guillemaud, « La sentence “nul ne peut se constituer de preuve à soi-même”, ou le droit des preuves
à l’épreuve de l’unilatéralisme », RTD civ. 2007, p. 253 et s., note 18).
373
Article 1315 du Code civil, crée par la loi 1804-02-07 promulguée le 17 février 1804 prévoit que « Celui
qui réclame l'exécution d'une obligation doit la prouver. Réciproquement, celui qui se prétend libéré doit
justifier le paiement ou le fait qui a produit l'extinction de son obligation ».
374
Cass civ 2ème, 6 mars 2014, 13-14295.
219
837. De tout ce qui précède, nous concluons que l’internalisation de tout ou
partie des services de confiance par une partie peut apporter les mêmes garanties
qu’une solution externalisée dès lors que la solution répondra aux critères
d’impartialité, de pérennité, de fiabilité et d’audibilités.
840. Premièrement, les clients doivent être dûment informés à l'avance des
limites fixées, ce qui suppose une définition contractuelle de ces limites375.
Deuxièmement, ces limites doivent être reconnaissables par des tiers376, par
exemple par l'insertion d'une notice relative à ces limites dans les conditions
applicables au service fourni ou par d'autres moyens reconnaissables377.
841. Contrairement à la Directive378, le Règlement n’exige plus que ces limites
soient indiquées dans le certificat qualifié lui-même, ce qui est assez logique
375
Exemple de clauses : « le tiers doit être désigné soit à l’aide d’outils contractuels permettant son
identification, et ce de façon non potestative, ou alors nommément directement»
376
Notamment par une partie utilisatrice, telle une partie qui vérifie une signature ou un cachet électronique
ou encore un destinataire d’un envoi recommandé électronique par exemple.
377
Considérant n°37.
378
La directive de 1999/93 précise dans son article 6 § 3 que "les Etats membres veillent à ce qu’un
Prestataire de services de certification puisse indiquer, dans un certificat qualifié, les limites fixées à son
220
puisque tous les services de confiance n’utilisent pas nécessairement un certificat.
Ceci n’empêche pourtant pas un prestataire de services de confiance d’indiquer
ces limites dans le certificat.
842. La pratique des limites présente le double avantage que celles-ci seront
reconnaissables par des tiers et elles pourraient éventuellement bénéficier à
l’utilisateur du service de confiance379.
utilisation, à condition que ces limites soient discernables par des tiers. Le Prestataire de services de
certification ne doit pas être tenu responsable du préjudice résultant de l’usage abusif d’un certificat
qualifié qui dépasse les limites fixées à son utilisation" et selon l’article 6 § 4 "dans un certificat qualifié, la
valeur limite des transactions pour lesquelles le certificat peut être utilisé, à condition que cette limite soit
discernable par des tiers. Le Prestataire de services de certification n'est pas responsable des dommages qui
résultent du dépassement de cette limite maximale".
379
Par exemple, lorsqu’une personne signe un document par voie électronique ou qui appose un cachet
électronique ne devrait pas être tenues au-delà des limites indiquées dans le certificat, limites dont la partie
utilisatrice est dûment informée par la consultation du certificat lors de la vérification de la signature ou du
cachet.
221
PARAGRAPHE III LES PRESTATAIRES DE SERVICES
D’HORODATAGE ÉLECTRONIQUE (PSHE)
847. Selon les besoins, les systèmes d'information fonctionnent sur leur propre
perception d'un "temps système" ou s'en remettent à un horodatage relevant d'une
source de temps externe fiable, le droit présente la même problématique. Les
actes juridiques de toutes sortes (et les faits juridiques) s'exécutent ou se déroulent
à un instant déterminé pour lequel une extrême précision dans la datation peut
présenter une importance relative. Au contraire, lorsque le moment est primordial
et qu'un intérêt juridique le justifie, le droit fait appel à la notion de "date
certaine". L'horodatage sécurisé du décret peut passer pour la version électronique
de la date certaine du droit.
848. Nous présentons ainsi dans cette dernière partie de la section consacrée à
l’horodatage électronique la notion adoptée par le Règlement (UE) n° 910/2014
du Parlement européen et du Conseil du 23 juillet 2014, ainsi que les exigences
pour satisfaire à la présomption de fiabilité (I), puis la qualification des services
d’horodatage (II) et finalement de traiter le cadre juridique et la charge de la
preuve (III).
380
Décret n° 2011-434 du 20 avril 2011 relatif à l'horodatage des courriers expédiés ou reçus par voie
électronique pour la conclusion ou l'exécution d'un contrat, JORF n°0094 du 21 avril 2011 page 7093.
381
Arrêté du 20 avril 2011 relatif à la reconnaissance de la qualification des prestataires de services
d'horodatage électronique et à l'accréditation des organismes qui procèdent à leur évaluation, JORF n°0094
du 21 avril 2011 page 7094.
222
I. Notion des services d’horodatages électroniques.
852. Le lien entre la date et l'heure et les données est établi au moyen d’un
module d’horodatage composé d’une application d’horodatage et d’un module
cryptographique. Nous envisageons ici deux hypothèses définies dans le
document publié par l’ANSSI sur les Services d’horodatage électronique qualifiés
et les critères d’évaluation de la conformité au Règlement eIDAS382 :
382
Services d’horodatage électronique qualifiés – critères d’évaluation de la conformité au règlement
eIDAS, version 1.0 du 4 mai 2016. [En ligne : [Link]
horodatagequalifie_v1.0_anssi.pdf ].
223
l’objet d’une certification selon les critères communs selon le profil de
protection
- Si l’application d’horodatage n’est pas embarquée dans le module
cryptographique (par exemple, l’application d’horodatage fonctionne sur un
serveur lui-même connecté au module cryptographique), alors le PSHE doit
démontrer la mise en place de mesures techniques et organisationnelles
permettant de réduire les risques pesant sur le module d’horodatage. Il est
recommandé que l’application d’horodatage ait fait l’objet d’une Certification
de Sécurité de Premier Niveau (CSPN) selon une cible de sécurité vérifiée par
l’ANSSI.
383
Services d’horodatage électronique qualifiés - Modalités de qualification selon le règlement eIDAS des
services qualifiés selon le RGS, version 1.0 du 19 février 2016. [En ligne :
[Link]
224
2. Les rapports d’évaluation doivent permettre de s’assurer du respect des
exigences du règlement [eIDAS] non couvertes par le [RGS]384, à savoir les
procédures mises en œuvre par le PSHE afin de :
384
Ces exigences supplémentaires [eIDAS] sont définies au chapitre II de la note sur les « Services
d’horodatage électronique qualifiés - Modalités de qualification selon le règlement eIDAS des services
qualifiés selon le RGS », Version 1.0 du 19 février 2016, Ibid.
385
Article 1369-8 du Code Civil, version consolidée au 10 août 2016 [En ligne :
[Link]
ARTI000006438628].
225
contraire, s'il satisfait à des exigences fixées par un décret en Conseil d'Etat. Un
avis de réception peut être adressé à l'expéditeur par voie électronique ou par
tout autre dispositif lui permettant de le conserve ».
860. Cette présomption de fiabilité est consacrée dans deux textes juridiques,
l’un d’ordre réglementaire et national et l’autre d’ordre législatif et
communautaire :
861. - Le décret du 20 avril 2011 est le premier texte juridique en France qui
reconnait cette présomption de fiabilité pour les services d’horodatage ; l’article 2
du décret prévoit qu'un procédé d'horodatage électronique est présumé fiable si
le prestataire de services d'horodatage électronique mettant en œuvre ce procédé
et le module d'horodatage utilisé satisfont aux exigences fixées dans le texte. Ces
exigences de la loi pour reconnaitre les services d’horodatage sont fixées à
l’article 3 du décret386.
386
Article 3 du Décret n° 2011-434 du 20 avril 2011 prévoit que « Le prestataire de services d'horodatage
électronique se conforme aux exigences suivantes :1° Disposer de personnel ayant les connaissances,
l'expérience et les qualifications nécessaires à la fourniture de services d'horodatage électronique ; 2°
Appliquer des procédures de sécurité appropriées ; 3° Utiliser des systèmes et des produits assurant la
sécurité technique et cryptographique des fonctions qu'ils assurent, notamment un module d'horodatage
satisfaisant aux exigences de l'article 4 ; 4° Assurer que l'horloge interne du module d'horodatage est
synchronisée avec une ou plusieurs sources de temps fiable selon les performances garanties par le
prestataire de services d'horodatage électronique et cesser de délivrer des contremarques de temps en cas de
désynchronisation en dehors des performances garanties ; 5° Prendre toute disposition propre à prévenir la
falsification des contremarques de temps ; 6° Disposer d'un certificat d'horodatage ; 7° Conserver toutes les
informations relatives au fonctionnement du service d'horodatage électronique et utiles à la manifestation de
la preuve d'une date selon des règles appropriées de confidentialité et d'intégrité ; 8° Mettre à disposition des
utilisateurs et des abonnés par les moyens les plus appropriés les informations suivantes : a) Ses coordonnées
permettant d'entrer en contact rapidement et de communiquer directement avec lui ; b) Les conditions
générales d'utilisation des services d'horodatage électronique ; c) Les conditions générales de vérification des
contremarques de temps et notamment le certificat d'horodatage ; d) Les performances garanties et
notamment la précision de la date des contremarques de temps et l'échelle de temps utilisée ; e) Les
principales caractéristiques techniques des dispositifs utilisés et les procédures qu'il met en place ; f) Le cas
échéant la mention de la qualification visée à l'article 6 ; g) Les voies ouvertes pour les réclamations et le
règlement des litiges ; 9° Avoir défini un plan de cessation d'activité permettant de garantir la continuité du
service de vérification des contremarques de temps émises ; en particulier, en cas de cessation d'activité le
prestataire de services d'horodatage électronique doit informer préalablement les utilisateurs de cette
cessation et des conditions dans lesquelles sera assurée la continuité du service de vérification des
226
862. De même pour la signature, la présomption de fiabilité du procédé permet
de prétendre à la plénitude des effets juridiques de la signature électronique.
contremarques de temps ; 10° Publier sans délai tout événement affectant la fiabilité des contremarques de
temps émises ; 11° Etre capable de démontrer le respect des exigences précitées.
227
867. En cas d’apparition d’un litige, la charge de la preuve incombe sur le
prestataire de services d’horodatage (PSHE) dans le sens où ce dernier est
présumé fautif jusqu'à ce qu’il apporte la preuve le libérant de sa responsabilité.
Pour la charge de la preuve que Le PSHE doit conserver pendant une durée
minimale de sept ans après l’expiration de chaque jeton d’horodatage toutes les
informations pertinentes concernant les données délivrées et reçues, notamment à
fin de pouvoir fournir des preuves en justice387.
387
Cette obligation de conservation des données pour une durée minimum de sept ans est prévue à la section
II.3.3 du document « Services d’horodatage électronique qualifiés – critères d’évaluation de la conformité au
règlement eIDAS », version 1.0 du 4 mai 2016. Ibid.
228
CONCLUSION DU CHAPITRE II
871. La signature électronique, en tant que support, est une exigence législative
pour l’exécution du ‘document transférable électronique’, aidant à leur
identification/authentification. La signature électronique détient désormais une
présomption de fiabilité en matière de preuve.
873. Enfin les outils technologiques de la gestion des données évoluent avec le
temps, et les entreprises peuvent aujourd’hui se servir de ces derniers pour
développer leur activité, tel le bigdata.
229
CONCLUSION
DE LA PREMIÈRE PARTIE
876. Internet, phénomène inhérent au développement du commerce électronique
et des technologies de l’informatique et de la communication (transcription de
l'anglais information and communication technologies, ICT), doit être traité à la
fois comme un terrain libre, à la disposition des usagers, et comme un terrain où
des contraintes existent ; elles permettent une protection contre le piratage
électronique et la diffusion non autorisée et illégale des données personnelles.
230
DEUXIEME PARTIE
L’EXÉCUTION DU ‘DOCUMENT
TRANSFÉRABLE
ÉLECTRONIQUE’ DANS
L’ENVIRONNEMENT
INFORMATIQUE
231
880. Le ‘document transférable électronique’ a créé un défi quant à son
utilisation dans un environnement informatique. L’exécution des moyens de
paiement électroniques fait suite à leur cycle de vie ; cette phase est tout aussi
importante que celle de leur création et leur validation via la signature
électronique et les mécanismes de cryptologie.
883. D’autre part, l’exigence de possession, notion classique en droit des biens,
ayant pour éléments constitutifs le corpus et l’animus, caractérise l’exercice d’un
droit dans l’univers papier. Il est nécessaire de lui trouver un substitut adéquat
pour les ‘documents transférables électroniques’, puisque c’est grâce à la
possession que le titulaire du document pourra prouver sa qualité et sa légitimité.
232
CHAPITRE 1
ÉQUIVALENCE FONCTIONNELLE DE
L’ « UNICITÉ »
233
886. Comme nous l’avons déjà dit, le numérique a envahi depuis les années 90
notre univers et notre quotidien au travers du développement des réseaux internet.
Il faut admettre que la production numérique dépasse largement la capacité
cérébrale d’un être humain puisqu’elle se compte désormais en exa-octets388 soit
10 octets.
887. Les instruments financiers sont bien évidemment impactés par ces
bouleversements fondamentaux dans un contexte d’échanges accrus incités par le
développement des réseaux internet avec des conséquences immédiates sur les
échanges entre les institutions financières et les usagers.
889. Bien que nous ayons abordé la question de la signature électronique dans
la première partie, nous partons de l’hypothèse selon laquelle les documents
électroniques – portant même des signatures “qualifiées” ou “sécurisées” –
peuvent ne pas posséder intrinsèquement la caractéristique d’unicité lorsqu’ils
sont utilisés avec la plupart des technologies actuelles.
890. Bien qu’une telle supposition nous paraisse invraisemblable, cela nous
mène à penser que les documents électroniques peuvent pour la plupart être
copiés sans que nous puissions aisément distinguer la “copie” de l’“original”.
388
Exa-octet est un terme informatique qui signifie une unité de mesure de quantité d’information
numérique, valant 1018 octets, et dont le symbole est Eo.
234
892. Ainsi, traitons dans un premier temps la notion de l’unicité technique du
document électronique, pour pouvoir l’identifier et garantir sa singularité dans un
environnement informatique (section 1 : l’unicité technique des documents
électroniques).
895. Les termes ’'intégrité’ et ‘fiabilité’ présentent un enjeu capital pour les
entreprises et tout usager des documents électroniques, tels que les chèques, les
lettres de change ou billets à ordre. Il s'agit de minimiser leur risque juridique en
cas de recours devant un tribunal, en s'assurant que leurs documents ne seront pas
contestés devant le juge. Préserver l'intégrité et la fiabilité d'un document
électronique nécessite pouvoir démontrer qu'il n'a pas été corrompu, de manière
volontaire ou involontaire.
235
documents électroniques que nous pourrions considérer comme harmonieux,
généralisé et accepté internationalement, pour traiter les différentes questions qui
soulèvent de l’utilisation des instruments ou de documents titres transférables, et
particulièrement l’utilisation de leur équivalent électronique, voire les ‘documents
transférables électroniques’.
897. Cette absence d’uniformité législative nous amène à nous interroger sur la
notion de l’unicité technique : comment avoir un document électronique
incontestable dans son intégrité et sa singularité alors même que les législations
ne sont pas uniformes ?.
389
Article 1316-1 du Code civil prévoit que « L'écrit sous forme électronique est admis en preuve au même
titre que l'écrit sur support papier, sous réserve que puisse être dûment identifiée la personne dont il émane et
qu'il soit établi et conservé dans des conditions de nature à en garantir l'intégrité ». Code civil, version
consolidée au 18 février 2015.
390
M. Vivant, Un projet de loi sur la preuve pour la société de l’information, Cahier Lamy droit de
l’Informatique, Bulletin d’actualité, 1999, Fascicule E, n°117, p.9.
391
Alain Plantey et Marie-Cécile Plantey, Fasc. 111 : Prescription Quadriennale – Domaine, maniement,
effets, contentieux, LexisNexis 16 Juillet 2014, n°17. Voir aussi : M. Vivant, Op. cit., p.9 et s.
236
distorsion. Pour assurer l’exactitude d’un document électronique, il faut exercer
un contrôle sur les processus de création, de transmission, de maintenance et de
préservation des documents.
904. Aussi il ressort de l’analyse du terme « fiabilité » que nous avons du mal à
constater l’existence de la fiabilité. Le juge français le considère une notion
ambigüe et sujette à une appréciation au cas par cas. En ce sens, retenir le terme
de fiabilité aurait créé des risques de divergences d’appréciation. Au contraire,
le terme d’ « intégrité » vise spécifiquement l’écrit et constitue un état de fait
objectif et réel. En conséquence, l’emploi du terme « intégrité » parait plus
justifié que celui de « fiabilité »393.
392
Charles KECSKEMETI et Lajos KORMENDY, Les écrits s’envolent – La Problématique de la
Conservation des Archives Papier et Numériques, Edition Favre SA 2014.
