Bilan 2023 des incidents technologiques
Bilan 2023 des incidents technologiques
BARP
DE LA TRANSITION
ÉCOLOGIQUE
ET DE LA COHÉSION
DES TERRITOIRES
DGPR S RT
I n v e n ta i r e
Incidents et accidents technologiques
survenus en 2023
AR A
DGPR S RT BARPI
TM
SOMMAIRE Édito
Les installations classées
04 Chiffres clés
L ’inventaire des incidents et accidents technologiques
survenus en 2023, réalisé par le Bureau d’analyse des
risques et pollutions industriels (BARPI) de la Direction
06 Conséquences générale de la prévention des risques (DGPR), fait le
point sur l’état de l’accidentologie issue des événements
08 Perturbations et causes enregistrés dans la base de données ARIA. Cette base
de données est unique au monde et le travail réalisé par
l’équipe du BARPI, spécialisée dans la collecte, l’analyse
et le partage d’expérience tirée des accidents industriels,
permet d’apporter à tous (exploitants, bureaux d’études,
Focus chercheurs, journalistes, collectivités, autorités et acteurs d’autres pays, grand
public et bien sûr services de l’État en France) des informations détaillées ou
09 Tempêtes de novembre 2023 des synthèses.
10 Batteries au lithium Une téléprocédure est en cours de développement afin que les exploitants
puissent déclarer les incidents et accidents, et transmettre leurs rapports
11 H2S et agroalimentaire d’accident de façon dématérialisée à l’inspection des installations classées.
12 Traitement des déchets Cette évolution permettra d’améliorer encore la collecte et l’analyse des
incidents et accidents, tout en simplifiant les formalités pour les entreprises
13 Silos et les agriculteurs. Les parties prenantes seront associées à ce projet, pour
disposer de l’outil le plus simple et pertinent. Après une phase de test courant
14 Chimie
2025, la généralisation de la télédéclaration est prévue le 1er janvier 2026.
Si le nombre d’accidents enregistrés dans la base de données ARIA en 2023
Bilan thématique est stable, le nombre d’incidents est en légère progression par rapport à
l’année dernière. Ceci s’explique principalement par une meilleure remontée
15 Canalisations / Appareils à d’information au BARPI ces dernières années.
pression L’année 2023 a par ailleurs été marquée par de violentes tempêtes en
novembre, qui ont eu des conséquences très importantes pour les citoyens,
15 Ouvrages hydrauliques
mais qui n’ont pas généré d’accidents industriels notables. Il est important pour
les sites industriels de se préparer à ce type d’événements climatiques violents,
notamment en raison des pertes d’utilités qu’ils peuvent impliquer. Le BARPI a
publié récemment une synthèse du retour d’expérience tiré de ces événements.
En 2023, une action nationale de l’inspection des installations classées, intitulée
« Accidentologie dans les Seveso », a permis de vérifier, dans une centaine
d’établissements, l’organisation mise en place pour collecter et analyser les
événements, dans un objectif d’amélioration de la sécurité des sites Seveso.
Le constat a été positif concernant le système de gestion de la sécurité des
sites, avec un point de vigilance sur la bonne transmission des informations à
l’inspection des installations classées.
Les travaux du BARPI ont permis d’orienter en 2023 d’autres priorités de
Directeur de la publication contrôle de l’inspection, notamment sur le sujet de la gestion des shunts et
Cédric Bourillet
bypass (Flash Shunt / by-pass : ne pas passer à côté !), ou encore d’accompagner
Coordination
Pierre de Franclieu les actions de contrôle, par exemple celle relative au confinement des eaux
Estelle Neveu d’extinction d’incendie (Flash Incendie et eaux d’extinction). Ainsi, l’analyse
Rédaction approfondie de l’accidentologie nourrit les actions de l’inspection des
Ministère de la Transition écologique et de la installations classées, afin qu’elle soit orientée sur les enjeux prioritaires.
