Hespéris-Tamuda LII (3) (2017): 135-150
Un brillant chapitre de l’architecture marocaine:
La période mérinide
Michel Terrasse
Institut Méditerranéen (Région de Paris)
Le temps des Mérinides est un moment décisif pour l’enracinement d’un
nouvel art marocain. La première moitié du XIIIème siècle avait vu la remise
en question de l’équilibre des forces au sein du monde ibéro-maghrébin. Au
Nord, Cordoue perdue en 1236 et Séville en 1248. Le pouvoir almohade avait
de même été remis en cause en Afrique septentrionale par l’accession au califat
d’un pouvoir ifriqiyen, les Hafsides.1 Le Maghreb connait alors un destin
nouveau avec la montée d’une dynastie zénète qui chemine vers Fès dont elle
est maîtresse en 1250 (fig. 1). En architecture, l’âge mérinide débutait.
le langage architectural
Il faut sans cesse le rappeler: l’architecture est un langage. Bâtir est une
obligation inéluctable du souverain comme l’avait affirmé dès le Xème siècle,
ʿAbd al-Raḥmān III quand il eut élevé Madinat al-Zahra: c’est alors qu’il avait
élevé sa ville qu’il se sentait vraiment souverain. Les architectures mérinides
révèlent ainsi les axes majeurs de la politique dynastique. Le rêve califien,
à la suite des Almohades, est certain. Mais la dynastie participe aussi aux
grandes évolutions du monde de l’Islam qu’il s’agisse de la madrasa ou des
villes sanctuaires qui signifient la montée du culte des Saints. Nous tenterons
de le rappeler.
Trois réponses mérinides apparaissent ainsi aux défis du temps. Dans la
seconde moitié du XIIIème siècle, la dynastie se substitue aux Almohades en
poursuivant le jiḥād en al-Andalus et, surtout, tente de mettre le Maghreb extrême
à la tête du monde ibéro-maghrébin. La première moitié du XIVème siècle qui
s’achève avec le règne d’Abū al-Ḥasan est un moment d’apogée qu’il s’agisse
des architectures ou de ce qu’elles affirment de l’organisation du pays. Avec
Abū ʿInān, une autre mutation de l’architecture apparaît; les siècles suivants
y puiseront souvent leurs formules monumentales. C’est ainsi que s’affirme
en trois étapes l’art d’un Maroc devenu à l’époque moderne et contemporaine
un champion de la culture méditerranéenne.2
1. Jamil Abu-Nasr, A History of the Maghrib in the Islamic Period (Cambridge: Cambridge University
Press, 1987).
2. Bernard Rosenberger, Le Maroc au XVIème siècle. Au seuil de la modernité (Séville: Édition
Fondation des Trois Cultures, 2008.
Journal Indexed in Emerging Sources Citation Index (Web of Science)
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136 Michel Terrasse
Les ambitions architecturales des mérinides
Mais d’emblée une question se pose: ces émirs héritiers des Zénètes
transhumants des ports du désert à la Méditerranée de la Muluya, qui avaient
refusé de se rallier aux Almohades, parviendraient-ils à poursuivre l’âge
brillant qui, de Marrakech à Séville, avait été celui de la seconde dynastie
ibéro-maghrébine du XIIème siècle? Le retour à Fès, fondation, idrisside,
apporte une première réponse.
Fig. 1: Mosquée de Fès Jdid, d’après
Marçais.
Le premier chantier de la dynastie est, en 1258 à Bu Jlūd -fondation
almoravide- l’achèvement, de la grande mosquée fondée par les Almohades.
Mais c’est en 1276 que Fès Jdid, la “ville blanche,” révèle les ambitions de la
dynastie et leurs moyens. Fès Jdid, conçue comme une nouvelle Cordoue, est le
signe des nostalgies andalouses, qui sont désormais le ressort d’un renouveau
de l’architecture.3 La grande mosquée de la ville (fig. 1), par son concept
comme par sa taille, est conçue à l’imitation des grandes mosquées courantes
des Omeyyades andalous: la grande mosquée de Madinat al-Zahra ou celle
dite d’Ibn Addabas à Séville, par exemple. Mais l’architecture militaire de la
ville, elle aussi, avec le recours, près des jardins de Lalla Mina, à une enceinte
double avec mur et avant mur, une œuvre exceptionnelle au Maghreb, évoque
3. Henri Bressolette et Jean de Larozière, “Fès jdid de sa fondation en 1276 au milieu du XXème du
siècle,” Hesperis-Tamuda XX-XXI (1982-83): 245-318.
Un brillant chapitre de l’architecture marocaine: La période mérinide 137
à coup sûr les défenses almohades de Séville. Fès, avec Fès Jdid, devient une
métropole ibéro-maghrébine.
