Chapitre I7 : INTEGRALES IMPROPRES (OU GENERALISEES)
NDONG NGUEMA E.-P.
Laboratoire de Mathématiques et Analyse des Systèmes
Ecole Polytechnique, B.P. 8390 Yaoundé (CAMEROUN)
9 octobre 2023
∗∗∗ Motivation.
La notion d’intégrale a été introduite depuis la fin de l’enseignement secondaire, ainsi que sa notation :
∫ b
f (x) dx, (0.1)
a
avec un certain nombre de propriétés usuelles bien connues.
Cette intégrale, appelée intégrale définie (au sens de Riemann), vérifie les 2 propriétés suivantes :
{
(i) les bornes a et b de l’intégrale sont 2 nombres réels ;
(ii) la fonction f dans l’intégrale, appelée intégrande, est bornée sur l’intervalle fermé [ a, b ].
Une fois introduite, l’intégrale est l’un des outils mathématiques les plus utiles dans les applications, car
elle permet de représenter une gamme assez vaste de grandeurs numériques, d’origines variées et modélisant
divers phénomènes du monde réel. Mais il s’avère alors que les 2 propriétés (i) et (ii) ci-dessus apparaissent
comme des contraintes trop fortes pour modéliser certains phénomènes concrets ayant, pourtant, des ca-
ractéristiques analogues aux propriétés classiques de l’intégrale.
∗∗∗ Objectif du Chapitre.
L’objectif ici va être d’essayer d’étendre la notion d’intégrale et celle de sa notation (0.1) à des
situations où au moins une des 2 propriétés ci-dessus n’est pas satisfaite, soit :
(i’) au moins une des 2 bornes a, b est infinie, i.e. a et/ou b ∈ {−∞, +∞} ;
et/ou
(ii’) f est une fonction non bornée sur ] a, b [ .
On parlera alors d’intégrale impropre ou généralisée, par opposition aux intégrales que nous avons
manipulées jusque là, appelées intégrales définies (au sens de Riemann).
Cependant, conservant la même notation, cette extension de la notion d’intégrale, lorsqu’elle sera un
succès (on parlera alors d’intégrale impropre convergente) ne doit pas produire un outil mathématique
entièrement nouveau. En effet, les intégrales impropres convergentes devront conserver l’essentiel des pro-
priétés habituelles bien connues, jusque là, de l’intégrale, et commodes pour sa manipulation routinière.
• • • Remarque 0·.1
En (ii’), l’intervalle est ouvert pour inclure le cas (i’) où au moins une des 2 bornes a, b de l’intégrale
serait infinie.
Cependant, lorsque les bornes a et b sont 2 nombres réels, pour une fonction, les propriétés être
bornée sur l’intervalle fermé [ a, b ] et être bornée sur l’intervalle ouvert ] a, b [ peuvent être
considérées comme équivalentes. Et donc il en est de même pour leurs négations, i.e. être non bornée
sur l’intervalle fermé [ a, b ] et être non bornée sur l’intervalle ouvert ] a, b [ .
Chap. I7 : INTEGRALES IMPROPRES (OU GENERALISEES) (ND/NG, 9 octobre 2023) - p1·A -
Partie A : Intégrales impropres : Introduction et Généralités
A·I – Préliminaires : Fonctions bornées/bornées au voisinage.
Comprendre la notion clé de singularité finie d’une intégrale impropre requiert préalablement de bien
maı̂triser celles de fonction bornée sur un ensemble et de fonction bornée au voisinage d’un nombre
réel x0 . Mais aussi, tout autant, la négation de ces 2 notions.
1◦ ) Fonction bornée/non bornée sur un ensemble E.
En pratique, une fonction bornée sur un ensemble est une fonction numérique dont les valeurs ≪n’explosent
pas sur cet ensemble, i.e. restent dans une échelle contrôlée de valeurs numériques. Plus précisément :
≫
Définition A-1 (Fonction bornée sur un ensemble E)
Soit E, un ensemble non vide. Une fonction f : E −→ IR (ou C), est dite bornée sur E lorsque :
∃ M ∈ IR+ / ∀ x ∈ E, | f (x) | 6 M. (a.1)
De cette définition, il vient :
• • • Remarque A·I .1 (Fonction non bornée sur E)
Une fonction f : E −→ IR (ou C), est donc non bornée sur E lorsque :
∀ M ∈ IR+ , ∃ x ∈ E / | f (x) | > M. (a.2)
Parmi les fonctions bornées qu’on manipule régulièrement, il y a les 2 cas classiques et remarquables suivants :
∗∗∗ Rappel n◦ 1 (Exemples classiques de fonctions bornées)
Soient [ a, b ] ⊂ IR et f : [ a, b ] −→ IR (ou C).
1. Si f est continue sur [ a, b ], alors f est bornée sur [ a, b ].
1.1. Insistons sur le fait que cette propriété n’est plus vraie si on y remplace l’intervalle [ a, b ]
par l’un des intervalles ] a, b [ ou ] a, b ] ou [ a, b [ ou un intervalle de longueur infinie de IR.
2. Si f est Riemann-intégrable sur [ a, b ], alors f est bornée sur [ a, b ], où on rappelle que :
∫ b
f Riemann-intégrable sur [ a, b ] ⇐⇒ f (x) dx intégrale définie (au sens de Riemann).
a
2◦ ) Fonction bornée/non bornée au voisinage, dans A ⊂ IR, d’un réel x0 ∈ A.
Pour la Théorie des intégrales impropres, la notion de fonction bornée ou non bornée au voisinage d’un
nombre réel x0 dans ] a, b [ est plus importante que celle de fonction bornée sur tout l’intervalle ] a, b [
rappelée ci-dessus. Mais il est d’abord utile de faire le rappel d’Analyse Réelle 1 :
∗∗∗ Rappel n◦ 2 (Point adhérent - Adhérence)
Soit A ⊂ IR.
1. Un point adhérent à A est tout nombre réel x0 dont tout voisinage dans IR contient toujours
(au moins) un élément de A, i.e. vérifiant : ∀ r > 0, A ∩ [ x0 − r, x0 + r ] ̸= ∅.
1.1. Cela revient au même que de dire qu’il existe une suite d’éléments de A qui converge vers le
réel x0 , i.e. une suite (an ) / ∀ n, an ∈ A et lim an = x0 .
n −→ +∞
2. L’adhérence de A est le sous-ensemble de IR, noté A, formé des nombres réels qui sont des
points adhérents à A.
