Évolution et créationnisme : enjeux historiques
Évolution et créationnisme : enjeux historiques
ABRET
Education Nationale
Introduction page 3
La théorie de l’évolution.
Le créationnisme page 18
Références page 38
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Introduction
Depuis que les hommes tentent de comprendre les lois de l'univers, ils
sont parvenus à plusieurs résultats importants et dénués d'ambiguïté: la
Terre est ronde; elle tourne autour du soleil; les vers et les microbes ne
naissent pas spontanément de la matière organique... De même, la réalité
de l'évolution ne fait plus aucun doute aujourd'hui. Toutes les espèces,
animaux, végétaux ou micro-organismes, se transforment au cours du
temps. L'ensemble des êtres vivants descend d'une même population
d'organismes unicellulaires qui vivaient il y a plusieurs milliards d'années.
Depuis l'apparition des premiers animaux, des millions d'espèces sont nées
(et la plupart d'entre elles se sont éteintes). L'une de ces espèces est la
nôtre, Homo sapiens. Même si elles ne font pas explicitement référence à
ces affirmations, toutes les sciences de la vie se situent dans le cadre de
l'évolution.
La théorie de l'évolution est la seule explication qui unifie une énorme
accumulation de données provenant de plusieurs disciplines scientifiques :
zoologie, paléontologie, embryologie, éthologie, écologie, médecine... En
ce sens, ce n'est pas une «simple» théorie, que pourrait balayer une
observation isolée en apparence contradictoire. Comme l'histoire, elle
décrit des événements passés, donc inobservables, mais elle s'appuie sur
des preuves à la fois nombreuses et indépendantes les unes des autres,
tels les gènes et les fossiles. Comme dans les autres sciences
expérimentales, les chercheurs émettent des hypothèses et les vérifient
par de nouvelles observations ou par des expériences. L'évolution a aussi
été réellement observée, au laboratoire et dans la nature. Cependant,
l'histoire des êtres vivants est encore mal connue, même si les
découvertes d'espèces fossiles comblent peu à peu les trous immenses qui
subsistent dans notre connaissance des faunes disparues. Les mécanismes
précis de l'évolution sont loin d'être tous élucidés. La nature des
transformations des espèces, leur rythme, les réactions chimiques mises
en jeu font l'objet d'innombrables débats qui prouvent la vitalité de ce
domaine de la recherche.
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Les origines de l’homme dans la pensée
occidentale
Chez la plupart des peuples dont nous connaissons la culture, grâce à des sources
orales ou écrites, il existe une ou des histoires à propos des origines du monde.
Certaines cultures légitiment leur présence sur un territoire par des récits privilégiant
l’autochtonie : création spontanée à partir du sol ou d’un être primordial, d’autres
adoptent la notion de cycle marquée par de grandes transformations, voire des
métamorphoses entre des types différents d’être vivants…
Avant l’ère chrétienne, nombreux sont les philosophes qui spéculent sur les origines
de l’homme et du monde. Au 8ème siècle avant
notre ère, le poète Hésiode raconte dans Les
travaux et les jours comment cinq races
d’hommes se seraient succédé sur Terre. Dans
certains mythes Prométhée aurait façonné les
premiers hommes avec de la glaise. Dans
d’autres, son fils Deucalion, et la femme de ce
dernier seraient les seuls humains de la race de
bronze épargnés du déluge universel. En sortant
de l’arche qui les a sauvés, il aurait fait naître les
hommes actuels en lançant des pierres par-
dessus leurs épaules.
Un récit que reprendra le poète latin Ovide (-43-17) dans une œuvre intitulée
Métamorphoses. La suite du poème donne toujours une grande importance à
l’intervention divine pour punir les hommes de leur arrogance, les dieux auraient le
pouvoir de transformer les êtres humains en loup-garou.
« […] il pousse de longs hurlements, fait de vains efforts pour retrouver la parole ; c’est
tout de son être qu’afflue à sa bouche la rage ; son goût habituel du meurtre se tourne
sur les bêtes et maintenant encore, sa jouissance est de verser le sang. Ses vêtements se
muent en poils, en pattes ses bras ; il devient loup, mais il garde encore des vestiges de
sa forme première… »
Nombreux sont également les auteurs qui attribuent une place variable aux
transformations du monde vivant, en accordant souvent un rôle important au hasard
pour expliquer ces modifications. Anaximandre de Milet (610-546) admet une
apparition spontanée des animaux à partir de la mer chauffée par le soleil, et leur
modification ultérieure dans le sens d’une adaptation au milieu. Empédocle
d’Agrigente (483-423) considère quant à lui que la vie a pu apparaître à partir de la
terre chauffée par un feu intérieur qui aurait donné naissance aux premiers segments
d’être vivants. Ces morceaux se seraient alors associés au hasard et auraient ainsi
formé des individus plus ou moins monstrueux, seuls les plus aptes survivraient. Une
idée qui fut reprise par Démocrite d’Abdère (460-360).
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Dans le même esprit, le poète latin Lucrèce (98-55) expose dans De natura rerum son
hypothèse selon laquelle le hasard se trouve à l’origine des combinaisons diverses qui
auraient formé aussi bien les objets inanimés que les espèces vivantes, à travers une
progression temporelle.
« […] la nature n’a nullement été créée pour nous par une volonté divine : tant elle se
présente entachée de défauts. »
Quels que soient les textes religieux que nous puissions étudier, la création du monde
ne remonterait à guère plus de 6000 voire 10000 ans…
Une étude plus approfondie du sujet nous permettrait de mettre en lumière un
certain nombre d’incohérences dans le récit de la Genèse !
