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Démarche Diagnostique des Rachialgies

Les rachialgies, qu'elles soient cervicales, thoraciques ou lombaires, nécessitent un diagnostic rigoureux pour éliminer les causes secondaires graves, en identifiant les drapeaux rouges, noirs, jaunes et verts. La majorité des rachialgies sont communes et d'origine mécanique, mais les étiologies secondaires, bien que rares, peuvent être graves et inclure des causes tumorales, infectieuses et inflammatoires. La prise en charge est pluridisciplinaire, impliquant divers spécialistes selon la complexité des cas.

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Démarche Diagnostique des Rachialgies

Les rachialgies, qu'elles soient cervicales, thoraciques ou lombaires, nécessitent un diagnostic rigoureux pour éliminer les causes secondaires graves, en identifiant les drapeaux rouges, noirs, jaunes et verts. La majorité des rachialgies sont communes et d'origine mécanique, mais les étiologies secondaires, bien que rares, peuvent être graves et inclure des causes tumorales, infectieuses et inflammatoires. La prise en charge est pluridisciplinaire, impliquant divers spécialistes selon la complexité des cas.

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Rachialgies

Item 94 UE V

 1 - Introduction
Une rachialgie, qu’elle soit cervicale, thoracique ou lombaire, est un symptôme dont
l’étiologie peut être extrêmement variée et qui impose un raisonnement rigoureux (fig. 3.1).
 il convient en premier lieu d’éliminer une étiologie non rachidienne (douleur projetée) ;
 une fois l’origine rachidienne de la douleur confirmée, il convient d’éliminer une cause
secondaire en recherchant les drapeaux rouges,avant de retenir le diagnostic de rachialgie
commune ;
 on utilise la dénomination « rachialgie commune » pour toute rachialgie cervicale, dorsale
ou lombaire, d’origine discale, arthrosique ou musculaire.
Nous allons aborder la démarche diagnostique à suivre systématiquement devant toute
rachialgie et nous distinguerons :
 les drapeaux « rouges », qui doivent faire rechercher une cause secondaire ;
 les drapeaux « noirs » et « jaunes », devant faire craindre une chronicisation de la rachialgie
;
 les drapeaux « verts », en faveur d’une origine commune de la rachialgie.

Cette démarche diagnostique est valable quel que soit l’étage douloureux. Il existe cependant
des particularités justifiant d’étudier ensuite séparément les trois étages rachidiens :
 si la rachialgie est associée à une douleur du membre supérieur (cervicalgie) ou inférieur
(lombalgie), il convient de déterminer s’il s’agit d’une douleur radiculaire (cf. item 95 au
chapitre 4) ou d’une irradiation douloureuse siégeant à distance, mais sans retrouver les
caractéristiques d’une atteinte radiculaire ;
 enfin, la prise en charge des douleurs du rachis est largement pluridisciplinaire et concerne
médecins généralistes, rhumatologues, radiologues, rééducateurs associés aux
kinésithérapeutes, radiologues, et chirurgiens dans les formes avec complication
neurologique et/ou résistantes au traitement médical.

 2 - Démarche diagnostique générale devant une rachialgie


La grande majorité des rachialgies sont communes et sans gravité. En revanche, les
rachialgies secondaires sont rares, mais potentiellement graves, notamment par le risque de
complication neurologique. Tout le principe de la démarche diagnostique est d’éliminer les
causes secondaires justifiant la réalisation d’examens complémentaires biologiques et
d’imagerie, avant de conclure à une étiologie commune (fig. 3.1).

 2.1 - Causes viscérales


L’absence de syndrome rachidien avec contracture des muscles paravertébraux et l’absence
de reproduction des douleurs à la mobilisation du rachis doivent faire évoquer une origine
viscérale aux douleurs, très trompeuse. Le tableau 3.1 résume les principales étiologies
viscérales à évoquer, en fonction de l’étage rachidien concerné (non exhaustif).
Fig. 3.1. Démarche diagnostique face à une rachialgie aiguë.

Tableau 3.1. Principales étiologies viscérales à évoquer devant des douleurs


rachidiennes (douleurs projetées), en fonction de l’étage rachidien.

Localisation Localisation Localisation lombaire


cervicale thoracique
L’absence de syndrome rachidien doit faire évoquer des douleurs projetées,
surtout si la mobilisation du rachis ne reproduit pas les douleurs.
ORL Infection de la sphère
ORL ou tumeurs ORL
Cardiovasculaire Dissection artérielle Insuffisance Anévrisme de l’aorte abdominale :
cervicale : cervicalgies coronarienne tableau douloureux chronique ou
inhabituelles et (angor, infarctus aigu lorsque fissuraire, avec
persistantes, du myocarde) asymétrie tensionnelle, abolition d’un
association à des Péricardite pouls, souffle aortique
céphalées Anévrisme ou
inhabituelles, signes dissection de
neurologiques focaux l’aorte thoracique
Localisation Localisation Localisation lombaire
cervicale thoracique
Pleuropulmonaire Cancer
bronchique
Pleurésie
infectieuse ou
tumorale
(mésothéliome,
cancer
bronchique)
Tumeur
médiastinale
Digestive Œsophagite Ulcère gastrique Tumeur digestive (gastrique,
Tumeur de ou duodénal rectocolique ou pancréatique)
l’œsophage Affection
hépatobiliaire
Œsophagite
Pancréatite
Tumeur de
l’estomac, de
l’œsophage, du
pancréas
Urologique Pathologie des voies urinaires :
Colite néphrétique
fébrile/anurique/hyperalgique
Hydronéphrose
Tumeur
Pelvien Tumeur pelvienne
Adénopathies ou fibrose
rétropéritonéale

 2.2 - Les drapeaux rouges


Les drapeaux rouges ont pour objectif d’alerter le clinicien et lui faire suspecter une étiologie
secondaire de rachialgie.
Drapeaux rouges
 Une douleur d’aggravation progressive, permanente et insomniante.
 Âge d’apparition du premier épisode de rachialgie < 20 ans ou > 55 ans.
 Les éléments cliniques (anamnèse, signes ou symptômes) évocateurs de
– atteinte neurologique : déficit moteur radiculaire avec ou sans névralgie
cervicobrachiale ; atteinte médullaire (syndrome sous-lésionnel, signes d’irritation
pyramidale, troubles vésico-sphinctériens) ; présence de paresthésie au niveau du pubis
(ou du périnée) ;
– pathologie néoplasique : antécédent de cancer, altération de l’état général, perte de
poids inexpliquée, présence d’adénopathies ;
– pathologie inflammatoire rhumatismale : antécédent de maladie inflammatoire
rhumatismale, rythme inflammatoire des douleurs ;
– infection discovertébrale : fièvre inexpliquée, usage de drogues intraveineuses,
contexte d’immunosuppression, bactériémie récente, ou usage prolongé de corticoïdes
(par exemple, thérapie de l’asthme) ;
– complication de chirurgie du rachis : antécédent de chirurgie du rachis avec
modification de la symptomatologie ;
– post-traumatique.
Le tableau 3.2 résume ces drapeaux rouges en fonction de l’étage rachidien concerné.

