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LIONEL BELLENGER
ET MARIE-JOSÉE COUCHAERE
L’Écoute
Osez l’empathie
pour améliorer
vos relations
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Direction éditoriale : Sophie Courault
Responsable éditoriale : Virginie Hamelin
Édition : Claire Cabaret
Relecture - correction : Carole Fossati
Composition : Ordiphone communication/Éloise Mariotta
© 2007, ESF éditeur
Division de Reed Business Information
SAS au capital de 4 099 168 €
Forum 52 – 52, rue Camille-Desmoulins
92448 Issy-les-Moulineaux Cedex
Président : Antoine Duarte
Actionnaire principal : Reed Elsevier France
3e édition actualisée 2012
[Link]
ISBN 978-2-7101--
ISSN 0768-2026
Le Code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes de l’article L. 122-5, 2° et 3° a), d’une part, que
les « copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation
collective » et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple ou d’illustration,
« toute représentation ou reproduction intégrale, ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou ses
ayants droit, ou ayants cause, est illicite » (art. L. 122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque
procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code
de la propriété intellectuelle.
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Comment tirer le meilleur parti de cet ouvrage ?
Cet ouvrage a pour vocation de vous accompagner dans votre développement
personnel et professionnel.
Pour remplir au mieux ces missions, il est constitué de 3 parties :
1 – La première partie, « Comprendre les enjeux », vous apporte les éclairages
indispensables pour :
✓ acquérir une vue d’ensemble de la thématique ;
✓ maîtriser la méthodologie ;
✓ et découvrir les outils appropriés.
2 – La deuxième partie, « Mettre en pratique », vous permet de vous entraîner,
et grâce aux exercices proposés, d’approfondir et d’assimiler la thématique
développée tout au long de l’ouvrage. Les corrigés, quant à eux, permettent de
faire le point sur la progression engagée et d’entamer un travail de réflexion
personnel.
3 – La dernière partie, « Pour aller plus loin », vous propose :
✓ un programme de session de formation pour les professionnels
qui souhaiteraient monter un stage de formation ;
✓ un lexique ;
✓ un index ;
✓ une bibliographie.
Pour profiter au mieux des ressources de cet ouvrage, l’auteur a conçu un plan
d’autoformation personnalisé qui vous conduira, étape par étape, à la maîtrise
du sujet traité. Ce plan d’autoformation se trouve page suivante.
Bien entendu, vous pouvez également choisir de découvrir cet ouvrage de façon
habituelle, en vous appuyant sur la table des matières que vous trouverez en
page 7.
N ous espérons que cet ouvrage vous rendra les meilleurs services
dans vos activités professionnelles et personnelles. N’hésitez pas
à nous écrire pour nous faire part de vos remarques, critiques et
suggestions :
ESF éditeur – Service Lecteurs
Forum 52
52, rue Camille-Desmoulins
92448 Issy-les-Moulineaux cedex
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Plan d’autoformation
1 Lire le chapitre 1 pour faire le point sur les enjeux de l’écoute.
2 Lire le lexique pour se familiariser avec le vocabulaire lié à l’écoute.
3 Faire l'exercice 1 afin d’évaluer ses propres attitudes d’écoute selon les
critère de l’échelle de Porter.
4 Lire le chapitre 2 pour mesurer la place de l’empathie dans la
compétence d’écoute.
5 Faire l'exercice 5 afin d’autodiagnostiquer sa qualité d’écoute.
6 Lire le chapitre 3 pour s’approprier les réflexes d’une bonne écoute
active.
7 Faire l'exercice 3 afin de s’entraîner à questionner.
8 Faire l'exercice 6 afin de s’exercer à l’écoute active en entretien.
9 Faire l'exercice 7 afin de prendre conscience de l’importance de la
préparation pour avoir une bonne écoute.
10 Faire l'exercice 8 afin d’appliquer les techniques de reformulation.
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11 Lire le chapitre 4 pour connaître les application de l’écoute.
12 Faire l'exercice 9 afin d’effectuer un training intensif pour pouvoir
pratiquer l’écoute au quotidien.
