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ÉTUDE DE CAS 14.1
WILLIAM LE VOYEUR du quartier voisin, où il a remarqué une fenêtre éclairée à l'étage.
Sans vraiment préméditer son geste, il a garé sa voiture et dressé
William V. est un programmeur informat ique de 28 ans qui une échelle trouvée sur les lieux, puis il y a grimpé pour jeter un
vit seul. Il a grandi à la campagne dans une famille conservatrice coup d'œil dans la chambre. Alertés par les bruits, les propriétaires
qui adhère à de profondes valeurs religieuses. Il a deux frères plus ont appelé la police, qui a arrêté William. C'est sa première arres-
jeunes et une sœur aînée. William a commencé à se masturber à t at ion, mais William n'en était pas à son premier méfait du genre ...
15 ans ; la première fois, il regardait sa sœur en train d'uriner dans En théra pie, William a avoué souffrir d'un sentiment de soli-
une toilette extérieure. Malgré un intense sentiment de culpabilité, tude et d'insécurité ... Six mois avant son arrestation, sa petite
il acontinué de se masturber deux ou trois fois par semaine tout en amie a mis un t erme à leur relation de longue date. D'un naturel
donnant libre cours à ses fantasmes voyeuristes. timide et peu enclin à s'affirmer, il s'est replié sur lui-même et a
Un soir d'été, vers 23 h 30, William est arrêté pour avoir grimpé augmenté sa consommation d'alcool. Ses fantasmes voyeuristes,
sur une échelle et regardé furtivement dans la chambre d'une mai- déjà présents au départ, sont devenus de plus en plus impérieux à
son de banlieue. Juste avant cet incident, il a bu beaucoup d'alcool mesure que l'estime de soi de William périclit ait. Bien qu'il recon-
dans un bar-salon où se produisait une danseuse nue .. . Se sentant naisse le caractère irrationnel et aut odestructeur de son gest e, son
seul et déprimé en sortant du bar, il a roulé lentement dans les rues arrestation lui a causé un violent choc.
Source: Rosen et Rosen, 1981, p. 452-453. Reproduit avec la permission de McGraw-Hill Book Company.
La sexualité est l'un des aspects les plus personnels - et les plus dans !'Étude de cas 14.1, qu'ils deviennent problématiques. Dans
intimes-de la vie d'une personne. Nous sommes tous des êtres ce chapitre, nous étudierons la gamme complète des pensées,
sexuels avec des préférences et des fantasmes qui peuvent nous des émotions et des activités sexuelles généralement perçues
surprendre ou même nous scandaliser à l'occasion. Ils font pour- comme étant anormales et dysfonctionnelles, qui caractérisent
tant partie d'une sexualité normale. C'est lorsque nos fantasmes les dysfonctions sexuelles (voir l'encadré 14.1 à la page suivante).
ounos désirs ont des effets indésirables ou pervers sur nous- Le présent chapitre comprend trois grandes parties. Nous
mêmes ou sur autrui, comme le voyeurisme de William présenté examinerons d'abord la théorie et les recherches sur le «trouble
Encadré 14.1
B. Les dysfonctions sexuelles - -
Les troubles paraphiliques et les dysfonctions
1. Troubles du désir sexuel
sexuelles a. Diminution du désir sexuel chez l'homme
2. Troubles de l'excitation sexuelle
A. Les troubles paraphiliques
1. Trouble fétichiste
a. Trouble de l'intérêt pour l'activité sexuelle ou d I' .
