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Bilan 2023 des incidents technologiques

L'inventaire des incidents et accidents technologiques de 2023, réalisé par le BARPI, présente une stabilité du nombre d'accidents et une légère augmentation des incidents, attribuée à une meilleure remontée d'information. Les événements climatiques violents, tels que les tempêtes de novembre, n'ont pas causé d'accidents industriels majeurs, mais soulignent la nécessité de préparation des sites industriels. Une téléprocédure pour la déclaration des incidents est en développement, visant à améliorer la collecte et l'analyse des données sur les accidents industriels.

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Bilan 2023 des incidents technologiques

L'inventaire des incidents et accidents technologiques de 2023, réalisé par le BARPI, présente une stabilité du nombre d'accidents et une légère augmentation des incidents, attribuée à une meilleure remontée d'information. Les événements climatiques violents, tels que les tempêtes de novembre, n'ont pas causé d'accidents industriels majeurs, mais soulignent la nécessité de préparation des sites industriels. Une téléprocédure pour la déclaration des incidents est en développement, visant à améliorer la collecte et l'analyse des données sur les accidents industriels.

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MINISTÈRE

BARP
DE LA TRANSITION
ÉCOLOGIQUE
ET DE LA COHÉSION
DES TERRITOIRES
DGPR S RT

I n v e n ta i r e
Incidents et accidents technologiques
survenus en 2023

AR A
DGPR S RT BARPI
TM
SOMMAIRE Édito
Les installations classées
04 Chiffres clés
L ’inventaire des incidents et accidents technologiques
survenus en 2023, réalisé par le Bureau d’analyse des
risques et pollutions industriels (BARPI) de la Direction
06 Conséquences générale de la prévention des risques (DGPR), fait le
point sur l’état de l’accidentologie issue des événements
08 Perturbations et causes enregistrés dans la base de données ARIA. Cette base
de données est unique au monde et le travail réalisé par
l’équipe du BARPI, spécialisée dans la collecte, l’analyse
et le partage d’expérience tirée des accidents industriels,
permet d’apporter à tous (exploitants, bureaux d’études,
Focus chercheurs, journalistes, collectivités, autorités et acteurs d’autres pays, grand
public et bien sûr services de l’État en France) des informations détaillées ou
09 Tempêtes de novembre 2023 des synthèses.
10 Batteries au lithium Une téléprocédure est en cours de développement afin que les exploitants
puissent déclarer les incidents et accidents, et transmettre leurs rapports
11 H2S et agroalimentaire d’accident de façon dématérialisée à l’inspection des installations classées.
12 Traitement des déchets Cette évolution permettra d’améliorer encore la collecte et l’analyse des
incidents et accidents, tout en simplifiant les formalités pour les entreprises
13 Silos et les agriculteurs. Les parties prenantes seront associées à ce projet, pour
disposer de l’outil le plus simple et pertinent. Après une phase de test courant
14 Chimie
2025, la généralisation de la télédéclaration est prévue le 1er janvier 2026.
Si le nombre d’accidents enregistrés dans la base de données ARIA en 2023
Bilan thématique est stable, le nombre d’incidents est en légère progression par rapport à
l’année dernière. Ceci s’explique principalement par une meilleure remontée
15 Canalisations / Appareils à d’information au BARPI ces dernières années.
pression L’année 2023 a par ailleurs été marquée par de violentes tempêtes en
novembre, qui ont eu des conséquences très importantes pour les citoyens,
15 Ouvrages hydrauliques
mais qui n’ont pas généré d’accidents industriels notables. Il est important pour
les sites industriels de se préparer à ce type d’événements climatiques violents,
notamment en raison des pertes d’utilités qu’ils peuvent impliquer. Le BARPI a
publié récemment une synthèse du retour d’expérience tiré de ces événements.
En 2023, une action nationale de l’inspection des installations classées, intitulée
« Accidentologie dans les Seveso », a permis de vérifier, dans une centaine
d’établissements, l’organisation mise en place pour collecter et analyser les
événements, dans un objectif d’amélioration de la sécurité des sites Seveso.
Le constat a été positif concernant le système de gestion de la sécurité des
sites, avec un point de vigilance sur la bonne transmission des informations à
l’inspection des installations classées.
Les travaux du BARPI ont permis d’orienter en 2023 d’autres priorités de
Directeur de la publication contrôle de l’inspection, notamment sur le sujet de la gestion des shunts et
Cédric Bourillet
bypass (Flash Shunt / by-pass : ne pas passer à côté !), ou encore d’accompagner
Coordination
Pierre de Franclieu les actions de contrôle, par exemple celle relative au confinement des eaux
Estelle Neveu d’extinction d’incendie (Flash Incendie et eaux d’extinction). Ainsi, l’analyse
Rédaction approfondie de l’accidentologie nourrit les actions de l’inspection des
Ministère de la Transition écologique et de la installations classées, afin qu’elle soit orientée sur les enjeux prioritaires.
Cohésion des territoires
Jérôme Bai Comme tous les deux ans, le BARPI a organisé en 2023 le 15e séminaire « Retour
Aurélie Baraër d’expérience tiré d’accidents industriels » à destination des inspecteurs français
Rime Belahcène
Nicolas Fath et étrangers. Cette manifestation est organisée avec le soutien du réseau IMPEL
Pierre de Franclieu de l’Union Européenne. Ce séminaire a également été l’occasion de présenter
Vincent Perche le 5e film pédagogique réalisé par le BARPI. Cet accident illustre que l’erreur
humaine n’est pas une cause mais une conséquence résultant de plusieurs
Réalisation
Estelle Neveu
facteurs organisationnels (organisation, formation, gestion de la charge de
travail, etc.). Il souligne par ailleurs les aspects positifs de la gestion de crise et
ISSN : 3002-5206 de la prise en compte du retour d’expérience par l’exploitant.

