Droit administratif des biens : cours L3
Droit administratif des biens : cours L3
Dr DIASSIE
DROIT
ADMINISTRATIF
DES BIENS
Le droit administratif des biens vient à la suite du droit administratif général étudié en 2 ème année de
droit. Il s’intéresse aux moyens matériels dont dispose l’administration pour remplir les missions qui
lui sont assignées. Donc, outre les moyens en personnes ou juridiques, l’administration dispose de
biens c'est-à-dire un domaine qui peut avoir un caractère publique ou privé. Ces biens sont des choses
corporelles ou incorporelles qui offrent aux personnes publiques une certaine utilité et sont insuscep-
tibles d’appropriation.
Le droit administratif des biens a donc pour vocation d’étudier l’ensemble des règles de droit public
applicable aux meubles et aux immeubles. Mais ici, nous retiendrons principalement les biens appar-
tenant aux personnes publiques. En outre l’administration peut élargir l’éventail des biens en recourant
à des moyens de cession forcée.
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1ERE PARTIE :
LE DOMAINE PUBLIC
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CHAPITRE PRELIMINAIRE
Le domaine des personnes publiques est composé du domaine public et du domaine privé.
La distinction domaine public / privé n’a pas toujours existée. Elle a été forgée au IXème siècle par la
doctrine civiliste qui considère que le domaine public à une finalité d’intérêt général et régi par le droit
public et le droit privé pour le domaine privé.
Le droit romain reconnaissait cette distinction, mais l’ancien régime en France n’a pas repris cette
distinction. Donc sous l’ancien régime, il existait une seule catégorie de biens appelée domaine de la
couronne. Face à la mauvaise gestion, une ordonnance a prescrit les règles d’inaliénabilité et d’im-
prescriptibilité.
A la période révolutionnaire, le domaine de la couronne devient le domaine national. A partir de là,
l’inaliénabilité et l’imprescriptibilité sont abolis par la révolution.
Après la révolution, le code civil de 1804 retient la dénomination domaine public en lieu et place de
domaine national. Ce code précise que les biens de ce domaine sont insusceptibles de propriété privée.
Donc les thèses doctrinales ont été reprises par le droit, d’abord par la jurisprudence.
En droit ivoirien, c’est le décret du 09 juillet 1900 modifié par le décret du 29 septembre 1928 qui
consacre cette distinction domaine public / domaine privé. Mais cette distinction a été beaucoup criti-
quée.
A- Les critiques
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B- Les théories de remplacement de la distinction
La théorie de remplacement initiée par Léon Duguit et systématisée par Hobbit consiste à remplacer
la distinction par une échelle de domanialité. Cette théorie a amené le législateur a tenté d’élaborer des
règles de remplacement. On peut citer l’expérience ivoirienne de la loi du 20 mars 1963 qui a instituée
une catégorie appelée domaine public et qui comprend les biens et droits mobiliers ou immobiliers des
personnes publiques, hélas cette loi n’a pas été promulguée.
Outre l’expérience ivoirienne, il y’en a d’autre autres africaines. Certains pays africains comme le
Sénégal, le Cameroun, le Congo, le Togo ont essayés d’élaborer des règles en rupture avec le droit
français considéré comme une notion bourgeoise. Ces Etats considérant que la terre est une chose
commune que nul ne peut s’approprier, donc l’Etat doit détenir les terres en vue d’assurer leurs utili-
sations et leur mise en valeur rationnelle conformément au plan de développement.
Ces différentes solutions entraînent une ambigüité car elles ajoutent une troisième catégorie, c’est
pourquoi la distinction est maintenue par le droit positif. Toutefois, les critiques permettent de juger
de la valeur relative de la distinction.
Section 2 : La nature du droit détenu par la personne publique sur leurs biens
Pendant longtemps, on a considéré que le domaine public est insusceptible de propriété privée car
affecté à l’usage de tous et n’appartient donc à personne. La doctrine civiliste ne retrouvait pas les trois
éléments de la propriété :
Il n’y a pas d’usus parce que c’est à l’usage de tous ;
Il n’y a pas de fructus parce que l’usage est gratuit ;
Il n’y a pas d’abusus parce que les biens sont inaliénables.
Après le XIXème siècle, la conception va évoluée. Selon Maurice Hauriou, personne ne nie le droit de
propriété des personnes publiques sur leurs domaines privés ou la désaffectation d’une dépendance du
domaine public fait passer ce bien dans le domaine privé.
Comment cela pourra être possible que l’administration soit propriétaire quand ce bien passe au do-
maine privé si elle ne n’était pas auparavant ?
En réalité, l’administration à l’usus quand ce bien généralement utilisé par l’intermédiaire de services
publics, le fructus car il y’a des redevances et l’abusus lorsqu’on désaffecte pour l’amener dans le
domaine privé. Par ailleurs, la reconnaissance du droit de propriété rend cohérent le transfert de cer-
tains biens aux collectivités territoriales. De plus, la jurisprudence reconnaît aux personnes publiques,
la possibilité d’utiliser des voies civiles pour protéger le domaine public.
En droit ivoirien, la loi de 1984 portant régime domanial des communes reconnaît que les communes
ont le droit de propriété sur les domaines. Il en est de même de la constitution de l’an 2000 qui recon-
naît la propriété publique en son article 25 « les biens publics sont inviolables, toute personne est tenue
de les protéger ».
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Paragraphe 3 : Particularisme du droit de propriété sur le domaine public
L’administration détient des prérogatives et suggestions différentes de la propriété du code civil, c’est
l’exemple de la procédure d’alignement qui est une procédure unilatérale. L’administration peut aussi
imposer des servitudes aux propriétés riveraines.
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CHAPITRE I : LA NOTION DE DOMAINE PUBLIC
La définition du domaine public en droit ivoirien est quelque peu différente de celle en droit français.
En principe, il appartient au législateur de déterminer le domaine public. Mais en France, les défini-
tions qui ont été données se sont avérées critiquables et inappropriées. En effet, les définitions légales
indiquent que ce sont les biens insusceptibles de propriété privé or on ne trouve pas de bien qui sont
insusceptibles de propriété privée en réalité.
Après plusieurs controverses doctrinales, il a fallu recourir à la jurisprudence afin de cerner la défini-
tion du domaine public. La jurisprudence retient ainsi deux critères :
le critère d’appartenance à une personne publique ;
le critère d’affectation de ce bien.
Pour qu’un bien puisse être une dépendance du domaine public, il doit être une propriété d’une per-
sonne publique. Par conséquent, les biens appartenant à une personne privée ne peuvent pas être une
dépendance du domaine public. CE 2 octobre 1955, Méline.
Un bien par rapport à ce critère, pour qu’il soit une dépendance du domaine public, doit recevoir une
certaine affectation, une certaine destination d’intérêt général. C’est cette affectation qui montre la
spécificité des biens du domaine privé de ceux du public. Les biens sont affectés à l’usage du public,
soit au service avec un aménagement spécial.
Cette affectation doit être directe sans intermédiaire ; CE 28 juin 1935, Mrécar. L’affectation doit
être collective c'est-à-dire publique, l’utilisé de façon anonyme. Mais avec exception car c’est un bien
affecté à l’usage direct du public et ne peut donc être utilisé privativement.
C’est un critère suscité par la doctrine et consacré par la jurisprudence. Mais pour ne pas que ce critère
fasse l’objet d’une interprétation extensive, la jurisprudence l’a soumis à une condition car cette affec-
tation doit faire l’objet d’un aménagement spécial ; CE 19 octobre 1956, société le béton. Dans cet
arrêt, le conseil d’Etat a considéré que l’affectation au service public n’est pas suffisante, il faut en
plus que les biens fassent l’objet d’installation destinés à les rendre propice à cet usage.
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Section 2 : Le domaine public en droit ivoirien
Après l’énumération, le décret de 1928 précise qu’en plus sont compris dans le domaine public géné-
ralement les biens de toutes natures que le code civil et les lois déclarent non susceptibles de propriété
privée. Les critiques portées à cette définition résident dans le fait que le code civil et les lois n’ont
jamais déclarés que des biens sont insusceptibles de propriété privée. Apparemment, elle paraît inutile
mais en réalité elle est utile car elle montre que le législateur affirme son impuissance à énuméré de
façon exhaustive les biens du domaine public. Ce qui permet à la jurisprudence et au législateur d’ajou-
ter au fur et à mesure des biens sur cette liste. Par exemple, le code maritime, la loi sur le patrimoine
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culturel de la Côte d’Ivoire, la loi sur la mer territoriale, la loi portant code de l’eau, la loi relative aux
cimetières, ajoutent des biens sur cette liste.
