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Lexicologie : Étude du vocabulaire et liens linguistiques

La lexicologie est l'étude du vocabulaire d'une langue, englobant ses particularités et son enrichissement, tout en étant liée à d'autres branches de la linguistique comme la grammaire et la phonétique. Elle se divise en lexicologie générale, particulière, historique et descriptive, chacune ayant des objectifs spécifiques concernant le vocabulaire. Le mot, en tant qu'unité linguistique, est complexe et sa définition varie selon les langues, rendant son étude délicate.
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Lexicologie : Étude du vocabulaire et liens linguistiques

La lexicologie est l'étude du vocabulaire d'une langue, englobant ses particularités et son enrichissement, tout en étant liée à d'autres branches de la linguistique comme la grammaire et la phonétique. Elle se divise en lexicologie générale, particulière, historique et descriptive, chacune ayant des objectifs spécifiques concernant le vocabulaire. Le mot, en tant qu'unité linguistique, est complexe et sa définition varie selon les langues, rendant son étude délicate.
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Objet d’étude de la lexicologie et ses rapports avec les autres branches de la

linguistique
Le mot lexicologie remonte aux radicaux grecs suivants: à lexicon
signifiant “vocabulaire”, lexicós signifiant “ayant rapport au mot” et à logos au
sens d’“étude”. Ainsi la lexicologie est une branche de la linguistique qui étudie le
vocabulaire d’une langue, ses particularités, les voies de son enrichissement. Mais
la définition de la lexicologie pose quand même un problème. Le rapprochement
de lexicologie et de lexique semble obliger à définir la lexicologie comme l’étude
du lexique d’une langue. De fait, elle repose sur une série de présuppositions
emboîtées:
1) il y a quelque chose qu’on appelle le lexique;
2) ce lexique est inclus dans un ensemble plus vaste qu’on appelle la
langue ou le système;
3) l’étude de ce système demande qu’on l’ait retranché, d’un coté, de la
diversité mal saisissable des emplois (la parole, le discours) et, de
l’autre, de l’univers où siègent ce que les unités lexicales nomment et
désignent.
Cette conception de la lexicologie est présentée dans le Cours de
linguistique générale de Ferdinand de Saussure: la lexicologie (ou science des
mots) ne saurait être séparée du système grammatical, lequel ne relève que de la
théorie des syntagmes et de la théorie des assosiations. Georges Matoré a discuté
cette position. Dans La méthode en lexicologie (1953) il demande qu’on distingue
la sémantique qui étudie les “valeurs successives des mots”, la lexicographie
“étude analytique des faits de vocabulaire, discipline linguistique” et la lexicologie
“discipline sociologique qui envisage des groupes de mots considérés statiquement
du point de vue notionnel”. Il est évident que cette lexicologie synchronique et
sociale peut être riche de recherches potentielles, il est aussi évident qu’elle côtoie
et même fréquente les emplois et l’univers extralinguistique. Elle comporte donc
un risque pour la distinction entre la langue et la parole.
En 1967 Charles Muller et Robert-Léon Wagner ont théorisé la distinction
entre le lexique et le vocabulaire. Pour C. Muller l’objet d’étude de la lexicologie
est un vocabulaire, c’est-à-dire un ensemble de vocables (unités de vocabulaire)
attestés dans un corpus délimité de mots. Les horizons, ou incluants virtuels, de ce
vocabulaire précis sont le lexique individuel de l’énonciateur du corpus, le lexique
de situation lié aux données contingentes du discours examiné, et le lexique
collectif. R.-L. Wagner définit le lexique comme “un ensemble des mots au moyen
desquels les membres d’une communauté linguistique communiquent entre eux”,
et vocabulaire comme “un domaine du lexique qui se prête à un inventaire et à une
description”. Dix ans plus tard Jacqeline Picoche définit le lexique comme
“l’ensemble des mots qu’une langue met à la disposition des locuteurs”, et
vocabulaire comme “l’ensemble des mots utilisés par un locuteur donné dans les
circonstances données”. Plus récemment, Alise Lehmann et Françoise Martin-
Berthet ont recentré la lexicologie sur “la tâche d’établir la liste des unités qui
constituent le lexique, et de décrire les relations entre ces unités”.
Au milieu de toutes ces définitions de la lexicologie, définitions riches par
l’ampleur de leurs perspectives, il n’est pas sans importance que le caractère virtuel
de l’objet nommé le lexique soit explicitement formulé. Ainsi on distingue d’un
côté des lexèmes, unités de la langue, du lexique, et, de l’autre, des vocables,
unités de la parole, du discours, on signale aussi que l’analyse n’accède aux
lexèmes que par les vocables, c’est-à-dire qu’on apprend les lexèmes en apprenant
les vocables, ou que les lexèmes produisent, entretiennent, permettent l’usage des
vocables. On propose donc de s’en tenir à la définition suivante de la spécificité de
l’étude lexicologique:
la lexicologie est l’étude des vocabulaires; un vocabulaire est un
ensemble de mots ou de séquences figées apparaissant dans un même domaine
d’usage.
Il est clair que ces définitions confient à la lexicologie des corpus
d’occurences, c’est-à-dire de mots attestés en contexte, en situation.
Le lexique est un système complexe faisant partie du système général d’une
langue. Dans ce sens-là il est accepté de parler des sous-systèmes lexical,
phonétique, grammatical de la langue.
On distingue quelques niveaux dans la hiérarchie des unités de la langue:

