Institut Supérieur d’Entrepreneurship et de
Gestion (ISEG)
MODULE MANAGEMENT DES RISQUES
Thème 2
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
Les risques sont souvent le contrecoup de l’activité humaine. Même
les risques dits naturels peuvent avoir pour germe l’action de
l’homme sur son écosystème. Dans cette perspective, les
spécialistes recourent à la notion « d’incertain endogène » pour
exprimer l’idée que l’activité humaine influence les écosystèmes
planétaires, même si l’ampleur des effets sur le climat est encore
mal connue. Par conséquent, l’être humain est certainement le
premier danger pour lui-même et en même temps celui qui peut
le mieux se prémunir contre ses propres actions. Remarquons que
même dans l’action de protection, l’homme peut abuser de son
statut de protecteur pour nuire, ce qui conduisit le philosophe latin
Juvenal à se poser la question suivante : qui garde les gardiens ?
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
En d’autres termes, que ce soit dans notre société en général, ou
dans les entreprises en particulier, l’individu peut être producteur
de risque ou protecteur ou les deux à la fois. Or pour combattre
le risque, il s’agit non seulement de définir les risques, ce que nous
avons fait en première partie, mais aussi d’évaluer quels en sont
les producteurs et les gestionnaires. Avec le développement de
nouveaux risques, les missions des parties prenantes ont changé.
Ils ne réalisent plus les mêmes fonctions et ils n’ont plus
nécessairement les mêmes compétences. De surcroît, en vingt ans,
la production et la gestion du risque se sont à la fois
institutionnalisées, complexifiées et démocratisées.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S 1 : Les producteurs de risques
S 2 : Les gestionnaires du risque
S 3 : L’interdépendance entre les producteurs du risque et les
auteurs de la prévention
Conclusion
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.1: Les producteurs de risques
De l’informaticien qui pirate le progiciel d’une entreprise au
dirigeant qui harcèle ses employés en passant par une personne
qui pratique la corruption pour le compte de son entreprise, il
existe a priori peu de points communs à l’ensemble de ces
producteurs de risque. Les infractions ne sont pas les mêmes. Les
causes de ces infractions sont de nature différente. Si la nature
de ces infractions et leur origine peuvent être très diverses, il est,
néanmoins, possible d’établir différentes catégories de
producteurs de risques. Pour ce faire, nous définirons tout d’abord
les différents profils de producteurs de risques. Nous étudierons
ensuite la provenance de ces producteurs de risque. Sont-ils
forcément salariés de l’entreprise ? Existe-t-il des personnes ou
entités extérieures qui représentent un risque pour l’entreprise ?
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.1: Les producteurs de risques
1 Leur profil
Les producteurs de risques peuvent avoir trois types de profils
différents.
Ils peuvent être délinquants avérés, spéculateurs ou encore être
négligents. En fonction de leur nature, le passage à l’acte n’est
pas conditionné par les mêmes causes et par conséquent
n’entraîne pas nécessairement les mêmes dispositifs pour les
empêcher d’agir.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.1: Les producteurs de risques
1.1 Le délinquant
Le délinquant est celui qui agit contre l’entreprise de manière
illégale. Par exemple, avec le développement informatique, trois
profils de délinquance sont identifiés. D’un côté, on retrouve le
« hacker », spécialiste informatique qui se sert de ses
connaissances pour s’introduire illégalement dans des sites et des
systèmes informatiques. D’un autre côté, il existe le « corsaire »
qui pratique le piratage pour le compte d’un État. Enfin, il y a les
« phreakers », spécialisés dans le piratage des lignes
téléphoniques et les détournements d’abonnement dans le but de
téléphoner gratuitement.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.1: Les producteurs de risques
Parmi les actes malveillants des « pirates », citons le
détournement de sites, le vol des moyens de paiement et
l’espionnage industriel et militaire. Par rapport à ce dernier cas,
Microsoft, qui devrait être la firme la mieux protégée
informatiquement, a été piratée pendant plus d’un mois. Les
pirates avaient accès à des lignes de programmes permettant
de créer à volonté des produits informatiques concurrents.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.1: Les producteurs de risques
1.2 Le spéculateur
Le spéculateur est un amoureux du risque. Son comportement est
à l’opposé de celui du gestionnaire du risque. Il n’agit pas
forcément de manière illégale mais il peut agir au détriment de
l’entreprise. Ainsi les décideurs d’une entreprise peuvent être
tentés d’investir de manière massive dans des domaines d’activité
alors que le potentiel de ces activités est mal connu et mal estimé,
en espérant que leur stratégie soit payante à long terme. Or
l’appât du gain ici incertain peut entraîner la perte de
l’entreprise.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.1: Les producteurs de risques
Exemple : lorsque Jean-Marie Messier procéda pour le compte
de Vivendi Universal à des rachats d’activités importants dans les
médias (Canal+, L’Expansion…) en vue de faire converger au
sein d’un même groupe les activités de contenus et les activités
d’accès, il prit un risque démesuré sans que personne ne fût en
mesure de l’arrêter.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.1: Les producteurs de risques
1.3 Le négligent
Le négligent est celui qui met en danger d’autres personnes sans
en avoir eu l’intention. En droit, la négligence est le domaine du
droit de la responsabilité délictuelle qui a trait à une conduite ne
répondant pas à la norme jugée acceptable par une personne
raisonnable. Un fumeur laisse tomber son mégot en forêt et
provoque un incendie ou encore le directeur n’est pas assez
attentif à certaines informations relevant de la sécurité des
personnes émanant de son personnel de proximité, etc. À chaque
profil, la prévention qui y est associée est différente. Pour
démotiver le passage à l’acte du délinquant, le législateur va
mettre en place des sanctions plus lourdes.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.1: Les producteurs de risques
Par exemple, au lieu de mettre uniquement une amende au
corrupteur, le législateur introduit des peines de prison, qui sont
plus dissuasives. Pour calmer les velléités du spéculateur, il s’agit
de limiter ses occasions de prendre des risques. Pour éviter que
des dirigeants fassent des offres publiques d’achat hasardeuses,
les banques prêteuses vont limiter les possibilités de financement.
