Introduction au Droit Civil Sénégalais
Introduction au Droit Civil Sénégalais
LICENCE 1
SCIENCES JURIDIQUES
& POLITIQUES
DROIT CIV
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Introductio
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LE DROIT OBJECTIF
-
LE DROIT SUBJECTIF
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PLAN DU COURS :
TITRE I – LE DROIT OBJECTIF
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3 – Quand à l’entrée en vigueur
4 – Quand à l’expiration
5 – Quand au contrôle
C – La coutume et la jurisprudence
1 – La coutume
2 – La jurisprudence
II – La mise en œuvre des sources du droit
A – L’application de la loi dans le temps
1 – Le principe de la non rétroactivité des lois
a – Affirmation du principe
b – Les exceptions au principe
2- Le principe de l’effet immédiat de la loi
B – L’application de la loi dans l’espace
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INTRODUCTION GENERALE/
Dans le langage courant, le mot droit peut avoir deux significations : dans l’expression « je maîtrise
le droit de mon pays », j’essaie certainement de signifier que je maîtrise l’ensemble des règles ou normes à
caractère juridique de mon pays. Par contre, lorsque je dis « j’ai le droit de vendre ma voiture », je tente par là
d’expliquer que j’ai le pouvoir, la prérogative, la liberté de vendre ma voiture.
Ces deux compréhensions du mot droit sont différentes et correspondent pourtant aux deux véritables signi-
fications du concept de « droit ». Tantôt, en effet, le droit correspond à l’ensemble des règles à caractère juri-
dique qui régissent la vie en société : c’est le droit objectif. Tantôt par contre, le droit désigne un lien entre une
personne et une ou plusieurs autres personnes ou une personne et une chose par exemple. Ce lien permettant
au premier de détenir une prérogative qu’elle exercera sur l’autre ou sur la chose : c’est le droit subjectif.
Le cours introductif à l’étude du droit a pour objet l’explication et l’explicitation de ces deux contenus du
concept de droit. Nous étudierons d’abord le phénomène juridique en tant qu’universalité de règles c’est-à-
dire comme droit objectif (TITRE I) avant de ’l’appréhender comme un ensemble de prérogatives, de droit
subjectifs (TITRE II)
Si l’on considère le droit comme l’ensemble des règles à caractère juridique qui régissent la vie en société on ne
peut manquer de se poser un certain nombre de questions. La première interrogation renvoie certainement
à la place de ce corps de règle dans l’essence et le devenir de l’être humain. Le droit est-il une construction de
l’homme ou lui préexiste t-il ? Est-il aux services des volontés des sociétés humaines ou au contraire doit-il
limiter naturellement leur passion et leur action ? D’autres interrogations de ce genre rejoignent celles-ci et
témoignent de l’existence d’une philosophie du droit.
Nous avons affirmé que le droit est l’ensemble des normes à caractère juridique. Ces normes sont-elles seules
à régir la vie en société ? Existe-t-il d’autres règles n’ayant pas un caractère juridique et donc susceptibles de
concurrencer la règle de droit ? Tenter de répondre à l’interrogation revient à opérer une distinction entre
les différentes normes et donc une identification de la règle de droit (CHAPITRE I). Enfin, si le droit est un
ensemble de normes à caractère juridique, on se demande par ailleurs par quels phénomènes naturels ou pro-
voqués ces normes juridiques naissent : c’est la question des sources du droit (CHAPITRE II).
Nous avions précédemment défini le droit objectif comme l’ensemble des règles à caractère juridique. Une
compréhension exacte du phénomène du droit objectif nécessite que la notion de règle de droit soit précisée.
En synthétisant, on peut définir la règle de droit comme une norme (écrite ou non) à caractère générale et
impersonnelle dont l’inobservation est sanctionnée par l’autorité publique.
La règle de droit présente un certain nombre de caractères qui facilite son identification. Certains de ces
caractères se retrouvent pourtant dans d’autres règles de conduite sociale comme la règle morale et la règle
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religieuse, ce qui rend leur différentiation d’avec la règle de droit plus difficile (Section I).
Par ailleurs, le droit objectif est composé de familles de règles qui régissent chacune un domaine déterminé
de l’activité humaine. Cette spécialisation des règles juridiques conduit à une division du droit (Section II).
La règle de droit a ses propres caractères (I). Ceux-ci peuvent aider à la différentier de la règle morale ou
religieuse (II).
Parce qu’elle est une norme, la règle de droit présente un caractère prescriptif (A). Elle a par ailleurs un aspect
général et impersonnel (B). Enfin, l’attachement que le législateur a pour son application par les citoyens
fonde son caractère obligatoire (C).
Il tient dans la prescription contenue dans toute norme de conduite. Il illustre le fait que toute règle juridique
opère un choix entre plusieurs solutions possibles. Ce choix qu’elle impose, ou la prescription contenue dans
la norme, peut consister en une obligation de faire quelque chose (veiller à l’éducation de ses enfants, porter
assistance aux personnes en danger…), de ne pas faire quelque chose (interdiction de voler, détourner les
deniers publics) ou enfin donner quelque chose (payer ses impôts). La prescription de la règle de droit peut
consister aussi en la simple définition d’un concept, d’une institution, d’une notion, par exemple celle de
travailleur ou de commerçant. Par là, la règle fixe un contenu à une notion, organise une institution comme
l’Université Cheikh Anta Diop ou le baccalauréat. La prescription peut enfin consister dans une sanction
prévue pour réprimer un comportement déterminé.
Envisagée sous ce caractère, la règle de droit serait une règle générale et abstraite. On entend par là que la loi
prescrit pour des situations non individualisées. Elle aurait vocation à s’appliquer par la suite à toute personne
se trouvant dans la situation décrite par la règle. Par exemple, la règle selon laquelle les commerçants sont te-
nus de tenir des livres de commerce est dite générale et impersonnelle non pas parce qu’elle s’applique à toute
la population mais qu’elle a vocation à s’appliquer indifféremment à tout individu ayant la qualité de commer-
çant. Ce caractère admet cependant des exceptions. C’est-à-dire des hypothèses où la loi n’intéresse qu’une
seule personne ou des individus nommément désignés. C’est le cas d’une loi d’amnistie votée sur le fonde-
ment de l’article 67 de la Constitution par l’assemblée nationale. C’est le cas aussi des décrets par lesquels le
Président de la République nomme aux emplois civils en vertu de l’article 44 de la même Constitution.
Ce caractère manifeste l’empreinte de l’Etat sur la norme. Si la règle de droit dicte un choix, un comporte-
ment, son application pourrait être compromise si les citoyens étaient autorisés à passer outre. Le caractère
obligatoire de la règle de droit a pour corollaire la prévision d’une sanction pour son inobservation. Cette
sanction peut être civile (Responsabilité civile, nullité du contrat, interdiction d’exercer le commerce…). Elle
peut être pénale (amende, condamnation à une peine privative de liberté), administrative (retrait d’une auto-
risation…).
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Le caractère obligatoire de la règle de droit mérite pourtant d’être relativisé. Dans certaines hypothèses, la
règle n’impose pas un comportement aux citoyens. Elle se contente de préciser la solution qui a la préférence
du législateur et qui doit recevoir application lorsque les citoyens n’ont pas fait un choix contraire. La règle est
alors dite supplétive. Au contraire, lorsque la loi impose un comportement sans laisser aux citoyens la pos-
sibilité d’y déroger, elle est dite impérative. Les dispositions de l’article 47 du COCC selon lesquels le contrat
doit avoir une cause licite sont impératives. De même, l’interdiction du travail forcé par le Code du travail
sénégalais a un caractère impératif. Par contre, la réglementation de la dot comme une condition de for-
mation du mariage par l’article 116 du Code de la famille est une règle supplétive. Les futurs époux pouvant
convenir du contraire.
La distinction entre règle supplétive et impérative n’est pas aisée. Les choses sont simples lorsque le législateur
utilise un certains vocabulaire afin de montrer le caractère impératif d’une norme. Des formules comme « à
peine de nullité », « impérativement », « toutes dispositions contraires est nulle » ou « cette disposition est
d’ordre public » manifestent la nature impérative de la règle. Cela ne veut pas dire qu’en l’absence de telles
formules, la règle édictée n’est pas impérative. En réalité, lorsque l’expression du législateur n’est pas suffisam-
ment claire, le juge dispose d’un pouvoir d’appréciation pour déterminer si la règle est supplétive ou impéra-
tive.
La nature supplétive de la règle de droit ne fait qu’atténuer son caractère obligatoire mais ne la fait pas dis-
paraitre. En édictant une disposition supplétive, le législateur donne aux parties au contrat la possibilité de
l’écarter pour appliquer une autre norme. Mais, à défaut, pour les parties, d’user de cette faculté, la norme
supplétive conserve son caractère obligatoire à leur égard.
Les caractères de la règle de droit que nous venons d’exposer ne lui sont pas spécifiques. On retrouve cer-
tains de ces caractères dans d’autres règles de conduite sociale comme la règle morale et la règle religieuse. Il
convient de les distinguer de la règle de droit.
Une comparaison entre règle de droit, règle religieuse et règle morale peut être située à trois niveaux : celui de
leur origine, de leur finalité et de leur sanction respective.
La règle de droit émane d’une autorité ayant qualité pour l’édicter. La logique classique du droit désigne parmi
ces autorités les représentants de l’Etat que sont ceux du pouvoir exécutif (Présidents de la République, mi-
nistres…), ceux du pouvoir législatif (députés) et, accessoirement, ceux du pouvoir judiciaire (jurisprudence).
De plus en plus cependant, d’autres acteurs de la société, non étatiques, sont habilités à édicter des règles
de droit. Ainsi, en droit du travail, les articles L. 80 et suivants du Code du travail organisent la façon par
laquelle les syndicats d’employeurs et de salariés peuvent négocier des règles de droit applicables dans l’entre-
prise ou dans la profession.
Contrairement à la règle de droit, la règle religieuse trouve son origine dans une volonté transcendante, celle
de dieu. Quand à la règle morale, elle a sa source dans la conscience de chaque individu, selon l’idée qu’il se
fait du bien ou du mal (on évoque ainsi la morale individuelle. Mais il n’ya pas de doute que des populations
ayant partagé la même histoire, les mêmes références religieuses, finissent par avoir la même conception du
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La règle de droit est destinée à organiser la vie en société. On estime souvent que la règle religieuse tend
plus à régir les rapports entre l’homme et Dieu alors que la règle morale tend à assurer l’accord avec notre
conscience. La Constitution du Sénégal, par son article 1er tente de séparer fondamentalement la règle de
droit de la règle religieuse en posant le principe de la laïcité de l’Etat. Cette conception qui sépare fondamen-
talement droit et religion est pourtant largement formelle. Elle est née à une époque où la volonté était d’évin-
cer la règle religieuse pour mieux asseoir l’autorité et la place de la seule règle juridique (siècle des lumières en
France).
La réalité est toute autre car la règle religieuse et la règle morale constituent une source, tantôt directe, tantôt
indirecte de la rège de droit. Elles ont des finalités que le droit ne peut ignorer.
*** la prise ne compte de la morale par le droit : les idées de justice et de bien, d’égalité, qui sont des no-
tions morales et religieuses sont largement prises en compte par le droit. Ainsi l’article 103 du Code des Obli-
gations Civiles et Commerciales (COCC) fait recours à la notion d’ « équité » pour régir le contrat. Le même
Code, en son article 76, fait référence aux notions morales de « bonnes mœurs » et de « bonne foi » (Art. 76 :
« le contrat est nul pour cause immorale ou illicite lorsque le motif déterminant de la volonté des parties est
contraire à l’ordre public ou aux bonnes mœurs »).
L’exécution « loyale » du contrat est bien une référence à la morale. Le juge lui-même prend largement en
compte ces notions morales pour décider par exemple de la garde des enfants en cas de divorce, la dési-
gnation du tuteur… (Sélection de l’époux ou de la personne qui est de bonnes moeurs). La propriété qu’on
revendique sur un meuble n’est-il pas présumé que pour le possesseur de « bonne foi »? Cette bonne foi a une
place fondamentale même en droit des affaires. (Cette prise en compte de la morale est aussi constatée en
droit français : Art. 1135 du Code civil : « les conventions obligent non seulement à ce qui y est exprimé mais
encore à toutes les suites que l’équité, l’usage ou la loi donnent à l’obligation d’après sa nature » ; Art. 1134 du
Code civil « Les conventions légalement formées doivent être exécutées de bonne foi ».)
***La prise en compte de la religion par le droit : L’invocation de la règle religieuse par la règle de droit n’est
pas rare. Ainsi, en droit sénégalais, la place de l’homme comme chef de famille a certainement une inspira-
tion religieuse (Art. 152 du Code de la famille : « le mari est le chef de famille, il exerce ce pouvoir dans l’inté-
rêt commun du ménage et des enfants »). D’autres fois, la référence faite à la religion est plus explicite. A titre
d’exemple, les articles 645 et suivants du Code de la famille organisent les successions musulmanes.
Les rapports entre règle de droit, règle religieuse et règle morale ne sont pas pourtant que des rapports de
conciliation. Ces rapports se traduisent parfois en termes de conflit. Par exemple, la justice est une idée es-
sentiellement morale : le droit essaie de la prendre en compte. Mais cette prise en compte n’empêche pas qu’il
puisse exister des règles juridiques « injustes », contraires à la morale. Par exemple, l’article L. 126 du Code du
travail du Sénégal prévoit que le salarié ne peut exiger le paiement du salaire à l’employeur que dans un délai
de cinq ans. Cela veut dire que, passé ce délai, ce dernier ne peut plus le réclamer. Cette règle est obligatoire
mais peut paraître injuste. Aussi, une loi fiscale qui offre beaucoup d’avantages aux agriculteurs dans le but
de relancer ce secteur peut paraitre injuste à l’égard des pêcheurs et commerçants qui réclament les mêmes
avantages. Le caractère obligatoire de la règle de droit impose cependant d’appliquer la règle de droit même si
elle est injuste et contraire à la morale.
Le conflit entre règle de droit et règle religieuse apparaît aussi rapidement lorsqu’il existe un certain déca-
lage entre les deux types de règles dans une même société. Au Sénégal, la revendication, par certains groupes
sociaux d’une réforme du Code de la famille en vue de mieux prendre en compte le droit islamique entre
dans ce cadre. 9
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C- Distinction quant à la sanction
Lorsque l’on envisage la distinction sous l’angle de la sanction, la différence entre règle juridique, règle
morale et règle religieuse apparaît très nettement. La sanction de la règle de droit, on l’a déjà soulignée, est
prévue par l’autorité étatique qui utilise la force publique pour l’exécuter. Par contre, la sanction de l’inobser-
vation d’une règle morale semble être juste le ressentiment, le remord, la mauvaise conscience. Enfin, l’inob-
servation de la règle religieuse, le péché, appelle une sanction divine appliquée ici bas ou dans l’au-delà.
Les règles de droit tentent d’apporter des réponses à des questions précises. Ces questions renvoient à des
matières du droit qui correspondent souvent à des activités ou des domaines de la vie ou de l’activité humaine
(famille, commerce, vie politique, agriculture, enseignement…).
La codification du droit correspond à une technique de regroupement des règles régissant une matière du
droit de manière à exposer ces règles de façon plus détaillée, plus accessible et lisible. Il existe plusieurs codes
en droit sénégalais (Code de la famille, Code des obligations civiles et commerciales, Code pénal…). La pré-
sentation des codes en « Titres », « chapitres », « sections »… facilite l’accès du citoyen à la règle de droit en
rendant cette dernière plus compréhensible.
L’existence de corps de règles à caractère juridique spécialisées sur certaines questions de la vie en société
conduit à une certaine segmentation du droit en matières différentes. Ces matières du droit appartiennent à
deux grandes familles que sont : le droit privé et le droit public.
