À propos de l’opposition : « Figuratif vs thématique »
Joseph Courtès
Université de Toulouse-Le Mirail
Jusqu’ici, nous avions considéré que la composante sémantique d’un discours donné
(verbal ou non verbal) pouvait s’articuler selon l’opposition figuratif vs thématique, eu
égard à la prise en compte ou non de la perception sensible : telle était l’option choisie
par Sémiotique, dictionnaire raisonné de la théorie du langage (Hachette, 1993, 4°
édition, 2001). Dans notre Analyse sémiotique du discours : de l’énoncé à l’énonciation,
(Hachette, 1991, 4° édition : 2001) nous avons donc été amené à préciser que « nous
qualifions, (...) de figuratif tout signifié, tout contenu d’une langue naturelle et, plus
largement, de tout système de représentation (visuel, par exemple), qui a un correspondant
au plan du signifiant (ou de l’expression) du monde naturel, de la réalité perceptible.
Sera donc considéré comme figuratif, dans un univers de discours donné (verbal ou non
verbal), tout ce qui peut être directement rapporté à l’un des cinq sens traditionnels : la
vue, l’ouïe, l’odorat, le goût et le toucher ; bref, tout ce qui relève de la perception du
monde extérieur » (p. 163).
Et nous continuions notre propos en reconnaissant que « par opposition au figuratif,
le thématique est à concevoir comme n’ayant aucune attache avec l’univers du monde
naturel : il s’agit ici de contenus, de signifiés des systèmes de représentation, qui n’ont pas
de correspondant dans le référent. Si le figuratif se définit par la perception, le thématique,
lui, se caractérise par son aspect proprement conceptuel. Ainsi, l’/amour/ ou la /haine/,
la /bonté/ ou la /méchanceté/ n’existent pas, si l’on peut dire, au plan de la perception : ce
sont des concepts abstraits. Ce qui relèvera des cinq sens, en revanche, ce sont les gestes
d’/amour/ ou de /haine/, de /bonté/ ou de /méchanceté/, qui d’ailleurs seront variables
selon les univers socioculturels. On distinguera soigneusement, par exemple, le concept
d’/érotisme/, qui est d’ordre strictement thématique, et ses modes concrets d’expression
- différents selon les contextes culturels - qui, eux, prennent place au plan figuratif ».
« Figuratif et thématique sont ainsi à la fois opposés et complémentaires : le
figuratif a trait au monde extérieur, saisissable par les sens ; le thématique concerne le
monde intérieur, les constructions proprement mentales avec tout le jeu des catégories
conceptuelles qui les constituent » (p. 164).
Cette distinction s’appuyait historiquement sur la distinction proposée au siècle
dernier par Ampère entre les «sciences cosmologiques» et les «sciences noologiques» et
reprise fondamentalement dans le discours phénoménologique. Elle a été ainsi adoptée
par [Link] - via M. Merleau-Ponty en particulier - dans son opposition entre
«extéroceptivité» et «intéroceptivité», l’ensemble étant subsumé par la «proprioceptivité»
(dont toute l’importance apparaît avec, aujourd’hui, l’insistance sémiotique sur le corps
propre, sur le «corps sentant»).
C’est évidemment la même opposition que l’on retrouve, depuis de nombreux siècles,
entre le sensible et l’intelligible (le corps et l’âme), telle qu’elle est reprise en sémiotique
visuelle par un J.-M. Floch dans son ouvrage Petites mythologies de l’œil et de l’esprit,
titre dont la première partie est reprise à C. Lévi-Strauss, et la seconde à M. Merleau-
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Ponty (L’œil et l’esprit, Gallimard, 1960) qui, lui-même, se situait dans la ligne d’E.
Husserl et de M. Heidegger.
Pour notre part, nous avons proposé plus récemment dans le domaine de la littérature
orale1, une distinction entre les «motifs narratifs» et les «motifs sémantiques». À
vrai dire, le motif narratif correspondait à un thème sous-jacent, alors que les motifs
sémantiques seraient des ensembles récurrents de figures indépendamment de leur
distribution narrative.
