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Colloque international sur le droit environnemental en Afrique

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Revue Africaine de Droit de l’Environnement

African Journal of Environmental Law

Deuxième colloque international


sur le droit de l’environnement en Afrique

Second International Symposium


on Environmental Law in Africa

N° 03 • 2018
Revue Africaine de Droit de l’Environnement
African Journal of Environmental Law

Deuxième colloque international


sur le droit de l’environnement en Afrique

Second International Symposium


on Environmental Law in Africa

INSTITUT DE LA FRANCOPHONIE
POUR LE DÉVELOPPEMENT DURABLE

N° 03 • 2018
La Revue Africaine de Droit de l’Environnement (RADE) est publiée sous la responsabilité de l’Université
Cheick Anta Diop de Dakar, avec le soutien de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature
(UICN) et l’Institut de la Francophonie pour le Développement Durable (IFDD). Elle vise à promouvoir
l’essor du droit de l’environnement et à renforcer son effectivité en Afrique, moyennant la diffusion
d’informations et d’idées, et le partage d’expériences et de bonnes pratiques.

EDITEUR

Laboratoire d’Etudes et de Recherches en Politiques, Droit de la Santé et de l’Environnement,


Faculté des Sciences Juridiques et Politiques, Université Cheikh Anta DIOP,
B.P 5005, Dakar, Sénégal.
ISSN : 2308-2259

DIRECTEUR DE PUBLICATION

Ibrahima LY, Agrégé de droit public et science politique, Directeur du Laboratoire de droit
de l’environnement et de la santé, Université Cheikh Anta Diop, Dakar.

COMITÉ SCIENTIFIQUE

Faouzia ABDOULHALIK Spécialiste de programmes - Bureau régional de l’OIF pour l’Océan indien,
Aboubacar AWAISS, Coordonnateur Régional du Programme Eau et Zones Humides, Programme Afrique
Centrale et Occidentale de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN-PACO), Antonio
H. BENJAMIN, Président de la Commission Droit de l’Environnement de l’UICN ; Juge à la Haute Cour
de Justice du Brésil, Fatimata DIA Experte Juriste Environnementaliste, Amidou GARANE, Maître-
assistant, Université de Ouagadougou 2, Mohamed Ali MEKOUAR, Professeur de droit à l’Université de
Casablanca; Professeur associé au Centre de recherches interdisciplinaires en droit de l’environnement, de
l’aménagement et de l’urbanisme (CRIDEAU) de l’Université de Limoges, Aimé Joseph NIANOGO, Directeur
Régional du Programme Afrique Centrale et Occidentale de l’Union Internationale pour la Conservation
de la Nature (UICN-PACO), Saholy RAMBININTSAOTRA, Maître de conférences, Département droit,
Université d’Antananarivo, Yacouba SAVADOGO, Juriste de l’environnement, Coordonnateur du Réseau
de l’Afrique Francophone des Juristes de l’Environnement.

COORDINATION

Alimenta SILUE, Juriste environnementaliste, Consultante en Développement durable, Marina


ZONGO BAMBARA, Doctorante, Université Cheikh Anta Diop, Dakar, Yacouba SAVADOGO, Juriste de
l’environnement, Coordonnateur du Réseau de l’Afrique Francophone des Juristes de l’Environnement.

CONCEPTION GRAPHIQUE
CreativeCom, Dakar, Sénégal
Edité au Sénégal, Août 2019
SOMMAIRE
PREMIERE PARTIE : ARTICLES ISSUS DU COLLOQUE

ODD 14 et aménagement de l’espace côtier et marin en Afrique de l’Ouest...........................14


Marie BONNIN, Ibrahima LY, Philippe FOTSO, Betty QUEFFELEC, Sophie BERTRAND et Solange TELES DA SILVA

La protection de l’environnement dans la politique de l’urbanisme au Tchad...........................25


Danbé MOUAMADJI

Pollution par les sachets plastiques : les raisons d’un encadrement juridique général..............52
Dr Pulchérie DONOUMASSOU SIMEON

Les mécanismes régionaux de mise en œuvre de l’Objectif de développement durable (ODD)


7 pour le développement des energies renouvelables et de l’efficacité énergetique en
Afrique de l’Ouest...........................................................................................................................................................64
Mohamed AYIB SALIM DAFFE

L’adaptabilité du cadre juridique et politique du Burkina Faso au 6ème Objectif


de développement durable........................................................................................................................................72
Firmin W. OUEDRAOGO

La gouvernance mondiale du climat entre New York, Paris et Marrakech : engagements,


attentes et defis...............................................................................................................................................................81
Pr Mohamed Ali MEKOUAR

La REDD+ : un instrument de sécurisation des droits fonciers communautaires au


Cameroun ?.........................................................................................................................................................................98
Eugène Yves KEDE EDOA et Michelle ONGBASSOMBEN

Quelles sont les implications juridiques et économiques de l’Accord de Paris pour les
droits des femmes en Afrique ?.............................................................................................................................111
Dr Cécile DUCLAUX-MONTEIL OTT et Dr Martin YELKOUNI

DEUXIEME PARTIE : RESUME DES ACTES DU COLLOQUE

Avant-propos.......................................................................................................................................................................127
Cérémonie d’ouverture.....................................................................................................................................................129

Plenière 1...........................................................................................................................................................................132

• Les droits de l’homme et le droit humanitaire, état des lieux et progrès envisageables
(Pr Michel PRIEUR)
• L’Institut Judicaire de l’Environnement (Pr Antonio BENJAMIN)
• L’Accord de Paris : Quelle justice climatique pour l’Afrique ? (Pr Sophie LAVALLEE)
Plenière 2.....................................................................................................................................................................135

• Le rôle du Conseil Economique, Social et Environnemental dans le développement


du droit de l’environnement (M. Abderrahim KSIRI)
• Outils de mise en œuvre du droit de l’environnement (Robert ONDHOWE)
• Sytsème de financement de l’économie verte en Afrique Centrale (Honoré TABUNA)
• ODD 14 et l’aménagement de l’espace côtier et marin en Afrique de l’Ouest
(Pr Ibrahima LY)

Plenière 3.......................................................................................................................................................................139

• Nouveau défis pour le droit de l’environnement – Planification d’une meilleure


utilisation de notre terre comprenant le changement climatique et la biodiversité
(Katelijn VAN HENDE)
• Les Chartes de l’eau en Afrique pour atteindre l’ODD6 (Dr Amidou GARANE)
• Quelles sont les implications juridiques de l’Accord de Paris pour les droits
des femmes en Afrique ? (Dr Cécile DUCLAUX MONTEIL OTT)

SESSION 1 : L’AFRIQUE DANS LA GOUVERNANCE CLIMATIQUE POST 2015..................141

Panel 1............................................................................................................................................................................141

• Portée de l’Accord de paris pour l’Afrique (Ghislain TCHAKOUNTE NOUDJA)


• L’Afrique dans la gouvernance climatique post 2015 :
les implications juridiques de l’Accord de Paris pour l’Afrique (Bob Hermann DOMBOLO)
• Implications juridiques de l’Accord de Paris pour le Maroc (Fouad ZYADI)
• Défis de la mise en œuvre de l’Accord de Paris sur le climat
pour les législations maliennes (Moussa Etienne TOURE)
• Aspect juridique de la REDD+ à Madagascar : contexte, incertitudes et controverses
(Pr Saholy RAMBININTSAOTRA)

Panel 2............................................................................................................................................................................144

• Mise en ouevre de la Charte Nationale de l’Environnement et du Développement


durable (Pr Bouchra Nadir)
• Accord de Paris de 2015 : un entérinement pour la RDC des progrès réalisés dans le
cadre du processus REDD+ ? (Felix LILAKAKO MALIKUKA)
• Plaidoyer pour une ratification intelligente de l’Accord de Paris sur le changement
climatique (Me Severin Brice PONGUI)
• Intégration des droits humains aux politiques sur le climat (Alouka)

Panel 3............................................................................................................................................................................146

• L’adaptation des zones côtières au Maroc, quel apport de l’Accord de Paris ?


(Samira IDLLALENE)
• Gestion intégrée de la zone côtière et marine mauritanienne (Hamoud SIDAHAMED)
Panel 4............................................................................................................................................................................147

• La représentation des populations locales et autochtones dans les institutions de


gouvernance climatique dans le Bassin du Congo: configurations et insuffisances
(Patrice BIGOMBE LOGO)
• Le droit à l’énergie solaire en Afrique : un luxe ou une nécessité ? (Habib Ahmed DJIGA)

Panel 5............................................................................................................................................................................149

• L’implication des Comores face aux changements climatiques (Oulkoulthoum AHMED)


• Construction sociale d’un champ juridique nouveau : les changements climatiques
(Pag Yendu YENTCHARE)

SESSION 2 : MISE EN ŒUVRE DES OBJECTIFS DE DÉVELOPPEMENT DURABLE (ODD).....151

Panel 1............................................................................................................................................................................151

• Quel mécanisme juridique et institutionnel pour la mise en oeuvre et le suivi des ODD :
applications du programme régional de développement d’une plateforme agricole
intégrée de production, de transformation et de conservation de produits, alimentées par
une centrale solaire thermodynamique (Joel AGBEMELO)
• Adoption d’une législation sur la réduction des risques de gestion de catastrophe :
outil de mise en oeuvre des ODD, cas de la Côte d’Ivoire (Marina BAYEBA)
• La politique du développement durable au Maroc : de la vision à la mise en œuvre
(Rajae CHAFII)

Panel 2............................................................................................................................................................................153

• Mise en oeuvre et suivi des ODD : synergies potentielles avec l’Accord climat et les
stratégies de gestion durable du Bassin du Congo (Mathurin ESSAMA ESSAMA)
• Réflexion sur les mécanismes juridiques et institutionnels de mise en oeuvre de l’ODD
7 pour le développement des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique en
Afrique de l’Ouest : le cas du Sénégal (Mohamed Ayib DAFFE)
• Contribution du réseau des parlementaires et élus locaux pour l’environnement
en Mauritanie à l’application du droit de l’environnement (Hamoud SID AHMED M’HAMED)

Panel 3............................................................................................................................................................................155

• Mise en oeuvre des ODD et institutions tunisiennes à la lumière de la nouvelle


constitution de 2014 (Wahid FERCHICHI)
• Protection juridique de l’eau face aux changements climatiques au Maroc (Naziha
CHAKROUNI)
Panel 4............................................................................................................................................................................157

• L’adaptabilité du cadre juridique et politique du Burkina Faso au 6ème Objectif du


développement durable (Firmin OUEDRAOGO)
• Pour des institutions efficaces en droit de l’environnement marin et côtier mauritanien
(Ahmed OULD ZEIN)

Panel 5............................................................................................................................................................................158

• Politiques environnementales et promotion de l’agriculture durable en RDC : enjeux


et défis (Henri MUYEMBE NGASILI)
• Les instruments de sauvegarde environnementale et sociale et le développement
durable, cas de la Côte d’Ivoire (Prosper KOUAME)
• Exploitation minière, droits humains et développement durable (Maturin PETSOKO)
• Projet de communication d’une radio Web pour une meilleure gestion
du Littoral guinéen (Idiatou CAMARA)
• Le Littoral sénégalais face aux changements climatiques : aspects juridiques et
institutionnels post 2015 (Sanou DANKONO)

Plenière 4.......................................................................................................................................................................160

• Synthèse session 1 : L’Afrique dans la gouvernance climatique post 2015


• Syhthèse session 2 : Mecanismes novateurs de mise en oeuvre des ODD

Plenière 5.......................................................................................................................................................................160

• Echanges sur la mise en place du Réseau africain des acteurs de la protection de


l’environnement

Plenière 6.......................................................................................................................................................................160

RECOMMANDATIONS DU COLLOQUE..........................................................................................................162
MESSAGE CLE DES PARTICIPANTS AU COLLOQUE A LA CDP 22................................................164
SIGLES ET ACRONYMES

AFD : Agence Française de Développement


AGNU : Assemblée générale des Nations unies
AME : Accords multilatéraux sur l’environnement
AP : Accord de Paris
ASDI : Agence Suédoise pour le Développement International
BM : Banque Mondiale
CADCE : Centre Africain de Droit Comparé de l’Environnement
CCNUCC : Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques
CdP : Conférence des Parties
CEDEAO : Communauté Economique des États de l’Afrique de l’Ouest
CEEAC : Communauté Économique des États de l’Afrique Centrale
CESE : Conseil Economique, social et environnemental
CIDCE : Centre International de Droit Comparé de l’Environnement
CILSS : Comité inter-États de lutte contre la sécheresse au Sahel
CIO : Commission Océanographique Intergouvernementale de l’Unesco
CMAE : Conférence ministérielle africaine sur l’environnement
CNCDH : Commission nationale consultative des droits de l’homme
CND : Contributions nationales déterminées
CPDN : Contributions prévues déterminées au niveau national
CREPA : Centre Régional pour l’Eau Potable et l’Assainissement
CREREE : Centre régional pour les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique
ERPD (en) : Programme de Réductions des Émissions
FAO : Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture
FPCF : Fond de Partenariat pour le Carbone Forestier
FPHNDD : Forum politique de haut niveau pour le développement durable
GES : Gaz à effet de serre
GIEC : Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat
GIZ (al): Coopération Allemande
GIZC : Gestion Intégrée des Zones Côtières
GTO : Groupe de travail ouvert
IFDD : Institut de la Francophonie pour le développement durable
IRD : l‘Institut de recherche pour le développement
OCDE : Organisation de coopération et de développement économiques
ODD: Objectifs de développement durable
OIF : Organisation internationale de la Francophonie
OMD : Objectifs du Millénaire pour le développement
ONU : Organisation des Nations Unies
PAAA : Programme d’action d’Addis-Abeba
PED : Pays en développement
PNUD : Programme des Nations Unies pour le développement
PNUE : Programme des Nations Unies pour l’Environnement
PRCM : Partenariat Régional pour la Conservation de la Zone Côtière
PSM : Planification spatiale et marine
REDD +: Réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation forestière
SBI (en) : Organe subsidiaire de mise en œuvre
SBSTA (en) : Organe subsidiaire de conseil scientifique et technologique
SNDD : Stratégie nationale de développement durable
UA : Union Africaine
UE : Union Européenne
UEMOA : Union Économique et Monétaire Ouest Africaine
UICN : Union internationale pour la conservation de la nature
UICN-PACO : Union internationale pour la conservation de la nature - Programme
Afrique Centrale et Occidentale
UMA : Union du Maghreb Arabe
UNESCO : Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture
USA : Université Senghor d’Alexandrie
WCEL (en) : Commission mondiale du droit de l’environnement
EDITORIAL
L’année 2015 aura incontestablement marqué un tournant décisif dans la gouvernance
mondiale de l’environnement et du développement durable. Elle aura en effet permis
les adoptions successives des objectifs de développement durable (ODD) par l’Assemblée
Générale des Nations Unies et de l’Accord de Paris sur le climat par la CDP21 en ouvrant
ainsi la voie à des perspectives prometteuses pour la gestion de l’environnement et du
climat au plan mondial. 2015 était également une année charnière pour l’Afrique, dans la
mesure elle a permis de débattre d’un certain nombre de questions importantes pour le
continent: en particulier comment tirer profit de la convergence universelle vers l’objectif
ultime de « transformer notre monde », en s’attaquant à la fois aux causes premières de
la pauvreté et aux inégalités ainsi qu’à l’injustice climatique.

Le colloque de Rabat, qui s’est tenu à la veille de la 22ème Conférence des Parties à
la Convention-cadre sur les changements climatiques, a permis aux acteurs du droit
de l’environnement en Afrique de mener des réflexions holistiques et approfondies sur
le positionnement stratégique du continent dans cette nouvelle ère de la gouvernance
environnementale. Ces réflexions se justifiaient par la nécessité pour le Réseau des Juristes
Francophones de l’environnement de rappeler qu’il était temps pour l’Afrique de prendre
position dans les nombreux débats mondiaux sur l’environnement et le développement
durable, et de ne plus être spectatrice des échanges entre les autres acteurs mondiaux.

Au regard de la diversité et de la transversalité des enjeux, ainsi que de l’imbrication


croissante des agendas du développement durable et du climat, deux thématiques
centrales ont retenu l’attention des juristes durant ce colloque: la première sur l’Afrique
dans la gouvernance climatique post-2015 ; la seconde sur les mécanismes novateurs
de mise en oeuvre des ODD. La première thématique se justifiait par le fait que l’Afrique
doit véritablement prendre sa place et jouer son rôle dans la gouvernance climatique

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


post-2015 dont les contours sont toujours en train d’être définis à travers les différentes
COP. La seconde thématique peut sembler plus technique et ambitieuse dans la mesure
où elle cherche à définir les conditions de mise en oeuvre des objectifs de développement
durable (ODD) par l’application de mécanismes novateurs.

Au sortir de ce second colloque international sur le droit de l’environnement en


Afrique, les participants ont réaffirmé l’engagement du continent dans la lutte contre le
changement climatique, tout en soulignant l’urgente nécessité pour les États africains
qui ne l’avaient pas négocié, signé et ratifié, d’adhérer massivement à l’Accord de Paris
sur le climat de 2015. Il est évident que l’entrée en vigueur de l’accord de Paris, même si
elle constitue une avancée significative sur le plan juridique, n’est encore qu’une étape
dans la mise en oeuvre de la gouvernance mondiale du climat et de l’environnement.
En effet, de nombreuses mesures politiques, législatives, règlementaires et financières
devront être prises par les Etats pour permettre l’effectivité de l’accord de Paris. Les Etats
africains devront donc « jouer leur partition » pour accélérer cette mise en oeuvre et
cette effectivité sur le continent.
11
Par ailleurs, dans la quête du développement durable, les participants ont aussi reconnu
l’impérieuse nécessité d’assurer la cohérence et la complémentarité des cadres juridiques,
politiques, institutionnels et financiers relatifs au régime climatique et au développement
durable, en veillant à leur mise en oeuvre de manière intégrée et solidaire, et en synergie.
Dans cette optique, il importe de finaliser et d’adopter la Stratégie africaine sur les
changements climatiques dans les meilleurs délais, mettant à contribution tous les acteurs
concernés : gouvernements, secteur privé, société civile, acteurs locaux, etc.

On peut donc considérer qu’à l’unisson, les juristes africains se font les porte-voix d’une
Afrique « influente et unie », consciente de la nécessité de renforcer la diplomatie climatique
et environnementale du continent, au regard des enjeux de l’Accord de Paris sur le climat,
de l’Agenda 2063 et du Programme de développement à l’horizon 2030. Bien entendu,
cela suppose d’aller à l’essentiel en privilégiant plus ce qui unit les africains que ce qui les
divise. Véritable challenge en perspective !

L’espoir est donc permis pour un développement durable et harmonieux de l’Afrique en ce


début de 21ème siècle.

Professeur Ibrahima LY
Président du Comité scientifique de la RADE

A l’heure où nous bouclons ces lignes, nous tenons à rendre un vibrant


hommage à M. Bernard DUBOIS, alors Directeur adjoint de l’IFDD qui a été
rappelé à Dieu. Nous saluons son engagement constant et multiforme en
faveur de la promotion du droit de l’environnement, notamment en Afrique.
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

12
PREMIÈRE PARTIE
ARTICLES ISSUS DU COLLOQUE
ODD 14 ET AMENAGEMENT DE L’ESPACE COTIER
ET MARIN EN AFRIQUE DE L’OUEST1
Marie BONNIN2 , Ibrahima LY3 , Philippe FOTSO4 , Betty QUEFFELEC5 ,
Sophie BERTRAND6 et Solange TELES DA SILVA7

Résumé
Les Objectifs de développement durable (ODD) promeuvent une utilisation durable des
ressources à travers la mise en œuvre de mesures ambitieuses pour renforcer la réalisation des
besoins écologiques, économiques et sociaux. Bien qu’ils ne constituent pas un instrument
juridiquement contraignant, ils encouragent et permettent de soutenir les démarches des
Etats afin de concrétiser ces politiques environnementales. La mer n’est pas oubliée dans
ces objectifs, l’objectif 14 (ODD 14) consiste à « conserver et exploiter de manière durable
les océans, les mers et les ressources marines aux fins du développement durable». La
planification spatiale marine est un processus politique qui vise à permettre la conciliation
des usages en mer. Sa mise en œuvre dans les pays Africains implique d’associer protection de
l’environnement, droit au développement et progrès social et pourrait permettre d’atteindre
l’ODD 14.

Mots clés : Droit de l’environnement, Planification spatiale marine.

Abstract
The SDGs promote sustainable use of resources through the implementation of ambitious
measures to strengthen the achievement of ecological, economic and social needs. Although
they do not constitute a legally binding instrument, they encourage and support States’
efforts to implement these environmental policies. The sea is not forgotten in these
objectives, Objective 14 (SDO 14) is to «conserve and sustainably use oceans, seas and marine
resources for sustainable development». Marine spatial planning is a political process that
aims to reconcile uses at sea. Its implementation in African countries requires a combination
of environmental protection, the right to development and social progress and could help
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

to achieve MDG 14.

Key words : Environmental law, Marine spatial planning.

1 Recherche financée par le LabexMer (ANR-10-LABX-19-01) et par le Programme de recherche et d’innovation


H2020 de l’Union Européenne dans le cadre de l’accord n° 734271.
2 Directrice de recherche, Institut de Recherche pour le Développement (IRD), LEMAR, IUEM, Plouzané, France.
3 Directeur du Laboratoire d’études et de recherches en politique, droit de l’environnement et de la santé,
Université́ Cheikh Anta DIOP, Dakar, Sénégal.
4 Doctorant en droit de l’environnement, Université de Bretagne Occidentale (UBO), IUEM, Plouzané, France.
5 Maître de conférences, Université de Bretagne Occidentale (UBO), AMURE, Brest, France.
6 Directrice de recherche, Institut de Recherche pour le Développement (IRD), EME, Sète, France.
7 Professeure de droit, Universidade Presbiteriana Mackenzie, Sao Paulo, Brésil.
14
Introduction

La mer est le cadre de l’exercice de diverses activités humaines. Ces activités varient dans le
temps et dans l’espace en fonction des civilisations et du progrès technologique. Auparavant
principalement utilisés pour les activités traditionnelles telles que la pêche, la navigation ou
le tourisme, les océans sont aujourd’hui des espaces de déploiement de nouvelles stratégies
de production de l’énergie et même d’«installation» des populations8 . L’émergence d’une
«morale écologique9» à l’ère des perturbations globales de la planète impose de concilier
la protection de la nature et la mise en valeur de ses ressources. La Conférence de Rio,
qui s’est tenue en 1992, a constitué une étape importante du traitement de l’approche
environnementale à travers le changement du paradigme de l’approche sectorielle vers une
démarche intégrée. Le Principe 4 de la déclaration de Rio stipule en effet que «Pour parvenir
à un développement durable, la protection de l’environnement doit faire partie intégrante
du processus de développement et ne peut être considérée isolément»10. Ainsi, intérêts
économiques, sociaux et écologiques constituent les piliers du développement durable. C’est
dans cette continuité qu’en septembre 2015, l’Assemblée Générale des Nations Unies a adopté
lors de sa 70eme session ordinaire 17 objectifs pour l’horizon 203011. Ce sont les Objectifs de
Développement Durable (ODD) adoptés à l’issue des négociations intergouvernementales
ouvertes à tous sur la base de la proposition du Groupe de Travail Ouvert (GTO) de l’Assemblée
Générale des Nations Unies. Ils s’inscrivent dans le prolongement des Objectifs du Millénaire
pour le Développement (OMD) et de l’agenda 21 (1992).

Les ODD promeuvent une utilisation durable des ressources à travers la mise en œuvre de
mesures ambitieuses pour renforcer la réalisation des besoins écologiques, économiques
et sociaux. Bien qu’ils ne constituent pas un instrument juridiquement contraignant, ils
encouragent et permettent de soutenir les démarches des Etats afin de concrétiser ces
politiques environnementales.

La mer n’est pas oubliée dans ces objectifs, l’objectif 14 (ODD 14) consiste à «conserver
et exploiter de manière durable les océans, les mers et les ressources marines aux fins du

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


développement durable». Il convient en outre de noter que l’ODD 14 propose comme moyen
pour appuyer ces objectifs l’utilisation des instruments de planification existants, tel que les
stratégies de développement durable12.

8
Escach Nicolas, « De la mer en partage au partage de la mer », Le Monde diplomatique, 2016/7 (n° 748), p. 20.
URL : [Link]
9
Maurice Kamto, « Les nouveaux principes du droit international de l’environnement après la conférence de Rio
de 1992 », RJE, 1993, vol 18, n°1, pp.11-21.
10
Le Principe 4 de la déclaration de Rio stipule en effet que « Pour parvenir à un développement durable, la
protection de l’environnement doit faire partie intégrante du processus de développement et ne peut être
considérée isolément ».
11
Résolution de l’Assemblée Générale des Nations unies du 25 septembre 2015 « Transformer notre monde : le
Programme de développement durable à l’horizon 2030 » (A/RES/70/1).
12
Paragraphe 78, Résolution A/RES/70/1 « Moyens de mise en œuvre et Partenariat mondial ».
15
Ce dernier point fait écho aux travaux conduits dans le cadre de la Commission
Océanographique Intergouvernementale de l’Unesco (CIO) par C. Ehler et F. Douvere, depuis
la fin des années 200013. Ils ont invité les Etats dotés d’une ouverture maritime à mettre
en place des stratégies de planification spatiale marine (PSM) comme un outil de gestion
intégrée des activités marines et côtières14 .

La PSM a reçu diverses définitions. Celle retenue par la Directive européenne qui lui est
consacrée les synthétise assez bien : «un processus par lequel les autorités concernées des
États membres analysent et organisent les activités humaines dans les zones maritimes pour
atteindre des objectifs d’ordre écologique, économique et social15».

Plusieurs pays développés expérimentent actuellement ce mode d’aménagement des océans.


Pour l’instant, très peu de pays d’Afrique ont développé cette démarche. Et peu d’études se
sont intéressées à sa mise en œuvre dans les pays en développement ou les pays les moins
avancés16. Aussi, il semble essentiel d’analyser la capacité de cet instrument, la planification
spatiale maritime, à permettre aux Etats d’atteindre les ODD. Et à ce titre, avant qu’il ne soit
mis en œuvre en Afrique de l’ouest, il est fondamental de s’assurer qu’il est adapté à ses
contextes spécifiques.

Pour conduire cette analyse, nous commencerons par faire le point sur la gestion des
écosystèmes marins et côtiers en Afrique de l’Ouest (II) afin d’envisager comment les processus
de PSM adaptés au contexte ouest africain pourraient contribuer à faciliter l’atteinte des
objectifs onusiens (III)

I. La PSM dans la continuité des outils d’aménagement en mer

La nécessité de « mettre en cohérence les activités17» sur un espace qui abrite plusieurs usages,
est inéluctable pour diverses raisons. Tout d’abord, la simultanéité des activités commande
que celles-ci soient compatibles, sinon on peut craindre que l’espace et ses ressources ne se
dégradent rapidement. D’autre part, les conflits induits par ces usages imposent à l’autorité
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

13
Ehler Charles and Fanny Douvere, Visions for a Sea Change. Report of the First International Workshop
on Marine Spatial Planning, Intergovernmental Oceanographic Commission and Man and the Biosphere
Programme. IOC Manual and Guides, 46: ICAM Dossier, 3. Paris: UNESCO, 2007, 84 p.; Ehler Charles and
Fanny Douvere. Marine Spatial Planning: a step-by-step approach toward ecosystem-based management.
Intergovernmental Oceanographic Commission and Man and the Biosphere Programme. IOC Manual and
Guides No. 53, ICAM Dossier No. 6. Paris: UNESCO. 2009, 99 p.; Ehler Charles. A Guide to Evaluating Marine
Spatial Plans, Paris, UNESCO, 2014. IOC Manuals and Guides, 70; ICAM Dossier 8, 98 p.
14
Fanny Douvere and Charles N Ehler, ‘New Perspectives on Sea Use Management: Initial Findings from
European Experience with Marine Spatial Planning’, Journal of Environmental Management, 90.1 (2009),
pp. 77–88.
15
Art. 3 de la Directive 2014/89 du Parlement européen et du Conseil du 23 juillet 2014 établissant un cadre
pour la planification de l’espace maritime, JOUE 257, 28 août 2014, pp.135-145
16
Peter F. Sale and others, ‘Transforming Management of Tropical Coastal Seas to Cope with Challenges of the
21st Century’, Marine Pollution Bulletin, 85.1 (2014), 8–23 <[Link]
17
Annie Cudennec, « Le cadre européen de la planification de l’espace maritime: illustration des limites de
la méthode fonctionnelle », L’aménagement du territoire maritime dans le contexte de la politique maritime
intégrée, Pedone, 2015, pp. 89-104.

16
publique d’adopter des mesures pour les arbitrer. Les solutions proposées ont souvent consisté
en mesures ad hoc privilégiant des approches sectorielles18, caractérisées par leur vocation
fonctionnelle. Cette logique va évoluer avec l’émergence d’une approche intégrée : l’approche
écosystémique (A) Ces approches ont reçu une application en droit en Afrique de l’Ouest (B).

A. Evolution des conceptions de l’aménagement en mer :


de l’approche fonctionnelle à l’approche intégrée

L’Australie est considérée comme l’une des nations pionnières de la planification en mer, avec
son vaste plan mis en place dans les années 70 pour protéger la barrière de corail. Mais il
s’agit d’une aire marine protégée : le Parc de la Grande Barrière de Corail19. Son objectif est
la protection de l’environnement. Elle se distingue en cela de la PSM.

En France, les Schémas d’Aptitude et d’Utilisation des Mers (SAUM), institués dans les années
70, et les Schémas de Mise en Valeur de la Mer (SMVM) qui les remplacent20 sont également
des instruments de gestion des activités en mer21. Mais s’ils ont pu dans une certaine mesure
préfigurer la PSM, l’échec de la mesure (très peu de SMVM ont effectivement été mis en
place) et leur échelle trop réduite ne permettent pas de placer la France dans les Etats
pionniers de la mise en œuvre de la PSM.

Si l’on revient d’une manière plus générale sur le droit de la mer, que peut-il nous apprendre
sur les approches intégrées adoptées en 1992 ? La Convention de Montego Bay de 1982 ne
mentionne naturellement pas les approches intégrées. Elle stipule une obligation générale
à l’égard de tous les Etats pour la protection et la conservation du milieu marin (art.192).
Des dispositions expresses de la convention invitent les Etats à exploiter durablement
les ressources marines tant dans les eaux situées sous leur juridiction que dans les eaux
internationales. L’article 62 par exemple précise que les Etats côtiers peuvent exploiter leurs
ressources biologiques tant que cela ne porte pas préjudice à leur conservation. Il est enfin
notable de rappeler l’obligation de coopération entre les Etats riverains de mers fermées
ou semi-fermées pour coopérer en matière de gestion et d’exploitation des ressources

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


biologiques de la mer, de protection de l’environnement marin et de recherche scientifique
marine22. L’approche reste donc très sectorielle.

18
 aud Hassan, Thomas Kuokkanen, and Niko Soininen, Transboundary Marine Spatial Planning and
D
International Law (Routledge, 2015).
19
Jon C. Day, ‘Zoning – Lessons from the Great Barrier Reef Marine Park’, Ocean & Coastal Management,
45.2 (2002), pp. 139–156.
20
Loi du 7 janvier 1983 relative à la répartition de compétences entre les communes, les départements, les
régions et l’Etat.
21
Brice Trouillet, Thierry Guineberteau, Mathilde De Cacqueray, Julien Rochette “Planning the sea: The French
experience. Contribution to marine spatial planning perspectives”, Marine Policy, 2011, 35 (3), pp. 324-334.
22
Frank Maes, ‘The International Legal Framework for Marine Spatial Planning’, Marine Policy, 32.5 (2008),
797–810 <[Link]
17
Les années 90 verront un véritable essor de l’approche intégrée en matière d’environnement.
Pour la zone côtière, la notion de Gestion Intégrée des Zones Côtières (GIZC) sera largement
diffusée. Elle est déjà présente dans l’Agenda 21 adopté au sommet de Rio en 1992 et dix
ans plus tard, l’Union Européenne adoptera une recommandation en définissant les grands
principes23. Cette notion présente de larges similitudes avec la PSM. Ces deux instruments
prônent en effet une approche holistique, stratégique et participative de la répartition des
activités humaines en mer. Mais ils ne recouvrent pas les mêmes étendues spatiales24. Dans
plusieurs pays, la gestion intégrée des zones côtières se limite à de petites zones (rades, baies)25,
et ne va pas au-delà des 12 milles nautiques. Une échelle qui reste insuffisante et va permettre
l’essor d’une nouvelle notion qui va prospérer sur cette limite de la GIZC : la PSM.

Après plusieurs mises en œuvre dans différents Etats européens, notamment en Belgique ou
en Allemagne, l’Union Européenne a adopté la Directive 2014/89 du 23 juillet 2014 établissant
un cadre pour la PSM. Par cette Directive, les Etats membres de l’Union européenne ont
l’obligation de mettre un œuvre des plans spatiaux marins en vue notamment d’atteindre
les objectifs de la croissance bleue de l’économie du secteur maritime26. Les plans établis
par chaque Etat membre devront être transmis à la Commission au plus tard le 31 mars
2021, (Art. 15, 3°). La situation ouest africaine est différente compte tenu de son approche
sectorielle, mais aussi du caractère encore embryonnaire des démarches intégrées.

B. La gestion des écosystèmes marins en Afrique de l’Ouest

Dans les Etats de la façade Atlantique Ouest africaine, les activités maritimes constituent une
part importante de l’économie, mais leur régulation est encore très sectorielle. Elles vont de
l’exploitation minière, à la pêche et aux activités de tourisme. Au Sénégal ou en Mauritanie,
la pêche artisanale constitue une source non négligeable des revenus des ménages et
représente une activité traditionnelle liée à l’identité culturelle de certaines communautés27.

La dégradation des espaces marins et côtiers a incité les Etats africains à mettre en place
des outils de protection des espaces naturels. En matière de conservation par exemple, la
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

Convention sur la protection de la nature en Afrique, appelée la convention de Londres


193328, est l’une des premières au monde dans ce sens29. Elle oblige les Etats à créer des
espaces protégés. Elle a été remplacée par plusieurs autres textes. D’abord la Convention

23
 ecommandation du Parlement européen et du Conseil du 30 mai 2002 relative à la mise en œuvre d’une
R
stratégie de gestion intégrée des zones côtières en Europe JO L 148 du 6.6.2002, pp. 24–27.
24
Mathilde De Cacqueray et al., « De la gestion intégrée des zones côtières à la planification spatiale maritime :
Quels liens entre ces deux principes de gestion ? Quelle position adoptée en France ? », L’aménagement du
territoire maritime dans le contexte de la politique maritime intégrée, Pedone 2015., pp. 61-76.
25
Charles Ehler and Fanny Douvere, ‘Marine Spatial Planning, a Step-by-Step Approach towards Ecosystem-26
Annie Cudennec, « Le cadre européen de la planification de l’espace maritime, illustration des limites de
la méthode de l’intégration fonctionnelle », L’aménagement du territoire maritime dans le contexte de la
politique maritime intégrée, Pedone, 2014, pp, 89-104.
26
Annie Cudennec, « Le cadre européen de la planification de l’espace maritime, illustration des limites de
la méthode de l’intégration fonctionnelle », L’aménagement du territoire maritime dans le contexte de la
politique maritime intégrée, Pedone, 2014, pp, 89-104.
27
FAO, La situation mondiale des pêches et de l’aquaculture, Rome, 2012.
28
Convention relative à la conservation de la faune et de la flore à l’état naturel du 8 novembre 1933, non
en vigueur.
18
d’Alger de 1968 sur la conservation de la nature30, puis la convention de Maputo de 2003
du même nom31. Bien qu’à l’heure actuelle elle ne soit pas encore en vigueur dans tous les
Etats de l’Afrique de l’Ouest, la convention de Maputo prévoit des mesures intéressantes
en matière de conservation de la nature avec notamment l’établissement d’aires marines
protégées (Annexe 2). Le Sénégal a par exemple adopté un décret pour la création d’aires
marines protégées après le congrès de Durban de 200332. La Mauritanie, dans son Ordonnance
relative au littoral de 200733, prévoit la création des zones protégées inconstructibles afin de
préserver «les sites présentant un caractère écologique, culturel ou touristique» (art.8).

A côté des textes relatifs à la conservation, il existe des textes sectoriels en matière de
pêche, d’activités minières, de transport ou de tourisme34. Mais malgré cet éventail normatif,
l’aménagement des activités en mer dans les pays de l’Afrique de l’Ouest reste très limité.
Ces limites résultent d’une part de l’étendue des zones couvertes qui ne concernent que la
partie littorale, et d’autre part, de la segmentation des règlementations. Les règlementations
recouvrent en effet des domaines précis. Quelques démarches progressives en faveur d’une
gestion intégrée des écosystèmes marins et côtiers sont en cours.

La Convention d’Abidjan du 23 mars 1981 relative à la protection et la préservation du


milieu marin et côtier et ses protocoles additionnels35 s’intéressent au milieu marin et côtier.
Ils encouragent les Etats de l’Afrique de l’Ouest et du Centre à adopter à l’échelle nationale
des stratégies efficaces pour lutter contre toutes les formes de pollution. En mars dernier,
la Conférence des Parties à cette Convention a adopté un protocole additionnel significatif,
relatif à la gestion intégrée des zones côtières36. En attendant la concrétisation de cette
nouvelle donne législative au niveau local, celle-ci marque déjà un pas de plus vers l’approche
intégrée des écosystèmes marins en Afrique, tout au moins, sur le plan formel.

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

29
Michel Prieur, « Droit de l’environnement », 7ème édition Dalloz, 2016, 1228 p.
30
 onvention africaine sur la conservation de la nature et des ressources naturelles encore appelée
C
Convention d’Alger, signée le 15 septembre 1968.
31
Convention africaine sur la conservation de la nature et des ressources naturelles, du 11 juillet 2003.
32
Décret 2004-1408 du 4 novembre portant création des aires marines protégées, JO du 18 décembre 2004.
33
Ordonnance du 17 avril n°2007-037 relative au littoral.
34
Bonnin et al, « Droit de l’environnement marin et côtier au Sénégal », IRD, PRCM, Dakar, Sénégal 532 p.
35
Convention relative à la coopération en matière de protection et de mise en valeur du milieu marin et
des zones côtières de la région de l’Afrique de l’Ouest et du Centre du 23 mars 1981, signée à Abidjan et
entrée en vigueur le 5 mai 1984.
36
12ème Conférence des parties de la Convention d’Abidjan 27 mars 2017, sous le thème « La politique de
gestion intégrée de l’Océan en Afrique ».
19
De plus, en 2012, l’Union africaine (UA) a adopté un document pour la mise en œuvre d’une
stratégie africaine intégrée pour les mers et les océans - horizon 2050 (AIM 2050). Ce texte
non contraignant dresse les enjeux maritimes pour les Etats africains. Il prévoit notamment
la création d’une zone exclusive maritime commune de l’Afrique (CEMZA), comme l’une des
bases stratégiques pour une action concertée des différents Etats. L’objectif est de répondre
à divers enjeux en matière de sécurité et de sûreté maritime, de pollution, mais aussi pour
optimiser la croissance économique du secteur maritime37. Ces initiatives se situent dans
la continuité de la volonté des Etats africains, qui à travers ces divers programmes et actes
officiels expriment leur désir d’atteindre les objectifs des Nations Unies38.

Toutefois, on ne peut saluer ces engagements sans souligner le décalage entre la posture
officielle et la réalité. Les expériences précédentes en matière d’environnement dans les Etats
ouest africains, témoignent bien malheureusement, de la faible effectivité de ces mesures à
l’échelle locale.

Les législations des Etats africains foisonnent de divers instruments normatifs qui contrastent
avec la réalité observée à l’échelle locale39. L’enthousiasme des Etats africains vis-à-vis
des objectifs onusiens invite à fournir des éléments pour théoriser une PSM adaptée au
contexte de ces Etats, plutôt qu’à importer directement un modèle issu des pays du Nord.
Pour cela, la PSM en Afrique de l’Ouest doit se nourrir de la conception africaine du droit de
l’environnement, mais surtout, des besoins effectifs de ces pays.

Ainsi par exemple, il faudra être vigilant dans la mise en œuvre de ce processus au regard
du phénomène de l’accaparement des océans, qui ne saurait être aggravé40. Pour cela, le
processus de PSM requiert une réflexion préalable, tant quant à sa portée juridique en
termes de sécurité juridique des acteurs impliqués, qu’aux aspects techniques et financiers.

Le risque de dérive des stratégies d’aménagement en mer est particulièrement aigu pour
les Etats de l’Afrique de l’Ouest, compte tenu de l’importance cruciale de l’accès aux
ressources de la mer par les communautés locales, des difficultés d’application du droit de
l’environnement41, de l’instabilité politique qui menace encore certains de ces Etats. Tous ces
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

facteurs constituent des freins à la réalisation des objectifs de développement durable.

37
 aragraphe 29, voir document sur :
P
[Link]
38
Les Etats africains se sont effectivement engagés pour la mise œuvre effective des Objectifs du miliaire
dans un document commun dans lequel ils expriment leurs besoins en général et pour le secteur maritime
en particulier (para. IV, diversification, industrialisation et valorisation des produits) dans une Proposition
commune africaine sur le programme de développement pour l’après 2015, disponible sur [Link]
[Link]/fr/africa/osaa/pdf/pubs/[Link]; voir également Agenda 2063 de l’Union africaine
(UA) ou encore la Résolution R.141/39/16 du 9 nov. 2016 de l’Union Parlementaire Africaine (UPA).
39
Granier Laurent (Ed.), Aspects contemporains du droit de l’environnement en Afrique de l’Ouest et Centrale,
IUCN, 2008, 223 p.
40
Nathan James Bennett, Hugh Govan, and Terre Satterfield, ‘Ocean Grabbing’, Marine Policy, 57 (2015), pp.
61–68.
41
Vincent Zakané, « La problématique de l’effectivité du droit de l’environnement en Afrique: l’exemple du
Burkina Faso », in Granier L. (Ed.), Aspects contemporains du droit de l’environnement en Afrique de l’Ouest
et Centrale,op. cit pp 13-26.
20
II. La PSM au regard de la conception africaine du droit
de l’environnement

Les Etats africains ont toujours conçu la protection de l’environnement en cohérence avec
leur besoin de développement42. Dès 1981, la Charte Africaine des droits de l’homme et
des peuples manifeste très clairement ce lien entre la protection de l’environnement et le
droit au développement. L’article 24 stipule à cet effet que «tous les peuples ont droit à un
environnement satisfaisant et global, propice à leur développement». Cet article 24 comporte
au moins deux composantes : il établit un droit humain, gage de la protection de la nature,
et un droit de la nature, gage d’un développement propice pour l’épanouissement humain.
Bien que sa mise en œuvre reste particulièrement compliquée compte tenu de son caractère
très large et sa nature «bidimensionnelle43», cette approche est parfaitement cohérente avec
le développement durable tel qu’il s’est développé à la suite du rapport Brundtland en 1987.
Les ODD en sont la manifestation (A). Par conséquent, la mise en œuvre des processus de
PSM en Afrique doit reconnaître cette approche, le droit que l’on dirait aujourd’hui à un
environnement sain et propice au développement des peuples (B).

A. Le droit africain de l’environnement, un droit relié au droit au


développement

La convergence des intérêts liés au développement économique et la protection de


l’environnement est au centre du principe du développement durable44. Ce principe a deux
facettes : un droit d’exploitation des ressources, et une obligation de ne pas causer des
dommages à l’environnement. Les liens entre le droit de l’environnement et le droit au
développement ont été exprimés dès les travaux préparatoires à la Déclaration de Stockholm
par les Etats africains lors du séminaire de Founex en 1971. C’est de la conciliation de ces
impératifs qu’a émergé le paradigme du développement durable45.

La plupart des Constitutions des Etats de l’Afrique de l’Ouest font référence soit de manière
tacite à cette Charte, cas du préambule de la Constitution sénégalaise qui dispose que «le

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


peuple souverain du Sénégal affirme son adhésion à la Charte des droits de l’homme et des
peuples du 27 juin 198146» ; soit directement au droit à un environnement satisfaisant à
l’épanouissement individuel. L’article 6 de la loi constitutionnelle portant révision de la
Constitution du 20 juillet 1991 de la Mauritanie par exemple dispose que «les citoyens (…) ont
droit, dans les mêmes conditions, au développement durable et à un environnement équilibré et

42
 aurice Kamto,« Droit de l’environnement en Afrique», EDICEF/AUPELF, Coll. Universités francophones,
M
1996, 416 p.
43
Maurice Kamto, op. cit.
44
Virginie Barral, « Le développement durable en droit international : essai sur les incidences juridiques d’une
norme évolutive », Bruylant, 2015, 500 p.
45
Noel Izenzama Mafouta, « Le paradigme écologique du développement durable en Afrique subsaharienne
à l’ère de la mondialisation : une lecture éthico-anthropologique de l’écodéveloppement », éd. Peter Lang
Gmbh, Internationaler verlag der wissenschaften, 2004, 394 p.
46
Loi constitutionnelle n°2016-10 portant révision de la constitution du 5 avril 2016, JO du 7 avril 2016.
21
respectueux de la santé47». Cette reconnaissance par la loi fondamentale des textes africains
est une spécificité qui crée des droits positifs pour les individus en faveur de l’environnement.

Dans ce sens, la PSM et son objectif assumé, en Europe tout du moins, de favoriser l’économie
bleue est tout à fait compatible avec la vision africaine d’un droit de l’environnement
combiné au droit au développement.

Mais, même si l’on a parfois tendance à l’oublier, le développement durable ne peut


pas se réduire à un affrontement/conciliation entre protection de l’environnement et
développement économique. Il doit encore intégrer son troisième pilier : le progrès social. Or,
pour véritablement contribuer à un développement durable, la PSM devra aussi relever ce
défi avec toutes les spécificités qui sont les siennes en Afrique de l’Ouest.

B. Quelle capacité de la PSM pour assurer le progrès social en l’Afrique


de l’Ouest

Assurer le progrès social implique un partage équitable des ressources dans une société.
Or, l’accaparement des ressources marines déjà dénoncé par la société civile en Afrique de
l’Ouest48, est un problème réel qui nécessite une vigilance lors de la mise en œuvre des
stratégies d’aménagement en mer.

L’accaparement des océans ou «ocean grabbing» est une expression théorisée par Benneth
en projection du phénomène terrestre analogue des «land grabbing» ou accaparement des
terres. Il désigne les processus d’appropriation des ressources de la mer au détriment des
communautés locales49.

Olivier de Schutter, rapporteur spécial au sein de la FAO a décrit les manifestations de ce


phénomène en référence à ses conséquences sur l’activité de la pêche artisanale par exemple.
L’ocean grabbing se caractérise par «la capture et le contrôle sur la prise de décision par les
acteurs économiques les plus forts, qui décident comment et à quelle fin les ressources marines
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

devront être utilisées, conservées et gérées actuellement et à l’avenir50». L’accaparement des


océans se produit à travers les politiques publiques qui redéfinissent le système des droits
d’accès aux ressources de la mer avec pour conséquence une limitation d’accès à la ressource
aux communautés locales.

47
L oi constitutionnelle n°2012-015 portant révision de la Constitution du 20 juillet 1991.
48
Mamadou Lamine Niasse and Madieng Seck, « L’accaparement des ressources marines ouest-africaines:
sociétés mixtes de façade et licences de complaisance : expériences du Sénégal et de la Mauritanie », Etude
réalisée pour le service des Eglises Evangéliques en Allemagne pour le Développement (EED),2011, 32 p.
49
Bennett, Govan, and Satterfield.
50
O De Schutter, ‘“Ocean Grabbing’ as Serious a Threat as” Land Grabbing’’, Press Release-United Nations,
New York, 2012.

22
En 2013, lors du 5ème forum mondial des Droits de l’homme, des appels aux Gouvernements ont
été lancés par les pêcheurs du monde afin de les inciter à renoncer à soutenir le Partenariat
mondial pour la pêche (GPO) et les réformes en matière de pêche basées sur les droits d’accès
(RBF)51.

La FAO a adopté deux Directives volontaires pour protéger la pêche artisanale et aider les Etats
à faire face à cette problématique. Ces textes non contraignants, applicables volontairement
par les Etat encouragent les autorités publiques à accorder un accès préférentiel aux pêcheurs
artisanaux (art. 5.7) et à prendre des mesures financières susceptibles de contribuer à la lutte
contre la surcapacité de pêche ayant des effets néfastes sur la pêche artisanale (art. 5.20)52.

La mise en œuvre des plans marins conduit les Etats à mettre en balance divers enjeux parfois
contradictoires à raison d’au moins deux facteurs. Ces facteurs sont d’ordre technique et
d’ordre politico-institutionnel.

Sur le plan technique, il faut relever la difficulté à concilier les exigences entre les différentes
activités maritimes. Les activités dynamiques telles que le transport ou la pêche par exemple
nécessitent davantage d’espace pour se déployer. Tandis que les activités statiques comme
l’installation des plates-formes d’extraction pétrolière ou gazière, les fermes aquacoles ou
encore les fermes éoliennes, immobilisent de grands espaces pour l’exercice exclusif de leur
activité. Ces activités imposent par conséquent pour des raisons de sécurité ou des raisons
liées à la configuration naturelle du milieu, une utilisation exclusive de ces espaces.

Sur le plan politique, l’influence des acteurs privés lors de la mise en œuvre de tels processus
n’est pas négligeable. Tout laisse penser que les nécessités liées au développement et
à la croissance économique auront pour effet de prioriser les activités à fort potentiel
économique parfois au détriment des intérêts de la nature ou des communautés locales.
L’accaparement des mers s’opérant par le biais des politiques publiques, des lois ou des
pratiques de redistribution des systèmes d’accès à la ressource peuvent s’avérer vecteurs
d’aggravation du déséquilibre entre les différents intérêts en jeu compte tenu du poids
économique, stratégique et politique de certains acteurs53.

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


Face à cette problématique complexe, le rôle de l’Etat et la participation des populations
à la prise de décision doit être davantage renforcé et clarifié surtout dans les pays en
développement. L’exportation des modèles occidentaux ne peut se faire sans une adaptation
aux réalités locales. La PSM peut être une opportunité pour les Etats d’Afrique de l’Ouest pour
atteindre les objectifs des Nations Unies. Ceci passe par une adaptation de ces instruments
au contexte local.

Dès lors, quelles sont les solutions envisageables? Sur quels critères les Etats ouest africains

51
 ppel des pêcheurs du monde à retrouver sur : [Link]
A
[Link], consulté le 15 septembre 2017.
52
Directives volontaires visant à assurer la durabilité de la pêche artisanale dans le contexte de la sécurité
alimentaire et de l’éradication de la pauvreté.
53
Svein Jentoft, ‘Small-Scale Fisheries within Maritime Spatial Planning: Knowledge Integration and Power’,
Journal of Environmental Policy & Planning, 2017, pp. 1–13.
23
peuvent s’appuyer pour s’assurer que les plans d’aménagement protègeront les valeurs d’un
certain humanisme en mer ?
Il faudra d’abord tempérer l’emprise d’une administration centralisée, bureaucratique
et hiérarchisée qui induit un détachement entre les acteurs sur le terrain et les organes
institutionnels d’Etat. Cette distance crée une contestation de l’action de l’Etat par des
communautés locales qui ne sont pas impliquées dans ces processus54. Dans d’autres régions,
l’implication55 des communautés a été permise par une structuration bottom-up des règles et
des structures de gouvernance et non de façon top-down par les Etats. En Afrique de l’Ouest,
il est également possible de recenser des premières expériences de démarches collectives de
gestion d’espaces côtiers, comme au Sénégal avec les démarches de co-gestion entreprises
dans certaines aires marines protégées ou zones de pêche. Elles pourraient être considérées
comme les prémices d’un démarche innovante et bottom-up de la planification spatiale
marine en Afrique de l’Ouest mais ces expériences trop récentes nécessitent d’être analysées
pour pouvoir évaluer plus précisément leur impact futur.
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

54
 onnin et al, « Les collectivités territoriales et l’environnement marin et côtier » Droit de l’environnement
B
marin et côtier au Sénégal, IRD, PRCM, Dakar, Sénégal 532 p.
55
Pomeroy R., Garces L., Pido M., and Silvestre G.,”Ecosystem-Based Fisheries Management in Small-Scale
Tropical Marine Fisheries: Emerging Models of Governance Arrangements in the Philippines”. Marine Policy
34 (2), 2010, pp. 298–308.
24
LA PROTECTION DE L’ENVIRONNEMENT DANS LA
POLITIQUE DE L’URBANISME AU TCHAD
Danbé MOUAMADJI1

Résumé
Les politiques de l’urbanisme et de l’environnement ne sont pas une nouveauté au Tchad, car
les gouvernements successifs ont été conscients de l’impact que peut avoir la réglementation
sur le cadre de vie des citoyens. Ces politiques ont été adoptées selon une démarche en escaliers
aux termes des lois portant régime foncier de 1967, de la Constitution du 31 mars 1996, de la
loi no 014 du 17 août 1998 et de bien d’autres textes. L’analyse critique met en évidence une
timide prise en compte de l’environnement par le droit de l’urbanisme et une mise en œuvre
défaillante. Il en résulte une dégradation du cadre de vie des populations. Deux innovations, une
juridique et l’autre opératoire, seront alors proposées afin de rendre la politique de l’urbanisme
du Tchad effectivement « verte ».

Mots clés : Politique de l’urbanisme, protection de l’environnement, politique verte de


l’habitat.

Abstract
Town planning and environment policies are not new in Chad. Successive governments
have been aware of the impact of regulation on the citizens’ environment. These policies
have been adopted gradually under the terms of the land regulation law of 1967, the
Constitution of march 31st 1996, the law n°014 of august 17th 1998, to list but a few. The
critical analysis highlights a slight consideration of the environment by the town planning
law and a malfunctioning implementation. The outcome is a deterioration of populations’
environment. Two innovations, one judicial and the other operative, will be suggested in
order to make the Chadian town planning policy really green.

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


Keywords: Town planning policy, environmental protection, green housing policy.

1
Doctorant à l’Université de Doba au Tchad.

25
Introduction
«En planifiant les établissements humains et l’urbanisation, il faut veiller à éviter les atteintes
à l’environnement et à obtenir le maximum d’avantages sociaux, économiques et écologiques
pour tous »2. Cette énonciation traduit bien la nécessité pour les pouvoirs publics de faire en
sorte que la politique de l’urbanisme tende vers la limitation des pollutions urbaines3, car nos
villes doivent être des milieux où les êtres humains vivent et s’épanouissent dans la dignité, la
santé, la sécurité, le bonheur et l’espoir4. Autrement dit, les documents d’urbanisme doivent
désormais respecter les préoccupations liées à l’environnement. Le droit de l’urbanisme, qui
régit l’affectation de l’espace, ne peut être dissocié de la qualité du milieu défendue par le
droit de l’environnement. C’est ce qui justifie que l’on s’appesentisse sur la problématique de
la protection de l’environnement urbain au Tchad.

L’environnement est une notion polysémique et difficile à cerner5 ou à appréhender6. C’est


un concept que « nul ne sait parfaitement définir, mais que tout le monde comprend »7. Il est
parfois confondu avec l’écologie qui n’en est qu’une composante partielle8. Il est défini par
Michel PRIEUR comme « l’ensemble des facteurs qui influent sur le milieu dans lequel l’homme
vit ». Ensuite, la protection est l’action de protéger. Autrement dit, protéger, c’est prendre
toutes mesures utiles afin de défendre l’environnement des dangers qui le menacent ou de
soutenir, par une aide, son développement. La politique de l’urbanisme est cette politique qui
est conduite par les institutions publiques avec un ensemble de moyens juridiques, humains,
financiers et matériels pour une meilleure occupation de l’espace urbain. L’urbanisme a pour
objectif de donner une lecture de la ville et d’un territoire et porte sur l’aménagement
des espaces publics et privés, sur l’organisation du bâti et des activités économiques, la
répartition des équipements et d’une manière générale, sur la morphologie de la ville et
l’organisation des réseaux qui la composent.
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

2
Príncipe 15 de la déclaration de Stockholm.
3
Selon le rapport sur l’impact de l’urbanisation sur la vie des populations et l’environnement mondial Our
Urban Future produit par ONU-Habitat et rendu public lors de la 21e session de son Conseil d’Administration
qui s’est tenue à Nairobi en 2007, la pollution urbaine tue 800 000 personnes chaque année, p.22.
4
Une des recommandations adoptée par la Conférence des Nations Unies sur les établissements humains
tenue du 3 au 14 juin 1996 à Istanbul., voir [Link] htm et
[Link]
php consulté le 10 avril 2014.
5
Sandrine MALJEAN-DUBOIS, Quel droit pour l’environnement ? Edition Hachette Supérieur, 2008, p. 15.
6
Yafradou Adam TAIROU, Les préoccupations environnementales et droit de l’entreprise dans l’espace OHADA,
Thèse de doctorat, Université de Nice-Sophia-Antipolis, L’Harmattan, 2013, p. 13.
7
Michel BAYLE, « L’incidence de la réforme en droit de l’environnement, les petites affiches », 1993, no
120, p. 40, cité par Gisèle SOGLO AGUEDE, Essai sur le particularisme de l’infraction en droit pénal de
l’environnement, Thèse de doctorat unique en droit privé, 2013, p. 2.
8
Manuel GROS, « Introduction », Leçons de droit de l’environnement, Ellipses, 2013, p. 6.
26
Il est vrai, le droit de l’urbanisme ne s’est imprégné d’environnement que depuis peu de temps9.
Le droit comparé français illustre bien ce propos10. Les années 1950 ont constitué le point
de départ du phénomène urbain au Tchad, avec l’établissement des comptoirs et la création
des administrations coloniales. Plusieurs textes législatifs et réglementaires en matière
d’urbanisme et d’environnement ont été pris et les institutions y relatives ont été mises en
place par les pouvoirs publics. A travers cet engagement par les textes, le Tchad a voulu créer
les conditions pour « un urbanisme plus qualitatif11» , « rationnel, soucieux de l’articulation des
espaces, de l’esthétique urbaine et, d’une manière générale, de l’environnement »12.

Cependant, cette générosité normative n’a pas pu endiguer les problèmes environnementaux
liés à une urbanisation anarchique. Les villes tchadiennes demeurent à l’image des villes
d’Afrique subsaharienne qui fournissent l’illustration d’une dérive urbaine préoccupante.
L’extension de ces villes est laissée au bon vouloir des citoyens et ne suit pas les plans
d’urbanisme. Pire, la population urbaine augmente à un rythme effréné, occasionnant une
extension spatiale spectaculaire, sans contrôle, ni aménagement des sites occupés13, avec
tout ce que cela entraine comme effets néfastes sur l’environnement urbain14 et la vie
sociale. Les pouvoirs publics font difficilement face aux dépenses d’infrastructures urbaines15
ou environnementales telles que les égouts16.