Au Moyen Âge, le fixisme n’est pas seulement imposé par la Bible et le sens
commun. Il repose aussi en partie sur la synthèse réalisée par la scolastique entre la
théologie et certains écrits antiques. En effet, chaque espèce est conçue comme un
type inaltérable correspondant à une pensée du créateur.
 cette époque ce sont les théologiens qui racontent l’origine du monde telle qu’elle
est présentée dans la Bible. La question de l’origine des espèces n’est pas
considérée comme relevant du domaine scientifique. La théologie naturelle qui
concilie Dieu et la nature par l’intermédiaire de la science constitue alors la doctrine
dominante. En étudiant la pensée jésuite, Jean Ehrard écrira :
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considérations qui lui sont aujourd’hui considérées comme extérieures. Les
naturalistes accordent une confiance exagérée aux écrits antérieurs, ils inscrivent
systématiquement leurs descriptions végétales ou animales dans un réseau de
correspondances mythologiques et apologétiques. L’étude de la nature privilégie donc
au Moyen Âge la quête du sens aux explications rationnelles…
Toutes ces raisons feront que les investigations des savants ne progresseront guère
avant la renaissance.
« Il y en a beaucoup qui sont taillés pour la bouche de l’homme, comme les cerises et
les prunes ; d’autres pour la main comme les poires et les pommes ; d’autres beaucoup
plus gros, comme les melons, sont divisés par côtés, et semblent être destinés à être
mangés en famille… »
« L’Univers m’embarrasse et je ne puis songer / Que cette horloge existe et n’ait pas
d’horloger »
Au début du 19ème siècle, William Paley développe l’idée selon laquelle Dieu aurait
réglé les espèces et le monde comme les pièces mécaniques d’une horloge, et ce,
tant dans le fonctionnement que dans l’organisation intime.
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Toutefois, d’autres personnes comme Buffon (1707-1788), qui s’inspira après bien
des railleries des travaux de nomenclature du suédois Linné(1707-1778) (Linné
prônait dans sa classification une structure arborescente, présentant au bout de ses
branches des familles d’espèces différentes.), laissa poindre l’idée d’une possible
mutabilité des espèces, et donc de leur évolution. Cependant l’évolution vue par
Buffon ne pouvait conduire qu’à une dégénérescence, car Dieu avait créé un monde
parfait.
Lamarck, élève de Buffon, fut le premier à véritablement
parler d’évolution, en affirmant que les espèces pouvaient
changer. Lamarck ne niait point l’existence du créateur, il
réfutait donc la possible extinction des espèces, il soutint alors
une théorie, la spéciation, qui acceptait la transformation des
espèces. Un organisme devait se battre et faire des efforts
pour obtenir ce dont il avait besoin, il en résultait une
adaptation au milieu. De plus, la transformation devait passer
dans la descendance, les changements étaient lents et
graduels, mais aucune espèce ne pouvait s’éteindre…
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La biographie de Charles Darwin
1809 : naissance à Scherewsbury (Angleterre) de
Charles Robert Darwin et petit-fils d’Erasmus
Darwin(1731-1802),médecin, naturaliste, inventeur et
poète qui avait déjà profondément remis en cause le
dogme de la fixité des espèces.
Maison de Scherewsbury
1817, à la mort de sa mère Charles est placé pour un an dans un externat religieux à
Scherewsbury : sa scolarité s’annonce difficile…mais apparaissent déjà des goûts
marqués de naturaliste et de collectionneur les minéraux, les coquillages, les cachets de
poste...
« l’école en tant que moyen d’éducation fut pour moi simplement un vide. »
1825 Son père voulant faire de lui un médecin, Charles commence des études de
médecine à l'université d'Edimbourg. A l’exception de la chimie, les cours l'ennuient et,
au bout de deux ans, il arrête ses études. Il regrettera plus tard le dégoût ressenti pour
les dissections…
Il se lie cependant d’amitié avec Robert Edmond Grant (1793-1874), brillant naturaliste
et passionné par la zoologie marine, ce dernier partisan du Français Lamarck, lui
expose «ses vues sur l’évolution ».
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William Paley (1743-1805) archidiacre anglican avait combattu le transformisme de la
Zoomania d’Erasmus Darwin…
Il continue de chasser et se passionne pour sa collection de coléoptères. Il suit avec
intérêt les conférences sur la botanique de John Stevens Henslow (1796-1861) avec qui il
se lie d'amitié. Leurs discussions sont nombreuses sur différents sujets et lui permettent
de rencontrer notamment William Whewel (1795-1866), philosophe, théologien,
mathématicien et théoricien des sciences ainsi que le naturaliste Leonard Jenyns (1800-
1893).
1831, Charles reçoit son diplôme et Henslow le persuade d'étudier vraiment la géologie,
ce qu’il fit à son retour dans le Shropshire.
Après un voyage d’étude dans le nord du Pays de
Galle en compagnie du professeur de géologie à
Cambridge Adam Sedgwick (1785-1873), Charles
reçoit une lettre d’Henslow lui relatant la
possibilité d’embarquer sur le H.M.S Beagle en
tant que naturaliste… Le navire est commandé par
le capitaine Robert Fitzroy (1805-1865), un
homme aux convictions religieuses et
esclavagistes radicales. A l’inverse Charles est
plutôt un libéral abolitionniste qui se détachera à
son retour des articles de foi du christianisme et
H.M.S Beagle de la croyance en un dieu créateur.
Ce voyage qui durera cinq ans fera de Charles Darwin un naturaliste expérimenté,
initiateur des théories modernes de la formation et de l’évolution des espèces. Il publiera
en 1839 dans Journal of researches le récit détaillé des faits et de ses observations.
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1836, Retour en Angleterre au mois d’octobre. Il prépare la publication des
résultats de son voyage et se fait aider pour cela de spécialistes : Richard Owen
(1804-1892) pour l’étude des mammifères fossiles, Georges Robert Waterhouse
(1810-1888) pour les mammifères, John Gould (1804-1881) pour les oiseaux…
1838, octobre, lecture de l’essai de Thomas Robert Malthus (1766-1834) Essay on the
Principe of Population, un événement qui s’avère déterminant…
« En octobre 1838, c'est-à-dire quinze mois après que j’eu commencé mon
enquête systématique, il m’arriva de lire pour me distraire, l’essai de
Malthus sur la Population ; et comme j’étais bien préparé, du fait de mes
observations prolongées sur les habitudes des animaux et des plantes, à
apprécier la présence universelle de la lutte pour l’existence, je fus soudain
frappé par l’idée que dans ces circonstances, les variations favorables
auraient tendances à être préservées, et les défavorables à être anéanties.