sexuelle chez la femme e excitation
2. Trouble transvestisme
3. Trouble pédophilie
b. Trouble de l'érection
4. Trouble voyeurisme
3. Troubles de l'orgasme
5. Trouble exhibitionnisme a. Trouble de l'orgasme chez la femme (inhibition de l'o
rgasme
6. Trouble frotteurisme chez la femme)
7. Trouble masochisme sexuel b. Trouble de l'orgasme chez l'homme (inhibition de
8. Trouble sadisme sexuel l'orgasme chez l'homme)
9. Autre trouble paraphilique spécifié (p. ex., la zoophilie, c. Éjaculation prématurée (précoce)
la nécrophilie) d. Éjaculation retardée
10. Trouble paraphilique non spécifié (ne remplit 4. Troubles sexuels liés à des douleurs
pas tous les critères des autres troubles) 5. Dysfonction sexuelle induite par une substance/unmédicallle11t
Source: Adapté de DSM-5 (American Psychiatrie Association, 2013}.
de l'identité sexuelle », un terme qui décrivait autrefois les Les caractéristiques du trouble
personnes qui ne s'identifient pas à leur genre de naissance.
Ce diagnostic controversé a été abandonné dans le DSM-5. de l'identité sexuelle
Ensuite, nous aborderons les trou bles paraphiliques, caractéri- Le trouble de l'identité sexuelle, ou transsexualisme, ne fait
sés par un intérêt envers des activités ou des objets sexuels inu- plus partie du DSM-5, ce qui représente un changement majeur.
sités. Nous étudierons aussi le viol qui, bien qu'il ne figure pas
Comment le décrivait-on auparavant? Les personnes qu'il affecte
parmi les critères diagnostiques, mérite qu'on s'y attarde dans ont le sentiment profond, généralement depuis la petite enfance,
un manuel de psychopathologie. Enfin, la troisième section d'appartenir au sexe opposé. Elles détestent les vêtements et les
de ce chapitre porte sur les dysfonctions sexuelles, défi nies activités propres à leur genre de naissance. Malgré leurs carac·
comme des perturbations du fonctionnement sexuel nor- téristiques anatomiques évidentes - les organes génitaux et les
mal qui affectent de nombreux individus relativement sains
caractères sexuels secondaires normaux, comme la barbe chez
psychologiquement. l'homme et des seins développés chez la femme-, elles sont
convaincues d'appartenir à un autre genre que celui que les
autres voient en elles. Ainsi un homme peut se regarder dans le
miroir et voir un corps d'ho~me, mais sentir ce corps comme s'il
14.1 Le trouble de l'identité était celui d'une femme. Il peut tenter de se faire passer pour un
sexuelle et la dysphorie membre du sexe opposé et même subir une opération pour que
son corps corresponde au genre auquel il s'identifie.
de genre Levine (2003) a décrit ainsi un homme dont le comporte-
ment relevait presque du fétichisme et du transvestisme:
Es-tu un garçon ou une fille? » « Un homme ou une femme? » ., . lt , profession·
« Un couple marie depuis 32 ans a consu e un
Pour la majorité des gens, même ceux qui souffrent d'un . , rt en rentrant
nel peu apres que la femme eut decouve , . ,
trouble mental grave comme la schizophrénie, la réponse à chez elle à l'improviste, que son mari était sorti habiHeen
• • publique
cette question est immédiate et évidente. Et cette réponse ne femme. Elle était persuadée que cette apparition n
t' ation de so
fait aucun doute pour les autres. Notre sentiment d'être un en tant que femme était le signe d'une al er , les
homme ou une femme, notre identité sexuelle, est si profon- . • ·11 . ait avoue que
Jugement. Trente ans plus tot, 1 u, av . dégui·
dément ancré en nous dès la petite enfance que, quelle que vêtements de femmes l'excitaient et qu'il voulait se fusé
Elle avait re
soit l'intensité du stress éprouvé à un moment ou un autre, la ser en femme lors des rapports sexue1s. nue
, ' t 't pas reve
plupart des gens n'ont aucun doute sur leur sexe. Par contre, tout net. Depuis cet incident, eIle ne a, rel••
d'' rer son «sec
l'orientation sexuelle désigne notre préférence pour le sexe du sur le sujet et avait fait semblant ,gno parce
partenaire. Ainsi, un homme peut être attiré par les hommes Intérieurement, elle se rongeait souvent les sangs son
I
(orientation sexuelle) sans pour autant se prendre pour une qu'elle craignait que son mari enfile sa culotted eleurs
· uence e
femme (identité sexuelle). soutien-gorge pour se masturber. La f req
s sexuels avait diminué après sa requête initial
rappO rt é . . e collaborateurs (20l 6) t .. ,
ours des 20 ann es suivantes, elle avait petit à pet·t risque de . 1 on cite 1oppression sociale, un plus grand
et, au C . 1
, loppé une aversion pour les contacts physiques avec v10 ence et un taux 1 ·1 é , .. .