I- Le droit privé
Il régit les rapports des particuliers entre eux. C’est le droit des personnes privées. Il comprend plusieurs
matières. On en citera les principales :
A – le droit civil - il constitue le droit privé fondamental c’est-à-dire la base du droit applicable aux
particuliers. Les particuliers sont les sujets de droit qui poursuivent un intérêt personnel et qui ne présentent
aucune particularité. Le droit civil est constitué d’un droit de la famille dont l’essentiel des règles sont regrou-
pées dans un « Code de la famille ». Il comprend également le droit des obligations qui régit d’abord le
droit des contrats de manière générale et celui des contrats spéciaux tels la vente, le bail, le prêt… le droit des
obligations réglemente aussi la responsabilité civile c’est-à-dire l’obligation de réparer les dommages causés à
autrui. Il existe au Sénégal un « Code des obligations civiles et commerciales » (COCC).
Le droit de la procédure civile organise les conditions de saisine des juridictions civiles et le déroulement des
procès devant ces juridictions.
B – le droit social : il est composé du droit du travail et de celui de la sécurité sociale. Le droit du travail a
vocation à organiser les rapports entre les travailleurs et leurs employeurs dans le cadre du contrat de tra-
vail. Il définit les principales obligations de chaque partie, le droit du licenciement, les conditions de travail,
l’hygiène et la sécurité dans l’entreprise, le droit de grève ou encore l’organisation et le fonctionnement des
syndicats. La grande partie de ces règles sont issues de la loi 97-17 du 1er décembre 1997 portant « Code du
travail ». Le droit de la sécurité sociale protège les travailleurs contre les risques du travail tels les accidents du
travail, maladies professionnelles et non professionnelles, la maternité, la vieillesse…
C – le droit commercial : il s’applique aux commerçants et actes de commerce. Il s’agit des commerçants
personnes physiques et des commerçants personnes morales comme les banques, compagnies d’assurance…
Ce droit fait l’objet d’une réglementation uniforme au sein de l’Organisation pour l’Harmonisation en Afrique
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du droit des Affaires (OHADA). Les règles du droit commercial, contenues dans des Actes uniformes sont
alors identiques pour les pays membres de l’Organisation. Le droit commercial fait partie d’un ensemble plus
vaste dénommée « droit des affaires » à l’intérieur duquel on retrouve d’autres matières comme le droit ban-
caire, le droit fiscal, le droit des assurances, le droit financier, le droit du credit…
D – Le droit des sûretés - les sûretés sont des garanties accordées au créancier par le contrat ou la loi pour
lui permettre de recouvrer plus facilement sa créance. Le droit des sûretés organise le gage qui porte sur un
bien mobilier corporel (voiture, chaîne en or…), le nantissement dont l’objet est un bien meuble incorporel
(fonds de commerce, roman…), l’hypothèque qui permet d’attribuer un immeuble comme garantie. Le cau-
tionnement est la sûreté par laquelle une personne se porte garante du paiement d’une dette si le débiteur ne
paie pas… ces garanties s’appliquent aussi bien aux particuliers ayant la qualité de commerçant qu’à ceux qui
ne l’ont pas.
E – Le droit international privé : ces règles sont destinées à designer la loi nationale applicable ou la juri-
diction compétente en cas de conflit de lois dans l’espace. Les dispositions du droit international privé per-
mettent par exemple de savoir si le droit sénégalais ou français est applicable en cas de divorce entre un séné-
galais et une française. Autre exemple : un avion d’air France transportant des passagers américains s’écrase au
Sénégal. Faut-il appliquer au litige le droit sénégalais, le droit français, ou le droit américain ? le droit interna-
tional privé résout la question.
F – Le droit pénal : il a pour objet la répression des infractions pénales c’est-à-dire les contraventions, les
délits et les crimes. Il est assorti d’un droit de la procédure pénale destiné à organiser la mise en œuvre du
droit pénal devant les juridictions pénales.
II - Le droit public
Il comprend un ensemble des règles applicables aux personnes publiques et aux relations que ces dernières
entretiennent avec les citoyens. Les personnes publiques sont l’Etat, ses démembrements (Université Cheikh
Anta Diop…) , les collectivités territoriales (communes, communautés rurales…)…. Le droit public se subdi-
vise en plusieurs branches :
A – Le droit constitutionnel : il organise l’Etat en précisant ses missions et ses caractères. Il définit aussi et
réglemente les différentes institutions de l’Etat que sont le Président de la République, le Gouvernement, l’As-
semblée nationale… il contient par ailleurs les principes fondamentaux que la République considère comme
intangibles et définit les libertés fondamentales de l’individu.
C – Le droit des finances publiques : il étudie les règles générales de gestion des finances publiques c’est-
à-dire celles par lesquelles l’Etat et les autres personnes publiques définissent leur recettes, leurs dépenses,
établissent leur budget et l’exécutent.
D – Le droit international public : sa finalité est de régir les rapports des Etats entre eux mais aussi l’organisa-
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tion et le fonctionnement des institutions internationales dont les Etats sont membres (ONU, union africaine,
UEMOA…)
Il existe une philosophie de l’élaboration de la règle de droit qu’il convient d’exposer (Section I) avant de voir
les sources de la règle de droit (Section II).
Deux grands courants de pensée s’affrontent. Ils correspondent chacune à une famille de juristes et philo-
sophes partageant la même conception de la place et du rôle du droit. Le premier courant voit dans le droit
une réalité ayant son existence propre, originelle, et n’a donc point besoin d’être inventé. C’est le courant idéa-
liste ou naturaliste. Selon les tenants de la seconde pensée, le droit est un pur produit de la volonté humaine
qui doit donc être sa principale source. C’est le courant positiviste.
Il convient d’exposer la pensée des deux courants (Section I) avant de voir le succès qu’ils ont pu avoir sur
l’élaboration des règles juridiques (Section II).
A- le courant idéaliste
Il a pris naissance à l’époque des philosophes grecs puis s’est répandu dans la pensée de la Rome antique. La
philosophie chrétienne lui donne un nouvel élan avant que des auteurs contemporains à notre époque ne
consacrent un droit naturel moderne.
1 – La philosophie grecque
Les premiers raisonnements de type idéaliste sont découverts à l’époque de la Grèce antique avec l’apport
de certains philosophes comme Platon et Aristote. Selon ces penseurs, le droit est inséparable de l’idée de
justice. Or, la justice bénéficie, selon ces philosophes, d’une antériorité et d’une supériorité sur le droit. La
justice, selon Platon n’est pas à rechercher dans la conformité aux lois de la cité mais correspond à un idéal
que l’homme découvre en lui-même comme une vertu naturelle. En résumé, pour les philosophes grecs, la
réalisation de la justice est la finalité du droit. Or la justice est par essence naturelle. Le droit ne peut donc être
que naturel, universel, insensible aux différences entre les régions, les climats, les faits sociaux… (Aristote,
Ethique à Nicomaque, éd. Garnier ; Platon, La République).
2 – Le droit romain.
Poursuivant le raisonnement des philosophes grecs, les romains estiment que le droit à un fondement dans la
nature même et présente un caractère universel. Cicéron résume très bien cette pensée en déclarant que la loi,
la vraie, est « répandue dans tous les êtres ». C’est celle qui nous rappelle impérieusement à remplir nos fonc-
tions, éviter la fraude. Il s’agit, selon les romains, d’une loi éternelle et immuable qui régit toutes les nations et
en tout temps.
Le naturalisme juridique des grecs et des romains a eu comme conséquence de légitimer des sociétés très
inégalitaires (maitres/ esclaves). Une remise en cause de cette inégalité s’avérait difficile dès lors que les règles
qui la mettaient en œuvre étaient considérées comme naturelles.
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3 - La philosophie chrétienne.
Les penseurs chrétiens partagent avec tous les autres idéalistes le fait de soutenir que l’origine du droit se situe
hors de l’action de l’homme. Ces penseurs chrétiens se particularisent cependant des autres car ils estiment
qu’il n’y a pas de justice sans adhésion à dieu. Les lois profanes, différentes de celle du seigneur, sont toujours
injustes.
Saint Thomas d’Aquin place, au sommet de la hiérarchie des sources du droit, la loi éternelle qui exprime la
volonté divine, puis la loi naturelle qui serait accessible à l’homme ;
Comme tous les penseurs idéalistes, la philosophie chrétienne est essentialiste car elle présente le droit
comme objectivement indépendante des volontés et qu’il est donc antérieur à l’individu et à l’Etat.
La philosophie chrétienne connut par la suite un certain recul. Le droit chrétien, à partir du 12e siècle, ne
correspond plus aux aspirations des peuples européens. Selon les auteurs de cette époque, la loi évangélique
n’inclut pas de préceptes juridiques et qu’elle a un autre domaine : celle des rapports entre l’homme et dieu.
Cette nouvelle vision des choses facilite le passage au droit naturel moderne
Les idéalistes modernes partagent avec les anciens la croyance en l’existence d’un droit préexistant et supé-
rieur. Pourtant, ils se différentient de leurs prédécesseurs en réservant une certaine place à la raison dans
l’édification du droit. Selon eux, le droit naturel est un droit supérieur d’ou le droit positif tire sa validité.
Pourtant, ces auteurs « laïcisent » le droit en le détachant de la philosophie catholique et de la morale. Emma-
nuel Kant précise que le droit est composé de lois générales dont le caractère peut être reconnu à priori par la
raison, même en l’absence de toute législation extérieure. Quand au droit naturel, Kant le déclare immanent
à l’homme et non plus transcendent c’est- dire en fait crée et voulu par l’homme au lieu de s’imposer à lui.
Le droit naturel moderne entretient une différence avec la philosophie chrétienne. Selon Emmanuel kant,
la source de la loi est la raison pure (Emmanuel Kant, Métaphysique des mœurs, T. I, Doctrine du droit ; V.
aussi Frédrich Hegel, Encyclopédie des sciences philosophiques, 1952 ; Léo strauss, Natural rights and his-
tory, 1953).
Le droit naturel moderne fut l’objet de critiques aussi bien de la part des libéraux que des conservateurs car
voulant faire de l’homme à la fois le sujet et le fondement du droit.
B – Le courant positiviste
Les doctrines positivistes sont nombreuses. Nous nous limiterons à l’étude des principales que sont le positi-
visme légaliste et normativisme (A) et le positivisme sociologique (B).
Les auteurs de ce courant combattent la croyance en l’existence d’un droit préexistant et supérieur auquel on
devrait se soumettre. Selon Paul Roubier, les seules règles que l’on peut qualifier de règles de droit sont celles
sanctionnées par l’autorité publique. Le droit se résume à l’intention du législateur (Paul Roubier, Théorie
générale du droit, Paris, Sirey, 1951). Hans Kelsen va encore plus loin. Au-delà du caractère étatique qui
caractérise la règle de droit, l’auteur soutient que la validité des normes, qui fonde leur caractère obligatoire,
dépend, non de leur contenu, mais de la place qu’elle occupe dans la hiérarchie des normes. Au sommet de
la hiérarchie, se situe la Constitution à laquelle se subordonnent lois, coutumes, règlements, normes indivi-
duelles….les tenants de ce positivisme ne s’intéressent guère aux questions fondamentales sur la finalité du
droit. Le droit n’a pas pour objet la découverte d’une vérité ou d’une connaissance qui correspondrait à un
droit naturel. Cette vérité ou connaissance universelle n’existe pas. Le droit correspond juste à une somme
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de règles applicable ici et maintenant, susceptible d’évoluer si le besoin s’en fait sentir (Hans Kelsen, Théorie
pure du droit, dalloz, 2e édition, 1962).
La théorie de Hans Kelsen a reçu un certain nombre de critiques. Il lui a été demandé d’où la Constitution
elle-même tirait sa source ? D’une loi supérieure non écrite ? Une loi naturelle ? Sa théorie par ailleurs a été
jugée trop neutre. Elle s’accommode des lois totalitaires et des lois injustes pour peu que la hiérarchie des
normes ait été respectée.
2 – Le positivisme sociologique
Il a pris naissance avec la pensée de Montesquieu et approfondi par d’autres auteurs (Auguste Comte, SAVI-
GNY …) . Selon cet auteur, le droit ne peut être naturel et statique parce qu’il est le résultat de causes objec-
tives tenant au milieu social ou même culturel, ou encore au climat. Il existe donc un certain relativisme juri-
dique en ce sens que le droit n’est pas le même d’une région à une autre mais aussi un certain déterminisme
juridique car les régions et les peuples présentant les mêmes caractéristiques auront des systèmes de droit
identiques (Montesquieu, De L’esprit des lois, éd. Folio, essais).
La sociologie juridique considère les règles de droit comme trop formelles. Elles ne sont souvent, selon les
sociologues, que l’expression de la volonté de groupes de pression, des gouvernants…
La sociologie moderne rejette toute référence à un droit naturel. Le droit ne doit être que le fruit des besoins
politiques, économiques et sociaux du moment. Il doit prendre en compte l’évolution des mœurs, les nou-
velles aspirations de la population. A la différence d’un droit naturel immuable et statique, ils préconisent un
droit « dynamique » capable de s’adapter aux besoins de la société et de l’économie.
On constate une influence conjuguée des deux courants de pensée que nous avons précédemment exposés
même si le droit sénégalais est plus marqué par le positivisme juridique.
*** La place du positivisme juridique se manifeste sans nul doute par la prise en compte de la sociologie
juridique. Ce courant de pensée préconise un certain attachement aux faits sociaux, aux croyances populaires
dans l’élaboration de la loi. Le Code de la famille du Sénégal offre un exemple, parmi d’autres, de cette prise
en compte. Lors de son élaboration, des enquêtes de terrain ont été réalisées en vue de sonder les coutumes,
croyances religieuses et traditionnelles des sénégalais en vue d’établir une législation qui ne soit pas en déca-
lage avec la culture sénégalaise. Cette démarche du législateur sénégalais contraste certainement avec l’idée
d’un droit naturel.
***C’est aussi une démarche sociologique qui conduit aujourd’hui à se réinterroger sur la place de la femme
dans la société, la position de notre droit face à l’interruption volontaire de grossesse, la désignation de
l’homme comme chef de famille… sur toutes ces questions, des réformes législatives sont préconisées pour
mieux adapter notre droit à l’évolution des mentalités des sénégalais.
***Le positivisme juridique s’illustre aussi par la diversité des matières du droit. L’existence d’un droit du tra-
vail applicable aux travailleurs, ayant sa logique propre, d’un droit commercial destiné aux commerçant, d’un
droit civil, droit bancaire, etc. évoque l’idée que le droit doit être un instrument visant des objectifs précis
mais différents, qui évoluent d’un moment à un autre. Cette prolifération de législations spéciales est là pour
combattre encore l’idée d’un droit naturel statique.
***Le normativisme juridique de Hans Kelsen a eu des répercutions sur la conception de notre droit. La
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Constitution, située au dessus de la hiérarchie des normes nationales, est considérée comme la source qui
donne leur valeur à toutes les autres sources. Le normativisme a malheureusement pour principal inconvé-
nient de conduire à une prolifération des règles de droit. Il tend par ailleurs à faire succomber à l’idée fausse
que la règle de droit peut régler tous les problèmes, qu’ils soient juridiques, économiques, politiques… . Il
apparaît pourtant de plus en plus que la règle de droit ne peut pas solutionner tous les problèmes, les ques-
tions économiques devant recevoir une réponse économique par exemple. L’actualité démontre, de plus en
plus, les limites de la norme juridique c’est-à-dire celle imposée par voie de contrainte. De nouvelles formes
d’encadrement apparaissent qui laissent plus de place à la négociation, l’engagement volontaire, l’éthique et la
morale (politiques d’incitation, codes de bonne conduite, régulation, responsabilité sociale des entreprises…)
S’il ne fait pas de doute que la démarche du législateur sénégalais est très empreinte de positivisme, la réfé-
rence à un certain idéalisme juridique n’est pas rare :
***L’article 7 de la Constitution du Sénégal cite un certain nombre de droits qu’il présente comme ayant un
fondement presque naturel pour le citoyen : le droit à la vie, à la liberté, à la sécurité, au libre développement
de la personnalité, à l’intégrité corporelle et à la protection contre toutes mutilations corporelles. Par ailleurs,
le préambule de la Constitution affirme l’attachement de la République du Sénégal à la Déclaration des droits
de l’homme et du citoyen de 1789 et à la Déclaration universelle des droits de l’homme du 10 décembre 1948.
Le premier de ces textes vise et protège expressément les « droits naturels, inaliénables et sacrés de l’homme
» que sont la liberté, la sûreté (sécurité), la propriété et la résistance à l’oppression. Aussi, la référence, dans
notre droit, à certains principes moraux quasi naturels atteste de cette inclinaison vers un certain naturalisme
(bonne foi, bonnes mœurs, équité, loyauté…).
