THEME : Mécanismes de prévention, de gestion et de résolution des conflits.
Sujet : L’adhésion des États africains aux instruments régionaux et internationaux allant dans
le sens de la consolidation de la démocratie et de la sauvegarde des droits humains ne tarit
pas, leur application constitue donc le véritable enjeu sinon le défi de la démocratisation des
sociétés africaines.
La recrudescence des crises politiques en Afrique ces trois dernières années, a
particulièrement au remis au-devant de la scène la problématique de la démocratisation des
sociétés africaines. Ces crises, plus accentuées en Afrique francophone dont les plus récentes
sont survenues au Niger et au Gabon se sont traduites par des coups d’Etats militaires contre
des régimes démocratiquement élus. Cet état de fait semble révéler que l’Afrique, dans sa
marche vers la démocratie, n’a toujours pas enregistré les résultats attendus en termes de
démocratisation malgré ses multiples accords, traités internationaux, continentaux et
régionaux. La démocratie, en plus d’être une forme de gouvernement, est un système de
valeurs universelles qui est fondé sur la reconnaissance du caractère inaliénable de la dignité
et de l’égale valeur de tous les êtres humains. Pour certains, la promotion et la consolidation
de la démocratie en Afrique passeraient probablement par une application rigoureuse des
instruments régionaux et internationaux, tandis que d’autres estiment qu’il faut aller au-delà
de cet arsenal de textes en explorant d’autres voies pour l’édification d’une véritable
démocratie en Afrique. C’est certainement sous ce rapport que notre sujet pose le débat autour
de l’application de ces instruments pour la consolidation de la démocratie et la sauvegarde des
droits humains.
Pour bien appréhender le sujet, nous verrons dans un premier temps, en quoi l’application des
instruments régionaux et internationaux permet-elle la démocratisation des sociétés
africaines ? Et dans un second temps, nous tenterons d’explorer les autres voies susceptibles
d’accompagner la marche démocratique de l’Afrique.
I) L’application des instruments régionaux et internationaux, une nécessité pour la
démocratisation des sociétés africaines
L’Afrique a enregistré des avancées notables et des échecs qui s’inscrivent dans le cours
normal du processus de démocratisation qui est plus ou moins long selon les spécificités des
pays. Avec ses multiples accords, traités internationaux, continentaux et régionaux, l’Afrique
a déjà un cadre assez séduisant et propice à l’émergence de véritables démocraties. Le remède
existe déjà et il est connu de tous : il émanera de la volonté des autorités politiques africaines
de traduire dans les faits ces différents textes ; nous en citerons quelques-uns en guise
d’exemple. La Charte africaine de la démocratie et des élections, adoptée le 30 janvier 2007 à
Addis-Abeba (Éthiopie), constitue la manifestation de la volonté des États africains d’ériger la
démocratie en modèle de développement en s’engageant dans la promotion de la démocratie,
du principe de l’État de droit et des droits de l’homme. Le Protocole de la CEDEAO sur la
démocratie et la bonne gouvernance (protocole additionnel aux protocoles sur la prévention
des conflits armés) en son article 2 section 2 relative aux élections interdit la modification des
constitutions six mois avant les élections. La Déclaration de Bamako du 03 novembre 2000,
adoptée après le Symposium international sur le bilan des pratiques de la démocratie, des
droits et libertés dans l’espace francophone, a recensé les acquis, les insuffisances et échecs
de la démocratie pour enfin proposer des solutions à l’ensemble des pays africains. Cet
arsenal de textes traduit qu’un effort substantiel est fourni, en tout cas dans un cadre assez
théorique, pour trouver un bon moule à la taille des aspirations pressantes et manifestées des
peuples africains qui ont soif de démocratie. Donc, on peut raisonnablement admettre qu’une
simple application de ces textes garantirait aux sociétés africaines une démocratie reluisante.
