Recovered PDF
Recovered PDF
ABONNEZ-VOUS !
CINEMA
N' 281 OCTOBRE 1977
PROGRAMMATION DU REGARD
Dessin de L. de Vinci Social-dépression (Dernière sortie avant Roissy), par Serge Toubiana p. 37
(document Vlollet). Le routier et le routard (Dernière sortie avant Roissy), par Jean-Pierre Oudart p. 39
Revoir Wichlta, par Jean-Claude Biette p. 40
Notre dernier numéro
était bien le n' 279-280. Lettre aux Cahiers sur la question juive au cinéma, par Laurent Bloch p. 44
et non, comme le signa
lait la couverture, le n* LE PETIT JOURNAL
278-279.
Locarno 1977 : l'espace du leurre, par J.-M. Buhler et Y. Laplace p. 52
Entretien avec Patricia Moraz (Les Indiens sont encore foin) p. 55
Syberberg parle de « Hitler, un film fait en Allemagne - p. 58
A propos des films de Chantai Akerman : un temps-atmosphère p. 60
REPUBLIQUE
18, rue du Faubourg du Temple - 75011 Paris — Tél. : 805 51 33
CHAMP
à partir du 5 octobre
• CYCLE SUR LA RÉSISTANCE ET L’OCCUPATION
14 films dont quelques inédits
à partir du 19 octobre
;• JEAN-LUC GODARD - 1968-1977
Une rétrospective de son oeuvre com prenant les films du groupe Dziga Vertov
et les films en collaboration avec A nne-M arie Mieville
novembre
• LE CINÉMA SUISSE D ’AUJOURD’HUI
Un grand cycle organisé avec la collaboration de Alain Tanner et Francis Reusser
V
5
Programmation du regard
Pour une nouvelle approche
de l’enseignement de la
technique du cinéma
par
Claude Bailblé
1. L’image yeux, sans avoir besoin d'y penser. Pour com prendre cet
impensé, il nous paraît nécessaire de retourner au monde
visuel du p etit d ’hom m e, à la g enèse de l ’espace pour cha
cun de nous. C o m m e par hasard, le ciném a viendra hanter,
par son dispositif, les lieux m ê m e s de la p rem iè re enfance.
il. — REPRESENTATIONS
- C o m m e n t to u te g rande m a s s e p ro je tte
au lo in ses images, le s q u e lle s on t la capacité
de d im in u e r à l'in fin i. »
L.d.V.. C a rne ts, O p tiq ue , p. 238.
• La p e rs p e c t iv e nous v ie n t en aide, là où
le ju g e m e n t e st en d é fa u t à pro p o s des c ho
se s qu i v o n t en d im in u a n t. •
L.d.V.. p. 309.
« En p ein ture, la p e rs p e c t iv e se d iv is e en
t r o is p a rtie s p rin c ip a le s : la p re m iè re traite
de la d im in u t io n que s u b it la d im e n sio n des
c o rp s à d iv e rs e s d is ta n c e s : la seco nde
c o n c e rn e l' a tt é n u a t io n de le u rs co u le urs ; la
tr o is i è m e l'im p r é c is io n des fo rm e s et d e s
c o n to u r s à d iv e rs e s d ista nces. -
L.d.V. Carnets, p. 312.
PER-SPICERE
(voir au travers)
« Pourquoi l'A ntiq uité n ’a-t-elle pas déjà fa it ce pas appa
rem m en t si simple qui l'aurait am en ée à couper la pyramide
visuelle par un plan et, de là, en traîn ée à pousser jusqu'à
une construction de l'espace vé rita b le m e n t exacte e t systé
m atique ? -, s'interroge Panofsky 16.
C 'e s t qu’à ce tte époque le s e ntim e n t de l'espace ne reven
diquait n ullem en t l ’espace systém atiq ue. La réalité é ta it dis
continue. Aujourd'hui, le découpage fi lmique sa tis fait encore
cet appétit de voir, ce tte m u ltip licité des points de vue, que le
tableau médiéval rassem blait. Car il n'y a pas de point de
vue exhaustif où la quiddité des choses vie nd ra it à se résoudre.
M ê m e en fractionnant l'écran en plusieurs plans simultanés
(Godard).
V t r s i on pc»»ibl«
III. LA S C H IZ E ORIGINELLE
- La p e rs p e c t iv e e m p lo ie o o u r la dista n ce
deux p y ra m id e s opposées, d o n t l' u n e a son
s o m m e t dans l ' œ il et sa base à l'horizon, et
l'a u tr e a sa base d u c ô t é d e l ' œ il et son
s o m m e t à l' horizon. La p re m iè r e se rap p o rte
è l ’u n iv e rs et e m b ra s se la m a s s e des ob je ts
16 C. Bailblé : l ’image
l e Sujet d f la
représentation
(A suivre).
C. Bailblé : l ’image 19
par
Jean-Pierre Oudart
11 Uri H om m e , une Femme, et qucl<iues Bêtes.
Dès les prem iers plans, le dernier film (te Bunuel apparaît étrangement
film é co m m e un d ocu m entaire, ou plutôt, com m e p;ir la caméra d ’un tou
riste am ateur, à l ’em porte-pièce. Il en résulte un rem arquable effet d’ab
sence de style de prise de vue, rem arquable parce que maîtrisé à l'extrême,
et le sujet du film , précisément, - n’est-il pas là ? Si. en effet, de m anière
aussi concertée, il n ’y a pas d’effets de prise de vue, pas de mise en pers
pective de regard des images, bien qu ’il y ait d’in nom brables regards par
tout (sauf en c o u lisse ), c ’est que, dans cette fiction in titulée « C e t Obscur
objet du d é s ir » , personne ne regarde l’autre là d’où il est su pposé le voir,
et qu ’il n’y a pas d'objet du désir dans le registre de la voyurc.
Du su blim e au ridicule, pour ces images, il n'v aurait donc qu ’un pus.
franchi dans les m oments où il u'y a pas de fiction du tout, en l'occurrence,
pas de mise en perspective phallocentriste des images. El, corrélativem ent,
pus d ’h y m e n , pas de regards en coulisse, et pas d’h um ain (observons ceci
dans un autre registre : chacun ressent, eu passant des tableaux de la R e
naissance à l’im agerie ap pelée hyper-réaliste, que cette imagerie n ’a rien
d ’h um ain, malgré le cube du (Quattrocento. Le regard éclate en une m ul
tiplicité de points d ’accrochage, se perd à la poursuite d e lraces sémantiques
et de perspectives de fiction non-hom ogèn es, traitées in d iffér em m e n t sur
le m ode d ’une vision stér éo sc o p iq u e I .
Cet O b scu r o b je t fin d é s ir navigue entre ces d eux pôles, décrétés inconci
liables. mais dont les faisceaux se croisent au point où la fonction de
l'hym en est en jeu. D’un côté, une incroyable fiction am oureuse, où la belle
et intraitable C onchita, folle de logiq u e, qui veut être aim ée pour elle-m êm e
et à la lettre, im pose à son soupirant, par un contrat de fer sans cesse
renouvelé, le respect absolu de son h y m en vir gin al, et surtout, lui im pose
de croire à sa valeur, envers et contre tout (au fait, il n’y a pas une, mais
«leux femmes. Mais cela revient au m êm e, dans la logiq u e du f ilm ) . Sans
réciprocité sym étriqu e, bien sûr, dons la mesure où ce à quoi Matthieu
croit, c ’est d’abord à l’ob jet du fantasm e qui le m èn e par le bout du nez.
«pie la fe m m e lui propose par cet effet de voile, un fantasme que son désir
fait dériver vers la pornographie, sa pornographie à lui, à quoi la fem m e
ne com p rend rien sinon qu ’elle a q ue lq u e ehose de précieux à perdre au
change. La p ornographie n ’est pas l’im age d’organes, m êm e déchaînés. C ’est
l’accrochage du fantasm e à des objets réels, des objets montrés du doigt,
touchés par le fantasm e, avec retour à l ’envoyeur. C’est d’être un tel objet,
deux fois d én ud é ( « n u e co m m e une l o u v e » disait B a t a il le ) , que Conchita
refuse, c o m m e elle refuse d’être l’in strum ent de son fantasm e à lui, et de
lui procurer, sans m êm e tourner le contrat, les b én éfices p halliqu es qu'il
attend malgré tout ( « i l y a d ’autres façons de rendre un h o m m e heureux,
Simon du désert (L. Bunuel).
Le testament du Dr Cordeller (J. Renoir],
Cet obscur objet du désir 23
Ce jeu n ;est pas sans limites : si, dans les film s d e B u n u el, les fem m es
sont toujours b elles, et leB h o m m es toujours bêtes, c’est que peut-être,
dans cette sadisation des im ages, p ersonn e d ’autre n’est visé que le P ère
Cincma et tératologie
Aussi bien, dans la sortie de fiction que fail Louis X V I . dans la séquence
des feuille s mortes, ne garde-t-on d e lui qu ’une im age un peu nostalgique,
un peu bête et perdue, mais qui sauve ceci, par sa qualité m êm e d ’image
de deuil : que personne — entendons personne participant du corps popu
laire — n’aurait pu désirer faire de lui l’objet d’horreur du rituel de la
guillotine, l’e x h ib itio n de sa tête tranchée aux regards d ’une foule hurlante
de joie. Im possible, hier ni au jou rd ’hui, de film er ça sans faire voler en
éclats le regard de la Mère sur son peuple, et. je dirai, sans ruiner la
croyance en l'im m acu lée conception de la Révolution Française.
p olitiqu em ent, û la fiction (lu Tout lie Prolétariat. le Peuple, les Masses).
C’est un cinéaste bourgeois, qui n’a jam ais jou é à papa-mam an avec les
ouvriers, et n’a certainem ent — c’est une chose à interroger — jamais sup
posé à scs films d'autres regards que bourgeois. Il a travaillé dans cette
limite qui est, dans Cet O b sc u r o b je t, le naturalisme d’un code à la fois
babillé et gâteux : car si l'hom m e, qui y est un vrai, un au th en tiq u e bour
geois, y incarne le devenir-bête du code, la fem m e (Conchita I), de classe
in férieure, mais éd u q u ée b ourgeoisem ent, j o u e , avec une ferveur de n ouvelle
convertie (soulignée dans ses m anières par un rien d ’obtusité p op u la ir e),
un rôle qui est à la fois celui de l’objet et de la maîtresse, au sens fort, de
scs convictions amoureuses. T e lle m e n t maîtresse que les spectateurs et lui-
m êm e ne voient que du feu au fait qu ’il y a d eux fem m es dans les im ages,
et qu ’en fait de fiction, cette polarisation sur la F em m e y introduit cette
faille qui pourrait permettre de «lire qu ’en fait de fiction du Tout, e lle n’a
lieu q u ’au regard d ’un fou. sur le m ode d ’une hallu cin ation de l’objet.
La maîtrise de B u n u el tient à cela : il faut une fe m m e pour jouer le rôle
de décodeur du décon n en ien t, pourrait-on dire, tenant à l ’idée que l’H o m m e
hc fait «le la F e m m e , et d eu x pour en rire.
L’im m ac u lée co nception du code recèle donc ceci : que Bunu el film e ses
personnages c o m m e s’ils n’étaient ni vivants ni morts. N on seulem ent il
désuppose aux spectateurs la m oindre position subjective quant à ses person
nages, mais il s'ingénie à leur d én ier la m o ind re ch a n ce de porter, avec
le ur étoffe de fiction en loq ues m a l recousues, la m o ind re n ouvelle intéres
sant l'être.
C est cela que Bufiue] fait éclater, en pratiquant une d ou b le opération sacri
lège sur la fiction am oureuse : d éch a în em en t de la passion dans le sy m b o
lique (mise en ch aîn es du désir) — en c h a în e m e n t de l ’é c o n o m ie au sym
b o liq u e (mise en question du caractère m ercan tile de la relation am ou r eu se).
Avec cepend an t une mise en réserve absolue de la question de la généra
tion du désir (dans l’ordre du système fam ilial) qui désigne le lieu d’av eu g le
ment névrotique de son travail, jusq ue dans son obsession sacrilège tou
chant aux figures du christianisme, d oub lée d’une fout aussi absolue
mise en réserve de la pratique sociale, celle-ci effec tu ée sous le signe d ’u n e
certain e ironie matérialiste, d'une rire bête qui retourne l ’ordre des choses
contre l’ordre des passions (la bêtise du sign ifia n t). A vec cette l i m i t e : ce
rire b ête ne désigne jam ais que le d écon n em en t bourgeois, c’est un rire
d ’aristocrate, ou m ieu x , de bourgeois in finim ent m écréant envers les valeurs
de sa classe. L’in m iacu lée con ception du code et du m o n d e bourgeois selon
Bu n u el est très exactem en t im p liq u ée dans c e lle position de m écréance
q ui n’ad m et d ’extériorité que form elle, ju sq u ’au point où c’est la fiction
elle •m êm e (et la fonction du personnage) qui en fait les frais.
die» m usicales sta lin ie n n es), sur une sc ène érotico-niachinique alors in co n
grue, parce que m arquée d'un fort accent lu n ip e n , d'un e rigolade du corps
mis au b oulot par quoi S.M.E. effec tu e, il est vrai, une assez audacieuse
avancée analytique sur la question du travail. P erso nn e ne s’y est risqué d e
puis. Et Eisenstein s'est donné b eau cou p de m al pour fabriquer, avec sa
m écréance, un Mythe. N o n pas le m y th e de l'im m acu lée con ception de»
valeurs du travail (avec son versant d’adoration r e lig ieu se), mais celui de
la con ception naturaliste de sa négativité : les bêtes «ans queue ni tête igno
rent les valeurs du travail (elles ne sont bonnes qu ’à se reproduir e en série)
— et les h o m m es pourvus d’une tête et d ’une queue sont assez bêtes pour
rire (d'un rire anal) de la négativité du travail, et assez h o m m es pour
célébrer ses valeurs.
Jean-Pierre O U D A R T .
Critiques
Le secret du placard
(Les enfants du placard)
par
Pascal Bonitzer
Le secret du placard 31
Bernard B ola nd soulignait récem m ent avec raison une phrase du d ia
logue de L ’H o m m e q u i a im a it les f e m m e s , et qui est à prendre b ien e n
tendu à com p te d’auteur : « Vous êtes narratif, vous n ’avez pas p eu r de
raconter une histoire », Qui a peur, aujou rd ’hui, de raconter u n e histoire ?
D iso n s que c’est une peur diffuse, issue de la m o dern ité, pas seu lem en t
et pas p rin cipa lem ent cin é m ato gra p h iq u e (littéraire aussi bien, je dirais
m ê m e surtout littéraire, niais qui s’est propagée a ille u r s) , un « s o u p ç o n »
c o m m e on dit, porté à l’encon tre du narratif, du rom onesque, via un n atu
ralisme dépasse, largem en t dén oncé et, il est vrai, e n d é m iq u e dans le cin é
ma, le ciném a français du moins. A ujourd'hu i, un p eu partout, c’est plutôt
le m an q u e d’histoire», de bonnes histoires, q i à se fait sentir. La crise du
ciném a, c ’est aussi la crise du ciném a rom anesque, le désir c in é p h iliq u e
frustré de vibrer auprès d ’un récit aussi passionnant et boule versant qu ’ont
pu être pour notre génération, au hasard et in éga lem en t, M o o n fleet, La D a m e
d e S h a n g h a ï, Mrs M u i r , par exe m p le . Est-il possible a u jou rd ’hui de trouver
au ciném a l’esprit de générosité et de passion qui a n im e le m o ind re des
récils de Stevenson ?