*** L’invocation du droit naturel apparaît de plus en plus avec l’essor de concepts comme l’équité, l’humanité
(crimes contre l’humanité, patrimoine commun de l’humanité…). Aussi, le droit naturel, précisément la na-
ture humaine, est de plus en plus évoquée pour freiner les excès de la biotechnologie tels le clonage humain,
l’avortement ou certaines manipulations génétiques.
*** L’idéalisme religieux que nous avions précédemment relevé avec Saint Thomas d’Aquin est d’ailleurs de
plus en plus à l’ordre du jour avec la réclamation, par certains groupes sociaux, d’une réforme du Code de la
famille. Ces groupes sociaux revendiquent un plus grand attachement aux préceptes islamiques particulière-
ment en matière de mariage, divorce, succession… l’application pure et simple de la charia dans certains pays
témoigne d’un retour en force vers l’idéalisme juridique c’est-à-dire à un droit extérieur à l’homme et qui lui
est transcendant.
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La notion de source de la règle de droit renvoie aux origines de la règle de droit. Ces origines sont constitu-
tionnelle, parlementaire, réglementaire…Plus exactement, les sources de la règle de droit évoquent les tech-
niques d’élaboration de la règle de droit. Derrière chaque technique d’élaboration, se dresse un acteur de la vie
sociale et juridique. L’étude des sources de la règle de droit conduit donc à l’étude des acteurs sociaux à qui on
reconnait le pouvoir d’édicter des normes à caractère général, impersonnel et obligatoire. Il est évident que
l’Etat, par ses représentants (exécutif, législatif, judiciaire) va occuper une place importante dans cette élabo-
ration de la norme.
Par ailleurs, la pluralité des techniques d’élaboration de la règle de droit, donc des acteurs sociaux qui inter-
viennent, obligent à une hiérarchisation de ces acteurs. Cela conduit à une hiérarchisation des sources elles
même en fonction de l’autorité ou du groupe social qui organise chaque source. Les sources de la règle de
droit sont donc plurielles mais d’importances inégales. Certaines sont des sources supérieures et d’autres infé-
rieures, nationales ou internationales, formelles (écrites) ou informelles…
Il existe une classification des sources de la règle de droit que nous traiterons en premier lieu (I). La mise en
œuvre de ces sources pose par ailleurs un certain nombre de difficultés que nous présenterons (II)
L’étude des sources de la règle de droit renvoie à la question des techniques d’élaboration de la règle de droit et
celles des autorités ou groupes sociaux habilités à édicter la règle de droit.
Si les sources émanant de l’autorité étatique sont de loin les plus nombreuses, la règle élaborée par d’autres
groupes sociaux est parfois prise en compte à travers la coutume et les usages.
Certaines sources, du fait de leur très grande autorité, semblent s’imposer au législateur lui même : la Consti-
tution et les normes internationales (A). La loi et le règlement constituent les sources les plus importantes en
terme de quantité (B). Enfin, la jurisprudence et la coutume (C).
La Constitution, les traités internationaux, la loi, le règlement, la jurisprudence et la coutume constituent
autant de sources du droit car chacune d’elle contient des prescriptions, des dispositions, des règles à carac-
tère juridique.
1 - La Constitution.
Le droit constitutionnel fait l’objet d’un cours à travers deux semestres. Au Sénégal, la Constitution résulte
d’une loi constitutionnelle n° 2001-03 du 22 janvier 2001 après un référendum du 7 janvier 2001. Elle consti-
tue la source fondamentale dans l’ordre juridique interne. Les dispositions de la Constitution ont une valeur
supra législative. Les dispositions des normes internationales et communautaires, des lois et règlements ne
peuvent donc être contraires à celles de la Constitution. L’autorité des normes constitutionnelles est assurée
par un contrôle de la constitutionalité des lois et des engagements internationaux. Ce contrôle est exercé au
Sénégal par le Conseil constitutionnel.
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L’objet du droit constitutionnel est surtout de réglementer l’Etat, ses missions et caractères. (Nature répu-
blicaine de l’Etat, caractère laïc, social…). Elle prévoit les mécanismes d’exercice du pouvoir dans l’Etat par
l’organisation des institutions chargés de cet exercice. Egalement, la Constitution consacre les droit et libertés
fondamentaux accordés aux citoyens.
En tant que source de la règle de droit, on assiste aujourd’hui à une véritable constitutionnalisation du droit
privé. Alors que la Constitution était traditionnellement conçue comme un instrument de réglementation
de l’exercice du pouvoir politique, elle comporte aujourd’hui de nombreuses dispositions afférentes aux
matières du droit privé. La Constitution du 22 janvier 2001 atteste de cette inclinaison en renfermant un
certain nombre de dispositions fondamentales sur le droit de la famille (Articles 17 à 20 de la Constitution),
le droit du travail (Art. 25 de la Constitution) … par ailleurs, quatre textes supra nationaux sont aujourd’hui
intégrés dans le bloc de constitutionalité ( La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août
1789, la Déclaration universelle des droits de l’homme du 10 décembre 1948, La Convention sur l’élimination
de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, La Convention relative aux droits de l’enfant du
20 novembre 1989, La Charte africaine des droits de l’homme et des peuples du 27 juin 1981)
***La logique veut que les engagements pris par chaque Etat au plan international ne puissent être remis en
cause sur le plan interne. Lorsque l’on évoque les normes supra nationales, on distingue les traités interna-
tionaux et communautaires. Ils ne peuvent être négociés que par le Président de la République et n’entrent
en vigueur, selon l’article 96 de la Constitution, qu’après leur ratification ou approbation par une loi. Ils ne
peuvent contenir des dispositions contraires à celles de la Constitution. Le cas échéant, une réforme de la
Constitution devient nécessaire avant la ratification ou l’approbation du Traité. Le constituant sénégalais tente
ainsi d’éviter une contrariété entre norme internationale et norme constitutionnelle. Il ne se prononce pas
pourtant expressément sur la question de savoir laquelle est supérieure à l’autre.
Une fois publiées, les normes supra nationales deviennent des éléments de notre ordonnancement juridique.
Cela veut dire que les dispositions qu’ils renferment deviennent des règles du droit sénégalais sans qu’aucune
autre procédure ne soit nécessaire. Cette automaticité résulte de la nature moniste du système juridique séné-
galais (V. Cour Suprême du Sénégal, arrêt n° 15 du 23 avril 1980 : « attendu que l’Etat du Sénégal est signa-
taire de la Convention n° 111 de l’OIT concernant la discrimination en matière d’emploi et de profession,
adoptée le 25 mai 1961, convention ratifiée et publiée au Journal Officiel de la République du Sénégal du 3
août 1968, ce qui confère à ces dispositions un caractère de loi nationale sénégalaise… ») . La Cour Suprême
ajoutait que la Convention « équivaut à une loi interne dont tout justiciable peut se prévaloir à l’égard de
l’administration et des juridictions sénégalaises)
Les dispositions supra nationales disposent d’une autorité supérieure à celle des règles non constitutionnelles.
On dit qu’elles ont une autorité (une valeur) infra constitutionnelle et supra législative. Pourtant, le contrôle
de la conformité des normes inférieures aux dispositions des traités et conventions internationales (contrôle
de conventionalité) n’est pas aussi bien organisé que le contrôle de la conformité de la loi à la Constitution
(Contrôle de constitutionnalité).
Les dispositions internationales sont souvent citées pour leur ineffectivité. Elles sont rarement invoquées
devant les tribunaux et les juges ne les maitrisent que très peu. Par ailleurs, très souvent, le droit national (loi,
règlement) contient des normes contraires à celles des conventions et traités internationaux (Conventions
internationales sur les droits des femmes, les droits de l’enfant…)
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***Les normes communautaires constituent une catégorie de normes supra nationales. Vu du Sénégal, un
Traité communautaire est un Traité entre l’E tat du Sénégal et d’autres Etats africains. Le fondement consti-
tutionnel de cette source de droit est l’article 96 alinéa 4 de la Constitution : « La République du Sénégal peut
conclure avec tout Etat africain des accords d’association ou de communauté comprenant abandon partiel ou
total de souveraineté en vue de réaliser l’unité africaine».
L’élaboration du droit communautaire nécessite que les Etats indépendants consentent à un abandon d’une
parcelle de leur souveraineté au profit de l’organe communautaire. Cet abandon peut parfois poser problème
comme ce fut le cas lors de l’adhésion du Sénégal à l’OHADA (V. Décision Conseil constitutionnel : CC n°
3/C/93 du 16 décembre 1993 : le Conseil constitutionnel retenait que le dessaisissement de certaines des
organes de la République (Assemblée nationale, Cour de cassation) au profit d’organes de l’OHADA n’était ni
total ni unilatéral et qu’il ne s’agissait donc pas d’un abandon de souveraineté mais d’une limitation de souve-
raineté qu’implique tout engagement international)
Le droit communautaire occupe aujourd’hui une place sans précédent dans l’élaboration du droit même si
certaines matières du droit ne sont pas encore concernées par cette communautarisation du droit (droit de
la famille, droit pénal). Les organes communautaires poursuivent des objectifs politiques (Union Africaine,
CEDEAO…), économiques (CEDEAO, UEMOA…) ou juridiques (OHADA, Conférences Interafricaine des
Marchés d’Assurances CIMA…). De plus en plus, les organes communautaires instituent des organes juridic-
tionnels chargés de contrôler l’application et l’interprétation du droit communautaire (Cour de justice de la
CEDEAO, Cour Commune de Justice et d’Arbitrage de l’OHADA…). Tout ceci tend à l’émergence d’un ordre
juridique communautaire.
Les textes communautaires contiennent de plus en plus des dispositions qui s’insèrent directement dans
l’ordre juridique interne en abrogeant toutes les dispositions nationales antérieurement prises dans leur
domaine d’intervention. Cette technique de communautarisation du droit qui consiste en une uniformisa-
tion, tente d’éviter la concurrence entre normes communautaires et normes nationales sur une même ques-
tion (Actes uniformes de l’OHADA, Règlements UEMOA, de la BCEAO…). L’uniformisation du droit trend
à lutter contre l’ineffectivité du droit supra national par la suppression des dispositions nationales sur cer-
taines matières du droit. Le juge n’a pas alors d’autre choix que d’appliquer la norme communautaire qui est la
seule à exister. Par ailleurs, la mise ne place de juridictions communautaire, appelées à assurer l’application et
l’interprétation du droit communautaire, renforce cette effectivité du droit communautaire.
D’un point de vue quantitatif, ce sont les sources les plus importantes. Ils manifestent la place des pouvoirs
législatif et exécutif dans l’élaboration de la règle de droit. On ne peut manquer de souligner une certaine «
rivalité » entre lois et règlements. Cette rivalité illustre une certaine remise en cause de la théorie de la sépara-
tion des pouvoirs telle que conçue au 18e siècle.
La multiplicité mais surtout la technicité des matières ont conduit à accorder au pouvoir exécutif une place de
plus en plus grande dans l’élaboration de la règle de droit.
Il est possible de faire une étude comparée de la loi et du règlement en analysant leur définition et entrée en
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La loi est la norme émanant de l’organe du pouvoir législatif, le parlement. Au Sénégal, le parlement est bica-
méral avec une assemblée nationale et un sénat. On distingue plusieurs types de lois :
***Les lois organiques sont celles qui organisent les institutions de la République telles que l’assemblée
nationale, la Cour de cassation, le Président de la République, la Primature... elles ne peuvent être votées qu’à
la majorité absolue des membres composant l’Assemblée nationale.
*** Les lois référendaires sont celles sur lesquelles le peuple s’est prononcé par référendum sur des ma-
tières relevant du domaine du pouvoir législatif.
***Les décrets-lois ou ordonnances sont des textes émanant du gouvernement (pouvoir exécutif) dans
des matières relevant du domaine du législateur et sur autorisation du parlement. Ils ont la même valeur que
les lois votées par le parlement. (Art 77 de la Constitution : « l’Assemblée nationale peut habiliter par une loi
le président de la République à prendre des mesures qui sont normalement du domaine de la loi »)
***Enfin, les lois ordinaires sont celles qui ne présentent aucun caractère particulier et émanent du pou-
voir législatif.
A la différence de la loi, le règlement est un acte émanant d’autorités étatiques du pouvoir exécutif. Ils ne
peuvent contenir de dispositions contraires à celles des lois. Au sommet de leur hiérarchie, on trouve les
décrets du Président de la République, puis les arrêtés ministériels, ceux des différents administrateurs terri-
toriaux ou de services… On y exclut cependant les circulaires qui sont des actes internes à chaque service et
relatifs à la façon d’appliquer les textes.
Pour bien délimiter le domaine d’intervention du pouvoir législatif (loi) et du pouvoir exécutif (règlement), la
Constitution du Sénégal distingue entre trois groupes de matières en son article 67:
*** Les matières dans lesquelles la loi fixe les règles : Il s’agit de matières jugées fondamentales sur lesquelles
le règlement n’est pas censé intervenir. Les autorités du pouvoir exécutif ne sont donc appelées à prendre
aucune norme concernant ces matières. Parmi celles-ci, figurent par exemple le statut de l’opposition, la na-
tionalité, l’état et la capacité des personnes, les successions et libéralités, la détermination des crimes et délits,
la procédure pénale, le statut des magistrats, les droits civiques et les garanties fondamentales accordées aux
citoyens…la loi devrait en principe fixer toutes les dispositions concernant ces matières.
*** Une deuxième catégorie est constituée de matières dans lesquelles la loi se limite à fixer les principes
fondamentaux. Il en est ainsi du droit de propriété, du droit du travail, de la défense nationale, de l’enseigne-
ment… les principes fondamentaux sont ceux qui fixent l’esprit général d’une législation. Il appartient alors
au pouvoir exécutif, par voie réglementaire, de définir tout ce qui n’est pas principe général.
*** Enfin, une troisième catégorie de matières est constituée de celles où la loi ne fixe ni règle ni principes
fondamentaux. Elles sont exclusivement du domaine réglementaire.
La distinction entre les matières ou la loi fixe les règles et celles où elle fixe les principes fondamentaux est
quelque peu théorique. Elle n’est pas respectée dans la pratique. Parfois, la loi fixe dans les détails certaines
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matières où elle ne devrait régir que les principes fondamentaux alors que le pouvoir exécutif prend parfois
des règlements dans des domaines exclusivement réservées au législateur.
Après son adoption par le Parlement, la loi est transmise au Président de la République qui la promulgue
(Art. 72 de la Constitution). La promulgation est l’acte qui confère à la loi sa force exécutoire c’est-à-dire qui
permet aux citoyens et à l’Etat de réclamer son application. La loi devient, par la promulgation, un élément de
notre « ordonnancement juridique ». La loi doit ensuite faire l’objet d’une publication au journal officiel pour
être opposable aux citoyens. La publication est l’acte par lequel le Président de la République porte la loi à la
connaissance de ses destinataires. Une fois publiée, la loi est censée être connue par tous. On exprime cela en
disant qu’après la publication, « nul n’est censé ignorer la loi ».
Contrairement à la loi, le Règlement ne fait pas l’objet d’une promulgation. Il doit cependant être publié car il
a un caractère général et impersonnel. Il devient alors opposable aux citoyens. Lorsque l’acte émanant d’une
autorité du pouvoir exécutif concerne une ou des personnes nommément désignées, le droit administratif le
nomme « acte administratif individuel ». La notification est alors l’opération par laquelle l’acte est porté direc-
tement à la connaissance de l’intéressé.
Le mode d’expiration le plus courant de la loi est l’abrogation. C’est l’acte par lequel l’autorité qui avait éla-
boré la loi (parlement) lui retire sa force juridique. Elle peut être expresse lorsqu’elle est visée clairement par
cette autorité qui proclame que la loi ne sera plus appliquée. Elle peut être aussi tacite lorsqu’une nouvelle
loi contient des dispositions contraires à celle d’une ancienne loi. Les dispositions de l’ancienne loi sont alors
réputées abrogées par voie de conséquence. Il ne faut point confondre l’abrogation avec la désuétude qui cor-
respond à une situation où la loi n’est plus appliquée dans les faits du fait de son ancienneté ou de son inadap-
tation aux besoins de la société
Les règlements perdent leur valeur juridique et exécutoire par abrogation. Lorsqu’il s’agit d’un acte adminis-
tratif individuel, on parle de retrait.