Le résultat de cela serait la formation de nouvelles espèces. J’avais donc
trouvé là, enfin une théorie pour travailler ; mais j’étais si anxieux d’éviter
les idées préconçues que je décidais de n’en pas écrire la plus courte
esquisse avant un bon moment. »
Thomas Robert Malthus
1939, Charles Darwin se marie avec sa cousine Emma Wedgwood, fille de son oncle
Josia. Publication du Journal of Researches, qui connait un grand succès.
1842, Publication de sa première esquisse de son travail sur les espèces. Il publie
également un ouvrage sur les récifs coralliens, qu'il avait découverts et étudiés au
cours de son voyage sur le Beagle.
1844, Charles Darwin Termine sa deuxième esquisse sur la théorie des espèces.
Craignant que sa santé ne l’ empêche de terminer son travail, il confie cet essai à son
ami Hooker.
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Darwin à publier son travail au risque de se voir « voler » la paternité de la théorie
des espèces.
1861 – 1868, Charles Darwin prépare la réédition de l'Origine des espèces. Il prépare
également un grand ouvrage de synthèse, La variation des animaux et des plantes à l'état
domestique, développant ainsi les deux premiers chapitres de l'Origine. On retiendra,
une hypothèse sur le fonctionnement du mécanisme héréditaire, qu'il développe dans
le 27ème chapitre de l'ouvrage. Cherchant à mettre à la lumière le mécanisme de la
transmission des caractères, Darwin indique que chaque partie du corps renferme
une multitude d'invisibles particules, les « gemmules », représentatives du lieu
anatomique qu'elles constituent et qui convergent par affinité dans les organes de la
reproduction pour former les éléments sexuels, avant de s'unir également par
affinité, avec les »gemmules » homologues issues du second géniteur.
Par la suite Darwin se plonge dans l’écriture, voire la réécriture de certains de ses
ouvrages…
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1875, publication de Insectivorous Plants et l'édition en volume du travail sur les
plantes grimpantes, On the Movement and Habits of Climbing Plants.
1876, publication de The Effects of Cross and Self Fertilisation in the Vegetable Kingdom.
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La théorie de l’évolution.
Ce que disait Darwin… ce qu’il ne savait pas !
Œuvre d’une vie, la théorie de l’évolution fut édifiée autour de trois axes forts, bien
évidemment cette théorie fut incomplète et parfois erronée comme allait le
démontrer bien des années plus tard la science qui, elle, continuait d’évoluer… et la
théorie de l’évolution avec elle !
La théorie de l’évolution publiée pour la première fois en 1859 est rédigée autour de
trois idées majeures :
Cette affirmation mal reçue, à une époque ou Dieu est à l’origine de tout est
aujourd’hui considéré comme un fait incontestable.
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1. l’hérédité.
Darwin écrivait « Les lois qui régissent l’hérédité sont pour la plus part inconnues ».
1920, Morgan (1866-1945) affine les lois de Mendel en travaillant sur la mouche du
vinaigre. Il montre que :
- les combinaisons entre gènes ne sont pas illimitées mais surviennent par un
mécanisme d’échange de certaines régions de chromosomes,
- les gènes ont un arrangement linéaire le long des chromosomes.
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uniquement le produit de leur gènes et que les gènes ne sont pas le seul héritage
transmis par les parents…
Jusqu’à aujourd’hui, on considérait que la théorie synthétique de l’évolution
reposait sur l’absence de transmission de caractères acquis… il semblerait bien que
ce dogme là aussi soit malmené par l’épi génétique !
A l’époque de Charles Darwin, la cohorte de questions sur la nature des espèces fait
couler beaucoup d’encre, notamment pour deux d’entre elles :
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devrait davantage ressembler à un vaste réseau dont les mailles relient des
espèces… séparées depuis longtemps !
Cependant, le critère d’interfécondité ne peut pas toujours être vérifié : c'est le cas
pour les fossiles, les organismes asexués ou pour des espèces rares ou difficiles à
observer. D’autres définitions peuvent donc être utilisées:
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Toutefois, le rythme de l’évolution n’est pas le même pour toutes les espèces,
et le débat restera très certainement ouvert pour de longues années !
L’évolution semble être totalement imprévisible !
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Le créationnisme
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Le créationnisme aux Etats-Unis
Trois grandes croisades créationnistes américaines ont émaillé le dernier siècle et se
prolongent de nos jours.
Les créationnistes visent en priorité à influencer l’enseignement. Ces offensives sont
d’autant plus efficaces que le système éducatif américain est décentralisé. Des élus
locaux, réunis dans des conseils de gestions définissent les programmes scolaires et
choisissent les manuels. Les croisades évoquées correspondent à la mise en action
massive de procédure juridique visant à se jouer du 1er amendement de la
constitution américaine (15 décembre 1791)
« Congress shall make no law respecting an establishment of religion, or prohibiting the
free exercise thereof; or abridging the freedom of speech, or of the press; or the right of
the people peaceably to assemble, and to petition the Government for a redress of
grievances. »
Traduction :
« Le Congrès ne fera aucune loi qui touche l’établissement ou interdise le libre exercice
d’une religion […] »
Le « procès du singe »
Dans les années 1920, dans l’Etat du Tennessee, une vaste mobilisation anti
évolutionniste engagée par des églises fondamentalistes évangéliques conduit au
vote de la loi Butler. Cette loi interdit :
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« L’enseignement du dessein intelligent comme un alternative à la théorie darwinienne
de l’évolution dans les classes de sciences est anticonstitutionnel »
Les Iders sont toujours très actifs, en juillet 2006 un sondage publié par le Pew
Center montre que :
> 26 % des américains pensent que l’homme et les espèces ont évolué selon le
processus de la sélection naturelle,
> 21 % choisissent la théorie du dessein intelligent,
> 42 % croient que les espèces ont été créées sous leur forme actuelle,
> 11 % ne s’expriment pas.
