Introduction : Être une grande puissance, c’est dominer et maîtriser un territoire, qu’il soit terrestre, maritime et même extra-
atmosphérique. Alors que depuis l’Époque Moderne, les grandes puissances se sont partagé les mers, les océans et les territoires
(colonies), le XXe siècle a marqué un déplacement des luttes dans de nouveaux espaces de conquête : fonds sous-marins et espace
ont été explorés, cartographiés, analysés. Ils sont aujourd’hui convoités et considérés par de nombreux acteurs comme les derniers
espaces à conquérir.
Problématique : Comment les océans et l’espace sont-ils devenus les dernières frontières ?
I. L’océan, un milieu liquide contraignant et méconnu.
L’océan, un milieu omniprésent : Les surfaces marines représentent 70,8 % du globe pour 361 millions de km2, soit près de 2,5 fois
la surface des continents. L’océan mondial désigne toute l’eau des mers et des océans formant autour de la Terre un volume continu, à
l’exception des mers intracontinentales. Constituant une seule et vaste étendue d’eau salée, les océans sont au nombre de 5. On les
distingue des mers qui sont des espaces d’eau salée plus ou moins fermés. Les mers et les océans sont un milieu liquide très contraignant
(lien avec la pression) et difficile à explorer par des ondes électromagnétiques (lumière, radio), qui ne se diffusent pas à travers l’eau.
La surface des océans est observée et cartographiée notamment par des satellites. En revanche, les profondeurs des océans, que ce
soit pour leur colonne d’eau, leurs fonds et leurs sous-sols marins restent encore peu explorées et leur biodiversité́ très largement à
découvrir.
Les océans, premiers espaces d’exploration : L’exploration de la surface des mers et océans débute avec les premières civilisations
dès l’Antiquité (Athènes, Phéniciens, Romains) et au Moyen Age(Vikings, Arabes) mais elle s’accélère au XVIe siècle avec les Grandes
Découvertes, notamment la circumnavigation de Magellan entre 1519 et 1522. À l’Époque Moderne, les grandes puissances sont avant
tout des puissances maritimes : Portugal, Espagne, Provinces-Unies, puis Angleterre. Le XIXe siècle est marqué par la course aux
colonies et la cartographie de la terre et des littoraux.
Des innovations au service de l’exploration sous-marine : Avec les innovations technologiques, la connaissance des profondeurs
sous-marines (océanographie) devient un enjeu. Le premier sous-marin est développé en 1800. Pendant la Première Guerre mondiale,
Développé pendant la Première Guerre mondiale, l’invention du sonar, qui utilise la propagation du son sous l'eau pour détecter et
localiser des objets immergés, permet après 1945 de cartographier les reliefs sous-marins. Le scaphandre autonome, développé par le
Commandant Cousteau, permet aux plongeurs d’explorer le monde sous-marin sans être reliés à un bateau. Depuis les années 90, les
sous-marins autonomes permettent d’explorer les grandes profondeurs, les abysses (zones océaniques très profondes, au-delà de
4000 m de profondeur). Malgré les progrès techniques, ces espaces restent relativement peu connus de l’homme : moins de cinq
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hommes ont réussi à aller dans la fosse des îles Marianne à -10 900 mètres et L’ONU estime que moins de 20 % des fonds sous-
marins ont été cartographiés en haute résolution.
II. L’espace, de l’observation à l’exploration.
Les spécificités de l’espace extra-atmosphérique. L’espace extra-atmosphérique correspond au vide spatial entre l’atmosphère
terrestre et d’autres astres. L’atmosphère se raréfie progressivement et la limite entre l’espace aérien et l’espace extra-atmosphérique
est donc difficile à fixer. Pour séparer ces deux types d’espace, la fédération aéronautique internationale (FAI) a adopté la ligne de
Karman, une ligne imaginaire située à 100 km au-dessus du niveau de la mer. C’est elle qui est largement utilisée de nos jours pour
séparer espace aérien et extra-atmosphérique. L’espace a des contraintes spécifiques qui freinent son exploration :
- Absence de gravité
- Températures extrêmes
- Absence d’air et d’oxygène
L’espace est immense et infini. Face à la taille des systèmes solaires, des galaxies et de la voie lactée, l’unité de mesure est l’année-
lumière, qui équivaut à 9,4 milliards de kilomètres, soit la distance parcourue par la lumière dans le vide en une année. L’univers est
potentiellement infini et les seules limites actuelles sont celles de nos outils d’observation (télescopes).
L’espace, le temps de l’observation : La Préhistoire témoigne de l’importance de l’astronomie dans la vie des populations. Les sites
archéologiques comme Stonehenge utilisent des notions astronomiques avancées (solstice et équinoxe). Les astronomes de l’Antiquité
ont des connaissances fines des étoiles et de leur course. Les progrès scientifiques et techniques importants de l’Époque Moderne
permettent de mieux comprendre le fonctionnement de l’Univers. Copernic déduit de ses observations l’héliocentrisme, c’est-à-dire le
fait que la terre tourne autour du soleil. Au XVIIe siècle, le télescope de Newton améliore l’observation des astres.
Aller dans l’espace, du rêve à la réalité : Si le tout premier film de science-fiction raconte l’aventure de l’homme sur la Lune en 1902
avec Méliès, il faut attendre la fin de la Seconde Guerre Mondiale et la création du moteur des missiles allemands V2, pour que les
grandes puissances puissent envisager d’aller dans l’espace. Avec la Guerre Froide, l’espace devient un enjeu majeur : malgré les
premières victoires de l’URSS (Spoutnik, Youri Gagarine), les États-Unis triomphent avec l’alunissage en 1969. Aujourd’hui, les
explorations spatiales se poursuivent au moyen de sondes alors que la conquête de Mars a relancé la course aux étoiles entre grandes
puissances.
III. Les dernières frontières à explorer et à exploiter ?
Des ressources potentielles : éléments centraux de la mondialisation, les mers et océans sont au cœur de l’observation extra-
atmosphérique rendue possible par les satellites qui se sont multipliés. Depuis l’espace, on peut facilement guider les bateaux, repérer
les réserves halieutiques, les courants marins, prévoir la météo. Avec la croissance de la population et surtout de la consommation, la
course aux nouvelles ressources devient centrale. Les océans sont considérés comme un réservoir potentiel de grande valeur. Pour
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l’ONU, le développement de l’économie bleue peut permettre de nourrir l’ensemble de la population mondiale. Les fonds sous-marins
renferment quant à eux des ressources essentielles : sable, terres rares, minerais. L’espace est aussi considéré comme une réserve de
ressources en gaz (hélium) en ressources minières (platine) et surtout en ressources énergétiques grâce au soleil qui alimente déjà l’ISS
en énergie, même si les défis technologiques de l’exploitation restent bloquants.