Afin de parer à toute négligence, il s’agit de mettre en place des
signaux pour rappeler à la personne d’être prudente, comme
mettre des panneaux rappelant l’interdiction de fumer dans
certains espaces.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.1: Les producteurs de risques
2 Leur provenance
Connaître la provenance du risque permet de définir le
management des risques qu’il faut entreprendre. Or la
provenance du risque est double. Ce risque peut venir des
membres de l’organisation. Dans ce cadre, tout salarié d’une
entreprise est potentiellement un risque pour celle- ci. Le risque
peut également résulter d’agissements extérieurs à l’entreprise et
dans ce cas il peut être le produit d’un individu isolé ou
d’organisations concurrentes.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.1: Les producteurs de risques
2.1 Les producteurs internes à l’organisation
L’entreprise est constituée de trois partenaires : les dirigeants, les
salariés et les actionnaires. Il est important de distinguer ces trois
catégories puis qu’elles peuvent avoir des objectifs différents. En
1932, deux gestionnaires, Berle et Means, ont constaté que les
objectifs des actionnaires et des dirigeants salariés sont différents
parce que les premiers privilégient la maximisation des profits
tandis que les seconds cherchent à maximiser les ventes globales
de l’entreprise afin d’augmenter leur propre revenu et leur
prestige. De même, il existe une différence d’objectifs entre les
dirigeants et les autres salariés.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.1: Les producteurs de risques
Les uns essaient d’obtenir le meilleur rendement de leurs salariés
à partir d’un système d’incitations et de contrôles, les autres
essaient d’optimiser leur effort en fonction de leur espoir
d’avancement. Par conséquent, en raison de leurs objectifs
propres, dirigeants, employés et actionnaires, sont susceptibles de
produire des risques différents volontairement ou
involontairement. Dans cette perspective, les cadres dirigeants ne
génèrent pas forcément les mêmes risques que les employés de la
base. En effet, les dirigeants ayant en charge la stratégie de
l’entreprise et sa survie, sont sollicités pour prendre des risques
de nature par fois illégale.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.1: Les producteurs de risques
Par exemple, et paradoxalement, d’un côté les managers de
grandes firmes internationales établissent des codes de conduite
internes pour faire face à la corruption, et de l’autre, afin de se
développer, ils sont eux-mêmes tentés de corrompre les
représentants d’autorités étrangères pour remporter des parts de
marché. Il faut savoir que les poursuites pénales pour corruption à
l’étranger constituent un risque sérieux. Comme le rapporte Philip
Nichols, professeur de droit à la Wharton School, les peines
encourues pour infraction à la loi sont sévères. Aux États- Unis,
elles vont de l’amende à l’incarcération en passant par
l’interdiction d’entrer en affaires avec l’administration américaine.
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S.1: Les producteurs de risques
En France, la législation prévoit 15 ans de prison pour certains
actes de corruption transnationale. Par ailleurs, le versement de
pots-de vin peut aboutir à nuire à l’image de l’entreprise.
Endosser l’étiquette de « corrupteur » pour une entreprise peut
avoir par la suite des incidences sur ses négociations. Si les cadres
dirigeants sont susceptibles de mettre en péril l’équilibre de
l’entreprise, il peut en aller de même pour l’ensemble des salariés
qui peuvent chercher à tirer un profit personnel de l’entreprise.
De l’employé qui travaille dans une grande sur face au cadre
supérieur qui travaille pour le compte d’une société informatique,
l’un et l’autre sont en capacité de commettre des larcins pour leur
compte.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.1: Les producteurs de risques
Entre 60 et 80 % des actes malveillants proviendraient d’actes
commis en interne (Clusif, 2009). Or ces larcins, additionnés les
uns aux autres, peuvent être fort coûteux pour l’entreprise. Ceci
est particulièrement vrai aujourd’hui dans un contexte où le
développement des systèmes d’information et l’échange de
données électroniques facilitent les actes de piratage
informatique au sein de l’entreprise.
L’actionnaire est également source de risques mais pour d’autres
raisons. Étant sur une recherche de bénéfices à court terme, ses
décisions sont en mesure de déstabiliser l’entreprise. Ceci est
particulièrement vrai depuis les années 1990 et le
développement du « capitalisme actionnarial ».