Doc. 11297
8 juin 2007
Rapport
Commission de la culture, de la science et de l’éducation
Rapporteur : M. Guy LENGAGNE, France, Groupe socialiste
« La théorie de l'évolution est attaquée par des fondamentalistes religieux qui demandent
que les thèses créationnistes soient enseignées dans les écoles européennes
parallèlement ou même à la place de cette théorie. D'un point de vue scientifique il n'y a
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absolument aucun doute que l'évolution est une théorie centrale pour comprendre
l'univers de la vie sur Terre.
Le créationnisme dans aucune de ses formes, telles que l’«intelligent design», n'est pas
basé sur des faits, n’utilise pas de raisonnement scientifique et son contenu est
désespérément inadapté aux classes scientifiques.
L'Assemblée invite les instances éducatives dans les Etats membres à promouvoir la
connaissance scientifique et l'enseignement de l'évolution et à s'opposer fermement à
toutes les tentatives de présentation du créationnisme en tant que discipline
scientifique. »
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Annexe 1
Les lois de Mendel
Les travaux, avant Mendel, pour tenter de comprendre les mécanismes de l’hérédité
furent un échec. La raison en est que les hybrideurs travaillaient comme ils avaient
toujours travaillé c’est-à-dire par essais et erreurs. Ils croisaient des individus
présentant des caractères différents et choisissaient dans la descendance ceux qui
correspondaient le mieux aux desiderata. Or ces procédures, très efficaces par
ailleurs en sélection depuis l’origine préhistorique de l’élevage et de l’agriculture, ne
permettaient pas une prédictivité des résultats et donc l’énoncé de lois.
Les méthodes
Mendel va choisir les géniteurs de façon différente. Tout d’abord, il adopte comme
modèle expérimental les petits pois (Pisum sativum), plantes à fleurs dont la
reproduction naturelle se fait par autofécondation, permettant de contrôler
l’hybridation et de produire rapidement un grand nombre de descendants.
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graine ridée (expression phénotypique de chacun des deux allèles du
gène que Mendel nomme facteur).
Les pois se reproduisant naturellement par autofécondation, il arrive donc à
sélectionner des lignées pures dont tous les individus possèdent toujours la
même forme alternative, soit une lignée parentale à graines lisses (que l'on
appellera P1, pour la suite du raisonnement) et l'autre à graines ridées (que
l'on appellera P2). Il s'agit donc d'individus homozygotes pour le gène
considéré, ils ne possèdent qu'un seul type d'allèle.
Le croisement se fait en déposant du pollen d'une fleur de la lignée P1 sur le
pistil d'une fleur de la lignée P2 (à laquelle il avait enlevé les étamines pour
éviter tout risque d'autofécondation). Il prend le soin de réaliser des
fécondations réciproques (pollen de P2 sur pistil de P1) pour voir si les
résultats sont identiques.
Les individus obtenus par croisement de P1 et de P2 sont donc des hybrides
(que l'on note habituellement F1). Une deuxième génération appelée F2 est
produite par reproduction naturelle (autofécondation) des F1.
Il étudie successivement des lignées pures différant par un seul caractère
(monohybridisme) puis deux (dihybridisme) et enfin trois (trihybridisme).
Les résultats
Pour la totalité des caractères étudiés, 100 % des hybrides obtenus sont
identiques. Par exemple, le croisement d'un pois à graines lisses (P1) et d'un
pois à graines ridées (P2) donne toujours une génération F1 où tous les
individus sont des pois à graines lisses. Le facteur « graines ridées » est donc
récessif par rapport au facteur « graines lisses » (qui est qualifié de
dominant). C'est la première loi de Mendel dite d'uniformité des hybrides
de première génération.
En F2 (génération obtenue par autofécondation de F1), on peut démontrer par
des expériences de croisement-test, l'existence de trois génotypes différents :
o 50 % d'hétérozygotes (un allèle dominant associé à un allèle récessif)
identiques aux parents (F1 = hybride),
o 25 % d'homozygotes dominants, de phénotype identique à celui des
F1,
o 25 % d'homozygotes récessifs de phénotype différent de celui des F1.
C'est la deuxième loi de Mendel ou loi de disjonction des allèles qui est le résultat
de la méiose.
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Schéma d'hybridation
C’est la troisième loi de Mendel dite d'indépendance des caractères qui n'est pas
applicables aux gènes liés.
En conclusion, Mendel propose que les caractéristiques héréditaires des vivants sont
gouvernées chacune par une double commande (une paire d'allèles) et que seule
une sur deux est transmise au descendant par chaque parent. C’est le fondement de
la génétique qui va démarrer au début du XXe siècle. Du même coup, avec les
premiers pas d’une biologie quantitative se développeront les statistiques. Il publie
ses travaux en 1865 dans Experiments in Plant Hybridization.
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Annexe 2
La classification
Au début du XIXe siècle, la classification repose sur l'anatomie des animaux (ou des
plantes), mais ne suppose a priori aucune relation de parenté entre les espèces. Avec
le développement des idées évolutionnistes, il devient tentant d'établir un parallèle
entre la hiérarchie des groupes et leur parenté. Darwin propose ainsi que la
classification soit entièrement fondée sur la phylogénie, c'est-à-dire sur les relations
de parenté entre espèces et entre groupes. Le choix des caractéristiques sur
lesquelles se fonde la classification doit prendre en compte cette dimension évolutive,
par exemple en distinguant les ressemblances dues à un héritage commun de celles
qui proviennent d'évolutions parallèles mais indépendantes. Ainsi, les thons et les
dauphins ont la même forme générale, mais cette ressemblance est due à leur
adaptation au même milieu et non à leur parenté. À partir des années 1960, les
systématiciens adoptent peu à peu la classification cladistique, qui ne prend en
compte que les « caractères dérivés partagés », c'est-à-dire les caractéristiques
présentées par tous les membres d'un groupe zoologique et par eux seuls. Ces
caractéristiques sont alors le signe qu'ils descendent tous d'une même espèce
ancestrale.
