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Échec de la mondialisation au Québec

L'échec de la mondialisation est mis en avant comme responsable de la dissolution de l'économie québécoise, entraînant une domination des transnationales et une précarisation des travailleurs. Les accords de libre-échange et la judiciarisation du politique limitent la souveraineté des États, rendant difficile la protection des intérêts sociaux et environnementaux. L'article appelle à une démondialisation pour redonner du pouvoir à l'État et repenser l'économie nationale.

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Échec de la mondialisation au Québec

L'échec de la mondialisation est mis en avant comme responsable de la dissolution de l'économie québécoise, entraînant une domination des transnationales et une précarisation des travailleurs. Les accords de libre-échange et la judiciarisation du politique limitent la souveraineté des États, rendant difficile la protection des intérêts sociaux et environnementaux. L'article appelle à une démondialisation pour redonner du pouvoir à l'État et repenser l'économie nationale.

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L'échec de la mondialisation

N'en déplaise aux disciples et artisans des rouages du marché


sans frontières, l'utopie mondialiste est responsable de la
dissolution de l'économie québécoise.
By
Étienne Boudou-Laforce, Contributor
Blogueur

Sep 26, 2016, 05:44 AM EDT|Updated Sep 27, 2016


Ce billet de blogue est un texte collectif dont la liste des signataires se
trouve en pied de page.
***
Transnationales supra-étatiques, atomisation des cultures nationales,
démantèlement de l'État, judiciarisation du politique : la mondialisation
n'est point la panacée qu'on nous a tant vendue.
N'en déplaise aux disciples et artisans des rouages du marché sans
frontières, l'utopie mondialiste est responsable de la dissolution de
l'économie québécoise. Ce «beau rêve» qu'est la mondialisation est
aujourd'hui entièrement soumis à un système financier spéculatif
complètement débridé, en plus de consacrer la montée de corporations
transnationales parfois bien plus puissantes que les États.
Aujourd'hui, les grands fonds actionnariaux ont le pouvoir d'orienter les
choix d'une compagnie et en détiennent le véritable contrôle. Pour eux,
délocaliser ou mettre à pied des salariés n'est qu'un choix économique au
service d'un objectif : la maximisation du profit. Si la recherche du profit
n'est pas un problème en soi, il n'y a cependant qu'un pas à faire pour que
cette logique spécifique s'envenime, ruinant de fait des centaines, voire
des milliers de vies. Les actionnaires pèsent ainsi de plus en plus lourd
dans les décisions des entreprises. En contexte de marchés financiers
libéralisés, la mobilité des actionnaires est presque totale. Ils sont ainsi en
mesure de se préparer des stratégies de sortie des entreprises à tout
moment. Cela signifie que les salariés - et, parfois, les populations
environnantes - sont les seuls à véritablement assumer les risques,
pendant que les actionnaires peuvent imposer des objectifs de profit
irréalistes et se départir de leurs actions avant que la catastrophe ne se
produise, se dégageant ainsi de toute responsabilité.
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Le libre-échangisme participe aussi à la fameuse judiciarisation du
politique, de même qu'il célèbre l'enfermement de l'État dans des
contraintes réglementaires.
Lorsqu'une multinationale s'installe en région, ce ne sont pas seulement
les commerces locaux qui en souffrent, ce sont également les rapports
entre l'offre et la demande qui s'en trouvent bouleversés. L'implantation
d'une transnationale finit par tuer la concurrence locale, alors que le géant
régnera sans partage sur un marché local captif. La gamme de produits
s'élèvera d'ailleurs à peine au-dessus de la pacotille et les salaires versés
par ces entreprises resteront plutôt bas, et ce, sans compter l'absence de
bénéfices sociaux. Certaines transnationales ont acquis un pouvoir
immense, quasi supra-étatique. Quant aux paradis fiscaux pour les
puissants qui nous gouvernent, ils ne sont qu'un symptôme de cette
mondialisation à tout-va.
Et au-delà de l'économie, il est question du social, de nos conditions de
vie, de souveraineté d'un État, de culture aussi. En effet, de par
l'occidentalisation du monde, l'uniformité stérile est reine et la culture des
uns et des autres dangereusement en perdition. Et ainsi, la mondialisation