3. Tout élément de A est un point adhérent à A, mais la réciproque n’est pas toujours vraie.
=⇒ on a toujours : A ⊂ A, mais cette inclusion est, le plus souvent, stricte.
4. Par exemple, ∀ a, b ∈ IR / a ≤ b, on a : ] a, b [ = ] a, b ] = [ a, b [ = [ a, b ] = [ a, b ].
Nous pouvons alors définir :
- p2·A - A·I - Préliminaires : Fonctions bornées/bornées au voisinage
Définition-Propriété A-2 (Fonct. bornée au voisinage, dans A, d’un réel x0 ∈ A )
Soient A ⊂ IR, et un nombre réel x0 ∈ A.
• Une fonction f : A −→ IR (ou C), est dite bornée au voisinage de x0 dans A lorsque :
∃ r > 0, ∃ M ∈ IR+ / ∀ x ∈ A ∩ [ x0 − r, x0 + r ], | f (x) | 6 M, (a.3)
i.e. ∃ r > 0 / f est bornée sur A ∩ [ x0 − r, x0 + r ], le sous-ensemble des éléments de A qui sont à
une distance 6 r de x0 dans IR.
• Ainsi, (a.3) peut aussi s’écrire : ∃ r > 0, ∃ M ∈ IR+ / ∀ x ∈ A, | x − x0 | 6 r =⇒ | f (x) | 6 M .
Une fonction bornée au voisinage, dans A, d’un nombre réel x0 est donc une fonction numérique dont les
valeurs qu’elle prend aux valeurs de la variable proches de x0 dans A ≪ n’explosent pas ≫, i.e. restent dans
une échelle contrôlée de valeurs numériques. De la définition ci-dessus, on déduit que :
• • • Remarque A·I .2 (Fonction non bornée au voisinage, dans A, d’un nombre réel x0 )
Une fonction f : A −→ IR (ou C), est non bornée au voisinage, dans A, d’un nombre réel
x0 lorsque : ∀ r > 0, ∀ M ∈ IR+ , ∃ x ∈ A ∩ [ x0 − r, x0 + r ] / | f (x) | > M.
• Ou encore : ∀ r > 0, ∀ M ∈ IR+ , ∃ x ∈ A / | x − x0 | 6 r et | f (x) | > M .
En pratique, le fait qu’une fonction f soit, ou non, bornée au voisinage, dans A, d’un nombre réel x0
se reconnaı̂t, le plus souvent assez facilement : en calculant, si elle existe, la limite de | f | quand x −→ x0
(x ∈ A), puis en voyant si cette limite est finie ou pas. C’est ce que dit le :
Théorème A.1 (Limite en x0 et fonction bornée/non bornée au voisinage de x0 )
Soient un nombre réel x0 ∈ A, avec A ⊂ IR, et f : A −→ IR (ou C)/ lim | f (x) | = ℓ0 .
x −→ x0
x∈A
1. Si la limite ℓ0 est finie, i.e. ℓ0 ∈ IR+ , alors f est bornée au voisinage de x0 dans A.
2. Si ℓ0 est infinie, i.e. ℓ0 = +∞, alors f est non bornée au voisinage de x0 dans A.
Dans l’utilisation pratique de ce Théorème, il est utile de se rappeler que :
∗∗∗ Rappel n◦ 3 (Limite de f et limite de | f | en x0 ∈ IR )
Soient x0 ∈ IR, A ⊂ IR, et f : A −→ IR (ou C). Si xlim
→x
f (x) = ℓ ∈ IR (ou C), alors lim | f (x) | = | ℓ |.
x −→ x0
0
x∈A x∈A
On déduit, du Théorème A.1, le cas particulier très courant en pratique :
Corollaire A.2 (Continuité et fonction bornée au voisinage)
Soient A ⊂ IR et f : A −→ IR (ou C).
1. Si f est continue en un nombre réel x0 ∈ A, alors f est bornée au voisinage de x0 dans A.
2. Si f est continue sur A, alors, ∀ x0 ∈ A, f est bornée au voisinage de x0 dans A.
Enfin, notons le résultat immédiat et important :
Théorème A.3 (Fonction bornée sur A / fonction bornée au voisinage dans A)
Soient A ⊂ IR et f : A −→ IR (ou C).
1. Si f est bornée sur A, alors, ∀ x0 ∈ A, f est bornée au voisinage de x0 dans A.
2. De ce fait, s’ ∃ x0 ∈ A/ f non bornée au voisinage de x0 dans A, alors f est non bornée sur A.
3. f peut être bornée au voisinage, dans A, de tout x0 ∈ A sans que f ne soit bornée sur A.
La combinaison des points 2. des Théorèmes A.1 et A.3 donne le cas de figure le plus courant et le
moyen le plus rapide de démontrer qu’une fonction est non bornée sur une partie A de IR.
Chap. I7 : INTEGRALES IMPROPRES (OU GENERALISEES) (ND/NG, 9 octobre 2023) - p3·A -
A·II – Intégrales impropres et singularités.
Nous introduisons ici, formellement, la notion d’intégrale impropre, avec celle, intimement associée,
de singularité, en prenant bien soin de distinguer singularité finie et singularité infinie. Ensuite,
nous présentons une catégorisation des I.I. (en intégrales impropres simples et intégrales impropres
composées) sur laquelle on s’appuiera pour définir, en A·III , la nature d’une intégrale impropre :
convergente ou divergente.
1◦ ) Intégrales impropres : Introduction.
a) Notion d’intégrale impropre.
Définition A-3 (Intégrale impropre)
∫ b
Une intégrale impropre est une intégrale I = f (x) dx vérifiant :
a
(i) a et/ou b ∈ {−∞, +∞} ;
et/ou
(ii) il existe (au moins) un réel x0 ∈ [ a, b ]/
f est non bornée au voisinage de x0 dans A = ] a, b [ \ {x0 }.
• N.B. Dans l’intégrale I, la fonction f peut être à valeurs réelles ou à valeurs complexes sur ] a, b [ .
∗∗∗ Remarques :
1. D’après le point 2. du Théorème A.3, le (ii) de cette Définition entraı̂ne que f est non bornée sur
] a, b [ .
2. Dans (ii), bien noter que le nombre réel x0 ∈ [ a, b ] et pas seulement ] a, b [ , et donc x0 peut être
l’une des 2 bornes de l’intégrale.