Au départ, le domaine public était soumis à un régime homogène c'est-à-dire unique. En effet, il exis-
tait une seule personne publique. Mais au fur et à mesure, d’autres personnes publiques ont vu le jour
c'est-à-dire des entités autonomes. En conséquence, les nouvelles personnes publiques doivent être
dotées de biens qui consistent à démembrer les domaines de l’Etat et à les attribuer à celles-ci. Toute-
fois, il appartient à l’Etat de déterminer ces biens là et de modifier ces domaines-là selon l’intérêt
public.
La classification des différentes dépendances de ce domaine est basée sur des critères. D’abord l’on
retient la qualité de la personne publique propriétaire, par rapport à ce critère l’on distingue domaine
public de l’Etat et celui des autres personnes publiques.
Ensuite l’on retient le critère du caractère mobilier ou immobilier du domaine et enfin le critère naturel
ou artificiel du bien.
Il fait penser que des biens appartiennent naturellement au domaine public. Mais il y’a lieu de préciser
qu’il n’y a pas de domaine public par nature car la détermination du domaine public naturel dépend du
législateur donc c’est une construction juridique. Certes ce domaine-là résulte de phénomènes naturels
mais il appartient au législateur de lui apporter une existence juridique. Les principaux constituants du
domaine public naturel sont :
Le domaine public maritime, ce domaine couvre le sol et le sous-sol de la mer territoriale outre
les espaces de 100 mètres après la plus haute marée ;
Le domaine public fluvial : lacs, étangs, fleuves ;
Le domaine public aérien ; Le problème qui s’est posé réside dans l’existence d’un domaine
public aérien. La convention de Paris de 1919 et de Chicago de 1944 évoque la souveraineté
complète et exclusive de chaque Etat sur l’espace atmosphérique de son territoire. Ces men-
tions ont conduit une partie de la doctrine à conclure que l’espace aérien ou atmosphérique fait
partie du domaine public de l’Etat alors que d’autres rétorquent que cet espace appartient à
personne.
La loi française indique que l’espace hertz en fait partie.
C’est l’ensemble des biens du domaine public qui résultent du fait de l’homme et non des phénomènes
naturels. Ce sont des ponts, les canaux de navigation, les digues. Il y’a également les biens affectés à
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la circulation terrestre qui sont les routes, les autoroutes, les voies ferrées, aérodrome et les dépen-
dances de ces biens telles que les faussées, accotements, poteaux, indicateurs, appareils de signalisa-
tion. On peut citer également les dépendances du domaine public maritime, ligne téléphonique, télé-
graphique, ouvrage d’électricité et de gaz.
En ce qui concerne les biens mobiliers ou immobiliers on a : les bibliothèques, les musées, les titres,
les actions, les valeurs qui appartiennent à des personnes publiques.
On entend par incorporation, l’entrée d’un bien dans le domaine public. Ce qui est à distinguer de
l’acquisition qui est le fait pour un bien de devenir propriété d’une personne publique. L’acquisition
fait entrer le bien dans le patrimoine de la personne publique.
Logiquement, ces deux opérations sont distinctes mais elles peuvent se confondre selon qu’on a affaire
à un bien du domaine public naturel ou artificiel.
Pour le domaine public naturel, l’acquisition et l’incorporation sont spontanées ou simultanées c'est-
à-dire que ce bien devient propriété de la personne en même temps qu’il entre dans le domaine public.
Ainsi l’incorporation ne dépend pas de la décision de l’Etat.
Alors que le domaine public artificiel, l’incorporation nécessite une affectation c'est-à-dire un acte, un
fait qui détermine la destination d’intérêt général du bien. Parfois, il n’est pas exigé l’édition d’un acte
car il suffit de constater qu’une dépendance répond aux exigences de l’affectation pour conclure qu’elle
est incorporée au domaine ; CE 09 mai 1958, Déboirs ADJA.
L’entrée d’un bien du domaine public dans le domaine privé s’appelle classement mais le terme utilisé
généralement est l’affectation. Si l’affectation fait entrer le bien dans le domaine public, la désaffecta-
tion fait sortir le bien du domaine public pour entrer dans le domaine privé. La désaffectation de ce
fait ne suffit pas il faut un acte exprès ou une décision expresse pour que ce bien puisse sortir du
domaine public. Ce qui est le contraire du domaine public naturel.
En vertu du parallélisme des formes, l’autorité compétente pour classer un bien dans le domaine public
est celle-là même qui a la compétence pour déclasser ce bien sauf exception prévue par la loi.
EX : en droit ivoirien, le conseil municipal a compétence pour classer un bien. Le déclassement se fait
à la suite d’un décret approuvant la décision du conseil municipal.
En doit ivoirien, l’incorporation d’un bien dans le domaine de l’Etat est différente de l’incorporation
dans le domaine communal.
Les biens énumérés par le décret de 1928 sont incorporés automatiquement au domaine public de l’Etat
soit à partir de phénomène naturel, soit par acquisition ou réalisation.
En ce qui concerne le domaine public naturel, les phénomènes naturels incorporent par eux-mêmes le
bien dans le domaine public. Par conséquent, les propriétés privées limitrophes voient leurs limites
modifiées.
S’agissant du domaine public artificiel, l’incorporation suppose au préalable une acquisition ou une
réalisation par la personne publique. Ici l’acquisition et l’incorporation peuvent être simultanées, peu-
vent différées.
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Paragraphe 2 : L’incorporation au domaine public communal
Par l’effet de la décentralisation, le domaine public peut être démembré. C’est l’exemple de la charte
municipale qui a conférée aux communes les biens du domaine public.
L’analyse de ces différents textes laisse apparaître deux types d’incorporation au domaine communal :
L’incorporation automatique,
L’incorporation par affectation.
En qui concerne l’incorporation automatique, la loi de 1970 transfert certains biens aux communes.
De même, les biens dont l’entretien appartient à la commune sont dans le domaine public communal.
En ce qui concerne l’incorporation par affectation, elle concerne les parcelles appartenant à la com-
mune notamment les rues, places ou jardins publics à l’exception de ceux dont l’entretien incombe à
l’Etat.
Chaque collectivité territoriale et même les établissements publics nationaux ont un patrimoine com-
posé de domaine public et de domaine privé. Le problème qui se pose est de savoir comment distinguer
le domaine de l’Etat de celui des autres personnes publiques. A première vue on peut situer le domaine
public, c'est-à-dire un bien situé dans un périmètre d’une personne publique lui appartient ; ce qui n’est
pas toujours vrai car accepté ce critère suppose que l’Etat ivoirien n’aura plus de domaine public, par
conséquent le domaine public s’entre pénètre.
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CHAPITRE II : LES RAPPORTS DE VOISINNAGE DU
DOMAINE PUBLIC
Afin d’éviter les empiètements, il impose de connaître les limites du domaine public par rapport aux
propriétés voisines ce qui entraîne la délimitation et des contraintes imposées aux riverains.
La délimitation consiste à fixer des limites de façon unilatérale. Cette délimitation est obligatoire pour
l’administration.
Elle se fait par voie d’actes administratifs unilatéraux et se fait à l’initiative de l’administration ou à la
demande des riverains. En cas de refus, l’administration engage sa responsabilité ; CE 05 janvier
1955, Décroitre.
La délimitation à un caractère déclaratif ou recognitif, elle a également un caractère contingent. Elle
est effectué sous réserve des droits des tiers c'est-à-dire qu’il est accordé au titulaire de droit de pro-
priété une certaine garantie notamment la possibilité d’exercer un recours pour excès de pouvoir ou la
possibilité d’obtenir une indemnité.
La délimitation peut avoir un caractère définitif ou non. La procédure varie selon les biens en question.
EX :
La délimitation du domaine public militaire est faite par le ministre de la défense.
Pour le domaine public ferroviaire par voie de bourrage
S’agissant du domaine public routier, il est fait par voie d’alignement qui est la fixation par
l’administration des limites latérales des voies par rapport aux propriétés voisines ou riveraines.
L’alignement n’a pas seulement pour conséquence de constater les limites existantes mais également
elle peut élargir ou rétrécir la voie.
Ici, l’administration fixe les limites à travers un plan d’alignement et en alignement individuel.