C’est dans ce clim at de sécheresse qu ’il faut mesurer le pari que p ren
nent a u jou rd ’hui q u elqu es jeu nes cinéastes, en E u rop e essen tiellem en t et,
pour la plupart, en France, — il y a aussi Win» W cnders en A lle m a g n e — ,
à partir d’une vive nostalgie, — la nostalgie n ’est pas nécessairem ent une
passion négative — , d ’un fervent esprit de rêve, et d’une m ém o ire c in é p h i
lique éb lou ie , le pari de retrouver, d’une m anière origin a le, les voies du
rom anesque et du rêve.
T el est le pari de B en oît Jacquot avec Les E n fa nts d u pla ca rd. Les E n fa n ts
d u p la c a r d relèven t d’un calcul — d’un calcul, le mot1 est à p rendre très
littéralem ent et très fortem ent, s’agissant de B e n o ît Jacq u ot — aussi retors
que passionnant. Ce film , en effet, dont les références, les rém iniscences, les
citations, les rêves se m b len t p rendre source si loin d e ce dont résonne, pré
sentem ent, c o m m e disait M allarm é, « le c h œ u r des p réoccupations » (soit
ce qui se colporte des n iass-m edia), ce film essaie en d o u c e de récupérer
au fil d e son récit ce qui a pu m arquer la général ion de son auteur : la
n ou v e lle vague, caricaturée dans la surprise-partie où B rigitte F ossey
fait rencontrer Isabelle W eingarten à Lou Castel, mai 68 et ses séquelles,
e n filigrane de l ’ab jection frappant le père et le m ari, de se livrer au trafic
d ’im migrés.
la séquence d e la galette) par rapport à l’ab jection des lien s sociaux incarnée
diversem ent par Jean Sorel, Christian Rist, Georges Marchai, Isab elle Wein-
garten. Ce qu ’il y a de plue m od e rn e dans l'entreprise jacq u otien n e, c’est
cette analyse des pièges du narcissisme, cette obsession d e la déch éan ce, non
d'un in dividu (ce Berait le ro m anesque a n c i e n ) , mais d'un sujet b éatifié d'un
m oi-idéal gratiné. C'est in d é n ia b le m e n t un t h è m e m odern e, bien que ce n e
soit pas, Dieu m erci, un t h è m e d'nctualité ; on ne peut pas dire pourtant
qu ’il court les rues. C'est que dans la presque totalité d u ciném a narratif, ce
sont des individus, des m oi, qui s’agitent, non des sujets barrés ou fendus.
M êm e un f ilm , déjà cité, c o m m e U H o m m e q u i a im a it les f e m m e s , subtil
à bien des égards et plus au fait du n ouveau introduit par la psychanalyse
que bien des œ uvres, raconte en fin de com p te l ’histoire d’un petit moi
dont il épouse et ju stifie les leurres (com m e B olan d l ’a b ien n o t é ) . Dans le
ciném a, il n'y a guère que B u n u el, Fellini et B ergm an, des cinéastes très loin
de Jacquot et d ’ailleurs d es m o n u m e n ts historiq ues, à m ettre e n scène diver
sem ent, en recourant fré qu em m ent au fantastique, les aventures non d’un
in dividu niais d’un sujet de désir. Il ne s'agit pas de com parer Jacq u ot à
ces écrasantes figures, mais de signaler une rareté. E n cor e les trois auteurs
cités font-ils la part très b elle à l'expression du fantasme, à ses séductions
et ses charmes. Jacquot s’y refuse obstiném ent. R igid ité ou rigueur, il se
refuse à évoquer d irectem en t le rêve, quand tout le film en est infusé. Il en
tien t ob stin é m e n t pour la m éto n ym ie , c'est-à-dire pour la rareté, la dis
crétion évocatoire : ainsi le p a lm ier du jardin du L u xem b o urg , s'érigeant
dans le dos de Lou Castel, tout en étant p a lm ier réel et parisien, inscrit tout
à la fois le rêve africain du j e u n e h om m e, et la dérision de ce rêve.
C’est vrai : pour la fiction , aujou rd ’hui, tout n'arrive pas à la psych a
nalyse, ce serait trop triste, mais tout n écessairem ent en part ou b ie n s’y
noue, pour le m e ille u r et le pire. Il est frappant de constater que le s
lienB sociaux, et la circulation de l’argent n otam m ent (la qu elle tient tant de
place dans les deux film s d e B e n o ît Ja cq u o t), qui ne se m b laie n t naguère trai-
tables que par les voies du m a rx ism e, reviennent au jourd'hui bien plus fo n
d a m entalem ent à la psychanalyse. Et il y a une a ffinité bien plus grande de
la psychanalyse à la littérature et au ciném a, que n'en a jam a is e u e le
marxisme. C'est là que le calcul de Jacquot prend sa portée ; c ’est par là que
passeront les voies du rom anesque m odern e, c o m m e c’est par là que passe
la voie étroite mais vertigineuse du cinéma-essai à la Godard. Le m oi règne
encore dans le cinéma. Le sujet de l'inconscient, les parad oxes de rénon
ciation, la lo giq u e du désir, sont des découvertes récentes et, q u o iq u e déjà
contestées, encore m éc o n n u e s en ce' q u ’elles apportent de fraîcheur. Là
passe la chance d ’une n ou ve lle écriture du rom anesque, là frappe la n o u
veauté et la valeur program m atric e d es E n fants d u pla ca rd . Quant à ce qui
dans ce film séduit d'abord, le clim a t vén én eu x, la nocturne et suffocante
beauté, l’intrigue savam m ent en ro u lée jusq u ’au d é n o u e m e n t de désespoir,
j e les laisserai, une fois n’est pas cou tu m e, parler d ’elles-m êmes.
Pascal B O N I T Z E R .
Nouvelles de V “anti-rétro”
(Une journée particulière)
par
Pascal Kané
A la glorieuse ép o q u e ilile ici de l ’« anti-rétro », Une jo u r n é e particU'
Hère n'aurait pas? m anqué de susciter un légitim e intérêt : le fascisme ne s'y
situe pas en effet du côté de la perversion (cf. Portie r d e n u i t ) , niais b ien
île la norme la plus plate, du plus sinistre conform ism e. S y m étriqu em ent,
c’est le pervers qui m ène, à sa m anière, la lutte anti-fasciste. Fin ies donc
les mystifications crépusculaires et post-wagnériennes. Ce faisant, le film
j o u e d’un point de vue assez univ ersellem ent partagé (le désaveu p o litiqu e du
fascisme) pour le traquer — et a ujourd’hui encore — sur un tout autre
terrain. Que son seul con tem pteu r soit, non un militant co m m un iste (trop
s im p le ) , mais un h om osexuel hors parti, voilà une chose beaucoup plus
délicate à faire admettre au jourd 'hui en Italie qu'un vague anti-fascisme
de façade,
Les intentions étant ci-dessus exposé es, analysons la dém arche de Scola
en suivant successivement d eu x fils conducteurs. D'abord : « V oy a ge au p a y s
d u fascisme » : petit m on d e étrange derrière son apparente fam iliarité, que
nous allons découvrir en m ê m e tem ps que le personnage principal (Mas
troianni, tout aussi exté rie u r à cela que n ous). Luxe de détails bizarres,
incongrus, ridicules, déplaisan ts ou m êm e abjects. Le se ntim en t qui l'em
porte est celui d'une den se connerie, d'un in fantilism e généralisé auquel on
n'a guère de mal à se sentir étranger. Surtout quand on sait, co m m e nous
l' indiq ue un court-métrage des actualités italiennes de l'époque placé en
d éb u t de film , que ces fébriles crétins (le père et ses rejetons plus le reste
de l ’im m euble ) s'activent pour aller applaudir H itle r en personne, accueilli
en la circonstance par Mussolini. N e restent bientôt plus dans l'im m eu b le
déserté que A ntonietta, la mère d e f a m ille nombreuse qui ne peut se payer
de bonne, la concierge, et notre supposé-hom osexuel dont les préoccupa
tions tranchent d ’avec celles de tous ces zom bies, puisque c'est le senti
m en t, lui, qui l'occupe, et qu'il se d em and e avec u ne certaine acuité si une
vie sans liberté au m ilieu de tous ces minus vaut la p ein e d'être vécue. Ce
en quoi il est le p rem ier dans le film à m anifester un certain b on sens
d o n t le spectateur ne peut m a nq uer de lui savoir gré. Et m êm e carrément
Nouvelles de l'u n ii-rc iro 35
<Ic lui fnire dès Kirs con fiance : ne s'agit-il pus d’un in tellectuel de hou tou,
doué d ’évidentes capacités de réflexion, et «l’un sens moral d évelop p é ?
C’est bien ce qui se passe eu effet, et le film y pourvoit : d’e m b lée le person
nage se trouve investi de tout le suppoeé-savoir du sp ectateu r sur le fascisme.
T'ont co m m e lui, il est en visite dans ce petit m o n d e e x o tiq u e et vulgaire
qui veut se faire passer pour l’Italie fa m ilia le et q u o tid ie n n e de toujours.
Muis co m m e lui, il sait qu ’il n’en est rien, qu'il s’agit là d’une m onstru euse
et passagère p er ve rsio n .
C'est ainsi que Scola renverse lu vapeur. Au départ deux groupes : le.-:
fam illes italiennes de l'im m eu b le, « s a i n e s » , norniées, cl de l’autre, le mar
ginal, le pervers. A l’arrivée les d eux groupes ont ch an gé d’étiq u e tte : le
marginal est devenu le c h ef de file «le la majorité (des spectateurs) ; il est
passé du côté de la lucidit é et fin alem ent tic la n o rm e (p o litiq u e ). (Quant
aux outres (tous les acteurs et figurants m oin s d e u x ) , ce sont bien eux
qui sont passés dans l'autre cam p, celui de la m inorité et de la perversion.
Les qualités (norme et perversion) ont donc sim p lem en t été échangées
malgré les apparences, i l faut dire que rien n’e m p ê c h a it vraim ent ce tour
de passe-passe, que rien n’accroche, ne gêne au niveau de la représentation :
ni, pour ce qui est de la perversion, l'hom osex u alité du héros, én o n c é e mais
in visible [et c’est le v is ib le q u i fa it p r o b l è m e — cf. Je, tu, il, elle — dans
H io m o sc x u a lilé , pas le m o t ) , ni a fortiori le b ien -fo n dé (ou plutôt le mal-
fondé) d e l’id éolog ie fasciste pour ce qui est de la n o rm e : abordée co m m e
un petit cours de so ciologie h istoriq ue amusante, e lle n e doit guère faire
héBiter le spectateur (là on peut tout m ontrer).
à une pia le description co m p tab le, n’est, e lle aussi, que le sim ulacre de cette
analyse. Le discours socio lo giq ue est toujours ce qui p erm e t de se placer
du bon côté, de celui des rieurs (d’où l'extrême vulgarité du point de vue
de A f f r e u x sales...), mais aussi des gens sérieux. « V o i x de la s c ie n c e » ,
e lle tait toujours le point de v u e d ’où elle parle : mais si e lle n ’en a pas,
c ’est q u ’il 9 ’agit en fait du pouvoir (c’cst une science x encratiqu e »). En ce
sens, le discours so ciologiq ue ne peut parler que d ’objets morts, fossilisés,
où la question de la m éth od e d ’investigation ne se pose plus. Et quand ils
ne le sont pas encore, c ’est elle qui Ie9 m o r t i f i e : voir le film de Scola où
l ’abondance des détails « vrais » sur la vie q u o tid ien n e sous le fascisme rend
celui-ci obsolè te, ridiculem ent anachroniq ue, piteusem en t out (de ce fas-
cisme-là, plus grand ch ose à redouter en tous c a s ) . On ne s’étonnera donc
pas trop que ce so ient des individus hors-système qui sortent vain queurs
des conflits qui les op posent aux groupes (ou de ce qu ’il en reste).
Tout n’est certes pas faux dans cette façon de représen ter le rapport
du cinéaste au pub lic, m êm e si Scola en avoue peut-être plus q u ’il ne vo u
drait sur la répugnance que lui inspirent les masses. Reste que le film laisse
sur le carreau un ou d eux thèm es dont on aurait aim é qu ’il en parlât au
trem ent que eur le m ode du sem bla nt ; n o m m é m e n t : le fascisme et la
perversion.
Pascal K A N E .
37
Ce qui veut dire que tout discours sexuali&é — un discours qui af fic h e
rait la sin gularité de son corps, de son langage — ne peut être que d én éga
tion. Cet im pératif ealégoriq ue, cette m ise à jo u r des vie u x oripeaux de
l'id éolo gie sous des effets d e m odernité (fem m es sans soutien-gorge qui
s’assument, pratique systém atiq u e de la drague, mise en relation précoce des
personnages jeu nes avec le p ro b lèm e cru du sexe, etc.) n’on t pas de répon
dant fictionnel. C c s t que c h a q u e personnage souffre d e ne po uvo ir reven
d iqu er à plein un discours sexuel, sans aussitôt b uter sur le mur politiqu e,
id éologiqu e, à partir d uq uel, exclu sivem ent il est constru it : je ne p eu x pas
être lin personnage < libéré se xuellem ent », parce que ça co n n o te la petite
bourgeoisie qui privilégie la libération sexuelle sur les im pératifs politiques.
Cf. l'étudiante qui baise un soir avec l ’ouvrier flip p é , et qui lui fait part
de son désir de ne pas le revoir ch ez elle, à son retour : refus d e la d em an d e
ép erdu e d ’am our de l ’ouvrier, qui ne d oit pas trouver son salu t d e ce côté-ci
d e la sexualité. Le désir petit-bourgeois, il ne faut le goû ter qu ’une fois,
pour m ieux s'en débarrasser après : c'est un m od è le, mais c’est aussi un
surm oi qui n'offre aucun salut au corps prolétaire. (Au « j e j o u i s » du petit-
Dernière sortie avant Koi;>sy
Ce qui fait que ch aq ue personnage sc voit affligé «l’un désir sexuel dont
le moins qu ’on puisse dire est que le discours id éologiqu e — qu'il porte,
(|uc l’auteur lui fait porter, ou que le spectateu r lui suppose — est tout
il fait in capable d’en rendre co m p te : c'est le sexe (pii parle, qui pousse
de partout le mur du discours id éologiqu e, qui ch erch e à s'infiltrer dans
les trous d ’air que laisse le corps social.
C’est parce que la fiction est travaillée par cet im pératif absolu — il
ne faut pas qu'on pense de moi (pie je ne pense pas au sexe — qu'elle n'en
produit «pic le refoulé : un sexism e ordin air e, une id éologie de la drague
qui affole véritablem ent les personnages (particulièrem ent Pierre Mondy) et
les fait sans arrél déporter hors du socius id éologiqu e, hors de la fiction,
ou qui ne réduit la fiction qu'à cette quête sexuelle. A vou loir inscrire le
sexe, c ’est l'excès de sexe qui parle, plus q ir un q u e lco n q u e désir de faire
lever l’aveuglement des personnages.
Serge T O U B IA N A .
2. Le routier et le routard
par
Jean-Pierre Oudart
Il y a tout de m êm e, dans le film, q uelqu es m om ents de violence (pii
excèdent son propos fainilialiste. On pourrait presque parler, dans celui-ci,
de vio len ce de classe — mais une vio lence étrangem ent dérivée, et en fait
can alisée et banalisée par le fam ilia lism e. C'est lorsque le routier, le petit
ami de la fille aînée de Pierre Mondy, arrête son ca m io n pour prendre un
routard en stop.
