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LES FACTEURS MOTIVANT LE CHOIX DES TRADIPRATICIENS
PAR LES TRAUMATISES PHYSIQUES : UNE ÉTUDE SUR LA
PROXIMITE CULTURELLE, LA CONFIANCE ET LE COUT AU
BURKINA FASO
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SOMMAIRE
RÉSUMÉ....................................................................................................................................3
SUMMARY................................................................................................................................4
I. INTRODUCTION...........................................................................................................5
Questions de recherche et hypothèses :...................................................................................9
Hypothèses:.............................................................................................................................9
II. MATÉRIEL ET MÉTHODES........................................................................................9
II.1. Site de l’étude.................................................................................................................9
II.2. Méthodologie...................................................................................................................9
II.3. Type d’étude...................................................................................................................9
III. CADRE CONCEPTUEL..............................................................................................10
III.1. Concept d’itinéraire thérapeutique...............................................................................10
III.2. Vers une autonomisation du malade/patient................................................................10
III.3. Concept d’automédication............................................................................................11
III.4. Principaux facteurs explicatifs du recours à l’automédication........................................................11
IV. PRINCIPAUX RESULTATS DE LA RECHERCHE.................................................13
IV.1. Influence de la Proximité Culturelle............................................................................13
IV.2. Importance de la Confiance.........................................................................................13
IV.3. Impact du Coût des Soins.............................................................................................14
IV.4. Expériences et Perceptions des Patients.......................................................................14
V. DISCUSSION DES PRINCIPAUX RESULTATS.......................................................14
VI. CONCLUSION..............................................................................................................16
VII. LIMITES DE L’ÉTUDE................................................................................................17
VIII. REMERCIEMENTS......................................................................................................17
IX. CONTRIBUTIONS DES AUTEURS...........................................................................17
X. CONFLITS D’INTÉRÊTS............................................................................................17
XI. REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES.......................................................................18
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RÉSUMÉ
Au Burkina Faso, comme dans de nombreux pays d'Afrique subsaharienne, les tradipraticiens
jouent un rôle crucial dans le système de santé. Ces praticiens traditionnels, qui utilisent des
connaissances ancestrales à base de plantes médicinales et de pratiques culturelles, sont
souvent sollicités par la population pour divers soins, y compris le traitement des
traumatismes physiques.
L’objectif de cette étude est d’examiner les raisons pour lesquelles les traumatisés physiques
au Burkina Faso préfèrent consulter des tradipraticiens plutôt que des médecins modernes, en
mettant en évidence l'importance de la proximité culturelle, de la confiance et du coût dans ce
choix.
Pour atteindre ces objectifs, notre étude utilise une méthode qualitative pour nous permettre
de fournir une compréhension exhaustive des motivations des patients traumatisés physiques
au Burkina Faso et de formuler des recommandations pertinentes pour améliorer les soins de
santé dans ce contexte.
Comme résultats, au Burkina Faso, les traumatisés physiques préfèrent souvent consulter des
tradipraticiens plutôt que des médecins modernes en raison de plusieurs facteurs
interconnectés. La proximité culturelle a un rôle central pour ces patients, car les
tradipraticiens partagent la langue, les croyances et les pratiques des patients, créant ainsi un
environnement de soins plus compréhensif et confortable. La confiance en ces guérisseurs
traditionnels est également cruciale, fondée sur des expériences personnelles positives et des
recommandations de la communauté, renforçant leur crédibilité et leur légitimité. Enfin, le
coût des services offerts par les tradipraticiens est généralement plus abordable et flexible, ce
qui est essentiel dans un contexte où les ressources économiques sont limitées et où les soins
modernes sont prohibitifs. Cette combinaison de facteurs rend les tradipraticiens une option
plus accessible et attrayante pour les patients, malgré les efforts pour moderniser le système
de santé.
Comme conclusion, cette étude a mis en lumière les facteurs déterminants qui influencent le
choix des tradipraticiens par les traumatisés physiques au Burkina Faso, en se concentrant sur
la proximité culturelle, la confiance et le coût des soins. Il est clair que la proximité culturelle
joue un rôle crucial, permettant une meilleure communication et une compréhension mutuelle
entre les patients et les tradipraticiens.
Mots clés : proximité Culturelle, confiance, coût, tradipraticiens, traumatisés physiques,
Burkina Faso
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SUMMARY
In Burkina Faso, as in many sub-Saharan African countries, traditional practitioners play a
crucial role in the health system. These traditional practitioners, who use ancestral knowledge
based on medicinal plants and cultural practices, are often called upon by the population for
various treatments, including the treatment of physical trauma.