Les anciennes classes des oiseaux et des reptiles montrent clairement les
conséquences de cette nouvelle approche. Les oiseaux forment un taxon homogène,
caractérisé par une nouveauté évolutive, la plume. Ils sont les seuls à porter des
plumes (du moins parmi les espèces actuelles) et sont considérés comme descendant
tous d'un même ancêtre, chez qui est apparue cette innovation. Classification
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traditionnelle et cladistique sont donc en accord. La situation est différente pour les
reptiles. En effet, les crocodiles sont plus apparentés aux oiseaux qu'aux tortues (voir
l'arbre ci-contre). Du point de vue cladistique, si la classe des reptiles comprend tous
les reptiles actuels, elle doit donc aussi inclure les oiseaux. Le taxon des sauropsides
regroupe ainsi reptiles et oiseaux. Parmi eux, on distingue les archosauriens
(crocodiles, dinosaures et oiseaux), les lépidosauriens (lézards et serpents) et les
chéloniens (tortues).
Les « arbres» construits par les méthodes cladistiques ne contiennent pas les
ancêtres des animaux actuels. Les fossiles sont pris en compte dans la classification
mais comme « groupes frères » des groupes actuels et non comme leurs ancêtres.
Les fossiles peuvent éventuellement ressembler à ces ancêtres mais ils présentent
souvent certaines caractéristiques qui empêchent de les considérer comme de
véritables ancêtres. Cette nouvelle façon de considérer les fossiles a permis
d'abandonner toute référence aux « chaînons manquants », une notion qui laissait
entendre qu'on ne pouvait être certain de la réalité de l'évolution puisqu'il manquait
toujours des formes intermédiaires permettant de relier les fossiles aux espèces
actuelles. En réalité, l'absence de ces intermédiaires s'explique facilement par le fait
que la fossilisation est un phénomène rare et que de très nombreuses espèces n'ont
probablement pas le moindre représentant fossile. De plus, il semble que les
transformations évolutives touchent plutôt de petits groupes isolés, ce qui réduit
encore l'éventualité d'une fossilisation. Les véritables ancêtres des animaux actuels
restent donc inconnus, même si certains fossiles peuvent en être très proches.
La classification n'est pas seulement l'affaire des zoologistes : classer les espèces a
également des conséquences pratiques, par exemple pour la protection des espèces,
ou dans la définition des espèces modèles pour la recherche médicale.
La classification a aussi des implications philosophiques : par exemple en fondant
l'identité de l'homme comme primate, une espèce issue de la même souche originelle
que tous les autres animaux. La cladistique a d'ailleurs modifié notre place dans
l'arbre des espèces : le plus proche cousin du chimpanzé n'est plus le gorille, mais
l'homme !
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Classification phylogénétique
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Annexe 3
La naissance des espèces
Des géologues, dont Fritz Neuweiler, de la Faculté des sciences et de génie, ont
découvert le fossile du plus ancien animal de la Terre
Des chercheurs annoncent avoir découvert des restes fossilisés qui proviendraient
du plus ancien animal de la planète. Fritz Neuweiler, du Département de géologie
et de génie géologique de l’Université Laval, Elizabeth Turner, de l’Université
Laurentienne, et David Burdige, de la Old Dominion University en Virginie,
livrent les détails de leur découverte dans l’édition de mai de la revue scientifique
Geology.
Les trois chercheurs ont observé des structures qui auraient été produites par le
«squelette» du premier animal pluricellulaire de la Terre dans des roches
sédimentaires provenant des montagnes Mackenzie, à la frontière du Yukon et des
Territoires du Nord-Ouest. Ces roches ont été formées pendant la période allant
de 790 millions à 1,1 milliard d’années avant aujourd’hui.
Elles se trouvaient alors au fond d’une mer aujourd’hui disparue.
Selon l'estimation des chercheurs, cet organisme ancestral aurait vécu il y a
environ 850 millions d’années. Jusqu’à présent, les plus anciens fossiles
d'animaux — les ancêtres des éponges actuelles — dataient de 650 millions
30
d’années. Ces éponges avaient un «protosquelette» qui pouvait laisser sa trace
dans des roches sédimentaires en formation. Les scientifiques soupçonnaient que
des animaux plus anciens et plus simples avaient dû exister auparavant, mais
personne encore n'avait pu en apporter la preuve. La découverte faite par le
professeur Neuweiler et ses collègues repousse donc de 200 millions d’années la
date d’apparition des premiers animaux sur la planète.
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Annexe 4
Articles de presse Mort de Darwin
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34
Annexe 5
Article
Le 1er août 2005, le président Bush déclarait que les thèses de l'"Intelligent Design" Ŕ du dessein intelligent Ŕ, opposées à la
théorie darwinienne de l'évolution, devaient être "correctement enseignées" dans les écoles. Depuis, la polémique enfle. La
communauté scientifique dénonce un nouvel assaut de la droite chrétienne. Les néocréationnistes, qui ont déjà obtenu la
limitation des enseignements du darwinisme dans une vingtaine d'Etats, goûtent, eux, à une nouvelle victoire.
Casey Luskin a passé un été inoubliable. Il a fêté son diplôme de droit à l'université de San Diego (Californie) par un voyage en
Europe. Brun, cheveux courts avec une raie sur le côté, de taille moyenne, blouson, chemise, jean et baskets : Casey est
l'image d'Epinal de l'étudiant américain en villégiature. Amsterdam, Madrid et Paris sont à son programme. Et c'est devant un
plat de sardines marinées, à la terrasse d'un restaurant parisien, qu'il apprécie les subtilités de la cuisine française. Mais ce soir-
là, il a un point de vue à faire valoir, et un interlocuteur à convaincre. Car, quand il ne va pas à la faculté de droit, Casey Luskin
préside aux destinées de l'IDEA Center (Intelligent Design and Evolution Awareness Center, en français, Centre de veille sur
l'évolution et le dessein intelligent)
Le terme "Intelligent Design" a été inventé en 1988 par le paléontologue américain Stephen [Link]. Il a donné naissance, au
début des années 1990, au mouvement du même nom. Depuis, celui-ci n'a cessé de se développer jusqu'à se trouver,
aujourd'hui, au centre d'un débat politique qui, pendant un temps, a supplanté dans la presse et l'opinion américaines celui sur
l'Irak. De quoi s'agit-il?