Le geste est sym pathiqu e, venant d'un personnage qu'on nous a montré
co m m e un gentil rêveur, accroché à rien ( « on dirait que tu te foue de
t o u t » , lui a dit la f i l l e ) , un peu dragueur, errant dans sa voiture-gadget et
en faisant profiter ses copains. C’cst, dans le système du film , le type m êm e
du je u n e ouvrier en proie à un léger ras-le-bol-schizo, avec les pieds sur
terre tout de même.
Le routier ci le routard
39
Réflexe, raison : Bernard Paul est trop malin pour donn er à penser,
carrément, qu'ils ont eu raison d ’avoir ce réflexe (il n'étail pas en fait ques
tion q u ’eu x disent leurs raisons, il n’y a pas de tem ps, et pas de place,
pour les raisons de chacun, dans mie telle fic t io n ), il laisse aux sp ec ta
teurs le soin de faire l'estimation (et de son point de vue. et de celui qu'il
suppose aux spectateurs, c’est gagné d'avance dans ce registre c o m iq u e I de
l'aspect principal et de l ’aspect secondair e d e ce soeiodrame : l'aspecl prin
cipal. ee sont les raisons des routiers, l’aspect secondaire, ce sont leurs
réflexes, vous n'allez tout de m êm e pas faire une m ontagne de cet incident
de parcours, q u ’esl-ce que vous voulez insinuer à la fin ?
C'est très simple : la su renchère de l’im age insultée relève d ’une stra
tégie d ’intimidation, (^ui dit mieux ? veut dire : qui trouve à redire à cela ?
Par cette contraction de l’im age et de Tinsulte, les spectateurs sont pris u
partie, tutoyés, et, dans ce contexte, som m és de prendre parti pour ce
réflexe de langage. El des réflexes co m m e <^a. c’est bien normal, vous n’allez
pas 1 1 1 e «lire le contraire, ça prouve que les travailleurs scion Bernard Paul
Dernière sonie avant Roissy
Observons encore ceci : toutes les séquences d e vio len ce dans lesquelles
la sexualité n’est pas d irectem en t im p liq u é e ont la form e d ’acting-out. Les
personnages sont mis hors d’eu x-m êm es dans des contextes qui sont ceux
du ras-le-bol lé gitim e, où leur vio len ce est toujours com p réhensib le, et, dans
son excès, éducable, ou rééducable (com m e d’ailleurs la vio lence s e x u e lle ).
Or, c e lte séquence-ci est peut-être la seule où l’acting-out ne soit pas im p li
q ué dans une perspective de rééduction. C’est un acliug-ou t paradoxale m ent
normatif, et terroriste, co n form e à un langage archicodé, qui, dans ce con
texte précis, représente, sur le m ode de la h a ine ab solu e de l ’Autre, un grain
de social-fascisme jeté sur son passage. A moins que ça n ’en soit la fleur. 11
faudra donc chercher les racines.
Jean -Pierre O U D A R T .
Revoir Wichita
par
Jean-Claude Biette
L ’h istoire.
les Etats envir onnants le bétail regroupé par les co nvoyeurs à W ic h ita ), ils
d oiven t accepter les traditionnels d éb ord em en ts, coups d e feu, saouleries et
d éb auches des con voyeu rs qui m arquent leur passuge en faisant la fête.
Le maire d em a n d e cependant ù Wyatt Earp de veille r sur un ordre mal
gardé par Factuel shérif, vénal et inopérant. Le tireur célèbre (W .E .) , qui
veut la paix et ne veut, en tout ca9 , pas servir de cible, refuse cette charge
de shérif. La mort d ’un en fant de cinq ans par balle perdue le prem ie r
soir de fêle décide Earp à occepter l’éto ile de shérif. Il c o m m e n c e par inter
dire le port des armes dans l’en cein te de Wichita et c o n d a m n e à être
chassé» de la ville tous ceux qui enfreind raien t ce règlement. Les notables
savent bien que les convoyeurs ne voudront pas se séparer de leurs armes,
et qu ’ils risquent de ne plus vouloir travailler pour W ichita. Ils décident
de provoq uer la dém ission du shérif intransigeant et qui ap p liq u e trop
d u rem en t la loi. De nouv ea ux désordres interrompent l a d em a n d e des n ota
bles à Wyatt Earp et o b lig e n t celui-ci à e n voy er chercher ses d eux frères,
q u ’un des notables va prendre — co m m e le spectateur — pour des tueurs
dont il attend les services. La fille d’un riche propriétaire s’est, entre-
temps, éprise de Wyatt Earp. Le père, craignant q ue sa fille ne soit trop
tôt veuve (être sh érif, c ’est être une cible p e r m a n e n t e ) , fait tout pour
e m p ê c h e r cette liaison et ce mariage. Mais c'est sa propre f e m m e qui est
tuée par une balle destin ée à Wyatt Earp. Après l’en terrem ent, les con voyeu rs
de bétail, chassés une prem ière fois de Wichita. revie nnent pour une d er
nière ép reuve de force contre le shérif. Wyatt Earp sort v ain qu eu r et, ayant
im posé son ordre (l’élim in a tion des d eux frères, trop violen ts pour pouvoir
com p oser avec la société de Wichita : ils font passer leur ven gean ce per
son nelle avant la possib ilité de co m p o ser sur des bases é c on o m iq u e s ou
id é o l o g iq u e s ) , retrouve la confiance des notables. Il peu t alors se marier
et songer à aller rétablir l ’ordre dons une autre ville...
L e f ilm .
Le fil in visible qui relie l ’histoire, telle q u ’on peut la devin er à l’état
de script, à la mise en scène, telle que le film la m anifeste au jo u rd ’hui, est
constitué par la d o u b le opposit io n du thè m e « deux frères », th è m e qui
est, tout au long du film , redoublé, m ultip lié par deux ou plutôt m u ltip lié par
lui-même, et ainsi su brepticem ent mis en valeur. Lorsqu’au début du film
Wyatt Earp 9e join t aux convoyeurs, il est, dès la nuit venue, déle sté d e ses
é conom ies par d eux frères présentés c o m m e violents, sournois, unis dans le
m al, p leins de h aine pour la loi dont ils sentent in stin ctivem ent
q u ’elle s’incarne en Wyatt Earp. Celui-ci leur règle leur c o m p te — les
h u m ilie et reprend son argent — devant les autres con vo yeu rs de bétail.
Et ces d eux frères vont être les plus acharnés en n em is de W.E. — sans
leur présence p erp étu elle en sourdine, la mise en scène aboutirait à sceller
un é q u ilib re entre l ’ordre et la v iolen ce, un com p rom is entre W ic hita et
le d é f o u le m e n t des convoyeurs à l ’aide d’un ou de plusieurs coups de p ouce
prévus par le scénario mais sans nécessité organ iq ue dans le film. Ce sont
eux — ces frères — il ne s’agit pas s im p lem en t d ’une habileté de scénario,
mais b ien d’un t h è m e fondamental de la mise en scène de ce film — qui
entraîn ent les autres convoycurg à ob éir à leur désir de se ven ger (qui
im p liq u e d ’ailleurs' la franche acceptation de la m ort).
sonnages obl ige Earp à hisser su fiancée (qui vient (le lui déclarer son
entière acceptation du rôle impose à la fem me) dans son plan pour q u ’elle
puisse jo in d re scs lèvres aux siennes ; c ’est aux quelqu es plans qui sliivent
im m é d i a te m e n t ce point culminant — le parfait baiser ho lly w oo di en — que
deux cavaliers, encore ja ma is vus, dont la grande ressemblance de taille,
de visage, d’expression les désigne très vile co m m e friiTv.s et co m m e répli
que des deux frères convoyeurs animés par la vengeance, vont manifester
une redoutable transgression à plusieurs facettes :
3) Ces deux frères dé gagent une virilité trop éclatante (eux seuls dans
le film ont les ye u x vraiment bleus, ce qui, les acteurs le savent, est un
signe de séduction — ça marque fort sur la p e ll i c u l e l . co m m e redoublée
par la ressemblance (les deux frères hors-la-loi. eu x . ne se ressemblent pas),
pour ne pas donner ù sentir, menaçant ou attisant l’h om ose xua li té é v e n
tuelle des conv oy eurs de bétail ((pii s’intégre sans dra me au réseau des
violences, des désordres, des actes incontrôlables et informulés, nocturnes
et chale ur eux , dont ces ho mm es constituent les relais dans le f il m ) , le ca
ractère ho mo se xue l de la loi. Faussement claire el glacée, qui unit sans
cesse à l’image de ce qu'elle ordonne (le baiser ho lly w oo di en signifiant le
mariage! l’image égahnnunt sâduisanfe de ce qu ’elle interdit.
La certitude maintenant que Wyalt Earp est bien le frère d e ces deux
étranges cavaliers, ajoute à la menace cl au miroitement pe rfidement entre
tenus par la loi, cell e et celui d’un inceste, peut-être m êm e do uble , dernier
garde-fou de la parole policière.
Qu elle est alors la fonction de ces deux nouveaux frères dans le film ?
non attein dre à celt e p oly vale n c e im porte peu. Qu’il s’y retrouve, après
avoir fait ce cinéma-là, n’esl pas, pour nous, spectateur, crit iq ue, cinéaste
ou apprenti cinéaste, essentiel : il n ’a jam ais ch erch é à sc regrouper, lu i
ou ses film9, sous le boisseau d e sa maîtrise, et les historiens d u cinéma
ne s’y sont pas trompés qui ne le co nsid èrent pas co m m e un m aître ; il
vaut b eau cou p m ieu x que ça.
E n fin , tels qu ’ils sont, les t h è m e s et les signific ations (les liens é c o n o
m iq u es et id éo log iqu es à l ’in térieur de la petite société de W ichita et
entre celle-ci et son hors-champ m arqué par la pancarte lim itro p h e sur
la q uelle est clouée l ’in terdic tio n — pelit fait « h istoriq ue » — de la franchir
en armes) sont le résultat de la mise en scène : le scénario se co n ten te de
proposer les prem ie rs à l’état d e vérités absolues (Paccenl mis sur la q u a li
fication du héros co m m e étant n a tu r e lle m e n t attiré par la loi e l l ’ordre,
de m êm e que les convoyeu rs d e bétail y sont n a tu r e lle m e n t attirés par
« W ï n e / W o m e n / W i c h i t a », a ffic h é sur la d ilig ence de putain s qui franchit
la pancarte signifiant l’entrée dans Wichita) et co m p te sur la vitalité con ven
tionn elle du director pour m ettre une sourdine aux se condes par les grâces
d’une illustration lénifia n te et volontiers pittoresq ue. Assez p roch e de H aw k s,
Jacques Tou rn eu r ne corrige rien, ne m et rien en d oute, ne procède pas
à une crit iq ue directe par la vo ix de personnages que H o lly w o od ne
m anq uerait pas de briser ou d e faire taire : tout ce qu ’un scénario lui
donne, il l ’accepte et se co n ten te de m ener le p lu s lo in possib le la lo g iq u e
m êm e dudit Bcénario. Mais en su ite il construit sa propre m ise en ordre :
1) En film ant les valeurs (celles que propose H o lly w o o d ou tout autre
systèm e de représen tation fortem en t ancré sur du social) con u ne des choses.
Jean-Claude B I E T T E .
44
par
Laurent Bloch
Cher Jean N a rb o n i
Le discours sioniste, à travers ses d iffé ren tes variétés, a toujours fonc
tionné autour de deux propositions é lé m en taire s (on p ourrait dire deux - mythes
fondateurs »).
— nous étions « ici » (en Palestine) il y a deux m ille ans. alors quoi de plus
naturel que nous rentrions d'exil pour occuper c e tte « te rre sans peuple pour
un peuple sans terre », où d ’ailleurs nous faisons pousser des oranges dans
le désert ?
— et quant à ceux d 'entre - vous » (- vous », les non-juifs occidentaux) qui
auriez des réticences devant notre politique, n'oubliez pas que vous n ’avez
rien le droit de nous dire parce que nous som m es les h éritiers des morts
d ’A uschw itz.
Le succès de ce binôme est certain dans le cadre de l'idéologie dom i
nante occidentale : le p rem ie r term e assure une solution de continuité entre
le sionism e et l'O ccident, dans son historicité, de l'Em pire romain à la
D éclaration Balfour en passant par le Congrès de Berlin, avec en prim e le
« supplém ent d'âme » des rém iniscences bibliques re latives au peuple élu,
et p e rm e t à l ’Occident, en ce qu'il a d 'im p érialis te, de se reconnaître dans
la pratique colonialiste de I Etat d'Israël.
Le second te rm e est indispensable pour la fonction qu'il re m p lit de
porter les espoirs de rédem ption de la m auvaise conscience occidentale
à l ’égard de l'antisém itism e.
C e discours fonctionne donc en régim e continu com m e rappel perm anent
de la solidarité fondam entale avec l'O ccident, dans ce qu'il a d 'im p érialis te :
c'est en cela q u ’il est am ené à produire du racism e, et n otam m ent de l ’a n ti
sém itism e . C ’est de cela q u ’il sera question ici à travers quelques films
récents. Quant à la dém onstration de la fausseté historique pure et sim ple
(1) in • Palestine et Liban, pro des deux propositions é lé m en taire s du sionism e, quant à l ’histoire de l ’an ti
messes et mensonges do l'Occl-
dent •. ouvrage c o lle ctif. ■ L'Hor sé m itism e sioniste, j'en ai parlé ailleu rs et je ne m'y attard erai pas (1).
malien ■ 1977.
L’idéologie sioniste supporte une im portante production d'im ages qui
dégage un tel relent d ’an tisé m itis m e que l ’on pourrait s ’éto n ner q u ’aucune
voix ne proteste si l'on oubliait la solidarité fondam entale dont il est question
plus haut.
Par contre, un certain nom bre de film s parus ces d ern ières années
qui ont mis en scène des juifs dans ce qu'ils avaient de décalé, ou d 'e xté rieu r,
ou de subversif par rapport à l ’O ccident, ont déclenché des tollés hysté
riques des sionistes qui h urlaient à l ’an tisé m itis m e : ii s'agit notam m ent de
La terre de ta grande promesse, de W ajda, de L'apprentissage de Dudd y
Kravitz, de Ted Kotcheff, et de L'ombre des anges, de Daniel Schmid. D ’autres
film s enfin, qui d ém e nta ien t co m p lè te m e n t la problém atique sioniste mais
(2) Au sujet du • Monsleut n ’o ffraien t guère de prise à des campagnes de presse au nom de l'a n tis ém i
Klein ■. voir l'a rtic le de J.-L. Ri tism e, sont tombés dans le trou noir du non-entendem ent : ni vus ni connus
vière dons les » Cahiers -. n» 274.
M . Klein de Losey, La Clepsydre et M an u scrit trouvé à Saragosse de Has (2).
Le 5 mai 1977. par exem ple, la tro isièm e chaîne de télévision a p rogram m é
La Ligne du fleuve d'AIdo Scavarda : histoire d'un p etit garçon juif, italien,
dont toute la fam ille a été a rrê té e sous ses yeux pour être déportée, et qui.
de Home, décide de rejoindre son père, speaker à Radio-Londres. Au cours
de son voyage à pied jusqu ’aux côtes normandes q u ’il atteindra le 6 juin 1944
à l ’aube, il va être tour à tour caché, aidé et transporté par le personnel
d ’un hôpital, un curé, un trafiquant de m arché noir, des résistants, des avia
teurs anglais, des paysans français, un jeune tunisien, etc., auxquels il
révélera toujours sa qualité de juif, ce qui vaudra quelques frayeurs à certains
de ses compagnons, mais ne l'em p êchera pas d ’atte in d re Londres.