Le premier alignement fixe de façon générale et impersonnel le tracé de la voie publique par rapport
aux propriétés riveraines, il est opposable à tous.
En cas de rétrécissement, les parties concernées sont déclarées lésées automatiquement et tombe dans
le domaine ce qui permet aux riverains de les acquérir en propriété privée.
En cas d’élargissement de la voie, les propriétés voisines riveraines font l’objet de cession forcée.
Concernant les territoires non bâtis, ni clos de mur, ils sont frappés de servitude d’interdiction de cons-
truire. Au cas où les terrains sont bâtis, ils sont frappés de servitude de reculement c'est-à-dire pas de
constructions nouvelles ou travaux confortatifs.
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Survint ensuite l’alignement individuel qui a pour objet de faire connaître à chaque propriétaire les
limites de sa propriété par rappel à la voie publique. C’est un arrêté qui fixe ce plan d’alignement
individuel, il a un caractère déclaratif ou recognitif.
Les relations entre le domaine public et les propriétés riveraines sont quelques peu différents des rela-
tions entre les propriétés privées. Outre la délimitation qui a un caractère particulier, on note les con-
traintes particulières qui se fixent sur les riverains et sur le domaine public lui-même. Il s’agit princi-
palement des servitudes.
Au terme du code civil, les servitudes sont des charges pesant sur un immeuble appelé le fond servant
au profit d’un autre immeuble appelé fond dominant et qui appartient à un autre propriétaire. C’est un
droit réel opposable à tous.
En ce qui concerne le domaine public, les charges sont établies au profit du domaine public ou à celui
voisin.
Les propriétaires (collectivité publique) vont bénéficier des charges de droit commun.
Appelées servitudes d’utilité publique, elles sont des charges que doivent supporter les propriétés voi-
sines dans le but d’une meilleure utilisation du domaine et le respect de son affectation.
Les servitudes administratives s’analysent en une obligation de ne pas faire et une obligation de laisser
faire ou obligation de faire. Elles tirent leurs sources d’un acte unilatéral de l’autorité administrative
ce qui est contraire aux servitudes du droit privé qui sont établies par voie contractuelle.
Ces servitudes sont établies dans l’intérêt général, elles ont un caractère d’ordre public et opposable à
tous. Elles bénéficient de l’inaliénabilité et de l’imprescriptibilité.
En cas d’inobservation des servitudes, le contrevenant s’expose à une sanction pénale appelée contra-
vention de voirie.
En droit ivoirien, divers textes organisent le régime des servitudes mais le décret de 1908 institue 3
types de servitudes :
Une servitude de passage de 10 mètres de largeur chaque rive, le long des cours d’eaux ni
navigables, ni flottables ;
Les servitudes générales au profit des équipements publics, il s’agit notamment des servitudes
de passage, d’implantation, d’appui et de circulation, celles-ci sont prévues pour l’entretien,
l’aménagement et l’exploitation.
Concernant la protection des voies de communication, les lignes téléphoniques, électriques,
conduites d’eau, conduites d’égouts.
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A titre d’exemple l’article 10 de l’arrêté du 24 novembre 1928 précise que l’exercice ou l’éta-
blissement des servitudes comportent le droit de passé sur les propriétés privées, d’y station-
nées et d’y faire tout travaux en vue de l’installation des dispositifs ou de tout autre opération
nécessité par l’aménagement, l’exploitation ou l’entretien du domaine ;
Les servitudes d’urbanisme notamment les servitudes d’hygiène, d’esthétique, d’alignement et
de sécurité imposées par le plan d’urbanisme ; Cour suprême chambre judiciaire 30 avril 1976
Kacou Joseph contre Goué Salia, ici il s’agissait d’une construction élevée au mépris des
servitudes d’urbanisme.
La création ou l’exercice des services d’urbanisme ne donne droit à aucune indemnité sauf le
cas où cela exige la démolition de construction ou d’implantation.
Les charges de voisinages de droit commun ne s’appliquent pas au domaine public, les servitudes étant
particulières
Le domaine public ne supporte pas les charges de droit commun prévues par le code civil que sont
notamment les rues de passage, l’écoulement des eaux, la mitoyenneté car cela aurait pour exemple de
démembrer ou de limitation de la propriété sur le domaine public qui est inaliénable.
Elles s’analysent comme les droits des riverains sur des voies publiques et à eux seuls. Mais ce droit
concerne seulement les routes ordinaires c'est-à-dire les autoroutes, voies express ou voies privées
ouvertes à la circulation. Ces droits sont au nombre de trois :
Le droit de vue qui permet aux riverains d’ouvrir ou de maintenir des fenêtres sur la voie pu-
blique sous respect des restrictions du code civil prévoyant les vues sur les propriétés voisines ;
Le droit d’écoulement des eaux fluviales et ménagères ;
Le droit d’accès qui donne aux riverains, fournisseurs et visiteurs de l’immeuble, la possibilité
d‘entrer et de sortir librement à pied ou en voiture, la possibilité d’immobiliser momentanément
un véhicule afin de charger ou décharger des personnes ou marchandises.
Toutefois, ce droit d’accès est parfois limité par les contrôles de la police de circulation mais
ne saurait interdire de manière absolue l’arrêt ou le stationnement.
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CHAPITRE III : LA PROTECTION DU DOMAINE PUBLIC
L’intérêt de la protection réside dans le fait que le domaine public est susceptible de démembrement,
d’empiètement ou de dégradation.
Protéger ce domaine, c’est donc garantir sa conservation. A cet égard, il pèse sur les personnes pu-
bliques une obligation d’entretien et une obligation de protection en vue d’empêcher et de punir ceux
qui le dégrade.
Au-delà de la protection liée à sa nature juridique, le domaine public doit être matériellement entretenu
par la personne publique afin que son usage et son affectation soit assurés. A cet effet, l’Etat peut
contraindre les autres personnes publiques à entretenir leurs domaines.
Ayant une finalité d’intérêt général, le domaine public doit être entretenu avant d’assurer sa destination
donc l’affectation formelle ne suffit pas ; CE 03 mai 1963, commune de saint Brévin-les pins.
A ce propos on peut citer les paroles ou les conclusions du commissaire de gouvernement «si un ou-
vrage a été édifié, la puissance publique doit l’entretenir normalement afin qu’il présente les avantages
que les particuliers peuvent normalement en attendre ». Par conséquent, le défaut d’entretien est sus-
ceptible d’engager la responsabilité de l’Etat. Cette obligation pèse principalement sur le propriétaire
mais elle peut également peser sur l’affectation.
Il pèse sur les collectivités territoriales une obligation d’entretien du domaine public. Cet entretien est
contrôlé par l’autorité de tutelle. Cette autorité commence son contrôle au moment de l’approbation
du budget de la collectivité. Elle vérifie si les frais d’entretien sont inclus au budget.
Paragraphe 1 : L’inaliénabilité
Le principe de l’inaliénabilité est prévu par les textes et consacrés par la jurisprudence. Ce principe à
une valeur relative car ce bien peut être aliéné s’il tombe dans le domaine privé après son déclassement.
C’est pourquoi le conseil constitutionnel ne lui pas donné valeur constitutionnelle dans une décision
du 21 juillet 1994
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A- L’origine de la règle
Elle a été établit au moyen âge par l’édit de Moulins de 1566. Cette règle a été éditée pour contrer la
prodigalité des monarques. Elle a été consacrée par les textes, c’est l’exemple de la loi relative au
régime domanial des communes et de la ville d’Abidjan (1984).
la nullité de l’aliénation
Sont nuls quel que soit le motif toutes les aliénations à titre onéreux, gratuits ou d’échanges. Par con-
séquent, le cocontractant de l’administration est tenu de restituer ce bien même s’il est de bonne foi.
Quant à l’administration, elle doit restituer au cocontractant de bonne foi. Celui-ci peut même obtenir
un dédommagement en cas de préjudice.
Si c’est une tierce personne qui a permis l’aliénation, la personne publique est tenue de récupérer ce
bien de ses mains.
S’agissant des biens mobiliers, on ne peut invoquer le code civil qui indique que la possession vaut
titre.
Paragraphe 2 : L’imprescriptibilité
A- Le principe
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dépossession à l’insu de la personne publique. Elle protège le domaine contre la négligence de la per-
sonne publique.