13 Relire le chapitre 3 pour assimiler les réflexes de l’écoute active.
14 Faire l'exercice 10 afin de zoomer sur la pratique de la reformulation/
clarification.
15 Faire l'exercice 2 afin de faire le point sur l’évolution de vos attitudes
d’écoute.
16 Faire l'exercice 4 afin d'évaluer votre écoute en entretien.
17 Relire les chapitres 1, 2, 3 et 4 pour renforcer vos acquis er rester
vigilant.
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Table des matières
Comment tirer le meilleur parti de cet ouvrage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
Plan d’autoformation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
1re partie – Comprendre les enjeux
Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
Chapitre 1. Prendre conscience de la faculté d’écouter . . . . . . . . . . . . . . . . 13
1. Quels sont les enjeux de l’écoute ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
2. Faire la différence entre entendre et écouter . . . . . . . . . . . 18
3. Les causes de la non-écoute . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
4. Se former et former à l’écoute :
sur les chemins de Plutarque . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
Chapitre 2. Rechercher l’écoute empathique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
1. L’empathie : un concept ancien et nomade . . . . . . . . . . . . 40
2. Un cadre à définir pour l’empathie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
3. L’écoute empathique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52
4. Les enseignements de l’écoute analytique . . . . . . . . . . . . . 58
Chapitre 3. Assimiler les techniques d’écoute active . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65
1. Les attitudes efficaces d’écoute . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66
2. Ni réactivité, ni projection . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 70
3. L’écoute questionnante . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 72
4. Les techniques de régulation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83
Chapitre 4. Connaître les applications de l’écoute . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 89
1. L’écoute : valeur ajoutée du manager . . . . . . . . . . . . . . . . . 90
2. Les réflexes de l’écoute au quotidien . . . . . . . . . . . . . . . . . 95
3. L’écoute dans l’éducation et la formation . . . . . . . . . . . . . . 100
4. L’écoute dans les relations familiales . . . . . . . . . . . . . . . . . . 108
Conclusion .......................................................... 111
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2e partie – Mettre en pratique
Exercice 1. Quelles sont vos attitudes d’écoute en position de manager
face à un collaborateur ? 115
Exercice 2. Quels sont vos 10 comportements de base ? . . . . . . . . . . . . . . . 122
Exercice 3. Savez-vous décrypter un énoncé ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 123
Exercice 4. Savez-vous évaluer votre écoute en entretien ? . . . . . . . . . . . . 125
Exercice 5. Êtes-vous un « écoutant dans la vie ordinaire » ? . . . . . . . . . . . 127
Exercice 6. Entraînez-vous par les jeux de rôles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 130
Exercice 7. Préparez-vous à écouter . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 132
Exercice 8. En bref… . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 133
Exercice 9. Faites du training intensif . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 136
Exercice 10. Savez-vous reformuler pour clarifier ?. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 137
Corrigés des exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 139
3e partie – Pour aller plus loin
Programme d’un stage de formation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 153
Lexique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 155
Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 163
Index . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 165
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Première partie
COMPRENDRE LES ENJEUX
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Introduction
– Savez-vous que c’est fort mal d’écouter ?
– C’est pourtant ce qu’il y a de mieux pour bien
entendre.
Beaumarchais, Le Barbier de Séville.
L’ écoute est sûrement l’une des compétences les plus citées dans les
qualités recherchées pour bon nombre d’emplois. Car les enjeux
sont essentiels. La faculté d’écouter est la clé de la bonne compréhen-
sion mutuelle. Encore faut-il savoir faire la distinction entre « écouter »
et « entendre », et savoir clarifier les rapports entre ces deux notions.
Encore faut-il aussi prendre conscience des conditions à rassembler
pour s’assurer de l’excellence de l’écoute.