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.1: Les producteurs de risques
Comme le remarque D. Plihon, le capitalisme actionnarial
correspond au modèle d’un capitalisme qui s’appuie sur les
marchés financiers et les investisseurs institutionnels. Les
entreprises se financent de plus en plus par appel à fonds
propres, c’est- à-dire par une épargne dégagée à la suite de la
hausse des profits et, par émissions d’actions en hausse rapide :
leur volume a été multiplié par 14 de 1980 à 2000. Cette
évolution a été rendue possible par les nouvelles technologies de
l’information et le développement des investisseurs institutionnels,
appelés aussi des fonds de gestion collective de l’épargne ou plus
prosaïquement des Zinzins.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.1: Les producteurs de risques
Ce sont les Zinzins (fonds de pension, sociétés d’investissement et
compagnies d’assurance) qui détiennent une grande partie du
capital des entreprises. Plihon rappelle que la part des actions
détenues par les investisseurs institutionnels aux États-Unis est
passée de 5 % en 1946 à plus de 50 % en 1996. Forts de ce
constat, les options prises par les Zinzins peuvent ainsi avoir des
conséquences considérables. Mécontents de la gestion d’une
entreprise, ils ont la possibilité de s’en désinvestir et provoquer
sa fragilisation et à terme sa perte. Ceci est vrai au niveau de
l’entreprise, il est important de souligner que ceci est également
vrai au niveau d’un pays.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.1: Les producteurs de risques
Les crises, au début des années 2000, de certains pays
d’Amérique latine ont été renforcées par la fuite des capitaux
d’investisseurs étrangers. Ainsi, en décembre 2001, l’Argentine a
connu une grave crise économique et sociale. Faute d’avoir
respecté le programme de réformes économiques dit plan
« déficit zéro », le FMI lui a refusé une aide de 1,3 milliard de
dollars, après avoir déjà débloqué 20 milliards de dollars durant
l’année. La Banque mondiale et la Banque inter américaine de
développement (BID) ont, à leur tour, suspendu le versement de
1,1 milliard de dollars. La conséquence fut la suivante.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.1: Les producteurs de risques
Pour honorer sa dette extérieure, l’Argentine a dû puiser dans les
réserves des fonds de pension. L’Argentine, frappée par
quarante- deux mois de récession, se trouva alors en faillite. Dans
ce contexte économique et social tendu, les investisseurs étrangers
se détournèrent du marché argentin (d’après la Banque mondiale,
entre 2002 et 2003, les investissements étrangers en Argentine
auraient diminué de plus d’un tiers), entraînant une baisse sensible
des flux de capitaux vers l’Argentine et l’aggravation de la
crise.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.1: Les producteurs de risques
2.2 Les producteurs de risques externes à l’entreprise
Les opérations de malveillance ne sont évidemment pas le seul
fait des membres de l’entreprise. Du consommateur qui vole à
l’étalage à l’agent de renseignement qui vole un secret au profit
d’une autre entreprise, les producteurs de risques externes sont
multiples et variés.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.1: Les producteurs de risques
Signalons neuf catégories d’acteurs n’appartenant pas à
l’entreprise et pouvant lui causer du tort :
les consommateurs
les médias
les administrations
les citoyens
les agences de notation
la concurrence
les fournisseurs
les sous-traitants
les clients distributeurs.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.1: Les producteurs de risques
Toutes ces entités sont devenues, au cours de la dernière
décennie, des sources de risques extraordinaires. Par exemple, le
consommateur, qui dans l’acte d’achat parais sait inoffensif,
semble devenu totalement incivil, prêt à en venir aux mains, dès
qu’il n’est pas satis fait de la prestation qui lui est offerte. En
outre, le pouvoir de chacune de ces entités s’est renforcé avec
l’importance prise par l’information. À ce titre, dès que les médias
ou les agences de notation divulguent une information négative
sur une entreprise, cette information se répand comme une traînée
de poudre. Les conséquences sont souvent néfastes alors même
que la véracité de l’information n’a pas été établie.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.1: Les producteurs de risques
L’affaire Rodriguez représente un cas symptomatique de ce type
de danger. Rappelons brièvement l’affaire. Fin 2002, le journal
Le Point fait référence à un éventuel lien entre le groupe,
fabricant de yachts de luxe, et Peter Morrish, dans des «
mécanismes complexes qui… favorisent le blanchiment d’argent
». Suite à cet article, l’action chute de 55 euros à 15 euros en très
peu de temps, alors que le chiffre d’affaires de la multinationale
progressait de 50 % entre 2002 et 2003. Il a fallu attendre le
25 juin 2003 pour que le Tribunal de grande instance de Paris
donne raison à l’entreprise lésée par cette annonce.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.1: Les producteurs de risques
À cela s’ajoute que, depuis la chute du mur et la fin de la guerre
froide, le nombre de producteurs externes du risque s’est accru.
D’un côté, un certain nombre d’agents de renseignement qui
travaillaient pour des pays se sont reconvertis dans le
renseignement économique ; d’un autre côté, l’ouverture des pays
de l’Est au capitalisme a permis au crime organisé de prospérer.