L’impossibilité d’acquérir par prescription une demande sur le domaine public ou d’acquérir
un droit réel immobilier sur le domaine public ;
Irrecevabilité de l’action possessoire contre l’administration devant le juge ;
Imprescriptibilité de l’action en revendication des biens irrégulièrement aliénés et des actions
en réparation des dommages causés au domaine public.
Section 3 : la protection pénale contre les dégradations et les occupations sans titre
du domaine public
L’administration dispose de divers moyens pour protéger le domaine public. Ces moyens sont des
moyens qui utilisent le privé en général appelés moyens de droit commun. A part cela l’administration
dispose de moyens particuliers, ces moyens sont des moyens répressifs et sont au nombre de 2.
Elle est une police spéciale qui permet de prévenir les atteintes au domaine public. C’est un ensemble
de règles qui vise cet objet. Cette police se distingue de la police générale tant au niveau de son objet
que pour sa sanction. En effet la police de l’ordre public est sanctionné par les contraventions de police
or la police de la contravention est sanctionnée par les contraventions de voiries. De plus, la police de
l’ordre appartient à l’autorité affectataire.
Peut-on utiliser les voies de police générales pour assurer la conservation du domaine public ?
Selon la jurisprudence française, une telle procédure constitue en détournement de pouvoir. C’est
l’exemple de l’interdiction des véhicules sur certaines voies en vue d’éviter les frais d’entretien CE 27
juillet 1928, société des ateliers burra. Toutefois si le but poursuivi est d’ordre public.
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L’administration a le devoir de poursuivre les occupants sans titre du domaine public. Les occupants
sans titre sont ceux qui n’ont pas reçu d’autorisation ou ceux dont l’autorisation est irrégulière ou ceux
dont l’autorisation est retirée. L’administration peut recourir à l’action répressive par l’intermédiaire
du juge qui prononce l’expulsion. L’administration peut également procédé à l’exécution d’office ou
forcée quand les conditions sont réunies. Cette obligation de l’administration à des limites c'est-à-dire
quand l’intérêt général est en en jeu. Arrêt Couitéas
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CHAPITRE IV : L’UTILISATION DU DOMAINE PUBLIC
L’administration a l’obligation de concilier utilisation du domaine public en harmonisant les droits des
usagers et sa destruction. L’administration dispose également d’un pouvoir de gestion de la nature ou
elle en est propriétaire. A cet effet, l’administration a un pouvoir de police sur le domaine public.
L’administration peut gérer le domaine public dans un sens économique.
Section 1 : Nature des compétences exercées par l’administration sur le domaine public
L’utilisation du domaine public qu’elle soit objective ou primitive doit être règlementé par l’adminis-
tration. Au départ on concédait uniquement un pouvoir de police, mais actuellement l’idée de pouvoir
de gestion est acceptée.
Au départ c'est-à-dire avant le 20ème siècle, le même bien était considéré comme un bien introductif.
Par conséquent, les conditions d’utilisation ne pouvait être formées que sur la sécurité et autres indices
de pouvoir de police. Mais sous l’impulsion de la doctrine, cette conception va être abandonnée au
profit d’une nouvelle conception basée sur le droit de propriété de l’administration sur le domaine
public.
Cette conception a donné lieu à de vives controverses. En effet, les adversaires de cette conception
arguaient qu’on ne peut confondre ordre public et intérêt général. De plus, le procédé contractuel est
incompatible avec les pouvoirs de police. Mais le début du 20ème siècle, le pouvoir de gestion s’est
fondé sur l’intérêt général et non sur la conception de police. C’est l’exemple des permissions de voirie
qui permettent à l’administration de satisfaire à la demande des utilisateurs en se référant à l’intérêt
général. Ainsi les permissions de voiries lorsqu’elles sont retirées ne peuvent être fondées que sur
l’intérêt général.
Cette conception de pouvoir de gestion a été consacrée par la jurisprudence à propos des transports en
commun ; CE 29 janvier 1932, arrêt société des autobus antébois.
A travers cet arrêt, le conseil d’Etat a reconnu que l’administration peut prendre des mesures de pro-
tection des services publics de transport contre les entreprises privées, par exemple en posant des con-
ditions financières à celles-ci. Ainsi l’intérêt financier prend le pas sur le pouvoir de police. A ce propos
on peut citer les propos du commissaire du gouvernement « la conception du domaine public, hors du
commerce ne pourra faire l’objet d’aucune appropriation, ni d’aucun droit véritable soumis exclusive-
ment à la garde et à la police de l’administration. Mais substitué la conception du domaine public,
richesse collective et objet d’exploitation ; police et gestion apparaissent comme des notions antino-
miques ».
De plus, sous l’influence de la doctrine, le domaine public comme objet de police est abandonné au
profit du droit de propriété.
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Paragraphe 3 : La problématique de l’exploitation du domaine public
Le droit de propriété public qui arguait un droit de conservation est devenu un droit d’exploitation. Le
fait que l’administration ait un droit de propriété sur le domaine public va poser la question de l’ex-
ploitation qui doit se conjuguer au devoir de protection.
Aujourd’hui l’intérêt financier a pénétré l’usage privatif que l’usage collectif. La recherche du meilleur
rendement est une motivation suffisante pour octroyer ou refusé les autorisations ; CE 04 avril 1959,
SNCF contre burfin (péage, occupation de l’autoroute, stationnement payant). A propos du péage, le
conseil constitutionnel français dans une décision du 12 juillet 1979 a dénié au principe de gratuité,
une valeur constitutionnelle.
Le régime protecteur du domaine public est considéré comme un obstacle à son exploitation car ex-
ploitation suppose dégradation. Mais le fait de mettre l’accent sur la protection est un obstacle de la
part des investisseurs. En d’autres termes, le principe de l’inaliénabilité a pour conséquence de rendre
plus difficile la réalisation de certains projets.
Comment convaincre un investisseur si n’est pas autorisé à s’installer de façon durable sur ce do-
maine ?
Face à cette situation, le législateur a institué des exceptions au principe de prohibition des droits réels
sur le domaine public. C’est ainsi qu’il a reconnu la conception des droits réels administratifs qui
permettent de concilier les deux impératifs contradictoires que le pouvoir de police ou sécurité juri-
dique et le pouvoir de gestion.
Les droits réels administratifs sont de types particuliers, dans ce sens ils sont limites par l’affectation.
Ils se distinguent des droits réels du code civil par leur précarité, leur caractère temporaire car l’admi-
nistration peut à tout moment modifier l’affectation. Cette théorie du droit réel administratif a été jugée
principalement par la doctrine, celle-ci est par ailleurs divisée.
Les dépendances domaniales sont affectées soit à l’usage public, soit à l’usage su service public.
Lorsqu’elles sont affectées au service public, les usagers ne sont pas considérés comme des utilisateurs
mais des usagers su service public donc l’usager est considéré comme un usage direct du service public
et indirect du domaine.
20
Paragraphe 1 : L’affectation des dépendances domaniales au service public par la collectivité
propriétaire
La propriétaire d’une dépendance domaniale peut l’utiliser lui-même ou la mettre à la disposition d’une
autre collectivité ou affectée à un concessionnaire.
Il y’a affectation interne lorsque la collectivité publique utilise des biens pour les services qu’elle gère
elle-même.
Il y’a affectation externe lorsque le propriétaire et l’affectataire sont différents. Ici les charges d’entre-
tien incombent à la collectivité affectataire, elle est responsable de la collectivité propriétaire ainsi le
dommage ou accident de l’utilisation du bien incombe à l’affectataire. Par contre quand les tiers sont
victimes, la responsabilité incombe au propriétaire.
La personne publique propriétaire peut affecter un bien domanial à un service public. Le concession-
naire peut utiliser des dépendances non affectées au service public c'est-à-dire des dépendances affec-
tées à l’usage du public qui peuvent être utilisées par les services publics également. Le concession-
naire peut consentir les occupations du domaine public à des tiers, peut règlementer l’accès à des usa-
gers, autoriser des occupations privatifs, percevoir les redevances.
En cas d’atteintes à ces droits, le concessionnaire peut percevoir une indemnité de la part de l’admi-
nistration.
A la fin de la concession lorsque le cahier de charge le prévoit, les biens sont retournés à la personne
publique car il est toujours considéré comme sa propriété, alors tombent-ils dans le domaine public ou
privé de l’administration ?
Ils tombent dans le domaine public s’ils remplissent les conditions exigées dans le cas contraire, ils
tombent dans le domaine privé de l’administration.