Crédits photos : Damien Carles / Terra, Thierry Je vous souhaite une bonne lecture de cet inventaire et vous invite, pour favoriser
Degen / Terra, Laurent Mignaux / Terra, Estelle le progrès continu en matière de sécurité industrielle, à utiliser et diffuser
Neveu, SDMIS 69 dans vos organisations les productions du BARPI, à des fins d’amélioration des
pratiques opérationnelles.

Cédric Bourillet
Directeur général de la prévention des risques
AR A APPRENDRE
DGPR S RT BARPI
DE L’ACCIDENTOLOGIE

La base de données ARIA Films


produits par le BARPI
Référence de l’accidentologie technologique

Mise en exploitation depuis 1993, la base de données ARIA recense aujourd’hui


plus de 60 800 événements, dont environ 7 000 survenus à l’étranger. Les
informations reçues et analysées par le BARPI proviennent de la cellule de veille
du ministère chargé de l’environnement, des services de secours, de l’inspection Lettre d’information
des installations classées et des services de contrôle, des exploitants, des actualité des productions du BARPI
organisations professionnelles, des médias ou bien encore des organisations abonnement gratuit
non gouvernementales.
Le périmètre de collecte des événements comprend les installations classées
pour la protection de l’environnement, les canalisations de transport de
matières dangereuses, du gaz et de sa distribution, de vapeur, le transport des
matières dangereuses par route, rail, mer ou voie fluviale, les activités du sol
et du sous-sol (mines, forages géothermiques, forages d’hydrocarbures), les
stockages souterrains, les pollutions des eaux, l’utilisation du gaz, les ouvrages Flash ARIA
hydrauliques et enfin, depuis 2017, les appareils à pression. se poser les bonnes questions

Répartition des événements (France) par domaine d’activité principale

2023 ; 1% 2023 ; 2%

2023 ; 7%
2023 ; 85% Synthèses thématiques
Installations classées analyse approfondie de
2023 ; 5% l’accidentologie
2022
Ouvrages hydrauliques
2021

2020 Transport et utilisation du gaz

2019 Transport de matières


dangereuses Fiches détaillées
description complète des accidents
Autres (mines et divers) les plus marquants

© BARPI

La caractérisation des événements est propre à chaque domaine d’activité et Articles de presse
nécessite pour chacun d’eux une analyse spécifique. Afin d’assurer la fiabilité
des informations contenues dans la base de données ARIA, les résumés
des événements sont soumis à l’avis des services de contrôle, ainsi qu’à des
organisations professionnelles, avant publication et mise à disposition gratuite
sur le site Internet [Link].

À télécharger sur le site Internet


[Link]
Installations Classées : Chiffres Clés
Rappel concernant la caractérisation des événements
• Les accidents majeurs sont les événements devant être notifiés à la Commission européenne au titre de la
directive 2012/18/UE ; ils concernent exclusivement les établissements Seveso.
• Les accidents sont les événements qui ont porté atteinte aux intérêts protégés par le code de l’environnement.
• Les incidents sont les événements qui auraient pu porter atteinte dans d’autres circonstances aux intérêts
suscités.
La base de données ARIA recense essentiellement les événements qui ont, ou qui auraient pu, porter atteinte à la santé
publique, à la sécurité publique ou l’environnement. Ce recensement dépend largement des sources d’informations
publiques et privées, et n’est donc pas exhaustif. La base de données ARIA est vivante et s’incrémente au fur et à
mesure de la connaissance des événements (ou de leurs causes) par le BARPI.
Le nombre d’accidents enregistré est stable ces dernières années (de l’ordre de 400 accidents par an dans les ICPE,
dont environ 80 sur des sites Seveso), avec une collecte des incidents de plus en plus intéressante : 840 incidents en
ICPE en 2023, pour 400 collectés il y a dix ans.

Accidentologie des établissements Seveso


Évolution de l’accidentologie des établissements Seveso

450
400
350
300
250 321

200 239 204 169 207


215 189
150
112 106
100 100 Nombre d'incidents Seveso
50 70 101 74 80 93 75 82 Nombre d'accidents Seveso
53 62 62
0 2 4 7 2 2 2 1 4 3 2
Nombre d'accidents majeurs
2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023
© BARPI

Accidentologie ICPE hors établissements Seveso


Évolution de l’accidentologie des ICPE hors Seveso

1000 Une augmentation continue est


900 observée sur la collecte des incidents,
qui reflète une plus grande vigilance
800
dans la remontée d’information.
700
600 504 561 608 632
448 480
529
500 392 387
400 307
300
200 Nombre d'incidents ICPE hors
339 328 368 327 314 320
292 295 273 Seveso
100 247
0 Nombre d'accidents ICPE hors
2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 Seveso

© BARPI

Inventaire des incidents et accidents technologiques survenus en 2023


4
Analyse par secteur d’activité
Répartition des accidents par secteur d’activité en 2023

Travail du bois Caoutchouc - plastique Autres


Déchets - eaux usées
3% 2% 13%
15%
Papier - carton
2%
Raffinage - Cokéfaction Agroalimentaire
3% 14%
Production d'énergie
5%