Je ne sais pas si Scavarda aurait pu donner une tournure » de gauche ».
généreuse, à sa fiction rocambolesque. style « tous les hom mes sont frères »,
Rabbi Jacob. Si tous tes gars du monde, etc. D ’autant plus qu'il y aurait
eu une vraisem blance là-dedans : ce que nous savons de l ’Italie, toute fasciste
q u'elle fût depuis vingt ans à ce tte époque, confirm e que les juifs y tro u
vèrent bien plus de soutiens et de com plicités q u ’en France (il est vrai que
le - respect bien connu « du « peuple de France « pour la légalité plus ou
moins républicaine lui interd isait de s'opposer à un génocide prévu par les
lois françaises — prom ulguées sans incitation ex té rie u re — . organisé par
des policiers ei des gendarm es français, fonctionnant avec des camps de
transit français : c ’est pour cela que la France est le pays d'Europe occi
dentale où le sort des juifs fut le plus fu neste). Rappelons aussi que, sur
un th èm e voisin, Drach a fait un film (Les violons du bal) qui réussissait
à é v ite r les écueils du genre et à évoquer assez fid è le m e n t la situation
historique. Enfin, ce qui est sûr. c ’est que Scavarda a refusé ce tte orien
46 Lettre aux cahiers
tation pour son film : tous ces gens qui aident le petit garçon (à l ’exclusion
du Tunisien, personnage au rôle g rossièrem ent édifiant : « on n'a rien contre
les Arabes *), eh bien ils le font plus ou moins m algré eux, ils sont lâches et
fina le m e nt antipathiques, ils essaient de se débarrasser de ce petit juif qui
leur brûle les mains. Le seul personnage qui comprenne le projet du jeune
Giacomino est un médecin, lui-même juif, qui mourra héroïquem ent, pendant
que les aviateurs anglais fuyaient lâchement !
Non, ce que Scavarda veut qu’on se m e tte bien dans la tête, c'est que
si G iacomino arrive à Londres, ce n ’est pas grâce à la solidarité de résistants
et d ’an tifascistes : c'est aussi bien parce qu'il appartient à un peuple élu.
C e tte élection est le leitm o tiv du film : mise en scène compulsive des
prières juives (dites par le grand-père le soir de la rafle, par le médecin
lors de son arrestation, versets bibliques récités par le père au micro de
la radio au d ern ier plan), identification réciproque im m édiate du médecin
et de Giacomino com m e juifs dès leur rencontre ( ■ Peut-être avons-nous
quelque chose de particulier »), l ’aura qui entoure les personnages juifs pour
mieux faire ressortir la bassesse (il n ’y a pas d ’autre mot) des autres,
tout est fait pour accréditer l ’aité rité d ’essence divine des juifs. Et, bien sûr,
cette altérité ne passe pas par des représentations qui pourraient être
em pruntées à la religiosité juive : non, ce sont les form es de la relig io
sité te lle q u ’elle est connue du public occidental qui sont u tilisées, à savoir
des form es chrétiennes, tant pour la façon de pratiquer la prière que pour
l ’éta t d'âme qui l ’accompagne. Ceux qui ont p én étré dans une synagogue
d ’un quartier populaire et qui ont pu com parer avec la m esse à Saint-
Ferdinand me com prendront mieux que par de longs discours.
Dans ce film , tout est dit, tout est sim ple et direct, dès le début on
connaît la fin, tout est saupoudré de vécu e t de vrai : abjection du signi
fiant !
Le discours qui se tient dans ce film rappelle celui tenu par Beate
Klarsfeld en 1974 à son retour d ’un voyage à Damas, lors d'un m eeting
sioniste à la M u tu a lité : en substance, cela donnait : vous, les juifs, foutez
le camp en Israël, vous voyez bien que dans ces pays vous ne vous
entendrez jam ais avec les gens ! Vous, les non-juifs, vous voyez bien que
ces gens ne sont pas com m e vous, qu'il leur faut donc un Etat à eux !
C o m m en t ne pas taxer ce type de discours d'a ntisé m itism e passionné,
en accordant à la passion le sens que lui donnait J.-L. Rivière dans son
article du n* 274 des Cahiers : la passion d ’indifférence, qui n 'est rien
d ’autre que le racisme. Assez curieusem ent, Beate Klarsfeld est spécialisée
dans la recherche de cas d'a ntisé m itism e (réels ou supposés) q u ’elle érige
en phénomènes exem plaires destinés à nourrir la liturgie édifiante du sio
nisme : mais ce q u ’elle érige ainsi en exem ple, c'est bien l'a ntisém itism e.
Hannah A ren d t a fait une analyse impitoyable de ce genre de pratique et
de son am biguïté (in Eichmann à Jérusalem, Rapport sur la banalité du mal,
N.R.F.).
le film De vine qui vient dîner ce soir en est un bon exem ple, et bien sûr
ce côté édifiant révèle sa nature de classe : le héros noir est édifiant
parc e que il est m édecin, e t m édecin plus qualifié, plus désin téressé, plus
beau que les blancs. Bien sûr, un chôm eur de Harlem plus ou moins porté
sur l ’héroïne n'aurait pas fa it l ’affaire. A mon avis, c ’est là que tout se
joue : Shakespeare évite l'a n tis é m itis m e parce q u ’il évite l ’ex em plarité et
l'édification. ( C ’est peut-être ça aussi, év ite r le discours de la m aîtrise.)
Bref, tout cela pour dire qu'un des procédés favoris des sionistes pour
faire oublier leur propre an tisé m itis m e est de susciter le ressen tim en t des
juifs (et le d éfo ulem en t soulagé des non-juifs qui aim ent les sionistes et
pas les juifs) contre quelques a n tisé m ites supposés et bien choisis. Le loup
qui crie au loup. Les film s dont je parlais plus haut sont justem en t les vic
tim es de ce procédé : et jus tem e n t, ce que chacun disait à sa façon, c ’est
que l ’a lté rité des juifs, elle existe, mais elle n'est pas ce q u ’on voudrait
nous faire croire. En fait, au sein de l'Occident, et pour se résum er, on
pourrait dire :
— d ’abord, que du fait de la sécularisation de la société globale, liée à
l ’ém ergence de la bourgeoisie com m e classe dom inante, et qui a touché
aussi les juifs (à la « philosophie des lum ières » a correspondu ce qu'on
a appelé la « Haskala ■ chez les juifs, à l ’athéism e chrétien de Sade a
répondu l ’ath éism e juif de M a rx et de Freud), de ce fait donc, la d é te r
m ination re ligieuse ne suffit plus à cern er la judéité.
— q u ’être juif, cela veut dire au m inim um avoir une histoire d iffé re n te :
Deleuze parlerait de d éterrito ria lis atio n (in Kafka, pour une littératu re mineure.
par exem ple). Une histoire d iffé re n te qui a produit ce qu'on peut appeler la
■ sensibilité juive - ; je m'en voudrais de faire appel à un concept si tein té
de subjectivism e si d ’autres que moi n ’avaient buté après un long travail
sur cette form e irrationnelle certes, mais irréductible (4). Et il sem ble bien
(4) Cl. notamment Bauberot ;
• Le tort d 'exister ». (Ducros ) que ce soit là que réside cette fam euse altérité.
C ’est tout cela qui est en scène dans La terre de la grande promesse
de W ajda : trois jeunes gens, un fils de hobereaux polonais, un fils de
capitalistes modernes allem ands, et un juif issu du milieu que W e b e r quali
fierait de « capitalism e paria - tra ditionnel, s'associent pour participer à la
fin du X IX r siècle, à l ’éd ification du capitalism e à Lodz, en Pologne. Natu
relle m en t, c'est la loi de la jungle : on m e t le feu à l ’usine du concurrent,
on fait tirer sur les ouvriers en grève, banqueroute frauduleuse, trafic d'in
fluences... L'ascension de la bourgeoisie, c ’est ça, et tout le monde le sait :
q u ’est-ce donc qui a suscité la colère de nos sionistes ? La pudibonderie
sur la question juive uu cinéma 49
am biante a suffisam m ent régressé pour que l'on pense que ce n ’est pas
la scène d ’orgie entre le fils de hobereaux polonais et la fem m e d'un concur
rent juif : c ’est bien plutôt le personnage de l ’associé juif, qui. bien q u ’il
participe aux m êm es turpitudes que ses amis, reste porteur de valeurs
h éritées du féodalism e (un certain sens de l'hum anité, un ancrage dans la
com m unauté o riginelle qui apparaît dans la scène ou il vient em prun ter
de l ’argent au doyen du C o n sisto ire) ; valeurs qui s'opposent à l ’inhumanité
du monde de la bourgeoisie. On ne nous fera pas croire que les sionistes
français, qui ont Rothschild à leur tête, s’offusquent que l’on m ontre un
juif capitaliste : ce qui les gêne, c ’est que ce juif ait une distance par rapport
à l ’idéologie de sa classe. (C e tte distance est peut-être de l ’ordre de l ’ana
chronism e mais tous les anachronism es ne sont pas à m e ttre dans le m êm e
panier, com m e dirait Jean Baubérot.)
bourgeoisie juive d ’Europe centrale, dont une bonne partie a traversé l'Atlan-
tique. Pour s ’en convaincre, it faut voir H e s te r Street, qui est un film sur la
génération du grand-père de Duddy Kravitz, et lire le livre de D er Nistor,
La fam ille Mac hber, qui raconte l'histoire des arrière-grands-parents, quand
ils étaien t en Volhynie. On fait du com m erce, et on en fait par tous les
moyens, mais le type d ’hom me qui est non seulem ent valorisé com m e modèle,
mais aussi vénéré dans la pratique, c ’est le juste qui, dans la m isère et
si possible dans la maladie, consacre sa vie à l'étude de la Torah. La respec
tab ilité que confère, com m e dans tout groupe humain, la réussite sociale
la plus sord idem ent m a té rie lle , a toujours été tem p é ré e, dans ces milieux,
par cette conception de la spiritualité. Et au besoin, cela excusait une
turpitude plus grande encore dans les affaires (le « diengui diengui » étant
devenu » business is business » au passage de l'A tlantiq ue). Peut-être cette
caractéristique de ces juifs est-elle due au fa it qu'ils n'aient jamais été
liés à des structures étatiques ou nationales, et ce se ra it ju s te m e n t une
caractéristique que le sionisme se proposerait de résorber.
Pour L'ombre des anges de Daniel Schmid, la thém atique est sensible
m ent la m êm e, mais l ’h ystérie a franchi un pas de plus : pensez donc,
fa u te u r est germ anique, et de plus une critiq ue paresseuse a assim ilé
ses film s précédents (La Paloma, C e tte nuit ou jamais. Faites tout dans
l'obscurité) au courant « rétro » illustré par la sinistre Liliana Cavani et son
abject Portier de nuit. Il s'agit encore d ’un capitaliste juif mais de l ’époque
m oderne : celle de l'im p érialism e et du fascism e. C o m m e Schmid l'a déclaré
à C o le tte Godard [Le Monde, 3-2-1977), - L'ombre des anges ne montre
pas le fonctionnem ent de la m achine, mais ce qui lui p erm et de fonctionner,
la passivité des m orts-vivants chez qui toute ém otion a été broyée, m êm e
la peur. Seuls, la prostituée et le juif osent avoir peur, donc ils peuvent
évoluer. » Et, plus loin, il cite la le ttre o ffic ie lle par laquelle les autorités
lui re tiraien t l'avance sur recettes : « La lettre disait : « Le personnage [ d ’un
ancien nazi nostalgique. N.D.L.R .] n'est pas montré en nazi incorrigible, mais
com m e un hom me qui pourrait être intégré dans notre société, ce qui
pourrait renfo rcer des clichés dangereux... » O uels clichés ? L’an tisé m itis m e
aurait donc disparu d 'A llem ag n e ? La décision a été prise par une co m m is
sion où siègent deux anciens de I epoque hitlérienne.
En fait, que le m ol piononcé soit ■ Jude - ou - Jud >■ n'a pas une grande
importance, e t Claude Lanzmann n'a m onté en épingle ce problèm e qu'à
l'attention des gens qui n'auront pas vu le film, mais qui. et ils ont cent
fois raison, ne to lèren t pas que l'on tra ite un juif de youpin. M ais où
apparait-il que Daniel Schmid le to lère, lui ? Et le propos de ce film n'est-il
pas justem en t de m ontrer un monde devenu intolérable, agité de phénom ènes
intolérables, au nombre desquels l'a n tis ém itism e ? Et Lanzmann n'est pas
naïf au point de ne pas l'avoir vu : alors, où est le problèm e ? Bien sûr.
là aussi, on pourrait subodorer le fonctionnem ent m étonym ique évoqué plus
haut (capitaliste = juif). M ais, là aussi, c'est le co n texte du film qui me
pousse à éc arter c e tte hypothèse. Je soupçonne bien plutôt que la ré fére n ce
au nom de laquelle Lanzmann s'indigne devant le personnage de Schmid.
c ’est celle du personnage juif édifiant des fictions sionistes, non pas que
Lanzmann lui-m êm e la prenne pour autre chose que ce q u e lle est (un
sté ré oty pe ), mais parce q u ’il est bien connu que la plupart des spectateurs
de film s, habitués aux m écanism es hollyw oodiens, fonctionnent avec ce genre
d3 références, et que l ’on joue toujours gagnant en misant dessus. D ’ailleurs,
dans son film à lui, Lanzmann, s ’il év ite le sté ré oty pe édifiant (il s ’adresse
à des inte lle ctu els), ne se prive pas d ’entonner l'hymne de l ’identification
aux archétypes dominants (le pilote de chasseur-bom bardier déjà cité, le
gardien de prison pour les moins brillants). Chacun a les re territo rialisatio n s
q u ’il peut : ce lle de Duddy Kravitz est puérile et un tantinet m alhonnête, celle
de Lanzmann est plutôt fasciste. Le film Duddy Kravitz m ontrait la vanité
d ’une re territo ria lisa tio n d éterm in é e : L'ombre des anges est un film contre
les reterrito ria lisa tio n s fascistes, les deux seuls personnages vivants sont des
déracinés. C'est tout le problèm e de la jud éité : elle présente de I intérêt
parce q u e lle est a lté rité , mais aussi parce q u'elle est déracin em ent. Et
dans ce sens el!e n'est pas la pro priété privée (ni l'apanage naturel) des
juifs : d ’autres peuvent la vivre, et les juifs doivent l'acquérir. (C 'e s t bien
ce que veulent em pêch er les sionistes). On pourrait critiq ue r à ce titre le
livre de G oldstein. Do sto ïew sk i et les juifs : l'auteur de cet ouvrage reproche
en fait à D o sto iew ski d'avoir voulu être juif à sa façon. Et bien. Dostoïew ski
en avait p arfa ite m e n t le droit, et on ne voit pas en quel honneur des juifs
soi-disant plus juifs que d ’autres viend raient lui dem ander des com ptes. Ils
feraient bien mieux d ’étudier com m ent D ostoïew ski a conjugué déracin em ent
et re territo ria lisa tio n : c'est peut-être là que gît aujourd'hui un antidote
possible au fascism e dont L ’om bre des anges nous donne une image.