Si le cahier des charges ne prévoit pas le retour à l’administration à la fin de la conception, le bien
demeure la propriété du concessionnaire.
On appelle mutation domaniale, le changement d’affectation décidé par l’Etat au profit de ses services
d’un bien appartenant à une personne publique qui garde toujours sa propriété. Donc l’Etat peut de-
mander à une autre personne de désaffecter et de l’affecter à son profit, en cas de refus l’Etat a recours
à la mutation domaniale. Le procédé permet à l’Etat de développer des voies nouvelles par exemple
voie ferrée.
21
B- Critique de l’administration domaniale
L’administration domaniale ne dépossède pas les autres personnes publiques de leurs biens mais la
propriété demeure théorique car le bien a reçu une autre affectation sur laquelle, elle demeure impuis-
sante.
La théorie de l’administration domaniale manque ainsi la hiérarchie des intérêts au profit de l’Etat ce
qui est considéré par Hauriou comme une spoliation indirecte.
Cette utilisation concerne certains biens qui sont à l’usage de tous c'est-à-dire que tout le monde peut
avoir accès à ce bien.
EX : les voies personnelles, les rivages de la mer.
Cela répond à la question selon laquelle le domaine est disponible pourvu que l’usage ne nuise pas à
quelqu’un.
Cet usage collectif est contraire à l’usage privatif qui crée des droits réels. En effet, ici l’usage exerce
des droits liés aux libertés publiques. Cet usage comporte des principes.
Les administrés utilisent le domaine public de manière commune et abstraite, ce qui est contraire à
l’individualisation de l’utilisation. Ainsi, ils utilisent le lien sans avoir obtenu un titre quelconque au
préalable c'est-à-dire que l’usager est doté automatiquement de ce droit.
En effet, l’usager n’a aucun droit exclusif dans cette utilisation commune c'est-à-dire que l’utilisation
par un usager n’empêche pas que les autres l’utilisent.
Ce caractère signifie que l’usage du domaine public ne doit pas être permanent.
L’utilisation doit être conforme à la destination particulière de ce bien. Par exemple, les voies affectées
à la circulation des piétons sont interdits automobilistes.
22
A- La liberté d’utilisation
L’utilisation collective ne nécessite pas un titre lorsque le domaine est destiné à l’usage de tous car
l’usager exerce une liberté publique dans ce domaine.
L’exercice des libertés publiques nécessite une règlementation, ainsi une certaine discipline est exigée
aux piétons et aux automobilistes. Les autorités même si elles sont obligées de règlementer l’utilisation
ne peuvent l’interdire complètement. Afin de mieux expliciter cette utilisation, il y’a lieu de distinguer
la circulation à pied de la circulation automobile.
1. La circulation à pied
Elle est fortement protégée par la loi, c’est ainsi qu’il est interdit de prescrire de façon générale et
absolue. C’est l’exemple de l’arrêté d’un préfet interdisant aux prostituées les stationnements prolon-
gés et les allers et venues dans tous les départements et à toutes les voies et places publiques ;
C. Cass. 1 février 1956.
Par contre, la Cour de cassation a jugé légal l’arrêté d’un maire interdisant aux prostituées la circulation
et les allers et venues dans certaines rues.
2. La circulation automobile
Elle est libre et ne nécessite pas de titre. Mais cette liberté peut être limitée par les autorités de police.
EX : les dispositions du code de la route ; CE 08 aout 1919, labonne. Un maire peut apporter des
restrictions au stationnement.
B- Le principe d’égalité
C- Le principe de la gratuité
En principe, l’usage collectif ne peut être assujetti au paiement de taxes même si cela comporte des
exceptions, c’est l’exemple des autoroutes à péage.
L’utilisation privative se manifeste par l’occupation d’une personne déterminée d’un bien du domaine
public. Ce bien occupé empêche toute autre personne d’user de ce droit. Cela correspond à l’idée que
le bien du domaine public constitue une richesse.
Cet usage est anormal car non conforme à la destination du bien. Mais exceptionnellement, l’usage
privatif peut être normal, c’est le cas des cimetières, les kiosques à journaux sur le trottoir.
L’utilisation privative étant normale, cela nécessite une autorisation. A ce niveau, l’usager n’exerce
plus une liberté publique, par conséquent l’utilisation ne peut être gratuite.
23
Paragraphe 1 : Les formes d’utilisation privative
A- La permission de voirie
La permission de voirie est un acte administratif unilatéral, elle concerne les utilisations de courte
durée et nécessite peu d’investissements.
NB : en droit français, on distingue la permission de voirie et le permis de stationnement. Le second
permet une occupation sans emprise tandis que l’autre permet une occupation avec pénétration.
L’occupation privative crée des droits réels administratifs lorsque l’occupation est conforme à la des-
tination, c’est l’exemple des cimetières.
L’administration est tenue de délivrer les autorisations lorsqu’on lui fait la demande. A part cela, l’ad-
ministration dispose d’un large pouvoir discrétionnaire. Elle peut se fonder sur l’ordre public, sur l’es-
thétique pour refuser ou autoriser l’utilisation privative du domaine public.
La permission de voirie est soumise à une obligation de redevance. Cette occupation est précaire mais
bénéficie de garanties. Par exemple l’administration ne peut permettre à un tiers d’occuper indument
une partie du domaine public déjà utilisée par une personne ; CE 5 décembre 1962, ville de Marseille.
NB : lorsqu’il est mit fin à l’occupation, l’usager ne bénéficie pas d’indemnisation si l’abrogation est
fait dans l’intérêt général.
B- La concession de voirie
La concession de voirie est la voie la plus utilisée en droit ivoirien. Cela nécessite un investissement
d’un certain montant.
EX : hôtel, stations d’essence, les entreprises de transit au bord de la mer.
Certaines concessions sont conclues sous forme de bail emphytéotique. Cette concession permet de
réaliser des investissements importants. Le concessionnaire bénéfice de certaines prérogatives dont les
droits réels administratifs. Toutefois, au nom de l’intérêt général, l’administration peut mettre fin à
cette concession moyennant indemnités.
NB : le régime juridique de la concession et celui de la permission sont différents mais se ressemblent
en certains points :
Les deux sont révocables à tout instant ;
Les deux doivent respecter les intérêts du domaine ;
Les deux sont soumis à redevance.
24
2EME PARTIE :
LE DOMAINE PRIVE
Le domaine privé rempli une fonction patrimoniale et privé. Ce qui est opposé au domaine public qui
à une destination d’intérêt général. Le domaine privé est soumis au droit privé et relève de la compé-
tence du juge judiciaire. Mais la distinction du domaine public de celui privé est relative.
25
CHAPITRE I : LA CONSISTANCE DU DOMAINE PRIVE
(NOTION)
Il n’y’a pas de définition légale du domaine privé c'est-à-dire que sa définition est négative. En d’autres
termes, la définition du domaine public est faite par rapport au domaine public, donc le domaine privé
de l’administration, c’est ce qui n’appartient pas au domaine public.
NB : la limite entre définition domaine public et domaine privé n’est pas figée. Par exemple, les édi-
fices publics, les terres vacantes et sans maîtres, les biens et droits incorporels des successions aban-
données ou celles des personnes décédées sans héritiers, les immeubles immatriculés mais abandonnés
par leurs propriétaires.
Les modes d’acquisition sont multiformes, car ils peuvent ressortir du droit public ou du droit privé.
Les personnes publiques peuvent constituées leur domaine privé comme de simples particuliers : legs,
achat, dons, échanges.
L’administration peut acquérir le domaine privé en expropriant, par déclassement, incorporation, con-
fiscation pénale, droit de préemption fiscale, les comptes en banque n’ayant pas fait l’objet d’opération
pendant 30 ans, les biens vacants et sans maitre.
Le domaine privé de l’administration ne peut être assimilé aux biens des personnes privées. En effet,
le domaine privé de l’administration à un régime mixte.
Certains auteurs ont considérés que quand l’administration gère son domaine privé, elle le gère comme
une personne ordinaire et dans les conditions de droit commun, car la personne publique dispose des
prérogatives que le droit privé reconnait aux propriétaires ordinaires. Elle peut user directement de ce
bien ou le conférer à un tiers ou tirer des profits.