Niveau Discipline linguistique


phrase syntaxe
lexème lexicologie
morphème morphologie
graphème graphémologie
phonème phonologie (phonétique)

L’unité principale du niveau lexical est le lexème (le lexème est une unité
abstraite de la langue qui se présente sous la forme d’un mot dans l’ensemble de
ses formes et de ses acceptions). Par exemple: le verbe français tenir comme
lexème se caractérise par des formes grammaticales (je tiens, tu tiens, il tiendra,
vous tiendriez, j’ai tenu, que je tienne etc.) et aussi par ses acceptions lexicales:
tenir un enfant par le bras – тримати дитину за руку
tenir une position – займати місце
la police tient maintenant les voleurs – мати когось у своїй владі
je tiens à mon opinion – дорожити.
Le mot lui-même se divise en morphèmes (des unités sémantiques
minimales qui ne se divisent pas – ils ne sont pas analysables):
Grand-eur, développe-ment, re-mettre.
Il y a des mots qui se composent d’un seul morphème:
guide, jour, haut, bien etc.
Le mot est une unité linguistique à deux faces (двостороння мовна
одиниця) qui se caractérise par la forme (plan de l’expression) et le sens (plan du
contenu). C’est un élément composant d’une phrase. Ainsi tout mot présente une
unité sémantique, phonique (phonétique) et grammaticale. Chaque mot, porteur
d’un sens particulier, a en même temps son propre aspect phonique, ses propres
significations lexicale et grammaticale.
C’est pourquoi la lexicologie qui étudie un des aspects de la langue et
représente une discipline à part ne peut pas être isolée des autres branches de la
linguistique: la grammaire, la phonétique, la stylistique.
Le lexique et la grammaire sont étroitement liés l’un à l’autre. Le sens du
mot (sa signification lexicale) dépend souvent de ses liens grammaticaux avec les
autres mots. Ainsi les verbes intransitifs devenus transitifs reçoivent un
complément d’objet direct et changent de sens.
A comparer:
rentrer à la maison, rentrer la récolte;
sortir de la maison, sortir un mouchoir de la poche.
Plusieurs verbes français changent de sens suivant la rection: on manque
un train, mais on manque de patience.
On aperçoit, d’une part, la lexicalisation des formes grammaticales, c’est-
à-dire leur transformation en unités lexicales (locutions ou mots composés ).
Ainsi on observe un passage continuel des groupements syntaxiques libres en
unites lexicales: un pauvre diable – бідолаха; un blanc-bec – молокосос; un
sauve-qui-peut – паніка. Autrefois groupements libres, ils sont devenus de
véritables unités lexicales désignant un tout unique au point de vue de la
phonétique (un seul groupe rythmique), du sens (une seule notion), de la
grammaire (un seul terme de la proposition). Le pluriel peut avoir un autre sens
que le singulier: lunette (f) – підзорна труба, les lunettes – окуляри; vacance (f)
– вакансія, les vacances – канікули. La lexicalisation des formes grammaticales
engendre des mots nouveaux. Tel est le cas des formes verbales soit, allons, tiens
qui ont donné des interjections.
Le processus contraire est la grammaticalisation des unités lexicales.
Ainsi les substantifs goutte, pas, guère, point, devenus la deuxième partie de la
négation, ont reçu une valeur purement grammaticale. On ne s’intéresse plus à leur
sens (leur signification lexicale). Les verbes auxiliaires avoir et être jouent un rôle
purement grammatical dans la formation des temps composés, leur
grammaticalisation étant suivie de l’effacement de leur signification lexicale. Ainsi
quand on fait l’analyse d’une forme verbale composée (j’ai fait, elle est arrivée),
on ne s’intéresse point au sens du verbe auxiliaire.
La lexicologie est en contact perpétuel avec la phonétique, puisque elle
étudie les sons du langage en relation avec les variations de sens qu’ils permettent.
La phonétique isole et analyse les unités minimales distinctives, les phonèmes. La
phonétique intéresse la lexicologie au regard de la manière dont sont associés les
phonèmes: types de phonèmes, ordre de leurs assemblages, longueur des mots.
Elle éclaire les données graphiques, les conditions de l’adaptation d’un mot
étranger, celles de la création d’une nouvelle unité, celles de la créolisation.
La lexicologie est en contact perpétuel avec la phonétique historique.
Chaque mot a son propre aspect phonique sans lequel il n'existerait pas. Pourtant si
l'on veut expliquer l’aspect phonique actuel du mot, son origine, on doit souvent
s’adresser aux données de la phonétique historique, savoir les lois phonétiques qui
ont changé la face du mot. La richesse du vocabulaire en homonymes s’explique
en premier lieu par l’évolution phonétique de la langue. Ainsi les substantifs mer
(mare), mère (mater), maire (maior) n’avaient autrefois rien de commun dans leur
prononciation. Ils ont acquis leur aspect phonique actuel à la suite de l’action des
lois phonétiques. La phonétique historique nous fait connaître l’origine des
doublets étymologiques (des mots à signification et à l’aspect phonique actuel
différents provenant du même mot):