Tableau 3.2. Drapeaux rouges faisant évoquer une étiologie secondaire des
rachialgies, en fonction de l’étage rachidien.

Localisation Localisation Localisation lombaire


cervicale thoracique
Étage rachidien Cette localisation est un drapeau rouge en soi
Type de douleur Douleur de type non mécanique : douleur d’aggravation progressive, présente au
repos et en particulier durant la nuit
Terrain, Âge d’apparition inférieur à 20 ans ou supérieur à 55 ans
antécédents Antécédent de cancer
Antécédent de chirurgie rachidienne associé à une modification de la
symptomatologie
Antécédent de rhumatisme inflammatoire
Usage de drogue intraveineuse, usage prolongé de corticoïdes, contexte
d’immunosuppression
Anamnèse Circonstance d’apparition des rachialgies, cinétique du traumatisme le cas échéant
Bactériémie récente
Altération de Fièvre
l’état général Perte de poids inexpliquée
Fatigue, sueurs nocturnes
Adénopathies
Examen Déformation structurelle importante de la colonne
clinique
rachidien
Signes Paraplégie spastique Paraplégie Symptôme neurologique étendu
neurologiques Syndrome Douleurs thoraciques (déficit dans le contrôle des
radiculaire lésionnel, en ceinture associées sphincters vésicaux ou anaux, déficit
déficit moteur à une anesthésie en moteur au niveau des membres
Syndrome sous- bande inférieurs, syndrome de la queue de
lésionnel cheval)
Névralgie Paresthésie au niveau du pubis ou
cervicobrachiale du périnée
Signe de Claude
Bernard-Horner
(entre C8 et T1)

 2.3 - Conduite à tenir en présence d’un drapeau rouge


Il est important de noter que les drapeaux rouges sont des éléments de l’interrogatoire et de
l’examen clinique. Ceci implique :
 que la présence de ces drapeaux rouges impose d’emblée la réalisation d’examens
complémentaires biologiques (bilan biologique standard incluant la recherche de syndrome
inflammatoire [hémogramme, CRP], une électrophorèse des protéines sériques, une
calcémie) et des examens complémentaires radiologiques. Les examens d’imagerie
comporteront :
– quelle que soit la suspicion diagnostique, des clichés radiographiques de face et de profil
de l’étage rachidien concerné, au minimum ;
– en cas de signes évoquant une atteinte médullaire, une pathologie inflammatoire
rhumatismale, une infection ou une atteinte tumorale, l’IRM, qui est alors indiquée en
première intention ; le scanner est l’alternative si l’IRM est contre-indiquée ou non
disponible ;
– en cas de signes évoquant une dissection artérielle cervicale, l’imagerie à réaliser en
première intention est l’angio-IRM ou l’angioscanner des troncs supra-aortiques ;
– en cas de suspicion de complication d’une chirurgie du rachis, l’indication des
examens complémentaires est laissée à l’appréciation du chirurgien du rachis ;
 qu’en l’absence de drapeaux rouges, il n’est pas nécessaire de faire des examens
paracliniques pour conclure à une rachialgie commune.

 2.4 - Étiologies secondaires de rachialgie


Bien que rares, elles sont potentiellement graves, et il faut y penser systématiquement.
On est alerté par un début insidieux, une évolution progressivement croissante, un rythme
inflammatoire typiquement insomniant, le caractère rebelle aux traitements
symptomatiques, l’intensité des douleurs, les localisations multiples ou atypiques, le contexte
et les antécédents (tumoraux et infectieux notamment).
Les principales étiologies de rachialgies secondaires sont réparties en quatre grandes
origines :
 tumorales : métastase, localisation myélomateuse, hémopathie, tumeur primitive
vertébrale, tumeur intrarachidienne ;
 infectieuses : spondylodiscite ;
 inflammatoires : rhumatisme inflammatoire chronique, chondrocalcinose, rhumatisme à
apatite ;
 fracturaires.

 2.4.1 - Causes tumorales


Tumeurs vertébrales
 Sont essentiellement secondaires : métastases (surtout lytiques, parfois condensantes) et
localisations myélomateuses ou d’une hémopathie. La radiographie peut suffire à affirmer
le diagnostic de tumeur (lyse, parfois condensation), mais l’IRM est indispensable en
complément car beaucoup plus sensible d’une part et montrant d’éventuelles complications
d’autre part (épidurite avec risque neurologique). Une biopsie dirigée (scanner,
échographie) pourra être utile si le diagnostic de l’origine de la tumeur n’est pas certain.
 Les tumeurs vertébrales primitives bénignes sont rares et se voient surtout chez l’enfant
et l’adulte jeune : ostéoblastome, tumeur à cellules géantes, kyste anévrismal, ostéome
ostéoïde, granulome éosinophile, sauf l’angiome vertébral, qui est fréquemment retrouvé
en IRM, souvent avec une dégénérescence graisseuse associée et rassurante, et avec très
rarement des formes symptomatiques et évolutives
Tumeurs intrarachidiennes
Elles sont rares, dominées par le neurinome et le méningiome, qui sont bénins,
mais il existe de rares tumeurs malignes graves, de type astrocytome ou
épendymome.

 2.4.2 - Causes infectieuses


La spondylodiscite infectieuse ou, plus rarement, spondylite, nécessite un
diagnostic bactériologique (cf. item 156 au chapitre 11).

 2.4.3 - Affections inflammatoires du rachis


Ces affections incluent les rhumatismes inflammatoires chroniques et les
rhumatismes microcristallins.
La spondyloarthrite est à évoquer par sa prévalence (0,3 à 0,6 %), notamment chez
les adultes jeunes. Les rachialgies peuvent concerner tous les étages rachidiens. Les
lombalgies sont fréquemment associées à des fessalgies (sacro-iliite) de
caractéristiques typiquement inflammatoires. Il conviendra de rechercher des réveils
nocturnes, une raideur matinale, l’association à des lombalgies inflammatoires et/ou
des enthésites, un contexte familial, la présence de signes extra-articulaires associés
(diarrhée, inflammation oculaire, psoriasis) (cf. item 197 au chapitre 18).
Une atteinte C1-C2 peut se rencontrer dans le cadre de la polyarthrite rhumatoïde
avec atteinte de la synoviale odonto-atlantoïdienne. Une instabilité avec signe
d’atteinte médullaire doit alors être recherchée (cf. item 196 au chapitre 17).
Les calcifications discales sont une étiologie trop souvent méconnue de
rachialgies, alliant une composante mécanique à une composante parfois
inflammatoire. Elles peuvent aboutir à une véritable spondylodiscite microcristalline
(apatite carbonatée de localisation nucléaire ; pyrophosphate au niveau de l’annulus
dans le cadre d’un rhumatisme à pyrophosphate de calcium ; dépôts uratiques
beaucoup plus rares, dans le cadre de gouttes florides et très avancées).