« Et si on réapprenait à s’écouter », déclarait en 2011, dans une chroni-
que, Philippe Bloch, en constatant que « prêter attention aux autres est une
qualité rare ». 1
Approfondir l’écoute, c’est également traquer les nombreuses causes de
la non-écoute : pourquoi écoute-t-on mal ? Depuis Plutarque, on cherche à
se former à l’écoute, à acquérir les bons réflexes : l’écoute apparaît en effet
comme la condition nécessaire à tout apprentissage. Sur la voie moderne
des formations à l’écoute, on rencontre la notion riche et prometteuse de
l’empathie. Grâce à Carl Rogers, l’écoute s’est installée au cœur des relations
humaines. On ne peut écouter l’autre qu’en étant capable de se centrer sur
lui : exercice difficile qui demande prise de conscience, entraînement,
patience, et qui confère à l’écoute empathique une dimension morale.
L’empathie vaut qu’on s’y attarde : l’empathie, bien que concept « noma-
de », nécessite un cadre qui sera défini. Les enseignements des professionnels
1. Chronique de Philippe Bloch, L’Entreprise, février 2011. Philippe Bloch est le fondateur de Colombus Café et
l’auteur du best-seller Service compris 2.0, Ventana éditions, 2011.
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Comprendre les enjeux
de l’écoute méritent d’être connus. Leurs pratiques peuvent nous inspirer
pour comprendre les différentes formes d’écoute.
L’écoute n’est pas qu’une affaire d’état d’esprit, c’est aussi une question
de techniques, de réflexes à assimiler. L’écoute, pour être active, nécessite
la maîtrise des pratiques de questionnement et de reformulation mais aussi
de comportements de veille et de vigilance. Autant de compétences qui
s’acquièrent par un entraînement approprié et l’exercice quotidien.
L’écoute trouve des applications au quotidien dans le traitement du lan-
gage, les situations de formation et d’éducation, le management et la vie
familiale.
En 2012, dans un livre prometteur Plaidoyer pour une autre entreprise 2, Éric
Delannoy et Didier Rousseau voudraient fonder l’avenir sur le rétablisse-
ment du dialogue et de l’humain dans les organisations : « Écouter c’est
d’abord une posture, un état d’esprit du management et des dirigeants. »
Ils assignent aux responsables un rôle essentiel : « le leader doit être un
veilleur tenace du sensible? […] il lit et écoute les signaux faibles pour les
lier et se forger une vision. » Ils font de l’écoute la clé pour une prise en
compte du « sensible ».
Le but de ce livre est d’éclairer la compétence d’écoute pour aider à
mieux faire avec notre rapport aux autres : mieux se comprendre, partager,
décider et évoluer ensemble.
2. Éric Delannoy, Didier Rousseau, Plaidoyer pour une autre entreprise, Scrineo, Paris, 2012
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1
CHAPITRE
Prendre conscience
de la faculté d’écouter
C hacun de nous a pu vivre dans ses relations, la sensation de ne pas
se sentir écouté. Inversement, nous avons pu éprouver pour nous-
même les bienfaits d’une réelle écoute. Il est sûrement plus fréquent
d’apprécier comment les autres nous écoutent que de nous assurer que
nous écoutons bien nous-même.
L’enjeu est de taille : la qualité de l’écoute est donnée comme l’un des
facteurs décisifs au plan des relations humaines comme du développement
personnel, de la formation, des échanges dans un groupe.
Pourtant, si l’écoute fait l’unanimité comme capacité fondamentale à
communiquer, chacun est amené à se « débrouiller » comme il peut : l’écoute
ne fait pas vraiment l’objet d’une éducation.
On peut se sentir très seul et renvoyé à nous-même au gré des reproches
parfois sévères et accusateurs de l’entourage : « Tu n’écoutes jamais, tu
n’écoutes pas ce qu’on te dit, tu n’as pas écouté… »
La nécessité d’une prise de conscience s’impose donc avant de s’atta-
cher à mieux comprendre ce que mieux écouter veut dire et comment pro-
gresser en la matière. Et les profits ne seront pas minces, tant les enjeux de
l’écoute s’avèrent importants.
1. Quels sont les enjeux de l’écoute ?
Pour Plutarque, « le commencement de bien vivre, c’est de bien écouter ».