Mais dans le même temps l’agglomération évoque de toutes autres
parentés. En 1271, la construction à Fès al-Bali, au chevet de la mosquée
al-Qarawiyīn, d’une première madrasa dite al-Saffarīn, de construction
régionale encore malhabile dans la réalisation d’un concept importé, marque
les liens maintenus avec l’Orient.4 Parallèlement, Fès Jdid, en rompant avec
l’urbanisme unificateur des Almoravides, affirme un schéma polynucléaire
né à Bagdad et Samarra sous les Abbassides. L’architecture mérinide affirme
ainsi sa capacité de synthèse.
Une dynastie créatrice de villes
Trois règnes marquent la première affirmation de la dynastie nouvelle:5
Abū Yaʿqūb Yūsuf (1258-86), Abū Yūsuf Yaʿqūb (1286-1307), voire Abū
Tabit (1307-8). Les émirs mérinides, maîtres encore de terres andalouses,
sont ainsi portés à se vouloir des mujāhidīn impeccables et sont bien sûr
attachés au titre d’Amīr al-Mu’minīn. Leurs villes, comme leurs monuments,
illustrent souvent ces deux rôles caractéristiques des souverains qu’habitent
aussi une recherche de progrès. Sous ces règnes, les Mérinides –héritiers des
Almohades– apparaissent à coup sûr comme des créateurs de villes. Avec
les villes nouvelles du Détroit, Afrag6 près de Sabta et al-Biniya voisine
d’Algesiras, ils renouvellent la route du jihād. Vers l’Est, ils développent au
Maghreb un axe califien, d’abord en renouvelant le Ribāṭ Taza des Almohades
puis en pesant sur le devenir de l’agglomération tlemcénienne par la ville
nouvelle de Manṣūra,7 base de conquête vers l’Est et second siège du pouvoir
émiral. Mais les fondations mérinides reflètent aussi les tendances du bas
Moyen Âge: Salé ou Tanjat Balia illustrent avec leurs ports fortifiés les progrès
techniques du temps sensibles aussi, en hydraulique, à Fès Jdid ou Sabta.
Un premier cas doit retenir notre attention, celui de Qaṣr al-Saghīr, port
d’estuaire du aux Almohades où les Mérinides rebâtissent le Bāb al-Baḥr. Si
l’architecture militaire reste fidèle aux modèles du XIIème siècle, elle s’adapte
sans cesse à son nouveau contexte historique. La porte urbaine se simplifie
dès le XIIIème siècle comme le montrent ce Bāb al-Baḥr de Qaṣr al-Saghīr mais
aussi la porte de l’eau de Niebla (jadis datée du XIème siècle) ou encore celle
de Cordoue à Séville; ce modèle est conservé au XIVème siècle à la porte du
4. Michel Terrasse, “L’architecture hispano-maghrébine et la naissance d’un nouvel art marocain à
l’âge des Mérinides,” thèse de doctorat d’État, Paris-Sorbonne, (Paris IV), 1979, T. I, 143 et ss.
5. Michel Terrasse, Islam et Occident méditerranéen. De la conquête aux Ottomans (Collection:
Orientations et Méthodes. Comité des travaux historiques et scientifiques, 2001), 210-7.
6. Terrasse, “L’architecture hispano-maghrébine,” T. II, 406.
7. Idem, 408.
138 Michel Terrasse
“ribāṭ” de Chella.8 Dans le même temps de brillantes innovations apparaissent
comme à Bāb Agdal de l’enceinte double à courtine et avant-mur de Fès Jdid;
on a vu que l’imitation de la Séville almohade peut là être évoquée. On ne
saurait omettre d’autres défenses portuaires et leurs portes marines mais aussi
les grandes enceintes urbaines à Chella, Manṣūra, Afrag ou enfin al-Biniya où
le modèle andalou s’affirme avec un avant-mur et un fossé. Le recours à des
thèmes militaires est, enfin, parfois étonnant comme, par exemple, le schéma
de porte urbaine repris en décor pour le minaret-accès central de la mosquée
militaire de Manṣūra. Surtout, à al-Andalus comme en terre marocaine, il
apparait, dès Qaṣr al-Saghīr, que l’architecture sait simplifier ses partis pour
apporter de justes réponses aux problèmes du moment. On peut ainsi comme
le montre la figure 6 et 7 proposer une nouvelle hypothèse sur l’évolution de
la porte urbaine médiévale ibéro maghrébine.
Fig. 2: Jibraltar Al-Binya
Si les villes du Détroit –Qaṣr al-Saghīr, Afrag ou al-Biniya– rappellent
la volonté des Mérinides d’apparaître des émirs ibéro-maghrébins fidèles au
jihād (fig. 2), deux autres sites montrent leur volonté de s’affirmer, en dominant
le Maghreb voire l’Ifriqiya, califes d’Occident au moins. Le “Ribāṭ Taza” des
Almohades reprend un rôle de base de conquête et ce nouveau rôle est signifié
par le remaniement de sa grande mosquée. Le sanctuaire de type almohade est
8. Sur Chella voir: Henri Basset et Évariste Lévi-Provençal, Chella: une nécropole mérinide (Paris:
Émile Larose éditeur, 1923).