Ces deux phénomènes viennent renforcer l’idée que le risque ne
cesse de se mondialiser et de se complexifier.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.2 : Les gestionnaires du risque
Face à cette diversité de producteurs de risques, se constitue
depuis une trentaine d’années un système de réseau d’acteurs de
la prévention du risque. Pour que le risque ne se réalise ni se
traduise en crise, il est nécessaire que ce réseau d’acteurs
s’organise. Mais avant même que la question de l’efficacité de
l’organisation de ce réseau ne se pose, il est nécessaire de
connaître les différentes catégories d’acteurs en mesure de
participer à la lutte contre le risque. C’est à partir d’une bonne
connaissance de ceux-ci que le réseau d’acteurs peut fonctionner
dans les meilleures conditions.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.2 : Les gestionnaires du risque
Autrement dit, cette « cartographie des parties prenantes »,
comme la nomment G. Johnson, H. Scholes et F. Frery (Stratégique,
Pearson Éducation, 2e édition, p. 483) sert à envisager les
possibilités de gérer les réactions de chacun et d’identifier le
potentiel de réactivité par rapport aux risques qui peuvent surgir.
C’est dans cette perspective que nous allons présenter cinq
formes de protagonistes en mesure de participer à la prévention
des risques : les entreprises elles-mêmes, les experts du risque, le
secteur de la sécurité privée et de l’assurance, les institutions de
contrôle et les citoyens.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.2 : Les gestionnaires du risque
1 Les entreprises
Dans le cadre d’une enquête européenne réalisée par la société
Marsh & McLennan Companies auprès de 600 chefs d’entreprise,
l’importance du risque est unanimement reconnue par les sondés
et un nombre croissant d’entre eux le considère comme un sujet de
préoccupation prioritaire. Pourtant, derrière le discours des
dirigeants d’entreprise, se cachent des réalités très disparates au
sein des entreprises en matière de prévention des risques.
Certaines entreprises considèrent la notion de risque comme
suffisamment importante pour créer un poste de risk manager à
plein temps, avec des responsabilités étendues et une équipe de
quelques agents.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.2 : Les gestionnaires du risque
Ce sont surtout des entreprises de grande taille de dimension
internationale. Elles ont à gérer des risques massifs, fréquents et
graves. Elles peuvent bénéficier d’une culture du risque en raison
des produits qu’elles vendent : des sociétés comme EDF, avec en
charge le nucléaire civil, Saint-Gobain, vendeur de matériels de
renforcement et d’isolation…
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.2 : Les gestionnaires du risque
D’autres entreprises disposent d’une division gestion de risques
susceptible d’être rattachée à la division chargée des problèmes
d’assurance sans qu’elle soit mise particulièrement en avant. Dans
d’autres cas encore, le risque peut être géré par la division qui
au quotidien a le plus à gérer le risque. À ce titre, certains
établissements de santé laissent à leur service biomédical cette
gestion, ce service ayant pour fonction principale la gestion du
parc médical de l’hôpital et la veille technique.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.2 : Les gestionnaires du risque
Enfin, certaines entreprises se sentent peu concernées par rapport
à cette question. Celles-ci n’ont généralement pas la taille
suffisante pour employer un gestionnaire de risques à temps
complet. C’est notamment le cas pour de nombreuses PME- PMI.
Dans ce cadre, elles privilégient la sous-traitance. Par exemple,
pour identifier ses risques et mettre en place un plan de
continuité, une PMI recourt aux services d’une entreprise de
conseil capable de réaliser cet audit. Dans ce cadre, c’est le
directeur administratif et financier qui reste le principal
interlocuteur avec lequel la gestion des risques est abordée.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.2 : Les gestionnaires du risque
Néanmoins, cette relative hétérogénéité suggérée entre
entreprises tend à s’estomper au fil du temps. D’une part, parce
que l’apparition de nouveaux risques (risques informationnels,
phénomènes d’insécurité envers les biens et les personnes) affecte
l’ensemble des organisations sans distinction – les virus
informatiques, les agressions à l’encontre des personnels ou
encore la santé du personnel concernent toutes les entreprises –,
d’autre part, parce que les entreprises sont de plus en plus
contraintes de se plier à une réelle politique de gestion de risque
en raison d’exigences plus fortes en la matière de la part de
certains clients.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.2 : Les gestionnaires du risque
À ce titre, l’enquête effectuée par Marsh & McLennan Companies
conclut en soulignant que « beaucoup d’entreprises de taille
moyenne sont aujourd’hui les fournisseurs et les sous-traitants de
grands groupes ou de grands distributeurs, qui leur imposent des
chartes de qualité exigeantes, et entendent contrôler toujours
plus en amont (flux tendus obligent) la fiabilité de leurs
prestataires. Certaines des contraintes imposées à ce sujet –
notamment en matière de sécurité alimentaire – vont parfois au-
delà de la législation elle- même. La mise en œuvre de ces
chartes exigera une vraie gestion des risques ».
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.2 : Les gestionnaires du risque
2 Les experts
Derrière les experts de la sécurité se cachent différents profils et
différents univers. On trouve le commissaire de police, détaché
auprès du ministère de l’Intérieur, pour faire de l’ingénierie
publique, le chercheur en biologie qui fait de l’audit interne pour
un grand groupe, et enfin le consultant en gestion des risques.
Derrière cette différence de profils et d’univers, retenons
néanmoins quatre manières de réaliser de l’expertise en sécurité :
la première manière de réaliser une expertise est bien
évidemment de la réaliser en interne. On parle alors d’audit
interne.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.2 : Les gestionnaires du risque
Ce type d’audit est notamment réalisé dans les grands groupes.