a notamment sa responsabilité dans l'émergence des intégrismes religieux
actuels. C'est là tout un paradoxe. Alors que «l'État-nation est battu en
brèche, revient au centre des sociétés la question nationale [...]Le
mécanisme est donc profondément contradictoire : en unifiant il divise; en
intégrant il exclut - en désacralisant il reconfessionnalise, en mondialisant
il renationalise», d'écrire à ce propos Sami Naïr.
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Le piège des accords de libre-échange
Quant aux traités de libre-échange (le Partenariat transpacifique (PTP), par
exemple), ils imposent notamment la permanence des contraintes aux
signataires. Lorsqu'il sera nécessaire de changer de direction, il sera trop
tard, car juridiquement impossible pour l'État de procéder. Pourtant, aucun
contrat - et un traité commercial en est un - ne devrait représenter autre
chose que le résultat d'un contexte précis. Si ce contexte se modifiait, il
serait fâcheux qu'un véritable arsenal juridique empêche tout changement
de voie. Thomas Jefferson disait qu'aucune génération ne saurait être liée
par les décisions prises par la précédente.
Plus encore, ces fameux traités sont le plus souvent négociés dans le
secret le plus total, de peur que les peuples soient pris de panique quant
aux bienfaits du libre-échange. Et ainsi, «les méandres des accords
commerciaux découragent souvent les mobilisations, tant il est difficile de
comprendre quelle étape surveiller de près, quelle disposition d'apparence
technique dissimule une bombe sociale», de pointer Serge Halimi.
L'État est présenté par les idéologues de la mondialisation comme une
entité de domination, vile et répressive.
Le libre-échangisme participe aussi à la fameuse judiciarisation du
politique, de même qu'il célèbre l'enfermement de l'État dans des
contraintes réglementaires. En effet, on ne doit pas oublier l'émergence de
cénacles juridiques, composés de «rois philosophes» chargés d'interpréter
les litiges, de trancher du bon et du juste.
Depuis que les accords de libre-échange prolifèrent, des clauses y sont
incluses afin de soutenir le démantèlement de politiques nationales en
favorisant les poursuites des États par les investisseurs étrangers si ceux-
ci estiment que leurs profits sont menacés. Il deviendra ainsi de plus en
plus ardu pour un État de légiférer sur des questions de bien commun
liées, par exemple, à la justice sociale, à l'environnement, aux conditions
des travailleurs ou à la santé publique si la compagnie transnationale se
croit lésée. En cas de différend, un tribunal supranational sera chargé de
rendre son jugement à la lumière de son interprétation du traité. Les
litiges sont généralement longs et par conséquent très lucratifs : les firmes
d'avocats en rêvent déjà. Si la souveraineté ne relève du politique, la voici
désormais déléguée à des institutions qui n'ont d'autre base que celle du
juridisme.
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L'État, rempart de la démocratie
L'émergence d'un droit international... sans États, surfant sur le vaste
monde et évacuant le social, s'accompagne d'une fronde sans pareil
contre l'État, celui-ci présenté par les idéologues de la mondialisation et
pseudo-intellectuels de la modernité comme une entité de domination, vile
et répressive.
La souveraineté de l'État est pourtant une condition essentielle à la
démocratie, pour redonner tout son sens à l'engagement politique. Que
signifie, par exemple, l'élection d'un gouvernement si celui-ci en vient à
être chargé d'une entité complètement impuissante? C'est la société en
elle-même qui se trouve neutralisée. Les jeunes ne veulent plus de
sermons sur leur participation à l'avenir de leur collectivité : pour y
contribuer, encore faut-il qu'il leur reste quelques moyens pour le faire. En
plus des fuites de sièges sociaux et de la mort du Québec Inc., nos
instruments tels qu'Hydro-Québec et la Caisse de dépôt et placement ont
été détournés de leur vocation première et soumises aux intérêts
d'affairistes; ils sont plus que jamais menacés de dislocation.
L'avenir se couche ainsi sur une démondialisation qui restitue le pouvoir
d'agir de l'État et qui nous permette de penser l'économie nationale à
travers de nouvelles bases, rejetant les mythes habituels d'une économie
libérale prétendant à tort reposer sur des bases scientifiques et
d'autorités.

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