Un brillant chapitre de l’architecture marocaine: La période mérinide 139
transformé en mosquée de type “Fès Jdid” qui évolue avec un progrès: l’axe
médian parallèle à la qibla, entre miḥrāb et saḥn, s’affirme clairement avec
une travée ornée du lustre le plus remarquable connu. Une très riche coupole
nervée devant miḥrāb évoque cependant l’affirmation naissante d’écoles
régionales: ce type de coupole a été importé au Maghreb sous Alī ibn Yūsuf
comme en témoignent la qubba de la mosquée almoravide de Marrakech ou
celle de la grande mosquée de l’almoravide Tagrart. La coupole mérinide de
Taza évoque à coup sûr celle de Tagrart-Tlemcen. La Maroc oriental des Banū
Marīn et les terres de leurs cousins ʿAbd al-Wādides semblent ainsi relever,
dès la fin du XIIIème siècle, d’une même école régionale au sein du monde
ibéro-maghrébin.
Un esthétisme brillant: l’architecture du XIVème
L’architecture mérinide du XIVème siècle avait séduit ses premiers
analystes du siècle dernier par son esthétisme brillant, partagé au reste avec les
ʿAbd al-Wādides tlemcéniens et les Nasrides.9 Comme partout en Islam, - de
l’Atlantique à l’Afghanistan - l’architecture reprend, surtout par son décor, la
liberté bridée au temps de la réaction sunnite et des réformes du XIIème siècle.
Mais, dans l’ordonnance tripartite de l’ornement, seuls les sols et les lambris
de zellijs ont conservé la palette de couleurs ailleurs disparue aux plâtres et
aux bois sculptés qui les surmontent. Nos recherches tentent de les restituer
mais il faut d’abord rappeler que l’architecture affirme surtout variété, souci
d’évolution et même, sous Abū ʿInān, mutations décisives.
Le court règne d’Abū Thābit s’il renonce au rêve impérial tlemcénien,
affirme son inventivité par la fontaine élevée à la mosquée des Andalous de
Fès al-Bali. On a quelques difficultés à distinguer le règne d’Abū Saʿīd de
celui d’Abū l’Ḥasan tant le prince héritier semble avoir été actif, à Fès al-Bali
en particulier.
L’apport le plus spectaculaire des années 1309-50 est sans doute le
développement d’une madrasa de parti désormais occidental. Contrainte
souvent, à Fès comme à Salé, par un tissus urbain saturé, elle développe près des
grandes mosquées des Andalous ou al-Qarawiyīn des ensembles universitaires
9. Voir à titre d’exemples: Lucien Golvin, “Madrasa et architecture domestique,” in L’habitat
traditionnel dans les pays musulmans autour de la Méditerranée, vol. II: L’Histoire et le milieu, Institut
de recherche et d’études sur le monde arabe et musulman, Rencontre d’Aix-en-Provence, 6-8 Juin
1984, série études urbaine (Le Caire: Publications de l’Institut d’Archéologie Orientale, 1990), 447-58.
Georges Marçais, “Remarques sur les médersas funéraires en Berbèrie: à propos de la Tachfiniya
de Tlemcen,” in Mélanges Gaudefroy-Demombynes, (Le Caire: Imprimerie de l’institut français
d’archéologie orientale, 1935), 259-78; Georges Marçais, L’architecture musulmane d’Occident:
Tunisie, Algérie, Maroc, Espagne et Sicile (Paris: Arts et Métiers Graphiques, 1954); William Marçais
et Georges Marçais, Les monuments arabes de Tlemcen (Paris: Albert Fontemoing éditeur, 1903).
140 Michel Terrasse
avec les doublets Sahrij-Sbayn ou, sur la rive gauche, ‘Aṭṭarīn-Mesbaḥiya
face à la porte et à la partie de la mosquée al-Qarawiyīn que les Mérinides
avaient au reste tôt abordée.10 Le parti esquissé à la madrasa al-Saffarin se
régularise avec un schéma tout régional centré sur une cour de structure
identique dans toutes les architectures privées ou émirales. La comparaison
de la madrasa al-Aṭṭarīn et de la Mesbaḥiya signale une évolution avec le
schéma plus complexe de la seconde, riche d’une midhaʿa monumentale et
d’une douira annexe; surtout la sculpture y annonce une montée de la couleur
au détriment de la sculpture: sans cet élément disparu, la sculpture de la
Mesbaḥiya apparait pauvre, insolite en un moment de richesse de l’ornement,
affirmée au reste par les sculptures ou les vitraux de la madrasa al-‘Aṭṭarīn.
Il faut enfin noter que l’affirmation d’Ibn Marzūq dans son Musnad semble
vérifiée par l’archéologie; Fès Jdid mais aussi Marrakech –au voisinage de la
mosquée de la Qaṣba– Salé ou Sabta nous démontrent la place brillante que
le thème de la madrasa a pris, pour des siècles, dans l’architecture marocaine.