Mais il peut être également réalisé dans d’autres organisations.
Par exemple, certaines mairies disposent en interne de services
d’évaluation qui vérifient l’application des normes d’hygiène et
de sécurité. Ensuite, il existe les laboratoires de recherche qui sont
eux aussi en capacité d’apporter une expertise précise en
matière de gestion de risque. Pour mémoire, citons quelques lieux
de recherche réputés dans ce domaine : l’Institut national de
l’environnement industriel et des risques (INERIS) et l’Institut
national de recherche sur les transports et leur sécurité (INRETS).
Une troisième manière de réaliser une expertise est de recourir
aux services d’audit administratif.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.2 : Les gestionnaires du risque
Enfin, il y a l’externalisation de l’expertise auprès des cabinets de
conseil : Accenture, Ernst & Young, Marsh ou Géos, pour ne citer
que ces quelques grands cabinets, ont investi dernièrement les
champs de la sécurité et de la gestion des risques.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.2 : Les gestionnaires du risque
Or, il est intéressant de souligner qu’au regard des récentes
études sur ce domaine d’activité, c’est cette dernière catégorie,
c’est-à-dire l’externalisation de l’expertise, qui prend de
l’ampleur par rapport aux autres catégories d’expertise. En effet,
depuis plusieurs années, les entreprises d’audit voient leur
présence accrue par rapport aux autres formules d’expertise
aussi bien pour des raisons de coûts que pour des raisons de
facilité. De même, l’État et ses administrations cherchent à se
désengager de nombreuses missions afin de réduire les dépenses
publiques ; ils laissent, quand cela est possible, le soin d’effectuer
l’expertise à des acteurs privés.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.2 : Les gestionnaires du risque
Enfin, la nature des besoins d’expertise en matière de sécurité de
la part de l’ensemble des organisations apparaît multiple et
complexe : sécurité informatique, audit de sûreté urbaine, sécurité
industrielle, etc. Dans ce contexte, il est plus avantageux de
recourir à des cabinets de conseil qui peuvent leur proposer une
offre de service globale combinant toutes les formes d’expertise
de sécurité plutôt que de devoir gérer en interne des expertises
de sécurité de natures diverses.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.2 : Les gestionnaires du risque
3 Le secteur de la sécurité privée et de l’assurance
Il existe à ce jour deux catégories d’entreprises qui assurent des
activités de gestion de risques : d’un côté, des entreprises qui
garantissent la sécurité des actifs physiques (locaux, ordinateurs,
etc.), humains et immatériels (logiciel, brevet, base de données) ;
de l’autre, des entreprises qui proposent des couvertures
d’assurance.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.2 : Les gestionnaires du risque
Pour le premier type d’entreprises, il s’agit essentiellement
d’assurer des missions de maintenance, de surveillance et de
protection auprès de clients privés ou publics. Dans ce cadre,
l’entreprise est guidée par une philosophie de la prévention des
risques de perte ou de dommage.
Pour le second type d’entreprises, il s’agit de couvrir les risques
d’entreprises : risques commerciaux, responsabilité civile,
assurance biens… Or chacune de ces catégories d’entreprises est
située dans des marchés à maturité différente. Le marché de la
sécurité est encore jeune, d’où un fort dynamisme des embauches
ces trois dernières décennies.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.2 : Les gestionnaires du risque
Le chiffre d’affaires atteint 8 milliards d’euros en 2008, et
provient largement de la vente de produits technologiques (télé
surveillance et coveillance), la proportion de ces ventes
représentant presque 50 % du total (Hassid O., « La sécurité
privée : contours, controverses et nouvelles perspectives », in Roché
S., En quête de sécurité, Paris, Armand Colin, 2003, p. 273 ; Atlas
2009-2010, Panorama économique des marchés de la sécurité en
toute sécurité, 2010). Le marché de l’assurance est, quant à lui,
arrivé à maturité. Le chiffre d’affaires progresse lentement année
après année, et atteint environ 31 milliards d’euros.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.2 : Les gestionnaires du risque
La catégorie la plus importante du chiffre d’affaires global
concerne les assurances de biens et de personnes (retraite,
prévoyance), la prédominance de ces types d’assurance pouvant
s’expliquer par des effets de cycles ou des évolutions sociétales,
comme le vieillissement de la population française. Remarquons
que si l’assurance s’est développée avec les risques des années
1970, 1980, la sécurité privée, elle, s’est appuyée sur
l’apparition des risques des années 1990, 2000. En effet, les
grands groupes de la sécurité ont connu leur ascension avec
l’essor de l’insécurité portant sur les biens et les personnes et les
multiples innovations en matière de contrôle : sécurité
électronique, vidéosurveillance, etc.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.2 : Les gestionnaires du risque
Néanmoins, si ces deux activités ont des évolutions différentes
dans le temps, elles demeurent inti me ment liées. Comme
historiquement, les assureurs ont eu des pertes financières dans la
branche vol à la suite de l’explosion de la délinquance dans les
années 1970-1980, ils ont été amenés à durcir leurs exigences en
matière de protection. Dans ce contexte, les entreprises
d’assurance obligent depuis une dizaine d’années leurs clients à
intégrer la nécessité de se protéger, ce qui profite aux
entreprises de sécurité privée. Pour les mêmes raisons historiques,
les assureurs participent depuis le début des années 1980 à un
effort de certification des équipements de sécurité.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
Répartition du chiffre d’affaires des sociétés d’assurances en risques
d’entreprises selon les principales catégories d’assurances en 2000
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.2 : Les gestionnaires du risque
4 L’État
Comme nous l’avons indiqué dans la première partie, les
dernières décennies ont vu l’émergence de risques résurgents ou
encore méconnus, tels que les risques informationnels. Dans ce
contexte, l’État est plus que jamais le principal gestionnaire de
risques. Il a quatre fonctions principales dans ce domaine :
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.2 : Les gestionnaires du risque
Sa première fonction est d’être un « éclaireur des risques ». Dans
cette perspective, l’État détient un rôle de producteur,
centralisateur et diffuseur d’informations. L’enjeu est d’identifier
les espaces qui sont particulièrement concernés par des risques
graves ou le développement de nouveaux risques. À ce titre par
exemple, il existe aux États- Unis une Agence fédérale de gestion
des situations d’urgence (Federal Emergency Management
Agency – FEMA) qui a notamment pour mission d’étudier les
principaux risques de catastrophes. En France, des agences
spécialisées voient également le jour, comme l’Agence nationale
de la sécurité sanitaire et de l’environnement (Anses).