The objective of this study is to examine the reasons why physically traumatized people in
Burkina Faso prefer to consult traditional practitioners rather than modern doctors,
highlighting the importance of cultural proximity, trust and cost in this choice.
To achieve these objectives, our study uses a qualitative method to allow us to provide a
comprehensive understanding of the motivations of physically traumatized patients in Burkina
Faso and to formulate relevant recommendations to improve health care in this context.
As a result, in Burkina Faso, physically traumatized people often prefer to consult traditional
practitioners rather than modern doctors due to several interconnected factors. Cultural
proximity has a central role for these patients, as traditional practitioners share the patients'
language, beliefs and practices, creating a more understanding and comfortable care
environment. Trust in these traditional healers is also crucial, based on positive personal
experiences and community recommendations, strengthening their credibility and legitimacy.
Finally, the cost of services offered by traditional practitioners is generally more affordable
and flexible, which is essential in a context where economic resources are limited and modern
care is prohibitive. This combination of factors makes traditional practitioners a more
accessible and attractive option for patients, despite efforts to modernize the health system.
As a conclusion, this study highlighted the determining factors that influence the choice of
traditional practitioners by physically traumatized people in Burkina Faso, focusing on
cultural proximity, trust and the cost of care. It is clear that cultural proximity plays a crucial
role, allowing better communication and mutual understanding between patients and
traditional practitioners.
Keywords: cultural proximity, trust, cost, traditional healers, physically traumatized,
Burkina Faso
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I. INTRODUCTION
Au Burkina Faso, comme dans de nombreux pays d'Afrique subsaharienne, les tradipraticiens
jouent un rôle crucial dans le système de santé. Ces praticiens traditionnels, qui utilisent des
connaissances ancestrales à base de plantes médicinales et de pratiques culturelles, sont
souvent sollicités par la population pour divers soins, y compris le traitement des
traumatismes physiques. Ce recours aux soins traditionnels est influencé par plusieurs
facteurs, dont la proximité culturelle, la confiance et le coût. Malgré les efforts du
gouvernement pour intégrer les services de santé modernes, une grande partie de la population
continue de préférer les tradipraticiens, surtout dans les zones rurales où l'accès aux services
de santé modernes est limité (Mull, (1988). ).
La proximité culturelle est un facteur déterminant dans le choix des tradipraticiens. Les
tradipraticiens partagent souvent la même langue, les mêmes croyances et les mêmes
pratiques culturelles que leurs patients. Cette familiarité culturelle crée un sentiment de
confort et de compréhension mutuelle, essentiel pour les patients qui peuvent se sentir
incompris ou marginalisés dans les structures de santé modernes. De plus, les pratiques de
guérison traditionnelles sont profondément enracinées dans les traditions et les rituels locaux,
renforçant le sentiment d'appartenance et d'identité culturelle chez les patients (Green,
(1999)).
La confiance est un autre facteur clé dans le choix des tradipraticiens. Les relations de
confiance entre les tradipraticiens et les patients sont souvent basées sur des expériences
personnelles ou des témoignages de membres de la communauté. Les tradipraticiens sont
perçus comme des membres respectés et intégrés de la communauté, ce qui renforce la
crédibilité de leurs pratiques. De plus, la confidentialité et le lien personnel qu'ils établissent
avec leurs patients sont des éléments cruciaux qui favorisent cette confiance, en contraste
parfois avec les interactions impersonnelles dans les établissements de santé modernes
(UNAIDS., (2000). ).
Le coût des soins de santé a également un rôle important dans la décision de consulter un
tradipraticien. Les services des tradipraticiens sont souvent moins chers et plus flexibles en
termes de paiement comparés aux soins modernes, qui peuvent être inabordables pour une
grande partie de la population. Dans un contexte où l'assurance maladie est limitée et où les
revenus sont bas, les patients sont plus enclins à se tourner vers des solutions de soins plus
économiques. Les tradipraticiens offrent également des arrangements de paiement en nature
6
ou en plusieurs tranches, ce qui est plus adapté aux réalités économiques des patients
(Helman, (2007).).
Le choix des tradipraticiens par les traumatisés physiques au Burkina Faso est influencé par
une combinaison de proximité culturelle, de confiance et de coût. Ces facteurs interagissent
pour rendre les tradipraticiens une option plus accessible et attrayante pour de nombreux
patients. Pour améliorer l'efficacité globale du système de santé, il est crucial de reconnaître et
d'intégrer ces dimensions culturelles et économiques dans les politiques de santé publique.
Une meilleure compréhension de ces motivations peut également favoriser une collaboration
plus étroite entre les tradipraticiens et les professionnels de la santé modernes, contribuant
ainsi à une prise en charge plus holistique des patients (Organization., (2002). ).