Conquérir ces espaces pour exprimer sa puissance : Les fonds sous-marins et l’espace sont au cœur des enjeux de puissance. Dans
l’espace, la puissance des États-Unis reste largement dominante, même si l’expertise russe et européenne sont indispensables (vaisseau
Soyouz). De nouvelles puissances spatiales se développent comme la Chine et l’Inde et un nouvel affrontement technologique se
dessine autour de la conquête de mars entre les États-Unis et la Chine. Sur les océans, on retrouve la même logique : domination des
États-Unis, présence européenne, émergence de nouvelles puissances dont la Chine. Concernant les fonds sous-marins, la
revendication du plateau continental pousse des pays comme la Russie et la Chine à contester la délimitation des zones économiques
exclusives.
De nouveaux acteurs pour leur exploitation : Ces espaces deviennent des enjeux économiques qui poussent les firmes transnationales
à multiplier les investissements. La création du groupe Space X par Elon Musk en est la principale illustration. Si Space X remplace
progressivement la NASA dans le développement des fusées, cette collaboration permet aussi au groupe d’Elon Musk d’envisager de
développer le tourisme extra atmosphérique. Dans les océans, le développement de l’éolien et l’exploitation des gisements de minerais
poussent les plus grandes FTN à investir massivement. L’installation et l’exploitation des câbles sous-marins par les FTN du numérique
renforcent l’intérêt stratégique des espaces maritimes. Les O.N.G. comme Greenpeace ou Tara océan dénoncent de leur côté
l’exploitation et la destruction des espaces maritimes et sensibilisent les populations.
Conclusion : Les progrès scientifiques et technologiques ont donc permis de mieux connaître les espaces maritimes et extra-
atmosphériques. Considérés comme les derniers fronts pionniers, ces espaces ont été au centre de luttes entre les grandes puissances,
dans le cadre de la guerre froide, et aujourd’hui encore entre la Chine et les États-Unis. L’exploitation de ces espaces devient aussi un
enjeu majeur pour les états comme pour les FTN. Mais les océans et l’espace sont surtout des milieux hostiles à l’homme, qui nécessitent
des protections et des aménagements hors du commun. Si grâce à Thomas Pesquet nous pouvons vivre un petit peu dans l’espace,
seuls 12 hommes ont pu poser le pied sur la Lune.
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HGGSP 1 : DE NOUVEAUX ESPACES DE CONQUÊTE
AXE 1 : CONQUÊTES, AFFIRMATIONS DE PUISSANCE ET RIVALITÉS
Introduction : « Youri Gagarine, le pionnier de l’espace ». C’est ainsi que les affiches de propagande soviétiques présentent celui qui
fut le premier homme à aller dans l’espace en 1961. Durant cette période d’affrontements idéologique et technologique entre les États-
Unis et l’URSS, l’espace est un moyen d’expression de leur rivalité, tout comme la domination militaire des océans. Océans et espace
demeurent des enjeux géopolitiques majeurs et un objectif économique, technologique et idéologique pour l’affirmation de la puissance
des états.
Problématique : Comment la puissance s’affirme-t-elle dans les nouveaux espaces de conquête ?
I. Les enjeux géopolitiques d’une conquête : la course à l’espace depuis les années 50’s.
A. Un lieu d’affrontements technologique et idéologique entre les deux Grands.
Le temps des succès soviétiques : dès la fin de la Seconde Guerre Mondiale, une course scientifique se met en place pour récupérer
les ingénieurs nazis qui ont mis au point le moteur des missiles V2. L’objectif est alors de développer des missiles intercontinentaux
capables de transporter des ogives nucléaires. Les superpuissances développent dans le même temps des programmes civils de
conquête spatiale. L’URSS est le premier pays à placer un satellite en orbite, Spoutnik en 1957, alors que dans le même temps le
programme des États-Unis piétine. L’avance soviétique se poursuit : la chienne Laïka est le premier être vivant en orbite, suivi du premier
survol lunaire. En 1961 Youri Gagarine est le premier homme dans l’espace suivi deux ans plus tard par la première femme Valentina
Terechkova.
Apollo et la victoire américaine : Kennedy en 1961 prononce un discours dans lequel il fixe pour objectif d’aller sur la lune et ainsi de
prendre une revanche sur les premiers échecs américains. Les États-Unis lancent le programme Apollo et en 1969, N Armstrong et B
Aldrin réussissent l’alunissage en direct sur toutes les télévisions du monde entier. Cette réussite technologique, et la médiatisation de
l’événement, portent un coup au programme spatial russe qui ne parvient pas de son côté à aller sur la lune. Dès 1976, les États-Unis
lancent une sonde en direction de Mars et mettent en place une navette spatiale, permettant de faire des aller-retours.
Une détente spatiale relative : États-Unis et URSS signent en 1967 un accord sur l’exploration et l’exploitation de l’espace à des fins
pacifiques. Les programmes spatiaux américain et soviétique se tournent alors vers la mise en place de stations spatiales assurant une
présence humaine plus longue (Mir et Skylab). En 1975, la détente est illustrée par la rencontre entre les capsules Soyouz et Apollo.
Pourtant, le retour des tensions entre Est et Ouest aboutit à la mise en place du programme de défense américain IDS, appelé « guerre
des étoiles ». Les États-Unis veulent mettre en place un bouclier spatial antimissile. Si ce projet ne voit jamais le jour, la relance des
dépenses spatiales et militaires est à l’origine de l’effondrement économique de l’URSS.
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B. L’émergence de nouvelles puissances spatiales.
L’aventure spatiale française puis européenne : le retour du Général De Gaulle au pouvoir en 1958 et sa politique d’indépendance
entre les deux grands aboutit à la mise en place d’un programme spatial français, en complément de la bombe atomique française qui
explose en 1960. En 1961, le centre national d’études spatiales est créé et en 1965 le premier satellite français Astérix est lancé depuis
Hammaguir en Algérie, ce qui fait de la France le troisième pays à envoyer un satellite dans l’espace. Dans les années 70, les pays
européens décident de coordonner leurs projets spatiaux et fondent dans l’agence spatiale européenne. La première fusée lanceur de
satellite européenne, Ariane, décolle avec succès en 1979 pendant que l’agence spatiale européenne développe avec les États-Unis le
Spacelab à partir de 1981.
Les puissances spatiales se multiplient : avec l’émergence de nouvelles puissances et la fin de la guerre froide, le nombre de pays se
lançant dans l’aventure spatiale se multiplie. L’Inde développe, avec l’aide de l’URSS, dans les années 70 un lanceur de satellites. Son
programme a abouti en 2013 au lancement d’une sonde vers Mars. En 2023, l'Inde réussit l'exploit de poser Chandrayaan-3 sur le
pôle Sud de la Lune, une première mondiale. La Chine a envoyé en 2003 un homme dans l’espace et ambitionne d’atterrir sur la Lune,
voire sur Mars. Elle est devenue la deuxième nation à poser un engin roulant sur Mars avec la mission Tianwen-1. Derrière ces deux
puissances émergentes, Japon, Corée du Nord, Corée du Sud, Israël, Émirats Arabes Unis cherchent eux aussi à prendre une place
dans la conquête spatiale ce qui témoigne de l’intérêt géopolitique et militaire de la présence dans l’espace.