Minéraux non-métalliques
2% Chimie - pharmacie
11%
Construction mécanique
4%

Métallurgie
8%
Transport - entreposage Commerce Agriculture - élevage
© BARPI 5% 5% 9%

Comme en 2022, les cinq premiers secteurs accidentogènes sont les suivants et montrent une accidentologie
relativement stable en nombre d’accidents :
Évolution des accidents entre 2019 et 2023 par secteur d’activité

120
100
80
60
40
20
0
Déchets - eaux usées Agroalimentaire Chimie - pharmacie Métallurgie Agriculture - élevage

2019 2020 2021 2022 2023


© BARPI

Phénomènes dangereux
Les rejets de matières dangereuses constituent le phénomène prépondérant des accidents de l’année 2023 avec 73 %
des cas (comme en 2022), suivis des incendies dans 45 % des cas (contre 48 % en 2022).

Phénomène dangereux liés aux accidents par secteur d’activité

Explosion Incendie / Combustion Rejet de matières dangereuses / polluantes Autre phénomène

100%
80%
60%
40%
20%
0%
Traitement des

Cokéfaction et
et pharmaceutique

caoutchouc et en
Métallurgie et

agroalimentaire

Industrie du papier
Transport et
entreposage

Production

Autres
Travail du bois
Agriculture

Commerce

Produits minéraux

Construction
Industrie chimique

d'énergie
non-métalliques

mécanique
métalliques
produits

raffinage
Produits en

et du carton
Industrie
déchets

plastique

© BARPI

BARP
DGPR S RT 5
Installations Classées : Conséquences
La figure ci-après présente les conséquences de l’accidentologie des installations classées pour la protection de
l’environnement en 2023. Les conséquences économiques restent le plus fréquemment observées.

Ratio des conséquences par rapport au nombre d’accidents en 2023


0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100

Conséquences humaines

Décès

Blessés graves

Blessés totaux

Conséquences économiques

Dommages matériels internes

Dommages matériels externes

Pertes d'exploitation internes

Pertes d'exploitation externes

Conséquences sociales

Chômage technique

Privation d'usages (eau, électricité…)

Population évacuée ou confinée

Périmètre de sécurité Interruption de trafic

Conséquences environnementales

Pollution atmosphérique

Pollution des eaux (souterraines / superficielles)

Pollution des sols

Atteinte à la faune ou à la flore sauvage


© BARPI

Les conséquences économiques


Environ 75 % des accidents en 2023 ont causé des pertes financières. Ces conséquences économiques peuvent
entraîner des ruptures temporaires d’exploitation mais aussi, dans certain cas, une cessation totale des activités.

Incendie dans un centre de tri, transit, regroupement de déchets


ARIA 61357 – 23/10/2023 – HAUTE-SAVOIE

Vers 1h30, un incendie se déclare dans un centre de tri, transit, regroupement de déchets dangereux et non dangereux.
Peu après 3h, les canons à eau et les alarmes incendie et de télésurveillance se déclenchent ; les rideaux d’eau sont activés et la
vanne de confinement des eaux d’extinction est fermée. Alertés par un automobiliste, les pompiers arrivent sur place à 3h36.
Ils mettent en place un important dispositif hydraulique.
Entre 4h et 5h, les secours rencontrent des difficultés d’approvisionnement en eau (réservoir dédié vide et problèmes de débit
sur les poteaux incendie). Le feu se propage à la chaîne de tri et au bâtiment. Le système de sprinklage se déclenche 30 minutes
plus tard ; il est sans effet car le réseau d’eau est vide. Les secours demandent un appui à la CASU1 concernant les risques
associés aux rejets de fumées d’incendie.
Les flammes sont maîtrisées vers 15h30. Les opérations de déblai et de noyage durent 2 jours.
Les dégâts sont estimés à 35 millions d’euros. 19 personnes sont mises en chômage technique pour une durée allant de 1 à
plusieurs jours.

1- CASU : Cellule d’appui aux situations d’urgence de l’Ineris

Inventaire des incidents et accidents technologiques survenus en 2023


6
Les conséquences environnementales
Les conséquences environnementales concernent 68 % des accidents en 2023. Les impacts sur l’air et l’eau concernent
chacun environ un tiers des accidents.

Pollution d’une rivière Rupture brutale d’une fosse


par un site chimique à lisier aérienne d’un élevage bovin
ARIA 60462 – 28/03/2023 – ISÈRE ARIA 61335 – 09/09/2023 – PAS-DE-CALAIS

