« Ils1 peuvent demander, dans tous les cas, la séparation du patrimoine du défunt d’avec le patrimoine
de l’héritier. »
La véritable base légale de la théorie est plutôt l’article 2092, indique Jean Carbonnier,
qui estime que ce texte est riche, quand il
‘’suggère : que les biens d’une personne forment un tout ; que ce tout répond des dettes de la personne ;
qu’obliger sa personne, c’est obliger ce tout ; que ce tout ne comprend pas seulement l’actualité des
biens présents, mais le potentiel des biens futurs ’’.2
L’expression de la disposition ainsi offerte par la doctrine précitée est, faut-il rappeler,
que :
« Quiconque s’est obligé personnellement, est tenu de remplir son engagement sur tous ses biens
mobiliers et immobiliers, présents et à venir. »
Notons qu’après une longue réflexion en droit belge, cet article a subi une légère mais
significative modification consistant en ce que le pronominal ‘’s’est obligé’’, a cédé place à ‘’est
obligé’’, depuis la loi du …………………3
Plusieurs autres dispositions légales ont pu, au XIXème siècle, éclairer la notion du
patrimoine. Et c’est avec ces éléments qu’AUBRY et RAU, à cette époque de l’histoire du droit
civil, ont pu construire une théorie du patrimoine, laquelle demeure toujours classique.
Parmi ces dispositions légales à prendre en compte, nous pouvons cibler celles-ci-
après.
LES DISPOSITIONS RELATIVES AUX BIENS DE L’ABSENT
L’exemple nous viens de l’article 132 du code civil français, aux termes duquel :
« Si l’absent réapparaît, ou si son existence est prouvée, même après l’envoi définitif, il recouvrera ses biens en
l’état où ils se trouveront, le prix de ceux qui auront été aliénés, ou les biens provenant de l’emploi qui aurait été fait du
prix de ses biens vendus. »
Notons que cet article est, depuis la réforme introduite par la loi n° 77-1447 du 28
décembre 1977, devenu l’actuel article 130, modifié comme suit :
« L’absent dont l’existence est judiciairement prouvée recouvre ses biens et ceux qu’il aurait dû recueillir
pendant son absence dans l’état où ils se trouvent, le prix de ceux qui auraient été aliénés ou les biens acquis en remploi des
capitaux ou des revenus échus à son profit. »
LES DISPOSITIONS RELATIVES A LA COMMUNAUTE DES BIENS ENTRE
EPOUX4
1
Les créanciers hypothécaires.
2
Jean CARBONNIER ; Théories des obligations, PUF, Paris, p. 346.
3
François T’KINT ;
4
Cette communauté est regardée comme une sorte de patrimoine.
L’exemple nous vient des anciens articles 1401 et 1409 du précité code, s’agissant,
respectivement, de la composition active et de l composition passive de la communauté du
patrimoine des époux.
Et pour mieux appréhender ces deux dispositions types dans la logique de la
composition binaire du patrimoine (de la communauté entre époux), il convient de les ranger en
un tableau de comparaison horizontale, comme suit :
LA COMMUNAUTE DES EPOUX OU LE PATRIMOINE COMMUN DES EPOUX
De l’actif de la communauté (Composition active du Du passif de la communauté, et des actions qui en
patrimoine) : résultent contre la communauté (composition passive
du patrimoine) :
article 1401 ancien article 1409 ancien
La communauté se compose activement, La communauté se compose passivement,
1. ° De tout le mobilier que les époux 1. ° De toutes les dettes mobilières dont les
possédaient au jour de la célébration du mariage, époux étaient grevés au jour de la célébration de leur
ensemble de tout le mobilier qui leur échoit pendant mariage, ou dont se trouvent chargées les successions
le mariage à titre de succession ou même de donation, qui leur échoient durant le mariage, sauf la
si le donateur n’a exprimé le contraire ; récompense pour celles relatives aux immeubles
2.° De tous les fruits, revenus, intérêts et propres à l’un ou à l’autre des époux ;
arrérages, de quelque nature qu’ils soient, échus et 2. ° Des dettes tant en capitaux qu’en arrérages
perçus pendant le mariage, provenant des biens qui ou intérêts, contractées par le mari, sauf la
appartenaient aux époux lors de sa célébration, ou de récompense dans les cas où elle a lieu ;
ceux qui leur sont échus pendant le mariage, à quelque 3. ° Des arrérages et intérêts seulement des
titre que ce soit, rentes ou dettes passives qui sont personnelles aux
3. ° De tous les immeubles qui sont acquis deux époux ;
pendant le mariage. 4. ° Des réparations fructuaires des immeubles
qui n’entrent point en communauté ;
5. ° Des aliments des époux, de l’éducation et
entretien des enfants, et de toute autre charge du
mariage.
SECTION 2. DE LA BASE LEGALE DE LA THEORIE DU PATRIMOINE, EN DROIT
CIVIL DU QUÉBEC, AU CANADA.