C. Le rôle croissant des entreprises privées.
Le New Space : Face à l’effondrement des budgets de la NASA liés à la conquête spatiale après la Guerre Froide, de nouveaux
acteurs privés se sont emparés du marché. Le New Space marque l’arrivée de firmes transnationales, majoritairement américaines, dans
la conquête spatiale. Space X, fondée par Elon Musk est la principale FTN du New Space. L’entreprise a déjà développé entre autres
une fusée réutilisable, un véhicule spatial pour l’ISS (Crew Dragon) et des constellations de satellites. Space X a été choisi par l’État
américain pour préparer un alunissage avant une possible mission sur Mars. Virgin, Amazon et Boeing se sont aussi lancés dans des
programmes privés pour développer le tourisme spatial, les constellations de satellites et les fusées spatiales. En Europe, le lancement
de satellites est assuré par Arianegroup, copropriété d’Airbus et du groupe militaire Safran. Dans le même temps, des entreprises
européennes tentent de développer leur propre projet de fusées.
L’État reste décisionnaire : si l’émergence des acteurs privés dans la conquête spatiale interroge, la place des états reste centrale. En
effet, les États-Unis comme l’Union Européenne restent les décideurs et les entreprises privées sont dépendants des commandes
publiques. Ainsi, le groupe Space X a largement profité des commandes et des transferts de compétences issus de la NASA pour se
développer. Malgré tout, cette privatisation de l’espace pose des problèmes juridiques importants. Ainsi, aux États-Unis, le Space Act,
loi de 2015 permet l’exploitation de l’espace à des fins commerciales, allant à l’encontre du droit international qui envisage l’espace
comme un bien commun depuis 1967.
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II. Affirmer sa puissance à partir des mers et des océans : dissuasion nucléaire et forces de projection maritimes.
A. Une prise de conscience ancienne du rôle stratégique des mers et océans.
Un espace d’expression de la puissance : Dominer les mers, c’est dominer le monde. C’est sur ce principe que s’est affirmée la
domination européenne à partir de l’époque moderne. L’Espagne, le Portugal, puis les Provinces Unies et l’Angleterre, en dominant la
navigation en haute mer, ont pris une avance économique majeure dans la première mondialisation. La mise en place des empires
coloniaux et le contrôle des routes maritimes ont ainsi été à la base de la thalassocratie britannique qui trouve son apogée au XIXe siècle.
Ainsi, la compagnie anglaise des Indes orientales fondée au XVIIe s est à l’origine de la conquête britannique du sous-continent indien.
Elle possède d’ailleurs et administre ses territoires jusqu’au XIXe siècle où la couronne britannique prend officiellement possession des
Indes. La France, pour concurrencer la puissance britannique, met en place ce qui sera la deuxième force navale au monde au début du
XXe siècle. Durant la Seconde Guerre mondiale, les puissances de l’Axe perdent le conflit notamment à cause de la puissance navale
britannique et américaine.
Les mers et océans, lieu de projection de la puissance : La Seconde Guerre mondiale voit le développement de marines nationales
dont les fonctions changent totalement. Si les navires britanniques du XIXe siècle cherchaient à contrôler les routes maritimes, les forces
navales pendant et après la Seconde Guerre mondiale acquièrent des capacités de projection de la puissance militaire illustrées par la
naissance et la multiplication des porte-avions. Durant la guerre froide, le contrôle des océans est fondamental. Une course aux
armements se lance aussi dans le domaine naval avec le développement de sous-marins lanceurs d’engins nucléaires, toujours plus
grands et plus puissants. Lors de la première guerre du Golfe, l’US Navy montre toute l’étendue de ses capacités d’intervention et de
projection de la puissance, notamment par les bombardements préalables à l’invasion terrestre.
B. Les mers et océans, espaces majeurs de la dissuasion nucléaire.
Qu’est que la dissuasion nucléaire océanique ? La dissuasion nucléaire océanique, c’est la capacité de pouvoir envoyer un missile
nucléaire depuis un sous-marin situé dans n’importe quel endroit sur la planète. Cette dissuasion s’appuie sur les sous-marins nucléaires
lanceurs d’engins (SNLE) qui profitent des avantages offerts par les océans : l’immensité, l’effet de surprise, la discrétion… Ils sont
donc les outils de dissuasion nucléaire les moins vulnérables. Aujourd’hui, dans le monde, seuls 6 pays possèdent des SNLE : États-
Unis, Russie, Royaume-Uni, France, Chine, Inde. Certains pays, dont Israël et la Corée du Nord, cherchent eux aussi à développer de
telles armes. La France possède 4 SNLE qui patrouillent dans le monde.
Les Porte-avions atouts majeurs de la projection : les autres navires servent davantage à la projection de troupes. Parmi eux, les plus
importants sont les porte-avions, entourés d’une flotte complète : frégates, sous-marins, bâtiments de ravitaillement qui forment un
groupe aéronaval. Les porte-avions sont essentiels pour projeter la force militaire à travers le monde, souvent en dehors de la portée
immédiate des bases terrestres. Seules 6 puissances navales possèdent des porte-avions : États-Unis, Royaume-Uni, France, Russie,
Chine et Inde. Les porte-avions servent en appui d’interventions terrestres, pour les bombardements (Syrie), ou pour faire pression par
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leur présence comme au large de l’Iran en 2019. Les groupes aéronavals sont enfin un outil majeur pour le renseignement et le transport
de troupes.
La protection des espaces maritimes : Les marines jouent aussi un rôle majeur de protection des espaces maritimes nationaux et
internationaux. La surveillance des zones économiques exclusives, la lutte contre le trafic de drogue et l’immigration clandestine sont
autant de missions attribuées à la marine nationale française. Dans le cadre des accords internationaux, les différentes marines assurent
la protection des points de passage stratégiques (détroit, canal). Ainsi, au large du détroit du Bab El Mandeb, une mission européenne
sécurise le passage depuis 2008. Depuis octobre 2023 et la guerre entre Israël et le Hamas palestinien, les rebelles Houthis du Nord
Yémen multiplient les attaques de navires dans la mer Rouge, renforçant la présence militaire internationale.