Le thème de la mosquée souveraine et militaire
Mais il est en architecture un thème plus rare mais spectaculaire en
diachronie: celui de la mosquée souveraine et militaire développé en deux
étapes des XIIIème et XIVème siècles à Manṣūra (fig. 3). J’ai déjà tenté de
démontrer, à partir des documents cordouans, explicites dès le Xème siècle,
comment une série de sanctuaires exceptionnels, nécessaires pour la remise
des étendards aux troupes partant en expédition, jalonnait toute l’histoire de la
mosquée médiévale en Occident. Un doute subsiste à propos de celle de Sidi
ʿUqba à Kairouan. Mais, en terre ibéro-maghrébine, les grandes mosquées
de Cordoue, Marrakech (almoravide et, peut-être almohade avec les deux
mosquées d’abord émirales devenues Kutubiya), peut être Séville et Ribāṭ
al-Fatḥ et enfin Manṣūra constituaient une série peu commune. Toutes sont
signalées par un minaret de taille exceptionnelle. À Marrakech, almoravide
comme almohade, comme sous les Almohades à Rabat apparaît l’influence
de Cordoue mais dès Rabat, et ensuite à Manṣūra, le souvenir des Abbassides
d’Abū Dulaf à Samarra s’affirme avec un vaisseau devant miḥrāb démultiplié
et, plus encore, des ziyādas, thème repris au reste à la grande mosquée de Salé.
La surface de la maqsura évoque cependant plus encore que la mosquée de
Cordoue sous al-Hakam II, le masjid i-juma d’Isfahan remanié par le Saljuqide
Nizām al-Mulk ou encore un parti identique conservé à la grande mosquée de
10. Sur ces medersas voir: Lucien Golvin, “La madrasa, nouvel outil du pouvoir,” Autrement, série
Mémoires 13 (1992): 92-9; Lucien Golvin, La madrasa médiévale (Paris: Edisud, 1995); Ahmed Saleh
Ettahiri, “Les Madrasas marinides de Fès,” thèse de Doctorat NR, Paris-Sorbonne, (Paris IV), 1996;
Maya Shatzmiller, “Les premiers mérinides et le milieu religieux de Fès: l’introduction des madrasas,”
Studia Islamica XLIII (1976): 109-18; Charles Terrasse, Les médersas du Maroc (Paris: Editions Albert
Morancé, 1927).
Un brillant chapitre de l’architecture marocaine: La période mérinide 141
Baybars Ier au Caire. Là encore, les échanges au sein du Dār al-Islām affichent
leur pérennité. Mais à Manṣūra, il faut aussi constater l’achèvement d’une
longue recherche débutée à Cordoue sous ʿAbd al-Raḥmān III: comme à la
mosquée al-Sharabliyīn de Fès, accès central et minaret en position axiale sont
réunis. Ce détail souligne à lui seul l’inventivité des architectes mérinides.
Fig. 3: Plan de la Mosquée d’Al-
Manṣūra.
Fig. 4: Plan de la mosquée Sidi Bou
Madyan à Tlemcen.
142 Michel Terrasse
Capacité d’échanges comme aptitude à la novation sont au reste
confirmées sous le règne d’Abū l-Ḥasan par les villes de pèlerinage évoquées
ci-dessous. Dans l’agglomération de Tlemcen, la fondation de Sīdī bū
Madyān11 (fig. 4) –geste politique sans doute– nous conserve, à peu près, le
programme alors usuel partout en Islam de ces “petites cités de Dieu.” Au
ribat de Chella, ville sanctuaire pour un culte dynastique, ébauchée par une
mosquée funéraire au XIIIème siècle mais développée par d’Abū l-Ḥasan, nous
pouvons y joindre une superbe enceinte dans la tradition almohade –sans
doute liées à la qualification de ribat qui figure à l’inscription de fondation– et
un funduq d’accueil des pèlerins. Ce parti sera conservé à Sīdī al-Ḥalwī par
Abū ʿInān.
Nous reviendrons, à propos de ce souverain sur la postérité du parti de la
grande mosquée de Fès Jdid avec un parallèle entre la Jamaʿa al-Ḥamra de Fès
celle de Sīdī al-Ḥalwī dont nous achevons l’étude. Il apparait dès maintenant
que l’architecture religieuse démontre par une production abondante et de
qualité, l’apport des œuvres de la première moitié du XIVème siècle à la
définition d’un nouvel art ibéro-maghrébin.