Les biens du domaine privé peuvent faire l’objet d’expropriation, mais cela ne peut conduire à assimi-
ler le domaine privé aux biens d’une personne privée car le domaine privé ne poursuit pas un but
26
uniquement patrimonial ou financier. Ici, on note l’idée d’intérêt général qui est contraire aux biens
des personnes privées. Aussi, les produits du domaine privé peuvent couvrir les dépenses publiques à
l’instar des recettes fiscales.
En effet, l’administration ne gère pas le domaine privé comme un propriétaire ordinaire car certains
actes échappent au droit privé. Ainsi certaines décisions unilatérales peuvent faire l’objet de recours
pour excès de pouvoir. De plus, l’administration peut passer des contrats comportant des clauses exor-
bitantes de droit commun.
27
CHAPITRE II : LA GESTION DES TERRAINS
DOMANIAUX
Le domaine foncier en Côte d’Ivoire pose de nombreux problèmes en raison de la vocation agricole
de l’Etat et de l’urbanisation sans cesses accrue. L’un des problèmes majeurs réside dans le sort réservé
au droit coutumier (la thèse d’Albert Ley, le régime domanial et foncier et le développement écono-
mique de la Côte D’Ivoire).
Pendant la colonisation, les terres non immatriculées étaient considérées comme vacantes et sans
maîtres. Ce qui permettait au système colonial d’avoir la main mise sur plus de 99% des terres.
Après l’indépendance, cela n’a pas été remis en cause, une loi a été votée à cet effet en 1963 mais
celle-ci n’a jamais été promulguée en raison de son caractère jugé inopportun.
Pour la gestion du foncier, l’Etat s’appuyait sur des pratiques administratives. Le droit coutumier était
lié mais n’était pas reconnu et celui qui mettait en valeur une terre est considéré comme ayant un droit
d’usage sur celle-ci.
Pour mettre fin à ce imbroglio, le gouvernement en 1998 a recommandé aux parlementaires de se
rendre à leur base et recueillir les avis des habitants. C’est à la suite de cela qu’un projet de loi a été
adopté en 1998 sous le Nº98-750 du 23 décembre 1998.
Pour mettre la main sur les terres, l’Etat après l’indépendance va recourir à la théorie coloniale des
terres vacantes et sans maitres consacrée par le décret de 1928 précité, niant ainsi le droit coutumier.
L’Etat va mettre la main sur la terre à travers plusieurs procédés :
L’utilisation du décret du 15 novembre 1935 qui précise que l’Etat est propriétaire des terres
vacantes et sans maitres et des terres inexploitées ou inoccupées pendant plus de 10 ans ;
Le refus d’application du décret du 08 mai 1955 qui oblige l’Etat à prouver ses droits sur les
terres revendiqués ;
L’application du principe selon lequel les terres non immatriculées appartiennent à l’Etat (prin-
cipe posé par la loi non promulguée de 1963) ;
Malgré ces abus, la jurisprudence a entérinée ou admis de façon constante ou récurrente que l’Etat est
propriétaire des terres coutumière, arrêt de la chambre administrative de la cour suprême du 24 no-
vembre 1978, Aff. Bertrand contre Nangui Mobio.
Pour obtenir une terre de la part de l’Etat, il faut se soumettre à une exigence, la mise en valeur. A
défaut, l’on peut en être déposséder.
28
Paragraphe 2 : L’Etat, distributeur foncier
La gestion foncière est confiée généralement à deux ministères à savoir le ministère de la construction,
du logement et de l’urbanisme et le ministère de l’agriculture. L’Etat, utilise deux procédés : la con-
cession et le bail emphytéotique.
1. La lettre d’attribution,
C’est une opération qui consiste à attribuer l’acte par lequel l’administration signifie à une personne
privée son intention de lui concéder une parcelle moyennant le versement du prix et l’engagement de
procéder à la mise en valeur.
Elle confère au titulaire un simple droit personnel qu’il ne peut en principe céder ou donner en garantie.
2. La concession patrimoniale,
Elle est donnée sous forme d’arrêté. C’est l’acte par lequel, l’administration entend consolider le droit
du titulaire de la lettre d’attribution. Elle est accordée moyennant versement du prix et sous condition
d’engagement de mise en valeur dans un délai.
Ici, ce droit est transmissible et peut être donné en garantie. Il est cessible avec l’autorisation de l’ad-
ministration.
3. La concession définitive
C’est l’acte par lequel l’administration transfert au concessionnaire la propriété pleine et entière du
titre foncier sur lequel il est inscrit la concession provisoire. Cet arrêté fait sortir le terrain du patri-
moine de l’Etat pour entrer dans le patrimoine du particulier de façon définitive avec titre foncier.
L’Etat a constaté que le droit coutumier est un obstacle au développement. Il a ainsi opté pour une
conception individualiste.
29
1. La non-reconnaissance du droit coutumier
L’Etat a repris le principe colonial qui condamnait la détention collective des terres. Pour celui-ci, cela
est incompatible avec les investissements donc le développement.
L’Etat est même plus sévère que l’origine coloniale en rejetant totalement le droit coutumier et en
jouissant du titre foncier, un droit absolu, chambre administrative de la cour suprême, Aff. Seydou
contre Setfa. Ici, la jurisprudence reconnait même le titre foncier obtenu en fraude par conséquent la
personne ne peut pas obtenir l’annulation du titre foncier mais les dommages et intérêts. Ici, le titre
foncier est définitif et irrévocable. La preuve de la détention du titre foncier est l’inscription au livre
foncier.
Malgré la non-reconnaissance du droit coutumier, la pratique, nous conduit à dire que la lutte des
propriétaires à une influence sur l’application du droit foncier car l’Etat qui se considère seul proprié-
taire foncier est obligé d’indemniser des propriétaires coutumiers avant de prendre possession de cer-
taines parcelles. Mais avec la loi de 98, l’Etat reconnait le droit coutumier.
2. Portée de l’immatriculation
La prolifération des actes sous seing privé qui a créé de nombreux litiges a conduit à l’interdiction de
ces actes au nom de la sécurité juridique
Le décret du 16 février 1971 soumet toutes les transactions immobilières à une procédure obligatoire
déterminée par les textes. Le défaut de l’utilisation de ces procédures constitue une infraction pénale.
La mainmise sur presque toutes les terres est contestée ou même ignorée par une grande partie de la
population à tel point qu’acquérir un terrain c’est payé un procès. Chaque terre est revendiquée par
plusieurs. Parfois plusieurs droits se superposent sur certains : le droit coutumier, moderne et d’usage.
30
Section 3 : La solution de la loi de 98
Face aux problèmes posés par la terre ou le foncier rural notamment du sort réservé au droit coutumier.
Les députés ont été invités à consulter leur base afin de recueillir l’avis de la population, cela a abouti
au vote de la loi du 18 décembre 1998 sous le Nº98-750 du 23 décembre 1998 promulguée le 26
décembre 1998 et publiée le 14 janvier 1999.
Il y’a lieu de préciser que cette loi a été votée à l’unanimité par les députés PDCI, RDR et FPI.
Cette loi organise le processus d’appropriation des terres, les modalités de la concession et de la cession
des terres, leur condition de mise en valeur.
Cette définition est jugée ambigüe car le domaine foncier tel que définit n’entre pas dans l’une des
catégories citées à savoir le domaine public et domaine privé, car il inclut des terres appartenant à des
particuliers.
Au demeurant, le domaine foncier rural est composé exclusivement des terres et forêts. La définition
du domaine foncier rural est appréhendée de façon négative. En effet c’est un domaine résiduel. L’ar-
ticle 2 de la loi de 98 précise qu’il est hors du domaine public, hors des périmètres urbains, hors des
zones d’aménagement différé et hors des forêts classées.
Ce domaine foncier rural est ainsi composé du domaine foncier rural coutumier et des terres du do-
maine concédé par l’Etat à des collectivités publiques et à des particuliers.
La loi reconnait aux individus et aux groupements, leurs droits sur les terres qu’ils détiennent coutu-
mièrement. Mais, cette reconnaissance n’est définitive qu’après une enquête diligente par l’adminis-
tration en accord avec les responsables coutumiers. A cet effet un délai de 10 ans a été accordé à ceux
qui ont vocation à acquérir ces terres avec à la clé l’obtention d’un certificat foncier.