A partir de là nous nous sommes interrogé, pour savoir si le figuratif avait vraiment
besoin de prendre appui sur le monde naturel sensible (vue, ouïe, goût, toucher, odorat)
pour sa définition, ce qui est gênant dans la mesure où on veut sauvegarder en sémiotique
le principe d’immanence, sans recours donc au référent. Il nous semble aujourd’hui
que le moment est venu d’abandonner une perspective strictement phénoménologique
- telle qu’elle a été reprise dans le cadre d’une analyse comparative des cinq sens par
un J. Fontanille dans ses «Modes du sensible et syntaxe figurative», Nouveaux actes
sémiotiques, PULIM, n° 61-63,1999 - pour une approche proprement sémiotique, mieux
à même de fonder la distinction entre le figuratif et le thématique.
En ce sens, nous serions d’abord tenté d’affirmer en un premier temps (comme nous
l’avons écrit quelque part) que le thématique est un niveau du discours qui est sous-tendu
par une structure narrative stable (un peu comme dans les «motifs narratifs»), ce qui ne
serait pas du tout le cas d’une donnée figurative susceptible d’être prise en charge par
une multiplicité de programmes narratifs, et d’y occuper des fonctions différentes selon
les contextes. Cela dit, il est clair qu’une figure donnée n’est jamais seule dans le cadre
du discours : d’où des isotopies et des parcours figuratifs possibles où, entre les figures,
s’instaurent des relations syntagmatiques, nécessaires à l’apparition du sens.
Par ailleurs, que le thématique soit d’ordre pragmatique, cognitif ou pathémique, le
terme (ou le syntagme) retenu recouvre en fait une organisation narrative propre, ce qui
ne saurait s’appliquer toujours au figuratif. Ainsi, par exemple, le «don» serait pour nous
d’ordre thématique car il subsume tout un PN (avec un «donateur», un «bénéficiaire»,
l’»action» de donner et l’»objet» donné), quitte à ce que chacun de ces rôles actantiels
corresponde à un élément - toujours variable selon les contextes d’emploi - du niveau
figuratif.
Dans cette perspective, le figuratif correspondrait alors à la superposition d’un élément
concret spécifiant le rôle actantiel en jeu, de type plus abstrait. À cet égard, le thématique
serait donc d’ordre plus générique, le figuratif de nature plus spécifique, susceptible
d’évoquer de manière quasi « réaliste » une relation d’iconicité, de ressemblance avec le
«réel». En d’autres termes, la définition de données figuratives comporterait plus de traits
sémantiques définitionnels que celle des éléments thématiques.
Cela dit, on peut se demander s’il ne faudrait pas, par exemple, distinguer les entités
(= les «objets du monde») des procès, relations ou qualités dans la mesure où ces derniers
sont souvent (sinon toujours ?) sous-tendus par une structure narrative inhérente. Soit
le verbe «aller» (= «se déplacer d’un endroit à un autre»), dans le domaine spatial, qui
implique un sujet de faire et un sujet d’état (en relation syncrétique : «je me déplace»)
et naturellement l’»objet» visé (le nouvel «espace» à atteindre). Ce qui signifierait que
l’organisation narrative sous-jacente n’est évidemment pas un critère suffisant pour
distinguer le thématique du figuratif.
Nous sommes alors invité à reconnaître finalement que la relation entre le thématique
et le figuratif n’est pas d’ordre substantiel (comme dans le cadre phénoménologique
qui oppose par exemple en philosophie le «nouménal» au «phénoménal», ou, comme
Ampère, les sciences «cosmologiques» aux sciences «noologiques»), mais seulement
relationnel ; le thématique serait à tendance plus générique (comportant moins de traits
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définitoires), le figuratif tourné vers le plus spécifique (avec de plus en plus de traits)
sans que l’on puisse tracer entre eux une ligne précise de démarcation, la relation en
question étant non pas d’ordre catégoriel, mais graduel, fonction aussi du contexte :
ainsi, le «moins thématique» deviendrait peu à peu en quelque sorte de plus en plus «un
peu figuratif», et lorsque le «figuratif» aurait tendance à être plus englobant, il entrerait
graduellement dans la sphère du «thématique».