Une architecture hydraulique
Mais il faut au moins signaler comment quartiers de villes et cités
portuaires démontrent parallèlement la richesse de cette première période de
création. À Fès comme à Salé, l’hydraulique progresse: pour cette dernière
madina,12 on l’a constaté avec l’aqueduc de l’Aïn Barka qui alimenta la ville
ou la fontaine publique accolée à l’entrée de la madrasa. Mais cette ville du
Bou Regreg fut enrichie d’un chantier riche de sens. Tandis que sur la rive
droite Rabat développa, proche de Bāb al-Baḥr, un Dār al-ṣināʿa, Salé comme
en réponse à l’attaque castillane de 1261, fut munie d’un port fortifié qu’il faut
rapprocher de ceux de Tanjat Balia ou de Hunayn. L’architecture mérinide
contribuait ainsi aux progrès de l’équipement du pays. Mais, comme il en
ira à Fès Jdid ces réalisations soulignent ce que fut la mobilité des hommes
et des ateliers. Ibn al-Khatib nous a permis de repérer un grenadin d’origine
sévillane mais formé à Tolède appelé en renfort par l’émir. Il apparaît aux
côtés du Génois à l’étape décisive de l’hydraulique de Fès vers 1276.
11. Sur les vestiges de ce site voir: Alfred Bel, “Vestiges d’une villa royale musulmane du début du
XIVe siècle de J.-C. dans la banlieue de Tlemcen,” in Cinquième congrès international d’archéologie,
Alger, 14-16 avril 1930 (Alger: Société historique Algérienne, 1933), 281; Terrasse, “L’architecture
hispano-maghrébine,” T. II, 408 et ss.
12. A propos de cette ville voir: Joudia Hassar-Benslimane, Le passé de la ville de Salé dans tous ses
états: histoire, archéologie, archives (Paris: Éditions Maisonneuve et Larose, 1992).
Un brillant chapitre de l’architecture marocaine: La période mérinide 143
Ces échanges apparaissent de même aux bains dont nombres d’exemples
confirment les liens avec al-Andalus et le parti novateur apparu au XIème siècle
avec le Bañuelo de Grenade. Les Almoravides semblaient avoir été fidèles à
une progression en coude de la salle d’accueil à la salle chaude: on pense à
Zagora, Oujda ou au Hammam al-Ṣabbāghīn de Tlemcen à mettre en parallèle
avec les bains andalous du XIème siècle, Baza par exemple. À Rabat,13 à Fès,
à Chella ou à Gibraltar tous ces bains marquent une évolution sensible en
adoptant le plan à salle d’enfilade du Bañuelo de Grenade. Il s’agissait aussi
de remarquables exemples de l’union d’une architecture remarquable de
qualité et de ses décors.14
Fig. 5: Belyounech vue générale
(Coll. Michel Terrasse).
Une architecture des jardins
Il faudrait enfin joindre ces architectures urbaines à celles qui marquent de
fructueux liens entre les villes et leurs campagnes. Au nord des deux Fès, les
jardins d’al-Masara et le Qaṣr Banū Marīn en étaient d’excellents exemples. Nos
recherches ont permis de mettre au jour à Sabta avec Belyounesh, un schéma
d’histoire de ces lieux de l’an mil (fig. 5) à la fin du Moyen Âge. Outre le schéma
d’adduction d’eau pour Sabta et les ouvrages hydrauliques développés ci-dessus,
on retiendra la mise en évidence du concept de la muniya. La “Muniya de la
tour” souligne comment ces architectures répondent à des exposés théoriques très
élaborés, ici à l’appendice 7 du traité d’agronomie d’Ibn Lūyūn. Partout au Maroc
comme au Maghreb central tlemcénien, cette richesse d’une architecture savante
aux bords des villes est attestée. Un détail, les tours résidences des muniyas,
évoquent, avec les villae antiques, la capacité qui fut celle de l’Islam médiéval de
recueillir et de faire fructifier l’héritage patrimonial des territoires conquis.
13. Terrasse, Islam, 260. fig.38
14. Henri Terrasse, “Trois bains mérinides du Maroc,” in Mélanges Williams Marçais (Paris:
Institut d’études islamiques de l’université de Paris - E.D.G.P, Maisonneuve, 1950), 311-20; Terrasse,
“L’architecture hispano-maghrébine,” T. II, 421 et ss.
144 Michel Terrasse
La mutation de la seconde moitié du XIVème siècle
Les quelques années du règne d’Abū ʿInān apparaissent d’une intense
activité novatrice. Nous ne pourrons ici n’en retenir que trois exemples.
La continuité des deux règnes apparait à Chella comme à Tlemcen avec
la fondation de Sīdī al-Ḥalwī, réplique de celle de Sīdī bū Madyān. Seule un
ensemble d’ablution et surtout la grande mosquée sont conservés. L’analyse
du sanctuaire enrichit la postérité de celui de Fès Jdid signalé déjà avec le
masjid de la Jamaʿa al-Ḥamra, proche au reste de celui de Sīdī bū Madyān.
Une tradition fassie semble ici exportée. A Chella au contraire, la madrasa
(fig. 6 et 7) révèle par sa porte et ses décors de zellijs la probabilité de la venue
d’un atelier tlemcénien. La mobilité dans les deux sens, des ingénieurs, des
architectures et des ateliers peut être ainsi imaginée.
Fig. 6: Chella, porte reliant la
mosquée et la medersa (Coll.
Michel Terrasse).
Fig. 7: Chella, porte reliant
la mosquée et la medersa
(Cliché de Khalid Ben-Srhir).