En plus des facteurs culturels, de confiance et de coût, l'accessibilité géographique a aussi un
rôle essentiel dans le recours aux tradipraticiens. Les services de santé modernes sont souvent
concentrés dans les zones urbaines, rendant difficile l'accès aux soins pour les populations
rurales. En revanche, les tradipraticiens sont généralement présents dans les communautés
locales, offrant une solution de proximité immédiate. Cette proximité géographique réduit les
coûts et le temps de déplacement, rendant les tradipraticiens une option plus pratique pour les
habitants des régions éloignées. De plus, en cas d'urgence, cette accessibilité peut faire une
différence significative dans le traitement rapide des blessures (Murdock, (1980).).
La perception des soins modernes influence également le choix des tradipraticiens. Certaines
populations peuvent avoir des réserves ou des méfiances envers les établissements de santé
modernes en raison de mauvaises expériences passées, du manque de communication ou de la
perception de traitements impersonnels. De plus, les méthodes diagnostiques et thérapeutiques
modernes peuvent parfois sembler intimidantes ou incompréhensibles pour les patients non
familiarisés avec ces pratiques. En comparaison, les soins traditionnels sont perçus comme
étant plus naturels et moins invasifs, correspondant mieux aux attentes et aux croyances des
patients (Last, (1992)).
Les leaders communautaires, tels que les chefs traditionnels et les guérisseurs respectés,
jouent un rôle crucial dans la promotion des soins traditionnels. Leur influence oriente les
décisions des membres de la communauté en faveur des tradipraticiens. Ces leaders, souvent
considérés comme des gardiens des connaissances et des pratiques ancestrales, peuvent
renforcer la légitimité et la crédibilité des tradipraticiens. Leur soutien public et leur
recommandation des soins traditionnels rassurent également les patients quant à l'efficacité et
à la sécurité de ces pratiques (Sofowora, (1996)).
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Les politiques de santé publique au Burkina Faso commencent à reconnaître l'importance des
tradipraticiens et l'opportunité de les intégrer dans le système de santé formel. Des initiatives
visant à former et à réguler les tradipraticiens peuvent contribuer à améliorer la qualité et la
sécurité des soins offerts. L'intégration des tradipraticiens peut également favoriser une
approche de soins plus holistique, combinant les avantages des méthodes traditionnelles et
modernes. Cette collaboration pourrait renforcer la couverture sanitaire universelle et
améliorer l'accès aux soins pour les populations marginalisées, tout en respectant les
préférences et les croyances culturelles des patients (Foster, (1987).).
Le recours aux tradipraticiens par les traumatisés physiques au Burkina Faso soulève une
problématique complexe qui interpelle le système de santé du pays. Bien que ces praticiens
traditionnels soient profondément ancrés dans les pratiques culturelles locales, leur utilisation
en tant que première ligne de traitement pour les traumatismes physiques pose des défis
significatifs. Comprendre les motivations derrière ce choix est crucial pour élaborer des
stratégies de santé publique plus inclusives et efficaces. Les facteurs de proximité culturelle,
de confiance et de coût doivent être examinés en détail pour mieux appréhender cette
dynamique (Good, (1987).).
La proximité culturelle entre les tradipraticiens et les patients joue un rôle central dans le
choix de ces derniers. Les tradipraticiens partagent souvent la langue, les croyances et les
coutumes des patients, ce qui crée une acceptabilité et une compréhension mutuelles.
Cependant, cette proximité culturelle peut également conduire à une dépendance aux soins
traditionnels, même lorsque des alternatives modernes plus efficaces sont disponibles. La
problématique réside dans l'équilibre entre le respect des pratiques culturelles et la promotion
des soins de santé modernes pour assurer une prise en charge optimale des traumatismes
physiques (Mkize, (2003)).
La confiance envers les tradipraticiens est un autre facteur déterminant qui influence le choix
des patients. Les relations de confiance, basées sur des expériences personnelles ou
communautaires, rendent les tradipraticiens des figures de référence pour les soins. Toutefois,
cette confiance peut être mal placée si elle repose sur des méthodes non vérifiées
scientifiquement. La problématique se situe dans la nécessité de concilier cette confiance avec
l'exigence d'une médecine basée sur des preuves, afin de garantir des traitements efficaces et
sécurisés pour les patients traumatisés (King, (2000).).
Le coût des soins est un facteur majeur dans le choix des tradipraticiens. Les services des
tradipraticiens sont souvent plus abordables et flexibles en termes de paiement que les soins
modernes. Néanmoins, cette accessibilité économique peut masquer des risques liés à la
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qualité des soins reçus. La problématique ici est de trouver des solutions pour rendre les soins
modernes plus accessibles financièrement, tout en éduquant les patients sur les avantages et
les inconvénients des différents types de traitement. Cela nécessite une politique de santé qui
prenne en compte les contraintes économiques des patients tout en assurant des soins de
qualité (Azzali, 2018).