Soit par exemple le cas de la /richesse/ : s’agit-il de thématique ou de figuratif ?
Ne sommes-nous pas ici à l’articulation même de cette catégorie ? Dans l’univers du
conte populaire, par exemple, la «richesse» est de type générique, tandis que «beaucoup
d’argent» ou de «grandes propriétés», ou de beaux «châteaux», ou de «grands biens»,
seront, par rapport à elle, autant de spécifications possibles. La richesse, qui, en un
premier temps, pourrait sembler relever uniquement du thématique peut aussi bien
s’inscrire dans le domaine du figuratif, car il s’agit là – quelque en soit l’expression
concrète - d’une donnée pour ainsi dire «palpable», relevant d’un ou plusieurs des cinq
sens traditionnels.
Ceci n’exclurait pas évidemment que le thématique soit considéré comme plutôt
conceptuel ou abstrait, tandis que le figuratif pourra, le cas échéant, donner davantage
une impression ou une illusion de «réalité» (dans le cas où la relation d’iconicité est à son
maximum) : mais nous sommes alors au niveau des effets de sens.
Soit par exemple, le domaine pictural. Un tableau de Nicolas Poussin (XVI° s.) est
essentiellement figuratif, comportant une multitude de traits qui le font évoquer, par
exemple, une scène «réelle». Avec le Cubisme (Pablo Picasso par exemple), le nombre
de traits a diminué, les perspectives peuvent s’entremêler : le figuratif l’est beaucoup
moins que chez Poussin. Si l’on prend Paul Klee, il reste encore parfois quelques traits
visuels d’ordre iconique, verbalisables, mais l’on se rapproche déjà davantage du domaine
thématique, celui où s’inscrira par exemple l’oeuvre d’un Wassally Kandisky chez qui
le figuratif atteint pour ainsi dire le point zéro : ses tableaux se situeront essentiellement
dans l’ordre conceptuel, thématique (spécialement dans le pathémique).
Il est vrai qu’en associant le figuratif seulement aux cinq sens (vue, odorat, ouïe, goût
et toucher) - comme nous l’avons fait nous-même jusqu’ici - on pouvait le considérer
comme d’une autre nature que le thématique relevant, lui, du pur conceptuel (cognitif
et/ou pathémique).
D’un point de vue méthodologique et pédagogique, on paraissait y gagner en
précision, en facilité aussi au plan de l’analyse. En revanche, dans tel ou tel cas concret
on se demandait tout de même souvent si une unité donnée relevait du figuratif ou du
thématique, la ligne de démarcation, comme nous venons de le noter, étant bien souvent
difficile à tracer entre les deux pôles, le dernier mot revenant en fait au contexte.
Ce qui n’exclut pas qu’il puisse exister du thématique «pur» (ex : le discours de la
logique, celui des mathématiques, de la philosophie, etc.) d’ordre strictement conceptuel
(relevant des structures mentales), tout comme du figuratif «pur» (roman «réaliste»,
peinture figurative, photographie, etc.) évoquant au plus près le «monde naturel».
Autrement dit, nous conservons notre opposition classique entre le thématique et le
figuratif, mais en considérant que l’on peut passer graduellement d’un terme à l’autre.
Ce faisant, nous nous fondons naturellement - au moins implicitement - sur la relation
paradigmatique («ou»...»ou»...»ou»). En effet, l’écart entre les deux pôles de la relation
peut être articulé de manière graduelle selon un jeu de traits différentiels, de nature
scalaire.
Ajoutons enfin que cette distinction du thématique et du figuratif se fonde aussi, à nos
yeux, sur une forme de la relation syntagmatique, à savoir la présupposition unilatérale
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(dite aussi «simple»). Nous voulons dire par là que le figuratif présuppose le thématique
(qu’il soit pragmatique, cognitif ou pathémique), alors que l’inverse n’est pas vrai.
Dans cette perspective, il nous semble que la zone du thématique peut inclure
du figuratif, alors que cette relation d’inclusion ne saurait jouer dans l’autre sens,
conformément au rapport générique vs spécifique.