L'Intelligent Design remet en cause, sur des bases prétendument scientifiques, les théories de Darwin sur l'évolution des
espèces. Dans L'Origine des espèces (1859), le naturaliste anglais affirme que les êtres vivants sont le produit d'une évolution,
d'une série de transformations biologiques au cours de laquelle s'exerce une sélection naturelle : seul le mieux adapté à son
milieu survit. Cette thèse est aujourd'hui endossée par la grande majorité de la communauté scientifique. Longtemps, les
attaques menées contre Darwin ont été le fait des groupes "créationnistes" qui se cantonnent à une lecture littérale Ŕ et
erronée Ŕ de la Bible. En résumé, disent-ils, la Terre a été créée en six jours ; elle a moins de 10 000 ans ; l'homme a été
façonné par Dieu à son image. Il ne peut donc descendre du singe.
Avec l'Intelligent Design, l'offensive contre Darwin s'est faite plus subtile. Ses partisans estiment que la vie est si complexe
qu'elle ne peut provenir que d'un esprit supérieur, un "designer intelligent", qui pourrait être Dieu ou une autre force
surnaturelle : voyageur temporel, extraterrestre... Des universitaires reconnus, biologistes, mathématiciens, avocats, lui ont
apporté une certaine crédibilité.
Professeur de biologie à Lehigh University (Pennsylvanie), titulaire d'un doctorat en biologie et d'un autre en théologie, Michael
Behe est la vedette du groupe. Selon lui, les organismes vivants sont faits de structures complexes et parfaites, que la théorie
de l'évolution ne saurait, à elle seule, expliquer. "Les thèses de Darwin ont été survendues, dit-il. Je ne m'y oppose pas sur la
base d'arguments théologiques, mais scientifiques. L'Intelligent Design offre l'explication la plus plausible de l'origine de la vie.
Tout allait bien jusqu'à ce que Darwin arrive et nous explique que la vie est un accident. Soyons sérieux ! Prenez le monument
du mont Rushmore [dans le Dakota du Sud, les effigies géantes des présidents George Washington, Thomas Jefferson,
Abraham Lincoln et Theodore Roosevelt ont été sculptées dans la montagne], vous y voyez bien la marque de la main humaine.
Eh bien, en biologie aussi on remarque, de manière tout aussi évidente, la main d'un créateur."
L'immense majorité de la communauté scientifique internationale considère que ce point de vue audacieux n'offre pas, loin de
là, une alternative plausible à l'évolutionnisme. Il ne serait qu'une version marketing et présentable du créationnisme, le
nouveau cheval de Troie de la droite chrétienne lancée à l'assaut de la théorie de l'évolution. George W. Bush, figure de proue
du renouveau chrétien ultraconservateur, n'a pas manqué de s'en emparer. Et de quelle manière !
A l'occasion d'une table ronde tenue le 1er août avec des journalistes du Texas, il affirme que l'Intelligent Design devrait figurer
aux programmes scolaires, au même titre que le darwinisme. "Ces deux théories, assène le président, doivent être correctement
enseignées de manière à ce que les gens saisissent la nature du débat. L'éducation ne consiste-t-elle pas à exposer les écoliers
à différentes écoles de pensée ?"
En quelques semaines, l'affaire prend une dimension nationale. La polémique enflamme la presse et l'opinion. Le magazine
Time lui consacre, au mois d'août, son sujet de couverture, le quotidien The New York Times une série d'articles en "une". On
se croirait revenu en 1925, année du fameux "procès du singe", au cours duquel un enseignant de Dayton (Tennessee),
poursuivi par les créationnistes, fut condamné pour avoir enseigné la théorie de l'évolution.
On pensait pourtant les choses définitivement réglées depuis que la Cour suprême s'est prononcée sur la question, en 1987. Elle
indiquait que la prétendue "science de la création" n'était que religion camouflée, donc contraire au premier amendement de la
Constitution et au principe de la séparation de l'Eglise et de l'Etat. La déclaration de Bush a marqué un retour en arrière qu'on
croyait impossible. La question désormais est la suivante : combien de temps l'enseignement de la théorie de l'évolution va-t-il
encore bénéficier du parapluie du premier amendement ?
Les Américains ont dû se rendre à une autre évidence. Dans certains Etats, Darwin n'est pas seulement contesté, il est déjà
renversé. Une nouvelle guerre civile se déroule dans le milieu scolaire. Depuis la réélection de George [Link], en novembre
2004, on a recensé 78 incidents à propos de l'évolution dans les écoles de 31 Etats. Deux fois plus qu'auparavant.
Aux Etats-Unis, les écoles publiques dépendent de conseils d'administration élus. Il suffit d'une majorité au conseil de l'école
pour modifier les programmes. Dans une vingtaine d'Etats, les militants ont déjà obtenu une limitation de l'enseignement de la
théorie de l'évolution. Dans l'Ohio, le Minnesota et le Nouveau-Mexique, les critiques du darwinisme ont fait leur apparition
officielle dans les programmes scolaires.
Mieux : dans une école de Dover (Pennsylvanie), l'enseignement de l'Intelligent Design a été approuvé par le conseil de l'école
et, sauf décision contraire de la Cour fédérale, les enfants de ce petit bourg rural pourraient bien être les premiers à apprendre
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cette théorie au même titre que celle de l'évolution. Ce cas de figure pourrait se reproduire à l'échelle d'un Etat, celui du
Kansas, où le conseil des écoles s'accroche à son projet de modification des programmes, et à une remise en cause de la
théorie darwinienne.
A la terrasse du restaurant parisien, Casey Luskin se réjouit des déclarations de George W. Bush. Elles scellent, à ses yeux, l'an
1 de l'avènement de l'Intelligent Design. "Un énorme bond en avant", se réjouit-il. Du coup, son parcours personnel prend tout
son sens. Ses premiers cours de biologie, en 1999, à l'université de San Diego (Californie). La découverte des thèses
antidarwiniennes dans un livre publié trois ans plus tôt : Darwin's Black Box (La Boîte noire de Darwin, Touchstone, 1996), de
Michael Behe. Les coups de gueule de certains de ses professeurs, hostiles à toute remise en cause de l'évolution. Le jour,
enfin, où il a décidé de créer un club d'Intelligent Design où élèves et professeurs pourraient discuter librement de la question.