Un brillant chapitre de l’architecture marocaine: La période mérinide 145
A la mosquée Bū ʿInāniya, un ensemble complexe relève d’abord
de l’usuelle piété des émirs. Il s’agissait de rendre le signal de la prière
perceptible partout dans l’agglomération. Mais en remaniant l’aménagement
d’un quartier entrepris par son père, dont témoigne le masjid voisin à son nom,
Abū ʿInān développa un ensemble complexe qui unit en un même monument
grande mosquée et madrasa. Un parti carré et un plan cruciforme soulignent
au niveau de la cour une mutation certaine. La table des ḥabus démontre
l’insertion dans le quartier du nouveau complexe. On est surtout sensible à la
grande novation technique d’un projet qui développe face à une entrée double
toute fassie l’horloge astronomique. Cette invention démontre qu’à Tlemcen,
Fès al-Bali à la Qarawiyīn comme à Bū Jlūd progrès de la science et novation
architecturale étaient indissociables.
Fig. 8: La zāwiya al-Nussak
(Coll. Michel Terrasse).
Nous connaissons moins d’autres aménagements plus incertains. Pour les
côtes le Musnad15 affirme qu’un réseau de tours relais permettait de transmettre
en une nuit un message de Tanger à Tunis. Le confirmera-t-on, à moins qu’il
ne s’agisse de la flatterie d’un vizir. En revanche, ibn Marzūq définit très
utilement ce que fut la zāwiya médiévale: “une hôtellerie aux portes des villes
pour abriter les voyageurs.” Ces architectures aux portes des villes n’étaient
pas rares; une zāwiya hafside existait à la Porte de Constantine à Būna tandis
que pour les Mérinides, Taza16 et Salé ont enrichi notre recherche. La zāwiya
al-Nussak17 (fig. 8) caractérise bien la rencontre entre tradition et innovation
qui s’affirme sous Abū ʿInān. Si la porte principale est une réplique réduite
15. Évariste Lévi-Provençal, “Un nouveau texte d’histoire mérinide: le musnad d’Ibn Marzuq,”
Hesperis V (1925): 1-82.
16. Georges S. Colin, “La zaouia mérinide d’Anmeli à Taza,” Hesperis XL (1953): 528-30.
17. Jacques Meunié, “La zaouia en-Nossak: une fondation mérinide aux abords de Salé,” in Mélange
H. Basset. T. II, (Paris: Leroux, 1925), 129-45; Ahmed Saleh Ettahiri, “Nouvelles remarques sur la
zaouia mérinide d’al-Nussak à Salé,” Bulletin d’Archéologie Marocaine 21 (2009): 289-310.
146 Michel Terrasse
du schéma ornemental de la porte arrière de la porte de la qaṣaba de Ribāṭ
al-Fatḥ, le parti est tout à fait, par ses proportions, dans la lignée apparue à la
Bū ʿInāniya (fig. 9, 10 et 11). On peut ainsi penser que la mutation due à Abū
ʿInān fut sans doute décisive dans l’évolution de l’architecture marocaine.
Fig. 9: Medersa Bou ʿInānaiya
de Fès. Ṣaḥn et façade de
la salle des prières (Source:
Inspection des Monuments
Historiques de Fès).
Fig. 10: Medersa Bou ʿInānaiya
de Fès. Détail du décor (Source:
Inspection des Monuments
Historiques de Fès).
Fig. 11: Medersa Bou ʿInānaiya
de Fès. Salle de prières (Source:
Inspection des Monuments
Historiques de Fès).
Un brillant chapitre de l’architecture marocaine: La période mérinide 147
Vers un bilan lié à une esthétique nouvelle?
Il apparaît clairement qu’une architecture nouvelle est née. Il faut pour
conclure évoquer une esthétique aussi riche de liens avec le passé qu’avec les
progrès de la géométrie, de la théorie architecturale et des goûts d’un âge de
liberté.
Le monde de créations modulaires liées aux progrès de la géométrie
n’apparaît nulle part mieux qu’aux compositions de zellijs. Les schémas
sont variés. Des compositions à éléments juxtaposés s’affirment
semblablement en al-Andalus comme au Maghreb. Mais les décors de la
madrasa Aṭṭarīn comme ceux provenant du Meshouar ou de la madrasa
Tashfīniya de Tlemcen révèlent des schémas de polygones étoilés
infiniment plus complexes On doit enfin souligner qu’à ce monde de lignes
se joint un triomphe de la couleur où la palette retrouve la richesse de
polychromie qui avait été celle du haut Moyen Âge. Mais chaque région
innove et transmet ses formules: la porte de la madrasa de Chella (fig. 6)
reprend un schéma à formes florales découpées par la couleur qui semble
une innovation tlemcénienne.