Cohésion des territoires
Jérôme Bai Comme tous les deux ans, le BARPI a organisé en 2023 le 15e séminaire « Retour
Aurélie Baraër d’expérience tiré d’accidents industriels » à destination des inspecteurs français
Rime Belahcène
Nicolas Fath et étrangers. Cette manifestation est organisée avec le soutien du réseau IMPEL
Pierre de Franclieu de l’Union Européenne. Ce séminaire a également été l’occasion de présenter
Vincent Perche le 5e film pédagogique réalisé par le BARPI. Cet accident illustre que l’erreur
humaine n’est pas une cause mais une conséquence résultant de plusieurs
Réalisation
Estelle Neveu
facteurs organisationnels (organisation, formation, gestion de la charge de
travail, etc.). Il souligne par ailleurs les aspects positifs de la gestion de crise et
ISSN : 3002-5206 de la prise en compte du retour d’expérience par l’exploitant.
Crédits photos : Damien Carles / Terra, Thierry Je vous souhaite une bonne lecture de cet inventaire et vous invite, pour favoriser
Degen / Terra, Laurent Mignaux / Terra, Estelle le progrès continu en matière de sécurité industrielle, à utiliser et diffuser
Neveu, SDMIS 69 dans vos organisations les productions du BARPI, à des fins d’amélioration des
pratiques opérationnelles.
Cédric Bourillet
Directeur général de la prévention des risques
AR A APPRENDRE
DGPR S RT BARPI
DE L’ACCIDENTOLOGIE
2023 ; 1% 2023 ; 2%
2023 ; 7%
2023 ; 85% Synthèses thématiques
Installations classées analyse approfondie de
2023 ; 5% l’accidentologie
2022
Ouvrages hydrauliques
2021
© BARPI
La caractérisation des événements est propre à chaque domaine d’activité et Articles de presse
nécessite pour chacun d’eux une analyse spécifique. Afin d’assurer la fiabilité
des informations contenues dans la base de données ARIA, les résumés
des événements sont soumis à l’avis des services de contrôle, ainsi qu’à des
organisations professionnelles, avant publication et mise à disposition gratuite
sur le site Internet [Link].
450
400
350
300
250 321
© BARPI
Minéraux non-métalliques
2% Chimie - pharmacie
11%
Construction mécanique
4%
Métallurgie
8%
Transport - entreposage Commerce Agriculture - élevage
© BARPI 5% 5% 9%
Comme en 2022, les cinq premiers secteurs accidentogènes sont les suivants et montrent une accidentologie
relativement stable en nombre d’accidents :
Évolution des accidents entre 2019 et 2023 par secteur d’activité
120
100
80
60
40
20
0
Déchets - eaux usées Agroalimentaire Chimie - pharmacie Métallurgie Agriculture - élevage
Phénomènes dangereux
Les rejets de matières dangereuses constituent le phénomène prépondérant des accidents de l’année 2023 avec 73 %
des cas (comme en 2022), suivis des incendies dans 45 % des cas (contre 48 % en 2022).
100%
80%
60%
40%
20%
0%
Traitement des
Cokéfaction et
et pharmaceutique
caoutchouc et en
Métallurgie et
agroalimentaire
Industrie du papier
Transport et
entreposage
Production
Autres
Travail du bois
Agriculture
Commerce
Produits minéraux
Construction
Industrie chimique
d'énergie
non-métalliques
mécanique
métalliques
produits
raffinage
Produits en
et du carton
Industrie
déchets
plastique
© BARPI
BARP
DGPR S RT 5
Installations Classées : Conséquences
La figure ci-après présente les conséquences de l’accidentologie des installations classées pour la protection de
l’environnement en 2023. Les conséquences économiques restent le plus fréquemment observées.
Conséquences humaines
Décès
Blessés graves
Blessés totaux
Conséquences économiques
Conséquences sociales
Chômage technique
Conséquences environnementales
Pollution atmosphérique
Vers 1h30, un incendie se déclare dans un centre de tri, transit, regroupement de déchets dangereux et non dangereux.
Peu après 3h, les canons à eau et les alarmes incendie et de télésurveillance se déclenchent ; les rideaux d’eau sont activés et la
vanne de confinement des eaux d’extinction est fermée. Alertés par un automobiliste, les pompiers arrivent sur place à 3h36.
Ils mettent en place un important dispositif hydraulique.