C. La militarisation croissante des espaces maritimes.
La puissance navale des États-Unis : La marine de guerre des États-Unis, l'US Navy, est de loin la principale puissance navale au
monde. Forte de plus de 280 navires, elle est présente dans toutes les mers et océans de la planète. L'US Navy dispose d'une force
de projection inégalée, avec 11 porte-avions, 14 sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE), et 58 sous-marins nucléaires
d'attaque. Elle est à la pointe de la technologie, avec l'intégration de drones, des systèmes d'armement avancés, et des capacités de
guerre cybernétique. Face aux tensions internationales, notamment avec la Chine, l'océan Pacifique est devenu le principal théâtre
d'opérations de l'US Navy. Elle a également renforcé sa présence en Méditerranée en raison des conflits russo-ukrainien et israélo-
palestinien dans le cadre de l’alliance militaire de l’OTAN.
Des puissances européennes en repli : Face à la toute puissance américaine, les puissances navales européennes sont en retrait. Le
Royaume-Uni a depuis longtemps abandonné sa volonté hégémonique, même si ses deux porte-avions restent un atout majeur. La
France, de son côté, s’appuie sur sa flotte de sous-marins et les bases installées à l’étranger (Abou Dhabi, Djibouti, Dakar) ou dans les
DROM pour assurer sa capacité de déploiement. La construction d’un second porte-avions reste un impératif de puissance. Les forces
navales russes, après avoir connu des difficultés et un effondrement après la chute de l’URSS, connaissent une forme de renaissance
sous l’impulsion de Poutine. La Russie a renforcé sa présence dans l’Arctique, espace stratégique pour ses ressources naturelles.
Les puissances navales émergentes : les forces militaires navales se sont multipliées dans le monde. Aujourd’hui, ce sont près de 42
pays qui possèdent un ou plusieurs sous-marins. De nombreuses puissances régionales ont développé une marine nationale susceptible
de défendre leur espace économique maritime. Ainsi, le Brésil développe avec l’aide de la France un sous-marin nucléaire d’attaque. De
son côté, sous l’impulsion de Narendra Modi, l’Inde développe une marine à vocation régionale, notamment pour lutter contre l’influence
grandissante de la Chine. Cette dernière développe une flotte de guerre et commerciale de plus en plus puissante, notamment avec la
construction de trois porte-avions depuis 2012. Son ambition est de prendre le leadership mondial à l’US Navy. On assiste donc à
une militarisation croissante des espaces maritimes.
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Conclusion : L’espace, comme les mers et les océans, sont un moyen d’expression de la puissance d’un État. Ces deux espaces ont
connu les mêmes dynamiques : l’affrontement entre deux superpuissances, la victoire des États-Unis et l’affirmation de nouvelles
puissances émergentes. Parmi ces puissances, la Chine dont le président Xi Jinping rêve d’en faire la première puissance mondiale en
2049, s’affirme comme le principal opposant à la puissance des États-Unis. À ce titre, la course vers Mars devient un symbole majeur.
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HGGSP 1 : DE NOUVEAUX ESPACES DE CONQUÊTE
AXE 2 : ENJEUX DIPLOMATIQUES ET COOPÉRATIONS
Introduction : Lorsque Neil Armstrong pose le pied sur la lune le 21 juillet 1969, il prononce une phrase qui va rester célèbre : « c’est un petit pas
pour l’homme mais un bond de géant pour l’humanité ». Même si cette étape de la conquête spatiale est à replacer dans la Guerre Froide et la lutte
entre les deux grandes superpuissances, la notion d’humanité rappelle que cet événement est commun à l’ensemble de la planète et si la conquête de
l’espace comme l’appropriation des espaces maritimes répond à des logiques de puissance, elle ne peut se limiter à des rivalités. Face aux faibles
connaissances de ces milieux, les hommes ont rapidement pris conscience de la nécessité de mettre en commun leurs savoirs et de partager leur
expérience. Il s’agit aussi de milieux fragiles qu’il convient de protéger. Coopération, gouvernance et protection sont aussi des enjeux géopolitiques
majeurs pour l’espace et les océans.
Problématique : Comment développer la coopération face aux enjeux géopolitiques liés à la découverte et à l’exploitation de l’espace, des mers et
des océans ?
I. Coopérer pour développer la recherche : la station spatiale internationale.
A. Un projet international spatial sans précédent.
La coopération internationale spatiale : même si la conquête spatiale se déroule principalement entre l’URSS et les États-Unis, dans un contexte
de Guerre Froide, les coopérations internationales spatiales apparaissent et se multiplient dès les années 60. Dès le début de l’aventure spatiale,
l’espace est considéré comme un bien commun. En 1967, un traité international de l’espace est signé entre les grandes puissances dans lequel sont
posés les grands principes du droit spatial et de la coopération. L’URSS signe en 1966 un accord avec la France pour la coopération scientifique
et technique dans l’espace alors que la NASA développe avec plusieurs pays européens une coopération pour approfondir les connaissances sur
les phénomènes atmosphériques.
La naissance de l’ISS : l’idée de mettre en orbite une station spatiale permanente se développe dans les agences spatiales soviétiques et
américaines. Si chaque puissance a créé sa station spatiale (Mir, Skylab) , la réduction des crédits de la NASA, ainsi que les difficultés financières
de l’URSS, poussent à un rapprochement annoncé en 1984 par Ronald Reagan. Ce projet rassemble finalement les cinq grandes agences spatiales :
USA, Russie, UE, Canada et Japon qui signent en 1998 l’accord intergouvernemental sur la station spatiale internationale. L’ISS est un gigantesque
puzzle qui va se construire dans l’espace autour du premier module russe Zarya. En 2010, l’ISS est totalement opérationnelle.
L’entente américano-russe au cœur de l’ISS : le tournant du projet américain de la station spatiale se déroule en 1993 lorsque la Russie renonce
à développer sa propre station spatiale et rejoint le programme de l’ISS. Les rapprochements entre véhicules américains et russes se multiplient. Le
premier module de la station internationale, Zarya, est élaboré par les Russes mais financé par les États-Unis. Après l’accident de la navette
Columbia en 2003, les États-Unis renoncent à la construction de navettes spatiales. Le vaisseau spatial russe Soyouz devient alors le véhicule
officiel pour approvisionner et rejoindre la station internationale. Cette entente américano russe correspond au multilatéralisme des années Clinton,
durant lesquelles les États-Unis, considérés comme la grande puissance, cherchent à mettre en place une coopération internationale autour de
l’Enlargment. En 2021, l’arrivée de Space X redonne aux États-Unis l’importance stratégique du véhicule Terre-ISS et témoigne de la volonté des
États-Unis, puissance remise en cause, de reprendre le leadership scientifique.
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B. Un outil de développement de la coopération internationale.
L’ISS en quelques chiffres : Longue de 110 mètres, la Station spatiale internationale évolue toujours en orbite basse autour de la Terre à environ
400 km d'altitude, à une vitesse de 28 000 km/h, lui permettant d’effectuer environ 16 révolutions autour de la Terre par jour. Depuis 2000, l’ISS
est habitée en permanence, avec un équipage qui varie généralement entre 3 et 10 astronautes en fonction des missions et des expansions. Le coût
de construction et d’exploitation de l’ISS depuis 1998 dépasse désormais les 160 milliards de dollars, une part majeure étant financée par les États-
Unis. Depuis sa mise en service, plus de 260 astronautes de 20 nationalités différentes y ont séjourné, dont 158 Américains, 54 Russes, et 11
Français.