À 14h05, lors de travaux, une fuite de javel se produit À 9h40, une cuve de lisier rompt dans un élevage de
au niveau d’une tuyauterie située dans un caniveau veaux de boucherie, entrainant une vague d’un mètre
sur un site de fabrication de produits chimiques. de haut dans la cour et l’habitation des exploitants,
L’opérateur effectuant les opérations donne l’alerte. provoquant ainsi une coupure d’électricité et de
La fuite est isolée à 14h08 par l’exploitant. téléphone. Environ 200 tonnes de lisier se déversent
et rejoignent le MENNEVILLE avant de finir dans la
Le produit ayant fui se déverse dans le DRAC ; une LIANE.
quinzaine de poissons sont retrouvés morts sur 200 m.
Les secours les récupèrent ; des prélèvements sont Les éleveurs informent le maire de la commune, qui
effectués en amont et en aval de la zone polluée. les aide à mettre en place des ballots de paille afin de
contenir le lisier stagnant au niveau du ruisseau. Un
L’exploitant estime que 300 litres de javel auraient été dispositif de pompage vers une tonne à lisier permet
rejetés. de faire cesser les écoulements. Par précaution, l’usine
Lors de travaux dans un caniveau de la station de captage dans la LIANE pour production d’eau
d’épuration du site, une dalle en béton a glissé lors de potable est fermée.
son levage, causant la rupture de la tuyauterie en PVC La pollution aquatique s’étend sur 15 à 20 km,
de transport de javel située à l’intérieur. De plus, la occasionnant la mort d’environ 1 t de poissons (carpes,
vanne de sectionnement de la tuyauterie est difficile truites, anguilles, petits et grands salmonidés) mais
d’accès. Cela ne permet pas d’isoler la javel, qui s’est également de canards. La coupure d’électricité chez
déversée du caniveau dans le milieu naturel. l’exploitant dure près de 4 jours.

Les conséquences humaines


Environ 25 % des accidents en 2023 ont eu des conséquences humaines.

Fuite d’ammoniac dans un local réfrigéré d’une plateforme logistique

ARIA 61121 – 10/08/2023 – VAL-D’OISE

Vers 21 h, une fuite d’ammoniac se produit sur une valve défectueuse au niveau d’un local réfrigéré d’un entrepôt frigorifique
dans une centrale d’achat. De l’ammoniac est projeté sur trois des salariés. Le fluide se répand dans les locaux. Le personnel
est aussitôt évacué de l’entrepôt et le bâtiment interdit d’accès pendant plusieurs heures. La cellule des risques chimiques des
pompiers effectue des relevés de toxicité. L’intervention des secours prend fin vers 3 h du matin. Le système de réfrigération
est redémarré dans la nuit et la marchandise stockée est préservée. Deux techniciens brûlés à l’abdomen et aux jambes et un
troisième plus légèrement touché sont transportés à l’hôpital. Vingt-six autres salariés ayant inhalé des vapeurs toxiques sont
auscultés sur place mais leur état ne nécessite pas d’hospitalisation.
Au moment de l’événement, une entreprise extérieure était en train de réaliser des travaux de réparation. Lors de l’opération,
la valve s’est brisée, provoquant la fuite.

BARP
DGPR S RT 7
Installations Classées : Perturbations et Causes
L’analyse des accidents : une investigation itérative
Seules les analyses en profondeur des événements permettent de définir des mesures qui seront de nature à corriger
durablement la situation et, si les circonstances l’exigent, à faire évoluer la réglementation. L’investigation peut ainsi
faire apparaître des perturbations (ou causes premières) et des causes profondes.
Les perturbations désignent les défaillances directes qui ont contribué à l’événement. Elles sont accessibles à
l’observation.
Ce niveau de causalité présente souvent un caractère technique ou individuel.
Les causes profondes, situées en amont des causes apparentes, sont des dysfonctionnements du système socio-
technique dans lequel s’est déroulé l’accident. Elles renvoient fréquemment à des dimensions relevant des facteurs
humains et des dimensions organisationnelles et managériales.
En premier lieu, il convient de comprendre le contexte de survenue de l’accident : temporalité (jour, nuit, semaine,
week-end…), fonctionnement de l’exploitation (arrêt, redémarrage, nouvelle production, surcharge d’activité…),
fonctionnement des équipes (habituel, absence, formation, relève…) et autres éléments participant au contexte.
L’analyse par suite doit être menée en partant du phénomène dangereux puis en mettant en évidence les perturbations
(causes premières) pour enfin arriver à l’identification des causes profondes. C’est la correction de ces causes profondes
qui permettra d’éviter que l’événement ne se reproduise.
Le graphique ci-dessous montre l’évolution, depuis 10 ans, du taux de connaissance des perturbations.

Taux de connaissance des perturbations avérées dans les accidents en ICPE (en %)

80

75 76
73
70 70
67 67 66
65 65
64
60 60 61

55
54
50

45
© BARPI 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023

Le taux de connaissance des causes profondes s’établit lui à 30 % pour les accidents survenus dans les ICPE en 2023,
(39 % en 2022).
Ces causes profondes regroupent différentes familles de défaillances telles que l’on peut les retrouver sur le graphe
suivant :

Répartition des causes en % sur les accidents avec cause connue ou supposée

Choix des équipements et procédés


Identification des risques
Organisation des contrôles
Procédures et consignes
Formation et qualification des personnels
Communication
Organisation du travail et encadrement
Culture de sécurité
Ergonomie
Environnement physique de travail
Environnement psychosocial de travail
Prise en compte du REX
© BARPI
0% 5% 10% 15% 20% 25% 30% 35% 40%
1- % rapporté au nombre d’accidents avec au moins une perturbation connue

