2.3.
L’économie classique
On regroupe sous l’étiquette d’économistes classiques essentiellement six acteurs dont deux
français.
Il y a tout d’abord l’école écossaise avec Adam Smith (1723-1790) qui publie La Théorie des
sentiments moraux en 1759 et les Recherches sur la nature et les causes de la richesse des
nations en 1776.
Il y a tout ensuite l’école anglaise avec thomas Robert Malthus (1766-1834) qui publie l’Essai sur
le principe de population en 1820 ; David Ricardo (1772-1823) qui publie les Principes
d’économie politique et de l’impôt (1817) et John Stuart Mill et ses Principes d’économie
politique (1848).
Enfin, il y a l’école française avec Jean-Baptiste Say (1767-1832) qui publie ses Cours d’économie
politique en 1828 et Frédéric Bastiat (1801-1850) qui publie Les Harmonies économiques
(1851).
La période de formation et de développement des théories économiques classiques est
concomitante de la révolution industrielle (1750-1850). Cette révolution touche l’agriculture,
l’industrie et la démographie. Des progrès considérables sont réalisés dans l’organisation du
travail et dans l’utilisation des machines. Ce contexte historique pousse les auteurs à réfléchir, à
s’interroger sur les causes de la croissance économique qu’ils voient se réaliser sous leurs
yeux.
Cette expansion sans précédent en Europe est aussi marquée par l’expansion démographique.
Ainsi, l’Angleterre comptait 5 millions d’habitants en 1700 et 11 millions en 1800. Cette
croissance résulte à la fois d’une augmentation de la natalité et d’une diminution très rapide de
la mortalité. Cet accroissement est due aussi à l’amélioration de l’hygiène et de la qualité de
l’alimentation.
a. L’école écossaise : la pensée économique d’Adam Smith (fondateur du courant classique)
C’est en pensant aux progrès de l’industrie que Smith, peu de temps après Quesnay élabore une
théorie du mode de production capitale.
Né en Ecosse en 1723, fils d’un contrôleur des douanes, Adam Smith étudia à Glasgow. Il
enseigna la littérature à l’Université d’Edimbourg puis la philosophie morale à l’Université de
Glasgow.
En 1759, il publie sa doctrine sur l’éthique intitulée Théorie des sentiments moraux (TSM).
Il réside à Toulouse, Genève et Paris de 1764 à 1764. Il en profite pour rencontrer Quesnay et
ses disciples. De retour en Ecosse, il rédige son œuvre magistrale Recherches sur la nature et les
causes de la richesse des nations qui paraît en 1776.
Dans l’introduction de la Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, Adam
Smith énonce clairement que son thème central est le développement économique. Il considère
que la croissance de la richesse découle de facteurs de longue période. Parmi ceux-ci, il y a le
comportement opportun des hommes. Son système économique repose sur l’homme et sa
capacité à bien se comporter en société. Ce qui est premier dans l’enrichissement, au-delà des
questions fondamentales de l’accumulation du capital ou de la division du travail, c’est l’attitude
de l’homme dans l’échange marchand et même de manière plus radicale, l’attitude de l’homme
dans sa vie en société. Il n’est donc pas possible d’étudier la pensée économique d’Adam Smith
sans faire référence ou en oubliant la TSM pour ne se consacrer qu’à la Recherches sur la nature
et les causes de la richesse des nations
Parmi les diverses théories développées par Smith, on peut retenir celle de la « main-invisible ».
La « main –invisible » est un concept utilisé par Smith pour expliquer que dans un système de
marché concurrentiel, les intérêts des individus (producteurs) peuvent contribuer aux intérêts
de toute la société. Mais cela n’est vrai que dans un régime de libre concurrence. Et les
interventions sur les marchés empêchent le jeu de la main invisible et sont en définitive
néfastes aux consommateurs, c’est-à-dire au plus grand nombre. Pour Smith, le rôle de l’Etat est
restreint car l’économie est autorégulée.
L’Etat doit laisser faire, c’est-à-dire qu’il doit y avoir pour permettre le développement
économique liberté de production et laissez-passer, c’est-dire autoriser la liberté du commerce.