loyal sanglier
legalis singularis
légal singulier

La lexicologie a de nombreux points de contact avec la stylistique. Chaque


mot possède en dehors de ses valeurs grammaticales et lexicales une valeur
stylistique. Il existe des faits linguistiques qui peuvent être étudiés à la fois par la
lexicologie et par la stylistique: les synonymes, les néologismes et les archaїsmes,
les dialectismes, les argotismes. Un échange perpétuel s’effectue entre la
lexicologie et la stylistique. Ce qui le prouve, par exemple, c’est le passage
continuel des métaphores stylistiques aux métaphores linguistiques d’un usage
courant. On dit à présent le temps fuit, un cœur chaud, le vent ronfle ne pensant
guère au caractère imagé de ses expressions. Une fois consacrées par l’usage, ses
métaphores sont devenues usées, purement linguistiques.
On distingue la lexicologie générale et la lexicologie particulière, la
lexicologie historique et la lexicologie descriptive.
La lexicologie générale étudie et décrit les lois les plus communes qui
caractérisent le vocabulaire de plusieurs langues.
La lexicologie particulière étudie comment réagissent les lois communes
par rapport à une langue donnée, elle étudie aussi les lois particulières, propres à
une langue donnée.
La lexicologie historique (diachronique) étudie le développement du
vocabulaire d’une langue dès l’origine jusqu’à nos jours (l’évolution du
vocabulaire durant les siècles = étude diachronique).
La lexicologie descriptive (synchronique) s’intéresse au vocabulaire
d’une langue dans le cadre d’une période déterminée et en fait un tableau
synchronique.
Les deux dernières lexicologies se rattachent étroitement l’une auprès
l’autre. La lexicologie descriptive profite souvent des dérivées de la lexicologie
historique: la nature des faits lexicologiques ne peut être éxpliquée uniquement à
partir d’un état de la langue donnée à une période détérminée. Pour mieux
comprendre l’état actuel de la langue il est nécessaire de tenir compte et de profiter
des données de la lexicologie historique.
La lexicologie a pour but :
1. Etudier les particularités du vocabulaire du français d’aujourd’hui.
2. Etudier les moyens qui permettent d’enrichir le vocabulaire.
3. Etudier les causes de l’évolution du sens des mots.
4. Etudier les séries synonymiques, antonymiques, homonymiques, et
phraséologiques.
La langue prise dans son ensemble est caractérisée par une grande stabilité.
Pourtant la langue ne demeure pas sans changement. Et c’est en premier lieu le
vocabulaire qui subit des changements rapides, se développe, s’enrichit, se
perfectionne au cours des siècles. La langue parlée contemporaine et son
vocabulaire est le résultat d’un long développement historique.
Le vocabulaire n’est point une création arbitraire. Malgré les influences
individuelles et accidentelles qu’il peut subir, le vocabulaire d’une langue se
développe progressivement selon ses propres lois. Le vocabulaire c’est un
ensemble d’unités lexicales formant système. Les moindres modifications
survenues à quelque vocable se font infailliblement ressentir sur d’autres vocables
reliés au premier par des liens divers. Ainsi le vocabulaire doit être étudié dans les
rapports réciproques de ses unités lexicales.
Le lexique d’une langue comprend des mots d’une valeur inégale pour la
société et leur emploi y est différent. Certains mots sont employés d’une façon
limitée : ils ont principalement cours dans un milieu social ou un groupe
professionnel quelconque. Parfois, ils sont confinés à une région déterminée.
D’autres mots, au contraire, ont acquis au cours des siècles un emploi général. Ces
mots constituent le fond du lexique usuel qui dessert pareillement tous les
membres de la société.
Le problème du mot