S P use ev d exposItIon a la violence.
~~ecouple n'avait plus de rapports sexuels depuis lO ans. . ~~ un autre plan, on a procédé à la réévaluation et à la
mise a Jour des lignes d" .
d . ,rectrices en matière de formation et
ari, un professeur d 'éducation physique de 55 ans à / p(rat1que clinique. En 2015, l'American Psychiatrie Associa-
Le rn .• h .. d . ion APA) _a publié des lignes directrices touchant les services
l'allure très v1nle, a c 01s1 e suivre une thérapie indivi-
psychologiques off rt
duelle pour po~voir exprimer son ?i_le~me. Il ne voulait . e s aux personnes transgenres et aux non-
as faire souffrir sa femme, Celle-et eta,t convaincue que co~form,stes sexuels. L'objectif de ce document est« ... de sou-
p n désir «lascif» dispa raîtrait s'il fortifiait sa foi et priait tenir l~s psychologues afin qu'ils puissent fournir des services
so . . competents, adaptés et transaffirmatifs aux personnes trans-
davantage, mais son man savait que rien, ni même son
genr~s et_aux non-conformistes sexuels» (APA, 2015, p. 832. Tra-
éducation religieuse fondamentaliste, ne pouvait atténuer
duction libre). Dernièrement, Singh et Dickey (2016) ont publié
son besoin périodique de porter des vêtements féminins.
un article d'opinion dans lequel ils évaluent l'ampleur des défis
, Sije lui parle de mon transvestisme, elle se met en colère
actuels, surtout en ce qui touche les lacunes de la formation en
et se ferme. Si j e ne lui dis rien, son imagination s'emballe
psychologie pratique. Ils appellent également les psychologues
et elle me punit pour des actes de transvestisme que je
à devenir des pionniers de l'implantation de politiques progres-
n'ai pas commis. Si je cesse de me travestir, je me prive
sistes. Les auteurs croient que l'objectif ultime est d'adopter
d'un bien-être inégalé et d'un plaisir sublime, et le désir
une «pratique positive» qui soit pertinente et bien adaptée aux
finit par me submerger. Je suis perdant quoi qu'il en soit.
clients et qui prenne en compte le fait que leur 1Jie et leur bien-
Dois-je honorer ma femme ou ma propre identité?» La être reflètent des identités sociales multiples ~t qu'une foule
fréquence quotidienne de ses séances de masturbation d'in;quités sociales et d'obstacles systémiques peut influer
n'avait pas beaucoup changé. 11 était persuadé qu' il se sur ceux-ci (Singh et Dickey, 2017). Les problèmes qu'a affron-
masturbait parce que sa femme refusait d'avoir des rap- tés Jenna Talackova, qui a eu gain de cause comme première
ports sexuels. « Heureusement, mon transvestisme m'a transgenre à participer au concours Miss Univers, illustrent bien
empêché d'avoir des aventures avec d'autres femmes.» ce genre d'iniquités.