9
V.A.H. MESNARD, « L’évolution du droit de l’environnement dans ses rapports avec le droit de l’aménagement du
territoire et avec le droit de l’urbanisme », in RJE 1976.2, p. 3 ; V.A.H. MESNARD, « Le rôle supplétif du juge en
matière d’environnement », in Droit et ville, 1978/6, p. 251, V.A.H. MESNARD « La protection de l’environnement
dans le contentieux administratif de l’urbanisme et de l’aménagement », in RJE, 1980/1, p. 3 ; H. LENAN, La
commune face à la politique foncière, Berger-Levrault, 1981 ; Y. JEGOUZO (dir.), Droit de l’urbanisme, Dalloz-
Action, 2000 ; E. LE CORNEC, La prise en compte de l’environnement par les règles locales d’urbanisme, Thèse droit,
Paris 1, 1997.
10
Au niveau opérationnel, un ambitieux projet a été lancé en 1970 à l’occasion du programme des cents mesures
visant à créer une ville nouvelle sans pollutions ni nuisances (Vaudreuil). Au niveau juridique, c’est la loi du 31
décembre 1976 portant réforme de l’urbanisme qui consacre l’importance de l’environnement dans la nouvelle

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politique urbaine. La doctrine va même jusqu’à assimiler urbanisme et environnement dans un ouvrage où la
politique de l’environnement est présentée comme instrument nouveau d’un urbanisme soucieux du cadre de
vie. Voir à ce propos, F. BILLAUDOT et M. BESSON GUILLAUMOT, Environnement, urbanisme, cadre de vie, éd.
Montchrestien, 1979.
11
Henri JACQUOT et François PRIET, Droit de l’urbanisme, 6e éd., Dalloz, Paris 2008, p. 590.
12
Maurice KAMTO, Droit de l’environnement en Afrique, EDICEF, 1996, p. 90.
13
De 1971 à 1984, l’extension urbaine est passée de 2840 hectares à 4500 hectares, de 1995 à 1999 elle est
passée de 5900 hectares à 7120 hectares selon BCEOM 1999 ; voir Guidingar BERASSIDE et Yémadji NDIEKHOR,
« L’environnement urbain : le cas de N’Djamena », Le Tchad et son environnement, Édition Imprimerie du Tchad,
p. 105.
14
Cette notion recouvre l’ensemble des aspects touchant à l’environnement de la ville : la santé, l’assainissement,
les déchets, l’habitat, les transports, l’énergie, l’aménagement de l’espace, l’agriculture urbaine, bref tout ce qui
touche à l’environnement végétal de l’espace urbain, à sa dimension paysagère, aux parcs, aux promenades, à
toutes les politiques relatives à un environnement végétal dans la ville. Voir Jean Louis HAROUEL, « Environnement
urbain : histoire de sa réglementation », Jean-Yves CHÉROT et al., Droit et environnement, édition Presses
Universitaires d’AIX-Marseille, 1995, p. 102.
15
Les infrastructures urbaines constituent un ensemble de réseaux techniques structurants qui concourent à la
viabilité d’une ville et à la fourniture de services urbains susceptibles d’améliorer le cadre de vie des habitants.
16
Ce sont des systèmes d’évacuation des eaux usées domestiques auxquels doivent se raccorder les immeubles
riverains.
27
Face à ce tableau peu reluisant, il importe alors de se poser un certain nombre de questions :
la politique de l’urbanisme du Tchad intègre-t-elle véritablement les paramètres écologiques?
Quelles sont les contraintes de mise en œuvre de cette politique publique ? Y a-t-il effectivité
de l’exercice des pouvoirs de police administrative17 en la matière ? De toutes ces questions,
découle une question fondamentale suivante : la politique de l’urbanisme élaborée par le
Tchad assure-t-elle efficacement la protection de l’environnement urbain ?

Le présent article souhaite d’abord apporter une modeste contribution à l’émergence du droit
national de l’urbanisme – encore balbutiant au sein des facultés tchadiennes – fortement
soucieux de l’environnement. Ensuite, il vise à susciter une réelle prise de conscience aussi
bien des pouvoirs publics que des populations par rapport à la protection de l’environnement
urbain. L’intérêt majeur de notre thème réside dans toutes ces considérations.

Il convient d’inscrire le développement de ce thème dans une démarche binaire. Nous allons
d’abord poser un diagnostic du cadre normatif et institutionnel sur lequel repose la politique
de l’urbanisme et de l’environnement au Tchad (I) avant de proposer une thérapie, c’est-à-
dire une politique de l’urbanisme qui soit véritablement verte (II).

I. Une politique moins protectrice de l’environnement

La politique globale de la ville n’est pas une nouveauté au Tchad. Les gouvernements successifs
ont été conscients de l’impact que pouvait avoir la réglementation sur le cadre de vie des
citoyens, car «le libre jeu des initiatives immobilières privées est, à un certain niveau, source
d’incohérences, de gaspillages et de désordres dans l’utilisation des sols urbains»18. C’est ce qui
a conduit le Tchad à instituer de nombreux instruments juridiques en la matière. Il s’avère
que ce cadre juridique élaboré par le Tchad manque de cohérence (A) et est difficilement mis
en œuvre (B).

A. Une difficile définition d’un cadre juridique cohérent


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Les mécanismes juridiques mis en place par le Tchad ont certes pour objectif d’assurer
une répartition harmonieuse des implantations immobilières dans l’espace urbain et
d’encadrer les constructions et autres formes d’utilisations des sols urbains, de manière à
éviter les dysfonctions les plus graves telles que nuisances, gaspillages des espaces naturels,
augmentation incontrôlée des besoins des équipements. Certes, les pouvoirs publics ont mis
en place un cadre juridique de gestion urbaine et foncière (1) mais qui reste cependant limité
(2).

17
L’ensemble des interventions de l’administration qui tendent à imposer à la libre action des particuliers une
discipline exigée par la vie en société, dans le cadre tracé par le législateur, en vue de prévenir les atteintes
à l’ordre public. L’ordre public signifie la sécurité, la tranquillité et la salubrité publique. A la sécurité se
rapporte les secours en cas d’accident, d’incendies, d’inondations, de complots armés et des fléaux humains
et naturels, à la tranquillité se rattache le maintien de l’ordre dans la rue, les lieux publics et la lutte contre
les bruits, et à la salubrité, la sauvegarde de l’hygiène publique, la lutte contre les diverses pollutions et la
limitation des risques de maladies.
18
J–B AUBY, Hugues PERINET-MARQUET, Rozen NOGUELLON, Droit de l’urbanisme et de la construction, 8e
éd., Montchrestien Paris, 2008, p. 22.
28
1. Un cadre organisé
Bien avant les années 1970, le Tchad a adopté une série de textes pour réglementer la
gestion foncière. Car le droit foncier s’attache au sol et au sous-sol et concerne le bien
auquel les humains tiennent le plus comme le droit à la vie. Autrement dit, la liaison entre
le foncier et l’urbanisme est très forte19. Ce sont les lois n°23, 24 et 25 du 22 juillet 1967
portant respectivement statuts des droits fonciers, régimes fonciers et limitations des droits
fonciers et leurs décrets d’application20 qui encadrent cette gestion foncière.
La conscience écologique des années 70 a donné une cure de jouvence à l’arsenal juridique
tchadien. L’ordonnance n°17 du 9 juillet 1970 portant réglementation du permis de construire
s’inscrit dans cette optique. Après la constitutionnalisation21 du droit à l’environnement sain
à travers l’article 4722 de la constitution du 31 mars 1996, le Tchad a adopté la loi n°014 du
17 août 1998 sur la protection de l’environnement dont les articles 1123 et 1224 offrent un
cadre important de protection des établissements humains25. Les lois adoptées en janvier
201026 participent du même souci.
Ces différents textes ont pour objet, non seulement, de protéger l’environnement urbain
mais également, d’organiser l’amodiation du domaine privé de l’Etat. Ils instaurent deux
procédures à savoir la procédure de droit commun et la procédure spéciale. Selon la première,
les dépendances du domaine privé de l’État peuvent être amodiées par tout procédé de
droit privé27 et dans les conditions estimées les meilleurs par l’administration des domaines28.
La seconde consiste à mettre un bien foncier du domaine privé de l’État à la disposition
d’une personne physique ou morale de droit privé qui ne peut en acquérir la propriété que
moyennant certaines conditions ou délai. Ainsi, les dépendances foncières du domaine privé
de l’État peuvent être aliénées par les procédures de concession29 et du permis d’habiter30.

19
Modeste CHOUAIBOU MFENJOU, L’Afrique à l’épreuve du développement durable, l’Harmattan, 2002, p. 124.
20
Décret n°188 du 1er août 1967 portant statuts des droits fonciers, décret n° 186 du 1er août 1967 portant
régimes fonciers et coutumiers et décret d’application n° 187 portant limitation des droits fonciers au Tchad.
21
C’est l’élévation d’une règle de droit au rang des normes à valeur constitutionnelle ou encore la consécration
constitutionnelle d’une règle juridique.

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22
Article 47 de la constitution tchadienne du 31 mars 1996 indique que : « Toute personne a droit à un environnement
sain ».
23
Cet article dispose que : « La planification et l’aménagement des établissements humains sont conçus et réalisés
dans le cadre de la politique nationale d’aménagement du territoire et d’urbanisme assurant une organisation
harmonieuse de l’espace dans le respect de l’existence et du bien-être de leurs habitants ».
24
L’article 12 de ladite loi prévoit que : « Les documents d’urbanisme tiennent compte des impératifs de la protection
de l’environnement, notamment le respect des sites naturels et des spécificités culturelles et architecturales, dans les
définitions de l’emplacement des zones d’activités économiques, de résidences et de loisirs ».
25
Ensemble des agglomérations urbaines et rurales quels que soient leur type et leur taille et ensemble des
infrastructures et équipements dont elles doivent disposer pour assurer à leurs habitants un cadre de vie agréable
et une existence saine et équilibrée.
26
Il s’agit de la loi n°006 précitée du 12 janvier 2010 et celle n°004 du 7 janvier 2010, fixant respectivement les
principes fondamentaux applicables en matière d’urbanisme et de construction au Tchad.
27
Les procédés de droit privé couramment utilisés sont la location et la vente. Mais le domaine privé de l’État peut
aussi faire l’objet d’un bail emphytéotique, voir CE, 2 octobre 1968, Ansseil, Rec. CE Somm. 954, ou encore d’un
bornage ; voir CE, 5 nov. 1990, Aleatico, req n°82224.
28
Jean-Marie AUBY et al, Droit administratif des biens, 5e éd., Paris, Dalloz, 2008, p. 188.
29
L’article 25 de la même loi n°23 indique que les terrains urbains sont divisés en deux catégories : les terrains de
la catégorie A qui ne peuvent être construits qu’en matériaux durables, ceux de la catégorie B qui peuvent être
construits en matériaux traditionnels. Les terrains de la catégorie A font l’objet de concession à titre onéreux et
29
Le lotissement constitue le mode essentiel de production des sols urbains31, bien que dans
la pratique, il existe un autre mode parallèle de production de terrains qui est l’occupation
anarchique ou non planifiée. Le lotissement s’entend de toute division d’une propriété
foncière en plusieurs lots destinés à recevoir des constructions32 ou en vue de l’implantation
des bâtiments. C’est une opération d’aménagement comportant des enjeux d’intérêt général
qui justifient que l’administration en surveille strictement la conception et la réalisation33.
La réglementation organisant la production de terrains à bâtir inspirée de celle de la France,
se base sur trois textes principaux qui datent de 1967. C’est pour cette raison que l’initiative
de lotissement provient du Ministère de l’Aménagement du Territoire, de l’Urbanisme et
de l’Habitat (MATUH). Ce sont la Direction de l’urbanisme, la direction du cadastre et la
commission de l’urbanisme qui donnent vie à l’opération34.

Dans les sociétés traditionnelles tout comme dans les Etats modernes, l’accès à la terre se fait
à travers des règles d’attribution35. Les terrains ainsi produits par les services compétents sont
destinés à être attribués aux personnes qui en font la demande. Il y a deux modes essentiels
d’attribution de terrains. Elle peut se faire, soit par adjudication36, soit par cession de gré à
gré37.

attribués par la procédure d’adjudication. Ces concessions sont assorties d’un cahier de charge imposant
un certain montant ou une certaine nature de mise en valeur ou l’un et l’autre dans un certain délai.
A l’expiration du délai, la conformité de la mise en valeur avec le cahier de charge est examinée par
une commission présidée par le préfet et comprenant les représentants des services techniques. En cas
de conformité, la concession est attribuée à titre définitif et doit être transformée en propriété par la
procédure d’immatriculation. En cas de non-conformité, la déchéance est prononcée et le terrain revient
au domaine libre de tout droit.
30
Cette procédure concerne les terrains de la catégorie B. Ces derniers peuvent faire l’objet du permis d’habiter
à titre onéreux et attribués par arrêté du ministre des finances. Un délai est imposé au permissionnaire
pour construire au minimum en matériaux traditionnels et pour utiliser la construction conformément au
plan de lotissement ou d’urbanisme. A défaut, le permis lui sera retiré dans les mêmes formes qu’il lui a été
accordé et sans indemnités. Le permissionnaire peut, après qu’il ait introduit une réquisition et demandé la
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constatation de la mise en valeur du lot avec emploi des matériaux permanents ou semis permanents, faire
transformer son permis en concession définitive suivie d’immatriculation.
31
La production de terrains consiste en un aménagement des terrains destinés à la construction ou à
l’implantation des équipements.
32
Henri JACQUOT et François PRIET, [Link]., p. 590.
33
J–B AUBY, Hugues PERINET-MARQUET, Rozen NOGUELLON, [Link]., p. 391.
34
Trois institutions techniques interviennent à ce niveau : il s’agit de la Direction de l’urbanisme qui est
chargée d’effectuer des levées topographiques en vue de la conception des plans de lotissement et la
Direction du cadastre de leur implantation. Une fois conçus, ces plans sont transmis à la Commission
d’Urbanisme d’une ville pour adoption.
35
Toussaint ABLAYE ROASNGAR, L’accès à la terre au Tchad, édition « Le droit pour tous » du CEFOD,
N’Djamena, décembre 2008, p. 3.
36
L’attribution par adjudication se fait lorsque pour un même terrain de la catégorie A on enregistre
plusieurs demandes. Dans ce cas, la commission étudie les dossiers et attribue le terrain au plus offrant,
tout en veillant à ce que le bénéficiaire ne soit propriétaire de plus de deux terrains. Ce dernier doit payer
au cadastre des taxes de bornage, des frais de publicité et verser les 25% du prix du terrain.
37
Dans l’attribution par cession de gré à gré, la demande de l’intéressé est soumise à l’appréciation de la
[Link]ès étude, la commission notifie sa conclusion à l’intéressé. La commission transmet au
Cadastre la liste des attributaires et ceux-ci sont tenus de payer des taxes de bornage, des frais de publicité
et de verser 25% du prix du terrain37. Les dossiers sont ensuite transmis à la direction des domaines qui, à
son tour, les envoie à la mairie pour affichage afin de voir s’il y aura opposition à ces attributions
30
Le Tchad n’a pas, non plus, perdu de vue la planification urbaine. Celle-ci consiste en la
détermination par les pouvoirs publics de la configuration de la ville ainsi qu’en la définition
des usages sociaux de l’espace urbain. Cette technique permet de fixer de façon prévisionnelle
l’utilisation ou l’affectation des sols, le développement et l’implantation des équipements
afin de soustraire l’aménagement à l’empirisme ou à l’improvisation dans des contextes de
l’explosion démographique38. Toutefois, ce cadre juridique présente des limites.

2. Un cadre limité

Nous savons qu’en Afrique francophone, les législations en matière d’urbanisme ont puisé
leur inspiration dans l’arsenal juridique de l’ancienne puissance colonisatrice39. C’est ainsi
que le Tchad a repris ces concepts juridiques comme tels sans les débaptiser, tant du point de
vue de leur forme que de celui de leur contenu.
Le droit foncier et celui portant réglementation du permis de construire actuellement en
vigueur, découlent des textes qui datent des années 1960 et 1970, donc largement dépassés.
Or, une règle de droit, quelle que soit sa perfection technique et formelle, doit être en
relation avec la société et l’exprimer clairement, au lieu d’être un idéal incompréhensible
pour ceux auxquels elle doit s’appliquer et qui sont censés ne pas l’ignorer.

La distinction faite entre les terrains de catégorie A et les terrains de catégorie B est fausse
ainsi que les procédures qui y sont respectivement applicables. Le véritable problème est
celui du mode de construction dans le cadre de la mise en valeur des terrains. L’article 25
de la loi n°23 du 22 juillet 1967 indique que : « …les terrains de catégorie A ne peuvent être
construits qu’en matériaux durables. Les terrains de catégorie B peuvent être construits en
matériaux traditionnels… ». En fait, cette distinction fondée simplement sur les modalités de
constructions ne se justifie pas sous sa forme foncière. Seule devrait être prise en compte la
classification des terrains dans les zones d’urbanisme différentes du point de vue du permis
de construire ou du certificat d’urbanisme. Le législateur français, par exemple, opère une

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classification de différentes zones et subordonne l’octroi du permis de construire à des
conditions afférentes à ces zones40.
La réglementation togolaise de 196741 adopte une classification identique à celle de la
France. Cela montre l’importance du zonage42 dans la protection de l’environnement urbain,

38
Atsu AMEDEKANYA, La place du droit de l’urbanisme dans la gestion de l’environnement urbain dans les pays
d’Afrique subsaharienne : cas du Togo, p. 10.
39
Michel PROUZET, « Mimétisme et droit de la planification urbaine en Afrique noire », in E. LE BRIS, E. LE ROY et
F. LEIMDORFER (dir.) Enjeux fonciers en Afrique noire, ORSTOM-KARTHALA, Paris, 1982, p. 326.
40
Cf. article L.121-10 du Code de l’urbanisme français.
41
Cf. article 7 du décret togolais n°228 du 24 octobre 1967 qui dispose : « Toute construction doit être localisée
en fonction de son affectation dans la zone prévue à cet effet par les plans d’urbanisme, notamment pour les
résidences, l’habitation populaire, l’administration, la diplomatie, le commerce, l’industrie, l’enseignement, la
santé, les transports, les arts, les sports la police et l’armée ».
42
C’est le découpage du territoire en zones fonctionnellement différenciées. Le zonage est un outil de règlementation
et de contrôle de l’utilisation du sol. Il consiste à diviser le territoire municipal en plusieurs zones et à attribuer
à chacune des usages permis. Bref, il a théoriquement pour but de grouper géographiquement les usages
compatibles et de maintenir une certaine homogénéité sociale (commerces, industries, résidences, habitations,
agriculture, cultures, espaces verts).
31
même s’il fait objet d’une critique de la part de certains urbanistes43. D’ailleurs, le Conseil
d’État a estimé qu’il ne viole pas le principe d’égalité, car il procède de la nature même de
l’urbanisme44.

Nous constatons aussi à travers ces textes une dispersion des rôles et des responsabilités en
matière de gestion foncière. A titre d’exemple, l’ordonnance n°23 du 22 septembre 1975
reconnaît aux chefs d’arrondissements municipaux le pouvoir d’établir, de vérifier et de tenir
à jour les relevés cadastraux et de dresser un inventaire des biens fonciers et immobiliers
des habitants, de collaborer avec le service du cadastre à toutes les opérations d’attribution
de terrains, de vente des cases, alors que ce travail relève normalement des attributions
du Cadastre dont le rôle essentiel est l’établissement et la conservation des documents
cadastraux.

En ce qui concerne la législation sur le permis de construire au Tchad, celle-ci contient


assez de lacunes, ce qui ne permet pas d’assurer la rationalisation de l’utilisation de l’espace
et la protection de l’environnement urbain. Ces lacunes tiennent d’abord, à la qualité du
demandeur du permis de construire. Aujourd’hui, n’importe qui peut prétendre demander un
permis de construire au Tchad. Un permis de construire dont les conditions de délivrance sont
trop souples comme celles-là, ne pourra jamais assurer un contrôle rigoureux de l’utilisation
des sols. En droit français par exemple, ce droit n’est reconnu qu’au propriétaire du terrain
ou son représentant ou encore qu’à une personne justifiant d’un titre pour bénéficier de
l’expropriation. Le Conseil d’État a considéré comme légal un permis délivré à une personne
présentant une de ces qualités45. Elles tiennent ensuite à la composition du dossier46. Le
droit de l’urbanisme libanais exige même que la demande de permis de construire soit
accompagnée d’un dossier complet47.

Enfin, s’agissant des travaux exemptés du permis de construire, le législateur n’a fait allusion
qu’à ceux réalisés en matériaux traditionnels d’une valeur inférieure à deux millions de FCFA,
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

43
Le zonage est critiqué par certains urbanistes, notamment comme étant une source de maux sociaux,
incluant l’éloignement des lieux de résidence et d’emploi et l’avènement d’une culture de l’automobile.
Pourtant certaines villes ont commencé à promouvoir le développement de quartiers plus denses et à
usages mixtes qui favorisent la marche et le cyclisme pour se rendre au travail et aux cours.
44
CE, 3 nov. 1982, Mlle Bonnaire, Leb., p. 363.
45
Dans cet arrêt du 15 mai 1959, on relève que la dame JACQUEMART avait obtenu du préfet du Gard,
l’autorisation de construire une pièce dans le prolongement de sa maison. Son voisin le sieur Guérin
demandait l’annulation de ce permis en se fondant sur plusieurs moyens dont celui de la violation du droit
de propriété, estimant que la parcelle sur laquelle devait être édifiée la pièce supplémentaire n’appartenait
pas à dame Jacquemart. Le tribunal et le conseil d’État rejettent ce recours de Guérin en affirmant que la
Dame présentait bel et bien la qualité de propriétaire apparente du terrain.
46
L’article 3 de l’ordonnance précitée indique que chaque demande doit être accompagnée d’un dossier
technique composé du plan, du devis descriptif, et du détail estimatif et présenté en quatre exemplaires.
47
Cf. article 3 et 27 du décret n° 148 de 1983 portant constitution du dossier pour l’obtention du permis
de construire au Liban énumère les pièces du dossier : a) une attestation du tracé provenant des services
techniques comportant une carte cadastrale générale approuvée des services techniques du cadastre ou
une carte de bornage en cas d’absence de cadastrage définitif ; b) une attestation foncière générale ou
titre foncier ; c) une attestation d’estimation légale du prix de vente du m2 de terrain objet du permis de
construire ; d) cinq copies du plan masse et des plans d’exécution de la construction, orientation, limites,
implantation, plans coupes, élévation, équipements complémentaires avec l’engagement écrit dûment
signé par l’ingénieur responsable.
32
alors que ceux-ci peuvent très bien porter une atteinte grave à l’environnement. En principe,
seuls les travaux normaux d’entretien, d’embellissement et de rénovation48 devraient être
exemptés du permis de construire.

Concernant la politique de l’habitat, il est vrai, le gouvernement du Tchad a formulé en


1999, avec l’appui du PNUD et de l’ONU–Habitat une Stratégie nationale du logement qui
vise fondamentalement l’accès à un logement décent, viable et durable ainsi qu’aux services
de base pour toutes les couches sociales et particulièrement celles à revenus faibles ou
intermédiaires. Cependant, dans la pratique, nous constatons que le secteur de l’habitat
est peu développé. Nous déplorons l’absence de financement des logements par le Fonds
de Promotion de l’Habitat. Ce qui contribue au phénomène d’auto-construction et de
l’habitat locatif. Cette situation est aggravée par l’insuffisance des cabinets d’architectes,
des géomètres, de techniciens qualifiés du bâtiment et surtout des promoteurs immobiliers.
Bref, le secteur du logement au Tchad est caractérisé par l’absence même d’institutions
spécialisées dans l’aménagement foncier, la production et le financement de logements au
profit des populations à revenus faibles et intermédiaires. Cette situation ne favorise pas
l’accès facile au logement pour les populations pauvres et surtout pour les femmes.

B. Une mise en œuvre défaillante

Au Tchad, les documents d’urbanisme s’empilent dans les locaux de l’administration qui les
a élaborés et la rationalité de leur contenu, la ville idéale qu’ils projettent contraste avec
la réalité sordide des villes. Pourtant, la responsabilité fondamentale de la mise en œuvre
repose, au bout de la chaîne, sur l’action de l’État qui demeure le bras séculier seul capable
de donner à la norme environnementale une traduction concrète49. A quoi bon prévoir une
réglementation extrêmement fouillée quand on sait bien qu’elle ne pourra pas s’appliquer,
par manque de moyens et de volonté politique ? Une difficile application des textes et de
sanctions explique cette situation (1). On assiste alors à une dégradation du cadre de vie des
populations (2).

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48
Il faut entendre par travaux normaux d’entretien tout ce qui ne se rapporte pas à la structure de l’immeuble ou
sans incidence sur la conformité de l’immeuble par rapport aux règlements en vigueur comme le ravalement, le
badigeonnage, la peinture, l’étanchéïté, le décor, le changement des équipements sanitaires, le carrelage.
49
Patrice TALLA TAKOUKAM, « Les individus et le droit de l’environnement », in Mélanges en l’honneur de Michel
PRIEUR, Pour un droit commun de l’environnement, Dalloz Paris 2007, p. 695.
33
1. Une difficile application des textes et sanctions

Le droit a, par nature, vocation à être appliqué. Son effectivité traduit une application
correcte du droit, conforme à sa lettre ou du moins à son esprit. Les services en charge
de l’attribution de parcelles, en traitant de façon inégale les citoyens, exacerbent cette
situation. Ce n’est pas parce qu’une parcelle est acquise selon la coutume que son détenteur
n’a pas de droit sur celle-ci. La mauvaise application des lois sur le foncier se manifeste par
l’omission volontaire des droits coutumiers. Pourtant, la Cour d’Appel de N’Djamena en a
fait application dans l’affaire opposant H.A à la commune d’Abéché50. Au Tchad, les causes
des conflits fonciers sont consolidées par la méconnaissance des règles d’accès à la terre et
par le refus de l’application correcte de ces règles lorsqu’elles ne sont pas ignorées51. C’est
dans ce sens qu’un ancien président de la Cour d’Appel de N’Djamena affirmait : « Les litiges
fonciers trouvent leur origine dans la mauvaise application de la loi par les services chargés
de l’attribution des terrains, dans l’immixtion des agents incompétents dans l’attribution des
terrains… »52.

Un autre phénomène couramment observé est la double, la triple ou la quadruple attribution


de terrains53. Or, comment se fait qu’un terrain ayant fait l’objet d’attribution antérieure
soit à nouveau réattribué dans la mesure où c’est toujours par la même commission que les
attributions se font ? Même s’il est prévu dans le cahier de charges une clause selon laquelle
le domaine devrait être mis en valeur dans un délai de quatre (4) ans54, cette clause ne saurait
justifier une telle violation des dispositions légales, car le terrain devrait préalablement faire
l’objet d’un retour au domaine avant sa nouvelle attribution.

La mauvaise application de la loi s’observe aussi au niveau de la procédure de lotissement.


Dans la pratique, tous les lotissements sont créés par le service cadastre sans consulter les
autres services compétents. Inversement, les agents de l’Urbanisme réalisent des plans qu’ils
implantent sans l’avis de la commission. Les avantages financiers qu’accorde l’État aux
techniciens qui réalisent ces opérations ainsi que les opportunités d’effectuer des bornages
privés clandestins semblent être le moteur de ces trafics.
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50
La Cour a délibéré en ces termes : « Considérant qu’il résulte des dispositions de la loi n°24 du 22 juillet
1967 sur le régime des droits fonciers que lorsqu’il existe sur des terres des droits coutumiers entrainant une
mise en valeur, l’État peut, après les avoir fait constater, soit les supprimer en indemnisant les titulaires, soit
proposer autres droits équivalents ; considérant que H.A occupe régulièrement le terrain litigieux depuis 25
ans; considérant qu’en condamnant la mairie à 600.000 f CFA, le premier juge a fait une saine application de
la loi ».
51
Toussaint ABLAYE ROASNGAR, [Link]., p. 4.
52
[Link]/[Link]? Article 476-22k.
53
Il y a double, triple ou quadruple attribution lorsque par le fait de l’immatriculation, deux ou trois personnes
sont attributaires d’un même terrain, voir Cour d’appel de Ndjamena, répertoire n°075 du 23 mai 2005.
Lorsqu’il y a double attribution, la règle applicable est celle de l’antériorité de l’attribution, c’est à dire du
premier attributaire et des formalités accomplies, voir Cour d’Appel de N’Djamena, répertoire n°341 du 6
septembre 1999.
54
Cette clause est contenue dans le cahier de charges annexé au procès-verbal de l’adjudication de certains
terrains.
34
L’absence de contrôle efficace du foncier par les pouvoirs publics pénalise le développement
harmonieux des villes tchadiennes. Le contrôle prétendument exercé sur le marché foncier
est purement théorique, car la production foncière est presque entièrement aux mains des
propriétaires coutumiers qui sont les acteurs incontournables des opérations d’aménagement.
Ces derniers procèdent à des ventes sur la base des conventions entre vendeur et acheteur
sans que le vendeur ne puisse justifier d’un titre de propriété reconnu. Généralement, ce ne
sont pas des actes notariés mais de simples contrats privés parfois certifiés par les autorités
coutumières.
Au Tchad comme partout ailleurs, « les infractions aux règles d’urbanisme même apparentes ne
sont pas toujours poursuivies, soit par l’effet de l’indulgence de la puissance publique, soit par
l’effet du manque des personnels compétents pour les déceler et en dresser le procès-verbal »55.
Une bonne partie des travaux de construction, d’entretien ou d’amélioration des habitations
sont effectués sans autorisation et même en dehors des plans d’urbanisme officiels56, violant
ainsi l’une des dispositions de la loi n°006 du 12 janvier 2010 qui indique que « l’occupation
des sols urbains n’est possible que dans les zones ouvertes à l’urbanisation par un document
de planification urbaine régulièrement approuvé. Elle doit être précédée d’opérations de
lotissement »57. Pourtant, la sanction a pour finalité de « remplir une triple fonction : (…)
empêcher par l’effet d’intimidation, la réalisation ou le renouvellement d’une infraction ; (…)
réprimer les comportements fautifs (…) ; inciter l’auteur à (…) réparer le dommage causé »58.
Bref, les interdictions édictées par le législateur resteront des vœux pieux aussi longtemps
qu’elles ne seront pas sanctionnées59. Car, il est évident que nombre d’acteurs sociaux ne
respectent la loi que par la crainte de la sanction60 dont elle est assortie.

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


55
J–B AUBY, Hugues PERINET-MARQUET, Rozen NOGUELLON, [Link]., p. 212.
56
Comme preuve de ce défaitisme des pouvoirs publics, les populations continuent à s’installer à l’Est de la ville de
N’Djamena, alors même que, le dernier plan de l’urbanisme a prévu l’extension de la ville vers l’ouest, en raison
des contraintes physiques de l’Est.
57
Cf. article 10 de ladite loi.
58
NERAC-CROISIER Roselyne, Sauvegarde de l’environnement par le droit pénal, L’Harmattan, Sciences Criminelles,
2005, Paris, p. 52.
59
Benoît JADOT, La répression des infractions en matière d’environnement en Région Wallonne, Bruxelles, Édition
STORY-SCIENTIA, 1987, p. 44.
60
La sanction est définie comme la mesure répressive destinée à punir l’auteur d’une infraction, voir G. CORNU,
Association Henri-Capitant, Vocabulaire juridique, Paris, Quadrige/PUF, 7e, 2005, p. 830, cité par Cédrie MOLITOR
et Henri SIMONART, « Réflexions sur les sanctions administratives communales », in Robert ANDERSEN, Diane
DEOM et David RENDERSEN (dir.), Les sanctions administratives, Bruylant,2007, p.310 ; pour le Conseil d’État
belge, la sanction est « une mesure désavantageuse, d’ordre moral ou matériel prononcée à l’égard d’une personne
physique ou morale, dont l’objet premier est d’exprimer officiellement la réprobation de l’autorité à l’égard d’un
comportement que cette personne a eu et qu’elle juge répréhensible » CE belge, Arrêt S.A TVi n°101.503 du 5
décembre 2001, cité par F. KRENC, « La protection contre la répression administrative au regard de la Convention
européenne des droits de l’homme », in La protection juridictionnelle du citoyen face à l’administration, Actes du
colloque organisé le 29 septembre 2006 par le centre interdisciplinaire de recherche en droit constitutionnel des
FUSL n°4.
35
La démission des pouvoirs publics a permis l’occupation des espaces périurbains par les
citoyens en quête de logement61. Les villes tchadiennes sont, en conséquence, devenues
« le produit des imaginations individuelles libérées de tout encadrement contraignant »62.
Ce développement physique incontrôlé des villes du Tchad a des répercussions graves sur
l’environnement urbain, surtout encore que « lorsqu’un secteur est construit, il est à la fois
difficile et coûteux de le remettre en état »63.

2 - Une dégradation du cadre de vie

Lorsqu’on assiste à une croissance urbaine sans une planification préalable comme c’est le
cas dans presque toutes les villes des pays de l’Afrique subsaharienne, il n’est pas surprenant
de se retrouver avec un environnement affecté par les multiples actions de l’homme64. Le
cadre de vie des populations subit toutes sortes de dégradations. Les villes tchadiennes
sont exposées à des nuisances graves. Les maisons sont construites au mépris des règles
élémentaires d’hygiènes et pour la plupart, dépourvues d’installations sanitaires, ce qui
oblige une bonne partie des habitants des villes à utiliser les espaces libres et les dépotoirs
comme lieux d’aisances au mépris total des réglementations en vigueur65.
A propos des nuisances sonores, il suffit de faire un tour dans la capitale ou dans certaines
villes du pays pour se rendre à l’évidence. Dans un seul quartier de Ndjamena appelé
MOURSAL, nous avions eu à recenser 120 débits de boisson en 2008, sans compter les autres
sources de nuisances telles que les discothèques66. Pourtant, ils sont les principales sources
de nuisances sonores causant souvent d’énormes gênes aux populations environnantes. Ces
établissements, bien que trop bruyants, sont installés n’importe où, et même à côté des lieux
de culte et des établissements scolaires.

En ce qui concerne les nuisances alimentaires, la situation est pire. Les rares systèmes
d’approvisionnement en eau mis en place fuient à tout moment, de telle sorte que la pression
de l’eau est basse et que les eaux usées s’infiltrent dans l’eau potable. Ce qui cause le plus
souvent des maladies diarrhéiques. Cette situation est due à la consommation des aliments
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

et d’eau souillés par des agents pathogènes. En 2002, une enquête menée par une équipe du
Centre National de Nutrition et Technologie Alimentaire (CNNTA) dans 235 établissements
scolaires de la commune de N’Djamena a révélé une situation alimentaire alarmante67. En

61
Toussaint ABLAYE ROASNGAR, [Link]., p. 3.
62
Modeste CHOUAIBOU MFENJOU, [Link]., p. 125.
63
Rapport BRUNDTLAND, « Notre avenir à tous », 1988, p. 288.
64
Atsu AMEDEKANYA, [Link]., p. 45.
65
Arrêté n°145 du 18 octobre 1996 portant interdiction de défécation en plein air dans le territoire communal
et arrêté n° 146 du 18 octobre 1996 rendant obligatoire la construction des latrines familiales dans toutes les
concessions de N’Djamena.
66
Enquête personnelle menée en 2008 dans le cadre mes recherches pour la rédaction de mon mémoire de DEA en
droit et politique de l’environnement portant sur le thème : « l’urbanisation face aux exigences environnementales
au Tchad : le cas de la ville de N’Djamena ».
67
Les résultats de l’enquête menée par une équipe de CNNTA sont les suivants : 85% de ces établissements n’ont
de structures de vente d’aliments c’est-à-dire des stands ou kiosques ; 84% des manipulateurs sont des femmes
dont 22% sont des mères allaitantes. Sur le plan sanitaire, un seul manipulateur dispose d’une carte sanitaire. Les
produits sont exposés à même le sol, non loin des ordures et fèces, 33% des manipulateurs souffrent d’affections
notamment le rhume, la toux et la diarrhée.
36
plein milieu de la ville, on utilise même des eaux usées pour arroser les jardins, mettant ainsi
en cause la qualité des légumes destinés à la consommation des populations. Les points de
vente des denrées alimentaires sont caractérisés par une insalubrité générale, par le manque
d’infrastructures adéquates et par l’absence de contrôle des services en charge de l’hygiène
et de salubrité. La présence au long de l’année des déchets disséminés sur le domaine public
représente une source de pollution intense des produits comestibles exposés au marché et
destinés à la consommation des habitants. La municipalité n’est pas à même d’éliminer les
déchets ménagers qui causent des odeurs incommodantes68 dans la ville. L’inexistence d’une
décharge publique digne de ce nom pour assurer l’élimination de l’ensemble des déchets
urbains pose problème.
Au regard de tout ce qui précède, il convient d’envisager la mise en place d’une politique de
l’urbanisme qui soit véritablement verte.

II - Vers une politique verte de l’urbanisme

Le milieu urbain est le théâtre des convoitises foncières et l’obsession du citadin à acquérir
sa parcelle personnelle devient un objectif permanent à atteindre. C’est pourquoi, il est
nécessaire pour un pays comme le Tchad de disposer d’un cadre juridique de gestion foncière
au contenu clair, lui permettant de limiter l’occupation anarchique des terrains. L’application
de l’écologie urbaine69 aux villes tchadiennes serait une solution en vue de rendre ce milieu
plus vivable. Le droit de l’environnement requiert aussi une action sur le cadre citadin70, car
la ville est le milieu quotidien de la majeure partie de nos concitoyens. Pour une meilleure
protection du cadre de vie des populations, nous proposons deux innovations : une, juridique
(A) et l’autre opératoire (B).

A. L’innovation juridique

Les règles d’urbanisme devraient déterminer les conditions permettant de limiter l’utilisation
de l’espace, de prévoir suffisamment des jardins familiaux71 et terrains constructibles pour

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


la satisfaction des besoins présents et futurs en matière de logements. Autrement dit, les
règles d’urbanisme doivent respecter les préoccupations d’environnement72 et garantir la

68
C’est une sensation désagréable, gênante qui indispose les personnes humaines mais aussi les animaux, voire les
végétaux et qui est de nature à porter atteinte à la santé publique et surtout au bien-être.
69
L’écologie urbaine est une nouvelle science qui applique à l’espace que constitue la ville des méthodes et des
techniques d’études qui étaient jusqu’alors réservées au milieu naturel. Cette science considère la ville comme
l’écosystème de l’homme. L’écologie urbaine est non seulement la lutte contre les nuisances, mais surtout le
maintien et la recherche des équilibres. L’écologie n’est donc pas faite uniquement pour les milieux naturels.
70
Philippe Ch.–A. GUILLOT, Droit de l’environnement, Ellipses 1998, [Link]., p. 101.
71
Ce sont à la fois des espaces verts naturels et lieux de jardinage au titre de loisir et de patauger familial. Ils
répondent aujourd’hui à des besoins nouveaux d’ordre économique, écologique et social. Compte tenu des
tensions et violences urbaines, une population immigrée d’origine rurale récente ainsi que des personnes souvent
à la limite de l’indigence ou en situation de chômage chronique pourraient trouver grâce à ces jardins familiaux,
une source d’auto-alimentation indispensable et une activité gratifiante, tout en contribuant à entretenir
des espaces de type agricole ou maraicher, aménagés en tant que coupures écologiquement et socialement
indispensables à l’équilibre du tissu urbain.
72
Cf. article 1 du décret français du 12 octobre 1977.
73
Philippe Ch.–A. GUILLOT, [Link]., p. 105.
37
sécurité des personnes et des biens. Il faut alors un permis de construire vert (1) et un éco-
lotissement (2).

1. Un permis de construire vert


L’environnement urbain est protégé par l’obligation pesant sur la personne désirant bâtir ou
effectuer des travaux, de solliciter un permis de construire73. Le permis de construire permet
d’assurer l’exécution des plans d’urbanisme, de mettre en œuvre ou d’imposer directement aux
propriétaires les servitudes édictées dans les plans d’urbanisme74. Il se rattache à une police
administrative et la réglementation le concernant est donc tout entière d’ordre public75. Bref,
pour maitriser l’urbanisation des villes tchadiennes, il est souhaitable que le législateur fasse
la relecture de l’ordonnance réglementant le permis de construire. Trois principes doivent
gouverner les documents d’urbanisme comme plans et permis de construire. Il s’agit du
principe d’équilibre76, du principe de diversité des fonctions urbaines77 et du principe de
respect de l’environnement78.
D’abord, le législateur se doit de redéfinir la qualité de demandeur de permis. Cela pourra
limiter les atteintes causées à l’environnement par la souplesse excessive de la législation
actuelle. Une nouvelle disposition doit être prévue pour ne conférer cette qualité qu’aux
propriétaires de l’immeuble à bâtir, à leurs mandataires, à un constructeur justifiant d’un titre
l’habilitant à construire sur le terrain79, à un locataire justifiant de l’accord du propriétaire80,
à un bénéficiaire d’une promesse de vente, à un titulaire d’une autorisation d’occupation
du domaine public81 ou à une personne ayant qualité pour bénéficier de l’expropriation du
terrain pour cause d’utilité publique82. La jurisprudence du Conseil d’État français a ainsi
annulé le permis de construire accordé à une personne ne justifiant pas de cette qualité83.
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

74
Michel PRIEUR et Guy-Claude HENRIOT, Servitudes de droit public et de droit privé, 4e éd., Moniteur, 1979, p. 321.
75
Georges LIET-VEAUX, Droit de la construction, 4e éd., CELSE, Paris, 1976, p. 82.
76
Selon ce principe, les documents d’urbanisme doivent assurer l’équilibre entre le développement urbain et le
développement rural, la préservation des espaces agricoles et forestiers, la protection des espaces naturels et des
paysages, tout en respectant les objectifs de développement durable.
77
C’est un principe selon lequel les documents d’urbanisme doivent assurer l’équilibre entre emploi et habitat,
éviter la constitution des zones monofonctionnelles permettre la diversité de l’offre de logement.
78
Selon de denier principe, les documents d’urbanisme doivent veiller à une utilisation économe de l’espace, à la
sauvegarde du patrimoine naturel et bâti, à la maitrise de l’expansion urbaine et de la circulation automobile et
à la prise en compte des risques de toute nature.
79
CE, 24 avril 1974, consorts FOUREL, Rec. Lebon, p.2, voir Roger SAINT-ALARY, Droit de la construction, 7e éd.,
Dalloz, Paris, 2003, p. 44 ; voir CE, 22 novembre 2002 M. François-Poncet, n° 204244.
80
CE, 31 décembre 1976, Les Amis de l’Ile-de-Groix, JCP 77 II 18589, Conclusions Genevois, note Lief-Veaux.
81
CE, 12 mai 1976, consorts Leduc, Rec. Lebon, p. 252.
82
Il peut s’agir des personnes qui ont qualité d’expropriant, par exemple l’Etat, les collectivités territoriales, les
établissements publics et même certaines personnes privées lorsque la loi l’a expressément prévu, comme les
concessionnaires des services publics, concessionnaires d’opérations d’aménagement.
83
CE, 1987, M. et Mme GUILLAUME, locataires d’une exploitation commerciale dans un immeuble en copropriété
qui souhaitaient modifier l’aménagement intérieur et la devanture de leur magasin.
38
Ensuite, la demande elle-même devrait désormais préciser l’identité du demandeur (personne
morale ou physique, propriétaire, ou mandataire), l’identité et la qualité de l’auteur du
projet (architecte agréé en architecture), les références cadastrales, la nature des travaux, la
destination des constructions84. Quelques pièces complémentaires du dossier devraient être
exigées85.
Une obligation nouvelle doit s’imposer aux autorités qui délivrent un permis de construire,
celle de respecter les préoccupations d’environnement86, car il ne suffit pas de reformer
le permis de construire, encore faut-il le faire respecter au moment où les occupations
interviennent87. Etant donné que la décentralisation des autorisations d’urbanisme est une
innovation88, le pouvoir de délivrance du permis de construire devrait effectivement revenir
aux maires des villes, en application de la loi portant décentralisation au Tchad89. Autrement
dit, le maire sera bel et bien « le personnage de l’autorisation de construire »90.

Conformément à l’article 2 de la loi française du 10 juillet 1976 et à l’article L.110-1 et 2 du code


de l’environnement français, l’obligation de respecter les préoccupations environnementales
s’impose au maire en matière de délivrance du permis de construire. Il peut refuser le permis
de construire pour empêcher des constructions jugées contraires à l’environnement91 ou des
constructions exposées à des nuisances graves dues notamment au bruit. En bref, le droit de
l’urbanisme tient généralement compte du facteur bruit pour limiter, voire supprimer toute
possibilité de construire sur un terrain exposé à un bruit excessif92. En cas de refus du permis,
le juge exerce aussi un contrôle normal qui n’est pas tellement différent de celui exercé en
cas d’octroi de permis93, en appréciant les motifs de refus invoqués par l’administration et
vérifie la réalité de l’atteinte au site ou aux paysages.

84
Cf. R. 431-5 du Code de l’urbanisme français. • Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018
85
Le dossier devrait comporter les pièces suivantes : a) le titre foncier ; b) le mandat du propriétaire si possible ;
c) une copie d’une promesse de vente ; d) un titre de location ; e) le plan de situation du terrain, voir CE, 9 mai
1980, Epoux Begue, Rec. P.927 et 935 ; f) le plan masse des constructions à édifier ou à modifier ; g) les plans des
façades ; i) une ou des vues en coupe précisant l’implantation de la construction par rapport au terrain naturel et
indiquant le traitement des espaces extérieurs ; j) un document graphique permettant d’apprécier l’insertion du
projet de construction dans l’environnement, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et des abords.
86
Article 1 de la loi du 10 juillet 1976 devenu articla L.110-1 et 2 du code de l’environnement français ou article
R.111-14-2 du code de l’urbanisme français.
87
Henri JACQUOT et François PRIET, [Link]., p. 691.
88
Jean CATHELINEAU et Jean-Léon VIGNER, La technique du droit de l’urbanisme, 2e éd., Litec Paris, 1984, p. 107.
89
Loi n°02 du 6 février 2000 sur la décentralisation au Tchad.
90
Pierre CAMBOT, « Le maire et la construction sans autorisation », in Mélanges en honneur de Jean-Claude
DOUENCE, La profondeur du droit local, Dalloz, Paris, 2006, p. 99.
91
Cf. article R.111-2 du Code de l’urbanisme français.
92
Michel DESPAX, Droit de l’environnement, Litec, Paris, 1980, p. 457.
93
CE, 10 mars 1978, Rigo, Rec., p.973 ; CE, 1er décembre 1978, Drouet, Rec., p. 973 ; CE, 22 octobre 1982, Le Queaux,
Rec., p. 786.
39
Aussi, le juge n’a pas hésité à annuler un permis de construire pour erreur manifeste
d’appréciation de l’autorité l’ayant délivré94 ou un permis qui est contraire au règlement
d’urbanisme interdisant les constructions incompatibles avec la salubrité et la tranquillité95.
Il n’a pas hésité, non plus, à sanctionner les maires qui ne respectent pas la lettre et l’esprit
des textes en délivrant des permis par complaisance96. La délivrance d’un permis de construire
dans une zone dangereuse ou d’un permis de construire qui est entachée d’illégalité97 peut
engager la responsabilité de l’autorité compétente98, dès lors que le risque étant connu par
le responsable de la délivrance. Toutefois, à l’occasion de l’octroi du permis de construire, le
maire pourra aussi imposer des prescriptions particulières, « véritables obligations de faire »99,
si les constructions, par leurs dimensions, leur situation ou leur destination sont susceptibles
d’avoir des conséquences dommageables pour l’environnement. Il peut s’agir des mesures en
vue de la salubrité ou de la sécurité publique100, en vue de protéger la construction contre
les nuisances dues notamment au bruit101, en vue de maintenir ou de créer des espaces verts
correspondant à l’importance de l’immeuble102, en vue de réaliser, pour les constructions
industrielles, un réseau d’égouts pour les eaux résiduaires industrielles103 ou en vue de limiter
les effets néfastes d’une urbanisation dispersée portant atteinte aux espaces naturels et
urbains, aux sites et paysages104.

94
Ainsi constitue une erreur manifeste d’appréciation, le fait de ne pas utiliser cette compétence pour refuser un
permis concernant un parc résidentiel de loisirs de 54 logements dans les dunes de Bréville, alors même que toutes
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

les instances compétentes avaient admis la conformité de ce « hameau nouveau intégré à l’environnement » avec
la loi littoral. L’essentiel du projet était situé en lisière d’une Zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et
floristique (ZNIEFF) fort opportunément déclassée…Mais compte tenu de la nécessité de prendre en compte la
valeur des dunes dans leur ensemble… voir TA, Caen, 27 février 1996, Manche Nature ; constitue aussi une erreur
manifeste d’appréciation le fait d’accorder un permis à une centrale de fabrication de béton entrainant pour le
voisinage des nuisances de nature à porter atteinte à la salubrité publique, CE, 3 juillet 1981, Société Sordi, Rec.,
p.974 ; CE, juin 1987, Ministre Equipement c/ Roussel, RDI, 1987, p. 341.
95
CE, 6 décembre 1972, Mlle Neefs, Rec., p. 792.
97
T.A, Nice, 6 juillet 1995, S.N.C, Empain-Graham c/ Ministre de l’aménagement du territoire. Dans cette affaire
le Tribunal Administratif de Nice a considéré que l’autorisation par la commune d’opération d’urbanisme
méconnaissant les dispositions de la « loi littoral » est susceptible d’entrainer la responsabilité pour faute de la
collectivisé publique, comme celle de l’État, si le préfet a commis une faute lourde dans l’exercice du contrôle de
légalité à l’égard du bénéficiaire de l’autorisation qui peut avoir engagé des frais de pure perte. Voir CE, 27 juin
1976, société de construction immobilière Rhodanienne, Rec., p. 1120 ; voir CE, 12 mars 1990, Mme Gallichet, LPA
3 juillet 1991, p. 20 ; voir aussi Pierre CAMBOT, [Link]., p. 101.
98
C.A.A de Lyon, 28 février 1995, consorts Boudizzone.
99
Michel PIEUR, [Link]., p. 772.
100
CAA paris 30 janvier 1997, Rec., T., p.1114. Voir article R. 111-2 du code de l’urbanisme.
101
Article R. 111-3-1 du code de l’urbanisme.
102
Article R. 111-7 du code de l’urbanisme.
103
Article R. 111-12 du code de l’urbanisme.
40
2- Un éco-lotissement

Il est vrai, l’urbanisme opérationnel est la face la plus interventionniste du prisme des
politiques publiques d’urbanisme105. Les terrains à bâtir106, sont assurément la matière
première des politiques d’urbanisme puisqu’ils constituent l’assiette du développement
urbain107. En principe les terrains ainsi lotis devraient être équipés et viabilisés avant d’être
livrés aux particuliers.
La loi française du 12 juillet 1924 portant réglementation des lotissements a soumis ces
derniers au régime d’autorisation préalable destiné à s’assurer que ce lotissement envisagé
s’insérait dans les projets de développement de l’agglomération. Par autorisation de lotir108,
l’autorité publique soucieuse de l’intérêt général, sanctionne la qualité de l’opération. Elle
vérifie les prescriptions techniques, juridiques et financières, garantes de la réalisation des
espaces collectifs et de l’insertion de l’opération dans l’environnement bâti ou naturel.
L’autorité compétente en matière de délivrance de l’autorisation de lotir est souvent le
maire109 de la commune. La demande d’autorisation de lotir doit être accompagnée d’un
dossier complet110.

104
Article R. 111-21 du code de l’urbanisme.
105
Voir S. PERIGNON, Sur les limites de la distinction entre l’urbanisme réglementaire et l’urbanisme opérationnel,
Édition du Criton et Defrenois, 2004, p. 203, cité par J–B AUBY, Hugues PERINET-MARQUET, Rozen NOGUELLON,
[Link]., p. 361.
106
Désormais la qualification de terrains à bâtir est réservée aux terrains qui sont tout à la fois situés dans une zone
constructible et desservis par une voie d’accès, par un réseau électrique, par un réseau d’eau potable, par un réseau
d’assainissement. Le terrain à bâtir est aussi celui qui est « situé dans un secteur désigné comme constructible par
un plan d’occupation des sols rendu public ou approuvé par un document d’urbanisme en tenant lieu, ou bien
en l’absence d’un tel document, situé soit dans une partie actuellement urbanisée d’une commune, soit dans une

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partie de commune désignée conjointement comme constructible par le conseil municipal et le représentant
de l’État dans le département en application de l’article L.111-1-3 du code l’urbanisme ». Voir Jacques FERBOS et
Antoine BERNARD, L’expropriation et l’évaluation des biens, 8e éd., Moniteur, Paris, 1992, p. 25; voir Pierre-Jean
CIAUDO et Michel PEISSE, Guide du terrain à bâtir, Sirey, Paris 1981, pp. 5-16; voir Cass civ. 3e, 28 juillet 1975, Bull
civ III n°263, p.199; Cass Civ 3e, 28 avril 1993, Massiani, JCP 1994 II-22187, note A. BERNARD ; voir Cass civ 3e,
11 juin 1992,Epoux Gagé, AJP1 Janvier 1993, p.29 ; voir Cass civ 3e 18 nov. 1992,Commune d’ Huriel, AJP1, mai
1993, p.354, cités par J –B AUBY, Hugues PERINET-MARQUET, Rozen NOGUELLON, [Link].,p. 349.
107
Henri JACQUOT et François PRIET, [Link]., p. 469.
108
Instituée en France par la loi du 12 juillet 1924, autorisation de lotir a été remplacée par le permis d’aménager
créé par l’ordonnance du 8 octobre 2005, car selon ce texte, le permis d’aménager a un champ d’application plus
large que le lotissement, puisqu’il concerne tous les travaux, installations et aménagements affectant l’utilisation
des sols et figurant sur une liste arrêtée par décret en conseil des ministres.
109
Autorité locale et représentant de l’État dans la commune, le maire est le premier magistrat d’une commune
depuis la loi française du 14 décembre 1789 sur l’organisation des communes. Il est élu par le conseil municipal
et est chargé d’exécuter les décisions de ce dernier.
110
Le dossier accompagnant la demande se compose des pièces suivantes : a) une note de présentation qui fait
figure d’exposé des motifs de l’opération et de son insertion dans le site ; b) un plan de situation localisant le
terrain par rapport à l’agglomération et aux principaux équipements ; c) un plan de l’état actuel du terrain et de
ses abords ; d) une autorisation de coupe et d’abattage d’arbres ; e) une autorisation éventuelle de défrichement;
f) une étude d’impact ; g) un programme des équipements collectifs rendus nécessaires par le projet et pris en
charge par le lotisseur.
41
La loi n°014 du 17 août 1998111 et celle n°006 du 12 janvier 2010112 précitées font également
mention de l’autorisation de lotir et subordonnent sa délivrance au respect de l’environnement.
L’autorisation de lotir peut-être refusée pour des motifs tenant à l’environnement ou lorsque
le lotissement est de nature à compromettre les conditions d’un développement équilibré de
la commune113. L’adoption par le Tchad de ces deux lois est à saluer, mais elle reste insuffisante,
car il manque dans ce pays des acteurs privés de l’aménagement foncier et «le lotissement qui
est la plus ancienne des formes d’urbanisation des nouveaux quartiers spécialement affectés à
l’habitat individuel»114, ne relève que de la compétence exclusive de l’État et des collectivités
locales115.
D’ailleurs, les auteurs n’ont pas manqué de souligner l’importance de prise en compte de
l’environnement dans les opérations de lotissement116. Le Conseil d’État français a abondé
dans le même sens en considérant qu’un lotissement de 77 lots dans une commune de moins
de 2000 habitants nuirait gravement au caractère des lieux dans un site pittoresque et que
cette atteinte à l’environnement entacherait d’illégalité la déclaration d’utilité publique117.
Il en est de même pour l’opération de lotissement elle-même, qui peut être soumise aux
exigences des préoccupations environnementales, sous peine de son annulation par le juge
administratif118. En fait, la délivrance d’une autorisation de lotir irrégulière par une autorité
compétente peut constituer une faute de nature à engager la responsabilité de l’État envers
le bénéficiaire de cette autorisation119.

L’innovation juridique seule n’apportera pas de solution idoine. Elle a encore besoin d’être
renforcée par l’innovation opératoire.
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

111
Article 13 de la loi n°014 du 17 août 1998 définissant les principes généraux de la protection de l’environnement
au Tchad dispose que : « Le permis de construire et l’autorisation de lotir sont délivrés en tenant compte de l’impact
sur l’environnement. Ils peuvent être refusés ou soumis à des prescriptions spéciales si les constructions sont de
nature notamment à avoir des conséquences dommageables pour l’environnement, à compromettre la conservation
des lieux voisins ainsi que du patrimoine historique et naturel ».
112
Article 17 de ladite loi dispose : « Le lotissement est l’une des opérations d’urbanisme prévues qui se concrétisent
selon une procédure réglementaire dans le but d’en assurer la qualité, de préserver l’environnement, la qualité de la
vie des populations urbaines concernées et celles affectées par leurs effets ».
113
Michel PRIEUR, Droit de l’environnement, [Link]., p. 779.
114
Michel PRIEUR, [Link]., p. 777.
115
[Link] foncier urbain et la gouvernance locale en Afrique.
116
«Le nouveau droit des lotissements », Droit et Ville, 1978. 6 ; BOURY et CIAUDO, Guide du lotissement, éd. du
Moniteur, 1979, BESSON -GUILLAUMOT, Les lotissements, Berger-Levrault, 1980.
117
CE, 9 décembre 1977, Ministre de l’équipement c/ Weber, Rec. p.497, note Flauss.
118
C’est justement l’exemple de l’annulation par le Conseil d’État de la création d’une Zone d’Aménagement
Concertée au motif que le dossier ne contenait ni analyse des effets du projet sur l’environnement, ni s’agissant
d’une importante opération en milieu urbain, aucune indication sur les effets des travaux et aménagement sur la
commodité du voisinage, sur les mesures envisagées pour supprimer ou atténuer les nuisances que la réalisation
des équipements prévus pouvait entrainer, voir CE, 6 décembre 1985, Société Promotion Immobilière Jean Ache.
119
TA de Nice, 30 décembre 1988, S.A.R.L Bau Rouge Réalisations, req. n°1073-85.
42
B. L’innovation opératoire

Dans les pays en développement, les établissements humains connaissent une détérioration
qui tient principalement à la faiblesse des investissements effectués dans ce secteur par
suite de pénurie générale des ressources que connaissent ces pays120. C’est pourquoi, le Tchad
doit promouvoir la politique de l’habitat (1), car il est difficile, dans notre monde urbanisé,
d’étudier l’environnement sans traiter de l’habitat121. Il doit ensuite veiller à l’application
effective et efficace des sanctions (2).