 2.4.4 - Fractures vertébrales


Elles peuvent être spontanées ou après un traumatisme modéré, en rapport avec
une ostéopathie déminéralisante, essentiellement l’ostéoporose (cf. item 128 au
chapitre 7).
Une fracture vertébrale au-dessus de T4 doit faire suspecter une localisation
secondaire néoplasique.
La figure 3.2 résume les principales étiologies de rachialgie à évoquer en fonction du
rythme des douleurs. Toutes les rachialgies de rythme inflammatoire sont d’origine
secondaire. De plus, il ne faut pas oublier que des causes secondaires peuvent avoir
un rythme de douleurs non inflammatoire (fractures vertébrales, étiologies
viscérales).
Fig. 3.2. Principales étiologies de douleurs rachidiennes en fonction du rythme des
douleurs.

 3 - Rachialgies communes
Dans la très grande majorité des cas, les rachialgies sont communes. Ce diagnostic est posé
après élimination des drapeaux rouges.

 3.1 - Cervicalgies communes


On appelle cervicalgie commune des douleurs de la région cervicale, c’est-à-dire situées entre
la base du crâne et la charnière cervico-thoracique, en rapport avec des lésions mécaniques
discovertébrales dégénératives. On les distingue des cervicalgies secondaires, révélatrices
d’affections plus rares, justifiant d’être reconnues précocement car potentiellement graves.
Par convention, elles sont aiguës avant 3 mois d’évolution et chroniques au-delà.

 3.1.1 - Définition, prévalence


On distingue :
 le torticolis, qui est un syndrome douloureux cervical aigu avec contracture musculaire
associée ;
 les douleurs cervicales subaiguës ou chroniques, qui sont souvent favorisées par plusieurs
mécanismes :
– une composante biologique : enraidissement articulaire secondaire à la cervicarthrose,
dysfonction musculaire potentiellement associée à des contractures, mécanismes de
sensibilisation nerveuse périphérique et centrale ;
– une composante psycho-sociale : kinésiophobie (peur de bouger), syndrome anxio-
dépressif, pression au travail.
La cervicalgie chronique est un symptôme extrêmement fréquent : prévalence
estimée des deux tiers de la population au cours de leur vie, incidence annuelle de
1,2 % ; elles sont presque 2 fois plus fréquentes chez les femmes ; 10 % des actes de
kinésithérapie sont effectués au niveau cervical.
Attention, la cervicarthrose radiographique est possible dès la trentaine et sa
prévalence est très importante, avec plus de 50 % des personnes atteintes après
40 ans, et elle augmente avec le vieillissement. Dans la majorité des cas, elle est
asymptomatique. Cette notion de dissociation radioclinique (ou anatomoclinique)
doit être présente à l’esprit pour ne pas trop facilement imputer la symptomatologie
aux anomalies radiographiques.

 3.1.2 - Sémiologie des cervicalgies communes


L’interrogatoire doit faire préciser les circonstances de survenue : après un effort,
une activité sportive, une activité professionnelle, un traumatisme, une posture ou
une mauvaise position, mais les douleurs surviennent également souvent sans cause
mécanique retrouvée.
Lors d’un torticolis ou syndrome cervical aigu, les douleurs peuvent être
permanentes, jour et nuit, avec des douleurs souvent à prédominance nocturne
malgré leur origine mécanique. Le caractère impulsif à la toux ou à l’éternuement
oriente vers une origine discale. On retrouve souvent des épisodes antérieurs
semblables, d’évolution favorable avec parfois persistance d’un fond douloureux
chronique.
En cas de cervicalgies chroniques, les douleurs sont souvent diffuses, mais des
localisations cervicales hautes, moyennes ou basses ont valeur localisatrice. Leur
rythme est mécanique mais des réveils nocturnes positionnels sont souvent
rapportés.
Les irradiations douloureuses « projetées » peuvent être trompeuses : souvent
latérocervicales et trapéziennes avec des douleurs associées des épaules,
interscapulaires ou scapulaires, pouvant faire évoquer à tort une dorsalgie.
Une irradiation des douleurs au membre supérieur, occipitales ou à type de
céphalées, doit faire rechercher une irradiation radiculaire. Il conviendra de
rechercher la présence de caractéristiques neuropathiques à ses douleurs afin
d’éliminer une névralgie cervicobrachiale (cf. item 95 au chapitre 4).
Des pseudo-vertiges voire des vertiges vrais peuvent faire évoquer une insuffisance
vertébrobasilaire associée chez les personnes âgées.
L’examen clinique s’applique à rechercher des points douloureux à la palpation ou à
la mise en compression et rotation de la colonne cervicale. Les muscles spinaux sont
également douloureux à la palpation et, parfois, le siège d’une contracture, voire
d’une attitude antalgique (délordose et/ou flexion latérale et rotation). La mobilité du
cou (flexion, latéroflexion et rotations) est souvent très réduite en aigu, mais peu
limitée dans la chronicité. Elle peut être responsable de craquements.
L’examen neurologique sera normal (inhérent à la définition de la cervicalgie
commune).
 3.1.3 - Tableau clinique en fonction de l’origine des
cervicalgies communes
Cervicalgies
Une origine discale, généralement chez les sujets les plus jeunes, avec des
antécédents traumatiques (coup du lapin, traumatisme crânien ou cervical), même
anciens, doit être recherchée systématiquement. Le tableau est celui d’un syndrome
cervical aigu, ou torticolis. Il est souvent très algique, avec raideur et contracture
cervicales, attitude antalgique et impulsivité. La principale complication est une
névralgie cervicobrachiale, très rarement liée à une compression médullaire (cf.
item 93 au chapitre 2).

Cervicalgies d’origine arthrosique


L’origine dégénérative, la plus fréquente, est suspectée chez les patients les plus
âgés, associant à des degrés divers discarthrose, arthrose des zygapophyses et
uncarthrose (fig. 3.3 et 3.4), dont la part respective imputable aux douleurs est
souvent difficile à déterminer. Le tableau est plus volontiers celui d’une cervicalgie
chronique. Il est plus torpide, parfois émaillé d’épisodes plus aigus, souvent sans
raideur rachidienne majeure. Le risque est également la névralgie cervicobrachiale, et
la gravité un syndrome de compression médullaire lente se manifestant par un canal
rachidien rétréci et une claudication d’origine médullaire.
L’uncarthrose est l’arthrose de l’uncus vertébral, correspondant à la crête
antéropostérieure qui relève chacun des bords latéraux de la face supérieure du
corps des vertèbres cervicales.

Fig. 3.3 Arthrose cervicale


Ostéophytose antérieure, pincement discal, uncarthrose, arthrose zygapophysaire
déformant le trou de conjugaison.
Fig. 3.4. Arthrose cervicale radiographique C5-C6.
A. Cliché radiographique cervical de profil. B. Cliché radiographique cervical de trois
quarts.