Un outil de recherche scientifique : L’ISS se compose d’un laboratoire américain en micro gravité dans lequel sont développées les expériences
nécessaires pour la future mission sur Mars (notamment la protection contre les radiations, la production d’oxygène, de ressources énergétiques,
les nouvelles combinaisons spatiales des astronautes…). On y trouve aussi le module Columbus, mis au point par l’agence spatiale européenne et
dans lequel sont effectuées des recherches en Science et Vie de la terre et en physique, notamment sur l’alimentation des astronautes (programme
Energy). L’ISS se compose aussi du module Kibo, laboratoire japonais, qui est le plus grand laboratoire de la station. De nombreuses recherches
dans la mécanique des fluides, la cardiologie ou encore les neurosciences sont mises en pratique et expérimentées dans l’ISS. Enfin, la station
comprend des modules d’habitation, parmi lesquels on peut citer le module Tranquillity qui comprend quartiers d’habitation, salle de sport et appareils
de surveillance.
Un exemple de coopération géopolitique : L’expérience soviétique puis russe dans les stations spatiales est primordiale dans le succès de l’ISS.
L’URSS en 1971 est la première nation à construire en apesanteur et à développer une station spatiale (Saliout). S’appuyant sur le savoir-faire de
l’ex-URSS, les modules de vie et le véhicule sont de conception russe. Du coup, malgré les tensions parfois très fortes entre Russie et les États-
Unis, le fonctionnement de l’ISS n’est jamais remis en question. Il y a en permanence un Russe et un Américain. L’annexion de la Crimée en 2014
et les sanctions internationales votées contre la Russie, dont l’exclusion du G8, n’ont pas remis en cause ces accords. En 2022, après l’invasion de
l’Ukraine par la Russie, des tensions géopolitiques ont mis à mal la coopération avec les Russes sur l’ISS. Bien que la Russie ait initialement confirmé
sa participation à l’ISS jusqu'en 2024, elle a ensuite annoncé son intention de se retirer pour se concentrer sur la construction de sa propre station
spatiale prévue vers 2027-2028. Cependant, en dépit des tensions, les opérations quotidiennes de l'ISS se poursuivent sans rupture majeure à ce
jour, mais la situation est plus incertaine.
C. Enjeux et défis de l’ISS.
Un bilan contrasté : alors que le coût de construction et l’exploitation de la station internationale est toujours plus élevé, certains détracteurs
dénoncent d’un bilan scientifique pauvre. Dans le projet initial de la NASA, l’idée était de faire de l’ISS un hub, un relais spatial pour les vaisseaux,
les satellites et les hommes vers la Lune. Si certaines expérimentations ont permis de réelles avancées scientifiques, l’avenir de l’ISS est incertain.
Désireux de relancer la course vers la Lune et Mars, Donald Trump a annoncé en 2018 la fin du financement américain en 2024. Depuis, la NASA
et les partenaires internationaux ont prolongé la durée de vie de l'ISS jusqu'en 2030. Même si certaines incertitudes persistent quant à la
participation russe, la station restera active plus longtemps que prévu initialement. De plus, des stations spatiales privées sont envisagées pour
prendre le relais dans les années à venir.
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La Chine, adversaire de l’ISS : La Chine, après avoir été écartée du projet ISS par une loi américaine interdisant à la NASA de collaborer avec
la Chine (amendement Wolf) en 2011, décide de développer son propre projet : Tiangong (palais céleste). Depuis 2021, la station spatiale
Tiangong est pleinement opérationnelle et la Chine a ouvert ce projet à des collaborations internationales. La Chine, qui ambitionne de devenir la
première puissance spatiale, veut mettre en place un fonctionnement de sa station sur le même principe que l’ISS, c’est-à-dire une station ouverte
aux recherches scientifiques. Difficile d’imaginer cependant les États-Unis, et dans une moindre mesure la Russie, renoncer à la concurrence
spatiale avec la Chine.
II. Rivalités et coopérations dans le partage, l’exploitation et la préservation des ressources des mers et des océans.
A. La mise en place d’une gouvernance mondiale.
Vers l’affirmation d’une souveraineté sur les mers : En 1609, le traité maritime d’Hugo Grotius, Mare liberum, met en place le principe
fondamental du droit des mers, celui de la liberté et de la libre circulation. Si, au début du XXe siècle, une distinction s’opère entre haute mer et mer
territoriale, cette dernière se limite à une mince bande côtière (trois miles). Aucune règle juridique internationale ne s’impose cependant et les
rapports de force et le droit coutumier restent les moyens de résoudre conflits et litiges. Après 1945, les nouveaux états issus de la décolonisation
réclament une règle internationale. En 1958, une première convention des Nations Unies met en place un droit de la mer et une première distinction
entre mer territoriale sous la souveraineté pleine d’un État, plateau continental dans lequel les états peuvent exploiter des ressources naturelles et la
haute mer. Dans les années 60, les progrès technologiques permettent d’exploiter les ressources offshores, renforçant les rivalités entre les états,
notamment pour les hydrocarbures et les ressources halieutiques.
Créer des règles par la convention des Nations Unies sur le droit de la mer (CNUDM) : La CNUDM, ouverte à la signature en 1982 à
Montego Bay, entend répondre à la fois à l’affirmation de la souveraineté des États et à la protection des espaces maritimes. Le droit de la mer
introduit :
- La zone de souveraineté pleine et entière de l’État côtier jusqu’à 12 milles marins (les eaux intérieures).
- La notion de Zone économique exclusive (ZEE) d’une largeur de 200 miles marins (370,4 km) à partir des côtes des États. À l’intérieur
de cette ZEE, l’État a le monopole de l’exploitation des ressources.
- La haute mer dont l’accès est libre et garanti pour l’ensemble des pays ce qui permet la libre circulation des navires, mais aussi la pose des
câbles et des conduites.
Plus de 150 États ratifient la CNUDM, qui est entrée en vigueur en 1994 et s’impose comme la « constitution des mers et des océans ». L’espace
maritime mondial devient alors un espace fragmenté où s’applique la souveraineté des États à côté de la liberté de circulation sur la haute mer.