Le problème du mot a toujours beaucoup de difficultés à surmonter.


Presque tous les linguistes du XVП, XVШ, XIX ss. ont essayé de trouver une
définition satisfaisante du mot. Mais d’après leur propre témoignage ils n’y ont pas
réussi, puisque les définitions du mot qui existent ne sont pas applicables au mot
de toutes les langues. Les définitions existantes sont d’habitude trop générales ou
bien trop particulières. Pour la plupart des cas elles mettent en relief quelques côtés
du mot et en omettent un autre. La majorité des définitions se borne à mettre en
évidence la nature sémantique des mots sans faire presque pas attention à la valeur
grammaticale.
Le mot est l’unité de sons, de significations, de formes grammaticales.
L’unité qui est différemment réalisée dans toutes les langues. Ainsi dans les
langues synthétiques (ukrainien, russe, biélorusse, allemand, polonais, tchèque,
latin) le mot doit être déterminé comme unité indépendante, la majorité des formes
grammaticales étant exprimée par les flexions du mot (terminaisons, affixes), il y a
une forme imperfective et perfective de verbes. Dans les langues analytiques
(l’anglais, le français, l’italien, l’espagnol, le bulgare, le danois) cette
indépendance des mots n’est pas évidente, puisque certaines formes grammaticales
sont exprimées par des mots fonctionnels (les articles, les pronoms, les
conjonctions, les particules, les verbes auxiliaires etc.) La notion de mot est assez
floue, surtout pour le français où le mot reste virtuel et ne peut pas fonctionner
dans le discours sans article ou déterminatif.
Dans la linguistique française la définition du mot présente un certain
problème à discuter. A l’heure actuelle on peut diviser tous les points de vue sur la
nature du mot en deux groupes fondamentaux:
1) le premier affirme que la notion du mot ne comprend que la forme
phonique et morphologique, tandis que la signification est du domaine
extérieur;
2) le deuxième reconnaît la signification comme élément essentiel de la
notion du mot. Ce point de vue est basé sur la théorie de la signification
de Ferdinand de Saussure. Il existe plusieurs conceptions à ce sujet.
Les définitions du mot proposées par des linguistes français mettent
souvent l’accent sur le caractère instable du mot. Ainsi pour Albert Dauzat “le mot
est l’union passagère d’une idée avec un son ou une série de sons”. Arsène
Darmesteter donne la définition suivante: “Le mot, dans la langue parlée, est un
son ou un groupe de sons auquel ceux qui parlent attachent une valeur
intellectuelle durable. C’est un signe sonore qui rappelle par une association
d’idées constantes l’image d’un objet matériel ou l’idée d’un fait, d’une notion
abstraite”.
Certains linguistes français estiment que la définition du statut
lexicologique du mot ne peut être saisi ni du seul côté d’une unité postulée du
lexique (le mot-lexème) puisque la lexicologie travaille “en situation” sur des
vocabulaires, ni du seul côté d’une unité identifiée dans le discours (le mot-
occurence) puisque la lexicologie traite d’une pratique partagée par les locuteurs.
Autrement dit, le statut lexicologique du mot ne peut être saisi à l’intérieur du
dilemme stabilité (des lexèmes) / variété (des occurences). La lexicologie doit
adopter un point de vue extérieur à ce dilemme, celui de l’usage et de la validité
