Bilinguisme et Traduction au Cameroun
Bilinguisme et Traduction au Cameroun
1. MISE EN PERSPECTIVE
En tant qu‟intervention, le bilinguisme (synonyme de multilinguisme) peut s‟entendre comme
l‟ensemble des mécanismes sociaux et institutionnels visant à instituer, restaurer ou renforcer la
cohésion sociale, l‟intégration ou le vivre-ensemble entre les différentes langues en contact au sein
d‟un espace politique donné. La question linguistique (Bamgbose, 1991) semble consubstantielle à
l‟entité politique [Link] à une unité nationale lézardée par les tensions successives qui ont
culminé dans la crise dite anglophone, la traduction, fille de la politique nationale du bilinguisme,
devrait pouvoir, à moyen et à long termes, jouer son rôle de médiation dans la recherche du vivre-
ensemble. Paradoxalement, Le Cameroun,terre de traduction depuis l‟époque coloniale (Nama, 1990 ;
Mopoho, 2001),ne semble pas disposé à tirer parti du potentiel de la traduction dans la recherche de
l‟idéal politique de l‟intégration nationale. D‟une part, les textes officiels et autres textes d‟utilité
publique continuent soit de se publier en une langue, soit de souffrirde traductions pour le moins
approximatives. D‟autre part, àl‟instar de la littérature africaine en général, la littérature camerounaise
dans sa globalité semble se méfier ou redouter la traduction ; et dans cette marginalité
traductionnelle,la littérature anglophone camerounaise est la moins traduite des deux espaces culturels
du pays. Entre 2002 et 2011, environ 14 % des œuvres camerounaises étaient traduites et 90 %
desdites œuvres appartenaient à la littérature camerounaise francophone(Meli, 2011 :5).Ce constat
traduit une réserve certaine de deux sous-cultures censéesaller à la rencontre de l‟une et de l‟autre
dans un dialogue interculturel camerouno-camerounais. Comment comprendre cette attitude peu
favorable à la traduction de la part du monde anglophone camerounais ?
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Cameroun
1
Après la Réunification, ce sont les Anglophones qui se ruaient vers le système francophone en quête de
mobilité verticale
2
Sentiment si profond qu‟il s‟est créé une onzième province imaginaire où se rejettent les Anglophones non
originaires des deux régions anglophones
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à meilleure enseigne que le traducteur dans cette société mondialisée? De manière générale, en effet,
cet indispensable passeur culturel occupe un champ social plutôt périphérique: souvent comparé ou
confondu à la machine, le traducteur est considéré comme un simple canal ou un simple relai de la
pensée d‟autrui. De plus, une des sentences – malheureusement – les plus connues sur la traduction
reste Traduttore, traditore3. Cet axiome, qui est un des lieux-communs les plus tenaces sur la
traduction, est tout à fait significatif de l‟estime en laquelle on la tient (Liévois, 2018 :3-4). La
traduction induirait plus la méfiance que la confiance, plus la suspicion que l‟assurance, plus la
fermeture et l‟éloignement que l‟ouverture et le rapprochement. Un autre argument sous-jacent au
refus de l‟emploi de traductions reste celui de l‟infériorité de la version traduite par rapport au texte
original ou texte-source – C‟est généralement l‟original qui fait foi. On tient l‟analyse de traductions
pour moins intéressante que celle d‟originaux.
De plus, les enjeux de la traduction dépassent l‟opération technique de transposition linguistique. Loin
des fonctions didactiques et professionnelles, elle est souvent le lieu de manipulations lourdes de
conséquences sur les plans politique et idéologique. En effet, la manière de traduire – les stratégies et
les procédés- utilisée par les traducteurs a une incidence réelle sur le traitement de la culture en
traduction : autant les approches ciblistes rehaussent la culture d‟arrivée passantpar la culture source
sous l‟éteignoir ; autant les approches sourcistes font la part belle aux valeurs culturelles sources dans
le produit de l‟opération au détriment de la culture d‟arrivée. La tradition française de la traduction se
caractérise par la quête d‟idiomaticité. Dans cette tradition, les traducteurs recherchent en priorité la
clarté, l‟élégance, et le rythme. Pour ce faire, ils en viennent, à moderniser, retrancher, ajouter, se
préoccupant des rapports logiques et des transitions bref à critiquer et à corriger les auteurs qu‟ils
traduisent. Comme Amyot au XVIe siècle, ils pratiquent la « francisation » : ils suppriment ou
atténuent les passages qui choqueraient les beaux esprits de leur temps. Des traductions qui,pour
plaire et se conformer au goût de leur époque, sont des versions « revues et corrigées » par des
traducteurs conscients (trop sans doute) de la supériorité de leur langue et de leur jugement
(Horguelin, 1980 : 76).