On doit enfin revenir sur la part, dans les créations artisanales, d’une
théorie sous-jacente solidement élaborée et diffusée, en particulier, au sein
des corporations. L’exemple des charpentes et de leurs décors confirme cette
évidence. On sait la théorie recueillie par la Carpinteria de lo Blanco de
Lopez de Arenas, maître charpentier de Séville. Nos recherches ont démontré
qu’elle est appliquée au Maghreb comme en Espagne avec, aussi bien, des
églises mudéjares ou la seconde synagogue –le Transito– de Tolède. Partout,
la structure fonctionnelle et le jeu qu’elle engendrait était le support comme
à la madrasa al-Jadida de Sabta d’une riche polychromie qui complétait les
formes incisées ou sculptées.
On en vient à percevoir qu’une vaste autre perspective doit guider notre
analyse des œuvres mérinides. Urbanisme et mise en en valeur de l’émirat
sont les projets où s’insèrent des architectures en constant renouvellement,
enrichies des œuvres d’ornemanistes à coup sûr épris de rigueur comme de
liberté.
148 Michel Terrasse
Conclusion
La période créatrice de la dynastie mérinide semble ainsi étonnamment
brève. Le XVème siècle fut, comme le montre le masjid de Lalla Ghriba à Fès,
une période de crise et de calamités. Mais l’insertion de l’architecture dans
une perspective plus diachronique confirme la réalité de son apport: ainsi en
va-t-il à Marrakech.
On ne sait guère ce que fut la madrasa mérinide implantée à la “Qaṣba” en
dehors de son emplacement au côté de la mosquée. La tentative de renaissance
saadienne implante, au cœur de la ville de la mosquée almoravide, une madrasa
qui apparaît, à coup sûr, fille des architectures d’Abū ʿInān. Ainsi en va-t-il
de même au palais du Badī’ qui y joint avec ses pavillons un souvenir nasride
pour la rénovation de la Qaṣaba. Enfin, si une mosquée avait, au Moyen
Âge, importé un parti mérinide –celui de la première mosquée de Chella,
conservé à mosquée Mulay al-Qṣūr– il est clair que, sous les Saadiens, depuis
la mosquée de Bāb Dukkala, le concept nouveau affirmé à Fès Jdid reste un
modèle directeur. On peut au reste compléter de telles observations à propos
de l’hydraulique: Marrakech almoravide était ville de qanat; entre la ville et
la côte, le monde moderne des sucreries adopte clairement –à Chichaoua par
exemple– les techniques de l’hydraulique ibéro-magrébine.
Ainsi l’âge des Mérinides nous apparait-il, comme une réaction contre
un temps de puritanisme voire contre des menaces de déclin, un temps des
formules nouvelles qui adapteront l’héritage de la Méditerranée occidentale et
du monde ibéro-maghrébin à ce qui devint, pour les Chancelleries, l’Empire
chérifien ou le pays de Maroc. Les architectures mérinides apparaissent bien
le langage qui proclamait un nouveau califat d’Occident.
Un brillant chapitre de l’architecture marocaine: La période mérinide 149