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.2 : Les gestionnaires du risque
Sa deuxième fonction est celle de « veilleur ». Face à des
risques peu prévisibles, vigilance et anticipation sont nécessaires.
Si l’on ne peut prévoir l’avenir, une façon de se préparer à des
crises nouvelles consiste à tirer des leçons des crises originales qui
ont eu lieu dans le passé, par l’exercice du retour d’expériences.
« Cela consiste à faire un examen rétrospectif et critique de la
façon dont a été traitée la crise, afin de mettre en place, le cas
échéant, des dispositifs permettant une plus grande réactivité et
une meilleure réaction ».
Sa troisième fonction est d’être un État « superviseur ». Qu’il
s’agisse de la crise des « subprimes » ou d’autres crises, la
coopération internationale en matière de contrôle est devenue
cruciale.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.2 : Les gestionnaires du risque
Les États ont un rôle important afin de s’assurer de l’absence
d’irrégularités. Les États ont évidemment une mission de contrôle
incontestable. À cet égard par exemple, suite à la catastrophe de
Feyzin en 1966 et pour répondre aux carences en matière de
sécurité industrielle, l’État a mis en place une véritable
administration chargée du contrôle des installations. Aujourd’hui,
cette administration s’appuie sur une réglementation particu-
lièrement dense, élaborée et régulièrement mise à jour par la
Direction de la prévention des pollutions et des risques (DPPR) du
ministère de l’Écologie, du développement et de l’aménagement
durable.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.2 : Les gestionnaires du risque
Sa dernière fonction est une fonction de sanction. Afin d’éviter
que les producteurs de risques ne réitèrent, il convient de mettre
en place des institutions de sanction. Ces institutions que sont les
institutions policières et judiciaires n’ont cessé de croître en
fonction du caractère de plus en plus multidimensionnel du risque
(terrorisme, cybercriminalité, criminalité organisée, etc.). En
France, les ressources policières ont connu un taux de croissance
de près de 90 % en trente ans et dans le même temps l’inflation
carcérale a été de 39 %. La nature des sanctions a également
changé. Par conséquent, qui dit essor du risque dit essor du
contrôle et en bout de course essor du nombre d’interpellations et
d’arrestations.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.2 : Les gestionnaires du risque
La société du contrôle et de la punition ne peut être alors que
concomitante à la société du risque. À ce titre, les instruments de
prévention les plus efficaces pour l’économiste américain Gary
Becker sont le poids de la sanction et le risque pour le délinquant
d’être appréhendé.
Depuis une vingtaine d’années, le législateur serait donc à la
lecture de l’analyse de Gary Becker un « bon gestionnaire du
risque » puisque la présence policière s’est accrue (leur nombre
ayant augmenté), et les sanctions sont devenues plus sévères dans
la majeure partie des pays occidentaux.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.2 : Les gestionnaires du risque
5 Les individus et plus particulièrement les victimes
La gestion des risques est bien souvent une question d’experts. La
présence du citoyen n’est pas habituelle. Faute de traducteurs, de
médiateurs, de transparence et de clarté des règles, la parole ne
lui est pas ou peu donnée. Le citoyen est jugé comme n’ayant pas
de compétence pour pouvoir prétendre à donner son avis.
Cependant, derrière ce constat lapidaire, trois phénomènes
actuels viennent sensiblement corriger cette situation.
Premièrement, certaines études montrent que des « profanes »
vigilants peuvent devenir « lanceurs d’alerte » en se substituant à
des experts déficients et après avoir acquis par eux- mêmes une
expérience, une compétence technique ou scientifique.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.2 : Les gestionnaires du risque
Ces « lanceurs d’alerte » peuvent être utiles afin d’améliorer le
niveau de connaissances sur les menaces ou de repérer des
dysfonctionnements susceptibles d’entraîner des crises majeures.
Les États encouragent d’ailleurs ces alertes « informelles »,
notamment en matière de sécurité sanitaire et environnementale.