5 - Quant au contrôle
Les lois ont une force juridique inférieure à la Constitution. Elles ne peuvent par conséquent prévoir de
dispositions contraires à la Constitution (Art. 92 de la Constitution du Sénégal « le Conseil constitutionnel
connait de la constitutionalité des lois et des engagements internationaux (…) »).
Le contrôle de leur conformité à la norme constitutionnelle se fait d’abord lors de la procédure législative par
les pouvoirs donnés au Président de la République ou aux députés (1/10e des membres de l’Assemblée natio-
nale) de saisir le Conseil constitutionnel lorsqu’ils estiment que la loi en préparation (ou déjà votée mais qui
n’est entrée en vigueur) n’est pas conforme à la Constitution. C’est le contrôle à priori. Le contrôle à priori est
un contrôle essentiellement politique, réservé aux membres de l’exécutif et du législatif.
Le contrôle à posteriori est celui par lequel les citoyens sont autorisés à contester la conformité d’une loi à la
Constitution alors qu’elle est déjà en vigueur. L’ « exception d’inconstitutionnalité » est le moyen de défense
par lequel un citoyen exige qu’une loi ne soit point appliquée au litige qui le concerne du fait de son inconsti-
tutionnalité. Au Sénégal, l’exception d’inconstitutionnalité ne peut malheureusement être soulevée que devant
la Cour Suprême (à vérifier !!!). Le contrôle de constitutionalité des lois à postériori devrait avoir comme
principale intérêt de vérifier la conformité des lois à la Constitution mais aussi de permettre au Conseil
constitutionnel d’adapter l’interprétation des dispositions constitutionnelles aux nouvelles circonstances éco-
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Au Sénégal, le Conseil constitutionnel contrôle également la conformité des lois aux traités et conventions
internationales.
Quant aux règlements, ils ont une valeur juridique inférieure à celle de la loi. Le contrôle de la conformité de
leurs dispositions aux dispositions législatives se fait par la voie du contrôle de légalité. Le recours pour excès
de pouvoir poursuit l’annulation de l’acte administratif individuel créateur de droits (c’est un acte individuel
et pas un règlement) alors que l’exception d’illégalité a pour finalité d’écarter l’application d’un règlement au
litige présent.
C – La coutume et la jurisprudence
1 – la coutume
Elle correspond à une pratique prolongée, constante, qui finit par provoquer, dans une société, ou un lieu
donné, un sentiment partagé de son caractère obligatoire. Parfois, elle prend le nom d’usage applicable par
exemple à une profession ou dans un marché (droit des affaires). Dans les deux cas, on constate un élément
matériel, c’est-à-dire une pratique répétée, constante, durable et un élément psychologique c’est-à-dire la
croyance que cette pratique est obligatoire.
Il existe trois types de coutumes :
***Les coutumes secundum legum ou « coutume selon la loi ». elles sont conformes à la loi. La loi se réfère
expressément à la coutume et cette dernière a la même force juridique que la loi.
*** Les coutumes praeter légum, celle qui va au-delà de la loi. Elle complète la loi dans des hypothèses où la
loi n’a rien prévu
***Enfin, la coutume contra legum : c’est la coutume qui va à l’encontre de la loi. Il y’a alors contrariété entre
la règle coutumière et la loi. Elle ne s’applique en principe que lorsque a loi a un caractère supplétif.
En droit de la famille, la coutume survit comme source du droit de façon exceptionnelle du fait du principe
de l’abrogation de toutes les coutumes locales et générales par l’article 830 du Code de la famille en 1972. Elle
occupe cependant encore une certaine place en matière de célébration du mariage ou de fiançailles.
Les usages sont beaucoup plus présents et toujours en vigueur. L’article 103 du Code des Obligations Civiles
et Commerciales renvoie aux usages chaque fois qu’il y’a absence de lois ou de prévisions contractuelles
réglementant une question. Ils sont aussi très présents en droit du travail et en droit commercial. Les usages
ont une valeur supplétive c’est-à-dire qu’ils ne reçoivent application que lorsqu’aucune norme de rang supé-
rieur (loi, règlement…) ne réglemente la question en litige ou lorsque de telles dispositions sont supplétives.
(Art. 259 COCC « les usages constants dans une région, sur chaque place, et dans les diverses professions ont
la valeur de règles supplétives. Ils écartent, s’il y’a lieu, les dispositions (…) qui ne sont pas d’ordre public ».
Pourtant, en droit commercial, les usages dits « généraux » ou « usage de droit », applicables à l’ensemble des
commerçants, ont la même valeur juridique que la loi (liberté de la preuve en matière commerciale, solidarité
présumé entre commerçants…).
2 – La jurisprudence
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La jurisprudence peut avoir trois significations. Dans un premier temps, elle correspond à l’ensemble des
décisions rendues sur une question de droit (exemple lorsque je dis : « je recherche de la jurisprudence sur
le divorce au Sénégal ». Dans un deuxième sens, elle renvoie à l’ensemble des décisions concordantes (sem-
blables) rendues sur une question (exp : « sur la question de la dot, il existe une jurisprudence ». Dans un
troisième sens, le plus technique et exact, la jurisprudence correspond aux décisions rendues par les juridic-
tions supérieures (Cour suprême, Conseil constitutionnel…) et qui ont suffisamment d’autorité pour être
respectées par les juridictions inférieures.
Le principe de la séparation des pouvoirs aurait voulu que les juges ne puissent jamais participer à l’élabora-
tion de la règle de droit. Leur rôle devait se limiter à appliquer, lors des différents litiges, les règles de droit.
Cette vision ne prenait pas en compte le fait que la loi est parfois incomplète ou inexistante. Le juge est alors
tenu de suppléer cette absence ou incomplétude en créant des normes puisqu’il lui est interdit de refuser de
statuer. Il s’y ajoute que la loi, bien qu’existante, peut s’avérer ambiguë, floue. Le juge est alors encore tenu
d’une obligation d’interprétation de la loi en vue de déceler l’intention réelle du législateur.
Lorsqu’on parle de la jurisprudence en tant que source du droit, il faut garder à l’esprit que ne sont visées que
les décisions des juridictions supérieures c’est-à-dire celles qui ont assez d’autorité pour être reprises et res-
pectées par les tribunaux inférieurs. Ces juridictions supérieures que sont au Sénégal le Conseil constitution-
nel ou la Cour Suprême qui rendent des « arrêts » dont les solutions sont, par la suite, reprises par les autres
juges. L’application de la norme jurisprudentielle par plusieurs juridictions, son invocation par les avocats
lors des litiges et son enseignement dans les facultés de droit finissent par lui octroyer un certain caractère de
généralité. C’est dans ce sens qu’elle devient une règle de droit en devenant une règle générale et imperson-
nelle. Par ailleurs, le fait qu’elle émane d’une juridiction supérieure lui confère une certaine autorité qui fait
que les justiciables et les praticiens du droit la considèrent comme obligatoire.
Certains auteurs contestent ce point de vue en estimant que la norme jurisprudentielle ne peut être géné-
rale et impersonnelle car il est interdit aux juge de statuer par « voie de règlement » c’est-à-dire en rendant
une décision au-delà des parties au litige : la décision rendue par le juge ne concerne que les parties au litige.
Selon ces auteurs, la norme jurisprudentielle n’aurait pas aussi un caractère obligatoire du fait que les autres
juges (inférieurs) ne sont soumis qu’à l’autorité de la loi et non à celle des juridictions supérieures.
La jurisprudence n’est donc une source du droit que de façon incidente, accidentelle, non prévue initialement.
Son importance aujourd’hui dans l’édification de la règle de droit est pourtant incontestable même si certains
auteurs ne la cite pas parmi les sources du droit (Voir : Gérard Cornu, Droit civil, Introduction, Les per-
sonnes, Les biens, Montchrétien, 12e éd.). Les arguments développés par ces auteurs pour refuser de compter
la jurisprudence parmi les sources de la règle de droit sont nombreux :
Il ne fait pas de doute que la jurisprudence est créatrice de la règle de droit. Cette importance de la juris-
prudence se manifeste d’abord par le fait que la plupart des notions du droit n’ont que le contenu que leur
accordent les juridictions supérieures (notions de salarié, commerçant, contrat, vol, faute civile, licencie-
ment…). Par ailleurs, en dehors de tout texte, ces juridictions supérieures ont su dégager, de l’esprit de notre
droit, un certain nombre de principes généraux considérés comme « nécessaires à notre temps ».
Les rapports entre jurisprudence et loi ne sont pas seulement des rapports d’interprétation et de suppléance.
Les juges ne manquent pas parfois de consacrer des solutions tout à fait contraires à la lettre des textes de
textes, ce qui constitue une atteinte au principe de la séparation des pouvoirs.
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Deux types de problèmes se posent : celui de l’application de la loi dans le temps (A) et celui de son applica-
tion dans l’espace (B).
Il y’a conflit de lois dans le temps lorsque deux ou plusieurs lois (au sens matériel) se succèdent dans le temps,
portent sur le même objet, et contiennent des dispositions (solutions) différentes en l’absence de lois transi-
toires. Les dispositions transitoires sont celles par lesquelles le législateur qui édicte la règle de droit définit
clairement son champ d’application temporel. L’existence de dispositions transitoires permet ainsi au législa-
teur d’éviter la situation de conflits de lois en spécifiant les situations juridiques qui seront soumises à cha-
cune des lois en conflit.
Exemple : Une loi du 1er janvier 2009 dispose que le diplôme de licence dans les facultés de droit est déli-
vré après une période d’étude, avec succès, de trois années. Le 10 janvier 2013, une nouvelle loi prévoit que
la licence en droit est délivrée après une période d’étude, avec succès, de quatre années. Les deux lois en
question sont en conflit car elles se succèdent dans le temps (1e janvier 2009/ 10 janvier 2013), portent sur
le même objet (l’organisation de la licence en droit) et contiennent des solutions différentes (période de trois
ans et période de quatre ans). Cette situation soulève un certain nombre de questionnements : les étudiants
inscrits en L2 et L3 devront-ils faire leur licence en trois ans (ancienne loi) ou en quatre ans (nouvelle loi) ?
Ceux qui ont déjà validé trois années d’étude en droit et qui ont obtenu leur licence devront-ils revenir pour
compléter à quatre années ? Ceux qui débutent des études de droit auront-ils à valider trois années d’étude ou
quatre années ?
Pour régler les difficultés posées par les conflits de lois dans le temps, deux principes sont avancés en partant
toujours de la loi nouvelle: celui de la non rétroactivité de la loi nouvelle (1) et celui de l’effet immédiat de la
loi nouvelle(2).
a : L’affirmation du principe
Il signifie que la loi nouvelle ne saisit pas les effets passés des diverses situations juridiques pour les modi-
fier. Peu importe que ces effets aient un fondement contractuel ou légal. La Constitution du Sénégal, en son
article 9, pose expressément le principe de la non rétroactivité des lois pénales (Art. 9, al. 2 de la Constitution
« nul ne peut être condamné si ce n’est en vertu d’une loi entrée en vigueur avant l’acte commis (…) ». Mais,
au-delà du droit pénal, la non rétroactivité de la loi nouvelle est un principe général de droit. Le principe est
fondé sur l’idée de droits acquis c’est-à-dire ceux qui sont entrés dans le domaine, le patrimoine de l’individu.
Lorsqu’une nouvelle loi dispose que les loyers dans la région de Dakar ne peuvent être supérieurs à 200 000
frs, les loyers déjà perçus et qui sont supérieurs à cette somme ne sont pas concernés par la mesure. Si une
loi nouvelle interdit aux parents d’éduquer leur enfant en le battant, les parents qui ont déjà eu à le faire ne
peuvent pas être poursuivis sous l’effet de la nouvelle loi car cette dernière « ne retourne pas dans le passé ».
Ce principe de la non rétroactivité connaît un certain nombre d’exceptions c’est-à-dire des hypothèses où la
loi nouvelle « retourne » dans le passé pour réformer les effets passés des situations juridiques.
Il y’en a trois
*** Les lois déclarées expressément rétroactives par le législateur : le principe de non rétroactivité ne lie pas
le législateur en matière non pénale. En effet, ce principe n’a une valeur constitutionnelle qu’en matière pénale
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(Art. 9 de la Constitution). Par conséquent, dans les dispositions transitoires de la loi non pénale qu’il
édicte, le législateur peut attacher un caractère rétroactif à la loi ou à certaines seulement de ses dispositions.
Il est assez surprenant que le législateur, qui a pour mission naturelle d’assurer la stabilité juridique, puisse
la remettre en cause par le vote de lois expressément rétroactives. Cependant, le vote de ce type de lois est
parfois rendu nécessaire par les circonstances économiques, politiques ou sociales. Les lois déclarées expres-
sément rétroactives sont rares du fait des bouleversements qu’elles produisent dans la situation juridique des
sujets de droit. La possibilité donnée au législateur d’enfreindre le principe de non rétroactivité montre com-
bien le principe peut être fragile. Pourtant, dans la pratique, la rareté des lois déclarées expressément rétroac-
tives conduit à comprendre que l’équilibre se trouve plus dans le bon sens du législateur.
*** Les lois interprétatives sont rétroactives. Une loi est dite interprétative lorsque’elle se borne à clarifier,
sans rien innover, le sens d’une loi préexistante qu’une définition imparfaite a rendu susceptible de contro-
verses.
*** Il est aussi dérogé au principe de non rétroactivité pour les lois pénales plus douces. Une loi pénale est
plus douce lorsqu’elle supprime une infraction ou alors prévoit une peine moins lourde pour le délinquant.
Elles sont rétroactive car elle s’applique immédiatement même aux infractions commises avant leur entrée en
vigueur et n’ayant pas fait l’objet de jugement définitif. Leur caractère rétroactif ne s’étend cependant pas aux
infractions ayant déjà fait l’objet d’une condamnation définitive.
Si la loi nouvelle ne saisit pas les effets passés des diverses situations juridiques, elle a cependant vocation à
s’appliquer aux effets futurs de ces situations. C’est ce qu’exprime le principe de l’effet immédiat. La solution
contraire aurait certainement conduit à permettre à chacun d’entre nous de revendiquer toujours l’applica-
tion de la loi qui l’a vu naître, celle de son époque, la loi ancienne…les réformes législatives n’aurait plus alors
aucune portée juridique alors que les lois nouvelles sont censées être meilleures et plus adaptées que les lois
anciennes. Dans l’exemple que nous avons précédemment donné et qui interdit d’éduquer son enfant en le
battant, les nouvelles dispositions seront donc immédiatement applicables à toutes les relations entre parents
et enfants.
Le principe de l’effet immédiat, comme celui de la non rétroactivité, connaît aussi une exception. On estime
en effet que lorsque les parties sont liées par un contrat, l’effet immédiat aurait pour conséquence de les obli-
ger à appliquer à leurs relations une loi qu’elles n’avaient pas prévue lors de la signature de leur contrat. Ainsi,
lorsque la situation en cause résulte d’un contrat, elle est régie par la loi ancienne aussi bien dans ces effets
passés que futurs. Dans l’exemple précité de la loi qui fixe un maximum de 200 000 frs pour le loyer, elle ne
sera pas applicable aux contrats de bail signés avant son entrée en vigueur même dans leurs effets futurs. Cela
veut dire que le locataire qui avait signé son contrat de bail sous l’empire de la loi ancienne ne pourra invo-
quer le bénéfice du montant maximum de 200 000frs.
L’effet immédiat de la loi trouve donc une limite dans un autre principe : celui de l’autonomie de la volonté.