1. La promotion d’une politique verte de l’habitat

L’objectif général retenu par la Conférence de Rio sur l’Environnement et le Développement


en matière d’établissements humains est d’améliorer la qualité de ces établissements pour
une meilleure condition de vie et de travail de tous. Il faut alors envisager de mettre en
place une politique appropriée de l’habitat. Cette politique traitera des besoins de terrains
et de logements pour tous et des politiques foncières favorisant les établissements humains
durables dans un monde en voie d’urbanisation122. Les pouvoirs publics peuvent faciliter
l’accès équitable des populations au sol (a) et au logement décent (b).
a. L’accès équitable au sol

Ces derniers temps, les programmes visant l’aménagement et l’équipement de terrains


urbains ont été remis en question, à cause de l’augmentation importante des prix des terrains
et de la diversification des filières irrégulières de production des terrains caractérisées par
l’insécurité foncière. Pourtant, la terre est apparue et sans doute, apparait-elle encore pour
la majorité de nos contemporains comme constituant l’essentiel du cadre dans lequel se
situent nos activités123. Au Tchad, comme partout en Afrique, hormis la loi, le mode d’accès
au foncier est majoritairement l’héritage et la gestion du foncier est, pour une large part, du
ressort de toute la collectivité qui l’hérite. Ce régime frappe une grande partie du patrimoine
foncier d’indivision. En d’autres termes, selon le régime coutumier, la terre constitue un
bien sacré qui appartient à la communauté ou à l’ensemble des personnes composant cette

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


communauté124. Sur la base de cette conception coutumière, les autorités nationales et
locales peuvent orienter leurs stratégies, de manière à ce que tout le monde puisse jouir de
ce droit ou du moins accéder au sol. Elles doivent, en outre, veiller à ce que soient fournis
aux populations le sol et les autres ressources dont elles ont besoin pour construire125. Les
populations des villes tchadiennes ont un besoin urgent et constant d’un plus grand nombre
de parcelles destinées à l’édification de logements à bon marché.

120
Déclaration de Rio de 1992, p. 39.
121
Nathalie BOCCADORO, « Le droit au logement : un droit fondamental », in CHAMPEIL-DESPLATS (Véronique),
GHEZALI (Mahfoud), KARAGIANIS(Syméon), Environnement et renouveaux de droits de l’homme, Actes du
colloque de Boulogne-sur-Mer du 20-21 novembre 2003, Documentation française, Paris 2006, p. 51.
122
Déclaration de New Delhi du 17 au 19 janvier 1996 sur l’accès au sol et à la sécurité foncière en tant que
conditions d’un développement durable du logement et des centres urbains.
123
HILLAH Ayité Mawulolo, La publicité foncière au Togo, Mémoire d’étude de 2e cycle pour l’obtention du diplôme
de maitrise es-sciences juridiques, Université de Lomé, année académique 1989-1990, p. 1.
124
Ibid. p. 79.
125
Rapport BRUNDTLAND, « Notre avenir à tous », 1988, [Link]., p. 301.
43
Aujourd’hui au Tchad, les procédures domaniales sont si longues, si onéreuses et compliquées
qu’il n’est pas facile pour une couche défavorisée de la population d’y accéder. Or, l’accès
aux ressources en sols est indispensable au maintien de modes de vie ayant un faible impact
sur l’environnement126. Pour faciliter l’accès au sol et de façon équitable, il va falloir mettre
en place un système d’information du public par la publication ou la vulgarisation régulière
des législations foncières, de façon à ce que tous les citoyens soient mis au parfum de
ces procédures. Il faut aussi créer, au besoin, des marchés fonciers accessibles permettant
de répondre aux besoins du développement communautaire, en améliorant les systèmes
cadastraux et en simplifiant les procédures régissant les transactions foncières.

Les populations pauvres des villes doivent avoir accès à des terrains aménagés, à un prix
convenable avec une sécurité foncière. Les politiques, institutions et instruments administratifs
chargés de l’attribution de terrains et de la gestion foncière doivent reposer sur des principes
d’équité, d’efficacité, de souplesse. L’accès équitable signifie aussi qu’il faille cibler les couches
les plus défavorisées à qui faciliter la procédure d’accès aux parcelles viabilisées et mettre
un terme à la politisation du système d’attribution de terrain. L’appartenance politique ne
devrait en aucune manière justifier l’accès au sol. De cette manière, le Tchad emboitera le pas
à certains pays africains127 où les populations à faible revenu ont bénéficié d’une assistance
des pouvoirs publics pour avoir leurs propres parcelles. Mais en plus, il faut aussi faciliter
l’accès au logement décent.
b. L’accès au logement décent

Nous savons qu’au Tchad l’habitat du plus grand nombre n’est pas encore pris en compte
par les filières structurées. L’habitat de la majorité des populations urbaines se réalise
quotidiennement grâce à l’autofinancement, l’auto-promotion et l’auto construction. Les
tontines, les mutuelles et autres formes d’épargne constituent les principales sources de
financement de l’habitat populaire. Pourtant, la qualité de la ville exige que les catégories les
plus défavorisées puissent y trouver non seulement un air non pollué et du calme mais aussi
des logements et équipements adaptés à leur situation128. D’ailleurs, le Conseil Constitutionnel
français a affirmé que « la possibilité pour toute personne de disposer d’un logement décent
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est un objectif à valeur constitutionnelle »129.

Il est de la responsabilité de la commune d’élaborer ce programme local de l’habitat130. Dans


un pays où la préoccupation fondamentale du citoyen est d’avoir sa propre maison, il serait
souhaitable que les pouvoirs publics mettent à la disposition des citoyens des habitations à
loyers modérés, à charge pour eux, de les acquérir par payement échelonné131. En France par

126
Déclaration de Rio sur l’Environnement et le Développement de 1992, [Link]., p. 43.
127
C’est le cas au Kenya où le gouvernement a permis aux résidents locaux d’avoir accès aux terres, quitte aux ONG
de fournir un appui technique et juridique pour l’obtention des titres de propriété://[Link]/French/eeosoc
dev/geninfo/afreec/ vol 15 n°1/[Link], [Link].,
128
Michel PRIEUR, [Link]., p.767.
129
Conseil Constitutionnel français, dans sa décision du 19 janvier 1995 relative à la loi relative à diversité de
l’habitat ; voir CC dans sa décision du 29 juillet 1998 relative à la loi d’orientation relative à la lutte contre les
exclusions.
130
Jean RIVERO et Jean WALINE, Droit Administratif, 17e éd., Dalloz, Paris, 1998, p. 363.
131
Mebat PIGNIBAM, Le régime foncier et la protection de l’environnement au Togo, Mémoire de 3e cycle pour
l’obtention de DEA, en droit et politique de l’environnement, Faculté de droit de l’Université de Lomé, année
académique 1999-2000, p. 45.
44
exemple, le droit au logement132 a pris une dimension sociale, administrative et financière à
partir de la loi de 1990, relative à la mise en œuvre du droit au logement. Une des dispositions
de ladite loi prévoit à cet égard que « garantir le droit au logement constitue un devoir de
solidarité pour l’ensemble de la nation. Toute personne ou famille éprouvant des difficultés
particulières, en raison notamment de l’inadaptation de ses ressources ou de ses conditions
d’existence, a droit à une aide de la collectivité, dans les conditions fixées par la présente loi,
pour accéder à un logement décent et indépendant ou s’y maintenir, et pour y disposer de la
fourniture d’eau, d’énergie et de services téléphoniques »133. Ce droit au logement a même été
invoqué pour justifier une construction réalisée sans permis de construire134.
Ainsi, l’accès à un logement sûr et sain est essentiel au bien-être physique, psychologique,
social et économique de chacun et devrait être un élément fondamental de l’action entreprise
aux niveaux national et international135. Le droit à un logement adéquat en tant que droit
fondamental de la personne humaine est consacré aussi bien par la Déclaration Universelle
des droits de l’Homme136, par le Pacte International relatif aux droits économiques, sociaux
et culturels137, par la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes
de discrimination raciale138, que par la Charte Sociale Européenne Révisée de 1996139. La
Stratégie Mondiale du Logement jusqu’aux années 2000 et au-delà adoptée par l’Assemblée
Générale des Nations-Unies en décembre 1988 par la Résolution 43/181NU fournit aussi un
bel exemple140.

132
Ce droit était désigné, à l’origine, sous le vocable de droit à l’habitat à travers la Loi n° 82-526 du 22 juin 1982,
relative aux droits et obligations des locataires et des bailleurs, dite loi Quillot, JO, 23 juin 1982, avant de devenir
un droit au logement. C’est le droit de disposer d’un local à usage d’habitation qui soit conforme au respect de
la dignité humaine. Voir C. Albigès, « Le droit au logement », in R. Cabrillac, M.-A. Frison-Roche, T. Revet, Libertés
et droits fondamentaux, Dalloz, coll. CRFPA, 14e éd., 2008, p. 789.
133
Art 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990, relative à la mise en œuvre du droit au logement, JO, 2 juin 1990.
134
Cass. Crim., 14 mai 2008, pourvoi n° 07-84.955. Dans l’espèce, la Cour a estimé qu’« une mesure de démolition
sous astreinte d’une construction qui constitue la résidence familiale sans que soit préalablement mise en place, à
l’initiative des pouvoirs publics, une solution décente de relogement est contraire au droit au logement opposable et

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


relève d’une mesure disproportionnée par rapport à l’atteinte portée aux intérêts protégés par le plan d’occupation
des sols ».
135
Voir Déclaration de Rio sur l’Environnement et le Développement de 1992, p. 40.
136
Cf. article 25 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme du 10 décembre 1948.
137
Cf. art 11 qui dispose : « Les États parties au présent Pacte reconnaissent le droit de toute personne à un niveau
de vie suffisant pour elle-même et sa famille, y compris une nourriture, un vêtement et un logement suffisants,
ainsi qu’à une amélioration constante de ses conditions d’existence ».
138
Cf. article 5 alinéa e de ladite convention qui fait notamment obligation aux États d’interdire et éliminer
la discrimination raciale sous toutes ses formes et garantir le droit de chacun à l’égalité devant la loi sans
distinction de race, de couleur ou d’origine nationale ou ethnique, notamment dans la jouissance des droits (...)
économiques, sociaux et culturels ... et en particulier le droit au logement.
139
Cette charte dispose à son article 31 que : « En vue d’assurer l’exercice effectif du droit au logement, les parties
s’engagent à prendre les mesures destinées à favoriser l’accès au logement d’un niveau suffisant, à prévenir et
à réduire l’état de sans-abris en vue de son élimination progressive, à rendre le cout du logement accessible aux
personnes qui ne disposent pas de ressources suffisantes ».
140
Cette stratégie recommande aux États de : a) adopter des stratégies nationales de logement ou de renforcer
celles qui existent déjà ; b) prendre des mesures visant à fournir un logement adéquat à ceux parmi les pauvres
qui sont sans abris ; c) aider les pauvres des zones urbaines, les chômeurs et ceux qui ne disposent pas de revenu
à se procurer un logement adéquat ; d) faciliter l’accès au logement des pauvres des zones urbaines et rurales en
adoptant et appliquant les programmes de logement et de financement et de nouveaux mécanismes novateurs
adaptés à leurs possibilités.
45
C’est justement dans ce cadre que se situera cette politique, puisqu’à l’heure actuelle, bien
de familles vivant en ville ne disposent pas de logement digne, sain et adéquat. Les efforts
actuellement entrepris par le gouvernement en matière de logements sociaux141 méritent
d’être poursuivis, mais à condition que cette politique soit véritablement orientée vers les
ménages à faible revenu et vers la promotion des matériaux de construction. Dans cette
optique, le gouvernement du Tchad doit :
- Construire des logements sociaux pour les ménages pauvres et définir les modalités de
récupération des coûts auprès de ces derniers. Ces logements peuvent être destinés
uniquement à la location-achat. Cette politique d’habitations à loyers modérés permettrait
d’éviter l’urbanisation anarchique et sauvage et l’occupation des zones impropres à la
construction142 ;
- Apporter son soutien à la production des matériaux de construction ou à la défiscalisation
de ces matériaux de construction et à l’octroi des crédits pour l’amélioration de l’habitat
ou de crédits bancaires pour le financement du logement, à charge pour ces familles
pauvres de construire leurs maisons ou de les améliorer ;
- Imposer aux banques de la place de mettre en place un système d’épargne logement qui
demande un minimum de deux à trois ans d’épargne régulière, puisque la banque de
l’habitat créée au Tchad n’est pas jusqu’à présent opérationnelle ;
- Mettre en place, de concert avec la Direction de l’architecture, un système qui consiste à
créer des bureaux de quartiers dont la mission est de fournir des avis ou une assistance
technique sur la manière de construire de logements mieux et moins chers. Cela permettra
la mise au point des méthodes de constructions de logements à prix abordables. Les avis
de ces conseils professionnels pourraient être plus efficaces, que de prescrire ce que l’on
ne peut pas construire143 ;
- Enfin, adopter une approche intégrée pour doter ces établissements urbains d’une
infrastructure écologiquement rationnelle, à l’intention des populations pauvres. Cela
pourrait améliorer la santé, réduire le fardeau des investissements consacrés à la médecine
curative et atténuer la pauvreté.

Il est indéniable que l’efficacité d’une règle de droit dépend de l’efficacité du système de
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contrôle et de répression.

141
La politique gouvernementale de l’habitat est mise en œuvre par le Projet Développement Urbain et d’Amélioration
de l’Habitat (PDURAH) avec l’appui technique du PNUD et de l’ONU- Habitat. Le projet devrait, selon le ministre
de l’Aménagement du territoire, de l’urbanisme et de l’habitat, « contribuer à l’amélioration des conditions de
vie et d’habitat des populations urbaines en apportant une solution opérationnelle et durable à leur problème
d’accès au logement et aux services urbains de base. ». De façon pratique, le projet DURAH a construit un
ensemble de 70 logements, dont 40 de type F3 et 30 de type F2. Ces logements ont été cédés en location-vente
aux enseignants-chercheurs, qui devront débourser 26 750 000 FCFA pour les F3 et 18.900.000 [Link] pour les
F2, dans un délai maximal de 14 ans, pour en devenir propriétaires. Le 31 mars 2010, le chef de l’État Idriss DEBY
ITNO a non seulement offert les clefs de 70 appartements de types F2 et F3 aux enseignants-chercheurs, mais
également posé la première pierre d’un grand ensemble immobilier.
142
Mébat PIGNIBAM, [Link]., p. 45.
143
Rapport BRUNDTLAND, « Notre avenir à tous », 1988, [Link]., p. 302.
46
1. Une application efficace des sanctions

Il importe de noter que nulle part dans le monde le droit ne fait la ville, même dans les
pays où des règles juridiques président depuis longtemps au développement urbain, les
infractions à la réglementation d’urbanisme sont tellement nombreuses qu’elles engendrent
forcément scepticisme et interrogations sur l’efficacité du droit144. Le contrôle de la mise en
œuvre est un facteur déterminant de l’efficacité des normes145. Les pouvoirs publics doivent
désormais sanctionner l’exécution des travaux ou l’utilisation des sols en méconnaissance
des obligations imposées par les règlements ou autorisations individuelles. Les agents en
charge de ce contrôle peuvent, au cours de leur travail, avoir accès aux chantiers et aux
bâtiments pour faire toutes les recherches et constatations. Un ordre d’interruption des
travaux146 doit être donné en cas des travaux soumis à permis, mais exécutés sans ce dernier
ou en cas des travaux non conformes à un permis délivré. La construction sans permis, le
démarrage de travaux avant l’octroi du permis ou après péremption du permis, sont des actes
répréhensibles qui ne doivent pas être tolérés ou restés impunis comme par le passé. Les
auteurs de ces infractions aux règles urbanistiques s’exposeront à des sanctions pénales147
et/ou à des mesures de réparation.

Dans le domaine de l’hygiène alimentaire, des agents spécialement formés seront chargés
d’inspecter et de contrôler régulièrement la salubrité des lieux de vente des aliments ainsi
que les lieux de production de la viande, du poisson, du pain et les débits de boissons. A cet
effet, un contrôle rigoureux doit être exercé sur la qualité des denrées alimentaires, c’est-à-
dire, sur leur innocuité, leur valeur nutritionnelle, leurs caractéristiques organoleptiques, sur
leur mode de transport, de conservation et de vente148. Les produits déclarés impropres à la
consommation par les agents de contrôle devraient être systématiquement saisis et détruits
et leurs propriétaires sanctionnés.

En matière de salubrité environnementale, il va falloir procéder périodiquement à la


prospection domiciliaire afin de s’assurer de l’entretien des piscines, des toilettes et de vérifier
l’existence des douches, des latrines familiales, quand on sait que la majorité des populations

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citadines utilisent la nature comme leurs lieux d’aisance. Ces agents auront également pour
mission de s’assurer de la propreté de la voie publique et des caniveaux et de « veiller sur la
propreté des milieux d’habitation, sur la salubrité des lieux publics, des milieux naturels et sur
l’acheminement des déchets vers les décharges publiques »149, car une personne qui jette les
ordures n’importe où, trouble l’ordre public150. Les personnes surprises en train d’importer ou

144
Michel PROUZET, « Mimétisme et droit de la planification urbaine en Afrique noire », in E. Le Bris E. Le Roy et F.
LEIMDORFER (dir.), Enjeux fonciers en Afrique Noire, [Link]., p. 325.
145
J. CHARPENTIER, cité par Patrice TALLA TAKOUKAM, « Les individus et le droit de l’environnement », in Mélanges
en l’honneur de Michel PRIEUR, Pour un droit commun de l’environnement, [Link]., p. 695.
146
C’est une procédure qui peut être mise en œuvre par les autorités administratives pour éviter qu’une infraction
qui est en cours d’exécution ne s’aggrave.
147
Amendes et emprisonnement.
148
Koueviakoé ASSIOGEON FAFIDJI, La police de l’hygiène et de la salubrité environnementale au Togo, Mémoire
pour l’obtention de DEA en droit et politique de l’environnement, Faculté de Droit, Université de Lomé, Année
académique1998-1999, p. 53.
149
Ibid. p. 56.
150
Monsieur Gottlieb Lobe MWEKOSSO, ancien Directeur Régional de l’OMS pour l’Afrique et ministre camerounais
de la santé publique, cité par Koueviakoé ASSIOGEON FAFIDJI, ibid., p. 1.
47
de vendre des sacs en plastiques en violation des dispositions de l’arrêté n°194/M/SG/08 du
8 août 2008 portant interdiction de l’importation et de la vente des emballages en plastique
sur le territoire national, doivent être correctement corrigées et amendées.
L’inobservation des règles d’hygiène et des mesures d’assainissement collectif nécessite aussi
l’application des sanctions administratives151, tant à l’égard des personnes morales que des
personnes physiques, car la possibilité d’infliger une punition aux personnes morales constitue
d’ailleurs l’une des raisons essentielles de l’émergence des sanctions administratives, à une
époque où le droit pénal n’autorisait que la poursuite individuelle152. C’est l’exemple de
l’affaire opposant l’entreprise agroalimentaire SAPLAIT à l’administration camerounaise153.
Mais comme tout acte administratif, la sanction administrative doit reposer sur des motifs
légalement admissibles. L’autorité administrative ne peut donc sanctionner que si elle est en
mesure d’invoquer des circonstances permettant la mise en œuvre de ses prérogatives. Bref,
les autorités administratives et les tribunaux correctionnels doivent veiller à l’application
effective des peines pécuniaires et même privatives de liberté.

Conclusion
En conclusion, il faut relever que la politique d’urbanisme telle que conçue par le Tchad est
loin d’assurer une protection efficace de l’environnement urbain. Pour preuve, le cadre de
vie des citoyens tchadiens se trouve fortement dégradé. C’est dire que la tâche qui consiste à
adopter un texte qui puisse être le reflet des réalités tchadiennes aussi variées et complexes
n’est pas aisée. Le législateur tchadien peine à adopter des normes qui répondent le mieux aux
exigences environnementales urbaines. Cette situation s’explique en partie, par le caractère
à la fois jeune et transversal du droit de l’environnement. À cette faiblesse institutionnelle
et normative, viennent s’ajouter le défaitisme des pouvoirs publics et l’incivisme écologique
caractérisé des citoyens. Comme thérapie de choc, nous proposons, dans un premier temps,
que le législateur tchadien redéfinisse les règles d’occupation de sols, notamment les permis
de construire et de lotir et dans un second temps, que les pouvoirs publics promeuvent la
politique de l’habitat et assurent la mise en œuvre effective par l’application des textes et
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des sanctions.

151
Cf. la recommandation R. 91/1 adoptée le 13 février 91 par le comité des ministres du Conseil de l’Europe, relative
aux sanctions administratives définit la sanction administrative comme « les actes qui infligent une pénalité
aux personnes en raison d’un comportement contraire aux normes applicables, qu’il s’agisse d’une amende ou
de toute autre mesure punitive d’ordre pécuniaire ou non. Ne sont pas considérées comme telles : les mesures
que l’autorité administrative est tenue de prendre en exécution d’une condamnation pénale : les sanctions
disciplinaires ». Elles sont des mesures à vocation répressive établies par ou en vertu de la loi prise par une
autorité administrative au moyen d’un acte administratif de portée individuelle, en réaction à la violation d’une
règle de droit. Autrement dit, elles permettent à l’administration compétente de réprimer celui qui a enfreint les
règles d’hygiène et de salubrité environnementale sans recourir aux tribunaux répressifs.
152
Thomas BOMBOIS et Diane DEON : « Définition de la sanction administrative », in Robert ANDERSEN, Diane DEON
et David RENDER (dir.), Sanctions administratives, Bruylant, 2007, p.34.
153
SAPLAIT, une entreprise de fabrication des produits laitiers a été fermée à suite d’une inspection des services
compétents en [Link] le rapport de l’inspection il apparait que cette entreprise ne respectait plus toutes
les mesures d’hygiène à prendre dans son usine et des analyses effectuées dans le laboratoire d’hygiène public
révélaient un taux de bactéries anormalement élevé dans les échantillons de yaourt prélevés. L’administration
ordonna le retrait des produits de la société en cause de la circulation ainsi que la fermeture temporaire de son
usine jusqu’à ce que les aménagements techniques nécessaires fussent effectués.
48
Références bibliographiques
1. Ouvrages

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• KAMTO (Maurice), Droit de l’environnement en Afrique, EDICEF, 1996, 415 pages ;
• LIET-VEAUX (Georges), Droit de la construction, 4e éd., CELSE, Paris, 1976, 389 pages.
• LAVIGNE DELVILLE (Philippe), Quelles politiques foncières pour l’Afrique rurale, Karthala,
1998, 744 pages.
• MALLAT (Hyam), Droit de l’urbanisme, de la construction, de l’environnement et de l’eau au
Liban, Bruylant Delta et LGDJ, 1997, 335 pages.
• PRIEUR (Michel), Droit de l’environnement, 5e éd., Dalloz, Paris 2004, 1001 pages.
• ROMI (Raphaël), Les collectivités locales et l’environnement, LGDJ, Paris 149 pages.
• ROCHE (Catherine), Droit de l’environnement, Édition Gualino, Paris, 2001, 212 pages.
• ROMI (Raphaël), Droit et Administration de l’environnement, Montchrestien, 6e éd., Paris,
2007, 647 pages.

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


• PRIEUR (Michel) et HENRIOT (Guy-Claude), Servitudes de droit public et de droit privé, 4e éd.,
Le Moniteur, 1979, 510 pages.

2. Mémoires

• ALIOU (Moussa), La prise en compte des préoccupations environnementales en droit nigérien


d’urbanisme, mémoire pour l’obtention du DEA en droit et politique de l’environnement,
Faculté de Droit, Université de Lomé, Année académique 2003- 2004, 74 pages.
• AMEDEKANYA (Atsu), La place du droit de l’urbanisme dans la gestion de l’environnement
urbain dans les pays d’Afrique subsaharienne : cas du Togo, Mémoire pour l’obtention du DEA
en droit et politique de l’environnement, Faculté de Droit de l’Université de Lomé, Année
académique 1997-1998, 70 pages.
• ASSEMBONI (Alida Nabobué), Urbanisation et environnement en Afrique : le cas du Togo,
Mémoire pour l’obtention du DEA en droit et politique de l’environnement, Faculté de Droit,
Université de Lomé, Année académique 1998-1999, 61 pages.
• KOUEVIAKOE (Assiogeon Fafidji), La police de l’hygiène et de la salubrité environnementale

49
au Togo, Mémoire pour l’obtention de DEA en droit et politique de l’environnement, Faculté
de Droit, Université de Lomé, Année académique1998-1999, 59 pages.
• MOUAMADJI (Danbé), L’urbanisation face aux exigences environnementales au Tchad :
le cas de la ville de N’Djamena, Mémoire pour l’obtention de DEA en droit et politique de
l’environnement, Faculté de Droit, Université de Lomé, Année académique 2008-2009,100
pages.
• PIGNIBAM (Mebat), Le régime foncier et la protection de l’environnement au Togo, Mémoire
pour l’obtention de DEA en droit et politique de l’environnement, Faculté de Droit, Université
de Lomé, Année académique 1999-2000, 76 pages.
• SACKO (Ansoumane), Urbanisation et protection de l’environnement en Guinée : le cas de la
ville de Conakry, Mémoire pour l’obtention du DEA en droit et politique de l’environnement,
Faculté de Droit, Université de Lomé, Année académique 2004-2005, 114 pages.
• TOUPE (Florence-Marie Delphine), Les collectivités décentralisées dans la gestion de
l’environnement au Benin, Mémoire de 3e cycle pour l’obtention de DEA en droit et politique
de l’environnement, Faculté de droit, Université de Lomé, Année académique 2003-2004,
73 pages.

3. Articles

• BOCCADORO (Nathalie), « Le droit au logement : un droit fondamental », in CHAMPEIL-


DESPLATS(Véronique), GHEZALI(Mahfoud), KARAGIANIS (Symeon), Environnement et
renouveaux de droits de l’homme, Actes du colloque de Boulogne-sur-Mer du 20-21
novembre 2003, Documentation française, Paris 2006, 14 pages.
• BERASSIDE (Guidingar) et NDIEKHOR (Yémadji), « L’environnement urbain : le cas de
N’Djamena », in Institut PANOS, Le Tchad et son environnement, Édition Imprimerie du
Tchad, 16 pages.
• CAMBOT (Pierre), « Le maire et la construction sans autorisation », in Mélanges en honneur
de Jean-Claude DOUENCE, La profondeur du droit local, Dalloz, Paris, 2006, 24 pages.
• GIRAUDEL (Catherine), « Fraudes et nuisances alimentaires », in RJE n°1/1987-1988, p.59.
• PRIET (François), « Le lotissement communal : particularités juridiques », Dr. adm., avril
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1999, Chron. n° 7 p. 4.
• PROUZET (Michel), « Mimétisme et droit de la planification urbaine en Afrique noire », in E. Le
Bris E. Le Roy et F. LEIMDORFER (dir.), Enjeux fonciers en Afrique Noire, ORSTOM-KARTHALA,
Paris, 1982, 5 pages.

4. Textes juridiques

• Constitution tchadienne du 31 mars 1996.


• Code de l’urbanisme français.
• Loi n°006 du 12 janvier 2010, fixant les principes fondamentaux applicables en matière
d’urbanisme au Tchad.
• Loi n°004 du 7 janvier 2010, fixant les principes fondamentaux applicables en matière de
construction au Tchad.
• Loi n°02 du 6 février 2000 sur la décentralisation au Tchad.
• Loi n°014 du 17 août 1998 définissant les principes généraux de protection de l’environnement
au Tchad.
• Loi n°23 du 22 juillet 1967 portant statuts des droits fonciers au Tchad.
50
• Loi n°24 du 22 juillet 1967 portant régimes fonciers au Tchad.
• Loi n° 25 du 22 juillet 1967 portant limitation des droits fonciers au Tchad.
• Ordonnance n°17 du 9 juillet 1970 portant réglementation du permis de construire au
Tchad.
• Décret n°1313 /PR/PM/MATUH/08 du 23 octobre 2008 portant création, attribution et
fonctionnement de la commission d’urbanisme pour la ville de N’Djamena.
• Décret n°1312 /PR/PM/MATUH/08 du 23 octobre 2008 portant création, attribution
et fonctionnement de la commission d’attribution des terrains en zones urbaines en
république du Tchad.
• Décret n° 087 du 20 mars 1985 fixant les taxes de désinfection, de désinsectisation, de
dératisation et amendes à infliger pour non observation des règles d’hygiène en république
du Tchad.
• Décret 67-228 du 24 octobre 1967 relatif à l’urbanisme et au permis de construire au Togo.
• Arrêté n°145 du 18 octobre 1996 portant interdiction de défécation en plein air dans le
territoire communal de N’Djamena.
• Arrêté n° 146 du 18 octobre 1996 rendant obligatoire la construction des latrines familiales
dans toutes les concessions de N’Djamena.

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

51
POLLUTION PAR LES SACHETS PLASTIQUES :
LES RAISONS D’UN ENCADREMENT JURIDIQUE GÉNÉRAL
Dr Pulchérie DONOUMASSOU SIMEON

Résumé
Les sachets plastiques une fois utilisés sont la cause de la pollution esthétique et sont très nocifs
pour la faune et la flore aquatique ainsi que pour l’homme. La pollution par les plastiques en
général et les sachets plastiques non biodégradables en particulier, constitue un fléau mondial
dont a pris conscience la communauté internationale. Toutefois, la lutte pour l’éradiquer
est menée de manière isolée, en dépit des multiples opportunités incluses dans les accords
environnementaux. Partis du constat que l’environnement dans tous ses compartiments se
trouve de nos jours, envahi par les sachets plastiques qui mettent en danger la vie des animaux
et des hommes, cette recherche a permis de ressortir les fondements juridiques qui devraient
amener les Etats à prendre leur responsabilité pour lutter ensemble contre la pollution par les
sachets plastiques et de faire une analyse comparative de quelques politiques et stratégies de
lutte existantes en Afrique, afin de proposer, a terme une lutte intégrée.

Mots clés : Pollution - sachet plastique non biodégradable – environnement - règlementation

Abstract
The plastic bags once used are the cause of the aesthetic pollution and are very harmful for
the aquatic fauna and flora as well as for the man. Pollution by plastics in general and non-
biodegradable plastic bags in particular, is a global scourge that the international community
has become aware of. However, the fight to eradicate it is carried out in isolation, despite the
many opportunities included in environmental agreements. Starting from the observation
that the environment in all its compartments is nowadays, invaded by plastic bags that
endanger the lives of animals and humans, this research has highlighted the legal bases that
should lead states to take their responsibility to fight together against pollution by plastic
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

bags and to make a comparative analysis of some existing policies and control strategies in
Africa, to propose an integrated fight.

Keywords: Pollution - non-biodégradable plastic bag - environment - regulation.

52
Introduction
La matière plastique a sans aucun doute plusieurs avantages ; elle est légère, malléable,
flexible et possède des possibilités multiples d’utilisation ce qui explique son intervention
dans la fabrication de plusieurs objets : jouets, sacs, emballages alimentaires, appareils
électroniques, électriques, matériels de construction dans le bâtiment et l’automobile. Mais
l’utilisation exponentielle des sachets plastiques pose, au-delà de la gestion de leurs déchets,
de sérieux problèmes quant à la survie des espèces.

Face à l’augmentation de la demande et à la surconsommation des sachets, leur production


a connu un essor exponentiel et il est reconnu que la production mondiale de sachets a
augmenté de plus de 200%1. Selon les estimations, 619 millions de tonnes de plastique
pourraient être produites chaque année à l’horizon 20302. Or une fois jetés dans la nature
après usage, ils sont la cause de la pollution esthétique et sont très nocifs pour la faune et la
flore aquatique ainsi que pour l’homme.

Par ailleurs les sachets plastiques constituent les polluants les plus persistants dont la
nocivité pour l’environnement dépend de leur durée de vie, allant jusqu’à 400 ans3, arrivés
au stade de déchets. Selon des études4, leurs fragments, sont ingérés par les espèces marines
estimées à au moins 267. L’exemple le plus tristement emblématique est celui des tortues
marines qui s’étouffent avec des sacs en plastiques qu’elles prennent pour des méduses. Si
les conséquences pour la faune et la flore semblent avérées, les risques pour l’homme ne
sont, pas aussi clairement établis. Toutefois, des études récentes5 sur le Bisphénol A dans les
plastiques alimentaires, ont montré qu’il est un perturbateur endocrinien responsable du
cancer, malgré la controverse notée sur la question. 6D’autres études7 ont révélé l’effet du
BPA sur la maturation ovocytaire chez la femme8.

Cette problématique des plastiques est devenue si préoccupante, que la communauté


internationale appelle à une lutte contre les plastiques à travers la célébration de la 40ème
journée mondiale de l’environnement9. Loin de percevoir cet appel comme un cri lancé dans
un désert, il interpelle sur l’implication de tous dans cette pollution qui n’épargne aucune

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


nation et qui constitue une menace sérieuse pour les écosystèmes et toutes les espèces
vivantes.

1
[Link]
2
ibidem
3
P. DONOUMASSOU, Sachet en plastiques non biodégradable et environnement au Bénin, 2018, Université
d’Abomey Calavi, Bénin.
4
GreenPeace, Débris plastiques et pollution des océans, 2006, p.6
5
Anses, Évaluation des risques du bisphénol A (BPA) pour la santé humaine, Tome 1, Avis de l’Anses Rapport
d’expertise collective, édition scientifique, 2013, Avis de l’Anses Rapport d’expertise collective, 298 p.
6
Anses, Septembre 2011, expertise collective sur les effets sanitaires du BPA, édition scientifique, 383p.
7
Fujimoto VY, Kim D, vom Saal FS, Lamb JD, Taylor JA, Bloom MS. Serum unconjugated bisphenol A concentrations
in women may adversely influence oocyte quality during in vitro fertilization Fertil Steril. 2011 Apr;95(5):1816-9.
8
Mok-Lin E, Ehrlich S, Williams P., Petrozza J, Wright DL, Calafat AM, Ye X, Hauser R. Urinary bisphénol A
concentrations and ovarian response among women undergoing IVF. Int J Andro. 2010 Apr; 33(2):385-393 12 ;
9
A l’occasion, la directrice de l’UNESCO dans son message affirmait qu’«en cette journée mondiale de l’environnement,
partageons nos idées et nos solutions sur ‘’Combattre la pollution plastique’’. Ensemble, nous pouvons changer nos
habitudes et gagner ce combat ».
53
Partis du constat que l’environnement dans tous ses compartiments se trouve de nos jours,
envahi par les sachets plastiques qui mettent en danger la vie des animaux et des hommes,
nous avons jugé pertinent de mener une réflexion sur les raisons d’un encadrement juridique
général pour lutter contre cette pollution, car l’hypothèse, aussi alarmante qu’elle soit, reste
à notre avis, le symptôme de l’inadéquation entre les besoins des hommes, les usages et la
mise en œuvre des accords. L’objectif est de démontrer les fondements qui soutiennent une
lutte générale contre la pollution par les sachets plastiques.

Selon CREPA10 (2011) au Bénin, « l’importation des sachets plastiques avant les années 2000 a
progressé de plus d’un million de kilogrammes en quatre ans ». Le Bénin comme la plupart des
pays de la communauté internationale a signé des accords multilatéraux sur l’environnement
dont la pertinence peut être évaluée dans la lutte contre cette pollution. L’objectif de cette
recherche est de mener la réflexion sur les outils juridiques internationaux et nationaux
dont la mise en œuvre participera de la réduction de cette pollution. Mais avant toute
réflexion, il importe de faire quelques clarifications sémantiques.

Le mot plastique vient du mot grec ‘’plastikos’’ qui signifie ‘’modelable’’. Selon le Petit Larousse,
le ‘’plastique’’ est «une matière synthétique constituée essentiellement de macromolécules et
susceptible d’être modelée ou moulée généralement à chaud et sous pression»11.

Le Nouveau PETIT ROBERT le définit, comme «la matière synthétique constituée de macromolécules
obtenues par polymérisation ou polycondensation et qui peut être moulée ou modelée, mais qui
est souvent rigide après fabrication »12.

Le terme ‘’environnement’’ quant à lui, «n’a pas, jusque-là, fait l’objet d’une définition générale
universellement admise»13. L’Union Mondiale pour la Conservation de la Nature (UICN) l’a
défini comme « l’ensemble de la nature et des ressources naturelles, y compris le patrimoine
culturel et l’infrastructure humaine indispensable pour les activités socio-économiques »14.

Selon l’article 2 de la loi 98-030 du 12 février 1999 portant loi-cadre sur l’environnement,
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

‘’environnement’’ désigne «l’ensemble des éléments naturels et artificiels, ainsi que des
facteurs économiques, sociaux et culturels qui influent sur les êtres vivants et que ceux-ci
peuvent modifier». Rapprochée de la problématique des sachets non biodégradables, cette
définition nous amène à nous interroger sur les défis posés par l’utilisation des sachets en
plastique. Nul doute qu’il faut tenir compte du lien très étroit qui existe entre l’homme et la
nature et de la part de ses actions dans la modification de l’environnement. Cette recherche
est l’occasion de réfléchir sur les fondements juridiques susceptibles de pousser les Etats
à prendre leur responsabilité pour lutter efficacement contre la pollution par les sachets
plastiques (I) et d’analyser quelques politiques et stratégies de lutte existantes (II).

10
CREPA, Etude sur la gestion des déchets plastiques dans l’espace UEMOA : Cas du Bénin, 2011, 59 p.
11
Le Petit Larousse, 1998
12
Josette Rey DEBOVE et Alain REY, LE NOUVEAU PETIT ROBERT, 1993, Paris
13
Cité par DONOUMASSOU SIMEON Pulchérie, 2013, L’application du droit de l’environnement au Bénin, thèse de
doctorat unique, Chaire Unesco, Université d’Abomey Calavi.
14
Troisième mouture du projet de pacte international sur l’environnement et le développement, avril 1991.
54
I. l’interdiction de sachets plastiques non biodégradables : une responsabilité
commune

Les accords multilatéraux sur l’environnement, présentent les opportunités pour lutter
contre la pollution de l’environnement par les sachets en plastique. Ces opportunités, bien
que constituées de mesures générales, sont à saisir pour mettre en place un cadre juridique
adéquat. La responsabilité «ne s’entend pas ici comme une nouvelle obligation à charge de
l’Etat défaillant mais plus largement comme l’ensemble des nouvelles relations juridiques
qui s’établissent entre lui et les autres Etats intéressés au respect de la légalité»15. Quelle est
la responsabilité de chaque Etats dans cette pollution et celle des Etats membres de la
communauté internationale, qui ont chacun des défis à relever pour la mise en place d’un
cadre juridique nationale ?

A. Les raisons d’un encadrement juridique

La plupart des Etats de la communauté internationale ont signé et ratifié des accords
environnementaux multilatéraux dont les dispositions leur font obligation de prendre des
mesures nationales, pour faciliter la mise en œuvre. Cette obligation de transposition a
toujours été affirmée dans les déclarations des conférences internationales et dans les
dispositions des conventions.

En effet, la Déclaration de Stockholm, à travers ces principes, affirmait d’ores et déjà la


responsabilité de l’homme dans la pollution de l’environnement et la destruction des
différents écosystèmes.

Selon le principe 4 de ladite déclaration « l’homme à une responsabilité particulière dans la


sauvegarde et la sage gestion du patrimoine constitué par la flore et la faune sauvages et
leur habitat qui sont aujourd’hui menacés par un concours de facteurs défavorables (…..)». À
la lecture de cette prescription, on comprend que la reconnaissance de cette responsabilité
justifierait la mise en mouvement d’une action publique à l’encontre des auteurs de pollutions.

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


En effet, la question que soulève la pollution par les sachets plastiques est liée à celle de la
sauvegarde du droit de l’homme à un environnement sain qui relève à la fois de la souveraineté
nationale et de la coopération internationale. Ainsi donc en vertu du principe de protection,
les autorités en charge des politiques au niveau national, régional et international, ont
l’obligation de résoudre cette problématique de la pollution par les sachets.

Le Principe 11 de la Déclaration de Rio sur l´Environnement et le Développement pour sa


part dispose en effet que : «les Etats doivent promulguer des mesures législatives efficaces en
matière d’environnement. Les normes écologiques et les objectifs et priorités pour la gestion
de l’environnement devraient être adaptés à la situation en matière d’environnement et de
développement à laquelle ils s’appliquent…».

Selon le chapitre 8.13 de l’Agenda 21, «les lois et réglementations adaptées à la situation
particulière de chaque pays figurent parmi les instruments les plus importants pour assurer

15
Jean Combacau et Serge Sur , Droit international public, 4è éd., Montchrestien, Paris, 1999, p. 518.
55
l’application des politiques de l’environnement et du développement, non seulement en
raison de leur caractère obligatoire mais aussi de par leur effet normatif sur la planification
économique et les instruments du marché».

Cependant, on constate que ce principe bien que constituant une règle fondamentale du
droit international positif, n’est pas intégré dans la gestion de la lutte contre les pollutions
des écosystèmes par les sachets plastiques et constitue malheureusement plus un indicateur
du droit international qu’une règle générale de protection des écosystèmes. Car il faut le
souligner les principes manquent de précision et de clarté et sont d’application difficile.

L’article 194 de la convention sur le droit de la mer de 1982 incite les états à prendre des
«mesures... qui sont nécessaires pour prévenir, réduire et maîtriser la pollution du milieu
marin». Il en est de même de celui 21 de la convention de New York du 21 mai 1997 sur le
droit des utilisations des cours d’eau internationaux à des fins autres que la navigation, qui
préconise la prévention, la réduction et la maîtrise de la pollution.

La convention sur la diversité biologique en son objectif 3, oblige les états à prendre des
mesures pour conserver les espèces. Il faut le souligner les sachets plastiques constituent l’un
des dangers qui menacent la biodiversité.

Quant à la convention de Stockholm, elle encourage les Etats à réduire la pollution


intentionnelle et non intentionnelle par des polluants organiques persistants.
Pour sa part la convention d’Abidjan, préconise à travers l’article 4 paragraphe 2 que : « les
parties contractantes coopèrent en matière de lutte contre la pollution en cas de situation
critique (…).

Même si les conventions ont prévu des règles générales de protection de l’environnement,
elles restent toutefois d’application difficile sans le relèvement de certains défis qui leur sont
inhérents.
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

B. Les défis du cadre juridique internationale

Sans avoir la prétention de cerner tous les défis du droit international de l’environnement,
cette partie présente ceux qui nous semblent pertinents pour une meilleure gestion de la
pollution par les sachets plastiques.

Depuis la Conférence des Nations Unies pour l’Environnement et le Développement, les


pays se sont engagés à protéger l’environnement. Cet engagement s’est traduit par la prise
de conscience des gouvernements du monde entier, de l’ampleur de la pollution, à travers
l’adoption de plusieurs politiques et stratégies. Paradoxalement en dépit des multiples
accords sur l’environnement, la pollution par le plastique, n’est pas encore une préoccupation
spécifique.

La partie XII de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer de 1982, plus connue
sous le nom de : « convention de Montego Bay », offre un bon exemple de cette situation.
Avec l’obligation contenue dans l’article 192 « les Etats ont l’obligation de protéger et de
56
préserver le milieu marin » et celle de l’article 194 « tous les Etats doivent prendre les mesures
nécessaires pour prévenir, réduire et maîtriser la pollution du milieu marin ». Tous les Etats
ayant ratifié la convention sont tenus de se doter d’une règlementation nationale. Mais
comme le relève le professeur KAMTO, « les mesures appropriées » que sont censées prendre
les Parties aux conventions internationales pour prévenir ou réduire la pollution ne sont pas
bien souvent déterminées.

Si ce défaut de précision peut se comprendre en considération des règles d’élaboration des


normes internationales, il constitue tout de même une grande lacune dans la mise en œuvre
de ces accords. En effet, ces instruments restent muets sur la stratégie globale de leur mise
en œuvre.

D’autres dispositions des conventions restent très générales et s’identifient à de simples


encouragements.
L’interaction qu’impose cette pollution, oblige à l’établissement de mécanismes communs de
répression, malheureusement, les accords multilatéraux ne comportent aucune disposition
contraignante.
Cette insuffisance, affaiblit à n’en point douter leur efficacité dans la protection des
écosystèmes.
Il en est de même de l’obligation qui incombe aux États de respecter, protéger et mettre en
œuvre les droits de l’homme et les libertés fondamentales16.

Il reste une évidence qu’en l’absence d’engagements clairs et explicites, les Etats ne peuvent
pas être considérés comme responsables, même à titre subsidiaire du moment où l’obligation
de protéger leur incombant reste une norme de conduite.

Même si les États ne sont pas tenus responsables à proprement parler des atteintes aux
droits de l’homme commises par des acteurs privés, leur responsabilité peut être engagée
pour avoir manqué à leurs obligations en vertu du droit international des droits de l’homme.
Il suffira d’apporter la preuve que les atteintes ont été causées du fait de la négligence de

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


l’Etat à les empêcher et punir.

En effet la notion du développement durable auquel tous les Etats ont adhéré leur impose
un management responsable qui suppose une prise de conscience des rapports entre
environnement et les activités économiques.

Comme le reconnaît Sandrine Dubois, « l’échec de constructions collectivistes passées, tel


le patrimoine commun de l’humanité, ou la panne actuelle des jus conges, obligations
erga omnes, crimes internationaux de l’Etat et autres normes intransgressibles du droit
international, s’est prolongé dans le droit des traités ou de la responsabilité »17. Il faut, en
effet, déplorer l’action des Etats ou de certains gouvernants18 à constituer un écran à la mise
en œuvre du droit international de l’environnement.

16
Voir Résolution 17/4 du 16 juin 2011 sur les Principes directeurs approuvée par Conseil des droits de l’homme.
17
Sandrine Maljean-Dubois : « La mise en œuvre du droit international de l’environnement », les notes de l’IDDRI, n°4,
P. ,2003
18
Refus de la ratification du protocole de Kyoto
57
II. Approche comparative des politiques et stratégies de lutte contre
la pollution par les sachets plastiques

Selon l’ONU plus de 60 pays ont adopté des politiques visant à réduire cette pollution. Ces
politiques s’appuient essentiellement sur les outils juridiques et économiques19.

A. Une interdiction juridique en progression

La loi, a pendant longtemps été l’outil efficace auquel recourt le politique pour baliser « le
vivre ensemble » dans la société et mettre en place des stratégies de lutte. Le Bénin, a fait un
effort remarquable pour s’en servir dans le cadre de la lutte contre la pollution par les sachets
plastiques, à l’instar de plusieurs autres Etats20. Les dispositions de ladite loi s’appliquent
à toute personne physique ou morale exerçant les activités de production, d’importation,
d’exportation, de commercialisation, de détention, de distribution ou qui utilise des sachets
non biodégradables.

Cette interdiction se justifie à double titre. Il permet au gouvernement dans un premier


temps, d’assurer le droit des béninois à un environnement sain et dans un second temps, est
l’occasion pour le Bénin, d’internaliser les dispositions des déclarations internationales et
les grands principes de prévention, de précaution, pollueur payeur ainsi que les dispositions
des conventions internationales signées et ratifiées par le Bénin. La mise en œuvre de la
loi permettra de solutionner les problèmes environnementaux et sanitaires posés par la
pollution par les sachets plastiques non biodégradables.

Une analyse juridique des législations sur l’interdiction des sachets plastiques révèle que
les pays comme le Rwanda en 200821, le Burkina en 201422 et le Sénégal en 201523 ont
déjà légiféré en la matière en Afrique. Même si tous ces pays ont fait à travers une loi
des interdictions en ce qui concerne les activités de production, de commercialisation,
d’importation, d’exportation et l’utilisation, de sachets non biodégradables, les différentes
lois présentent quelques dissemblances.
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

S’agissant de l’objet, la loi rwandaise interdit l’utilisation du sachet plastique et toutes


activités relatives aux sachets plastiques, celle béninoise vise les sachets plastiques non
biodégradables, tandis que celle du Sénégal, concerne les sachets plastiques de faible
micronnage et la gestion rationnelle des déchets plastiques alors que la loi du Burkina
étend les interdictions aux emballages et sachets plastiques non biodégradables. Quant aux
sanctions et peines, elles diffèrent également d’une loi à l’autre. Avec son interdiction totale,

19
ONU Environnement, L’état des plastiques, JME, 2018 p. 6
20
Le Rwanda, l’Afrique du Sud, le Sénégal, le Burkina, sans être exhaustif.
21
Loi n°57/2008 du 10/09/2008 portant interdiction de la fabrication, l’importation, l’utilisation et la
commercialisation de sachet en plastique au Rwanda.
22
Loi n° 017-2014/AN du 20 mai 2014 portant interdiction de la production, de l’importation, de la commercialisation
et de la distribution des emballages et sachets plastiques non biodégradables.
23
Loi n° 2015-09 du 04 mai 2015 relative à l’interdiction de la production, de l’importation, de la détention, de la
distribution, de l’utilisation de sachets plastiques de faible micronnage et à la gestion rationnelle des déchets
58 plastiques.
le Rwanda n’a par conséquent pas prévu des peines administratives comme la confiscation, la
fermeture temporaire ou définitive prévues par le Sénégal dont l’interdiction ne vise qu’une
catégorie de sachets.

S’il faut reconnaître que toutes les lois ont prévu des amendes et des peines privatives de
liberté pour les contrevenants, seule la loi béninoise comporte des amendes les plus élevées.
Il faut souligner que les peines les plus sévères contenues dans les lois ne constituent pas
une garantie de réduction de la pollution. La loi rwandaise a parfaitement intégré que la loi
n’est pas que sanction. Elle contient des sanctions relativement faibles24, comparées à celles
retenues par les autres lois.

Mais il faut souligner que l’effectivité de la loi prise par chacun des Etats, restera tributaire
d’actions complémentaires comme la diffusion, la prise de ses textes d’application et la
sensibilisation.

Pour rendre la loi accessible à tous, il importe alors de la publier largement à travers tous
les canaux de communication, de la traduire dans les langues nationales pour faciliter son
appropriation dans toutes les contrées et par toutes les couches de la société, vu que le
problème qu’elle solutionne est national et les interdictions concernent toute la population.
Le défaut d’établissement de ces textes d’application handicapera sans nul doute la mise en
œuvre de la loi. La loi en a identifié expressément quelques-uns. Les plus importantes restent
les règles de gestion des sachets biodégradables (article 6), la détermination des conditions
d’homologation des acteurs (article 7). Mais tous ces instruments inflexibles, doivent évoluer
dans une lutte intégrée.

III. Une lutte intégrée, pour une interdiction efficace

Selon la formule du Professeur Prieur, « la gestion intégrée est devenue un thème à la mode
(...) dans les organisations internationales »25. Cela va de soi, avec l’adoption du principe
général de l’interdépendance entre l’environnement et le développement. « La protection

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de l’environnement doit faire partie intégrante de tout plan de développement économique
ou social, de toute politique sectorielle et de leur stratégie de mise en œuvre en vertu du
principe général de l’interdépendance entre l’environnement et le développement selon
lequel la paix, le développement et la protection de l’environnement sont indissociables ».
Depuis la prise de conscience des impacts du sachet plastique, plus de 60 pays du monde
ont pris ces mesures juridiques et économiques en vertu des principes du pollueur payeur,
de prévention et de précaution, pour lutter contre ce fléau. Cet élan sans précédent, est la
preuve des efforts mondiaux à limiter l’utilisation des sachets plastiques.

24
Avec une fourchette d’amende allant de dix mille (10.000) à cinq cent mille (500.000) franc rwandais a connu
une application effective.
25
M. Prieur, « Plans municipaux et chartes pour l’environnement », Droit et ville, 1996, p. 85, spéc. p. 95.

59
Mais il serait illusoire de reconnaître l’utilité de ces outils juridiques sans mettre en place les
procédures formelles et convenables d’application. En dehors de la loi, recours doit être fait
à d’autres instruments de lutte comme la persuasion morale; les instruments économiques
et la recherche, l’information et la sensibilisation. Une forte persuasion morale consisterait
à convaincre les agents économiques de leurs responsabilités dans les externalités négatives
causées par leurs activités sur l’environnement. L’avantage est de susciter une adhésion
volontaire des acteurs économiques et leur coopération pour la signature d’accords
volontaires pour la réduction des externalités négatives. Sont visés essentiellement, les
importateurs, les producteurs, les distributeurs et les commerçants de sachets plastiques
biodégradables. Ces acteurs peuvent, en effet, être sensibilisés sur l’adoption de meilleures
pratiques environnementales.

Le recours aux instruments économiques, reste une solution très efficace utilisé par le droit,
pour réduire la pollution induite par leurs activités sur l’environnement. En Autriche par
exemple l’adoption de cet instrument, a amené les grands distributeurs à accepter de ne plus
fournir de sacs plastiques gratuits à leurs clients. De plus, certains détaillants ont passé des
accords similaires avec le gouvernement en s’engageant dans la vente des sacs réutilisables26.

Mais une solution, est d’interdire l’utilisation de sachets plastiques non biodégradables pour
protéger l’environnement, une autre reste, la lutte contre l’«économisation du monde»27, que
Serge LATOUCHE a longtemps critiqué en souhaitant que les lois du commerce ne priment
pas sur toute autre considération.

L’Etat doit, en outre, prendre les mesures de précaution pour éviter que la généralisation
de la production de sacs plastiques biosourcés biodégradables à base d’amidon de manioc
ou de pomme de terre ou de tomate, n’impactent négativement la production de cultures
vivrières et s’assurer que la généralisation de ces sacs ne menace la capacité à produire de
la nourriture.

Le rôle de la recherche reste aussi capital pour la découverte d’alternatives aux sachets
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non biodégradables sur les possibilités d’utilisation des polymères naturels, les biopolymères
synthétiques à base de biomasse et les matériaux non plastiques réutilisables et durables,
des technologies relativement peu coûteuses et évolutives28 et surtout la mise en place d’une
règlementation qui organise tous ces usages.

Toutes ces mesures contribueront à n’en point douter à éviter les énormes coûts et surcoût
de la dépollution en aval. Mais toutes ces actions et stratégies auront très peu d’effets sans
un réel changement de comportement.

26
ONU Environnement, l’état des plastiques, JME, 2018 p. 6
27
LATOUCHE Serge, 2003, Justice sans limites. Le défi de l’éthique dans une économie mondialisée, France, Fayard,
360 p
28
ONU Environnement, l’état des plastiques, JME, 2018.
60
Tout comme en politique une différence est établie entre l’élaboration de la politique et sa
mise en œuvre, en droit, cette différenciation évoque le rapport entre la fonction législative
et celle exécutive. Si les deux semblent distancées dans le temps, dans la pratique elles se
rapprochent en ce sens que l’élaboration d’une loi et sa mise en œuvre s’intègrent dans un
processus d’interdépendance.

Les lois, une fois votées, précisent les acteurs chargés de leur mise en œuvre ; le gouvernement
pour assurer l’exécution aisée de la loi doit former les acteurs de mise en œuvre à l’acquisition
de compétences nécessaires et renforcer leurs capacités techniques en mettant à leur
disposition les matériels et moyens de contrôle.

Parallèlement, une action de sensibilisation et d’information initiée à l’endroit des destinataires


de la loi permettra d’anticiper une éventuelle résistance ou opposition à la loi interdisant
les sachets plastiques non biodégradables. Ne dit-on pas que le droit est un instrument de
cohésion sociale qui oblige par conséquent les citoyens au respect des interdictions et règles
établies ? Mais la situation est d’autant plus complexe, lorsque l’application de ces règles
induit un changement de comportement. Dans un contexte comme celui de l’interdiction
des sacs non biodégradables déjà très ancrée dans les habitudes, l’information, l’éducation
et la sensibilisation restent une véritable clé de socialisation et d’adhésion de la population
à cette règlementation.

Conclusion
La lutte contre les sachets non biodégradables doit être générale, nous l’avons démontrée.
L’interdiction des sacs en plastique non biodégradables reste indéniablement un des moyens
de lutte contre ce fléau. Le Bénin vient d’intégrer le cercle des nations engagées contre
la marée montante des sachets plastiques non biodégradables, depuis l’adoption de sa loi.
S’il faut reconnaître l’avancée majeure de tous ces pays qui ont pris une législation pour
interdire l’utilisation de sachets plastiques non biodégradables en attendant toute évaluation
de l’effectivité de ces lois, il reste évident que l’efficacité de ces lois, est tributaire de la mise

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en œuvre effective des conventions internationales environnementales. L’étude a relevé que
ces dernières présentent des défis que la communauté internationale doit relever afin de
généraliser la lutte.

En dépit de toutes les stratégies, l’expression de la volonté politique au plus haut niveau,
restera le soutien de taille pour l’efficacité de ces lois.

Etant donné que l’abandon total des sacs non biodégradables résulte d’un long processus
qui allie le secteur public et le secteur privé, ces derniers devront ensemble assumer les coûts
sociaux et environnementaux de la qualité de sacs autorisés et rechercher les alternatives
aux sacs non biodégradables, qui s’inscrivent dans la stratégie de développement durable.
Mais, cette interdiction ne doit pas amener à masquer d’autres problématiques qui restent
toujours liées aux sachets plastiques biodégradables. Selon ONU-Environnement en effet,
«même les bioplastiques issus de sources renouvelables telles que l’amidon de maïs, les racines
de manioc, la canne à sucre ou la fermentation bactérienne du sucre ou des lipides (PHA) ne se
dégradent pas automatiquement dans l’environnement et surtout pas dans l’océan».
61
Il importe alors que des recherches supplémentaires soient menées sur le comportement,
le devenir et les effets des sacs biodégradables du moment où la majorité des plastiques
biodégradables ne se dégradent qu’à des températures très élevées. Pour ce faire, chaque
acteur, à savoir : gouvernement, entreprise et organisation non gouvernementale, population,
devra jouer sa partition. Cette recherche s’inscrit dans ce cadre et MERLEAU-PONTY, l’a si
bien souligné « les synthèses ne sont jamais que provisoires, entraînées à leur tour dans une
interrogation plus vaste »29. Aussi, le Bénin devrait-il encourager l’exploration de nouveaux
champs afin de se libérer de ce matériau, cause des ravages.

Bibliographie
1. Ouvrages
- ANSES, Évaluation des risques du bisphénol A (BPA) pour la santé humaine Tome 1, éditions
scientifiques, 2013, 298 p.
- ANSES, une expertise collective, les effets sanitaires du BPA, septembre 2011, éditions
scientifiques, 383p.
- CREPA, étude sur la gestion des déchets plastiques dans l’espace UEMOA : Cas du Bénin,
2011, 59p
- J. DEBOVE Rey et A. REY, LE NOUVEAU PETIT ROBERT, 1993, Paris
- P. DONOUMASSOU SIMEON, l’application du droit de l’environnement au Bénin, 2013,
thèse de doctorat unique, Chaire UNESCO. Université d’Abomey Calavi, 527 p.
- P. DONOUMASSOU, Sachet en plastiques non biodégradable et environnement au Bénin,
2018, Université d’Abomey Calavi, Bénin
- E. Mok-Lin, S. Ehrlich, P. Williams, J. Petrozza, DL. Wright, AM. Calafat, X. Ye, R. Hauser,
Urinary bisphénol A concentrations and ovarian response among women undergoing IVF.
Int J Andro. 2010 Apr; 33(2):385-393 12 ;
- F. VY, D. Kim, vom Saal FS, JD. Lamb, JA. Taylor, MS. Bloom. Serum unconjugated bisphenol A
concentrations in women may adversely influence oocyte quality during in vitro fertilization
Fertil Steril, 2011 Apr, 95(5):1816-9.
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- GREENPEACE, débris plastiques et pollution des océans 2006, p 6


- J. COMBACAU et S. SUR, 1999, droit international public, 4ème édition. ,Monchrétien, Paris,
p518
- LAROUSSE, Le Petit Larousse illustré, 1998
- M. Prieur, « Plans municipaux et chartes pour l’environnement », Droit et ville, 1996, p. 85,
spéc. p. 95.
- M. M. PONTY, « Interrogation et dialectique », in le visible et l’invisible, Gallimard, Paris,
1964, pp. 129-130.
- M. Thomas, B. Martin, G. Mathilde, C. Manon,
- S. LATOUCHE, 2003, Justice sans limites, le défi de l’éthique dans une économie mondialisée,
France, Fayard, 360 p
- S. Maljean-Dubois, 2003, la mise en œuvre du droit international de l’environnement, les
notes de l’IDDRI, n°4, p 63
- ONU-Environnement, l’état des plastiques, JME, 2018, 20 p.