Conçu sur le modèle en vigueur dans plusieurs pays (dont les
États-Unis, sous l’appellation de whistlebowing), un statut de
« lanceur d’alerte » a été présenté au Sénat dans le
prolongement du Grenelle de l’environnement le 19 février 2009.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.2 : Les gestionnaires du risque
Deuxièmement, comme le remarque l’anthropologue Brian
Wynne, le savoir des experts peut être, en certaines
circonstances, partial et partiel. Étudiant les interactions entre les
bergers, riverains d’une usine de retraitement nucléaire située
dans le nord-ouest de l’Angleterre et les spécialistes chargés d’en
suivre le fonctionnement et d’en évaluer l’impact, celui-ci rapporte
que les modèles des experts étaient mis à mal à la fois par les
particularités géologiques et alimentaires et parle métabolisme
des moutons, point sur lequel les bergers étaient mieux informés
que les experts. En effet, ces derniers supposaient que le fait
pour un mouton de paître en toute liberté ou dans un enclos
n’avait aucune importance, hypothèse qui s’avéra infirmée par les
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.2 : Les gestionnaires du risque
Le « savoir profane » est donc nécessaire. Cette prise de
conscience de l’importance du « savoir profane » semble se
développer puisque depuis une dizaine d’années des « forums
hybrides », tels que les « focus groups », comités locaux
d’information ou encore conférences de consensus, ont été créés
mêlant les paroles d’experts et les paroles de citoyens.
Enfin, les sociétés occidentales sont prêtes à donner la parole à
l’individu en tant que victime. Dans cette perspective, des
enquêtes de victimisation, des groupes de parole, des journées de
formation auprès des personnels les plus menacés ou encore des
formules de soutien psychologique sont mis en place dans les
firmes afin d’être plus à l’écoute des personnes victimes.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.2 : Les gestionnaires du risque
Pour ce qui est des enquêtes de victimisation auprès des salariés,
il s’agit de savoir si le personnel salarié a été victime à un
moment ou un autre d’une infraction au droit du travail, d’une
infraction à la vie des affaires, de harcèlement ou de
proposition de corruption. Bref, pour mieux se protéger, les
nations en général, et les entreprises en particulier cherchent à
déterminer l’existence de victimes. Cette immixtion du
questionnement sur la présence de la victime au sein de
l’entreprise est nouvelle et résulte très certainement, comme le
note Frank Furedi, sociologue américain, de la consolidation de la
conscience du risque.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.3 : L’interdépendance entre les producteurs du risque et les
acteurs de la prévention
Comme il a pu être observé précédemment, le risque peut
provenir directement des membres de l’entreprise, être le fruit
d’actions d’individus extérieurs à celle-ci, ou encore être le
résultat d’un aléa naturel (tremblement de terre par exemple). Il
est important de noter que la provenance du risque et la nature
du producteur de risques impliquent des modalités particulières
d’organisation en matière de gestion des risques. À ce propos,
une étude réalisée par deux sociologues, Frédéric Ocqueteau et
Marie- Lyse Pottier, sur les centres commerciaux montrent que les
gérants de ces structures sous-traitent la production de sécurité à
des entreprises spécialisées lorsque la probabilité de vols émane
surtout du personnel.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.3 : L’interdépendance entre les producteurs du risque et les
acteurs de la prévention
En revanche, la direction d’un centre commercial préfère produire
de la « sécurité maison » quand c’est le personnel qui est mis en
danger par le comportement de personnes extérieures. Ce choix
a une explication simple. La surveillance est externalisée pour
éviter qu’il y ait une éventuelle collusion entre les agents de
sécurité et le reste du personnel. La direction peut mieux contrôler
son personnel. La surveillance est internalisée pour fédérer les
énergies et valoriser en interne une « culture de la sécurité ».
Autrement dit, l’internalisation des fonctions de prévention de
risque a pour avantage de protéger l’organisation et le groupe.
Ainsi, des investissements faits en interne en matière de
prévention peuvent permettre de consolider les liens de groupe.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
Causes et conséquences de la provenance du risque sur l’organisa-
tion de la gestion des risques
Provenance du risque(Interne ou Externe)
Arbitrage entre sous-traiter et réaliser soi-même la
prévention des risques
Mise en place d’une culture du risque au sein de
l’entreprise
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.3 : L’interdépendance entre les producteurs du risque et les
acteurs de la prévention
Cette observation est reproductible dans d’autres situations.
En matière de sécurité informatique, il est préférable pour
une entreprise de recourir à une société de services informatiques
quand il s’agit d’assurer la surveillance des employés lors de leur
utilisation d’Internet et du courrier électronique. Inversement, une
firme peut préférer assurer sa propre sécurité informatique, lors
qu’elle souhaite avoir le maintien du contrôle d’actifs
d’importance critique et lors qu’elle souhaite une plus grande
culture de sécurité à tous les échelons de l’organisation. En
résumé, l’origine du risque et du producteur du risque est
essentielle car elle détermine les modalités de gestion du risque.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.3 : L’interdépendance entre les producteurs du risque et les
acteurs de la prévention
L’externalisation de la gestion de risque résulte de
dysfonctionnements en interne qu’il s’agit de contrôler : vols
commis par des salariés, imprudence des dirigeants… À l’inverse,
l’internalisation de la gestion du risque est reliée à la dangerosité
de l’environnement extérieur. L’entreprise renforce ses défenses
internes (« immunitaires ») quand elle se sent menacée par des
entités externes à l’entreprise : entreprise concurrente, État… Au
sein de son organisation, il se forme alors une culture d’entreprise
qui se cristallise autour de la notion de « risque ».
