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Propriétés des groupes et anneaux finis

Le document traite des groupes et des anneaux, en abordant des concepts tels que les générateurs de groupes, les p-groupes, et les idéaux dans les anneaux. Il présente des résultats sur les propriétés des groupes finis, notamment le théorème de Cauchy, et définit les structures d'anneaux, y compris les idéaux et les morphismes d'anneaux. Des exemples illustrent les concepts, notamment des anneaux comme Z et Z/nZ.

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Propriétés des groupes et anneaux finis

Le document traite des groupes et des anneaux, en abordant des concepts tels que les générateurs de groupes, les p-groupes, et les idéaux dans les anneaux. Il présente des résultats sur les propriétés des groupes finis, notamment le théorème de Cauchy, et définit les structures d'anneaux, y compris les idéaux et les morphismes d'anneaux. Des exemples illustrent les concepts, notamment des anneaux comme Z et Z/nZ.

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2.

GROUPES 29

c) Soit (x1 , . . . , xn ) un système de générateurs de G. Notons r1 , . . . , rn les ordres de x1 , . . . , xn .


Considérons l'application
ϕ : x1  × · · · × xn  → G (y1 , . . . , yn ) → y1 · · · yn .
Le groupe G étant abélien, ϕ est un morphisme de groupes. De plus, ϕ est surjectif (puisque
(x1 , . . . , xn ) est un système de générateurs de G), donc G est isomorphe au groupe quotient
(x1  × · · · × xn )/ Ker ϕ, donc
Card(G) × Card(Ker ϕ) = Card(x1  × · · · × xn ) = r1 · · · rn ,
donc Card(G) | r1 · · · rn . Or tous les ri divisent r d'après b), donc Card(G) | rn . On en déduit
que tout facteur premier p de Card(G) divise r.
Soit p un facteur premier de Card(G). On vient de prouver que p | r donc on peut écrire

r = pr avec r entier. Si on choisit un élément x de G d'ordre r, l'élément xr est d'ordre p, d'où
le résultat.
Remarque. Les résultats de cet exercice permettent de montrer que si K est un corps
commutatif et G un sous-groupe ni du groupe multiplicatif (K∗ , ×), alors G est cyclique.
En eet. Soit r l'exposant de G. K étant un corps commutatif, l'équation xr = 1 a au plus
r solutions dans K, donc au plus r solutions dans G. Or ∀x ∈ G, xr = 1 d'après b). On
en déduit Card(G) ≤ r, et comme r | Card(G), on a r = Card(G) et le résultat annoncé.
 Ce dernier résultat est également une conséquence du problème 7 page 42.
 En l'appliquant au corps Z/pZ (où p est un nombre premier), on démontre que le groupe
multiplicatif (Z/pZ)∗ est cyclique, résultat non évident a priori.

Exercice 11 (Les p-groupes). Soit p un nombre premier et G un groupe ni d'ordre


pα avec α ∈ N∗ (on dit que G est un p-groupe).
a) Montrer que Z(G), le centre de G, est diérent de {e}, où e désigne l'élément neutre
de G. (On pourra utiliser l'équation aux classes  voir le théorème 8 page 24).
b) Que dire si α = 1 ? si α = 2 ?
c) Montrer que pour tout entier m, 0 ≤ m ≤ α, il existe un sous-groupe de G d'ordre pm .
Solution. a) D'après le théorème 8, il existe une famille nie (Hi )i∈I de sous-groupes stricts de
G telle que
 Card(G)
Card(G) = Card(Z(G)) + . (∗)
Card(Hi )
i∈I
Pour tout i ∈ I , Hi est un sous-groupe strict de G donc d'après le théorème de Lagrange, son
ordre divise Card(G) = pα , de sorte qu'il existe un entier βi , 1 ≤ βi < α, tel que Card(Hi ) = pβi .
Donc pour tout i ∈ I , p divise Card(H
Card(G)
i)
= pα−βi . Or p | Card(G) donc d'après (∗), p | Card(Z(G)).
Comme de plus Card(Z(G)) ≥ 1 car e ∈ Z(G), ceci entraîne Card(Z(G)) ≥ p.
b) Si α = 1, G est cyclique d'après le théorème 4.
Si α = 2, comme Z(G) est un sous-groupe de G, diérent de {e} d'après a), on a forcément
Card(Z(G)) ∈ {p, p2 }. Nous allons montrer que Z(G) = G en raisonnant par l'absurde. Sup-
posons Card(Z(G)) = p. Soit x ∈ G, x ∈ Z(G). L'ensemble Sx = {u ∈ G | ux = xu} (appelé
normalisateur de x) est un sous-groupe de G. Or x ∈ Sx et Z(G) ⊂ Sx , donc Card(Sx ) ≥ p + 1.
Comme Card(Sx ) | p2 = Card(G), ceci entraîne Card(Sx ) = p2 donc Sx = G, et par dénition
de Sx , on a x ∈ Z(G), ce qui est contradictoire. Finalement Card(Z(G)) = p2 , c'est-à-dire G est
abélien.
c) Nous allons montrer ce résultat par récurrence sur α ∈ N∗ . (Le principe est de considérer le
quotient par un sous-groupe distingué d'ordre p pour se ramener à l'hypothèse de récurrence).
 Si α = 1, le résultat est évident.
30 1. ARITHMÉTIQUE, GROUPES ET ANNEAUX

 Supposons le résultat vrai pour α, montrons le pour α + 1. Soit m, 0 ≤ m ≤ α + 1. Si m = 0,


{e} est un sous-groupe d'ordre pm et le résultat est montré. Sinon, supposons m ≥ 1. D'après a),
Z(G) est diérent de {e}. Soit x ∈ Z(G), x = e. L'ordre de x divisant pα+1 , il est de la forme pβ
avec β ≥ 1. Donc y = xp est d'ordre p, et le groupe H = y est d'ordre p. Par ailleurs, c'est
β−1

un sous-groupe de Z(G) et il est donc distingué dans G. Le groupe quotient G/H est d'ordre pα
et d'après l'hypothèse de récurrence, il existe un sous-groupe K de G/H d'ordre pm−1 . Soit π la
surjection canonique de G dans G/H et considérons F = π −1 (K). Comme π est un morphisme de
groupes, F est un sous-groupe de G, et par ailleurs K = π(F ) est isomorphe à F/ Ker π = F/H
ce qui entraîne Card(F ) = Card(K) × Card(H) = pm . D'où le résultat.
Remarque. Ce résultat est un cas particulier du théorème de Sylow (voir le problème 9
page 44).