26
PONTY M. M., « Interrogation et dialectique », in le visible et l’invisible, Gallimard, Paris, 1964, pp. 129-130.
62
2. Législation
- Loi n°2017-39 du 26 décembre 2OI7 portant interdiction des sachets en plastiques non
biodégradables en République du Bénin.
- Loi n°57/2008 du 10 septembre 2008 portant interdiction de la fabrication, l’importation,
l’utilisation et la commercialisation de sachet en plastique au Rwanda.
- Loi n°017-2014/AN du 20 mai 2014 portant interdiction de la production, de l’importation,
de la commercialisation et de la distribution des emballages et sachets plastiques non
biodégradables.
- Loi n°2015-09 du 04 mai 2015 Relative à l’interdiction de la production, de l’importation, de
la détention, de la distribution, de l’utilisation de sachets plastiques de faible micronnage
et à la gestion rationnelle des déchets plastiques.

3. Webographie
Pollution des déchets plastiques, [Link]
consulté le 15 juin 2018

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63
LES MECANISMES REGIONAUX DE MISE EN ŒUVRE
DE L’OBJECTIF DE DEVELOPPEMENT DURABLE
(ODD) 7 POUR LE DEVELOPPEMENT DES ENERGIES
RENOUVELABLES ET DE L’EFFICACITE ENERGETIQUE
EN AFRIQUE DE L’OUEST
Mohamed AYIB SALIM DAFFE1
« Un plan rationnel d’industrialisation consiste à équiper d’abord les immenses sources d’énergie
dont la nature a doté l’Afrique et à rendre ainsi possible tout le processus de développement : au
commencement est l’énergie, tout le reste en découle2»
Cheikh Anta DIOP
Résumé
L’Assemblée générale des Nations Unies a adopté en septembre 2015 un «Programme de
développement durable à l’horizon 2030». L’Objectif 7 vise à «garantir l’accès de tous à des
services énergétiques fiables, durables et modernes à un coût abordable». Pour leur réalisation,
les ODD doivent être mis en œuvre aux niveaux mondial, régional et national en tenant compte
des différences entre la situation, les capacités et le niveau de développement de chaque pays
ainsi que des politiques et priorités nationales. Cette mise en œuvre nécessite d’importants
moyens financiers et techniques, des mesures politiques, juridiques et institutionnelles ainsi
qu’une coopération internationale. Pour atteindre les cibles de l’ODD 7 en 2030, les Etats
d’Afrique de l’Ouest doivent intégrer harmonieusement dans leurs politiques publiques le
développement des énergies propres. L’action de la CEDEAO et de l’UEMOA met en lumière les
défis et les enjeux politiques que doivent surmonter les Etats d’Afrique de l’Ouest dans le cadre
de la mise en œuvre de l’ODD 7.
Mots clés : Objectifs de développement durable, énergies renouvelables, politique
énergétique, efficacité énergétique, Afrique de l’Ouest
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Abstract
The United Nations General Assembly adopted in September 2015 a «2030 Agenda for Sustainable
Development». Goal 7 aims to «ensure access to affordable, reliable, sustainable and modern
energy for all». In order to be achieved, SDGs must be implemented at both global, regional
and national levels, taking into account the differences in situation, capacities and level of
development of each country as well as national policies and priorities. This implementation
requires significant financial and technical resources, political, legal and institutional measures
as well as international cooperation. To achieve the targets of SDG 7 in 2030, West African
states must integrate harmoniously into their public policies the development of clean energies.
The action of ECOWAS and UEMOA highlights the challenges and the political stakes that West
African states have to overcome in the context of the implementation of SDG7.
Keywords: Sustainable development goals, renewable energies, energy policy, energy
efficiency, West Africa.
1
Consultant en droit de l’environnement, Doctorant au Laboratoire d’études et de recherche en politiques, droit de
l’environnement et de la santé (LERPDES), Université Cheikh Anta Diop de Dakar.
2
Cheikh Anta DIOP, Les fondements économiques et culturels d’un Etat fédéral d’Afrique noire, Présence Africaine,
64 1974, 124 pages, p. 7.
Introduction

La consommation d’énergie en Afrique de l’Ouest est l’une des plus faibles au monde (environ
0,45 Tonnes équivalent pétrole (TEP)/habitant) comparée à celle de l’Afrique (0,67 tep) en général.
L’accès aux services électriques dans les zones rurales demeure faible. Les réseaux électriques
alimentent essentiellement les villes avec une fiabilité limitée et un coût élevé. La production
d’électricité dépend essentiellement de sources d’énergies fossiles majoritairement importées.
En outre, l’approvisionnement en combustibles domestiques reste dominé par la biomasse
traditionnelle dont le prélèvement abusif accentue la déforestation et la désertification.

Face à cette précarité énergétique, l’accès universel à des services énergétiques modernes
est inscrit comme un objectif primordial des stratégies de développement des pays africains.
Sous ce rapport, un modèle de transition énergétique, susceptible d’assurer l’accès universel
aux services énergétiques modernes à un cout abordable et la préservation des écosystèmes,
constitue une voie à explorer pour trouver des solutions à la crise énergétique. Les pays africains
ont l’opportunité de dépasser les options énergétiques classiques et de se porter directement
vers des alternatives énergétiques plus propres qui devraient contribuer à améliorer le
développement économique et social. L’Afrique de l’Ouest dispose, à cet effet, de potentialités
importantes en hydroélectricité, en solaire thermique et photovoltaïque, en bioénergie et en
énergie éolienne.

Le Sommet des Nations Unies qui a réuni du 25 au 27 septembre 2015 à New York les chefs
d’État et de gouvernement et les hauts représentants, a adopté à l’unanimité le Programme
de développement durable à l’horizon 2030 . Au nombre de 17, les objectifs de développement
durable (ODD) contenus dans ce programme universel comptent 169 cibles. Ils sont entrés en
vigueur le 1er janvier 2016 et orienteront les décisions à prendre jusqu’en 2030.

L’Objectif 7 vise à «garantir l’accès de tous à des services énergétiques fiables, durables et
modernes à un coût abordable». Il vise trois cibles à l’horizon 20303:
• garantir l’accès de tous à des services énergétiques fiables et modernes, à un coût abordable ;

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• accroître nettement la part de l’énergie renouvelable dans le bouquet énergétique mondial ;
• multiplier par deux le taux mondial d’amélioration de l’efficacité énergétique4.

Les quatre dimensions de l’ODD 7 sont le coût abordable, la fiabilité, la durabilité et la


modernité. La durabilité renvoie essentiellement aux recours à des énergies qui ne contribuent
pas, au niveau mondial à renforcer le changement climatique anthropique, et au niveau local
à aggraver l’épuisement des ressources naturelles, la pollution des sols, des eaux et de l’air
compromettant la santé publique et le cadre de vie.

3
Le document est intitulé «Transformer notre monde : le Programme de développement durable à l’horizon 2030».
4
Deux sous objectifs sont également associés à l’ODD 7 : renforcer la coopération internationale en vue de
faciliter l’accès à la recherche et aux technologies relatives à l’énergie propre, et promouvoir l’investissement
dans l’infrastructure énergétique et les technologies relatives à l’énergie propre ; développer l’infrastructure et
améliorer la technologie afin d’approvisionner en services énergétiques modernes et durables tous les habitants
des pays en développement.
65
Pour la mise en œuvre des ODD, le Programme de développement durable reconnait «l’importance
des dimensions régionale et sous régionale, de l’intégration économique régionale et de l’inter-
connectivité pour le développement durable. Les cadres d’action régionaux et sous régionaux
peuvent en effet aider à traduire plus efficacement des politiques de développement durable
en mesures concrètes au niveau national5». La pertinence de l’approche régionale du droit
international comme réponse juridique et institutionnelle aux défis énergétiques a été mise en
évidence par la doctrine6.

Aussi les Etats africains doivent renforcer leurs politiques énergétiques par une intégration de
la durabilité en vue d’augmenter la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique et
d’améliorer l’efficacité et la sobriété énergétiques dans le cadre d’une stratégie multi-échelles
(local, national, régional) tout en tirant pleinement profit des opportunités de la coopération
internationale.

La Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’Union Economique


et Monétaire de l’Afrique de l’Ouest (UEMOA) ont formulé des politiques énergétiques qui
accordent une place croissante à la promotion des énergies renouvelables et de l’efficacité
énergétique dans l’espace communautaire.

I. L’intégration de la durabilité dans la politique énergétique de la CEDEAO

L’article 28 du Traité révisé de la CEDEAO (1993) précise les axes de coopération de la


Communauté en matière d’énergie et décline les engagements des Etats membres à promouvoir
le développement des énergies nouvelles et renouvelables notamment l’énergie solaire dans le
cadre de la politique de diversification des sources d’énergie.

Dès 1982, la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO adopte la Politique
énergétique de la CEDEAO7. Cette politique vise principalement à assurer la sécurité énergétique,
à diversifier les sources d’énergie primaire et à promouvoir l’accès du plus grand nombre à
l’énergie. Même si les objectifs de cette politique restent d’actualité, elle doit être reformulée
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pour s’adapter à l’évolution des technologies et des enjeux sur les ressources énergétiques
et l’environnement au niveau mondial. Concrètement, l’application de cette politique s’est
caractérisée par la mise en œuvre avec plus ou moins de succès de projets régionaux tels que
le Gazoduc de l’Afrique de l’Ouest (GAO), le Système d’Echanges d’Energie Electrique Ouest
Africain (EEEOA) et le Projet pour l’accès à l’énergie des populations rurales et périurbaines.

Le Protocole sur l’Energie a été adopté à Dakar le 21 janvier 20038. Parmi ces objectifs figurent
l’amélioration de l’efficacité énergétique, le développement et l’utilisation des sources
d’énergie renouvelable, la promotion de l’utilisation de combustibles plus propres et l’emploi
de technologies et de moyens technologiques qui réduisent la pollution.
5
Paragraphe 19 du Programme de développement durable.
6
Anna Maria Smolinska, Les organisations internationales et l’énergie, Stéphane Doumbé-Billé (Dir), Défis
énergétiques et droit international. Editions Larcier, pp 125-137 ; Guy Fleury Ntwari, Les organisations régionales
africaines et l’énergie, Stéphane Doumbé-Billé (Dir), Défis énergétiques et droit international. Editions Larcier,
pp163-176
7
Décision A DEC.3/5/82 relative à la politique énergétique de la CEDEAO.
8
Protocole de la CEDEAO A-P4-1-03 sur l’Energie, adopté à Dakar le 21 janvier 2003.
66
Cette action dans le domaine de l’énergie durable a été boostée par la création du Centre
régional pour les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique (CREREE)9.

Le CREREE vise à créer des conditions-cadres favorables, et un environnement propice pour


les marchés des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique à travers les activités
d’appui visant à atténuer les obstacles existants au sein de la technologie, du financement,
de l’économie, du commerce ainsi que dans le cadre juridique, politique, institutionnel, de la
connaissance et du renforcement des capacités10.

Depuis sa création le CREREE a réalisé plusieurs activités dans le domaine des politiques
énergétiques :
- l’appui aux quinze États membres de la CEDEAO dans le développement, l’adoption et la
mise en œuvre des politiques nationales en matière d’énergies renouvelables et d’efficacité
énergétique ;
- l’appui aux quinze États membres de la CEDEAO dans l’élaboration, l’adoption et la mise en
œuvre des cadres réglementaires, des normes, des incitations (exonérations fiscales, marchés
publics, normes de portefeuilles) et aux mécanismes financiers (tarifs de rachat, facturation
nette, subventions).
- l’élaboration de la Politique en matière d’énergies renouvelables de la CEDEAO (PERC)11
- l’élaboration de la Politique sur l’efficacité énergétique de la CEDEAO (PEEC)12
- la formulation et la mise en œuvre d’une stratégie et d’un plan d’actions de renforcement des
capacités en matière d’énergies renouvelables et d’efficacité énergétique ;
- l’exécution du programme de la CEDEAO sur l’évaluation du potentiel des énergies renouve-
lables ;
- le lancement de l’Observatoire de la CEDEAO pour les énergies renouvelables et l’efficacité
énergétique (OEREE)13;
- le lancement du Fonds pour les énergies renouvelables de la CEDEAO (EREF) pour les projets
d’énergie renouvelable à petite échelle et de l’Initiative de la CEDEAO pour l’investissement
dans l’énergie renouvelable (EREI) pour les projets de moyenne et grande envergure ;
- la Politique Bioénergie de la CEDEAO qui vise à promouvoir la valorisation des ressources

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de biomasse existantes, y compris les déchets et les résidus de transformation agricole et
industrielle.
9
Règlement C/REG.23/11/08 de la 61ième Session du Conseil des Ministres de la CEDEAO, tenue à Ouagadougou
(Burkina Faso), le 23 Novembre 2008. Le siège du CREREE est établi à Praia (Cabo Verde).
10
Le Centre promeut les technologies et les solutions énergétiques suivantes: toutes les technologies et les solutions
appropriées en matière des énergies renouvelables et d’efficacité énergétique, y compris aussi les systèmes
hybrides à base d’énergie renouvelable et les mini-réseaux ; les projets de petites centrales hydroélectriques
habituellement avec une capacité maximale de 30 MW ; les projets de biocarburants durables; les projets de
cuisson (LPG) applicables au gaz de pétrole liquéfié sont éligibles en raison de leur grande importance pour les
groupes de population à faible revenu.
11
Recommandation REC4/06/13 sur la politique d’énergies renouvelables de la CEDEAO du 21 juin 2013 qui
recommande à la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement d’adopter le projet d’Acte Additionnel sur la
Politique d’Energies Renouvelables de la CEDEAO.
12
Acte Additionnel A/SA.2/07/13 sur la Politique d’efficacité énergétique de la CEDEAO du 18 juillet 2013.
13
Règlement C/REG.23/11/08 du 61e Conseil des ministres relatifs à l’établissement de l’Observatoire pour les
Energies Renouvelables et l’Efficacité Energétique de la CEDEAO (OEREE). Il s’agit d’un outil basé sur le Web et
facilement accessible par l’internet. L’OEREE fournit aux décideurs, développeurs de projets, investisseurs et autres
facilitateurs du marché des informations actualisées et des stratégies de planification sur les opportunités dans les
secteurs des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique dans la région de la CEDEAO.
67
- la Politique de la CEDEAO sur l’intégration du genre dans l’accès à l’énergie qui a pour but de
lever les obstacles existants qui peuvent entraver une participation égale des hommes et des
femmes dans l’expansion de l’accès à l’énergie en Afrique de l’Ouest ;
- le Cadre de suivi et de reporting pour les politiques régionales sur les énergies renouvelables
et l’efficacité énergétique, ainsi que les objectifs en matière d’énergie durable pour tous
(SE4ALL).
- la Stratégie régionale d’éclairage efficace de la CEDEAO visant à promouvoir les lampes
basse consommation à l’horizon 2020 et d’élaborer les normes de performance énergétiques
minimales ainsi que les conditions de leur mise en œuvre ;
- le projet de Directive de la CEDEAO sur l’efficacité énergétique dans les bâtiments qui
permettra de promouvoir l’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments à travers
d’une part, l’institution des exigences minimales de performance énergétique des bâtiments
et d’autre part, la valorisation des techniques et matériaux de construction durables ;
- l’Initiative pour le Corridor Ouest Africain de l’Energie Propre (WACEC) qui permettra de
promouvoir et d’accélérer la mise en place de centrales électriques d’énergie renouvelable à
des coûts rentables14.

Huit Etats membres de la CEDEAO sont également membres de l’UEMOA, qui a aménagé une
politique énergétique commune.

II. La prise en compte de la durabilité dans la politique énergétique


de l’UEMOA

Par l’acte additionnel n°04-2001 du 19 décembre 2001, l’UEMOA s’est dotée d’une Politique
Energétique Commune (PEC) avec notamment pour objectifs de promouvoir les énergies
renouvelables; de promouvoir l’efficacité énergétique et de contribuer à la préservation de
l’environnement.
Pour son opérationnalisation la PEC s’articule autour de programmes visant :
- la mise en place d’un système de planification énergétique intégrée ;
- la promotion des énergies renouvelables ;
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- la rationalisation de l’utilisation des combustibles ligneux ;


- la diversification des ressources énergétiques ;
- l’utilisation rationnelle de l’énergie.
Ces programmes devront faire l’objet d’études approfondies qui détermineront les modalités
pratiques de leur mise en œuvre.
Face à la crise de l’énergie qui freine le développement de la zone, l’UEMOA a adopté en 2009
une Stratégie dénommée «Initiative régionale pour l’énergie durable» (IRED)15 qui entend aller
«au-delà de la situation d’urgence, pour s’inscrire dans une démarche stratégique permettant
de trouver des solutions optimales et durables dans un horizon de moyen et long terme, à
savoir le renforcement des capacités de production et l’utilisation, à terme, de sources d’énergie
alternatives».

14
CEDEAO, Rapport final de la réunion des experts en marge de la réunion des Ministres en charge des Etats
membres de la CEDEAO, 06-07 décembre 2016, Conakry, République de Guinée.
15
Décision n° 6-2009 CM-UEMOA en date du 25 septembre 2009, du Conseil des Ministres portant adoption de la
Stratégie de l’UEMOA dénommée « Initiative régionale pour l’Energie durable » (IRED).
68
La vision de l’IRED est : «En 2030, l’ensemble des citoyens de l’Union accédera à une énergie
à bas prix, au sein d’un vaste marché d’échanges d’énergie électrique intégré et harmonisé à
l’échelle de l’Afrique de l’Ouest, produisant une énergie propre et s’appuyant sur un partenariat
public-privé dynamique».
Cette vision est déclinée en une feuille de route qui déroule progressivement trois ambitions :
- rendre l’énergie disponible (période 2009-2012),
- réaliser le tournant de l’énergie compétitive (période 2012-2020)
- instituer une offre d’énergie durable (période 2020-2030).

Cette ambition se décline en trois objectifs stratégiques prioritaires :


- l’objectif de taux d’électrification dans l’UEMOA est de passer de 17% en 2007 à 80% en 2020
et 100% en 2030 (accès universel au service de l’électricité) ;
- le prix moyen de l’électricité dans l’espace UEMOA est réduit à 30 francs CFA le KWh à
l’horizon 2030 ;
- la proportion d’énergies renouvelables et durables (hydroélectricité, solaire, biomasse, éolien)
dans le parc de production passera de 36% en 2007 à 82% en 2030.

Pour atteindre ces objectifs, l’IRED est bâtie autour de quatre axes stratégiques :
- développer une offre diversifiée, compétitive et durable ;
- mettre en place un plan régional de maîtrise de la consommation d’électricité et d’amélioration
de l’efficacité énergétique ;
- accélérer l’émergence d’un marché régional d’échanges d’énergie électrique de l’Afrique de
l’Ouest ;
- mettre en place un mécanisme dédié de financement du secteur de l’électricité.

A travers la création du Fonds de développement énergie (FDE)16, le Conseil des Ministres de


l’UEMOA a aménagé un mécanisme destiné au financement de l’IRED.
Il faut mentionner également le projet de Code régional d’efficacité énergétique dans les
bâtiments (CEEB) qui vise à définir des normes thermiques minimales pour l’enveloppe du
bâtiment, à définir des normes de performance énergétique minimales pour l’éclairage et

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


les systèmes de climatisation et à définir des procédures de vérification pour déterminer la
conformité aux exigences. Dans le même ordre d’idées l’UEMOA s’est engagé dans l’élaboration
d’une Directive sur les normes d’étiquetage énergétique des appareils électroménagers
(appareils d’éclairage, climatiseurs et réfrigérateurs).

16
Décision n°08/2009/CM/UEMOA du 25 septembre 2009 portant création du Fonds de Développement Energie
(FDE).
69
Conclusion

Comme décrit ci haut l’Afrique de l’Ouest dispose d’une panoplie d’instruments politico-
juridiques au niveau communautaire pour assurer la mise en œuvre adéquate de l’ODD 7.
Toutefois l’harmonisation des politiques d’énergie durable en Afrique est encore entravée par
de nombreuses contraintes parmi lesquelles on retient :
- les doubles emplois entre la CEDEAO et l’UEMOA, la lenteur des initiatives avec des Etats qui
présentent des différences économiques, politiques et linguistiques
- la faible articulation entre les politiques environnementales et les politiques énergétiques
(notamment la politique climatique) au niveau communautaire et enfin la faible implication
des collectivités territoriales dans le secteur de l’énergie.
Ces écueils peuvent être surmontés par la mise en œuvre d’un partenariat dynamique dans
le domaine de l’énergie entre les deux organisations qui pourraient intégrer le CILSS17 et les
organisations de bassins fluviaux. Cette synergie pourrait déboucher sur une Politique Energie-
Climat de l’Afrique de l’Ouest comme c’est le cas pour les ressources en eaux18 afin de mutualiser
les ressources et les expériences19 en vue d’atteindre les cibles de l’ODD 7 en 2030.

Bibliographie
1. Ouvrages
- Cheikh Anta DIOP, Les fondements économiques et culturels d’un Etat fédéral d’Afrique Noire,
Présence Africaine, 1974, 124 pages.
- Pierre Sablière, Droit de l’Energie, Dalloz Action, novembre 2013, 2858 pages.
- Altide Canton-Fourrat, Monesty Junior Fanfil, Le droit de l’énergie en Afrique, L’Harmattan,
janvier 2016, 104 pages.
2. Articles
Anna Maria Smolinska, Les organisations internationales et l’énergie, Stéphane Doumbé-Billé
(Dir), Défis énergétiques et droit international. Editions Larcier, 2011, pp 125-137 ;
Guy Fleury Ntwari, Les organisations régionales africaines et l’énergie, Stéphane Doumbé-Billé
(Dir), Défis énergétiques et droit international. Editions Larcier, 2011, pp163-176
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

Joseph KAMGA, Atinouke AMADOU, Droit et politiques de l’énergie en Afrique subsaharienne : les
tendances d’harmonisation. Revue des Juristes de Sciences Po - Automne 2013 - N°8, pp 62-77.
Mohamed Ayib DAFFE, Le développement des activités énergétiques dans le cadre de
l’environnement marin et côtier au Sénégal, in BONNIN, M., LY, I., QUEFFELEC, B., et NGAIDO,
M., (dir.), 2016. Droit de l’environnement marin et côtier au Sénégal, IRD, PRCM, Dakar, Sénégal,
pp. 223-243.
17
Comité inter-Etats de lutte contre la sécheresse dans le Sahel.
18
Acte additionnel A/SA. 5/12/08 du 19 décembre 2008 portant adoption de la Politique des Ressources en
Eau de l’Afrique de l’Ouest. La PREAO considère l’hydroélectricité comme une source d’énergie propre et
renouvelable et promeut le développement d’ouvrages multi-usages (production d’hydroélectricité, eau agricole,
approvisionnement en eau et assainissement) et communs entre plusieurs Etats.
19
Cela a déjà été le cas avec la Décision A/DEC.24/01/01/06 relative à l’adoption d’une politique de la CEDEAO/
UEMOA sur l’accès aux services énergétiques des populations rurales et péri urbaines pour la réduction de la
pauvreté et l’atteinte des OMD. Cette politique est un résultat de la Convention signée entre la CEDEAO et
l’UEMOA du 22 août 2005 pour la mise en œuvre d’actions conjointes dans le domaine de l’énergie. Les Etats
membres se sont fixés un objectif global pour accroître l’accès aux services énergétiques des populations rurales
et périurbaines afin de permettre à l’horizon 2015, au moins à la moitié de la population en milieu rural et
périurbain d’accéder aux services énergétiques modernes.
70
3. Textes juridiques
Décision A DEC.3/5/82 relative à la politique énergétique de la CEDEAO
Protocole de la CEDEAO A-P4-1-03 sur l’Energie, adopté à Dakar le 21 janvier 2003
Décision A/DEC.24/01/01/06 relative à l’adoption d’une politique de la CEDEAO/UEMOA sur
l’accès aux services énergétiques des populations rurales et péri urbaines pour la réduction de
la pauvreté et l’atteinte des OMD
Acte additionnel no01//2008//CCGE//UEMOA portant adoption de la Politique Commune
d’Amélioration de l’Environnement
Règlement C/REG.23/11/08 de la 61e Session du Conseil des Ministres de la CEDEAO portant
création du Centre régional pour les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique (CREREE)
Règlement C/REG.23/11/08 de la 61e Session du Conseil des ministres relatifs à l’établissement
de l’Observatoire pour les Energies Renouvelables et l’Efficacité Energétique de la CEDEAO
(OEREE)
Acte additionnel A/SA. 5/12/08 du 19 décembre 2008 portant adoption de la Politique des
Ressources en Eau de l’Afrique de l’Ouest
Décision n°6-2009 CM-UEMOA en date du 25 septembre 2009, du Conseil des Ministres portant
adoption de la Stratégie de l’UEMOA dénommée «Initiative régionale pour l’Energie durable»
(IRED)
Décision n°08/2009/CM/UEMOA du 25 septembre 2009 portant création du Fonds de
Développement Energie (FDE)
Recommandation REC4/06/13 sur la politique d’énergies renouvelables de la CEDEAO du 21
juin 2013
Acte Additionnel A/SA.2/07/13 sur la Politique d’efficacité énergétique de la CEDEAO du 18
juillet 2013
Résolution A/RES/70/1 adoptée par l’Assemblée générale le 25 septembre 2015 Transformer
notre monde : le Programme de développement durable à l’horizon 2030.

Rapport
CEDEAO, Rapport final de la réunion des experts en marge de la réunion des Ministres en
charge des Etats membres de la CEDEAO, 6-7 décembre 2016, Conakry, République de Guinée.

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71
L’ADAPTABILITE DU CADRE JURIDIQUE ET POLITIQUE
DU BURKINA FASO AU 6EME OBJECTIF
DE DEVELOPPEMENT DURABLE
Firmin W. OUEDRAOGO1

Résumé
« Développement ! Que de crimes ont été commis et se commettent en ton nom! ». Cette
mise en garde du Doyen Kéba M’BAYE2 traduit toute l’importance de l’activité de clarification
des différentes terminologies qui gouvernent les objectifs politiques et les visions de la
communauté internationale pour les générations présentes et surtout celles à venir. Les
objectifs de développement durable (ODD) n’échappent pas à cette exigence. C’est l’exemple
du 6ème ODD dont la mise en œuvre requiert la prise d’un ensemble de mesures conséquentes
et surtout des précisions juridiques. De ces différentes précisions dépendront sans doute les
tentatives d’adaptation des politiques, stratégies, législations et institutions nationales. Celles-
ci tiennent en l’état toute possibilité procédurale au sens d’une véritable exigibilité des droits
et des devoirs des sujets en cause.

Mots clés : accès ; eau potable ; assainissement ; adaptabilité.

Abstract
«Development, only crimes have been committed and are still being committed in your
name!» This warning from Dean Kéba M’BAYE reflects all the importance of clarifying
various terminologies that govern political objectives and visions of the international
community for present and especially future generations. Sustainable development goals
(SDG) are not exempt from this requirement. It’s the case for the 6th SDG which requires
the implementation of a set of consequent measures and legal clarifications. These different
clarifications will without a doubt depend on attempts to adapt policies, strategies, national
legislation and institutions. They hold in the state any procedural possibility in the sense of
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due rights and duties on the subjects in questions.

Keywords: access; potable water; sanitation; adaptability.

1
Juriste, Conseiller en Etudes et en Analyses, Secrétariat Permanent pour la Gestion Intégrée des Ressources en Eau
(SP-GIRE), Ministère de l’Eau et de l’Assainissement, Burkina Faso.
2
Juriste sénégalais, ancien Vice-Président de la Cour Internationale de Justice.
72
Introduction

L’essentiel des ressources en eau du Burkina Faso provient des pluies qui engendrent
le ruissellement et la recharge des nappes souterraines. La pluviométrie au Burkina est
caractérisée par une forte variation interannuelle et une mauvaise répartition spatiale avec
une pluviométrie moyenne de 750 millimètres d’eau par an. Les pluies durent entre 3 à 6 mois
dans l’année sans être aidées par l’évapotranspiration qui peut atteindre jusqu’à 2 mètres par
an à raison de 10 millimètres par jour dans les mois de mars et d’avril. La demande globale en
eau s’établit pour l’ensemble du pays à environ 1584 milliards de mètres cube par an. En 2015
le taux d’assainissement familial était de 12% en milieu rural contre 34,2% en milieu urbain3.

Dans un tel contexte, que peut espérer un Etat comme le Burkina Faso face à un objectif
dont la mise en œuvre s’avère déterminante pour le développement? Le citoyen, peut-il à un
moment donné se prévaloir du contenu de l’ODD 6 ?

I. Contenu, sens et portée du sixième Objectif de développement durable

Le sixième Objectif de développement durable (ODD 6) vise à « garantir l’accès de tous à l’eau
potable et à l’assainissement et assurer une gestion durable des ressources en eau ».

A. Contenu et sens du sixième Objectif de développement durable

L’ODD 6 se décline en six (06) objectifs spécifiques qui sont :


1. Assurer l’accès universel et équitable à l’eau potable, à un coût abordable ;
2. Assurer l’accès de tous, dans des conditions équitables, à des services d’assainissement et
d’hygiène adéquat et mettre fin à la défécation en plein air, en accordant une attention
particulière aux besoins des femmes et des filles et des personnes en situation vulnérable ;
3. Améliorer la qualité de l’eau en réduisant la pollution, en éliminant l’immersion de déchets
et en réduisant au minimum les émissions de produits chimiques et de matières dangereuses,
en diminuant de moitié la proportion d’eaux usées non traitées et en augmentant

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


considérablement à l’échelle mondiale le recyclage et la réutilisation sans danger de l’eau ;
4. Augmenter considérablement l’utilisation rationnelle des ressources en eau dans tous les
secteurs et garantir la viabilité des retraits et de l’approvisionnement en eau douce afin
de tenir compte de la pénurie d’eau et de réduire nettement le nombre de personnes qui
souffrent du manque d’eau ;
5. Mettre en œuvre une gestion intégrée des ressources en eau à tous les niveaux, y compris au
moyen de la coopération transfrontière selon qu’il convient ;
6. Protéger et restaurer les écosystèmes liés à l’eau, notamment les montagnes, les forêts, les
zones humides, les rivières, les aquifères et les lacs ;
7. a développer la coopération internationale et l’appui au renforcement des capacités des
pays en développement en ce qui concerne les activités et programmes relatifs à l’eau et à
l’assainissement, y compris la collecte de l’eau, la désalinisation, l’utilisation rationnelle de
l’eau, le traitement des eaux usées, le recyclage et les techniques de réutilisation ;

3
L’Enquête nationale sur l’accès des ménages aux ouvrages d’Assainissement (ENA) réalisée en mars 2011 a permis
d’établir une situation de référence pour 2010 avec un taux d’accès de 0,8% en milieu rural.
73
8. b appuyer et renforcer la participation de la population locale à l’amélioration de la gestion
de l’eau et de l’assainissement.

Au sens de ce sixième objectif, tous les citoyens doivent avoir accès à l’eau et à l’assainissement
au plus tard en l’an 2030. Il s’agit de l’entendement de la communauté internationale, de la fin
du développement par pourcentage relatif, dans le domaine de l’approvisionnement en eau et
aux services de santé.

Ainsi, contrairement aux Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) qui avaient
pour ambition de réduire de moitié certains grands défis notamment la pauvreté et la faim,
les ODD veulent atteindre une réalisation exhaustive, pleine et entière de l’accès à l’eau et à
l’assainissement, donc une réalisation universelle. Aussi, peut-on dire à la lumière du 6ème
ODD qu’au jour du bilan, aucune approximation ne serait tolérée, le désormais indicateur de
réalisation étant cent pour cent4.

Dans sa logique, l’ODD 6 vise l’accès universel dans des conditions équitables à une eau de
bonne qualité et à des services d’assainissement et d’hygiène adéquats. L’amélioration de la
disponibilité de la ressource en eau et sa meilleure gestion rendent urgente la protection et la
restauration des écosystèmes liés à l’eau.

Cet objectif rappelle l’importance du droit notamment celui de l’environnement et interpelle


les Etats sur le devoir d’adaptation de leurs normes juridiques internes.

B. Portée du sixième Objectif de développement durable

L’accès à l’eau potable et à l’assainissement confère juridiquement un ensemble de droits aux


citoyens qui sont pour l’essentiel des obligations incombant aux pouvoirs publics.

L’accès à l’eau et à l’assainissement, un droit universel


Les pouvoirs publics doivent assurer à chaque citoyen (ressortissant national ou non) l’accès
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sans discrimination, à l’eau et à l’assainissement. L’accès revêt d’une part une dimension
quantitative, l’eau étant physiquement disponible suivant le volume exigé pour la satisfaction
des besoins exprimés. Cela implique de même la disponibilité en nombre suffisant de services
dédiés à la salubrité et à l’assainissement. D’autre part, la dimension qualitative requiert une
eau suffisamment disponible mais surtout répondant aux normes de potabilité reconnues. Cela
est valable pour l’assainissement qui requiert la disponibilité d’équipements sanitaires adéquats
et d’outils de planification systématique.

L’accès à l’eau et à l’assainissement doit avoir un caractère équitable


L’accès équitable suppose la suppression de tout obstacle afin de permettre aux sujets de
bénéficier physiquement de l’eau et de l’assainissement. Les citoyens doivent avoir accès sans
discrimination, physiquement et à un coût abordable, à des équipements sanitaires, dans tous
les domaines de la vie, qui soient sans risque, hygiéniques, sûrs, socialement et culturellement
acceptables, qui préservent l’intimité et garantissent la dignité.

4
Toute la population entendue comme la somme de tous les citoyens d’une localité donnée.
74
L’accès à l’eau et à l’assainissement est un droit-privilège pour les usages personnels et
domestiques
Il suppose également un coût abordable de l’eau, un approvisionnement suffisant en eau
salubre et de qualité acceptable pour les usages personnels et domestiques. Ainsi en cas de
concurrence, les besoins domestiques devront l’emporter sur ceux économiques.
L’accès universel dans des conditions équitables à l’eau de bonne qualité et à des services
d’assainissement et d’hygiène adéquats est l’un des éléments fondamentaux du droit à un
niveau de vie suffisant. Il conditionne la plénitude du droit à la vie et la jouissance de tous les
autres droits de l’Homme. C’est ce qui a valu à ce défi d’être promu au rang de droit de l’Homme
lors de la 70ème session de l’Assemblée générale des Nations Unies5 . Avant cette consécration
il y a eu plusieurs rencontres à l’échelle internationale dans l’optique de parvenir à un accès
véritablement universel à l’eau et à l’assainissement. Il peut être cité entre autres les déclarations
de Panama6, Katmandou7, Douchanbé8, celle de Ngor sur l’hygiène et l’assainissement9. Les
charges allouées à la troisième commission lors de cette 70ème session étaient d’ailleurs très
éloquentes « promotion et protection des droits de l’Homme : questions relatives aux droits
de l’Homme, y compris les divers moyens de mieux assurer l’exercice effectif des droits de
l’Homme et des libertés fondamentales ».

II. L’adaptation du sixième Objectif de développement durable


au contexte du Burkina Faso

Le mot adaptabilité contrairement à adaptation, n’est pas un concept familier dans le langage
juridique. La notion d’adaptation est fortement utilisée dans le vocabulaire contemporain,
notamment dans la lutte contre les changements climatiques.

Le droit administratif l’utilise également pour encadrer les services publics sans accorder
beaucoup d’importance à sa définition. Il en est de même pour le juge civil notamment en
matière sociale (droit de travail) où il est très souvent rappelé que « l’employeur, tenu d’exécuter
de bonne foi le contrat de travail, a le devoir d’assurer l’adaptation des salariés à l’évolution de
leurs emplois »10. Particulièrement en droit international, le contenu minimum de l’adaptation

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


a été proposé par la Commission nationale consultative des Droits de l’Homme en Françe
(CNCDH) qui s’est saisie de la question de l’adaptation du droit interne aux dispositions du
Statut de la Cour pénale internationale.

De l’avis de la CNCDH, «la France est tenue d’adopter les dispositions législatives indispensables
pour pouvoir s’acquitter, dès l’entrée en vigueur du Statut, de ses obligations (…..)». La Commission
insistait d’ailleurs sur «l’urgence et le caractère impératif de l’adoption de l’ensemble de ce
dispositif législatif».

5
Qui s’est ouverte à New York le 15 septembre 2015.
6
Adoptée en 2013 à la troisième Conférence pour l’Amérique latine sur l’assainissement.
7
Adoptée en 2013 lors de la cinquième Conférence sud-asiatique sur l’assainissement.
8
Adoptée en 2015 à la Conférence internationale de haut niveau sur la mise en œuvre de la Décennie internationale
d’action sur le thème « L’eau, source de vie » (2005-2015).
9
Adoptée en 2015 lors de la quatrième Conférence africaine sur l’assainissement et l’hygiène.
10
Cour de cassation française, Chambre sociale, 25 février 1992, Société Expovit.
75
L’adaptation consiste donc en l’adoption de dispositions législatives pertinentes qui
conditionnent la mise en œuvre des normes internationales. L’adaptation serait de ce fait le
point de départ de toute volonté d’adhérer à des objectifs que ceux-ci soient issus d’instruments
contraignants ou non. En tout état de cause, l’adaptabilité renvoie néanmoins à la capacité, la
possibilité de s’adapter, de suivre les exigences et dans une certaine mesure se conformer à une
situation déterminée en l’occurrence celle de droit à une époque donnée.

A. Etat des lieux du cadre juridique de la gestion de l’eau au Burkina Faso

Du point de vue des normes, le pays dispose, depuis 1998, d’une politique assortie de stratégies
en matière d’eau contenant neuf principes dont la traduction juridique a conduit à l’élaboration
d’une loi. La loi d’orientation relative à la gestion de l’eau détermine pour l’essentiel le domaine
public de l’eau et ses dépendances. Cela est de nature à favoriser une protection soutenue des
ressources en eau y relevant.

Plus récemment, sous la transition11, la constitution de 2015 a disposé qu’avec d’autres


éléments « …l’eau potable et l’assainissement… » constitue un droit social et culturel qu’elle
(la constitution) reconnait et promeut. L’intérêt principal de cette constitutionnalisation réside
surtout en l’addition de l’assainissement et de la qualité potable à cette reconnaissance.
Toutefois, cette consécration qui semble à première vue être un progrès, (…potable;
assainissement) est fondamentalement une régression par rapport à la législation de 200112.

Le Burkina Faso ne dispose pas d’une loi spécifiquement consacrée à l’assainissement. Cependant,
plusieurs textes interviennent pour garantir la salubrité, la tranquillité et la santé publique. Il
s’agit entre autres du code de la santé, du code de l’hygiène, du code de l’urbanisme, du code
de l’environnement.

A l’instar de la plupart des lois cadres africaines sur l’environnement, le code de l’environnement
reconnait le droit à un environnement sain. Mais le plus gros du travail juridique est fourni par
d’autres textes car celui-ci ne pose que des principes en termes plus ou moins vagues.
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

Le Code de l’hygiène publique dispose par exemple que « tout propriétaire d’habitation doit
pourvoir son habitation de système d’évacuation et de traitement des eaux usées ménagères
et des excréta conformément à la réglementation en vigueur en matière d’autorisation de
construire. Ces systèmes doivent être fonctionnels et hygiéniquement entretenus»13.

11
Il s’agit du gouvernement mis en place après l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014.
12
Le constituant de la transition a manqué le rendez-vous du renforcement des acquis législatifs et règlementaires.
Il aurait dû verrouiller les périmètres du droit à l’eau en rappelant les minima quantitatif et qualitatif. L’intégration
de l’eau et l’assainissement dans la pléthore de droits économiques sociaux et culturels, fait planer le doute
de l’incertitude qui gouvernerait désormais l’accès à l’eau et l’assainissement. Tant cette catégorie de droit de
l’Homme dit de troisième génération, n’a pas encore montré les gages d’une effectivité ; c’est l’exemple du droit
au logement, à la santé, à l’éducation etc.
13
Cf. Art 28 la loi n° 022-2005/AN du 24 mai 2005 portant Code de l’hygiène publique.
76
Le Code de santé publique14 dispose que toutes les agglomérations doivent être pourvues de
réseaux d’égouts, toute construction nouvelle dans une rue où existera l’égout devra être
disposé de manière à y conduire directement et souterrainement, les eaux pluviales, ménagères
et industrielles ainsi que les matières de vidange.

L’accès à l’assainissement n’est pas expressément consacré par le législateur. Pas plus que
l’eau potable, il est toujours à équidistance d’une véritable garantie juridique à la population
burkinabè.

L’instabilité de la structuration du ministère devant se charger de l’eau et de l’assainissement


est de nature à compromettre l’atteinte des objectifs de développement durable. Elle est
l’explication fondamentale de bon nombre de retard observé par rapport aux défis de l’eau et
de l’assainissement. De 1965 à 2016, le pays est à l’expérimentation15 de sa neuvième formule
institution. Cette situation est de nature à défavoriser le cours normal des politiques liées
à l’eau et à l’assainissement. Pour ces deux secteurs spécifiques, l’insuffisance notable est
l’inconsistance des outils de gestion qui se manifeste par l’absence de schémas de gestion des
déchets et des eaux. Dans le domaine de l’assainissement les quelques rares schémas existant
sont tombés en désuétude et ne répondent plus à leurs objectifs initiaux.

Le cadre normatif se caractérise par l’absence de garanties juridiques sur le droit à l’eau
potable. Aussi, l’absence d’une législation consolidée sur l’assainissement rend-elle difficile la
coordination du suivi administratif des différentes stratégies y relatives.
La non mise en œuvre de mesures de protection devant garantir la disponibilité de l’eau
(délimitation de bandes de servitudes, matérialisation et détermination des périmètres de
protection) renchérit les difficultés classiques de la protection des ressources en eau.
De même, bon nombre de principes sont encore ineffectifs. C’est l’exemple du principe pollueur-
payeur dont les contours ne sont pas encore définis.

La gestion de certains conflits entre l’intérêt de la protection des ressources en eau et certains
projets à mettre en œuvre sont très souvent gérés par affinité politique au mépris de la

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protection de l’environnement et des ressources naturelles. C’est l’exemple de l’implantation
d’une société de cimenterie cimasso à côtés des sources d’eau de la ville de Bobo-Dioulasso
contre les avis des techniciens, mais avec la bénédiction des autorités publiques.

Il en est de même de l’insuffisante application des obligations issues de la contribution


financière en matière d’eau où certaines sociétés minières veulent se soustraire à la loi.

14
QCf. Art. 52 de la Loi n° 23-94/ADP portant Code de santé publique
15
Ministère des Travaux Publics (…1965) ; Ministère du Développement rural (MDR) 1965 ; Ministère de l’Eau
(1985) ; Ministère de l’Environnement et de l’Eau (1995) ; Ministère de l’Agriculture de l’Hydraulique et des
Ressources halieutiques (2002) ; Ministère de l’Agriculture et de l’Hydraulique (2011) ; Ministère de l’Eau, des
Aménagements hydrauliques et de l’assainissement (2013) ; Ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques,
de l’Assainissement et de la sécurité alimentaire (2015) ; Ministère de l’Eau et de l’Assainissement (2016).
77
B. La reconnaissance du droit d’accès à l’eau

La loi d’orientation, encore mieux que la constitution de la transition, « reconnaît le droit de


chacun à disposer de l’eau correspondant à ses besoins et aux exigences élémentaires de sa vie
et de sa dignité ». De cette reconnaissance, rien ne précise les notions clés «besoins, exigences
élémentaires, dignité »16. Le législateur a certainement voulu laisser cette tâche à la discrétion
du pouvoir politique qui devrait y trouver un contenu.

Disposer de l’eau pour faire face à ses besoins, suppose la disponibilité d’une quantité conséquente
d’eau pouvant faire face aux besoins exprimés. Cela suppose aussi la reconnaissance d’une
certaine quantité d’eau à chaque citoyen.

Le décret 2004-580 définit les aspects importants de cette reconnaissance législative du droit
d’accès à l’eau à travers la règlementation de l’utilisation domestique de l’eau en retenant cent
(100) litres d’eau (eau de surface, eau souterraine) par personne et par jour comme seuil de
l’utilisation domestique17.

La conséquence juridique c’est la priorité accordée aux utilisations de type domestique qui se
traduit par la gratuité, ce qui impose aux autres usages notamment commerciaux et industriels
une contribution financière.

Cette considération a conduit à l’institution d’une taxe parafiscale au profit des agences de l’eau
appelée contribution financière en matière d’eau qui est à la fois un moyen de financement
autonome du service public de l’eau, et une opportunité de protection des ressources en eau.
La loi 058-200918 définit la taxe de prélèvement de l’eau brute, la taxe de modification du
régime de l’eau et la taxe de pollution de l’eau. La contribution financière en matière d’eau
tente de convertir en norme le principe du préleveur payeur et celui du pollueur payeur.

Aucun texte ne définit les aspects qualitatifs du droit d’accès à l’eau mais à l’analyse, les
exigences élémentaires de la vie doivent renvoyer à la notion de santé, de salubrité qui
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caractérise la potabilité de l’eau.

Toutefois, le législateur de la loi d’orientation s’est abstenu de se lancer dans une telle aventure
en se contentant de reconnaitre l’accès à l’eau brute lorsqu’il se réfère aux seules eaux de
surface et souterraines.

La Constitution du Burkina Faso en son article 14 dispose que « les richesses et les ressources
naturelles appartiennent au peuple. Elles sont utilisées pour l’amélioration de ses conditions
de vie ». Cette consécration constitutionnelle pose les bases d’un cadre juridique favorable à la
prise en compte de l’accès à l’eau.

16
Il V. Art. de la Loi N°002-2001/AN du 8 février 2001 ; JO N°23 2001
17
Voir le décret n°2004-580/PRES/PM/MAHRH/MFB du 15 décembre 2004 portant utilisation domestique de l’eau
; art. 3.
18
Voir la loi 058-2009/AN du 15 décembre 2009 portant institution d’une taxe parafiscale en abrégé Contribution
Financière en matière d’Eau, au profit des GIP/Agences de l’Eau au Burkina Faso. Cette contribution est faite sur
la base de trois taxes : la taxe de prélèvement de l’eau brute, la taxe de modification du régime de l’eau, la taxe
de pollution de l’eau.
78
Le code de l’environnement a voulu aller dans ce sens en des termes assez complexes qui se
résument à la reconnaissance de l’action individuel en justice pour les atteintes au droit à un
environnement sain et à la lutte contre les pollutions diverses.

L’article 5 de la loi n°06-2013 dispose ainsi qu’il suit « toute personne a droit à un environnement
sain. A cette fin, elle peut porter plainte devant les autorités administratives ou judiciaires
compétentes afin de faire cesser les nuisances générées par les activités qui troublent la
tranquillité, portent atteinte à la sécurité ou à la salubrité publique. L’administration est tenue
de répondre à sa requête ».

L’érection récente de l’accès à l’eau potable et à l’assainissement en droit de l’Homme, serait


une avancée, du moins dans la construction des voies de recours juridictionnels au sein du droit
de l’environnement. Elle est de tout point de vue, importante dans l’encadrement juridique de
la responsabilité des pouvoirs publics sauf à clarifier les contours des différentes actions en
justice qui en découlent.

Le juge européen de Strasbourg s’est très souvent prononcé sur les paramètres de l’action en
justice en matière environnementale.
Dans l’affaire Geouffre de la Pradelle le juge européen énonçait que «pour être concret et
effectif, le droit d’accès à un tribunal suppose non seulement l’existence d’un recours mais
encore un système cohérent ménageant au justiciable la jouissance d’une possibilité claire de
contester un acte administratif constitutif d’une ingérence directe dans son droit».

Comme le fait remarquer le Professeur Jean-Pierre MARGUENAUD, une telle solution permet
seulement de prendre conscience que tout justiciable a droit à un procès équitable et que
par conséquent, la protection de l’environnement ne doit pas se faire au moyen de décisions
expéditives, illisibles ou insusceptibles de recours devant un véritable tribunal impartial ayant
à statuer dans un délai raisonnable.

En somme l’accès à l’eau potable se trouve encore au stade de la reconnaissance, et encore à

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


équidistance d’une véritable garantie de droit au Burkina Faso.

Conclusion

Vers une adaptation


5
du droit national à l’ODD 6
Pour que l’Objectif de développement durable n°6 soit atteint au Burkina Faso, il convient
d’adapter le cadre institutionnel aux nouvelles exigences19. Il est de même important de
faire produire aux normes le rôle qui est le leur. Comme l’a déjà fait remarquer M. Amidou
GARANE20, le droit de l’eau, faitière du droit à l’eau contient au moins trois principales
missions : la prévention, la répression et la ré[Link] droit burkinabè de l’eau s’est lancé
dans une perspective de répression en annonçant le principe du pollueur payeur en attendant
de lui trouver un contenu juridique précis. Il devient dès lors indispensable de prendre toute

19
L’insalubrité dans nos villes et campagnes est due plus à l’absence d’instrument de planification qu’aux habitudes
et à la pauvreté.
20
Maitre-assistant, enseignant chercheur à l’Unité de Formation en Sciences Juridiques et Politique de l’Université
Ouaga 2, Membre de la commission du droit de l’environnement de l’UICN.
79
la mesure de la délimitation des bandes de servitude ainsi que des périmètres de protection
(100 mètres au Burkina Faso généralement pas respectés). Il est tout aussi important d’exiger
la rigueur dans l’application des textes afin de donner un sens à la faveur reconnue aux
utilisations domestiques. En revanche, il faudra soumettre les autres usagers à la taxation en
raison de l’importance de sa finalité.
L’adaptation des normes doit permettre aux populations de faire valoir individuellement ou
collectivement le droit à l’eau et à l’assainissement.
Comme l’admet le professeur René Jean Dupuy «le droit au développement suppose le passage
de l’aumône à l’obligation». Sur cette base, il convient de mener la réflexion dans le sens de la
promotion de financements autonomes et permanents sur les préoccupations relatives à l’eau.
Il convient de tenir compte des aspects institutionnels et normatifs en consacrant le principe
de non-régression dans les politiques et stratégies internes, particulièrement en matière d’accès
à l’eau potable et à l’assainissement. Un meilleur contrôle passe par la définition d’indicateurs
juridiques sur l’effectivité du droit à l’eau et à l’assainissement et surtout l’élaboration de
normes favorables à la défense citoyenne de l’accès à l’eau et à l’assainissement.

Références bibliographiques

1. Jurisprudences
Cour de cassation française ; Chambre Sociale, 25 février 1992 Société Expovit
Cour européenne des droits de l’Homme, Geouffre de la Pradelle

2. Textes législatifs et règlementaires


Loi N°002-2001/AN du 8 février 2001 ; JO N°23 2001
Loi 058-2009/AN du 15 décembre 2009 portant institution d’une taxe parafiscale au profit des
GIP/Agences de l’Eau
Loi n°022-2005/AN du 24 mai 2005 portant Code de l’hygiène publique
Loi n°23-94/ADP portant Code de santé publique
Loi n°006-2013 du 02 avril 2013 portant code de l’environnement
Décret n°2004-580/PRES/PM/MAHRH/MFB du 15 décembre 2004 portant utilisation
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

domestique de l’eau

3. Rapports
Ministère de l’Environnement et de l’Eau Etat des lieux des ressources en eau du Burkina Faso
et de leur cadre de gestion ; 2001 ; 243 pages
Ministère de l’Agriculture et de l’Hydraulique Enquête Nationale sur l’accès des ménages aux
ouvrages d’Assainissement ; mars 2011

80
LA GOUVERNANCE MONDIALE DU CLIMAT
ENTRE NEW YORK, PARIS ET MARRAKECH :
ENGAGEMENTS, ATTENTES ET DEFIS
Mohamed Ali MEKOUAR
Vice-président du Centre international de droit comparé de l’environnement
Résumé
Trois jalons majeurs aux objectifs convergents ont récemment marqué la gouvernance
mondiale du climat : l’adoption du Programme 2030 et ses objectifs de développement
durable (ODD) à New York en septembre 2015 ; la conclusion de l’Accord de Paris sur le climat
en décembre 2015 ; et la tenue de la CDP 22 de la Convention sur le climat à Marrakech
en novembre 2016. Cet article décline les principaux engagements, attentes et défis que
comportent ces trois moments forts. Les ODD offrent une trame holistique englobant le
climat, le Programme 2030 constituant un système interconnecté de 17 ODD étroitement
imbriqués à travers le filet inextricable de leurs 169 cibles. Sous le sceau de l’Accord de Paris,
le régime climatique, naguère clivé et bipolaire, tend à devenir universel et solidaire, tout
en recentrant la gouvernance du climat sur le développement durable. Celle-ci devrait être
réorientée vers une approche polycentrée, insérant l’action climatique dans le complexe
global des enjeux écologiques, économiques, sociaux et culturels du développement
durable. Un tel décloisonnement de la gouvernance mondiale du climat postule cohérence
et complémentarité des cadres juridiques, politiques, institutionnels et financiers relatifs
au changement climatique et au développement durable, dont la mise en œuvre doit être
menée de manière intégrée et synergique.
Mots clés : Gouvernance mondiale du climat ; Accord de Paris sur le climat ; Objectifs de
développement durable..
Abstract
Three major milestones with converging objectives have recently marked the global climate

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


governance: the adoption of the 2030 Agenda and its Sustainable Development Goals (SDGs)
in New York in September 2015; the conclusion of the Paris Climate Agreement in December
2015; and the holding of the Climate Convention’s COP 22 in Marrakech in November 2016.
This article outlines the main commitments, expectations and challenges associated with
these three related events. The SDGs offer a holistic compact that embraces climate, with
the 2030 Agenda representing an interconnected system of 17 SDGs tightly intertwined
through the intricate net of their 169 targets. Under the Paris Agreement, the climate
regime, once cleaved and bipolar, tends to become universal and united, while refocusing
climate governance on sustainable development. Climate governance should be redirected
towards a polycentric approach, incorporating climate action into the global complex of
the ecological, economic, social and cultural dimensions of sustainable development.
Such a de-compartmentalization of the global climate governance entails a coherent and
complementarity design of the legal, policy, institutional and financial frameworks related to
climate change and sustainable development, which should be implemented in an integrated
and synergistic manner.
Keywords: Global climate governance; Paris Climate Agreement; Sustainable
Development Goals. 81
1. Introduction : convergence des enjeux

1. Tour à tour, New York, Paris et Marrakech ont été, en un peu plus d’un an, le théâtre de trois
jalons majeurs pour la gouvernance du climat à l’échelle mondiale :

- d’abord, le Sommet des Nations Unies sur le développement durable, qui s’est déroulé à New
York du 25 au 27 septembre 2015 et s’est soldé par l’adoption du Programme de développement
durable à l’horizon 2030 (Programme 2030)1, déclinant 17 objectifs de développement durable
(ODD), dont le 13e est entièrement dédié à la lutte contre les changements climatiques ;

- ensuite, la 21e Conférence des parties (CDP 21) à la Convention-cadre des Nations Unies sur
les changements climatiques (CCNUCC), qui a eu lieu à Paris du 30 novembre au 13 décembre
2015 et a enfanté un accord climatique de portée universelle ayant pour finalité de contenir
le réchauffement de la planète afin de préserver sa viabilité dans une vision de durabilité
globale2;

- enfin, la CDP 22 de la CCNUCC, qui s’est tenue à Marrakech du 7 au 18 novembre 2016 et a


affiché l’ambition de donner l’élan nécessaire à la mise en œuvre de l’Accord de Paris (AP) sur
le climat, en favorisant le cheminement des décisions arrêtées vers les actions à entreprendre3.

2. À l’aune de ces enjeux nettement convergents, le développement durable et le changement


climatique s’apparentent aux deux faces d’une même médaille, plusieurs ODD étant en
corrélation étroite avec les facteurs clés des changements climatiques. Ainsi que le réaffirme
le Programme 2030, les «changements climatiques représentent l’un des plus grands défis
de notre temps et leurs incidences risquent d’empêcher certains pays de parvenir au
développement durable» (§ 14). Dans la même veine, l’AP vise également à «renforcer la
riposte mondiale à la menace des changements climatiques, dans le contexte du développement
durable et de la lutte contre la pauvreté»4.

3. Mettant le changement climatique au diapason du développement durable, on tentera de


• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

relever les principaux engagements, attentes et défis que comportent les trois moments forts
sus-évoqués, en fournissant quelques illustrations empruntées au continent africain5.

1
Transformer notre monde: le Programme de développement durable à l’horizon 2030, Résolution 70/1 adoptée par
l’Assemblée générale de l’ONU (AGNU) le 25 septembre 2015 (A/RES/70/1).
2
Rapport de la Conférence des Parties sur sa vingt et unième session, tenue à Paris du 30 novembre au 13 décembre
2015. Additif, Deuxième partie: Mesures prises par la Conférence des Parties à sa vingt et unième session, FCCC/
CP/2015/10/Add.1, 29 janvier 2016. Pour une vue panoramique sur l’Accord de Paris, voir : D. Bodansky, « The
Paris Climate Change Agreement: A New Hope? », American Journal of International Law, 110/2016 ; D. Klein et al
(eds.), The Paris Agreement on Climate Change. Analysis and Commentary, Oxford University Press, 2017 ; M. Torre-
Schaub (dir.), Bilan et perspectives de l’Accord de Paris (COP 21). Regards croisés, Paris, IRJS, 2017.
3
M. Deheza et al, COP22 in Marrakech: a push for accelerated action by 2018, Paris, Institute for Climate Economics,
2016 ; W. Obergassel et al, Setting Sails for Troubled Waters. An Assessment of the Marrakech Climate Conference,
Wuppertal, Institut für Klima, Umwelt, Energie, 2017.
4
Article 2-1.
5
Le présent texte est une version actualisée de la communication initiale préparée quatre mois avant la CDP 22
pour le 2e colloque international sur le droit de l’environnement en Afrique (Rabat, 25-27 juillet 2016).
82
2. Engagements : entre obligations et directives

4. Universels et interconnectés, les engagements découlant des ODD et de l’AP traduisent des
normes marquées fondamentalement par la confluence de leurs objectifs respectifs, mais
qui, par leur nature et leur portée, sont tantôt obligatoires, tantôt directives.

Universalité et interdépendance

5. Les ODD comme l’AP ont un champ d’application résolument universel6. Cette recherche
d’universalité partagée a été justement saluée comme une avancée solidaire, en nette rupture
avec les clivages Nord-Sud inhérents aux instruments qui ont précédé les ODD et l’AP, d’une
part les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD)7, d’autre part les annexes de la
CCNUCC et du Protocole de Kyoto8.

6. L’universalité des ODD et de l’AP se double, en outre, de leur indissociabilité. Par essence, les
ODD sont universels, intégrés, interconnectés et inséparables9. Par proximité calendaire et
souci de cohérence, le Programme 2030 a expressément lié l’ODD 13 au sort de l’AP. Ainsi, le
libellé de l’objectif 13 – « Prendre d’urgence des mesures pour lutter contre les changements
climatiques et leurs répercussions – a-t-il été complété par une note renvoyant implicitement
au futur AP, à l’époque très proche de son épilogue : «Étant entendu que la CCNUCC est le
principal mécanisme international intergouvernemental de négociation de l’action à mener à
l’échelle mondiale face aux changements climatiques».