L’autonomie de la volonté est si forte qu’elle interdit au législateur de bouleverser le contenu du contrat mais
aussi défend au juge de le faire (théorie de l’imprévision). Cette exception en matière contractuelle ne reçoit
pas cependant application lorsque la loi nouvelle est d’ordre public. Il ne va ainsi lorsqu’elle a un impératif
social élevé. Les termes utilisés par le législateur manifestent souvent sa volonté de faire de la nouvelle loi
une loi d’ordre public : «les loyers ne peuvent en aucun cas dépasser.. », « Il est formellement interdit… », «
Nonobstant toute clause contraire… », « impérat ivement,… ». D’autres fois, c’est dans l’exposé des motifs
de la loi c’est-à-dire le texte préliminaire par lequel le législateur annonce ses objectifs, que le lecteur com-
prendra que la loi en question est une loi d’ordre public. Enfin, lorsque ni les termes ni l’exposé des motifs ne
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sont utiles pour cela, le juge interprète la loi pour la déclarer ou non d’ordre public. En tout état de cause, on
suppose que certaines matières du droit sont par nature d’ordre public. C’est le cas du droit du travail, ou du
droit fiscal. Si la loi nouvelle qui fixe désormais le montant maximal du loyer à 200 000 frs est une loi d’ordre
public, elle pourra être immédiatement invoquée par les locataires pour l’avenir même si leur contrat de bail a
été signé sous l’empire de la loi ancienne.
Vu du droit sénégalais, il y’a conflit de lois dans l’espace chaque fois que l’on peut douter de l’application de la
loi sénégalaise à une situation juridique du fait de la présence de circonstances particulières appelées « élé-
ments d’extranéité ». Les éléments qui peuvent susciter ce doute sont par exemple la nationalité étrangère des
parties au litige, la nationalité différente des parties, une différence entre le lieu de conclusion et d’exécution
du contrat, un litige portant sur un immeuble situé dans un autre Etat…
De façon plus pratique, il faut se demander si tous les litiges portés devant le juge sénégalais doivent se voir
appliquer la loi sénégalaise ? Comme en matière de conflit de lois dans le temps, deux principes sont en com-
pétition :
***Le premier, celui de la territorialité des lois, veut que la loi s’applique automatiquement à toutes les per-
sonnes se trouvant sur le territoire national.
***Le second principe par contre, celui de la personnalité des lois, donne la possibilité aux étrangers d’invo-
quer l’application de leur propre droit national même sur le territoire sénégalais.
Le principe de la territorialité reçoit application toutes les fois que la loi a un caractère d’ordre public. Ainsi,
les règles du droit pénal, du droit du travail, du droit fiscal par exemple sont d’application territoriale. Par
contre, les lois concernant l’état et la capacité des personnes sont soumises à la loi nationale des individus
même vivants à l’étranger sauf lorsque le juge considère qu’elles ont un caractère de lois de police ou de
sûreté.
Le droit objectif appréhende, on l’a déjà relevé, le droit comme une science, un phénomène, l’ensemble des
règles à caractère juridique applicables à une société. Pourtant, les règles du droit objectif contiennent des
prescriptions qui reconnaissent aux sujets de droit un certain nombre de prérogatives (droits à… et droits
de…). Ces prérogatives sont les droits subjectifs. Par exemple, la règle qui définit le droit de propriété comme
celui qui confère à son titulaire les prérogatives les plus étendues sur la chose objet de sa propriété est une
règle de droit objectif. En vertu de cette règle, je dispose donc de la prérogative de vendre, détruire ou offrir
le stylo dont je suis propriétaire. Le lien qui me lie à mon stylo est un droit subjectif. Aussi, les dispositions de
l’article 264 du COCC définissent le contrat de vente comme celui par lequel le vendeur s’engage à transférer
la propriété d’une chose contre paiement d’un prix par l’acheteur. Cette règle du droit objectif reconnaît donc
au vendeur un droit subjectif sur l’acheteur : celui de demander le paiement du prix. L’acheteur aussi dispose
d’un droit subjectif sur le vendeur : celui de réclamer la livraison de la chose vendue.
On ne saurait cependant en déduire que toutes les dispositions du droit objectif conduisent à des droits sub-
jectifs. Par exemple, l’article 108 du Code de la famille qui fixe les conditions de fond du mariage est une règle
du droit objectif mais n’accordent aucune prérogative particulière à quelqu’un. Aussi, l’article 73 du COCC
qui définit l’objet du contrat ne donne, en lui-même, aucun droit subjectif à quelqu’un.
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Les prérogatives que les règles du droit objectif peuvent reconnaître aux sujets de droit, c’est-à-dire les droits
subjectifs, renvoient à trois interrogations : celle sur leur classification (Chapitre I), celle sur leur preuve (Cha-
pitre II), leur transmission et leur extinction (Chapitre III) et enfin, leurs titulaires (Chapitre IV).
Il a pu paraître nécessaire au législateur de réserver des régimes juridiques différents aux droits subjectifs
ayant une valeur économique, estimables en argent, et ceux qui n’en ont point. Par là, on distingue entre les
droits patrimoniaux et les droits extrapatrimoniaux (Section I). Aussi, le législateur a estimé que le régime
juridique des droits subjectifs devait être différentié selon que ses droits reconnaissaient à leurs titulaires des
prérogatives envers un autre sujet de droit, une personne, ou, au contraire, sur une chose. Cette seconde dis-
tinction conduit à différentier les droits personnels des droits réels (Section II).
Ils relèvent de l’avoir, le contraire de l’être. Ils sont regroupés au sein du patrimoine qu’il convient d’exposer
(A). Par ailleurs, ces droits patrimoniaux présentent un certain nombre de caractères (B).
A – Le patrimoine.
1 – Définition
Le patrimoine est constitué par l’ensemble des droits et obligations du sujet de droit, droits et obligations
ayant une valeur marchande et donc évaluables en argent. Ces droits et obligations sont dits patrimoniaux. Le
patrimoine correspond au versant économique de la personnalité juridique. Il fait du sujet de droit quelqu’un
participant au « commerce juridique ».
*** l’actif du sujet : Dans cette catégorie, entrent certainement les biens dont dispose l’individu qu’il peut
vendre, échanger, donner (les droits dont je dispose sur la voiture dont je suis propriétaire sont un élément
de mon patrimoine). Y entrent également les obligations de donner et de faire auxquelles sont assujettis les
autres sujets de droit et ayant une valeur pécuniaire. Le droit dont dispose le bailleur à exiger du locataire de
payer un loyer est un élément de l’actif du premier : c’est un droit subjectif de nature patrimoniale parcequ’il
est évaluable en argent. La prérogative reconnue au vendeur d’exiger de l’acheteur le paiement du prix est un
élément de l’actif du vendeur et est aussi un droit patrimonial.
*** A coté de l’actif, le patrimoine comprend également le passif du sujet c’est-à-dire ses dettes. Celles-ci
sont les obligations de donner et de faire qui pèsent sur le sujet de droit et qui peuvent être évaluées en argent
et faire l’objet de transactions (Exp 1 : l’obligation qui pèse sur les parents de nourrir leurs enfants peut être
évaluée en argent en cas de divorce par le versement de la pension alimentaire : c’est une obligation de nature
patrimoniale. Exp 2 : l’obligation qui pèse sur le client d’un taxi de payer le « taximan » après le transport est
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*** La première est française, développée par Aubry et Rau. Selon cette conception, le patrimoine est
une subséquence de la personnalité, c’est-à-dire une conséquence naturelle et nécessaire de celle-ci. Tout
sujet de droit aurait donc forcément un patrimoine qui est alors plus un « contenant » qu’un « contenu ». En
effet, le sujet peut, à certaines étapes de sa vie, n’avoir aucun droit ou obligation à valeur pécuniaire et mar-
chande. Il n’en reste pas moins qu’il a quand même un patrimoine qui est en fin de compte la capacité d’avoir
des droits et obligations évaluables en argent. Aussi, selon la conception française, le patrimoine serait unique
pour chaque sujet de droit étant entendu que chaque personne n’a qu’une seule personnalité juridique.
***A la théorie française du patrimoine, s’oppose la conception allemande dite encore celle des patri-
moines d’affectation. Cette conception est largement appliquée dans les pays anglo-saxons. Selon cette
construction juridique, le patrimoine correspond juste à un ensemble de droits et d’obligations ayant une
valeur économique et marchande et affecté à une finalité déterminée. Il n’est pas alors rattaché à la personna-
lité juridique, ce qui a comme conséquence qu’une personne peut avoir plusieurs patrimoines : un patrimoine
consacré à ses affaires familiales, un autre à ses affaires économique, sa profession, un patrimoine affecté à ses
activités humanitaires, associatives…
Le droit sénégalais est largement dominé par la conception française du patrimoine. Il n’en demeure pas
moins cependant que quelques concessions ont été faites à la logique anglo-saxonne du patrimoine. Ainsi,
le régime juridique de la Société unipersonnelle (SARL unipersonnelle, SA unipersonelle) réglementée par
l’Acte Uniforme sur le droit des sociétés commerciales permet bien une affectation de certains biens per-
sonnels à cette société (Art. 309 de l’Acte Uniforme), ce qui revient à avoir de manière indirecte deux patri-
moines.
1- Caractères du patrimoine
***Dans la conception française, le patrimoine demeure unique, lié à la personnalité juridique. Etant
indispensable à tout sujet de droit, il est par conséquent incessible c’est-à-dire qu’il ne peut faire l’objet d’un
transfert durant la vie de la personne (la mort civile n’existant plus, le patrimoine est incessible comme la
personnalité). Par contre, lorsque la personne meurt, son patrimoine est dévolu à ses héritiers par l’effet de la
transmission universelle du patrimoine.
*** La conception française veut aussi que le patrimoine soit indivisible. Ainsi, cette logique conduit à
considérer que les créances (actif) du sujet répondent sans distinction de l’ensemble des dettes (passif) de
ce dernier. C’est le principe de l’unité et de l’indivisibilité du patrimoine. Aussi, par l’effet de la subrogation
réelle, les éléments qui entrent dans l’actif remplacent immédiatement qui en en sortent. Des exceptions sont
prévues parfois par la loi ou la convention des parties pour affecter certains biens déterminés comme garantie
exclusive de certaines dettes. Ces garanties, on l’a vu, sont réglementées par le droit des sûretés. Elles per-
mettent d’affecter juridiquement certains éléments du patrimoine, non pas à une activité, mais à la garantie
d’une dette.
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2 – Caractères des éléments du patrimoine
Le patrimoine est un contenant. Son contenu, ce sont les droits et les obligations à caractère patrimonial c’est-
à-dire évaluables en argent. Ces éléments du patrimoine présentent un certain nombre de caractère :
-***Si le patrimoine, en tant qu’universalité juridique, est incessible entre vifs, il n’en va pas de même des
éléments qui le composent. En effet, les droits et obligations à caractère patrimonial peuvent dàbord faire
l’objet de conventions. Ce sont des éléments qui sont « dans le commerce » et sont donc susceptibles d’être
cédés, transférés dans le patrimoine d’autres personnes. En plus, cette cession peut se faire à titre onéreux
c’est-à-dire par la perception d’une contrepartie. La plupart des contrats de la vie juridique opèrent cette
cession d’éléments du patrimoine : contrats de vente (cession de la propriété d’un bien), location (cession du
droit d’usage sur la chose)…
***Etant des éléments dans le commerce, les droits patrimoniaux peuvent faire l’objet de saisie. La saisie
est l’opération par laquelle le créancier s’approprie les biens et droits situés dans le patrimoine de son débiteur
pour se faire payer.
***Les droits patrimoniaux peuvent faire par ailleurs l’objet d’une renonciation. Par elle, le titulaire du
droit s’engage à ne plus l’exercer.
Ils ont la particularité d’être attachés à la personne de l’être humain et insusceptibles d’une évaluation pécu-
niaire. Le caractère inestimable d’un droit tend à lui conférer une nature extrapatrimoniale.
Les droits extrapatrimoniaux sont d’abord ceux proclamés dans les textes fondamentaux comme la Déclara-
tion des droits de l’homme et du citoyen de 1789, la Déclaration universelle des droits de l’homme du 10 dé-
cembre 1948 ou encore la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. La Constitution du Sénégal
en cite un bon nombre en ses articles 7 et 8 : droit à la vie, à la liberté, à la sécurité, au libre développement de
sa personnalité, à l’intégrité corporelle… D’autres droits extrapatrimoniaux débordent le cadre du droit civil :
le droit d’association, de manifestation…
Ces dispositions du droit objectif reconnaissent ainsi aux sujets de droit des prérogatives qu’ils peuvent
invoquer devant d’autres sujets de droit, l’Etat ou le juge. On en trouve aussi dans des textes non constitution-
nels. Ainsi, le Code de la famille (article 2) consacre le droit au nom ou l’autorité que les parents ont sur leurs
enfants (Article 156 du Code de la famille). La loi du 25 aout 2008 sur le droit d’auteur et les droits voisins du
droit d’auteur qui garantit le droit moral de l’auteur d’une œuvre de l’esprit.
La mise en œuvre des droits extrapatrimoniaux est beaucoup plus difficile que celle des droits patrimoniaux.
Le débiteur de ces droits extrapatrimoniaux est parfois clairement identifiable. Pourtant, d’autres fois, ce débi-
teur est vague. Il en va sûrement ainsi pour le droit à la liberté, le droit à un emploi… le débiteur est-il l’Etat ?
Le juge ? L’administration ? Aussi, les controverses doctrinales et jurisprudentielles sur l’étendue du droit à la
vie, du droit moral de l’auteur d’un roman, du droit à l’intégrité corporelle sont récurrentes. La question de la
protection du droit à l’honneur, celle du droit au respect de la vie privée et familiale pose autant d’interroga-
tions. Parfois, c’est la réalité même d’autres droits extrapatrimoniaux qui divise la doctrine et la jurisprudence
(droit de mourir dans la dignité, euthanasie, droit de ne point venir au monde ?)
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*** Le premier caractère provient du fait que ces droits ne sont pas susceptibles d’une évaluation pécuniaire.
Ils peuvent cependant avoir des incidences pécuniaires. Si en effet le droit à l’image, à l’intégrité corporelle, à
la liberté ne sont pas évaluables en argent, leur violation peut conduire à l’obtention de dommages et intérêts
en justice c’est-à-dire à une compensation pécuniaire.
***Le second caractère est tiré du fait que ces droits n’ont pas de valeur économique, ils n’ont pas d’équivalent
en argent. Aussi, ils sont hors du commerce puisque étant rattachés à la personnalité. Ils ne peuvent en prin-
cipe faire l’objet de conventions. La Constitution du Sénégal fait référence à certains d’entre eux en énonçant
des « droits de l’homme inviolables et inaliénables ». Mais ce principe a évolué. Ce qui est interdit, ce sont les
conventions à titre onéreux les concernant c’est-à-dire celles par lesquelles le titulaire de ces droits obtient une
contrepartie. Ainsi donc, la convention par laquelle on reçoit gratuitement un organe humain est permise
alors que celle par laquelle on l’achète est interdite puisque le droit à l’intégrité corporelle est un droit extrapa-
trimonial.
***Contrairement aux droits patrimoniaux, les droits extrapatrimoniaux ne peuvent faire l’objet de saisie.
***Aussi, les droits extra patrimoniaux ne peuvent faire l’objet de renonciation c’est dire que leur titulaire ne
peuvent prendre un engagement à ne pas les exercer dans le futur.
***Enfin, les droits extrapatrimoniaux ne sont pas atteints par la prescription. Ils ne peuvent être éteints du
fait de l’écoulement d’un certain temps.
Les prérogatives que le droit objectif reconnait aux sujets de droit, les droits subjectifs, sont exercées envers
d’autres sujets de droit ou, au contraire, sur des choses. Dans le premier cas, on parle de droit personnel et,
dans le second, de droit réel. Il convient de les étudier séparément.
Les choses sur lesquelles portent les droits réels sont des biens qu’il convient d’identifier (A) avant de
voir le régime juridique que la loi attache à ces droits réels (B).
Notre droit classe ces biens en deux grandes catégories : les meubles et les immeubles. La distinction conduit
à établir des régimes juridiques différents pour chaque catégorie (1). Des distinctions secondaires existent
qu’il convient aussi d’identifier (2).
Il faut identifier les meubles et les immeubles et envisager ensuite l’étude des intérêts de la distinction.
a – L’identification des meubles et immeubles
*** Un deuxième critère réside dans l’anticipation de la finalité du bien. Bien qu’ayant une attache au sol et
ne pouvant être pour l’instant déplacés, certains biens seront quant bien même considérés comme meubles.