Le club est devenu une organisation, et l'organisation, un réseau Ŕ qui aide les étudiants des autres universités à créer leur
propre club en leur fournissant livres, vidéos et conférenciers. Plus de vingt organisations ont, depuis, ouvert leurs portes dans
des collèges américains.
Casey Luskin est fasciné par l'existence d'une puissance divine : "Je suis chrétien et j'en suis fier. Je suis persuadé que Dieu a
créé le monde, mais cela ne peut être enseigné à l'école car nous vivons dans un monde laïque." L'ère Bush a redonné à Casey
des raisons d'espérer. Notamment le "No Child Left Behind Act" (littéralement, "aucun enfant laissé derrière"). Dans cette loi,
adoptée par le Congrès en 2001 (et votée par les démocrates), qui vise à renforcer le pouvoir fédéral en matière d'éducation
publique, un article attire particulièrement l'attention. Il soutient, certes, l'enseignement de la théorie de l'évolution dans les
cours de biologie, mais émet le souhait que soient aussi enseignées les failles supposées du darwinisme. "Un signal important,
commente Casey Luskin. L'Intelligent Design a droit de cité, pas sous sa forme religieuse, mais de manière scientifique. Nous
avons gagné."
Si ce néocréationnisme Ŕ comme on dit "néoconservateur" Ŕ marque des points, c'est parce qu'il est poussé par une société
américaine gagnée par le renouveau chrétien qu'encourage la Maison Blanche. C'est aussi une histoire de marketing réussi, un
succès exceptionnel en matière de lobbying.
Les déclarations de George W. Bush reprennent, presque mot pour mot, l'argumentation du Center for Science and Culture
(Centre pour la science et la culture). Ce centre est l'une des branches du Discovery Institute, un "think tank" (groupe de
réflexion) qui se penche sur les questions d'environnement, de technologie et d'Intelligent Design. C'est au sein de cette
organisation qu'il faut chercher l'origine des controverses qui secouent depuis dix ans l'establishment scientifique et politique.
L'un de ses "coups" les plus spectaculaires consista à inspirer une tribune du cardinal-archevêque de Vienne (Autriche), Mgr
Christoph Schönborn, publiée dans The New York Times du 7 juillet. Le principe de cette tribune a été arrêté dans les couloirs
de l'Institut international de théologie, une fondation située en Autriche, où Mark Ryland, vice-président du Discovery Institute,
partage avec Schönborn un siège au conseil d'administration. Le prélat, connu comme le poulain du pape Benoît XVI, soutenait
dans The New York Times que l'évolution est incompatible avec la croyance en Dieu. Un point de vue contraire à la déclaration
de Jean Paul II qui, en 1996, épousait la thèse opposée en affirmant que la théorie de l'évolution était une "description
acceptable" du monde qui nous entoure. Mais Jean Paul II n'est plus et, si l'on en croit le président du Discovery Institute,
Bruce K. Chapman, Mgr Schönborn n'aurait pris la plume qu'après avoir reçu l'assentiment de Benoît XVI.
Etabli à Seattle dans l'Etat de Washington, au nord-ouest des Etats-Unis, le Discovery Institute a été fondé en 1990. Son Center
for Science and Culture, dévolu à l'Intelligent Design, a été créé six ans plus tard, en 1996. Il est financé par les mêmes
groupes chrétiens conservateurs qui ont contribué à l'élection de George W. Bush à la Maison Blanche. Son président, Bruce K.
Chapman, s'est présenté au poste de gouverneur de l'Etat de Washington avant de rejoindre, dans les années 1980,
l'administration de Ronald Reagan. Destiné à promouvoir les thèses de l'Intelligent Design, le Center for Science and Culture
reçoit notamment l'appui d'un couple de milliardaires conservateurs, Howard et Roberta Ahmanson; à ce jour, ils lui ont versé
près de 10 millions de dollars. Howard Ahmanson est un ancien membre du conseil d'administration de la fondation R. J.
Rushdoony Chalcedon, qui milite pour la suppression de la loi civile américaine au profit de la loi biblique.
Le Discovery Institute fonctionne sur un budget annuel de 3,3 millions de dollars. Plus de 50 chercheurs ont bénéficié de son
soutien pour poursuivre des travaux. Une cinquantaine de livres ont été publiés par son entremise, dont certains chez des
éditeurs scientifiques prestigieux - Cambridge University Press ou Michigan State University Press. Les dons à l'institut ne
cessent d'augmenter. Ils sont versés, pour la plupart, par des sympathisants ou militants de la droite chrétienne. L'AMDG
Foundation, par exemple, dirigée par Mark Ryland, un ancien cadre de Microsoft devenu vice-président du Discovery Institute.
Les initiales AMDG signifient "Ad Majorem Dei Gloriam" (pour la plus grande gloire de Dieu...) Il y a aussi la Stewardship
Foundation, dont le site Web affirme qu'elle a pour mission de veiller à la "propagation des Evangiles".
"Dans un pays comme l'Amérique, se défend Bruce Chapman, où la majorité des citoyens sont chrétiens, cela n'a rien de
surprenant de voir que la plupart de nos soutiens financiers sont aussi chrétiens. Beaucoup ne le sont pas. Je ne vois de toute
façon pas comment nous pourrions recevoir un aussi large soutien, de gens aux convictions politiques et religieuses aussi
différentes, si nous avions une simple mission de propager un christianisme conservateur."
Pas si simple. Un argumentaire, envoyé en 1999 aux donateurs potentiels, stipulait que l'objectif du Center for Science and
Culture est d'"éradiquer le matérialisme et son héritage culturel". On pouvait y lire aussi que l'héritage de Darwin, Marx et Freud
"empoisonne chaque secteur de notre culture, de la politique à l'économie en passant par la littérature et l'art".