Entre 4h et 5h, les secours rencontrent des difficultés d’approvisionnement en eau (réservoir dédié vide et problèmes de débit
sur les poteaux incendie). Le feu se propage à la chaîne de tri et au bâtiment. Le système de sprinklage se déclenche 30 minutes
plus tard ; il est sans effet car le réseau d’eau est vide. Les secours demandent un appui à la CASU1 concernant les risques
associés aux rejets de fumées d’incendie.
Les flammes sont maîtrisées vers 15h30. Les opérations de déblai et de noyage durent 2 jours.
Les dégâts sont estimés à 35 millions d’euros. 19 personnes sont mises en chômage technique pour une durée allant de 1 à
plusieurs jours.
À 14h05, lors de travaux, une fuite de javel se produit À 9h40, une cuve de lisier rompt dans un élevage de
au niveau d’une tuyauterie située dans un caniveau veaux de boucherie, entrainant une vague d’un mètre
sur un site de fabrication de produits chimiques. de haut dans la cour et l’habitation des exploitants,
L’opérateur effectuant les opérations donne l’alerte. provoquant ainsi une coupure d’électricité et de
La fuite est isolée à 14h08 par l’exploitant. téléphone. Environ 200 tonnes de lisier se déversent
et rejoignent le MENNEVILLE avant de finir dans la
Le produit ayant fui se déverse dans le DRAC ; une LIANE.
quinzaine de poissons sont retrouvés morts sur 200 m.
Les secours les récupèrent ; des prélèvements sont Les éleveurs informent le maire de la commune, qui
effectués en amont et en aval de la zone polluée. les aide à mettre en place des ballots de paille afin de
contenir le lisier stagnant au niveau du ruisseau. Un
L’exploitant estime que 300 litres de javel auraient été dispositif de pompage vers une tonne à lisier permet
rejetés. de faire cesser les écoulements. Par précaution, l’usine
Lors de travaux dans un caniveau de la station de captage dans la LIANE pour production d’eau
d’épuration du site, une dalle en béton a glissé lors de potable est fermée.
son levage, causant la rupture de la tuyauterie en PVC La pollution aquatique s’étend sur 15 à 20 km,
de transport de javel située à l’intérieur. De plus, la occasionnant la mort d’environ 1 t de poissons (carpes,
vanne de sectionnement de la tuyauterie est difficile truites, anguilles, petits et grands salmonidés) mais
d’accès. Cela ne permet pas d’isoler la javel, qui s’est également de canards. La coupure d’électricité chez
déversée du caniveau dans le milieu naturel. l’exploitant dure près de 4 jours.
Vers 21 h, une fuite d’ammoniac se produit sur une valve défectueuse au niveau d’un local réfrigéré d’un entrepôt frigorifique
dans une centrale d’achat. De l’ammoniac est projeté sur trois des salariés. Le fluide se répand dans les locaux. Le personnel
est aussitôt évacué de l’entrepôt et le bâtiment interdit d’accès pendant plusieurs heures. La cellule des risques chimiques des
pompiers effectue des relevés de toxicité. L’intervention des secours prend fin vers 3 h du matin. Le système de réfrigération
est redémarré dans la nuit et la marchandise stockée est préservée. Deux techniciens brûlés à l’abdomen et aux jambes et un
troisième plus légèrement touché sont transportés à l’hôpital. Vingt-six autres salariés ayant inhalé des vapeurs toxiques sont
auscultés sur place mais leur état ne nécessite pas d’hospitalisation.
Au moment de l’événement, une entreprise extérieure était en train de réaliser des travaux de réparation. Lors de l’opération,
la valve s’est brisée, provoquant la fuite.
BARP
DGPR S RT 7
Installations Classées : Perturbations et Causes
L’analyse des accidents : une investigation itérative
Seules les analyses en profondeur des événements permettent de définir des mesures qui seront de nature à corriger
durablement la situation et, si les circonstances l’exigent, à faire évoluer la réglementation. L’investigation peut ainsi
faire apparaître des perturbations (ou causes premières) et des causes profondes.
Les perturbations désignent les défaillances directes qui ont contribué à l’événement. Elles sont accessibles à
l’observation.