Inventaire des incidents et accidents technologiques survenus en 2023


8
Focus
NaTech : 2023, une année marquée par les tempêtes
automnales en France métropolitaine

L’année 2023 a été marquée en métropole par une succession de perturbations en fin d’année, qui n’a épargné qu’une
partie du sud de la France. Au-delà des épisodes de pluie en continu dans certains secteurs, trois tempêtes se sont
enchaînées (Ciarán, Domingos, Frederico), accompagnées de rafales de vent parfois très importantes, suivies d’une
dépression, Elisa, générant un fort cumul de précipitations. Les conséquences ont été visibles sur les installations
industrielles, avec une augmentation notable du nombre d’événements liés à ces agressions climatiques enregistré dans
la base de données ARIA, que ce soit en raison du vent important et/ou des pluies et des inondations. 29 événements
ont été recensés.
Bien que sans conséquences humaines sur les installations industrielles (ni morts, ni blessés recensés), ni phénomène
dangereux notable (incendie, explosion ou rejet de matières dangereuses ou polluantes), ces événements climatiques
ont eu de nombreuses conséquences matérielles. Elles ont, par ailleurs, mis en exergue les difficultés pouvant être
rencontrées par les industriels à la suite de la perte de l’alimentation électrique, avec des systèmes de secours internes
parfois limités et questionnant le caractère suffisant de leur autonomie, au regard de la durée de la crise. Elles ont
rappelé également la disponibilité limitée des services de secours publics lorsqu’une crise naturelle concerne toute
une zone géographique.
Il est important de souligner que la trajectoire, la chronologie et l’intensité des tempêtes ont été conformes aux
prévisions établies par Météo-France, qui avait d’ailleurs placé trois départements en niveau de vigilance rouge lors de
la tempête Ciarán, où des records de vent ont été battus.

Perte d’électricité dans une entreprise


de purification de produits chimiques
lors de la tempête CIARAN

ARIA 61151 – 02/11/2023 – MANCHE

En raison du passage de la tempête CIARAN, une coupure d’électricité


se produit dans une usine de purification de produits chimiques.
Le groupe électrogène est démarré. Tous les appareils électriques
inutiles sont éteints afin de conserver l’énergie pour les systèmes
de sécurité. L’inventaire des installations en fonctionnement et des
quantités de produits dans les cuves est réalisé.
Des dégâts matériels sont recensés (dégâts de toiture, armoire
électrique renversée, chute d’un paratonnerre et d’arbres) et des
pertes d’exploitation (absence de production pendant 3 jours).
L’exploitant a rencontré des difficultés à obtenir des informations de
la part du gestionnaire du réseau électrique.
L’exploitant prévoit de mieux anticiper les tempêtes et, en cas
d’alerte, de notamment limiter la production aux installations
critiques, s’assurer que les réserves de carburant pour le générateur
sont pleines et d’avertir le personnel de ne pas venir travailler le jour
de la tempête sauf ordre contraire.

© DR Exploitant

BARP
DGPR S RT 9
Focus
Batteries au lithium : des défis à relever
Les batteries au lithium sont aujourd’hui au cœur de l’effort de transition écologique et leur développement constitue
un défi de taille pour la prévention des risques. L’année 2023 confirme cet enjeu : la multiplication de leurs usages
s’accompagne d’une augmentation notable du nombre d’événements. Ainsi, la base de données ARIA recense
41 événements impliquant des batteries ou condensateurs lithium en 2023, soit presque le double de ceux recensés
en 2022. L’ensemble du cycle de vie des batteries est concerné : activités de recherche et fabrication, utilisation
industrielle ou individuelle, stockage et entreposage ou encore activités de collecte, traitement et élimination de
déchets.

© SDIS 76

Stockages stationnaires d’énergie et entreposages


Des événements d’ampleur, concernant notamment les activités de stockage stationnaire d’énergie ainsi que les
entreposages de batteries, ont marqué l’année 2023. Leur analyse met en évidence des phénomènes dangereux,
aux caractéristiques multifactorielles (chimie des batteries, disposition, niveau de charge…), qui restent difficiles à
appréhender (intensité, cinétique, propagation) tant pour les exploitants que pour les services de secours.
L’incendie est le phénomène dangereux majoritaire. Dans la majorité des cas, on constate une élévation anormale de
la température au sein d’une batterie, dont les effets se propagent par emballement thermique aux autres batteries
de l’enceinte. Dans environ 30 % des cas, l’incendie est couplé à des explosions, pour la plupart, consécutives à
l’incendie. Des dégagements gazeux (notamment d’hydrogène et d’acide fluorhydrique) issus de la décomposition
des matériaux constitutifs des batteries, ainsi que des effets de projection (relevés en particulier pour les stockages
d’énergie en conteneur) sont susceptibles de contribuer à la propagation du sinistre ou de complexifier l’intervention
des secours.
Si les systèmes d’extinction automatiques par injection de gaz inerte ou sprinklage à l’intérieur de l’enceinte permettent
de lutter contre les départs de feu externes aux batteries (ex : feu électrique), ils s’avèrent peu efficaces contre les
phénomènes d’emballement thermique. Actuellement, la technique la mieux adaptée et employée consiste à faire
circuler de l’eau directement dans la batterie impactée (abaissement de la température et ainsi arrêt de l’emballement
thermique et de sa propagation). Concernant l’intervention des secours, on relève deux stratégies : arroser
abondamment le foyer (parfois pendant plusieurs jours) ou laisser les batteries se consumer en maîtrisant le risque
de propagation et en assurant une surveillance (ARIA 61022). Dans le cas des entreposages, certains événements font
état de difficulté d’accès et d’identification de la nature des batteries, pouvant retarder l’intervention des secours.
En 2023, le bureau d’enquêtes et d’analyses sur les risques industriels (BEA-RI) a lancé 4 nouvelles enquêtes afin de
tirer des enseignements sur les risques associés à ces activités. Par ailleurs, des travaux sont en cours afin de réviser
les prescriptions techniques applicables aux ateliers de charge d’accumulateurs stationnaires d’énergie situés en
extérieur, mettant en œuvre des technologies au lithium.