Encore une fois, ce qui a ennuyé les sionistes, c ’est que l'on montre,
d ’une façon ou d'une autre, qu'il y a entre les juifs et l'O ccident une distance
historique. C 'es t là un enjeu de taille, parce que cela veut dire que les
juifs ont une histoire (ou plutôt des histoires) sur lesquelles ils peuvent
s'appuyer pour élaborer des p erspectives autres que de lier leur sort à
l ’im p éria lism e occidental sous l'espèce du sionisme (7). C ela ne veut dire
que cela : si ce tte distance n 'existait pas déjà, cela ne voudrait pas dire
|7) Je ne vaux pas dire que
l'Occident soit une entité nui pour autant q u ’il soit im possible de l'établir, et c'est le problèm e concret,
sible qu'il importe de détruire - actuel, de tous les progressistes occidentaux ( c ’est peut-être cela que veut
Il y a eu dans l'h isto ire de l'Oc-
cldent des apports progressistes dire la résurgence actuelle des se ntim e n ts nationaux basque, breton, corse
importants q u 'il faut préserver,
pour nou s qui v Ivon 9 an Occ I ■
par exem ple). Enfin là. il y a une distance qui ex iste depuis des siècles,
dent, pour les autres peuples, et c'est une chose positive qu'il faut se réapproprier et que les sionistes
s'ils peuvent y trouver une u ti
lité. Mais il y a aussi que veulent liquider, parce que si les Juifs am éricains com m ençaient à se rappeler
l'Occident a produit un système q u ’ils éta ie n t les Arabes de l'O ccident, les finances d'Israël en prendraient
social, l'im p é ria lism e qui. pour
la première lois dans l ’histoire, peut-être u n . coup.
se propose d'anéantir toutes les
autres civilisations. Ceci impose
aux Occidentaux des responsabi
lités particulières pour ne pas Il faudrait parler de M o n s ie u r Klein de Losey, mais Jean-Loup Rivière
être com plices des crimes quo l'a fait dans le num éro 274 des Ca hiers du Cinéma, il fallait re p a rler des
tidiens commis en leur nom.
film de Has, mais alors là, il y avait d ’autres protagonistes. Il fallait parler
Le manque de place nous o b li de F o rtin i/C an i, ça a été fait dans le num éro 275 des Ca hiers du Cinéma.
ge è reporter au prochain nu-
méio le post-scriptum de cette
lettre, portant sur l'a rtic le de
Richard Marienstras paru dans
le numéro 192 de * Poslllt ►
(sur L'ombre daa an0«a). Laurent BLOCH
52
Petit Journal
Le coût élevé des productions des tiroirs les * vieux « Goretta, compte qu'à s'y installer trop con
suppose, aujourd’hui, un vaste pu Butler. Soutter, Tanner (prière de fortablement on risquerait, pour
blic, à atteindre très vite. Pour v ne pas confondre). d’aujourd’hui commencer, de corrompre le re
parvenir, le cinéma — la grosse (Patricia Moraz en compétition), gard (chaque image s'équivaut
machine industrielle — , équarril. d'ici (San Gottardo et Lieber Herr après six ou dix heures de séance),
arase, aplanit le champ culturel. Doktor produits par Filmkollektiv ensuite d'en sortir fondu-enchainé.
Ainsi s'usine le conformisme de Zurich) et d ’ailleurs, autrement dit Soumis au drill, le critique trouve
ces objets calibrés, lisses, carrés, de France (coproductions) ; !es recours dans la cinéphllie galo
rabotés, qu'on emballe, qu’on vend, tiers-mondistes avec la présence en pante : le voilà fin prêt à cesser
qu'on échange facilement. A n'en concours des cinëmalographies la d'écrire, hormis quelques notices
parler aucune, ils sont de toutes tino-américaine et africaine : les humorales. Il se trompe d'objet, ar
les langues. Le marketing dés lors amateurs du cinéma de l'Est avec ticule des fragments : bref, il fait
s'organise aisément : les films sont Madame Bovary, c'est moi, de Zbig- du journalisme.
commercialisables ■ ail over the niew Kaminski ; d’autres Européens
world ». avec le cinéma des auteurs un peu
ratés du Marché commun, etc Le libéral, le libéralisme avancés,
La chaîne produit beaucoup — Symptomatiquement, un nouveau qui président aux tours de force et
le rythme est rapide — au prix film-catastrophe sur Satan (The de vis de ce festival — alignant
donc d'un intense travail de rabo Car) a conclu le festival. les films, les idées, les regards, les
tage. La machine rejette tout ce voix, les projets antagonistes à
qui émarge, les copeaux volent en l’échelle de leur marché ; intégrant
Crapuleuse rhétorique : « Pour dans chaque débat les différences
tous sens : ils sont peu rentables
être réaliste, la manifestation doit pour quelles ne divisent ni ailleurs
et en conséquence inutiles, consti
se mouvoir dans un milieu com qu’en l'espace des orateurs quali
tuent un surplus hétérogène con
plexe où les intérêts contradictoi fiés, ni personne d'autre qu'eux — ,
damné à disparaître ; ils sont sou
res ont chacun leur motivation er pouvaient se permettre de montrer
ples et par nature légers. Parfois,
méritent égal respect. ( . . ) Mais Ici et ailleurs puis Fortini/Canl,
on les réunit au hasard dun ra
que le bon sens inspire assez de mais non sans poser les garde-
massage dans une corbeille. A Lo
clairvoyance à chacun — et c'est fous. Répétons scolairement que
carno, la corbeille est soignée, pro
le vœu que nous formulons — pour ces films subvertissent le rapport
pre et luxueuse : nous sommes en
dépasser les passions du moment traditionnel des spectateurs au sens
Helvétie. N'empêche, la plupart des
et atteindre à travers la conscience qui s'enraye sur l'écran : qu'ils ac
films projetés à la Piazza Grande,
sur l'un des plus beaux écrans du de la complexité des problèmes en cusent donc. ici. le mode d'expo
monde, ne seront jamais distribués, jeu, l'unanimité d'une volonté de sition propre à pareille foire. Aussi
jamais vus hors festivals. On a défendre ensemble les intérêts d'un ne faut-il pas s'étonner qu'on les
cinéma de qualité. - (Le directeur.) passe à une mauvaise heure, le
beau parler promotion, marché du
film, on ne sacrifie qu'au simulacre même jour, pour tout dire l'un après
de3 affaires et le Léopard d'or 1976 Qu'en surface les discours con l'autre au même programme, comme
n’a toujours pas fait recette (1). testataires. dissidents, fourmillent s'ils étaient réservés à certains
(aux terrasses, dans la marge des initiés expédiés au ghetto d'une
Locarno, produit bâtard du libé conférences de presse) — n’em salle obscure. (L'opinion taxe
ralisme ? D'une part, les organisa pêche pas au contraire l’ordre de Straub d'élitisme ; elle a tort. Le
teurs se défendent de l’ombre por régner. A Locarno. les placeuses public dit « moyen », qui n'y com
tée par Cannes, tout en deman sont quotidiennement requises qua prendrait rien, rejette Fortinl/Cani.
dant l’aide diplomatique de la Con tre heures au minimum et contrain C'est qu'il a pris l'habitude d'ima
fédération pour devenir concurren tes de porter un uniforme superflu ges et de sons codés. Mais un pu
tiels ; d'autre part domine le dis qui fait suer. Elles gagnent 15 francs blic qui n'irait jamais au cinéma.
cours fat des hommes de bonne par jour et ne reçoivent pas de Fortini/Cani le dérouteralt-ll plus
volonté dévoués à un prétendu pourboires. Une affiche informatlvj que n’importe quoi ? Ainsi, Il sem
■ cinéma d’auteurs ». L'effet sur le à ce sujet aurait été arrachée ble - naturel ■ de présenter, actuel
programme : en dix jours Locarno moins d’une heure après qu'on l'ait lement, le combat antifasciste par
projette une soixantaine de films posée. Or. non seulement personne la reconstitution historique. Ces
savamment répartis : les cinéphi ne veut rien savoir des coulisses images-là, scandaleuses pour qui
les y trouvent leur compte avec du libéralisme où pareil contrat est songerait à l'illusion — de vérité
une ■ rétrospective « (cette année. signé, mais nul ici ne semble s'in — les supportant, ne choquent
Stiller) ; la modernité avec Straub- terroger sur la place qu'il occupe guère. Straub, lui. propose une
Huillet. Godard. Duras. Akerman — dans la chaîne des images défilées, suite de plans sur les paysages
nous reviendrons sur l'exposition vendues, consommées, reproduites qui gardent la mémoire des luttes ;
semi-clandestine de leurs oeuvres : (présence de la TV) à l'instigation non sans y inclure la vue panora
les « politiques « avec quelques toi dudit libéralisme. On pourrait croire mique d'un monument gravé :
les militantes : les Suisses avec h normal au fond de prendre place - Vinca./ que la flamme qui brûla
cinéma suisse d'antan (CItel sort dans cette chaîne, sans se rendre destructrice/ par la barbarie aile-
Petit journal 53
mande,/ te rappelle,/ enfermée qu'une musique vient s'y coller, abus) du pouvoir, alors qu'en vé
dans le marbre de tes monts/ le illustrant ta tragique fin des per rité Ils ne disposent pas de lui.
martyre de tes gens. » Concevrait- sonnages ? Dagny donne Idée de Normal qu'ils craignent sans cesse
on une image plus juste et claire ? ce que serait un cinéma de borgne d'égarer le cadavre, de le laisser
Le cinéphile serait-il (mal) regar et de malentendant. échapper, ou même de ne pas tuer
dant au point de n'accepter quune le bon ; normal qu'ils prennent ses
marchandise trafiquée, truquée ? empreintes digitales avant et après
Refuse-t-il de voir ce qu'est le ci POUR CLEMENCE l'exécution, afin d'authentifier leur
néma, peu de chose en somme. dérisoire puissance d ’hommes de
Le cinéma de Straub-Huillet serait Film français. Pour Clémence, de main honteux. Si d ’aventure tel ar
profondément démocratique, puis Charles Belmont (Rak. Histoire rêt de justice ne relevait plus un
qu’il donnerait à I'- ignorant - com d'A). retrace l'histoire d ’un techni jour que de la fiction, du cinéma
me au • spécialiste > des chances cien licencié pour raisons écono notamment, ils conserveront (ils
égales de lecture.) miques qui. nous dit l'auteur, réap archiveront sûrement) le souvenir
prend à vivre, redécouvre son es des temps anciens, et témoigneront
L’occasion à saisir est de reve pace. son quartier, sa ville. Le chô du pouvoir de la bâte immonde,
nir sous prétexte d'une chronique mage (des cadres) n'est ici qu'un toujours prête à renaître, on le
du leurre sur les films qui résis prétexte à Interrogations existen sait.
tent au traitement subi ; sur ceux tielles. un élément anecdotique in
qui s’accommodent au contraire de ducteur de la fiction. En suivant
ce traitement, preuve qu'ils sont l'errance de Michel, le réalisateur CASCABEL
réalisés 6 la manière du festival pose sur la banlieue parisienne un
égalisant chaque perception visuelle regard fasciné. Il nous livre des Le cinéma, art impérialiste,
ou sonore. images terriblement esthétiques brouille les genres. Il assujettit les
(roses, mauves, violettes). Idéali pratiques qu'il convoque, puis ■ na
sant le paysage urbain qu’il pré turalise > ses emprunts et se cau
tend cependant ne pas aimer. Sou tionne d’une « impression de réa
DAGNY tenue par une musique de jazz, lité ». Signifiant totalement Imagi
la rumeur de la ville participe aussi naire. il Impressionne la réalité et
de cette confusion. Plus malin que jouit d'une crédibilité immense. Le
Premier soir : en attendant le pas le héros renvoyé en fin de film spectateur sait bien que c'est du
sage de Dagny, le réalisateur Haa- à l’anonymat, l’auteur, quelle que cinéma, mais quand même... dit-il,
kon Sandoy et Moritz de Hadeln ont soit la réalité, saura, demain est-il forcé de dire pour entrer
échangé des amabilités de polyglot comme aujourd'hui, s’aménager un dans la fiction ? Des cinéastes, ac
tes : traduisant en français et en coin où faire de belles images et tuellement, travaillent autour de
italien les propos de son hôte, de beaux sons. Et citant les * nou ces questions, Interrogent le statut
M. de Hadeln l’interrogeait en an veaux philosophes -, il répondra, du réel au cinéma, son mode de
glais et le félicitait de parler éga à l'exemple de son personnage fictionnement. Raul Araiza n'est
lement le norvégien et le polonais. (" Je ne suis pas communiste mais pas de ceux-là. S’il fait du méta-
ingénieur. - ) , qu’il est cinéaste... clnéma, si le cinéma est évoqué
Or, le film lui-même relève du dans Cascabel. représentant le M e
■ cinéma espéranto - : mélangeant xique. c'est pour mieux boucler
tes langages et les genres, il en MUERTE AL AMANECER dans la fiction la plus mélodrama
dissimule les différences, feignant tique quelques-unes de ces ques
de les annuler... Sandoy met en Coproduit par le Pérou et le tions : le film ne dit pas son nom.
scène des peintres tels Edvard Venezuela, Muerte al Amanecer. de 11 prétendrait à l'objectivité du do
Munch, des écrivains tels Strlnd- Francisco José Lombardi, pose la cumentaire. celui qu’entreprend le
berg, des musiciens, réunis — par question de la représentation de cinéaste mis en scène, mais les
l'histoire — fin dix-neuvième siècle la mort Infligée au titre d'une interviews sont réalisées par des
à Berlin et (dans la fiction) par peine. Pas facile déjà de montrer acteurs et la neutralité du ton du
une femme, Dagny, qui offre son la mort « naturelle > ; plus difficile reporter dérape dans le pathos
hystérie à chacun. L’annexion for encore lorsqu'elle prend un tour d’une confession d'impuissance à
cée qu’entreprend le cinéma de la théâtral. Il ne faut pas s’y trom vaincre la censure omniprésente.
littérature, de la peinture, de la mu per en effet : le lieu de l'exécu (A propos, au prix de quelles con
sique, du théâtre (2). est cette tion est une scène : justement, on cessions Cascabel a-t-11 pu être
fois d ’autant plus choquante et y a réparti tes fauteuils des spec- mené à terme ?) Multipliant les
exemplaire que le réalisateur fan tateurs-acteurs ; on a prié le pelo styles, le film s’achève dans la
tasme les pratiques de ses per ton de répéter ; on a éclairé avec grande tradition du suspense : mon
sonnages : derrière et sur l'écran, des spots la place du condamné ; tage alterné entre une Indienne qui
musique et peinture s'équivalent, on a planté le décor ; on a peur accouche, la progression d'un cro
comblant le son et meublant l'ima de commencer en retard. Le con tale dans le sac de couchage du
ge. La - folie • de Strindberg et damné est innocent, bien sûr, mais réalisateur assoupi et la quête dé
de Munch étant supposée identi quelle importance si nous sommes sespérée des secours. Happy end
que, comme en témoigne la des au théâtre ? Le film peint en détail donc : le serpent mord.
cription de leur relation commune la préparation de l ’exécution. Le
avec Dagny, le théâtre de Strind juge, le greffier, le policier, le mé
berg procéderait du même refou decin légiste, le prêtre, le chef des THE RUBBER GUN
lement que la peinture de Munch. cultes, le bourreau, etc., bavardent :
Mieux vaut dire alors de ce théâtre, pour reculer le débat, pour éviter • Originalité - de The Rubber
de cette peinture, qu'ils n'impor de penser la culpabilité du fusillé, Gun, du Canadien A. Moyle : les
tent ni n'existent comme tels, mais ils recouvrent son silence d'un ba acteurs ont réellement vécu l’his
seulement comme scories d'une bil administratif : que tout soit fait toire. celle d‘un groupe d'artistes
crise psychologique, et qu’ils font dans les règles Importe seul à leurs marginaux et drogués. Si le débat
du remplissage. Oui surprendrait- yeux. Au fond, c’est comme un qui a suivi la projection a vu
on en remarquant que le générique cauchemar qui se retournerait en quelque passion, ce n'est pas
se déroule, en sales lettres violet rêve pour quelques petits fonction grâce aux qualités Intrinsèques du
tes. sur l'imagp d'un tableau et naires libres d‘exercer le pire (des film, mais grâce plutôt à la peraon-
54 Petit journal
choiK post-68, un abandon de vos tion, de son rôle, de sa technique, qu’il s'agirait plutôt d'une revendi
positions ? avoir un apport créatif tout en cation d'ordre anthropologique...