Bien entendu, en disant que la distinction entre thématique et figuratif est de nature
relationnelle et non substantielle, nous reconnaissons - comme déjà dit précédemment -
que c’est seulement le contexte qui peut nous permettre de situer l’un et l’autre pôle de la
catégorie : le même donné pourra, selon les cas, être rattaché aussi bien au figuratif qu’au
thématique. Rappelons par exemple que, dans les Mythologiques de C. Lévi-Strauss, le
«code astronomique» ou le «code sociologique» ont une fonction purement thématique,
comme il en va de même de l’opposition nature vs culture, toutes données qui, dans un
environnement autre, pourraient être rapportées au figuratif.
Cela dit, une question pourrait être posée lors de l’interprétation thématique du
figuratif, par exemple lorsque les «larmes» peuvent être rapportées aussi bien à la /joie/
qu’à la /tristesse/. Ceci ne saurait pourtant être une objection à nos propositions dans la
mesure où nous avons toujours reconnu qu’il n’y avait jamais de relation bi-univoque
entre le thématique et le figuratif. Dans ce cas, la gradualité se situera soit entre les
«larmes» et la /tristesse/, soit entre les «larmes» et la /joie/, le rapport entre le spécifique
et le générique restant respecté (ainsi entre «pleurer» et «être joyeux» se placerait «avoir
la larme à l’œil»). Ailleurs un même élément figuratif pourra correspondre, le cas échéant,
à plusieurs thèmes : mais le principe reste le même.
Nous avons dit plus haut que l’organisation narrative sous-jacente n’est évidemment
pas un critère suffisant pour distinguer le thématique du figuratif, mais pour autant il
semble qu’il s’agisse là d’un critère à tout le moins nécessaire.
Comme nous l’écrivions - A.J. Greimas et moi-même dans Sémiotique, dictionnaire
raisonné de la théorie du langage (Hachette, 1993, 4° éd. 2001), «du point de vue de
l’analyse, le thème peut être reconnu sous la forme d’un parcours thématique qui est
un étalement syntagmatique d’investissements thématiques particuliers, concernant les
différents actants et circonstants de ce parcours (dont les dimensions correspondent à
celles des programmes narratifs) : la thématisation opérée pouvant être soit davantage
concentrée sur les sujets, les objets ou les fonctions, soit plus ou moins également répartie
sur les éléments de la structure narrative».
Et nous ajoutions, toujours à propos de la même entrée («thème») : «si l’on arrive à
réunir le sémantisme disséminé tout au long du parcours thématique et si on le condense,
à l’aide d’une dénomination appropriée, comme l’ensemble des propriétés du sujet
effectuant ce parcours (exemple : le parcours «pêcher» résumé en «pêcheur»), on obtient
un rôle thématique qui n’est rien d’autre que la thématisation du sujet de faire, maître de
son programme narratif».
Dans cette optique, on voit que, méthodologiquement parlant, on part d’un ensemble
de figures (ou configuration) que l’on peut regrouper selon les contextes en «parcours
figuratifs» variables : ainsi, le «bedeau», le «sacristain», le «prêtre», l’»église», l’»autel»,
etc. vont-ils - dans un discours donné - donner lieu au thème du /sacré/, doté qu’il est
alors de ses actants et de ses circonstants (par exemple l’espace et le temps). Mais, on
le constate tout de suite, ce même thème pourra rassembler d’autres configurations
parallèles, en l’occurrence propres à d’autres religions (dans le cas du judaÏsme ou de
l’islam, par exemple).
On voit ainsi que le thème se place plutôt du côté abstrait, susceptible qu’il est de
fédérer, d’articuler des données figuratives concrètes. Cela dit, eu égard au principe
de la gradualité entre les deux pôles de la catégorie figuratif vs thématique, on peut
naturellement imaginer soit qu’un thème puisse donner lieu à des sous-thèmes, ce qui
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permettrait en ce cas d’organiser hiérarchiquement, le cas échéant, les configurations en
jeu, soit qu’un thème soit opposé paradigmatiquement à un autre et, corrélativement un
ensemble de configurations à un autre.