L'intégration des tradipraticiens dans le système de santé formel représente une voie
potentielle pour résoudre cette problématique. En formant et en réglementant ces praticiens, il
serait possible d'améliorer la qualité des soins traditionnels et de les rendre complémentaires
aux soins modernes. Cependant, cette intégration pose des défis en termes de réglementation,
de formation et de reconnaissance officielle des compétences des tradipraticiens. La
problématique consiste à développer des cadres de collaboration qui respectent les traditions
culturelles tout en assurant des standards de soins élevés pour les patients traumatisés
(Leonard, (2003).).
La problématique du choix des tradipraticiens par les traumatisés physiques au Burkina Faso
est multidimensionnelle, impliquant des aspects culturels, de confiance, de coût et
d'intégration des soins. Pour aborder cette question de manière efficace, il est essentiel de
comprendre les motivations des patients et de développer des stratégies de santé publique
inclusives. Cela inclut des campagnes de sensibilisation, des politiques de financement plus
accessibles pour les soins modernes et des initiatives visant à intégrer les tradipraticiens dans
le système de santé officiel. Seule une approche holistique permettra de répondre aux besoins
de la population tout en respectant ses traditions et ses réalités économiques (Kleinman,
(1980).).
L’objectif de cette étude est d’examiner les raisons pour lesquelles les traumatisés physiques
au Burkina Faso préfèrent consulter des tradipraticiens plutôt que des médecins modernes, en
mettant en évidence l'importance de la proximité culturelle, de la confiance et du coût dans ce
choix.
Spécifiquement, elle vise à :
Analyser l'influence de la proximité culturelle sur le choix des tradipraticiens
Évaluer l'importance de la confiance dans les tradipraticiens par rapport aux médecins
modernes
Étudier l'impact du coût des soins sur le choix des tradipraticiens
Explorer les expériences et perceptions des patients traumatisés physiques concernant
les soins traditionnels
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Questions de recherche et hypothèses :
Comment les valeurs et croyances culturelles influencent-elles le choix des
traumatisés physiques de consulter des tradipraticiens au Burkina Faso ?
Quels sont les niveaux de confiance des patients traumatisés physiques envers les
tradipraticiens par rapport aux médecins modernes ?
Comment les coûts des soins traditionnels se comparent-ils aux coûts des soins
modernes pour les patients traumatisés physiques ?
Quelles sont les expériences et perceptions des patients traumatisés physiques
concernant les soins traditionnels au Burkina Faso ?
Hypothèses:
Les valeurs et croyances culturelles des patients traumatisés physiques influencent
positivement leur choix de consulter des tradipraticiens.
Les patients traumatisés physiques ont un niveau de confiance plus élevé envers les
tradipraticiens qu’envers les médecins modernes.
Les soins traditionnels sont généralement moins coûteux que les soins modernes pour
les patients traumatisés physiques.
Les patients traumatisés physiques ont des expériences positives et perçoivent des
bénéfices significatifs des soins traditionnels.
II. MATÉRIEL ET MÉTHODES
II.1. Site de l’étude
Notre étude focalise son attention au sein Burkina Faso pour nous permettre d’examiner les
raisons pour lesquelles les traumatisés physiques préfèrent consulter des tradipraticiens plutôt
que des médecins modernes, en mettant en évidence l'importance de la proximité culturelle,
de la confiance et du coût dans ce choix.
II.2. Méthodologie
Pour atteindre ces objectifs, notre étude utilise une méthode qualitative pour nous permettre
de fournir une compréhension exhaustive des motivations des patients traumatisés physiques
au Burkina Faso et de formuler des recommandations pertinentes pour améliorer les soins de
santé dans ce contexte.
II.3. Type d’étude
Nous avons opté à un type d’étude qui aborde une approche rétrospective et transversale.
L'approche rétrospective nous permettra d'examiner l'évolution d'un phénomène au fil du
temps.
10
L'approche transversale nous permettra d'analyser le phénomène à un moment donné dans le
présent. En combinant une approche rétrospective et transversale, il nous sera possible de
comparer notre étude à différents moments dans le temps.
III. CADRE CONCEPTUEL
III.1. Concept d’itinéraire thérapeutique
D’après la littérature, en société contemporaine, la massification du recours aux thérapies
alternatives est à interroger au travers de l’analyse des itinéraires thérapeutiques des patients.
En ce XXIème siècle, la diversité des offres thérapeutiques est plus que jamais un fait avéré.
