Introduction à la théorie des groupes
Introduction à la théorie des groupes
Université de Rennes 1
Institut Mathématique
Cours B03, Avril 2006
Première description On s’imagine une horloge avec une aiguille, qui peut
prendre 12 positions possibles (pas de positions intermédiaires). On appelle
les 12 positions 0, 1, 2, . . . , 11. Sur l’ensemble des positions je peux définir une
addition, par ex., 2 + 3 = 5, 3 + 2 = 5, 5 + 7 = 0, 9 + 5 = 2, 1 − 8 = 5. Une
façon de faciliter les calculs dans cet objet est de légaliser les symboles 14, 25, −9
etc, sous-entendant que . . . = −9 = 3 = 15 = 27 = . . .. Donc, par exemple,
9 + 5 = 14 = 2, 1 − 8 = −7 = 5.
Idée: on calcule comme dans Z, sauf on regarde tout qu’à multiples de 12 près.
1
C x3 x2
4
x
x = x13
5
x
x6 1 = x12
x11
2 Le groupe symétrique Sn (n ∈ N)
Ceci est notre premier exemple d’un groupe non-commutatif. On rappelle qu’il
y a n! bijections {1, . . . , n} → {1, . . . , n}. Autrement dit, il y a n! permutations
de l’ensemble {1, . . . , n}.
Exemple Si σ = 13 22 34 41 et τ = 12 21 34 43 , alors τ ◦ σ = 14 21 33 42 et σ ◦ τ =
1 2 3 4
2 3 1 4 .
2
1 2 3 4 τ ◦σ : σ◦τ :
σ: 1 2 3 4 1 2 3 4
1 2 3 4 miroir
1 2 3 4
σ −1 :
1 2 3 4 1 2 3 4 1 2 3 4
On s’intéresse aux groupes pas seulement parce qu’on adore l’algèbre, mais aussi
parce que les groupes apparaı̂ssent souvent très naturellement comme l’ensemble
de toutes les symétries d’un objet donné. On va regarder quelques exemples.
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dans les 5 axes de symétrie. Les règles de multiplication sont un peu compliqués
dans cet exemple – on peut néanmoins observer que le produit de deux réflexions
est toujours une rotation.
Plus généralement, le groupe de symétries d’un n-gone régulier (si n est impair)
a exactement 2n éléments. Ce groupe s’appelle le groupe dihédral D2n .
r
Exemple Le symbole (je m’excuse pour la ressemblance avec la croix
r
gammée, qui est en effet le seul symbole bien-connu ayant le groupe de symétrie
que je veux). Son groupe de symétrie a, lui aussi, quatre éléments, à savoir les
rotations t0 = id, tπ/2 , tπ , t3π/2 .
r
Comparons les groupes de symétrie de la lettre Φ et de . On s’aperçoit
r
intuitivement que leur symétries sont de nature très différentes, bien qu’il y en
aie quatre dans les deux cas. En va rendre cette intuition exacte bientôt.
Exercice Se convaincre que (Z, +), (Z2 , +), (R, +), (R∗ , ·) sont des groupes.
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Définition Un sous-ensemble S d’un groupe G engendre le groupe G si tout
élément de G s’écrit comme produit d’éléments de S.
(Ici, g n note le produit avec n facteurs g · g · . . . · g.) Attention, l’ordre peut être
un entier positif ou égal à +∞.
Remarque L’ordre d’un élément n’a rien a voir avec les ordres partielles ou
totaux sur un ensemble qu’on a vus précédemment dans le cours. On utilise,
malheureusement, le même mot pour deux choses complètement différentes.
Exemples (a) Dans (Z, +), l’ensemble {1} engendre le groupe. De même,
{−1} engendre le groupe. Aucun autre élément peut, lui seul, engendrer le
groupe.
(b) Le groupe cyclique (Z/15Z, +) n’est pas engendre par {6}, car les seuls
multiples de 6 sont
6, 6 + 6 = 12, 6 + 6 + 6 = 18 = 3, 6 + 6 + 6 + 6 = 9, et 6 + 6 + 6 + 6 + 6 = 0.
Exercice facile : vérifier à la main que, par contre, 8 engendre le groupe Z/15Z.
(d) Dans le groupe des symétries de la lettre Φ, l’identité est d’ordre 1, et les
trois autres éléments
r sont d’ordre 2 (vérifiez !). Par contre, dans le groupe des
r
symétries de , l’élément tπ/2 est d’ordre 4. Donc, effectivement, Φ et
r
5
5 Groupes de permutations (suite)
Observation L’ordre d’un k-cycle est k (d’où le nom !). Par exemple,
On peut simplifier encore plus cette notation : les 1-cycles peuvent être sup-
primés de la notation, et on écrit simplement (1 5 7 6)(3 8 4). Dans cette écriture
il est sous-entendu que les σ(2) = 2 et σ(9) = 9. Donc σ est un produit d’un
4-cycle et d’un 3-cycle disjoint. Une image assez intuitive est dans la figure 3.
5
8
2 9
7 1
4 3
6
1 2 3 4 5 6 7 8 9
Figure 3: La permutation σ = 5 2 8 3 7 1 6 4 9
Quelle est l’ordre de σ ? Réponse : ord(σ) est le plus petit k ∈ N tel que
(1 5 7 6)k = id et (3 8 4)k = id. Donc, k est le plus petit entier qui est un
multiple de 4 et de 3, c.à.d., k = ppcm(3, 4) = 12.
Plus généralement, on a
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Notation Un 2-cycle dans Sn s’appelle aussi une transposition – donc, une
transposition est une permutation qui échange deux éléments de {1, . . . , n}, et
laisse tous les autres éléments fixes. Par exemple, l’élément (3 7) ∈ S8 est une
transposition.
(12)
(23)
(56)
(34)
(45)
(34)
(56)
(23)
(34)
1 2 3 4 5 6
Figure 4: Pour trouver une écriture d’une permutation comme produit de trans-
positions (et mieux encore, de transpositions “adjacentes”): (3 1 6 2 4) =
(3 4)(2 3)(5 6)(3 4)(4 5)(3 4)(5 6)(2 3)(1 2)(2 3)
Définition Soit σ ∈ Sn une permutation. On dit que σ est paire si, dans
une écriture de σ comme produit de transpositions, il y a un nombre pair de
facteurs. On dit que σ est impaire si, dans une écriture de σ comme produit de
transpositions, il y a un nombre impair de facteurs.
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Proposition La définition précédente est raisonnable : si σ a une écriture
comme un produit de k transpositions, où k est pair, alors toute autre écriture
comme un produit de transpositions a aussi un nombre pair de facteurs. De
même dans le cas k impair.
Démonstration admise.