Ainsi, dans notre analyse de «Une vendetta» de G. de Maupassant (in Sémiotique du
discours : de l’énoncé à l’énonciation, Hachette, 1991, 4° édition : 2001) nous avons
pu constater que - dans cet univers de discours - la «vengeance» est une forme tout à
fait particulière de la «fidélité», et qu’à son tour celle-ci est, à un rang hiérarchiquement
supérieur, une manifestation du «bien». On voit ainsi comment l’on passe par degrés du
pôle thématique proprement dit (en l’occurrence, le «bien») à ce qui est un premier pas
dans le figuratif, à savoir la «vengeance» (elle-même susceptible de prendre, ailleurs,
d’autres formes que celle qui est propre à «Une vendetta»).
Sur le plan paradigmatique, dans le cas de cette même nouvelle, l’»absence de
vengeance» serait considérée comme une forme de «traîtrise», cette dernière relevant, au
plan supérieur, du «mal». Bien entendu, les choix qui sont faits à chaque niveau et dans
chaque paradigme sont autant de manifestations de la composante énonciative. Cette
hiérarchie est propre à la nouvelle de Maupassant : il est évident que, ailleurs, dans un
tout autre contexte, la «vengeance», par exemple, relèvera du «mal» et non du «bien».
Comme l’indiquent en filigrane les courts exemples auxquels nous venons de faire
appel, il va de soi que le figuratif et le thématique se distribuent, à leur niveau, selon un
catégorisation variable selon les contextes (ex : larmes vs rires, joie vs tristesse, sacré vs
profane, fidélité vs traîtrise, bien vs mal, etc.). Autrement dit, c’est à partir des sémèmes
d’un texte, par exemple, que l’on pourra articuler des catégories sémiques spécifiques,
qui demanderont à être alors hiérarchisées et pourront donner lieu à des catégories
isotopiques dans la mesure où elles sont récurrentes.
Il va de soi que plus les sémèmes d’un texte sont riches de traits sémiques constituants,
plus l’on est dans l’ordre du figuratif ; lorsque ces traits sémiques vont se raréfiant, on entre
corrélativement dans le domaine du thématique. C’est en effet une question de densité
sémique plus ou moins grande qui permet de différencier le figuratif du thématique.
Ceci veut dire qu’il convient, dans l’analyse textuelle (mais la situation est sensiblement
la même par exemple dans le domaine du visuel, où il faudrait opérer des transpositions
méthodologiques correspondantes eu égard au signifiant en jeu) de partir du niveau de
la manifestation, des formes lexicales (ou visuelles) proposées, pour dégager tout ce jeu
des catégories qui rend compte de la cohérence de l’objet sémiotique étudié, de son unité,
de son intelligibilité.
Ce que l’on soulignera surtout, c’est l’importance du contexte : le couple figuratif vs
thématique ne relève pas d’abord de la «langue» - comme nous y avons fait plus haut
allusion - mais essentiellement du «discours» qui l’exploite. Ainsi que nous le disions
précédemment, ce qui dans un texte donné apparaît manifestement comme relevant du
thématique pourra, ailleurs, être rattaché au figuratif, et vice versa., la relation entre les
deux pôles n’étant pas substantielle, seulement relationnelle.
Du même coup, c’est un problème de type énonciatif qui est ici soulevé, tel celui
que nous mettions ci-dessus en exergue à propos de l’homologation entre l’»absence de
vengeance», la «traîtrise», et, au plan supérieur, le «mal» dans le cas de Une vendetta.
Il s’agit là, en effet, d’une choix stratégique de l’énonciateur qui organise à sa façon
les données sémantiques pour les faire partager par l’énonciataire. Et c’est donc ici que
s’ouvrirait, le cas échéant, un autre chapitre entièrement consacré à l’énonciation.
Notes
1
«Des “motifs” ethnolittéraires aux “topoï”», inChamps du Signe, sous la dir. de M. Ballabriga (Actes du
Colloque du GDR «Sémiotique», Albi, 1996). 1998.
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