Une grande partie de nos connaissances sur les questions
Tiré de Levi ne, dans Tasman, Kay et Lieberman, 2003,
liées à l'identité sexuelle provient des travaux réalisés par la cli-
p. 1490 (Traduction libre)
nique de l'identité de genre des enfants et des adolescents (Child
Avant la publication du DSM-5, ce trouble aurait été considéré and Adolescent Gender ldentity Clinic) du Centre de toxicomanie
comme un trouble d'identité sexuelle et non comme un trouble et de santé mentale (CAMH) de Toronto. Cette clinique a ouvert ses
transvestisme, l'une des paraphilies que nous étudierons plus portes en 1978 et compte Kenneth Zucker, Susan Bradley et Ray
loin dans ce chapitre. Bien qu'ils portent souvent des vêtements Blanchard parmi ses experts affiliés. Zucker a présidé le comité sur
du genre opposé, les travestis ne s'identifient pas à ce genre. les troubles sexuels du DSM-5. La participation de ces spécialistes
Pourquoi le trouble d'identité sexuelle a-t-il été abandonné? au comité chargé de fournir de la rétroaction sur les critères dia-
Depuis de nombreuses années, des experts affirmaient que cer- gnostiques du trouble d'identité sexuelle définis dans le DSM-IV
taines personnes ne s'identifiaient tout simplement pas à leur (Bradley et collab., 1991) démontre bien l'influence qu'ils exercent
genre de naissance et qu'il ne fallait pas les stigmatiser pour dans ce domaine. Toutefois, une controverse a éclaté en 2015 et le
autant ni leur accoler une étiquette de malade. La société est CAMH a fermé sa clinique après 30 ans d'opération. Zucker a été
beaucoup plus sensible à ces questions aujourd'hui. Toutefois, licencié et cette décision contestée a fait les manchettes dans tout
nous avons certainement besoin d'approfondir nos connaissances le Canada et ailleurs. Dans un article publié dans le Globe and Mail,
et de recueillir plus de données grâce à la recherche inductive. une employée du CAMH a expliqué qu'elle avait été motivée par le
C'est pourquoi l'American Psychiatrie Association (APA) a fondé fait que la thérapie pratiquée à la clinique «n'était pas conforme au
une nouvelle revue sur la psychologie de l'orientation sexuelle modèle de pensée actuel» (Anderssen, 2016. Traduction libre), Ce
et de la diversité des genres en 2014, Elle y publie des articles sur commentaire semblait faire allusion aux plaintes concernant l'ap-
divers sujets, dont l'un portait sur une étude unique menée auprès proche préconisée par Zucker, qui consiste à procéder lentement,
d'un échantillon provenant de la communauté composé de pendant plusieurs années au besoin, afin de donner le temps à
573 femmes transgenres de la région de San Francisco et qui l'enfant d'en venir à accepter son genre de naissance. Or, les opi-
avaient déjà travaillé dans l'industrie du sexe (Glynn et collab., nions divergent considérablement sur ce qui convient le mieux à
2016), Les auteurs de l'étude ont établi une corrélation positive l'enfant, et de nombreux experts voient cette approche comme
ent~etrois types d'affirmations du genre (psychologique, médical et une forme de thérapie de conversion en contradiction avec l'im-
~cial), une meilleure estime de soi et un plus faible taux de dépres- portance accordée à l'heure actuelle dans notre culture au respect
sion, mais une corrélation négative avec l'idéation suicidaire. Il immédiat des désirs et des besoins des personnes transgenres.
~t important de cerner les facteurs susceptibles d'améliorer le Lorsque les problèmes liés à l'identité de genre appa-
dien-être des personnes transgenres en raison des niveaux élevés raissent très tôt, il arrive que l'enfant adopte des comporte-
Pae détresse
. psycho1ogIque
•
qui• affectent la plupart d'entre eIles. ments transgenres. Par exemple, il peut porter des vêtements
L rm, les facteurs qui contribuent à cette détresse, Glynn et ses de l'autre sexe, préférer des camarades de j eu et j ouer à des
jeux typiques du genre opposé (p. ex., un garçon qui s'amuse sentent mal à l'aise dans le rôle social . . .