Exercice 12 (Un théorème de Cauchy sur les groupes finis). On suppose que
la théorie des groupes opérant sur un ensemble est connue (voir la partie 2.4).
Soit G un groupe ni (non forcément abélien) d'ordre h, et soit p un nombre premier
divisant h. On note

S = {(a1 , . . . , ap ) ∈ Gp | a1 · · · ap = e},

où e désigne l'élément neutre de G, et on note γ le cycle (1, 2, . . . , p) ∈ Sp .


a) On fait opérer γ sur S en posant

∀k ∈ Z, γ k (a1 , . . . , ap ) = (aγ k (1) , . . . , aγ k (p) ).

Déterminer le cardinal des orbites.


b) (Théorème de Cauchy). Démontrer que le nombre de solutions dans G de l'équation
xp = e est un multiple de p.
En déduire qu'il existe au moins un élément d'ordre p dans G.

Solution. a) Pour tout x ∈ S , on note Gx l'orbite de x et Sx son stabilisateur. On sait que l'on
a p = Card(γ) = Card(Gx ) × Card(Sx ), et p étant premier, Card(Gx ) = 1 ou Card(Gx ) = p.
b) L'application f : S → Gp−1 (a1 , . . . , ap ) → (a1 , . . . , ap−1 ) est bijective puisque chaque élé-
ment (a1 , . . . , ap−1 ) de Gp−1 a un unique antécédent par f qui est (a1 , . . . , ap−1 , (a1 · · · ap−1 )−1 ).
Donc Card(S) = Card(Gp−1 ) = hp−1 .
Soit Θ une partie de S contenant exactement un représentant de chaque orbite Gx . Soit
A = {x ∈ S | Card(Gx ) = 1}. Soit Θ = Θ  A. D'après a), ∀x ∈ Θ , Card(Gx ) = p. Or
 
hp−1 = Card(S) = Card(Gx ) = Card(A) + Card(Gx ).
x∈Θ x∈Θ

Comme de plus p | h, on en déduit que p | Card(A) = hp−1 − p Card(Θ ). Par dénition de A,


A est l'ensemble des p-uplets (x, . . . , x) tels que xp = e. Le nombre Card(A) représente donc le
nombre de solutions de xp = e, et comme p | Card(A), on en déduit le théorème de Cauchy.
On a ep = e, ce qui entraîne Card(A) ≥ 1, et comme p | Card(A), Card(A) ≥ p. Donc il
existe x ∈ G, x = e tel que xp = e. Le nombre p étant premier, x est d'ordre p.
Remarque. Ce résultat entraîne que lorsqu'un nombre premier p divise l'ordre d'un groupe,
il existe un sous-groupe de cardinal p. On savait que c'était déjà vrai dans le cas d'un
groupe abélien (voir l'exercice 10). Le problème 9 page 44 généralise ce dernier résultat.
3. ANNEAUX 31

3. Anneaux
3.1. Dénitions
Définition 1. Soit A un ensemble muni de deux lois internes notées  + et  ·. On dit
que (A, +, ·) est un anneau si :
(i) (A, +) est un groupe abélien,
(ii) la loi · est associative,
(iii) le loi · est distributive par rapport à la loi +.
Si la loi · admet un élément neutre, on parle d'anneau unitaire ; si la loi · est commutative,
on parle d'anneau commutatif ; un élément de A est dit inversible s'il l'est pour la loi ·.
Notation. Le neutre de la loi + est souvent noté 0, celui de la loi · est noté 1 (ou e).
Dans toute la suite, (A, +, ·) désigne un anneau.
Définition 2. Un élément a de A est dit diviseur de 0 à droite (resp. à gauche) si a = 0
et s'il existe b = 0 tel que ab = 0 (resp. ba = 0).
Définition 3. Un anneau A est dit intègre s'il est sans diviseur de zéro, autrement dit
si (a = 0, b = 0 =⇒ ab = 0).
Définition 4. Un élément a ∈ A est dit nilpotent s'il existe un entier naturel non nul n
tel que an = 0. L'indice (ou l'ordre) de nilpotence de a est le plus petit entier naturel non
nul n tel que an = 0.
Définition 5. Un sous-ensemble B de A est dit un sous-anneau de A si (B, +, ·) est un
anneau.
Exemple 1.  Z est un anneau unitaire intègre.
 Z/8Z est un anneau non intègre ( 2̇ · 4̇ = 0̇), dans lequel 2̇ est nilpotent d'indice 3.
 L'ensemble des matrices carrées Mn (R), muni des opérations classiques d'addition
et de multiplication de matrices, est un anneau unitaire non intègre.
3.2. Idéaux
Définition 6. Soit I ⊂ A. On dit que I est un idéal de l'anneau A si
(i) (I, +) est un sous-groupe de (A, +),
(ii) ∀(x, a) ∈ I × A, ax ∈ I et xa ∈ I .
Remarque 1.  Un idéal est un sous-anneau.
 La notion d'idéal est en quelque sorte l'analogue pour les anneaux de la notion de
sous-groupe distingué. En revanche, la notion de sous-anneau est beaucoup moins
utilisée que la notion de sous-groupe.
 Si A est commutatif et si x ∈ A, l'ensemble xA = {xa, a ∈ A} est un idéal de A.
 Si A est unitaire et si 1 ∈ I où I est un idéal de A, la propriété (ii) d'un idéal
entraîne que I = A. Si un idéal I de A possède un élément inversible x de A, alors
1 = x−1 x ∈ I d'après (ii) et donc I = A.
 Lorsque I ⊂ A vérie (i) et vérie seulement ax ∈ I (resp. xa ∈ I ) pour tout
(x, a) ∈ I × A, on dit que I est un idéal à gauche (resp. à droite) de A. Si I est à
la fois idéal à gauche et idéal à droite de A, I est donc un idéal de A (on précise
parfois en disant que I est un idéal bilatère).
Proposition 1. Une intersection d'idéaux de A est un idéal de A. Une somme nie
d'idéaux de A est un idéal de A.
32 1. ARITHMÉTIQUE, GROUPES ET ANNEAUX