Le code civil du Québec, à son article 2, énonce que
« Toute personne est titulaire d'un patrimoine.
Celui-ci peut faire l'objet d'une division ou d'une affectation, mais dans la seule mesure prévue par la
loi.«
Mais le législateur ne dit pas en quoi consiste le concept ''patrimoine''. Il parle,
néanmoins, du patrimoine familial, à travers d'autres dispositions subséquentes, comme suit,
s'agissant de sa constitution et de son partage :
“ Lemariage emporte constitution d'un patrimoine familial formé de certains biens des époux sans
égard à celui des deux qui détient un droit de propriété sur ces biens.« 5
Article 415. Le patrimoine familial est constitué des biens suivants dont l'un ou l'autre des époux est
propriétaire: les résidences de la famille ou les droits qui en confèrent l'usage, les meubles qui les
garnissent ou les ornent et qui servent à l'usage du ménage, les véhicules automobiles utilisés pour les
déplacements de la famille et les droits accumulés durant le mariage au titre d'un régime de retraite. Le
versement de cotisations au titre d'un régime de retraite emporte accumulation de droits au titre de ce
régime; il en est de même de la prestation de services reconnus aux termes d'un régime de retraite.
Entrent également dans ce patrimoine, les gains inscrits, durant le mariage, au nom de chaque époux
en application de la Loi sur le régime de rentes du Québec ou de programmes équivalents.
Sont toutefois exclus du patrimoine familial, si la dissolution du mariage résulte du décès, les gains visés
au deuxième alinéa ainsi que les droits accumulés au titre d'un régime de retraite régi ou établi par une
loi qui accorde au conjoint survivant le droit à des prestations de décès.
Sont également exclus du patrimoine familial, les biens échus à l'un des époux par succession ou
donation avant ou pendant le mariage.
Pour l'application des règles sur le patrimoine familial, est un régime de retraite:
— le régime régi par la Loi sur les régimes complémentaires de retraite ou celui qui serait régi par cette
loi si celle-ci s'appliquait au lieu où l'époux travaille,
— le régime de retraite régi par une loi semblable émanant d'une autorité législative autre que le
Parlement du Québec,
— le régime établi par une loi émanant du Parlement du Québec ou d'une autre autorité législative,
— un régime d'épargne-retraite,
— tout autre instrument d'épargne-retraite, dont un contrat constitutif de rente, dans lequel ont été
transférées des sommes provenant de l'un ou l'autre de ces régimes.
(1991, c. 64, a. 415; 2002, c. 19, a. 3.)
§ 2. — Du partage du patrimoine
Article 416. En cas de séparation de corps, de dissolution ou de nullité du mariage, la valeur du
patrimoine familial des époux, déduction faite des dettes contractées pour l'acquisition, l'amélioration,
l'entretien ou la conservation des biens qui le constituent, est divisée à parts égales, entre les époux ou
entre l'époux survivant et les héritiers, selon le cas.
Lorsque le partage a eu lieu à l'occasion de la séparation de corps, il n'y a pas de nouveau partage si, sans
qu'il y ait eu reprise volontaire de la vie commune, il y a ultérieurement dissolution ou nullité du
mariage; en cas de nouveau partage, la date de reprise de la vie commune remplace celle du mariage pour
l'application des règles de la présente section.
(1991, c. 64, a. 416.)
Article 417. La valeur nette du patrimoine familial est établie selon la valeur des biens qui constituent
le patrimoine et des dettes contractées pour l'acquisition, l'amélioration, l'entretien ou la conservation
des biens qui le constituent à la date du décès de l'époux ou à la date d'introduction de l'instance en
vertu de laquelle il est statué sur la séparation de corps, le divorce ou la nullité du mariage, selon le cas;
les biens sont évalués à leur valeur marchande.
5 Article 414. Du code civil du bas canada.
Le tribunal peut, toutefois, à la demande de l'un ou l'autre des époux ou de leurs ayants cause, décider
que la valeur nette du patrimoine familial sera établie selon la valeur de ces biens et de ces dettes à la
date où les époux ont cessé de faire vie commune.
(1991, c. 64, a. 417.)
Article 418. Une fois établie la valeur nette du patrimoine familial, on en déduit la valeur nette, au
moment du mariage, du bien que l'un des époux possédait alors et qui fait partie de ce patrimoine; on
en déduit de même celle de l'apport, fait par l'un des époux pendant le mariage, pour l'acquisition ou
l'amélioration d'un bien de ce patrimoine, lorsque cet apport a été fait à même les biens échus par
succession ou donation, ou leur remploi.
On déduit également de cette valeur, dans le premier cas, la plus-value acquise, pendant le mariage, par
le bien, dans la même proportion que celle qui existait, au moment du mariage, entre la valeur nette et
la valeur brute du bien et, dans le second cas, la plus-value acquise, depuis l'apport, dans la même
proportion que celle qui existait, au moment de l'apport, entre la valeur de l'apport et la valeur brute
du bien.