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Discours rapportés : XVIIe-XIXe siècle

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Textes- les discours rapportés, du XVIIe au XIXe siècle

a. Mme de Lafayette, La Princesse de Clèves


Il alla d'abord dans la chambre de sa femme, et après lui avoir parlé quelque temps de choses
indifférentes, il ne put s'empêcher de lui demander ce qu'elle avait fait et qui elle avait vu ; elle
lui en rendit compte. Comme il vit qu'elle ne lui nommait point monsieur de Nemours, il lui
demanda, en tremblant, si c'était tout ce qu'elle avait vu, afin de lui donner lieu de nommer ce
prince et de n'avoir pas la douleur qu'elle lui en fît une finesse. Comme elle ne l'avait point vu,
elle ne le lui nomma point, et monsieur de Clèves reprenant la parole avec un ton qui marquait
son affliction :

- Et monsieur de Nemours, lui dit-il, ne l'avez-vous point vu, ou l'avez-vous oublié ?

- Je ne l'ai point vu, en effet, répondit-elle ; je me trouvais mal, et j'ai envoyé une de mes
femmes lui faire des excuses.

b. Extrait du chapitre 9 - Une Vie - Guy de Maupassant

Quand il n'y eut plus qu'un amas de cendres au fond du foyer, elle retourna s'asseoir auprès de
la fenêtre ouverte comme si elle n'eût plus osé rester auprès de la morte, et elle se remit à
pleurer, la figure dans ses mains, et gémissant d'un ton navré, d'un ton de plainte désolée : "
Oh ! ma pauvre maman, oh ! ma pauvre maman ! "
Et une atroce réflexion lui vint : - si petite mère n'était pas morte, par hasard, si elle n'était
qu'endormie d'un sommeil léthargique, si elle allait soudain se lever, parler ? -- La connaissance
de l'affreux secret n'amoindrirait-elle pas son amour filial ? L'embrasserait-elle des mêmes
lèvres pieuses ? La chérirait-elle de la même affection sacrée ? Non. Ce n'était pas possible ! Et
cette pensée lui déchira le cœur.
La nuit s'effaçait ; les étoiles pâlissaient ; c'était l'heure fraîche qui précède le jour. La lune
descendue allait s'enfoncer dans la mer qu'elle nacrait sur toute sa surface.
Et le souvenir saisit Jeanne de cette nuit passée à la fenêtre lors de son arrivée aux Peuples.
Comme c'était loin, comme tout était changé, comme l'avenir lui semblait différent !
a. La Fontaine, « La Mort et le Bûcheron »

Un pauvre Bûcheron tout couvert de ramée,


Sous le faix du fagot aussi bien que des ans
Gémissant et courbé marchait à pas pesants,
Et tâchait de gagner sa chaumine enfumée.
Enfin, n'en pouvant plus d'effort et de douleur,
Il met bas son fagot, il songe à son malheur.
Quel plaisir a-t-il eu depuis qu'il est au monde ?
En est-il un plus pauvre en la machine ronde ?
Point de pain quelquefois, et jamais de repos.
Sa femme, ses enfants, les soldats, les impôts,
Le créancier, et la corvée
Lui font d'un malheureux la peinture achevée.
Il appelle la mort, elle vient sans tarder,
Lui demande ce qu'il faut faire
C'est, dit-il, afin de m'aider
A recharger ce bois ; tu ne tarderas guère.
Le trépas vient tout guérir ;
Mais ne bougeons d'où nous sommes.
Plutôt souffrir que mourir,
C'est la devise des hommes.

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