, . , . assigne a leu
avec des poupées BarbieM0). Évidemment, ces enfants tardent en etant a I aise avec leur sexe biologiqu rgenretout
à acquérir un sentiment de constance ou de stabilité sexuelle, . e. 11sont s
retirer ce trouble chez l'enfant du DSM D . uggéré de
· e Pus1 ils s
p. ex., accepter qu'on sera toujours un garçon ou une fille gravement préoccupés par le fait que l'ass . ' . e sont dits
(Zucker et collab., 1999). Les parents reconnaissent générale- ,.d . ,
de l I entIte sexuelle avec un trouble ment . oc1at1on du t
1 . rouble
• ,, . . a nsqua1t d
ment les problèmes liés à l'identité sexuelle quand leur enfant buer a I etIquetage et a la stigmatisation des f econtri-
en ants att •
atteint l'âge de deux à quatre ans (Green et Blanchard, 1995). ce trouble qui expriment leur homosexualité. eintsde
Les personnes souffrant de problèmes liés à l'identité de genre Certaines données issues des recherches s ,..
suscitent souvent la désapprobation et sont victimes de discrimi- ., • l''d
des t rou bles 1Ies . , ur I et1olooi
a I entIte de genre ont rév -1- b'e
. . e e que ceu .
nation en matière d'emploi quand elles choisissent de se travestir. pourraient avoir une cause biologique. Plus pré • . X·ci
cIsement u
Le transvestisme est moins problématique pour les femmes parce étude menée auprès des membres d'une famille étend ' ne
que la mode leur permet de porter des vêtements masculins. Les République dominicaine a démontré l'influence des hue de la
personnes touchées par le trouble d'identité sexuelle souffrent sur l''d . , Il (
I entIte sexue e lmperato-McGinley Guerrero G .
ormones
. ' , autIer et
souvent d'anxiété et de dépression, ce qui n'est pas étonnant étant Peterson, 1974). Les suJets de sexe masculin n'avaient pa . .
, . . ssecreté
donné leur situation psychologique difficile et l'attitude néga- 1hormone responsable de la formation du penis et du s
. crotum
tive de la plupart des gens à leur égard. Dans l'enfance, le trouble pendant leurdeveloppementfœtal. Ils étaient nés avec un m·
. . inus-
d'identité sexuelle est associé à l'anxiété de séparation (Brad ley et cule penis et un scrotum ressemblant aux plis labiaux féminins.
Zucker, 1997). Les deux tiers d'entre eux avaient été élevés comme des filles
Bien que le transsexualisme ne soit plus considéré comme mais à la puberté, leurs organes sexuels s'étaient transformé~
un trouble, il vaut quand même la peine d'étudier les facteurs sous l'effet de la testostérone. Leur pénis avait grossi et leurs tes-
qui contribuent à son développement étant donné la détresse ticules étaient descendus dans le scrotum. Dix-sept des 18 sujets
qu'il peut provoquer. En fait, le DSM-5 a conservé une section avaient alors développé une identité sexuelle masculine.
sur la dysphorie de genre afin de tenir compte des personnes D'autres recherches montrent que les enfants de mères
qui éprouvent un sentiment de détresse lié à leur identité humaines et les petits d'autres primates qui ont reçu des hor-
de genre. Ce critère met davantage l'accent sur le sentiment de mones sexuelles pendant la grossesse adoptent souvent les
« non-congruence » entre le genre vécu ou exprimé et le genre comportements propres au sexe opposé et présentent des
de naissance que sur l'identification au genre opposé. On anomalies anatomiques. Ainsi, les chercheurs ont découvert
reconnaît aujourd'hui que la dysphorie de genre peut revêtir que les filles dont la mère avait pris des progestatifs synthé-
plusieurs formes et s'exprimer de multiples façons, notamment tiques, soit des précurseurs des hormones sexuelles mâles,
selon l'âge de la personne atteinte. De ce fait, un diagnostic de pour prévenir les saignements utérins pendant la grossesse,se
dysphorie est justifié uniquement dans la mesure où le trouble conduisaient comme des « garçons manqués » pendant leurs
s'accompagne d'une détresse ou d'une altération du fonction- années préscolaires (Ehrhardt et Money, 1967). De même, les
nement cliniquement significatives (APA, 2013). petits garçons dont la mère avait pris des hormones féminines
La décision de conserver la dysphorie de genre dans le pendant la grossesse étaient moins sportifs et dédaignaient
DSM-5 et de supprimer le trouble d'identité sexuelle est lar- souvent les jeux robustes prisés par leurs camarades du même
gement attribuable à un article clé publié par une équipe de sexe (Yalom, Green et Fisk, 1973). Même si leur identitéde genre
chercheurs canadiens. Bartlett et ses collaborateurs (2000) ont n'était pas nécessairement anormale, ces enfants semblaient
effectué une analyse conceptuelle des données existantes sur avoir développé plus de centres d'intérêt et de comportements
ce trouble afin de déterminer s'il devait être considéré comme transgenres du fa it que leur mère avait pris des hormones
un trouble mental lorsqu'il touche des enfants (Bartlett, Vasey sexuelles avant leur naissance. .