Cervicalgies d’origine musculaire


Une origine musculaire peut être retrouvée chez de nombreux patients présentant
des douleurs cervicales aiguës ou chroniques. Elle est caractérisée par des douleurs à
la palpation des muscles, notamment des trapèzes. Elle survient plus souvent au
décours de traumatismes de type coup du lapin. Le syndrome myofascial fait
référence à des cervicalgies d’origine uniquement musculaire, avec présence de «
nœuds musculaires » sensibles à la palpation. Il est souvent secondaire à une
mauvaise posture et un stress musculaire excessif.
Puisque les douleurs d’origine discale ou arthrosique irradient également en regard
des muscles paravertébraux et des trapèzes, il n’est pas toujours évident de
différencier ces douleurs en pratique courante, et plusieurs origines de douleurs
peuvent s’associer chez un même patient.

 3.1.4 - Facteurs de risque des cervicalgies communes aiguës


Les différents facteurs de risque associés aux cervicalgies communes aiguës à
rechercher sont :
 traumatismes ou microtraumatismes répétés, directs ou indirects ;
 troubles de la statique rachidienne ;
 tabagisme ;
 génétique (antécédents familiaux) ;
 sédentarité (+++).
 3.1.5 - Facteurs de chronicisation des cervicalgies
communes aiguës
Le pronostic d’une cervicalgie aiguë est favorable. L’évolution varie de quelques jours
pour un torticolis à plusieurs semaines ou mois dans les formes subaiguës ou
chroniques.
Certains facteurs peuvent favoriser la chronicisation de la cervicalgie aiguë commune.
Ils sont psychosociaux (drapeaux jaunes) et/ou professionnels (drapeaux noirs) et sont
résumés dans le tableau 3.3.

Tableau. 3.3. Indicateurs associés avec le risque de chronicisation et/ou


d’incapacité prolongée : indicateurs psychosociaux (drapeaux jaunes) et
professionnels (drapeaux noirs).

Drapeaux jaunes Drapeaux noirs


Indicateurs psychosociaux d’un risque accru de passage à la Facteurs de pronostic liés à la
chronicité et/ou d’incapacité prolongée politique de l’entreprise, au
système de soins et d’assurance
Indicateurs professionnels d’un
risque accru de passage à la
chronicité et/ou d’incapacité
prolongée
– Problèmes émotionnels tels que la dépression, l’anxiété, le – Politique de l’employeur
stress, une tendance à une humeur dépressive et le retrait des empêchant la
activités sociales réintégration progressive
– Attitudes et représentations inappropriées par rapport au mal ou le changement de
de dos, comme l’idée que la douleur représenterait un danger poste
ou qu’elle pourrait entraîner un handicap grave, un – Insécurité financière
comportement passif avec attentes de solutions placées dans – Critères du système de
des traitements plutôt que dans une implication personnelle compensation
active (catastrophisme) – Incitatifs financiers
– Comportements douloureux inappropriés, en particulier – Manque de contact avec
d’évitement ou de réduction de l’activité, liés à la peur (fausses le milieu de travail
croyances) – Durée de l’arrêt maladie
– Problèmes liés au travail (insatisfaction professionnelle ou
environnement de travail jugé hostile), problèmes liés à
l’indemnisation (rente, pension d’invalidité)
– Recherche de bénéfices secondaires

 3.1.6 - Imagerie des cervicalgies communes


La Haute Autorité de santé (HAS) a édicté des recommandations sur les
indications de l’imagerie pour les cervicalgies non traumatiques.
En synthèse :
 en présence de drapeaux rouges et donc de suspicion de cervicalgie secondaire, l’imagerie
est indiquée d’emblée : dans ce cas, l’IRM est indiquée ;
 en l’absence de drapeaux rouges et donc dans la situation d’une cervicalgie commune, il n’y
a pas d’indication à réaliser des examens d’imagerie. Ils seront envisagés seulement si la
cervicalgie commune évolue depuis plus de 4 à 6 semaines : dans ce cas, la radiographie
standard est appropriée ;
 il n’y a pas d’indication à renouveler le même examen d’imagerie en l’absence de
modification des symptômes.

 3.1.7 - Traitement des cervicalgies communes


Principes généraux
Comme dit précédemment, l’évolution est majoritairement favorable. Il n’y a pas
d’indication chirurgicale pour des cervicalgies dites communes.
On ne traite pas une image, mais la symptomatologie d’un patient, du fait de la
dissocia-tion radioclinique (ou anatomoclinique).
L’identification de l’origine de la cervicalgie commune est importante pour mieux
orienter la prise en charge thérapeutique. Une prise en charge active et précoce,
tenant compte du contexte global, notamment socioprofessionnel et psychologique,
peut permettre d’éviter un passage à la chronicité, qui est toujours de prise en
charge beaucoup plus difficile.
On se méfiera de l’escalade thérapeutique et des traitements dont la balance
bénéfice-risque n’est pas favorable. Ainsi, la corticothérapie n’est pas efficace dans
les rachialgies communes, les décontractants musculaires n’ont pas été validés et les
opioïdes forts doivent être évités devant le risque important et grave de dépendance.

Cervicalgies aiguës
Le traitement médical est d’abord symptomatique avec, dans les formes aiguës, des
antalgiques à posologie suffisante et des AINS. Les corticoïdes par voie générale sont
inefficaces.
Le port d’un collier cervical antalgique peut être envisagé, sans autre
immobilisation stricte que celle imposée par les douleurs. La kinésithérapie n’est pas
indiquée car d’action très limitée devant un syndrome cervical aigu, avec le plus
souvent la seule possibilité de techniques antalgiques type chaleur locale.
Une manipulation cervicale ne peut être réalisée qu’après une enquête diagnostique
exhaustive. Elle n’est pas recommandée et sa place doit tenir compte de la balance
bénéfice-risque, qui n’est pas formellement établie. En effet, la survenue d’une
dissection artérielle post-manipulation est certes rare, mais grave.
Cervicalgies chroniques
Dans les formes chroniques, le traitement symptomatique est moins efficace. Les
AINS sont réservés aux poussées douloureuses, prescrits sur de courtes périodes.
Les antalgiques doivent être limités aux paliers I ou II.
Une prise en charge psychosociale est nécessaire, si des facteurs de risque sont
identi-fiés (drapeaux jaunes ou noirs) à l’interrogatoire.
La place la plus importante est celle de la rééducation : outre les méthodes
antalgiques (massage, chaleur, neurostimulation), travail de proprioception, de
renforcement des muscles spinaux, de postures, de tractions douces.
L’acupuncture pourrait avoir des propriétés antalgiques. La place des
manipulations cervicales est discutée, car elles peuvent avoir des complications
graves, comme une dissection artérielle. De nombreuses techniques utilisées ne sont
pas validées, comme le laser, les ultrasons.
Des infiltrations des zygapophyses peuvent être proposées, sous contrôle scopique
ou scannographique ou échographique, rarement pratiquées du fait des risques
neurolo-giques inhérents à une erreur technique.

