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Greffe de cellules souches pour SEP

Le document traite de l'autogreffe de moelle osseuse comme option thérapeutique pour la sclérose en plaques, une maladie touchant 120 000 personnes en France. Bien que des essais cliniques montrent son efficacité, son utilisation reste limitée en raison de divers facteurs, y compris des préoccupations sur la sélection des patients et les traitements disponibles. Le témoignage de David Fruchtman illustre la quête de solutions alternatives face à cette maladie complexe.

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Greffe de cellules souches pour SEP

Le document traite de l'autogreffe de moelle osseuse comme option thérapeutique pour la sclérose en plaques, une maladie touchant 120 000 personnes en France. Bien que des essais cliniques montrent son efficacité, son utilisation reste limitée en raison de divers facteurs, y compris des préoccupations sur la sélection des patients et les traitements disponibles. Le témoignage de David Fruchtman illustre la quête de solutions alternatives face à cette maladie complexe.

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Portrait

Un archéologue
affûté
Issu d’une lignée de
bateliers, non bachelier,
Miguel Biard détonne
parmi ses collègues
universitaires, qui louent
sa connaissance intime
de la taille de silex
PAG E 8

La greffe contre la sclérose en plaques


Un test osseux
trop peu précis
Peut­on se fier à des
radiographies pour
déterminer si des
migrants sont mineurs?
Le Conseil constitution­
nel va se prononcer sur
un test dont les larges
marges d’erreur
sont dénoncées par
le monde médical
PAG E 2

Coupes IRM, de profil et transverses, du cerveau de patients atteints de sclérose en plaques. BSIP
Les quatre états
de la conscience

D
Blood and Marrow Transplantation, EBMT). Mais
Cette maladie inflammatoire pascale santi
seuls dix­huit patients atteints de SEP ont ainsi été L’activité du cerveau
affectant le système nerveux es thérapies cellulaires pourraient­ traités en France. Comment expliquer ce retard? fluctue, impliquant
elles freiner la progression de cer­ Rappelons d’abord ce qu’est la sclérose en pla­
central touche 120 000 personnes taines formes de sclérose en pla­ ques. Maladie à la fois inflammatoire et neuro­ un nombre varié
en France. Les traitements ques (SEP), voire la faire régresser? dégénérative, elle est extrêmement hétérogène. de structures cérébrales
Connue principalement dans le Touchant près de 120000 personnes en France,
généralement mis en avant ne domaine de l’oncologie depuis près de cinquante pour les trois quarts des femmes, elle se déclare
parfois distantes.
La comparaison de cette
permettent au mieux que de ans, l’autogreffe de cellules souches hématopoïé­ de plus en plus jeune, selon les derniers chiffres
tiques (CSH), issues de la moelle osseuse, consiste de la Fondation Aide à la recherche sur la sclérose activité chez des sujets
retarder et d’alléger les symptômes. à «nettoyer» le système immunitaire et peut être en plaques (Arsep). Dans cette maladie auto­
sains et des patients
une approche thérapeutique dans certaines immune, les cellules immunitaires, en particu­
Pourtant, des essais cliniques ont maladies auto­immunes, notamment la SEP. Une lier les lymphocytes, en viennent à s’attaquer à la souffrant d’altération
montré l’efficacité de l’autogreffe nouvelle étude, publiée dans Journal of the Ameri­
can Medical Association (JAMA), le 15 janvier,
gaine de myéline qui protège et isole les fibres
nerveuses du système nerveux central. Cette
de la conscience
de moelle dans certaines confirme des résultats encourageants obtenus dysfonction du système immunitaire provoque a permis de distinguer
indications. Pourquoi celle-ci depuis vingt ans en Europe.
Fin 2018, environ 2800 autogreffes de CSH
des « plaques inflammatoires » disséminées
dans le cerveau et la moelle épinière, et peut en­
quatre profils.
n’est-elle pas plus fréquemment avaient été réalisées pour des maladies auto­ traîner des lésions qui provoquent des perturba­ Elle pourrait aider
proposée aux patients ? Enquête immunes en Europe, dont un peu moins de la tions motrices, sensitives, visuelles et cognitives, à mieux diagnostiquer
moitié (1280) chez des patients touchés par la SEP, telles que baisse de la vue, faiblesse musculaire,
selon les données du registre de la Société euro­ fourmillements dans les bras ou les jambes…
ces troubles
péenne de greffe de moelle (European Society for → L I R E L A S UI TE PAG E S 4 - 5 PAG E 3