B. Des rivalités dans le partage des ressources.
Litiges frontaliers sur les océans : on dénombre aujourd’hui entre 70 et 80 litiges frontaliers dans le monde. Les îles et les archipels sont
particulièrement concernés, car ils donnent accès à des ZEE immenses. Ainsi, la France, grâce à ses départements et régions d’outre-mer en
particulier la Polynésie, possède une zone économique exclusive de plus de 10 millions de kilomètres carrés. L’une des zones les plus contestées
de la planète est la mer de Chine dans laquelle de nombreux archipels sont revendiqués par plusieurs états : les îles Senkaku/Diaoyu, les îles
Spratley encore les îles Paracel. Dans l’océan glacial arctique, la fonte de la banquise provoque des litiges et des revendications par les principales
puissances : Russie, Canada, États-Unis, Norvège, Islande…
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Litiges sur les ressources : de nombreux conflits touchent aussi la question des ressources et notamment des ressources halieutiques. L’un des
enjeux principaux du Brexit a été la question des ressources halieutiques. Au Sénégal, les derniers accords conclus entre le gouvernement sénégalais
et l’Union Européenne ont donné l’accès des eaux sénégalaises aux navires européens qui sont considérés comme l’un des principaux facteurs de
la disparition des poissons dans les eaux sénégalaises et donc de l’émigration des populations qui vivent de la pêche. Les terres rares, qui sont
indispensables au développement de l’électronique et des produits numériques, sont aussi au cœur des recherches dans les sous-sols. Ainsi, les
chercheurs japonais estiment que les réserves de terres rares présentes dans le Pacifique sont 1000 fois supérieures aux réserves terrestres.
Régler les litiges par le TIDM : Afin de régler les potentiels litiges entre les états dans le tracé des frontières maritimes, une commission des limites
du plateau continental est mise en place en 1997 pour examiner les demandes d’extension du plateau continental au-delà de 200 milles marins. En
1996, un tribunal international du droit de la mer (TIDM) est créé pour trancher les litiges et conflits (29 affaires jugées depuis sa création). La
Cour Internationale de Justice peut aussi trancher les questions relatives au droit des mers. Mais là encore, les interprétations du droit de la mer
peuvent différer : comme la convention de Montego Bay précise que les rochers, qui ne peuvent pas avoir de vie économique, ne peuvent servir de
support à la délimitation de ZEE, la Chine occupe certains îlots sur lesquels elle construit des îles artificielles pour contourner le droit international.
Bien que l’extension de la ZEE soit limitée à 350 milles marins pour le plateau continental, la Russie revendique une partie importante de l’océan
glacial arctique, plantant symboliquement un drapeau russe au fond de l’Océan en 2007.
C. L’enjeu de la protection et de la préservation des milieux.
L’Autorité Internationale des Fonds Marins : Les eaux territorialisés (zone de souveraineté et ZEE) ne représentent que 34 %, ce qui signifie
que les 2/3e des mers et océans sont considérés comme « Patrimoine commun de l’Humanité ». Si l’exploitation des ressources halieutiques se
fait au nom de la liberté de la mer, la convention a créé une institution, l’autorité internationale des fonds marins (AIFM) pour exercer la souveraineté
de la communauté internationale sur ces espaces et sur les ressources minérales. Il s’agit de réguler les activités menées dans les fonds marins
internationaux mais pas de les empêcher. L’AIFM a déjà permis la prospection en vue de l’exploitation de certains espaces (Clipperton, dorsale de
l’Océan Indien).
La BBNJ : L’autre enjeu majeur des eaux internationales est la protection de la biodiversité marine. Ces eaux abritent une richesse végétale et
animale encore méconnue et surtout mal protégée. La préservation de la biodiversité dans ces espaces est au cœur des négociations de la
Conférence Internationale sur la Biodiversité Marine (BBNJ Biological diversity beyond national juridiction) qui tente depuis 2018 d’aboutir à un
accord sur une gestion durable de la biodiversité et une protection accrue des écosystèmes menacés. En mars 2023, un accord historique a été
signé pour la préservation et la gestion durable des ressources marines dans les zones internationales. Ce traité marque une étape cruciale pour la
protection des océans, avec des objectifs ambitieux en matière de création d'aires marines protégées (30 % des océans d’ici 2030) et de partage
des ressources issues de la haute mer. Les initiatives telles que la limitation de la surpêche, la réduction des plastiques et la régulation des activités
extractives comme l’exploitation des ressources des fonds marins ont été renforcées dans le cadre du BBNJ.
Des milieux fragiles et en danger : les espaces marins en général, et la haute mer en particulier sont aujourd’hui menacés par le changement
climatique global qui provoque l’acidification des océans. La surpêche ainsi que la pollution (plastique) ont des effets très importants sur la
biodiversité. La décomposition des déchets plastiques en particules de micro plastique cause des dégâts quasi irréversibles dénoncés par les ONG
et les associations. La haute mer, qui représente 43 % de la surface de la planète, est l’espace le moins protégé (1,1 % est protégé).
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Conclusion : L’espace, comme les mers et les océans, sont donc des espaces qui ont vu se développer des formes diverses de coopération. En
définissant un droit et des règles communes, la communauté internationale a considéré ces espaces comme « patrimoine commun de l’Humanité ».
Si les difficultés et la complexité de l’exploration et de l’exploitation spatiale et sous-marine ont favorisé la coopération entre les états, la tendance à
l’exploitation et à la privatisation de la conquête spatiale comme des fonds sous-marins pose des questions importantes sur la durabilité de la gestion
de ces environnements entre un espace qui voit se multiplier les déchets, les satellites abandonnés et une haute mer où les courants marins font naître
des continents de déchets plastiques.
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HGGSP 1 : DE NOUVEAUX ESPACES DE CONQUÊTE
OTC : LA CHINE À LA CONQUÊTE DE L’ESPACE, DES MERS ET DES OCÉANS
Introduction : En 1973, Alain Peyrefitte écrit un livre au titre prémonitoire « Quand la Chine s’éveillera… Le monde tremblera ». Il met
alors en évidence les avantages extraordinaires de l’Empire du Milieu. 50 ans plus tard, la Chine est une puissance qui a « la capacité
à imposer et à ne pas se laisser imposer » (Raymond Aron) et elle n’est pas au Milieu mais bien au cœur des enjeux économiques et
géopolitiques de la planète. Son leader, Xi Jinping rêve de faire de la Chine la première puissance mondiale dans l’ensemble des
domaines pour 2049. Espace, mers et océans sont des théâtres d’affirmation de la puissance chinoise.
Problématique : Comment la Chine affirme-t-elle sa puissance par la conquête spatiale et maritime ?
I. Une volonté politique d’affirmation : discours, investissements, appropriations.
A. 1956-1986 : affirmer sa souveraineté.
1956 : le début du programme spatial chinois : Alors que la République Populaire de Chine a été proclamée par Mao Zedong en 1949,
le pays cherche par tous les moyens à s’affranchir de la domination européenne du XIXe et du début du XXe, considéré comme le siècle
de la honte. La Conférence de Bandung en 1955 permet à la Chine de s’affirmer en tant que leader des pays décolonisés. Cependant,
c’est dans le contexte de la Guerre froide et après des accords bilatéraux avec l’Union soviétique que le programme spatial chinois est
véritablement lancé, avec la création de la Cinquième Académie de la Défense nationale en 1956. En 1970, le premier satellite chinois
Dang Fang Hong (« l’Orient est rouge ») est lancé. La Chine entre alors dans le cercle privé des puissances spatiales et la propagande
chinoise, qui développe le culte de la personnalité autour de Mao, multiplie les références patriotiques au satellite (chant patriotique,
affiches…).