et Bukowski, 2000). Ils ont conclu que le diagnostic de trouble La rubrique Découverte 14.1 approfondit ces questions a
d'identité sexuelle ne devrait pas s'appliquer aux enfants qui se t ravers un cas célèbre qui a connu un dénouement tragique.
Découverte 14.1
. d' problème.
lui a recommandé la circoncision pour reme 1er au . ,
Joan/John: les parts de la nature et de . 'f x soit d une
Toutefois, en raison soit d'un équipement de ectueu ' a été
l'environnement dans le développement erreur du chirurgien, le pénis de John, l'un des j ume~ux, mais
, 1 · rs chirurgiens,
détruit. Les Thiessen ont alors consu 1te P usieu . . ale
de l'identité de genre fon chirurgie
aucun ne voyait d'un œil favorable la reconstruc 1
En 1965, Linda Thiessen a donné naissance à des jumeaux de sexe du pénis de John. •rnission
masculin. Sept mois plus tard, elle a remarqué que le prépuce des En décembre 1966, les Thiessen sont tombés sur une e é de
heur renomm ..,
bébés se fermait, ce qui rendait la miction difficile. Son pédiatre de télévision dans laquelle John Money, un cherc -,,
•té Johns Hopkins, vantait le succès de l'inversion sexuel!
l·univers1
. le pratiquée sur des transsexuels. Ils ont alors commun·
e
Le dénouement de l'histoire de John/Joan contraste avec celui
~~ 1
d'un cas similaire survenu au Canada et décrit par Bradley Oliver
c Money pour qui transformer John en Joan représenta t
uèavec ' . . . 1
Ch_ern'.ck et Zucker (1998). Un bébé de deux mois, dont le pé~is avai~
Q eure solution. Ce plan 1mphqua1t la castration, la construc
1ame111 . . f . . . éte brulé au cours d'une circoncision par électrocautérisation, a fini
, rganes gen1taux em1rnns et un traitement subséquent à
uon dd'hormones
o Il
sexue es.