Ce sont les meubles par anticipation. On range dans cette catégorie les récoles sur pied, le bois avant la coupe,
les matériaux des carrières avant l’extraction. Le législateur considère qu’une fois arrachés, détachés du sol,
ces biens pourront être déplacés facilement. Aussi, par anticipation sur leur mobilité future, les considère t-on
comme des biens meubles.
*** Un troisième critère prend en compte l’objet auquel certains droits s’appliquent.
§§ - Chaque fois qu’un droit porte sur un meuble par nature ou par destination, ce droit est lui-même
de nature mobilière. Ainsi, les créances mobilières sont celles par lesquelles une personne peut exiger d’une
autre une obligation de faire, de ne pas faire et de donner lorsque l’obligation porte sur un meuble.
Les droits réels mobiliers sont des droits reconnus à une personne sur un meuble appartenant à autrui
(usufruit mobilier, droit d’usage détenu sur le bien meuble d’autrui sur la base d’un contrat de location par
exemple…).
§§ - D’autres fois, le droit ne porte pas sur un meuble par nature ou par destination mais sur un bien
que la loi déclare simplement comme meuble. Le critère est arbitraire et ces biens n’ont aucune matérialité
physique. Ce sont des biens incorporels et on parle meuble par détermination de la loi. On cite, dans cette
catégorie, les parts sociales c’est-à-dire les droits des associés dans tous les types de société, le fonds de com-
merce mais aussi les propriétés incorporelles telles les droits qu’un médecin a sur sa clientèle ou ceux qu’un
artiste a sur son œuvre littéraire et artistique
a- 2 – Les immeubles
Les critères sont tout aussi nombreux que pour les meubles.
*** Au contraire des meubles par nature qui sont les biens pouvant être déplacés, les immeubles par nature
sont ceux qui ne peuvent l’être. C’est le cas du sol lui-même ainsi que les biens incorporés au sol à savoir les
constructions édifiées sur le sol, les végétaux et les arbres
*** Un deuxième critère de l’identification des immeubles est fondé sur la théorie de l’accessoire. Ce critère
conduit aux immeubles par destination. Il s’agit de biens qui auraient du être considérés comme meubles par
nature. Mais, du fait de leur attachement à un immeuble par nature, ils sont réputés être des immeubles. Il
existe deux sous-critères de l’immobilisation par destination
§§ - La participation du bien meuble à la destination économique du bien immeuble par nature. Ces
biens sont destinés à servir à l’exploitation de l’immeuble : ce sont les objets et animaux qui servent à cette
exploitation.
§§- L’attachement à perpétuelle demeure du bien meuble à un bien immeuble par nature. C’est le cas
des ornements, tapisseries, statues qui accompagnent l’immeuble en y étant incorporés.
***Enfin, un troisième critère est tiré de l’objet sur lesquels portent certains droits. À l’image des droits
mobiliers qui portent sur des biens meubles, les droits immobiliers portent sur des immeubles. Le droit
considère ces droits comme des immeubles. On y cite :
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§§- les droits réels immobiliers qui sont les droits réels dont une personne peut être investie sur
l’immeuble d’autrui (usufruit sur un immeuble appartenant à autrui)
§§- Les créances immobilières qui sont les prérogatives qu’une personne peut exiger à une autre
de faire, de ne pas faire ou de donner et concernant un immeuble (livraison d’un immeuble). Dans ce cas, on
constate qu’il y’a juxtaposition d’un droit personnel (celui de donner, de faire ou de donner) et un droit réel
(l’obligation concerne un bien).
§§ - Les actions immobilières qui sont les actions en justice relatives à la propriété ou à la posses-
sion d’un immeuble sont des droits immobiliers. Le droit considère ces droits comme des biens immeubles.
Nous venons de fixer la distinction entre meuble et immeuble. Il convient maintenant de se demander à quoi
sert cette distinction. Quel est son intérêt sur le plan pratique ?
***Le droit prend en compte la valeur des immeubles et meubles. Historiquement, les immeubles
sont considérés comme ayant une valeur en principe supérieure à celle des meubles. Aussi, les opérations les
concernant, leur acquisition, vente, sont soumises à des règles plus formalistes (immatriculation, interven-
tion du notaire…). Les contrats sur les immeubles doivent faire l’objet d’une publicité légale pour informer
les tiers. Contrairement aux immeubles, les opérations juridiques concernant des meubles sont exonérées de
formalisme.
Envisagée d’un point de vue contemporain, la distinction fondée sur la valeur du bien perd un peu de son
intérêt. Certains biens meubles peuvent aujourd’hui présenter une certaine valeur financière (bateaux, avions,
actions de sociétés commerciales…). Aussi, les opérations les concernant sont très souvent soumises aux
mêmes règles de forme que celles concernant les immeubles (nécessité d’un écrit, publicité légale…)
*** En matière de preuve, la règle veut que le possesseur d’un meuble c’est-à-dire celui qui le détient,
soit présumé être propriétaire sauf preuve contraire apportée par une autre personne. Par contre, en matière
immobilière, le détenteur ne bénéficie d’aucune présomption de propriétaire. Il lui faudra prouver ses droits
sur l’immeuble.
***Un troisième intérêt concerne la procédure civile. Lorsque’un litige porte sur un immeuble, le juge
compétent est celui du lieu de situation de l’immeuble. Par contre, pour les contestations portant sur des
meubles, le juge compétent peut varier, être celui du domicile du défendeur, celui de la signature du contrat…
***En matière de voie d’exécution, la saisie de l’immeuble, considérée comme ayant une valeur écono-
mique plus importante, est soumise à des règles plus sévères que la celle des meubles.
***Choses corporelles et choses incorporelles : les premières sont celles ayant une réalité physique alors que
les choses incorporelles n’en n’ont pas (droits d’associés d’une société, romans, poèmes…).
***Choses dans le commerce et choses hors du commerce : les choses dans le commerce sont celles qui
peuvent faire l’objet d’échanges et de conventions (maisons, voitures…). Les secondes ne peuvent être l’objet
de conventions à titre onéreux entre sujet de droits (les éléments du corps humain, les produits illicites
comme la drogue…).
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***Choses fongibles et choses non fongibles : les choses fongibles ou choses de genre existent en plusieurs
exemplaires identiques. Les choses non fongibles n’existent qu’en un seul exemplaire (exp. statut de la renais-
sance africaine…)
*** Choses consomptibles et choses non consomptibles : les premières disparaissent par l’usage qu’on en fait
(les aliments) alors que les secondes ne disparaissent pas par cet usage (une maison…)
Ce régime différentie entre plusieurs types de droits réels en prenant en compte la nature et l’étendue des pré-
rogatives que le titulaire du droit réel a sur le bien objet de son droit. On distingue ainsi les droits réels princi-
paux (1) et les droits réels accessoires (2).
Le plus important est le droit de propriété (a). Il y’a par ailleurs les droits réel démembrés (b).
a – Le droit de propriété
C’est celui qui confère à son titulaire les prérogatives les plus étendues sur la chose. Le propriétaire a le droit
d’utiliser la chose à sa convenance (droit d’usage ou usus), d’en percevoir les fruits et produits ou fructus
(cueillir les fruits de l’arbre, bénéficier des intérêts du compte bancaire, utiliser la voiture pour gagner de
l’argent, louer la villa pour percevoir des loyers…) mais aussi du pouvoir de disposer de la chose en la détrui-
sant par exemple ou en la vendant (abusus). Le propriétaire dispose donc de l’usus, du fructus et de l’abusus.
Des restrictions légales peuvent être apportées au droit de propriété pour cause de nécessité publique c’est-à-
dire chaque fois qu’intérêt supérieur et général commande de telles dérogations : expropriation pour cause
d’utilité publique, servitudes publiques pour l’eau, l’électricité… (Article 15 de la Constitution du Sénégal).
***La possession consiste à se comporter comme le titulaire d’un droit que l’on a ou que l’on n’a pas. Elle
suppose d’abord une détention exclusive de la chose mais aussi l’intention d’agir comme un propriétaire. Le
propriétaire est souvent le possesseur du bien mais le contraire peut advenir
***La détention est par contre le fait d’avoir le bien par devers soi mais sans véritable intention de se compor-
ter comme le véritable propriétaire. Le locataire d’un appartement en est le détenteur. En matière de meuble,
l’article 262 du Code des Obligations Civiles et Commerciales (COCC) présume que le possesseur de bonne
foi est propriétaire.
Les prérogatives reconnues par le droit de propriété peuvent être exercées par des personnes différentes. Cha-
cun détient alors un démembrement de ce droit de propriété. Ces « fragments » de la propriété sont :
- L’usufruit est le droit reconnu à une personne, appelée usufruitier, d’user d’une chose et d’en recueillir
les fruits sans pouvoir en disposer, en abuser. Le véritable propriétaire, qui dispose de la prérogative d’abuser
de la chose est nommée nu propriétaire.
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- Le droit de servitude fait bénéficier son titulaire d’une charge qui pèse sur le propriétaire d’un autre
immeuble pour rendre plus facile l’usage et l’utilité de son propre immeuble. Le plus courant, c’est la servitude
de passage qui permet au propriétaire d’un immeuble enclavé d’avoir un droit de passage sur l’immeuble d’un
autre pour accéder à la voie publique. Les servitudes peuvent être légales ou conventionnelle (obtenue sur la
base d’un contrat).
- Le droit de superficie confère à son titulaire un droit sur la surface du sol et les constructions qui y
sont édifiées. Par contre, le sous-sol appartient à une autre personne nommée tréfoncier.
Ils n’offrent à leur titulaire qu’une garantie sur le bien objet du droit. Pour le titulaire du droit réel accessoire,
la chose sur laquelle s’exerce son droit ne constitue qu’une réserve de valeur à mettre en œuvre en cas de non
paiement par le propriétaire de cette chose. Ce sont des sûretés réelles. Il y’en a plusieurs :
a - l’hypothèque est la garantie portant sur un immeuble que le débiteur ou un tiers constitue pour
garantir le paiement de sa dette. Il s’agit d’une sûreté sans dépossession car celui qui donne la garantie conti-
nue à jouir de l’immeuble donné en garantie (celui qui donne sa maison en garantie à une banque continue
d’y habiter par exemple). Ce n’est qu’en cas de non paiement à l’échéance que le créancier est autorisé à saisir
l’immeuble pour se faire payer.
L’hypothèque peut être conventionnelle c’est-à-dire résulter de la volonté des parties. Elle peut être légale
lorsqu’une disposition de la loi oblige à la constitution d’une hypothèque pour protéger certains créanciers.
Enfin, elle peut être judiciaire par l’intervention du juge qui autorise le créancier à prendre une inscription
hypothécaire sur un immeuble du débiteur.
Le créancier qui bénéficie d’une hypothèque dispose d’un droit de préférence sur l’immeuble. On entend par
là qu’il a le droit d’être payé en priorité sur le prix de l’immeuble objet de sa garantie après la vente de celui-ci.
Il dispose également d’un droit de suite qui lui permet de poursuivre l’immeuble en quelques mains qu’il se
trouve en cas de non paiement par le débiteur.
b – Le gage est une garantie portant sur un meuble corporel (voitures, chaînes en or…) que le débiteur
remet au créancier (gage avec dépossession) ou garde par devers lui (gage sans dépossession. Le non paie-
ment de la dette à l’échéance permet au créancier de réaliser la garantie en faisant vendre la chose remise en
gage afin de se faire payer sur le prix.
On les appelle aussi droits de créance ou obligations. Contrairement aux droits réels qui confèrent des pré-
rogatives sur des choses, les biens personnels confèrent des prérogatives envers d’autres personnes, d’autres
sujets de droit. Ce sont des liens de droit entre sujets de droit.
Dans le droit personnel ou droit de créance, deux positions sont à différentier. Celle du créancier c’est-à-dire
de celui à qui le droit permet d’exiger d’une autre personne une certaine prestation. Celle-ci peut être une
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obligation de faire, de ne pas faire ou de donner. La position contraire à celle de créancier est celle de débiteur
qui est occupée par le sujet à qui incombe l’obligation de donner, de faire ou de ne pas faire.
Les droits de créance ou obligations prennent leur source tantôt dans la loi tantôt dans la convention des par-
ties. Il arrive que le législateur mette à la charge de certaines personnes, en dehors de tout contrat, une obliga-
tion envers d’autres personnes. Ces dernières deviennent les créancières des premières. Par exemple, l’article
155 du Code de la famille met à la charge des époux l’obligation de nourrir, entretenir, élever et éduquer leurs
enfants.
Mais, c’est surtout par la voie conventionnelle que les obligations naissent le plus souvent. La convention
par excellence qui fait naître ces obligations est le contrat. Il est défini comme un accord de volonté créateur
d’obligations. Par exemple, dans le contrat de vente tel que réglementé par les articles 264 et suivants du Code
des Obligations Civiles et commerciales (COCC), le vendeur contracte l’obligation de transférer la propriété
d’une chose à l’acheteur alors que ce dernier contracte l’obligation de payer un prix. Aussi, dans le contrat de
transport réglementé par les articles 641 et suivent du COCC, le voyageur a une créance envers le transpor-
teur : celle d’être déplacé d’un lieu à un autre. En revanche, la créance du transporteur sur le voyageur consiste
dans le paiement d’un prix. Le contrat de louage fait naître aussi des obligations à la charge du bailleur et
du locataire (Art. 544 du COCC) : celle qui pèse sur le locataire est de mettre les lieux ou la chose louée à la
disposition du locataire et celle qui pèse sur le locataire est de payer un loyer. Dans toutes ces hypothèses,
chacune des parties au contrat s’engage à une obligation. On parle alors de contrat synallagmatique. Il arrive
pourtant fréquemment qu’une seule partie s’engage à l’exclusion de l’autre. Ce sont les contrats unilatéraux.
Par exemple, au sens de l’article 654 du Code de la famille, le contrat de donation est un contrat unilatéral. Il
crée une obligation à la seule charge du donateur qui s’engage à transférer la propriété ou l’usufruit d’un bien
alors que le bénéficiaire ne s’engage à rien.
Les droits subjectifs n’ont de valeur juridique pour leurs titulaires que si ces derniers peuvent, à
l’occasion, en apporter la preuve. Ces titulaires peuvent être amenés à apporter cette preuve devant le juge
mais aussi devant une autorité administrative. Le régime juridique de la preuve des droits subjectifs pose trois
types d’interrogations : que faut-il prouver ? C’est la question de l’objet de la preuve (Section I). Ensuite qui
doit prouver ? Elle renvoie à la charge de la preuve (Section II). Enfin, par quels modes prouve t-on les droits
dont on est titulaire ? (Section III).
Le plaideur qui pose une prétention devant le juge doit-il prouver l’existence de la règle de droit objectif qui
fonde son droit ? La réponse donnée à cette question est négative puisque le juge est censé, mieux que qui-
conque, connaître les règles du droit objectif. Deux exceptions sont apportées à ce principe. La première est
que la partie qui se prévaut d’un usage doit en apporter la preuve par la production d’attestations établissant
cet usage. La seconde exception provient du fait que le juge n’est pas censé connaître la loi étrangère. Aussi, le
plaideur qui se prévaut d’une règle de droit étranger est tenu, selon l’article 830 du Code de la famille, d’ap-
porter la preuve de l’existence et du contenu de cette loi étrangère.
Si le plaideur n’est pas tenu de prouver le contenu de la règle de droit, il lui appartient cependant de prouver
que les circonstances prévues par la règle de droit objectif sont réunies. Par exemple, l’article 118 du COCC
prévoit que quiconque cause un dommage à autrui, par sa faute, est tenu de le réparer. Il n’appartient pas au
plaideur de prouver au juge l’existence de l’article 118 du COCC. Par contre, il lui faudra démontrer qu’une
personne lui a causé un dommage en commettant une faute. Ces circonstances particulières dont la preuve
doit être apportée résultent soit de faits juridiques soit d’actes juridiques dont l’existence est contestée :
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***Les faits juridiques sont des événements quelconques auquel le droit attache des effets juridiques : un acci-
dent de la circulation, le baptême d’un enfant, une célébration de mariage, un crash d’avion... La preuve des
faits juridiques se fait par tous moyens : elle est libre. La réglementation de la preuve des droits subjectifs ne
se pose que pour les actes juridiques.