Les débuts de l’appropriation de la Mer de Chine : Longtemps considérée comme secondaire, malgré les heures de gloire de la
dynastie Ming au XVe s (explorateur Zeng He), la marine est largement délaissée au XXe s. Si Mao ambitionne dès 1949 de changer
les choses, la Marine reste le parent pauvre de l’armée Populaire de Chine, qui s’est construite pendant la guerre civile et la guerre sino-
japonaise. L’aide soviétique permet de mettre en place un embryon de Marine mais l’incapacité de faire face à la puissance américaine
dans le Pacifique et en mer de Chine conduit la République Populaire à concentrer ses efforts et ses conquêtes sur le continent. Malgré
tout, les Chinois s’emparent des îles Paracel en 1974. Deng Xiaoping, qui dirige la Chine à partir de 1978, décide d’augmenter fortement
le budget de la Marine dans le cadre des « Quatre modernisations », sa grande politique de développement de la Chine. Le nouveau
dirigeant chinois cherche ainsi à protéger les mers proches, face à la présence des États-Unis et dans le cadre de l’ouverture de la
Chine à la mondialisation. La stratégie navale chinoise se limite souvent à la défense côtière.
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B. 1986-2016 : des vecteurs d’affirmation de puissance.
Le programme 863 : alors que l’URSS s’effondre et que l’ouverture à la mondialisation a permis à la Chine de connaître une très forte
croissance économique, le pouvoir chinois met au point le programme 863 en mars 1986 qui fixe comme objectif essentiel les vols habités
et la construction d’une station spatiale. Le pouvoir chinois développe des accords avec l’URSS puis la Russie qui lui permettent d’avoir
accès aux technologies soviétiques ainsi qu’à la formation des futurs taïkonautes. Le véhicule spatial chinois Shenzou est très semblable
au véhicule russe Soyouz. Là encore, la propagande utilise la conquête spatiale pour démontrer la supériorité du modèle chinois. Ainsi
le premier vaisseau spatial sans équipage, Shenzou 1, est envoyé dans l’espace pour le 50e anniversaire de la proclamation de la
république populaire de Chine en 1999. En 2003, avec Shenzou 5, la Chine est la 3e nation à envoyer un homme dans l’espace. En
2011, un équipage chinois prend possession de la première station spatiale chinoise Tiangong 1.
L’affirmation de la puissance navale chinoise : En 1986, la stratégie de défense côtière est abandonnée au profit d’une défense navale
au large qui implique le développement d’une marine de haute mer puissante. La Chine développe rapidement une marine moderne : 100
000 tonnes en 1986, 847 000 tonnes en 2008, date à laquelle la Chine devient la 3e puissance navale au monde, puis 1 200 000
tonnes en 2016. La Chine est alors la deuxième puissance navale au monde. Dans les années 80, la marine chinoise prend
progressivement possession des îles Spratleys et de leurs ressources en hydrocarbures. En 1988, la décision chinoise d’installer une
station météorologique sur ces îles engendre un conflit avec le Vietnam qui coûte la vie à 140 soldats vietnamiens. Cette appropriation
montre la stratégie régionale développée par la Chine : assurer la présence chinoise dans l’espace fermé qui va de la Mer Jaune à la mer
de Chine méridionale et la Mer de Chine Orientale. Il s’agit de dissuader tout adversaire potentiel d’intervenir dans un conflit dans cet
espace. La Chine resserre aussi son étau autour de Taïwan, ancienne île chinoise de Formose dans laquelle se sont réfugiées les troupes
nationalistes après la guerre civile et dont la République Populaire de Chine ambitionne la reconquête.
C. Depuis 2016, affirmer sa puissance à l’échelle mondiale.
La course à la Lune et à Mars : en 2016, la république populaire de Chine publie un livre blanc sur « les activités spatiales de la
Chine » dans lequel sont précisées ses ambitions spatiales notamment vers la Lune et Mars :
• Lune : En 2019, la Chine a réussi l’exploration de la face cachée de la Lune (« lapin de jade »). Cette réussite a montré que la
Chine ne souhaite plus simplement rattraper son retard, mais peut être une puissance pionnière. La Chine prévoit d’installer une base
lunaire automatisée d’ici 2030, avec un objectif à plus long terme d’une base habitée entre 2036 et 2045.
• Mars : La Chine a marqué un tournant dans l’exploration planétaire en réussissant à poser un rover sur Mars en mai 2021 dans
le cadre de la mission Tianwen-1. Elle devient ainsi la deuxième nation, après les États-Unis, à opérer un rover sur la planète rouge. La
Chine ambitionne d’être la première nation à envoyer un équipage sur Mars à l’horizon 2045-2049.
Une stratégie navale mondiale : Xi Jinping a lancé en 2015 un vaste programme pour faire de la Marine de l’armée populaire de
libération une marine de niveau mondial. Pour ce faire, un nouveau porte-avions est en construction alors que le second porte-avions, le
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Shandong, vient d’être livré. La Chine multiplie les constructions en mer de Chine, les polders, les installations militaires, les ports…
Cette stratégie de barriérisation aboutit à une montée des tensions importante. La marine de l’Armée populaire de libération (APL) s’est
considérablement développée ces dernières décennies. En 2021, elle comptait environ 355 navires, surpassant en nombre la marine
américaine, bien que celle-ci reste largement supérieure en tonnage, avec plus de 4 millions de tonnes contre environ 2 millions de
tonnes pour la Chine. La Chine continue d’augmenter ses capacités navales avec un objectif de 400 navires d’ici 2025.
II. Des enjeux économiques et géopolitiques considérables.
A. La Chine à l’assaut de l’espace.
Un marché économique majeur : si les vols habités, la station spatiale et la conquête de la Lune sont des objectifs géopolitiques et
militaires pour la Chine, l’enjeu économique majeur est celui du marché de lancement de satellites. Pour la Chine, ce marché correspond
autant à des enjeux de souveraineté nationale (contrôler ses propres satellites) qu’à des enjeux économiques (dominer le marché). Alors
que pendant longtemps le marché des lanceurs de satellites a été contrôlé par l’agence spatiale européenne, la Russie et les États-Unis,
la Chine s’affirme depuis quelques années, grâce à son lanceur « Longue Marche », beaucoup moins cher et enfin fiable. En 2023, la
Chine a réalisé 67 lancements spatiaux, la plaçant sur la première marche mondiale. Le gouvernement chinois peut aussi s’appuyer sur
des start-ups comme Galactic Energy, iSpace, qui reprennent le modèle de Space X. Cette course économique s’inscrit dans le projet
« Made in China 2025 » qui doit permettre à la Chine d’effectuer sa transition industrielle vers les technologies de pointe.
