Les temps sont durs. La foi et la folie vont de pair, en cette époque troublée.
Douter des disciples
du Christ, de leur pureté et de leurs travaux pour amener l’Homme hors de l’ombre du Malin?
Voilà à quoi cela nous a conduit: chaos, barbarie et ruine. Les royaumes chrétiens, France en tête,
sont en plein chambardement. Après la pluie vient le beau temps, et cette abomination
huguenote faiblit.
Alors que les têtes couronnées reprennent leurs places comme légats de la chrétienté, les âmes
plus modestes sont laissées sans direction, en proie à l’hésitation, et parfois à la colère. Sans
l’influence bienfaitrice de l’Eglise, ils ne savent plus où se trouve la frontière entre pragmatisme
et zélotisme. C’est là où mon ordre intervient.
J’appartiens à l’ordre Dominicain, dans une branche dont le rôle est celle de «pacificatrice». Le
fondateur de la branche, voyant clairement la folie qui prenait racine dans toute l’Europe
occidentale, pris sur lui-même de soigner et apaiser le peuple.
A l’origine, je n’étais pas censé entrer dans les ordres. Ma famille, de bonne noblesse, souhaitait
que je m’oriente vers la direction de la flotte familiale pour nous assurer de solides revenus
commerciaux dans la méditerranée. Ces plans ont été quelque peu modifiés par les désirs de ma
soeur cadette. Cette petite sotte, tombée amoureuse d’un nobliau de campagne, eut la bonne
idée de s’enfuir avec lui, brisant ses fiançailles avec le neveu de l’archevêque de notre région. Ne
voulant pas se brouiller avec l’autorité ecclésiastique, ma famille négocia avec celui-ci pour
arranger la situation. N’étant pas fiancé, étant assez jeune et déjà lettré, je fus désigné pour
devenir l’un des suivants de l’archevêque. Ma première tâche? Trouver ma très chère sœur, et
remettre quelques lettres de réprimandes sévères à elle et à son futur époux. Grâce aux
puissantes connections du clergé, ce ne fut pas difficile. Accompagné par d’autres représentants
de la famille, je pus revoir ma soeur et lui transmettre les messages. Le contenu était clair:
aucune aide ou dot de notre part ne lui serait envoyé, à elle ou son mari. Je rajoutais quelque
messages personnels: par sa faute, je me retrouvais expédié loin de la famille. Par son égoisme,
elle nous coutait énormément. Ce genre de paroles.
J’enrageais, et je la jugeais complètement responsable de ma situation. Qu’elle le soit ou pas, ces
messages fissurèrent pendant des années notre famille. Et bien vite, je regrettais de n’avoir été
plus compréhensif. Peut être était-ce l’éducation ecclésiastique qui me fit changer d’opinion sur la
question. Peut être était-ce mon affection pour ma soeur. Quoi qu’il en soit, je commença à
envoyer des courriers à ma soeur, lui demandant de ses nouvelles, l’informant de ce qu’il se
passait ici, de la vie au sein de l’église... cela prit du temps, mais elle finit par me répondre. Les
lettres n’étaient pas longues, mais elles étaient là. J’appris qu’elle avait eu deux filles, et que son
mariage était assez heureux, que malgré tout, notre mère la contactait une à deux fois par an...
La relation était fine, mais elle était là. Et je souhaitais continuer à la développer.