393
JOLY-PASSANT Elisabeth, Op, cit., p. 380. n° 847. Voir aussi P. Gaudrat, Introduction, in Une Société
sans papier ? Droit de la preuve et nouvelles technologies de l’information (rapport-cadre), La
documentation Française, 1990, n°858, p. 385.
237
905. D’ailleurs, la littérature spécialisée n’est pas unanime au sujet de l’intégrité
du document électronique. Plusieurs auteurs rattachent l’intégrité à la fixité394. La
fixité est définie comme la « qualité d’un document d’archives qui garantit une
forme fixe et un contenu stable »395. Nous trouvons que ce rattachement est peu
judicieux. D’une part, le critère de fixité exige que l’aspect du document
électronique ne change en rien, et pour ce faire, il faudrait conserver le logiciel
originel et, d’autre part, la condition est inapplicable aux documents dynamiques
qui changent constamment396. Pourtant, l’intégrité ne signifie pas que les fichiers
et les métadonnées demeurent intactes car en réalité une telle stabilité espérée ne
pourrait pas être atteinte.
394
Charles KECSKEMETI et Lajos KORMENDY, Op. cit..
395
Lignes directrices à l’intention des créateurs, Projet InterPARES 2, p. 4. [En ligne :
[Link]
396
Les documents dynamiques sont conçus pour optimiser l'affichage et la lisibilité. Au lieu d'avoir une
disposition prédéfinie, ces documents ajustent et refluent dynamiquement leur contenu en fonction des
variables d'exécution telles que la taille de la fenêtre, la résolution du périphérique et les préférences de
l'utilisateur (en option). En outre, les documents dynamiques offrent des fonctionnalités de document
avancées, telles que la pagination et les colonnes. Cette rubrique donne une vue d'ensemble des documents
dynamiques et explique comment les créer. [En ligne : [Link]
fr/library/aa970909(v=vs.110).aspx].
397
Le projet InterPARES est principalement financé par le Conseil de recherches en sciences humaines du
Canada ainsi que par la National Historical Publications and Records Commission et la National Science
Foundation des États-Unis. Les fonds de contrepartie sont fournis par le Hampton Fund Research Grant, le
Vice Président Research Development Fund, le doyen des Arts et la School of Library, Archival and
Information Studies de l’Université de la Colombie-Britannique.
Pour obtenir de plus amples renseignements, visitez le site Web à l’adresse suivante : [Link].
238
élaboré des lignes directrices qui s’appliquent à divers types de publications, de
documents et de données numériques ; ces lignes directrices sont particulièrement
importantes pour les documents d’archives numériques.
911. Il en résulte qu’il faut tenir compte de l’intégrité extérieure aussi bien que
l’intégrité intérieure dans certains types de documents électroniques, tel est le cas
de connaissement. Or, cette intégrité extérieure sera assurée lorsque nous
398
Ibid.
399
Conditions requises pour évaluer et maintenir l’authenticité des documents d’archives électroniques.
InterPARES, p. 3. Il est à mentionner que les opinions données sur la forme documentaire divergent.
239
maintenons les liens entre les documents électroniques relevant d’une même
opération ; et que le tri et l’élimination se font conformément au plan de
classement et aux méthodes professionnelles, en coupant les liens qui n’ont plus
intérêt d’exister lorsqu’ils ne sont plus valides et en donnant des précisions sur les
critères de l’élimination.
913. La théorie classique des obligations nous dévoile une notion générale de
l’unicité, chaque document transférable consigne les droits qu’il représente, et
seul un document unique transférable peut représenter les droits qui y sont
consignés ; ce qui implique nécessairement que tout transfert ou cession de ces
droits par le porteur nécessite le transfert physique du document unique
représentant physiquement ces droits400.
915. Par souci de simplification, citons l’exemple d’une personne qui devrait
recevoir le titre possessoire d’un instrument transférable ou d’un document titre
par un message électronique ; dans cette hypothèse cette personne devra prendre
toutes les mesures nécessaires pour s’assurer qu’aucun message identique n’a pu
être envoyé à une tierce personne par une partie précédente faisant partie de la
chaîne, ce qui donnerait à d’autres personnes la possibilité de revendiquer le titre.
400
Questions juridiques liées à l’utilisation des documents transférables électroniques,
‘A/CN.9/[Link]/WP.115’, Commission des Nations Unies pour le droit commercial international, Groupe de
travail IV (Commerce électronique), Vienne, 10-14 octobre 2011, p. 6.
240
916. Dans cet exemple, nous apercevons qu’une telle fuite incontrôlée
d’information sur le système de sécurité et la reproduction non autorisée d’un
‘document transférable électronique’ pourraient donner à un porteur ou un
bénéficiaire non autorisé le droit de demander la remise de marchandises ou le
paiement d’une somme d’argent consignée dans le document.
918. L’unicité est alors une exigence qui devrait être respectée indépendamment
de la mise en circulation effective d’un ‘document transférable électronique’ afin
d’empêcher la fraude et la mise en circulation de plusieurs documents concernant
la même obligation. L’émission de plusieurs ‘documents transférables
électroniques’ exposerait le débiteur à plusieurs demandes d’exécution et à la
possibilité d’un paiement ou d’une livraison des biens à des personnes non
habilitées à les recevoir. Ainsi pour éviter la survenance d’un tel événement
regrettable, nous tenons à souligner l’importance de l’élaboration de mécanismes
pour garantir l’unicité de ces instruments.
919. La garantie de l’unicité d’un document exige qu’il soit le seul qui existe ou
bien, que toute copie soit clairement identifiable comme telle. Le caractère
« identifiable » ne soulève pas de difficulté et signifie que le document est
susceptible d’être identifié/ reconnu par l’usage de tel ou tel moyen, ce qui
éviterait la possibilité de créer un double identique au premier et donc
indifférenciable de celui-ci.
241
mesures particulières ou de l’application généralisée de technologies encore peu
utilisées de nos jours, il n’y a guère de garantie ou certitude qu’un document
électronique soit unique401.
923. Par conséquent, l’application d’une norme d’unicité plus stricte aux
‘documents transférables électroniques’ aux fins de répondre aux préoccupations
susmentionnées et d’améliorer la sécurité pourrait être discriminatoire compte
tenu du niveau de sécurité qu’offre leur équivalent papier, et risque en fin de
compte de nuire à l’utilisation des ‘documents transférables électroniques’ dans la
pratique commerciale.
401
Questions juridiques liées à l’utilisation des documents transférables électroniques, Op. cit., p. 6.
402
Loi type de la CNUDCI sur le commerce électronique et Guide pour son incorporation 1996, Publication
des Nations Unies, New York, 1999.
403
Convention des Nations Unies sur l'utilisation de communications électroniques dans les contrats
internationaux, Publication des Nations Unies, New York, 2007.
242
distinction et, pour les transposer dans un environnement électronique, elles
traitent de chacune de ces exigences séparément.
925. Les exigences juridiques qui prévoient que les documents soient présentés
ou conservés sous leur forme originale sont traitées par la Loi type sur le
commerce électronique (art. 8)404 et la Convention sur les communications
électroniques (art. 9, par. 4)405 essentiellement comme des prescriptions en
matière de preuve visant à garantir l’intégrité et la disponibilité des documents.
926. D’une part, selon la loi type sur le commerce électronique, il faut garder à
l’esprit l’obligation de la communication de « l’original » de documents
commerciaux tels que certificats de dépôt, certificats agricoles, certificats de
quantité ou de qualité ou encore certificats d’assurance qui fait que la CNUDCI a
adopté sa définition fonctionnelle de l’original406.
927. La condition principale pour qu’il y ait original est qu’il existe une garantie
fiable quant à l’intégrité de l’information (article 8, 1, a)407. CNUDCI précise que
cette intégrité doit être appréciée en déterminant si l’information est restée
404
Article 8 – Original de la Loi type de la CNUDCI sur le commerce électronique 1. Lorsque la loi exige
qu’une information soit présentée ou conservée sous sa forme originale, un message de données satisfait à
cette exigence : a) S’il existe une garantie fiable quant à l’intégrité de l’information à compter du moment
où elle a été créée pour la première fois sous sa forme définitive en tant que message de données ou autre; et
b) Si, lorsqu’il est exigé qu’une information soit présentée, cette information peut être montrée à la personne
à laquelle elle doit être présentée.
2. Le paragraphe 1 s’applique que l’exigence qui y est visée ait la forme d’une obligation ou que la loi
prévoie simplement certaines conséquences si l’information n’est pas présentée ou conservée sous sa forme
originale.
3. Aux fins de l’alinéa a du paragraphe 1 : a) L’intégrité de l’information s’apprécie en déterminant si celle-
ci est restée complète et n’a pas été altérée, exception faite de l’ajout de tout endossement et de toute
modification intervenant dans le cours normal de la communication, de la conservation et de l’exposition; et
b) Le niveau de fiabilité requis s’apprécie au regard de l’objet pour lequel l’information a été créée et à la
lumière de toutes les circonstances y relatives.
4. Les dispositions du présent article ne s’appliquent pas dans les situations suivantes : [...].
405
Article 9, par. 4 de la Convention des Nations Unies sur l’utilisation de communications prévoit que
« Lorsque la loi exige qu’une communication ou un contrat soit disponible ou conservé sous sa forme
originale, ou prévoit des conséquences juridiques en l’absence d’un original, cette exigence est satisfaite
dans le cas d’une communication électronique: a) S’il existe une garantie fiable quant à l’intégrité de
l’information qu’elle contient à compter du moment où elle a été créée pour la première fois sous sa forme
définitive, en tant que communication électronique ou autre; et b) Si, lorsqu’il est exigé que l’information
qu’elle contient soit disponible, cette information peut être présentée à la personne à laquelle elle doit être
rendue disponible ».
406
On remarquera que la notion semble différer de ce que le droit belge appelle « original ». En effet, la
condition pour qu’un document soit original dans le droit français est qu’il soit signé, ce qui n’est pas
nécessairement le cas dans le système de la loi type.
407
Ibid.
243
complète et n’a pas été altérée (art. 8.,3., a)408, mais que le niveau de fiabilité
requis dépend des circonstances (art. 8., 3., b)409.
929. Là encore, dans les deux cas nous nous servons de l’équivalence
fonctionnelle pour déterminer les critères de l’original. Nous retenons ainsi une
double exigence qui est d’un côté la nécessaire intégrité durant tout le cycle de
vie du document, et que l’original soit accessible et disponible pour la personne
ayant droit à réclamer ses droit en détenant ce document.
930. Dans ce sens, lorsque nous envisageons le cas de figure d’un document
électronique, ces exigences précitées sont satisfaites: 1) s’il existe une garantie
fiable quant à l’intégrité de l’information, et 2) si l’information peut être
présentée aux personnes appropriées. Selon cette approche, nous pouvons
admettre que plusieurs copies de la même communication électronique peuvent
être considérées comme étant sous leur forme originale, dans la mesure où nous
respectons la double exigence susmentionnée de validité.
408
Supra.
409
Supra.
410
Supra.
244
932. L’emploi d’une méthode fiable de transfert de données devient un pré-
requis ; la garantie de l’unicité d’un document exige qu’il soit le seul qui existe
(ou bien, que toute copie soit clairement identifiable comme telle). Dans ce sens,
l’article 17 de la Loi type sur le commerce électronique411 reconnaît la nécessité
de régler la question de l’unicité dans le contexte des documents de transport
électroniques ; pourtant elle n’a pas précisé comment y parvenir, elle exige
uniquement qu’“une méthode fiable soit utilisée pour rendre unique le message
ou les messages en question”.
933. Cette dernière expression doit être comprise comme faisant référence à
« l’emploi d’une méthode fiable pour veiller à ce que les messages de données
devant transmettre tout droit ou obligation d’une personne ne puissent pas être
utilisés par cette personne d’une manière contraire à tout autre message de
données par lequel cette personne a transmis le droit ou l’obligation »412.
934. Par exemple, une lettre de change ou un chèque, aussi en papier qu’en
version électronique, peut changer de bénéficiaire à plusieurs reprises au cours de
sa vie ; ceci grâce au mécanisme de l’endossement qui permet de transmettre le
titre ainsi que les droits dont il dispose d’une personne à une autre. Dans cette
hypothèse de transmission de titre électronique par endossement, l’emploi d’une
411
Article 17 de la Loi type de la CNUDCI sur le commerce électronique. « 1. Sous réserve des dispositions
du paragraphe 3, lorsque la loi exige qu’un acte visé à l’article 16 soit exécuté par écrit ou au moyen d’un
document papier, cette exigence est satisfaite si l’acte est exécuté au moyen d’un ou de plusieurs messages
de données. 2. Le paragraphe 1 s’applique que l’exigence qui y est visée ait la forme d’une obligation ou
que la loi prévoie simplement certaines conséquences si l’acte n’est pas exécuté par écrit ou au moyen d’un
document papier. 3. Quand un droit doit être dévolu à une personne et à aucune autre, ou quand une
obligation doit être acquise par une personne et aucune autre, et si la loi exige à cette fin que le droit ou
l’obligation soient transmis à l’intéressé par le transfert ou l’utilisation d’un document papier, cette
exigence est satisfaite si le droit ou l’obligation en question sont transmis par un ou plusieurs messages de
données, à condition qu’une méthode fiable soit utilisée pour rendre uniques le message ou les messages en
question. 4. Le niveau de fiabilité requis aux fins du paragraphe 3 s’apprécie au regard de l’objet pour
lequel le droit ou l’obligation ont été transmis et à la lumière de toutes les circonstances, notamment de
toute convention en la matière. 5. Lorsqu’un ou plusieurs messages de données sont utilisés pour exécuter
l’un des actes mentionnés aux alinéas f et g de l’article 16, aucun document papier utilisé pour exécuter cet
acte n’est valide à moins que l’utilisation de messages de données n’ait été abandonnée et remplacée par
l’utilisation de documents papier. Tout document papier émis dans ces conditions doit contenir la
notification de ce remplacement. Celui-ci est sans effet sur les droits ou les obligations des parties. 6. Si une
règle de droit est impérativement applicable à un contrat de transport de marchandises qui figure dans un
document papier ou est constaté par un document papier, cette règle n’est pas rendue inapplicable à un tel
contrat de transport de marchandises qui est constaté par un ou plusieurs messages de données par le seul
fait que le contrat est constaté par de tels messages et non par un document papier. 7. Les dispositions du
présent article ne s’appliquent pas dans les situations suivantes : [...]. »
412
Guide pour l’incorporation dans le droit interne de la loi type de la CNUDCI sur le commerce
électronique, op. cit., n° 117.
245
méthode fiable est primordial pour veiller à ce que le titre électronique soit
transmis au nouveau bénéficiaire, et que seulement ce dernier qui pourra réclamer
les droits qui lui a été transmis en détendant le titre.
937. Pourtant, à l’instar de la Loi type sur le commerce électronique, les Règles
de Rotterdam ne précisent pas comment ces procédures doivent être appliquées.
En revanche, bien que les auteurs de la Convention sur les communications
électroniques sont également convenus que l’unicité est indispensable pour les
‘documents transférables électroniques’, ils ont reconnu que, pour trouver une
solution, il fallait recourir à une combinaison de solutions juridiques, techniques
et commerciales qui n’étaient pas encore entièrement au point ni éprouvées. Ainsi
la Convention sur les communications électroniques a exclu de son champ
413
Supra, voir paragraphe n°932.
414
Convention des Nations Unies sur le contrat de transport international de marchandises effectué
entièrement ou partiellement par mer (les “Règles de Rotterdam”), adoptée par l'Assemblée générale le 11
décembre 2008, Publication des Nations Unies, Vienne, 2009.
246
d’application la question relevant de la validité des ‘documents transférables
électroniques’415.
415
Voir Convention sur les communications électroniques, article 2, paragraphe 2; voir également
A/CN.9/571, par. 136.
247
SECTION 2 – LA SÉCURISATION DE L’USAGE PAR
LA DÉSIGNATION D’UN EXEMPLAIRE FAISANT
FOI.
944. Parmi les technologies, qui permettraient d’assurer cette unicité technique,
figurent en premier lieu le mécanisme de la conservation des documents
électroniques dans un système sécurisé spécifique (Paragraphe I). Puis il y a les
systèmes de gestion des documents électroniques qui peuvent être utilisés pour la
désignation d’un exemplaire faisant foi ; de ces systèmes de gestion figure
l’identifiant d’objet numérique (DOI) et la gestion des droits numériques (DRM).
(Paragraphe II).
248
PARAGRAPHE I: DÉSIGNATION D’UN EXEMPLAIRE
REPOSANT SUR LA CONSÉRVATION DANS UN SYSTÈME
SECRURISÉ SPÉCIFIQUE.
948. Citons l’exemple d’une lettre de change électronique dont nous avons
conservé une copie pour être un exemplaire faisant foi dans un système
informatique sécurisé. Grâce à cette méthode, nous disposons d’une pièce de
référence dont nous aurons recours en cas de violation or falsification du titre, et
nous serons capables de conserver la trace de la lettre de change électronique
pendant toute la durée de sa vie.
416
Questions juridiques liées à l’utilisation des documents transférables électroniques, Op. cit., p. 12.