∗∗∗ Rappel n◦ 4 (Intégrale et domaine de définition de la fonction)
∫ b
En écrivant une intégrale f (x) dx, il y a un sous-entendu implicite : c’est que la fonction f soit
a
définie en tous les réels x ∈ ] a, b [ , sauf, peut-être, pour un certain nombre fini d’entre eux (pour la
motivation de cette dernière précision, Cf. plus loin dans ce Cours).
Ce fait était vrai pour une intégrale définie et le reste pour une intégrale impropre. Il doit donc être
pris en compte dans la compréhension (et l’utilisation dans la suite) de la Définition A-3.
◃ Exercice EXO A.1 Les intégrales suivantes sont des intégrales impropres :
∫ +∞ ∫ +∞ ∫ 1 ∫ 3 ∫ 1 ∫ 3 ∫ +∞
−x2 dx dx dx dx sin x
sin x dx, e dx, √ , √ , , √ , dx.
0 −∞ 0 x 0 3−x −1 x 0 x(3 − x) −∞ x |x + 4|
6
Pour chacune de ces intégrales, expliquer ce qui fait qu’elle soit impropre.
b) Objectif de l’affaire : nature d’une intégrale impropre et I.I. convergentes.
Contrairement au cas précédent d’une intégrale définie (au sens de Riemann), la définition d’une
intégrale impropre, telle que donnée ci-dessus, ne garantit absolument pas que celle ci ait,
automatiquement, une valeur numérique. L’objectif 1er de la Théorie des intégrales impropres, telle
qu’elle va être présentée dans la suite de ce Cours, est alors de mettre en place des notions et outils permettant
d’identifier les intégrales impropres dont on peut garantir qu’elles ont une valeur numérique et celles qui n’en
ont pas. Les 1ères seront dites convergentes et les autres divergentes. Au terme de la Théorie, ce sont
les I.I. convergentes qui seront d’intérêt, car ce sont elles qui viendront s’ajouter aux intégrales que nous
manipulions jusque là (i.e. les intégrales définies) pour nous permettre de modéliser mathématiquement
certains phénomènes du monde réel où le besoin s’en ferait sentir.
Face à une I.I. donnée, la 1ère préoccupation sera donc toujours celle de connaı̂tre sa nature : convergente
ou divergente ? Ainsi, étudier la nature d’une I.I. revient à mener une étude permettant de conclure à sa
convergence ou sa divergence.
- p4·A - A·II - Intégrales impropres et singularités
2◦ ) Notion fondamentale : singularité(s) d’une intégrale impropre.
Définition A-4 (Singularité(s) d’une intégrale impropre)
∫ b
Une singularité d’une intégrale impropre I = f (x) dx est tout x0 ∈ [ a, b ] vérifiant :
a
(i) x0 ∈ {a, b} et x0 ∈ {−∞, +∞} (singularité infinie) ;
ou
(ii) x0 est un réel ∈ [ a, b ]/
f est non bornée au voisinage de x0 dans A = ] a, b [ \ {x0 } (singularité finie).
• • • Remarque A·II .1 (I.I. et sa/ses singularité(s))
∫ b
Avec les 2 Définitions A-3 et A-4, on voit que les singularités d’une I.I. f (x) dx sont, en fait,
a
les points x0 ∈ [ a, b ] (réels ou infinis) qui font que cette intégrale soit impropre.
• • • Remarque A·II .2 (Singularité à une borne/singularité intérieure)
∫ b
Comme l’indique la Définition A-4 , une singularité x0 d’une I.I. I = f (x) dx est soit finie
a
(i.e. x0 ∈ IR ∩ [ a, b ]), soit infinie (i.e. x0 ∈ {−∞, +∞} ∩ [ a, b ]).
Mais la suite révélera que pour la manipulation de l’intégrale impropre I, en particulier l’étude de
sa nature, une autre catégorisation est peut-être même plus importante pour les singularités d’une telle
intégrale. En effet, il faudra distinguer entre :
1. le cas où x0 est une singularité à une borne de I, i.e. x0 ∈ {a, b},
2. et celui où x0 est une singularité intérieure au domaine d’intégration de I, i.e. x0 ∈ ] a, b [ .
• Il faut alors noter que si une singularité à une borne peut être finie ou infinie, par contre une singularité
intérieure est toujours finie (i.e. ∈ IR).
∗∗∗ Complément 1 (I.I. et singularités : convention pratique)
Pour éviter des détails techniques de peu d’intérêt pour les applications du monde réel a , on admettra
∫ b
que, dans la suite, toute intégrale impropre considérée I = f (x) dx sera telle que si on note S,
a
l’ensemble des singularités de I, alors on a :
∫ d
∀ l’intervalle [ c, d ] ⊂ [ a, b ]\ S, f (x) dx est une intégrale définie (au sens de Riemann).
c
a. Notamment pour éviter d’introduire la notion, techniquement OK, mais lourde, de ≪ fonction localement intégrable ≫.
3◦ ) Catégorisation des intégrales impropres.
Pour définir formellement, dans la section A·III qui suivra, la nature d’une I.I. (convergence ou diver-
gence), nous catégorisons les intégrales impropres en 2 types 1 :
↗ les intégrales impropres simples (I.I.S.),
2 types d’I.I.
↘ les intégrales impropres composées (I.I.C.).
a) Intégrales impropres simples.
Comme le mettra clairement en évidence la suite de ce Cours, les intégrales impropres simples sont
appelées ainsi parce que ce sont celles dont la méthodologie d’étude de la nature est la plus simple. Idem, en
général, pour le calcul de leur valeur numérique lorsqu’elles convergent
1. Terminologie de l’auteur.
Chap. I7 : INTEGRALES IMPROPRES (OU GENERALISEES) (ND/NG, 9 octobre 2023) - p5·A -
Définition A-5 (Intégrale impropre simple)
Une intégrale impropre simple (I.I.S.) est une intégrale impropre qui a une seule singularité
et celle ci se trouve en l’une des 2 bornes de cette intégrale.
Comme le révélera la suite, il est utile de subdiviser les I.I.S. en 2 sous-catégories : les I.I.S. en a+ et les
I.I.S. en b− .
Définition A-6 (Intégrale impropre simple en a+ )
Soit a ∈ [ − ∞, +∞ [ = IR ∪ {−∞}.
∫ b
• Une I.I.S. en a+ est toute intégrale impropre I = f (x) dx (avec −∞ 6 a < b < +∞) dont la
a
seule singularité est sa borne inférieure x0 = a.