Tout un programme ! Les enjeux de l’écoute peuvent se décliner sur plu-
sieurs registres, qu’un souci pédagogique va nous inciter à différencier,
même si, dans la réalité, l’écoute forme un tout car, outre l’oreille, toutes les
fonctions sensorielles ont leur part d’activité dans l’écoute, c’est tout l’être
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Comprendre les enjeux
qui écoute et l’enjeu, si l’on suit Plutarque, promet d’être considérable,
puisque pour le biographe et moraliste grec, auteur des célèbres Vies paral-
lèles, « l’ouïe est l’organe de la sagesse ».
1.1 L’écoute : facteur clé
de la bonne compréhension mutuelle
La parole suscite l’écoute et les deux facultés ne peuvent se concevoir
isolément, bien que profondément différentes. Écouter, c’est chercher à
comprendre ce que dit l’autre dans un contexte donné et en fonction d’un
but (dès que l’on cherche à comprendre, on se fixe un but). Il y a un
monde entre l’écoute du vendeur qui cherche à déceler les mobiles d’achat
d’un client, l’écoute du manager qui voudrait connaître les motivations
d’un collaborateur au regard d’un nouveau projet professionnel, l’écoute
du psychologue dans la relation d’aide thérapeutique ou l’écoute de l’ensei-
gnant pendant un jury d’examen.
◗ Écouter-comprendre : un processus interactif
Dans tous les cas, l’acte de communiquer est commandé par le souci de
comprendre quelque chose dans ce que dit l’autre, et à chaque fois il s’agit
de ne pas perdre de vue qu’il y a échange et reconnaissance réciproque.
Le couple écouter-comprendre est toujours inscrit dans l’interaction
entre deux personnes : on ne peut écouter que ce que l’on est capable
d’entendre de ce que dit l’autre, comme il décide de le dire à celui auquel il
parle.
L’écoute-compréhension est toujours une expérience de la mise à
l’épreuve des limites : je comprends ce que je veux et ce que je peux dans ce
que l’autre accepte, peut et ose exprimer.
◗ Sincérité et authenticité du dialogue
Dans l’acte de communiquer, la bonne compréhension mutuelle néces-
site les conditions d’un dialogue sincère et authentique. C’est pourquoi le
vendeur n’écoute pas de la même manière que le psychanalyste ou le poli-
cier qui interroge n’écoute pas de la même façon que le professeur qui
questionne l’élève. Tout à tour, l’écoute se fait aidante, évaluatrice, investi-
gatrice, complaisante. Dans bien des contextes, sincérité et authenticité ne
sont que des références lointaines. L’écoute peut véhiculer le meilleur
comme le pire. Pourtant, quand il s’agit de se comprendre mutuellement, il
convient de se rapprocher d’une parole comme d’une écoute sincère et
authentique, c’est-à-dire dénuée de tous les filtres plus ou moins intention-
nels et conscients. C’est à ce prix que l’on pourra conclure en se disant : « Je
crois qu’on s’est bien (ou mieux) compris. » Ce partage dans la
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Ecoute_9-[Link] Page 15 Mercredi, 22. août 2012 11:00 11
Prendre conscience de la faculté d’écouter
« profondeur » ne se fait pas tout seul. Il est à la fois reconnaissance et apai-
sement, satisfaction et source d’énergie pour avancer ensemble. C’est peut-
être cette forme d’écoute-compréhension qui manque le plus dans les
rapports professionnels comme parfois dans la vie familiale. Cela ne va
jamais de soi, c’est plutôt une conquête, si ce n’est un combat.
1.2 L’écoute :
facteur clé de l’apprentissage
C’est par l’écoute et l’observation que l’on apprend à tout âge et en tou-
tes circonstances. Trois conditions nourrissent la faculté d’écouter pour
apprendre :
◗ Se rendre disponible
Elle est mise à mal aujourd’hui dans un monde qui ne compte plus les
sollicitations multiples. On cherche à tout faire en même temps : être en
réunion, utiliser son ordinateur, guetter la sonnerie du portable, penser au
trajet de retour…
La concentration ne vient pas toute seule. La volonté de se consacrer à
quelque chose relève d’une certaine décision et d’une discipline person-
nelle. « Faire chaque chose en son temps » est un vieux conseil à réactuali-
ser et à mettre en pratique. Se rendre disponible, c’est lâcher prise, faire
preuve d’ouverture, se sentir présent ici et maintenant (on connaît la
dureté de la remarque dans la vie de couple : « Tu es avec moi ou pas ? »).
