3/4/2014 Turf Innovation
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3/4/2014 Parution hebdomadaire [Link].84 contact@[Link]
TURF
OURASI, LE SHOW CONTINUE
Légende. Mort en janvier, le crack est l'objet d'un culte étonnant.
...il a continué Il est mort en janvier dernier. Il n'avait
de tenir son pas couru depuis 20 ans.
Pourtant, à la gare de Bayeux, indiquez
rang, au chauffeur de taxi la direction du
haras de Gruchy et il vous répondra
d'entretenir sa encore : « On va chez Ourasi ? ». 70
pur-sang sont pensionnaires à Gruchy,
propre légende, mais c'est encore chez « lui »,
seulement chez lui. Il est là, au fond du
longtemps, haras, sous le terre encore fraîche et
légèrement bombée, enterré devant son
longtemps, paddock tristement déserté.
monticule est couvert de fleurs. Des
Le
après avoir roses, des pensées, des jonquilles
qu'on a fait envoyer des quatre coins de
quitté le la France. Annie, qui a choyé le vieux
cheval ses 10 dernières années et l'a
circuit... veillé durant son ultime nuit, revient au
haras chaque matin, tant pis s'il n'est
plus là, et balance au bout de son bras
un sac plein de lettres de condoléances. Tous les jours, assure-t-elle, des gens l'appellent et pleurent
de concert avec elle le décès du cheval du siècle.
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Plus encore que les 58 courses qu'il a remportées, plus encore que les 4 prix d'Amérique qu'il est le
seul cheval au monde à avoir gagnés, plus encore que les millions les trophées, le plus grand exploit
d'Ourasi est peut-être ceciRemonter
: Quand tant de cracks de la piste s'éteignent épuisés, finissent au milieu
oubliés, au pis débités sur un étal de boucherie, lui a continué de tenir son rang, d'entretenir sa propre
légende, longtemps, longtemps, après avoir quitté le circuit. Et ce n'est pas fini. Depuis sa mort, une
pétition circule pour qu'une statue de lui soit dressée à Vincennes. Une statue ! Et il y aura bientôt, à
Gruchy, sur ce monceau de terre dont il est recouvert, une stèle érigée à son nom. « Gruchy va
devenir un lieu de pèlerinage », dit Annie. Il n'est plus là, mais on l'imagine bien, le drôle, découvrant
ses longues dents, souriant d'outre tombe : Oh le joli triomphe…
Caractériel.
Pourtant, en 1998, lorsqu'Ourasi tout jeune retraité devient pensionnaire à Gruchy, le directeur du
haras, Pierre Lamy, redoute une catastrophe. Le cheval à une réputation de caractériel et il vaut
encore de l'or : La responsabilité est écrasante. Et puis on l'a acclamé toute sa vie, il est accoutumé
aux foules, aux flashs, il a toujours adorait ça. Ici, loin du monde, sans défi, sans applaudissements,
que va-t-il devenir ? « On voyait bien qu'il déprimait déjà, il était impossible, raconte Lamy. Alors, pour
l'apprivoiser, pour ne pas qu'il dépérisse, on a continué de le traiter comme une star. » Ourasi a le
meilleur box, un paddock pour lui tout seul. « De toute façon, un autre cheval, pour lui, c'était un
adversaire. Il l'aurait tué », dit Lamy. En course, on l'a souvent raconté, le crack, n'était pas un
gagneur, mais il détestait perdre, et se mettait soudain à accélérer, c'était mû seulement par rage
qu'un autre soi devant lui. Qu'importent les ordres et les frissons du driver sur son dos, qu'importent
les angoisses des turfistes qui n'étaient sûrs de rien, et tant mieux pour le spectacle : Cet instant
extraordinaire, était connu de lui seul : « Ce n'était pas l'homme, c'était lui qui commandait, lui qui
décidait quand enfin il démarrerait », raconte en riant Marcel Gougeon, le driver de la star à son
dernier prix d'Amérique. A Gruchy, tout retraité qu'il est, ce sera finalement la même histoire. On ne
ramène pas Ourasi à son box, c'est Ourasi qui décide de l'instant précis où il rentrera. « Jusqu'au
bout, alors qu'il était un vieillard, il continuait à nous montrer qu'il avait le dessus, dit Lamy. Quitte à
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bout, alors qu'il était un vieillard, il continuait à nous montrer qu'il avait le dessus, dit Lamy. Quitte à