Inventaire des incidents et accidents technologiques survenus en 2023


10
Batteries au lithium : des défis à relever
Filières Déchets

Environ 60 % des événements concernent les filières déchets. Dans la majorité des cas, l’orientation des piles ou
batteries lithium vers des filières non appropriées est en cause (erreur de tri des particuliers, mauvaise dépollution
amont de déchets d’équipement électrique et électronique…) ; les batteries constituent alors des déchets non
conformes.
Leur présence fortuite en mélange avec d’autres déchets peut être à l’origine de départs de feu. Ces derniers peuvent
survenir aussi bien au cours d’opérations spécifiques (broyage, déchargement…) que durant les phases de stockage
(départ de feu différé à la suite d’un choc, incompatibilité avec d’autres déchets, court-circuit, auto-échauffement…).
Leur implication reste souvent difficile à démontrer, cette dernière étant supposée dans plus de 60 % des cas.

Incendie sur un conteneur de batteries au lithium


ARIA 60556 – 06/04/2023 – HAUTE-CORSE

Vers 15h30, un feu se déclare sur un BESS (battery energy storage solutions) stocké dans un conteneur
abritant 636 batteries lithium-ion de 6,5 kW, pour un total de 4 MW dans un parc de 12 000 panneaux
photovoltaïques.
Après concertation entre l’exploitant, la CASU et les secours, les pompiers arrosent le conteneur à l’aide de
2 lances, avec un contrôle régulier de la température par caméra thermique. Des points chauds persistent
dans le BESS. L’arrosage devient progressivement périodique avec des durées d’observation de plus en plus
longues, car la température résiduelle des batteries baisse à mesure que l’énergie des batteries se dissipe.
Dix jours après le début de l’événement, le refroidissement par eaux est arrêté.
Le BEA-RI a ouvert une enquête afin d’identifier les causes de l’événement.

Les risques associés au sulfure d’hydrogène


dans l’agro-alimentaire
L’H2S est un gaz extrêmement inflammable, mortel par inhalation (à partir de 500 ppm), explosif et très toxique
pour les organismes aquatiques. Ce gaz a également la particularité d’être un composé réducteur puissant, qui peut
accélérer la corrosion des réseaux de canalisation. La multiplicité des risques associés à cette substance nécessite une
démarche robuste de prévention. Dans le secteur agroalimentaire, la présence d’éléments soufrés dans les matières
premières et les process de nettoyage sont la source de soufre facilitant la production d’H2S. Des milieux anaérobies,
des bras morts, un pH entre 5,5 et 8,5, sont autant de conditions favorisant l’apparition d’H2S dans les réseaux.
Des événements significatifs (ARIA 59403, 61117, 61118) ont eu lieu ces deux dernières années impliquant ce gaz dans
l'agro-alimentaire, alors qu’ils étaient rares les années précédentes. Parmi les bonnes pratiques, la mise en place d’un
réseau de détection de l’H2S gazeux et dissous permet d’anticiper ce risque. La mise en place d’actions préventives et
protectrices, comme la réduction à la source des éléments soufrés ou la suppression des conditions d’apparition du
H2S, est essentielle, tant pour maîtriser les nuisances olfactives que pour éviter des accidents graves.
Les exploitants doivent par ailleurs se préparer à une diminution des consommations en eau, en raison des sécheresses
de plus en plus présentes, qui peut avoir pour conséquence de concentrer les effluents, d'augmenter les temps de
séjour dans les réseaux, et ainsi contribuer à accroitre le risque de production d'H2S.

BARP
DGPR S RT 11
Focus
Les installations de traitement de déchets :
un poids lourd dans l’accidentologie industrielle !
L’année 2023 est, à nouveau, marquée par la prépondérance de l’accidentologie liée au secteur des déchets. Le
nombre d’événements de ce secteur connaît une tendance à la hausse sur 10 ans, avec une stabilisation observée
ces 5 dernières années, représentant plus de 20 % des événements enregistrés dans la base de données ARIA sur
les installations industrielles françaises pour cette période. Cette proportion se confirme en 2023, avec plus de
250 événements enregistrés, dont près d’un quart d’accidents.
Malgré un secteur très varié, que ce soit par la nature des processus industriels ou la typologie des déchets traités,
les événements répertoriés dans la base de données ARIA sont marqués par une spécificité : la prépondérance de
l’incendie, phénomène par ailleurs accentué par les fortes chaleurs.
Ce secteur doit, en outre, faire face à la présence de déchets non conformes arrivant dans les installations, notamment
lorsque le tri en amont est réalisé par des particuliers. Cela peut être la cause des accidents ou incidents rencontrés
sur les sites, avec le cas, notamment, des batteries orientées vers des filières non appropriées. De plus, certains sites
se distinguent par une récurrence d’événements similaires. Dans d’autres cas, la détection du sinistre et l’appel des
secours ont été effectués par une personne extérieure au site. La maîtrise de l’incendie est alors souvent plus longue
et nécessite des moyens plus importants.
Ainsi, une attention particulière des exploitants de cette branche industrielle est donc nécessaire pour limiter
l’occurrence des incendies mais également pour la détection et l’extinction rapide de ceux ne pouvant être évités.
Des textes réglementaires visant certaines installations de traitement de déchets ont récemment été publiés pour
renforcer les prescriptions applicables concernant la gestion des déchets, la surveillance des installations et les
dispositifs d'extinction des incendies.