• Lorsque a = −∞, on dira simplement I.I.S. en −∞, et non I.I.S. en (−∞)+ .
Définition A-7 (Intégrale impropre simple en b− )
Soit b ∈ ] − ∞, +∞ ] = IR ∪ {+∞}.
∫ b
• Une I.I.S. en b− est toute intégrale impropre I = f (x) dx (avec −∞ < a < b 6 +∞) dont la
a
seule singularité est sa borne supérieure x0 = b.
• Lorsque b = +∞, on dira simplement I.I.S. en +∞, et non I.I.S. en (+∞)− .
b) Intégrales impropres composées.
Définition A-8 (Intégrale impropre composée)
Une intégrale impropre composée (I.I.C.) est une intégrale impropre qui n’est pas une intégrale
impropre simple.
∗∗∗ Exemple A.1 Pour les intégrales impropres de l’Exercice EXO A.1 , on a 2 :
Intégrales impropres Fonctions Singularités Types d’I.I.
∫ +∞
sin x dx f (x) = sin x +∞ I.I.S. en +∞
0
∫ +∞
e−x dx f (x) = e−x
2 2
−∞, +∞ I.I.C. en −∞, +∞
−∞
∫ 1
dx 1
√ f (x) = √ 0 I.I.S. en 0+
0 x x
∫ 3
dx 1
√ f (x) = √ 3 I.I.S. en 3−
0 3−x 3−x
∫ 1
dx 1
f (x) = 0 I.I.C. en 0− , 0+
−1 x x
∫ 3
dx 1
√ f (x) = √ 0, 3 I.I.C. en 0+ , 3−
0 x(3 − x) x(3 − x)
∫ +∞
sin x sin x
dx f (x) = 6 −∞, −4, 0, +∞ I.I.C. en −∞, (−4)− , (−4)+ , 0− , 0+ , +∞
−∞ x6 | x+ 4| x |x + 4|
2. La colonne ≪ Fonctions ≫ a été insérée dans le tableau pour bien faire extraire l’expression de la fonction sous le signe
intégral pour chacune des intégrales, et faire remarquer, notamment, que l’élément différentiel dx ne fait pas partie de cette
expression, contrairement à ce qui est, parfois, malencontreusement lu dans certaines copies.
- p6·A - A·III - Nature des intégrales impropres : définitions formelles
A·III – Nature des intégrales impropres : définitions formelles.
Comme déjà signalé, contrairement à celle d’une intégrale définie, la définition d’une intégrale impropre
ne garantit pas du tout qu’une telle intégrale ait, automatiquement, une valeur numérique. Nous définissons
alors ici la nature d’une intégrale impropre, i.e. quand peut-on dire qu’une telle intégrale a une valeur
numérique (I.I. convergente) ou pas (I.I. divergente) ? Ensuite, après avoir motivé et défini la notion
de critère de convergence d’une intégrale impropre, nous établirons une connexion cohérente entre
les intégrales impropres convergentes et les intégrales que nous connaissions et manipulions avant, i.e. les
intégrales définies (au sens de Riemann).
1◦ ) Nature d’une I.I.S.
a) Nature d’une I.I.S. en a+ .
Nous définissons la nature d’une I.I.S. en a+ et le mode opérationnel pour déterminer cette nature.
Définition-Propriété A-9 (Nature d’une I.I.S. en a+ )
∫ b
Soit I = f (x) dx, une I.I.S. en a+ . Pour étudier la nature de I, on pose :
a ∫ b
F (X) = f (x) dx, ∀ X ∈ ] a, b ]. (a.4)
X
• Il faut noter que (Complément 1 ) : ∀ X ∈ ] a, b ], F (X) est une intégrale définie (au sens de
Riemann), donc F (X) ∈ IR (ou C). Ainsi, F définit une application de ] a, b ] −→ IR (ou C).
• Ensuite, on essaie de calculer F (X), ∀ X ∈ ] a, b ], puis lim F (X). On a alors 2 possibilités :
X −→ a
>
1. Si lim F (X) = ℓ ∈ IR (resp. C), alors on dira que l’I.I.S. en a+ , I :
X −→ a
>
1.1. est convergente ou converge ou existe ; ∫ b
1.2. et a pour valeur numérique ℓ, i.e. on pose : f (x) dx = ℓ.
a
2. S’ ̸ ∃ lim F (X) dans IR (resp. C), alors on dira que l’I.I.S. en a+ , I :
X −→ a
>
2.1. est divergente ou diverge ou n’existe pas ;
2.2. et donc n’a pas de valeur numérique.
• • • Remarque A·III .1 (I.I.S. en a+ et continuité) ∫ b
Dans la quasi totalité des situations concrètes qu’on peut rencontrer, une I.I.S. f (x) dx en a+
a
est telle que la fonction f est définie et continue de ] a, b ] −→ IR (ou C). Il s’ensuit que :
∀ X ∈ ] a, b ], fixé, f est continue sur l’intervalle fermé et borné [ X, b ] ; (a.5)
=⇒ par la formule de Leibniz , la fonction F : ] a, b ] −→ IR (ou C), définie par (a.4), vérifie :
∀ X ∈ ] a, b ], F (X) = G(b) − G(X), (a.6)
où la fonction G est une primitive de f sur l’intervalle ] a, b ].
∗∗∗ Exemple A.2 Natures respectives de :
∫ 1
dx
⃝
1 I1 = √ , I.I.S. en 0+ .
0 x ∫ √
1
dx [ √ ]x = 1
Pour trouver sa nature, posons, ∀ X ∈ ] 0, 1 ] : F (X) = √ = 2 x = 2−2 X;
X x x=X
√
=⇒ lim F (X) = lim (2 − 2 X ) = 2 ∈ IR =⇒ I1 converge et a pour valeur numérique : I1 = 2.
X −→ 0 X −→ 0
> >
∫ 1
dx
⃝
2 I2 = , I.I.S. en 0+ .
0 x
Chap. I7 : INTEGRALES IMPROPRES (OU GENERALISEES) (ND/NG, 9 octobre 2023) - p7·A -
∫
dx [
1 ]x = 1
Pour trouver sa nature, posons, ∀ X ∈ ] 0, 1 ] : F (X) = = ln x = 0 − ln X = − ln X ;
X x x=X
=⇒ lim F (X) = lim (− ln X) = +∞ ̸∈ IR =⇒ I2 diverge et donc n’a pas de valeur numérique.