Cahier du « Monde » No 23045 daté Mercredi 13 février 2019 ­ Ne peut être vendu séparément
4|
ÉVÉNEMENT
·
LE MONDE SCIENCE & MÉDECINE
MERCREDI 13 FÉVRIER 2019

Les symptômes
           
       
        
           

ZZ Z 

Sclérose en plaques :
 


 

l’autogreffe de moelle, 

une option négligée








 


lement des infections (favorisées par l’immuno­ Passer d’un score d’EDSS de 4 à 3 peut vouloir    
▶ SUITE DE LA PREMIÈRE PAGE dépression) et des maladies auto­immunes. dire qu’il n’y a plus de problème de marche. Les   
Moins connue, l’autogreffe de CSH consiste à IRM ont également révélé une régression des
« réinitialiser » le système immunitaire dé­ lésions cérébrales. Par ailleurs, aucun décès ni
La majorité des personnes atteintes de SEP pré­ faillant. Les cellules souches hématopoïétiques complication grave ne sont survenus.
 
sentent des formes dites « rémittentes­récur­ sont prélevées dans le sang du patient. Celui­ci D’autres études avaient déjà montré que l’auto­
   
rentes », qui se caractérisent par des poussées reçoit ensuite une chimiothérapie intensive qui greffe de CSH pouvait supprimer les traces de la
aiguës, suivies de rémission, avec ou sans sé­ détruit son système immunitaire – on parle maladie pendant quatre à cinq ans chez 70% à
quelles. Après des années, la forme secondaire d’aplasie. Les cellules T autoréactives, qui possè­ 80 % des patients, un taux supérieur à celui
progressive de la maladie survient et engendre dent la mémoire de la maladie, sont ainsi élimi­ obtenu avec n’importe quel autre traitement, 
des lésions et un handicap. La maladie peut nées. Congelées pendant la phase de chimiothé­ soulignait une étude publiée dans Nature en 
également être totalement bénigne, avec une rapie, les cellules souches hématopoïétiques juillet 2017. De même, une équipe canadienne
ou deux poussées et aucune séquelle. En 1868, sont réinjectées au patient, qui reconstitue alors menée par Harold Atkins (université d’Ottawa) a
Jean­Martin Charcot, l’un des premiers neurolo­ ses défenses immunitaires «remises à zéro». publié dans The Lancet en 2016 une étude mon­ SOURCES : ARSEP ; ASSURANCE MALADIE ; LE MONDE
gues à décrire la maladie, à l’hôpital de la trant que le traitement par greffe a pratiquement INFOGRAPHIE : MARIANNE BOYER
Salpêtrière, évoquait déjà « une affection poly­ Une qualité de vie améliorée arrêté toute nouvelle poussée chez 24 patients
morphe par excellence ». Les chercheurs travaillent à cette technique de­ âgés de 18 à 50 ans atteints des formes progressi­
«Depuis une quinzaine d’années, la photogra­ puis une vingtaine d’années, à l’instar de l’hé­ ves, évoluées, et de mauvais pronostic. En revan­
phie de la maladie a complètement changé, avec matologue Richard Burt (Feinberg School of che, une personne était décédée.
une panoplie thérapeutique solide», explique le Medicine, Northwestern University, Chicago). «L’article du Lancet a remis les projecteurs sur
neurologue Jean Pelletier (CHU La Timone, Mar­ L’étude qu’il vient de publier dans JAMA porte cette technique. C’est un traitement intéressant,
seille), président du conseil médico­scientifique sur 110 patients atteints de SEP dans la forme mais il doit être optimisé. Par exemple, des ques­
de la Fondation Arsep. Les immunomodulateurs « rémittente­récurrente », dont 73 femmes, ré­ tions demeurent sur les cellules souches qui doi­ «LE MESSAGE FORT
(interférons­bêta et copolymères) sont disponi­ fractaires à trois médicaments, et qui avaient vu vent être sélectionnées et sur la chimiothérapie
bles depuis une vingtaine d’années, complétés leurs symptômes s’aggraver au moins deux fois qui doit être proposée», souligne Caroline Papeix, EST DE DIRE QUE CETTE
plus récemment par des traitements immuno­ dans l’année. Agés en moyenne de 36 ans, la neurologue à la Pitié­Salpêtrière. Les auteurs APPROCHE THÉRAPEUTIQUE
suppresseurs par voie orale (diméthyl fumarate, moitié des patients a reçu un traitement stan­ eux­mêmes plaidaient pour une confirmation
tériflunomide). D’autres traitements dits de dard et l’autre a subi une greffe de cellules sou­ de leurs travaux par d’autres essais randomisés, A TOUTE SA PLACE
deuxième ligne (mitoxantrone, natazimulab, ches. Résultat : un an plus tard, les patients qui notamment en comparant l’autogreffe aux DANS LA PRISE EN CHARGE
fingolimod, ocrelizumab, alemtuzumab, cladri­ ont bénéficié du traitement d’autogreffe de CSH médicaments les plus puissants du marché.
bine) sont utilisés soit parce que la maladie est présentaient une progression moins rapide, Pour l’interniste Dominique Farge, spécialiste DE CETTE MALADIE»
d’emblée agressive, soit parce que les premiers seuls trois d’entre eux (5 %) ont vu la maladie des maladies auto­immunes à l’hôpital Saint­ JEAN PELLETIER
ne fonctionnent pas. Ce sont des anticorps évoluer, contre 60 % de ceux qui avaient un trai­ Louis, qui travaille sur cette question depuis
NEUROLOGUE
monoclonaux ou des immunosuppresseurs. Ces tement médicamenteux. De même, leur score une vingtaine d’années, « l’autogreffe peut être
médicaments, parfois inefficaces, ne sont pas de handicap neurologique EDSS et la qualité de une alternative aux traitements de deuxième
sans effets secondaires, parfois graves, principa­ vie se sont améliorés pour le premier groupe. ligne, à condition de bien sélectionner les