Prévention
L’adaptation du poste de travail et la pratique des gestes d’hygiène quotidienne
sont autant de mesures préventives de cervicalgies. Elle peut faire l’objet d’une
analyse en milieu professionnel, avec recherche de mesures adaptées avec le
médecin du travail, par exemple pour les cervicalgies en rapport avec une activité
prolongée sur un écran d’ordinateur ou avec un téléphone portable (« text-neck »).

 3.2 - Lombalgies communes


 3.2.1 - Définition, prévalence
On appelle lombalgie « commune » une douleur située entre la charnière
thoraco-lombaire et le pli fessier inférieur sans signe évocateur de lombalgie
symptomatique (c’est-à-dire sans drapeau rouge).
On peut trouver une composante discale, arthrosique, ou liée à une dysfonction
musculaire à ces douleurs, composantes souvent associées.
Il est proposé d’utiliser les termes de :
 « poussée aiguë de lombalgie » plutôt que lombalgie aiguë afin d’englober les douleurs
aiguës avec ou sans douleur de fond préexistante, nécessitant une intensification
temporaire des traitements ou entraînant une diminution temporaire des capacités
fonctionnelles ;
 « lombalgie à risque de chronicité » pour les patients ayant une durée d’évolution de la
lombalgie inférieure à 3 mois et présentant un risque élevé d’absence de résolution de la
lombalgie (présence de drapeaux jaunes et noirs) ;
 « lombalgie récidivante » en cas de récidive de lombalgie dans les 12 mois. Elle doit être
considérée comme une lombalgie à risque de chronicité. Il convient d’identifier ces
lombalgies à risque de chronicité, sans limites temporelles nettes, mais nécessitant une
prise en charge plus intensive pour éviter le passage à la chronicité.
La prévalence clinique des lombalgies communes est aux alentours de 70 %, avec
un pic vers les âges de 50 à 65 ans, ce qui en fait l’affection la plus invalidante au
monde en termes de nombre de jours de douleurs, de handicap ou d’arrêt de travail.
Les récidives sont fréquentes (environ 20 %). Leur coût est majeur pour les sociétés,
surtout les formes chroniques. En effet, ces 10 % de formes chroniques représentent
80 % des coûts de l’ensemble des lombalgies communes. La recherche de facteurs de
risque de chronicisation (drapeaux jaunes et drapeaux noirs) doit donc être
systématique et la prise en charge adaptée (cf. tableau 3.3).

 3.2.2 - Sémiologie des lombalgies communes


L’interrogatoire doit préciser les circonstances de survenue : après un effort, une
activité sportive, une activité professionnelle, un traumatisme, une posture ou une
mauvaise position, mais les douleurs surviennent parfois sans cause retrouvée. Les
efforts de soulèvement (en faisant levier avec son rachis) ou de rotations sont plus
particulièrement responsables de lombalgies d’origine discale.
La douleur est lombaire basse, le plus souvent lombofessière. Des irradiations
douloureuses sont fréquemment associées, dans la région sacrée, vers les épines
iliaques postéro-supérieures, la face postérieure de la cuisse, plus rarement la fosse
iliaque, la région hypogastrique et le pli inguinal.
Le rythme de la douleur est mécanique : diurne, augmentant avec l’activité ou le port
de charges, les efforts, la station debout ou assise prolongée, soulagée par le repos
et le décubitus.
Le caractère impulsif à la toux, l’éternuement ou à la défécation oriente vers une
origine discale.
On retrouve souvent des épisodes antérieurs semblables, d’évolution favorable, avec
parfois persistance d’un fond douloureux chronique.

L’examen clinique se fait le malade debout, examiné de profil et de dos. Des vidéos
de sémiologie détaillant cet examen clinique sont disponibles sur le site du COFER :
[Link]
L’inspection cherche un trouble de la statique rachidienne :
 dans le plan sagittal : la présence d’une modification de la lordose lombaire ;
 dans le plan frontal : la présence d’une gibbosité en antéflexion évocatrice d’une scoliose
ancienne. À l’opposé, une attitude scoliotique du fait d’un déséquilibre lombopelvien ancien
disparaît en antéflexion. On cherchera aussi une attitude antalgique en rapport avec le
lumbago du fait de contractures musculaires pa-ravertébrales (raideur importante avec
attitude fixée en latéroflexion = signe de la baïonnette) ;
 à la marche pour éliminer un trouble de la marche ou une asymétrie importante des
membres inférieurs.
L’examen clinique inclut :
 la recherche de points douloureux à la palpation rachidienne, interépineux ou paraver-
tébraux, diffus ou focaux et de valeur localisatrice ;
 l’étude des mobilités du rachis lombaire (antéflexion et extension, latéroflexions, rotations) ;
la raideur est fréquente en cas de lumbago, alors que les mobilités sont subnormales dans
la lombalgie chronique ;
 la recherche d’un syndrome cellulo-myalgique, avec une hyperpathie et des paresthésies ou
hyperesthésies au palper et rouler de la peau en regard des zones douloureuses (orientant
vers une atteinte des zygapophyses).
L’examen des sacro-iliaques, des hanches et des fessiers dans le cadre du diagnostic
différentiel.
L’examen neurologique sera normal (inhérent à la définition de la lombalgie
commune).
 3.2.3 - Tableau clinique en fonction de l’origine des
lombalgies communes
Lombalgies d’origine discale
La douleur d’origine discale est multifactorielle : fissure ou arrachement de
l’annulus fibrosus, dégénérescence du nucleus pulposus, protrusion saillant en
arrière sur une zone richement innervée, lésions ligamentaires (ligament longitudinal
postérieur, interé-pineux), musculaires. Le tableau peut être aigu (typiquement le
lumbago) ou chronique.
Dans le cas d’une lombalgie aiguë, ou lumbago, la douleur est secondaire au contact
du nucleus pulposus avec les structures postérieures, richement innervées. La
douleur est alors vive et s’accompagne le plus souvent d’une contracture musculaire
intense.
On est orienté vers une origine discale devant les éléments suivants :
 âge entre 20 et 60 ans ;
 facteur déclenchant immédiat lors d’un effort ou traumatisme ;
 antécédents similaires rapidement favorables ;
 lombalgie médiane ;
 caractéristiques mécaniques de la douleur ;
 impulsivité de la douleur à la toux, le rire, la défécation, l’éternuement ;
 contracture musculaire avec attitude antalgique.
La principale complication est une radiculalgie dans le membre inférieur (sciatique le
plus souvent) et la gravité une très rare compression de la queue de cheval (cf. item
93 au chapitre 2).
Lombalgie d’origine arthrosique
L’origine dégénérative est suspectée chez les patients les plus âgés, associant à des
de-grés divers discarthrose et arthrose des zygapophyses, dont la part respective
imputable aux douleurs est souvent difficile à déterminer. Le tableau est plus
torpide, parfois émaillé d’épisodes plus aigus, souvent sans raideur rachidienne
majeure.
On est orienté vers une origine arthrosique devant les éléments suivants :
 âge > 50 ans ;
 lombalgie médiane ou unilatérale, de rythme mécanique pas toujours caractéristique ;
 douleur favorisée par l’hyperextension et le procubitus, et surtout améliorée par
l’antéflexion ;
 douleurs référées à distance, sans trajet précis : fesses-cuisses-épines iliaques ;
 hyperesthésie de ces zones douloureuses au « palper-rouler » (syndrome cellulo-téno-
myalgique).
L’atteinte arthrosique est favorisée par une hyperlordose, un surpoids avec sangle
mus-culaire abdominopelvienne déficiente (syndrome trophostatique), ainsi que des
troubles de la statique rachidienne (scoliose, dysplasies et instabilités
discovertébrales).
Le risque est beaucoup plus rarement une radiculalgie et la complication principale
un canal rachidien rétréci avec une claudication d’origine radiculaire.
Lombalgie d’origine musculaire
Une origine musculaire peut être retrouvée chez de nombreux patients présentant
des douleurs lombaires aiguës ou chroniques. Elle est caractérisée par des douleurs
à la pal-pation des muscles, notamment des muscles paravertébraux. Comme les
douleurs d’origine discale ou arthrosique irradient également en regard des muscles
paraverté-braux, il n’est pas toujours évident de différencier ces douleurs en pratique
courante, et plusieurs origines de douleurs peuvent s’associer chez un même patient.