7. Plus concrètement, les interrelations spécifiques entre l’ODD 13 et l’AP sont mises en relief
dans le tableau suivant.

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

6
L’AP prescrit la réalisation d’un bilan mondial des progrès collectifs accomplis de manière globale dans la lutte
contre le réchauffement de la planète (art. 14). Le Programme 2030 spécifie que les « objectifs et les cibles qui y
sont énoncés ont un caractère universel et concernent le monde entier » (§ 5).
7
La dimension universelle des ODD constitue une nouveauté majeure par rapport aux anciens OMD, qui étaient
axés essentiellement sur les pays en développement.
8
Seuls les pays développés et les pays en transition vers une économie de marché, énumérés aux annexes I et II de
la CCNUCC, ont des obligations spécifiques de réduction des émissions de GES, que l’annexe B du Protocole de
Kyoto précise en fixant des objectifs chiffrés de réduction des émissions.
9
§§ 55 et 71 du Programme 2030.
83
ODD 13 Accord de Paris
13.1 Renforcer la résilience et les capacités Art.2-1-a Renforcement des capacités
d’adaptation face aux aléas climatiques d’adaptation et promotion de la résilience
aux effets néfastes des changements
climatiques, et d’un développement à faible
émission de gaz à effet de serre (GES).
13.2 Incorporer des mesures relatives aux Art.7.9 Mise en place de processus de
changements climatiques dans les politiques planification et de plans nationaux
et stratégies nationales. d’adaptation.
Indicateur : Nombre de pays ayant adopté Art. 4-19 Formulation et communication de
des stratégies intégrées de développement stratégies à long terme de développement à
à faible émission de carbone, résilientes face faible émission de GES.
aux changements climatiques.
13.a Mettre en œuvre l’engagement pris de Art.9-1 Les pays développés fournissent des
mobiliser 100 milliards de USD par an d’ici à ressources financières pour venir en aide
2020 pour répondre aux besoins des pays en aux pays en développement aux fins de
développement pour des mesures concrètes l’atténuation et l’adaptation.
d’atténuation et rendre le Fonds vert pour le Décision 1/CP.21 Les pays développés requis
climat opérationnel en le dotant des moyens d’amplifier leur aide financière afin de dégager
financiers nécessaires. collectivement 100 milliards de USD par an
d’ici à 2020 pour les besoins de l’atténuation
et de l’adaptation (§ 114).

8. Au-delà de l’ODD 13, des corrélations étroites existent aussi entre l’AP et diverses cibles
d’autres ODD qui s’y rattachent, spécialement des ODD 1, 2, 7, 11, 12 et 16, ainsi qu’il ressort
du tableau comparatif suivant.

Autres ODD Accord de Paris


• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

1.5 D’ici à 2030, renforcer la résilience Art.2-1-a Renforcement des capacités


des pauvres et des personnes en situation d’adaptation et promotion de la résilience
vulnérable et réduire leur exposition aux aux effets néfastes des changements
phénomènes climatiques extrêmes. climatiques, et d’un développement à
faible émission de GES.
2.4 D’ici à 2030, assurer la viabilité des systèmes Préambule Protéger la sécurité alimentaire et
de production alimentaire et mettre en œuvre venir à bout de la faim et de la vulnérabilité
des pratiques agricoles résilientes, renforçant des systèmes de production alimentaire aux
la capacité d’adaptation aux changements effets des changements climatiques.
climatiques. Art. 2-1-a Promotion d’un développement à
faible émission de GES, qui ne menace pas la
production alimentaire.

84
7.2 D’ici à 2030, accroître nettement la part Décision1/CP.21 Promouvoir l’accès universel
de l’énergie renouvelable dans le bouquet à l’énergie durable dans les pays en
énergétique mondial. développement, en particulier en Afrique,
7.a D’ici à 2030, renforcer la coopération en renforçant le déploiement d’énergies
internationale en vue de faciliter l’accès aux renouvelables (préambule).
sciences et technologies de l’énergie propre, Art.10-1 Mise au point et transfert de
notamment les énergies renouvelables et technologies de façon à accroître la résilience
l’efficacité énergétique. aux changements climatiques et à réduire
les émissions de GES.
11.b D’ici à 2020, accroître nettement le Préambule Promouvoir la coopération
nombre de villes et d’établissements humains régionale et internationale afin de mobiliser
qui mettent en œuvre des plans d’action une action climatique plus forte et plus
intégrés en faveur de l’adaptation aux effets ambitieuse de la part de toutes les parties et
des changements climatiques. des autres acteurs, y compris les villes.
12.c Rationaliser les subventions aux Décision1/CP.21 Fournir des incitations
combustibles fossiles, notamment par la aux activités de réduction des émissions,
suppression progressive des subventions notamment la tarification du carbone (§ 136).
préjudiciables.
Préambule : Les 17 ODD visent à réaliser les Préambule Importance de la justice climatique
droits de l’homme pour tous. dans l’action menée face aux changements
16-3 : Promouvoir l’état de droit dans l’ordre climatiques.
interne et international et garantir à tous un Préambule Respecter et promouvoir les droits
égal accès à la justice. de l’homme en affrontant les changements
climatiques.

Universalité et différenciation

9. À la dimension universelle des ODD et de l’AP fait pendant la différenciation des responsabilités
à assumer par les pays du Nord et par ceux du Sud. Dans ce sens, le Programme 2030

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


réaffirme nettement le principe cardinal des responsabilités communes mais différenciées
(§ 12), ainsi que celui du traitement spécial et différencié pour les pays en développement
(PED)10. En écho, l’AP réitère les principes de l’équité, des responsabilités communes mais
différenciées et des capacités respectives11.

10. La différenciation ainsi reconfirmée dans son principe a cependant été relativisée par l’AP,
où elle apparaît « moins clivée »12. Alors que la CCNUCC, marquée par une dualité normative
délibérée, n’impose des réductions chiffrées des émissions de GES qu’aux pays développés13,
l’AP a opéré un dépassement relatif de cette approche binaire en faisant obligation à toutes
les parties de participer à l’effort collectif de riposte mondiale au changement climatique par
10
ODD 10.a et 14.6.
11
Préambule et articles 2-2, 4-3, 4-19.
12
M. Moliner-Dubost, « Impressions générales sur l’Accord de Paris », dans M. Torre-Schaub (dir.), Bilan et perspectives
de l’Accord de Paris (CDP 21). Regards croisés, Paris, IRJS, 2017, p. 36.
13
M.O. Hamrouni, « La participation des pays en développement aux accords environnementaux », dans E. Canal-
Forgues (dir.), Démocratie et diplomatie environnementales, Paris, Pedone, 2015, p. 40 ; M.A. Mekouar, « Vers un
renforcement du droit international du climat », Droit & stratégie des affaires au Maroc, 4/2016, p. 16.
85
le truchement des contributions déterminées au niveau national (CDN). Cette obligation de
portée mondiale est néanmoins assortie, dans l’AP, de responsabilités renforcées à l’égard des
pays développés, lesquels doivent notamment : (i) parvenir plus rapidement au plafonnement
des émissions de GES14 ; (ii) assumer des objectifs de réduction des émissions en chiffres
absolus15 ; (iii) fournir des soutiens financiers aux PED aux fins de l’atténuation comme de
l’adaptation16 ; (iv) étoffer l’appui au renforcement des capacités dans les PED17.
Atténuation et adaptation

11. Initialement, le régime climatique a fait la part belle aux mesures d’atténuation du
réchauffement global, leur accordant la priorité pour contenir les émissions de GES. Plus
sensibles aux effets du dérèglement climatique, les PED ont instamment appelé à un
rééquilibrage en faveur des mesures d’adaptation et à une meilleure prise en compte des
pertes et préjudices liés aux incidences des changements climatiques18.

12. Répondant partiellement à ces attentes, l’AP a introduit des facteurs de pondération
entre l’atténuation et l’adaptation moyennant: (i) l’établissement d’un objectif mondial
d’adaptation visant à renforcer les capacités d’adaptation et à promouvoir la résilience
aux effets néfastes des changements climatiques19 ; (ii) la reconnaissance que l’adaptation,
défi planétaire commun à toutes les nations, est un élément clé de la riposte globale aux
changements climatiques, compte tenu des besoins urgents des PED, plus vulnérables aux
aléas climatiques20 ; (iii) l’appel à une augmentation sensible du financement des mesures
d’adaptation21.
Normativité hybride

13. Alors que les ODD sont juridiquement non contraignants, l’AP – un traité en la forme22 –
est accolé à la décision 1/CP.21 de la CDP 2123 – texte de portée plus politique que juridique
– qui en éclaire et en détaille les dispositions. Ce double habillage du contenant de l’AP se
reflète dans le dualisme substantiel de son contenu. Fruit d’un agencement normatif métissé,
résultant d’un subtil échafaudage consensuel dénotant un « exercice d’équilibriste »24, l’AP se
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

caractérise par une intensité normative variable, de nature « dure-molle », pourrait-on dire.

14
Article 4-1.
15
Article 4-4.
16
Article 9-1.
17
Article 11-3.
18
S. Janicot et al, Changement climatique - Quels défis pour le Sud?, Marseille, IRD, 2015, relèvent qu’il a fallu du
temps pour que, prenant conscience que « l’atténuation ne se fera pas au rythme d’une adaptation naturelle des
écosystèmes au changement climatique », les PED « remettent en cause le cadrage en termes d’atténuation alors
qu’ils subissent les premiers les dommages dus à l’industrialisation des pays développés. Lors de la conférence de
Bali (2007), ils imposent le thème de l’adaptation comme deuxième objectif de la Convention, aussi crucial que
celui de l’atténuation » (p. 180).
19
Articles 2-1.b et 7.1.
20
Article 7.2.
21
Décision 1/CP.21, § 114.
22
D. Bodansky, « The Legal Character of the Paris Agreement », Review of European, Comparative and International
Environmental Law, 25/2016.
23
Voir la note 2 ci-dessus.
24
A.-S. Tabau, « Evaluation de l’Accord de Paris sur le climat à l’aune d’une norme globale de transparence », Revue
86 juridique de l’environnement, 1/2016, p. 69.
Combinant obligations juridiques et prescriptions directives, il apparaît ainsi « inégalement
contraignant »25. Quelques exemples peuvent illustrer une telle hybridation normative.
14. Parmi les normes obligatoires, on peut citer: (i) celle prescrivant d’établir, de communiquer et
d’actualiser des CDN tous les cinq ans, en prenant des mesures nationales d’atténuation pour
réaliser les objectifs fixés, les CDN ultérieures devant toujours représenter une progression
et correspondre au niveau d’ambition le plus élevé possible26 ; (ii) celle imposant aux pays
développés, au titre de l’atténuation et de l’adaptation, de fournir des ressources financières
pour venir en aide aux PED27.
15. Parmi les normes directives, on peut faire état des engagements : (i) de parvenir au
plafonnement mondial des émissions de GES dans les meilleurs délais, en vue d’atteindre
un équilibre entre les émissions par les sources et les absorptions par les puits au cours de
la deuxième moitié du siècle, et ce afin de contenir l’élévation de la température à 2°C et
si possible à 1,5°C28 ; (ii) d’assurer une mobilisation des moyens de financement de l’action
climatique par les pays développés à un niveau qui représente une progression par rapport
aux efforts antérieurs29.
3. Attentes : entre actions et aspirations

16. La conscience de l’urgence a incité les États à hâter la mise en œuvre des ODD et à
rehausser le niveau de leurs engagements climatiques. Cette quête d’ambition est cependant
contrecarrée par les déficits de financement des actions projetées.
Conscience de l’urgence
17. Dès le 1er janvier 2016, les ODD sont devenus opérationnels30 et, en juillet de la même année,
22 pays pilotes, dont sept africains31, ont soumis au Forum politique de haut niveau pour
le développement durable (FPHN)32 des rapports volontaires sur leur mise en œuvre initiale
25
M. Lemoine-Schonne, « La flexibilité de l’Accord de Paris sur les changements climatiques », Revue juridique de
l’environnement, 1/2016, p. 55.
26
Articles 4-2, 4-3, 4-9. Bien que les parties soient tenues de soumettre des CDN, aucun niveau d’ambition ne

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


leur est imposé par l’AP, ce qui leur laisse une grande latitude pour déterminer leurs engagements. On a pu ainsi
en déduire que les CDN «n’ont aucune valeur contraignante» (C. Lepage et C. Huglo, « Commentaire iconoclaste
(?) de ‘l’Accord de Paris’ », Revue juridique de l’environnement, 1/2016, p. 10) ou qu’elles «n’ont que la valeur
d’obligations de moyen» (S. Lavallée et S. Maljean-Dubois, «L’Accord de Paris : fin de la crise du multilatéralisme
climatique ou évolution en clair-obscur ? », Revue juridique de l’environnement, 1/2016, p. 28), que leur succès
«dépend entièrement de la volonté des Etats» (B. Mayer, «Enjeux et résultats de la CDP2», Revue juridique de
l’environnement, 1/2016, p. 16) et que donc l’AP «repose sur une approche de confiance mutuelle entre les parties»
(L. Boisson de Chazournes, « Regards sur l’Accord de Paris - Un accord qui bâtit le futur », dans M. Torre-Schaub
(dir.), Bilan et perspectives de l’Accord de Paris (COP 21). Regards croisés, précité, p. 106).
27
Article 9-1.
28
Article 4-1.
29
Article 9-2.
30
§ 21 du Programme 2030.
31
Égypte, Madagascar, Maroc, Ouganda, Sierra Leone, Swaziland, Togo.
32
La résolution 67/290, « Structure et modalités de fonctionnement du Forum politique de haut niveau pour le
développement durable », adoptée par l’AGNU le 9 juillet 2013 (A/RES/67/290), a chargé le FPHN de procéder
à des bilans annuels de la réalisation des ODD. La réunion de 2016 du FPHN a été axée sur le thème : « Ne pas
faire de laissés-pour-compte ». La résolution 70/299, « Suivi et examen de la mise en œuvre du Programme
de développement durable à l’horizon 2030 au niveau mondial », adoptée par l’AGNU le 29 juillet 2016 (A/
RES/70/299), a fixé les thèmes des trois sessions suivantes du FPHN : (i) pour 2017, « Éliminer la pauvreté et
promouvoir la prospérité dans un monde en mutation » ; (ii) pour 2018, « Transformer nos sociétés pour les rendre
viables et résilientes » ; (iii) pour 2019, « Donner des moyens d’action aux populations et assurer l’inclusion et 87
l’égalité ».
du Programme 203033. En juillet de 2017, de tels rapports ont été présentés au FPHN par 43
pays34, dont à nouveau sept Etats africains35. Pour la prochaine session du FPHN en 2018,
48 rapports volontaires ont été annoncés36, dont 11 attendus de pays africains37. Un aperçu
général sur les progrès accomplis dans la réalisation des ODD a été fourni par le Secrétaire
général de l’ONU en mai 201738.
18. L’AP, pour sa part, après avoir été signé massivement par 195 États en un temps record,
entre avril et octobre 201639, est très rapidement entré en vigueur, le 4 novembre 2016,
dans les conditions évoquées ci-dessous (§§ 37-40). La faculté donnée aux États signataires
d’appliquer temporairement l’AP avant qu’il ne devienne formellement effectif40 a été
exercée par Tuvalu en avril 201641. Toutefois, ce type d’engagement volontaire est resté isolé,
Tuvalu n’ayant été imité par aucun autre État signataire.
19. En avril 2016, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a
accepté de fournir dans un délai rapproché, en 201842, un rapport spécial – dit « RS15 » – sur
les conséquences d’un réchauffement planétaire supérieur à 1,5°C – ce seuil constituant une
ligne de défense beaucoup plus sûre contre le dérèglement climatique – ainsi que sur les
profils connexes d’évolution des émissions mondiales de GES43. La sortie de ce rapport devrait
opportunément coïncider avec le bilan des efforts collectifs déployés par les parties à l’AP en
fonction des engagements pris, qu’il est également prévu d’effectuer en 201844. À sa réunion
d’octobre 2016, le GIEC a établi les grandes lignes du RS1545. En cours d’élaboration depuis
lors, le RS15 devrait être approuvé en octobre 201846.

20. En mai 2016, il a été procédé à l’inauguration, à Bonn, du registre public provisoire des
CDN47, instrument essentiel pour assurer la transparence et fortifier la crédibilité des

33
FPHN, Résumés analytiques des examens nationaux volontaires. Note du Secrétariat, E/HLPF/2016/7, 13 juillet
2016.
34
FPHN, 2017 Voluntary National Reviews. Compilation of Main Messages, 2017.
35
Bénin, Botswana, Éthiopie, Kenya, Nigéria, Togo, Zimbabwe.
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

36
Lettre du Président de l’ECOSOC datée du 14 septembre 2017.
37
Bénin, Cabo Verde, Congo, Égypte, Guinée, Mali, Namibie, Niger, Sénégal, Soudan, Togo.
38
Point annuel sur les objectifs de développement durable. Rapport du Secrétaire général, E/2017/66, 11 mai 2017. Voir
aussi : Nations Unies, Rapport sur les objectifs de développement durable 2017, New York, 2017.
39
Tous les États parties à la CCNUCC ont ainsi signé l’AP avant son entrée en vigueur, à l’exception : (i) de l’Irak, qui l’a
signé en décembre 2016 ; (ii) du Nicaragua et de la Syrie, les deux seuls États ne l’ayant pas encore signé à ce jour.
40
Décision 1/CP.21, § 5 : « … les Parties à la Convention peuvent provisoirement appliquer toutes les dispositions de
l’Accord en attendant son entrée en vigueur … ».
41
Déclaration de Tuvalu lors de la signature de l’AP : « The Government of Tuvalu hereby notifies that it will apply the
Paris Agreement provisionally as provided for in paragraph 4 [sic] of Decision 1/CP.21 ».
42
Ainsi qu’il a été invité à le faire par la CDP 21 au § 21 de la décision 1/CP.21.
43
Institut international du développement durable (IIDD), Compte-rendu de la quarante-troisième session du Groupe
d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat: 11-13 avril 2016, vol. 12, no 664, 16 avril 2016.
44
Décision 1/CP.21, § 20.
45
IIDD, Compte-rendu de la quarante-quatrième session du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du
climat: 17-21 octobre 2016, vol. 12, no 677, 23 octobre 2016.
46
IIDD, Compte-rendu de la quarante-sixième session du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du
climat: 6-10 septembre 2017, vol. 12, no 702, 13 septembre 2017.
47
Conformément au § 30 de la décision 1/CP.21 chargeant le secrétariat de la CCNUCC de mettre en place ce
registre au cours du premier semestre de 2016 pour l’enregistrement des CPDN en attendant que soient adoptées
les modalités de fonctionnement du registre public définitif prévu à l’article 4-12 de l’AP.
88
contributions nationales48. À l’époque, 189 pays avaient déjà soumis leurs contributions
prévues déterminées au niveau national (CPDN), représentant 95,7% des émissions mondiales
de GES. Dans la foulée, une mise à jour du rapport de synthèse sur l’effet global des CPDN49,
actualisant les données disponibles antérieures sur les émissions mondiales de GES, avait été
publiée en mai 201650.

21. Cependant, les annonces de réduction des émissions de GES par les États lors de la signature
de l’AP demeurent fortement disparates, tant par le niveau d’ambition des engagements
souscrits (pourcentages de réduction) que par l’horizon temporel de leur réalisation, d’une
région à l’autre comme au sein d’une même région, y compris à l’intérieur de l’Union
européenne. Le tableau ci-après met en évidence cette grande disparité des engagements
nationaux, même à partir d’un échantillon limité de CPDN.

Signataires Pourcentage Horizon


Albanie 11,5 2030
Autriche 40 2030
Bahamas 30 2030
Belgique 40 2030
Brésil 37* ; 43** 2025* ; 2030**
Bulgarie 40 –
Chine 18* ; ‘Plafonnement’** 2023* ; 2030**
Espagne 40 2030
Finlande 80 2050
Gabon 50 2025
Haïti 31 2030
Kenya 30 2030
Liechtenstein 40 2030

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


Maroc 32 2030
Monaco 50 2030
Monténégro 30 –
Norvège 40 2030
Pays-Bas 30 2030
Pérou 30 2030
Pologne 30 à 40 2030
République centrafricaine 50 2050

48
Dans la mesure où les CDN ne sont pas inscrites dans l’AP, il importe qu’elles soient consignées dans un registre
public en toute transparence. Voir à ce propos : M. Lemoine-Schonne, « La flexibilité de l’Accord de Paris sur les
changements climatiques », précité, p. 39.
49
Rapport de synthèse sur l’effet global des contributions prévues déterminées au niveau national, FCCC/CP/2015/7,
30 octobre 2015.
50
Aggregate effect of the intended nationally determined contributions: an update, FCCC/CP/2016/2, 2 May 2016.
89
RD Congo 17 2030
Roumanie 40 2030
Royaume-Uni 20 2050
Russie 70 2030
Saint-Kitts-et-Nevis 22* ; 35** 2025* ; 2030**
Sénégal 20 2030
Slovaquie 40 2030
Tunisie 41 2030
Union européenne 40 2030

Quête d’ambition, individuelle et collective

22. L’ambition est un autre trait commun des ODD et de l’AP. Le Programme 2030, avec ses
17 objectifs, ses 169 cibles et ses 230 indicateurs, a été délibérément conçu comme « un
projet extrêmement ambitieux et porteur de changement » (§ 7). Ses objectifs et ses cibles
précisent, au surplus, les mesures à prendre pour inscrire cette « ambition collective dans la
réalité » (§ 61).

23. Pareillement, l’AP fait de l’ambition son leitmotiv51, disposant en particulier qu’il incombe
aux parties de fournir des « efforts ambitieux » dans leurs contributions nationales à la
riposte mondiale aux changements climatiques52, que les CDN futures doivent correspondre
« au niveau d’ambition le plus élevé possible »53 et que les parties peuvent à tout moment
modifier leurs CDN « afin d’en relever le niveau d’ambition »54. Bon nombre de CPDN initiales,
confirmées ensuite par les États ayant soumis leur CDN au moment de la ratification de l’AP,
participent effectivement de cette quête d’ambition.

24. Toutefois, les engagements qu’elles comportent restent, cumulativement, très en-deçà des
niveaux requis pour confiner le réchauffement planétaire à 2°C et encore moins à 1,5°C55,
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

risquant plutôt de conduire à une augmentation des températures de 3°C à 4°C56. Selon
le GIEC, pour rester sous la barre des 2°C à l’horizon 2100, il faudrait réduire les émissions
mondiales de GES de 40% à 70% en 2050 et atteindre des niveaux d’émission proches de
zéro à la fin du siècle57.

51
On ne dénombre pas moins de 16 itérations du mot « ambition » ou du qualificatif « ambitieux/ambitieuse » dans
l’AP et dans la décision 1/CP.21 à laquelle il est adossé.
52
Article 3.
53
Article 4-3.
54
Article 4-11.
55
Le Programme 2030 souligne que, collectivement, les engagements de réduction des émissions mondiales de GES
d’ici à 2020 sont en-deçà de ce qui permettrait de les maintenir « à un niveau tel que la température mondiale
moyenne n’augmente pas de plus de 2° Celsius » (§ 31).
56
USAID, Analysis of Intended Nationally Determined Contributions (INDCs), June 2016.
57
S. Janicot et al, Changement climatique - Quels défis pour le Sud?, précité, p. 81.
90
Ecarts de financement entre besoins et ressources

25. Dans le Programme 2030 comme dans le régime climatique, le financement des actions
à mener occupe une place primordiale. Ainsi, les ODD appellent à : (i) stimuler l’aide
publique au développement et les flux financiers en faveur des États qui en ont le plus
besoin, en particulier les pays d’Afrique58 ; (ii) rendre le Fonds vert pour le climat pleinement
opérationnel en le dotant des moyens financiers nécessaires59 ; (iii) mobiliser des ressources
financières supplémentaires de diverses provenances au profit des PED60.
26. Dans la même direction, le Programme d’action d’Addis-Abeba (PAAA), adopté en juillet
2015 par la IIIe Conférence internationale sur le financement du développement61, comme
partie intégrante du Programme 2030 et en appui à sa réalisation, préconise d’accroître les
financements en faveur d’un développement à faible émission de carbone et climatiquement
résilient (§ 60).
27. Les estimations des coûts annuels de financement des ODD se situent dans une fourchette de
5 et 7 milliards de dollars62. À première vue considérables, ces investissements supplémentaires
ne semblent cependant pas inabordables comparés au PIB mondial, actuellement évalué à
115 milliards de dollars63 . Il n’en demeure pas moins que le déficit de financement des ODD
est aujourd’hui estimé à environ 2,5 milliards de dollars par an pour les seuls PED64. S’agissant
spécialement de l’Afrique, les coûts additionnels de financement des ODD, évalués à environ
600 à 1200 milliards de dollars par an, tardent beaucoup à être mobilisés65.
28. Le financement climatique constitue également une dimension cruciale de l’AP, qui fait
obligation aux pays développés de soutenir financièrement les efforts d’atténuation et
d’adaptation déployés par les PED66. A cet effet, 100 milliards de USD devraient être mobilisés
annuellement par les pays développés d’ici à 2020 et jusqu’en 2025, ce montant plancher
étant destiné à être rehaussé après 202567.
29. Dans leur grande majorité, les CPDN et CDN soumises par les PED conditionnent fortement
les engagements de réduction des émissions de GES aux apports de financements
internationaux68, le niveau d’une telle conditionnalité étant singulièrement élevé en

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


Afrique69. Or les ressources annoncées au titre des appuis financiers extérieurs à l’action
climatique demeurent très nettement insuffisantes et encore largement virtuelles.

58
ODD 10.b.
59
ODD 13.a.
60
ODD 17.3.
61
Le PAAA a été approuvé par la résolution 69/313 adoptée le 27 juillet 2015 par l’AGNU (A/RES/69/313).
62
UNCTAD, World Investment Report 2017, Geneva, 2017, p. 150.
63
Business and Sustainable Development Commission, Ideas for Action for a Long-term and Sustainable Financial
System, London, 2017.
64
UNCTAD, World Investment Report 2017, précité, p. 125.
65
CNUCED, Le développement économique en Afrique : dynamique de la dette et financement du développement
en Afrique, Genève, 2016.
66
Article 9-1.
67
Décision 1/CP.21, §§ 53 et 114.
68
La Banque mondiale a estimé que la mise en œuvre de 85% des engagements souscrits par les PED est subordonnée
à des financements internationaux (World Bank, Intended Nationally Determined Contributions, 2016).
69
M.A. Mekouar, « L’Afrique à l’épreuve de l’Accord de Paris : ambitions et défis », dans Après l’Accord de Paris, quels
droits face au changement climatique (à paraître dans la Revue juridique de l’environnement).
91
30. Ainsi, si l’on s’en tient aux seuls coûts annuels de l’adaptation au changement climatique, on
estime qu’ils oscillent : (i) pour les PED, entre 140 et 300 milliards de USD d’ici à 2030 et entre
280 à 500 milliards de USD à l’horizon 2050, contre les 22,5 milliards de USD effectivement
mobilisés en 201470 ; (ii) pour l’Afrique, entre 7 à 15 milliards de USD d’ici à 2020 et entre 15
à 18 milliards de USD à l’horizon 2030, contre les 516 millions de USD mobilisés en moyenne
en 201571, ces coûts ayant été dernièrement révisés à la hausse72.

31. Même en misant sur un déboursement effectif des 100 milliards de dollars promis dans
le cadre de l’AP, l’écart de financement resterait immense entre les besoins identifiés et
les moyens disponibles, malgré les timides améliorations relevées récemment73. Lorsque
l’on ajoute à ces coûts les ressources requises pour financer les mesures d’atténuation du
réchauffement global, le fossé parait encore plus énorme et difficile à combler74.

4. Défis: entre opportunités et contraintes

32. L’engouement provoqué par l’aboutissement heureux de la CDP 21 a d’abord favorisé des
avancées assez rapides vers l’opérationnalisation de l’AP, y compris son entrée en vigueur
précoce à la veille de la CDP 22, mais l’élan originel s’est ensuite estompé, ralentissant la
progression des négociations climatiques à l’aube de la CDP 23.

De la CDP 21 à la CDP 22: élever l’ambition et catalyser l’action

33. Dans les premiers mois qui ont suivi l’adoption de l’AP à l’issue de la CDP 21, quelques
avancées initiales ont été enregistrées. Ainsi, deux Championnes du climat – la Française
Laurence Tubiana75 et la Marocaine Hakima El Haite76 – ont été nommées au début de 2016
et elles ont publié leur plan d’action, centré sur le renforcement de la mobilisation inclusive
de toutes les parties prenantes, en particulier la société civile, en mai de la même année77.
Simultanément, comme signalé plus haut (§ 20), le rapport de synthèse sur l’effet global des
CPDN a été actualisé et complété par l’adjonction de 42 nouvelles contributions nationales78.
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

70
UNEP, The Adaptation Finance Gap Report 2016, Nairobi, 2016.
71
BAD, L’Afrique et le climat : une opportunité pour s’adapter et prospérer. Contribution de la Banque africaine de
développement à la réunion de la COP21 à la CCNUCC, Abidjan, 2015, p. 6.
72
Selon des estimations plus récentes, le coût annuel du financement de l’adaptation en Afrique serait de l’ordre
de 27 milliards de USD (M.A. Mekouar, « L’Afrique à l’épreuve de l’Accord de Paris : ambitions et défis », précité).
73
UNEP, The Adaptation Finance Gap Report 2016, précité ; UNEP, Green Finance Progress Report, Nairobi, 2017.
74
Pour le seul continent africain, le coût annuel du financement de l’atténuation serait d’environ 140 milliards de
USD (M.A. Mekouar, « L’Afrique à l’épreuve de l’Accord de Paris : ambitions et défis », précité), soit 40 milliards de
plus que la totalité des 100 milliards (enveloppe mondiale) escomptés au titre de l’AP.
75
Ex-négociatrice en chef de l’AP. Ayant achevé son mandat en novembre 2016, au terme de la CDP 22, elle a été
remplacée dans cette fonction par Inia Seruiratu, Ministre de l’agriculture, du développement rural et maritime et
de la gestion nationale des catastrophes de Fidji, pays devant assurer la présidence de la CDP 23.
76
Ex-déléguée auprès du Ministre de l’énergie, des mines, de l’eau et de l’environnement, chargée de l’environnement.
Elle achèvera son mandat en novembre 2017, à la fin de la CDP 23.
77
Ces mesures faisaient écho au § 121 de la décision 1/CP.21 prévoyant la nomination de deux « champions de haut
niveau » chargés notamment de faciliter, au cours de la période 2016-2020, une plus forte implication des acteurs
non-étatiques dans les activités, initiatives et coalitions climatiques.
78
Peu avant la CDP 21, 147 pays avaient soumis leur CPDN. Dans les six mois qui ont suivi, 42 autres pays ont
communiqué leur CPDN.
92
34. En mai 2016 également, des négociations techniques concernant l’AP ont été amorcées
pendant la conférence intersessions de Bonn sur les changements climatiques79, qui a
regroupé la 1ère réunion du Groupe de travail spécial de l’AP (APA 1) et les 44èmes sessions
de l’Organe subsidiaire de mise en œuvre (SBI 44) et de l’Organe subsidiaire de conseil
scientifique et technologique (SBSTA 44) de la CCNNCC. Ces premières négociations ont
porté notamment sur : (i) l’organisation des travaux de l’APA80 ; (ii) les procédures afférentes
au registre public des CDN81 et des communications sur l’adaptation82 ; (iii) les directives pour
la comptabilisation des CDN83 ; (iv) les modalités du mécanisme contribuant à l’atténuation
des émissions de GES84 ; (v) l’élaboration du cadre technologique institué par l’AP85 ; (vi) le
mandat du Comité de Paris sur le renforcement des capacités86.

35. A travers trois maîtres-mots – action, opérationnalisation, concrétisation – exprimant


les objectifs-clés de la présidence marocaine de la CDP 22, celle-ci ambitionnait d’aider
notamment à : (i) adopter des procédures et mécanismes pour assurer la mise en œuvre de
l’AP ; (ii) établir un plan d’action pour rehausser le niveau d’ambition pré-2020 ; (iii) arrêter
une stratégie pour mobiliser les 100 milliards de USD d’ici à 2020 ; (iv) obtenir des pays
développés une révision à la hausse des ambitions de leurs CDN ; (v) consolider l’implication
des acteurs non-étatiques en mobilisant la société civile aux côtés des gouvernements ; (vi)
susciter le plus grand nombre possible de ratifications de l’AP avant la tenue de la CDP 22.
La présidence marocaine souhaitait en outre faire aboutir ses propres initiatives prioritaires,
telles que : (a) l’Adaptation de l’Agriculture Africaine, initiative axée sur le financement
de l’adaptation et la séquestration du carbone dans les sols ; (b) la Résilience des zones
oasiennes dans le monde, initiative visant à sauvegarder ces barrières naturelles contre
l’avancée du désert ; ou (c) le Mécanisme de financement accéléré, destiné à stimuler l’essor
de la finance climatique87.

36. Pendant la CDP 22, diverses initiatives ont été lancées, comme : (i) le Partenariat de
Marrakech pour l’action climatique globale pour la période 2017-2020, initié par les
Championnes du climat ; (ii) l’initiative Adaptation de l’Agriculture Africaine regroupant 27
pays ; (iii) le Partenariat NDC pour soutenir les PED dans la mise en œuvre conjointe de leurs

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


politiques climatiques et des ODD ; (iv) un programme de travail sur l’intégration genre-
climat dans le cadre de la CCNUCC. La CDP 22 a débouché sur l’adoption de la Proclamation
de Marrakech pour l’action en faveur de notre climat et le développement durable, appelant
particulièrement à rehausser les ambitions « afin de combler l’écart entre les trajectoires
d’émissions actuelles et celles requises pour atteindre les objectifs à long-terme de
limitation de la température fixés par l’Accord de Paris », ainsi qu’à « une augmentation

79
IIDD, Compte-rendu de la conférence de Bonn sur les changements climatiques: 16-26 mai 2016, vol. 12, no
676, 29 mai 2016.
80
Comme convenu lors de la CDP 21, l’APA a été créé pour préparer l’entrée en vigueur de l’AP et la convocation de
la 1e réunion de ses parties contractantes, conformément aux §§ 7-11 de la décision 1/CP.21.
81
Article 4-12 de l’AP.
82
Article 7-12 de l’AP.
83
Article 4-13 de l’AP et § 31 de la décision 1/CP.21.
84
Article 6-4 de l’AP et § 37 de la décision 1/CP.21.
85
Article 10-4 de l’AP et § 67 de la décision 1/CP.21.
86
§ 76 de la décision 1/CP.21.
87
M.A. Mekouar, « Vers un renforcement du droit international du climat », précité, pp. 18-19.
93
des financements, des flux et de leur accès ». Elle a aussi décidé que le règlement de l’AP
– le « manuel d’opération » qui servira à sa future mise en œuvre – devra être entièrement
approuvé en 201888.

Entrée en vigueur précoce de l’Accord de Paris

37. Une entrée en vigueur rapide de l’AP, de préférence avant la CDP 22, était fortement voulue
par les présidences des CDP 21 et 22 et aussi largement souhaitée par ailleurs. Cet objectif n’était
cependant pas aisé à réaliser, dans la mesure où un double seuil est requis à cet effet : la
ratification de l’AP par au moins 55 parties à la CCNUCC, représentant au moins 55% des
émissions mondiales de GES89. En juillet 201690, seuls 22 États, ne représentent que 1,83%
des émissions totales, avaient ratifié l’AP. Son entrée en vigueur avant la CDP 22 n’était
alors envisageable qu’avec l’adhésion de plusieurs émetteurs significatifs tels que la Chine
(20,09%), les USA (17,89%), l’Union européenne (12,08%) ou la Russie (7,53%)91.

38. Pourtant, cet objectif a été effectivement atteint in extremis, à la faveur d’une intense
mobilisation diplomatique qui a enclenché un mouvement accéléré de ratifications en chaîne,
dont celles de la Chine et des USA, simultanées – le 3 septembre 2016 – et déterminantes
– ces deux pays émettant à eux seuls presque 38% des GES de la planète –, suivies de celle
de l’Union européenne (12,08%) le 5 octobre 2016. Si bien que, 30 jours plus tard92, l’AP est
devenu effectif le 4 novembre 2016, deux jours avant l’ouverture de la CDP 22, moins d’un
an après sa conclusion, et avec deux ans d’avance par rapport aux prévisions initiales93.

39. À la veille de la CDP 22, l’AP avait reçu 73 ratifications. Environ un an plus tard, le 15 octobre
2017, il comptait déjà 168 parties contractantes, représentant pas moins de 87,64% des
émissions totales de GES94. Bien que la Russie demeure le seul émetteur important (7,53%) à
ne l’avoir pas ratifié à ce jour, un risque de régression n’est cependant pas à exclure, les USA
(17,89%) ayant annoncé leur intention de s’en désengager, même s’ils ne l’ont pas encore
formalisée.
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

40. Cette entrée en vigueur précoce de l’AP, qui a constitué un vif succès de la diplomatie
climatique, a néanmoins comporté diverses contraintes opérationnelles liées particulièrement
à l’impossibilité d’élaborer et d’adopter, faute de temps, les multiples règles et procédures
requises pour la mise en route effective de l’AP. Il s’agit là en effet d’une tâche de longue
haleine, à laquelle le secrétariat de la CCNUCC et les parties à l’AP se sont attelés depuis
2016, mais qui ne sera achevée qu’en 2018.

88
IIDD, Compte-rendu de la conférence de Marrakech sur les changements climatiques: 7-19 novembre 2016, vol.
12, no 689, 21 novembre 2016.
89
Article 21-1 de l’AP.
90
Quelques jours avant la tenue du 2e colloque international sur le droit de l’environnement en Afrique.
91
E. Northrop and K. Ross, After CDP21: What Needs to Happen for the Paris Agreement to Take Effect?, World
Resources Institute, 2016.
92
Comme le prévoit l’article 21-1 de l’AP.
93
Par comparaison, il a fallu plus de sept ans pour que Protocole de Kyoto entre en vigueur, et les USA n’y ont
jamais adhéré.
94
À la même date, 43 États africains avaient ratifié l’AP. Les 11 autres pays qui n’y ont pas encore souscrit ne
comptent aucun gros émetteur et ne totalisant donc, ensemble, que 0,47% des émissions mondiales de GES.
94
Entre la CDP 22 et la CDP 23 : ralentissement des avancées dans les négociations climatiques

41. Lors de la dernière conférence intersessions sur les changements climatiques, qui a eu lieu
à Bonn en mai 2017, les négociations techniques relatives à l’AP se sont poursuivies, à une
cadence ralentie, durant la 3ème session de la 1ère réunion de l’APA (APA 1-3) et des 46èmes
sessions du SBI (SBI 46) et du SBSTA (SBSTA 46). En l’occurrence, avec la probable défection
américaine en arrière-plan, les délibérations ont été bien moins productives. De modestes
progrès ont néanmoins été réalisés en ce qui concerne notamment : (i) les modalités du
financement ex ante et ex post de l’action climatique95 ; (ii) le registre public des CDN et des
communications sur l’adaptation, dont la création sous la forme d’un registre unique ou de
deux registres distincts demeure en débat ; (iii) le processus d’élaboration des questions liées
à l’impact des changements climatiques sur l’agriculture ; (iv) le plan de travail 2017-19 du
Comité de Paris sur le renforcement des capacités96.

42. Les négociations concernant l’AP continueront pendant la CDP 23 qui, sous la présidence
des Îles Fidji, se déroulera à Bonn du 6 au 15 novembre 2017. Son futur président, le Premier
Ministre fidjien, a exposé en mai 2017 sa vision de la CDP 23. Parmi les points saillants de
celle-ci, on relève spécialement les priorités suivantes : (i) accélérer l’action climatique en
forgeant une grande coalition entre la société civile, la communauté scientifique, le secteur
privé et tous les niveaux de gouvernement, y compris les villes et les régions ; (ii) accélérer
l’avènement d’économies dé-carbonées, grâce à l’innovation et l’investissement, afin de
limiter la hausse des températures mondiales à 1,5°C ; (iii) renforcer les liens entre la santé
des océans et des mers et la lutte contre les changements climatiques suivant une approche
holistique de la protection de la planète97.

5. Conclusion : vers une gouvernance polycentrée

43. Les ODD constituent une trame holistique englobant le climat. Le Programme
2030 se présente en effet comme un système interconnecté où les liens
entre les 17 ODD sont étroitement tissés à travers le filet inextricable de leurs

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


169 cibles. Ce réseau de lacis, illustré par la figure qui suit, évoque une toile
d’araignée où le climat est inséparable des autres composantes du système98.

95
Article 9-5 et 9-7 de l’AP.
96
IIDD, Compte-rendu de la conférence de Bonn sur les changements climatiques: 8-18 mai 2017, vol. 12, no 701,
22 mai 2017.
97
« Fiji’s Vision for COP23 » ([Link]
98
Source de la figure : United Nations, Global Sustainable Development Report 2015, New York, 2015.
95
44. Naguère clivé et bipolaire, le régime du climat tend à devenir universel et solidaire sous
le sceau de l’AP. Ce recadrage du régime climatique ouvre la voie à une ère nouvelle de
la gouvernance du climat. Désormais recentré sur le développement durable par le biais
du Programme 2030 et ses ODD inter-reliés, l’AP préfigure des évolutions multiples, qui
pourraient se traduire par un passage graduel : (i) de la dualité normative à l’universalité
des engagements ; (ii) de la différenciation absolue à la différenciation relative ; (iii) de
la temporalité limitée à la temporalité illimitée ; (iv) de la primauté de l’atténuation au
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

rééquilibrage vis-à-vis de l’adaptation et des pertes et préjudices. Ces transformations


pourraient également tendre vers : (a) des ambitions progressives dans l’effort collectif de
riposte mondiale au réchauffement global ; (b) des mécanismes consolidés de transparence
et de crédibilité ; (c) une coopération accrue au regard des appuis financiers, du renforcement
des compétences et du transfert de technologies ; (d) un affermissement de l’implication et
de la responsabilisation des entités non-étatiques.
45. Fortement autocentré, le régime climatique s’est développé suivant une démarche assez
isolationniste, peu attentive à ses relations intimes avec les secteurs connexes. Pour tenir

99
A. Meynier, « Le rôle des concepts dans la fondamentalisation du droit de l’environnement », dans P. Milon
et D. Samson (coord.), Révolution juridique, révolution scientifique. Vers une fondamentalisation du droit de
l’environnement?, Aix-en-Provence, Presses Universitaires d’Aix-Marseille, 2014, observe à cet égard : « Le droit de
l’environnement évolue d’un droit centré sur la protection de l’environnement vers un droit du développement
durable polycentré, où le centre entre les trois piliers traditionnels du concept est à trouver, à réinventer […].
Cet objectif d’équilibre et de conciliation crée un champ juridique nouveau, qui, sans engloutir le droit de
l’environnement traditionnel, permet une approche globale et interactive des problématiques environnementales
complexes engendrant des solutions adaptées aux défis planétaires actuels et à venir » (p. 128).
96
compte des interdépendances humaines et écologiques à l’échelle planétaire, la gouvernance
mondiale du climat devrait être réorientée vers une approche polycentrée99, insérant l’action
climatique dans le complexe global des enjeux environnementaux, économiques, sociaux et
culturels du développement durable. Un tel décloisonnement de la gouvernance climatique
postule cohérence et complémentarité des cadres juridiques, politiques, institutionnels et
financiers relatifs au changement climatique et au développement durable, dont la mise en
œuvre doit être menée de façon intégrée et synergique.

46. La question climatique, éminemment complexe à l’heure de l’Anthropocène, appelle une


démarche holistique pour affronter, de manière concertée, les défis mondiaux qu’elle pose à
l’humanité et à la planète, au diapason de l’AP et du Programme 2030.

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

97
LA REDD+ : UN INSTRUMENT DE SECURISATION
DES DROITS FONCIERS COMMUNAUTAIRES
AU CAMEROUN1 ?
Eugène Yves KEDE2 et Michelle ONGBASSOMBEN3
Résumé
Ce travail se propose de prendre comme objet de questionnement et de discussion juridique,
la REDD+ en tant qu’instrument pouvant contribuer à la sécurisation des droits fonciers
et forestiers communautaires au Cameroun. En effet l’espace forestier, milieu de vie de
nombreuses communautés locales autochtones est le lieu de nombreuses interventions
étatiques et non étatiques, dans un contexte de précarité/ d’insécurité juridique de ces
dernières. La REDD+ pourrait donc offrir un cadre pour une meilleure sécurisation des
droits fonciers communautaires dans la mesure où il constitue une incitation, mais aussi
une indication, à travers ses sauvegardes sociales et environnementales, pour les reformes
foncières et forestières dans lesquelles le Cameroun est actuellement engagé.
Mots clés : REDD+, droits fonciers communautaires, sauvegardes sociales et environnementales,
reformes foncières et forestières.
Abstract
This work proposes to take as the object of questioning and legal discussion, REDD+ as an
instrument that can contribute to securing communities land and forest rights in Cameroon.
Indeed the forest area, living environment of many indigenous local communities is the place
of many state and non-state interventions, in a context of insecurity / legal uncertainty
thereof. REDD+ could therefore provide a framework for a more secure community land rights
in so far as it is an incentive, but also an indication, through its social and environmental
safeguards, for land and forest reforms in which Cameroon is currently engaged.
Keywords: REDD+, communities land rights, social and environmental safeguards, for land and
forest reforms.
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

1
Nous sommes reconnaissants à Philippe KARPE, chercheur au CIRAD (Centre International de Recherche
Agronomique pour le Développement), et Samuel Nguiffo, Secrétaire général du CED (Centre pour l’Environnement
et le Développement), pour l’encadrement dans le cadre de la rédaction de cet article.
2
Politiste-juriste, Université de Yaoundé 2, Cameroun
3
Juriste, Centre pour l’Environnement et le Développement (CED), Yaoundé, Cameroun.
98
Introduction

La lutte contre le changement climatique est l’un des défis les plus complexes qui se pose
actuellement à l’humanité. Pour le Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution
du climat (GIEC), l’essentiel du réchauffement du climat de la planète observé depuis le XXe
siècle est « attribuable à la hausse des concentrations des Gaz à effet de serre(GES) » d’origine
anthropique (GIEC, 2007). Au nombre des activités émettrices de GES, sont couramment cités,
par ordre décroissant : la production des énergies fossiles, l’industrie, les transports, l’agriculture
et les autres modes de changement d’utilisation des sols (GIEC, 2013). Ces dernières activités
concernent surtout le défrichement des forêts à des fins agricoles et/ou énergétiques, mais
aussi l’urbanisation et les grands travaux (Bergonzini, 2004, 33). La destruction du couvert
forestier serait responsable de 17,4% des émissions anthropiques de Gaz à effet de serre (GES)
(GIEC, 2007).

L’Accord de Paris adopté le samedi 12 décembre 2015 par les 195 Etats membres de la Convention
Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) est le premier accord
universel contraignant4 sur les changements climatiques. L’un des objectifs de l’accord est de
parvenir à « un équilibre » entre les émissions d’origine anthropique et leur absorption par des
puits de carbone (océans, forêts ou, sans que le texte le formule explicitement, enfouissement
du CO2). De plus, il consacre la REDD+ comme instrument de réduction des émissions de GES
issues de la déforestation, de la dégradation des forêts y compris l’augmentation des stocks de
carbone, la conservation et le gestion durable des forêts5.

Mais la question de la prise en compte des émissions forestières de GES par les instruments de
lutte contre le changement climatique du Protocole de Kyoto n’est toujours pas allée de soi.
Ceci au motif que les projets concernant la foresterie et les différentes utilisations de terres
n’aboutiraient qu’à des absorptions réversibles et temporaires et seraient exposés à des risques
de « fuite » des émissions, c’est-à-dire: le risque de simplement déplacer la déforestation d’une
zone à une autre. C’est pourquoi seuls les projets de boisement et de reboisement de terres qui
ne portaient pas de forêts en 1990 ont été déclarés éligibles au Mécanisme de développement

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


4
Alors que le Protocole de Kyoto ne prévoyait des engagements contraignants que pour les pays industrialisés (pays
de l’annexe…), l’Accord de Paris pour lequel les Parties ont évité la forme d’un Protocole pour éviter le véto du Congrès
américain lors de sa ratification aux Etats Unis et aussi pour respecter le principe de responsabilité commune mais
différenciée qui implique pour les pays en développement de n’avoir pas d’engagements contraignants en ce qui
concerne la réduction des émissions. L’Accord de Paris dispose tout de même de dispositions contraignantes d’une
part, parce qu’il s’agit bel et bien d’un traité international au sens de la Convention de Vienne de 1969. D’autre
part, l’Accord contient des dispositions contraignantes entre autres, l’obligation de communication périodique
des contributions déterminées au niveau national (CDN) à intervalles de 5 ans (art. 4.2), et les obligations de
transparence de l’action et du soutien qui inclut la préparation et la communication des rapports réguliers sur les
inventaires nationaux de gaz à effet de serre, sur la mise en œuvre des CDN, sur le soutien financier fourni et reçu
et sur les efforts d’adaptation mis en œuvre par les pays. (IDDRI, 2015).
5
L’Article 5 stipule que : « Les Parties devraient prendre des mesures pour conserver et, le cas échéant, renforcer
les puits et réservoirs de gaz à effet de serre comme le prévoit l’alinéa d) du paragraphe 1 de l’article 4 de la
Convention, notamment les forêts. Les Parties sont invitées à prendre des mesures pour appliquer et étayer,
notamment par des versements liés aux résultats, le cadre existant défini dans les directives et les décisions
pertinentes déjà adoptées en vertu de la Convention pour : les démarches générales et les mesures d’incitation
positive concernant les activités liées à la réduction des émissions résultant du déboisement et de la dégradation
des forêts, et le rôle de la conservation, de la gestion durable des forêts et de l’accroissement des stocks de carbone
forestiers dans les pays en développement [….]» ( ONU, CCNUCC, décision -/CP.21).
99
propre du Protocole de Kyoto. Ce type de projets donne lieu à une évaluation des stocks de
carbone séquestrés plus aisée, mais les projets de boisement et de reboisement restent soumis
à un plafonnement.

Suite à ce plafonnement, en 2005, un groupe de pays forestiers a proposé l’adoption d’un


mécanisme permettant la rémunération des pays en développement qui réduiraient leurs
émissions de GES dues à la déforestation (RED). Au gré des négociations, le champ des activités
éligibles à ce mécanisme s’est élargi. D’abord, la lutte contre la dégradation des forêts (le
second « D » de REDD) a été admise sous la pression des pays du Bassin du Congo qui ont de
faibles taux de déforestation, puis la gestion durable des forêts, la plantation d’arbres et, enfin,
la conservation des stocks de carbone ont été déclarées « activités éligibles » dans le cadre de
ce qui est devenu la REDD+ (Karsenty, 2012 ; 5). L’Accord de Cancun demande aux Parties de
prendre en compte de manière spécifique les problèmes fonciers et plus générale les garanties
sociales en environnementales6 prévues à l’annexe 1 dudit Accord dans le cadre de la REDD+.
Ces garanties impliquent la sauvegarde où une meilleure sécurisation des droits fonciers et
forestiers des communautés rurales forestières7.
La sécurité des droits fonciers quant à elle est la certitude que les droits d’une personne
seront reconnus par les tiers et protégés en cas de contestation. En l’absence de garantie
d’une telle sécurité, les droits correspondants risquent d’être menacés par des revendications
concurrentes et même d’être perdus par suite d’une expulsion (FAO, 2002 ; 22). Or, la REDD+
est un mécanisme de compensation des efforts de lutte contre la déforestation dont le partage
des avantages pourrait être indexé sur les droits fonciers. Le Cameroun fait partie du Bassin du
Congo, le massif forestier le plus important de la planète après celui de l’Amazonie, et participe
aux négociations sur la REDD+ dans le cadre de la CCNUCC depuis 2005. Il s’est engagé à la
préparation de la REDD+ en 2008.

Mais, au Cameroun, les systèmes étatique et coutumier de tenure foncière se chevauchent. Par
conséquent, les modes traditionnels de sécurisation foncière pourtant antérieur à la création
de l’Etat sont ignorés par le droit positif, par contre ce dernier a du mal à s’appliquer aux
réalités des communautés forestières, car il est perçu par ces dernières comme une entreprise de
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

dépossession des locaux de leurs terres ancestrales au profit d’autres acteurs (Etat, entreprises
forestières et minières, agro-industries, conservateurs…). Se pose alors le problème de la
sécurisation des droits fonciers et forestiers des communautés forestières dans le cadre de la
REDD+. En fait, ignorer cette situation d’insécurité foncière des populations forestières ferait de
la REDD+ un autre moyen d’accaparement des terres par des acteurs dominants au détriment
des populations forestières (Angelsen et al., 2010; Larson et Petkova, 2011). Ce problème est

6
Le Paragraphe 72 « demande aussi aux pays en développement parties, lorsqu’ils élaborent et mettent en œuvre
leur stratégie ou leur plan d’action national, de prendre en considération, entre autres choses, les facteurs du
déboisement et de la dégradation des forêts, les problèmes fonciers, les questions de gouvernance des forêts, le
souci d’égalité entre les sexes et les garanties énoncées au paragraphe 2 de l’annexe I de la présente décision, en
assurant la participation pleine et entière des parties prenantes concernées, notamment des peuples autochtones
et des communautés locales.
7
L’Annexe 1 de l’Accord de Cancun portant sur les Directives et garanties applicables aux démarches générales et
aux mesures d’incitation positive pour tout ce qui concerne la réduction des émissions résultant du déboisement
et de la dégradation des forêts dans les pays en développement[… ] promeut le respect des connaissances et des
droits des peuples autochtones et des membres des communautés locales, en tenant compte des obligations
internationales pertinentes et des situations et législations nationales, et en notant que l’Assemblée générale des
Nations Unies a adopté la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones.
100
pertinent pour plusieurs raisons. D’abord, les populations qui vivent dans/de la forêt sont celles
qui ont le plus d’intérêts à préserver la forêt, pour des raisons socio-économiques, culturelles
et cultuelles pourvu qu’elles aient une réelle incitation à le faire. Ensuite, la nature des droits
fonciers et forestiers va forcément déterminer la nature des droits sur le carbone forestier
qui devrait être à la base du mécanisme de partage des bénéfices de la REDD+ au Cameroun.
Enfin, le gouvernement du Cameroun reconnait dans son Document de Préparation à la REDD+
que «le challenge de la question foncière au Cameroun est celui de la reconnaissante du droit
coutumier des communautés locales et autochtones qui évoluent sur les terres depuis longtemps»
(Etat du Cameroun, 2012 ; 51).

L’objectif de cet article est de démontrer que le mécanisme REDD+ pourrait contribuer à une
meilleure sécurisation des droits fonciers communautaires parce que d’une part la REDD+ se
présente comme un cadre de résolution des problèmes fonciers (I) et d’autre part, les reformes
foncière et forestière en cours au Cameroun sont une opportunité de profiter de ce cadre pour
une meilleure sécurisation de droits fonciers communautaires (II).

I. LA REDD+ comme cadre de sécurisation des droits fonciers communautaires


(DFC) au Cameroun

La participation du Cameroun au mécanisme REDD+ lui donne accès à un certain nombre de


financements prévus au niveau multilatéral, bilatéral et même privé. L’accès à ces différents
financements est conditionné par une meilleure protection des droits des communautés locales
et autochtones dans les différentes étapes8 du processus national REDD+. Par ailleurs plusieurs
mécanismes de garantie des droits communautaires par la REDD+ ont été mis en place.

A. La REDD+ comme incitation à une meilleure sécurisation des DFC


La sécurisation des DFC est une exigence du mécanisme REDD+, c’est pourquoi des financements
sont prévu pendant la phase de préparation de la REDD+ pour permettre des reformes foncières
afin de sécuriser les droits des populations forestières.

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


1. La sécurisation des DFC : une exigence de la REDD+

Il existe un fort consensus entre les pays participants à la REDD+ dans le cadre de la CCNUCC9
selon lequel, la clarification du régime foncier est un préalable à la mise en œuvre de la REDD+. En
effet, la REDD+ consiste à payer les propriétaires et les usagers des forêts qui réduisent l’impact
de leurs activités sur le couvert forestier. Il est donc très important d’identifier les personnes
qui contribuent à réduire les émissions ou à augmenter les stocks de carbone forestier, car ce

8
Les trois phases du REDD+ tel que défini dans le cadre de la CCNUCC sont les suivantes : une phase de préparation
des stratégies nationales et de renforcement des capacités, une phase intermédiaire de mise en œuvre des
politiques et mesures prévues, une phase finale fondée sur le paiement aux résultats basés sur les réductions
d’émissions constatées par rapport à un scénario de référence, grâce à un système de suivi, rapportage, et de
vérification fiable et transparent (Maljean-Dubois, 2010 ; 229).tion des forêts, et le rôle de la conservation, de la
gestion durable des forêts et de l’accroissement des stocks de carbone forestiers dans les pays en développement
[….]» ( ONU, CCNUCC, décision -/CP.21).
9
CCNUCC 2009, Reordering and consolidation of text in the revised negotiating text. Advanced version. 1F5C CSeCp/
tAemWbGerL 2C0A0/92 009/INF.2. Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques, Bonn,
Allemagne.
101
sont ces dernières qui devront être titulaires des droits sur le carbone leur donnant ainsi accès
au bénéfice de la REDD+. La question de savoir qui sont les titulaires légitimes de ces droits se
pose. En l’état actuel du droit camerounais, la réponse n’est pas claire dans la mesure où les
régimes fonciers et forestiers se chevauchent et ne définissent pas les droits sur le carbone. Par
ailleurs, des droits fonciers mal définis et contestés sont souvent associés à la déforestation et
à la dégradation des forêts (Nguiffo, 2012 ; 30).

Il apparait donc indispensable de clarifier la question foncière forestière pour créer des
incitations à la préservation des forêts, protéger les droits des communautés forestières et
permettre leur accès équitable au bénéfice de la REDD+10. C’est pourquoi, les différentes
institutions chargées d’accompagner les Etats dans le processus REDD+ posent la réforme de la
tenure foncière dans le sens d’une meilleure sécurisation des droits fonciers des communautés
forestières comme une condition et une exigence à respecter pour bénéficier de leur concours
technique et financier.

2. La REDD+ : une opportunité de financement de la réforme foncière au Cameroun

Une des composantes importantes de la préparation à la REDD+ est l’engagement par les
Etats d’un certain nombre de réformes légales et institutionnelles au nombre desquelles
l’aménagement du territoire, l’amélioration de la gouvernance et les reformes foncière et
forestière. La REDD+ pourrait alors se présenter comme un mécanisme de changement de
politiques publiques qui vise la mise en place de politiques qui permettent de passer à une
économie plus efficiente dans l’utilisation des ressources naturelles et forestières en particulier.
La clarification et le renforcement des droits fonciers/forestiers des différentes parties prenantes
est un axe important de la préparation à la REDD+. C’est dans cette logique que l’adoption et la
mise en œuvre d’un régime foncier préservant les droits des communautés sont des indicateurs
de performance aux phases 1 et 2 du processus REDD+ permettant de passer à la troisième
phase qui consiste à recevoir des paiements après vérification des réductions de GES.