Celle-ci met en évidence une conjugaison systématique et récurrente des usages de la
médecine biomédicale et des médecines alternatives qui apparaissent comme des espaces où
les individus vont chercher ce qui ferait défaut dans la biomédecine : l’écoute, une autre place
que celle du « cas », ou de l’organe physique, une relation satisfaisante avec le soignant.
C’est ainsi que nombre d’auteurs ont porté leur attention sur les trajectoires thérapeutiques des
malades et particulièrement sur un pan de ces trajectoires, le recours à l’automédication. Dans
leur article intitulé : « Itinéraires thérapeutiques dans la société contemporaine », Marcellini et
al (2000) ont essayé de comprendre comment les individus, dans notre société moderne,
construisent leurs « itinéraires thérapeutiques » au sens où l’entend Janzen (1995), « les
parcours que suivent les malades ainsi que leurs familles et les choix thérapeutiques qui en
découlent ».
III.2. Vers une autonomisation du malade/patient
De plus en plus, dans les pays développés et dans une moindre mesure dans les pays en
développement, la responsabilisation du malade voire son autonomie dans la prise en charge
médicale est recherchée, prônée et pratiquée. L’intérêt porté à l’autonomisation du malade est
révélatrice de l’évolution au fil du temps, du concept de malade et particulièrement de la
relation médecin-malade par la transmission et la circulation des savoirs. Jusqu’au XIXème
siècle, la médecine se pratique principalement au domicile et au chevet du malade. Le
repérage des symptômes constitue la base du savoir et le malade est le principal informateur
des thérapeutes. C’est l’époque de la médecine orientée vers le malade. Ce terme,
étymologiquement, provient du latin male habitus signifiant « en mauvais état », ou désignant
« une altération de la personne ». Dans l’élan de la transformation de la pratique médicale en
médecine expérimentale, au cours du XIXème siècle, le concept de malade se dissipe
progressivement et laisse la place à celui de maladie qui fait l’objet d’une recherche
systématique. Le malade change alors de statut pour revêtir la position de patient. Cette
notion, issue du latin patiens (qui supporte, endure) et patior (souffrir, endurer, supporter) et
11
surtout de l’anglais patient, renvoie à l’idée de « personne qui suit un traitement médical » et
plus précisément à celle de dépendance vis-à-vis de l’institution biomédicale et du médecin.
L’automédication, signe de responsabilisation et d’autonomie du patient, traduit une expertise
qui dans la relation médecins-malades remet en cause les frontières de l’expertise médicale, et
valorise une expertise profane basée sur des savoirs « expérientiels ».
III.3. Concept d’automédication
Etymologiquement, l’« automédication » exprime un comportement individuel qui consiste à
se soigner soi-même. « C’est l’utilisation, sans avis médical direct, d’un médicament adapté
au traitement d’un trouble bénin »1. « C’est d’abord un comportement d’accès aux soins, et
non une classe de médicaments ». Pour l’OMS, « elle consiste pour une personne à choisir et
à utiliser un médicament pour une affection ou un symptôme qu’elle a elle-même identifié ».
Elle se traduit alors, par un autodiagnostic, qui mène à une autoprescription puis à une
autonomie d’achat ou le recours à l’armoire à pharmacie. A cet effet, on distingue deux
modalités d’automédication : (i) l’automédication « active » ou « direct » (l’individu fait son
autodiagnostic et prend la décision de se soigner lui-même), et (ii) l’automédication « passive
» ou « indirect », (l’individu subit la prise du médicament sous l’action ou l’influence d’un
tiers) ; c’est l’exemple des enfants.
III.4. Principaux facteurs explicatifs du recours à l’automédication
Malgré l’intérêt croissant de la recherche sur l’automédication, peu de connaissances sont
disponibles sur ses déterminants majeurs notamment dans les pays en développement. Les
études antérieures sur le sujet ont davantage été qualitatives que quantitatives et menées pour
la plupart dans les pays développés. Au Cameroun, c’est en 1980 dans la Région du Sud
qu’une étude sur l’automédication a été réalisée pour la première fois par Van Der Geest
(1987). Dans son article: « Self-care and the informal sale of drugs in south Cameroon », Van
Der Geest (1987) s’est attelé à décrire le contexte de l’automédication dans le Sud du
Cameroun, eu égard à l’usage des produits pharmaceutiques modernes. A cet effet, il a pu
noter que le recours à l’automédication est la première intention et la plus évidente en cas de
maladie. Ce n’est pas une décision explicite dans la mesure où les gens ne choisissent presque
pas de pratiquer l’automédication autant qu’ils décident de manger ou de se coucher. Mais,
dans des contextes où les conditions d’accès à la santé sont difficiles, le recours à
l’automédication peut être un choix explicite. Au Nigéria, Afolabi (2008), dans son article: «
Factors influencing the pattern of self-medication in an adult Nigerian population », a
déterminé les facteurs majeurs influençant le motif de l’automédication dans une population
1
Charles Caulin - Colloque Automédication - janvier 2002.