Pour Smith, un système économique ne peut pas être inventé. Il faut pour comprendre
l’économie décrire ce qui existe déjà : le mécanisme du marché et des prix.
Tout homme, livré à lui-même, cherchera à maximiser sa propre richesse et par conséquent,
tous les hommes, s’ils ne sont pas freinés par l’intervention de l’Etat maximiseront la richesse
totale. Il ya dans cette perspective harmonie spontanée des intérêts. Elle est à l’origine de la
théorie classique puis néoclassique de la concurrence pure et parfaite. Il faut noter que Smith
ne prône pas la disparition de l’Etat à qui il reconnait le devoir du maintien de la sécurité
militaire, de la justice et d’ériger et d’entretenir certains édifices publics et certaines institutions
publiques qui ne sont jamais de l’intérêt d’un individu particulier ou d’un petit nombre
d’individus.
b. Les classiques anglais
❖ David Ricardo (1772-1822)
La pensée économique de Ricardo est très riche. On en retient trois aspects particulièrement
saillants : la théorie de la valeur travail, la théorie de la rente foncière et la théorie des couts et
avantages comparatifs.
❖ La théorie de la valeur travail
Pour Ricardo, la théorie de la valeur fondée sur un seul facteur ( le travail) est capable, même
imparfaitement, d’expliquer la détermination des prix dans le monde réel. Ricardo distingue le
prix naturel du prix courant. Le prix naturel dépend de la quantité du travail incorporé dans le
produit. Le prix courant pour sa part est un prix de marché qui dépend de l’offre et de la
demande. Pour Ricardo, le prix courant ne fait qu’oscille autour du prix naturel et la valeur des
biens reflète la valeur naturelle ou valeur travail. Cette pensée aura une grande influence sur les
théories de Marx(1818-1883). Ricardo cependant distingue les biens reproductibles par
l’industrie et qui sont gouvernés par la valeur travail des biens non reproductibles par l’industrie
qui ont une valeur qui dépend de leur rareté. Dans certains cas particuliers, la valeur subjective
des biens est reconnue par Ricardo. Dans ce cas, l’offre et la demande peuvent jouer leur rôle
dans la détermination des prix de marché. Mais, pour la grande majorité des produits de
l’industrie, c’est bien la valeur travail qui explique les prix. Le travail est alors comme toute
marchandise, mesuré par son prix de revient. Et les variations de la situation du marché du
travail ne peuvent pas changer le salaire de subsistance : Le prix courant du travail est le prix
que reçoit réellement l’ouvrier, d’après les rapports de l’offre et de la demande, le travail étant
cher quand les bras sont rares et à bon marché lorsqu’ils abondent.
❖ La théorie de la rente foncière
Pour Ricardo, l’augmentation de la population nécessite un accroissement de la production
agricole et pour cela, on doit commencer à cultiver les terres les plus rentables. Comme les prix
des produits agricoles s’alignent sur le cout de production de ces produits, les agriculteurs dont
la terre est plus productive, bénéficient d’un écart plus élevés entre le prix de vent (prix unique
pour un même produit) et leur propre cout de production : c’est la rente foncière.
❖ La théorie des couts et avantages comparatifs
Ricardo ne reste pas confiné dans une économie fermée, nationale. Il veut aussi comprendre les
échanges internationaux. Le raisonnement clé de l’analyse libérale est que chacun recherchant
son intérêt va se spécialiser de manière à maximiser la production et la consommation totale.
Ricardo élabore une théorie des couts et avantages comparatifs. C’est- à- dire qu’il va tenter de
montrer que l’efficacité détermine la spécialisation et que le libre-échange enrichit un pays en
donnant accès aux richesses des d’autrui. Ricardo soutient que même dans le cas où un pays est
avantagé sur tous les produits, il a tout de même intérêt à se spécialiser dans le produit pour
lequel il l’avantage comparatif le plus grand.
Exemple l’Angleterre et le Portugal produisent deux biens : du drap et du vin