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150 Michel Terrasse
ﺍﻟﻌﴫ ﺍﳌﺮﻳﻨﻲ: ﺣﻘﺒﺔ ﻣﺘﻤﻴﺰﺓ ﻣﻦ ﺗﺎﺭﻳﺦ ﺍﻟﻌﲈﺭﺓ ﺍﳌﻐﺮﺑﻴﺔ:ﻣﻠﺨﺺ
ﺷﻬﺪﺕ ﺍﻧﻄﻼﻗﺔ ﻋﻬﺪ ﺍﳌﺮﻳﻨﲔ ﺑﺪﺍﻳﺔ ﺣﻜﺎﻳﺔ ﻣﺜﲑﺓ ﻭﻃﻮﻳﻠﺔ ﺍﻷﻣﺪ ﻣﻊ ﺍﻟﻌﲈﺭﺓ ﺍﺗﻀﺤﺖ ﻣﻦ1250 ﻣﻨﺬ ﻋﺎﻡ
ﻭﺗﺄﻛﺪ ﺑﻠﻮﻍ ﺍﻟﻌﲈﺭﺓ ﺍﳌﺮﻳﻨﻴﺔ.ﺧﻼﳍﺎ ﺍﳌﺤﺎﻭﺭ ﺍﻟﺮﺋﻴﺴﻴﺔ ﻟﺴﻴﺎﺳﺔ ﺗﻠﻚ ﺍﻷﴎﺓ ﺍﳊﺎﻛﻤﺔ ﰲ ﺫﻟﻚ ﺍﳌﻀﲈﺭ ﺍﳊﻀﺎﺭﻱ
ﻭﻇﻬﺮﺕ ﻣﻊ ﺑﺪﺍﻳﺔ ﻋﻬﺪ ﺍﻟﺴﻠﻄﺎﻥ ﺃﰊ ﻋﻨﺎﻥ.ﻣﺮﺣﻠﺔ ﺍﻷﻭﺝ ﻣﻨﺬ ﺍﻟﻨﺼﻒ ﺍﻟﺜﺎﲏ ﻣﻦ ﺍﻟﻘﺮﻥ ﺍﻟﺮﺍﺑﻊ ﻋﴩ ﺍﳌﻴﻼﺩﻱ
ﺣﻴﺚ ﻏﺎﻟﺒﺎ ﻣﺎ ﺍﺳﺘﻤﺪﺕ ﻣﻨﻬﺎ ﺍﻟﻘﺮﻭﻥ ﺍﻟﻼﺣﻘﺔ ﺟﻞ ﻣﻈﺎﻫﺮﻫﺎ،ﺍﳌﺮﻳﻨﻲ ﻣﺮﺣﻠﺔ ﲢﻮﻝ ﺃﺧﺮ ﰲ ﳎﺎﻝ ﺍﻟﻌﲈﺭﺓ
ﻭﺃﻇﻬﺮﺕ ﺃﺷﻜﺎﻝ ﺍﻟﻌﲈﺭﺓ ﺍﳌﺮﻳﻨﻴﺔ ﺑﺸﻜﻞ ﺟﻴﺪ ﻋﻦ ﺗﻌﺒﲑﺍﺕ ﺟﺪﻳﺪﺓ ﺃﻋﻠﻨﺖ ﻣﻦ ﺧﻼﳍﺎ.ﺍﳌﺘﺴﻤﺔ ﺑﺎﻟﺮﻭﻋﺔ ﻭﺍﻟﻔﺨﺎﻣﺔ
ﻭﻛﺎﻧﺖ ﺗﻠﻚ ﻫﻲ ﺍﻟﻄﺮﻳﻘﺔ ﺍﻟﺘﻲ ﺃﻛﺪ ﲠﺎ ﺍﻟﻔﻦ ﺍﳌﻌﲈﺭﻱ ﻟﻠﻤﻐﺮﺏ.ﻋﻦ ﻣﻴﻼﺩ ﺧﻼﻓﺔ ﺟﺪﻳﺪﺓ ﰲ ﺍﻟﻐﺮﺏ ﺍﻹﺳﻼﻣﻲ
. ﺟﻌﻠﺖ ﻣﻨﻪ ﺑﻄﻼ ﺣﺪﻳﺜﺎ ﻟﻠﺜﻘﺎﻓﺔ ﺍﳌﺘﻮﺳﻄﻴﺔ،ﺩﺧﻮﻟﻪ ﺇﱃ ﺣﻘﺒﺔ ﺟﺪﻳﺪﺓ
. ﺍﻟﻔﻦ ﺍﻹﻳﺒﲑﻱ ﺍﳌﻐﺎﺭﰊ، ﺍﻟﻌﲈﺭﺓ، ﻓﺎﺱ، ﺍﻟﻌﴫ ﺍﳌﺮﻳﻨﻲ:ﺍﻟﻜﻠﲈﺕ ﺍﳌﻔﺘﺎﺣﻴﺔ
Résumé: Un brillant chapitre de l’architecture marocaine: La période mérinide
A partir de 1250 l’âge mérinide débutait avec une architecture qui révèle les axes
majeurs de la politique dynastique. L’apogée d’une architecture marocaine se confirme
à partir de la première moitié du XIVème siècle. Avec Abū ʿInān, une autre mutation de
l’architecture apparaît; les siècles suivants y puiseront souvent leurs formules monumentales.
Les architectures mérinides apparaissent bien le langage qui proclamait un nouveau califat
d’Occident. C’est ainsi que s’affirme l’art architectural d’un Maroc devenu à l’époque
moderne un champion de la culture méditerranéenne.
Mots-clés: Architecture, Mérinides, art marocain, monde ibéro-maghrébin.
Abstract: A Brilliant Chapter of Moroccan Architecture: The Merinid Period
From 1250 the Merinid age began with an architecture that reveals the major axes of
dynastic politics. The apogee of a Moroccan architecture is confirmed from the first half of
the 14th century. With Abū 'Inān, another mutation of the architecture appears; the following
centuries will often draw from them their monumental formulas. The Marinid architectures
appear well the language that proclaimed a new Caliphate of the West. This is how the
architectural art of Morocco, which became a modern champion of Mediterranean culture,
is affirmed.
Keywords: Architecture, Merinids, Moroccan art, Ibero-Maghrebian World.
Resumen:Un capítulo brillante de la arquitectura marroquí: El período meriní
Desde 1250, la era meriní comenzó con una arquitectura que revela los principales
ejes de la política dinástica. El apogeo de una arquitectura marroquí se confirma desde la
primera mitad del siglo XIV. Con Abū 'Inān, aparece otra mutación de la arquitectura; los
siglos siguientes a menudo extraerán de ellos sus fórmulas monumentales. Las arquitecturas
meriníes aparecen bien en el lenguaje que proclamaba un nuevo califato de Occidente. Así
es como se afirma el arte arquitectónico de un Marruecos, que se convirtió en un campeón
moderno de la cultura mediterránea.
Palabras clave: Arquitectura, Merinides, arte marroquí, mundo ibero-magrebí.