12
de femmes au marché dans la zone de Ifako- Ijaiye a Lagos. L’alphabétisation et l’éducation à
la sante publique des femmes étaient les principaux facteurs influençant le motif
d’automédication parmi des femmes au marché. Du côté de l’Asie, principalement au
Pakistan, Sherazi et al (2012) présentent les facteurs socio-économiques ainsi que
démographiques comme ceux qui conduisent au recours à l’automédication. Au regard des
études menées au Mexique et en Espagne, ils font remarquer que l’automédication prévaut
davantage chez les femmes. Toutefois en Espagne, elle prévaut principalement chez les
personnes vivant toutes seules et chez celles vivant dans les grandes villes.
Comme le relève Queneau (1999), l’automédication est une réalité croissante. Tout le monde,
ou presque s’automédique et ce à tous les âges. Mais c’est à l’âge adulte qu’elle domine,
notamment chez les personnes âgées pour calmer leurs douleurs. Si l’automédication des
adultes est en plein essor, celle des enfants par leur parent n’est pas en marge. Toutefois, peu
d’études ont été publiées sur l’automédication en pédiatrie, que ce soit pour évaluer
l’importance ou les risques encouru par les enfants. Classiquement présente chez les femmes,
le niveau socioprofessionnel, les professions libérales et le haut niveau d’études,
l’automédication est globalement assez imprévisible. Elle se révèle très sensible aux variable
démographiques (âge et sexe) et socioéconomiques (catégorie socioprofessionnelle, niveau
d’instruction, niveau de revenu, etc.) au regard de sa fréquence, de son intensité et des causes
qui la déterminent. Les douleurs de causes bénignes ou supposées comme telles induisent à
elles seules environ la moitié des automédications, bien avant les infections courantes.
L’automédication n’est pas une réponse spontanée de l’individu, mais le fait d’un
apprentissage où intervient largement le social et le culturel.
D’autres études, à l’instar de celle de Raynaud (2008) ont traité des déterminants du recours à
l’automédication en France. A partir de l’Enquête décennale Santé de 2002- 2003, Raynaud
(2008) a étudié le recours à l’automédication en fonction des caractéristiques
démographiques, économiques, sociales, d’état de santé des individus et y a mis en évidence
leurs rôles respectifs, tant sur la probabilité de recours à l’automédication que sur les
différentes formes d’automédication qui peuvent exister. D’après ladite enquête, le recours à
l’automédication concerne plus souvent les personnes d’âge actif, plutôt en bonne santé, et
qui appartiennent à des milieux sociaux et culturels plutôt favorisés. Leurs recours se font
sans conseil préalable ou en suivant les conseils du pharmacien, alors que les personnes de
milieux plus modestes, qui ont un moindre recours à l’automédication, suivent plus souvent
les conseils d’un médecin quand elles y recourent.
Fainzang (2010), quant à elle, s’interroge sur les motivations et les conditions du recours à
13
l’automédication en France, dans un nouveau contexte de politique publique, favorable à la
pratique. A partir d’enquête de terrain, elle montre que le recours à l’automédication ne se
limite pas à soigner des pathologies bénignes, comme le préconisent les messages sanitaires,
ou à répondre aux nouvelles mesures économiques qui accompagnent l’accès aux
médicaments, mais correspond parfois aussi à une tentative de contournement des médecins
généralistes, équivalant ainsi à une stratégie d’esquive.
En effet, elle rapporte que les personnes prennent l’option de recourir à l’automédication dans
le cas de maux bénins, ou de ce que certains appellent les « petits risques » et même de
limiter ce recours aux situations bénignes. La plupart des travaux réalisés sur
l’automédication présentent d’ailleurs des résultats qui corroborent ce point de vue, les
raisons les plus couramment évoquées étant que les troubles ne sont pas assez graves pour
déranger un médecin. L’expérience dans la maladie et la connaissance de la médication
appropriée sont alors évoquées par Fainzang (2010) pour justifier le recours à
l’automédication en cas de maux bénins. Toutefois, elle souligne que les expériences
malheureuses liées entre autres à de multiples consultations infructueuses sont des sources
incontestables de l’automédication. Une expérience malheureuse génère des réticences à
renouveler le recours à des consultations jugées inutiles et incite les malades à recourir
soit à la consultation directe d’un spécialiste, soit à l’automédication. Le choix du recours
s’enracine donc dans une volonté d’évitement du généraliste, ou plus exactement de son
contournement, lorsque le malade craint une mauvaise prise en charge thérapeutique.