Une rupture des équilibres géopolitiques : l’affirmation de la puissance spatiale chinoise bouleverse totalement les équilibres issus de
l’après Guerre Froide et illustrés par l’ISS : une hyper puissance américaine, un savoir-faire russe, des compétences européennes et
japonaises dans le spatial civil. Les forces spatiales chinoises sont intégrées dans la Force de soutien stratégique de l’Armée populaire
de libération, qui regroupe les opérations dans l’espace, les cyber opérations et la guerre électronique. Ce groupe constitue une part
essentielle des capacités militaires modernes de la Chine, visant à renforcer la défense des infrastructures spatiales et de l’information.
Pour la Chine, la conquête spatiale est pensée pour pouvoir infliger des dommages majeurs dans un conflit global. Malgré tout, cette
organisation militaire ne doit pas masquer le fait que la conquête spatiale vise avant tout des retombées économiques pour la Chine.
L’ouverture envisagée de la station spatiale chinoise aux scientifiques du monde entier vise à développer le soft power chinois.
B. Les conquêtes maritimes, vecteurs de puissance.
La stratégie du collier de perles : En 2003, le Président chinois Hu Jintao décide de mettre en place une stratégie maritime de
sécurisation des approvisionnements en pétrole de la Chine. En effet, 80 % du pétrole et 70 % des marchandises en provenance ou à
destination de Chine transitent par le détroit de Malacca. Le risque est de voir une puissance ennemie prendre possession du détroit.
Le président chinois Hu Jintao décide donc de mettre en place des routes alternatives et des stratégies de sécurisation de
l’approvisionnement en pétrole. C’est le début de ce que l’on appelle en Occident la stratégie du collier de perles : il s’agit d’installer des
ports commerciaux (Gwadar au Pakistan, Colombo au Sri Lanka, Sittwe en Birmanie) et des bases militaires maritimes chinoises
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(Djibouti) le long des routes commerciales stratégiques. Cette politique, qui entoure la puissance régionale concurrente, l’Inde, a permis
à la Chine de s’implanter durablement dans l’océan Indien.
Les nouvelles routes de la soie : en septembre 2013, le président de la Chine Xi Jinping lance le projet des nouvelles routes de la soie.
Il s’agit pour la Chine d’utiliser les fonds dont elle dispose pour ouvrir des routes afin d’élargir les marchés de consommation,
principalement en direction de l’Europe et de l’Afrique. Si le projet de Belt and Road Initiative (BRI) se développe sous la forme de six
routes terrestres, les océans ne sont pas oubliés. La Chine a développé un réseau portuaire autour de ports relais comme Colombo au
Sri Lanka, Lamu au Kenya, Le Pirée en Grèce. Dans ces ports, la Chine investit massivement ce qui lui permet de développer ses
propres infrastructures. L’objectif géopolitique de ces nouvelles routes de la soie est de placer l’Asie en général et la Chine en particulier
au centre de l’économie globale et de contrôler les infrastructures de transport nécessaires au bon fonctionnement de l’économie
chinoise. Il s’agit aussi de développer davantage les liens avec l’Afrique, continent devenu central dans le développement économique
de la Chine (approvisionnements matière premières, délocalisations, marché).
Un levier du hard power : Depuis son lancement en 2013, l'initiative chinoise des Nouvelles Routes de la Soie (BRI) a permis de
financer de nombreux projets d'infrastructure dans plus de 140 pays. À ce jour, les investissements cumulés dans le cadre de cette
initiative sont estimés à environ 1 000 milliards de dollars. Depuis 2023, l’accent est mis sur les secteurs des infrastructures
énergétiques, des transports, et de la technologie.
• La construction en Indonésie d’une ligne à grande vitesse reliant Jakarta à Bandung, (7,9 milliards de dollars).
• Investissement de 4,5 milliards de dollars des projets de transport et d'énergie en Hongrie.
• 2,9 milliards de dollars investis au Pérou, principalement dans les infrastructures minières.
C. Les défis de la puissance chinoise.
L’expansion chinoise, facteur de tensions : la stratégie agressive de conquêtes, d’annexions et de poldérisations des archipels et des
îlots inhabités dans les mers de Chine soulèvent des critiques de plus en plus fortes. En mer de Chine méridionale, la ligne à neuf traits,
dessinée sur les cartes chinoises depuis les années 40, souligne les volontés croissantes de faire des Mers de Chine des « mers
intérieures ». Face à l’attitude chinoise, les puissances régionales augmentent leur dispositif militaire : Japon, Corée-du-Sud, Australie.
Surtout, les États-Unis qui ont développé un important système de bases et d’alliances dans la région, se posent en principal défenseur
de Taïwan et du Japon. Les exercices d’entraînement navals entre alliés se multiplient. En 2016, la cour permanente d’arbitrage de La
Haye a rejeté les arguments de la Chine : « il n’y a aucun fondement juridique pour que la Chine revendique des droits historiques sur
les ressources dans les zones maritimes à l’intérieur de la ligne à neuf traits ».
Une puissance incomplète : la Chine possède de nombreux éléments constitutifs d’une puissance mondiale : domination de l’économie,
puissance politique et militaire, puissance scientifique et technologique permettant le développement d’un programme spatial majeur. En
termes de hard power, la Chine est incontestablement devenue une grande puissance. Cependant, de nombreuses limites rendent cette
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puissance incomplète. Les tensions avec Taïwan restent un frein majeur, l’île étant devenue le leader mondial des semi-conducteurs,
indispensables pour l’économie chinoise. La politique intensive d’investissement dans le cadre des nouvelles routes de la soie a provoqué
la réaction de nombreux états qui dénoncent la politique impérialiste de la Chine. D’autre part, la nature même du régime chinois, militaire
et dictatorial, est sans doute le frein majeur au développement du soft power chinois. Enfin, le vieillissement accéléré de la population
ainsi que le ralentissement de l’économie depuis 2010 laissent craindre un recul de la capacité d’investissement de la Chine, qui ne
pourrait alors financer ses projets spatiaux et maritimes.
Conclusion : Débutées dès le début de la République Populaire de Chine, les conquêtes des océans et de l’espace ont pris un véritable
essor après le décollage économique de la Chine des années 80. D’abord puissance spatiale et maritime régionale, la Chine, depuis
2016, sous l’impulsion de Xi Jinping, envisage ouvertement de devenir la première puissance mondiale. Pour ce faire, maîtriser les océans
et dominer l’espace sont indispensables. Mais en agissant de la sorte, la Chine se trouve en concurrence directe avec la grande
puissance mondiale les États-Unis, ouvrant un cycle de confrontations géopolitiques dans un système mondialisé où les économies sont
interdépendantes.
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