DAVID FRUCHTMAN, COMBATTANT CHERCHEUR


A ujourd’hui il va très bien.
Atteint d’une sclérose en
plaques (SEP) à 32 ans,
David Fruchtman (un pseudo­
nyme choisi afin de préserver le
extrêmement hétérogène. Une
dysfonction du système immu­
nitaire peut entraîner des lésions
susceptibles de provoquer des
handicaps, réversibles ou non.
En 2008, seules quelques centai­
nes de personnes dans le monde
en ont déjà bénéficié. Il découvre
que des essais cliniques ont été ef­
fectués avec cette approche, non
Vermersch (CHRU de Lille). Ce
dernier se souvient : « C’est un cas
d’exception. Il a eu raison. » « C’est
pas n’importe qui. Lui­même
chercheur, il a voulu savoir quels
«J’étais décidé à prendre tous les
risques pour déjouer un pronostic
sombre», écrit David Fruchtman.
Une violente poussée le rattrape
en octobre 2009: il perd pratique­
A travers cette publication, il
veut surtout faire bouger les li­
gnes. Pour que les patients soient
plus impliqués dans le choix
thérapeutique, qu’un dialogue se
secret médical) s’est battu pour Oscillant entre angoisse, pani­ sans risques, car elle est proposée étaient les meilleurs traite­ ment l’usage de ses mains, ce qui fasse autour de la prise en charge
subir une greffe de moelle os­ que, et exaltation, David Frucht­ le plus souvent à des patients à ments », renchérit le neurologue le plonge dans une angoisse terri­ de la maladie, notamment que
seuse, contre l’avis des neurolo­ man devient chercheur contre des stades trop avancés. Il est Jean­François Chermann, qui l’a ble et le décide à franchir ce pas, les neurologues s’ouvrent à
gues. Ce traitement a été effectué cette maladie. Peu satisfait de ce conscient de ne pas être éligible également rencontré. qu’il sait risqué. L’intervention se d’autres spécialités. Face à ce
fin 2010. Depuis, il se dit « en qu’il trouve sur Internet, il se au sens des essais thérapeutiques déroule fin 2010. Il décrit la lour­ monde médical, il avoue s’être
rémission complète». «Je n’ai plus plonge avec minutie dans la internationaux. « Guérir ou mourir » deur du traitement, supportée souvent senti très seul. Il oppose
de symptômes, plus aucune pous­ littérature scientifique, y scrute Lors de nombreuses consulta­ David Fruchtman est coriace. grâce à l’entourage amical et fa­ la position de thérapeutes « tout­
sée, plus de suivi », décrit David l’état de la recherche… comme il tions auprès de neurologues à la « Pour lui, c’était guérir ou mourir, milial. Il doit en effet faire face à sachants », qui se réfugient der­
Fruchtman. Il raconte ce parcours le ferait dans le cadre de son tra­ Pitié­Salpêtrière, il se heurte au il refusait de voir son corps lui dé­ une septicémie, une fatigue qui rière les consensus internatio­
dans le livre La Sclérose en pla­ vail. Il prendra même des cours refus d’une telle option, jugée sobéir », se souvient Jean­Claude l’assaille pendant un temps. Il naux, verrouillant ainsi la possi­
ques, cette maladie du sang, qu’il d’immunologie. trop risquée. Quant aux neurolo­ Willer, professeur émérite à l’uni­ reprend des forces rapidement, bilité de traitements innovants,