X −→ 0 X −→ 0
> >
∫ 5
⃝
3 I3 = e dt, I.I.S. en −∞.
t
−∞ ∫ 5 [ ]t = 5
Pour trouver sa nature, posons, ∀ X ∈ ] − ∞, 5 ] : F (X) = et dt = et = e5 − eX ;
X t=X
=⇒ lim F (X) = lim (e5 − eX ) = e5 ∈ IR =⇒ I3 converge et a pour valeur : I3 = e5 .
X −→ −∞ X −→ −∞
b) Nature d’une I.I.S. en b− .
Nous définissons la nature d’une I.I.S. en b− et le mode opérationnel pour déterminer cette nature.
Définition-Propriété A-10 (Nature d’une I.I.S. en b− )
∫ b
Soit I = f (x) dx, une I.I.S. en b− . Pour étudier la nature de I, on pose :
a ∫ X
F (X) = f (x) dx, ∀ X ∈ [ a, b [ . (a.7)
a
• Il faut noter que (Complément 1 ) : ∀ X ∈ [ a, b [ , F (X) est une intégrale définie (au sens de
Riemann), donc F (X) ∈ IR (ou C). Ainsi, F définit une application de [ a, b [ −→ IR (ou C).
• Ensuite, on essaie de calculer F (X), ∀ X ∈ [ a, b [ , puis lim F (X). On a alors 2 possibilités :
X −→ b
<
1. Si lim F (X) = ℓ ∈ IR (resp. C), alors on dira que l’I.I.S. en b− , I :
X −→ b
<
1.1. est convergente ou converge ou existe ; ∫ b
1.2. et a pour valeur numérique ℓ, i.e. on pose : f (x) dx = ℓ.
a
2. S’ ̸ ∃ lim F (X) dans IR (resp. C), alors on dira que l’I.I.S. en b− , I :
X −→ b
<
2.1. est divergente ou diverge ou n’existe pas ;
2.2. et donc n’a pas de valeur numérique.
• • • Remarque A·III .2 (I.I.S. en b− et continuité) ∫ b
Dans la quasi totalité des situations concrètes qu’on peut rencontrer, une I.I.S. f (x) dx en b−
a
est telle que la fonction f est définie et continue de [ a, b [ −→ IR (ou C). Il s’ensuit que :
∀ X ∈ [ a, b [ , fixé, f est continue sur l’intervalle fermé et borné [ a, X ] ; (a.8)
=⇒ par la formule de Leibniz , la fonction F : [ a, b [ −→ IR (ou C), définie par (a.7), vérifie :
∀ X ∈ [ a, b [ , F (X) = G(X) − G(a), (a.9)
où la fonction G est une primitive de f sur l’intervalle [ a, b [ .
∗∗∗ Exemple A.3 Natures respectives de :
∫ +∞
⃝
1 I1 = sin x dx, I.I.S. en +∞.
0 ∫ X [ ]x = X
Pour trouver sa nature, posons, ∀ X ∈ [ 0, +∞ [ : F (X) = sin x dx = − cos x = 1 − cos X.
0 x=0
Alors ̸ ∃ lim F (X) dans IR. Pour le montrer, raisonnons par l’absurde.
X −→ +∞
En effet, supposons que lim F (X) = ℓ ∈ IR, i.e. lim (1 − cos X) = ℓ ∈ IR ;
X −→ +∞ X −→ +∞
=⇒ lim cos X = 1 − ℓ ∈ IR : absurde. D’où : ̸ ∃ lim F (X) dans IR ;
X −→ +∞ X −→ +∞
- p8·A - A·III - Nature des intégrales impropres : définitions formelles
=⇒ I1 diverge et donc n’a pas de valeur numérique.
∫ 3
dx
⃝
2 I2 = √ , I.I.S. en 3− .
0 3−x ∫ X
dx
Pour trouver sa nature, posons : F (X) = √ , ∀ X ∈ [ 0, 3 [ .
0 3−x
[ √ ]x = X √ √
Alors, ∀ X ∈ [ 0, 3 [ , F (X) = − 2 3 − x =2 3 − 2 3−X;
x=0
√ √ √ √
=⇒ lim F (X) = lim (2 3 − 2 3 − X ) = 2 3 ∈ IR =⇒ I2 converge et I2 = 2 3.
X −→ 3 X −→ 3
< <
∫ 0
dx
⃝
3 I3 = , I.I.S. en 0− .
−1 x ∫ X
dx [ ]x = X
Pour trouver sa nature, posons, ∀ X ∈ [ − 1, 0 [ : F (X) = = ln | x | = ln | X | ;
−1 x x = −1
=⇒ lim F (X) = lim ln | X | = −∞ ̸∈ IR =⇒ I3 diverge et donc n’a pas de valeur numérique.
X −→ 0 X −→ 0
< <
2◦ ) Nature d’une I.I.C.
On donne ici la définition de la nature d’une I.I.C. et le mode opérationnel pour déterminer cette nature.
Définition-Propriété A-11 (Nature d’une I.I.C.)
∫ b
Soit I = f (x) dx, une I.I.C.. Pour étudier la nature de I, on procède comme suit :
a
1. On décompose I en somme d’un certain nombre fini d’I.I.S., selon le principe de Chasles :
∫ b ∫ a1 ∫ a2 ∫ ap ∫ b
f (x) dx = f (x) dx + f (x) dx + · · · + f (x) dx + f (x) dx, (a.10)
a a a1 ap−1 ap
où a1 , · · · , ap sont des nombres réels (à trouver) tels que :
(i) a = a0 < a1 < a2 < ·∫· · < ap < ap+1 = b ;
ak+1
(ii) ∀ k = 0 (1) p, Ik = f (x) dx est une I.I.S..
ak
2. Ensuite, on a 2 possibilités :
2.1. Si toutes les I.I.S. I0 , · · · , Ip convergent, alors on dira que l’I.I.C. I :
– est convergente ou converge ou existe ;
– et a pour valeur numérique a : I = I0 + · · · + Ip .
2.2. Si au moins une des I.I.S. I0 , · · · , Ip diverge, alors on dira que l’I.I.C. I :
– est divergente ou diverge ou n’existe pas ;
– et donc n’a pas de valeur numérique.
a. Rigoureusement parlant, avant de connaı̂tre la nature de I, le 2nd membre de (a.10) ne sera pas garanti être une
vraie somme puisqu’on ne sait pas si les intégrales qui y apparaissent sont convergentes. Il ne le devient vraiment qu’après
établissement de la convergence de I. C’est donc un abus de notation que d’écrire (a.10) au début de l’étude de la nature
de I. Mais cet abus de notation est routinièrement utilisé, car il est très commode pour la construction du raisonnement.