249
PARAGRAPHE II : DÉSIGNATION D’UN EXEMPLAIRE
REPOSANT SUR UN CONTENU VÉRIFIABLE ET TRACABLE
949. Nous traitons ici les systèmes qui pouvaient être mis en œuvre dans la
pratique pour l’émission et le transfert de documents électroniques : il s’agit de
créer des systèmes de gestion de l’information qui permettent aux utilisateurs de
localiser, grâce à la technologie et aux communications, l’endroit où l’exemplaire
faisant foi est stocké.
950. Pour ce qui est des solutions techniques, nous classerons ainsi les systèmes
de gestion des documents numériques en deux catégories, celle des registres et
celle des plates-formes de transaction. Nous envisagerons en détail la méthode du
Registre dans un deuxième chapitre, et nous nous contentons plutôt ici à traiter la
méthode des plates-formes de transaction.
952. Il s’agit d’une nouvelle norme internationale qui fournit un système pour
attribuer un identifiant international unique attribué aux objets voués à une
utilisation sur les réseaux numériques. Le système d'identificateur d'objet
numérique [DOI®] fournit une infrastructure pour l'identification unique
persistante d'objets de tout type.
417
En ligne : [Link]
250
953. Cette nouvelle technique devrait bénéficier aux éditeurs, gestionnaires de
contenus, distributeurs multimédias, archivistes, associations œuvrant pour le
patrimoine culturel, ainsi qu’au secteur de la technologie d’internet et les
‘documents transférables électroniques’.
954. Ces identifiants uniques DOI jouent un rôle indispensable dans la gestion
de l’information, et ce dans tout environnement numérique. En effet, le système
DOI est conçu comme un cadre général applicable au moindre objet numérique,
auquel il donne un moyen d’identification, de description et de résolution
structuré et extensible.
955. Le système DOI a été lancé en 1998 par l'International DOI Foundation
(IDF) – une organisation à but non lucratif, et l’Autorité qui détient
l’enregistrement pour la norme ISO 26324418. ISO 26324 est l'instrument par
lequel le système DOI a été adopté comme norme internationale et IDF nommé
l'Autorité d'enregistrement 26324 ISO.
418
Elizabeth Gasiorowski-Denis, l’identifiant numérique d’objet (DOI) devient une norme ISO, le 10 mai
2012, [En ligne : [Link]
419
ISO 26324:2012, Information et documentation – Système d'identifiant numérique d'objet, a été élaborée
par le comité technique ISO ISO/TC 46, Information et documentation, sous-comité SC 9, Identification et
description. Elle est disponible auprès des instituts nationaux membres de l'ISO. Il est aussi possible de
l'obtenir directement au Secrétariat central de l'ISO, au prix de 92 francs suisses, par l’intermédiaire de l'ISO
Store ou en contactant le Département Marketing, Communication & Information.
420
Elizabeth Gasiorowski-Denis, Ibid.
421
L'International Standard Serial Number (ISSN) ou numéro international normalisé des publications en
série est le numéro international qui permet d'identifier de manière unique une publication en série. Il
concerne donc les journaux, les revues et les collections de monographies, quel que soit le support. Au-delà
de son rôle d’identification des titres, l’ISSN est un outil essentiel pour la gestion des périodiques pour
251
alternative à l’instabilité des URL par l’association de la localisation du document
et des métadonnées qui lui sont liées.
958. Un nom DOI est l’identifiant d’une entité donnée – physique, numérique
ou abstraite – sur des réseaux numériques. Il rassemble des informations sur un
objet, notamment l’emplacement de cet objet ou les informations s’y rapportant,
qui peuvent se trouver sur l’Internet423.
959. Le système DOI est conçu pour fonctionner sur Internet. Un nom DOI est
affecté en permanence à un objet pour fournir une liaison réseau persistante à
l'information actuelle sur cet objet, y compris lorsque l'objet ou de l'information à
ce sujet, peut être trouvé sur Internet. Bien que des informations sur un objet
puissent changer au fil du temps, son nom de DOI ne changera pas.
252
II. La gestion numériques des droits (GND), (traduit de l’anglais :
DRM « Digital Rights Management »).
965. Dans ce sens, les droits d’utilisation du média sont des autorisations
accordées qui permettent d’utiliser un fichier protégé d’une certaine manière. Les
fournisseurs de contenu ont la possibilité de spécifier la façon dont le client
pourrait utiliser les fichiers protégés qu’ils leur procurent.
424
Guide de la gestion des droits numériques à l’usage des consommateurs, Digital Management. Etes-vous
vraiment informé?, une publication du projet INDICARE, [En ligne : [Link]
download_file.php?fileId=196].
425
L’identifiant numérique d’objet (DOI) devient une norme ISO, Elizabeth Gasiorowski-Denis, le 10 mai
2012, En ligne : [Link]
426
Gestion des droits numériques (DRM) du Lecteur Windows Media : Forum Aux Questions, [En ligne :
253
967. Citons par exemple que dans le système d’exploitation Windows, le
Lecteur Windows Media ainsi que certains magasins en ligne et les périphériques
prennent en charge ou utilisent une sorte de DRM appelée Windows Media
Digital Rights Management427.
968. Ainsi un fichier auquel la gestion des droits numériques a été appliquée est
un fichier protégé et que le client ne pourrait pas l’utiliser en dehors du cadre du
droit ou privilège que lui était accordé par le fournisseur de contenu.
970. Au vu de ce qui précède, le dispositif technique DRM peut viser en général les
options suivantes :
restreindre la lecture du support à une zone géographique prévue (par exemple
les zones des DVD) ;
restreindre la lecture du support à du matériel spécifique (par exemple les
versions smartphone ou tablette) ;
restreindre la lecture du support à un constructeur ou vendeur (afin de bloquer la
concurrence) ;
restreindre ou empêcher la copie privée du support (transfert vers un appareil
externe) ;
restreindre ou verrouiller certaines fonctions de lecture du support (désactivation
de l'avance rapide sur certains passages d'un DVD). Très utile pour obliger
l'exposition aux annonces publicitaires ;
[Link]
427
Ibid.
254
identifier et tatouer numériquement toute œuvre et tout équipement de lecture ou
enregistrement (pour faciliter le pistage des copies non autorisées, mais surtout
empêcher la personnalisation et donc le contrôle d'une technologie, par exemple
empêcher l'installation d'un autre système d'exploitation sur un ordinateur).
972. Pour conclure, le dispositif DRM est une technique qui dispose d’un
chiffrement qui limitera l’accès des données aux personnes autorisées, en
accordant à chaque personne le niveau d’accès dont il a le droit. Bien que
dispositif de protection n’ait pas encore utilisé pour la gestion du ‘document
transférable électronique’, ce dernier pourra bénéficier de DRM pour contrôler
leur accès.
255
974. Par cette définition, la loi reconnait le terme « mesures techniques de
protection » que nous pouvons désormais mettre en œuvre pour les ‘documents
transférables électroniques’ en leur donnant un moyen d’identification
techniquement et juridiquement efficace grâce à ces mesures techniques de
protection (DOI ou DRM).
975. Du point de vue juridique, les notions qui consacrent les mesures
techniques de protection existent dans le droit ; que ces mesures bénéficient d’une
protection légale, aussi bien au niveau local qu’international.
978. Il importe aussi d’évoquer le fait que ces mesures technologiques ont
provoqué la polémique sur leur efficacité pratique, car elles peuvent restreindre la
lecture des œuvres, au seul équipement certifié par le diffuseur et que des
dispositifs concurrents pouvant être incompatibles entre eux. Elles sont accusées
ainsi d'engendrer des situations de monopole et de non concurrence. Que malgré
428
The Digital Millennium Copyright Act of 1998, U.S. Copyright Office Summary, December 1998. [En
ligne : [Link]
429
The Digital Millennium Copyright Act of 1998, Ibid.
430
La Directive 2001/29/CE du Parlement européen et du Conseil du 22 mai 2001 sur l'harmonisation de
certains aspects du droit d'auteur et des droits voisins dans la société de l'information, Journal officiel n° L
167 du 22/06/2001 p. 0010 - 0019.
256
ce que leur nom pourrait laisser entendre, les DRM sont une contrainte technique
et non légale431.
431
Pour plus d’informations, consulter le guide de la Gestion des Droits Numériques à l’Usage des
Consommateurs, publié en avril 2006 sur le site [Link]
257
CONCLUSION DU CHAPITRE I
980. L’objectif de l’unicité technique du ‘document transférable électronique’
est d’adopter une méthode fiable pour garantir que seul un document unique
transférable existe pour représenter les droits qui y sont consignés, et que
personne ne pourra reproduire le document électronique à l’insu des parties
contractantes. Le respect de l’unicité technique suppose que le contenu du
document électronique reste intact, complet, et sans altération, que le document
soit mis à la disposition des personnes qui y ont droit.
258
CHAPITRE 2
L’ÉQUIVALENCE FONCTIONNELLE DE
LA POSSESSION MATERIELLE
259
983. Outre le traitement de la question de la singularité et l’unicité, la définition
d’un mécanisme fonctionnellement équivalent nécessaire pour satisfaire à
l’exigence de la possession d’un ‘document transférable électronique’ constitue
un autre défi majeur pour l’opérabilité et l’exécution de ces derniers.
984. Pour ce faire il faut concevoir un processus dans lequel le porteur qui
invoque un transfert régulier d’un ‘document transférable électronique’ ait
l’assurance qu’il existe bien un ‘document transférable électronique’ unique et
qu’il est techniquement possible de mettre en œuvre un mécanisme de contrôle de
ce document équivalent en droit à sa possession matérielle.
986. Ici nous nous posons la question de savoir comment nous allons établir de
nouveaux critères d’équivalence pour les fonctions remplies par les documents
papier. Nous pouvons choisir entre deux moyens pour satisfaire à cette nécessité,
soit adopter une norme unique générale et souple susceptible de remplir
l’ensemble des fonctions du document papier dans un environnement
électronique, soit émettre des normes distinctes visant à remplir chacune de ces
fonctions.
987. Dans un premier temps, nous traiterons le critère de la possession sur les
documents transférables électroniques, et nous trouverons un équivalent
fonctionnel susceptible d’application à ces derniers ; ceci pourra être établi au
moyen de la notion de contrôle qui est utilisé comme équivalent fonctionnel de la
possession. (section 1 : Le critère du contrôle comme substitut de la possession
matérielle). Dans un second temps, nous envisageons l’identification de la
personne qui pourra se prévaloir de la valeur/de l’obligation qu’il
représente (section 2 : L’identification du porteur du ‘document transférable
électronique’).
260
SECTION 1 – LE CRITÈRE DU CONTROLE COMME
SUBSTITUT DE LA POSSESSION MATERIELLE
988. En droit civil, et plus précisément en droit des biens, l’aspect matériel de la
possession est essentiel pour caractériser le bien. La possession n’est pas un
nouveau concept en droit privé, ayant des origines lointaines qui relèvent du droit
romain432, ses racines l'ont plongé dans une matérialité dont nous avons du mal à
sortir. Cet aspect matériel inhérent à la possession l’a longtemps rendu inapte à
suivre l'évolution du droit des biens vers l'immatériel.
A. Notion de la possession
989. En droit des biens, la possession est considérée comme un état de fait
exclusif de toute situation de droit. Elle est définie comme l'exercice d'un droit,
indépendamment de sa titularité. De cette définition nous saisissons deux aspects
dominants de la possession :
990. D’une part, la possession est présentée comme l'exercice d'un droit. Cet
exercice reflète un élément factuel car la possession est ici un fait et non un droit ;
que cet exercice de droit est envisagé indépendamment de la question de sa
légitimité.
991. Quoi que soit la nature juridique de la possession, peu importe qu’elle soit
obtenue de façon légitime ou non, est indiffèrent tant que la possession factuelle
432
KARL VON SAVIGNY (F.), Traité de la Possession en Droit romain, traduit de l’allemand par CH.
Faivre D’Audelange, Imprimerie De Cosse et Gaultier-Laguionie. 6e Édition 1841.
261
de la chose est exercée par une personne physique. Il ne s’agit pas là d’une
prérogative juridique, mais simplement un pouvoir de fait sur un bien. Cela
signifie que la possession n'est pas nécessairement l'exercice d'un droit par son
titulaire, et que cela pourrait être l'exercice ou le recours à la force d’un
usurpateur pour s’approprier du bien433.
992. Ainsi, dès l'instant que la possession est indifférente à la titularité du droit
exercé et qu’elle contente uniquement à son exercice concret, elle est plongée
dans la factualité et la matérialité. Cette interprétation est confortée par la quasi-
unanimité des auteurs qui perçoivent la possession comme un fait, pas une
prérogative de droit434.
993. En admettant qu’il s’agit d’un exercice factuel, cela ne met pas en cause la
nature juridique de la possession ; étant un fait juridique dans la mesure où la loi
en fait découler un certain nombre de conséquences juridiques, dont la principale
est l'acquisition du droit possédé par l'écoulement du temps, voire de manière
immédiate dans le cadre de l'article 2276 du Code civil435.
433
Comp. F. Terré et Ph. Simler, op. cit., n° 152 : la possession "est le fait par une personne d'accomplir des
actes qui, dans leur manifestation extérieure, correspondent à l'exercice volontaire d'un droit, qu'elle soit ou
non titulaire de ce droit".
434
William Dross, Fasc. unique : Prescription Acquisitive - Possession, JurisClasseur Civil Code, 20
Février 2013, n° 9.
435
Article 2276 du Code Civil prévoit que : « En fait de meubles, la possession vaut titre. Néanmoins, celui
qui a perdu ou auquel il a été volé une chose peut la revendiquer pendant trois ans à compter du jour de la
perte ou du vol, contre celui dans les mains duquel il la trouve ; sauf à celui-ci son recours contre celui
duquel il la tient ».
436
Les critères de l’usucapion sont les suivants :
Existence d’une possession véritable : cela s’explique par le fait qu’un simple détenteur précaire ne peut
invoquer le bénéfice de l’usucapion. C’est essentiel pour une prescription acquisitive de porter sur une
possession, non une détention précaire. Une possession utile : Pour permettre la prescription, la possession
doit revêtir les caractères énoncés par l'article 2261 du Code civil436 qui stipule quatre (4) conditions contre
les vices : discontinuité, violence, clandestinité et équivoque.
262
B. Éléments constitutifs de la possession en droit des biens
996. Lorsque la possession est désignée par l'exercice d'un droit, elle suppose
forcément l'accomplissement d'actes concrets pour traduire cet exercice. Ce sont
ces actes d'exercice qui sont désignés sous le terme de corpus, sans lesquels il ne
saurait y avoir de possession.
997. Dans ce sens, les professeurs Aubry et Rau donnent plus de précision à
l’aspect matériel de la possession, en précisant que " nous appelons possession
dans le sens le plus large de cette expression, l'état ou la relation de fait qui
donne à une personne la possibilité physique, actuelle et exclusive, d'exercer sur
une chose des actes matériels d'usage, de jouissance et de transformation"439.
998. Nous retenons de cette définition que le corpus se caractérise par des actes
d'exercice du droit, lesquels sont conditionnés par la nature de la chose objet du
- Une possession continue et non interrompue : Le possesseur doit accomplir périodiquement des
actes que tout propriétaire normalement diligent accomplirait. Que la discontinuité de la possession
fait défaut de possession.
- Une possession paisible : la possession doit être sereine et purgée de vice ; la possession est viciée
par violence lorsque le possesseur s’approprie de la chose par la force et par menaces.
- Une possession publique : une possession doit être exercée aux vues et sus de tout le monde ;
qu’elle soit manifestée par des actes apparents.
- Une possession non équivoque : l’équivoque est un vice qui touche l’un des deux éléments de la
possession qui est l’élément intentionnel ; que la personne agit comme étant le véritable propriétaire
du bien : l’animus. L’équivoque c’est l’ambigüité dans l’exercice de la possession qui laisse
supposer que la possession pourrait être exercée à un titre autre que celui de propriétaire.
Ainsi, bien qu’il s’agit d’un fait, non un droit, la possession joue un rôle probatoire en ce qu'elle fait
présumer que celui qui exerce le droit en est le titulaire légitime, mais aussi acquisitif, en permettant
l'acquisition immédiate ou différée du droit exercé.
437
William Dross, Op. cit.
438
Le mot corpus présente le défaut de renvoyer à une corporéité qui n'est pas de l'essence de la possession
(ce qui a pu conduire certains auteurs à proposer de l'abandonner au profit de la notion de pouvoir de fait : A.
Pélissier, cité supra n° 16, passim).
439
C. Aubry et C. Rau, op. cit., § 177, p. 106.
263
droit. C’est le fait d’avoir matériellement un bien en son pouvoir et d’être à même
d’accomplir sur ce bien des actes matériels.
999. Si nous nous limitons à cette approche du corpus qui fait prévaloir l’aspect
matériel, les actes électroniques n’auraient plus lieu d’exister car il faut toujours
des actes d'usage concret d'une chose corporelle ; que le corpus est conçu comme
un pouvoir physique sur la chose.