vient de publier chez Albin gues en ville, ils ne connaissent versité Pierre­et­Marie­Curie, qui part se ressourcer à la montagne. et qui « n’ont pas le temps de
Michel (262pages, 18 euros). « Un cas d’exception » pas cette approche. Il demande l’a rencontré dans un orchestre C’est là aussi qu’il démarre l’écri­ l’empathie », à d’autres, plus
C’est un véritable combat qu’a Tout d’abord, il constate que les l’avis de spécialistes internatio­ de musique klezmer – ils sont ture de ce récit. Il mettra huit ans à ouverts. Tel son hématologue,
mené cet enseignant­chercheur traitements, encore peu nom­ naux, en obtenant parfois des tous deux clarinettistes. Cher­ y mettre le point final. C’est pour qu’il a reçu longuement à plu­
en physique dans une université breux en 2004, agissent sur le sys­ réponses lapidaires. Il se rend cheur en neurophysiologie, Jean­ lui une libération. sieurs reprises, dont les discus­
parisienne. Il raconte d’abord tème immunitaire. De surcroît, ils alors à des congrès médicaux, Claude Willer a été une oreille Ce n’est en aucun cas un livre po­ sions se poursuivaient jusque
l’angoisse à l’annonce du dia­ ne sont pas toujours efficaces, et avec sa double casquette, de attentive et bienveillante. « Il va lémique, se défend David Frucht­ dans la cour de l’hôpital…
gnostic, en 2004, la peur du han­ non dénués d’effets secondaires. malade et de chercheur. Là, il ren­ au fond des choses, ne triche ni man, qui ne veut surtout pas don­ Son parcours est atypique et
dicap, cet abîme sous ses pas. C’est l’hématologue qui suit son contre des experts qui connais­ avec lui ni avec les gens », confie­ ner de faux espoirs à des patients. exemplaire. Aujourd’hui âgé de
«L’annonce d’une maladie chroni­ père, atteint d’un myélome multi­ sent bien ce traitement. t­il. « Il a dû franchir énormément «Ce livre est un témoignage. Mon 47 ans, David Fruchtman se dé­
que grave produit l’effet d’un écran ple, qui le met le premier sur la Il obtient un nouveau rendez­ d’obstacles, ce qui lui a demandé cas à lui seul ne peut pas illustrer place à vélo, fait de l’escalade en
opaque qui rend soudainement piste de la greffe de moelle os­ vous avec l’hématologue de son beaucoup d’énergie. C’est aussi cette maladie très polymorphe», salle avec sa fille Judith… C’est à
impossible toute tentative de se seuse. Cette autogreffe de cellules père, qui se dit favorable à la son caractère fort qui lui a permis tient­il à préciser. Son témoignage elle que s’adresse son exergue :
projeter vers le futur», décrit­il. souches hématopoïétiques (CSH) greffe, à condition d’avoir la de tenir », ajoute l’un de ses est d’abord ancré dans les épreu­ garder cette faculté à opter pour
Maladie à la fois inflammatoire permet de remettre à zéro le sys­ validation d’un neurologue. Il collègues, Stéphane Metens, ves intimes, les sentiments éprou­ des chemins de traverse. p
et neurodégénérative, la SEP est tème immunitaire. l’obtiendra du professeur Patrick chercheur en physique. vés lors de son parcours médical. p. sa.
ÉVÉNEMENT
·
LE MONDE SCIENCE & MÉDECINE
MERCREDI 13 FÉVRIER 2019 |5
Les cinq étapes du traitement pour « nettoyer » le système immunitaire