Paragraphe 3 : Les personnes ayant vocation à être propriétaires des terres du domaine foncier rural
La terre du domaine foncier rural est considéré comme un domaine national par conséquent l’acquisi-
tion est réservée seulement aux personnes physiques ou morales de droit privé de nationalité ivoi-
rienne. Toutefois, il y’a lieu de préciser que les étrangers qui détiennent des droits de propriété ne sont
pas visés par la loi, mais ce droit est personnel, par conséquent l’on peut céder, ni transmettre à ces
héritiers. Ces derniers ont un délai de 3 ans pour céder à des personnes de nationalité ivoirienne ou à
l’Etat. L’Etat doit leur accorder une faveur sous forme de bail emphytéotique.
NB : le coup d’Etat et les différentes crises n’ont pas permis la mise en œuvre de la loi, c’est pourquoi
ce délai a été retenu pour 10 encore.
31
3EME PARTIE :
L’expropriation fait partie des modes de cession forcée des biens que sont : la confiscation, la réquisi-
tion, la nationalité et la préemption.
32
CHAPITRE I : LES CONDITIONS GENERALES DE
L’EXPROPRIATION
Section 1 : Objet de l’expropriation
L’expropriation a pour objet de réaliser un transfert forcé de la propriété d’un immeuble bâti ou non
bâti. L’immeuble pourra âtre exproprié en tout ou partie. Seuls les immeubles faisant l’objet d’un titre
légal de propriété peuvent être expropriés, ce qui vient à dire que la provocation ou la fin des occupa-
tions ne peuvent faire l’objet d’expropriation.
Les immeubles peuvent l’objet d’expropriation lorsqu’ils appartiennent à des personnes privés ou à
des personnes publiques en ce qui concerne leur domaine privé, ce qui exclut les locaux des ambas-
sades et délégation étrangère en vertu des privilèges et immunités diplomatiques.
En principe, les meubles ne peuvent faire l’objet d’expropriation, à ce niveau la technique de la réqui-
sition est appropriée sauf exception. Par en France une loi permet d’expropriée des brevets d’invention
intéressant la défense nationale.
Cette notion d’utilité publique a été substituée à la notion de nécessité publique considérée comme
plus restrictive.
L’utilité publique concerne notamment des opérations relatives aux voies de communication, de cons-
truction de logement, opérations d’urbanisme, réserves foncières, protection de l’environnement, etc.
…
Cette liste n’est pas exhaustive car la jurisprudence peut étendre le champ de la notion d’utilité pu-
blique. En droit ivoirien, cette notion recouvre un large champ, par exemple construction de routes,
chemins de fer, ponts, travaux militaires, aménagements concernant les forêts, protection des sites ou
monuments historique, aménagements des fausses hydrauliques ou distribution d’énergies, travaux
d’assainissement, d’irrigation, de dessèchement.
Le juge procède d’abord à un contrôle formel dit contrôle in abstracto. Le juge français procède ainsi
à un contrôle théorique c'est-à-dire un contrôle de la légalité des expropriations. Le juge se content ici
de vérifier si formellement l’administration a agi dans un but d’intérêt général. Si l’expropriation est
fondée sur une loi, le juge se contente de vérifier si l’expropriation a obéit aux termes de la loi, il ne
prend pas en compte le contexte de l’expropriation, ni les inconvénients du projet. Dans ce cas, il est
difficile d’avoir gain de cause en cas de recours. La seule solution est la sanction pour détournement
de pouvoir, ce qui est difficile à prouver.
33
La jurisprudence par la suite a opéré un revirement afin de procéder à un contrôle matériel ou in con-
creto, CE 28 mai 1971, ville nouvelle est.
A ce niveau citons la citation du commissaire du gouvernement Braibant « le plus important de ce qui
au cours des temps ont été rendus en matière d’expropriation et il est aussi une des plus remarquables
parmi les arrêts concernant les conditions de légalité en général de l’action administrative ».
Dans cette affaire, le conseil d’Etat procède à un examen des avantages et des inconvénients de l’opé-
ration en ces termes « une opération ne peut être légalement déclaré d’utilité publique que si les at-
teintes à la propriété privée, le cout financier et essentiellement les inconvénients d’ordre social qu’elle
comporte ne sont pas excessifs eu égard à l’intérêt qu’elle présente ». Ainsi le conseil d’Etat se con-
forme à la théorie du bilan. La conséquence s’est que l’administration n’a plus la liberté d’appréciation
comme auparavant.
C’est un droit régalien réservé à l’Etat. Certes il existe plusieurs titulaires qui peuvent demander l’ex-
propriation. Il appartient seul à l’Etat qui engage la procédure, CE 4 juin 1954, commune de Thé-
louane.
Les titulaires du pouvoir d’exproprié, ceux qui peuvent prendre l’initiative sont considérés comme les
expropriants. Ce droit est reconnu à toutes les personnes publiques. Le droit reconnu aux personnes
privées est prévu par les textes spéciaux
En général, l’expropriant est le bénéficiaire, mais ce n’est pas toujours le cas, car il est admis qu’un
expropriant puisse céder le bien à un tiers qui n’a pas la qualité d’expropriant mais dont l’activité est
marquée par l’intérêt général ; CE 20 décembre 1935, établissement Veriaz.
34
CHAPITRE II : LA PROCEDURE NORMALE
D’EXPROPRIATION
Section 1 : La phase administrative
L’expropriation peut trouver son fondement soit dans une loi, soit dans un acte règlementaire. La liste
des opérations est classée à l’article 3 du décret du 26 novembre 1930.
NB : parfois l’acte autorisant les travaux se confond avec l’acte déclarant l’utilité publique.
La déclaration d’utilité publique est l’acte essentiel de la procédure. Pas de déclaration d’utilité pu-
blique, pas d’expropriation ; le juge exerce son contrôle sur cette déclaration.
Après cette déclaration les particuliers qui se sentent lésés peuvent obtenir l’annulation de l’acte dans
les délais du recours contentieux.
Dans la pratique, l’annulation de déclaration intervient après le transfert de propriété ou la fin des
travaux. Dans ce cas, la collectivité publique bénéficiaire sera considérée comme ayant réalisé une
emprise irrégulière sur une propriété privée. Par conséquent, l’ex propriétaire peut demander la rétro-
cession du bien.
Pour éviter cette situation, il est recommandé à la personne privée lésée d’accompagnée son recours
en annulation pour excès de pouvoir d’une demande de sursis à exécution afin d’éviter les situations
irréversibles.
Elle est exigée par le décret du 20 novembre 1930, en France elle est préalable de la déclaration d’utilité
publique, mais en Côte d’Ivoire elle vient après la déclaration d’utilité publique.
L’enquête vise à informer les administrés et les éventuels expropriés afin de recueillir leur avis. Le
projet des travaux et les plans indiquant les propriétés atteintes sont déposés à la mairie ou à la sous-
préfecture. L’avis de ce dépôt est affiché aux endroits d’affichage habituels. Les particuliers ont un
délai d’un mois pour présenter leurs opinions. Ce délai peut être réduit à 8 jours en cas d’urgence.
Il a pour objet d’identifié les immeubles concernés par l’expropriation. L’acte de cessibilité doit inter-
venir au plus tard 1 an après l’acte déclarant l’utilité publique. A défaut l’administration est censée y
avoir renoncée.
L’arrêté de cessibilité doit être inscrit au journal officiel. L’acte doit être notifié aux propriétés occu-
pants et usagers des immeubles. A partir de cet instant, les intéressés ont un délai de 2 mois pour faire
leurs observations. Passé ce délai, les intéressés identifiés par l’arrêté peuvent décider de faire la ces-
sion amiable du bien. A cet effet, ils doivent comparaitre devant une commission administrative de 3
membres pour tenter de s’entendre à l’amiable avec l’expropriant sur le montant de l’indemnité.
35
NB : l’arrêté de cessibilité produit un certain nombre d’effet même s’il ne porte pas cession du bien.
D’abord il y’a des mesures de sauvegarde, dans le délai d’un an à partir de l’arrêté de cessibilité,
aucune construction ne peut être élevé, aucune plantation ou amélioration ne peuvent être effectués sur
les terrains situés dans une zone fixée par l’acte sans autorisation et ce pour éviter les spéculations et
les travaux dans le souci d’obtenir une indemnité plus importante.
L’arrêté de cessibilité étant un acte administratif peut être attaqué pour recours pour excès de pouvoir
ce qui a pour effet de faire annuler la déclaration d’utilité publique même si cela n’a pas été fait dans
le délai.
Il appartient au juge de se prononcer sur le transfert de propriété. Il lui appartient également de fixer
le montant des indemnités d’expropriation à défaut d’accord à l’amiable.