des échanges langagiers.
Tout locuteur a une expérience pratique du mot: le connaître ou non, l’avoir
“sur le bout de la langue”, le chercher dans le dictionnaire; avoir appris ses
emplois, avoir appris à l’assembler avec d’autres mots pour dire quelque chose et
savoir reconnaître et juger les assemblages produits par d’autres locuteurs; avoir
conscience que le mot est un niveau intermédiaire entre des unités plus petites
(sons, lettres, fragments de mot plus ou moins facilement identifiables: re-, -isme,
hypo-), et des unités plus grandes (syntagmes, phrases); savoir plus ou moins jouer
avec les mots, les croiser, les décomposer, les recomposer. La lexicologie partage
la même pratique. Les définitions linguistiques de mot laissent entendre cela. Ainsi
la définition proposée par Antoine Meillet: “Un mot résulte de l’association d’un
sens donné à un ensemble de sons donnés susceptibles d’un emploi grammatical
donné”. La plupart des linguistes la reprennent à juste titre. Elle manifeste
clairement deux caractères complémentaires du mot: son autonomie et sa
dépendance. Autonomie et dépendance qui jouent dans les trois aspects retenus
par cette définition: sens, ensemble de sons, emploi grammatical.
Chaque mot, porteur d’un sens lexical a son aspect phonétique et sa
caractéristique grammaticale. Tout mot isolé français porte l’accent sur la dernière
syllabe. Si les mots ukrainiens gardent habituellement leur accent tonique dans le
discours, les mots français subissent une désaccentuation dans la chaîne parlée.
L’accent rythmique tombe en français sur la dernière syllabe du dernier mot d’un
groupe rythmique qui forme une chaîne ininterrompue grâce aux liaisons et aux
enchaînements. La majeure partie des mots français ont une ou deux syllabes. La
pluparts des syllabes sont ouvertes.
Tout mot appartenant à une partie du discours possède sa propre structure
morphologique, ses propres indices grammaticaux, sa valeur grammatical. Le rôle
des formes grammaticales est d’organiser la matière lexicale, d’exprimer les
rapports entre les mots notionnels (les mots exprimant les notions). Le sens
grammatical est toujours abstrait. Ainsi, quelle que soit leur signification lexicale,
tous les verbes de I-re groupe ont à l’infinitif la terminaison -er , les verbes de 2-
me groupe -ir, tous les substantifs sont dans le discours précédés habituellement
d’un article.
On doit distinguer les mots autonomes ou significatifs (noms, pronoms,
verbes, adverbes) et les mots-outils qui sont appelés à exprimer les rapports
grammaticaux entre ceux-ci.
Le mot présente une unité des éléments stables et instables. Au cours de
son développement historique le mot peut changer de forme et de sens. Ces
changements s’effectuent d’après les lois phonétiques, sémantiques et
grammaticales propres à une langue donnée. Le sens essentiel du mot est stable, ce
qui permet au mot d’acquérir un nombre d’acceptions secondaires et figurées.
Ainsi, les mots français sont porteurs d’un sens bien déterminé. Chaque
mot a son propre aspect phonique, sa propre signification, ses propres particularités
lexico-grammaticales. Le mot français autant que le mot ukrainien est
impénétrable. On n’y peut rien intercaler. Telles sont les caractéristiques
essentielles du mot français.