1000. La Cour de cassation440 exclut toujours que nous puissions acquérir par
prescription des biens immatériels ; au moins le juge est libre de décider, en
l’absence d’actes matériels, que le corpus n'est pas suffisamment caractérisé441.
440
Est cassé l'arrêt ayant admis la prescription acquisitive "sans relever d'actes de possession accomplis à
titre de propriétaire" : Cass. 3e civ., 25 févr. 1998, n° 96-15.045 : JurisData n° 1998-000834 ; Bull. civ.
1998, III, n° 48 ; Defrénois 1998, art. 36828, p. 811, obs. Ch. Atias. - Cass. 3e civ., 27 janv. 1999, n° 96-
18.436. - Cass. 3e civ., 1er avr. 2003, n° 01-03.941: JurisData n° 2003-018679.
441
Le juge reste libre de décider que le corpus n'est pas suffisamment caractérisé, notamment en l'absence
d'actes matériels de jouissance. Bull. civ. 2000, III, n° 159 ; D. 2000, inf. rap. p. 262. Voir aussi JCl. Civil
Code, Art. 2276 et 2277 ou Notarial Répertoire, V° Prescription, fasc. 70.
442
William Dross, Op. cit., n° 38 s.
264
1004. En règle générale, il y a une présomption simple de la possession (voire la
présomption de l’animus domini) énoncée à l’article 2256 du Code Civil443 qui
édicte une présomption aux termes de laquelle "on est toujours présumé posséder
pour soi, et à titre de propriétaire (...)". Cette présomption simple de la
possession qui fait que l’animus ne pose guère de problème en droit des biens, et
qu’il incombe à la personne qui conteste la possession d’apporter la preuve de
l’absence de l’animus444.
1005. Le plus souvent, la nature de l'animus n'est pas contestée par les parties
litigantes, et les juges considèrent a priori que les actes d'emprise exercés sur la
chose, qu'ils soient matériels ou juridiques, le sont avec une âme de propriétaire.
1007. Pourtant, il est possible que les faits de possession, quoi qu’ils soient des
actes matériels ou juridiques, soient insuffisants à caractériser un véritable animus
domini en faveur de leur auteur. En d'autres termes, les actes accomplis sur la
chose ne correspondent pas à ceux qu'aurait effectués un véritable propriétaire.
Dans ce cas, la présomption édictée par l'article 2256 n'est plus fondée et la
solution adoptée par les juges consiste à disqualifier entièrement la possession
puisque l'animus domini n'est pas vraisemblable, il ne saurait y avoir de
possession447.
443
Code Civil, version consolidée au 18 février 2015.
444
William Dross, Op. cit., n° 56 s.
445
Cass. 1er civ., 21 déc. 1964 : Bull. civ. 1964, I, n° 589. - Cass. 3e civ., 8 mai 1969 : Bull. civ. 1969, III, n°
371.
446
Cass. 1er civ., 7 févr. 1962 : Bull. civ. 1962, I, n° 91. Dans ce sens, le fait d'avoir pris certaines terres à
bail n'interdit pas en principe au fermier de bénéficier de la présomption édictée par l'article 2256 à propos
de parcelles non comprises dans le bail (CA Caen, 26 mai 1998, n° 9601948 : JurisData n° 1998-045926)
447
Cass. 1er civ., 25 févr. 1963 : Bull. civ. 1963, I, n° 119. - Cass. 3e civ., 18 mars 1970 : Bull. civ. 1970, III,
n° 219 : ne sont pas des actes de jouissance suffisants l'édification de constructions précaires. Ainsi lorsque
les actes matériels accomplis par celui qui se prétend propriétaire n'ont pas une importance telle qu'ils
traduisent l'exercice factuel d'un droit de propriété, la possession ne sera pas établie faute de corpus suffisant.
265
1008. Nous nous interrogeons ici sur l’applicabilité de la présomption d’‘animus
domini’ sur les documents électroniques. Lorsqu’un porteur d’un document
transférable électronique veut montrer la possession du document, doit il y avoir
certains actes accomplis sur le document électronique qui ferait de lui un véritable
propriétaire vis-à-vis des tiers ?
1012. En droit des biens, le législateur avait l’intention d’aller plus loin avec la
notion de la possession, et d’étendre la notion aux cas de figure dans lesquels le
propriétaire n’est pas en mesure de posséder matériellement le bien448.
448
William Dross, Op. cit., n° 33 à 35.
266
1014. Toutefois, cette définition est imprégnée du droit romain qui limite la
notion de la possession aux seuls actes matériels. C’est que cette définition étroite
ne semble prendre en compte que le corpus appliqué aux seuls actes matériels
adossés à la propriété (possessio rei), en excluant les actes juridiques possessoires
(possessio juris), alors que l’acte de jouissance est bien sur caractérisé par la
passation d’actes juridiques. Là nous évoquons les actes possessio juris. Ces
derniers sont nécessaires à la circulation des choses, objets de la possession.
1015. Il s’agit ici d’actes juridiques qui peuvent avoir pour objet de conférer à un
tiers une mainmise temporaire sur le bien, une mainmise lui permettant soit de le
détenir de manière exclusive, soit d'en jouir concrètement pendant le laps de
temps prévu au contrat.
1017. Pour autant, ce tiers n'a pas l'animus d'un propriétaire puisqu'il n'a de
maîtrise de la chose que précaire, l'acte fondant cette maîtrise l'obligeant à
restitution. En revanche, cet animus existe pleinement chez l'auteur de l'acte : en
concluant un contrat conférant à autrui le droit de détenir ou d'user de la chose,
l’auteur de l’acte s'en considère comme maître. Le tiers use de la chose pour le
compte de l'auteur de l'acte, lequel possède alors corpore alieno, par
l'intermédiaire d'autrui.
267
1019. Il est, certes, incontestable qu'en l'occurrence, le corpus existe pour le
possesseur corpore alieno. Toutefois, à partir du moment où l'emprise matérielle
sur la chose par le possesseur n'est pas directe, mais indirecte, la technique de la
possession corpore alieno, qui sous-tend ce mécanisme, participe donc de la
dématérialisation de la possession.
1023. Selon l'arrêt attaqué (Papeete, 11 avril 2001) que par contrat en date du 16
mars 1990, la Société de banque occidentale (SDBO), aux droits de laquelle se
trouve la société CDR créances, a consenti un prêt à la Société hôtelière
internationale de Polynésie (SHIP), destiné à financer l'acquisition de trois
ensembles hôteliers ; qu'en garantie, la société SHIP a consenti sur les biens
acquis, avec la société Tapati, propriétaire du terrain sur lequel a été construit un
des trois hôtels, une antichrèse inscrite le 22 août 1990 ; qu'il a été convenu que la
449
Cass. 3e civ., 18 déc. 2002, n° 01-12.143 : JurisData n° 2002-017037 ; Bull. civ. 2002, III, n° 261 ; RTD
civ. 2003, p. 319, obs. Th. Revet ; RTD civ. 2003, p. 327, obs. P. Crocq.
268
société SHIP conserverait la jouissance des biens donnés en garantie, moyennant
le versement, pendant douze années, d'une indemnité d'occupation ; que la société
SHIP a cessé ses règlements en 1994 et que la société CDR créances a déclaré sa
créance au passif des sociétés SHIP et Tapati, mises en redressement judiciaire le
6 juillet 1998.
1024. Pour déclarer les antichrèses éteintes, la cour d'appel a relevé que la société
SHIP avait cessé tout règlement de l'indemnité d'occupation à compter de
novembre 1994 et retenu que la société CDR créances, jusqu'au dépôt de sa
déclaration de créance, le 16 octobre 1998, n'avait pris aucune initiative concrète
soit pour rompre la convention d'occupation et confier l'exploitation à un tiers
afin de maintenir sa possession juridique, soit pour prendre possession
matériellement des immeubles afin d'exercer son droit de rétention et que le fait
pour l'antichrésiste de n'entreprendre aucun acte positif destiné à marquer sa
volonté de garder la possession matérielle ou juridique des biens nantis avait eu
pour conséquence de faire disparaître la condition essentielle de la validité de
l'antichrèse, à savoir la dépossession du constituant ; que d’après le juge de la
Cour de cassation, en statuant ainsi, alors que la société SHIP, qui avait cessé de
régler les indemnités d'occupation, continuait cependant à posséder pour le
compte de l'antichrésiste et que l'absence d'action de ce dernier contre elle n'avait
pas mis fin à cette possession, la cour d'appel a violé les textes de l'article 2228 du
code civil, ainsi que les articles 2085, 2086, 2231 et 2240 du code civil.
1025. Alors, selon cet arrêt le juge de cassation a infirmé la décision des juges du
fond, en justifiant sa décision de cassation sur le simple rappel de l'article 2228,
sans pour autant ressortir une définition précise de la possession corpore alieno.
Bien que ni la jurisprudence ni le Code Civil n’aient pas prévu une définition
précise de la notion de la possession corpore alieno, on trouve que pour les
auteurs contemporains, dans leur précieux ouvrage consacré aux Locutions latines
du droit français, les professeurs Roland et Boyer 450 ont parvenu à définir la
notion de possession corpore alieno comme un « mode d'acquérir ou de
conserver la possession par l'intermédiaire d'autrui. Au rebours de l'élément
450
H. Roland et L. Boyer, Adages du droit français : Litec, 4e éd. 1999.
269
intentionnel (animus) qui est requis en la personne même qui doit posséder,
l'élément matériel (corpus) est susceptible d'être exercé par un tiers ..., celui qui
cesse de posséder matériellement sa chose ne perd pas la possession lorsque les
faits constitutifs de cette possession sont l'œuvre d'autrui » (exemples nombreux
en droit de la propriété industrielle : brevet et marque).
270
PARAGRAPHE II – LE "CONTROLE" SUBSTITUT DE LA
POSSESSION
1031. Les droits sur la livraison de marchandises représentés par des documents
titres dépendent originairement et par défaut de la possession matérielle d’un
document papier unique ; ce qui est le cas par exemple en matière du
connaissement et du récépissé d’entrepôt.
1032. De même, les droits au paiement d’une somme d’argent représentés par
des instruments transférables dépendent aussi en règle générale de la possession
matérielle d’un document papier unique. C’est le cas du billet à ordre, la lettre de
change et les chèques.
1033. Comme ces documents formant titre pouvaient produire des effets à l'égard
des tiers, les systèmes papier renvoyaient à des notions telles que la “possession”
et la qualité de “porteur”.
Friedrich Karl Von Savigny, Traité de la possession en droit romain, traduit de l’allemand par CH. Faivre
451
271
1035. Pour les ‘documents transférables électroniques’, l’exigence de garantie de
singularité s’accompagne de celle de possession matérielle du document papier
qui représente l’obligation. C’est la possession de l’unique document consignant
les droits et les obligations qui est généralement exigée pour qu’une personne ait
le droit de s’en prévaloir.
1036. Le papier avait été choisi comme support pour les documents formant titre
en raison de ses caractéristiques qui permettent par exemple d’enregistrer et de
transmettre facilement ces documents. Ces traits caractéristiques du support
papier doivent être pris en compte pour designer l’équivalent fonctionnel que
nous pouvons utiliser pour un document électronique.
1039. Pourtant cela n’empêche pas que la possession est un critère important à
concilier avec le monde informatique, non pas parce que les documents papier
tangibles ont en soi de la valeur, mais aussi parce qu’une seule personne peut être
en possession d’un objet tangible à un moment donné.
272
‘document transférable électronique’, tout comme le transfert de possession (et
l’endossement s’il y a lieu) se substitue à la remise du document papier
transférable.
1043. De manière générale, la plupart des législations en vigueur, telles que dans
le système juridique français, anglo-saxon et américain, considèrent qu’il n’est
pas nécessaire qu’un ‘document transférable électronique’ possède des
caractéristiques intrinsèques qui le rendent réellement “unique” en ceci qu’il ne
peut exister de copies identiques.
1045. Par exemple, en vertu de la loi des États-Unis relative aux signatures
électroniques dans le commerce national et international 452, une personne est
452
Titre 15 de l’United States Code Annotated « Commerce and Trade », chap. 96 « Electronic Signatures in
Global and National Commerce », voir par. 7001 et suivants. [En ligne :
[Link]
273
réputée exercer le contrôle d’un ‘document transférable électronique’ si le
système utilisé pour attester le transfert de droits sur un document transférable
établit de façon fiable que cette personne est celle en faveur de laquelle le
document transférable a été bien émis ou transféré.
1048. L’essentiel à retenir selon cette loi américaine sur la signature électronique
est de démontrer que le système mis en place établit de façon fiable l’identité de
la personne habilitée à recevoir le paiement d’une somme d’argent ou la livraison
de marchandises, que ce soit à l’aide d’un registre tenu par un tiers ou d’autres
moyens de protection technologiques.
274
1049. L’article 16 de la Loi uniforme sur les opérations électroniques aux Etats
Unis453 régit les conditions dans lesquelles il est possible d’émettre des
‘documents transférables électroniques’ ayant les mêmes buts et les mêmes effets
que des documents papier. Il prévoit d’ailleurs sur le critère de contrôle qu’ « une
personne a le contrôle d'un document transférable électronique si le système
utilisé, démontre le transfert d’intérêts en droit dans le document transférable, et
établit de façon fiable que cette personne est celle à laquelle le document
transférable a été délivré ou transféré » (article 16-b)454.
1051. D’autres textes ont la même approche et ont adopté la notion de contrôle
comme critère prépondérant d’équivalence par rapport à la possession. Parmi ces
textes, il y a la Convention des Nations Unies sur le contrat de transport
international de marchandises de 2008 (les Règles de Rotterdam) 456. Cette
Convention a pour objectif d’établir un régime juridique uniforme et moderne
pour régir les droits et obligations des chargeurs, transporteurs et destinataires en
vertu d'un contrat de transport de porte à porte comprenant une étape maritime
internationale. Ces règles de Rotterdam de 2008 tiennent compte de nombreuses
nouveautés technologiques et commerciales qu'à connues le transport maritime
depuis l'adoption de ces conventions, tel le développement des documents
électroniques de transport.
453
Uniform Electronic Transactions Act (UETA) in 1999 (la Loi uniforme sur les opérations électroniques de
1999) (UETA). . [En ligne :
[Link]
454
Section 16 (b) : “A person has control of a transferable record if a system employed for evidencing the
transfer of interests in the transferable record reliably establishes that person as the person to which the
transferable record was issued or transferred”.
455
Le Code de commerce uniforme des Etats-Unis d'Amérique élaboré par l’American Law Institute et la
National Conference of of Commissionaires on Uniform State Laws. compte-rendu ; n°4 ; vol.15, p. 733,
Revue internationales de Droit Comparé.
456
Convention des Nations Unies sur le contrat de transport international de marchandises effectué
entièrement. ou partiellement par mer (les “Règles de Rotterdam”) (New York, 2008), Ed. Nations Unies,
juillet 2014. [En ligne : [Link]
[Link]].
275
1052. La Convention traite dans son chapitre 3 les documents électroniques de
transport ; d’après l’article 8 de la Convention, peut être consignée dans un
document électronique de transport tout ce qui doit figurer dans un document de
transport en vertu de la convention. La Convention reconnait dans le deuxième
alinéa du même article que « l’émission, le contrôle exclusif ou le transfert d’un
document électronique de transport a le même effet que l’émission, la possession
ou le transfert d’un document de transport ». Ainsi la Convention autorise de
produire des documents électroniques pour toutes les étapes d’exécution d’une
opération de transport maritime internationale, le critère de contrôle est accepté
pour se substituer à la possession lorsque nous envisageons un document
électronique. (article 8 - b).
1053. Ces textes susmentionnés supposent que les parties se prêtant à l’utilisation
d’un ‘document transférable électronique’ conviennent du système et de la
technologie à employer pour son émission et son utilisation. Dans ce contexte, un
facteur essentiel pour la reconnaissance de la validité de l’émission et du transfert
d’un ‘document transférable électronique’ est celui de la technologie nécessaire
au transfert, son degré de disponibilité sur le marché, l’architecture et le protocole
ou mécanisme qui l’emportent en pratique et le degré de fiabilité qu’elle atteint
dans la réalisation de la fonction indiquée, à savoir, l’identification, en toutes
circonstances, du titulaire du document transférable (supra partie I).
276
1055. – Conclusion intermédiaire – En traitant les différents critères de la
possession, nous sommes parvenus à la notion de contrôle comme équivalent
fonctionnel pour les documents électroniques. Ainsi une autre question se pose :
Adopter un régime juridique pour régir un ‘document transférable électronique’
fait surgir l’épreuve de pouvoir identifier la personne en possession du document
représentant l’obligation, soit le créancier ou le bénéficiaire de la valeur qu’il
représente.
1057. Nous envisageons ainsi les différents modèles pour identifier la personne
qui exerce le contrôle, et comment archiver les documents électroniques via
Records management (Paragraphe I). Ensuite, nous présentons la conservation
pérenne du document électronique (Paragraphe II)
277
1059. Bien que le porteur soit la personne habilitée à se prévaloir du ‘document
transférable électronique’, son identité peut ne pas être consignée dans le
document transférable lui-même, et il peut changer lorsque le document est
transféré d’une personne à une autre.