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.3 : L’interdépendance entre les producteurs du risque et les
acteurs de la prévention
En effet, afin de réduire l’incertitude, les individus vont véhiculer
de nouvelles valeurs, vont élaborer de nouvelles normes de
sécurité, vont participer ensemble à de nouvelles formations.
Cette cohésion va produire des apprentissages, une connaissance,
une sensibilité et des expériences communes qui vont avoir une
fonction de réassurance.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.3 : L’interdépendance entre les producteurs du risque et les
acteurs de la prévention
CONCLUSION
Derrière le caractère multidimensionnel du risque, apparaît à
notre époque une diversité de producteurs de risques et d’agents
de prévention. Que ce soit au sein des organisations ou à
l’extérieur, les producteurs de risques s’organisent, s’institution-
nalisent et se démocratisent. On pense ici particulièrement aux
fonds d’investissements qui sont reconnus de tous et qui profitent à
tous, en même temps qu’ils font peser des risques importants non
seulement aux entreprises mais de manière plus globale aux
nations. Pour contrer ces producteurs de risques, un réseau
d’acteurs s’est construit et élargi afin de les empêcher de nuire.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.3 : L’interdépendance entre les producteurs du risque et les
acteurs de la prévention
De l’État au marché, en passant par les entreprises elles-mêmes,
les opérateurs de la sécurité sont divers, variés et de plus en plus
interconnectés. Dans cette perspective, alors que les responsables
des multinationales de la sécurité reconnaissaient au début des
années 1990 travailler peu avec la police, dix ans plus tard, ces
mêmes dirigeants reconnaissent que de gros progrès ont été faits
en la matière. Que ce soit dans la protection de sites sensibles
(aéroports, sites industriels, etc.) ou dans la lutte contre le vol
d’automobile, les opérateurs publics et privés de la sécurité
paraissent mieux collaborer.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.3 : L’interdépendance entre les producteurs du risque et les
acteurs de la prévention
Même le citoyen, tiers absent dans la gestion du risque jusqu’au
milieu des années 1990, se révèle de plus en plus souvent un
maillon indispensable à cette gestion, aux dires des praticiens. Il
intéresse d’ailleurs d’autant plus les experts qu’il peut être victime
potentielle ou victime de fait. En effet, le citoyen-victime entend
prendre part au débat public lorsque sa vie ou celle de son
entourage est menacée. À ce titre, il a été frappant de constater
que, suite aux attentats de Madrid, les Madrilènes ont interféré
sur la vie politique non seulement en allant voter massivement aux
élections législatives, mais aussi en allant massivement défiler
dans les rues de Madrid pour s’opposer à la barbarie terroriste.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.3 : L’interdépendance entre les producteurs du risque et les
acteurs de la prévention
Néanmoins, il faut prendre garde que le risque ne devienne
iatrogène, c’est-à-dire qu’il ne soit le produit de l’action de ceux
qui ont cherché à soigner le mal. Comme le souligne Michel
Wieviorka, « la présence publique des victimes peut susciter ou
alimenter de terribles dérives. Car chaque fois qu’elle envahit le
domaine, elle est susceptible aussi de le pervertir […]. Les
victimes peuvent contribuer à la déréliction du politique, en dés
équilibrant le débat politique dans le sens des émotions, et non
dans celui de l’analyse rationnelle des faits ». Par conséquent,
plus que le principe de précaution, qui n’est autre que le fait
d’agir de manière proportionnée à la gravité des dommages
anticipés, c’est le principe de prudence qui doit s’imposer.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.3 : L’interdépendance entre les producteurs du risque et les
acteurs de la prévention
Si la réactivité est essentielle dans ce domaine, elle ne signifie
pas non plus précipitation. La concertation est non seulement de
mise entre les différents partenaires, mais elle doit être
organisée. Les procédures doivent être formalisées un minimum
afin de garantir la coordination du réseau d’acteurs de la
prévention dans les meilleures conditions possibles. La présence
d’un expert ou d’un médiateur qui sache atténuer les enjeux de
pouvoir ou l’autoréférentialité est en ce sens une première
garantie nécessaire et évidemment non suffisante au bon
fonctionnement de ce réseau. D’autres sources peuvent, dans le
même sens, participer à la vie du réseau.
LES PARTIES PRENANTES AUX RISQUES
S.3 : L’interdépendance entre les producteurs du risque et les
acteurs de la prévention
Les sociologues insistent sur la mise en œuvre de règles, de
conventions et de normes qui aident à la cimentation du réseau
d’acteurs. En effet, si les acteurs de la prévention ont des valeurs
communes, le médiateur pouvant aider à cette convergence de
valeurs, alors les performances du réseau seront meilleures. Enfin,
il ne faut pas oublier un dernier maillon : l’État. L’État peut, en
tant qu’État médiateur, arbitrer entre des intérêts contradictoires
derrière lesquels se rangent les citoyens ; les bases du contrôle
résident alors dans sa capacité à créer des compromis et des
consensus pertinents au profit de projets des différents acteurs.
FIN DU COURS MANAGEMENT
DES RISQUES – PARTIE II