IV. PRINCIPAUX RESULTATS DE LA RECHERCHE
IV.1. Influence de la Proximité Culturelle
La proximité culturelle entre les tradipraticiens et les patients traumatisés physiques au
Burkina Faso est un facteur déterminant dans le choix des soins. Les tradipraticiens partagent
souvent la même langue, les croyances et les pratiques culturelles que leurs patients, ce qui
crée un sentiment de familiarité et de compréhension mutuelle. Cette proximité culturelle
facilite la communication et permet aux patients de se sentir plus à l'aise et compris, comparé
aux interactions souvent perçues comme distantes ou impersonnelles dans les structures de
santé modernes. En intégrant des pratiques et des rituels traditionnels dans leurs soins, les
tradipraticiens répondent aux attentes culturelles et spirituelles des patients, renforçant ainsi
leur préférence pour ces formes de traitement.
IV.2. Importance de la Confiance
La confiance dans les tradipraticiens a un rôle très significatif par rapport aux médecins
modernes pour les patients traumatisés physiques au Burkina Faso. Cette confiance est
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souvent ancrée dans des relations personnelles et communautaires de longue date, où les
tradipraticiens sont perçus comme des figures respectées et fiables. Les patients se tournent
vers eux non seulement pour leurs compétences médicales traditionnelles, mais aussi pour le
soutien émotionnel et la discrétion qu'ils offrent. En revanche, les médecins modernes, bien
que qualifiés, peuvent être perçus comme distants ou inaccessibles, surtout dans les zones
rurales. Cette différence dans la perception et l'expérience des soins renforce la préférence des
patients pour les tradipraticiens, qui semblent plus en phase avec leurs besoins et attentes.
IV.3. Impact du Coût des Soins
Le coût des soins est un facteur majeur influençant le choix des tradipraticiens par les patients
traumatisés physiques au Burkina Faso. Les services des tradipraticiens sont souvent
beaucoup plus abordables que ceux offerts par les structures de santé modernes, et ils
permettent des arrangements de paiement plus flexibles, y compris le troc ou les paiements
échelonnés. Cette accessibilité financière est capitale dans un contexte où les ressources
économiques des patients sont limitées et où les frais médicaux peuvent constituer une
barrière importante à l'accès aux soins modernes. En choisissant les tradipraticiens, les
patients reçoivent des soins nécessaires sans s'endetter, ce qui rend cette option non seulement
plus économique mais aussi plus viable à long terme.
IV.4. Expériences et Perceptions des Patients
Les expériences et perceptions des patients traumatisés physiques concernant les soins
traditionnels au Burkina Faso sont largement positives, influençant fortement leur choix. Les
patients rapportent souvent des sentiments de soulagement et de satisfaction liés à la
compréhension culturelle et au soutien émotionnel qu'ils reçoivent des tradipraticiens. Ils
apprécient également les méthodes naturelles et moins invasives de traitement, qui sont en
harmonie avec leurs croyances et pratiques culturelles. En revanche, les soins modernes sont
perçus comme déshumanisants ou incompréhensibles, renforçant la méfiance envers les
structures de santé modernes. Ces perceptions et expériences positives avec les soins
traditionnels alimentent la préférence continue pour les tradipraticiens, malgré les avancées
dans le système de santé moderne.
V. DISCUSSION DES PRINCIPAUX RESULTATS
L'influence de la proximité culturelle sur le choix des tradipraticiens par les traumatisés
physiques au Burkina Faso est profondément marquée. Les résultats montrent que les patients
se tournent vers les tradipraticiens parce que ces derniers comprennent mieux leurs contextes
culturels, leurs croyances et leurs langages. Cette proximité permet une communication plus
15
fluide et un sentiment de confiance accru, rendant les tradipraticiens plus accessibles et moins
intimidants que les professionnels de santé modernes. De plus, les soins intégrant des rituels
et des pratiques culturelles spécifiques offrent aux patients un sentiment de continuité et de
respect de leurs traditions, ce qui est souvent absent dans les soins de santé modernes. Cette
dimension culturelle ne doit pas être sous-estimée dans la formulation de politiques de santé
qui cherchent à intégrer des approches de soins holistiques.
La confiance envers les tradipraticiens par rapport aux médecins modernes se révèle être un
facteur crucial dans les décisions de soins des patients traumatisés physiques au Burkina Faso.