Être disponible, c’est être accessible, accepter et provoquer la proximité : se
déplacer, s’approcher. Les gens absents, tout en étant là, se font sermonner
d’un dur « Viens voir ». Certaines situations de la vie occasionnent des
reproches justifiés : « Il ne s’est même pas dérangé. » L’indisponibilité appa-
raît comme le degré zéro de l’écoute (« On n’arrive pas à vous joindre »).
Les conduites d’évitement dans les relations humaines constituent une fuite
devant l’écoute et l’opportunité d’apprendre, donc d’accepter et de s’expo-
ser, de se livrer, d’expérimenter, de partager.
◗ Cultiver l’attention
Être disponible ne suffit pas, encore faut-il être attentif et maintenir l’atten-
tion. C’est par l’attention qu’on mobilise l’esprit. Elle implique une tension
vers un but : les organes des sens sont en éveil, pas seulement l’ouïe. L’atten-
tion volontaire demande un effort et dépend des motivations, elle produit de
la concentration. Elle est dirigée : on est attentif quand on cherche quelque
chose, des informations, des explications, du soutien, des conseils.
Le questionnement est le meilleur allié de l’attention : avoir des ques-
tions en tête, s’interroger, maintiennent un bon niveau de vigilance. Les
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Ecoute_9-[Link] Page 16 Mercredi, 22. août 2012 11:00 11
Comprendre les enjeux
questions créent une sorte de soif, d’impatience, de besoin d’entendre
pour produire de la satisfaction ou de l’assurance (être content d’avoir
compris).
Certains états perturbent l’attention : anxiété, surmenage, excitation. Mais
l’attention volontaire peut être concurrencée par l’attention « involontaire »
ou spontanée à des messages fortement « éveillants » du fait de leur nou-
veauté, leur imprévisibilité ou leur complexité. C’est le cas autant d’un bruit
bizarre de frottement dans le moteur de sa voiture, que du refrain sonore et
musical qu’a choisi ce cadre commercial pour présenter avec son logiciel les
résultats de vente de l’année de tous les produits.
De ce fait, l’attention peut être détournée involontairement pour le
meilleur ou pour le pire et focalisée sur un événement hors contexte (le
petit enfant qui suit la mouche qui vole dans la classe).
◗ Encourager la curiosité
Pour apprendre, assimiler, progresser, l’attitude du candide est un atout.
Un peu d’intelligence naïve a le mérite de susciter une grande exigence au
regard de ce qui se présente à nous. Le candide pose des questions et
s’interroge. Il développe une attitude décapante capable de secouer les évi-
dences. Rien ne va de soi, tout appelle interrogation : la curiosité peut fonc-
tionner et « booster » l’apprentissage, à l’instar du petit enfant qui découvre
le monde.
L’acte de demander est parfois réprimé : il s’agit d’oser dépasser
l’impression de déranger ou de passer pour sot. Les gens curieux ont des
profils d’autodidactes : ils cherchent à savoir, à connaître, à approfondir, à
aller au-delà des apparences. La curiosité apparaît comme un des meilleurs
stimulants de l’écoute orientée vers l’apprentissage.
1.3 L’écoute : facteur clé
de la connaissance de soi
Une meilleure connaissance de soi est un progrès sensible vers la matu-
rité et une meilleure aisance dans les relations humaines.