sachant que le dernier mot appar
P. Moraz. Après quatre ans de tient à celui (ou celle) qui en fait P. Moraz. Lorsque j’ai décidé
tournage disons pour simplifier son affaire, du début jusqu’à la d écrire un scénario avec l'idée de
• documentaire ». dans un même fin, et assume une sorte de con réaliser un film, Je ne me suis
lieu, les limites apparaissent. La trôle permanent du sen3. Si tout pas dit : ce film sera politique ou
réalité se dérobe sans cesse. C'est avait dû venir de moi seule pour je ne sais quoi... Il y avait seule
une banalité que de dire que la Les Indiens, le film ne serait pas ment cette image, un corps couché
chose filmée n'a pas le même sens ce qu’il est. Sans un producteur dans la neige, et un son, « morte
que la chose elle-même. Mais cette exécutif comme Robert Boner qui de froid et d'épuisement », qui fai
banalité est dure à se coltiner dans aménageait le temps, l’espace, l’ar saient écran (si j ’ose dire) à toute
gent en fonction des discussions autre velléité d'histoire. Ce point
un travail comme celui de la Ches-
naie. Les seuls qui tentent d'y ap que nous avions eues pendant la de départ je le livre tel quel, au
porter une réponse, ou du moins préparation et me donnait la pos début du film, avant le générique ;
de définir les termes du problème, sibilité de « réaliser », c ’est-ô-dire et mon projet c’était de restituer
c'est Godard et A.-M. MIévElle dans de découvrir, Je crois que Je serais avec l'ombre et la lumière, les
Ici et ailleurs. Mais ce n’est qu'une passée à côté de choses. Sans par images et les sons, le climat émo
pierre dans le champ des possi ler de Renato Berta et des Inter tionnel de l'adolescence, de re
bles. Il y a dans le cinéma vérité/ prètes dont les apports paraissent constituer le paysage social et
reportage/cinéma direct, un non- plus évidents. Mettre en scène, mental qui a rendu la mort de
dit pervers, tout fonctionne sur pour mol, c ’est tenir le film, bien Jenny Kern possible autant qu'im
sûr, mais aussi susciter, accueil prévisible.
l’imposture : où est la parole ? Oui
dit ? dans ce clnéma-là : celui qui lir et rejeter les propositions de
ceux qui travaillent, non pas pour
filme ou celui qui est filmé ? Les Si après tant d’années j ’abordais
deux bien sûr et l’effort consistera nous, mais avec nous.
la fiction, c'était bien aussi pour
à tenter de Ner/opposer ces deux On arrive au troisième point de bénéficier de ce détour par l'ima
discours, si possible dialectique votre question, à savoir si c’est un ginaire, pour découvrir certains
ment bien sûr... en attendant, au abandon de certaines options poli liens entre les choses qui avaient
tournage c’est toujours la confu tiques que de passer de la vidéo été jusque-là occultées. C'était ten
sion et ce n’est pas parce que le au cinéma disons traditionnel, du ter de me libérer des discours.
micro sera dans le champ que le moins dans sa fabrication. Or, actuellement. Il ne s'agit pas
problème je ra résolu. Finalement, seulement de faire un film, 1! faut
nous arrivons je crois à ce résultat Le cinéaste dont la pratique est le sous-titrer, l'expliquer, le Justi
que nous construisons un film au liée à une pratique collective ne fier. Alors j'al tenté quelques expli
montage et que ce film qui vou peut, me semble-t-il, se tenir à cations. Mais pour mol la fiction
lait révéler l’existence de la parole l’écart des luttes, se considérer cinématographique n'est pas une
d’autrui, est au bout du compte un comme une sorte de force auto tribune, elle n'a pas ô être à la
film sur nos fantasmes, presque nome et indépendante de la cou remorque de la théorie mais au
une fiction autobiographique (alors che sociale dans laquelle fl gra contraire à s'ouvrlr aussi libre
que, curieusement, je trouve que vite, l’exercice de son métier/art ment que possible au champ des
Les Indiens, c’est presque un docu étant organiquement lié à l’écono interprétations.
mentaire sur l’adolescence. Lau mie et à la politique. C ’est pour
sanne, la détresse...). Encore une quoi, en 1977, la vidéo telle que La fiction ne vaut que par les
fois, la présence dans le cadre des nous l'avons pratiquée avec Bois- règles qu'elle se donne pour se
câbles, micros, lumières, ne fait culllé, ne m’apparaît plus aussi ra représenter, et non par ses Inten
que redoubler ce sens et témoi dicalement défendable qu'en 1969 tions : je l’ai déjà dit. le cinéma,
gner de notre utopie qui sans où Je ne la considérais que comme comme l'enfer... Mais tout se passe
cesse avorte dès quelle se inet un outil permettant de rompre avec comme si le cinéma était con
en place : filmer la vie. Cela dit. des conventions d ’écriture, de damné à ce va-et-vient épuisant
le montage n’est pas fait et II se rythme, de langage, de défricher entre le réalisme politique et l'art
peut que nous découvrions un d'autres espaces de paroles et de pour l'art, entre une morale de l'en
moyen de sortir de cette Impasse. comportements, ignorant qu’elle gagement et un purisme esthéti
deviendalt l'instrument grâce au que. Pourtant, le cinéaste est celui
Donc, en 1975, quand j'ai com quel on se permet de liquider le qui travaille des matières : les
mencé à écrire Les Indiens, j ’en cinéma, l’alibi à la crise économi mots, la parole, la lumière, l'es
étais là : si un matériel disons brut que. pace, la voix, les gestes... (sans
se flctionnallse obligatoirement soit parler de l'argent et autres réali
Parce que ce qui me met au tés contingentes et nécessaires).
dans un discours théorique sur le
moins autant en colère que le ci
cinéma, soit dans une narration, Les idées ne sont ni des blasons,
néma • subversif de consomma ni des mots d’ordre, mais des ou
pourquoi rejeter la fiction ? Sans tion » type Le Shérlff. ou la fiction
parler bien sûr du ghetto de la tils sur lesquels on s’interroge,
naturaliste de gauche, ce sont ces et la question est moins « que
diffusion des bandes vidéo ot du produits • d'evant-garde » dont la
plaisir qu’il peut y avoir à tourner dire ? ■ que * comment dire ? ». Le
confection peu coûteuse, garantit
en 35 mm et en couleur. film est une fin qui découvre et
à moindre risque pour les finan véhicule son sens. Mais le public
ciers, le profit, sous couvert de et souvent la critique nous le ren
Et cela nous amène à la notion libéralisme. SI la recherche est un voient comme un moyen. Pour pa
d ’auteur. Dans une production tra risque, pourquoi les financiers ne rodier Marx, disons que le film
ditionnelle (cela dit en raccourci, le courent-ils pas eux aussi ? Cela n'est qu’une interprétation du mon*
car une fols de plus Je ne crois. dit, Il n'y a pas de quoi s'étonner, de et qu'on nous demande : com
pa3 comme dit Godard, que Ver- ni même se scandaliser. ment ce film transformera-t-il le
neull et certains auteurs c’est for monde ?
cément la même chose) la situa
tion est claire, le cadre est éta Cahiers. Vous dites quelque part
bli : on distribue les partitions et que dans Les Indiens fa critique (Propos recueillis
chacun peut, h partir de sa fonc n'est pas directement politique. par Serge TOUBIANA.)
58 Pciil journal
guerre. Cette culpabilité repose autres ont honte et qu'ils cher LES DIMENSIONS DE KING KONG
également sur les épaules de la chent à dissimuler pudiquement. OU DE JAWS
génération suivante ; en fait : sur L’utilisation du nom d’Hitler à de3
nos propres épaules. Lorsque Je fins commerciales est un sujet sur
jette un regard sur le monde, Je lequel j'ai l'intention de m'attar- il serait bien de faire un cha
vois que nous aimons toujours le der. Hitler : la plus grande re pitre du film dans le pur style
genre de choses qu'Hitler a susci cette du 20" siècle ! Et nous en hollywoodien, aux dimensions su
tées. Cela a commencé avec Wag tant que producteurs... Nous voici percolossales de King Kong ou de
ner. Récemment, quelqu'un qui en au cœur même de l’affaire. Nous Jaws. Speer imaginait le défilé de
tendait le titre Hitler en nous me avons des droits sur lui, ainsi la victoire à Berlin en 1950, filmé
lança : ■ Pas en moi 1 ■ SI j ’avais qu'une plus grande faculté de l’ap dans un style documentaire servile,
dit » le Wagner en lui », Il l’aurait procher que qui que ce soit d’au à la Riefenstahl : les colonnes de
peut-être accepté. On ne peut pas tre. Car ce film ne 3era pas uni soldats victorieux et les races Infé
nier le fait que tout ce que nous quement ironique mais, au con rieures captives menées devant
aimons est, en quelque sorte, ratta traire. il ira aussi loin que pos leurs maîtres : des Juifs comme
ché à Hitler. Il utilisa Goethe de la sible. Ce qui signifie que je n'ai Einstein, Fritz Lang, etc. Et c'est
même façon que nous utilisons pas l'intention de me ménager I exactement ce qui serait arrivé si
Wagner, lequel était bien plus pro Hitler avait eu la bombe atomique
che de lui. — et II l'a presque eue !
imaginons qu'il ait conquis Mos
TOUT EST FILME EN STUDIO cou et que la Russie tout entière
soit tombée. H avait déjà fait d'hor
LE MUR DE BERLIN : A quoi tout cela va-t-il ressem rifiants projets pour soumettre le
HITLER AURAIT AIME ÇA bler ? Tout sera filmé en studio. pays, des projets ancrés dans la
Nous pourrons ainsi reconstituer grande tradition historique occiden
la chancellerie du Relch comme tale, dont les modèles sont l'em
C'est cela le génie de Wagner, pire romain, les marchands d’es
ce qui nous amène è un point sen si elle n'avait jamais été détruite.
Nous aurons le ■ nid d'aigle ■ de claves et l'empire colonial britan
sible que Je ne cesserai de sou nique de notre siècle. Il savait exac
ligner : c ’est le fait que tout ce Berchtesgaden, dans notre studio,
comme II était à l'époque. C'est le tement ce qu'il faisait, et qui avait
que nous considérons juste et rem établi les précédents de ses pro
pli de signification sont des choses genre de chose que l'on peut faire
dans un film et, dans ce sens, ce jets. Cette célébration de la vic
que M. Hitler a touchées avant toire n'aurait rien d'horrible. Ce se
nous. Il est en fait l'initiateur de sera également un film sur le ci
néma, donc sur le ■ show busi rait plutôt une joyeuse apocalypse
bien des choses que nous accep comme Hollywood aurait pu en réa
tons comme faisant partie de notre ness » — avec Hitler dans le pre
mier rôle, ou, plutôt, Hitler en liser. Nous trouverons un moyen
héritage commun. Cela va plus loin de présenter cette scène mais, pour
que les autoroutes. Le mur de Ber nous, en puissance, et qui devient
réalité en notre être. Ce qu'il y l'instant, je préfère ne pas trop en
lin, par exemple, qui traverse l’Al parler.
lemagne de part en part, avec ses a d'intéressant dans tout cela, c’est
accessoires de camps de concen que la seule chose concernant Hit
tration, les grenades ô schrapnel : ler qui puisse se décomposer, son
Il aurait aimé cela ! Et, dans mon souvenir le plus Inflammable — le
celluloïde — est en fait la seule TRANSCENDER
film, c’est ce qui arrive : Il volt L’ELEMENT DOCUMENTAIRE
ô quel point nous avons bien assi chose qui demeure. Les milliers
milé ses leçons, de l'Allemagne d’édifices quï furent construits afin
Jusqu'en Chine. de durer mille ans, qui furent môme Le film n'a pas d'histoire, dans
conçus en fonction de l'apparence le sens classique du mot. Par exem
qu'ils auraient lorsque le temps ple, il n'y a pas de famille ou
les aurait réduits en ruine — pour vrière luttant contre le régime
CIRQUE ET FETE FORAINE qu'ils fassent de belles ruines — d’Hitler. pas plus que de mouve
ont disparu sous les bombes, de ment de résistance, ni d'actlon3
sorte qu’il n ’en reste plus qu'une héroïques. Ce n'est pas non plus
Combien de ses prophéties se scène shakespearienne, vide. Ce un documentaire radio pour les en
sont réalisées ? Comment s’en ac qui nous reste, bien vivant, c’est fants ! Le film est ma reconstitution
commoder ? Je ne pense pas sin ce qui a été Imprimé sur celluloïde. historique, fondée sur le vieux slo
cèrement que nous le puissions. Ce qui montre bien à quel point Ils gan : - Venez passer deux heures
Chaque génération devra faire face étaient malins — M. Gœbbels com agréables au cinéma I »... Il y a une
au problème du mieux qu'elle pour pris I qualité artificielle, de « cinéma »,
ra. J’essaiü de montrer, simple
une suite à mes récents films trai
ment, le point de vue allemand, à
tant de Ludwlg et de Karl May,
ma façon. Le film contiendra à peu
dans un style contemporain et mo
près 20 ou 22 chapitres. Chacun HITLER ELU : POURQUOI ? ral. En résumé, lorsqu'on fait un
essaiera d ’illustrer une approche du
film sur Hitler, Il est Important de
problème. Ils seront structurés
Aussi nous saisirons l'occasion transcender la simple perspective
comme de longs monologues, avec
de le faire revenir sur la pellicule, historique, l’élément documentaire.
un grand saut vers l'élément « show
avec quelques Interruptions bien C ’est vrai pour les films qu'Hitler
business » — mélange de l'Okto-
sur, et nous lui fournirons l’oppor a commandés. Il n'était pas simple
berfest, du cirque et de la fête
tunité de se faire réélire, de dire ment le plus grand chef de guerre
foraine.
à nouveau ce qu'il a dit. de vou de tous les temps, c'était égale
loir à nouveau ce qu'il voulait, et ment le plus grand créateur ciné
ce qui, je pense, était mal dans matographique que le monde ait
UNE DIMENSION COSMIQUE tout cela. Je crois que noua pen jamais eu ! Après tout, il avait Rie
sons tous aujourd'hui que c'était fenstahl. Il avait ses actualités.
mal. Et, à la fin, nous ne nous ren C'est pourquoi nous essayons d’ex
Tout devrait avoir une dimension drons que trop bten compte de la ploiter d’autres méthodes dans la
cosmique, l'homme le plus grand raison pour laquelle nous l'avons réalisation d'un film contemporain.
du monde, quelque chose dont les élu. Si nous utilisons du matériel docu
60 Petii journal
L ' é c r i t u r e cinématographique
d’Akerman porte sur des rapports
de mouvements et de repos, de
vitesses et de lenteurs. On parlera
de rapport de vitesses (et non de
rapport de forces) entre l’ascen
seur et Chantai Akerman lorsque,
dans Saute ma ville, elle fait la
course avec celui-ci.