Le mot et la notion
Le mot est un des élément essentiels de la langue qui se trouve en liaison
étroite avec la chose qu’il représente ou avec la notion, mais le mot et la notion ne
se correspondent pas exactement. L’unité du mot et de la notion ne signifie
aucunement leur identité. La notion peut être rendue non seulement par un seul
mot, mais aussi par un groupe de mots: esprit de suite – послідовність, prendre
froid – застудитися, tout à coup – раптом. Le même mot peut traduire des
notions différentes. Ainsi le mot bouton rend l’idée du bouton d’une fleur, de celui
d’un habit (d’où vient le verbe boutonner), d’un bouton de manchette, d’un bouton
de sonnette électrique, d’une tumeur sur la peau. Ce mot traduit plusieures notions
dans la terminologie spéciale.
Le mot queue sert à désigner la queue d’un animal, queue de billard, queue
d’une poêle, queue au sens d’une longue file de personnes.
La même notion peut être traduite par des mots différentes. Les synonymes
expriment les diverses nuances d’une seule notion ou des notions très rapprochées.
Comparez les synonymes: courage, audace, hardiesse, héroїsme, vaillance.
Chacun de ces substantifs est marqué de traits distinctifs qui le rendent en même
temps propre à exprimer l’idée générale de courage qu’ils représentent tous.
Tout mot est porteur de différentes fonctions. Il faut distinguer trois
fonctions essentiels des mots: fonctions rationnelle (ou logique), nominative et
expressive (ou affective). La majeure partie des mots est appelée à rendre des
notions. C’est leur fonction rationnelle ou logique. Un certain nombre de mots ne
le peuvent pas, tels que pronoms personnels, noms propres, mots-outils.
Tout en traduisant des notions les mots autonomes désignent les objets ou
leur propriétés, les faits, ce qui constitue leur fonction nominative. Les noms
propres de personnes et d’animaux n’expriment pas de notions et ont seulement la
valeur nominative. En prononçant les mots Jeanne, Paul, Mimi, Piff on ne fait que
nommer certains êtres ou animaux. Les noms géographiques traduisent des notions
uniques: Paris, la France, la Méditerranée, la Loire, les Alpes.
N’ayant pas de fonction nominative, les mots-outils ne traduisent guère des
notions. Ils sont appelés à exprimer les rapports grammaticaux entre les mots
autonomes, c’est-à-dire les rapports entre les faits et non pas les faits eux-mêmes.
Les mots peuvent avoir une valeur neutre ou une valeur affective
(expressive). La plupart des mots ont une valeur neutre: aller, faire, homme,
femme etc. Les mots à valeur affective traduisent les sentiments humains, l’attitude
de l’homme envers la réalité. Ce sont, par exemple, des noms communs ou des
verbes à fonction négative comme coquin, nigaud, mouchard, flic; filer, duper,
vivoter. Les interjections ne remplissent que la fonction expressive, positive ou
négative: hélas, tiens, hourra, allons, bravo.
Les significations lexicale et grammaticale

On doit distinguer la signification grammaticale et la signification lexicale des


mots. Tout mot, en exprimant des rapports entre les notions et les jugements, ou en
déterminant grammaticalement les notions, est porteur d’une signification
grammaticale.
La signification lexicale reflète les liens du mot avec l’objet qu’il nomme. Ce sont
les concepts qui déterminent la signification lexicale du mot, son contenu. Pourtant
en tant que catégorie d’ordre linguistique, la signification lexicale n’est point
identique au concept en tant que catégorie logique. La signification lexicale
présente l’unité indissoluble du général et du particulier. Rappelons que le mot
table incarne dans la parole non seulement l’idée générale d’un meuble, mais
encore un objet concret, une table ronde ou carrée, grande ou petite.