En outre, conformément aux dispositions pertinentes contenues dans ces instruments, les Etats
Africains ont la possibilité d’instaurer une véritable démocratie, surtout en prenant en compte
le rôle prépondérant des armées à la solde des clans présidentiels, n’hésitant pas à retourner
leurs armes contre leurs propres concitoyens et à renverser des présidents démocratiquement
élus, au lieu d’être des armées impartiales et républicaines.
Toutefois, il convient de recadrer la notion de démocratie en élargissant son champ d’action
aux pratiques de l’inclusion, du dialogue en l’ouvrant à la participation régulière des citoyens.
II) Le dialogue, l’inclusion et la participation citoyenne : Des voies salutaires à la
consolidation de la démocratie
Il n’existe pas de modèle standard de démocratie applicable à tous les pays. Il faut tenir
compte des réalités de tout un chacun. En effet, la démocratie appréhendée en Europe, en
Afrique ou ailleurs n’est jamais la même. Elle a des implications et des conséquences
différentes. Elle laisse souvent libre cours à des abus (fraudes, manipulation électorale,
brimades, violences faites aux partisans) et à des incompréhensions.
D’abord, la démocratie doit inclure l’idée de dialogue entre les dirigeants et leur peuple.
Sinon, quand le peuple proteste et qu’il y a des représailles de la part de la puissance publique,
il y a lieu de dire qu’il y a violation du droit de protester. Entre l’État et les administrés, il ne
devrait pas avoir de bras de fer, mais une entente issue du fait qu’il travaille pour eux et avec
eux. Les dirigeants doivent s’oublier et penser au bien-être de leur population comme nous
pouvons le constater dans les grandes démocraties. Rappelons que dans un État, les pouvoirs
sont généralement au nombre de trois : le pouvoir exécutif, le pouvoir législatif et le pouvoir
judiciaire. Il en faut un quatrième, indépendant, géré par le peuple lui-même et qui obligerait
l’État à prendre en considération les revendications de la minorité.
Ensuite, la démocratie, qui est une œuvre humaine, n’est pas parfaite mais faut adapter la
notion de démocratie au monde actuel, car une démocratie standard ne saurait s’appliquer à
tous. La force du peuple doit être garantie par un système dont il aurait la pleine gestion. C’est
ce qui fonde le principe d’égalité et de respect du choix du peuple. Le système doit privilégier
et davantage inclure le peuple dans les prises de décision et dans la gestion du pays.
Enfin, Il faut établir une gestion participative en faisant la promotion de la démocratie locale
par la décentralisation, en passant par l’organisation d’élections libres, fiables et transparentes
et au niveau des partis politiques organiser des élections primaires. Il y a lieu de travailler à
l’instauration d’une culture de l’alternance, un principe sacro-saint de la démocratie, de
prévoir un statut de l’opposition et d’oser aller vers une bipolarisation de la vie politique qui
aura pour avantage d’éliminer les nombreux partis politiques à caractère tribaliste, sans assise
nationale, voire sans idéologie politique claire et dirigés par des individus guidés par des
intérêts inavoués.
Au terme de cette analyse, il faut se convaincre qu’en Afrique, pour permettre l’incrustation
profonde de la démocratie, les Etats africains ont non seulement besoin de s’adosser aux
instruments régionaux et internationaux allant dans le sens de la consolidation de la
démocratie et de la sauvegarde des droits humains mais également de créer et de maîtriser
toutes les conditions, favorables à l’éclosion du dialogue, de l’inclusion et de la participation
citoyenne. Sachant que le vrai succès de la démocratie réside dans la mobilisation des
populations et plus particulièrement dans leur participation à la vie politique, les politiques
africains doivent prendre leur responsabilité devant leur peuple et devant l’Histoire ; c’est la
seule voie du salut. Bien entendu, nous faisons volontiers nôtres les propos, fort pertinents de
George BURDEAU lorsqu’il affirmait que « la démocratie n’est pas dans les institutions
mais dans les hommes ».