∗∗∗ Exemple A.4 Décompositions de Chasles en somme d’I.I.S. de chacune des I.I.C. de l’Exemple A.1 .
∫ +∞
⃝
1 I1 = e−x dx, I.I.C. en −∞, +∞. Posons : f (x) = e−x .
2 2
−∞
Pour étudier la nature de I1 , on peut partir de la décomposition :
∫ +∞ ∫ 0 ∫ +∞
I1 = f (x) dx = f (x) dx + f (x) dx . (a.11)
−∞ −∞
| {z } | 0
{z }
I1·1 I1·2
Notons alors que I1·1 et I1·2 sont 2 I.I.S., respectivement en −∞ et +∞.
Ainsi, on a : (I1 converge) ⇐⇒ (I1·1 et I1·2 convergent).
Chap. I7 : INTEGRALES IMPROPRES (OU GENERALISEES) (ND/NG, 9 octobre 2023) - p9·A -
∫ 1
dx 1
⃝
2 I2 = , I.I.C. en 0− , 0+ . Posons : f (x) = .
−1 x x
Pour étudier la nature de I2 , on peut partir de la décomposition :
∫ 1 ∫ 0 ∫ 1
I2 = f (x) dx = f (x) dx + f (x) dx . (a.12)
−1 −1
| {z } | 0
{z }
I2·1 I2·2
Notons alors que I2·1 et I2·2 sont 2 I.I.S., respectivement en 0− et 0+ .
Ainsi, on a : (I2 converge) ⇐⇒ (I2·1 et I2·2 convergent).
∫ 3
dx 1
⃝
3 I3 = √ , I.I.C. en 0+ , 3− . Posons : f (x) = √ .
0 x(3 − x) x(3 − x)
Pour étudier la nature de I3 , on peut partir de la décomposition :
∫ 3 ∫ 2 ∫ 3
I3 = f (x) dx = f (x) dx + f (x) dx . (a.13)
0
| 0 {z } | 2 {z }
I3·1 I3·2
Notons alors que I3·1 et I3·2 sont 2 I.I.S., respectivement en 0+ et 3− .
Ainsi, on a : (I3 converge) ⇐⇒ (I3·1 et I3·2 convergent).
∫ +∞
sin x sin x
⃝
4 I4 = dx, I.I.C. en −∞, (−4)− , (−4)+ , 0− , 0+ , +∞. Posons : f (x) = 6 .
−∞ x |x + 4|
6 x |x + 4|
Pour étudier la nature de I4 , on peut partir de la décomposition :
∫ +∞ ∫ −5 ∫ −4 ∫ −2 ∫ 0 ∫ 3 ∫ +∞
I4 = f (x) dx = f (x) dx + f (x) dx + f (x) dx + f (x) dx + f (x) dx + f (x) dx .
−∞ −∞ −5 −4 −2
| {z } | {z } | {z } | {z } | 0
{z } | 3
{z }
I4·1 I4·2 I4·3 I4·4 I4·5 I4·6
Notons alors que I4·1 , · · · , I4·6 sont 6 I.I.S., respectivement en −∞, (−4)− , (−4)+ , 0− , 0+ , +∞.
Ainsi, on a : (I4 converge) ⇐⇒ ( I4·1 , · · · , I4·6 convergent).
◃ Exercice EXO A.2 Pour les intégrales impropres de l’Exemple A.4 ci-dessus :
1◦ ) Achever l’étude de la nature de I2 et I3 , et préciser la valeur de l’intégrale en cas de convergence.
2◦ ) Pour I1 et I4 , y revenir lorsque la suite du Cours permettra d’achever l’étude de leur nature.
3◦ ) Mais, pour I3 , reprendre l’étude de sa nature plus tard, lorsque la suite du Cours le permettra, en
utilisant, de manière appropriée, le critère de convergence appelé Règle de Riemann.
∗∗∗ Remarques.
Les décompositions d’intégrales impropres de l’Exemple A.4 doivent suffire à avoir montré comment se
fait ce genre de décomposition d’une I.I.C. en somme d’I.I.S. appropriées. Comme on a pu le constater, la
manœuvre est assez mécanique et on en acquiert la routine assez facilement. Mais de ces exemples, on peut
aussi aisément extrapoler les faits généraux suivants :
1. Dans la décomposition de Chasles (a.10) d’une I.I.C. en somme d’I.I.S., chacune de ces I.I.S. a
comme singularité l’une des singularités de l’I.I.C. elle même.
2. Réciproquement, toute singularité de l’I.I.C. se retrouve comme singularité d’une ou deux I.I.S. au
2nd membre de (a.10). Plus précisément :
2.1. une singularité à une borne de l’I.I.C. sera singularité d’une seule I.I.S. au 2nd membre de (a.10) ;
2.2. une singularité interne x0 de l’I.I.C. sera, généralement 3 , singularité de 2 I.I.S. au 2nd membre
de (a.10), une en x− +
0 et une autre en x0 ;
3. Le cas de l’intégrale I2 permet de comprendre pourquoi une intégrale impropre ayant une seule singu-
larité, mais qui est intérieure au domaine d’intégration, n’est pas considérée comme une I.I.S..
3. Nous négligeons ici les cas très particuliers, assez rares en pratique, où une singularité interne est singularité à gauche,
mais pas à droite, ou vice versa.
- p10·A - A·III - Nature des intégrales impropres : définitions formelles
4. Dans la décomposition (a.10), le choix des points intermédiaires a1 , · · · , ap n’est pas unique. L’essentiel
est de les choisir de telle sorte que chaque intégrale apparaissant au 2nd membre de (a.10) soit une
I.I.S..
5. Par contre, ce qui est unique, c’est le nombre de ces points intermédiaires, et donc aussi le nombre
d’I.I.S. dans la décomposition d’une I.I.C. donnée.
