Théorèmes d’inversion locale et globale
Résumé
Ce document présente une explication intuitive des théorèmes d’inversion locale et globale, ces outils fonda-
mentaux de l’analyse qui nous disent quand une fonction « peut être inversée » tout en conservant ses propriétés
différentielles.
Qu’est-ce qu’un difféomorphisme ?
Imaginez que vous avez une pâte à modeler et que vous voulez la déformer pour lui donner une nouvelle forme,
sans la déchirer, sans créer de trous et sans la coller sur elle-même. Vous l’étirez, vous la courbez, mais de manière
douce et régulière, et surtout, de manière réversible. Si quelqu’un vous donne la nouvelle forme, vous seriez capable
de retrouver exactement la forme originale en appliquant la transformation inverse, qui est tout aussi douce et régulière.
Mathématiquement, un difféomorphisme est une fonction Φ qui fait exactement cela entre deux espaces (ouverts
de Rn ) :
— Elle est bijective : à chaque point de l’espace de départ correspond un et un seul point de l’espace d’arrivée, et
vice-versa. Aucun point n’est oublié ou collisionné.
— Elle est lisse (de classe C 1 ) : la transformation est régulière, sans saccades ni cassures.
— Son inverse est aussi lisse (C 1 ) : revenir en arrière est tout aussi simple et régulier.
En résumé, un difféomorphisme est un changement de coordonnées parfait, une déformation réversible qui
préserve toutes les propriétés différentielles importantes.
1 Théorème d’inversion locale
Énoncé du théorème
Soient U et V deux ouverts de Rn et Φ : U → V . Soit x ∈ U . Si :
1. Φ : U → V est de classe C 1 .
2. et si la matrice jacobienne JΦ (x) est inversible,
alors Φ est localement inversible, c’est-à-dire il existe un ouvert Ux contenant x et un ouvert Vy contenant y = Φ(x)
tels que Φ : Ux → Vy soit un difféomorphisme.
À quoi ça sert ?
Le théorème d’inversion locale est comme une assurance locale. Il ne promet pas que toute votre transforma-
tion est globalement réversible, mais il garantit que autour de chaque point où la transformation « n’écrase pas
tout » (condition sur la Jacobienne), vous pouvez trouver un petit quartier, une vignette, où vous pouvez inverser la
transformation.
Pensons à une carte : Imaginez que vous dessinez une carte de votre ville sur une feuille de papier. Si vous froissez
la feuille en un point, il devient impossible de lire la carte autour de ce point. La Jacobienne inversible assure que la
carte n’est pas froissée en x : autour de ce point, la carte reste lisse et lisible, et vous pouvez passer de la carte au terrain
et vice-versa sans problème. Mais peut-être qu’ailleurs, la carte est froissée et que l’inversion globale est impossible.
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Exemple : Coordonnées polaires
Prenons l’application qui passe des coordonnées polaires aux cartésiennes :
Φ : R∗+ × R → R2 \ {(0, 0)} définie par Φ(r, θ) = (r cos θ, r sin θ)
Sa matrice jacobienne en (r, θ) est :
cos θ −r sin θ
JΦ (r, θ) =
sin θ r cos θ
Son déterminant est det(JΦ ) = r(cos2 θ + sin2 θ) = r > 0.
— Conclusion : Pour tout point (r, θ) avec r > 0, la Jacobienne est inversible.
— Interprétation : Autour de tout point qui n’est pas à l’origine (r = 0), l’application Φ est un difféomorphisme
local. Vous pouvez toujours trouver un petit voisinage autour de (r, θ) où vous pouvez inverser la transforma-
tion et retrouver les coordonnées polaires à partir des cartésiennes.
— Mais attention : Globalement, Φ n’est pas injective car Φ(r, θ) = Φ(r, θ + 2π). Le théorème local nous sauve
ici, car il ne demande pas l’injectivité globale.
2 Théorème d’inversion globale
Énoncé du théorème
Soient U et V deux ouverts de Rn et Φ : U → V . Si :
1. Φ : U → V est de classe C 1 ,
2. Φ : U → V est bijective,
3. et le déterminant jacobien det JΦ (x) est non nul, pour tout x ∈ U ,
alors Φ : U → V est un difféomorphisme.
À quoi ça sert ?
Le théorème d’inversion globale est une assurance tout risque. Si votre transformation est bijective (vous pouvez
associer sans ambiguïté chaque point de l’arrivée à un point de départ) et lisse sans points critiques (sa Jacobienne
ne s’annule nulle part), alors la transformation inverse existe sur tout le domaine, et elle est tout aussi lisse.
C’est le résultat idéal et très fort : cela signifie que les deux ouverts U et V sont difféomorphiquement équiva-
lents. D’un point de vue géométrique et différentiel, ils sont identiques ; on peut passer de l’un à l’autre sans perdre
d’information.
Exemple : L’exponentielle complexe restreinte
Prenons l’application exponentielle complexe, mais en restreignant sa phase pour la rendre injective :
Φ : U = R×] − π, π[→ V = C∗ \ R− définie par Φ(x, y) = ex+iy = (ex cos y, ex sin y)
— Elle est de classe C 1 (les exponentielles et trigonométriques le sont).
— Elle est bijective : en restreignant y à ] − π, π[, on évite la périodicité qui causait la non-injectivité.
— Sa Jacobienne (ici, la dérivée complexe pour f (z) = ez ) est f ′ (z) = ez ̸= 0 pour tout z. La condition sur le
déterminant est vérifiée.
Conclusion : Par le théorème d’inversion globale, Φ est un difféomorphisme de U sur V .
L’application réciproque est la détermination principale du logarithme complexe.
Conclusion : Local vs Global
Le théorème local est souvent une étape cruciale pour prouver le théorème global. Si une application est propre et
que sa Jacobienne est partout inversible, on peut parfois utiliser le théorème local en chaque point et l’injectivité pour
« recoller » tous ces inverses locaux en un inverse global.