1060. Aussi un mécanisme doit-il être mis en place pour pouvoir identifier la
personne qui, à un moment donné, est considérée comme étant le porteur. Dans
un environnement papier, la personne en possession d’un document transférable
unique est présumée être le porteur. Par contre, ce n’est pas aussi simple dans un
environnement électronique, où il est nécessaire de remplacer le concept de
possession par son équivalent fonctionnel ‘le contrôle’, un mécanisme doit ainsi
être mis en place pour établir l’identité de cette personne présumée ‘porteur’.
A. Le modèle du support.
278
1064. En d’autres termes, tout comme pour les documents transférables sur
support papier, il peut être nécessaire de mettre en place des garanties d’ordre
technique ou sécuritaire pour faire en sorte qu’il n’existera qu’“un seul
exemplaire faisant foi”, qui ne pourra être ni copié ni modifié et auquel nous
pouvons se référer pour déterminer l’identité du titulaire ainsi que les termes du
‘document transférable électronique’ proprement dit. Nous avons traité la notion
de l’exemplaire faisant foi au début de la deuxième partie458.
B. Le modèle du registre.
458
Voir supra, n°941 s.
459
Le projet InterPARES est principalement financé par le Conseil de recherches en sciences humaines du
Canada ainsi que par la National Historical Publications and Records Commission et la National Science
Foundation des États-Unis. Les fonds de contrepartie sont fournis par le Hampton Fund Research Grant, le
Vice Président Research Development Fund, le doyen des Arts et la School of Library, Archival and
Information Studies de l’Université de la Colombie-Britannique. [En ligne :
[Link]
460
Voir supra n°505.
279
1068. Afin d’établir de manière fiable l’identité du titulaire du ‘document
transférable électronique’ il convient d’exercer un contrôle qui s’applique par le
registre. Ce modèle du registre joue un rôle prépondérant pour identifier le
titulaire/porteur du document électronique.
1072. Ici nous soulignons que la notion de contrôle associée à des préoccupations
de sécurité privilégie essentiellement le registre, de préférence au document
transférable proprement dit.
1074. Afin d’y parvenir, il est fréquent de se servir d’un registre pour localiser
l’endroit où l’exemplaire faisant foi est stocké, et/ou de conserver une empreinte
461
Questions juridiques liées à l’utilisation des documents transférables électroniques, Op. cit., p.16 et s.
280
digitale numérique (par exemple, valeur de hachage ou signature électronique) de
l’exemplaire faisant foi pour que nous puissions facilement déterminer si
l’intégrité de l’exemplaire conservé par le porteur, ou en son nom, est intacte et
correspond à l’original462.
1078. Les textes législatifs français ne définissent pas encore les modalités du
registre ; pourtant ils imposent l’archivage de certains documents numériques, ce
qui suppose une entité tel le registre, qui est indépendant des opérateurs.
1079. Le registre est ce tiers de confiance dont nous avons parlé tout au long de
la première partie ; ce dernier délivre les clés asymétriques (utilisées pour le
chiffrement et le déchiffrement des documents électroniques) sous la forme du
Prestataire de services de certification électronique (PSCE), tel est le cas du
462
Questions juridiques liées à l’utilisation des documents transférables électroniques , Op. cit., p.12 et s
463
Questions juridiques liées à l’utilisation des documents transférables électroniques, Op. cit., p.16 et s.
281
centre de certification issu de l’ANSSI464. Le registre peut aussi être le prestataire
qualifiés465 qui fournit les services de confiance aux usagers.
1082. Pour tout ce qui est protection des données à caractère personnel, nous
renvoyons aux dispositions du règlement européen du 27 avril 2016, présentées
dans la première partie467.
464
Voir Supra n°609.
465
Voir Supra n°691 s.
466
Article L134-2 du Code de la consommation (Version consolidée au 1 juillet 2015) : ‘Lorsque le contrat
est conclu par voie électronique et qu'il porte sur une somme égale ou supérieure à un montant fixé par
décret, le contractant professionnel assure la conservation de l'écrit qui le constate pendant un délai
déterminé par ce même décret et en garantit à tout moment l'accès à son cocontractant si celui-ci en fait la
demande’. [En ligne :
[Link]
?cidTexte=LEGITEXT000006069565&dateTexte=20150720].
467
Voir supra n°139 s.
282
ayant accès au ‘document transférable électronique’ en question. En pareil cas, le
transfert du contrôle exige le transfert du moyen d’accès sécurisé exclusif, un
support d’accès unique par exemple.
1086. Nous avons envisagé jusqu'à présent les différents stades de création et
d’exécution du ‘document transférable électronique’. Lorsque la transaction
commerciale est terminée, il n’en reste pas moins que le document doit perdurer
pendant une certaine période pour des raisons de preuve s’il apparait un litige.
Nous présentons l’archivage électronique (A), pour introduire le métier de record
management dans l’environnement informatique (B).
1087. L’archivage dans le sens où nous parlons aujourd’hui est le résultat d’une
longue histoire pour parvenir à la phase actuelle dont nous témoignons
aujourd’hui. Depuis toujours, le gonflement rapide de la « paperasse » dans le
secteur public menace d’envahir les bureaux, couloirs, caves et greniers ; ce qui a
poussé les administrations de repenser et réorganiser le traitement de leurs
archives courantes.
283
1088. D’abord les administrations ont eu recours aux centres de pré-archivage
pour désengorger les bureaux avant de pouvoir procéder, tout en respectant les
délais de prescription légale pour chaque document, aux éliminations et au
versement dans le dépôt d’archives. Cette étape de pré-archivage des documents
marque la dernière phase dans leur cycle de vie lorsqu’ils deviennent de moins en
moins utiles de point de vue administratif468.
1090. Cette notion d’archive est indépendante de la date des documents et de leur
forme et support physique471. Cette définition générale découlant de la théorie
classique « des trois âges » est mise à l’épreuve face à l’archivage électronique ;
il n’est plus pertinent de parler de trois âges lorsque nous nous intéressons aux
archives électroniques pour des raisons techniques : en effet si un document n’est
pas pris en charge dès sa création, il sera extrêmement difficile d’évaluer son
intégrité a posteriori472. En ce sens, la notion d’archivage intermédiaire473 n’est
plus pertinente.
468
JOLY-PASSANT (E.), Op. cit.
469
La théorie des trois âges est une notion fondamentale sur laquelle repose l'archivistique contemporaine, et
qui fait passer tout document par trois périodes, en fonction de leur utilisation, courante, intermédiaire et
définitive, caractérisées par la fréquence et le type d'utilisation qui en est faite. [En ligne :
[Link]
470
Peter WALNE (ed.), Dictionary of Archival Terminology, English and French with Equivilents in Dutch,
German, Italian, Russian and Spanish. K.G. Saur, Munchen-New York-London-Paris, 1984, 226 p. (ICA
Handbooks Series. Volume 3).
471
En ligne : [Link]
472
Article sur l’Archivage électronique à l’épreuve de la théorie des trois âges. [En ligne :
[Link]
ages/].
473
Les archives intermédiaires sont définies comme des documents qui ont cessé d'être considérées comme
des archives courantes et qui ne peuvent, en raison de leur intérêt et/ou des textes légaux et réglementaires
284
1091. D’ailleurs, malgré le fait que la loi ne prévoit pas une définition à
l’archivage, la norme technique ISO 15489474 est venue préciser que l’archivage
consiste en un : « système d’informations qui intègre les documents, les organise,
les gère et les rend accessible a terme ». D’après cette définition, l’archivage est
un terme technique qui désigne toute méthode de gestion et d’organisation des
archives. Les archives sont l’objet sur lequel porte l’archivage, la manière
d’ordonner et de disposer de cet objet475.
285
volumineuses, il est désormais procédé à la dématérialisation de l'information, des
données, dans la mesure où la majeure partie des documents est créée ab initio
sous format numérique. C’est la rapidité de traitement des données et la facilité
de communication de documents qui expliquent le développement de ce procédé.
1098. D’une part, lorsque la conservation est gérée par des infrastructures
internes, l’ensemble de processus de conservation est placé sous le contrôle de la
banque qui produit ou reçoit les documents à conserver/ à archiver. Cette solution
apparait peu pratique car comme les documents conservés restent sous l’unique
contrôle de la banque, il n’est pas certain que la banque pourra apporter toutes les
garanties au document conservé, notamment si les documents conservés utilisent
les technologies cryptographiques.
1099. D’autre part, ayant pour souci de garantir leur ‘documents transférables
électroniques’, la banque fait recours à des professionnels ayant de l’expertise en
matière de conservation des documents, appelés les ‘tiers archiveurs’.
1100. Malgré l’importance croissante du rôle du ‘tiers archiveur’,
particulièrement dans la société d’information, il est regrettable de ne pas avoir
une définition ni du terme ‘tiers archiveur’, ni à sa fonction.
477
En ligne : [Link]
478
JOLY-PASSANT (E.), Op. cit., p.490 s.
286
être capable de présenter des documents signés et reconnus comme tels, à tout
moment, des années après leur date de mise en archive479.
1102. Les tiers archiveurs sont donc un prestataire de service public ou privé. Les
obligations principales dédiées à la mission du tiers archiveur peuvent être
résumées dans l’ordre suivant480:
479
Ibid.
480
JOLY-PASSANT (E.), Op. cit., p.496 s.
287
PARAGRAPHE II : CONSERVATION PÉRENNE DU
DOCUMENT ÉLECTRONIQUE
1104. La lisibilité des données électroniques doit être assurée à plus ou moins
long terme : les supports de stockage, le matériel (hardware) et les logiciels
(software) évoluent rapidement et se succèdent, si bien qu’il est difficile de lire
des fichiers enregistrent sous des formats périmés ou sur des supports obsolètes
ou altérés.
1106. Il est considéré jusqu'à présent comme l’un des plus précieux trésors
incontournable des Archives Nationales du Royaume-Uni. En 1986, le BBC a
lancé un nouveau projet appelé Domesday481 se fixant comme objectif de
documenter à l’aide de l’informatique la vie ordinaire du Royaume-Uni à la fin
du siècle passé. Toute la documentation était publiée sur des disques optiques de
12 pouces, une technologie très moderne en ce temps-là. Les organisateurs du
projet avaient l’intention de répéter le projet tous les vingt-cinq ans pour illustrer
les changements et préserver les données482.
481
The Story of the Domesday Project [En ligne : [Link]
482
KECSKEMETI (C.) et KORMENDY (L.), Op. cit., p.199 s.
288
1108. Pour remédier à cette catastrophe et sauver la base de données, un autre
projet a été lancé en urgence la même année nommé CAMiLEON 483 et, grâce aux
spécialistes britanniques et américains, ils ont réussi, après plusieurs années de
travail, de ranimer (par émulation) la documentation. Le projet Domesday est
devenu le symbole de l’obsolescence numérique.
1111. Nous apprenons des deux exemples cités dessus que les méthodes
d’archivage doivent évoluer en même temps que le matériel informatique et les
logiciels et de permettre la lecture des documents archivés quelle que soit la
méthode de conservation utilisée à l’origine.
483
Migration: A Camileon Discussion Paper, ARIADNE Web Magazine for Information Professionals, [En
ligne: [Link]
289
II. Méthodes de conservation pérenne des documents électronique
basées sur le choix de l’application logiciel et le support
informatique.
1112. L’idée ici vient d’une proposition prononcée par un projet de recherche
ambitieux intitulé ‘Projet InterPARES’ sur la préservation à long terme de
l’authenticité des documents d’archives numériques484.
1116. Nous entendons par ‘logiciel approprié’ une application informatique étant
en mesure d’assurer que tous nouveaux logiciels seront capables de lire les
anciens documents dans le format du logiciel sous lequel nous avons gardé et de
les afficher à l’écran dans leur forme documentaire initiale.
484
Voir Supra n°907.
290
1117. Techniquement, il s’agit de veiller à la rétrocompatibilité des nouveaux
logiciels. Citons un exemple illustratif assez fréquent sur le document
électronique de format ‘Word’ ; lorsque nous installons sur le PC une version
récente de Microsoft Office, comme par exemple MS Office 2016, puis nous
utilisons cette version ouvrir un document que nous avions précédemment crée
utilisant une version antérieure de MS Word (disons MS Word 2013), nous
posons la question si le document s’affichera correctement en préservant le
contenu et la même apparence et forme documentaire sur cette version plus
récente de logiciel.
1118. Il est ainsi très important d’utiliser des logiciels compatibles avec les
versions antérieures (la rétrocompatibilité485) ou les versions subséquentes (la
post-compatibilité486), ce qui n’est pas évident dans la plupart des logiciels que
nous utilisons ; ce qui rend par conséquent l’accès aux documents d’archives
limité et difficile à long terme.
1119. Il est également important que les logiciels destinés à une seule application
fonctionnent bien avec ceux des autres applications et systèmes. C’est la faculté
d’opérer avec différents matériels et logiciels, ce qui réduit la dépendance des
documents électroniques des produits informatiques487. Le terme scientifique
exact pour décrire cette fonctionnalité est l’interopérabilité488.
1120. D’ailleurs, les logiciels devraient pouvoir recevoir et fournir des fichiers
dans un certain nombre de formats différents. Ainsi il nous sera plus facile
d’accéder aux documents et également de les déplacer vers d’autres systèmes.
Suivons l’exemple ci-dessus sur le MS Office, le logiciel MS Word nous donne
485
La rétrocompatibilité est un terme informatique qui correspond à la capacité d’un appareil ou d’un
programme à respecter les informations, consignes et périphériques préalablement enregistrés dans le
système précédent. [En ligne : [Link]
486
La post-compatibilité est un terme informatique qui désigne la compatibilité pour un programme
informatique avec des versions ultérieures dans le sens où les informations enregistrées dans un logiciel
pourraient être affichées et sauvegardées dans des versions subséquentes.
487
Charles Kecskemeti et Lajos Kormendy, Op., cit., p. 126.
488
L’interopérabilité ou interfonctionnement en informatique est la capacité que possède un système
informatique à fonctionner avec d’autres produits ou systèmes informatiques, existants ou futurs, sans
restriction d’accès ou de mise en œuvre. Les deux termes sont normalisés par la CSA et la Commission
électrotechnique internationale (ISO/IEC 2382-18:1999). Aussi voir Supra n°729 sur la notion de
l’interopérabilité.
291
une multitude d’options de formats que nous pourrons utiliser pour enregistrer le
document crée (i.e. doc, docx, pdf, txt, xml).
1123. D’autre coté, il y a le support optique qui comprend deux types principaux,
d’abord, un CD ("Compact Disc")490 qui est un disque optique, inventé en 1978,
utilisé pour stocker les données sous forme numérique.
489
Le disque dur magnétique est l'espace physique de stockage des données sur un ordinateur. [En ligne :
[Link]
490
Le terme ‘Disque Compact’ désigne un disque numérique de 12 centimètres de diamètre à lecture par
laser. (On dit aussi communément disque compact ou compact ou, par abréviation, CD.), [En ligne :
[Link]
491
Le DVD est défini comme « Format de disque optique numérique de grande capacité destiné à remplacer
le CD-ROM, le CD-I et le CD vidéo ».
[En ligne : [Link]
292
1126. Les disques optiques ont beaucoup d’avantages par rapport aux disques
durs magnétiques; Ils sont plus stables, leur durée de vie est plus longue et utilisés
à grande échelle.
1127. Les disques optiques sont faciles à manipuler et que les données
enregistrées par voie de gravure laser ne sont pas altérables ; pourtant il faut
éviter les disques réinscriptibles pour prémunir contre la perte ou toute
modification de données. C’est que ces derniers permettent aux utilisateurs de
remplacer les fichiers enregistrés sur le disque.
1130. Nous retenons de tests annoncés par des laboratoires, tel que le National
Media Lab, que la durée de vie moyenne pour un CD enregistrable est plutôt de
l’ordre de cinq (5) ans, et pour le CD pressé elle va de dix (10) à vingt-cinq (25)
ans492.
1131. Il est évident qu’il est plus favorable aujourd’hui d’utiliser les DVDs pour
conserver les données informatiques. C’est que ces derniers permettent
d’engranger une plus grande quantité de données sur un disque de même taille. La
capacité standard pour un DVD est de 4,7 Go, et 8,5 (double couche).
492
Catherine Lupovici, Les stratégies de gestion et de conservation préventive des documents électroniques -
juillet 2000. [En ligne : [Link]
293
1133. Les études de vieillissement « naturel » des premiers disques conservés
dans de bonnes conditions montrent un vieillissement des vernis protecteurs de la
couche métallique qui peut entraîner son oxydation493.
1134. Pour cette raison, les affirmations des fabricants de certains supports, CD
et DVD notamment, selon lesquelles leurs produits dureront cent ans, n’ont
qu’une importance théorique. L’obsolescence du matériel et du logiciel sera
certainement plus rapide. Il ne sert donc à rien d’avoir un support durable si le
matériel et le logiciel compatible font défaut.