© SDIS 43

Incendie dans un centre de tri, transit, regroupement


et broyage de déchets plastiques

ARIA 61059 – 17/08/2023 – HAUTE-LOIRE

Vers 2 h du matin, sur un site de tri, transit, regroupement et traitement de déchets non dangereux, un
feu se déclare dans un bâtiment à usage de stockage et broyage de déchets plastiques. Les pompiers sont
alertés par des riverains. Une habitation voisine est évacuée. Les pompiers rencontrent des difficultés
d’approvisionnement en eau car la borne incendie présente sur le site et la réserve incendie située à 1 km
ne sont pas suffisantes pour alimenter le dispositif mis en place, qui consomme près 3 000 litres d’eau à la
minute. Ils s’alimentent sur le lac de MALAGUET. L’usage des drones permet aux secours d’intensifier leur
action sur des points précis.
L’incendie détruit 2 000 m² de bâtiment, comprenant une toiture en amiante ainsi que des déchets
plastiques contenant du PVC. L’usine était fermée depuis deux semaines pour congés d’été et devait
rouvrir quatre jours plus tard.

Inventaire des incidents et accidents technologiques survenus en 2023


12
L’accidentologie des silos :
la vigilance est toujours nécessaire

Sur les 4 dernières années, la tendance est de 10 accidents par an impliquant des
silos. Les deux principales perturbations (ou causes premières) sont les pertes de
contrôle des procédés (35 %) et les défaillances matérielles (35 %).
Certains exploitants précisent que le comportement des matières premières tant
pour le stockage (phénomène de bâtissage1) que lors des process de transformation
(bourrage en particulier) est parfois influencé par les conditions climatiques.
En 2023, plusieurs événements significatifs ont eu lieu :
• 7 janvier : explosion suivie d'un incendie sur une des cellules d'un silo de
luzerne. L'explosion éventre la partie haute de deux autres cellules. L'incendie se
propage à huit autres cellules. Un phénomène de bâtissage dans le silo a engendré
l’explosion. Pour l’exploitant, ce silo était vide, ce qui fait qu’il n’a pas compris le
phénomène. Cet accident fait l’objet d’une enquête du BEA-RI. ARIA 60157
• 18 mars : explosion d’un atelier de granulation à la suite d’un bourrage de la
presse à granuler. L’analyse de l’événement montre l’impact de la qualité (ici
l’humidité) du produit dans la survenue du phénomène dangereux. ARIA 61701
• 10 août : incendie sur une des cellules d’un silo de 19 cellules à la Rochelle.
Cet incendie nécessitera une force d’intervention importante et durera près de
15 jours. Des travaux d’étanchéité étaient en cours lors de l’accident. ARIA 60954

© SDIS 17

© SDIS 59

Explosion d’un silo de maïs


ARIA 61061 – 23/08/2023 – PYRENEES-ATLANTIQUES

Vers 14h50, une explosion, suivie d’un départ de feu, se produit au 5e étage d’une tour de manutention
qui accueille quatre silos verticaux (deux vides et deux autres aux 3/4 pleins de maïs) et un silo plat sur
2 000 m² dans une coopérative agricole. Un usager circulant à proximité alerte les secours. Ces derniers
mettent en place un périmètre de sécurité de 500 m, évacuent cinq employés, deux maisons voisines et
en confinent trois autres. La circulation sur le réseau secondaire est interrompue. Le foyer principal de
l’incendie est localisé sur la machinerie au niveau du 3e étage de la tour. La conduite de transport de grain
de 400 mm est incandescente, avec une température relevée à 180 °C au 6e étage. Les pompiers ouvrent
des trappes métalliques avec l’exploitant pour atteindre les foyers. Ils éteignent l’incendie vers 23h30 à
l’aide de deux lances. L’extinction se poursuit dans le circuit d’aspiration des poussières, où les amas de
poussières incandescentes se consument.
Les températures caniculaires pourraient avoir joué un rôle déterminant dans cet événement.

1- Bâtissage = phénomène d'accumulation de produits (céréales, poussières…) sur les parois d’un silo

BARP
DGPR S RT 13
Focus
Chimie
En 2023, le secteur de la chimie montre une stabilité aussi bien en nombre d’incidents qu’en nombre d’accidents par
rapport à 2022.
Dans le secteur de la chimie fine (principalement pour l’industrie pharmaceutique), 23 événements ont été enregistrés
dans la base de données ARIA, qui se décomposent en 7 accidents, en légère baisse par rapport à 2022, et 16 incidents,
en forte hausse et valeur la plus haute depuis 2020.
Les défaillances matérielles sont présentes dans 60 % des accidents, contre 74 % en 2022. Les erreurs humaines sont
présentes dans 31 % des accidents, contre 42 % en 2022.
La recherche des causes profondes reste le point faible car elle n’a été réalisée ou portée à la connaissance de
l’administration que pour 47 % des événements, en baisse de 13 points par rapport à 2022.
Le choix des équipements et des procédés ressort majoritairement, avec 58 % des événements pour lesquels il existe
au moins une cause connue, suivi par l’identification des risques et les procédures et consignes, avec 35 % chacun. Une
bonne démarche d’analyse des risques a vocation à se traduire par des choix pertinents d’équipements ou procédés.