s'arrêter juste devant son box, à nous faire lanterner un peu, et à rentrer enfin quant il l'avait décidé
lui. » C'est un jaloux, qui n'admet pas qu'on flatte les flancs d'un autre animal avant lui. Et c'est un
colérique. Joël Tourneux, son maréchal-ferrant, garde en mémoire du roi, 25 points de suture sur le
crâne et pleure tout de même sa mort. « Il a fondu sur moi et m'a arraché l'oreille, raconte-t-il. Mais je
ne lui en veux pas ». Et puis au haras flotte encore, alors que le fougueux est mort et enterré, le
souvenir ancien et terrible des séances de monte d'Ourasi. Au début de sa retraite, on pense encore
qu'il fera un bon étalon et l'enjeu financier, bien sûr, c'est énorme. Las. Dans le dos d'une jument, le
cheval devient littéralement fou. « Je n'avais jamais vu ça, et je ne l'ai jamais revu depuis, raconte
Lamy. Il était d'une violence incroyable avec les femelles, il leur arrachait la crinière, il était
impossible de réaliser la monte dans les règles. Le préparer, le faire attendre un peu comme on fait
d'ordinaire : inenvisageable. Il se jetait sur elles et manquait de nous tuer tous ». Ourasi est viril, mais
hélas peu fertile. Alors pour décupler les chances, le vétérinaire ordonne que la monte ait lieu aux
nuits de pleine lune. Et Lamy rit encore de ces réveils nocturnes, 2 hommes escortant le cheval sous
les rayons blanchâtres, tremblant de la petite apocalypse qui les attend tous, hommes et juments,
lorsque Ourasi sera mis en présence de la pauvre femelle. « Quand on a arrêté la monte, tout le
monde a poussé d'immenses soupirs de soulagement », dit-il.
Linceul.
Longtemps, le lieu de retraite de l'ancien champion est gardé secret. Mais, en 2004, quelqu'un vend la
mèche et les curieux affluent. « 1000 à 2000 personne par an, de tous les âges, de tous les pays, et
pas seulement des turfistes », raconte Annie, qui organise bénévolement les visites et qui fait quant à
elle chaque jour, à vélo ou à pied, peu importe qu'il vente ou qu'il neige, les 16 km qui la séparent de
son protégér. « Il avait une telle présence, devant lui tout le monde se mettait à pleurer. Et il n'était
jamais tant heureux que lorsqu'il posait sous les flashs, au milieu des admirateurs ». C'est elle qui le
7 avril, organise l'anniversaire du cheval… Gâteau de pommes et de carottes pour lui et champagne
pour les invités, parfois prés de 300 car la plupart de ceux qui l'ont bien connu sont restés fidèles,
drivers, lads, maréchal-ferrant, et toujours son plus ancien supporter, Gérard Fortier, qui écrase
aujourd'hui une larme devant le box vide. « Quelques jours avant sa mort, il est venu poser sa tête sur
mon épaule. C'était une accolade pour me dire au revoir ». Si l'homme n'avait pas tant de peine, on
rirait volontiers un peu de cette adulation. On aurait sans doute tort. Aussi rationnel soit-il, l'écrivain
Etienne de Monpezat, qui vient de consacrer un livre à Ourasi, confirme le trouble ressenti en
présence de l'étrange champion. « Croyez-moi, il était réellement d'une grande intelligence, ce cheval,
c'était plus qu'un animal », dit-il. Les derniers jours, Ourasi mourant, sans appétit, ne mangeait plus. «
Sauf lorsque des étrangers, comme mon époux, dont il était d'ailleurs très jaloux, venaient l'observer,
raconte Annie. Alors pour la galerie, comme pour garder sa dignité, il faisait semblant de se porter
comme un charme, puis recrachait, en secret, ce qu'il avait fait mine d'avaler ».
Avant de le faire rouler en terre, on l'a entouré d'un linceul à ses couleurs, bleu et jaune. Et au moment
de mourir, juste avant de s'endormir, il a dans le soleil du petit matin poussé encore un bel
hennissement le dernier, triomphant. Jusqu'au bout, entretenir sa propre légende.
PALMARES
7avril 1980 : Naissance d'Ourasi
30 octobre 1982 : 1ère course officielle (hippodrome de Caen)
1986 : 1ère victoire au Prix d'Amérique
1987 : 2ème victoire
1988 : 3ème victoire
1999 : 4ème victoire
Retraite à Gruchy
12 janvier 2013 : Mort d'Ourasi.
Sur 85 courses disputées, Ourasi en a remporté 58
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