Définition 7. Soit (A, +, ·) un anneau commutatif. Un idéal I de A est dit principal s'il
existe x ∈ A tel que I = xA. On note alors I = (x) et on dit que I est engendré par x.
L'anneau A est dit principal s'il est commutatif, unitaire, intègre et si tous les idéaux
de A sont principaux.
Exemple 2. Les anneaux Z et R[X] sont principaux.
Anneaux quotients. Comme pour les groupes, on peut dénir la notion de quotient sur
les anneaux. Étant donnée une relation d'équivalence R sur A, on cherche à faire de A/R
un anneau en le munissant des lois x + y = x + y et x · y = x · y (où x désigne la classe
de x). Si ces lois sont bien dénies (c'est-à-dire que x + y et xy ne dépendent pas des
représentants choisis de x et y ), on dit que R est compatible avec la structure d'anneau.
On montre que les relations d'équivalence compatibles avec la structure d'anneau sont de
la forme x R y ⇐⇒ x − y ∈ I , où I est un idéal de A. Si tel est le cas, A/R est un
anneau (muni des lois dénies plus haut) appelé anneau quotient et noté A/I .
Exemple 3. Pour tout entier n > 0, nZ est un idéal de Z et on peut dénir l'anneau
quotient Z/nZ.
Morphismes d'anneaux.
Définition 8. Soient A et A deux anneaux. On appelle morphisme d'anneaux de A dans
A toute application f : A → A telle que f (x+y) = f (x)+f (y) et f (xy) = f (x)f (y) pour
tous x, y ∈ A. Lorsque f est bijective, on parle d' isomorphisme d'anneaux. L'ensemble
noté Ker f = f −1 ({0}) est appelé noyau de f . C'est un idéal de A qui vérie : (f est
injective ⇐⇒ Ker f = {0}).
Proposition 2. Soient A et A deux anneaux et f : A → A un morphisme d'anneaux.
 Si I est un idéal de A et si f est surjectif, alors f (I) est un idéal de A .
 Si I  est un idéal de A , f −1 (I  ) est un idéal de A.
 L'image et l'image réciproque par f d'un sous-anneau est un sous-anneau.
 Le sous-anneau f (A) est isomorphe à l'anneau quotient A/ Ker f .
Remarque 2. La dernière assertion de la proposition est importante. C'est souvent le
moyen le plus pratique pour montrer qu'un anneau est isomorphe à un anneau quotient.
Caractéristique d'un anneau.
Définition 9. Soit A un anneau unitaire dont l'élément neutre pour la loi · est noté e.
Soit le morphisme d'anneaux f : Z → A n → ne.
 Si Ker f = {0}, (i. e. ne = 0 =⇒ n = 0), on dit que A est caractéristique 0.
 Si Ker f = {0}, alors Ker f étant un idéal de l'anneau principal Z, il existe un
unique entier naturel non nul c tel que Ker f = cZ. L'image f (Z) est isomorphe à
Z/cZ. L'entier c est aussi le plus petit entier > 0 tel que ce = 0. On dit alors que
A est de caractéristique c. On a d'ailleurs ne = 0 ⇐⇒ c | n.
Proposition 3. La caractéristique d'un anneau unitaire intègre est 0 ou un nombre
premier.
Démonstration. Si la caractéristique c d'un anneau A unitaire intègre est non nulle et si c n'est
pas premier, on peut écrire c = ab avec 1 < a < c et 1 < b < c. Donc 0 = ce = (ae)(be), et A
étant intègre on en déduit ae = 0 ou be = 0, absurde car c est le plus petit entier > 0 tel que
ce = 0. 

3.3. Groupe des inversibles d'un anneau unitaire


On rappelle que les élément d'un anneau unitaire (A, +, ·) inversibles pour la loi · sont
appelés les inversibles de l'anneau A.
3. ANNEAUX 33

Définition 10. L'ensemble des inversibles d'un anneau unitaire A, muni de la loi multi-
plicative, est un groupe appelé groupe des inversibles de A.
Proposition 4. Soit un entier n ≥ 2 et k un entier. L'élément k̇ (classe de k dans
Z/nZ) est inversible dans Z/nZ si et seulement si k ∧ n = 1.
 Théorème 1 (des Chinois). Soient m et n deux entiers naturels non nuls premiers
entre eux. Les anneaux (Z/mZ) × (Z/nZ) et Z/mnZ sont isomorphes.
Démonstration. On considère l'application
f : Z → Z/mZ × Z/nZ x → (ẋ, x).
C'est un morphisme d'anneaux, de noyau Ker f = {x ∈ Z | m | x et n | x}. Comme m ∧ n = 1,
on a aussi Ker f = {x ∈ Z | mn | x} = mnZ. Donc f (Z) et Z/mnZ sont isomorphes. En
particulier, Card(f (Z)) = Card(Z/mnZ) = mn et donc f (Z) = Z/mZ × Z/nZ. Finalement, on
vient de montrer que Z/mnZ et Z/mZ × Z/nZ sont isomorphes. 