Explosion suivie de feu dans un hall de production de produits chimiques

ARIA 60393 – 15/03/2023 – VIENNE

Vers 14h30, une explosion, suivie d’un incendie, se produit lors du transfert de décène à partir d’un grand
récipient vrac vers une cuve contenant du docédane dans le hall de production d’une usine de fabrication
de produits chimiques.
Une personne, brûlée au 1er degré, est transportée à l’hôpital. La quantité déversée au sol après l’éclatement
du récipient est estimée à 0,3 t de décène et 0,45 t de dodécane. L’origine de l’accident est un retour
d’hydrogène dans le conteneur de chargement de matière première, qui a explosé au contact de l’air. Cette
détonation a généré une température supérieure au point éclair du produit (60 °C), qui a provoqué ce départ
de feu.
L’exploitant prévoit entre autres :
• la séparation des évents des cuves des matières ;
• la mise à la terre des rétentions et des conteneurs ;
• la mise en place d’un clapet anti-retour sur la pompe d’alimentation entre le conteneur et la cuve de
matière première ;
• le balayage des ciels gazeux par un flux continu d’azote et la coupure d’urgence en cas d’absence
d’azote.

Chimie fine
Les phénomènes dangereux associés à ces évènements sont à 87 % des rejets de matières dangereuses ou polluantes.
L’analyse des causes premières montre que 74 % des évènements font suite à un défaut matériel. Un évènement
sur deux concerne des réservoirs ou emballages. Les facteurs organisationnels représentent la majorité des causes
profondes des incidents et accidents, et mettent en cause notamment l’analyse des risques. En effet, les risques
ont été soit sous-estimés, soit non identifiés. L’un des facteurs les plus récurrents de cette gestion des risques est le
choix des équipements et des procédés. Cette identification insuffisante des risques se traduit également par une
organisation et une fréquence des contrôles ne permettant pas de garantir le bon fonctionnement des équipements.
Dans la base de données ARIA, pour 40 % des événements, les causes profondes n’ont pas été identifiées.
Il ne faut pas attendre d’avoir un accident pour en identifier les causes profondes. Ainsi, vu le nombre élevé d'incidents,
il est important de les analyser dès à présent afin d'éviter de futurs accidents.

Inventaire des incidents et accidents technologiques survenus en 2023


14
Bilan Thématique
Appareils à pression / Canalisations
Appareils à pression
L’analyse de l’accidentologie des appareils à pression en ICPE est partielle, du fait du faible nombre d’événements
remontés (42 en 2023 contre 47 en 2022 et 69 en 2021), dont l’exhaustivité n’est pas garantie.
Les erreurs humaines sont la première cause de fuite, suivies de la perte de contrôle des procédés.
Les causes profondes ne sont connues que dans 29 % des cas (contre 46 % en 2022). Le BARPI rappelle donc l’importance
d’une analyse approfondie des événements afin de pouvoir maîtriser les risques des installations.
Parmi les causes profondes rencontrées, on retrouve majoritairement l’identification des risques et l’organisation des
contrôles.
Concernant l’accidentologie hors ICPE, 42 % des cas des événements recensés concernent les particuliers.

Canalisations
20 événements dont 5 accidents ont été recensés en 2023, contre 16 (et 1 accident) en 2022 :
• 2 sont survenus lors du dépotage de bateaux ;
• 3 concernent des hydrocarbures ;
et concernant leurs origines :
• 3 sont dus à la corrosion ;
• 1 est consécutif à une tempête ;
• 1 est dû à un mauvais positionnement d’une bride.

Ouvrages hydrauliques
Depuis juillet 20101, le BARPI recense les déclarations d’événements importants pour la sûreté hydraulique (EISH2). À
la date du 1er avril 2024, 73 EISH ont été déclarés pour l’année 2023, en hausse significative par rapport à l’année 2022,
ramenant ainsi la courbe au niveau de la moyenne long terme du nombre d’évènements.

Nombre d’EISH par année

© BARPI

Pour 2023, les EISH se répartissent entre 43 événements pour les digues et 30 pour les barrages. 53 sont classés de
couleur jaune, 17 orange et 3 rouge. La hausse du nombre d’évènements s’explique notamment par une année 2023
marquée par une forte augmentation du nombre de jours en vigilance « crues »3 de niveau orange ou rouge (64 jours
contre 16 en 2022) et par les conséquences des tempêtes qui ont touché le territoire en fin d’année.

1- Arrêté du 21/05/10
2- Les EISH sont répartis en 3 couleurs, par ordre de gravité et dont les événements hydrauliques ont entraîné :
• rouge – accidents : des décès ou blessures aux personnes ou des dégâts majeurs aux biens ou ouvrages hydrauliques ;
• orange – incidents graves : la mise en danger de personnes sans blessures graves ou des dégâts importants aux biens ou ouvrages hydrauliques ;
• jaune – incidents : une mise en difficulté des personnes ou des dégâts de faible importance à l’extérieur ainsi que des événements traduisant une non-conformité réglementaire,
des défauts de comportement de l’ouvrage ou de ses organes de sûreté.
3- Bilan Vigicrues 2023

BARP
DGPR S RT 15
Ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires
Direction générale de la prévention des risques
Service des risques technologiques
BARPI (Bureau d’analyse des risques et pollutions industriels)

5 place Jules Ferry


69006 Lyon
MINISTÈRE France
DE LA TRANSITION Téléphone: (+33) (0)4 26 28 62 00
ÉCOLOGIQUE Courriel : barpi@[Link]
ET DE LA COHÉSION
DES TERRITOIRES
Site Internet
[Link]

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