Le gouvernement du Cameroun a pris l’engagement dans son document de préparation à la


• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

REDD+ soumis et validé par le Comité des Participants du FCPF en Octobre 2012 à Brazzaville, de
faire avancer rapidement les réflexions relatives à la réforme foncière, durant sa préparation
à la REDD+. A cet effet, il s’est engagé à allouer une partie des ressources destinées à la
préparation de la REDD+ au Ministère chargé des affaires foncières pour accomplir au mieux
sa mission au regard des enjeux de cette réforme pour le mécanisme REDD+. C’est dans cette
optique que « les différents apports de la REDD+ à la réforme foncière (…) devront faire
l’objet d’une étude préalable afin de réduire entre autres les risques d’accaparement des terres
par le secteur privé mais aussi par les élites locales, et ceci au détriment des communautés
riveraines et dépendantes des forêts » (Etat du Cameroun, 2012 ; 52).

A. La REDD+ comme indication en matière de sécurisation des DFC

Dans le cadre du mécanisme international REDD+, il a été mis en place un certain nombre
de garanties encore appelées sauvegardes sociales et environnementales. Ces sauvegardes

10
ONU-REDD (Fond multi donateur géré conjointement par la FAO, le PNUD et le PNUE), le Fond de Partenariat sur
le Carbone forestier (FCPF) administré par la Banque mondiale.
102
constituent des indications qui doivent permettre aux politiques et programmes REDD+ de
prendre en compte les droits des populations forestières et leur permettra de participer à leur
développement durable.

1. Les sauvegardes sociales et environnementales de la REDD+

La REDD+ a suscité des préoccupations au niveau international concernant ses potentiels


impacts négatifs sur la tenure foncière et les moyens de subsistance des populations (Kalame
et al., 2012 ; 5). Un certain nombre de risques sociaux et environnementaux ont été identifiés
dans le cadre de la mise en œuvre de la REDD+ au niveau national à savoir : le risque de perte
des territoires et des droits des peuples autochtones et autres communautés dépendantes des
forêts ; le risque de perte des moyens traditionnels et ruraux d’existence ; les risques de création
de cadres institutionnels / politiques contradictoires ; le risque d’exclusion sociale et capture
des bénéfices par les élites, le risque de conflit Hommes-Nature ; le risque de conversion des
forêts naturelles en plantations et autres usages à faible biodiversité et faible résilience; et la
maximisation des bénéfices du carbone au détriment des autres bénéfices de la forêt (Akwah,
2011 ; 7).

Pour gérer ces différents risques, des politiques de sauvegardes ont été mises en place par
les institutions chargées de soutenir les processus nationaux de préparation à la REDD+.
C’est ainsi que l’ONU-REDD, suite aux accords de Cancun de 2010 (qui prévoient une liste de
directives internationales relatives aux sauvegardes sociales et environnementales) a élaboré
un certain nombre de principes et de critères environnementaux et sociaux pour s’assurer que
les politiques, conventions et déclarations de l’ONU sont respectées dans le processus REDD+,
et que les bénéfices environnementaux et sociaux de la REDD+ sont valorisés et maximisés.
Dans la même logique, dans le cadre du CCBA11, des standards sociaux et environnementaux de
la REDD+ ont été élaborés (REDD-SES) pour appuyer les gouvernements dans l’élaboration et la
mise en œuvre de stratégies REDD+, afin qu’ils respectent les droits des peuples autochtones et
des communautés locales et parviennent à une bonne gestion des bénéfices environnementaux
et sociaux de la REDD+. Par ailleurs, le Fond de Partenariat pour le Carbone Forestier (FCPF)

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


administré par la Banque Mondiale a élaboré une approche dite « commune » des sauvegardes
sociales et environnementales lors de son 9e comité des participants tenu à Oslo en Norvège
en Juin 2011. Cette approche commune vise à harmoniser les directives de la Banque mondiale
avec celles de l’ONU-REDD, mais aussi prend en compte les autres initiatives REDD-SES, les
Principes et Critères du Forest Stewardship Council (FSC)12.

De manière générale les sauvegardes environnementales et sociales dans le cadre de la REDD+


s’articulent autour de huit principes : des Droits au foncier, aux territoires et ressources
reconnus et respectés ; les bénéfices partagés de façon équitable entre les ayant-droits et
parties prenantes ; l’amélioration des moyens d’existence et du bien-être des communautés
locales, autochtones, et des populations vulnérables ; la contributions des politiques REDD+
au développement durable, à la protection des droits humains et à la bonne gouvernance, la
préservation de la biodiversité, le maintien et le renforcement des services écosystémiques par

11
The Climate, Community and Biodiversity Alliance est une coalition internationale d’ONG travaillant sur les
questions forestières.
12
Le FSC est un mécanisme de certification forestière.
103
les politiques REDD+; la participation des ayants-droit au processus ; l’accès aux informations
pour faciliter les prises de décision et permettre une bonne gouvernance et le respect des
traités, conventions et autres instrument internationaux protégeant notamment les droits
fonciers des communautés locales et autochtones.

2. Les sauvegardes sociales et environnementales de la REDD+ en matière de sécurisation des DFC

Comme mentionné précédemment, un des risques que fait peser le processus REDD+ sur les
communautés forestières est celui de la perte des territoires et des droits sur les terres. Ce qui a
pour conséquences : la perte des moyens d’existence, le non-respect de valeurs socioculturelles,
le renforcement de l’exclusion sociale et de la précarité des communautés forestières. Il apparait
donc nécessaire de prendre des mesures pour faire face à ces différentes menaces aux droits des
communautés forestières. Ces dernières subissent déjà les conséquences négatives des autres
modes d’utilisation des espaces forestiers au Cameroun à savoir : l’exploitation du bois d’œuvre,
la conservation, et plus récemment les activités minières. Par conséquent, dans le cadre des
sauvegardes sociales et environnementales de la REDD+, les Etats sont encouragés à ratifier et
à mettre en œuvre les accords, traités et autres textes internationaux concernant la protection
des droits fonciers des communautés locales et autochtones, mais aussi à respecter les directives,
codes de bonne conduites et standards des différentes institutions internationales. Au nombre
de ces textes et déclarations internationaux qui contiennent des dispositions garantissant les
DFC, nous pouvons citer :

- la Convention sur la diversité biologique (CBD) et son Protocole de Nagoya13,


- la Convention 169 de l’Organisation internationale du travail14,
- la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes15,
- la Convention des Nations Unies contre la corruption,
- la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones16,
- la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale.

Pour ce qui est des directives des organisations internationales, on peut par exemple citer : les
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

Directives volontaires de la FAO17, le Cadre environnemental et social de la Banque Mondiale.


Deux moyens de transposition des normes internationales dans le droit interne sont
généralement admis. Il s’agit d’une part de la ratification et de l’approbation des accords et
13
Disposition sur les droits des Peuples Autochtones et les Communautés Locales.
14
L’article 14 stipule une obligation aux États signataires dans les termes suivants: «Les droits de propriété et de
possession sur les terres qu’ils occupent traditionnellement doivent être reconnus aux peuples intéressés… Des
procédures adéquates doivent être instituées dans le cadre du système juridique national en vue de trancher les
revendications relatives à des terres émanant des peuples intéressés».
15
L’art. 3 mentionne le principe de non-discrimination et vise à éliminer toute forme de discrimination contre la
femme afin de lui permettre de jouir de tous ses droits humains dont le droit à la propriété.
16
La Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, adoptée le 13 septembre 2007 en son
article 10 dispose que : « les peuples autochtones ne peuvent être enlevés de force à leurs terres ou territoires.
Aucune réinstallation ne peut avoir lieu sans le consentement préalable – donné librement et en connaissance de
cause des peuples autochtones concernés et un accord sur une indemnisation juste et équitable et lorsque cela
est possible, la faculté de retour».
17
Elles portent essentiellement sur : la reconnaissance et la protection de droits de tenure légitimes, les méthodes
d’enregistrement et de transfert des droits de tenure, la gestion des expropriations et la restitution des terres aux
communautés, le sort des populations autochtones, la garantie de la responsabilité et de la transparence des
investissements dans les terres agricoles, les mécanismes de résolution des conflits liés aux droits fonciers.
104
traités internationaux. Dans ce sens, l’article 45 du texte constitutionnel de 1996 dispose
que « les traités ou accords internationaux régulièrement approuvés ou ratifiés ont dès leur
publication une autorité supérieure à celle des lois, sous réserve pour chaque accord ou traité,
de son application par l’autre partie ». D’autre part, pour ce qui est des textes non ratifiés
ou non contraignants, c’est la doctrine qui apporte une solution. Ainsi, les Etats peuvent s’en
inspirer au cours de l’élaboration des textes nationaux sur la base de ce que Michel Prieur
appelle la circulation internationale des normes pour intégrer des normes non contraignantes
dans l’ordonnancement juridique national.

II. Les reformes foncières et forestières comme opportunités de transposition


des sauvegardes de la REDD+ en droit camerounais

Contrairement à la tendance législative en matière foncière et forestière au Cameroun qui peut


s’analyser comme une dépossession progressive des communautés de leurs droits coutumiers, la
Constitution du Cameroun garantie les droits traditionnels des communautés et la protection
des minorités. Reste donc aux reformes foncière et forestière en cours de saisir les opportunités
qu’offrent la REDD+ pour une meilleure sécurisation des DFC.

A. Les garanties constitutionnelles de la sécurisation des DFC

Elle s’articule autour de la reconnaissance constitutionnelle des droits traditionnels et de la


protection constitutionnelle du droit des minorités aux bénéfices des richesses naturelles.

1. La reconnaissance constitutionnelle des DFC

L’une des innovations majeures du texte constitutionnel de 1996 est la consécration de la


coutume en droit camerounais (Sietchoua, 1999 ; 139). A cet effet, l’article 1 al.2 dispose que
« la République du Cameroun… reconnait et protège les valeurs traditionnelles conformes
aux principes démocratiques, aux droits de l’homme et à la loi ». Si l’interprétation par le juge
constitutionnel de la notion de valeurs traditionnelles reste attendue, le juge administratif l’a

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


assimilé à la coutume à l’occasion de plusieurs affaires concernant notamment le contentieux
de la désignation des chefs traditionnels (Sietchoua, 1999 ; 139-140)18 et les droits fonciers
coutumiers sont emblématiques de la coutume. Mais cette disposition est soumise à un certain
nombre de réserves.

La première réserve est que les « valeurs traditionnelles » doivent être conformes aux principes
démocratiques. Du point de vue de la démocratie représentative, les élus sont les représentants
des communautés, par conséquent, ils doivent édicter des règles qui sont conformes aux intérêts
des personnes qu’elles représentent. Dans cette logique la protection des DFC représente sans
aucun doute une des attentes les plus légitimes des communautés forestières du Cameroun.
La deuxième réserve concerne la conformité aux droits de l’homme. De ce point de vue, la
prise en compte des droits fonciers communautaires par le législateur foncier permettrait
la protection des droits patrimoniaux des minorités et des populations défavorisés qui sont
consacrés par les instruments internationaux en matière de droits de l’homme.

18
Affaires KOUANG Guillaume Charles, ESSOMBA Marc Antoine, MONKAM TCHIENTCHEU David. Voir Recueil
Mbome, Yaoundé, 1990, pour plus de détails.
105
Enfin, la troisième réserve concerne la conformité à la loi. Pour ce point, dans la mesure
où la Constitution reconnait et consacre les valeurs traditionnelles dont les droits fonciers
coutumiers en sont une illustration emblématique, reste donc à la loi foncière de se conformer
à la constitution.

2. La protection constitutionnelle du droit des minorités aux bénéfices des richesses naturelles

Le préambule du texte constitutionnel de 1996 déclare que le Cameroun est « résolu à exploiter
ses richesses naturelles afin d’assurer le bien-être de tous, en relevant le niveau de vie des
populations sans aucune discrimination…». La constitution du Cameroun pose ainsi le principe
de non-discrimination quant à l’accès et à la jouissance des ressources naturelles pour toutes
les populations du Cameroun. De plus, le principe de la protection des minorités est affirmé
par le même préambule de la constitution. En effet, la prise en compte des minorités et la
participation de toutes les composantes sociales aux processus de prise de décision et la
redistribution équitable de la richesse nationale sont des principes cardinaux de la gouvernance
démocratique.

Dans cette logique, la politique de « l’équilibre régional » adoptée par le Cameroun dès son
accession à l’indépendance pour juguler les disparités de développement entre les différentes
régions du pays trouve toute sa pertinente. Elle pourrait servir de matrice pour réduire les
disparités entre populations urbaines et rurales notamment les minorités autochtones, quand
on sait que, plus de 80% de la richesse nationale provient du monde rural, alors que celles-ci
ne sont bénéficiaires que d’une part résiduelle de ces richesses. Le régime foncier actuel semble
avoir été conçu pour des citadins de telle sorte qu’on assiste à un accaparement des terres
rurales par les élites urbaines, notamment, lorsque des projets d’infrastructures sont mis en
place dans les zones rurales. Ce qui favorise davantage la marginalisation de ces communautés,
car la terre qui constitue leur principal facteur de production leur est de plus en plus retirée
par des élites qui y voient une nouvelle opportunité de captation des ressources publiques. La
consécration des droits fonciers communautaires par les reformes foncières et forestières en
cours permettrait de prendre en compte les droits et intérêts des communautés rurales par les
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

politiques publiques de gestion des ressources naturelles.

Le texte constitutionnel de 1996 en reconnaissant les valeurs traditionnelles et en protégeant


l’accès des minorités rurales aux ressources naturelles pose déjà les bases juridiques de la
protection des DFC. La préparation de la stratégie nationale REDD+ quant à elle se présente
comme un cadre facilitant la consécration de ces droits par les reformes foncières et forestières
en cours.

B. Les reformes foncières et forestières comme opportunité de sécurisation des DFC

Les reformes foncières et forestières en cours au Cameroun donnent l’occasion d’intégrer de


véritables innovations juridiques dans la législation sur les ressources naturelles à savoir ; la
préservation des services environnementaux comme forme de mise en valeur foncière et la
définition des droits sur le carbone forestier.

106
1. La prise en compte des services écosystémiques et la REDD+ comme une opportunité
de redéfinition juridique de la mise en valeur

La forêt fournit différents types de services à l’humanité : des services d’approvisionnement, qui
sont relatifs aux produits tirés des écosystèmes (alimentation, eaux douces, produits ligneux et
non ligneux…) des services de régulation qui sont des avantages découlant de la régulation des
processus écosystémiques (régulation du climat par le cycle du carbone, protection des bassins
versants…), services culturels qui sont des avantages non matériels découlant des écosystèmes
(récréation et écotourisme, cultuel…) et des services d’appui qui sont des services nécessaires
pour la production de tous les autres services (formation du sol, cycles des nutriments…)
(Karsenty, 2015). Les communautés forestières sont les principales garantes de ces différents
services du fait de pratiques qui ont contribuées à les préserver depuis toujours. Par ailleurs, elles
dépendent elles-mêmes des forêts pour leurs moyens d’existence (alimentation, santé, habitat,
rites…). Les services écosystémiques peuvent donc être définis comme des qualités associées à
des éléments naturels en tant que support vivant pour les activités humaines (qualité de l’eau
d’un bassin versant, capacité de séquestration du carbone par une forêt…) Ces services portent
soit sur des biens communs ou collectifs profitant à un nombre limité de bénéficiaires
soit sur des biens publics profitant à un grand nombre d’individus bénéficiaires, y compris les
générations futures (Chassany, 2011 ; 2).
La notion de mise en valeur probante telle que définie à l’article 15 de l’ordonnance 74/01
portant Régime foncier comme la condition d’accès à la propriété foncière doit être révisée. En
effet, elle doit pouvoir intégrer la préservation des services écosystémiques comme un forme
de mise en valeur donnant accès à des droits fonciers qui ne seraient pas nécessairement
constitutifs de la propriété. Jusqu’ici, seules les activités qui contribuent au défrichement de
la forêt constituent des mises en valeur probantes, mais il convient désormais d’y prendre en
compte les activités qui participent à la protection des écosystèmes.
Avec la prise en compte des services écosystémiques, la notion de mise en valeur va intégrer les
activités qui contribuent à sauvegarder la biodiversité, le carbone forestier, à la régulation du
cycle de l’eau et la protection des sols qui constituent un véritable « capital naturel » nécessaires
à toutes les activités productives. Dès lors les bénéficiaires de ces ressources seraient conduits

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


à rémunérer les populations qui contribuent à préserver celles-ci. Par exemple les populations
Baka, Bedzang et Bagyeli de la forêt dont le système de production est très peu destructeur
des forêts pourraient être rémunérés pour les services liés à leurs activités et qui contribuent
à préserver les services tels la biodiversité, le carbone, qui constituent des biens publics pour
la planète entière, ou encore pourraient devenir de véritables guides écotouristiques pour des
randonnées forestières comme alternative au braconnage par exemple. Mais reste à savoir quel
mécanisme juridique permettrait de préserver les services écosystémiques forestiers tout en
sécurisant les droits des communautés.
A cet effet, nous proposons les catégories juridiques de patrimoine collectif et de patrimoine
d’affectation comme moyen juridique de sécurisation des espaces-ressources communautaires.
Le patrimoine collectif est constitué de l’ensemble des éléments matériels et immatériels qui
concourent à maintenir et développer l’identité de chacun dans le temps et dans l’espace
(Leroy, 1996). Tandis que la notion de patrimoine d’affectation conçu en droit administratif
par Léon Duguit défini un ensemble de biens répondant à la même finalité19.
18
Affaires KOUANG Guillaume Charles, ESSOMBA Marc Antoine, MONKAM TCHIENTCHEU David. Voir Recueil
Mbome, Yaoundé, 1990, pour plus de détails.
19
Vocabulaire juridique Henri Capitant 107
Ainsi, les espaces-ressources (parcours de chasse, de collecte ou encore d’écotourisme) des
populations autochtones, clairement identifiés par ces derniers à l’aide de la cartographie
participative, pourrait être gérée comme leur patrimoine collectif communautaire et être
attribué sous la forme de « forêt communautaire » déjà prévu dans la loi portant Régime des
forêts de 1994. Etant donné que les membres du groupe concerné sont eux-mêmes utilisateurs,
il s’agira de se mettre d’accord sur un système de droits négociés avec l’administration forestière
et les autres parties prenantes.

Pour ce qui concerne les espaces réservés à la conservation, la notion de patrimoine d’affectation
permettrait de faire la distinction entre les ressources exclusives et non exclusives en vue de
déterminer des usages compatibles avec l’affectation desdits espaces à la conservation et
le maintien des espèces protégées. Dès lors ces populations contribueront à la sauvegarde
des espèces protégées au bénéfice des générations futures. Par ailleurs, leur responsabilité
individuelle et collective pourrait être engagée pour des activités illicites survenant sur ces
espaces. Mais, pour inciter les communautés à préserver ces services environnementaux, encore
faudrait-il clarifier leurs droits sur les ressources et sur le carbone forestier.

2. La clarification des droits sur le carbone dans le cadre de la réforme de la loi forestière.

La prise en compte des enjeux liés au changement climatique est constamment énoncée
par les pouvoirs publics comme l’une des motivations ayant conduit à la relecture de la loi
sur les forêts. Au nombre des préoccupations actuellement prises en compte on peut citer
l’intégration des paiements pour services environnementaux (PSE) dans le nouveau texte. Mais
cette question est intimement liée à celle des droits sur le carbone forestier, car, les PSE sont
des instruments basés sur une transaction bilatérale fondée sur une incitation à préserver un
service environnemental qui peut être le carbone par exemple. Le Document de préparation
à la REDD+ du Cameroun prévoit que le mécanisme de partage des bénéfices de la REDD+ au
Cameroun s’inspirera des mécanismes existants notamment celui de la Redevance forestière
annuelle (RFA) et le système de partage des bénéfices du Prunus dans la région du Mont
Cameroun, mais devra aussi prendre en compte les droits fonciers et les droits sur le carbone.
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

La clarification des droits sur le carbone qui elle-même est tributaire de celle des droits fonciers
forestiers est un préalable à la redistribution équitable des avantages de la REDD+.

Le Cameroun a opté pour une approche mixte de la REDD+ basée à la fois sur les mécanismes
de fonds et de marché. Dans le premier cas, un fonds national pourrait être mis en place pour
financer des réformes structurelles dans les régions menacées par la déforestation. Dans ce cas
la rémunération est obtenue au niveau national pour des résultats évalués au niveau national.
Dès lors l’Etat devra partager les revenus qu’il reçoit de la REDD+ par souci d’équité, mais aussi
pour inciter les communautés forestières à respecter les mesures prises en vue de réduire les
émissions ou d’augmenter les stocks de carbone forestier au niveau local. Dans cette optique, le
carbone pourrait être considéré comme une ressource naturelle et par conséquent les droits sur
le carbone appartiendraient à l’Etat indépendamment des droits fonciers au même titre qu’une
rente pétrolière ou la redevance forestière (Nchunu Sama et Bih Tawah 2009). Cette approche,
en assimilant le carbone à une ressource naturelle (au même titre que les mines ou le pétrole
par exemple) ne tient pas compte de la nature du carbone qui constitue plus le fruit d’un arbre
qui reste debout, donc plus proche d’un produit forestier non ligneux, à la différence qu’il est
intangible. La principale limite de cette conception est son conservatisme qui ne pourrait pas
108
inciter les personnes privées ou même les communautés à se lancer dans des projets REDD+.
Mais cette approche a le mérite de traiter le carbone indépendamment du titre sur celui-ci
contrairement à l’approche par le marché.

Dans une approche projet fondée sur les mécanismes du marché, le « crédit de carbone »
représenterait un titre (un actif monétaire) attestant du résultat d’une action : la réduction
d’une émission ou la création d’un stock de carbone (Karsenty et al, 2012). Le « crédit de
carbone » pourrait donc être considéré comme un « bien meuble incorporel ». Ceci au motif
qu’il « peut être déplacé, mais il est également « incorporel » parce que le carbone absorbé/
évité n’est pas tangible » (Perez Correa, 2009). Par conséquent, La propriété des crédits de
carbone serait donc conférée à la personne qui peut prouver qu’elle est à l’origine d’un tel
résultat (Dkamela, 2011 ; 28). Deux principales limites peuvent être trouvées à cette approche.
La première c’est qu’on est là dans la catégorie des meubles par détermination de la loi, or
en l’état actuel du droit positif, aucune législation ne détermine les droits sur le carbone, par
conséquent la nouvelle loi forestière devra se prononcer sur la question. La deuxième limite
est qu’aucune distinction juridique claire n’est faite entre le carbone (ressource) et le crédit
carbone (titre) ce qui peut aboutir à une privatisation à outrance des droits sur le carbone et
par conséquent renforcer la concurrence autour de ces droits et marginaliser davantage les
communautés locales et autochtones.

Par ailleurs les dispositions relatives aux services environnementaux et aux droits sur le carbone
pourraient être applicables sur l’ensemble du territoire national dans la mesure où ces services
environnementaux concernent aussi par exemple la protection des bassins versants, les mesures
de protection des sols et de lutte contre la désertification. En outre, les activités de boisement
et de reboisement qui sont éligible non seulement au REDD+, mais aussi au Mécanisme de
développement propre peuvent être mises en œuvre dans toutes les régions agro-écologiques

Conclusion

En définitive, la REDD+ pourrait constituer un cadre de sécurisation des droits fonciers

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


communautaires dans la mesure où il représente une incitation, mais aussi propose des
indications pour une meilleure sécurisation de ces droits. Reste donc que les reformes forestières
et foncières en cours saisissent cette opportunité pour intégrer les questions relatives aux
services écosystémiques et la clarification des droits fonciers et des droits sur le carbone qui
pourraient représenter de véritables innovations en matière de gestion des ressources naturelles
au Cameroun. Au demeurant, il serait recommandé que non seulement la préparation du
Cameroun au REDD+, les reformes foncières et forestières soient des processus participatifs,
inclusifs où les intérêts et les droits des communautés sont réellement pris en compte. Car
dans le contexte sous régional de conflits récurrents autour de l’accès aux bénéfices issus
de l’exploitation des ressources naturelles ; le contexte de conflit de titres entre différents
opérateurs de différents secteurs du fait de la très faible coordination des interventions
sectorielles dans l’espace forestier et des chevauchements entre différentes lois et politiques,
la sécurisation des DFC pourrait se poser en terme de sécurité humaine et environnementale.

109
Indications bibliographiques

- ALDEN WILY Liz, A qui appartient cette terre ? Le statut de la propriété foncière coutumière
au Cameroun, CED/FERN/The Rainforest Foundation UK, 2011.
- ANGELSEN, A. et Al., Réaliser la REDD+ : Options stratégiques et politiques nationales. CIFOR,
Bogor, Indonésie, 2010.
- ASSEMBE-MVONDO Samuel et Djeukam Robinson, Etat des lieux des droits collectifs reconnus
aux communautés locales au Cameroun, CIFOR.
- BERGONZINI Jean-Claude, Changements climatiques, désertification, diversité biologique et
forêts, SILVA et RIAT, 2004.
- CHASSANY (J.P.), SALLES (J.M.), Les paiements pour services environnementaux dans les
programmes de lutte contre la désertification : potentiels et limites, Communication au
Séminaire « Politiques, programmes et projets de lutte contre la désertification, quelles
évaluations ? », CSFD, Montpellier, 29-30 juin 2011,
- DKAMELA Guy Patrice, Le contexte de la REDD+ au Cameroun : moteurs, agents et institutions.
Papier Occasionnel [Link], Bogor, Indonésie, 2011.
- FPAE, “Jeux et enjeux fonciers” in Enjeux n°47-48 Novembre 2012.
- KARSENTY (A), VOGEL (A), EZZINE de BLAS (D) et FETIVEAU (J), « La problématique des droits
sur le carbone dans REDD+ », VertigO - la revue électronique en sciences de l’environnement,
Débats et Perspectives, mis en ligne le 9 novembre 2012, consulté le 23 juillet 2013. URL :
[Link] ; DOI : 10.4000/vertigo.12974
- KARSENTY Alain, ASSEMBE Samuel, « Les régimes fonciers et la mise en œuvre de la REDD+
en Afrique centrale », REVUE DES QUESTIONS FONCIÈRES.
- LARSON Anne M., PETKOVA Elena, « An Introduction to Forest Governance, People and REDD+
in Latin America: Obstacles and Opportunities », Forests 2011, 2, 86-111.
- Le ROY (E) et al, La sécurisation foncière en Afrique, pour une gestion viable des ressources
renouvelables, Paris, KARTHALA, 1996.
- NNAH (S), ESSOMBA (E), SONNE (N), RETANA (V), Blese Kalame (F), Social safeguards and the
right of indigenous people in REDD+ process in Cameroun, CED/WWF, 2012.
- NCHUNU Justice SAMA and Electha BIH TAWAH, “Case Study: Cameroon,” in Legal
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

frameworks for REDD: design and implementation at the national level, ed. J. Costenbader,
IUCN environmental policy and law paper 077 (Gland, Switzerland: IUCN Environmental Law
Centre, 2009), 139; GFA ENVEST, “Mt. Cameroon – REDD+ Feasibility Study,” March 1, 2008,
[Link]
- PEREZ CORREA (S), Spécificités juridiques sur le carbone. Communication au séminaire sur les
projets MDP au Cameroun. Yaoundé, Cameroun 28-30 octobre 2009.

110
QUELLES SONT LES IMPLICATIONS JURIDIQUES
ET ECONOMIQUES DE L’ACCORD DE PARIS
POUR LES DROITS DES FEMMES EN AFRIQUE ?
Cécile DUCLAUX-MONTEIL OTT1 et Martin YELKOUNI2
Résumé
Plusieurs études montrent que les femmes sont victimes du dérèglement climatique qui les
affectent de manière différenciée et par la multiplicité de leurs rôles3. Dans certaines régions
africaines, par exemple, la récurrence et la recrudescence des phénomènes climatiques
tels que la sécheresse et les inondations ont pour conséquence la dégradation des terres,
l’aggravation de l’insécurité alimentaire, etc. Les femmes se trouvent ainsi au cœur de la
problématique du changement climatique, car en considération du caractère transversal
du changement climatique, toutes ses formes de manifestation l’affectent. Dans cette
contribution, nous nous questionnons sur l’importance de l’accord de Paris : participe-t-il à
la reconnaissance et au renforcement du rôle des femmes dans la lutte contre le changement
climatique ?
Mots clés : Femmes, droits, climat, rôle, phénomènes climatiques, changement climatique,
Accord de Paris.
Abstract
Several studies show that women are victims of climate change that affects them in a
differentiated way and by the multiplicity of their roles. In some African regions, for example,
the recurrence and resurgence of climatic phenomena such as drought and floods result in
land degradation, worsening food insecurity, and so on. Women are thus at the heart of the
problem of climate change, because in consideration of the cross-cutting nature of climate
change, all forms of manifestation affect it. In this contribution, we are questioning the
importance of the Paris Agreement: does it contribute to the recognition and strengthening
of the role of women in the fight against climate change?

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


Keywords: Women, rights, climate, role, climate phenomena, climate change, Paris Agreement.

1
Docteure en droit international et comparé de l’environnement et Enseignante associée à l’Université Senghor
d’Alexandrie/Campus Ouagadougou.
2
Docteur en économie de l’environnement et Directeur du Département environnement de l’Université Senghor
d’Alexandrie.
3
Rapport Oxfam juin 2009, « The Winds of Change : Climate change, poverty and the environment in Malawi »,
juin 2009, 52 p ; Yacine Diagne Gueye, Genre, changements climatiques et sécurité humaine. Le cas du Sénégal,
Enda programme énergie, 12/02/2015, 22 p.
111
Introduction
Il est largement admis, aujourd’hui, que la participation des femmes4 est une condition essentielle
à l’élimination de la pauvreté, d’une croissance économique soutenue, du développement social,
de la protection de l’environnement et de la justice sociale. Toutefois, en matière de lutte
contre le changement climatique, leur contribution n’est toujours pas suffisamment reconnue.
Or, les femmes mobilisent leur savoir-faire dans plusieurs domaines : plantation de nouvelles
variétés de cultures, mise en place d’activités productrices diversifiées pour augmenter
les revenus, les activités de recyclage. C’est le cas par exemple des femmes au Bénin des
«GOHOTOS» ou femmes récupératrices qui ont mis en place un système de gestion efficace
des déchets solides ménagers. Elles recyclent les plastiques, bouteilles et objets métalliques. Les
déchets organiques sont transformés en engrais et revendus aux jardiniers pour leurs cultures
de légumes.

Comme plusieurs autres groupes de femmes en Afrique et dans le monde, elles vont mettre en
œuvre des mécanismes pour faire face à ces contraintes au regard de leur rôle de responsable
au premier chef de l’économie domestique.

Notre communication se propose d’examiner l’Accord de Paris au regard de ses implications


juridiques et économiques sur les droits des femmes en Afrique.

Cet Accord participe-t-il au renforcement du rôle des femmes dans la lutte contre le
changement climatique ? Permet-il aux Etats de traduire leurs engagements en actes ? Les
droits des femmes, à l’instar de l’accès aux financements, à la justice climatique sont-ils mieux
respectés avec cet Accord ? (I) Répondre à ces questions, (la liste n’est pas exhaustive), permettra
de vérifier si l’Accord de Paris relève ces défis qui permettent de lutter contre l’aggravation
des conséquences du dérèglement climatique et de promouvoir un développement durable
et équitable en particulier pour les populations les plus défavorisées (femmes, jeunes, vieux,
populations autochtones, etc.). Par conséquent, il devait promouvoir des stratégies concrètes
d’adaptation, d’atténuation, de transferts de technologies, assorties de moyens financiers
nécessaires par l’opérationnalisation du Fonds vert, en y associant les femmes sur un pied
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

d’égalité (II).

I. Le renforcement des droits des femmes pour la lutte contre les changements
climatiques par l’Accord de Paris

A l’instar de nombreux instruments internationaux, les droits des femmes dans la lutte contre
les changements climatiques sont reconnus dans le préambule de l’accord de Paris (A). Toutefois,
cette reconnaissance pour être effective doit avoir une traduction concrète (B).
A. L’Accord de Paris partage plusieurs valeurs et principes des instruments internationaux

4
Le chapitre 31 de l’Agenda 21 est consacré aux moyens qui permettront à la communauté scientifique et technique
de « contribuer de façon plus ouverte et efficace aux décisions concernant l’environnement et le développement
de renforcer le rôle des femmes pour qu’elles deviennent des partenaires à part entière dans les disciplines
scientifiques et techniques ».
112
L’Accord de Paris, en reconnaissant dans son préambule l’égalité des sexes et l’autonomisation5
des femmes, est guidé par les instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme qui
reconnaissent et garantissant les droits de la femme. Nous citerons, quelques instruments
comme exemple.
L’Accord de Paris est guidé par tous les principes et les buts de la Charte des Nations Unies6.
Cette Charte est le premier accord international à affirmer le principe d’égalité entre les femmes
et les hommes. Dans son préambule7, elle réaffirme, entre autre, l’importance du respect de
l’égalité de droits des hommes et des femmes pour vivre dans un monde en paix. Dans son
chapitre I, elle affirme que le succès d’une la coopération internationale est lié au respect des
droits de l’homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinctions de race, de sexe8.

Cet Accord se réfère également aux textes ci-après :

• La Déclaration universelle des droits de l’homme9, qui dispose en son article 1 que « Tous les
êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits… » ;
• La Déclaration de Rio de 1992, quant à elle, reconnait dans son principe n°20 que les femmes
sont des actrices importantes dans la lutte pour la conservation de l’environnement10 ;
• La Convention sur la diversité biologique de 1992, dans son préambule11 reconnait le rôle
capital que jouent les femmes dans la conservation et l’utilisation durable de la diversité
biologique ;
• Le Protocole à la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples relatif aux droits des
femmes en Afrique de 1995 réaffirme, aussi, le principe de la promotion de l’égalité entre les
hommes et les femmes12 ;
• La Convention sur l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes de 1979 rappelle,
dans son préambule, (§ 7), que la discrimination à l’encontre des femmes viole les principes de

5
Processus de prise de conscience et de mise en œuvre concrète à la fois individuelle et collective, des capacités des
femmes à décider de leur propre vie, en renforçant leur compréhension et en leur permettant une plus grande
maîtrise de leurs conditions sociales économiques, politiques et écologiques.

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


6
Elle a été signée le 26 juin 1945 par 51 pays.
7
Préambule : « Résolus à proclamer à nouveau notre foi dans les droits fondamentaux de l’homme, dans la dignité et
la valeur de la personne humaine, dans l’égalité de droits des hommes et des femmes …».
8
Chapitre 1, buts et principes, article 1 alinéa 3 : « Réaliser la coopération internationale en résolvant les problèmes
internationaux d’ordre économique, social, intellectuel ou humanitaire, en développant et en encourageant le
respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinctions de race, de sexe, de langue
ou de religion »
9
Adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 10 décembre 1948 par 48 pays.
10
Déclaration de Rio sur l’environnement et le développement, Principes de gestion des forêts : « Les femmes ont un
rôle vital dans la gestion de l’environnement et le développement. Leur pleine participation est donc essentielle à la
réalisation d’un développement durable », Sommet de la terre de Rio CNUCED, 1992.
11
Convention sur la diversité biologique, Préambule §-13 : « Reconnaissant également le rôle capital que jouent les
femmes dans la conservation et l’utilisation durable de la diversité biologique et affirmant la nécessité d’assurer
leur pleine participation à tous les niveaux aux décisions politiques concernant la conservation de la diversité
biologique et à leur application », 1992.
12
Protocole à la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples relatif aux droits des femmes en Afrique,
Préambule, §-8 : « Réaffirmant le principe de la promotion de l’égalité entre les hommes et les femmes tel que
consacré dans l’Acte constitutif de l’Union africaine, le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique, les
déclarations, résolutions et décisions pertinentes qui soulignent l’engagement des États africains à assurer la pleine
participation des femmes africaines au développement de l’Afrique comme des partenaires égaux », ratifié par 36
pays.
113
l’égalité des droits et qu’elle entrave la participation des femmes, dans les mêmes conditions
que les hommes, à la vie politique, sociale, économique et culturelle de leur pays13 ;
• Dans le Programme d’action14 de Beijing 5, les femmes ont un rôle fondamental à jouer dans
l’adoption de modes de consommation, de production et de gestion des ressources naturelles
durables et écologiquement rationnels ;
• Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), dans son rapport15
de 2014, parmi les cinq principes communs pour l’adaptation et la création d’une capacité
à s’adapter, recommande d’augmenter l’attention portée aux éléments culturels, éthiques
et juridiques de l’adaptation en renforçant la participation des femmes, des jeunes et des
populations pauvres et vulnérables aux politiques d’adaptation et à leur mise en œuvre.

L’Accord va s’inspirer des instruments internationaux relatifs aux droits de la femme pour
renforcer leur reconnaissance. Ces différents textes reconnaissent aux femmes des droits
humains, inaliénables, interdépendants et indivisibles. Sur ce plan, l’Accord n’innove pas mais
s’inscrit dans la continuité.

B. L’Accord de Paris : Portée et axes majeurs en faveur des droits des femmes en Afrique

L’Accord de paris n’est certes pas contraignant mais forme un bloc d’engagements et d’objectifs
imbriqués et transparents. Il renforce l’égalité femmes-hommes et l’autonomisation des
femmes (préambule § 1; article 7 § 5 ; article 11 § 2) et permet aux membres de la société
civile d’engager des contentieux nationaux contre leur Etat pour manque d’ambition. Ce
renforcement de l’égalité femmes-hommes se traduit à différents niveaux économique, social,
environnemental, etc.

S’agissant du niveau économique et social, deux axes importants peuvent être analysés. Il s’agit
notamment de l’accès égal à la terre, aux ressources économiques et productives et de l’accès
aux financements.

L’accès égal à la terre, aux ressources économiques et productives


• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

La plupart des activités des femmes en Afrique tournent autour de l’agriculture, de l’élevage, de
la pêche, du tourisme et de l’exploitation des ressources naturelles (les produits forestiers non
ligneux). Ces activités, essentiellement, de subsistance dépendent fortement des précipitations
pour l’approvisionnement en eau des cultures, des espaces de pêche et le verdissement des
pâturages. La lecture de différents plans nationaux africains d’adaptation aux changements,
relèvent que l’agriculture sera toujours un secteur économique très vulnérable aux changements
climatiques. Les producteurs agricoles des zones rurales, les femmes et les enfants seront les
groupes les plus exposés.
13
Convention sur l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes, Préambule §-7 : « Rappelant que la
discrimination à l’encontre des femmes viole les principes de l’égalité des droits et du respect de la dignité
humaine, qu’elle entrave la participation des femmes, dans les mêmes conditions que les hommes, à la vie
politique, sociale, économique et culturelle de leur pays, qu’elle fait obstacle à l’accroissement du bien-être de la
société et de la famille et qu’elle empêche les femmes de servir leur pays et l’humanité dans toute la mesure de
leurs possibilités ».
14
Programme d’action de Beijing 5: Objectifs stratégiques et mesures à prendre. Les femmes et l’environnement,
1995.
15
Rapport GIEC, 2014, Chapitre 22, Afrique.
114
Si la pauvreté16 a un visage féminin dans plusieurs régions africaines, c’est également, parce que
les femmes ne possèdent pas de terres cultivables et sont moins instruites. En effet l’insécurité
foncière, facteur important à prendre en considération, exacerbe la vulnérabilité de certaines
catégories sociales, en l’occurrence des femmes, aux effets néfastes du changement climatique.
Les femmes autochtones Baka et Bagyeli17 de la forêt tropicale du sud du Cameroun se sont
exprimées, lors de la Journée Internationale de la Femme 2017, au sujet des menaces qui
entourent les terres, les villages et les forêts où elles vivent.
L’accord de Paris en invitant les Parties, dans leur action pour l’adaptation, à suivre une
démarche transparente, participative et sensible à l’égalité des sexes encourage, par ricochet,
l’amélioration de la gouvernance foncière locale en vue de rationnaliser l’utilisation de l’espace.
Ainsi, l’amélioration de la gouvernance foncière pour une gestion durable participative et
équitable des terres dans un contexte de changement climatique devient prioritaire.

Dans son rapport sur la situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture18, la FAO note
l’importance d’un égal accès homme-femmes à la terre et aux ressources économiques et
productives. En outre la Déclaration solennelle19 de l’Union Africaine sur l’égalité entre les
hommes et les femmes en Afrique propose de promouvoir activement l’application de la
législation en vue de garantir les droits des femmes à la terre (point 7).

Plusieurs pays ont élargi la reconnaissance formelle des droits des femmes en révisant leur
législation foncière. Toutefois, la persistance des pratiques coutumières et l’incapacité d’un
grand nombre de femmes à faire valoir leurs droits ne favorisent pas la mise en œuvre effective
des dispositions juridiques officielles.
L’accord de Paris, en insistant sur le respect de l’égalité de sexes, actualise la question de
l’incidence positive des femmes en faveur de la réduction de la pauvreté20 et de l’insécurité
alimentaire.
Désormais, les plans nationaux africains d’adaptation aux changements climatiques, concernant,
la mise en œuvre de leur stratégie, inscrivent désormais la dimension genre. Cette prise compte
de la dimension genre se traduit par :
- la réduction de la vulnérabilité des populations fragiles, vulnérables ou marginalisées

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


(femmes, personnes âgés, personnes souffrant d’un handicap, enfants, minorités, populations
autochtones etc. ;

16
Au Burkina Faso, les femmes ont un indice de 47,1 contre 45,7 pour les hommes, PNA 2015, p. 44.
17
Forest Peoples Programme : Notre forêt est vide: les femmes autochtones documentent les menaces aux forêts
au Cameroun. Voir la vidéo sur :
[Link]
autochtones-documentent-les-menaces
18
FAO, La situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture : le rôle des femmes dans l’agriculture, combler
le fossé entre les femmes et les hommes pour soutenir le développement, 2010-2011, p.1-72.
19
Déclaration solennelle sur l’égalité entre les hommes et les femmes en Afrique, point 7 : « … Promouvoir
activement l’application de la législation en vue de garantir les droits des femmes à la terre, à la propriété et à
l’héritage, y compris leur droit au logement », Conférence de l’Union Africaine, Troisième session ordinaire, 6 au
8 juillet 2004, Addis-Abeba, Ethiopie, Assembly/AU/Decl.12(III), 7 p.
20
Pour la FAO, l’accès égal des femmes à la terre et aux activités productives, permettait de nourrir 150 millions
de personnes et réduirait l’insécurité alimentaire, [Link]., 2010/2011. Et, selon la Banque mondiale, il est de plus
en plus évident que, lorsque l’égalité des sexes est mieux respectée, « la croissance économique tend à être plus
rapide, les pauvres sortent plus vite de la pauvreté et les conditions de vie des hommes, des femmes et des enfants
s’améliorent ».
115
- le renforcement de leurs capacités, leur autonomie et leur indépendance ;
- le renforcement du système de protection social ;
- l’encouragement de la solidarité nationale.

Si dans les cadres et politiques nationales de lutte contre les changements climatiques, les
femmes sont encore considérées comme « Personnes vulnérables », l’Accord de Paris devient
le cadre de référence qui permet désormais de considérer les femmes comme Actrices du
développement et de la lutte contre le réchauffement climatique.

Concernant le niveau environnemental, l’accord de Paris, pour l’accès aux innovations techniques,
aux énergies renouvelables dans ses articles 7§5, 11§1 et 2, 12, recommande aux Parties de :

- prendre compte des connaissances des populations en vue d’intégrer l’adaptation dans les
politiques et les mesures environnementales pertinentes ;
- faciliter la mise au point, la diffusion et le déploiement de technologies
- renforcer les capacités par un processus efficace, itératif, participatif, transversal et sensible
à l’égalité des sexes.

Il est nécessaire de valoriser le savoir-faire des femmes et leurs contributions à la lutte


contre le dérèglement climatique. Dès son préambule (§7), l’Accord de Paris reconnaît que
les changements climatiques sont sujet de préoccupation pour l’humanité toute entière. Par
conséquent, les Parties devraient mobiliser tous les acteurs pour une action climatique forte
et ambitieuse.

Plusieurs études montrent que la contribution des femmes à la lutte contre le dérèglement
climatique est peu reconnue21. En effet, les femmes sont détentrices de connaissances
environnementales locales qui, lorsqu’elles sont associées à des techniques et des technologies
modernes, contribuent à une réponse d’adaptation plus efficace. Elles mobilisent leur savoir-
faire dans plusieurs domaines : plantation de nouvelles variétés de cultures, mise en place
d’activités productrices diversifiées pour augmenter les revenus, les activités de recyclage. C’est
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

le cas par exemple des femmes au Bénin des « GOHOTOS »22 ou femmes récupératrices qui ont
mis en place un système de gestion efficace des déchets solides ménagers. Elles recyclent les
plastiques, bouteilles et objets métalliques. Les déchets organiques sont transformés en engrais
et revendus aux jardiniers pour leurs cultures de légumes.

Il s’avère, également, important de renforcer les capacités collectives des femmes afin de
favoriser leur participation des femmes aux décisions politiques, économiques, sociales et
environnementales. Plusieurs groupements de femmes en Afrique produisent le beurre de
karité car c’est une activité, essentielle, génératrice de revenus. Cette activité, réalisée de façon
artisanale et sans un plan d’affaire préalablement conçu, ne tient pas, très souvent, compte
de la disponibilité de la ressource pour la transformation. Pourtant, la ressource, (les fruits du
karité), à cause du changement climatique, devient rare à certaines saisons. Le renforcement

21
Tous ensemble pour le climat, Les femmes actrices de la lutte contre le dérèglement climatique, 2015, 29 p :
[Link]
22
Exemple tiré du rapport sur les femmes actrices de la lutte contre le dérèglement climatique, Tous ensemble, op.
cit, p. 10.
116
des capacités consisteraient ici, par exemple, dans le souci de gérer durablement la ressource, à
former les femmes pour qu’elles exploitent de façon rationnelle cette ressource. Elles pourraient,
notamment, être sensibilisées au développement des stratégies contre la coupe abusive, pour
le reboisement et la régénération naturelle assistée.

II. Les relatives insuffisances de l’Accord de Paris

La nature juridique de certaines dispositions de l’Accord (A) et la mise en œuvre de certains


mécanismes soulèvent quelques questions (B).

A. La force non contraignante des dispositions de l’Accord de Paris

Question : Le principe de l’engagement volontaire des pays, substance de l’Accord de Paris,


encourage-t-il le respect des droits des femmes dans la lutte contre les changements climatiques
en Afrique ? En d’autres termes, la question sous-adjacente à la première est celle de savoir si
les dispositions contenues dans l’Accord de Paris ne créeraient pas d’obligation de droit positif,
ou ne créeraient que des obligations peu contraignantes ?

Assurément non. La première réponse s’inspire de la réflexion du professeur Alexandre Kiss


sur la « soft law » ou « droit mou » qui précise que « cette soft law peut avoir une influence
considérable sur la vie internationale parce que les États peuvent accepter de l’appliquer s’ils
considèrent qu’il exprime un consensus sur les normes qui devraient guider leur comportement.
Une telle acceptation et le respect de règles non-obligatoires peuvent conduire à la création
d’un droit coutumier, qui devient alors obligatoire »23.

Il faut aussi relever que l’Accord de Paris ne prévoit aucune sanction pour obliger les pays à
respecter leurs engagements. Toutefois, le principe général de rendre compte des moyens mis
en œuvre et des résultats de leur stratégie de développement, est acté. Chaque Partie établit,
communique et actualise les contributions déterminées au niveau national (leurs promesses
faites par les Etats de réduction d’émissions de gaz à effet de serre ou d’accroissement de leurs

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


efforts d’atténuation). Ces activités (réduction et atténuation) doivent réaliser dans un contexte
de développement durable et la lutte contre la pauvreté. Et la communication des contributions
déterminées au niveau nationale devrait être claire, transparente et compréhensible.

Cependant, au-delà du principe général de «rendre compte des moyens mis en œuvre et des
résultats de leur stratégie de développement», l’Accord de Paris ne définit pas les mécanismes
de contrôle des engagements volontaires des Parties. Il ne définit, pas les règles précises
de «transparence» des contributions déterminées au niveau national24, (article 4§8). Et
les informations à inclure dans les plans nationaux ne sont pas non plus précisées. Or, les
«contributions déterminées au niveau national», constituent, un moyen, essentiel, d’intégration
des préoccupations concernant le respect des droits humains, l’égalité et l’équité du genre,
pour une action efficace et appropriée à la lutte contre les changements climatiques.
23
Alexandre KISS, Introduction au droit international de l’environnement : cours 1, UNITAR : Genève, 1999.
24
Le processus des Intended Nationally Determined Contribution (INDC) avait été lancé lors de la conférence sur
le climat de Varsovie (CDP19), en décembre 2013 (les pays se sont mis d’accord pour publier des contributions
nationales à horizon 2025-2030) et précisé lors de celle de Lima (CDP20), un an plus tard. Pour les pays qui ont
ratifié l’accord de Paris, l’INDC s’est transformée en « contribution déterminée au niveau national », ou NDC.
117
Il est toutefois important de noter que parmi les décisions visant à donner effet à l’Accord, il a
été demandé au Groupe de travail spécial de l’Accord de Paris de formuler des directives pour
préciser le contenu des Contributions Déterminées au niveau National, (CDN), concernant la
clarté, la transparence et leur compréhension.

L’accord prévoit également un mécanisme de révision des engagements nationaux tous les cinq
(5) ans. Le premier moment officiel de relève de l’ambition ne doit pas avoir lieu avant 2025.
Ce rendez-vous de 2025 est trop tardif. D’ici là, les pays sont invités à agir, mais l’examen des
résultats de leurs politiques n’interviendra qu’après 2020. C’est regrettable, car en matière de
climat, tout est irréversible. Il est nécessaire de réagir plus tôt, pour inverser les tendances.

L’article 2 de l’Accord marque, néanmoins, une avancée précise car il fixe les objectifs
climatiques.25Si le devoir des États à « respecter, promouvoir et prendre en compte les droits
humains », est inscrit dans le préambule de l’Accord (alinéa 11), ce texte ne les y oblige
pas. Cette reconnaissance aurait pu figurer dans cet article qui fixe les objectifs de l’Accord
pour affirmer l’engagement clair des États à respecter ces droits, dans leurs actions contre
le changement climatique. Toutefois, les Etats parties à cet Accord ayant ratifié plusieurs
instruments juridiques internationaux de droits de l’homme, ceux-ci pourront être utilisés pour
condamner les carences décisionnelles étatiques dans ce domaine.

L’alinéa 9 reconnait la du préambule de l’Accord reconnaît la priorité fondamentale à protéger


la sécurité alimentaire et à venir au bout de la faim, et de la vulnérabilité particulière des
systèmes de production alimentaire. L’article 2 rappelle, à son tour, l’objectif de développement
durable d’éradication de la pauvreté26 en précisant que les réductions des gaz à effet de serre ne
doit pas menacer la production alimentaire. Toutefois, l’utilisation de «production alimentaire»
en lieu et place de la «sécurité alimentaire»27 est aussi une grande faiblesse de l’Accord car il
ne répond pas de manière précise aux demandes des femmes en Afrique et dans le monde. En
effet la question de la sécurité alimentaire aurait poussé la réflexion vers des modèles agricoles
moins polluants. Mais aussi sur la question de l’accès à l’eau et à l’assainissement, qui sont des
droits de l’homme, une composante implicite du droit à un niveau de vie suffisant tel que prévu
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

par l’article 11 du Pacte international sur les droits économiques sociaux et culturels.

25
Article 2 (a) : « contenant l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2°C par
élévation aux niveaux préindustriels et en poursuivant l’action menée pour limiter l’élévation des températures
à 1,5°C… ».
26
ODD n°1 : Pas de pauvreté.
27
La sécurité alimentaire existe lorsque tous les êtres humains ont, à tout moment, un accès physique et économique
à une nourriture suffisante, saine et nutritive leur permettant de satisfaire leurs besoins énergétiques et leurs
préférences alimentaires pour mener une vie saine et active.
118
B. Le financement de la lutte contre le changement climatique

Le Fonds vert pour le climat, contribue au financement des engagements pris dans le cadre de
l’Accord de Paris. Si l’initiative est estimable, elle se heurte à plusieurs difficultés car les efforts
sont trop lents.

1. Le principe de circonstances nationales différentes

L’article 2 de l’Accord de Paris acte le principe de responsabilité et des capacités des États en
fonction de «circonstances nationales différentes», déjà affirmé dans le préambule (alinéa 3).
C’est encore une obligation de moyen qui est prônée ici.

Ce principe de responsabilités communes mais différenciées apparaît dans plusieurs conventions


mondiales sur l’environnement adoptées depuis la fin des années 1980. Dans les négociations
du régime climat, les pays focalisent généralement leur attention sur les droits d’émission et
ne s’étendent pas assez sur le contenu des responsabilités. A partir de ce principe peuvent se
développer des règles qui s’articulent autour de la prise en compte des droits des pays end
développement au regard de la responsabilité des pays développées.

C’est en leur triple qualité de pays développés, de détenteurs de moyens techniques et financiers
et de pollueurs historiques28 et actuels, que les pays industrialisés29 se sont vus reconnaître des
obligations particulières30 en matière de réduction de leurs émissions que de coopération et
d’assistance aux pays en développement, spécialement en matière d’adaptation.

Il est donc logique, qu’il soit reconnu, dans l’Accord que les pays développés doivent jouer un
rôle moteur dans la réduction des émissions mondiales et aider financièrement les pays en voie
de développement dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Toutefois, l’interdépendance de tous les Etats est une évidence tout comme l’impérieuse
nécessité de coopérer pour y faire face. La Convention climat31 et l’Accord de Paris32 insistent

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


sur l’idée que le changement climatique appelle à la coopération et à la participation de tous
les pays. Nous reprenons, à ce propos, la citation de Molière : « nous ne sommes pas seulement
tenus responsables de ce que nous faisons, mais aussi de ce nous ne faisons pas », pour rappeler
aux pays non développés qu’ils doivent, aussi, agir de façon significative car l’impératif de
durabilité concerne tous les pays de manière identique.

Ainsi, la création des cellules sur la thématique, «femmes et changements climatiques », au


sein de chaque ministère en charge des droits des femmes, pourrait être l’une des actions
significatives. Elles seront le lieu par excellence de la recherche constante de solutions et la
mise en place d’actions efficaces en faveur des femmes et de la lutte contre les changements

28
Cette responsabilité historique exclusive des pays développés en matière de concentration des émissions dans
l’atmosphère et de réchauffement est une position constante des pays en développement.
29
Voir liste à l’Annexe I de la Convention climat.
30
Marianne MOLINER-DUBOST, Le droit face à la pollution atmosphérique et aux changements climatiques, Thèse,
Lyon 3, 2001, 835 p. disponible sur : [Link]
31
Convention Climat, Préambule, al. 1 & 6.
32
Accord de Paris, Préambule, al. 11.
119
climatiques. Ces cellules seront également des lieux stratégiques d’information pour les femmes
sur les risques majeurs, (description des risques et leurs conséquences sur leur personnes leur
bien, et leur environnement), auxquels elles sont exposées et sur les mesures de sauvegarde,
(exposé des mesures de prévention et de sauvegarde), pour limiter leurs effets.

2. Le mécanisme de financement du Fonds vert

En 2009, à l’issue de la conférence de Copenhague, les pays développés s’étaient engagés à


mobiliser 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 afin d’aider les pays en développement à
faire face au changement climatique en finançant l’atténuation et l’adaptation.

Le Fonds vert avait lui été créé afin d’héberger une partie de ces financements. Lors de la
CDP21, les pays développés ont décidé d’étendre cet objectif de 100 milliards jusqu’en 2025,
après quoi un nouveau chiffre collectif sera défini.

À l’heure actuelle, le Fonds vert n’est capitalisé qu’à hauteur de 10 milliards de dollars pour la
période 2015-201833, soit 2,5 milliards par an en moyenne. Il ne peut donc en l’état répondre à
lui seul aux engagements pris à Paris.

Mais à terme il doit devenir le principal canal de distribution des financements climat qui
circulent pour l’instant à travers une multitude de bailleurs, tels que les Agences nationales
de développement comme l’Agence Française de Développement (AFD) ou encore les fonds
multilatéraux dédiés, environ une vingtaine à l’heure actuelle. Cette nouvelle architecture
simplifiée doit permettre un accès plus direct, stratégique et moins coûteux pour les pays
destinataires.

3. Le type de projets à financer

Plusieurs études34 montrent la capacité des populations à apporter des réponses face aux
aléas environnementaux. Plusieurs formes d’adaptation peuvent être citées : la migration, la
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

modification du calendrier cultural, la diversification des cultures, l’introduction de nouveaux


aliments et de préparation culinaires appartenant à d’autres groupes dans les régimes
alimentaires. Par conséquent, un renouvellement constant des savoirs et des pratiques permet
aux populations rurales de s’adapter aux aléas climatiques. Toutefois, le capital humain limite
leurs capacités d’adaptation. En effet, le niveau d’éducation et d’alphabétisation reste faible
et limite les possibilités d’insertion durable sur le marché du travail non urbain ou même de
développer des activités agricoles. En outre, la scolarisation et la formation professionnelle ne
sont pas suffisamment accessibles.

Ces études montrent également, que de nombreuses initiatives ayant pour but de soutenir

33
La France a contribué 1 milliard de dollars mais est le seul pays à avoir assorti sa contribution d’une part de prêts,
à hauteur de 35 % du total. A titre de comparaison, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont contribué respectivement
1,2 et 1 milliard de dollars et les Etats-Unis 3 milliards de dollars.
34
Benjamin SULTAN, Richard LALOU, Mouftaou AMADOU Sanni, Amadou OUMAROU, Mame Arame SOUMARE
(éditeurs scientifiques,) Les sociétés rurales face aux changements climatiques et environnementaux en Afrique de
l’Ouest, pp. 234-235.
120
les activités des femmes en zone rurale visent à créer des activités génératrices de revenus
pour favoriser leur autonomie et diversifier les revenus de leur ménage. Le plus souvent, ces
initiatives/projets orientent les femmes vers des secteurs moins sensibles aux perturbations
climatiques et dépendants des ressources naturelles. Or l’adaptation suppose, non seulement,
la résilience mais aussi, la transformation.

En réponse au rapport de l’OCDE de 2015 commandée par la présidence française de la CDP21,


le Fonds vert a pris acte, dès sa création, du déficit de financement des activités visant à
protéger les populations les plus vulnérables des conséquences du changement climatique, en
prévoyant de consacrer la moitié de ses ressources à des projets d’adaptation au changement
climatique.

Pour protéger les populations vulnérables (femmes, vieillards enfants), des inondations, des
fortes sécheresses et autres phénomènes extrêmes, le Fonds vert doit favoriser le financement
des projets d’adaptation. Car la lutte contre le changement climatique offre de nombreuses
opportunités économiques et sociales pour les femmes. Il s’agit donc à travers ce Fonds vert de
prendre de nouvelles actions sur la question des financements afin d’identifier les projets qui
pourront ainsi être financés et qui manifesteront une avancée concrète.