Remarque 3.  En procédant par récurrence sur p, on montre que si n1 , . . . , np sont


premiers entre eux deux à deux, alors Z/n1 · · · np Z et Z/n1 Z × · · · × Z/np Z sont
isomorphes.
 La surjectivité de l'application f prouve que si m ∧ n = 1, alors
(∀a, b ∈ Z, ∃x ∈ Z), x ≡ a (mod m) et x ≡ b (mod n).
Dans la pratique, la méthode de recherche d'un tel élément x peut se faire comme
suit.
 On cherche u et v tels que um + vn = 1 grâce à l'algorithme d'Euclide (voir
l'exercice 2 page 12)
 Il sut alors de prendre x = a + um(b − a) (par exemple).
Indicateur d'Euler.
Définition 11. Soit un entier n > 1. Notons Gn le groupe des inversibles de Z/nZ. On
appelle indicateur d'Euler de n l'entier ϕ(n) = Card(Gn ). D'après la proposition 4, ϕ(n)
est aussi le nombre d'entiers k ∈ {1, 2, · · · , n} tels que k ∧ n = 1.
Remarque 4. En vertu de la proposition 5 page 22, le nombre de générateurs d'un groupe
cyclique d'ordre n (typiquement Z/nZ) est ϕ(n).

Théorème 2 (Euler). Soit un entier n > 1. Si k est un entier premier avec n, on a


k ϕ(n) ≡ 1 (mod n).
Démonstration. Si k ∧ n = 1, alors k̇ est élément du groupe Gn des inversibles de Z/nZ d'après
la proposition 4. Comme l'ordre de Gn vaut ϕ(n), on en déduit k̇ϕ(n) = 1̇ dans Z/nZ, d'où le
résultat. 
Ce dernier résultat généralise le théorème de Fermat. Le calcul de ϕ(n) fait l'objet de
la proposition suivante.
Proposition 5. Soit n ≥ 2 un entier, n = pα1 1 · · · pαk k sa décomposition en facteurs
premiers. Alors
   
1 1
ϕ(n) = pα1 1 −1 · · · pαk k −1 (p1 − 1) · · · (pk − 1) = n 1 − ··· 1 − .
p1 pk
Démonstration. Soit p un nombre premier et α ∈ N∗ . Alors k n'est pas premier avec pα si
et seulement si p | k. L'ensemble des nombres de {1, 2, . . . , pα } non premiers avec p est donc
{p, 2p, 3p, . . . , (pα−1 )p}. Ce dernier étant de cardinal pα−1 , on en tire ϕ(pα ) = pα − pα−1 (∗).
34 1. ARITHMÉTIQUE, GROUPES ET ANNEAUX

 Si m et n sont premiers entre eux, d'après le théorème des Chinois, Z/mZ×Z/nZ est isomorphe
à Z/mnZ. En restreignant l'isomorphisme à Gm × Gn , on voit que Gm × Gn est isomorphe à
Gmn . Donc ϕ(mn) = ϕ(m)ϕ(n) (∗∗).
 Si maintenant n ≥ 2 est un entier dont la décomposition en facteurs premiers est n = pα1 1 · · · pαk k ,
on a d'après (∗∗) ϕ(n) = ϕ(pα1 1 ) · · · ϕ(pαk k ), d'où le résultat d'après (∗). 

Remarque 5. En particulier si p est un nombre premier, ϕ(p) = p − 1 et on retrouve le


théorème de Fermat avec le théorème 2.

Proposition 6. Pour tout entier n ≥ 2, on a n = ϕ(d).
d|n
Démonstration. Considérons les fractions
1 2 n−1 n
, ,··· , , .
n n n n
Nous cherchons à les mettre sous forme irréductible ad ou d doit nécessairement diviser n. Pour
chaque d divisant n, il y a ϕ(d) numérateurs a possibles (puisque le nombre d'entiers a tels que
a ∧ d = 1 est ϕ(d)). Comme il y a en tout n fractions, on en déduit le résultat. 

3.4. Exercices
Exercice 1. Soit A un anneau unitaire dont l'élément neutre pour la loi · est noté 1.
a) Soit x ∈ A nilpotent. Montrer que 1 − x est inversible.
b) Si n ∈ N∗ (et x toujours nilpotent), simplier l'expression
n

2 2n k
Un = (1 + x)(1 + x ) · · · (1 + x ) = (1 + x2 ).
k=0

Solution. a) Soit p l'indice de nilpotence de x, de sorte que xp = 0. On a


(1 − x)(1 + x + · · · + xp−1 ) = (1 + x + · · · + xp−1 )(1 − x) = 1 − xp = 1,
d'où le résultat car on a prouvé que xy = yx = 1 avec y = 1 + x + · · · + xp−1 .
b) On va montrer par récurrence sur n ∈ N que Un = (1 − x)−1 (1 − x2n+1 ).
- Pour n = 0 c'est vrai car (1 − x)U0 = (1 − x)(1 + x) = 1 − x2 , d'où U0 = (1 − x)−1 (1 − x2 ).
- Supposons Un−1 = (1 − x)−1 (1 − x2 ). Alors Un = Un−1 (1 + x2 ) = (1 − x)−1 (1 − x2 ).
n n n+1

Remarque. Le résultat a) appliqué aux matrices carrées entraîne que si N est une matrice
nilpotente, alors I − N est inversible (ceci reste vrai dès que N  < 1  où  ·  est une
norme d'algèbre sur les matrices, voir le tome analyse sur les espaces vectoriels normés).