◗ S’ouvrir à l’écoute de soi
Selon Carl Rogers, « pour écouter l’autre, il me faut d’abord m’écouter
moi-même1 ». C’est le premier pas vers la connaissance de soi. Chacun a pu
faire l’expérience ordinaire des décalages qu’il peut y avoir entre ce qu’ex-
prime une personne et ce qu’elle croit ressentir. Ainsi, lorsque quelqu’un se
1. Carl Rogers, Le Développement de la personne, Dunod, Paris, 1996.
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Prendre conscience de la faculté d’écouter
met en colère très spontanément, il n’est pas rare que lorsqu’on le lui fait
remarquer, la personne proteste à la grande surprise de l’entourage et
déclare : « Je ne suis pas en colère, je ne fais qu’exprimer mes idées »,
comme si la véhémence et l’emportement, signes d’une forte tension inté-
rieure, n’avaient pas été « reconnus ».
Authenticité
Lors de l’un des moments forts du face-à-face entre Nicolas Sarkozy et
Ségolène Royal à la télévision en mai 2007, pendant la campagne prési-
dentielle, la candidate s’emporta en abordant la question des handicapés à
l’école. Son adversaire ne manqua pas de pointer cette montée d’agressivité
en lui reprochant cet écart. Ségolène Royal fit à cette occasion preuve d’une
belle authenticité en assumant sa colère : « Oui je suis en colère, il y a des
colères saines… »
Se connaître soi, c’est apprendre à s’accepter. En s’acceptant, on est
davantage en mesure d’écouter les autres et à notre tour de les accepter.
◗ Expérimenter la congruence
« C’est en expérimentant les situations et en se frottant aux individus
qu’il devient possible de les connaître et de se connaître soi-même dans une
même dialectique. Plus je parviens à être à l’écoute de moi-même, et donc à
m’accepter un tant soit peu tel que je suis, plus je peux être accepté par les
autres et plus je peux aussi les écouter et les accepter », note le médecin et
formateur Éric Galam 2.
La congruence
La notion de congruence se définit comme la réalisation de l’adéquation la
plus parfaite possible entre notre expérience, la perception que l’on en a et
notre comportement. Bref, ce que je vis, ce que j’écoute, et ce que je donne à
écouter.
Se connaître soi en cultivant la congruence alimente une ambition à
l’authenticité dans l’échange avec les autres. Cette ambition est difficile à
tenir et elle peut toujours être mise en question. Il est en apparence parfois
2. Éric Galam, « Paroles en miroirs », in L’Écoute, résonance des rencontres, ouvrage collectif, Revue Autrement,
n° 180, septembre 1998.
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Comprendre les enjeux
plus confortable de masquer ce que l’on ressent ou de travestir ce que l’on
exprime (« Non, non, je ne vous en veux pas… »).
Être à l’écoute de soi permet d’aller de l’avant sur le terrain de l’authen-
ticité et donc de relations humaines plus justes et plus vraies.
En résumé
Les enjeux de l’écoute concernent la qualité du dialogue, la bonne compréhension
mutuelle, la faculté d’apprentissage, la connaissance de soi à travers des rapports
humains plus authentiques.
2. Faire la différence entre entendre
et écouter
La faculté d’écoute renvoie dans la vie de tous les jours à deux aptitudes,
écouter, d’une part, et entendre, d’autre part. On pourrait croire qu’il
s’agit de deux synonymes relativement interchangeables.
Pourtant, il y a plus qu’une différence de nuance entre le fait d’entendre
et d’écouter. Autrement dit, les verbes signifient autre chose comme c’est le
cas dans des expressions aussi courantes que l’injonction « tu entends ce
que je te dis ? » ou le banal reproche « tu m’écoutes un peu ! ».
2.1 Entendre est plus complexe
qu’il n’y paraît
Selon la formule d’Alain Cornely, entendre et écouter se conjuguent et
sont les « préalables à la compréhension intellectuelle et affective 3 ». Mais
entendre et écouter ne désignent pas les mêmes fonctions, malgré la forte
intrication des deux processus qu’il n’est pas si aisé de distinguer.
◗ Entendre : d’abord une fonction sensorielle
Entendre, comme la plupart des verbes correspondants dans d’autres
langues européennes (horën, hear, entender…) désigne la captation du son
par l’oreille. L’écoute ne saurait se réduire ou se confondre avec l’appareil
3. Alain Cornely, Écouter, Éditions Érès, Toulouse, 1983.
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