 3.2.4 - Facteurs de risque des lombalgies communes aiguës


On évalue les divers facteurs de risque :
 traumatismes ou microtraumatismes répétés, directs ou indirects ;
 certaines activités professionnelles à risque de lombalgie, notamment si port de
charge importante, stress professionnel, vibrations répétées (marteau-piqueur…) ;
 troubles de la statique rachidienne ;
 surpoids ;
 tabagisme ;
 génétique (antécédents familiaux) ;
 sédentarité (+++).

 3.2.5 - Facteurs de chronicisation des lombalgies communes


aiguës
Le pronostic est favorable. L’évolution varie de quelques jours pour un lumbago à
plu-sieurs semaines ou mois dans les formes subaiguës ou chroniques.
Certains facteurs peuvent favoriser la chronicisation de la lombalgie aiguë
commune. Ils sont psychosociaux (drapeaux jaunes) et/ou professionnels (drapeaux
noirs) et sont résumés dans le tableau 3.3.
Parmi ces facteurs de risque de chronicisation, les connaissances et croyances liées à
la lombalgie sont importantes à évaluer. Une partie des douleurs est d’origine
musculaire : il ne s’agit pas, en général, d’une perte de quantité de muscles mais
d’une perte de fonc-tion : les muscles sont contractés en permanence et ne se
relâchent plus. Ce mécanisme de douleurs musculaires a bien été mis en évidence
par des études utilisant des électro-myogrammes. Le comportement du patient
influe directement les douleurs par ce biais : si le patient pense que son dos est «
fragile » (peur de ce qu’on lui a dit, des examens complémentaires qui montreraient
une atteinte « dégénérative »…), il va contracter invo-lontairement ses muscles
spinaux, afin de protéger son dos et également afin d’éviter les mouvements qui
favorisent les douleurs. Ce mécanisme, qui peut être protecteur à la phase tout
initiale de la lombalgie, devient une des sources de douleurs dans leur chronicisation.
Les comportements et croyances à rechercher sont (tableau 3.3) :
 une peur du mouvement (kinésiophobie) ;
 une pensée que les douleurs sont liées à des lésions irréversibles ;
 une pensée que l’évolution de ses douleurs risque d’être défavorable (catastrophisme) ;
 une anxiété ;
 une dépression ;
 un sentiment d’incompréhension, d’injustice par rapport à son entourage familial, social ou
professionnel.
 3.2.6 - Imagerie des lombalgies communes
La Haute Autorité de santé (HAS) a édicté des recommandations sur les
indications de l’imagerie pour les lombalgies communes.
En synthèse :
 en présence de drapeaux rouges et donc de suspicion de lombalgie secondaire, l’imagerie
par IRM est indiquée d’emblée
 en l’absence de drapeaux rouges et donc dans la situation d’une lombalgie commune, il n’y
a pas d’indication à réaliser des examens d’imagerie. Il est recommandé d’expliquer au
patient pourquoi une imagerie n’est pas nécessaire. Il est important d’expliquer au patient
l’absence de corrélation systématique entre les symptômes et les signes radiologiques. Il est
recommandé d’expliquer et de dédramatiser les termes médicaux et techniques des
comptes rendus d’imagerie ;
 selon la HAS, les examens d’imagerie seront envisagés seulement si la lombalgie commune
évolue depuis plus de 3 mois. Dans ce cas, l’IRM est recommandée (ou un scanner en cas de
contre-indication à l’IRM) ;
 il n’y a pas d’indication à renouveler l’imagerie en l’absence de modification des symptômes
;
 une radiographie du rachis lombaire de face et profil (fig. 3.5) peut être indiquée dans le
cadre de trouble de la statique rachidienne ou à la recherche d’une instabilité.
Dans le cadre d’une arthrose zygapophysaire évoluée, un pseudo-spondylolisthésis peut
s’observer (fig. 3.6). Celui-ci correspond au glissement d’une vertèbre lombaire par rap-port
à la vertèbre située en dessous, en lien avec une perte de fonction des articulations
zygapophysaires correspondantes.
Fig. 3.5. Discopathie L5-S1 à la radiographie standard.
Fig. 3.6. Rachis lombaire normal et pseudo-spondylolisthésis par arthrose
zygapophysaire.