Exercice 2 (Anneau de Boole). Soit A un anneau tel que tout élément de A soit
idempotent (i. e. ∀x ∈ A, x2 = x).
a) Si x ∈ A, montrer que 2x = 0. Montrer que A est commutatif.
b) Montrer que si x, y ∈ A alors xy(x + y) = 0. Que dire si A est intègre ?
Solution. a) Si x ∈ A, alors (2x)2 = 2x donc 4x2 = 2x, ce qui entraîne 4x = 2x puis 2x = 0.
Ceci s'écrit encore x = −x.
Si x, y ∈ A, (x + y)2 = x + y donc x2 + xy + yx + y 2 = x + y = x2 + y 2 , d'où on tire
xy + yx = 0, donc xy = −yx = yx.
b) Si x, y ∈ A, alors xy(x + y) = xyx + xy2 = x2 y + xy2 = 2xy = 0.
 Si A est intègre, alors A a au plus deux éléments. En eet, sinon il existe x, y ∈ A distincts et
diérents de 0. Donc (x + y) = 0 (sinon x = −y = y ) et A étant intègre xy(x + y) = 0, absurde.
3. ANNEAUX 35

Exercice 3 (Radical d'un idéal). Soit A un √


anneau commutatif unitaire et I un
idéal de A. On appelle
√ radical de I l'ensemble noté I = {x ∈ A | ∃n ∈ N∗ , xn ∈ I}.
a) Montrer que I est un idéal de A.
b) Déterminer le radical d'un idéal de Z.

Solution.
√ a) - Montrons√ tout d'abord que ( +) est un sous-groupe
I, √ √ de (A, +). Il est clair que
0 ∈ I puisque I ⊂ I . Par ailleurs, si x ∈ I alors −x√∈ I puisque le fait que xn ∈ I
entraîne (−1)n xn = (−x)n ∈ I . Prenons maintenant x, y ∈ I . Il existe m et n ∈ N∗ tels que
xm ∈ I et y n ∈ I . L'anneau A étant commutatif, la formule du binôme entraîne


m−1 
m + n − 1 k m−1−k  m + n − 1
m+n−1
(x + y)m+n−1 = y n · x y + xm · xk−m y m+n−1−k
k k
k=0 k=m

et puisque I est un idéal, ce terme appartient à I . Donc x + y ∈
I.

 Enn, si a ∈ A et si x ∈ √ I , il existe n ∈ N
√ tel que x ∈ I et donc A étant commutatif,
∗ n

(ax)n = an xn ∈ I . Donc ax ∈ I . Finalement, I est un idéal de A.


b) Soit I un idéal de √ √ étant principal, il existe n ∈ N tel que I = nZ. Si
Z. L'anneau des entiers ∗

n = 0, on a bien sûr I = 0 et si n = 1, I = Z. Sinon n ≥ 2, et √ on écrit la décomposition de


n en produit √
de facteurs premiers n = pα1 1 · · · p√
αk
k . Montrons que I = p1 · · · pk Z.
 On a I ⊂ p1 · · · pk Z. En eet. Si x ∈ I alors il existe m ∈ N∗ tel que xm ∈ nZ, donc
n | xm , donc ∀i, 1 ≤ i ≤ k, pi | xm , donc ∀i, 1 ≤ i ≤ k, pi | x d'où p1 · · · pk | x puisque les
pi sont premiers entre
√ eux deux à deux (ils sont premiers et distincts).
 On a p1 · · · pk Z ⊂ I . En eet. Soit x ∈ p1 · · · pk Z. Il existe r ∈ Z tel que x = p1 · · · pk r.
Si m√= max1≤i≤k αi , on a n = pα1 1 · · · pαk k | xm = pm m m donc xm ∈ I , ou encore
1 · · · pk r
x ∈ I.

Exercice 4 (Idéal premier, idéal maximal). Soit A un anneau commutatif unitaire.


a) Un idéal P =
 A de A est dit premier si pour x, y ∈ A le fait que xy ∈ P entraîne
x ∈ P ou y ∈ P . Montrer que P est un idéal premier si et seulement si l'anneau quotient
A/P est intègre.
b) Un idéal M = A de A est dit maximal si les seuls idéaux contenant M sont M et A.
Montrer que M est un idéal maximal si et seulement si A/M est un corps.
c) Montrer que tout idéal maximal est premier.
d) Si l'anneau A est principal, montrer qu'un idéal premier P = {0} est maximal.
Solution. a) Si x ∈ A, notons ẋ sa classe dans A/P . Alors
(P est premier) ⇐⇒ (xy ∈ P =⇒ x ou y ∈ P)
⇐⇒ (ẋ · ẏ = 0̇ =⇒ ẋ = 0̇ ou ẏ = 0̇) ⇐⇒ (A/P est intègre).

b) Condition nécessaire. Soit M un idéal maximal. Soit x ∈ A tel que ẋ (classe de x dans A/M)
vérie ẋ = 0. Alors x ∈ M de sorte que M + (x) = A (en eet, I = M + (x) est un idéal
contenant M, diérent de M puisque x ∈ M, donc I = A). Donc il existe a ∈ A et m ∈ M tels
que 1 = m + ax, ce qui s'écrit 1̇ = ȧẋ. L'anneau A/M est donc un corps.
Condition susante. Soit I un idéal de A tel que M ⊂ I et M =  I . Soit a ∈ I , a ∈ M. On
a ȧ = 0̇ de sorte que A/M étant un corps, il existe b ∈ A, ȧḃ = 1̇. Donc il existe m ∈ M,
ab = 1 + m, d'où 1 = ab − m ∈ I . Donc I = A et M est maximal.
c) Soit M un idéal de A maximal. L'anneau quotient A/M est un corps donc un anneau intègre,
donc M est premier.
36 1. ARITHMÉTIQUE, GROUPES ET ANNEAUX

d) Soit I un idéal de A tel que P ⊂ I et P = I . Comme A est principal, il existe m ∈ P tel que
P = (m) et il existe a ∈ I , I = (a). Comme m ∈ I , il existe q ∈ A tel que m = aq . L'idéal P
étant premier, on a a ∈ P ou q ∈ P . Or a ∈ P sinon P = I . Donc q ∈ P , de sorte qu'il existe
p ∈ A tel que q = mp. Donc m = aq = amp d'où m(1 − ap) = 0 d'où ap = 1 (car A est principal
donc intègre et m = 0 sinon P = 0). Or ap ∈ I , donc 1 ∈ I , donc I = A, d'où le résultat.

Exercice 5. Soit n ≥ 2 un entier. Si a est un entier premier avec n montrer


an! ≡ 1 (mod n).