6. Dans l’Exemple A.4 , le cas de l’intégrale I4 est le plus représentatif pour comprendre la manière de
choisir les points intermédiaires a1 , · · · , ap . En effet, on les choisit dans l’ordre croissant en parcourant
l’intervalle d’intégration de l’I.I.C. de sa borne inférieure à sa borne supérieure. Ainsi, pour I4 :
6.1. Comme la borne inférieure −∞ est une singularité de I4 , alors I4·1 devait être une I.I.S. en −∞,
ce qui imposait de choisir le 1er point intermédiaire a1 de telle sorte qu’il soit strictement compris
entre −∞ et la singularité suivante de I4 , i.e. −4. Par conséquent, tout réel ∈ ] −∞, −4 [ pouvait
faire l’affaire comme valeur de a1 . Nous avons ainsi pris a1 = −5 ;
6.2. l’I.I.S. suivante I4·2 devait alors avoir a1 = −5 comme borne inférieure. Mais −5 n’étant pas une
singularité de I4 , alors la seule possibilité pour que I4·2 soit une I.I.S. était de lui donner, comme
borne supérieure, la singularité de I4 qui vient après −5, et donc à prendre a2 = −4. Ainsi, I4·2
est une I.I.S. en (−4)− ;
6.3. l’I.I.S. suivante I4·3 devait alors avoir a2 = −4 comme borne inférieure. Comme −4 est une
singularité intérieure de I4 , alors I4·3 devait être une I.I.S. en (−4)+ , ce qui imposait de choisir
le point intermédiaire a3 de telle sorte qu’il soit strictement compris entre −4 et la singularité
suivante de I4 , i.e. 0. Tout réel ∈ ] − 4, 0 [ était OK comme valeur de a3 . On a pris a3 = −2 ;
6.4. l’I.I.S. suivante I4·4 devait alors avoir a3 = −2 comme borne inférieure. Mais −2 n’étant pas
une singularité de I4 , alors la seule possibilité pour que I4·4 soit une I.I.S. était de lui donner,
comme borne supérieure, la singularité de I4 qui vient après −2, et donc à prendre a4 = 0. Ainsi,
I4·4 est une I.I.S. en 0− ;
6.5. l’I.I.S. suivante I4·5 devait alors avoir a4 = 0 comme borne inférieure. Comme 0 est une singu-
larité intérieure de I4 , alors I4·5 devait être une I.I.S. en 0+ , ce qui imposait de choisir le point
intermédiaire a5 de telle sorte qu’il soit strictement compris entre 0 et la singularité suivante de
I4 , i.e. +∞. Tout réel ∈ ] 0, +∞ [ était OK comme valeur de a5 . Ainsi, a5 = 3 a été notre choix ;
6.6. l’I.I.S. suivante I4·6 devait alors avoir a5 = 3 comme borne inférieure. Mais 3 n’étant pas une
singularité de I4 , alors la seule possibilité pour que I4·6 soit une I.I.S. était de lui donner, comme
borne supérieure, la singularité de I4 qui vient après 3, et donc à prendre a6 = +∞. Ainsi, I4·6
est une I.I.S. en +∞.
6.7. La décomposition de Chasles de l’I.I.C. I4 en somme d’I.I.S. est terminée, car on est arrivé en
un point a6 = +∞, la borne supérieure de I4 .
3◦ ) Notion de critère de convergence d’une intégrale impropre.
Malgré les apparences, les défintions données ci-dessus de la nature d’une intégrale impropre selon son
type (Définitions A-9 , A-10 et A-11) ne donnent pas le fin mot de l’histoire pour arriver à déterminer
la nature d’une telle intégrale. En effet, il faut, ensuite, s’interroger sur l’applicabilité, en pratique, de ces
défintions face à une intégrale impropre donnée. C’est cet aspect que nous examinons ci-après, et qui mène
à la notion fondamentale de critère de convergence d’une intégrale impropre.
a) Critère de convergence d’une intégrale impropre : Motivation.
∫ b
Nous illustrons le problème sur le cas d’une I.I.S. en b− . Soit donc I = f (x) dx, une I.I.S. en b− .
a
Par la Définition A-10, pour étudier la nature de I, on considère F : [ a, b [ −→ IR (ou C), la fonction
définie par : ∫ X
F (X) = f (x) dx, ∀ X ∈ [ a, b [ ;
a
puis on essaie d’examiner lim F (X). Si cette limite existe et est finie, alors I converge. Sinon, I diverge.
X −→ b
<
Pour mettre concrètement en œuvre ce programme d’étude de la nature de I, il faudrait, a priori :
Chap. I7 : INTEGRALES IMPROPRES (OU GENERALISEES) (ND/NG, 9 octobre 2023) - p11·A -
(i) Calculer explicitement l’intégrale définie F (X), ∀ X ∈ [ a, b [ . Ceci revient à
savoir calculer une primitive G de f sur [ a, b [ . En effet, une fois celle ci
trouvée, on pourra obtenir F (X) par F (X) = G(X) − G(a).
(ii) Ayant obtenu l’expression de F (X), essayer de calculer la limite lim F (X).
X −→ b
<
Seulement, dans beaucoup de cas, le calcul ≪à la main≫ d’une primitive de f est malaisé, voire impossible.
Dans ce cas, le programme ci-dessus ne peut pas être appliqué directement. Ainsi, si on a, à tout prix, besoin
de connaı̂tre la nature de I, il faut prendre une voie de contournement pour trouver celle ci. N.B. Mais
sans que la définition de cette nature ne change : elle reste toujours donnée par la Définition A-10. C’est
là qu’intervient la notion de critère de convergence d’une intégrale impropre.
b) Critère de convergence d’une intégrale impropre : Définition formelle.
Définition A-12 (Critère de convergence d’une intégrale impropre)
∫ b
Un critère de convergence d’une intégrale impropre I = f (x) dx est toute méthode permettant
a
de trouver la nature de cette intégrale en opérant directement sur l’expression de f (x) dans ] a, b [ , en
s’appuyant sur les propriétés de la fonction f . N.B. Et donc sans revenir explicitement à la définition
de cette nature.
• • • Remarque/Commentaire A.1 (Critère de convergence d’une I.I. ??? )
Un critère de convergence ne change pas la définition de la nature d’une intégrale impropre
∫ b
I = f (x) dx. Cette définition reste toujours donnée par l’une des 3 Définitions A-9 , A-10 ou
a
A-11, selon qu’il s’agit d’une I.I.S. en a+ , en b− ou d’une I.I.C..
En réalité, un critère de convergence est un résultat énoncé (Lemme, Proposition, Théorème ou
Corollaire), généralement de la forme :
1. si la fonction f vérifie une hypothèse (H1), alors I converge.