Ce niveau de causalité présente souvent un caractère technique ou individuel.
Les causes profondes, situées en amont des causes apparentes, sont des dysfonctionnements du système socio-
technique dans lequel s’est déroulé l’accident. Elles renvoient fréquemment à des dimensions relevant des facteurs
humains et des dimensions organisationnelles et managériales.
En premier lieu, il convient de comprendre le contexte de survenue de l’accident : temporalité (jour, nuit, semaine,
week-end…), fonctionnement de l’exploitation (arrêt, redémarrage, nouvelle production, surcharge d’activité…),
fonctionnement des équipes (habituel, absence, formation, relève…) et autres éléments participant au contexte.
L’analyse par suite doit être menée en partant du phénomène dangereux puis en mettant en évidence les perturbations
(causes premières) pour enfin arriver à l’identification des causes profondes. C’est la correction de ces causes profondes
qui permettra d’éviter que l’événement ne se reproduise.
Le graphique ci-dessous montre l’évolution, depuis 10 ans, du taux de connaissance des perturbations.
Taux de connaissance des perturbations avérées dans les accidents en ICPE (en %)
80
75 76
73
70 70
67 67 66
65 65
64
60 60 61
55
54
50
45
© BARPI 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023
Le taux de connaissance des causes profondes s’établit lui à 30 % pour les accidents survenus dans les ICPE en 2023,
(39 % en 2022).
Ces causes profondes regroupent différentes familles de défaillances telles que l’on peut les retrouver sur le graphe
suivant :
Répartition des causes en % sur les accidents avec cause connue ou supposée
L’année 2023 a été marquée en métropole par une succession de perturbations en fin d’année, qui n’a épargné qu’une
partie du sud de la France. Au-delà des épisodes de pluie en continu dans certains secteurs, trois tempêtes se sont
enchaînées (Ciarán, Domingos, Frederico), accompagnées de rafales de vent parfois très importantes, suivies d’une
dépression, Elisa, générant un fort cumul de précipitations. Les conséquences ont été visibles sur les installations
industrielles, avec une augmentation notable du nombre d’événements liés à ces agressions climatiques enregistré dans
la base de données ARIA, que ce soit en raison du vent important et/ou des pluies et des inondations. 29 événements
ont été recensés.
Bien que sans conséquences humaines sur les installations industrielles (ni morts, ni blessés recensés), ni phénomène
dangereux notable (incendie, explosion ou rejet de matières dangereuses ou polluantes), ces événements climatiques
ont eu de nombreuses conséquences matérielles. Elles ont, par ailleurs, mis en exergue les difficultés pouvant être
rencontrées par les industriels à la suite de la perte de l’alimentation électrique, avec des systèmes de secours internes
parfois limités et questionnant le caractère suffisant de leur autonomie, au regard de la durée de la crise. Elles ont
rappelé également la disponibilité limitée des services de secours publics lorsqu’une crise naturelle concerne toute
une zone géographique.
Il est important de souligner que la trajectoire, la chronologie et l’intensité des tempêtes ont été conformes aux
prévisions établies par Météo-France, qui avait d’ailleurs placé trois départements en niveau de vigilance rouge lors de
la tempête Ciarán, où des records de vent ont été battus.
© DR Exploitant
BARP
DGPR S RT 9
Focus
Batteries au lithium : des défis à relever
Les batteries au lithium sont aujourd’hui au cœur de l’effort de transition écologique et leur développement constitue
un défi de taille pour la prévention des risques. L’année 2023 confirme cet enjeu : la multiplication de leurs usages
s’accompagne d’une augmentation notable du nombre d’événements. Ainsi, la base de données ARIA recense
41 événements impliquant des batteries ou condensateurs lithium en 2023, soit presque le double de ceux recensés
en 2022. L’ensemble du cycle de vie des batteries est concerné : activités de recherche et fabrication, utilisation
industrielle ou individuelle, stockage et entreposage ou encore activités de collecte, traitement et élimination de
déchets.
© SDIS 76
Environ 60 % des événements concernent les filières déchets. Dans la majorité des cas, l’orientation des piles ou
batteries lithium vers des filières non appropriées est en cause (erreur de tri des particuliers, mauvaise dépollution
amont de déchets d’équipement électrique et électronique…) ; les batteries constituent alors des déchets non
conformes.