"Le Discovery Institute fédère une religiosité très large, explique Guillaume Lecointre, professeur au Muséum national d'histoire
naturelle de Paris. Ses fascicules circulent jusqu'en Turquie. Laisser la description du grand designer baigner dans un flou
artistique est astucieux, cela permet de ratisser très large. J'y vois une offensive des fondamentalistes protestants et de leur
prosélytisme actif. Pour eux, la science doit servir la religion, à l'inverse des catholiques, qui pensent que la science n'a pas à
prouver une assertion religieuse. Leur stratégie est celle du créationnisme anglo-saxon : on ne va pas dire le contraire de ce
que dit la science, on va être, au contraire, plus scientifique que les scientifiques."
Le lobbying des chercheurs et professeurs associés au Discovery Institute est intense. Ils propagent la critique de l'évolution
dans les universités, placent des tribunes dans les grands journaux, répondent aux journalistes dès qu'un débat s'engage dans
la presse.
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Il est instructif, toutefois, de faire le tri à l'intérieur du groupe. On peut trouver, d'un côté, un énergumène comme Jonathan
Wells, auteur d'un des best-sellers de l'Intelligent Design, Icons of Evolution : Science or Myth ? (Les Icônes de l'évolution :
science ou mythe ?, Regnery Publishing, 2000), titulaire d'un doctorat en biologie moléculaire et cellulaire de l'université de
Berkeley et d'un autre, d'études religieuses, de l'université Yale.
Membre de l'Eglise de l'unification, ses études ont été financées par le révérend Sun Myung Moon. Il raconte son itinéraire dans
un article paru sur un site Web proche de la secte Moon : "Mes études et mes prières m'ont convaincu de consacrer ma vie à la
destruction du darwinisme, à l'instar de plusieurs de mes frères de l'Eglise de l'unification qui se sont, eux, battus pour
éradiquer le marxisme. Lorsque le père [Sun Myung Moon] m'a choisi avec une douzaine d'autres séminaristes pour intégrer un
programme de doctorat en 1978, j'ai accueilli avec bienveillance cette chance de me mêler au combat."
Le Discovery Institute abrite d'autres chercheurs, plus engageants, comme le mathématicien David Berlinski dont la seule
religion avouée "est de passer du bon temps tout le temps". Auteur de plusieurs ouvrages à la qualité reconnue, comme son
livre de vulgarisation mathématique, La Vie rêvée des maths (Ed. Saint-Simon, 2001), Berlinski réside à Paris, dans l'île Saint-
Louis. Sa position est prudente et raisonnée : "La théorie de Darwin est l'une des dernières religions du XIXe siècle. Elle prétend
tout expliquer. Il me semble plus important d'étudier les variations entre les espèces que les similarités. Que je sache, des
scientifiques reconnus, comme les Français René Thom ou Marcel-Paul Schützenberger, étaient, eux aussi, des critiques de
Darwin. Les travaux de William Dembski, Stephen C. Meyer ou Guillermo Gonzalez me semblent poser des questions
pertinentes. En revanche, la question d'un designer intelligent est problématique. Plusieurs de mes collègues ont été touchés
par la lumière. Moi, non. Mais Newton aussi croyait à l'existence de Dieu, ça ne l'a pas empêché de faire avancer la science."
Les déclarations de George W. Bush ont plutôt tendance à le faire sourire. "Si Bush venait à déclarer que la Terre est bien
ronde, il faudrait alors se demander si elle ne serait pas plutôt plate. L'Amérique adore ce débat sur l'Intelligent Design. Les
libéraux, car ils peuvent s'en prendre à la droite chrétienne, et la droite chrétienne, car elle peut s'en prendre aux libéraux. Si
l'establishment scientifique américain n'avait pas fermé la porte aux défenseurs de l'Intelligent Design, on ne parlerait plus de
cette histoire."
Le temps joue en faveur des partisans de l'Intelligent Design. Selon un sondage, réalisé en novembre 2004, 55 % des
Américains croient que "Dieu a créé les humains dans leur forme actuelle" (13 % estiment qu'il n'y est pour rien). 65 % des
Américains veulent que le créationnisme Ŕ ou les théories de l'Intelligent Design Ŕ soit enseigné en même temps que la théorie
de l'évolution. Devant un tel plébiscite, le Discovery Institute affine tranquillement sa stratégie. Il a pris bien soin de rester à
l'écart des querelles scolaires qui agitent le pays à l'heure actuelle, en particulier à Dover en Pennsylvanie, là où le conseil
d'administration de l'école s'est prononcé en faveur de l'enseignement des thèses de l'Intelligent Design.
Soucieux de rester dans les limites du premier amendement de la Constitution, le Discovery Institute préfère s'en tenir à la
mention d'une simple critique des thèses de Darwin. Nicholas Matzke, membre du National Center for Science Education (Centre
national pour l'éducation scientifique), est persuadé que le Discovery Institute attend un ou deux changements à la Cour
suprême pour passer à la vitesse supérieure. "S'ils se font déjuger aujourd'hui, ils auront toutes les peines du monde à imposer
leurs idées par la suite. Mais avec George W. Bush encore au pouvoir, tous les espoirs leur sont encore permis. S'ils gagnent à
leur cause la majorité de la Cour suprême, ils l'emporteront. Et ils mettront Darwin à la poubelle."
Samuel Blumenfeld
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Références :
Livres :
Autobiographie
AUTEUR : Darwin, Charles
EDITEUR : Seuil, 2008 COLLECTION : Science
ouverte
Darwin et le darwinisme
AUTEUR : Tort, Patrick
EDITEUR : Presses Universitaires de France, 2007 COLLECTION :
Que sais-je
Evolution
AUTEUR : Panafieu, Jean-Baptiste de
EDITEUR : Ed. X. Barral, 2007
Le Génie génétique
AUTEUR : Colin, Isabelle
EDITEUR : Milan, 1999 COLLECTION : Les Essentiels Milan
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Revue :
L’HISTOIRE :
Dieu contre Darwin
N°328 Février 2008
TELERAMA (HS) :
150 ans après la théorie de l’évolution CHARLES DARWIN dérange
encore.
Sciences &Vie :
Ca que Darwin ne savait pas
N°1101 Juin 2009
Internet :
[Link]
Journaldunet
[Link]
Wikipédia
[Link]
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