1135. Les supports aussi changent et se développent très rapidement, les normes
tombent en désuète en dix à quinze ans, ce qui signifie que les supports que nous
utilisons aujourd’hui ne seront probablement plus lisibles dans moins de vingt
ans.
1138. Afin d’éviter les pertes d’information, les supports magnétiques ne doivent
pas être stockés à proximité de câbles, de blocs d’alimentation ou d’autres
appareils qui génèrent des champs magnétiques. Le volume de pertes éventuelles
dépend de la force du champ, de la distance et de la durée de l’exposition, en
sorte que même un effet faible peut être nocif s’il dure longtemps. Les disques
doivent être stockés en position verticales494.
493
M. Vivant, Op. cit.
494
Ibid.
294
1139. Il faut aussi éviter la température et l’humidité relativement élevées ainsi
que leurs fluctuations, parce qu’elles peuvent fragiliser la matière du support,
décoller la couche magnétique. Pour le stockage pérenne des supports
magnétiques, la température recommandée est de 18+-1C et l’humidité relative
doit être de 45+-5%.
1140. Les exigences climatiques pour le stockage des disques optiques sont
pareilles à celles des supports magnétiques. La conservation à basse température
ralentit le processus de vieillissement des supports. La fluctuation de l’humidité
relative ainsi que de la chaleur accélèrent les processus nocifs. L’humidité
relative au dessus de 60% facilite le développement des moisissures.
1141. Le soleil direct est dangereux pour les disques aussi. Il ne faut pas les
stocker en tas parce qu’ils peuvent se déformer. Leurs boites plastiques d’origine
les protègent de la déformation.
495
Actes de la Ve conférence du DLM-Forum « La gestion de l'information et des archives électroniques en
Europe : réalisations et nouvelles directions, Toulouse », Direction des Archives de France, décembre 2008,
p.64. [En ligne : [Link] Voir aussi : DELPIERRE (N.),
HIRAUX (F.) ET MIRGUET (F.), Les chantiers du numérique – Dématérialisation des archives et métiers
de l’archiviste, Louvain-la-Neuve 2012.
295
une nouvelle version qui assure la compatibilité ascendante avec au moins la
version précédente.
496
Il s’agit de l’une de recommandations du Projet InterPARES 2 pour la préservation à long terme de
l’authenticité des documents d’archives numériques. [En ligne : [Link]
296
1148. Bien que la notion de contenu stable soit plutôt simple, celle de la forme
fixe est plus complexe. Essentiellement, il signifie que le message communiqué
par un document d’archives numérique (ou un autre objet numérique) peut
s’afficher à l’écran dans la même présentation documentaire que celle qu’il avait
lors de son élaboration ou de sa réception et de son enregistrement initial.
A. La technique de Migration
1. Contexte et notion.
497
JOLY-PASSANT (E.), Op. cit., p.482 s.
297
par le bais d'opérations d'archivage et de "migrations" régulières sur des supports
appropriés.
1156. Cette technique de migration est mise en œuvre chaque fois que la
technologie change. Alors nous effectuons les changements d’environnement
informatique nécessaires pour rendre le document re-accessible. Puisque les
formats changent, il faut opérer la migration de temps en temps.
1157. La preuve de succès de la technique de migration est témoignée par le fait
que la plupart des services d’archives qui pratiquent l’archivage électronique ont
choisi la technique de migration sur l’ensemble de leurs données numériques.
498
Catherine Lupovici, Les stratégies de gestion et de conservation préventive des documents électroniques,
Bibliothèque Nationale de France, BBF 2000 - Paris, t. 45, n° 4.
298
tacite de la loi pour admettre la mise en en œuvre de la technique de migration
afin de maintenir les documents juridiques dans le temps.
1162. Cela signifie que chaque fois que nous effectuons une migration sur des
données pré-migrées, cette répétition menace la sécurité des documents ; c’est la
raison pour laquelle il est fortement conseillé d’y procéder le plus rarement
possible, en intercalant de longs intervalles.
1163. Il est aussi recommandé de vérifier de temps en temps les documents déjà
migrés et, comme dans le long terme l’environnement informatique change, de
nouvelles migrations seront inévitables. Elles devront intervenir par périodes
499
D’après une définition courante, les métadonnées sont des données sur des données (documents). Dans le
monde numérique, leur rôle s’est considérablement accru parce que dans la plupart des cas, les éléments
constitutifs du document apparaissent comme des métadonnées : on se réfère au support par m métadonnées
techniques, l’identifiant est une métadonnée et naturellement on décrit par métadonnées la structure et le
contexte. Elles sont accolées aux documents natifs comme aux images scannées. Les métadonnées
techniques étant indispensable à l’entretien et à la migration, il faut ainsi surveiller quels sont et ou se
trouvent les fichiers ayant des formats menacés d’obsolescence. Voir JOLY-PASSANT (E.), Op. cit., p.123
s.
299
déterminées, par exemple tous les dix ans, ou avant le changement du système
d’exploitation.
1165. Il convient aussi de signaler que le choix du format est essentiel, car si
nous utilisons des formats durables, la nécessité de migration arrivera plus
rarement.
B. Méthode de l’émulation
500
Voir aussi [Link] ainsi que David
HOLDSWORTH, Installment on “Preservation Strategies on Digital Libraries” (DCC Digital Curation
Manual 2007) p. 12-13. Plusieurs services d’archives possèdent parallèlement : 1. Les fichiers originels 2.
Les fichiers de préservation ; 3. Les fichiers de communication. La conservation des fichiers originels sert à
la sécurité parce que si la conversion rate, on peut répéter l’opération. C’est la politique des Archives
nationales du Royaume Uni et le projet CEDAR recommande la même méthode.
501
[Link], The digital recordkeeping system : inventory, information layers, and decision-making model
as point departure, in Project DAVID, [Link] p. 12.
300
1169. L’émulation consiste à émuler un environnement informatique différent de
la plate-forme sur laquelle se fait l’émulation. Par exemple, nous pouvons
imaginer d’émuler un Macintosh d’une certaine version sur un PC avec Windows
NT, de manière à pouvoir utiliser un cédérom initialement publié pour Macintosh
seulement.
1170. C’est comme si nous voulons maintenir un poisson en vie en lui faisant
sortir de l’eau. Pour garder le poisson en vie, il faut le mettre dans un aquarium de
taille décente, rempli d’eau afin de lui procurer un environnement semblable au
sien pour pouvoir survivre le monde externe.
502
Il faut distinguer entre l’émulation et la simulation. Il faut voir dans l'émulation une imitation du
comportement physique d'un matériel par un logiciel, et ne pas la confondre avec la simulation, laquelle vise
à imiter un modèle abstrait. L'émulateur reproduit le comportement d'un modèle dont toutes
les variables sont connues, alors que le simulateur tente de reproduire un modèle mais en devant extrapoler
une partie des variables qui lui sont inconnues (exemple : la simulation du comportement d'un trou noir).
301
1175. La technique de l’émulation appliquée à la préservation à long terme des
ressources électroniques signifie que nous cherchons à définir une méthode qui va
permettre d’émuler des systèmes informatiques obsolètes sur les systèmes encore
inconnus du futur.
1178. Selon ses partisans dont la plupart sont des informaticiens, en ayant
recours à l’émulation nous pouvons éliminer les inconvénients de la migration,
par exemple le changement de la forme des documents, la détérioration de
l’authenticité et de l’utilisabilité, et les pertes accumulées qui résultent des
conversions consécutives dans le long terme.
503
Catherine Lupovici, Les stratégies de gestion et de conservation préventive des documents électroniques,
BBF 2000 Paris, t.45, n.4. p.4
504
Jeff Rothenberg donne un bon résumé sur l’émulation (bien qu’il manqué d’objectivité) dans ‘Avoiding
Technological Qicksand: Finding a Viable Foundation for Digital Preservation’ (Council on Library and
Information Resources, Washington 1999).
302
1179. Tout cela est vrai, et pourtant les centres d’archives hésitent toujours à
appliquer l’émulation. Ils estiment que le système d’émulation présente aussi
certains inconvénients qui ne peuvent pas passer inaperçus. Les inconvénients
éventuels de l’émulation sont les suivants :
- Apprendre à utiliser les logiciels d’application originels dont le nombre
augmente sans cesse peut causer de grandes difficultés aussi bien aux archivistes
qu’aux chercheurs.
- En quelques décennies, un service d’archives peut accumuler plusieurs centaines
de logiciels.
- A cause du changement continu de l’environnement du matériel et du logiciel, il
faut produire de plus en plus d’émulateurs qui a leur tour doivent être
renouvelés encore et encore à la suite des changements intervenus.
- Les logiciels propriétaires impliquent souvent une redevance de licence qui peut
couter très cher en cas d’accumulation
- Les nombreux agrégats de données distincts, traités par autant de logiciels
rendent difficile de développer un système de recherche unifié et compliquent
l’accès aux données par l’Internet.
1180. Malgré ces arguments, il ne faut pas exclure l’émulation de la vie de centre
d’archivage, parce que certains documents électroniques peuvent avoir des
fonctions importantes qui ne peuvent être conservées par migration mais
seulement par émulation.
1181. D’ailleurs, les inconvénients cités dessus ne sont pas bien graves et ne
touchent pas à l’utilisabilité et l’intégrité des documents faisant l’objet de
l’émulation. D’après le professeur canadien David Bearman, ‘sont à conserver les
dossiers et pas les fonctions du système informatique ; il ne faut pas confondre
dossier et information505’. Cette phrase illustre les craintes évoquées par les
archivistes que sauvegarder l’utilisabilité ne signifie pas un avantage en soi, parce
que dans les systèmes de gestion des documents des producteurs, il y a des
fonctions (par exemple enregistrer, modifier et effacer des données, interrogations
505
Cité par Stewart GRANGER, “Emulation as a Digital Preservation Strategy” in D-Lib Magazine,
Octobre 2000, vol.6. No. 10. [En ligne : [Link]
303
relatives à certaines procédures) qui sont inutiles, voire indésirables pour les
archives.
1182. Il y a aussi des projets d’émulation qui ont connu beaucoup de réussite,
nous citons par exemple le Global Access to Emulation Services (GRATE)
développé par l’Université de Fribourg-en-Brisgau en Allemagne dans le cadre
du projet européen PLANETS, l’émulateur Dioscuri506, développé sous la
direction des spécialistes hollandais pour PC de x86 ou encore les résultats et les
outils du projet KEEP (Keeping Emulation Environment Portable) financé par
l’Union européenne.
506
[En ligne : [Link] [Link]
D7_GRATE.pdf].
304
CONCLUSION DU CHAPITRE II
1184. La possession est une notion du droit des biens, un aspect estimé inhérent
au document papier, dont l’équivalent électronique ne pourrait pas se prévaloir.
Cependant, La dématérialisation de la possession en application de la théorie
corpore alieno permet au possesseur de se séparer matériellement de son bien au
profit d’un autre ; ce détachement de la chose ouvre la voie vers l’utilisation du
‘document transférable électronique’ en tant que possession corpore alieno.
305
1188. Suite à l’exécution du ‘document transférable électronique’, nous avons
recours au système d’archivage pour sauvegarder le document dans un
environnement informatique. Cette conservation pérenne du document
électronique est assurée par un logiciel ‘retro-compatible’, un support physique
(CD, DVD) et des systèmes de conversion appropriés pour préserver l’intégrité
du document électronique dans le temps (i.e. Migration et émulation).
306
CONCLUSION
DE LA DEUXIÈME PARTIE
1190. D’une part, la notion de l’unicité qui caractérise le document papier est
traitée dans l’environnement informatique sous l’angle de l’unicité technique ; un
document électronique doit d’abord satisfaire à l’exigence de l’originalité décrite
comme nous l’avons vu à l’article 8 de la Loi type de la CNUDCI. L’unicité
technique est soutenue par le recours à un exemplaire faisant foi.
307
CONCLUSION GÉNÉRALE
308
informationnels qui peuvent être exploités au bénéfice des entreprises et des
établissements financiers. Ces différents risques d'atteintes à la vie privée se sont
considérablement accrus avec le développement de ces techniques. Ils
augmentent même d'un cran à chaque avancée technologique. À tel point que la
réglementation a dû s'adapter elle aussi par phases508.
1198. Un autre défi technologique est marqué par l’augmentation des demandes
d’utilisation des services Cloud computing. Il est clair que l'Union européenne
s'intéresse depuis quelques années au Cloud computing ou "informatique en
nuage", dont les contours restent encore insaisissables509. S’agissant d’un mode
d'externalisation de données dématérialisées par le biais d'Internet, le cloud
computing prend des formes variées selon les offres proposées par les opérateurs
(hébergement, fourniture de plateforme, logiciel en ligne,...). Il s’agit dés lors
d’appréhender sinon de canaliser l’activité des opérateurs du Cloud. C’est assez
difficile car il s’agit d’intervenants privés, qui agissent dans le cadre d’une
activité privée et contractuelle.
1199. Un premier constat, les institutions financières ont recours aux services
Cloud computing pour la gestion des "documents transférables électroniques", ce
qui peut entraîner divers problèmes comme ceux relatifs, à la détermination des
qualifications des prestataires de service Cloud, à la protection des données
personnelles et à la localisation des données lorsque les serveurs sont à l’étranger.
Il n’existe pas de législations qui viseraient à réglementer le cloud. Chaque
prestataire offre des services particuliers aux entreprises, et l’accès au cloud est
purement contractuel sans qu’il y ait d’uniformité dans les contrats de gestion de
données ; ce qui pose problème aux entreprises c’est la localisation des
Datacenter où sont conservés leurs données, la surveillance électronique des
données par les État a focalisé à juste titre l’attention des entreprises sur la
sécurisation de l’accès à leurs informations.
508
V. sur l'importance de ces données dans le cadre de leur réexploitation par le Big Data, M. Lanna, Le
quantified-self, nouveau moteur du big data et menace pour la vie privée : LPA 12 mai 2016, n° 95, p. 6
509
B. Fauvarque-Cosson et C. Zolynski, Le cloud computing, L'informatique en nuage : SLC 2014. - E.
Sordet et R. Milchior, La définition des contours juridiques du cloud computing : Comm. com. électr. 2012,
étude 18 ; Le cloud computing, un objet juridique non identifié : Comm. com. électr. 2011, étude 20 ;
Dossier spécial "Contrats et cloud computing" : RLDI 2013, n° 98.
309
1200. Un deuxième constat: dans le domaine juridique, les contrats électroniques
aussi bien que les instruments financiers électroniques ne constituent pas une
nouvelle catégorie de contrats ou d’instruments financiers. Ce sont des actes
classiques comme les contrats de vente, service, mandat ou bien des chèques,
des lettres de change ou des billets à ordre passés par voie électronique. Ils
peuvent être soit exécutés en ligne soit en dehors du réseau. Mais à la différence
des contrats ou instruments financiers manuscrits, les documents informatiques
tiennent leur spécificité, de la technicité de la matière et de l’influence du droit
d’auteur protégeant les logiciels ; d’autre part leur originalité se manifeste
surtout lors de leur formation et de l’immatérialité du moyen par lequel ils sont
conclus et exécutés.
1204. Sur le plan organisationnel, les documents électroniques sont confiés aux
prestataires qualifiés de services de confiance dont la mission est d’assurer
l’intégrité de toutes données électroniques à leur disposition et garantir l’unicité
du ‘document transférable électronique’.
1205. Du point de vue juridique, au fil des années 2000, La CNUDCI a entamé
de nombreux débats dédiés à l’étude des aspects juridiques du commerce
électronique et à l’étude des ‘documents transférables électroniques’ ; les groupes
310
de travail au sein de la commission ont visé l’élaboration des règles modernes,
équitables et harmonisées régissant les ‘documents transférables électroniques’ et
le commerce électronique en général ; car les lois nationales qui transposaient la
directive 1999/93/CE dans les législations des différents Etats membres étaient
diverses et variées au sein du marché unique, et les exigences techniques
différaient d’un pays à l’autre et d’un service à l’autre, et cette absence
d’uniformisation nuisait à l’instauration de la confiance dans l’économie
numérique510.
510
Résumé de l'analyse d'impact accompagnant la proposition de règlement du parlement européen et du
conseil sur l'identification électronique et les services de confiance pour les transactions électroniques au
sein du marché intérieur, p. 8.
511
« L’adoption d’une directive ne permettrait pas de résoudre les problèmes actuels d’interopérabilité dans
le domaine des signature électronique, dus à des divergences dans la transposition de la directive
1999/93/CE. En revanche, un règlement qui est directement applicable sans interprétation, garantit une
meilleure harmonisation et est par conséquent approprié pour atteindre les objectifs de la législation
proposée ». Voir aussi supra n°138 s.
311
œuvre permettent de garantir la sécurité et la confidentialité des données traitées
pour le compte des usagers.
1208. Comme le disait Jean Giraudoux : « Nous savons tous ici que le droit est la
plus puissante des écoles de l’imagination. Jamais poète n’a interprété la nature
aussi librement qu’un juriste la réalité ». L’évolution des techniques contraint
effectivement le juriste à faire preuve d’imagination et de souplesse pour
s’adapter aux changements dans la société de l’information.