Leur présence fortuite en mélange avec d’autres déchets peut être à l’origine de départs de feu. Ces derniers peuvent
survenir aussi bien au cours d’opérations spécifiques (broyage, déchargement…) que durant les phases de stockage
(départ de feu différé à la suite d’un choc, incompatibilité avec d’autres déchets, court-circuit, auto-échauffement…).
Leur implication reste souvent difficile à démontrer, cette dernière étant supposée dans plus de 60 % des cas.
Vers 15h30, un feu se déclare sur un BESS (battery energy storage solutions) stocké dans un conteneur
abritant 636 batteries lithium-ion de 6,5 kW, pour un total de 4 MW dans un parc de 12 000 panneaux
photovoltaïques.
Après concertation entre l’exploitant, la CASU et les secours, les pompiers arrosent le conteneur à l’aide de
2 lances, avec un contrôle régulier de la température par caméra thermique. Des points chauds persistent
dans le BESS. L’arrosage devient progressivement périodique avec des durées d’observation de plus en plus
longues, car la température résiduelle des batteries baisse à mesure que l’énergie des batteries se dissipe.
Dix jours après le début de l’événement, le refroidissement par eaux est arrêté.
Le BEA-RI a ouvert une enquête afin d’identifier les causes de l’événement.
BARP
DGPR S RT 11
Focus
Les installations de traitement de déchets :
un poids lourd dans l’accidentologie industrielle !
L’année 2023 est, à nouveau, marquée par la prépondérance de l’accidentologie liée au secteur des déchets. Le
nombre d’événements de ce secteur connaît une tendance à la hausse sur 10 ans, avec une stabilisation observée
ces 5 dernières années, représentant plus de 20 % des événements enregistrés dans la base de données ARIA sur
les installations industrielles françaises pour cette période. Cette proportion se confirme en 2023, avec plus de
250 événements enregistrés, dont près d’un quart d’accidents.
Malgré un secteur très varié, que ce soit par la nature des processus industriels ou la typologie des déchets traités,
les événements répertoriés dans la base de données ARIA sont marqués par une spécificité : la prépondérance de
l’incendie, phénomène par ailleurs accentué par les fortes chaleurs.
Ce secteur doit, en outre, faire face à la présence de déchets non conformes arrivant dans les installations, notamment
lorsque le tri en amont est réalisé par des particuliers. Cela peut être la cause des accidents ou incidents rencontrés
sur les sites, avec le cas, notamment, des batteries orientées vers des filières non appropriées. De plus, certains sites
se distinguent par une récurrence d’événements similaires. Dans d’autres cas, la détection du sinistre et l’appel des
secours ont été effectués par une personne extérieure au site. La maîtrise de l’incendie est alors souvent plus longue
et nécessite des moyens plus importants.
Ainsi, une attention particulière des exploitants de cette branche industrielle est donc nécessaire pour limiter
l’occurrence des incendies mais également pour la détection et l’extinction rapide de ceux ne pouvant être évités.
Des textes réglementaires visant certaines installations de traitement de déchets ont récemment été publiés pour
renforcer les prescriptions applicables concernant la gestion des déchets, la surveillance des installations et les
dispositifs d'extinction des incendies.
© SDIS 43
Vers 2 h du matin, sur un site de tri, transit, regroupement et traitement de déchets non dangereux, un
feu se déclare dans un bâtiment à usage de stockage et broyage de déchets plastiques. Les pompiers sont
alertés par des riverains. Une habitation voisine est évacuée. Les pompiers rencontrent des difficultés
d’approvisionnement en eau car la borne incendie présente sur le site et la réserve incendie située à 1 km
ne sont pas suffisantes pour alimenter le dispositif mis en place, qui consomme près 3 000 litres d’eau à la
minute. Ils s’alimentent sur le lac de MALAGUET. L’usage des drones permet aux secours d’intensifier leur
action sur des points précis.