1 2 3 4 5
10 JOURS 10-20 JOURS

D’AUTRES
MALADIES
L'injection de deux
médicaments permettent
Au bout de dix jours, les
cellules souches sont
Le patient reçoit une
chimiothérapie pour
Réinjection des cellules
souches. Le système
La maturation du nouveau
système immunitaire se
À TRAITER
de faciliter la migration prélevées dans le sang détruire ses cellules immunitaire est affaibli poursuit dans les mois qui
des cellules souches de périphérique par immunitaires et les entre dix et vingt jours. suivent. Tous les groupes

L’
la moelle osseuse vers le leucaphérèse (comme « mauvaises cellules ». Un nouveau système de cellules se forment peu
système sanguin. pour un don de sang), puis producteur de sang se met à peu ; le traitement est utilisation des cellules souches
congelées. en place. terminé et le système hématopoïétiques (CSH) pour
immunitaire est traiter les maladies auto­immu­
complètement « nettoyé ». nes ou auto­inflammatoires, qui tou­
chent 8% de la population, est proposée
depuis vingt­cinq ans en Europe. Dans le
cas de malades réfractaires aux traite­
Profils des malades Prévalence en France Dépenses en 2016 ments classiques, la greffe des propres
CSH du patient, après une chimiothéra­
Nombre de cas pour l’Assurance-maladie, attribuées à la pie intensive, permet la remise à zéro de
pour 100 000 personnes prise en charge de la sclérose en plaques la réponse immunitaire. Ce traitement
2,3
millions de malades
dans le monde lourd s’adresse à des formes sévères ou
Soins de ville rapidement progressives.
«L’autogreffe de CSH peut être envisagée,

120 000 au même titre que d’autres alternatives,


personnes touchées
en France 807 pour différentes maladies auto­immu­
nes, en cas de résistance aux traitements

3/4
des personnes malades Prestations classiques », peut­on lire dans les recom­
sont des femmes
Moins de 85 cas
en espèces 1 246 250 Hôpital mandations de la Société francophone
millions de greffe de moelle et thérapie cellulaire
de 85 à 100 cas 189