2. si la fonction f vérifie une hypothèse (H2), alors I diverge.
C’est dans la démonstration du résultat en question que ces 2 assertions sont démontrées comme
étant vraies. Mais une fois que ceci est fait, on n’a plus besoin de re-démontrer ces assertions à chaque
fois. Pour appliquer le critère à l’intégrale impropre I dont on cherche la nature, on essaie de montrer
que la fonction f satisfait une des hypothèses (H1) ou (H2) de l’énoncé du critère, et si c’est le cas,
alors on conclut à la convergence ou à la divergence de I, selon celles de ces 2 hypothèses qui est vraie.
4◦ ) Une connexion intéressante : Intégrales définies et I.I. convergentes.
Un argument va être donné ici pour justifier pourquoi les intégrales définies (au sens de Riemann) peuvent
être vues comme des cas particuliers d’I.I. convergentes.
a) Un résultat particulier sur les intégrales définies.
Le résultat suivant aurait pu être énoncé et démontré en Analyse Réelle II . La raison pour laquelle
cela n’a pas été fait est qu’il y aurait eu peu d’intérêt. Par contre, ici, il servira, par la suite, d’argument de
base pour justifier l’identification de toute intégrale définie à un cas particulier d’I.I. convergente.
Proposition A.4 (Intégrale définie : une propriété particulière)
∫ b
Soit I = f (x) dx, une intégrale définie (au sens de Riemann). Donc a, b ∈ IR, et I ∈ IR (ou C).
a ∫ b ∫ X
Posons : ∀ X ∈ ] a, b ], F1 (X) = f (x) dx et ∀ X ∈ [ a, b [ , F2 (X) = f (x) dx. Alors on a :
X a
lim F1 (X) = I et lim F2 (X) = I. (a.14)
X −→ a X −→ b
> <
- p12·A - A·III - Nature des intégrales impropres : définitions formelles
Preuve
Notons d’abord que du fait que I est une intégrale définie, alors on a :
∀ X ∈ ] a, b ], F1 (X) est aussi une intégrale définie, et donc F1 (X) ∈ IR (ou C) ;
∀ X ∈ [ a, b [ , F2 (X) est aussi une intégrale définie, et donc F2 (X) ∈ IR (ou C).
∫ b ∫ b
Calculons alors I − F1 (X) = f (x) dx − f (x) dx, ∀ X ∈ ] a, b ] :
a X
∫ b ∫ X ∫ X
I − F1 (X) = f (x) dx + f (x) dx = f (x) dx,
a b a
∫ X ∫ X
=⇒ | I − F1 (X) | = f (x) dx 6 | f (x) | dx (car X > a). (a.15a)
a a
Or, I intégrale définie =⇒ la fonction f est bornée sur [ a, b ],
=⇒ ∃ M ∈ IR+ / ∀ x ∈ [ a, b ], | f (x) | 6 M ; (a.15b)
∫ X
(a.15a) et (a.15b) =⇒ ∀ X ∈ ] a, b ], 0 6 | I − F1 (X) | 6 M dx = M · (X − a). (a.15c)
a
Maintenant, sachant que lim M · (X − a) = 0, alors (a.15c) =⇒ lim | I − F1 (X) | = 0,
X −→ a X −→ a
> >
=⇒ lim [ I − F1 (X) ] = 0 =⇒ lim F1 (X) = I.
X −→ a X −→ a
> >
La 2ème égalité de (a.14) se démontre de manière analogue. Cqfd
b) Conséquence pratique : intégrales définies vues comme I.I. convergentes.
De la Proposition A.4, on déduit que :
1. la 1ère égalité de (a.14) montre que la valeur numérique d’une intégrale définie vérifie la propriété
qui donne la valeur numérique d’une I.I.S. en a+ qui converge (Définition A-9) ;
ème égalité de (a.14) montre que la valeur numérique d’une intégrale définie vérifie la propriété
2. la 2
qui donne la valeur numérique d’une I.I.S. en b− qui converge (Définition A-10).
Du fait de cette double observation, il faut alors s’attendre à ce que toute propriété établie pour les I.I.
convergentes soit aussi vérifiée par les intégrales définies.
Pour cette raison, on s’autorise à inclure les intégrales définies parmi les I.I. convergentes. Par abus de
langage, on dira que ce sont les intégrales impropres qui ont ≪ zéro singularité ≫.
Ainsi, dans toute la suite de ce Cours, ≪ I.I. convergente ≫ sous-entendra la possibilité que ce soit, en
fait, éventuellement, une intégrale définie.
5◦ ) Intégrales impropres : extensions et cas particuliers. ∫ b
Dans tout ce qui précède, chaque fois qu’on a parlé d’une intégrale impropre I = f (x) dx, implicitement,
a
cela sous-entendait que ses bornes a et b étaient dans l’ordre naturel strict, i.e. a < b.
Or, dans le cas où I est une intégrale définie, on sait qu’il est tout à fait permis d’avoir a > b ou a = b.
Il est question, ci-après, d’étendre la même possibilité au cas des intégrales impropres, et en utilisant les
mêmes logiques que pour les intégrales définies.
∫ b
a) Extension : intégrale impropre f (x) dx, avec a > b.
a
On définit une I.I. avec borne inf. > borne sup., puis sa nature, de la manière suivante :
Chap. I7 : INTEGRALES IMPROPRES (OU GENERALISEES) (ND/NG, 9 octobre 2023) - p13·A -
Définition-Propriété A-13 (I.I. avec borne inf. > borne sup.)
∫ b ∫ b ∫ a
Soit I = f (x) dx, une intégrale/ a > b. Posons : J = − f (x) dx = f (x) dx. Alors :
a a b
1. J est une intégrale avec ses bornes dans l’ordre naturel strict.
2. On dit alors que I est une intégrale impropre si, et seulement si, J en est une.
3. De plus alors, on dira que :
3.1. I converge lorsque J converge, et alors leurs valeurs numériques sont liées par : I = −J.
3.2. I diverge lorsque J diverge, et alors, comme J, I n’a pas de valeur numérique.
b) Deux cas particuliers triviaux d’intégrales impropres convergentes.
∫ a ∫ a
⃝1 Pour toute fonction f : IR −→ IR (ou C), on a : ∀ a ∈ IR, f (x) dx converge et f (x) dx = 0 .
a a
∫ b ∫ b
⃝
2 ∀ a, b ∈ IR, on a : 0 dx converge et 0 dx = 0 .
a a