L’incendie détruit 2 000 m² de bâtiment, comprenant une toiture en amiante ainsi que des déchets
plastiques contenant du PVC. L’usine était fermée depuis deux semaines pour congés d’été et devait
rouvrir quatre jours plus tard.
Sur les 4 dernières années, la tendance est de 10 accidents par an impliquant des
silos. Les deux principales perturbations (ou causes premières) sont les pertes de
contrôle des procédés (35 %) et les défaillances matérielles (35 %).
Certains exploitants précisent que le comportement des matières premières tant
pour le stockage (phénomène de bâtissage1) que lors des process de transformation
(bourrage en particulier) est parfois influencé par les conditions climatiques.
En 2023, plusieurs événements significatifs ont eu lieu :
• 7 janvier : explosion suivie d'un incendie sur une des cellules d'un silo de
luzerne. L'explosion éventre la partie haute de deux autres cellules. L'incendie se
propage à huit autres cellules. Un phénomène de bâtissage dans le silo a engendré
l’explosion. Pour l’exploitant, ce silo était vide, ce qui fait qu’il n’a pas compris le
phénomène. Cet accident fait l’objet d’une enquête du BEA-RI. ARIA 60157
• 18 mars : explosion d’un atelier de granulation à la suite d’un bourrage de la
presse à granuler. L’analyse de l’événement montre l’impact de la qualité (ici
l’humidité) du produit dans la survenue du phénomène dangereux. ARIA 61701
• 10 août : incendie sur une des cellules d’un silo de 19 cellules à la Rochelle.
Cet incendie nécessitera une force d’intervention importante et durera près de
15 jours. Des travaux d’étanchéité étaient en cours lors de l’accident. ARIA 60954
© SDIS 17
© SDIS 59
Vers 14h50, une explosion, suivie d’un départ de feu, se produit au 5e étage d’une tour de manutention
qui accueille quatre silos verticaux (deux vides et deux autres aux 3/4 pleins de maïs) et un silo plat sur
2 000 m² dans une coopérative agricole. Un usager circulant à proximité alerte les secours. Ces derniers
mettent en place un périmètre de sécurité de 500 m, évacuent cinq employés, deux maisons voisines et
en confinent trois autres. La circulation sur le réseau secondaire est interrompue. Le foyer principal de
l’incendie est localisé sur la machinerie au niveau du 3e étage de la tour. La conduite de transport de grain
de 400 mm est incandescente, avec une température relevée à 180 °C au 6e étage. Les pompiers ouvrent
des trappes métalliques avec l’exploitant pour atteindre les foyers. Ils éteignent l’incendie vers 23h30 à
l’aide de deux lances. L’extinction se poursuit dans le circuit d’aspiration des poussières, où les amas de
poussières incandescentes se consument.
Les températures caniculaires pourraient avoir joué un rôle déterminant dans cet événement.
1- Bâtissage = phénomène d'accumulation de produits (céréales, poussières…) sur les parois d’un silo
BARP
DGPR S RT 13
Focus
Chimie
En 2023, le secteur de la chimie montre une stabilité aussi bien en nombre d’incidents qu’en nombre d’accidents par
rapport à 2022.
Dans le secteur de la chimie fine (principalement pour l’industrie pharmaceutique), 23 événements ont été enregistrés
dans la base de données ARIA, qui se décomposent en 7 accidents, en légère baisse par rapport à 2022, et 16 incidents,
en forte hausse et valeur la plus haute depuis 2020.
Les défaillances matérielles sont présentes dans 60 % des accidents, contre 74 % en 2022. Les erreurs humaines sont
présentes dans 31 % des accidents, contre 42 % en 2022.
La recherche des causes profondes reste le point faible car elle n’a été réalisée ou portée à la connaissance de
l’administration que pour 47 % des événements, en baisse de 13 points par rapport à 2022.
Le choix des équipements et des procédés ressort majoritairement, avec 58 % des événements pour lesquels il existe
au moins une cause connue, suivi par l’identification des risques et les procédures et consignes, avec 35 % chacun. Une
bonne démarche d’analyse des risques a vocation à se traduire par des choix pertinents d’équipements ou procédés.