5 000 diagnostiqués d’euros (SFGM­TC), publiées dès 2014 et remises


en France par an de 100 à 115 cas à jour fin 2017 dans le Bulletin du cancer.
Plus de 115 cas A fin 2018, environ 4 500 autogreffes
de CSH ont été réalisées dans le monde
entre 11 150 euros pour des maladies auto­immunes, de­
ans
25 35 et C’est l’âge moyen
de début de la maladie
C’est la dépense annuelle moyenne
remboursée par patient
puis 1996, dont 3000 en Europe, 140 en
France, dont 80 pour une sclérodermie
(régime général + mutuelle) systémique, selon le registre mis à jour
par l’équipe du centre de référence à
l’hôpital Saint­Louis (AP­HP), Maladies
auto­immunes et thérapie cellulaire
(Mathec), en lien avec la SFGM­TC. «En
France, il a fallu quinze ans pour arriver à
la reconnaissance de ce traitement de­
puis les premiers résultats obtenus dans
la sclérodermie systémique en 2002», ex­
patients, qui doivent être réfractaires aux traite­ « IL FAUT RESTER PRUDENT mais est­elle plus efficace qu’un autre traitement plique la professeure Dominique Farge,
ments classiques de première intention ». C’est tel un anticorps monoclonal, de type alemtuzu­ spécialiste des maladies auto­immunes
tout l’enjeu. Ce traitement n’est pas pour tous ET NE PAS DONNER mab (Campath) ? Cela n’a pas été évalué », pour­ à l’hôpital Saint­Louis.
les patients, loin de là. Il peut être efficace DE FAUX ESPOIRS. suit le docteur Gout.
dans des cas bien particuliers : pour des formes Même réserve pour Caroline Papeix : « Cela Survie sans rechute améliorée
qui évoluent par poussées ou progressivement, CE N’EST PAS QUELQUE doit rester exceptionnel. Il faut prouver qu’il La sclérodermie systémique est une ma­
de façon rapide et agressive, dites « rémittentes­ CHOSE QUE L’ON PROPOSE n’existe pas d’alternative thérapeutique, le pa­ ladie rare du tissu qui touche les organes
récurrentes », avec un délai d’évolution court, tient doit être informé des risques encourus, (tissu conjonctif) et les petits vaisseaux,
sans handicap sévère et ayant toujours une acti­ EN PREMIÈRE INTENTION » d’autant plus que cela ne fait pas partie des et qui se traduit par un durcissement (fi­
vité inflammatoire, visible notamment à l’IRM. CAROLINE PAPEIX recommandations validées. Il faut rester prudent brose) de la peau. Elle touche environ
C’est le sens des recommandations précises qui NEUROLOGUE et ne pas donner de faux espoirs. Ce n’est pas 8000 personnes en France, selon le site
ont été édictées par la Société francophone de quelque chose que l’on propose en première in­ de la Société française de médecine in­
greffe de moelle et de thérapie cellulaire tention, car la majorité des patients répondent terne. «La greffe de CSH est une alterna­
(SFGM­TC), en lien avec la Société francophone bien aux traitements actuels. » Selon elle, la déci­ tive thérapeutique à considérer rapide­
de sclérose en plaques (SFSEP), et publiées dans négligeable, bien supérieur aux risques des autres sion revient aux neurologues. ment chez les patients sévères évolutifs»,
le Bulletin du cancer fin 2017. traitements», explique Jean Pelletier. Ce traite­ a indiqué le docteur Grégory Pugnet
ment ne fait pas encore partie des recommanda­ Enjeux économiques (CHU de Toulouse), le 25 janvier, lors des
Pas sans risques tions de la Haute Autorité de santé (HAS), qui La greffe, un traitement de niche? Pour le pion­ journées du réseau Mathec.
Dans les faits, chaque cas doit être discuté dans le sont assez anciennes sur la SEP. La HAS dit ne pas nier Richard Burt, cité par Science, environ 15 % à Un essai, coordonné par la professeure
cadre de réunions de concertation pluridiscipli­ avoir été saisie de cette approche. Certains neu­ 20 % des personnes atteintes de SEP seraient éli­ Dominique Farge, publié dans le Journal
naires. « Nous venons de passer quatre heures rologues se réfugient derrière ce silence pour gibles à cette approche. Un chiffre qui semble of the American Medical Association
aujourd’hui avec mon équipe et le neurologue expliquer leur frilosité. Pourtant, les recomman­ exagéré pour les spécialistes français. «Le nom­ (JAMA) en 2014, auprès de 156 patients, a
pour examiner une greffe, car le patient doit être dations de la SFGM­TC sont claires. bre de patients est sans doute plus faible, peut­être comparé l’autogreffe de CSH à un traite­
appréhendé dans sa globalité. On doit scruter les « Notre souhait est de démocratiser ces prati­ un ou deux malades par an et par CHU. Mais il ment immunosuppresseur, et montré
fonctions cardiaques, respiratoires, rénales pour ques et de permettre l’accès aux patients, mais pas faudrait au minimum que tous les cas soient dis­ une amélioration de la survie sans re­
prévenir d’éventuelles complications lors de la de considérer que la greffe de moelle est pour tout cutés pour évaluer un tel traitement», d’après le chute. En revanche, huit décès avaient
phase d’aplasie», insiste la professeure Farge. le monde », précise la professeure Dominique docteur Terriou. «Malheureusement, on voit des été répertoriés, chez des fumeurs ou