par _le_perdre. Les parents ont alors décidé de réassigner un genre
féminin à l'enfant et de l'élever comme une fille. Selon Bradley et
l)ase Plusieurs années plus tard, Money a décrit ce cas comme une
ses collaborateurs (1998), l'enfant a fait l'obJet d'un suivi à long
site complète qui corroborait sa théorie selon laquelle l'iden
reus d. . é I' . terme et passé une entrevue à l'âge de 26 ans. Dans cette étude de
. d genre est etermin e par environnement Par la suite il
ute e . . • cas, la jeune fille a conservé le genre féminin qui lui a été réassi-
écrit plusieurs articles sur le suJet dans lesquels il réaffirmait la
gné, ce que Bradley et ses collaborateurs (1998) attribuent au fait
a ·te de l'opération. Or, la réalité était tout autre• Deux cher•
reUSSI qu'elle a été élevée comme une fille. Toutefois, ils ont aussi signalé
cheurs, qui avaient retrouvé Joan plusieurs années plus tard, ont que la jeune Canadienne est bisexuelle et qu'elle a eu des expé-
ené des entrevues avec elle et avec ses parents. Le tableau qui riences sexuelles avec des femmes et des hommes. De plus, elle a
;est alors révélé à eux était très différent de celui que Money avait développé de nombreux centres d'intérêt masculins et occupe un
peint et démontrait plutôt que la biologie influe fortement sur emploi de col bleu dans un domaine en grande partie dominé par
l'identité sexuelle. les hommes. Les chercheurs (1998) ont émis l'nypothèse que ce
Même si on leur avait conseillé d'encourager les comportements comportement masculin pourrait être une conséquence de sa bio-
femininschez Joan, ses parents la décrivaient comme un vrai «garçon logie sexuelle masculine et de l'androgénisation prénatale de son
manqué •· Adeux ans, elle avait déchiré sa première robe et, pendant système nerveux central. Néanmoins, contrairement à John/Joan,
ses années préscolaires, ses jeux étaient nettement masculins. Ce cette étude de cas canadienne montre que la jeune fille continue
schéma de comportement s'est poursuivi à l'école primaire. A11 ans, de s'identifier au genre féminin qui lui a été réassigne malgré ses
Joan devait commencer ses traitements à base d'hormonesféminines tendances masculines.
afin de favoriser le développement de ses seins et d'autres caractères
féminins. Ses médecins recommandaient aussi la construction d'un
vrai vagin. Bien qu'elle ait accepté à contrecœur de prendre des estro-
gènes, Joan avait toujours fermement refusé la chirurgie.
A14 ans, Joan a décidé de cesser de vivre comme une femme.
Elle a commencé à s'habiller en homme et à uriner debout, et s'est
inscrite dans une école technique. Devant son refus de se faire opé-
rer et la perspective d'une vie remplie de détresse, ses médecins
ont finalement recommandé à ses parents de lui dire la vérité.
Joan a aussitôt repris le prénom de John et décidé de faire tout
ce qui était possible pour renverser les traitements antérieurs. Elle
apris des hormones mâles, a subi une ablation des seins et s'est
fait construire un pénis artificiel. A 21 ans, John a subi une seconde
opération pour améliorer son pénis artificiel et à 25 ans, il s'est
marié.
Ce cas démontre clairement les bases biologiques solides de
l'identité de genre: même sans pénis et après avoir été incité à se com-
porter en femme et développé des seins grâce à la prise d'œstrogènes,
John ne s'est jamais identifié au genre féminin (Colapinto, 1997).
Plus tard, le livre de Colapinto (2000 [2014)) L'histoire vraie du
garçon que l'on transforma en fille nous a appris que ce cas était
celui d'une famille de Winnipeg et raconte en fait l'histoire tragique
de Brenda/David Reimer. Reimer a demandé à Colapinto de révéler
savéritable identité et de fournir plus de détails sur son histoire. Ces
révélations ont incité diverses associations à réviser leur position.
Ainsi, l'Association américaine de pédiatrie recommande désormais
de prendre en compte divers facteurs quand vient le moment de
décider si un enfant devrait être élevé comme un homme ou une
femme. Malheureusement, David Reimer s'est suicidé le 5 mai 2004
à l'âge de 38 ans. Il avait subi plusieurs revers, notamment une
~P~ration et un deuil prolongé après la mort de son jumeau Brian,
frJ
decédé brusquement en 2002 après avoir pris un mélange toxique
d'antidépresseurs et d'alcool. Selon Colapinto (2004), la décision de
David de s'enlever la vie a été fondamentalement motivée par ses Bien que tous les enfants aiment se déguiser, la plupart des
ruminations sur sa physicalité, son identité sexuelle et son senti- transsexuels affirment que leur identité de genre était déjà
ment de non-congruence sexuelle alliées à un profond sentiment de perturbée dans l'enfance et qu'ils aimaient porter des vête-
ments non typiques de leur sexe.
deconnexion et d'isolement social.
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