*** Les actes juridiques. Ce sont des manifestations de volonté auxquels la loi attache des effets juridiques. On
avait vu que ces actes pouvaient être unilatéraux lorsqu’il émane de la volonté d’une seule personne (Exp. :
testament). Ils peuvent aussi avoir un caractère bilatéral ou multilatéral lorsque deux ou plusieurs personnes
s’engagent. Ce sont les conventions dont les contrats constituent la principale modalité (contrat de vente, de
transport, de location, de mariage…)
La demande en justice est l’acte par lequel un plaideur saisit la juge afin que ce dernier se prononcer sur le
bien fondé d’une prétention. Par exemple, celui qui revendique la propriété d’un immeuble demande au juge
de se prononcer sur la réalité de son droit de propriété.
La question de la charge de la preuve amène à se demander qui doit prouver la prétention du demandeur. Le
demandeur lui-même ? Le juge ? Le défendeur c’est-à-dire l’adversaire du demandeur ?
La question est réglée par un principe d’une certaine limpidité : la charge de la preuve incombe au deman-
deur c’est-à-dire celui qui pose une prétention en saisissant le juge. La formule latine « actori incubit proba-
tio » traduit ce principe. Les dispositions de l’article 9 du COCC sont assez édifiantes de ce point de vue en
prévoyant que « celui qui réclame l’exécution d’une obligation doit en apporter la preuve ».
Le défendeur peut avoir deux comportements. D’abord, il remet en cause l’existence de l’obligation même
dont le demandeur demande exécution (Exp : X demande à Y le paiement d’une somme de 50 000 frs qu’il lui
avait prêtée. Y prétend qu’il n’a jamais emprunté de l’argent à X = la charge de la preuve pèse sur X qui doit
prouver l’existence du prêt de 50 000 frs). Ensuite, Y peut se défendre en estimant que la somme de 50 000
qu’il avait empruntée à X a déjà été payée. Dans ce cas, il pose une nouvelle prétention qu’il doit lui-même
prouver. En ce sens, l’article 9 alinéa 2 du COCC dispose que « celui qui se prétend libéré doit prouver que
l’obligation est inexistante ou éteinte »
Il arrive pourtant que le législateur, venant au secours du demandeur, veuille l’ « aider » dans la production
de la preuve en posant une présomption légale à son profit. La présomption légale est un fait inconnu que la
loi tire d’un fait connu qui rend vraisemblable le fait inconnu. L’article 262 du COCC présume par exemple
qu’en matière de meubles, le possesseur de bonne foi est propriétaire. Le fait connu ici est qu’une personne
possède un meuble c’est-à-dire qu’elle le détient et se comporte comme un propriétaire et qu’elle est de bonne
foi. De ce fait connu, la loi pose un autre fait : il est propriétaire. Le possesseur de bonne foi qui prétend être
propriétaire du bien meuble est donc dispensé d’apporter cette preuve puisque la loi pose une présomption
à son profit, apporte la preuve à sa place. Il appartient à son adversaire de prouver qu’il n’est pas propriétaire.
On voit donc que la présomption légale produit un renversement de la charge de la preuve. Pour celui qui
profite de la présomption, l’article 10 du COCC dit qu’il bénéficie d’une dispense de preuve.
Lorsque, comme dans l’exemple de l’article 262 COCC, le défendeur peut essayer de montrer le contraire, de
détruire la présomption, on dit que la présomption est simple. Dans le cas contraire, elle est dite irréfragable :
le fait que la loi pose ne peut être remis en cause.
Le procès civil est un procès de type accusatoire : il est l’affaire des parties contrairement au procès pénal
qui est de nature inquisitoire (l’Etat y prend une place prépondérante et organise la recherche des preuves).
Pourtant, même dans le procès civil, La production de la preuve n’est pas seulement l’affaire des parties. Le
juge participe à cette production. Il lui est permis en effet de poser des questions aux parties, de leur faire des
injonctions, d’ordonner des enquêtes, perquisitions, expertises, pour tenter de déceler la vérité. Cette partici-
pation du juge ne doit pas cependant faire oublier que la preuve est avant tout l’affaire des plaideurs car le juge
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n’est jamais obligé d’ordonner les mesures précitées.
Les modes de preuve renvoient aux techniques et méthodes en vue d’établir la véracité des faits et actes juri-
diques. L’article 12 du Code des Obligations Civiles et commerciales cite, de façon limitative, les modes de
preuve admis en droit sénégalais. Il s’agit de l’écrit, du témoignage, des présomptions du fait de l’homme, de
l’aveu judiciaire et du serment. Il convient de les étudier successivement.
On dit aussi preuve littérale. On verra dàbord la forme de l’écrit (A), le domaine de la preuve écrite (B), et
enfin la valeur de l’écrit comme mode de preuve (C).
L’écrit peut être authentique ou sous seing privé (sous signatures privées). L’acte authentique est celui qui a
été reçu par un officier public compétent instrumentant dans les formes requises par la loi. Cet officier public
peut être un notaire, consul, officier d’état civil… au contraire de l’acte authentique, l’acte sous seing privé ou
sous signatures privées est celui qui n’a pas été reçu par un tel officier public. Il est établi par les parties elles-
mêmes.
Au Sénégal comme ailleurs, l’électronique a bouleversé la conception de la preuve écrite. On s’est pendant
longtemps demandé si les documents établis et envoyés directement par ordinateurs pouvaient constituer des
preuves écrites. Aussi, la question de savoir si on pouvait valablement signer par une forme non manuscrite
s’est posée. Il est reconnu aujourd’hui, en droit sénégalais, que l’écrit électronique vaut preuve écrite lorsque le
mécanisme utilisé permet l’identification de la personne qui s’engage et permet une conservation du contenu
de l’écrit. La signature électronique est bien recevable par exemple par le fait de taper ou d’écrire un mot de
passe sur internet ou un code confidentiel dans un guichet automatique de banque.
L’article 14 du COCC dispose que « il doit être passé acte devant notaire ou sous signatures privées de toute
convention dont l’objet excède 20 000 frs ». Ce principe conduit à affirmer que l’écrit est le mode de preuve
des actes juridiques. Par contre, concernant les faits juridiques, leur preuve est libre. Ils peuvent être prouvés
par tous moyens. La nécessité de la pré constitution d’un écrit pour la preuve d’un acte juridique reçoit cepen-
dant parfois exception :
***la première exception découle des termes même de la loi. L’écrit n’est pas indispensable lorsque l’objet de
l’acte est inférieur à 20 000 frs (achat d’un pantalon à 14 000frs).
***l’acte juridique peut être prouvé par d’autres modes de preuve lorsque les parties étaient dans l’impossi-
bilité de se procurer un écrit. Cette impossibilité peut être morale lorsqu’il existe notamment entre les parties
des relations familiales proches ou amicales. L’impossibilité morale est laissée à l’appréciation souveraine
du juge saisi de l’affaire. Elle peut être aussi matérielle. C’est le cas lorsque des circonstances exceptionnelles
empêchent aux parties de rédiger un écrit (inondation, naufrage, incendie…).
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***L’acte juridique dont l’objet est supérieur à 20 000 frs peut encore être prouvé par témoignage ou serment
lorsqu’il existe déjà un commencement de preuve par écrit. Le commencement de preuve par écrit corres-
pond à tout écrit qui rend vraisemblable le fait allégué et qui émane de celui contre qui on l’oppose. Il peut
s’agir d’une lettre, des pages d’un journal intime…
***En matière commerciale, la nécessité de l’écrit s’efface. Les commerçants, dans le cadre de leurs affaires,
sont autorisés à prouver leurs conventions par les autres modes de preuve même lorsque l’objet du litige
dépasse 20 000 frs. La règle ne joue cependant que lorsque le litige oppose deux commerçants qui agissent
dans le cadre de leurs affaires.
La force probante de l’écrit varie selon qu’il s’agit d’un acte authentique ou d’un acte sous signatures privées.
***L’acte authentique, reçu par un officier public, fait foi erga omnes c’est-à-dire à l’égard de tous (parties au
procès, juge, administration…). Cette force très grande attachée à l’acte authentique ne vaut cependant que
pour le contenu de l’acte que l’officier de l’Etat civil a fait ou constaté lui-même. Pour ce qu’il n’a pas constaté
lui-même, l’acte ne vaut que jusqu’à preuve du contraire (Exp/ les parties à un contrat de vente déclare chez le
notaire que le prix de la villa à vendre a déjà été versé au vendeur par l’acheteur = le notaire n’a pas constaté le
versement de ce prix).
Une partie peut cependant remettre en cause la validité de l’acte authentique en utilisant une procédure très
complexe, celle de l’inscription en faux. Il faudra alors démontrer que l’acte, bien qu’étant reçu par un officier
public, n’a pas été signé par cette partie, comporte des énonciations fausses ou que l’officier n’était pas compé-
tent pour le recevoir. Du fait de la confiance que notre droit accorde aux officiers publics, cette procédure est
rarissime et aboutit rarement.
***L’acte sous signatures privées, selon l’article 23 du COCC, fait foi à l’égard de tous jusqu’à preuve du
contraire. Il faut cependant qu’il contienne les signatures des parties qui se sont engagées et que la partie illet-
trée ait été assistée par deux témoins lettrés qui attestent que le contenu de l’acte lui a été précisé. L’acte doit
aussi être établi en autant d’exemplaires qu’il y’a de parties qui s’engagent et ayant des intérêts différents : c’est
la formalité du double. Par contre, lorsqu’une seule partie s’engage dans l’acte, la signature de cette personne
est nécessaire ainsi que le montant de son engagement mais l’acte peut être établi en un seul exemplaire.
Pourtant, même lorsque ces conditions sont réunies, une partie peut remettre en cause la validité de l’acte
sous signatures privées. Le juge peut alors ordonner une procédure en vérification d’écriture par laquelle des
experts tentent de vérifier si les signatures figurant sur l’acte et le contenu de l’acte sont originaux ou non.
La preuve écrite, dit-on, est la « reine des preuves ». Outre les cas exceptionnels d’inscription en faux et de
vérification d’écriture, la partie qui fonde ses revendications sur une preuve écrite gagne presque toujours
son procès. La preuve par écrit lie le juge c’est-à-dire que le juge est tenu de donner crédit aux énonciations
d’un écrit lorsque les conditions de validité de l’acte ont été respectées par les parties : on dit que l’écrit est une
preuve parfaite.
II – Le témoignage
La preuve par témoignage est celle tirée des déclarations d’une ou plusieurs personnes qui attestent de la
véracité d’un fait pour y avoir assisté ou en avoir eu directement connaissance. La preuve par témoignage a
toujours suscité une certaine réserve du législateur. Cette réserve se manifeste dàbord à travers la règle selon
laquelle le témoignage n’est jamais recevable contre et outre le contenu d’un écrit. Le juge ne peut donc faire
prévaloir le contenu d’un témoignage sur celui d’un écrit. La méfiance du législateur envers le témoignage
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se manifeste aussi par le fait que la recevabilité du témoignage est laissée à la discrétion des juges. Ceux-ci,
analysant les circonstances, l’identité du témoin, les éléments du dossier, peuvent l’accepter comme mode de
preuve ou le rejeter.
En tous états de cause, le témoignage n’est jamais admissible dans les cas où la loi rend obligatoire une preuve
écrite. Cela veut dire que les parties ne sont alors même pas autorisées à tenter de prouver leurs prétentions
par témoignage. Lorsque le témoignage est admissible, la question de sa recevabilité se pose. Cette recevabi-
lité, c’est-à-dire le fait que le juge considère comme vraies les déclarations des témoins, est laissée à l’apprécia-
tion du juge. Cela en fait une preuve imparfaite : le témoignage ne lie pas le juge qui peut le rejeter.
L’aveu est la reconnaissance, par une partie, des faits allégués contre elle. On distingue deux catégories d’aveu.
L’aveu judiciaire est celui fait par une partie ou son représentant devant le juge lui-même. Il est recevable en
toute matière et du fait qu’il est fait devant le juge, il fait pleine foi contre celui dont il émane. Le juge est tenu
de considérer les faits et actes avoués comme établis.
Il en va autrement lorsqu’on est en face d’un aveu extrajudiciaire. C’est celui qui n’a pas été fait devant le juge.
Sa valeur probante est beaucoup moins affirmée. Il ne lie pas le juge qui le considère comme une simple pré-
somption du fait de l’homme. Autant dire que sa recevabilité est laissée à la discrétion du magistrat.
Le serment est la déclaration solennelle d’un plaideur devant le juge et affirmant le bien fondé de sa préten-
tion. C’est le serment décisoire. Un plaideur défère le serment à son adversaire c’est-à-dire lui demande de
jurer solennellement que ses prétentions sont vraies. Une convention passée entre les parties devant le juge
réglemente la forme du serment ainsi que sa force probante. Le serment est utilisé souvent par le plaideur qui
n’a vraiment plus aucun moyen de preuve. Le serment met celui qui le défère à la merci de son adversaire. En
effet, si ce dernier accepte de prêter serment, celui qui lui a déféré le serment perd le procès. En effet, le ser-
ment lie le juge. Par contre, si cette partie refuse de prêter serment, la loi considère ce refus comme un aveu
de l’inexactitude de ses prétentions à moins qu’elle ne défère à nouveau le serment à son adversaire.
Tous les autres modes de preuve sont extérieurs au juge car ils sont produits par les parties. Il en est autre-
ment des présomptions du fait de l’homme. Par elles, le juge établit un certain nombre de concordances, de
raisonnements, de déductions à partir des éléments du dossier pour fonder sa conviction. Les présomptions
du fait de l’homme doivent se fonder sur des faits graves, précis et concordants. Le COCC interdit cependant
au juge d’avoir recours aux présomptions du fait de l’homme chaque fois que la loi rend obligatoire la pré
constitution d’une preuve (Art. 29 du COCC). Il en va ainsi chaque fois que l’acte juridique qui fait l’objet du
litige a un objet supérieur à 20 000 frs, l’écrit étant nécessaire. Même dans les hypothèses où cette pré consti-
tution n’est pas obligatoire, la présomption du fait de l’homme ne pourra prévaloir sur le contenu d’un écrit.
Les pouvoirs détenus par le juge en matière de preuve dépendent donc largement du mode de preuve dont il
s’agit. Lorsque la preuve des droits subjectifs est apportée par écrit, ces pouvoirs du juge se limitent à vérifier
la validité de l’écrit notamment si toutes les mentions et les signatures des parties y figurent. Lorsque l’acte est
valable, le juge est tenu de considérer son contenu comme établi. Aussi, le juge dispose de peu de pouvoirs
lorsque l’une des parties fait un aveu judiciaire ou défère le serment à son adversaire. Le juge est lié par le
contenu de l’aveu judiciaire ou les faits sur lesquels l’adversaire a prêté serment. Ces modes de preuve sont
dits parfaits.
Le rôle du juge devient différent lorsqu’une des parties tente de prouver ses droits par présomptions du fait
de l’homme, par témoignage, ou par aveu extrajudiciaire. Dans ces hypothèses, le juge dispose d’un véritable
pouvoir d’appréciation qui lui permet de considérer les faits et droits comme établis ou non au vu des élé-
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ments présentés. La force probante de ces autres modes de preuve est dit-on « laissée à la discrétion du juge ».
Ces modes de preuve sont dits imparfaits
On y ajoute que le juge dispose, comme cela a déjà été indiqué, du pouvoir de poser des questions aux parties,
de leur faire des injonctions, d’ordonner des enquêtes, des confrontations, designer des experts. En conclu-
sion, le rôle du juge en matière de preuve des droits subjectifs est diversifié mais déterminant.
Les droits, comme les biens, sont destinés à une certaine « circulation ». Leur transmission est la technique
principale qui assure cette circulation (Section I). Aussi, à l’exception de quelques rares droits ayant un
caractère éternel, la grande majorité des droits s’épuise avec leur usage. Lorsque le droit n’existe plus, on parle
d’extinction (Section II).
Les modes de transmission sont nombreux. On peut utiliser de multiples critères pour le classer. Nous choi-
sissons de les traiter en distinguant les modes non conventionnels (I) de transmission et les modes conven-
tionnels de transmission (II)
Ils ne nécessitent pas un accord de volonté entre la personne qui transmet et celle qui reçoit. Il s’agit de la
transmission par voie successorale et de la subrogation légale.
