Exposé : Sous-structures des ponts et
conception des ponts en béton armé
Introduction
Les sous-structures d’un pont regroupent l’ensemble des éléments situés sous le tablier et
destinés à transmettre les charges vers le sol. Elles comprennent les fondations, culées, piles,
colonnes et autres supports intermédiaires. La sous-structure est cruciale car elle assure la
stabilité et la durabilité de l’ouvrage, tout en interagissant avec le sol par des phénomènes
complexes, notamment géotechniques. Cet article présente les principes de conception, types,
charges et problématiques liés aux sous-structures, ainsi que les critères de conception des
ponts en béton armé.
I. Les sous-structures des ponts
1. Définition et importance
La sous-structure comprend fondations, culées (appuis d’extrémité), piles et colonnes
(appuis intermédiaires).
Elle rassemble les aspects structurels et géotechniques.
La construction de la sous-structure est souvent la phase la plus coûteuse (plus de la
moitié du coût total du pont) et critique pour le planning.
Les ponts intégraux, où culées et tablier sont solidaires, sont de plus en plus privilégiés
pour réduire la maintenance liée aux joints.
2. Types de culées
Culées pleines ou murales : souvent en béton massif, mais peuvent nuire à
l’esthétique et restreignent la visibilité.
Culées squelettiques ou à colonnes : permettent des travées latérales ouvertes, plus
économiques sur certains sites.
Murs de soutènement en porte-à-faux : les plus courants pour les hauteurs entre 6 et
9 m, construits en béton armé avec une base large pour la stabilité.
Murs de contrefort : pour hauteurs supérieures à 10 m, avec contreforts triangulaires
pour plus de rigidité.
Culées étayées : porte-à-faux avec étayage par le tablier, réduisant les efforts sur la
culée.
Murs en terre armée : panneaux préfabriqués avec renforcement du sol, souvent
combinés avec d’autres formes de culées.
3. Murs en aile
Construits pour retenir le matériau en remblai et minimiser le tassement de la
chaussée.
Peuvent être indépendants (murs libres) ou solidaires de la culée (mur en porte-à-faux
horizontal).
Leur conception doit gérer la transmission des efforts de torsion et la stabilité.
4. Fondations des culées
Souvent des semelles étalées ou des pieux.
Choix dépendant de la capacité portante du sol, du tassement admissible et des
contraintes de construction.
Les pieux sont préférés en sols mous ou pour faciliter la construction dans des
conditions difficiles.
Le tassement différentiel est critique et doit être maîtrisé pour éviter des déformations
dans la superstructure.
5. Charges et pressions sur les culées
Charges verticales : poids propre, charges permanentes et charges vives du tablier.
Charges latérales : pressions de terre, frottements entre remblai et culée, pressions
dues au compactage.
Particularités des ponts intégraux : les mouvements thermiques du tablier induisent
des pressions cycliques sur les culées.
Les pressions de terre actives, passives ou au repos sont évaluées selon la mobilité du
mur et les caractéristiques du sol.
Effets des charges externes (trafic, compactage) et de la nature du remblai (éviter les
remblais cohésifs pour limiter des pressions excessives).
6. Calculs de conception et stabilité
Vérifications contre le glissement, le renversement, et la capacité portante.
Coefficients de frottement typiques entre fondations et sol.
Importance de la rigidité relative de la structure et du sol.
Modélisations avancées utilisées, mais approche simple souvent appliquée en pratique.
Importance de la prise en compte des joints de construction et des fissures induites.
7. Colonnes et piles intermédiaires
Colonnes généralement en béton armé, de section carrée, circulaire ou polygonale.
Piles à feuilles : murs renforcés longs et minces.
Disposition des appuis influe sur la répartition des charges et moments.
Conception prenant en compte flexion biaxiale, flambement, charges d’impact et
effets thermiques.
Limitation du rapport d’élancement pour éviter le flambement.
Construction en plusieurs étapes avec gestion des joints de construction et fissures.
II. Conception des ponts en béton armé
1. Généralités
Le béton armé est très utilisé pour les tabliers de pont, en particulier pour les portées
courtes à moyennes.