Cette manière de traduire apparentée aux « Belles Infidèles »3 du classicisme français se reproduit
discrètement de nos jours dans le domaine français, surtout dans sa célèbre théorie interprétative du
sens (Seleskovitch et Lederer, 2014). Comme lemartèle Berman ( 1984: 53-4) « Poser que le but de la
traduction est la captation du sens, c‟est détacher celui-ci de sa lettre, de son corps mortel, de sa
gangue terrestre. C‟est saisir l‟universel et laisser le particulier. » Pourtant, c‟est le travail sur le corps
et la lettre du texte qui singularise le texte littéraire et, normalement, sa traduction. Sur ces entrefaites,
la méfiance de la communauté anglophone envers la traduction pourrait se justifier par la conscience
du péril que constitueraient des Belles Infidèles pour leur identité menacée de francisation.
La conjugaison de ces facteurs a contribué, sans doute, à l‟invisibilité de la traduction dans l‟espace
politique et littéraire anglophone. Pourtant, la traduction demeure le lieu de présentation et de
réception de soi et de l‟autre à d‟autres champs culturels ; et c‟est grâce à leur dissémination par les
traductions que les littératuresémancipent les peuples en jouant leur rôle demiroir culturel.
3. TRADUCTION COMME INTERVENTION
Les textes officiels, politiques, et culturels ont ceci de commun qu‟ils touchent àl‟âme d‟un peuple, sa
vision du monde, des valeurs mais aussi des aspirations, des appréhensions et autres rancœurs
accumulées dans le subconscient collectif d‟une communauté au cours de son Histoire. Ces
composantes de l‟identité culturelle constituent la marque distinctive de chaque communauté.
Comment donc connaitre un peuple sans accéder à ces informations ?4Au-delà des autres
caractéristiques et fonctions sociales, le dialogue interculturel qui s‟opère par le biais de la traduction
littéraire sert d‟antidote contre ce poison social que sont les préjugés et les stéréotypes. Ndeffo (2015)
fait état de deux projets menés en Allemagne permettant de mesurer l‟importance de la traduction
dans la promotion du dialogue entre les cultures et la gestion des conflits dus à la méconnaissance de
l‟Autre. Deux institutions ont décidé de combattre la méconnaissance des cultures étrangères en
et ses variantes françaises : « Traduire, c‟est trahir », « traduction – trahison » ou encore « traducteurs, vous êtes
des traitres »
4
Commel‟affirme Thiele (1967 :2) “Knowledge of a country, not only of the present, but of the past is a bridge
to understanding, and understanding is a key to friendship”
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Allemagne par le biais de la traduction littéraire. C‟est ainsi que, pour faire tomber les préjugés entre
la population allemande et les pays du reste du monde, les littératures des pays d‟Afrique, d‟Amérique
latine et d‟Asie et du monde arabe ont été traduites et publiées en Allemagne pour les lecteurs
germanophones. On pourrait penser que le Cameroun, qui entretient d‟ailleurs une relation historique
avec l‟Allemagne, s‟inspirerait de ces projets dans le cadre de sa politique nationale du bilinguisme et
du multiculturalisme, mais plus spécialement dans la recherche du vivre ensemble.
D‟un point de vue officiel, le Cameroun est composé de deux univers géographiquement intégrés mais
socialement et culturellement étrangers, distants sans possibilité de franchissement de cette ligne
Maginot sur les bords de laquelle campent les deux culturesqui se regardent en chiens de faïence.
Comme le relève AtebaNgoa (2004 :71) et Ndeffo (2015 :267), le Cameroun abrite deux littératures
qui se côtoient sans communiquer : ces deux littératures reflètent les deux communautés qui vivent
ensemble sans vraiment se connaitre, et subissent un conflit plus ou moins ouvert.
Rien n‟empêcherait la communauté anglophone de se reconnaitre dans Banda, si Ville cruelle
d‟Eza Boto leur était présentée. Les tribulations et déboires du jeune paysan sont en effet loin
d‟être l‟apanage d‟une seule communauté du pays. Ceux des Anglophones qui pensent être
victimes d‟une conspiration et d‟une marginalisation orchestrées par les Francophones
constateront que leur sort est partagé par leurs compatriotes francophones depuis l‟époque
coloniale (Ndeffo, 2015 :267).