A- Le transfert de propriété
Le juge est considéré comme gardien des libertés individuelles et de la propriété privée. Il opère un
contrôle restreint en vérifiant la matérialité des formalités et tous les de la procédure administrative.
Par contre, il ne contrôle pas la légalité, ni l’opportunité.
L’effet du jugement réside dans le fait qu’il opère un transfert de propriété et l’extension des droits
réels détenus par les particuliers. Mais avant le transfert, il est jugé le paiement d’indemnités.
A défaut d’accord à l’amiable, c’est le juge qui fixe l’indemnité, cf. cour suprême chambre admi-
nistrative, 27 février 1974 ; Razakou Emmanuel.
Dans tous les cas, l’accord à l’amiable va s’appuyer sur certains éléments objectifs :
La valeur de l’immeuble à la date du jugement d’expropriation ;
La plus-value ou la moins-value qui résulte pour la partie de l’immeuble non expropriée ;
L’indemnité ne doit prendre que le dommage actuel et certain directement causé par l’expro-
priation ;
Le recours à l’expertise lorsqu’une partie le demande.
36
Paragraphe 1 : La réquisition d’emprise totale
C’est la possibilité reconnue aux propriétaires du bâtiment exproprié d’exiger l’acquisition totale du
bâtiment. A cet effet, il doit adresser une demande au président du tribunal concerné.
Paragraphe 2 : La rétrocession
C’est la possibilité reconnue à l’ancien propriétaire de faire constater que le bien exproprié n’a pas
reçu ou à cesser de recevoir la destination prévue par la déclaration d’utilité publique et de ce fait
réclame le retour du bien. A défaut d’accord à l’amiable cela est de la compétence du juge.
Les travaux d’utilité publique causent des troubles aux riverains. Mais parfois, ils peuvent entrainer
une augmentation substantielle des propriétés riveraines. L’administration est alors en droit de récu-
pérer une partie de celle-ci. Cette indemnité ne peut être supérieure à la moitié des avantages par ces
propriétés.
Les particuliers peuvent délaisser tout ou partie de leurs propriétés à l’administration plutôt que de
payer une indemnité. Si le particulier ne veut pas payer et ne veut délaisser, l’administration est en
droit d’exproprié.
NB : à côté de la procédure normale, il existe une procédure exceptionnelle d’expropriation. Cela est
justifié par l’urgence. En effet la procédure normale entraine des opérations non seulement contentes,
difficiles et lente et qui peuvent gêner certaines situations telles que les travaux militaires ou d’assai-
nissement.
Cette procédure ne peut s’appliquer que des terrains non bâtis ou des bâtiments en bois ou matériaux
précaires. Pour cela, l’administration doit déclarer l’urgence en même temps que l’utilité publique. A
la suite de cela, les intéressés sont assignés en référé devant le président du tribunal, il déclare la somme
voulue. Il revient au tribunal à la lumière des deux propositions de fixer l’indemnité. Ensuite le tribunal
ordonne la consignation de cette somme et prolonge l’expropriation, avec transfert immédiat de la
propriété. Les intéressés qui ne sont pas d’accord peuvent faire appel du jugement d’expropriation
dans les conditions de procédure normale ce qui est une garantie notable pour le propriétaire.
37
4EME PARTIE :
38
CHAPITRE I : LES AUTRES MODES DE CESSION
DES BIENS
A côté de l’expropriation pour cause d’utilité publique, il existe d’autres modes de cession forcée qu’on
retrouve dans la plupart des Etats dont la Côte D’Ivoire.
Section 1 : La confiscation
Elle apparait comme une sanction pénale. C’est la peine par laquelle, l’Etat acquiert de façon tout ou
partie des biens d’une personne. Par exemple en matière douanière tout fait de contrebande ou tout fait
d’importation ou d’exportation sans déclaration sont passibles de confiscation. Comme c’est une sanc-
tion, elle ne donne pas lieu à indemnisation
Section 2 : La préemption
Le droit de préemption est reconnu à l’administration. Il lui permet d’acquérir la propriété d’un bien
lors de son aliénation par préférence à tout autre acquéreur ; cela porte sur les immeubles ou meubles,
sur les objets culturels.
En matière fiscale, cela peut faire l’objet de sanction. Ainsi l’administration des impôts peut acquérir
un immeuble dont la valeur a été sous-estimée lors d’une mutation, c’est le droit de préemption fiscal.
De même, l’administration peut exercer ce droit au profit du trésor public lorsqu’un bien a été sous-
estimé lors d’une vente.
Section 3 : La réquisition
On distingue la réquisition militaire et la réquisition civile pour les besoins de la nature. Elle prévue
par la loi Nº63-04 du 17 janvier 1963 relative à l’utilisation des personnes en vue d’assurer la pro-
motion économique sociale de la nation.
La réquisition se présente comme le procédé qui permet à l’administration moyennant indemnisation
de contraindre des particuliers à lui accorder des services. Contrairement à l’expropriation, elle n’en-
traine pas transfert de propriété et elle est temporaire.
La réquisition peut donner lieu à des sanctions pénales en cas de refus.
Section 4 : La nationalisation
C’est le transfert de propriété d’une entreprise à l’administration sur une décision de celle-ci. Ce sont
des mesures souvent économiques et parfois dans un souci d’indépendance économique.
Outre l’expropriation et les modes classiques qui sont en vigueur dans la plupart des pays dont la Côte
D’Ivoire, il existe des modes spécifiques à certains domaines.
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CHAPITRE II : LES MODES DE CESSION FORCEE
SPECIFIQUEMENT IVOIRIEN
La loi Nº71-338 du 12 juillet 1971 relative à l’exploitation nationale des terrains urbains a été abro-
gée par la loi de 1998 sur le domaine foncier rural. Au contraire de la loi Nº71-338 du 12 juillet 1971
règlementant la mise en valeur des terrains urbains détenus en pleine propriété est toujours en vi-
gueur et régit l’expropriation pour insuffisance et défaut de mise en valeur.
Cette expropriation est différente de l’expropriation pour cause d’utilité publique et elle est considérée
comme une sanction contre le propriétaire défaillante.
Le champ d’application de cette sanction couvre tous les terrains urbains acquis en pleine propriété.
Cette procédure peut être déclenchée 5 ans après la délivrance du titre et résulte de l’absence de tous
investissements immobiliers ou de l’insuffisance de cet investissement.
Une fois ce fait reconnu, une commission présidée par un magistrat et comprenant 5 membres dont un
expert désigné par le propriétaire propose à ce dernier une indemnité qui ne doit correspondre ou rem-
boursement du prix versé lors de la cession à la propriété de ce terrain en plus des frais d’immatricu-
lation.
Cette commission est saisie par le ministre chargé de l’économie et des finances. Suite à la proposition
de la commission à défaut d’accord à l’amiable, le ministre de l’économie et des finances fixe le mon-
tant définitif de l’indemnité, s’ouvre alors une période de 3 mois pendant laquelle les titulaires de
terrains peuvent se faire connaitre et indemniser.
L’expropriation avec transfert de propriété est prononcée conjointement par le ministre de l’économie
et celui de l’urbanisme.
Comme on peut le remarquer, cette procédure est une arme redoutable à la disposition de l’adminis-
tration et qui permet de lutter contre les spéculations et les stérilisations des terres.
C’est un procédé administratif de libération des terrains coutumiers. Cette mesure n’est pas à confondre
avec le déguerpissement des occupants sans titre du domaine public. La purge des droits coutumiers
s’exercent sur ce terrain que l’administration reconnait comme terrain coutumier.
La purge vise à l’extinction des droits sur le sol, les terres détenues coutumièrement moyennant le
versement d’une indemnité compensatrice par l’Etat. Cette purge n’opère pas un transfert de propriété
comme l’expropriation
Cette purge ne peut être opérée que par l’Etat pour son propre compte ou celui des collectivités terri-
toriales. La procédure est purement administrative, elle est faite par une commission composée des
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représentants des différentes administrations concernées. Elle a pour mission d’identifier les terres
concernées et leurs détenteurs et de déterminer le montant des indemnités à allouer.
Cette détermination est souvent difficile à faire compte tenu des différentes revendications multiples
des différents acteurs parfois on tient compte de certains éléments dans la compensation financière tels
que la destruction des cultures. Les indemnités sont attribuées sous la barre de barème d’indemnité
fixé par le ministre de l’agriculture.
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