Solution. D'après le théorème d'Euler, on sait que aϕ(n) ≡ 1 (mod n) où ϕ désigne l'indicateur
d'Euler. Le résultat sera donc démontré si on prouve ϕ(n) | n!, ce qui est immédiat car ϕ(n) ≤ n.

Exercice 6 (Anneaux noethériens). On dit qu'un anneau commutatif unitaire A


est noethérien si tout idéal I de A est engendré par un nombre ni d'éléments ( i. e. il
existe x1 , . . . , xk ∈ I tels que (x1 ) + · · · + (xk ) = I ). Montrer que A est noethérien si
et seulement s'il n'existe pas de suite d'idéaux de A strictement croissante au sens de
l'inclusion.

Solution. Condition nécessaire. Soit (In )n∈N une suite croissante d'idéaux de A. On vérie fa-
cilement que I = ∪n∈N In est un idéal de A. Il est donc engendré par un nombre ni d'éléments
x1 , . . . , xp ∈ I . Or chaque xi appartient à I = ∪n∈N In et donc il existe ni tel que xi ∈ Ini . Si
N = sup1≤i≤p ni , la suite (In ) étant croissante, tous les xi (1 ≤ i ≤ p) appartiennent à IN , et
donc I = (x1 ) + · · · + (xp ) ⊂ IN . Par ailleurs IN ⊂ I puisque I = ∪i∈N In . Donc IN = I , ce qui
entraîne que la suite (In ) est stationnaire pour n ≥ N .
Condition susante. Soit I un idéal de A. Supposons que I ne puisse pas être engendré par un
nombre ni d'éléments. Sous cette hypothèse, nous allons construire une suite (xn ) d'éléments
de I tels que xn+1 ∈ (x1 ) + · · · + (xn ).
- On choisit un élément x1 ∈ I .
- x1 , . . . , xn ∈ I étant supposés construits, on sait que (x1 ) + · · · + (xn ) = I car I ne peut pas
être engendré par un nombre ni d'éléments. On choisit alors xn+1 ∈ I , xn+1 ∈ (x1 ) + · · · + (xn ).
Ainsi, si on pose In = (x1 ) + · · · + (xn ), la suite (In ) est une suite d'idéaux de A strictement
croissante au sens de l'inclusion, ce qui est contraire aux hypothèses. Donc I peut être engendré
par un nombre ni d'éléments, d'où le résultat.
Remarque. Tout anneau principal est noethérien.

4. Problèmes
Problème 1 (Cryptographie : le système de chiffrement RSA). On se donne
deux nombres premiers p et q distincts et on pose n = pq . Soient c, d deux entiers tels que
cd ≡ 1 (mod ϕ(n)) où ϕ désigne l'indicateur d'Euler. Montrer que pour tout t ∈ Z, on a
tcd ≡ t (mod n).

Solution. Les nombres p et q étant premiers et distincts, on a ϕ(n) = (p − 1)(q − 1). Soit k ∈ Z
tel que cd = 1 + kϕ(n). Soit t ∈ Z. Pour prouver que tcd ≡ t (mod n), il sut de prouver
tcd ≡ t (mod p) et tcd ≡ t (mod q) (conséquence de l'isomorphisme de Z/pZ × Z/qZ et Z/pqZ).
Prouvons par exemple tcd ≡ t (mod p) (le calcul modulo q est analogue).
4. PROBLÈMES 37

 Si t ∧ p = 1 alors tp−1 ≡ 1 (mod p) (théorème de Fermat) donc tcd ≡ (tp−1 )k(q−1) t ≡ t


(mod p).
 Si t ∧ p = 1, alors p divise t, et alors on a tcd ≡ t ≡ 0 (mod p).
Remarque. L'application g : Z/nZ → Z/nZ ṫ → ṫc s'appelle une fonction de chif-
frement, f : ṫ → ṫd fonction de déchirement. L'exercice arme que f ◦ g(ṫ) = ṫ. On
peut donc chirer un message (représenté par un élément ṫ de Z/nZ) avec g , puis on
le déchire avec f . Le couple (n, c) est appelé la clef publique, l'entier d la clef secrète.
La sécurité de ce système repose sur le fait que connaissant la clef publique, il est très
dicile de déterminer d : un moyen consiste par exemple à factoriser n pour trouver p et
q , ce qui est encore impossible à réaliser lorsque p et q sont grands, typiquement (pour
l'année 2020) de l'ordre de 150 à 200 chires (le record est la factorisation d'un nombre
entier sans forme particulière de 250 chires, obtenue en 2020 après 2700 années de calcul
distribué). Ainsi, tout le monde peut chirer mais seuls ceux connaissant la clef secrète
peuvent déchirer. Ce système de chirement est apparu en 1976. Il est appelé RSA (du
nom des inventeurs Rivest, Shamir et Adleman) et est couramment utilisé aujourd'hui car
il est extrêmement robuste. Son apparition explique l'intérêt que l'on porte aujourd'hui
aux algorithmes de factorisation et de primalité.

Problème 2 (Nombres pseudo-premiers et nombres de Carmichael). Le


théorème de Fermat arme que si n est premier et si a ∧ n = 1, alors an−1 ≡ 1 (mod n).
Le but du problème est d'étudier la réciproque.
1/ (Nombres pseudo-premiers). Soit un entier a ≥ 2. Un entier n est dit pseudo-premier en
base a (ce que l'on note brièvement pp- a) si n n'est pas premier et si an−1 ≡ 1 (mod n). Si
p > 2 est un nombre premier ne divisant pas a(a2 − 1), montrer que n = (a2p − 1)/(a2 − 1)
est un nombre pp-a. En déduire qu'il existe une innité de nombres pp- a.
2/ (Nombres de Carmichael). Un entier n ≥ 2 est appelé nombre de Carmichael si n n'est
pas un nombre premier et si pour tout entier a, an ≡ a (mod n) (en particulier, pour tout
entier a premier avec n, n est pp-a).
a) Si n = p1 · · · pk (où les pi sont des nombres premiers distincts) et si pi − 1 | n − 1 pour
tout i, montrer que n est un nombre de Carmichael.
b) Réciproquement, montrer que tout nombre de Carmichael peut se mettre sous la forme
n = p1 · · · pk où les pi sont des nombres premiers distincts et où pi − 1 | n − 1 pour tout i.
(Indication : On pourra utiliser le fait que si p est premier, le groupe multiplicatif (Z/pZ)∗
est cyclique  voir la remarque de l'exercice 10 page 28).
c) Montrer qu'un nombre de Carmichael a au moins 3 facteurs premiers.
d) Soit n = pqr un nombre de Carmichael à trois facteurs premiers p < q < r. Si p est
xé, montrer que q et r sont bornés.