Si dans ces films il n'y a pas
de développement (films sans com
mencement ni fin...) il y a par
contre un rythme ou plutôt des
rythmes variants. On pourrait par
ler d'un temps puisé dont les pul
sations subiraient des modifica
tions et tendraient môme è s'arrê
ter (temps non puisé) pour repar
tir en un autre rythme. Ce mixte
entre un temps puisé et un temps
non puisé est le résultat d’un tra
vail effectué par les lignes de fuite
qui traversent et déterritorlalisent
l'agencement Akerman. Ainsi le
temps puisé que vit Jeanne Diel-
man est traversé par différentes
lignes de fuite (comme son excep
studio de taille normale, par le tionnelle jouissance physique) qui
mentaire, ce seront des films tour
nés par des amateurs en 8 mm. biais de l a . projection, avec des l'amènent dans un temps plus ou
projecteurs. La magie des fai moins puisé (on ne peut vivre dans •
C'est pourquoi nous avons demandé
sceaux de lumière avait une grande un temps non puisé total car il y
à tous ceux qui avaient pu filmer
importance dans le monde d'Hitler, a alors un mouvement de déterrito-
Hitler dans la foute de nous faire
parvenir leur matériel pour, éven dans ses énormes défilés, par rialisation trop important qui mène
tuellement. l'incorporer dans le exemple. Pensez au projet de à la mort).
film. Fondamentalement, ce film est Speer qui était de construire une De même le temps puisé que
un ■ non-documentaire » sur Hitler, • cathédrale de lumière », Ne par vit Julie (C. Akerman) dans Je tu
car tout le reste serait Incompré lons même pas de l'importance du il elle (le 1er jour, le 2* jour...)
hensible. Ce n'est pas non plus cinéma à cette époque ! Nous ne change progressivement de rythme
une comédie de boulevard. voulons pas nous servir de cela (repère par la menstruation) pour
dans un sens métaphorique, simple aboutir à un temps quasiment non
ment en tant que document pour puisé qui, avec le narcissisme, la
PROJECTIONS ET REVES le présent mais, plutôt, pour Inten mènerait à la mort si une ligne
FANTASMATIQUES sifier notre compréhension de cette de fuite n’intervenait pas. En l'oc
époque. currence la ligne de fuite est sa
L’année 1923 jouera un rôle signi H.J. SYBERBERG. sortie par la porte vitrée dans la
ficatif dans notre film. Mais elle (Extrait du dossier de presse quelle elle regardait (les lignes
ne fera l'objet que d'un seul des de l'INA). de fuite peuvent jouer un rôle soit
20 ou 22 chapitres d ’un film qui de déterritorlalisation soit de re-
aura probablement, deux, trois et territoriallsatfon dans I espace-
peut-être quatre fois la longueur temps).
d’un long métrage normal. L'idée A propos des films
maîtresse de la réalisation de ce Dans Saute ma ville. Akerman
film sera le concept de • projec de C. Akerman : colmate les fuites {avec du ruban
tion *. La projection dans son sens
symbolique fut une des principales
un adhésif)
(suicide
ce qui la mène à la mort
par le gaz).
réussites d'Hitler. Nous nous de
mandons encore si Hitler projeta
temps-atmosphère Ce que dit C. Akerman à pro
pos de News from home est va
sa volonté sur le peuple ou si Les films de Chantai Akerman lable . pour tous ses films : « Tout
c’est le contraire. Cette - question ne- peuvent être ressentis ou pen se joue en termes do ruptures, de
retiendra notre attention. C'est sés en termes de structure, de rythmes visuels, -de lignes -, (Cf.
pourquoi nous voulons réaliser développement ou de binarité Le. Monde du 7-5-77).
notre idée de projection en studio. (structure molaire). Il semble en
Nous montrerons le monde d'Hit effet que Chantai Akerman se situe, D’autres raisons font que les
ler sous forme de projections, de à travers ses films, sur un plan films d'Akerman se situent sur un
rêves fantasmatiques, de projec étalé toujours en mouvement (con plan moléculaire (opposé au plan
tions de la volonté qui donneront trairement au plan de développe molaire, plan de développement) et
leurs contours à ces visions. Au ment sur lequel on piétine et qui notamment l’utilisation qu'elle fait
jourd'hui, 30 ans après, la vision, a tendance à rester fixe). Ce plan des pronoms personnels : le « Je «
qui nous a hanté pendant .12 ans, étalé, ou plutôt plan de consistance, qu’elle utilise n’a rien à voir avec
impressionne la jeune génération est constamment traversé par des le « Je » de la subjectivatlon ; Il
comme quelque chose de fluores lignes, des flux, qui se conjuguent s'agit là du « Je » événementiel où
cent. quelque chose qui est passé les uns avec les autres. Dans Hôtel comme le dit Virginia Woolf : « Je,
rapidement, comme un cauchemar. Monterey, les lignes de l'ascenseur, n'est qu' un terme commode qui
C ’est pourquoi je veux me servir se conjuguent avec les lignes des désigne un être dépourvu de toute
de notre technologie et matériel couloirs pour aboutir à une ligne réalité ». Dans les Cahiers (n* 276) ■
pour construire un Hitler dans un de fufte : la fenêtre. Narboni parle de la « quatrième
Petit journal 61
personne du singulier > qui serait ... Les flux, donc, ne se croisent
■ Je tu il elle » à la fois ou tout
Le cinémasse pas uniquement : ils se conjuguent
et même se cumulent d'un point
simplement - On ».
Dans Je tu II elle, le camion
de de vue événementiel : des flux
neur (N. Arestrup) marque le con
tre point en employant le « Je » de
Wim Wenders d’information se conjuguent avec
des flux de circulation {le jour
la subjectivation. nal, plié en petit bateau, flotte sur
l'eau ; les lanternes de projection
Le côté anorexique de C. Aker- Les films de Wim Wenders ne circulent dans le camion, au fil du
man accentue le devenlr-molécu- nécessitent aucune Interprétation. temps)...
laire de ses films (« Il faut se Un film « réussi » ne s'interprète
faire un corps qui ne soit pas pas, il s'exprime par lui-même, par
La conjugaison de ces agence
un organisme ■ ) : dans Saute ma des agencements de flux, dans un
ments de flux constitue un véri
ville, sa façon de manger et de rapport d'images et de sons.
table voyage. Ce n’est ni un voya
tout rendre propre et pur ; dans
ge touristique, ni un voyage visant
Je tu il elle, sa façon de manger Les films de W. Wenders fonc à retrouver ses origines, ses raci
du sucre pur ou de suçoter une tionnent par rencontres. Des flux nes ; ceci n'est qu'un faux prétex
bière. se rencontrent, se croisent, et ça te : tout comme par les photos, il
Son homosexualité, dans Je tu donne de nouveaux flux qui con s'agit de se fixer sur quelque chose,
il elle, est le refus (inconscient tinuent leurs routes, se séparent, se fixer un but, savoir que l'on a
ou non) de la formation de couple se retrouvent ailleurs,,. Par la con vu ceci ou cela, pour se rassurer
(conjugallté binaire) au profit d'un jugaison de ces flux, des événe que l'on existe. Mais si Alice ai
double ; donc rapport d'alliance ments se produisent. Puis des évé me une photo pour son vide c'est
plutôt que rapport de filiation. Ce nements rencontrent d’autres évé qu'elle se trouve sur un plan où
qui compte, sont les rencontres et nements : ça donne les films de le voyage se justifie à lui tout
surtout pas l’enracinement. Wim Wenders : flux de créativité seul, en tant qu'événement. Ouant
(création cinématographique d'évé à • l'ami d’Alice », qui par tous
Ouant à la petite ritournelle nements) et non flux d'auteur (le les moyens essaie de se raccro
qu'elle plaque è la fin de Je tu il ■ moi je » dominateur, centre du cher à quelque chose, de se re
elle ou quelle hurle en montant monde). trouver, il arrive, avec l'aide d'Ali
l’escalier au début de Saute ma ce. à passer du plan d'organisation
ville, elle correspond au • Tra- (des formes) à un tout autre plan :
La ligne-route cotoie la ligne-(de)
lalalala... > du petit garçon qui ap le plan de composition (des évé
chemin de fer ; c'est au passage
prend la mort de sa mère. Il s'agit nements), le plan d'Alice. Le de-
à niveau que les deux lignes se
de se reterritorialiser par rapport croisent et dans les gares qu’elles venlr-femme d’Alice s'accompagne
à un événement déterrltorialisant. simultanément du devenir-enfant de
se rencontrent. Il y a aussi : la li
En effet, C. Akerman, qui ne cesse son ami.
gne-fleuve qui croise la ligne-
pas de se déterrltorlaliser (lignes route, ou la ligne-chemin de fer,
de fuite), a besoin de se reterrito au niveau des ponts. Des flux cir Les individus que l'on rencon
rialiser plus ou moins sinon c’est culant sur ces lignes, tendent à se tre sont eux-mêmes des événe
la mort : d’où l’apport de ces ri croiser et quelquefois se rencon ments — • Qui es-tu ? ■. «Je suis
tournelles qui sont là plus pour trent. Ces rencontres s’effectuent mon histoire » — Ils ont tous plus
marquer un territoire que pour faire souvent à la suite de fuites ; par ou moins perdu leur propre iden
de la musique. exemple lorsqu'un flux-automobile tité : ils se cherchent à travers
C ’est sur le plan de consistance, quitte sa ligne-route pour aller sur les événements qu'ils rencontrent.
constitué de multiplicités molécu une ligne-fleuve... Une rencontre Lorsque le « déprimé de l'usine
laires. que s ’effectuent les diffé peut aussi être due à l'absence désaffectée ■ parle de sa femme
rents devenir. On peut parler du d'un flux-avion... morte dans un accident d'auto, il
devenir-femme de C. Akerman. de
la même façon qu'on peut parler
du devenir-femme de Godard. Et
c'est en ce sens-là que les films Au fil du temps.
de ■ femmes ■ ont plus de ■ vo
lupté ■ que les films d'hommes,
(il ne faut pas considérer la dualité
homme-femme, ni opposer le soi-
disant spontanéisme féminin à l'or
ganisation fascl3ante de l’homme).
L’émotion que C. Akerman nous
fait éprouver à travers ses films
(ce qu'elle appelle la volupté)
n'est pas due au fait qu'elle soit
du sexe féminin, pas plus est-ce le
fait d ’un habile développement
dans la réalisation, mais est due à
sa disponibilité à provoquer des
agencements [agencements de dé
sir...) et à sa position sur un plan
de consistance (semblable et en
même temps différent de celui de
Godard).
On pourrait parler de l’at
mosphère Akerman car tout est at
mosphère dans ses films : Temps-
Atmosphère.
Emmanuel MAIRESSE
62 Petit journal
c'est le devenir-accident de la
femme... La femme n'est jamais (M. Akkad) Parce qu'il pose une question
représentée comme un objet de dé formelle-technique : comment jouer
sir ; elle fait partie d'un agence de l'interdit de la figuration du
ment de désir à travers un évé Prophète ? Le film s'organise, en
Le Message se veut édifiant, édi-
nement. [Refus de la représenta ficateur. même d'une forme d'œcu effet autour d’un signifiant maître
tion sujet-objet.) absent. Le point de fuite de l’image
ménisme moderniste où la spéci
ficité de l’Islam se dissout en une n'est pas un sujet mais la place
Ce n’est pas un hasard si les absente du sujet. Le regard du pro
vague bondieuserie, proche des
films de Wenders se déroulent en phète organise la vision car le pro
Dix Commandements de Cecil B.
un lieu géographique bien précis : phète en tant que sujet, historique
DeMille. Les différences de durée
la frontière. En effet, tout se si n'est en rien par-delà les appa
entre la version arabe — plus hié
tue en bordure : bordure du Rhin, rences. Absent de la représenta
ratique avec ses vedettes égyptien
bordure de la frontière RDA-RFA, tion, il n'en organise pas moins,
nes et syriennes — et la version
aéroport, gare... Se tenir à la limite dans les scènes où il est marqué
américaine ne tiennent pas à la
d'un territoire, sur un seuil, c'est présent/absent, un tissu symboli
une façon de se déterritorialiser. Il « lenteur de la langue arabe ■
(comme l'a écrit une presse brouil que spécifique. Le film fonctionne
n'y a pas de centre. Les villes sur un évitement structurant le
constituent des événements sur les lonne) mais aux anecdotes, plus
nombreuses dan3 la première ver champ visuel, qui pour l'excéder,
lignes-routes, les lignes-rails et les n'en décide pas moins de son or
lignes-fleuves. 11 faut considérer un sion. Etrange destin que le tour
nage même du film. Bien qu'Akkad ganisation à partir du hors champ.
réseau de villes comme lieu de Le film pointe donc le « d ’où est-ce
conjugaison des lignes de flux, se soit entouré des Ulémas de
l'Université Al Azar, il fut contraint que ça regarde ? ■. Mahomet est à
donc un lieu propice aux rencon la fois porteur des énoncés et du
tres. d’abandonner le Maroc pour pour
suivre son projet dans le désert processus de rénonciation ; trace
libyen. Malgré ses évidentes pré non inscriptible, il suscite une
Si les personnages ont l’air tous « demande ». Hors champ perpétuel,
si angoissés c’est que ça fuit de cautions le film n’est toujours pas
distribué en Egypte. su et dit comme tel, Mahomet est
partout. Séparations, ruptures, sou pur manque d’où s’enclenche la
venirs, rêves, morts hantent les fiction. De par sa figurabiIité im
individus-événements. Le contenu religieux se réduit ici
possible. Mahomet joue ici fonc
à un vague progressisme huma
tion d'infinie relance du désir. La
Dans Au fil du temps, Wim niste. Le Prophète prône l'égalité
demande de représentation, de nar
Wenders pose le problème de sa des sexes (ce que Je n’ai pas
ration du film, bute sur l’interdit
voir : Comment ça marche ? Com exactement lu dans le Coran), des
qui le branche sur un autre regis
ment ça va pas ? notamment dans races [Biïal, le disciple africain est
tre. Plutôt que dans le vu nous
l'imprimerie et dans le cinéma. Le un mixte de Spartacus et du Sidney
sommes ici dans le donné à voir.
« kamikaze >, avant de partir, Poitier des droits civiques. Hind
L’islam nous amène à reconnaître
écrit : « Il faut tout changer >. Il (Irène Papas) la femme de l'ennemi
qu'avant l’œil il y a le dispositif
y a un refus de toutes les insti du prophète Abou Sofiane use
du regard. L'Image elle-même n'est
tutions centralisées et centralisa d'une vengeance toute psychologi
pas nécessaire au prophète, l'écran
trices (casser la TV, éteindre la ra que à l’égard du fidèle neveu du
noir porte un moment la seule
dio). W.W. nous le fait sentir avec prophète Hamza (Antony Ouinn).
bande son qui récite les Sourates.
finesse, sans manichéisme-binarité. Bref, le film s’inscrit dans une
Repérer au cœur du cinéma le plus
11 n'y a pas de problème de clas continuité linéaire si simple que
banalement commercial des effets
ses, pas de vilains bourgeois, pas la rupture de l'Islam y est quasi
d’aristocrates décadents, pas de employés — sur un autre mode cer
absente. La Ka'ba, à ciel ouvert
tes, par Straub — devrait interro
prolos plaintifs : C’est un film de à l'époque du prophète, se donne
ger les dichotomies trop simplistes
masse. C’est du ciné-masse. ici dans une évidence actuelle/
qui pointent et découpent classi
éternelle. La violence, le kerygme
cisme et modernité.