312
BIBLIOGRAPHIES
I. OUVRAGES GÉNÉRAUX
BONHOMME (R.)
- Instruments de Crédit et de Paiement, 10e éd. L.G.D.J – 2013
GAUTIER (p.-v) :
GUEVEL (D.)
HILAIRE (J.)
313
PIEDELIEVRE (S.)
- Traité de droit commercial : LGDJ, 16e éd. 2000, t. 2, par Delebecque et Germain, n°
1912.
SCHULTZ (Th.)
- Réguler le commerce électronique par la résolution des litiges en ligne : une approche
critique, LGDJ, Bruylant, 2005.
STOUFFLET (J.)
THIEFFRY (P.)
314
II. OUVRAGES SPÉCIAUX ET MONOGRAPHIES ET THÈSES
A. OUVRAGES SPÉCIAUX
CAPRIOLI (E.):
JOLY-PASSANT (E.)
MALLET-POUJOL (N.)
STUBBS (E.)
Vladimir O. SAFONOV
- Trustworthy Cloud Computing, Edition John Wiley and Sons, Février 2016.
315
B. THÈSES
BAYALOVITCH (L.) :
BOURGEOS (C.) :
CACHARD (O) :
- La régulation internationale du marché électronique, LGDJ, Bibl. dr. Pr., 2002, préf.
Ph. FOUCHARD.
DAURIAIS (I.) :
GAUTRAIS (V.) :
GRAHAM J.-A :
- Les aspects internationaux des contrats conclus et exécutés dans l’espace virtuel, Paris
I, 2001.
LABARTHE (F.)
- La notion de document contractuel, LGDJ, Bibl. dr. Pr., 1994, préf. J. GHESTIN.
ABALEA (Th.) :
- « La signature électronique en France, état des lieux et perspectives », Recueil Dalloz
2001 p.2835, Éd. 2011.
de LA PRESLE (A.) :
- « L’administration et l’Echange de Données Informatisé (EDI) », AJDA 1992 p.707,
Éditions Dalloz.
- « l’Etat et la reconnaissance juridique des transactions effectuées par échanges de
données informatisées. Du document électronique à la dématérialisation », RFDA 1992
p.700-708, Éd. Dalloz 2011.
316
ANTOINE (M.) GOBERT (D.) et SALAUN (A.) :
- « La signature électronique par cryptographie à clé publique », JCP éd. E, 2003, n◦4,
146, p.164.
AUVRET (P.)
- « Fasc. 4860: Application de la loi de 1881 à la communication en ligne », Publicité
des délits de presse, 15 Mars 2006.
BATELOT (B.)
- « Big data et privacy : comment concilier nouveaux modèles d'affaires et droits des
utilisateurs », LPA 18 août 2014, n° 164, p. 8.
BERNERS-LEE (Tim)
- Weaving the Web, HarperSanFrancisco, 1999 (ISBN 978-0-06-251587-2)
- "What is web 2.0", 30 septembre 2005.
[Link]
BISMUTH (Y.)
BITAN (H.) :
317
BLANC-JOUVAN (G.)
- « Fasc. 321 : Fourniture d’un logiciel ou d’un progiciel», LexisNexis, 20 Avril 2009,
n°17 et s.
BOURETZ (E.)
BOURGEOS-BONNARDOT (C.)
- « Fasc. 2750 : Régime Juridique des Archives », 27 Avril 2010, date de la dernière
mise à jour : 28 Août 2014, JurisClasseur Communication.
BOUTEILLER (P.)
- « Fasc. 765 : Gage Warrant », 6 Avril 2016, JurisClasseur Banque - Crédit – Bourse
BOYADJIAN (J.)
- « La science politique face aux enjeux du « big data » et de la protection des données
personnelles sur internet », RD pub. 2016, n° 1, p. 7.
CACHARD (O.) :
CAPRIOLI (E.) :
- « Ecrit et preuve électronique dans la loi n◦2000-230 du 13 mars 2000 », JCP éd. E,
2000, suppl. n◦30, p.2.
- « La validité du contrat par voie électronique dans le projet de la loi pour la confiance
dans l’économie numérique », Journal des sociétés, décembre 2003, n◦5, p.4, La revue
de l’Avocat Conseil d’Entreprises, n◦86, 2003.
318
- « Le crédit documentaire face aux technologies de l’information », Revue de Droit
bancaire et financier n.1, janvier 2008, dossier 6 – Le crédit documentaire en 2008 –
LexisNexis SA.
CATALA (P.) :
COSTES (L.) :
COUTENIER
DELBECQUE (Ph.)
DESCHANEL (J.-P.)
- « Fasc. 440 : Lettre de change relevé (LCR) Billet à ordre relevé », jurisClasseur
Banque - Crédit – Bourse, 15 Juillet 1999, mise à jour le 27 Novembre 2015.
DOUVRELEUR (O.)
DROSS (W.)
319
FAUCHOUX (V.) et DEPREZ (P.)
FERAL-SCHUHL (C.)
GABRIEL (H.)
de GAUDEMAR (H)
GAUTRAIS (V.) :
- « Afin d’y croire – Guide relatif a la gestion des documents technologiques », Edition
Fondation du Barreau du Québec, Novembre 2005.
[En ligne: [Link]
GIBIRILA (D.)
- « Fasc. 760 : Suretés Portant sur des Biens », JurisClasseur Banque - Crédit – Bourse,
1er Août 2008, date de la dernière mise à jour : 27 Mai 2014. © LexisNexis SA.
GOBERT (D.)
- « L’ouverture de la preuve littérale aux écrits sous forme électronique », Journal des
Tribunaux, 2001, N◦115, p.117.
320
GRYNBAUM (L.) :
HARICHAUX (M.)
HOVASSE (H.)
- « Fasc. 2030 : Warrants financiers », JurisClasseur Banque - Crédit – Bourse, 1er Août
2012.
HUET (J.) :
- « Encore une modification du Code civil pour adapter le droit des contrats à
l'électronique », JCP G 2004, I, 178.
HUON (PH.)
321
LANNA (M.)
- « Le quantified-self, nouveau moteur du big data et menace pour la vie privée », LPA
12 mai 2016, n° 95, p. 6.
LASSALAS (CH.)
- « Fasc. 550 : Escompte », 1er Janvier 2016, JurisClasseur Banque - Crédit – Bourse.
LIKILIMBA (Guy-Auguste)
LUBY (M.)
MARINO (L.)
- « Notre vie privée : des little data aux big data, Le secret dans la vie des personnes »,
in Le secret à l'ère de la transparence : JCP E 2012, suppl. n° 47, p. 14.
- « Le big data bouscule le droit », RLDI déc. 2013, n° 3300.
MATHIAS (J.-D.) :
PASSANT (E.) :
- « Le décret du 31 mars 2001 pris pour l’application de l’article 1316-4 du code civil et
relatif à la signature électronique », Cahier Lamy Droit de l’informatique et des
réseaux, juin 2001, n◦137, p.2.
322
LUPOVICI (C.)
MOULY-GUILLEMAUD
PERRAY (R.)
PIETTE-COUDOL (Th.) :
PIRONON (V.)
POIDEVIN (B.) :
- « Le cadre juridique de la certification », 1er sept. 2002, disponible en ligne sur le site
[Link] p. 1 et 2.
RAYNOUARD (A.) :
- « Le droit de l’écrit électronique », Les Petites Affiches, 1 avr. 2001, n◦65, p.15.
323
RENARD (I.):
ROCHFELD (J.)
- « Accomplissement de certaines formalités contractuelles par voie électronique –
Ordonnance n. 2005-674 du 16 juin 2005 », (JO 17 juin 2005, p. 10342), RTD Civ.
2005 p. 843, Éd. Dalloz 2011.
- « La loi n. 2004-575 du 21 juin 2004 pour la confiance en l’économie numérique »,
(JO 22 juin 2004, p. 11168), RTD Civ. 2004 p.574, Éditions Dalloz.
- « Loi n. 2000-230 du 13 mars 2000 portant adaptation du droit de la preuve aux
technologies de l’information et relative à la signature électronique », (JO 14 mars
2000, p. 3968), RTP Civ. 2000 p. 423, Éd. Dalloz 2011.
ROBLOT (R.)
- « Fasc. 425 : Lettre de Change – Acceptation », JCP, 2 Juin 2014 © LexisNexis SA.
SCHAPIRA ET LEBEN
- Le droit international des affaires : PUF, 5e éd. 1996, Coll. Que sais-je ?, n° 1465
SCHWERER (F.) :
SEDALLIAN (V.) :
SEUBE (E.) :
324
SOSINSKY (B.)
- Cloud Computing Bible, John Wiley & Sons, January 11, 2011, p.17 et s.
SOUSI (B.)
STOUFFLET (J.)
SCHVIKA
THOMAS (V.)
TRÉBULLE (F.-G.) :
325
VAN OVERSTRAETEN (T.) :
VASSEUR (M.)
VIVANT (M.) :
- « Un projet de loi sur la preuve pour la société de l’information », Cahier Lamy Droit
de l’Informatique et des réseaux, 1999. Bulletin d’actualité, 1999, Fascicule E, n°117,
p.9.
WARUSFEL (G.) :
WERY (E.) :
STUBBS (E.) :
ZOLA (M.) :
326
IV. CHRONIQUES
327
V. Conventions Internationales et Législations nationales et internationales.
A. Conventions Internationales
- Convention portant loi uniforme sur les lettres de change et billets à ordre,
Genève, 7 juin 1930. [En ligne : [Link]
- Convention des Nations Unies sur les lettres de change internationales et les
billets à ordre internationaux, Publication des Nations Unies, New York, 1988.
- Convention portant loi uniforme sur les lettres de change et billets à ordre
(Convention de Genève), Genève, 7 juin 1930.
328
caractère personnel et à la libre circulation de ces données. [En ligne :
[Link]
329
B. Législations Nationales
Lois
- Loi n° 2004-575 du 21 juin 2004 pour la confiance dans l'économie numérique (1),
version consolidée au 15 novembre 2016. [En ligne :
[Link]
- Loi n° 2005-102 du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances, la
participation et la citoyenneté des personnes handicapées. Journal Officiel 16 Mai
2009.
- Loi n°91-646 du 10 juillet 1991 relative au secret des correspondances émises par
la voie des télécommunications, Journal Officiel 13 Juillet 1991.
Arrêtés
330
organismes qui procèdent à leur évaluation, JORF n°0094 du 21 avril 2011 page
7094.
Ordonnances
331
- Code de Commerce, version consolidée au 20 octobre 2016. [En ligne :
[Link]
Décrets
- Décret n° 2007-663 du 2 mai 2007 pris pour l’application des articles 30, 31 et 36
de la loi n° 2004-575 du 21 juin 2004 pour la confiance dans l’économie
numérique et relatif aux moyens et aux prestations de cryptologie, version
consolidée au 20 novembre 2016. [En ligne : [Link]
332
C. Législations Américaines
- Uniform Electronic Transactions Act (UETA) in 1999 - la Loi uniforme sur les
opérations électroniques de 1999 (UETA).
- US federal Electronic Signatures in Global and National Commerce Act, June 30,
2000.
- Com. 30 oct. 2012, nᵒ 11-23519, Bull. nᵒ 195; Gaz. Pal., 12 déc. 2012, chron. 12,
n. Dumont-Lefrand
- Com. 9 mars 1999, RTD com. 1999. 929, obs. Cabrillac; RDBF 1999. 94, obs.
Crédot et Gérard
- Com. 29 nov. 1994, Bull. nᵒ 353; RTD com. 1995. 173, obs. Cabrillac: tirage par le
cédant Dailly pour compte du cessionnaire, après notification de la cession; le tiré
accepteur peut être des lors oppose le défaut de provision au donneur d’ordre
(cessionnaire de la créance) qui n’a pas la qualité d’un tiers porteur.
- Com. 10 mars 1970, Bull. Civ. IV, nᵒ91 rejetant un pourvoi contre Paris, 24 janv.
1968, RTD com, 1969. 130, obs. Cabrillac et Rives-Lange.
- Com. 13 sept, 2011, nᵒ10-19963, Bull. nᵒ129; D. 2011, act. 2269, obs. Delpech;
JCP G 2011. 1046, obs. Lasserre Capedeville ; Banque et Dr. Nov. 2011, 15 obs.
Bonneau ; Gaz. Pal., 28 oct. 2011. 31, n. Houin-Bressand.
333
- Paris, 14e ch. B, 26 sept. 1997 : D. 1997, inf. Rap. O.221. – Paris 3e ch. C, 20 Janv.
1995: D. 1996, somm. P. 34, obs. Cabrillac).
- Com. 13 sept. 2011, nᵒ10-19.963, Bull. nᵒ 129; D. 2011. 2269, n. Delpech; JCP G
2011.1750, n. Lasserre Capdeville; Gaz. Pal., 28 oct. 2011. 31, n. Houin-
Bressand ; Banque et Dr. nov. 2011. 15, obs. Bonneau ; Dalloz actualité 22 Sept.
2011 ; RD bancaire et fin. Nov.-déc. 2011, obs. Crédot et Samin).
- Rennes, 1er ch. B, 14 déc. 2007, RG nᵒ 06/07107, Basle c/ Credit mutuel de Rohan
Réguiny, Juris-Data nᵒ 357288.
- T. com. Lyon, 9 févr. 1970 : Banque 1970, p. 816, obs. X. Marin ; RTD com. 1970,
p. 750, n° 1, obs. M. Cabrillac et J.-L. Rives-Lange.
- Com. 30 oct. 2012, nᵒ 11-23519, Bull. nᵒ 195; Gaz. Pal., 12 déc. 2012, chron. 12,
n. Dumont-Lefrand; Banque et Dr. Nov. 2012. 54, n. Jacob ; RLDA déc. 2012. 30,
n. Mauriès ; RTD com. 2013. 124, obs. Legeais.
- Com. 9 mai 1962, Bull. civ. III, nᵒ 247. Com. 7 nov. 1979, Gaz. Pal. 1980. 1.44,
note J.D.; RTD com. 1980. 115, obs. Cabrillac et Rives-Lange.
- Com. 29 juin 1983, Bull. civ. IV, nᵒ 198. Com. 13 mars 1985, Bull. civ. IV, nᵒ97;
D. 1985. IR. 418, obs. Cabrillac. Com. 7 oct. 1987, D. 1988. Somm. 51, obs.
Cabrillac.
- CA. Besancon, ch. Soc., 20 oct. 2000, Chalets Boisson c/Gros, Expertises févr.
2001. P.73, note Beaujard ; CCE janv. 2001, p.22, note Galloux ; JCP 2000, II,
10606, note Caprioli et Agosti – Confirmée par Civ. 2e, 30 avr. 2003, n.00-46.467,
[Link] II, n.118.
- Cass. 1er civ., 21 déc. 1964: Bull. civ. 1964, I, n° 589. - Cass. 3e civ., 8 mai 1969:
Bull. civ. 1969, III, n° 371.
- Cass. 1er civ., 7 févr. 1962: Bull. civ. 1962, I, n° 91. Dans ce sens, le fait d'avoir
pris certaines terres à bail n'interdit pas en principe au fermier de bénéficier de la
présomption édictée par l'article 2256 à propos de parcelles non comprises dans le
bail (CA Caen, 26 mai 1998, n° 9601948 : JurisData n° 1998-045926).
- Cass. 1er civ., 25 févr. 1963: Bull. civ. 1963, I, n° 119. - Cass. 3e civ., 18 mars 1970
: Bull. civ. 1970, III, n° 219.
334
- Cass. 3e civ., 18 déc. 2002, n° 01-12.143: JurisData n° 2002-017037; Bull. civ.