Solution. 1/ Remarquons tout d'abord que n = ( aa−1


p
−1 a +1p
)( a+1 ) = (ap−1 + · · · + a + 1) · (ap−1 −
a p−2 + · · · − a + 1) est un entier composé. Ceci étant, on a a2p = 1 + n(a2 − 1), de sorte que
a2p ≡ 1 (mod n) (∗). Le résultat sera donc acquis si on montre que 2p | n − 1. On a

(a2 − 1)(n − 1) = a2p − a2 = a(ap−1 − 1)(ap + a).

D'après le théorème de Fermat, p | (ap−1 − 1) puisque par hypothèse p ne divise pas a. On a donc
p | (a2 − 1)(n − 1). Or p ne divise pas a2 − 1, donc p est premier avec a2 − 1 (car p est premier)
et d'après le théorème de Gauss, p | n − 1. Or n − 1 = a2p−2 + · · · + a4 + a2 est une somme paire
de termes de même parité, donc 2 | n − 1. Comme 2 et p sont premiers entre eux, on en déduit
2p | n − 1, donc n est pp-a d'après (∗).
38 1. ARITHMÉTIQUE, GROUPES ET ANNEAUX

Il n'y a qu'un nombre ni de nombres premiers p divisant a(a2 − 1). Comme il y a une innité
de nombres premiers, on en déduit qu'il y a une innité de nombres premiers p > 2 ne divisant
pas a(a2 − 1), donc une innité de nombres pp-a.
2/ a) Soit a un entier et soit i, 1 ≤ i ≤ k. Si pi  a, le théorème de Fermat entraîne api −1 ≡ 1
(mod pi ), et comme pi − 1 divise n − 1, on en déduit an−1 ≡ 1 (mod pi ), donc an ≡ a (mod pi ).
Cette dernière égalité reste évidemment vraie si pi | a. Ainsi, pour tout entier a on a montré
an ≡ a (mod pi ). Ceci s'écrit aussi pi | (an − a). Ceci étant vrai pour tout i, on en déduit
n = p1 · · · pk | (an − a) puisque les pi sont premiers entre eux deux à deux. On a donc bien
an ≡ a (mod n).
b) Soit n un nombre de Carmichael et p un nombre premier divisant n. Comme n est un nombre
de Carmichael, n divise pn − p, et comme p2  pn − p (car n ≥ 2), on en déduit p2  n.
 On peut donc écrire n = p1 · · · pk , où les pi sont des nombres premiers distincts. Soit i, 1 ≤ i ≤ k.
Il est bien connu que (Z/pi Z)∗ est un groupe cyclique, donc il existe un entier a tel que ȧ soit
d'ordre pi − 1 dans (Z/pi Z)∗ . Comme n est un nombre de Carmichael, on a n | an − a donc
pi | an − a, ou encore an ≡ a (mod pi ). Comme ȧ ∈ (Z/pi Z)∗ , on en déduit an−1 ≡ 1 (mod pi ).
Or l'ordre ȧ dans (Z/pi Z)∗ est pi − 1, donc pi − 1 | n − 1. Ceci est vrai pour tout i, d'où le
résultat.
c) Supposons que n = (a + 1)(b + 1) soit un nombre de Carmichael avec a + 1 et b + 1 premiers
et a = b. On a n = ab + a + b + 1. Or a | n − 1 donc a | b = (n − 1 − ab − a) ; de même b | a.
Donc a = b, ce qui impossible d'après la question précédente.
d) Comme n est un nombre de Carmichael, on a q − 1 | n − 1, et donc q − 1 | (n − 1) − (q − 1) =
q(pr − 1). Or q ∧ (q − 1) = 1 donc d'après le théorème de Gauss, q − 1 | pr − 1. De même
r − 1 | pq − 1, donc nalement (q − 1)(r − 1) | (pr − 1)(pq − 1). Ceci entraîne
(q − 1)(r − 1) | (pr − 1)(pq − 1) − p2 (q − 1)(r − 1) = p2 (r + q) − p(r + q) + 1 − p2 ,
d'où on tire (q − 1)(r − 1) < p2 (r + q). Comme q < r, on a donc (q − 1)2 < 2p2 r (∗). Nous avons
vu plus haut que r − 1 | pq − 1, ce qui entraîne r ≤ pq donc r2 ≤ p2 q 2 , et d'après (∗)
√ r 3 < p 4p r,
2 2 2

donc r < 4p . En remplaçant cette dernière


4
√ inégalité dans (∗) on tombe sur q < 8p + 1.
En résumé, on a prouvé que q < 8p3 + 1 et r < 4p4 . Donc si p est xé, q et r sont bornés.
Remarque. Le plus petit nombre de Carmichael est 561 = 3 · 11 · 17. Les suivants sont
1105, 1729, 2465, 2821.
 On sait depuis 1992 qu'il existe une innité de nombres de Carmichael, et que si x est
assez grand, il y a au moins x2/7 nombres de Carmichael inférieurs à x.