 3.2.7 - Traitement des lombalgies communes


Principes généraux
Parce que leur évolution est majoritairement favorable, il n’y a qu’exceptionnellement
une indication chirurgicale pour des lombalgies dites communes. Il faut rassurer le
patient sur le caractère bénin de la lombalgie, l’encourager à rester actif.
On ne traite pas une image, mais la symptomatologie d’un patient, du fait de la
dissocia-tion radioclinique (ou anatomoclinique).
Une prise en charge active et précoce, tenant compte dans la globalité de l’ensemble
du contexte, notamment socioprofessionnel et psychologique, peut permettre
d’éviter un passage à la chronicité, toujours de prise en charge beaucoup plus
difficile. Elle inclura la réassurance (expliquer que le dos, même douloureux, est
solide) et la reprise du mou-vement est essentielle pour la prise en charge de la
lombalgie et pour limiter les réci-dives.
On se méfiera de l’escalade thérapeutique et des traitements dont la balance
bénéfice-risque n’est pas favorable. Ainsi, la corticothérapie n’est pas efficace dans
les rachialgies communes, les décontracturants musculaires n’ont pas été validés et
les opioïdes forts doivent être évités devant le risque important et grave de
dépendance.
Lombalgies aiguës
 Le traitement est d’abord symptomatique avec, dans les formes aiguës, des antal-
giques à posologie suffisante et des AINS. Ces traitements diminuent l’intensité de
la douleur, mais ne modifient pas l’évolution de la lombalgie ; ils ne sont pas
obligatoires.
 Les décontracturants ne sont pas validés.
 Les corticoïdes par voie générale sont inefficaces.
 Le port d’une ceinture de soutien lombaire à visée antalgique peut être envisagé,
sans autre immobilisation stricte que celle imposée par les douleurs.
Lombalgies chroniques ou à risque de chronicité
 Dans les formes chroniques, le traitement symptomatique est moins efficace. Les AINS sont
réservés aux poussées douloureuses, prescrits sur de courtes périodes. Les antalgiques
doivent être limités aux paliers I ou II.
 Une prise en charge psychologique et/ou comportementale est indiquée si des facteurs de
risque sont identifiés (drapeaux jaunes ou noirs) à l’interrogatoire.
 Mais la place la plus importante est celle de la rééducation :
– les méthodes antalgiques (massage, chaleur) ont un effet seulement de court terme ;
– il faut axer la prise en charge rééducative sur le travail de proprioception, de renforcement
des muscles spinaux et abdominopelviens, de postures et de tractions douces ;
– on pourra insister dans les formes chroniques ou récidivantes sur l’autorééducation, à
poursuivre sur le long cours, et l’éducation thérapeutique, avec des prises en charge
multidisciplinaires associant des séances d’éducation et de conseils, des exercices
physiques intensifs et une prise en charge psychologique ;
– les traitements les plus efficaces semblent être ceux de type exposition gra-duelle, afin
d’agir sur les composantes musculaires, mais également comportementales.
 La prise en charge socioprofessionnelle est importante, afin d’adapter si besoin le poste
de travail ou de faciliter une reprise professionnelle. En pratique, les patients peuvent
contacter leur médecin du travail, y compris durant un arrêt de travail, pour évaluer les
actions pouvant être mises en place.
 La reprise des activités physiques est conseillée, y compris si le patient est toujours
douloureux. Dans ce cas, elle doit être réalisée très progressivement, à une intensité faible à
modérée pour commencer. Aucun sport n’est contre-indiqué avec une lombal-gie, même si
des activités douces sont plus adaptées chez les personnes auparavant non sportives. La
meilleure activité physique est celle qui plaît au patient et qui est fa-cilement réalisable, car
c’est celle qui sera maintenue sur le long terme.
Autres prises en charge thérapeutiques
 il faut axer la prise en charge rééducative sur le travail de proprioception, de
renforcement des muscles spinaux et abdominopelviens, de postures et de tractions
douces ;
 Des manipulations peuvent faire céder une contracture musculaire rebelle.
 La correction d’un trouble statique peut être indiquée (inégalité de longueur de membre si
> 2 cm).
 L’intérêt du port d’un corset en coutil, plus ou moins renforcé, est débattu ; il pourrait être
d’une certaine aide en cas de travail de force.
 Les cures thermales peuvent éventuellement être proposées dans des cas de polyarthrose
invalidante.
 La perte de poids associée au travail de renforcement musculaire est utile en cas de
syndrome trophostatique.
 Des infiltrations cortisoniques sont parfois proposées au niveau des zygapophyses, sous
contrôle radioscopique ou scannographique ou échographique, en poussée inflammatoire
arthrosique. Néanmoins, aucune efficacité de ces infiltrations n’est prouvée par rapport à
un placebo.
 De même, la thermocoagulation, permettant de détruire l’innervation des zygapophyses
grâce à une sonde thermique introduite par voie percutanée sous contrôle radioscopique,
donne des résultats inconstants et discutés
 Des infiltrations cortisoniques intradiscales ont été proposées avec un certain résultat, mais
de courte durée lors des atteintes inflammatoires de type Modic 1 en IRM.
 L’indication chirurgicale dans les lombalgies communes reste exceptionnelle [[Link] ?],
limitée à des cas avérés d’instabilité discovertébrale. Elle peut proposer une arthrodèse
voire une prothèse discale, après concertation multidisciplinaire.

 4 - Dorsalgies
Les douleurs en regard du rachis thoracique sont avant tout à considérer comme des
drapeaux rouges.
On recherchera systématiquement une atteinte viscérale avec des douleurs référées au
niveau du rachis thoracique. La réalisation d’examens complémentaires sera systématique.
Les dorsalgies communes sont beaucoup plus rares : prévalence de 10 à 20 %, deux fois plus
fréquente chez les femmes. Elles ont pour origine le plus souvent des lésions mécaniques du
rachis thoracique et des articulations costovertébrales.

 4.1 - Sémiologie des dorsalgies


L’interrogatoire précise les circonstances de survenue, le siège, le rythme, mécanique ou
inflammatoire, le mode évolutif, l’absence de signes généraux ou de contexte particulier.
L’examen clinique ne se limitera pas à l’examen du rachis :
 l’examen général sera attentif : pleuropulmonaire, cardiovasculaire, abdominal, des fosses
lombaires. On cherchera en particulier une asymétrie tensionnelle, l’abolition d’un pouls, un
souffle aortique ;
 l’examen neurologique cherchera une hypoesthésie suspendue en ceinture (syndrome
lésionnel) ;
 une fois les étiologies viscérales et les complications neurologiques éliminées, on
complétera l’examen clinique avec l’évaluation d’un trouble de la statique du rachis
(scoliose, hypercyphose) ;
 la présence de points douloureux vertébraux et paravertébraux à la palpation ainsi qu’une
douleur à la mise en compression de la cage thoracique pour mobiliser les articulations
costovertébrales sont évocatrices d’atteinte mécanique. La mobilité est évaluée en flexion et
en extension du rachis thoracique et avec la mesure de l’ampliation thoracique.

 4.2 - Examens complémentaires des dorsalgies


Des examens complémentaires radiologiques doivent être effectués systématiquement :
radiographies du rachis thoracique de face et profil, debout.
Au moindre doute et selon le contexte, on fait pratiquer des dosages biologiques
d’inflammation (CRP voire VS, NFS, électrophorèse des protides), une radiographie des
poumons, un ECG, une scintigraphie osseuse, une endoscopie œsogastroduodénale, une
échographie abdominale ou un scanner, une IRM.