Les résultats indiquent que cette confiance est construite sur des bases communautaires
solides, où les tradipraticiens sont vus comme des membres intégrés et respectés de la
communauté. Leur accessibilité, leur écoute attentive et leur engagement personnel
contrastent fortement avec les perceptions souvent négatives des structures de soins
modernes, perçues comme impersonnelles et distantes. Cette différence souligne l'importance
de la relation de confiance dans les choix de soins, suggérant que les efforts pour améliorer les
interactions entre les patients et les professionnels de santé modernes pourraient bénéficier de
modèles de relation plus personnels et communautaires.
L'impact du coût des soins sur le choix des tradipraticiens est confirmé comme un déterminant
majeur pour les traumatisés physiques au Burkina Faso. Les résultats montrent que le coût
élevé et souvent prohibitif des soins modernes pousse les patients vers les tradipraticiens, dont
les services sont non seulement plus abordables, mais aussi plus flexibles en termes de
modalités de paiement. Cette flexibilité permet aux patients de recevoir les soins nécessaires
sans subir une pression financière excessive. Les politiques de santé devraient donc considérer
des approches pour réduire les coûts des soins modernes et offrir des options de financement
plus souples pour rendre ces soins plus accessibles à une plus grande partie de la population.
Les expériences et perceptions des patients traumatisés physiques concernant les soins
traditionnels révèlent une préférence marquée pour les tradipraticiens, basée sur des
interactions positives et un sentiment de confort et de compréhension. Les résultats montrent
que les patients valorisent les méthodes de traitement naturelles et culturelles des
tradipraticiens, ainsi que le soutien émotionnel et personnel qu'ils reçoivent. En revanche, les
soins modernes sont souvent perçus comme déshumanisants et éloignés des réalités culturelles
des patients. Ces perceptions soulignent l'importance de développer des approches de soins
qui respectent et intègrent les valeurs culturelles et les attentes des patients, pour améliorer
l'acceptabilité et l'efficacité des services de santé modernes.
16
VI. CONCLUSION
Cette étude a mis en lumière les facteurs déterminants qui influencent le choix des
tradipraticiens par les traumatisés physiques au Burkina Faso, en se concentrant sur la
proximité culturelle, la confiance et le coût des soins. Il est clair que la proximité culturelle
joue un rôle crucial, permettant une meilleure communication et une compréhension mutuelle
entre les patients et les tradipraticiens. Les pratiques de guérison traditionnelles, enracinées
dans les croyances et les coutumes locales, offrent aux patients un sentiment de continuité et
de respect de leurs traditions, ce qui est souvent absent dans les soins modernes. Cette
proximité culturelle renforce non seulement le confort des patients, mais aussi leur confiance
dans les soins reçus.
En outre, la confiance envers les tradipraticiens, construite sur des relations personnelles et
communautaires solides, contraste fortement avec la perception souvent impersonnelle des
structures de soins modernes. Les tradipraticiens sont perçus comme des membres respectés et
intégrés de la communauté, offrant un soutien émotionnel et une attention personnalisée qui
manquent souvent dans les soins médicaux modernes. Ce niveau de confiance est essentiel
pour les patients, influençant fortement leur décision de recourir à des soins traditionnels
plutôt qu'à des soins modernes.
Enfin, le coût des soins reste un facteur déterminant majeur. Les services des tradipraticiens
sont non seulement plus abordables, mais aussi plus flexibles en termes de paiement, ce qui
les rend plus accessibles pour une grande partie de la population burkinabé. Les politiques de
santé doivent donc prendre en compte ces réalités économiques et culturelles pour améliorer
l'accessibilité et l'acceptabilité des soins modernes. En intégrant des éléments des pratiques
traditionnelles et en offrant des options de financement plus souples, il serait possible de créer
un système de santé plus inclusif et adapté aux besoins de la population.
17
VII. LIMITES DE L’ÉTUDE
Nous nous sommes limités dans ce travail à examiner les raisons pour lesquelles les
traumatisés physiques au Burkina Faso préfèrent consulter des tradipraticiens plutôt que des
médecins modernes, en mettant en évidence l'importance de la proximité culturelle, de la
confiance et du coût dans ce choix.
VIII. REMERCIEMENTS
Nous tenons à remercier tout le monde de près ou de loin qui ont accepté de participer à cette
étude.
IX. CONTRIBUTIONS DES AUTEURS
La contribution des auteurs par rapport à notre étude d’examiner les raisons pour lesquelles
les traumatisés physiques au Burkina Faso préfèrent consulter des tradipraticiens plutôt que
des médecins modernes, en mettant en évidence l'importance de la proximité culturelle, de la
confiance et du coût dans ce choix.
X. CONFLITS D’INTÉRÊTS
Aucun conflit n’est à signaler dans la présente étude.
18
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