Construction souvent réalisée in situ, parfois préfabriquée pour des petites structures.
Critères principaux : résistance ultime en flexion, cisaillement, torsion, aptitude au
service (fissuration, déformation).
Ponts intégraux préférés pour limiter problèmes liés aux joints.
2. Types de tabliers en béton armé
Dalles pleines : simples, économiques pour portées jusqu’à environ 10 m, mais poids
propre limite la portée.
Dalles vides (à vides formant cavités) : réduction du poids propre, portées jusqu’à 16
m.
Poutres et dalles : poutres in situ ou préfabriquées avec dalle supérieure, moins
populaires en Europe récemment.
Ponts à plus grande portée : souvent précontraints, arcs en béton armé pour grandes
portées.
3. Calculs de conception
Utilisation d’analyses élastiques pour la majorité des calculs.
Prise en compte des moments de flexion, cisaillement et torsion.
Moments de torsion traités via la méthode Wood-Armer pour dalles.
Résistance au cisaillement : règles empiriques, approche "ferme à angle variable" plus
réaliste que "principe d’addition".
Vérification du poinçonnement autour des appuis.
4. Aptitude au service
Limitation des contraintes dans le béton et l’acier pour garantir comportement
élastique.
Contrôle de la largeur des fissures, avec limites souvent fixées autour de 0,3 mm.
Fissuration thermique précoce à surveiller dans les grandes sections.
Vérification de la fatigue de l’armature, surtout pour les charges répétées (trafic routier
ou ferroviaire).
Importance de la couverture béton et d’un bon drainage pour la durabilité.
5. Détails constructifs
Espacement, couverture et recouvrement des armatures.
Nécessité de surfaces minimales d’acier pour assurer ductilité.
Gestion des joints de construction pour limiter fissuration et corrosion.
Importance des procédures de construction et de séquençage.
Conclusion
Les sous-structures des ponts jouent un rôle fondamental dans la sécurité et la durabilité des
ouvrages d'art. En intégrant les éléments essentiels tels que les fondations, les culées et les
piles, ces structures assurent la transmission des charges au sol tout en résistant aux forces
environnementales.
Points clés à retenir :
1. Importance des Sous-structures :
o Elles sont cruciales pour la stabilité et la pérennité d’un pont. Une conception
inadéquate peut entraîner des défaillances structurelles.
2. Variété des Types :
o Les différentes types de fondations (superficielles ou profondes), culées
(pleines ou à déversement) et piles (colonnes ou en porte-à-faux) offrent des
solutions adaptées à divers contextes géotechniques et architecturaux.
3. Facteurs de Conception :
o La prise en compte des charges d'exploitation, des caractéristiques
géotechniques du sol et des conditions environnementales est essentielle. Cela
permet de garantir la capacité portante et de minimiser les risques de tassement
différentiel.
4. Interactions Complexes :
o Les interactions entre l’ingénierie structurelle et géotechnique doivent être
soigneusement étudiées pour concevoir des ponts qui répondent aux exigences
de performance tout en restant économiquement viables.
5. Défis à Surmonter :
o Les problèmes courants tels que la corrosion des armatures et la fissuration
doivent être anticipés et gérés par des choix de matériaux appropriés, un bon
drainage et des détails constructifs adéquats.
Perspectives d'avenir :
Avec l'essor des technologies et des matériaux innovants, la conception des sous-structures de
ponts évolue vers des solutions plus durables et résilientes. L'accent est mis sur la réduction
des coûts d'entretien et l'amélioration de la durabilité, notam
ment par l'utilisation de ponts intégrals qui éliminent les joints de dilatation, souvent sources
de problèmes.
En conclusion, une compréhension approfondie des principes de conception des sous-
structures est essentielle pour les ingénieurs et les architectes. Cela garantit non seulement la
performance technique des ouvrages, mais aussi leur intégration harmonieuse dans
l'environnement, contribuant ainsi à la sécurité et à la durabilité des infrastructures de
transport.