Selon le livre vert de la Commission Européenne sur l’adaptation au changement climatique,


il n’existe pas de mesure d’adaptation « type ». L’opportunité des mesures varie d’une région à
l’autre. En effet, la perception par la population des enjeux de l’adaptation reste insuffisante et
varie d’une région à l’autre, tout comme la compréhension de la nécessité d’une modification
radicale des comportements. Il faudrait donc mettre en œuvre des actions adaptées afin
d’améliorer la résilience de leur territoire, de leurs activités aux conséquences du changement
climatique.

Le Fonds vert devrait donc favoriser le financement des projets de recherche et développement
pour trouver de nouvelles semences résistant à la salinisation de l’eau, de la mise en place
de systèmes d’alerte précoce pour informer les populations de l’imminence d’un événement

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


climatique extrême ou des projets énergétiques économiquement viables etc.
Pour valoriser leur savoir-faire et leurs contributions à la lutte contre le dérèglement climatique,
il est primordial de partir des actions de terrain menées par les femmes pour assurer leur pleine
participation dès la conception et durant tout le processus de mise en œuvre des projets à
financer. L’intégration des thématiques liées l’éducation, la formation et le renforcement des
capacités, doit être une constante dans tous les projets à financer.

Conclusion

Nous terminons notre réflexion en insistant sur le rôle important dévolu à la société civile
dans la mise en œuvre de l’Accord de Paris. L’Accord donne aux acteurs non étatiques, un cadre
d’action. Dans ce sens, l’Accord de Paris est une opportunité sans précédent de mobilisation
des acteurs non étatiques engagés au niveau local et territorial (entreprises, organisations de
la société civile, le monde académique, des citoyens, des autorités locales. Par conséquent, le
rôle de la société civile pour la mise en œuvre de l’Accord de Paris dans les différents pays du
monde est fondamental.
Concernant les droits femmes, dans la lutte conte le dérèglement climatique en Afrique,
121
objet de notre étude, la société civile devra se mobiliser pour renforcer leurs droits : faire
reconnaître leurs capacités à faire des choix et renforcer leurs capacités collectives, etc. Il
s’agira de renforcer le droit d’accès à l’information et à la participation des femmes. Cette
préoccupation affirmée en droit international (Convention Aarhus sur l’accès à l’information,
Principe 10 de la Déclaration de Rio, Convention climat, Accord de Paris, etc.) est désormais
réaffirmée en droit régional africain et interne, notamment à travers les articles 12 et 13 de la
Loi Type pour l’Afrique sur l’Accès à l’Information35.

En définitive, il s’agira de veiller à la bonne mise en œuvre de l’Accord de Paris en faveur des
droits femmes en s’assurant de l’application effective de la justice selon les trois formes de
justice identifiées par Schlosberg36 : la justice distributive : avantages économiques, biens
sociaux : travail et éducation ; la justice procédurale : qualité du processus de participation,
types de procédures utilisées pour la prise de décision, modalités et résultats de la parti-
cipation ; la justice comme reconnaissance : amélioration des capacités des communautés
(femmes) dans la maîtrise de leur territoire et du respect et reconnaissance des usages verna-
culaires du territoire et des impacts de changements.

A l’instar de l’ONG Urgenda37, les ONG de la société civile en Afrique veilleront que les Etats et
les entreprises agissent et prennent de bonnes décisions face au risque climatique en favorisant
l’accès au juge par les femmes.

Bibliographie indicative

1. Ouvrages et articles
- BLANCHON David, GARDIN Jean et MOREAU Sophie, (dir), Justices et injustices
environnementales, Presses Universitaires de Paris Ouest 2011, 233p.
- CHARLES Lionel et BARRE Anne « Femmes, genre et changement climatique : l’exemple du
WECF », Pollution atmosphérique [En ligne], N°227, mis à jour le 1/12/2015,
URL : [Link]
- COURNIL Christel et COLARD-FABREGOULE Catherine, (dir), Changements climatiques et
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

défis du droit, Actes de la journée d’études du 24 mars 2009, Bruylant 2010, 435p.
- COURNIL Christel et COLARD-FABREGOULE Catherine, (dir), Changements environnementaux
globaux et droits de l’homme, Bruylant 2012, 621 p.
- FANSAKA BINIAMA Bernard (dir.), Ecologie, traditions africaines et développement, enjeux
environnementaux en Afrique subsaharienne, CEESBA, Karthala, 2012, 375 p.
- GARVEY James, Ethique des changements climatiques, le bien et le mal dans un monde qui se
réchauffe, Traduit de l’anglais par Sandrine Lamotte, Editions Yago, 2010 pour la traduction
française, 267 p.
- KISS Alexandre, Introduction au droit international de l’environnement : cours 1, UNITAR :
Genève, 1999.

35
Loi Type pour l’Afrique sur l’Accès à l’Information, préparée par la Commission Africaine des Droits de l’Homme
et des Peuples, 66 p.
35
SCHLOSBERG D., Defining environmental justice: theories, Movements, and Nature, Oxford University Press, 2007.
37
Cette ONG activiste d’Amsterdam, le 24 juin 2015, faisait condamner l’Etat néerlandais pour non respects de ses
engagements climatiques. La cour de district de la Haye a ordonné à l’Etat néerlandais de réduire les émissions
de gaz à effet de serre dans le pays d’au moins 25% d’ici 2020 par rapport à 1990.
122
- MALJEAN-DUBOIS Sandrine et WEMAËRE Matthieu, COP 21: La Diplomatie climatique de
Rio 1992 à Paris 2015, Pedone, Paris, 2015, 332 p.
- MALINGREY Philippe, Droit de l’environnement, comprendre et appliquer la réglementation,
6é édition, Lavoisier Tec &Doc, 2016, 320 p.
- MICHELOT Agnès, (coord.), Justice climatique/climate justice, enjeux et perspectives/
Challenges and perspectives, Bruylant, 2016, 365 p.
- MOLINER-DUBOST Marianne, Le droit face à la pollution atmosphérique et aux changements
climatiques, Thèse, Lyon 3, 2001, 835 p
- OCDE, Adaptation au changement climatique et coopération pour le développement :
Document d’orientation, 2009, 218 p.
- PALMIERI Joëlle, Changements climatiques : les femmes, victimes et incontournables, éditeur,
Colonialité : enjeux, paradoxes, 12/2012.
- SCHLOSBERG David, Defining environmental justice : theories, Movements, and Nature,
Oxford University Press, 2007, 256 p.
- SULTAN Benjamin, LALOU Richard, Mouftaou AMADOU Sanni, OUMAROU Amadou, SOUMARE
Mame Arame (éditeurs scientifiques,) Les sociétés rurales face aux changements climatiques
et environnementaux en Afrique de l’Ouest, IRD éditions, collection Synthèses, 2015, 463 p.
- TOUS ENSEMBLE POUR LE CLIMAT, Les femmes actrices de la lutte contre le dérèglement
climatique :
[Link]

2. Conventions, Déclaration, Rapports


Accord de Paris, 2015.
BAD, Les solutions pour les changements climatiques. La réponse de la Banque africaine de
développement aux impacts en Afrique. Banque africaine de développement, BAD 2012, 50 p.
[Link]
Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, 1992.
Déclaration de Rio, 1992 + Agenda 21, 1992.
NELLEMANN Christian, Ritu Verma, Lawrence Hislop (editors), Women at the frontline of
climate change, UNEP, 2011, 68 p.

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


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Rapport OXFAM juin 2009, « The Winds of Change : Climate change, poverty and the
environment in Malawi », juin 2009, 52
Rapport ROYAL Ségolène : Femmes et climat - Ministère de la Transition écologique et solidaire :
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Femmes%20et%20Climat_FR.pdf

3. Sites Web
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civile-africaine-francophone-engage%CC%[Link]
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124
• S. LAVALLÉE et P. M. YENTCHARÉ, «L’équité au cœur de L’APA : le protocole de nagoya
et la loi modéle de l’Union Africaine sous la loupe» •

DEUXIÈME PARTIE
RESUME DES ACTES DU COLLOQUE

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

125
Co-organisé par l’Union Internationale pour le Conservation de la Nature (UICN), l’Institut
de la Francophonie pour le Développement Durable (IFDD) et le Ministère marocain délégué
auprès du Ministère de l’Énergie, des Mines, de l’Eau et de l’Environnement, chargé de
l’Environnement, le colloque a été labellisé « Événement pré-CDP 22 (Marrakech 2016) ».

Les principales instituions partenaires ont été les suivantes:


- Commission mondiale du droit de l’environnement (WCEL)
- Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE)
- Centre International de Droit Comparé de l’Environnement (CIDCE)
- Centre Africain de Droit Comparé de l’Environnement (CADCE)
- Communauté Économique des États d’Afrique Centrale (CEEAC)
- Coopération Allemande (GIZ)
- Agence Suédoise pour le Développement International (ASDI)
- Communauté Économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO)
- Union Économique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA)
- Partenariat Régional pour la Conservation de la Zone Côtière (PRCM)
- Université Senghor d’Alexandrie (USA).
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126
AVANT-PROPOS

Dans le cadre de la mise en œuvre du Plan d’Action UICN-IFDD pour la mise en œuvre
du Droit de l’Environnement de l’Environnement en Afrique, a été organisée cette seconde
édition du Colloque International sur le Droit de l’Environnement de l’Environnement en
Afrique – Rabat 2016. Il avait pour objectif général d’engager une réflexion approfondie
sur la place de l’Afrique dans la réalisation de l’Agenda mondial post 2015. Au-delà des
enjeux qui sont sans cesse renouvelés, il s’est agi surtout pour les experts de décliner des
perspectives et pistes d’actions permettant de guider les pays africains aussi bien sur la
question climatique que sur la mise en œuvre des ODD. Le Colloque a ainsi été un espace de
dialogue constructif et de concertation entre chercheurs, praticiens et acteurs du droit et
des politiques de l’environnement. Il a produit des propositions qui permettront à l’Afrique
de tirer mieux partie des mécanismes globaux de gestion de l’environnement, au sens le plus
large du terme.

Placé sous le thème « Le programme de développement à l’horizon 2030 : quels enjeux et


perspectives pour l’Afrique », le Colloque a réuni 131 participants de 28 pays d’Afrique,
d’Europe, d’Amérique (Canada et Brésil) qui, au travers de six sessions plénières et deux
sessions thématiques, ont exposé leurs actions et préoccupations touchant à l’environnement
et au développement durable. Des aspects centraux de la gouvernance environnementale,
qui devront alimenter les débats de la prochaine CDP 22 de Marrakech en novembre 2016,
ont été passés en revue par les experts.

Ce Colloque s’adressait aux juristes de l’environnement mais également, par souci de


transversalité et d’interdisciplinarité, à un ensemble plus vaste d’acteurs intervenant dans le
domaine de l’environnement et du développement durable. Il s’inscrivait dans la continuité
du colloque organisé à Abidjan en 2013 sur les Mécanismes institutionnels et financiers de
mise en œuvre du Droit de l’environnement en Afrique et vient en prélude de la prochaine
Conférence des parties à la CCNUCC qui se tiendra au Maroc en novembre 2016.

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


Les interventions de sommités mondiales du droit de l’environnement, en plénière, ont
exposé l’état des lieux du droit de l’environnement sous les aspects des droits humains et de
la justice climatique pour l’Afrique. Ils se sont également appesantis sur les engagements,
attentes et défis qui se posent au continent sur la gouvernance climatique.

Ce colloque a permis d’approfondir la réflexion sur les mesures et dispositifs les mieux à
même de répondre aux besoins actuels de l’Afrique afin que le continent puisse prendre le
train en marche et profiter pleinement des avantages et opportunités de développement
que présentent les nouvelles configurations de la gouvernance environnementale des 30
prochaines années.

À travers deux sessions thématiques, «l’Afrique dans la gouvernance climatique post


2015» et «les mécanismes novateurs pour la mise en œuvre des ODD », les grand enjeux du
développement durable et du climat ont été exposé et des recommandations ont été faites.
La communauté des juristes africains de l’environnement a, au terme des travaux, remis aux
autorités marocaines la synthèse des recommandations ainsi qu’un message clé pour tracer
127
la route en prélude à la CDP 22 de Marrakech.
Les recommandations et le message clé, qui figurent à la fin de ce rapport, apparaissent
comme autant de pistes et d’initiatives en devenir qui viendront enrichir les actions relevant
du droit de l’environnement et du droit du développement durable.

Il n’est pas sans importance de rappeler que ce colloque a bénéficié de l’appui de nombreux
partenaires institutionnels et non institutionnels qui ont permis de lui donner toute son
ampleur. Enfin, l’engagement et la dynamique des autorités marocaines, sans lesquelles le
colloque n’aurait pas eu un tel succès, est à saluer grandement.

Aimé NIANOGO Bernard DUBOIS


• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

128
Cérémonie d’ouverture

« Protéger l’environnement n’est pas un luxe ». C’est en ces termes, empruntés à l’ancien
Secrétaire Général de l’ONU, M. Koffi ANAN que débute ce deuxième colloque international
sur le droit de l’environnement en Afrique.

M. Bernard Dubois, Directeur Adjoint de l’Institut de la Francophonie pour le Développement


Durable (IFDD), s’est félicité de la tenue de ce colloque en affirmant être heureux de la
labellisation de celui-ci tout en rappelant le succès de la première édition. En effet, selon lui,
plus de 44 ans après Stockholm et plus de 24 ans après Rio, l’application des conventions et
textes internationaux doit être au centre des objectifs du développement durable. Il a également
réaffirmé l’engagement de l’IFDD à maintenir son engagement et son accompagnement dans
ce processus pour soutenir ces efforts. Après un bref rappel de quelques principes tels ceux de
non régression, de participation, etc., il a notamment insisté sur leur mise en œuvre concrète.

Il a donc suggéré de réaffirmer le principe de non-régression dans les instruments juridiques


relatifs à l’environnement, de développer et utiliser des outils innovants pour améliorer la
cohérence des législations gouvernementales et d’impliquer davantage les acteurs de la société
civile et les administrations publiques. Pour M. DUBOIS, «le droit de l’environnement doit être au
centre du déploiement de l’Accord de Paris sur le climat. Ce déploiement se fera par l’action, le
réseautage, la sensibilisation, le renforcement des capacités, le développement de mécanismes
de contrôle et de gestion efficaces, la promotion de l’accès aux emplois verts et des modes
de consommation et de production durables». Il a pour finir, renouvelé ses remerciements au
Royaume du Maroc, non sans avoir une fois de plus plaidé pour «une consolidation urgente des
institutions régionales et sous régionales dans le domaine de l’environnement».

Le Président de la Commission Mondiale du Droit de l’Environnement, le Professeur Antonio


Herman BENJAMIN s’est réjoui de l’organisation de cette deuxième édition du colloque. Il
a adressé ses encouragements et félicitations à l’UICN-PACO, aux autorités du Royaume du
Maroc, à la Francophonie à travers l’IFDD pour leur engagement et mobilisation qui ont fait

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


de ce Colloque un grand succès. Après un bref retour sur les résultats du premier colloque
d’Abidjan en 2013, le Professeur BENJAMIN a réaffirmé l’appui de la Commission qu’il préside
en faveur de telles initiatives sur le droit de l’Environnement en Afrique.

Le Directeur régional de l’UICN, le Pr. Aimé NIANOGO, a quant à lui, rappeler l’importance et la
période stratégique dans laquelle se tient le présent colloque et qui se situe aux lendemains de
la CdP 21, et à la veille du congrès mondial de la nature qui se tiendra à Hawaï en septembre
2016 et de la CDP 22 de novembre 2016 au Maroc.

129
Présidium d’ouverture du Colloque - De gauche à droit, Aimé Nianogo de l’UICN,
Abdelouahed Fikrat du ministère marocain de l’environnement
et Bernard Dubois, Directeur adjoint de l’IFDD

Il a fait état de trois principaux aspects concernant ce colloque. En premier lieu, il s’agissait du
premier Colloque international sur le droit de l’environnement. Rappelant les recommandations
du colloque d’Abidjan dont le thème était « Mécanismes institutionnels et financiers de mise en
œuvre du droit de l’environnement en Afrique dans la perspective du développement durable», il
s’est particulièrement félicité des avancées du droit de l’environnement en Afrique, en lien avec
les recommandations issues d’Abidjan. Sur les aspects institutionnels, il est notamment revenu
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

sur la ratification par plusieurs nouveaux pays de la Convention (Africaine) de Maputo sur la
conservation de la nature et des ressources naturelles, telle que le suggérait la recommandation
n°2 du colloque d’Abidjan. Il a aussi mentionné l’appui à l’Union Africaine qui, a inscrit à son
Agenda le droit de l’environnement1, ce qui témoigne d’une dynamique de renforcement et de
consolidation du rôle des institutions régionales et sous régionales d’intégration existantes en
Afrique dans le domaine de l’environnement2.

Il s’est félicité de voir les juristes de l’environnement une fois de plus réunions à Rabat, qui
montre que les bases d’une pérennisation de ces instances de concertation sont en train de
se consolider. Mettant une emphase sur la CdP 21, le Pr NIANOGO a fait remarquer dans la
seconde partie de son propos qu’il était plus que temps de reconnaitre la réalité du changement
climatique qui affecte les écosystèmes, les paysages, la productivité agricole, animale, forestière

1
CLors de la Conférence Ministérielle Africaine sur l’Environnement (CMAE) qui s’est tenue en 2015 au Caire en
Egypte.
2
Telle que le stipulait la recommandation 10 du Colloque d’Abidjan qui suggérait d’« apporter toutes contributions
utiles aux structures de l’Union Africaine dans le domaine du droit de l’environnement».
130
et piscicole, l’efficacité et la durabilité des grandes infrastructures et accentue la vulnérabilité
des populations, surtout les plus pauvres qui voient de plus en plus leurs moyens d’existences
fragilisés. Il a donc rappelé la légitimité d’action des pays africains qui recherchent des solutions
durable au problème climatique. Pour lui, il est donc légitime que l’Accord de Paris suscite un
espoir important pour les pays africains; dans ce sens le présent colloque devra s’atteler à « faire
des recommandations et suggérer des pistes permettant d’accélérer l’entrée en vigueur et la
mise en œuvre de l’Accord de Paris » Enfin, dans la perspective du Congrès mondial de la nature,
il a brièvement rappelé les menaces pesant sur la biodiversité, en exhortant les participants à
« trouver les ressorts pour déclencher chez les décideurs, les réflexes et les actions qu’il faudra
pour secourir une planète à la croisée des chemins ». Pour finir, il s’est montré confiant quant
à la réalisation commune de la vision de l’UICN, de construire un monde juste qui valorise et
conserve la nature.

Le Ministère délégué auprès du Ministère de l’Énergie, des Mines de l’Eau et de l’Environnement,


Chargé de l’Environnement, par la voix de son Secrétaire Général, M. Abdelouahed Fikrat a
prononcé le discours officiel d’ouverture. Il a tout d’abord adressé son mot de bienvenu à
l’endroit des délégations représentées au Maroc, avant de faire un plaidoyer pour le renforcement
de la vocation du droit de l’environnement, qui, plus qu’un droit de protection, doit être un
droit qui devrait permettre de valoriser les ressources qui soient durables, en donnant libre
cours aux initiatives privées tout en respectant les principes fondamentaux de la protection de
l’environnement» . C’est sur ces mots que M. Abdelouahed Fikrat a déclaré ouverte la seconde
édition du Colloque international sur le Droit de l’Environnement en Afrique.

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

131
PLENIERE 1
Ont contribué à cette plénière :
Pr Michel PRIEUR3, Pr Antonio BENJAMIN4, Pr Sophie LAVALLEE5 et Pr Mohamed Ali
MEKOUAR6, sous la modération de Houria TAZI SADEQ7.

Le Pr Michel PRIEUR a dans son exposé intitulé «Projet de Déclaration Universelle des
droits de l’Humanité» fait un plaidoyer en faveur d’une évolution desv droits de l’homme
vers les droits de l’humanité, droits qui seraient non pas concurrents mais interdépendants
et complémentaires. Selon le Pr Prieur, les droits de l’humanité permettraient d’englober les
droits de la nature et des espèces vivantes qui sont inséparables et sont la voie la mieux à même
de « réconcilier le droit de l’environnement et les droits de l’homme », car dit-il, « l’humanité ce
sont les humains sur la terre ». Il a présenté le projet de déclaration qui contient le préambule,
des principes (responsabilité, équité et solidarité ; dignité de l’humanité et de ses membres ;
continuité de l’existence de l’humanité ; non-discrimination à raison de l’appartenance à une
génération), des droits (droit de vivre dans un environnement sain, droit à un développement
responsable, équitable, solidaire et durable, droit à la protection de son patrimoine naturel,
culturel, matériel et immatériel, droit à la préservation des biens communs, droit à la paix, droit
au libre choix de déterminer son destin) et des devoirs ( devoirs des générations présentes,
devoirs des États). Sur le moyen de rendre effective cette future déclaration sur les droits de
l’humanité, des pistes ont été proposées :

• reconnaissance de l’humanité comme personne juridique nouvelle : exercice des droits de


l’humanité par l’ONU elle-même (avec un statut amendé) ou par une personne juridique
ad hoc du type personne morale de droit international ou autonome au sein de l’ONU ;
• représentation et exercice des droits de l’humanité : un ombudsman représentant l’humanité
auprès des Nations Unies (projet Rio+20) ? un groupe d’États Nord‐Sud ; l’ONU elle‐même
? une institution ad hoc : “autorité mondiale de l’humanité” désignée par l’Assemblée
générale des Nations Unies ou créée par convention ? une Organisation mondiale de
l’environnement ?
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

Pour finir, il a dressé un rapide tableau de l’avenir du projet de Déclaration Universelle des
droits de l‘humanité, qui devrait se consolider à travers notamment la diffusion du Projet
dans les colloques et forums internationaux, l’appui des ONG internationales et des villes
etc. Pour l’heure, selon le Pr PRIEUR, les droits de l’humanité « ne peuvent plus reculer ». Le
gouvernement français porteur de cette initiative a transmis officiellement le projet de texte
pour les Droits de l’Humanité à Ban Ki Moon, Secrétaire Général de l’ONU, le 28 avril 2016.

À sa suite, le Pr Antonio BENJAMIN a exposé sur «les juges et l’environnement» en abordant


successivement le rôle du pouvoir judiciaire dans la gouvernance environnementale, les
challenges et défis à adresser. Dans la matière environnementale, on est souvent confronté à

3
Président du Centre international de droit comparé de l’environnement – CIDCE.
4
Président de la Commission Mondiale du Droit de l’Environnement – WCEL.
5
Université Laval – Québec.
6
Vice-président du Centre international de droit comparé de l’environnement – CIDCE.
7
Professeure de droit – Casablanca, Maroc.
132
deux types de juges : le « juge spectateur », qui par manque d’expertise et ne s’implique pas
dans les conflits environnementaux et le « juge actif » pour qui il est impossible de mettre une
barrière entre les litiges environnementaux et les litiges de la vie « courante » et qui de ce fait
utilise le système de droit commun pour le règlement du contentieux environnemental. Au
titre des défis à relever, il a souligné la nécessité de parvenir à une certaine « régularité » de
la procédure judiciaire en matière environnementale car les décisions isolées ne peuvent pas
protéger efficacement l’environnement. D’où la nécessité de faire un énorme travail en amont
de l’élaboration des lois pour lever les verrous la complexité, de la technicité, de la multiplicité
et de l’hétérogénéité des normes environnementales internationales, nationales et locales.
Les défis à relever, dans un avenir proche, sont entre autre l’amélioration de la formation
des juges, l’appropriation de la problématique environnementale par le corps judiciaire et le
renforcement de la doctrine. Pour finir il a appelé à la création d’un Institut mondial de la
magistrature pour l’environnement.

Dans sa présentation, la Pr Sophie LAVALLEE s’interrogeait sur la justice climatique pour


l’Afrique, au regard de l’Accord de Paris sur le climat. Après quelques remarques sur la forme
juridique de l’Accord de Paris, qui ont respectivement porté sur les limites juridiques que la
CdP 21 devait respecter pour négocier l’Accord de Paris, la qualification de l’Accord de Paris
en « traité », et l’articulation de la décision qui précède l’Accord de Paris et l’Accord lui-
même, elle s’est interrogée sur la justice climatique que revêtait cet Accord pour Paris aux
regards des enjeux du continent africain. Objectifs de réduction, atténuation, adaptation,
contributions nationales déterminées, indemnisation pour les pertes et dommages, assistance
financière ont été passés en revue. En définitive, on retient que même si l’Accord de Paris
est une avancée très significative, il ne suffit pas pour l’instant à « opérer collectivement la
transition énergétique vers un monde décarboné ». Maintenant, le monde entier, et l’Afrique au
premier plan, a besoin d’investissements sur tous les plans: atténuation, mais aussi et autant,
adaptation et indemnisation des pertes et des dommages. Elle a suggéré que soit institué, pour
l’Afrique, entre autres, une taxe sur les transactions financières, des taxes sur le carbone, un
fonds de paiement des primes d’assurances du mécanisme de Varsovie. Elle a appelé à ce que
le mécanisme de conformité pour la vérification de la mise en œuvre des CDN soit des plus

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


rigoureux.

La dernière intervention de cette plénière a été faite par le Pr Mohamed Ali MEKOUAR qui a
passé en revue la gouvernance mondiale du climat entre New-York, Paris et Marrakech afin de
mettre en avant les engagements, attentes et défis à relever. Pour lui, il y’a une convergence
des enjeux autour du Programme 2030, de l’Accord de Paris : il faut intensifier la lutte contre
les menaces du réchauffement planétaire, dans une vision globale de développement durable.
La prochaine CdP de Marrakech devra impulser la mise en œuvre de l’AP, en symbiose avec
le Programme 2030 et en appui à la réalisation intégrée des ODD. Les engagements pris
par les États Parties, qui oscillent entre obligations et directives, relayant leur normativité
hydrique gardent toutefois comme dénominateur commun l’universalité. Tandis que certains
engagements sont interdépendants, les autres appellent à une différenciation au regard des
responsabilités et en application des principes d’équité et de justice. Par ailleurs, l’urgence
d’agir a vraisemblablement accru la réactivité des acteurs. Par exemple, l’Accord de Paris
a été signé en un temps record par 178 États et 22 États l’ont déjà ratifié (19 ratifications
formellement déposées). Le GIEC, qui a accepté en avril de fournir un rapport spécial en 2018
133
sur les conséquences d’un réchauffement planétaire supérieur à̀1,5°C (coïncidant avec le bilan,
en 2018, des efforts collectifs déployés par les Parties à cette fin – Déc. 1/CP.21, §§ 20-21) a
également été loué pour sa réactivité. Toujours est-il que le monde est toujours dans une
quête d’ambition, tant individuelle que collective : l’ambition de confiner le réchauffement
planétaire à 2°C et encore moins à̀ 1,5°C, l’ambition de réduire les écarts de financement entre
les besoins et les ressources (les ressources annoncées étant nettement insuffisantes et encore
largement virtuelles). Depuis la CDP de Paris, il faut noter des avancées encourageantes au
titre des quels il a cité la nomination des « Championnes Climat » et la publication de leur plan
d’action centré sur le renforcement de la mobilisation inclusive de toutes les parties prenantes,
la mise à jour du rapport sur l’effet global des CPDN et l’amorce de négociations techniques
pendant les sessions de l’APA1, du SBI44 et du SBSTA44. Le défi de la CDP 22 sera donc de
relever le niveau d’ambition et surtout de catalyser l’action.

Pour conclure, le Pr MEKOUAR a présenté sa vision d’une « gouvernance poly centrée » qui
consacrera la pluralité holistique et interconnectée des ODD (intégrant le climat), le recadrage
du régime climatique ainsi que le décloisonnement de la gouvernance climatique.

Discussions

Les discussions à l’issue de ces présentations ont porté d’une part sur les droits de
l’humanité vis-à-vis des nouvelles préoccupations qu’ils font naitre, d’autre part la
diffusion de plusieurs messages dont l’importance du Droit de l’environnement en
Afrique en faisant ressortir clairement le rôle du juge dans le processus juridique de
préservation de la nature.
Sur la question de la dimension économique et industrielle de la Déclaration sur les
droits de l‘humanité, il a été répondu que la dimension économique est sous-jacente
à tous les problèmes du monde actuel. Aussi, un article énonce les devoirs des acteurs
économiques et privés (solidarité, responsabilité active etc.)
Sur la question de la reconnaissance des peuples et de l’humanité comme sujet de
droit, le Pr PRIEUR a précisé que le principe n’est pas encore entièrement théorisé.
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

La distinction entre droits des peuples et droits de l‘humanité est que le droit de
l’humanité est un droit englobant.
Pour le Dr Martin YELKOUNI, le rôle du juge serait peut-être lié au fait que le marché
intègre ou non l’environnement dans son fonctionnement. A ce questionnement, le
Juge Antonio a fait remarquer que le juge considère non seulement le marché mais
tous les aspects liés à l’environnement.
Pour faire bénéficier les secteurs sociaux tels que l’éducation et la santé dans les
décisions et les négociations internationales, il a été suggéré d’incorporer ou de
normaliser un chapitre dédié à ces secteurs dans les canevas des Plans nationaux
d’adaptation. Une seconde recommandation a été faite. Enfin, un appel des
recommandations de la CDP 21 à cette veille de la CDP 22 a été également faite. Il
a été recommandé à cet effet, la mise en œuvre concrète des obligations en matière
de droit de l’environnement et l’application du principe de non régression, tout en
insistant sur ce dernier.

134
PLENIERE 2
Ont contribué à cette plénière :
M. Abderrahim KSIRI8, M. Robert ONDHOWE9 le Dr Honoré TABUNA10
et le Pr Ibrahima LY11, sous la modération de la Pr Sophie LAVALEE.

L’exposé du Conseil Economique Social et Environnemental marocain a permis de mettre en


exergue cette entité qui a été créé en 2011 aux fins d’être une instance constitutionnelle
consultative auprès du gouvernement, de la Chambres de Représentants et de la Chambres
de Conseillers du Maroc. M. KSIRI a exposé le fonctionnement et l’approche méthodologique,
suivie par le CESE pour atteindre ses objectifs. Sur le plan environnemental, le CESE marocain
a mis en place un certain nombre d’activités censées renforcement cet organe dans le
domaine de l’environnement et du développement durable. Il s’agit entre autres :de (1) la
création, depuis 2015, d’une commission spécialisés dans les domaines de l’environnement
et du développement durable ; (2) des propositions pour la régionalisation avancée et la
territorialisation des politiques basé sur la conciliation entre le temps électoral, le temps social,
et le tems écologiques ; (3) la responsabilisations des clients institutionnelles (gouvernement,
parlement) pour rendre compte de la prise en compte des recommandations du CESE ; (4)
l’orientation vers des autosaisie couvrant les nouveaux domaines de l’environnement et du
développement durable, avec une participation accrue de la société civile etc.

M. ONDHOWE a dans son exposé fait l’économie de l’historique de la contribution du PNUE


à l’élaboration et à la mise en œuvre du droit de l’environnement. Au niveau mondial, le
PNUE a joué un rôle clé dans la facilitation des plates-formes intergouvernementales pour
la promotion et la mise en œuvre des accords environnementaux multilatéraux (AEM) et la
définition des normes environnementales internationales. À l’échelle régionale et nationale,
le PNUE a soutenu de nombreuses instances, ainsi que l’utilisation des ressources visant à
renforcer les principes juridiques, politiques et lignes directrices qui visent à résoudre les
problèmes environnementaux, les défis juridiques en particulier transfrontières. Ces activités

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


fondamentales, ainsi que des travaux sectoriels spécifiques tels que l’amélioration de l’eau
douce et le droit maritime, ensemble forment les aspects centraux du travail du PNUE dans la
construction et le renforcement des lois environnementales mondiales.

Il a rappelé l’origine du mandat actuel du PNUE qui est le Programme de Montevideo 2009
pour le développement et l’examen périodique du droit de l’environnement qui forme une
vaste stratégie pour la communauté juridique internationale et le PNUE dans la formulation
des activités dans le domaine du droit de l’environnement pour la décennie commençant en
2010. Selon M. ONDHOWE, l’année 2015 a été riche en évènement ayant trait à l’environnement
et au développement durable : le Sommet sur le développement à Addis-Abeba, la finalisation

8
Membre du Conseil Économique, sociale et environnemental du Maroc.
9
Juriste au Programme des Nations Unies pour l’Environnement.
10
Expert en Valorisation de la biodiversité et de l’Economie de l’Environnement à la Communauté Économique des
États de l’Afrique Centrale (CEEAC).
11
Directeur du Laboratoire d’études et de recherches en politique, droit de l’environnement et de la santé, Université́
Cheikh Anta DIOP, Dakar, Sénégal.
135
des objectifs de développement durable à New York et l’Accord sur le changement climatique
à Paris.

Au cours de cette période, le PNUE a travaillé avec les juristes de différentes sections du
continuum de la loi. L’an dernier, en partenariat avec l’Union interparlementaire et l’Association
parlementaire du Commonwealth, ont été tenues des séances à Londres, Nairobi, New Delhi
et Trinité-et-Tobago sur le développement d’une approche cohérente de l’élaboration des
lois en ce qui concerne l’Agenda 2030. M ONDHOWE a évoqué la question climatique qu’il
considère comme étant son « cheval de bataille » prédominant au sein du PNUE. Il a ainsi mis en
évidence plusieurs initiatives entreprises avec des experts juridiques depuis bientôt dix ans : les
séminaires préparatoires pour les négociateurs d´Afrique pour assurer une préparation adéquate
pour les négociations dans le cadre de la CCNUCC, la mise en place d’une expertise juridique
appropriée intégré dans les équipes de négociation d´Afrique. Le PNUE a élaboré des lignes
directrices pour la fraternité juridique sur les aspects couvrant l’adaptation, REDD +, l’efficacité
énergétique, l’alimentation dans les tarifs, et le transfert de technologie. Plusieurs exercices de
rédaction juridique pour les rédacteurs de diverses régions du monde ont été organisés entre
2013-2015 et ce travail a été capitalisé dans les outils de gestion des connaissances, ECOLEX
conjointement avec l’UICN et la FAO, ainsi que InforMEA, tous les deux accessibles en ligne. En
se projetant dans l’avenir, l´Accord de Paris a donné une feuille de route vers une économie
sobre en carbone. La prochaine Conférence des Parties de Marrakech, au Maroc, fixera les
règles pour accomplir tout cela. Cela nécessitera une expertise juridique détaillée, en particulier
sur les aspects qui impliquent la participation du secteur privé et les marchés du carbone.
Pour y contribuer, le PNUE a organisé un séminaire à Nairobi sur la conformité et la mise en
œuvre en vertu de l’Accord de Paris, et il est prévu que cela soit le début d´un engagement
efficace et cohérent dans l’agenda du changement climatique pour les experts juridiques de la
Francophonie et du reste de l’Afrique.

La seconde plénière s’est poursuivie avec la présentation du Dr TABUNA qui a évoqué le


système de l’économie verte en Afrique centrale (SEVAC) et son financement. Il faut retenir
que le SEVAC est la conjonction des activités de plusieurs acteurs de l’univers des activités
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

socioéconomiques et écologiques des ressources naturelles. Il a une nature hybride, étant


à la fois une vision, un outil, une approche multisectorielle pour concilier protection de
l’environnement et développement économique et un modèle de développement de l’économie
des ressources naturelles de l’Afrique centrale en lien avec la protection de l’environnement
ainsi que l’amélioration des conditions de vie des populations. Le SEVAC est organisé autour des
7 piliers ci-après : (1) Politique et Diplomatique ; (2) Institutionnel et Juridique ; (3) Financier
; (4) Technique/opérationnel ; (5) Marketing/Communication/Promotion ; (6) Partenariat/
Coopération (7) ; Recherche et formation. Le SEVAC est adossé à un fonds dénommé Fonds
pour l’Économie Verte en Afrique Centrale (FEVAC) destiné à financer les programmes sectoriels
de l’économie verte et à mobiliser les ressources. Le FEVAC est financé par les apports des États
Membres, de la CEEAC, des Partenaires Techniques et Financiers ; des mécanismes nationaux,
sous régionaux et internationaux de financement de l’économie verte, des Entreprises de
l’économie verte et entreprises citoyennes et de toute autre contribution volontaire. Le FEVAC
en est à ses débuts et l’Unité de démarrage du Fonds, récemment mise en place aura pour
mission de : poursuivre la mobilisation des contributions des États pour la première année de
démarrage, finaliser processus de recrutement du staff affecté à l’Unité de Démarrage, procéder
à la réalisation des études de faisabilité pour la structuration du système de l’économie verte
136
en Afrique centrale et à la réalisation d’autres études nécessaires à l’opérationnalisation du
Fonds. Pour finir le Dr TABUNA a fait quelques recommandations parmi lesquelles on retient
: l’institutionnalisation de la Conférence des Ministres Africains de l’Économie, des Finances,
de l’intégration et de l’Environnement sur le développement et la promotion de l’économie
verte en Afrique et la création des Fonds pour l’Économie Verte dans chaque Communauté
Économique Régionale (UMA, CEEAC, CEDEAO, etc.) sous la coordination de la Banque Africaine
de Développement.
Le Pr Ibrahima LY a clôturé la plénière avec son exposé sur l’ODD 14 et l’aménagement de
l’espace côtier et marin en Afrique de l’ouest. Pour rappel, l’ODD 14 vise à « conserver et exploiter
de manière durable les océans, les mers et les ressources marines aux fins du développement
durable ». La planification spatiale et marine s’avère être un bon outil pour atteindre cet
objectif. Spécialement expérimenté en Australie, en Amérique du Nord et en Europe, il a reçu
très peu d’écho en Afrique. D’où, l’idée d’expérimenter l’outil pour entre autre lutter contre ce
qu’il a appelé « l’accaparement des mers ». Pour ce faire, un consortium interdisciplinaire qui
réunit des experts en PSM mais aussi en droit, en écologie marine et en géographie et plusieurs
régions pays ouest-africains (Sénégal, Cap-Vert), sud-américains (Brésil) et européens (France,
Espagne, Portugal, Allemagne, Pays-Bas) a été mis en place dans le but de créer un réseau et
une plateforme collaborative qui pourra analyser les opportunités mais également les limites
de la PSM tout en proposant une analyse critique des méthodes et outils disponibles.

Discussions

Il a été remarqué que nombreux sont les pays du Nord, la France y compri s,
investissement des sommes considérables dans le domaine de la recherche/
développement. De fait, le transfert de technologie ne peut être entièrement gratuit.
D’où la question de savoir comment faciliter le transfert des technologies en terme
d’économie « bleue » et d’économie verte au niveau du droit de l’environnement. Pour
le Dr TABUNA, il faut mettre l’entreprise au cœur de tous ces processus. Dans la CEEAC,
il a expliqué que le secteur privé a été associé pour le développement des activités et

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


faciliter le transfert de technologie. La question de la valorisation économique des
écosystèmes a été soulevée dans les débats. Pour aller vers une économie verte, il est
nécessaire d’avoir une réelle volonté politique, qui se traduit par la prise en compte
des bénéfices de la biodiversité et des services écosystémiques dans les économies
nationales. L’économie verte doit faire l’objet d’une large diffusion, sensibilisation,
communication auprès notamment des ministres de l’Economie et des finances et ceux
de l’Environnement. La CEEAC est en train de réussir à mettre côte à côte les ministres
de l’Environnement, les ministres de l’Economie et des finances et les ministres des
Affaires étrangères.

Comment peut-on concilier la coordination intersectorielle et les acteurs de la


pêche industrielle dans la PSM ? Selon le Pr Ibrahima LY, c’est un des aspects les plus
difficiles car il y’a confrontation entre plusieurs acteurs. Il faut aussi aller vers des
éco-citoyens pour une planification spatiale, marine et côtière qui permettra d’éviter
l’accaparement des espaces et promouvoir la défense des droits des citoyens. Selon le
Pr LY, l’accaparement des espaces marins et côtiers est une triste réalité aujourd’hui.
137
L’existence d’une société civile environnementale forte devrait permettre d’y remédier.
Il a cité en exemple l’abandon du projet de construction de l’ambassade turque au
Sénégal, sous l’action énergétique de la société civile. La Pr SAHOLY a aussi évoqué la
question de la possibilité de faire une exploitation pétrolière dans les aires protégées
de catégorie V et VI quand c’est le permis pétrolier qui a été accordé avant l’institution
de l’aire protégée. Sur ce point, la Convention d’Abidjan apporte des solutions avec
le Protocole additionnel sur l’exploitation pétrolière en mer. Ainsi, l’écocitoyenneté
et la problématique liée à la ratification du protocole d’Abidjan ont aussi retenues
l’attention des participants, qui ont réfléchit sur la manière d’accélérer sa ratification
par nos États.
A la question sur le niveau de prise en compte des avis du CESE dans la production du
droit de l’environnement au Maroc, il a été rappelé que le CESE n’est une structure
consultative.

M. KANE de l’UICN s’est posé l’épineuse question de la mobilisation des citoyens


en faveur de la défense du droit à l’environnement sain et de l’application des lois.
Il a été relevé que la technicité du droit de l’environnement est l’un des obstacles à
l’engagement citoyen, ce qui rend ce droit malheureusement inaccessible. Selon le
Pr LY, le droit à une information plurielle, bien que consacré dans les constitutions,
souffre d’un manque d’exploitation des divers moyens de communication et medias
pour la mobilisation des citoyens. Ces derniers doivent, une fois informés, ester en
justice car le juge ne peut s’autosaisir. Il faut que l’action citoyenne se traduise par
un recours aux tribunaux pour exercer le droit à un environnement. Il ressort de ces
discussions donc que l’insuffisance de l’information en matière environnementale,
compromet la mise en œuvre effective du droit de l’environnement. C’est pourquoi,
le rôle des médias dans la divulgation du droit de l’environnement a été fortement
discuté au cours de cette instance.
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

138
PLENIERE 3
Cette plénière a été modérée par le
Pr Ali MEKOUAR, autour du Dr Katelijn VAN HENDE (Centre du Droit de
l’Environnement de l’UICN), du Dr Amidou GARANE (Université de Ouagadougou)
du Dr Cécile DUCLAUX MONTEIL et du Dr Martin YELKOUNI.

• Le Dr Katelijn VAN HENDE a présenté sur ce thème : « défis pour le droit de l’environnement –
Planification d’une meilleure utilisation de notre terre comprenant le changement climatique
et la biodiversité ». Elle a présenté le programme droit de l’environnement de l’UICN ainsi que
les activités du CDE autour des trois composantes : conservation et valorisation de la Nature
; gouvernance efficace et équitable de l‘utilisation de la Nature et utilisation de solutions
reposant sur la Nature pour faire face aux défis mondiaux climatiques, alimentaires et de
développement. Elle a insisté sur le lien entre utilisation des terres, climat et biodiversité.

• Le Dr GARANE a présenté le thème « Chartes de l’eau en Afrique et programme de


développement durable pour l’après 2015 ». Les Chartes de l’eau sont des instruments
conventionnels complémentaires adoptés par les organisations de bassins transfrontaliers
pour corriger les insuffisances des accords de cours d’eau ou de lacs internationaux. Ces outils
rejoignent aujourd’hui la nécessité de prendre en compte les principes modernes de gestion
des ressources en eau partagés et les défis majeurs contemporains comme les changements
climatiques. Aujourd’hui, il existe trois chartes de l’eau en Afrique : la Charte de l’eau du
fleuve Sénégal (2002), la Charte de l’eau du bassin du Niger (2008) et la Charte de l’eau du
bassin du lac Tchad (2012). Mais d’autres bassins transfrontaliers seront bientôt dotés de
chartes de l’eau (Bassin de la Volta; Bassin du Congo). Les Chartes de l’eau constituent l’un
des moyens de « Garantir l’accès de tous à l’eau et à l’assainissement et assurer une gestion
durable des ressources en eau » conformément au libellé de l’ODD 6. Les Chartes de l’eau
peuvent y contribuer à travers : la promotion de la gestion intégrée des ressources en eau
transfrontalières, le droit à l’eau et à l’assainissement qu’il y est consacré dans les Chartes,
la prise en compte de la participation des populations locales dans les Chartes et enfin

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


l’obligation de protection de l’environnement mentionné dans les Chartes. Pour conclure,
il a précisé que pour que les Chartes de l’eau puissent jouer ce rôle, il est nécessaire qu’une
partie significative des ressources financières mobilisées dans le cadre des ODD soit allouée
aux organisations de bassins transfrontaliers pour la mise en œuvre de ces chartes.

• Enfin, le duo, constitué par le Dr DUCLAUX MONTEIL et le Dr YELKOUNI s’est penché sur
la question de la vulnérabilité des femmes face au changement climatique. Le constat
scientifique est là : les femmes sont durement touchées par le dérèglement climatique. La
menace que le changement climatique fait peser sur les femmes ne se limite pas seulement
aux catastrophes naturelles. Leur liberté d’action est souvent entravée par des lois et des
normes culturelles qui restreignent leurs possibilités d’activité économique. Selon les chiffres,
la majorité des pauvres sont des femmes, elles représentent 70% des 1,2 milliards de personnes
qui ont un revenu inférieur à 1 dollar par jour (BM, 2012). Elles sont à l’origine de 60 à 80%
de la production alimentaire dans les pays en développement (CCAFS et OAA, 2013). Elles
ne détiennent que 10 à 20 % des titres fonciers (FAO, 2010). 70% des crédits consacrés à
la lutte contre le dérèglement climatique sont attribués à des projets à haute technologie
139
et de grande ampleur qui ne sont pour l’essentiel gérés que par les hommes (Le Monde
selon les femmes, 2012). Loin d’être en reste, les femmes ont développé des stratégies de
prévention, d’atténuation et d’adaptation au changement climatique. Les points de l’Accord
de Paris en faveur des droits des femmes ont été mis en exergue dans leur exposé. Il ressort
qu’il faut non seulement soutenir le renforcement de l’égalité homme-femme mais aussi
soutenir l’autonomisation des femmes par la mise en place des politiques et programmes de
développement durable intégrant les femmes (prise en compte des besoins pratiques et des
intérêts stratégiques des femmes).

Discussions

Ont été examinées à l’issue des débats, les questions relatives aux indicateurs pour
l’atteinte des ODD, qui selon les participants doivent être plus précis afin de pouvoir
évaluer leur taux de réalisation. Cela permettra d’éviter les biais dans la mise en œuvre
des ODD comparativement aux OMD. Sur la question des Chartes de l’eau, instruments
d’atteinte des ODD, il a été noté qu’elles souffrent de ratification. Selon le Dr GARANE,
cela reste effectivement une préoccupation légitime et de taille. Sur 6 États Parties, il
faut 4 ratifications pour l’entrée en vigueur. Aujourd’hui, 4 ans après, les 4 ratifications
ne sont pas obtenus. Pour le Dr Awaiss, la mise en œuvre des Chartes de l’eau à travers
le financement des ODD est une bonne suggestion. Du fait des problèmes posés par
la ratification de ces chartes, il serait judicieux d’adjoindre cette dimension à la
problématique du financement.
Comment concilier alors le respect des cultures autochtones face au concept
genre. Pour le Dr DUCLAUX, c’est dans le contexte général de genre et non dans la
spécificité des femmes autochtones. La question de la diversité des relations entre
homme et femme dans la gouvernance environnementale a aussi été évoquée. Il a été
recommandé par le Pr NIANOGO de l’UICN de conduire une étude plus large sur les
relations homme-femme en prenant en compte les diversités culturelles qui font que
le rôle et la place de la femme évolue d’une communauté à l’autre.
Mme DIA a fait une contribution sur le rôle que devrait jouer la société civile et le
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

citoyen dans la prise en charge des droits et obligations pour la gestion des ressources
naturelles et de l’environnement. Le concept de développement durable devrait
également selon elle recevoir un ancrage institutionnel fort. Pour ce faire, elle a suggéré
d’entreprendre des programmes de formation et de renforcement de capacités pour la
connaissance et la maitrise des concepts du développement durable. L’IFDD a soutenu
ce type de formation (formation sur la grille d’analyse du DD, formation sur les outils
d’aide à la décision dans la planification des politiques sectorielles de développement
économique et social).

140
SESSION 1 : L’AFRIQUE DANS LA GOUVERNANCE
CLIMATIQUE POST 2015
• Les implications juridiques de l’Accord de Paris 2015 pour l’Afrique
• Les mécanismes institutionnels de mise en œuvre et de suivi du nouvel accord sur le climat

PANEL 1
Ont contribué à ce panel :
Ghislain TCHAKOUNTE NOUDJA, Bob Hermann DOMBOLO, Brahim ZYANI, Fouad
Zyadi, Moussa Etienne TOURE et Saholy RAMBININTSAOTRA,
avec pour modérateur le Pr Ibrahima LY.

• Le premier intervenant de cette session, Me Ghislain TCHAKOUNTE NOUDJA a ouvert les débats
en posant la question centrale de la portée de l’Accord de paris pour l’Afrique. De prime
abord, cet accord présenté comme juridiquement « contraignant », ne fait mention nulle part
de la juridiction compétente pour trancher les préjudices, ni le périmètre des sanctions et
encore moins les parties prenantes pouvant saisir une éventuelle justice climat ce qui lui a
donné l’occasion de reposer le débat de la création d’un Tribunal Environnemental. Selon lui,
l’Accord de Paris reste un moyen de promouvoir la bonne gouvernance environnementale sur
le terrain à travers par exemple la prise d’initiatives pour réduire leurs émissions des GES ou
encore l’obligation de faire respecter, par les multinationales installées sur leur territoire, les
quotas d’émission de GES. Les obligations environnementales pourraient-elles être un frein
à l’industrialisation du continent ? La question reste posée mais il faut en définitive retenir
que c’est surtout l’opportunité pour le continent d’amorcer un développement durable et
sobre en carbone.

• Bob Hermann DOMBOLO, s’est également intéressé aux implications juridiques de l’Accord
de Paris, en prenant l’exemple du Congo qui s’est fortement engagé dans la réduction des

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


émissions de gaz à effet de serre.

• Fouad Zyadi a fait une intervention sur les implications juridiques de l’Accord de Paris
pour le Maroc. Il est lui aussi revenu sur la particularité de l’Accord de Paris qui est un
accord hybride ne ressemblant à aucun autre.. Certaines dispositions de l’accord de Paris
sont contenues dans la législation marocaine ; Il s’agit par exemple des droits de l’homme
; du droit à un environnement sain etc. Pour le Maroc, l’une des principales implications
juridiques est la contribution déterminée nationale qui est un engagement clair que le Maroc
est en train d’actualiser afin de la rendre obligatoire. Déjà, le conseil de gouvernement et
le conseil des ministres ont adopté cet accord et l’ont transmis au Parlement. La primauté
de cet Accord sur le corpus législatif national est incontestée. Le Maroc réfléchit également
à un texte juridique sur le climat et l’Accord de Paris constituera une interface entre les
dispositions internationales et nationales. Sur le plan de la fiscalité, le Maroc va instaurer
l’écotaxe sur les pneus et les huiles. La taxe sur le carbone doit avoir un ancrage juridique
et la CdP 22 réfléchira sur cette question. Très prochainement, il sera adopté au Maroc un
décret sur les Gaz à effet de serre (GES).
141
• Moussa Etienne TOURE s’est penché sur les défis de la mise en œuvre de l’Accord de Paris
sur le climat pour les législations maliennes. La reconnaissance d’un texte est une chose
mais sa mise en œuvre en est une autre et c’est le contexte actuel du Mali. De fait, dans
ce pays, l’Accord de Paris n’a pas encore fait l’objet d’un début de mise en œuvre. Cela est
notamment imputable à un manque de volonté politique. Pour appuyer ces propos, il a pris
de nombreux exemples comme la CCNUCC qui a connu des difficultés de mise en œuvre.
Cette difficulté réside dans le fait que le juge malien est exclu. Parmi les documents adoptés
par le Mali figurent pour respecter ses engagements internationaux, figure notamment le
Programme National d’Adaptation aux effets néfastes du changement climatique et la
Politique nationale sur les changements climatiques de 2011. L’activité juridictionnelle est
aussi très limitée au Mali. Les juridictions maliennes ne sont pas souvent contactées par des
victimes des dommages écologiques faute de connaissance de la législation environnementale.
Pourtant, les juges civil, administratif et pénal ont été reconnus compétents pour connaître
des affaires environnementales. Il a pour finir recommander de parfaire la formation et la
sensibilisation des juges sur les infractions environnementales qui devront être sanctionnées
selon les textes en vigueur. Aussi, pour garantir l’effectivité du droit de l’environnement, il
est impérieux d’associer la gendarmerie et la police nationale.

• La Pr Saholy RAMBININTSAOTRA a pour sa part évoqué les aspects juridiques de la REDD +


à Madagascar. Elle a rappelé le rôle crucial des forêts dans l’atténuation des changements
climatiques (défi de Bonn). La mise en œuvre de la REDD+ favorise le développement
durable et c’est pourquoi. Madagascar s’est engagée dans le processus REDD+ (R-PP2014). La
préparation de REDD+ implique une réglementation. Le droit est pertinent dans le processus
REDD+ en ce qu’il permet d’influer sur l’équité, l’efficacité ; d’où, on peut avancer que le
succès de la REDD+ découle des lois. Parallèlement, la faiblesse du cadre juridique peut être
un obstacle à la mise en œuvre de la REDD+. Cette faiblesse réside dans la difficulté des
terminologies, dans l’absence de définitions légales de la déforestation et la dégradation et
dans le manque de clarté et l’incohérence qui peuvent constituer une source d’insécurité
juridique.
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

Discussions

Au cours des débats, l’assemblée s’est interrogée sur la réelle volonté de décideurs
africains pour aller vers un développement durable. Les aménagements institutionnels
sont en eu même source de conflits de compétence et d’intérêt. En effet, l’intervention
de plusieurs ministères sectoriels dans l’élaboration la mise en œuvre d’une panoplie
de textes législatifs et réglementaires crée des problèmes d’harmonisation et de
coordination. Il a été suggéré que le Ministère de l’Environnement joue un rôle plus
important en matière de coordination et d’harmonisation. Quelles stratégies devraient
donc être mises en place par les différents ministères en charge de l’environnement
pour assurer ce rôle de coordination des actions environnementales. La complexité
semble en effet se renforcer avec le nouveau droit du développement durable ; les textes
sectoriels créent eux-mêmes les instituions de mise en œuvre de leurs textes si bien
que les conflits de compétence vont aller crescendo. Là encore, la solution apportée

142
est le renforcement des capacités de coordination du Ministère de l’environnement.
Les participants se sont interrogés encore une fois sur l’efficacité des études d’impact
sur l’environnement, qui sont encore trop souvent qu’une formalité à remplir. Aussi, il a
été proposé de renforcer l’effectivité du transfert des compétences environnementales
aux collectivités territoriales car les ressources financières, techniques et humaines
qui doivent aller de pair avec ce transfert de compétence ne sont pas effectives.

La place du droit de l’environnement dans les écoles de formation des magistrats au


Mali a été questionnée et l’intervenant du Mali a reconnu que cette place demeure
extrêmement faible et qu’il conviendrait de l’agrandir. Mais, cette exclusion du juge
est-elle due à la méconnaissance des textes par les victimes ou alors au juge qui refuse
de recevoir les dossiers dans les cas où il y’a eu transaction. Selon l’intervenant M.
TOURE, les juges sont en effet rarement saisis des dommages écologiques. Quand un
délinquant paie une amende, le différent s’arrête là et l’affaire n’est plus portée devant
les juridictions. Sur l’autre question de l’importance du tribunal environnemental en
Afrique, il a été suggéré de travailler plutôt à renforcer la formation des juges en droit
de l’environnement au sein des tribunaux nationaux. Il a également été question des
dispositions législatives concernant la transaction dans les délits environnementaux
au Mali.

Il a également été question de la législation malgache sur les droits de tenure forestière
et foncière. Une proposition a été faite de légiférer sur le prix du carbone en Afrique, de
légiférer sur les interventions des multinationales dans nos pays et de développer des
études d’impacts stratégiques.

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

143
PANEL 2
Ont contribué à ce panel :
le Pr Bouchra Nadir, Felix LILAKAKO MALIKUKA, Severin Brice PONGUI
et Sena ALOUKA, avec la modération du Dr Hamidou GARANE

• La Pr Bouchra Nadir du Maroc a partagé son expérience sur la Charte Nationale de


l’environnement et du développement durable. Aujourd’hui le Maroc connait de plus en
plus des catastrophes écologiques telles que les pollutions, les inondations, l’érosion rapide
de la biodiversité, le bouleversement du climat, etc. Une prise de conscience de la gravité de
la détérioration de l’environnement marocain a menée à l’adoption de la Charte nationale
globale de l’environnement qui proclame les droits et devoirs environnementaux et affirme
des principes spécifiques à l’environnement.

• M. LILAKAKO MALIKUKA s’est interrogé pour savoir si l’Accord de paris de 2015 se posait
comme un entérinement des progrès du processus REDD+ en République Démocratique
du Congo. La CdP 13 à Bali en 2007 a vu le lancement du processus REDD+. Presque 10
ans après, un progrès a été réalisé au niveau international sur les discussions climatiques
au point que ce processus a joué un rôle important non seulement dans la contribution
des États dans leurs efforts de réduction de gaz à effet de serre mais également dans les
préparatifs de l’Accord de Paris, comme c’est le cas pour la RDC. Le pays a ratifié la CCNUCC
(1997) et le Protocole de Kyoto (2005). Avec une superficie de 2.345.000 km², ses forêts
estimées à ±155 M° d’ha, ses 80 M° d’ha des terres arables, ses 3,7 M° de km² de son réseau
hydrographique dont le Bassin du fleuve Congo, etc. la RDC s’est engagée depuis 2009 à jouer
un rôle important dans la réduction des gaz à effet de serre. La REDD+ est une opportunité
de transition vers une économie verte avec quelques acquis parmi lesquels on peut citer :
l’identification des moteurs de la déforestation et dégradation des forêts, l’élaboration de
la stratégie cadre nationale REDD+ qui comporte 7 piliers stratégiques (Aménagement du
territoire, Agriculture, Forêts, Foncier, Démographie, Énergie, Gouvernance), la création du
Fonds National REDD et le processus de formulation de la politique, stratégie nationale et
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

plan d’action en matière de changements climatiques. La RDC a déposé sa CNPD, pour une
période d’engagement de 2021à 2030, avec niveau de référence année 2000. Les secteurs
concernés sont l’agriculture, les forêts et l’énergie. L’objectif est d’atteindre un niveau de
réduction de 17%. Après Paris, la RDC va poursuite les différentes réformes lancées au
niveau national (Foncier, Aménagement du Territoire, mines, etc.). Actuellement, la RDC est
dans sa phase test de mise en œuvre du Programme de réduction des émissions de gaz à
effet de serre dans la Province de Mai-Ndombe. Le programme ERPD (Emission Reductions
Program Document) sera mis en œuvre pour une période de 5 ans (2016-2021), pour 12,3
M° d’hectares de superficie dont 9,8M° d’hectares des forêts ; budget : 70M° de dollars).
L’ERPD est la 1ère étape dans la mise en œuvre de la stratégie nationale REDD+ de la RDC.
C’est également un test clé de l’action climatique sur le continent africain et pour la REDD+
axée sur les résultats des paiements. C’est enfin une possibilité pour obtenir un financement
public et privé à long terme pour l’Accord de Paris.