Le cahier des surfaces de l'en qui dessaisissait le chamelier pro
fant dans la gare c'est le devenir phète, qui fit schisme culturel est
du cinéma de Wim Wenders. ici masquée. Un Négus chrétien Oue de3 effets formels venus de
l'interdit donnent consistance aux
joue le conciliant rôle du troisième
Emmanuel MAIRESSE voix, que le regard du prophète
terme entre polythéistes et musul
ne soit pas simple flux linéaire
mans ! L’universalisme du message,
mais inscription de surfaces et de
traité dans un. code blblîco-hoîly-
volumes produit un « effet » déci
woodlen — Ls Tunique et Le Roi
sif. Quand les Compagnons du pro
des Rois sont explicitement dé
phète s'écrient : « protégeons-le »,
marqués — ferait sourire si l'on
ils protègent la caméra. C’est la
ne savait qu’un bon dieu œcumé
caméra elle-même qui fuit les pier
nique — Bible et Coran réunis —
res que les enfants lui jettent. Le
ne sert aujourd'hui à la rééducation
prophète peut être un homme à
des dissidents indonésiens.
la caméra, à condition que celui-ci/
celle-ci ne passe pas devant un
Mais rien n'est épargné au Pro miroir où Il/elle s'inscrirait. L’œil
phète. il est même pacifiste. Rien, perd alors la fonction de tenir un
bien sûr. sur le raid sur Ouarayza. corps, il est support de l’ensemble
sur la réduction des Juifs de Khay- sonore, du texte sacré. Le texte se
bar. A trop vouloir fonctionner pour donne comme excès, énoncé, par
tous publics (la musique de Maurice rapport à la mise en Image. Ici une
Jarre n’évite vraiment rien) à par mise en scène banale s'avère exem
tir d'une structure d’engendrement plaire d'inaccomplir la prise de
unique se spécifiant sur demande, l'Auteur.
le film perd toute pertinence. Pour
quoi donc en parler ici s’il est Christian DESCAMPS
63
Le film Nucléaire, danger immé Les paysans des environs de Aujourd’hui, lucidité et courage
diat, tourné quelques semaines Malville qui viennent dire, face à la sont du côté de Robert Bresson qui
avant le grand rassemblement in caméra, qu'ils ont reçu des mena ose faire de ces menaces la subs
ternational de Malville fin juillet ces de mort anonymes, témoignent tance même de son dernier film,
1977, balance à la manière d'un non seulement de l’enjeu écono nommer le diable, braver le ridi
bateleur de foire et sur un rythme mique et politique incalculable que cule, en proposant, disent ceux qui
de chanson de rock quelques in représente l’implantation des cen s'en défendent, « un contenu idiot
formations spectaculaires sur les trales. mais aussi — et c ’est le mais une forme très belle «. Contre
dangers de la construction du sur- principal intérêt de ce film — qu'il la société du plutonium qu’on nous
régénérateur, le Super-Phénix. In existe cher ceux qui n'exigent rien prépare et qui sera d’esprit, techno
formations impossibles à assimiler de la société — et qui l’énoncent logique, policière, et destructrice
et trop rapidement énoncées, mais avec un calme, une absence d’em (impliquant à long terme de gran
qui ont au moins le mérite de phase et d’hystérie, ' impression des destructions — on n’a jamais
donner envie d’aller se renseigner nants — une capacité de résistan vu des armes rester Inemployées),
soi-même sur ce qui nous attend ce illimitée quand cette même so on ne peut qu’opposer un conser
ici, en France et en Europe, dans ciété veut s’approprier les lieux, la vatisme obstiné, dans la mesure où
les quelques années à venir. terre même où ils vivent, abolir l'expansion économique des régi
une culture humaine et leur Impo mes forts est « progressiste », et
ser une construction sur laquelle où progressiste signifie de plus
Passé ce discutable matraquage,
ils savent au moins cela : qu'on en plus : croissance des pouvoirs
le film montre les lieux (Malvllle
les trompe. (pouvoir de production-consomma
si bien nommée) entourés de gril
lages et gardés par des gendarmes tion, pouvoir idéologique des Etats
Sans vouloir ni pouvoir mettre sur les individus). Contre les so
qui acceptent avec les ■ écologis
en doute — nous sommes d'ail ciétés qui manipulent du qualitatif
tes », qui vivent et dorment sur leurs bien au-delà d'un système de
place, de parler. Mais, en dehors [les êtres vivants) pour obtenir du
vérités formelles et de droits litté quantitatif, il faut que ceux qui font
du film, ce - parler » a ses limites :
raux auxquels on voudrait limiter des films (pour en rester au ciné
ce que pensent les gendarmes de
le débat dans les discussions pro ma) et cherchent à exprimer les
cette menace dont Ils doivent, par
contrat de travail, défendre l’édifi pagées par la presse et l’ensem contradictions vivantes des êtres
cation, nous ne saurons peut-être ble des média — l’exactitude des vivants, continuent plus que jamais
jamais rien. calculs de l'EDF ni la compétence à penser quantitativement les per
de ses employés, il nous suffit de sonnages qu’ils inventent (comme
leur opposer cette vérité élémen des matériaux savamment calculés
5.000 tonnes de sodium à 545° ou violemment sentis, qui dans leur
seront rassemblées là un jour (à taire : qu'on ne peut être luge et
relation forment une œuvre et où
moins que...), que le moindre con partie, ce qu'elle ne manque pas
les accidents sont de la vie plus
tact avec l’air peut enflammer. de faire lorsqu'elle s’octroie la
dense qui affleure) pour redonner
Ouand on sait que l’industrie est mission d'émettre les Informations du qualitatif {ce que les sociétés
dans l ’incapacité d’éteindre des qui servent sinon ses Intérêts Im volent aux êtres vivants), c’est-à-
feux de sodium portant sur plus médiats, du moins son Idéologie. dire de l'émotion, l’énergie qui Ir
de quelques centaines de kilogram On nous assure que • toutes les radie des corps : c ’est-à-dire ce qui
mes (soit 1/10.000' de la charge enceintes ont été dimenslonnées n’a pas besoin d'être compté pour
du Super-Phénix), on peut deviner pour les agressions et cataclys être compris.
l’énormité des dangers pour toute mes suivants : séismes, Incendies,
une région (il est vrai qu’en ce chutes d’avions, éclatement de tur Ou’est-il permis d'espérer? Com
qui concerne les végétaux, les mi bine. sabotages ». C ’est exiger de ment vivre quand on sait que la
néraux et les animaux — cétacés, nous une foi à laquelle nou3 som Science, cette fidèle servante Inu
oiseaux, renards, loups, lynx, mam mes peu disposés. Contentons-nous sable des Etats forts, exige de
mifères de toutes sortes qui sont de citer ce paragraphe d'une cir plus en plus de sacrifices, qui.
exterminés depuis des années — culaire intérieure de cette même comme eux, ne pense qu’en ter
on accepte leur extinction au nom mes de quantités — pour elle
EDF : • Nous entrons dans un
du progrès et de l'amélioration du comme pour l'Histoire qui a sa rai
niveau de v ie ). Pour donner un monde où nous comprendrons de
plus en plus difficilement ce qui son. les faits ont force de loi —
exemple : l'eau du circuit-turbine, et qu'il viendra un Jour où de sa
au niveau des échangeurs du cir se passe dans les grandes installa
tions industrielles, qui apparaîtront crifices en sacrifices se présen
cuit secondaire, est en surpression
fermées à nos regards et parfois tera l'holocauste du genre humain ?
de 150 atmosphères par rapport
à nos intelligences. Eh bien. Il fau Que signifie l'avenir quand l'his
au sodium fondu, dont elle est
séparée par 4 mm de métal. Sans dra l ’accepter. * Le passage bruta1 toire humaine va s'identifier de
même faire appel à une défaillance de la première à la deuxième plus en plus à la convergence de
humaine ou à un quelconque acci phrase Implique bien des consé toutes les énergies pour servir et
dent technique, sans aller jusqua quences, et notamment celle-ci : proclamer le règne de la produc
imaginer des luttes armées Inté qu’il nous faudra tout avaler. Les tion et du profit et qu'elle pliera
rieures sur les lieux mêmes, ou explosions les plus meurtrières, les toutes les terres, toutes les mers,
encore des guerres internationales épidémies les plus dévastatrices et bientôt les planètes à sa loi ?
dont ces édifices énergétiques se et la radioactivité assurée pour N’est-ce pas là un contenu ô la
raient les premières cibles (comme 24.000 ans pourront faire partie de mesure du cinéma ?
les barrages pendant la Deuxième ce que les regards ne pourront
Guerre mondiale), nulle région pas considérer, de ce que les In Jean-Claude BIETTE
64
SM
Projections de la Coopérative des Cinéastes
Lundi 3 octobre, de 20 h 30 à 24 h :
— Le 15 du 0 (41') .................. Chantai AKERMAN
— Sensltométrle III (20') .......... Patrice KIRCHHOFER
— Carolyn danse (10') .............. Martine ROUSSET
— Urgent ou A quoi bon exécu
ter des projets puisque le pro
jet est en luf-même une Jouis
sance suffisante (92') .......... Gérard COURANT
Lundi 10 octobre, de 20 h 30 à 24 h :
le film: sa forme/son sens — 10 tracés (20‘) ...... ................ Steve FARRER
— Andro 1 (25') ........................... Jean-Pascal AUBERGE
— C'est profond là d'dans (6') Yves ROLLIN
— Les contrebandières (90’) Luc MOULLET
Lundi 17 octobre, de 20 h 30 à 24 h :
— The boy frlend 2 (35’) ----- Lionel SOUKAZ
— Interview (5') ........................... Georges PASTRANA
— Horizontal HOLD (36’) .......... David WHARRY
i
— Le cinéma en deux (10') . . . . Patrice ENARD
t
i — Deux fols (80') ....................... Jackle RAYNAL
q
i
Lundi 24 octobre, de 20 h 30 à 24 h :
— Allée des signes (21') ........ Luc et Gisèle
MEICHLER
CHRISTIAN BOURGOIS EDITEUR — Chromatlclté 1 (11') ..............
— Eugénie de Franval (t0 5 ‘) ..
Patrice KIRCHHOFER
Louis SKORECKI
Edité par les éditions de I Etoile - S.A.R.L. au capital de 20 000 F - R.C. Seine 57 B 18 373 - Dépôt à la date de parution -
Commission paritaire n° 57650 - Imprimé par Abexpress. Bondy - 656.70.82.
Le directeur de publication : Jacques Doniol-Valcroze - PR1NTED IN FRANCE.
ANCIENS NUMEROS DES CAHIERS DU CINEMA
10 F 1 4 0 - 1 5 9 - 1 8 7 - 1 8 8 - 1 9 2 - 1 9 3 - 1 9 5 - 1 9 6 - 199 - 202 - 203 - 204 - 205 - 206 - 208 - 209 - 210 - 211 -21 2 - 213 - 214-
215 - 216 - 217 - 218 - 219 - 222 - 224 - 225 - 228 - 229 - 230 - 231 - 232 - 233 - 240-241 - 244 - 247 - 248 - 249 - 250 -
253 - 256 -2 5 7 - 264 - 265.
15 F 207 (spécial Dreyer). 220-221 (spécial Russie année 20). 226-227 (spécial Eisenstein). 234-235. 236-237.
238-239. 242-243. 245-246. 251-252 (spécial Rétro). 254-255. 258-259. 260-261.
Les commandes sont servies dès réception des chèques, chèques postaux ou mandats aux CAHIERS DU CINEMA, 9. Passage de
la Boule-Blanche. 75012 PARIS. C.C.P. : 7890-76. Paris.
Commandes groupées : les remises suivantes sont accordées aux commandes groupées :
— 25 % pour une commande de plus de 20 numéros.
— 30 % pour une commande de plus de 30 numéros.
(ces remises ne s'appliquent pas aux frais de port).
Vente en dépôt : pour les libraires, les ciné-clubs, pour toute personne ou groupe désirant diffuser les CAHIERS DU CINEMA,
nous offrons une remise de 30 %.
85 F Collection 1972-1973 : n° 234-235. 236-237. 238-239. 240 - 241. 242-243. 244. 245-246.
(+ 6 F pour frais de port) 247 - 248.
75 F Collection 1974-1975: n° 249 - 250. 251-252. 253. 254-255. 256 - 257. 258-259.
( + 6 F pour frais de port) 260-261.
130 F Collection EISENSTEIN : Nous offrons à nos lecteurs la collection complète des vingt-
(+ 12 F pour frais de port) trois numéros dans lesquels ont paru les textes d'EISENSTEIN (n° 208 à 211. 213 à 227.
sauf le ns 223 épuisé, 231 à 235), au prix spécial de 130 F ( + les frais de port). Cette
75 F Collection 1976 : n° 262-263. 264 - 265. 266-267. 268-269 (spécial Images de marque).
{ + 6 F pour frais de port) 270 - 271 - 272.
BULLETIN DE CO M M ANDE
M. : .............................................................................. ; ..............................................................................................
Adresse : .....................................................................................................................................................................
la collection : 1971 □
1972-1973 □
1974-1975 □
1974-1975 □
1976 □
la collection EISENSTEIN □
JiNKM/'
NOM ........................... Prénom . . .
POUR 10 NUMEROS :
BULLETIN
D'ABONNEMENT FRANCE : 98 F ETRANGER : 105 F
Etudiants, Ciné-Club, Libraires : FRANCE : 88 F, ETRANGER : 92 F
A nous retourner
9. passage de la POUR 20 NUMEROS :
Boule-Blanche FRANCE 170 F ETRANGER : 102 F
Paris 75012 Etudiants, Cinô-Ctub. Libraires : FRANCE : 170 F, ETRANGER : 168 F.
Je suis abonné et cet abonnement prendra la suite de celui en cours (joindre la der
nière bande).....................................................................................................................................
Je ne suis pas abonné et cet abonnement débutera avec le n ° ........
NOUVEAU TARIF Je m'abonne pour 10 numéros........ 20 numéros........
D'ABONNEMENT Mandat-lettre joint □
POUR LA FRANCE ET Mandat postal joint □
Chèque bancaire joint □
POUR L'ETRANGER Versement ce jour au C.C.P. 7090-76 □
Charles Spaak
mon man
Charles Spaak
50 ans de cinéma
français
150 scénarii de films
196 noms célèbres
beaucoup d’anecdotes §
23 photos et lettres à
288 pages □
38 F. 1
Charles Spaak mon mari par Janine Spaak,
l’histoire passionnante d’un des plus grands
hommes du cinéma contemporain.
N° 279-280
S O M M A IR E
Libérons Paradjanian
LE C IN E M A DANS LA P E IN T U R E
Entretien avec Jacques Monory
La trappe
(Autour de 8 toiles de Monory), par S. Le Péron
Questions : 13 toiles de Gérard Fromanger, par P. Kané
LES F IL M S
1
LE DIABLE P R O B A B L E M E N T , de Robert Bresson
L ’orgue et l’aspirateur (La voix off et quelques autres)
par S. Daney
Modernité de Robert Bresson, par J.-P. Oudart
2
A U T O U R DE Q U E L Q U E S FIL M S R É C E N TS
Au-delà.du principe de P. (Le camion, Comment ça va, Maman Kusters)
par J.-P. Fargier
Il n ’y aurait plus qu’une seule image (Le camion, News from home,
Alice dans les villes)
par D. Dubroux
Louons maintenant les grands hommes (A propos de Sunday to o fa r away)
par J. Taricat
3
C R ITIQ U ES
L ’image et le corps (L'homme qui aimait les fem m es), par B. Boland
Eloge du photomaton (La communion solennelle, l'ombre des châteaux)
par S. Le Péron et S. Toubiana
4
CINEM A FRANÇAIS. 2
Entretien avec André Techiné (Barroco)
Entretien avec Pascal Kané (Dora et la lanterne magique)
E S T H E T IQ U E A R A B O -IS L A M IQ U E
L ’icône et la lettre, 2. par Abdelwahab Meddeb
Note sur une note de Comolli et sur un cinéma tordu, par P. Bonitzer