 4.3 - Étiologie des dorsalgies


Il faut avant tout éliminer de principe une dorsalgie dite « secondaire » d’origine non
mécanique. On sera alerté par un début insidieux, une évolution progressivement croissante,
un rythme inflammatoire typiquement insomniant, le caractère rebelle aux traitements
symptomatiques, l’intensité des douleurs, les localisations multiples ou atypiques, le contexte
et les antécédents (tumoraux et infectieux, notamment).
La recherche de drapeaux rouges sera systématique (cf. tableau 3.2).
Les étiologies secondaires et viscérales seront à évoquer de première intention. Les
principales sont résumées dans les tableaux 3.1 et 3.4.
Tableau 3.4 Résumé des principales étiologies secondaires des rachialgies,
en fonction de l’étage rachidien.

Étiologie Localisation Localisation thoracique Localisation lombaire


cervicale
Tumorale Les atteintes tumorales vertébrales sont essentiellement secondaires :
vertébrale métastases (surtout lytiques, parfois condensantes) de cancer solide ou
des localisations myélomateuses ou d’une hémopathie ; les tumeurs
malignes vertébrales sont plus rares
La radiographie peut suffire à affirmer le diagnostic de tumeur maligne
(lyse, parfois condensation), mais l’IRM est beaucoup plus sensible
d’une part, et elle montrera d’éventuelles complications d’autre part
(épidurite avec risque neurologique) ; une biopsie dirigée (scanner,
échographie) pourra être utile si le diagnostic de l’origine de la tumeur
n’est pas certain
Les tumeurs vertébrales primitives bénignes sont rares et se voient
surtout chez l’enfant et l’adulte jeune : ostéoblastome, tumeur à cellules
géantes, kyste anévrismal, ostéome ostéoïde, granulome éosinophile, sauf
l’angiome vertébral ; celui-ci se voit chez l’adulte, est fréquemment associé
en IRM à une dégénérescence graisseuse et rassurante, et a très rarement
des formes symptomatiques et évolutives

Tumorale Les tumeurs intrarachidiennes sont rares, dominées par le neurinome et le


intrarachidienne méningiome, qui sont bénins ; il existe de rares tumeurs malignes graves, de type
astrocytome ou épendymome ; la biopsie à visée diagnostique sera chirurgicale
Infectieuse Spondylodiscite septique ou, plus rarement, spondylite, avec un diagnostic
bactériologique indispensable
Inflammatoire La spondyloarthrite La spondyloarthrite est à La spondyloarthrite est à
est à évoquer par évoquer par sa prévalence évoquer par sa prévalence (0,3
sa prévalence (0,3 (0,3 %) %)
%) Les dorsalgies peuvent Les lombalgies sont associées à
L’IRM peut mettre être révélatrices des fessalgies (sacro-iliite) de
en évidence des L’IRM peut mettre en rythme typiquement
atteintes évidence des atteintes inflammatoire
inflammatoires des inflammatoires des coins L’IRM peut mettre en évidence
coins vertébraux vertébraux (Romanus) et des atteintes inflammatoires des
(Romanus) et des des spondylodiscites coins vertébraux (Romanus) et
spondylodiscites aseptiques des spondylodiscites aseptiques
aseptiques Les articulations
costovertébrales et
costotransversaires
peuvent aussi être
atteintes
La polyarthrite La polyarthrite rhumatoïde La polyarthrite rhumatoïde
rhumatoïde peut respecte le rachis respecte le rachis lombaire
être responsable thoracique
d’une atteinte de
C1-C2
L’atteinte péri- Les calcifications discales Les calcifications discales sont
odontoïdienne est sont une étiologie trop une étiologie trop souvent
caractéristique de souvent méconnue de méconnue de lombalgies, alliant
la chondrocalcinose dorsalgies, alliant une une composante mécanique,
Étiologie Localisation Localisation thoracique Localisation lombaire
cervicale
composante mécanique, mais aussi parfois inflammatoire
mais aussi parfois ; elles peuvent aboutir à une
inflammatoire ; elles véritable spondylodiscite
peuvent aboutir à une microcristalline : apatite
véritable spondylodiscite carbonatée de localisation
microcristalline : apatite nucléaire ou pyrophosphate au
carbonatée de localisation niveau de l’annulus dans le
nucléaire ou cadre d’une chondrocalcinose
pyrophosphate au niveau Les dépôts uratiques sont
de l’annulus dans le cadre beaucoup plus rares, dans le
d’une chondrocalcinose cadre de gouttes florides et très
Les dépôts uratiques sont avancées
beaucoup plus rares, dans
le cadre de gouttes
florides et très avancées
Fracturaire Les fractures Les fractures spontanées Les fractures
spontanées ou ou après un traumatisme spontanées ou après
après un modéré des 4 premières un traumatisme
traumatisme vertèbres thoraciques modéré des vertèbres
modéré des doivent faire évoquer une lombaires sont le plus
vertèbres cervicales étiologie maligne souvent en rapport
doivent faire Les atteintes des autres avec une ostéopathie
évoquer une vertèbres thoraciques sont déminéralisante,
étiologie maligne le plus souvent en rapport essentiellement
avec une ostéopathie l’ostéoporose
déminéralisante,
essentiellement
l’ostéoporose

 4.3.1 - Dorsalgies mécaniques


Les dorsalgies mécaniques sont beaucoup moins fréquentes que les cervicalgies et
les lombalgies communes. De plus, il faut se méfier d’une authentique cervicalgie
avec dou-leur projetée interscapulaire, justifiant un examen clinique attentif de tout
le rachis en cas de dorsalgie.
Leurs étiologies sont les suivantes.
Scoliose
Elle est souvent asymptomatique, évolutive pendant la croissance, maximale à
l’adolescence, justifiant alors une surveillance attentive. Des lésions dégénératives
peu-vent devenir symptomatiques (interapophysaires ou costovertébrales) avec le
vieillissement.

Maladie de Scheuermann
C’est une épiphysite de croissance à l’adolescence, altérant les plateaux vertébraux
(ir-régularités, hernies intraspongieuses), souvent asymptomatique. Elle peut faire le
lit de dégénérescences discales ultérieures.

Hernie discale
Elle est rare au niveau thoracique, parfois post-traumatique, pouvant se manifester
par un syndrome lésionnel (douleur en hémiceinture) et sous-lésionnel (cf. item 93 au
cha-pitre 2).
Elle peut être calcifiée.
Elle peut être également asymptomatique.

Arthrose costovertébrale
Elle est favorisée par les troubles de la statique vertébrale (scoliose). Elle est de
diagnostic difficile, souvent asymptomatique également.

Arthrose des zygapophyses


Elle est également favorisée par les troubles de la statique vertébrale et avec une
impu-tabilité clinique difficile à déterminer.

 4.4 - Traitement des dorsalgies


Les causes viscérales ou les dorsalgies secondaires font l’objet de traitements spécifiques
à chacune d’entre elles.
Les dorsalgies mécaniques peuvent faire l’objet de traitements symptomatiques et de
kinésithérapie. Des infiltrations ciblées sont à peser avec prudence compte tenu des risques
liés à ce type de geste au niveau thoracique.

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