• Me PONGUI a dans son intervention fait un « Plaidoyer pour une ratification intelligente
de l’Accord de Paris sur le changement climatique ». Cette ratification intelligente suppose,
144
de bien comprendre la portée de chaque disposition de l’accord et ses implications juridiques
pour le pays et pour les autres Parties, Il faut aussi vulgariser l’accord auprès de toutes
les parties prenantes concernées afin qu’elles soient soient informées sur les risques et
opportunités de l’accord. Avant l’entrée en vigueur de l’accord, il convient d’établir un plan
d’actions pour l’avant et l’après entrée en vigueur et préparer les mesures internes imposées
par l’accord. Ces mesures doivent être ambitieuses et adaptées aux ressources et moyens
mobilisés. Pour lui, le principal enjeu d’une ratification intelligente de l’accord de Paris pour
toutes les futures Parties à cet accord est celui du risque de « sanction » encourue pour le
non-respect dudit accord. La normativité de cet accord est et sera sujette à polémique du fait
qu’aucune sanction n’est attachée au non-respect de ce qu’il prescrit. Cependant, la remise
en question de la normativité de l’Accord de Paris ne doit pas faire oublier que la réputation
d’un État peut être entamée ou ternie du fait du non-respect par lui de ses engagements
internationaux. Deux tendances se dégagent actuellement dans le processus de ratification
de l’Accord de Paris. La tendance d’une ratification rapide de l’Accord pour maintenir la
dynamique positive engagée durant la CDP 21 en décembre 2015 et la signature du texte
de l’accord le 22 avril dernier et la tendance d’une ratification lente justifiée par le fait qu’il
reste encore de nombreux sujets à négocier et des politiques publiques compatibles avec
les objectifs de l’accord à adopter. Il a pour finir encouragé chaque pays à établir un plan
d’actions (y compris les indicateurs de suivi dudit plan) à mener au niveau national, sous
régional et international afin de préparer l’entrée en vigueur de l’Accord de Paris.

• Pour M. ALOUKA, il s’agissait de voir comment intégrer les droits humains aux politiques sur
le climat. Il s’avère essentiel de promouvoir un processus participatif et inclusif qui prend en
compte les besoins des + vulnérables (droits humains, égalité de genre, sécurité alimentaire).

Discussions

Comment comprendre l’exigence d’une ratification intelligente de l’Accord de Paris


après son adoption par la majorité des pays africains au sortir de la CdP 21 ? Cette
réticence dans la ratification ne serait-elle pas une contradiction devant l’effort global

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


de réduction des GES ? Me PONGUI a rappelé que la ratification reste essentielle pour
tirer le meilleur des avantages offerts par l’Accord de Paris. Certains points restent
en discussion, et méritent d’être mieux définis, il fait éclairer l’engagement des États.
Un participant a fait remarquer que la ratification intelligente devrait également
tenir compte du facteur « temps » car la dégradation de l’environnement progresse
rapidement. La ratification permet de déclencher la mobilisation pour régler les
problèmes liés au sujet traité.
Le Dr DUCLAUX a reposé le débat sur une problématique récurrente en droit. Pour
elle, tout en élaborant de nouveaux textes, il faut parallèlement œuvre à la pleine
effectivité des normes déjà en vigueur. Pour l’intervenant Me PONGUI, on ne peut pas
lier l’adoption d’une loi et la préparation/adoption d’un texte. Ce sont deux procédures
différentes, l’une règlementaire et l’autre judiciaire. Il faudrait agir en amont car les
textes présentés lors des négociations doivent être des textes d’application nécessaires
pour éviter le report de leur mise en œuvre.

145
PANEL 3
Ont contribué à ce panel :
Samira IDLLALENE et Hamoud SID AHMED,
avec comme modérateur le Dr Ahmed SENHOURY

• Mme IDLLALENE s’est dans son intervention intéressée aux apports de l’Accord de Paris
à l’adaptation des zones côtières marocaines. Au Maroc, les zones côtières sont vues
uniquement sous l’angle de l’adaptation au changement climatique à l’ENM. Par conséquent,
elles ne sont pas intégrées dans la politique climatique focalisée sur l’atténuation. Cet Accord
de Paris est essentiellement une opportunité pour adopter une nouvelle politique des zones
côtières. Elle propose donc une approche intégrée en mobilisant le droit existant. La politique
climatique est une opportunité pour les zones côtières. Pour l’heure, c’est la stratégie de
Gestion intégrée des zones côtières (GIZC) qui est en cours d’élaboration.

• Du côté de la Mauritanie, c’est déjà chose faite puisque le pays dispose d’un document de
GIZC. Cette stratégie a été présentée par M. Hamoud SID’AHMED. En effet, le gouvernement
mauritanien a engagé depuis quelques années déjà, un processus de planification côtière.
Depuis 2007, l’ordonnance sur le littoral (2007) définit les règles relatives à la protection,
la gestion et la valorisation du littoral. Puis, le Plan Directeur d’Aménagement du Littoral
Mauritanien (PDALM) qui constitue le premier document central, participatif et consensuel
définissant le cadre adéquat d’aménagement et de développement du littoral mauritanien
a été élaboré. La Directive de l’aménagement du littoral fixe des modalités spécifiques là
où c’est jugé nécessaire. Au niveau institutionnel, on retrouve l’Observatoire qui est une
instance opérationnelle et le Conseil Consultatif National du Littoral. La pays a ratifié la
Convention d’Abidjan pour la Coopération en matière de Protection et de Développement
du Milieu Marin et Côtier de la Région de l’Afrique de l’Ouest et du Centre, le 11 Avril 2012.
Malgré les efforts consentis par les pouvoirs publics, la sauvegarde de l’Environnement relève
de la responsabilité de tous. Ainsi l’éducation et l’information environnementale restent des
instruments essentiels pour réduire les risques majeurs environnementaux.
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

Discussions

M. SID HAMED est revenu sur la mise en place des contributions nationales. Un
participant s’est demandé comment, en termes de droit, ces contributions doivent être
comprises et interprétées alors qu’elles ont été soutenues par des experts étrangers.
Selon l’intervenant, il convient de faire appel en premier lieu à des consultants
nationaux, avant de recourir à l’expertise internationale.

146
PANEL 4
Ont contribué à ce panel :
Patrice BIGOMBE LOGO et Habib Ahmed DJIGA,
avec la modération du Dr Martin YELKOUNI.

• M. BIGOMBE a ouvert le panel en évoquant les populations autochtones. Son intervention


a porté sur la configuration et les insuffisances de la représentation des populations
locales et autochtones dans la gouvernance climatique en Afrique centrale. De nombreuses
insuffisances ont été notées dans la représentation des populations locales et autochtones.
Il a dans son exposé, relever que la représentation des populations locales et autochtones
est parfois autoritaire (des représentants illégitimes), non redevable (des représentants qui
ne rendent pas compte aux populations locales et autochtones qui sont supposées être leurs
mandants). De fait, les populations locales et autochtones ne se reconnaissent pas dans
les orientations/décisions prises. Il a donc plaidé pour qu’on puisse travailler à aboutir à
une représentation démocratique avec consultation des populations locales et autochtones,
élection démocratique ou désignation par consensus des représentants des populations
locales et autochtones dans les institutions nationales de gouvernance climatique. La
représentation devra aussi être redevable, et pour cela elle doit inclure la restitution aux
populations locales et autochtones des orientations et décisions prises au sein des institutions
nationales de gouvernance climatique, articulation des préoccupations des populations
locales et autochtones dans la gouvernance climatique et reddition des comptes ascendante
et descendante.

• Le droit à l’énergie solaire en Afrique : un luxe ou une nécessité ? C’est la question à


laquelle M. DJIGA a tenté d’apporter des réponses. Il a d’abord relevé que le droit à l’énergie
était comme une nécessité nimbée d’un faible encadrement juridique. Doté de vertues
qu’il a qualifiées d’écologiques et de juridiques, l’énergie solaire souffre toutefois d’une
absence d’encadrement juridique. De fait, elle reste comme un luxe auréolé d’une incitation
naissante au développement solaire. En effet, il a relevé la prégnance du coût exorbitant

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


de l’énergie solaire qui pourrait être atténué par la prise de conscience des États à travers
l’adoption récemment de politiques énergétiques. Pour lui, il est impérieux d’instaurer un
cadre juridique porteur d’une tendance au développement solaire en Afrique qui permettrait
de rendre effectif l’accès à l’énergie solaire. Il a suggéré de faire une meilleure utilisation
de l’outil partenariat public-privé (PPP) afin d’inciter le secteur privé à investir dans la
recherche notamment. Il a aussi proposer, entre autres mesures, la défiscalisation intégrale,
la subvention et le contrôle de la qualité du matériel solaire.

Discussions

Sur la question de la représentation de populations locales et autochtones, ne serait-il


pas préférable de passer par des élections démocratiques, plutôt que par la voie de la
cooptation et de l’information par le haut. Selon l’intervenant, M. BIGOMBE LOGO, les
administrations doivent prendre en main leur responsabilité car il y’a un foisonnement
d’institutions. Il a suggéré que les États mettent de l’ordre pour la représentation, car il
147
faut que ceux qui sont choisis fassent consensus et aient la bonne foi de rendre compte.
Face à l’inquiétude selon laquelle la gouvernance climatique pourrait créer plus de
problème que n’en résoudre (pratiques de participation de plus en plus intéressés des
réseaux qui se créent dans le domaine de l’environnement), l’intervenant a rappelé
l’importance d’avoir des réseaux reconnus et évalués périodiquement. De ce point
de vue, l’État devrait assumer sa responsabilité en permettant aux représentants des
populations d’avoir un mandat légitime afin qu’ils puissent rendre compte de leur
représentation de la population concernée.

Sur le thème de l’énergie, M. DIALLO s’est interrogé sur le lien entre droit à l’énergie
solaire et son niveau d’utilisation. Pour lui, il semble y avoir un problème de volonté
politique. Il a aussi questionné l’intervenant sut le statut juridique de l’énergie solaire
au Burkina Faso. Pour l’intervenant, M. DJIGA, la législation dépendra biens sur du
développement de l’utilisation des équipements solaires, y compris la question des
importations et de la gestion des déchets. Le droit à l’énergie solaire reste universel
puisque le soleil est un res communis.
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

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PANEL 5
Ont contribué à ce panel :
Oulkoulthoum AHMED et Pag Yendu YENTCHARE,
avec la modération du Pr Miloud LOUKILI

• Mme AHMED a parlé de l’implication des Comores dans la lutte contre le changement
climatique. Comme tous les pays qui ont participé au sommet de Paris, le gouvernement
Comorien a pris l’engagement de réduire la pollution, de baisser les émissions de gaz à effet de
serre et de prendre des mesures pour l’adaptation des sociétés aux dérèglements climatiques
déjà existants. Ces efforts prennent en compte les besoins et capacités du pays. Pour la
panéliste, il faudrait que les autorités travaillent à vulgariser les textes sur l’environnement,
à lutter contre la corruption et surtout à renforcer les capacités des techniciens de tous les
secteurs intervenants sur le domaine de l’environnement.

• M. YENTCHARE a fait une communication de synthèse dans laquelle il a traité de la Construction


sociale d’un champ juridique nouveau : les changements climatiques. Les données qu’il a
exposé sont issus de travaux de recherche sur « l’Afrique de l’Ouest francophone dans les
négociations climatiques sous les auspices des Nations Unies : d’une posture à une stratégie
». L’objectif était de comprendre la manière dont les changements climatiques sont devenus
un enjeu non seulement scientifique, mais aussi politique pour les responsables africains.
Pour ce faire, il fallait non seulement parvenir à élucider la complexité des liens entre
expertise scientifique et décision politique qui fait émerger dans les représentations et les
discours, la problématique des changements climatiques mais aussi comprendre les logiques
éthiques sous-jacentes à ces discours, et décrypter les jeux de positionnement géopolitiques
et stratégiques qui se cachent derrière la rhétorique des responsables politiques des deux
États pris pour cas de notre recherche (la Côte d’ivoire et le Togo). Il a effectué une recherche
préliminaire sur les acteurs de la construction des changements climatiques, en tant que
nouveau champ juridique. Le changement climatique a été d’abord porté par un discours
scientifique précurseur porté par divers disciplines : les mathématiques avec Joseph Fourier

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


qui a proposé une explication primaire de l’effet de serre en 1824 ; la physique avec John
Tyndall qui en 1863 a explicité que l’oxygène et l’azote, qui constituent la grande partie
de l’atmosphère, retiennent le « rayonnement infrarouge » émis par la Terre. Il a aussi mis
en évidence l’existence de la vapeur d’eau dans l’atmosphère en tant que responsable de
la température agréable sur Terre), la chimie avec Svante Arrhenius qui en 1896 a posé
que l’augmentation de la température atmosphérique, du fait de l’augmentation du dioxyde
de carbone, entrainerait une fonte glaciaire, ce qui serait salvateur pour l’humanité ; la
géologie : avec James Croll en 1864 qui a posé que les variations climatiques ont une origine
astronomique (Croll, 1864). Il sera vigoureusement combattu dans ses conclusions par Svante
Arrhenius et John Tyndall). Thomas Chamberlin, en 1899 a quant à lui expliqué que les
époques glaciaires qu’a connu la Terre sont dues à la baisse des niveaux de gaz carbonique
dans l’atmosphère – rejoignant ainsi la thèse de Tyndall) ; la météorologie avec Guy Steward
Callendar qui en 1938 a posé que le réchauffement climatique serait dû aux activités
humaines. Ses travaux ont été rejetés par une autre vague de chercheurs qui affirmaient
que ces résultats devaient être pris au mieux comme résultant d’une pure coïncidence.
L’époque contemporaine a orienté les discours axés sur le gaz carbonique essentiellement
149
(CO2). En géophysique, Roger Revelle, Hans Suess et Charles David Keeling, ont, en 1957
mesuré le taux de CO2 dans l’atmosphère afin de servir de point de référence pour l’avenir) ;
en météorologie et climatologie, Sykuro Manabe et Richard Wetherald, ont, en 1967 signalé
que l’augmentation par double du taux de dioxyde de carbone dans l’atmosphère entrainait
une augmentation de la température de 2 à 3°C ; en géochronologie et océanographie,
Broecker Wallace, a en 1987 fait relever que les changements climatiques pourraient se
manifester par des effets brusques. Tous ces développements scientifiques sur le CO2 ont
favorisé l’émergence de lanceurs d’alerte. Il a noté que, parallèlement au discours scientifique
sur les changements climatiques, à partir des années 60 il y’a eu un vent de critiques du
modèle de développement, ce qui a contribué à façonné le discours environnemental. Effet
de l’usage des pesticides DDT sur l’environnement, et en particulier sur les oiseaux, corrélation
entre l’augmentation de la population mondiale et le taux de consommation de celle-ci
dans la perturbation des écosystèmes et l’épuisement des ressources, etc. ont été autant
d’alertes qui ont fait justifié la forte intégration du discours environnemental dans les arènes
politiques. Se succèdent ensuite de nombreuses crises et catastrophes environnementales
(la crise pétrolière, Seveso, Olympic Bravery, Boehlen, Amoco Cadiz, Three Miles Island etc.).
Les travaux de la Commission mondiale sur l’environnement et le développement, du GIEC
vont contribuer à la construction sociale du champ juridique des changements climatiques.
Le droit des changements climatiques, en tant que nouveau sujet épistémique construisant
une société voulue « durable », voit le jour. Dans un premier temps, les acteurs sociaux
construisent le droit et dans un deuxième temps, le droit construit à son tour la société et,
avec elle, l’être humain, les valeurs, etc. Il y a ainsi un retour du droit à la société lorsque les
membres d’une société s’approprient des postulats juridiques. Le droit constitue alors en soi
un discours qui, soutenu par les concepteurs, construit la société et en conserve des valeurs,
jusqu’au moment où les acteurs sociaux, avec des valeurs sociales divergentes et de nouveaux
discours, changent le droit et font ainsi évoluer les valeurs sociales. Avec l’Accord de Paris,
les nouvelles valeurs environnementales sont : la coopération internationale, atténuation des
changements climatiques…mais aussi les droits de l’homme, le droit à la santé, les droits des
peuples autochtones, des communautés locales, des migrants, des enfants, des personnes
handicapées et des personnes en situation vulnérable, et le droit au développement,
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

ainsi que l’égalité des sexes, l’autonomisation des femmes et l’équité entre les générations
la lutte contre la pauvreté, le développement durable, la justice climatique, etc. Il a terminé
par des éléments de leadership environnemental, éléments qui devraient inspirer les pays
africains. Il s’agit entre autre de : l’adaptation, du financement de la recherche scientifiques,
de la diffusion des résultats des rencontres internationales, de la formation de coalitions avec
des organisations de la société civile sensibles à la lutte contre les changements climatiques.

Discussions

Dans le contexte actuel des rapports nord-sud, est-il possible d’envisager un droit
climatique favorable à l’Afrique. À cette interrogation, M. YENTCHARE a répondu par
l’affirmative. Selon lui, au-delà de la position officielle des États, on peut produire du
droit climatique favorable à l’Afrique à partir des travaux des acteurs de la société
civile.

150
SESSION 2 : MISE EN ŒUVRE DES ODD
• L’adaptation du droit, des politiques, des stratégies actuelles
• Les mécanismes institutionnels de mise en œuvre et de suivi des ODD

PANEL 1
Ont contribué à ce panel :
Joël AGBEMELO, Marina BAYEBA et Rajae Chafii,
sous la modération de M. Bernard DUBOIS

• Le premier intervenant, M. Joël AGBEMELO a campé le débat du mécanisme juridique


et institutionnel pour la mise en œuvre et le suivi des ODD en prenant l’exemple
du programme : application du programme MICROSOL de l’UEMOA. En rappel en
considération les ODD 1, 2, 7, 8, 13 l’UEMOA a récemment élaborer le programme régional de
développement d’une plateforme agricole intégrée de production, de transformation et de
conservation de produits, alimentée par une centrale solaire thermodynamique (MICROSOL).
Ce programme poursuit comme entre autre objectifs l’amélioration de la sécurité alimentaire
et de l’efficacité énergétique dans les États membres, la création de zone de développement
économique où les populations pourront bénéficier de l’énergie produite à partir de
centrale solaire pour l’irrigation, l’éclairage, la pisciculture, l’élevage, la transformation et
la conservation des produits agricoles, la création d’emplois des jeunes, des femmes et la
pauvreté et la lutte contre la déforestation.

• Mme Marina BABEYA a présenté la loi sur la réduction des risques et de gestion des
catastrophes qui est un outil de mise en œuvre des ODD en Côte d’Ivoire.

• Mme Rajae CHAFII a fait l’économie de la Stratégie Nationale de Développement Durable


du Maroc. On retient que cette stratégie répond à 3 nécessitées : résorber le déficit en

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


matière de convergence des politiques engagées dans une perspective de durabilité ;
dynamiser la transition vers un développement durable à travers des secteurs clés à fort
effet d’entrainement pour assurer une mise en œuvre effective de la stratégie (Agriculture,
Transport, Déchets...) et découpler la croissance et la pression sur les ressources à travers
la mise en œuvre d’une économie verte et inclusive. Le Maroc a identifié dans sa SNDD 7
enjeux se déclinant en 31 axes stratégiques représentant de grands domaines d’actions,
avec des objectifs à atteindre et des mesures et actions à déployer. Ces 7 enjeux sont la
gouvernance, l’économie verte, la biodiversité, le changement climatique, les territoires
sensibles, la cohésion sociale et la culture. Divers projets sont en cours d’exécution et/ou de
formulation mais il est intéressant de noter que 95% des mesures identifiées par la SNDD ne
nécessitent pas une mobilisation de budget supplémentaire. Un Pacte de convergence sera
signé par les différentes parties prenantes de la mise en œuvre de l’initiative et un Comité de
pilotage, présidé par le Chef de Gouvernement en assurera le suivi de la mise en œuvre. La
mise en œuvre de la SNDD suivra également un processus de contractualisation à 3 niveaux
défini par le comité de suivi : l’adoption de la Stratégie Nationale de Développement Durable
par le Conseil du Gouvernement (1er niveau de contractualisation), la signature Pacte sur

151
l’exemplarité de l’État (2ème niveau de contractualisation) et les Conventions identifiées à
date (3ème niveau de contractualisation). La SNDD élaborée courant 2013-2015 connait
actuellement une mise à jour pour prendre en compte l’évolution du contexte international
marqué par de nombreux engagements structurants (ODD, CPDN, Accords de Paris…). Le
secrétariat et l’animation du comité de pilotage sera assuré par le Ministère charge de
l’Environnement et une évaluation sera faite en 2030 pour vérifier l’atteinte des objectifs et
notamment les indicateurs internationaux.
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

152
PANEL 2
Ont contribué à ce panel :
Mathurin ESSAMA, Mohamed Ayib DAFFE et Hamoud SID AHMED.
La session a été modérée par la Pr Sophie LAVALEE.

• Dans son intervention, M. ESSAMA ESSAMA a entrepris de rechercher les synergies


potentielles entre l’accord climat et les stratégies de gestion durable du bassin du
Congo dans le cadre de la mise en œuvre et du suivi des ODD. Comment tirer avantage du
lien éventuel entre les ODD et l’Accord climat ? Comment l’Accord de Paris peut contribuer à
la réalisation des ODD, des engagements en matière de Gestion durable des forêts ? Quelles
perspective et recommandations pour les dynamiques de gestion durable du Bassin du Congo
et de mise en œuvre du droit de l’environnement ? Telles étaient les questions centrales
abordées dans l’exposé. 4 piliers ont été déclinés par l’exposant dans cette recherche de
synergies : en premier lieu s’appuyer sur les référents des ODD dans l’Accord climat (exemple
en matière de partage de responsabilités entre pays développés et pays en développement
et solidarité envers les plus vulnérables tels qu’ils ressortent des ODD12 et 13 sont repris
dans le Préambule de l’Accord de Paris) en second lieu puiser dans les constats et solutions
partagées (exemple : la lutte contre le CC et le développement durable sont interdépendant
et l’engagement a été pris de faire coïncider la révision des OMD avec le développement
durable), en troisième lieu tirer avantage de la proximité institutionnelle et calendaire
(exemple : les mécanismes de suivi de l’Accord de Paris doivent puiser constamment dans les
rapports d’évaluation de la mise en œuvre des ODD, et vice-versa) et enfin, en quatrième lieu
s’inspirer de la dynamique actuelle du droit de l’environnement.

• M. Daffé a mené une réflexion sur les mécanismes juridiques et institutionnels de mise
en œuvre de l’ODD 7 pour le développement des énergies renouvelables et de l’efficacité
énergétique en Afrique en utilisant le cas du Sénégal. Selon l’exposant, il faut reconnaitre
que l’ODD 7 nécessite d’importants investissements et des mesures politiques, juridiques et

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


institutionnelles de la part des États ainsi qu’une coopération internationale notamment
en matière de développement et de transferts de technologies sobres en carbone. Pour
atteindre les cibles, les États africains doivent améliorer les mécanismes classiques et
proposer des mécanismes innovants dans le cadre d’une stratégie multidimensionnelle
intégrant l’infranational (collectivités territoriales), le national (États), le régional (UEMOA,
CEDEAO, UA, organismes de bassin fluviaux) et tirant pleinement profit de l’Accord de
Paris sur le climat. Si les priorités sont définies à l’échelle mondiale, c’est à chaque État
qu’il revient de fixer ses propres cibles au niveau national pour répondre aux ambitions
mondiales tout en tenant compte de ses spécificités. Il appartient aussi à chaque État de
décider de la manière dont ces aspirations et cibles devront être prises en compte par les
mécanismes nationaux de planification et dans les politiques et stratégies nationales. Il a
proposé, qu’au niveau national, la durabilité soit intégrée dans le cadre juridique, politique
et institutionnel du secteur de l’énergie en augmentant la part des énergies renouvelables
et de l’efficacité énergétique. Dans le cas du Sénégal, il a proposé que les autorités
agissent sur quatre leviers : la disponibilité (augmenter les capacités de production, sécuriser
l’approvisionnement en hydrocarbures) le coût (diversifier les sources de production; améliorer
153
la gouvernance et renforcer la régulation), l’accès (développer les réseaux de transport et
de distribution; accélérer l’électrification rurale) et la durabilité (promouvoir les énergies
nouvelles et renouvelables, inciter à l’économie d’énergie et à l’efficacité énergétique).

• M. Hamoud SID AHMED a présenté la contribution du Réseau des Parlementaires et Élus


pour l’Environnement en Mauritanie, à l’application du Droit de l’Environnement. Ce réseau
y contribue à travers plusieurs activités de terrain et juridiques : organisation des séminaires
de sensibilisation à l‘environnement, notamment aux effets des changements climatiques, à
l’extraction des ressources naturelles et à la gestion de l’environnement ; visites des mines et
formulation des recommandations auprès des sociétés minières ; organisation / participation
régulière aux campagnes de reboisement et de nettoyage de la plage ; participation aux
rencontres sous régionales. Le réseau est très actif dans le plaidoyer. Il a accompagné le
gouvernement dans l’approbation de plusieurs lois nationales, et la ratification d’accords
internationaux, tels que la loi relative à l’interdiction de l’utilisation et de la commercialisation
des sachets en plastique en Mauritanie, la Convention de Minamata sur le mercure, le
Protocole de Nagoya.

Discussions

Des questions ont été posées sur le statut juridique du REPEEM et l’évolution du travail
au sein du réseau. Pour clarification, le réseau a été créé au niveau du Parlement par une
décision de son président. Chaque année, une session est consacrée à la présentation
du bilan annuel du Réseau, séance au cours de laquelle les activités sont évaluées.

Une demande de clarification du statut des assistants parlementaire a été adressé


à M. SID AHMED. Il a été répondu que les assistants parlementaires constituent la
cellule ouvrière des réseaux nationaux auquel ils apportent un accompagnement et
un soutien dans la mise en œuvre et le suivi des plans d’action. Ces assistants sont
recrutés par l’UICN et mis à la disposition des réseaux.
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

Sur la question énergétique, traitée par M. DAFFÉ du Sénégal, SE M. SINKA a fait


la suggestion de la mutualisation des efforts pour traiter la question des énergies
renouvelables au sein des ensembles économiques sous régionaux. En réponse, M.
DAFFE a évoqué le Protocole sur l’Énergie de la CEDEAO qu’il a suggéré d’étendre aux
autres ensembles sous régionaux.

Sur la question de la clarification du terme mix énergétique, M. DAFFE a fait savoir que
cette notion renvoie à la diversification des sources d’énergie (fuel, hydro-électricité,
charbon etc.) pour la fourniture d’électricité.

154
PANEL 3
Ont contribué à ce panel :
Wahid FERCHICHI et Naziha CHAKROUNI,
sous la modération du Pr Abraham GADJI.

• Le Pr Wahid FERCHICHI a présenté la constitutionnalisation de la protection de l`environnement


en Tunisie. La nouvelle constitution tunisienne du 27 janvier 2014 a intégré la protection de
l`environnement d`une manière claire et globale tout en privilégiant certaines composantes
de l`environnement, en mettant l`accent sur les liens indissociables entre environnement
et développement durable et en mettant en place certaines garanties législatives et
institutionnelles. Si on note une approche globale de protection de l`environnement, des
privilèges ont été accordés à certaines composantes de l`environnement. C’est le cas du
droit à l’eau. En effet, l`article 44 de la constitution dispose : « le droit à l`eau est garanti.
La préservation de l`eau et son utilisation rationnelle sont un devoir pour l`État et la
société ». La lutte contre la pollution constitue aussi une constante de la protection de
l`environnementale, de même que la sauvegarde de la sécurité du climat. Pair ailleurs, la
protection du patrimoine, la gestion des ressources/ richesses nationales/ naturelles occupent
une place centrale dans la nouvelle constitution. La nouvelle Constitution tunisienne
offre aussi des garanties de mise en œuvre de la protection de l`environnement. Elle fait
de la protection de l`environnement, la sécurité du climat, la lutte contre la pollution, la
gestion rationnelle des ressources naturelles, le droit à l`eau… une obligation incombant
principalement à l`État et accessoirement à la société en ce qui concerne la gestion de l`eau.
Sur le plan normatif, les textes juridiques relatifs à l`environnement relève de la compétence
du pouvoir législatif (Assemblée des représentants du peuple), pour ce qui est des principes
fondamentaux. En effet, l’article 65 dispose que « sont pris sous forme de lois ordinaires, les
textes relatifs à : … les principes fondamentaux… de l`environnement, de l`aménagement
territorial, urbain et de l`énergie… ». La Constitution tunisienne immunise tous les droits et
toutes les libertés garanties par ses dispositions. Sur le plan institutionnel, la constitution
prévoit la création d`une « Instance du développement Durable et des droits des Générations

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


Futures » (article 129) qui a uniquement des attributions consultative et de proposition.
En définitive, la nouvelle constitution tunisienne a l’avantage de consacrer une approche
globale de la protection de l`environnement tout en mettant l`accent sur les rapports entre
le développement durable et la protection de l`environnement et en mentionnant clairement
le principe de non-régression.

• Mme Naziha CHAKROUNI a présenté la Protection juridique de l’eau face aux changements
climatiques au Maroc. La protection de l’eau au Maroc repose sur la loi 10-95 sur l’eau. Cette
loi a eu de nombreux acquis au titre desquels on peut retenir la mise en place d’un cadre
juridique du Conseil Supérieur de l’Eau et du Climat, la création des Agences des Bassins
Hydrauliques et des Commissions Préfectorales et Provinciales de l’eau, la mise en place
d’un cadre juridique de la planification des ressources en eau, la mise en place d’un cadre
juridique de la protection quantitatif et qualitatif des ressources en eau, la protection contre
les effets néfastes de l’eau, les principes préleveur-payeur et pollueur payeur et la création
de la police de l’eau. En 2011, le Maroc s’est doté d’une nouvelle Constitution (Constitution
du 31 juillet 2011) ainsi que la loi cadre n° 99.12 portant charte nationale de l’environnement
155
et du développement durable. Il a alors été entrepris de réviser la loi sur l’eau, au regard du
contexte juridique mais aussi des contraintes identifiées dans sa mise en œuvre. La nouvelle
loi de protection de l’eau (loi n° 36-15) a été votée. Cette loi est axée sur la valorisation et
utilisation des eaux pluviales, la valorisation et utilisation des eaux non conventionnelles
(dessalement des eaux de mer, la réutilisation des eaux usées), la protection et préservation des
eaux, la protection de l’eau contre la surexploitation, la préservation des milieux aquatiques,
la gestion du risque inondation, la gestion de la pénurie d’eau, le système d’information sur
l’eau et enfin le renforcement du contrôle d’utilisation de l’eau.

Discussions

Sur la transposition des principes de la nouvelle Constitution tunisienne dans les


lois relatives à la protection de l’environnement, le Dr FERCHICHI a cité en exemple
deux lois, à savoir, la loi sur la production de l’énergie renouvelable et la loi sur les
carrières de marbres. Par ailleurs, des projets de loi sont encours notamment le code de
l’’environnement et la loi sur l’eau. Pour l’établissement des fiches constitutionnelles,
il a fait savoir que ce rôle était dévolu à la société civile ? En Tunisie, le parlement a la
responsabilité d’approuver les conventions portant sur les ressources naturelles, ce qui
semble lourd pour cette seule institution. Pour le Pr FERCHICI, cette étape est lourde.
Elle est liée à l’histoire récente de la Tunisie. Le processus pourra être allégé au fil du
temps mais nécessaire pour éviter des écueils pouvant survenir après.

Pour l’utilisation de l’eau au Maroc, issue des projets de dessalement, une autorisation
est octroyée par le département d’origine d l’utilisateur en fonction de l’utilisation
prévue à grande échelle (agriculture, industrie ou individuelle). Des plans d’directeurs
d’aménagement sont établis pour servir de document de planification du terroir. Les
agences sont financées par les redevances d’utilisation de l’eau auxquelles s’ajoutent
les subventions de l’État. Les conseils des bassins sont chargés de la gestion au niveau
local. Sur la politique engagée par le Maroc en matière de traitement des eaux usées,
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

Mme CHAKROUNI a expliqué qu’il n’y a pas de redevances pour la réutilisation d’eaux
usées et qu’en plus, une aide financière est accordée aux ré-utilisateurs.

156
PANEL 4
Ont contribué à ce panel :
Firmin W. OUEDRAOGO et Ahmed OULD ZEIN,
sous la modération du Pr Wahid FERCHICHI.

• Dans le panel 4, M. Firmin W. OUEDRAOGO a ouvert les travaux avec un exposé sur l’adaptabilité
du cadre juridique et politique du Burkina Faso au 6ème objectif du Développement
durable. Pour que l’objectif 6 du développement durable soit atteint au Burkina Faso, il
convient d’adapter le cadre institutionnel aux nouvelles exigences. Le premier élément est
l’adaptation institutionnelle. Le secteur de l’assainissement devra œuvrer à se doter d’outils de
développement durable (sur les différents schémas d’aménagement du territoire). La gestion
de l’eau potable et de l’assainissement, en tant que compétence transféré aux collectivités
territoriales doit cadrer avec tous les maillons de la décentralisation. En second lieu, il s’agit
de travailler à l’adaptation des normes à l’objectif de mobilisation suffisante de la ressource
en eau et à au droit de faire valoir l’accès à l’eau et à l’assainissement.

• Ahmed OULD ZEIN, à travers son exposé « pour des institutions efficaces en droit de
l’environnement marin et côtier mauritanien », a présenté un ensemble d’activités
actuellement menées en Mauritanie pour la gestion des zones marines et côtières. Il a cité
et présenté le manuel pour le droit de l’environnement marin en Mauritanie, élaboré dans le
cadre de la collaboration CSRP/UICN/IRD.

Discussions

Sur la question du fonctionnement du mécanisme d’utilisation domestique de l’eau au


Burkina Faso, M. OUEDRAOGO a répondu que l’utilisation domestique ne concernait
que l’eau brute et était limitée à 100 litres/jour/personne. Au-delà, une taxe s’applique.
Pour ce qui est du droit à l’assainissement, l’intervenant a fait remarquer que ce droit a
été récemment consacré par la Constitution du Burkina Faso, comme droit économique

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


et social.

157
PANEL 5
Ont contribué à ce panel :
Henri MUYEMBE NGASILI, Prosper KOUAME, Maturin PETSOKO,
Idiatou CAMARA et Sanou DANKONO,
sous la modération du Pr Bouchra NADIR.

• Les instruments de sauvegarde environnementale et sociale et le développement durable :


cas de la Côte d’Ivoire : présentés par Prosper KOUAME qui a d’abord rappelé les profondes
mutations environnementales ayant cours dans le monde et en Côte d’’Ivoire. C’est ce fait
qui rend indispensables les instruments de sauvegarde de l’environnement. Il a retenu deux
principaux points
- Les outils d’évaluation consacrés par la constitution et le code de l’environnement à savoir :
l’évaluation environnementale stratégique, l’étude d’impact environnementale et sociale et
l’audit environnemental ;
- Les opportunités et enjeux du développement durable. Il s’agit des autorisations et des
possibilités de refuser la réalisation de projets ayant un impact environnemental. Ce
mécanisme permet de prévenir les effets des changements climatiques en Côte d’Ivoire, en
s’opposant aux activités non viables du point de vue environnemental.

• Exploitation minière, droits humains et développement durable a été présenté par Docteur
Martin PETSOKO, enseignant chercheur à l’Université Yaoundé II. Il a placé le respect
des droits humains comme conditionnalité pour une exploitation minière. À cet effet, il
distinguera deux catégories de conditionnalité : la conditionnalité ex ante (qui fait intervenir
les banques, les agences de notations, les ONG...), et celle pro ante qui fait intervenir les
autres parties prenantes. Pour le conférencier, l’amélioration des droits humains comme
finalité de l’exploitation minière s’opère aussi bien au sein de l’entreprise qu’en dehors de
celle-ci à travers la solidarité intergénérationnelle.

• Projet de communication d’une radio web pour une meilleure gestion du littoral guinéen,
• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

présenté par Idiatou CAMARA de la Guinée/Conakry. Il s’agit de la présentation d’un projet


qui soutient le développement durable en mettant l’accent sur les outils d’information et
de communication afin de vulgariser les connaissances, outils et instruments de protection
et de protection de l’environnement. Le projet se propose d’être un instrument d’analyse et
de proposition. Les besoins de financement du projet ainsi que l’état d’avancement de sa
réalisation ont été montrés. Toutefois, il a été fait une mention particulière aux structures
d’accompagnement du développement durable, et celles étatiques pour surmonter les
difficultés financières.

• Le littoral sénégalais face aux changements climatiques : aspects juridiques et institutionnels


post 2015 a été présenté par Sanou DANKONO du Sénégal. Le conférencier a présenté
les enjeux socio-économiques du littoral marqué par la pression démographique et le
développement progressif d’activités d’exploration et d’exploitation pétrolière. La pluralité
de textes est source de conflit d’autorité, le cadre institutionnel étant encore flou et le
cadre politique disparate. La conséquence c’est le déclassement abusif, la submersion et les
inondations des populations riveraines. En termes de perspectives, un projet de loi sur le
158
littoral a été élaboré. Cependant depuis son élaboration en 2012, ce projet n’est pas encore
adopté. Il convient donc d’adopter le projet de loi sur le littoral et mettre en place une
stratégie de communication à cet effet.

Discussions

Sur la place des populations dans la mise en œuvre des instruments de sauvegarde
environnementale, M. KOUAME a expliqué que pour le cas de la Côte d’ivoire, la
population intervient au moment de l’enquête publique ce qui les place au cœur des
évaluations environnementales. Pour les exclusions catégorielles soulevées dans sa
présentation, il a apporté quelques éclairages. Ces exclusions dispensent en effet le
promoteur de mener une évaluation environnementale mais l’exclusion doit faire
l’objet d’un document délivré par l’agence nationale de gestion de l’environnement. Sur
la question des frais relatifs à l’évaluation environnementale, ils ont été harmonisés
entre le patronat et l’ANDE de Côte d’Ivoire.

M. PETSOKO a été questionné sur le rôle de la RSE dans le respect des droits humains
par les exploitations minières. Il a avancé le développement de la notion de local
content (contenu local) qui est de plus en plus mis en œuvre par les entreprises et qui
s’avère être déterminant dans la réussite des projets miniers.

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018

159
PLENIERE 4
La plénière 4, portait essentiellement sur les synthèses des travaux des plénières parallèles.
Ont contribué à cette session, le Pr Ibrahima LY, le Pr Sophie LAVALLEE, le Dr Hamidou
GARANE, le Dr Martin YELKOUNI, le Dr Cécille OTT DUCLAUX, le Pr Wahid FERCHICI, M.
Bernard DUBOIS, le Pr ALI Mohamed MEKOUAR et le Dr Hamed SENHOURY.

C’est ainsi que les rapporteurs de chacune des sessions ont dréssé la synthèse des différents
panels. Cette plénière a été modérée par le Pr Aimé NIANOGO.

- Il ressortait clairement de ces synthèses, de nombreuses propositions des participants


portant sur le rôle du Droit de l’environnement en Afrique. Il s’agissait entre autres, de la
place de l’Afrique dans le processus du changement climatique, du caractère innovant de
l’accord de Paris, et d’un certain nombre d’enseignements relatifs à l’interdépendance entre
l’environnement et le développement durable.

- Aussi, on peut retenir de ces travaux de synthèses, l’utilité d’une codification des règles
en matière environnementale et la définition des moyens et techniques de mise en œuvre
effective de l’accord de Paris pour les États Africains, ainsi que le suivi des engagements
internationaux et le retour d’expérience.

- Enfin, les participants à cette plénière ont retenus le fait que la CDP 21 représentait par
conséquent, un début de solution.

PLENIERE 5
Cette plénière a permis aux participants de discuter longuement sur le projet de mise en place
d’un réseau africain des acteurs de la protection de l’environnement proposé par le PNUE.
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- Les participants ont rappelé l’existence d’un certain nombre de réseaux dans le domaine de la
protection de l’environnement ainsi que leur importance, tout en mettant l’accent non pas
sur la création de nouveaux réseaux, mais plutôt sur le renforcement de ceux déjà existants.
- La principale préoccupation demeure donc de savoir comment le PNUE peut aider à renforcer
ces différents réseaux, ce qui selon les participants serait plus fructueux, en mettant l’accent
sur leur opérationnalité, même si certains verraient en ce nouveau réseau un produit du
colloque.

PLENIERE 6
Modérée par Mme Fatimata DIA, cette plénière portait d’une part sur la mise en œuvre des
recommandations du colloque d’Abidjan de 2013, puis sur la présentation et discussion du
message clé des participants au colloque pour la CDP 22. Enfin, elle s’est terminée par la
conclusion du colloque.

160
- Sur le premier aspect, lecture a été faite des différentes recommandations du colloque
d’Abidjan de 2013, en même temps que la précision de leur état d’avancement dans les
différents pays.

- Si certaines des recommandations ont abouti, par exemple la validation du principe de non
régression, ou encore l’utilisation d’outils innovants tels que la cartographie, d’autres par
contre n’ont pas connu le même succès. Il s’agit entre autres de la ratification de certaines
conventions comme celle de Maputo pour laquelle il est suggéré l’élaboration d’une note de
plaidoirie dans les différents pays, mais aussi la formulation des indicateurs juridiques sur
l’effectivité du droit de l’environnement. Sur ce dernier aspect, il est recommandé la mise en
place d’un fond qui servira à l’élaboration de ces indicateurs juridiques sous la direction du Pr
Michel Prieur.

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161
RECOMMANDATIONS DU COLLOQUE DE RABAT

Les participants au colloque, à l’issue d’échanges approfondis portant sur, d’une part, l’Afrique
dans la gouvernance climatique post-2015 et, d’autre part, les mécanismes de mise en œuvre
des Objectifs de développement durable (ODD), ont formulé des recommandations concernant
cette double thématique, comme suit :

1. Prenant acte de la transmission par le Président de la République française au Secrétaire


général des Nations Unies de la «Déclaration universelle des droits de l’humanité», qui
complète utilement la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948, soutiennent
pleinement ladite Déclaration et prient instamment le gouvernements marocain et français
de la prendre en considération lors de la COP 22 et de la présenter pour adoption dans les
meilleurs délais à l’Assemblée générale des Nations Unies ;
2. Hâter la signature et la ratification de l’Accord de Paris par l’ensemble des États africains afin
de faciliter son entrée en vigueur précoce, de préférence avant la COP 22, et au plus tard
en 2017, ce qui susciterait des adhésions en cascade et galvaniserait l’action climatique au
niveau mondial ;
3. Clarifier la nature juridique des contributions déterminées au niveau national (CDN) afin
d’assurer le respect de leur mise en œuvre, tout en veillant à ce que le Groupe de travail
spécial de l’Accord de Paris prenne en compte la dimension femme dans les CDN ;
4. Rehausser sensiblement et rapidement les niveaux d’ambition des CDN pour contenir
effectivement le réchauffement de la planète en dessous de l’objectif optimal de 1,5°C, et au
moins de l’objectif minimal de 2°C ;
5. Veiller à ce que le mécanisme de non-respect de l’article 15 de l’Accord de Paris adopte des
méthodologies propres à assurer le respect du cadre de transparence de l’article 13 du même
Accord, notamment des CPD et leur progression périodique. Les pays devraient établir un
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plan d’action, avec des indicateurs de suivi, en lien avec les ambitions de réduction ;
6. Sensibiliser les États africains sur la nécessité de ratifier l’Amendement de Doha au Protocole
de Kyoto adopté en 2012 ;
7. Créer un fonds spécifique pour financer directement le mécanisme des pertes et préjudices de
l’article 8 de l’Accord de Paris, au moyen de contributions prévisibles des pays développés et
émergents, afin de renforcer la résilience des communautés et des écosystèmes à travers des
mécanismes efficaces d’alerte précoce, la préparation aux situations d’urgence (notamment
par l’adoption de lois sur la prévention des risques et la gestion des catastrophes), la
mutualisation et l’assurance des risques climatiques ;

8. Assurer la cohérence et la complémentarité des cadres juridiques, politiques, institutionnels


et financiers concernant le régime climatique et le développement durable, en veillant à leur
mise en œuvre de façon intégrée, synergique et solidaire ;

9. Consolider le rôle des banques régionales et sous-régionales africaines et saisir toutes les
opportunités de financement de l’action climatique, en particulier dans le cadre du Fonds
162
vert pour le climat, tout en mobilisant des ressources suffisantes pour garantir l’accès à
l’énergie, à l’eau et l’assainissement;
10. Amplifier et accélérer la fourniture des soutiens financiers et technologiques aux pays en
développement, aux fins de l’atténuation autant que de l’adaptation, spécialement en faveur
des pays les plus vulnérables aux aléas climatiques, y compris les petits États insulaires en
développement, dont les États africains ;
11. Dans la recherche des financements climatiques, renforcer les mécanismes de mobilisation des
financements additionnels endogènes et intégrer des budgets climat dans les programmes de
développement et de planification nationaux et locaux, tout en raffermissant les institutions
et les capacités pour l’élaboration de projets éligibles aux financements internationaux ;
12. Créer un mécanisme spécial sur la thématique « femmes et changements climatiques » au
sein de l’Union Africaine et des communautés économiques régionales africaines (CEEAC,
UEMOA,UMA, IGAD, SADC, etc.) ainsi que des cellules de suivi dans les ministères en charge
des droits des femmes ;
13. Veiller à ce que le mécanisme de promotion du développement durable de l’article 6 de
l’Accord de Paris soit accessible aux pays les moins avancés, et parmi eux, en priorité, aux pays
insulaires en développement et aux pays africains, en remédiant aux lacunes du mécanisme
de développement propre du Protocole de Kyoto ;
14. Prendre en compte les ODD dans les instruments juridiques de protection de l’environnement
et assurer le suivi et l’évaluation de leur prise en compte dans les CND, notamment au
moment des révisions des engagements des pays ;
15. Faire des organisations de bassins transfrontaliers des acteurs et partenaires privilégiés dans
la mise en œuvre des ODD relatifs à la gestion des eaux transfrontalières et renforcer les
cadres juridiques transfrontaliers entre les pays de différents bassins et les pays qui partagent
les frontières maritimes ;
16. Étendre l’utilisation de l’outil de planification spatiale marine et côtière, y compris au

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niveau des institutions régionales et sous-régionales, adopter des lois sur le littoral et mettre
en place des fonds spéciaux du littoral ;
17. Promouvoir l’accès à la justice environnementale et assurer la participation démocratique
et inclusive de tous les acteurs concernés, y compris les femmes, les populations autochtones,
les parlementaires, les magistrats, les élus locaux, le secteur privé, les journalistes, etc., dans
les instances de gouvernance de l’environnement et du développement durable de manière
à améliorer leur contribution à l’effectivité du droit de l’environnement et au processus de
mise en œuvre de l’Accord de Paris en Afrique ;
18. Constituer des réseaux parlementaires environnementaux et créer un cadre de concertation
entre les parlementaires africains pour la mise en œuvre de l’Accord de Paris.

163
MESSAGE CLE DES PARTICIPANTS AU COLLOQUE
A LA CDP 22
«POUR UN REGIME CLIMATIQUE EN SYMBIOSE AVEC LE DEVELOPPEMENT
DURABLE DE L’AFRIQUE»

Les participants au deuxième colloque international sur le droit de l’environnement en Afrique


ont axé leurs réflexions sur les implications de l’Accord de Paris sur le climat pour le continent
africain dans le contexte de la mise en œuvre des Objectifs de développement durable déclinés
par le Programme 2030. Ils ont élaboré le présent message clé à l’attention de l’ensemble des
parties prenantes à la CDP 22, confiants que cet appel en faveur d’un régime climatique en
symbiose avec le développement durable de l’Afrique sera entendu et acté.

Engagements de l’Afrique

L’Afrique s’est résolument engagée dans la lutte contre le réchauffement de la planète: hôte
de la prochaine CDP 22 à Marrakech en novembre 2016, elle a précédemment abrité la CDP
17 à Durban en 2011 et la CDP 7 à Marrakech en 2001. Les États africains, dans leur grande
majorité, ont déjà signé l’Accord de Paris sur le climat et la plupart d’entre eux ont soumis leur
contribution prévue déterminée au niveau national (CPDN), assumant leur juste part dans la
riposte mondiale au changement climatique.

Poursuivant ces efforts, les États africains devraient: (i) ratifier promptement et
massivement l’Accord de Paris sur le climat pour faciliter son entrée en vigueur
précoce, de préférence avant la tenue de la CDP 22, et au plus tard en 2017; (ii) opter
pour son application provisoire en attendant son entrée en vigueur; (iii) communiquer
leur CPDN, s’ils ne l’ont pas encore fait, bien avant la CDP 22.

Soucieuse d’asseoir son développement durable, l’Afrique a pris l’engagement unique de


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s’obliger sur un double front, en adoptant l’Agenda 2063 puis en souscrivant au Programme
2030. Elle doit ainsi s’atteler à les mettre en œuvre parallèlement de façon inclusive. Dans l’un
comme dans l’autre, la lutte contre le réchauffement planétaire est inséparable de la quête du
développement durable. Intimement interconnectés, les Objectifs de développement durable
recouvrent l’action climatique et ils en sont indissociables. Dès lors, les défis communs du
changement climatique et du développement durable doivent être conjointement relevés.

Les États africains devraient assurer la cohérence, la coordination et la complémentarité


des cadres juridiques, politiques, institutionnels et financiers relatifs au régime
climatique et au développement durable, en veillant à leur mise en œuvre de manière
intégrée, synergique et solidaire. Dans cette optique, ils devraient finaliser et adopter
la Stratégie africaine sur les changements climatiques dans les meilleurs délais.

L’Agenda 2063 et le Programme 2030 reconnaissent l’importance du rôle des acteurs non
étatiques, de la société civile et du secteur privé, dans la réalisation des objectifs et des cibles
du développement durable. Pareillement, l’Accord de Paris, dans le sillage du Plan d’action de
164
Lima, met en exergue les efforts déployés en faveur du climat par les entités non parties, dont
celles de la société civile et du secteur privé, et les encourage à accroître leurs contributions
aux actions d’atténuation et d’adaptation. L’implication accrue des acteurs non étatiques, avec
leurs apports notables en ressources humaines et matérielles, permet d’impulser et d’affermir
l’action climatique. La justice climatique va de pair avec la démocratie environnementale.

Les États africains devraient inciter les acteurs non étatiques, dans leur diversité, y
compris ceux de la société civile et du secteur privé, à s’investir davantage dans la
lutte contre le réchauffement de la planète et à amplifier leurs contributions visant
à réduire les émissions, renforcer la résilience et diminuer la vulnérabilité aux
changements climatiques. Ils devraient également les associer sans restriction à
toutes les négociations sur le climat et les doter des moyens nécessaires pour y prendre
effectivement part.

L’État de droit, les droits de l’homme, l’égalité des sexes, l’accès à la justice, l’équité, la
transparence, entre autres valeurs fondamentales, sont au cœur de l’Agenda 2063 et du
Programme 2030. L’Accord de Paris, relevant l’importante de la justice climatique, engage aussi
les Parties à respecter les droits de l’homme et l’égalité des sexes dans les actions menées pour
affronter les changements climatiques. La convergence de ces dimensions complémentaires,
conjuguant dignité humaine, développement durable, équité intergénérationnelle et justice
climatique, est d’une portée cruciale.

Les États africains devraient tenir pleinement compte des implications de l’action
climatique sur les droits de l’homme, l’égalité des sexes et le droit humanitaire. Ils
devraient s’assurer que les mesures d’atténuation et d’adaptation qu’ils prennent ou
soutiennent n’entravent pas l’exercice effectif de ces droits, notamment le droit à
l’environnement, le droit à la santé, le droit à l’alimentation, le droit à l’eau et, plus
largement, le droit au développement durable dans le respect de l’égalité des sexes et
de l’équité entre générations. Ils devraient également garantir les droits des personnes
en situation de vulnérabilité affectées par les changements climatiques, y compris les

• Revue Africaine de Droit de l’Environnement • n°03-2018


migrants et les déplacés.

Priorités pour l’Afrique

L’Afrique est le continent le plus vulnérable aux aléas climatiques. Bien que son empreinte
écologique soit modique comparée à celle du reste de l’humanité et qu’elle demeure un
contributeur marginal aux émissions de gaz à effet de serre, elle subit de plein fouet les
effets néfastes du dérèglement climatique et peine considérablement à y faire face, en termes
d’atténuation et plus encore d’adaptation. Il est donc capital, en application du principe de
précaution, de confiner l’augmentation de la température mondiale moyenne sous le seuil de
1,5°C afin d’éviter une recrudescence des périls environnementaux et socio-économiques qui
menacent singulièrement l’Afrique.

Les États africains devraient, dans toutes les négociations climatiques, continuer à
défendre fermement l’objectif de limitation du réchauffement planétaire à 1,5°C
au maximum. Dans ce but, tout en assumant leur part de responsabilité, commune

165
mais différenciée, ils devraient inciter fortement les pays développés à rehausser
sensiblement et rapidement les niveaux d’ambition de leurs CPDN puis leurs CDN, de
manière à garder effectivement la température de la planète sous le seuil de 1,5°C, et
en tout cas nettement en dessous de 2°C.

Pour les besoins combinés de la mise en œuvre de l’Agenda 2063, du Programme 2030 et
de l’Accord de Paris, l’Afrique doit mobiliser des volumes de financement sans précédent,
de sources intérieure et internationale. Simultanément, elle doit investir lourdement dans
l’innovation technologique et le renforcement des compétences. Au titre de l’Accord de Paris,
les pays développés doivent fournir des soutiens financiers et technologiques aux pays en
développement. En outre, le Programme d’action d’Addis-Abeba prône des financements accrus
en faveur d’un développement climatiquement résilient et à faible émission de carbone. Les
ressources disponibles restent toutefois nettement insuffisantes, en particulier celles destinées
à l’Afrique et pour les besoins de l’adaptation.

Les États africains devraient, outre l’allocation adéquate de leurs ressources propres,
inciter fortement les pays développés à augmenter sensiblement et rapidement leurs
soutiens financiers et technologiques aux pays en développement, spécialement
en faveur des pays africains les plus vulnérables aux aléas climatiques. En vue de la
CDP 22, les modalités de mobilisation des 100 milliards de USD promis par les pays
développés d’ici à 2020 devraient être spécifiées, en s’assurant qu’elles constituent des
ressources nouvelles et additionnelles et en veillant à leur répartition paritaire entres
les besoins de l’adaptation et ceux de l’atténuation.

L’Accord de Paris a opportunément maintenu le Mécanisme international de Varsovie relatif


aux pertes et préjudices liés aux incidences des changements climatiques, en engageant les
Parties à reconnaître la nécessité d’en éviter les retombées néfastes, de les réduire au minimum
et d’y porter remède. L’Afrique étant particulièrement exposée à ces risques, il importe de
promouvoir la mise en œuvre raffermie d’un tel mécanisme.
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Les États africains devraient plaider pour un renforcement des moyens de lutte contre
les pertes et préjudices liés aux effets dommageables des changements climatiques,
grâce notamment à la résilience des communautés et des écosystèmes, l’alerte précoce
et la préparation aux situations d’urgence, ainsi que la mutualisation et l’assurance
des risques climatiques. Ils devraient aussi œuvrer à l’amélioration et la consolidation
du Mécanisme international de Varsovie relatif aux pertes et préjudices liés aux
incidences des changements climatiques, tout en mobilisant les soutiens nécessaires
à l’Initiative africaine pour l’adaptation et les pertes et préjudices.

Parmi les secteurs nécessitant une attention particulière du point vue climatique en Afrique, tels
l’eau et l’agriculture ou les infrastructures et les villes, celui de l’énergie revêt une importance
primordiale. Le Programme 2030, tout comme l’Agenda 2063, préconisent d’accroître
nettement la part des énergies renouvelables dans le bouquet énergétique. Pareillement,
l’Accord de Paris, affirmant la nécessité de promouvoir l’accès universel à̀ l’énergie durable
dans les pays en développement, spécialement en Afrique, appelle à renforcer le déploiement
des énergies renouvelables. Alors qu’il endure un déficit énergétique chronique, le continent
africain est doté d’un formidable potentiel en énergies renouvelables – hydraulique, solaire,
166
éolienne, géothermale, etc. Aussi mise-t-il sur leur développement grâce à divers programmes,
comme l’Initiative pour les énergies renouvelables en Afrique, qui vise à générer au moins 300
gigawatts (GW) d’énergie renouvelable d’ici à 2030.

Aux fins de leur développement durable comme de leur résilience climatique, les
États africains devraient accélérer leur transition énergétique vers la décarbonisation
graduelle en valorisant pleinement leur énorme potentiel en énergies renouvelables
afin de pourvoir à leurs besoins énergétiques de façon écologiquement viable et
socialement équitable. À cet effet, ils devraient réorienter les subventions aux énergies
fossiles en faveur des énergies renouvelables et mobiliser activement les financements
et les technologies nécessaires, notamment à travers l’Initiative pour les énergies
renouvelables en Afrique, le Fonds des énergies durables pour l’Afrique, le Nouveau
pacte pour l’énergie en Afrique et le Partenariat transformateur de l’énergie en Afrique.

En dépit de l’importance de son potentiel hydrique, l’Afrique est la deuxième région la plus
sèche du monde. La population rurale dépend largement de l’agriculture pluviale pour sa
subsistance et près d’un tiers des africains n’a pas accès à l’eau potable. Cette situation de stress
hydrique est exacerbée par les changements climatiques, qui affectent la régularité, l’intensité
et la répartition des pluies et risquent de compromettre la sécurité hydrique du continent.
Pour faire face à ces défis, l’Agenda 2063 et la Vision africaine de l’eau appellent à renforcer
la gestion durable des ressources hydriques, l’accès universel à l’eau potable étant prôné par le
Programme 2030. Un récent appel de Rabat – Water for Africa – a été lancé pour une prise en
compte renforcée des enjeux hydriques dans les négociations climatiques.

Dans les négociations climatiques, y compris la CDP 22, les États africains devraient
œuvrer à une plus forte intégration de l’eau et du climat, en s’assurant que les enjeux
liés aux ressources hydriques constituent une priorité dans les mesures, programmes
et projets d’adaptation et d’atténuation. À cet effet, ils devraient prendre et susciter
des engagements spécifiques à l’eau en lien avec les changements climatiques et
mobiliser les financements nécessaires pour les mettre en œuvre.

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L’Afrique unie et influente

L’Agenda 2063, que le Programme 2030 appelle à soutenir, plaide pour la construction d’une
Afrique prospère et unie, fondée sur des valeurs et un destin communs, à même de constituer
un acteur et un partenaire forts et influents sur la scène internationale. Dans cet esprit, l’Afrique
assume régulièrement des positions concertées dans les processus mondiaux se rapportant au
développement durable et à la protection de l’environnement, y compris dans le domaine de la
diplomatie climatique, notamment par le biais du programme Climat pour le développement
en Afrique.

S’exprimant d’une seule voix, les États africains devraient continuer à formuler et
défendre, de façon consistante et déterminée, des positions concertées communes
reflétant les priorités, les spécificités, les potentialités et les capacités africaines dans
tous les forums concernant le climat et toutes les négociations climatiques portant
notamment sur les questions des pertes et préjudices, d’atténuation, d’adaptation,
167
de financement, de renforcement des compétences et de transfert de technologies.
L’Afrique pourrait ainsi influencer davantage le façonnement d’un régime climatique
soucieux de ses intérêts et contraintes, tout en œuvrant solidairement à la stabilité
climatique de la planète.

La remise du message clé et des recommandations (provisoires) aux autorités Marocaines a clos
le colloque.
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