Dans le cas de la traduction en français des textes en anglais, l‟auteur relève,
Ce n‟est qu‟en prenant conscience de ces malheurs racontés par les victimes elles-mêmes que
les lecteurs francophones pourront comprendre les frustrations de la communauté anglophone
et prendre conscience du rôle qu‟ils jouent (ou ont joué) consciemment ou non, pour
provoquer ou entretenir la misère de celles-ci (Ndeffo, 2015 :268).
Les analyses et les propositions de ces auteurs sont d‟une pertinence certaine. Cependant, elles
semblent perdre de vue la manipulation inhérenteà l‟acte de traduire, et la nécessité de bien choisir la
manière de „bien‟ traduire‟. En effet, l‟acte de traduire est essentiellement intervention ; et
l‟insouciance théorique et méthodologique et stratégique destraducteurs transforme ces derniers, de
facto, en agents d‟annexion des textes étrangers. En dépit du discours sur la pratique réflexive, la
fracture entre l‟art de traduire et la réflexion sur cet art est généralement profonde (Wagner et
Chesterman, 2002). Comme semble le relever pour le regretter Venuti (1992 :1-4-6), les traducteurs
contemporains sont arcboutés sur la production ou l‟esthétique se sevrant de toute réflexion
méthodologique et stratégiqueserrée sur leur art, leur métier et leur profession. Du coup, les
traductions se livrent sans commentaires ni critique encore moins de précisions relatives aux
conditions de production,aux structures institutionnelles qui déterminent la consommation,
lacirculation et la réception de textes traduits5.
Dans la pratique, certains modèles fonctionnels ont érigé, de manière subliminale, en sacro-saint
principe, le fait que la traduction ne doit pas sentir la traduction. Par conséquent, les seuls critères de
qualité souvent attendus et exigés des traductions littéraires demeurent la lisibilité et la fluidité du
texte. Consciemment ou pas, se plier à cette double exigence des forces du marché revient à soumettre
le texte traduit au diktat exclusif du contexte et de la culture cibles : à le domestiquer ! D‟un point de
vue historique, la traduction domaine français se singularise par la recherche du sens et de
l‟idiomaticité.
L‟anguille sous la roche de l‟approche interprétative reste la perception de la traduction comme
conquête ou soumission de l‟Autre, Comme le poétise Bourjea (1986 :231-2) ce traducteur-
conquistador culturel emporte dans ses bagages tout un arsenal de valeurs esthétiques et morales à
imposer au lectorat cible: Sans en donner l‟air, le traducteur-conquistador joue le jeu de
l‟occupant/occupation : « Usant d‟un appareil linguistique, il soumet et convertit, il s‟approprie. À
coup de violence et de séduction, il acclimate » (Bourjea, 1986 :232). Pourtant, tout processus
traductif est le résultat d‟un ensemble d‟influences, de tensions et de contraintes culturelles,
5
« They appear as esthetically sensitive amateurs or talented craftsmen, but not critically self-conscious writers
who develop an acute awareness of the cultural and social conditions of their work. Venuti (1992 :1-4-6) »
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éditoriales et politiques géo-historiquement déterminées ; il rend visibles les rapports de forces qui
s‟établissent entre les « lieux » de la traduction, dans le cadre plus large des dynamiques de
circulation des textes, des langues et des imaginaires. »6. Au Cameroun comme dans tous les pays
multilingues et multiculturels, les lieux de la traduction demeurent des instances de négociations des
différences linguistiques, socioculturelles et identitaires.
Les contacts de cultures dans contexte international de la mondialisation sontmarqués par la
résurgence et l‟accentuation des replis identitaires. Par conséquent, chaque peuple
a tendance à phagocyter ses halogènes et à leur dicter une vision du monde,
un mode d‟exister et une langue, qu‟ils ne comprennent que peu ou pas du tout (Kamguem 2021 :25).
Ramenéeà l‟échelle nationale, ce dépaysementà outrance de l‟Autre pourrait se décline, en terme de
stratégies de traduction, en „Sawanisation, Anglophonisation, Graffinisation, Baminisation, Come-no-
gonisation, ou Francophonisation‟ des traductions. C‟est cette stratégiecannibalisante des langues
coloniales qui a actuellement pignon sur rue dans les anciennes colonies. En effet, nombre d‟États
revendiquent une identité spécifique et s‟attachent à authentifier leur spécificité culturelle en se
détachant de la langue coloniale et en forgeant leur propre identité linguistique dans une
créolisation anti-hégémonique féconde et séditieuse (Boufoy-Bastick, 2012 : 16).