Les types de significations lexicales

Il faut distinguer parmi les significations lexicales des mots trois types essentiels:
a) significations nominatives;
b) significations phraséologiquement liées;
c) significations syntaxiquement conditionnées.
C’est la réalité qui détermine le caractère des rapports entre les mots à
significations nominatives. Ainsi les mains d’un écolier peuvent être sales ou
propres, il y a des personnes qui ont des mains longues ou très courtes, belles ou
laides. Voilà pourquoi le substantif main peut avoir comme épithète les adjectifs
sale, propre, court, long, beau, laid, etc.
Au contraire les significations phraséologiquement liées ne dépendent pas
des rapports entre les faits de la vie réelle. Ces significations s’actualisent
seulement dans les groupements tout faits. Leur sens dépend des particularités du
système lexical de la langue. En parlant on emploie des clichés, des groupements
traditionnels. Les mots sont strictement limités dans leurs rapports sémantiques,
ces derniers étant consacrés par l’usage. On remporte une victoire, mais on obtient
un triomphe.
Les significations syntaxiquement conditionnées s’actualisent dans les
conditions syntaxiques particulières. Nombre de verbes français ont des rections
différentes qui permettent de distinguer leur signification: on use une chose et on
use d’une chose; on souscrit une chose et on souscrit à une idée; on manque une
visite, mais on manque de patience, on manque à son devoir; on vise un but et on
vise à un emploi; on prétend une chose et on prétend à un bonheur.
En français il y a plusieurs adjectifs qui changent de signification suivant la
place dans la proposition. Les adjectifs postposés aux substantifs gardent
généralement leur sens propre, les adjectifs préposés ont souvent des significations
secondaires, dérivées. Tel est le cas des adjectifs brave, honnête, heureux,
méchant, pauvre, triste, terrible, sacré, etc. Leurs significations sont donc
syntaxiquement conditionnées. Comparez: un garçon méchant et une méchante
(mauvaise) cravate; un brave homme et un homme brave; une triste femme (une
femme à plaindre) et une femme triste; un sacré gosse et une chose sacré; une
pauvre femme et une femme pauvre; un terrible fumeur et un homme terrible;
un heureux poète (qui a de la chance) et un poète heureux; un gros marchand et
un homme gros. “Qui pourrait, – écrit R. Georgin, – confondre un homme
curieux à un curieux individu, une personne franche avec un franc coquin; du
vin nouveau avec un nouveau vin, les matières premières avec les premières
réponses reçues; une branche verte avec une verte vieillesse; une histoire vraie
avec une vraie folie; le mot propre avec en propres termes; un visage plaisant
avec une plaisante réponse; du vin pur avec un pur génie; la mer haute avec la
haute mer; un esprit fin avec un fin matois?”.
Plusieurs adjectifs français en fonction d’attribut ont des rections
différentes suivant la nature des compléments (animés ou inanimés): on est
furieux d’un échec, mais on est furieux contre qn.
Tout en gardant des traits communs avec les significations des autres
langues, les significations lexicales de la langue française ont leurs propres
particularités, conditionnées par sa structure grammaticale et lexicale, par ses lois
sémantiques, par l'histoire de son évolution liée au développement de la nation
française. Ainsi, en comparant les significations des verbes ukrainiens йти,
ходити et du verbe français aller, on y trouve des traits communs, la notion de
mouvement étant à leur base. Mais les rapports de ces mots avec les autres mots
ont leurs propres particularités dans chaque langue. Lorsqu’il faut rendre les
formes concrètes du mouvement, chaque langue nationale profite de ses propres
moyens sémantiques. L’Ukrainien dira: дощ, потяг йде. En parlant du
mouvement d’un train, le Français va employer les verbes rouler et marcher, mais
s’il s’agit de la pluie, le verbe tomber. Si en français le substantif temps cumule à
la fois deux notions, celle de durée et celle d’état météorologique, les langues
allemande, anglaise et ukrainienne ont deux noms différents pour désigner ces
notions: Zeit et Wetter, time et weather, час et погода.