2002, III, n° 261 ; RTD civ. 2003, p. 319, obs. Th. Revet ; RTD civ. 2003, p. 327,
obs. P. Crocq
- [Link]
- [Link]
- [Link]
- [Link]
- [Link]
- [Link]
- [Link]
- [Link]
- [Link]
- [Link]
- [Link]
- [Link]
- [Link]
- [Link]
- [Link]
- [Link]
- [Link]
335
- [Link]
- [Link]
- [Link]
- [Link]
- [Link]
- [Link]
- [Link]
- [Link]
- [Link]
- [Link]
- [Link]
- [Link]
- [Link]
- [Link]
- htttp://[Link]
- [Link]
- [Link]
- [Link]
- [Link]
- [Link]
- [Link]
- [Link]
- [Link]
- [Link]
- [Link]
- [Link]
- [Link]
336
INDEX ALPHABETIQUE
A Internet .............................................................. 30 à 37
C
P
Certification ................................................... 196 à 200
Possession ...................................................... 261 à 270
Clause non à ordre ................................................... 116
Présomption de fiabilité ................................. 149 à 159
Cloud computing ........................................... 171 à 183
Prestataire de services de confiance ............... 200 à 221
Connaissement ........................................................... 18
Prestataire de services d'horodatage ............... 222 à 228
Conservation du document électronique ........ 277 à 304
Preuve légale ............................................................ 150
Cryptologie à clé publique ............................. 159 à 170
Preuve libre .............................................................. 150
Protection des données à caractère personnel .... 47 à 58
D
Désignation d’un exemplaire faisant foi ........ 248 à 257 R
Droit à la portabilité des données ........................ 56, 57
Récépissé d’entrepôt .................................................. 18
Droit à l'oubli ....................................................... 55, 56
Record management....................................... 285 à 287
Droit du Web ..................................................... 35 à 37
Référentiel Général de Sécurité ..................... 191 à 194
Référentiel général d'interopérabilité ....................... 194
E
Référentiels .................................................... 190 à 196
Echange de Données Informatisées ................ 14 et 137 Notion de la preuve .................................................. 149
Ecrit électronique........................................... 125 à 135 Régimes de la preuve ..................................... 150 à 155
Effets de commerce ........................................... 58 à 78 Registre .......................................................... 279 à 282
Emulation ...................................................... 300 à 304
Endossement ............................................ 62, 63, 82, 89
Exigence ad probationem ........................................ 154 S
Exigence ad validitem .............................................. 154
Services de cryptologie .................................. 159 à 170
Signature électronique ................................... 125 à 137
G
Soft law ...................................................................... 15
Gestion des droits numériques ....................... 253 à 257
Gestion électronique de documents ......................... 138 U
Unicité ........................................................... 240 à 247
I
Uniformisation des instruments de crédit ........... 75 à 78
Identifiant d’objet numérique ........................ 250 à 252
Identification des documents électroniques ... 142 à 144 V
Inopposabilité des exceptions ........................ 63, 64, 93
Valeur juridique de la signature numérique ... 155 à 159
Intégrité ......................................................... 235 à 240
Intelligence collective ................................................ 33
337
W Warrants avec dépossession ............................. 114, 115
Web 2.0 ...................................................................... 33
Warrant gage ................................................. 110 à 121
Web 3 ................................................................... 33, 34
Warrant sans dépossession ...................................... 114
338
Table des Matières
339
PARAGRAPHE 2 HARMONISATION DES LÉGISLATIONS RELATIVES AUX
EFFETS DE COMMERCE INTERNATIONAUX ............................................................ 58
I. L’EFFET DE COMMERCE EN DROIT INTERNE .......................................... 60
A. Notion de l’effet de commerce. ........................................................................... 60
B. Traits caractéristiques de l’effet de commerce .................................................... 62
1) La négociabilité/ transmissibilité des effets de commerce .............................. 62
2) Objet monétaire ............................................................................................... 65
3) Engagement de payer ...................................................................................... 65
4) Un engagement à court terme .......................................................................... 65
5) Usage de recevoir le titre en paiement............................................................. 66
II. L’EFFET DE COMMERCE EN DROIT INTERNATIONAL ET
L’UNIFICATION DES LÉGISLATIONS EN MATIÈRE DE LETTRES DE CHANGE
............................................................................................................................. 66
A. Les mouvements d’unification avant l’arrivée de la CNUDCI ........................... 70
B. Uniformisation des instruments de crédit : Convention CNUDCI ...................... 75
SECTION II ............................................................................................................................ 79
CONDITIONS DE VALIDITÉ DES ‘DOCUMENTS TRANSFÉRABLES
ÉLECTRONIQUES’ ............................................................................................................... 79
PARAGRAPHE I. INSTRUMENTS FINANCIERS DE MOBILISATION DE CRÉANCE
............................................................................................................................................. 80
LES LETTRES DE CHANGE ET LES BILLETS À ORDRE........................................... 80
(« LES INSTRUMENTS TRANSFÉRABLES ») .............................................................. 80
I. FORMATION DE LA LETTRE DE CHANGE ................................................. 80
A. Présentation générale de la lettre de change. ....................................................... 80
B. Les exigences de forme d’une lettre de change ................................................... 83
C. Les exigences de fond d’une lettre de change ..................................................... 92
II. FORMATION DU BILLET À ORDRE ........................................................... 104
A. Exigence de forme du billet à ordre .................................................................. 105
B. Exigences de fond du billet à ordre ................................................................... 108
PARAGRAPHE II : INSTRUMENTS FINANCIERS DE GARANTIE DE CRÉANCE :
WARRANTS ET LES RÉCEIPISSÉS D’ENTREPÔT .................................................... 110
(« LES DOCUMENTS TITRES ») ................................................................................... 110
I. Notion de warrant-gage. .................................................................................... 110
II. Formes de Warrant-gage ................................................................................... 113
A. Warrant avec dépossession ................................................................................ 114
B. Warrant sans dépossession ................................................................................ 114
III. Conditions de validité de warrant-gage ............................................................. 115
340
A. Conditions de forme .......................................................................................... 115
B. Conditions de fond. ........................................................................................... 118
CHAPITRE II - LA CONCLUSION DU ‘DOCUMENT TRANSFÉRABLE ÉLECTRONIQUE’
................................................................................................................................................... 123
SECTION I : LA SIGNATURE ÉLECTRONIQUE : LE SUPPORT .................................. 125
PARAGRAPHE I : CONSÉCRATION DE LA SIGNATURE CRYPTOGRAPHIQUE
COMME ÉQUIVALENT DE LA SIGNATURE MANUSCRITE .................................. 125
I. Défis de la sécurisation des actes électroniques ................................................ 125
A. Notion d’écrit électronique ................................................................................ 125
B. La dématérialisation de l’écrit ........................................................................... 127
II. Présentation de la signature et des systèmes de gestion des documents
électronique ................................................................................................................... 136
A. Notion de signature électronique. ...................................................................... 136
B. Système de gestion des documents électroniques ( GED) : L’échange de Données
Informatisées ‘EDI’ (GED) ....................................................................................... 137
C. Gestion Electronique de Documents (GED) vs. Bigdata .................................. 139
III. La confiance dans le document électronique ..................................................... 141
A. Identification des documents électroniques ................................................... 142
B. Authentification des documents électroniques .............................................. 145
Authentification simple : ......................................................................... 148
Authentification forte : ............................................................................ 148
IV. LES RÈGLES DE LA PREUVE ET LA PRÉSOMPTION DE FIABILITÉ DE
LA SIGNATURE ÉLECTRONIQUE ........................................................................... 149
A. Notion de la preuve. .......................................................................................... 149
B. Régimes de la preuve. ....................................................................................... 150
C. La valeur juridique de la signature numérique .................................................. 155
PARAGRAPHE II : MÉCANISMES DE LA CRYPTOLOGIE .................................. 159
I. Mécanisme de la cryptologie à clé publique - Cryptographie de la signature
électronique ............................................................................................................... 159
A. Contexte des services de cryptologie............................................................. 159
B. Régime juridique de la cryptologie ............................................................... 164
1) Services de cryptologie en droit français ................................................... 164
2) Services de cryptologie en droit européen ................................................. 167
II. Nouveaux produits et services informatiques de sécurité des données
électroniques .............................................................................................................. 171
« L’informatique en nuages ou Cloud computing » .................................................. 171
1. Contexte historique du Cloud computing ...................................................... 173
341
2. Notion de Cloud computing : ........................................................................ 174
3. Types de Cloud computing ............................................................................ 179
4. Modèles de déploiement ................................................................................ 182
SECTION II : LES PRESTATAIRES DANS LE SERVICE DE CONFIANCE : LES
GARANTS DE LA SIGNATURE ........................................................................................ 184
PARAGRAPHE I PRÉSENTATION DES PRESTATAIRES DE SERVICE DE
CONFIANCE .................................................................................................................... 185
I. Qualification des prestataires de service de confiance ...................................... 186
A. Notion des prestataires de service de confiance ................................................ 186
B. Les aspects caractéristiques du prestataire de confiance. .................................. 187
II. PROCÉDURE DE CONTRÔLE ET DE CONFORMITÉ DANS LE CADRE
DES PRESTATAIRES DE SERVICES DE CONFIANCE ......................................... 189
A. Le système de référentiels ................................................................................. 190
a) Référentiel Général de Sécurité (RGS) ......................................................... 191
i. Contexte....................................................................................................... 191
ii. Champ d’application du RGS. .................................................................... 192
iii. Fonctions du RGS ...................................................................................... 193
b) Référentiel général d'interopérabilité (RGI) .................................................. 194
c) Référentiel général d'accessibilité des administrations (RGAA)................... 195
B. Le système de certification ................................................................................ 196
1) Notion de certification. .................................................................................. 196
2) Procédure de certification .............................................................................. 198
Evaluation de la sécurité du produit ou du système en vue de la certification. .
..................................................................................................................... 198
La certification du système de sécurité. ....................................................... 199
PARAGRAPHE II/ RÉGIME JURIDIQUE DES PRESTATAIRES DE SERVICES DE
CONFIANCE .................................................................................................................... 200
A. Statut juridique des services de confiance ......................................................... 200
1. Présentation du système juridique gouvernant les services de confiance en
Europe ....................................................................................................................... 200
a) La reforme européenne en matière d’identification électronique et services de
confiance ............................................................................................................... 200
b) Le label de confiance de l’Union pour les services de confiance qualifiés ... 202
2. Les Conditions préalables à l’utilisation de services qualifiés .......................... 203
a) L’interopérabilité, un préalable à la reconnaissance mutuelle des Etats
membres ................................................................................................................ 203
b) Procédure d’autorisation préalable et la demande de qualification. .............. 204
B. Système de responsabilité des prestataires de services de confiance. ............... 207
342
1. Services «qualifiés» Vs. «non qualifiés»........................................................... 207
a) Libre choix de services «qualifiés» ou «non qualifiés» par le prestataire de
services .................................................................................................................. 207
b) Les clauses de présomptions (ou d’assimilation) dans les services «qualifiés»
209
2. Les engagements juridiques des prestataires de services de confiance qualifiés ....
........................................................................................................................... 211
a) Obligations des prestataires de services de confiance qualifiés .................... 211
i. Obligation de l’information et le compte rendu auprès de l’ANSSI. .......... 211
ii. Assurer la fiabilité des systèmes utilisés pour le stockage des données ..... 211
iii. Rôle de « Risk Assessment » (Analyse de Risques) ................................. 212
iv. Gestion des incidents « Incident management » ....................................... 213
v. Langue des documents utilisés par le prestataire de services de confiance.213
3. Régime de la révocation et la suspension des certificats qualifiés en cas d’atteinte
à la sécurité ................................................................................................................ 213
b) Responsabilité du prestataire de services de confiance et la charge de la preuve
....................................................................................................................... 215
i. Principe de la responsabilité des prestataires de services de confiance....... 215
ii. Dérogation à la règle et limitation contractuelle de la responsabilité des
prestataires de services de confiance ................................................................. 220
PARAGRAPHE III LES PRESTATAIRES DE SERVICES D’HORODATAGE
ÉLECTRONIQUE (PSHE) ............................................................................................... 222
I. Notion des services d’horodatages électroniques. ............................................. 223
II. Qualification des services d’horodatages électroniques. ................................... 224
III. Le cadre juridique et la reconnaissance des services d’horodatages électroniques.
........................................................................................................................... 225
DEUXIEME PARTIE - L’EXÉCUTION DU ‘DOCUMENT TRANSFÉRABLE
ÉLECTRONIQUE’ DANS L’ENVIRONNEMENT INFORMATIQUE .............................. 231
CHAPITRE 1 ............................................................................................................................ 233
ÉQUIVALENCE FONCTIONNELLE DE ............................................................................... 233
L’ « UNICITÉ » ........................................................................................................................ 233
(UNICITÉ ET SINGULARITÉ D’UN ‘DOCUMENT TRANSFÉRABLE ÉLECTRONIQUE’)
................................................................................................................................................... 233
SECTION 1 - L’UNICITÉ TECHNIQUE DES DOCUMENTS ELECTRONIQUES ........ 235
PARAPRAPHE 1 – L’INTÉGRITÉ, UN CRITÈRE ESSENTIEL POUR INSTAURER LA
CONFIANCE NUMÉRIQUE. .......................................................................................... 235
Débat terminologique et termes connexes : « unicité », « intégrité » et « fiabilité » .... 235
PARAGRAPHE 2 – L’UNICITÉ, NOTION GARANTISSANT LA CONFIANCE
NUMÉRIQUE ................................................................................................................... 240
343
SECTION 2 – LA SÉCURISATION DE L’USAGE PAR LA DÉSIGNATION D’UN
EXEMPLAIRE FAISANT FOI. ........................................................................................... 248
PARAGRAPHE I : DÉSIGNATION D’UN EXEMPLAIRE REPOSANT SUR LA
CONSÉRVATION DANS UN SYSTÈME SECRURISÉ SPÉCIFIQUE. ....................... 249
PARAGRAPHE II : DÉSIGNATION D’UN EXEMPLAIRE REPOSANT SUR UN
CONTENU VÉRIFIABLE ET TRACABLE .................................................................... 250
I. L’identifiant d’objet numérique (DOI – « Digital Object Identifier») .............. 250
II. La gestion des droits numériques (DRM « Digital Rights Management») ....... 253
CHAPITRE 2 - L’ÉQUIVALENCE FONCTIONNELLE DE LA POSSESSION MATERIELLE
................................................................................................................................................... 259
SECTION 1 – LE CRITÈRE DU CONTROLE COMME SUBSTITUT DE LA
POSSESSION MATERIELLE ............................................................................................. 261
PARAGRAPHE I – L’APPLICATION DE LA "POSSESSION" NOTION DE DROIT
PRIVÉ ............................................................................................................................... 261
I. L’inadéquation de la notion classique de "possession" de droit des biens aux
biens immatériels........................................................................................................... 261
A. Notion de la possession ..................................................................................... 261
B. Éléments constitutifs de la possession en droit des biens .................................. 263
II. La dématérialisation de la possession : une voie inefficace .............................. 266
PARAGRAPHE II – LE "CONTROLE" SUBSTITUT DE LA POSSESSION ............... 271
SECTION 2 – IDENTIFICATION DU PORTEUR DU ‘DOCUMENT TRANSFÉRABLE
ÉLECTRONIQUE’ ............................................................................................................... 277
PARAGRAPHE I – CONSERVATION FIABLE DU DOCUMENT ÉLECTRONIQUE
........................................................................................................................................... 277
I. Principales approches établissant l’identité de la personne exerçant le contrôle
278
A. Le modèle du support. ....................................................................................... 278
B. Le modèle du registre. ....................................................................................... 279
C. Personne exerçant le contrôle, définie en tant que personne disposant d’un accès
exclusif. ..................................................................................................................... 282
II. L’archivage électronique et la fonction de ‘tiers archiveur’.............................. 283
A. Contexte historique de l’archivage électronique ............................................... 283
B. L’archivage électronique et le Record Management ......................................... 285
PARAGRAPHE II : CONSERVATION PÉRENNE DU DOCUMENT ÉLECTRONIQUE
........................................................................................................................................... 288
I. Aperçu historique du défi de la conservation des documents électronique dans le
temps ........................................................................................................................... 288
II. Méthodes de conservation pérenne des documents électronique basées sur le
choix de l’application logiciel et le support informatique. ............................................ 290
344
A. Choix du matériel informatique procurant un accès facile aux documents
électroniques au fil du temps ..................................................................................... 290
B. Préservation des supports physiques des documents électronique .................... 292
III. Rafraichissement des supports et les systèmes de conversion........................... 296
A. La technique de Migration................................................................................. 297
1. Contexte et notion.......................................................................................... 297
2. Les défis relevant de l’opération de migration .............................................. 299
B. Méthode de l’émulation..................................................................................... 300
345
Résumé
L’intérêt de la présente recherche est d'étudier d’une manière générale les communications
électroniques dans le commerce international, et puis à titre particulier d’interpeler les
nouveaux défis qui relèveraient de l’utilisation des "documents transférables
électroniques", en réfléchissant sur les différentes approches et les méthodes à adopter afin
de remédier aux éventuelles déficiences technologiques, identifier puis combler les
lacunes juridiques qui se révéler lors de ces échanges.
Il s’agirait donc d’une enquête sur les questions juridiques liées à la création, à l’utilisation
et à l’exécution du "document transférable électronique" ; il s’agit d’un terme crée par la
CNUDCI, ce qui renvoie d’une manière générale à l’équivalent électronique d’un
instrument transférable négociable ou d’un document titre.
346
Summary
Therefore we shall comprehend and defy the legal boundaries, in order to create, use and
execute an ‘electronic transferable document’; this term has been created by UNCITRAL,
which refers generally to ' Electronic equivalent of a transferable record (negotiable or
non-negotiable) or a document of a legal right.
I. The protection of personal data and privacy has been subject to several legislative
reforms. The most recent one is the European Regulation 2016/679 dated April
27th, 2016. This reform aims to promote the use of the IT (Information
Technology) tools, while granting the appropriate protection to the personal data.
These electronic records are managed by qualified services providers.
III. The possession of an electronic transferable record and the concept of ‘control’ to
identify the holder: The need to identify a functional equivalent approach to satisfy
the requirement of possession while dealing with an electronic transferable record
is a major challenge. In most legal models concerned with this subject, the concept
"control" is used for transferable electronic records as a functional equivalent to
the material possession. That is, the person who controls the electronic transferable
record is deemed to be the holder and the one entitled to use it. These electronic
records are managed by qualified services’ providers to secure the documents.
347