Le Cameroun fait bien partie de ces contextes postcoloniaux. Cependant, la nation depuis les
indépendances des deux Camerouns se bat pour maintenir ensemble non sa multitude
ethnolinguistique proche du babélisme, mais les deux composantes sociolinguistiques consécutives
mais également consubstantielles au passage à la souveraineté internationale. La politique nationale
du bilinguisme officiel se décline dans toutes les situations de contacts entre les deux sous espaces
majeurs de la nation. Malgré toutes les précautions, la cohabitation a, au fil du temps, amené la
minorité anglophone àredouter et às‟opposer farouchement à la francisation de la culture et de
l‟identité anglophones. Par conséquent, si d‟une part traduire en hégémonisant une sous composante
ethnique reste sans objet dans la recherche du vivre-ensemble, d‟autre part, coller à la traduction
ethnocentrique en français des textes littéraires de ce terroirconstituerait une grave erreur : les textes
seront trop accommodants pour la langue française et la culture francophone en passant sous
l‟éteignoir les valeurs, les représentations et les idéaux de la communauté [Link]érant la
recherche de l‟équité qui sous-tend la politique du bilinguisme officiel, une telle acclimatation
filtrante des textes serait perçue comme un viol ou une provocation tant elle est violence, injustice
voire trahison!Ce qui risque d‟être perdu par la même occasion ici c‟est justement ce qui fait de
l‟interculturel un espace d‟instabilité, d‟hétérogénéisation, de remise en question et de réinvention des
relations sociales, un espace où la différence n‟est pas effacée par un transfert technique mais, au
contraire, intervient sur la relation sociale pour la transformer, un espace d‟altération justement où
tous les interlocuteurs sont traduits y compris le traducteur (Chaouite, 2008 :18). Et au traducteur de
comprendre avec Wuilmart (2007) que :
Sa fidélité doit être double, et concernera non seulement la culture et la langue réceptrices,
mais aussi, et même surtout, celles qu‟il a pour vocation de transposer. […] Et le jeu en vaut
bien la chandelle, puisque cette attitude profondément altruiste et tolérante, consistant à
transformer son propre terrain linguistique en terre d‟accueil véritable, fera de ce traducteur
de bon aloi le plus authentique des ambassadeurs culturels.
Au vu de ce qui précède, face à une communauté anglophone camerounaise en proie à une insécurité
linguistique permanente, le traducteur des œuvres littéraires anglophones du Cameroun doit, puisqu‟il
en a la possibilité,travailler à effacer les distances tout en sauvegardant les différences dans un esprit
d‟amoureuse complicité; et la traduction un dialogue libre et responsable avec l‟Autre, un
déplacement du texte source dans une langue qui ne se conforme plus strictement à la langue
d‟arrivée, mais qui n‟est pas sans affinité avec la langue de départ (Bourjea, 1986 :232).Dans les
lignes qui suivent, l‟hypothèse d‟un traduire pacifiant, libéré de toute visée impérialiste, va s‟illustrer
à travers une étude en traduisibilitéd‟ un corpus d‟exemples relevant du terroir anglophone
camerounais.
6
Appel à contributions, Colloque international: "Space in translation. Géographies de la traduction / espaces de
traduction" (Modena), 9/10 mai 2019. Voir aussi (Hersent, 2007 : 105) ».
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TS : TC1 : TC2 :
Come and see ambere-khaki!he D‟un air naïf et avec un sourire, il dit D‟un air naïf et avec un
said with a naive smile to his elder à sa sœur ainée : « viens voir un sourire, il dit à sa sœur ainée :
sister. (ImmortalSeedp. 22) agent de police ». « viens voir unmbéré-kaki. »*.
Entrée du glossaire pour mbéré et mbéré-kaki
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Mbéré: n.m. (Prononciation accentuée sur la première syllabe) : le mbéréest un terme générique à
connotation péjorative utilisé dans le parler jeune des grandes villes – le francamglaiset camfranglais -
pour désigner les agents des corps de sécurité et de défense. Le mbéré-kakiou mange-mille, qui
constitueune sous-catégorie de ce corps social, renvoie aux fonctionnaires de police dont l‟uniforme
était de couleur kaki jusqu‟aux années 1990. Soldat, gendarme ou agent de police, le mbéréest associé
aux dérives comportementales en tous genres : abus de pouvoir, répression brutale, corruption,
promiscuité sexuelle, etc.
Exemple2. Across the Mongolo, Nkemngong N.
TS : TC1 : TC2 :
Datgendarmes Ces gendarmes Ces mbéré
dem be tifpipi I sont des plus sont des
show‟am book, véreux. Je présente mes bandits. Je leur
book correct, e say pièces, elles en ordre, mais ils présente mes papiers.
a don run motuar prétextent que Ils sont à jour. Ils
too much. (Across the Mongolo, j‟étais en excès de me disent que je faisais de la
p.39) vitesse. vitesse.