La motivation des mots


La dénomination d’un objet est basée sur la mise en évidence d’une
particularité quelconque de cet objet.
Le sens premier, ou originaire, du mot est appelé le sens étymologique.
Ainsi, le sens étymologique du mot table < lat. “tabula” est planche, le sens
primitif de travail < lat. pop. “tripalium” “ est “instrument de torture”; de penser <
lat. “pensare” – “peser”.
Il est facile de s’apercevoir d’après ces exemples que le sens étymologique
des mots peut ne plus être senti à l’époque actuelle.
En liaison directe avec le sens étymologique des mots se trouve la question
des mots motivés et immotivés. Nous assistons souvent à la confusion du sens
étymologique d’un mot et de sa motivation. Toutefois le sens étymologique
appartient à l’histoire du mot, alors que la motivation en reflète l’aspect actuel.
Tous les mots d’une langue ont forcément un sens étymologique, explicite
ou implicite. Le mot est motivé, si sa forme interne est apparente, si elle se laisse
facilement expliquer. Dans le cas contraire le mot n’est pas motivé, il est
immotivé, non motivé.
Les mots peuvent être motivés acoustiquement, tel est le cas des
onomatopées qui sont des imitations de bruits, de sons, de cris: un brouhaha, un
cri-cri, un crin-crin, un frou-frou (d’une robe), glouglouter, coasser, croasser,
miauler, marmotter, murmurer.
Les mots qui ont une structure apparente sont motivés morphologiquement.
Ce sont les mots dérivés et composés. On ressent nettement la dérivation ou la
composition, on associe facilement ces formes avec leurs mots-racines: danseur et
danse, antinational et national, brise-glace, oiseau-mouche. Ainsi le mot
danseur est motivé car il se compose du mot-racine danse et du suffuxe -eur etc.
Une locution phraséologique est motivée phraséologiquement, si on peut
tirer le sens global des significations de ses parties composantes: brider l’âne par
la queue (faire les choses à l'envers ou dans le désordre); faire d’une mouche un
éléphant (éxagérer).
La forme interne, la motivation du sens se fait clairement sentir dans les
noms populaires des fleurs et des oiseaux. Les particularités les plus diverses des
plantes et des oiseaux peuvent être à l’origine de leur dénomination:
1. La couleur de la fleur ou de l’oiseau: bleuet – волошка, jaunet –
жовтець, écarlate – зозуляче мило, flambe – горицвіт, violette –
фіалка; jaunettе – вівсянка, roselin – снігур.
2. La forme de la plante ou de ses feuilles, les dimensions de l’oiseau:
queue de souris – мишехвіст, gueule de lion – левиний зев, patte de
chat – котяча лапка, oreille d’ours – ведмеже вушко, queue de cheval
– хвощ, oiseau-mouche – колібрі.
3. Les qualités des fleurs et des oiseaux: tournesol – соняшник, tue-loup
– вовкобій, passe-rage – кресс (коріння від сказу); herbe à coupure
– деревій (трава від порізу); herbe aux verrues – чистотіл (трава від
бородавок); plongeon – нирок; court-vite – бігунок; hoche-queue –
трясогузка; casse-noix – горіховка.
Dans les exemples ci-dessous la motivation des mots est déterminée par la
nature de l’objet désigné, par ses qualités.
En principe tout mot est motivé à l’origine. Pourtant à nos jours beaucoup
de mots autrefois motivés sont devenus non-motivés ou relativement motivés. Une
fois accepté, le mot évolue et se vide rapidement de sa signification étymologique.
Pour motiver les mots et les locutions devenus non-motivés on doit recourir à une
analyse historique. La démotivation du sens des mots a un caractère lent et graduel.
Les mots les plus anciens sont souvent les moins motivés. Les facteurs qui
contribuent à la démotivation des mots sont complexes et variés. Ainsi l’évolution
phonétique des mots peut amener la perte des liens sémantiques étymologiques.
C’est pourquoi les non-initiés ne sentiront pas la parenté entre plusieurs mots
faisant partie de la même famille de mots: plombs et plonger, écouter et ausculter,
chauve et calvitie, eau et évier, parc et parquet.
En essayant de bien comprendre un mot immotivé, sa forme interne, on lui
attribue parfois une fausse étymologie, on défigure aussi son aspect phonique, en
tâchant de le rattacher à un mot connu. C’est le cas tout d’abord des termes
scientifiques et des emprunts, une sorte de réaction contre l’impossibilité
d’expliquer le sens du mot. Ce phénomène linguistique porte le nom d’étymologie
populaire. L’étymologie dite populaire est le résultat de fausses associations
sémantiques et phonétiques à la suite de l’oubli ou de la méconnaissance de la
vraie étymologie du mot, de sa forme interne.
Le mot dont le sens, la forme interne ont été faussement motivés peut se
maintenir dans la langue, évinçant la vraie étymologie du mot. Ainsi le composé
contre-danse provient de deux substantifs anglais: country (pays, contrée), dance
(danse), ce qui veut dire “danse villageoise”. Faussement compris comme une
danse où les partenaires se trouvent continuellement l’un face de l’autre, ce mot a
subi la défiguration de sa forme et a fini par revêtir la forme actuelle.
Il faut distinguer l’étymologie dite populaire de la fausse étymologie. Par
fausse étymologie on entend habituellement la fausse motivation du mot faite par
des linguistes peu expérimentés, engagés sur une fausse voie dans leurs recherches.
Ainsi on ne saura justifier la présence de la consonne d dans le mot poids, venu
directement du latin pensum (le supin de pendere). A l’époque de la Renaissance,
on a commencé à associer ce mot avec la forme latine pondus. Dans les mots
bonheur, malheur, provenant du substantif latin augurium (présage), la lettre h
n’est pas justifiée. Elle est apparue grâce à la fausse association de ce mot avec le
mot latin hora (heure).

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