I.
La Mort comme horizon nécessaire
La mort n’est pas un scandale : elle est la conclusion la plus certaine de nos pas. Pourtant
nous vivons comme si elle n’existait pas, ou comme si elle n’était qu’une rumeur. Mais c’est
elle, silencieuse, qui donne sa gravité à chaque geste. Sans elle, tout se diluerait dans
l’indifférence. On se lève le matin, on boit son café, on embrasse un visage aimé — et tout
cela prend une valeur inestimable parce que l’ombre de la fin plane au-dessus.
Admettre la mort, ce n’est pas renoncer à la vie, c’est au contraire l’aimer dans sa fragilité.
Rien n’est plus absurde que l’homme qui rêve d’éternité alors que la grandeur réside
justement dans le provisoire. Une fleur ne serait pas belle si elle durait mille ans. La mort
est ce qui rappelle à l’homme qu’il doit choisir : investir le peu de temps qu’il a dans la
création, dans l’amitié, dans le rire, ou le laisser s’effriter. C’est l’horizon qui force la décision.
Ainsi, la mort n’est pas une ennemie. Elle est la complice sévère qui nous rappelle à
l’urgence. Et si nous apprenons à la regarder en face, nous cessons de gaspiller nos
instants : nous apprenons enfin à vivre.