Pour Kamguem (2020 :79) Le concept de « gendarme » du texte source n‟aura pas besoin de
traduction à proprement parler dans la mesure où il est déjà dans une langue parfaitement
compréhensible chez l‟anglophone Camerounais. Dans un esprit de bienveillante inclusivité, la
traduction en français pourra simplement tendre la main à l‟anglais (TC2).
Exemple3. A Widow’s Might, Ngemngong N.
TS: TC1 : TC2 :
People attributed it to some Des personnes l‟attribuaient à Des personnes l‟attribuaient à
mysterious cause, witchcraft, certaines causes mystérieuses, à la certaines causes mystérieuses, à la
poison, or ngrimba. Some sorcellerie, au poison, ou au grigri. sorcellerie, au poison, ou au
people were of the opinion that D‟autres encore estimaient que ngrimba. D‟autres encore
honorable Mbutuku used l‟honorable Mbutuku avait utilisé estimaient que l‟honorable
mysterious means to grow in des moyens mystiques pour gravir Mbutuku avait utilisé des moyens
politics. (p. 15) les échelons en politique. mystiques pour gravir les échelons
en politique.
Après l‟annonce du décès de l‟honorable, la nouvelle s‟est répandue comme une traînée de poudre
dans toute la ville. Et comme en Afrique la mort naturelle n‟existe presque pas dans les esprits, les
langues se sont déliées et plusieurs attribuaient la disparition de l‟homme politique aux pratiques
occultes, une solution fort courue dans cette communauté également, surtout en situation de
concurrence et rivalité dans divers domaines et situations de vie dont l‟amour et le pouvoir politique.
Le mot ngrimba est synonyme de sorcellerie, de fétichisme, ou gri-gri. Originellement du parler jeune
des régions de l‟ouest du Cameroun, ce terme du camfranglais est désormais d‟un usage plus répandu
y compris chez les adultes. La possibilité de traduction TC1 dénaturalise le texte à travers la dilution
de cet arome originel alors que le piquant du texte semble refaire surface dans une traduction
dépaysante, certes, mais qui conserve le parfum de la culture Grassfields aux côtés de la lettre de la
langue française (TC2).
Comme le montre l‟analyse des extraits ci-dessus, pour un texte à la microstructure saillante de
xénismes et d‟images, la traduction interprétative du sens autoriserait le traducteur à raboter les
aspérités porteuses de la beauté de la culture anglophone. Se comporter ainsi rappelle cet étudiant qui
prétend être excellent traducteur du seul fait que ses traductions sont rendues dans un français
impeccable (Wuilmart, 2007). En plus de perdre cette diversité accommodante et ce qui fait l‟unicité
de la corporéité du texte de Tah, cette déverbalisation déboucherait sur une altération de la couleur du
texte, àun texte informatif dénué de toute dépression stylistique, aux antipodes d‟un texte littéraire.
Soustraire le lecteur francophone à l‟artillerie verbale du texte anglais, c‟est l‟installer dans une zone
de confort cognitif que l‟auteur n‟a pas souhaité établir : c‟est trahir !
5. POUR ALLER PLUS LOIN
La présente démonstration concerne et informe les différentes parties prenantes de la géographie de la
traduction au Cameroun. Pour les traducteurs comme pour les éditeurs et autres mécènes culturels,
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elle attire l‟attention sur les enjeux socio-politiques et idéologiques de la traduction officielle au
Cameroun. Elle constitue un moment de prise de conscience de la responsabilité et dans le dialogue
des cultures dans le vaste chantier de construction [Link] différents instruments relatifs au
bilinguisme institutionnel au Cameroun insistent sur la signature, la publication et la circulation des
textes officiels dans les deux langues officielles. Cette recherche de l‟équité dans la communication
officielle accordent de jureun rôle central à la traduction dans le sillage du bilinguisme. Pourtant,
l‟absence de traduction figure encore en bonne place des revendications catalytiques de la crise dite
anglophone qui a éclaté en 2016. C‟est reconnaitre désormais que le véritable enjeu réside moins dans
l‟idée de livrer les textes influençant la vie de toute la nation dans une seule langue que dans la
„manière de traduire‟ ces textes. Par conséquent, la manière de traduire les textesdevraient faire l‟objet
del‟encadrement de la législation au même titre que les autres aspects de la vie [Link]
légiférer sur la manière de bien traduire constituera, à coup sûr, une avancéeperceptible vers la
formation d‟un goût singulièrement camerounais dans ses langues officielles.
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