Vers 14h30, une explosion, suivie d’un incendie, se produit lors du transfert de décène à partir d’un grand
récipient vrac vers une cuve contenant du docédane dans le hall de production d’une usine de fabrication
de produits chimiques.
Une personne, brûlée au 1er degré, est transportée à l’hôpital. La quantité déversée au sol après l’éclatement
du récipient est estimée à 0,3 t de décène et 0,45 t de dodécane. L’origine de l’accident est un retour
d’hydrogène dans le conteneur de chargement de matière première, qui a explosé au contact de l’air. Cette
détonation a généré une température supérieure au point éclair du produit (60 °C), qui a provoqué ce départ
de feu.
L’exploitant prévoit entre autres :
• la séparation des évents des cuves des matières ;
• la mise à la terre des rétentions et des conteneurs ;
• la mise en place d’un clapet anti-retour sur la pompe d’alimentation entre le conteneur et la cuve de
matière première ;
• le balayage des ciels gazeux par un flux continu d’azote et la coupure d’urgence en cas d’absence
d’azote.
Chimie fine
Les phénomènes dangereux associés à ces évènements sont à 87 % des rejets de matières dangereuses ou polluantes.
L’analyse des causes premières montre que 74 % des évènements font suite à un défaut matériel. Un évènement
sur deux concerne des réservoirs ou emballages. Les facteurs organisationnels représentent la majorité des causes
profondes des incidents et accidents, et mettent en cause notamment l’analyse des risques. En effet, les risques
ont été soit sous-estimés, soit non identifiés. L’un des facteurs les plus récurrents de cette gestion des risques est le
choix des équipements et des procédés. Cette identification insuffisante des risques se traduit également par une
organisation et une fréquence des contrôles ne permettant pas de garantir le bon fonctionnement des équipements.
Dans la base de données ARIA, pour 40 % des événements, les causes profondes n’ont pas été identifiées.
Il ne faut pas attendre d’avoir un accident pour en identifier les causes profondes. Ainsi, vu le nombre élevé d'incidents,
il est important de les analyser dès à présent afin d'éviter de futurs accidents.
Canalisations
20 événements dont 5 accidents ont été recensés en 2023, contre 16 (et 1 accident) en 2022 :
• 2 sont survenus lors du dépotage de bateaux ;
• 3 concernent des hydrocarbures ;
et concernant leurs origines :
• 3 sont dus à la corrosion ;
• 1 est consécutif à une tempête ;
• 1 est dû à un mauvais positionnement d’une bride.
Ouvrages hydrauliques
Depuis juillet 20101, le BARPI recense les déclarations d’événements importants pour la sûreté hydraulique (EISH2). À
la date du 1er avril 2024, 73 EISH ont été déclarés pour l’année 2023, en hausse significative par rapport à l’année 2022,
ramenant ainsi la courbe au niveau de la moyenne long terme du nombre d’évènements.
© BARPI
Pour 2023, les EISH se répartissent entre 43 événements pour les digues et 30 pour les barrages. 53 sont classés de
couleur jaune, 17 orange et 3 rouge. La hausse du nombre d’évènements s’explique notamment par une année 2023
marquée par une forte augmentation du nombre de jours en vigilance « crues »3 de niveau orange ou rouge (64 jours
contre 16 en 2022) et par les conséquences des tempêtes qui ont touché le territoire en fin d’année.
1- Arrêté du 21/05/10
2- Les EISH sont répartis en 3 couleurs, par ordre de gravité et dont les événements hydrauliques ont entraîné :
• rouge – accidents : des décès ou blessures aux personnes ou des dégâts majeurs aux biens ou ouvrages hydrauliques ;
• orange – incidents graves : la mise en danger de personnes sans blessures graves ou des dégâts importants aux biens ou ouvrages hydrauliques ;
• jaune – incidents : une mise en difficulté des personnes ou des dégâts de faible importance à l’extérieur ainsi que des événements traduisant une non-conformité réglementaire,
des défauts de comportement de l’ouvrage ou de ses organes de sûreté.
3- Bilan Vigicrues 2023
BARP
DGPR S RT 15
Ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires
Direction générale de la prévention des risques
Service des risques technologiques
BARPI (Bureau d’analyse des risques et pollutions industriels)