« Le message fort est de dire que cette approche Farge. Il s’agit aussi d’éviter que des malades ne patients arriver trop tard, avec des troubles cogni­ d’anciens fumeurs. Un essai américain a
thérapeutique a vraisemblablement toute sa se rendent à l’étranger dans des cliniques privées tifs, en fauteuil roulant… alors que l’autogreffe de confirmé ces résultats en 2018.
place dans la prise en charge de cette maladie, en pas toujours recommandables, alors que les indi­ CSH aurait dû être envisagée plus précocement», Autre pathologie pour laquelle la greffe
respectant un certain nombre de critères liés à la cations ne sont pas valides. regrette­t­il. «Nous avons certains patients pour de CSH peut être envisagée, la maladie de
forme de la maladie, son ancienneté, et surtout Le faible écho rencontré par cette approche est lesquels il faut taper fort et vite, contrairement à la Crohn, maladie inflammatoire chroni­
l’existence d’une activité inflammatoire », souli­ d’autant plus surprenant que, en France, elle est stratégie très conservatrice de beaucoup de neu­ que de l’intestin qui peut toucher tout le
gne Jean Pelletier. La discussion concernant les étudiée depuis vingt ans, grâce à quelques rologues», confirme Patrick Vermersch, pour qui tube digestif. Des résultats très encoura­
indications doit selon lui être partagée dans les médecins, dont la professeure Farge. Elle a à «les progrès dans la procédure et une meilleure geants ont été mis en évidence dans le
centres experts SEP (CRC SEP, centre de ressour­ maintes reprises rencontré la communauté des sélection des patients rendent aujourd’hui ce trai­ JAMA par des équipes européennes, dont
ces et de compétences SEP), ainsi qu’avec les neurologues, qui préfèrent généralement conti­ tement moins risqué». l’hôpital Saint­Louis. Environ 200 pa­
différents spécialistes impliqués. Praticiens et nuer dans la voie des biothérapies. « Mes lettres Au­delà des risques, certains expliquent les tients atteints de la maladie de Crohn ont
patients peuvent aussi contacter les membres sont restées vaines », regrette l’interniste. Les réserves vis­à­vis de la greffe par des raisons été traités par autogreffe de moelle en
du réseau Mathec (Maladies auto­immunes et débats ont pu être vifs il y a quelques années, économiques. La plupart des traitements contre Europe, principalement en Espagne. Un
thérapie cellulaire), développé au niveau certains experts critiquant la greffe jugée à la SEP sont très onéreux, atteignant parfois des essai clinique, ASTIClite, est en cours en
national par l’équipe et situé dans l’hôpital l’époque trop dangereuse. dizaines de milliers d’euros chaque année, tan­ Grande­Bretagne.
Saint­Louis, en lien avec les experts de la Le neurologue Patrick Vermersch (CHRU de dis qu’une greffe (moins de 50 000 euros en Les indications d’autogreffe de moelle
SFGM­TC et de la SFSEP. Lille) a lui aussi été l’un des premiers à en parler à moyenne) peut permettre de s’en passer. « Ce concernent aussi certains cas bien précis
Efficace, cette approche n’est toutefois pas sans ses équipes. «C’est une thématique qui nous inté­ traitement de l’autogreffe est emblématique des et exceptionnels de lupus ou de poly­
risque. La mortalité se situait autour de 5 % lors resse depuis une vingtaine d’années», confirme enjeux économiques dans la santé et de l’impor­ arthrite rhumatoïde, et surtout d’autres
des premiers essais, un chiffre jugé éthiquement Louis Terriou, son binôme en immunologie au tance de l’industrie pharmaceutique dans le atteintes neurologiques, comme les
inacceptable. Mais pour le docteur Paolo Muraro, CHRU de Lille. Le premier patient greffé il y a financement des études. Elle n’a aucun intérêt à neuropathies inflammatoires démyéli­
neurologue à l’Imperial College de Londres, qui a treize ans, âgé de moins de 30 ans, mène encourager une telle étude comparant l’auto­ nisantes chroniques périphériques, sur
lui­même réalisé de nombreux travaux sur le su­ aujourd’hui une vie presque normale… greffe et des médicaments, surtout si l’on montre lesquelles la SFGM­TC travaille sur des
jet, le taux de mortalité global associé à l’auto­ Le neurologue Olivier Gout, de la Fondation qu’elle est aussi efficace que les traitements im­ recommandations, et dont les résultats
greffe pour la SEP est aujourd’hui inférieur à 1 %, Rothschild, reste plutôt réservé : « Très peu de munomodulateurs », précise le neurologue Jean­ déjà rapportés à Chicago par Richard
a­t­il indiqué dans un article de Science le 15 jan­ neurologues y sont favorables, en raison du François Chermann. Point positif, pour Domini­ Burt (Feinberg School of Medicine, Nor­
vier. «Il faut tenir compte de la balance bénéfices/ risque, de décès bien sûr, mais aussi d’infection, que Farge : « Cette année, enfin, les neurologues thwestern University), ainsi qu’en Suède,
risques entre une thérapeutique efficace, mais surtout dans les six mois après la greffe. » Cer­ commencent à bouger. » p sont très prometteurs. p
avec un risque de mortalité et de morbidité non tes, elle « semble avoir une certaine efficacité, pascale santi p. sa.

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