Problème 3 (Quelques tests de primalité). a) Soit un entier n ≥ 2 vériant


∃a ∈ Z, (an−1 ≡ 1 (mod n) et ∀q | (n − 1), q premier, a(n−1)/q ≡ 1 (mod n)).
Montrer que n est un nombre premier.
b) Soit n ≥ 2 un entier, n − 1 = pα1 1 · · · pαk k la décomposition en facteurs premiers de n − 1.
On suppose que pour tout i, 1 ≤ i ≤ k , il existe un entier ai tel que
(n−1)/pi
an−1
i ≡1 (mod n) et ai ≡ 1 (mod n).
Montrer que n est un nombre premier.
c) Soit p > 2 premier, et soit h ∈ N tel que 1 ≤ h ≤ p − 1. On pose n = 1 + hp2 . Si
2n−1 ≡ 1 (mod n) et 2h ≡ 1 (mod n),
montrer que n est premier. (Indication : utiliser l'ordre de 2̇ pour montrer qu'il existe un
nombre premier q divisant n avec p | q − 1.)
4. PROBLÈMES 39

Solution. a) Soit m l'ordre de ȧ dans le groupe des inversibles de Z/nZ. Nous allons montrer
que m = n − 1. Supposons m < n − 1. Comme an−1 ≡ 1 (mod n), m | n − 1 et donc il existe un
nombre premier q divisant n − 1 tel que m | (n − 1)/q . Ceci entraîne que a(n−1)/q ≡ 1 (mod n),
ce qui est contraire aux hypothèses.
Donc m = n − 1, ce qui prouve que le groupe des inversibles de Z/nZ admet au moins n − 1
éléments, ce qui n'est possible que si n est premier. D'où le résultat.
b) Pour tout i, notons mi l'ordre de ȧi dans le groupe des inversibles de Z/nZ. Comme an−1 i ≡
 α (n−1)/pi
1 (mod n), on a mi | n − 1 = j pj j . Comme de plus ai ≡ 1 (mod n), on a aussi
 α
mi  pαi i −1 j=i pj j . Ces relations concernant mi permettent d'armer que pαi i | mi , et donc
pαi i | ϕ(n) (où ϕ désigne l'indicateur d'Euler) puisque l'ordre de ai divise l'ordre du groupe des
inversibles de Z/nZ quiest ϕ(n). Ceci étant vrai pour tout i, on en déduit, les pi étant premiers
distincts, que n − 1 = i pαi i | ϕ(n), donc que ϕ(n) ≥ n − 1. Donc le groupe des inversibles de
Z/nZ comporte au moins n − 1 éléments, ce qui n'est possible que si n est premier.
c) Soit m l'ordre de 2̇ dans le groupe des inversibles de Z/nZ. On a 2n−1 ≡ 1 (mod n) donc
m | n − 1 = hp2 . Or 2h ≡ 1 (mod n) donc m  h. Finalement, p | m (si p  m, alors p étant
premier m ∧ p2 = 1 et donc m | h d'après le théorème de Gauss). Comme m divise l'ordre du
groupe des inversibles de Z/nZ qui est ϕ(n), on en déduit p | ϕ(n) (∗).
Si n = pα1 1 · · · pαk k désigne la décomposition de n en facteurs premiers, on sait que ϕ(n) =
pα1 1 −1 · · · pαk k −1 (p1 − 1) · · · (pk − 1). Comme p  n = 1 + hp2 , on a p = pi pour tout i donc il existe
d'après (∗) un indice i tel que p | pi − 1. Autrement dit, il existe un facteur premier q de n tel
que q ≡ 1 (mod p). Soit r l'entier vériant qr = n. On a qr ≡ n ≡ 1 + hp2 ≡ 1 (mod p), donc
r ≡ 1 (mod p). En résumé, on a montré qu'il existe q premier, q | n et r entier tels que qr = n
avec q = 1 + up, r = 1 + vp, u, v ∈ N. Le nombre q étant premier on a d'ailleurs u ≥ 2 (si u = 0,
q = 1 et si u = 1, q est pair).
Supposons r > 1. Alors v ≥ 1. Or on a 1 + hp2 = n = qr = (1 + up)(1 + vp) donc hp =
(uv)p + (u + v), ce qui entraîne

(i) uv < h ≤ p − 1 et (ii) (u + v) ≥ p car p | (u + v) = 0.

Comme u ≥ 2, (i) entraîne v < (p − 1)/2, et d'après (ii) u ≥ 1 + p/2, donc toujours d'après (i),
v < (p − 1)/(1 + p2 ) < 2. Finalement v = 1, ce qui est absurde car (i) entraînerait u < p − 1 et
(ii) entraînerait u ≥ p − 1.
On a donc forcément r = 1, ce qui entraîne que n = q est premier.
Remarque. Le test c) fut utilisé avec le nombre premier p = 2127 − 1 pour montrer que
n = 1 + 190p2 est premier (Miller et Wheeler, 1951). Les tests de primalité de ce type
permettent de prouver de manière ecace la primalité de nombres entiers ayant une forme
particulière. Par exemple, le record du plus grand nombre premier connu en 2020 est un
nombre de Mersenne (de la forme 2p − 1 avec p premier), d'un peu moins de 25 millions de
chires, établi en 2018 en utilisant le test de Lucas (décrit dans la remarque de l'exercice 4
page 13). Tester la primalité d'un nombre entier donné, sans forme particulière, est un
problème algorithmique beaucoup plus dicile (jusqu'en 2020, les records de tests de
primalité de nombres sans forme particuliere, établissent la primalité d'entiers de quelques
dizaines de milliers de décimales).

Problème 4. Soit m ∈ N∗ , m ≥ 2. Donner une condition nécéssaire et susante sur


a ∈ N pour qu'il existe une application f : N → N vériant f m (n) = n + a pour tout

n ∈ N (ici f m désigne la composition m fois de f avec elle même f m = f ◦ f m−1 ).

Solution. On va prouver que la condition nécéssaire et susante recherchée est que m divise a.
La condition est bien susante, si m | a, il sut de choisir pour f la fonction f (n) = n + (a/m).

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