A- La succession
C’est le seul mode de transmission du patrimoine des personnes physiques dans son entier. Lorsqu’une
personne décède, son patrimoine est dévolu à ses héritiers c’est-à-dire les personnes que la loi appelle à la
succession à défaut de testament. Le testament est un acte juridique unilatéral, donc qui manifeste une seule
volonté : celle par laquelle une personne physique organise, de son vivant, la dévolution de ses biens et droits
à d’autres personnes. Lorsque la personne décédée, appelée de cujus, avait prévu un testament, ceux qui lui
succèdent sont nommés légataires.
Les « ayants cause universels » sont ceux qui reçoivent la totalité du patrimoine du de cujus. Lorsque ces
personnes reçoivent chacune une fraction du patrimoine, comme le tiers ou la moitié, le droit les nomme «
ayants cause à titre universel ». Enfin, ceux qui sont désignés pour recevoir un ou plusieurs biens particuliers
sont des « ayants cause à titre particulier ».
Qu’il y’ait testament ou non, la dévolution successorale a pour effet la transmission du patrimoine ou d’une
partie du patrimoine à d’autres personnes.
B - La subrogation légale
Par la technique de la subrogation légale, la loi permet de substituer à un créancier originaire un autre créan-
cier ayant payé à la place du débiteur. L’exemple le plus courant est celui de la compagnie d’assurance qui,
après avoir indemnisé la victime, est subrogée dans les droits de cette dernière pour agir en justice contre
celui qui a causé le dommage. Celui qui reçoit paiement est la subrogeant et celui qui a payé est le subrogé. (Il
acquiert la créance avec tous ses accessoires, avantages et dans la limite de ce qu’il a payé).
A- La cession de créance
C’est l’hypothèse la plus simple. Une personne détenant un droit personnel envers une autre personne, passe
une convention avec une autre personne pour lui céder cette créance. La personne qui était titulaire, à l’ori-
gine de la créance, est appelée cédant. Celle à qui on transmet la créance est nommée cessionnaire. Enfin,
celle qui était tenu envers le cédant et qui est désormais tenue envers le cessionnaire est nommée « le cédé
». La cession de créance n’exige pas de formalités particulières sinon la notification de la cession au débiteur
cédé c’est-à-dire son information sur l’opération.
B - La cession de contrat
Elle opère une substitution de position contractuelle. Une personne transmet à une autre l’ensemble des
obligations et prérogatives qu’elle avait en vertu d’un contrat qui le liait à une autre personne. Contraire-
ment à la cession de créance, la cession de contrat nécessité le consentement écrit du co-contractant cédé. Le
cessionnaire, c’est-à-dire celui qui prend la position du cédant, ne peut prétendre avoir plus de droits que n’en
avait le cédant.
C - La subrogation conventionnelle
On avait déjà défini la subrogation comme la technique par laquelle une personne qui a déjà payé prend la
place de cette dernière. Contrairement à la subrogation légale qui est celle prévue par la loi, la subrogation
conventionnelle, quant à elle, découle de la convention des parties. (Le subrogeant ne garantit pas la solvabi-
lité du débiteur).
D - La délégation
Un créancier, le délégant, demande à son débiteur, le délégué, d’exécuter l’obligation dont il est tenue à son
égard, envers une troisième personne, le délégataire. La délégation peut être parfaite ou imparfaite. Dans le
premier cas, le délégant est libéré vis-à-vis du délégataire. Dans le second cas, il est toujours tenu vis-à-vis de
ce dernier malgré l’engagement du délégué.
Certaines causes d’extinction procèdent de la volonté des parties (I), d’autres sont indépendantes de cette
volonté (II).
*** Le paiement : c’est certainement le mode d’extinction le plus courant. Le paiement en droit, c’est l’exécu-
tion de l’obligation par le débiteur. L’entrepreneur qui construit une maison selon les prévisions d’un contrat
paie comme celui qui achète un bien et remet le prix au vendeur paie aussi.
*** La renonciation est l’acte par lequel le titulaire d’un droit y renonce volontairement c’est-à-dire déclare
sa volonté de ne plus l’exercer. Elle est possible pour les droits patrimoniaux et non ceux ayant un caractère
extrapatrimonial.
***La remise de dette : Convention par laquelle les parties le créancier libère son débiteur de tout ou partie
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de sa dette sans avoir reçu paiement. A la différence de la renonciation, elle peut porter sur une partie seule-
ment du droit.
***La novation : c’est la substitution conventionnelle d’une obligation par une autre. Par exemple, les parties
un transporteur tenu de transporter des personnes à Tambacounda convient avec ces dernières que le trans-
port se fera désormais sur Touba.
*** La dation en paiement : c’est l’hypothèse où le créancier reçoit en paiement une chose autre que la chose
due. L’obligation portant sur la première chose est éteinte.
*** La compensation : dans le cas particulier où deux personnes sont créancières et débitrices l’une de
l’autre, la compensation éteint les deux dettes à concurrence de la plus faible. Les deux obligations doivent
être liquides c’est-à-dire susceptibles d’être évaluées en argent et être toutes deux exigibles c’est-à-dire arrivées
à terme. (Article 215 du COCC : « La compensation n’a lieu qu’entre dettes de sommes d’argent ou de choses
fongibles, liquides, exigibles et saisissables »)
***L’arrivée du terme : lorsque l’exécution de l’obligation était liée à un terme prévue à l’avance par les par-
ties, son arrivée éteint l’obligation. Le terme est un événement futur et certain dont l’arrivée éteint l’obligation
(terme extinctif) ou rend exigible l’exécution de l’obligation (terme suspensif). Seul le terme extinctif consti-
tue un mode d’extinction des droits subjectifs.
Elles concernent des hypothèses où le droit subjectif disparaît alors que les parties n’en avaient pas décidé
ainsi :
***L’impossibilité d’exécution : « à l’impossible nul n’est tenu » dit-on dans le langage courant. Cela est aussi
vrai en droit. Lorsque l’obligation est impossible à exécuter, elle est éteinte. Il doit s’agir cependant d’une véri-
table impossibilité c’est-à-dire qui ne résulte pas de la faute du débiteur mais d’un événement qu’on ne pouvait
prévoir et que l’on ne peut surmonter.
*** La confusion : elle est présente lorsque les qualités de créancier et de débiteur se retrouvent sur la tête
d’une même personne. Par exemple : le débiteur hérite de son propre créancier. Il devient débiteur et créan-
cier de lui-même ce qui conduit à éteindre la dette.
*** La prescription extinctive : notre droit prévoit parfois un certain délai pendant lequel le droit doit être
exercé. Au-delà de ce délai, on dit que le droit est prescrit, il est éteint : c’est la prescription extinctive ou
libératoire. Par exemple, en droit du travail, l’article L. 126 du Code du travail prévoit que les créances sur les
salaires doivent être réclamées par les travailleurs à leurs employeurs ou au juge dans un délai de 5 ans. Au-
delà, elles sont éteintes.
Nous avons vu, à travers nos développements, que l’ordre juridique est constitué d’une somme de règles
reconnaissant des droits et imposant des obligations. Ceux à qui sont destinés ces droits et obligations sont
les sujets de droit. La personnalité juridique manifeste la reconnaissance, par notre droit, de la qualité de sujet
de droit. Les personnes juridiques ou sujets de droit sont donc ceux à qui le droit reconnaît la personnalité
juridique. L’étude de la personnalité juridique soulève deux interrogations : celle de son acquisition et celle de
sa perte
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Section I – L’acquisition de la personnalité juridique
Les modes d’acquisition diffèrent selon que le sujet de droit est une personne physique (I) ou morale (II).
I – Les personnes physiques
Tout homme acquiert, en naissant, la personnalité juridique. Tout homme naît « sujet de droit ». L’article 1er
du Code sénégalais de la famille traduit très bien cette réalité en précisant que « la personnalité commence à
la naissance et cesse au décès ». La personnalité juridique s’attache donc à la personne de façon automatique,
elle est indisponible : son existence ne dépend ni de la volonté de l’individu lui-même encore moins celle de
l’Etat ou des autres individus. L’affirmation selon laquelle la personnalité juridique commence à la naissance
laisse supposer que le fœtus, scientifiquement dénommé embryon, ne disposerait pas de la personnalité
juridique. Une telle conclusion serait fausse car l’alinéa 2 du même article 1er ajoute que l’enfant peut acquérir
des droits du jour de sa conception s’il naît vivant.
Remarquons que la loi ne parle que de l’acquisition de droits et non d’obligations. Les dispositions de l’alinéa
2 sont d’un grand intérêt en matière successorale et de donation. On voit donc que lorsque l’enfant né vivant,
c’est-à-dire respire complètement après l’accouchement, le droit sénégalais considère de façon rétroactive
qu’il avait la personnalité juridique dés sa conception. Ainsi, il peut succéder de son père décédé avant sa
naissance ou recevoir les biens et droits dont d‘autres sujets de droits lui ont fait donation avant sa naissance.
Notre droit situe cette conception entre le 300e jour et le 180e jour de la naissance
Contrairement aux personnes physiques, qui ont une réalité matérielle, les personnes morales sont des sujets
de droits qui n’ont point une matérialité concrète. Il n’est point possible de déjeuner avec l’Etat du Sénégal, la
SENELEC, la SONATEL ou la Société Générale de Banques du Sénégal (SGBS) ni de leur serrer la main. Les
personnes morales sont des groupements de personnes à qui le droit reconnaît la personnalité juridique. Cer-
taines d’entre elles sont des personnes morales de droit public. C’est le cas de l’Etat du Sénégal, des collectivi-
tés territoriales (mairies, communes…) mais aussi de certains démembrements de l’Etat (UCAD, La Poste…).
D’autres personnes morales sont de droit privé. Ce sont principalement les sociétés et les associations. Leur
critère de distinction, selon l’article 764 du Code des Obligations Civiles et Commerciales, réside dans la
poursuite ou non d’un but lucratif. Selon la loi sénégalaise, « la société civile est le contrat par lequel deux ou
plusieurs personnes mettent en commun des apports et constituent une personne morale pour les exploiter et
se partager les profits ou les pertes qui résultent de cette activité ». L’association est définie comme « le contrat
par lequel deux ou plusieurs personnes mettent en commun leur activité et, au besoin, certains biens, dans un
but déterminé autre que le partage de bénéfices » (art. 811 du COCC). L’article 763 du COCC reconnaît aux
sociétés et associations la personnalité morale qui leur confère la qualité de sujet de droit. Cette reconnais-
sance leur donne, à l’image des personnes physiques, l’aptitude à avoir des droits, acquérir des biens, signer
des conventions, être soumises à des obligations….
L’octroi de la personnalité juridique pour les personnes morales peut requérir des formalités particulières
comme une autorisation administrative (syndicats). D’autres fois, cette personnalité juridique n’est opposable
aux tiers qu’après l’immatriculation au registre du commerce et du crédit mobilier (sociétés commerciales)
ou dans un journal d’annonces légales. N’ayant pas une réalité physique, les personnes morales agissent par la
voix de leurs représentants appelées selon le cas « gérants », « administrateurs », « dirigeants sociaux »…
Les règles sont encore différentes selon que la personne en présence est une personne physique (I) ou morale
(II).
Pour les personnes physiques, le décès, procédant le plus souvent de la mort, constitue le mode unique de
perte de la personnalité juridique (A). Parfois cependant, une incertitude peut exister sur le fait de savoir si
l’individu est mort ou non. Lorsqu’on a plus de nouvelles d’une personne, le droit établit une procédure qui
peut aboutir à déclarer l’individu décédé alors même que son corps n’a pas été retrouvé. Ces personnes, sans
être mortes avec certitude, sont considérées comme décédées. C’est la question de l’absence et de la dispari-
tion que notre droit réglemente de façon originale (B).
A – La mort
Étant attachée à la vie de l’être humain, chaque individu conserve sa personnalité juridique jusqu’à sa mort.
La mort établit le décès avec certitude du fait de sa constatation sur le cadavre du de cujus (personne décé-
dée).
Parfois, les prérogatives qui résultent de la personnalité juridique peuvent être atténuées. Pourtant, la person-
nalité juridique elle-même ne disparaît jamais du vivant de la personne. Les mineurs et les majeurs incapables
peuvent voir leur capacité d’exercice atténué : ils ne peuvent exercer eux-mêmes les droits que la loi reconnaît
aux personnes juridiques (vendre, acheter…). Pour d’autres personnes, c’est la capacité de jouissance c’est-
à-dire l’aptitude à acquérir des droits qui est atténuée. Par exemple, la condamnation pour certains crimes
s’accompagne d’une perte des droits civiques et politiques. Pourtant, dans toutes ces hypothèses, la personna-
lité juridique subsiste toujours. Elle ne disparaît qu’avec la mort.
Deux hypothèses sont envisagées par le droit sénégalais et qui manifestent cette incertitude : l’absence (1) et la
disparition (2).
1– L’absence
L’absent est défini par l’article 16 du Code de la famille comme « la personne dont le manque de nouvelles
rend l’existence incertaine ». On remarque d’ores et déjà que le Code de la famille évoque un manque de
nouvelles sans s’intéresser à la cause de celui-ci. L’absence ne manque pas de poser un certain nombre de
difficultés en droit pour au moins deux raisons : l’individu n’étant plus présent, la question de la gestion de
son patrimoine se pose mais aussi celle de sa famille. Aussi, l’absence fait planer une incertitude sur le fait de
savoir si celui dont on a plus de nouvelles est toujours vivant ou non. La manière que le législateur a de régler
ces questions manifeste un certain espoir de ce dernier que l’absent n’est pas encore mort.
On constate la multiplication et la longueur des procédures devant conduire à déclarer l’absent décédé. Cette
multiplicité des procédures manifeste l’espoir qu’a le législateur que l’individu est encore en vie.
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Lorsque les dernières nouvelles remontent à plus d’un an, tout intéressé, et le ministère public, peut former
une demande de déclaration de présomption d’absence devant le Tribunal de première instance du dernier
domicile de l’absent. La loi ordonne que le parquet diligente une enquête sur le sort de l’absent et une publica-
tion par voie de presse écrite, radiodiffusée… la déclaration de présomption d’absence ne peut être prononcée
par le juge avant un délai d’un an à compter du dépôt de la demande. Il faut alors attendre un autre délai de
deux ans pour pouvoir déposer une demande de déclaration d’absence. Le juge considère une seconde fois
les éléments en cause pour déclarer ou non l’absence. L’individu n’est plus alors présumé absent mais déclaré
absent et considéré comme tel.
Le manque de nouvelles peut aller plus loin. Dix ans après les dernières nouvelles, une demande de déclara-
tion de décès peut être déposée par tout intéressé. Il s’agit du délai au-delà duquel notre droit estime qu’il y
a très peu de chances que l’individu soit encore en vie. Pour autant, le juge ne peut rendre une ordonnance
de déclaration de décès sans une enquête complémentaire du parquet. C’est seulement sur le fondement des
résultats pessimistes de celle-ci qu’il peut prononcer une déclaration de décès. La déclaration de décès est
transcrite sur les registres de l’état civil et ouvre la succession de l’absent.
La personne dont on est resté sans nouvelle, l’absent, a pu laisser des biens, des enfants, un conjoint…
La déclaration de décès de l’absent ouvre sa succession et opère la transmission de son patrimoine à ses
héritiers. Lorsque l’absent réapparaît après la déclaration de décès, il reprend ses biens mais dans l’état où il
les trouve (restitution des biens dévolus par la succession) mais ne peut revendiquer ceux qui ont été aliénés
(vendus) régulièrement.
***Jusqu’à la déclaration d’absence, le manque de nouvelles ne produit aucun effet sur le sort du mariage de
l’absent. Par contre, le jugement déclaratif d’absence donne au conjoint de l’absent le droit de demander le
divorce pour cause d’absence. Lorsque l’absent réapparaît alors que le divorce a déjà été prononcé, aussi bien
le divorce que le nouveau mariage lui sont opposables.
***Enfin, le sort des enfants de l’absent est pris en compte par les règles de l’administration légale et de la
tutelle. La tutelle renvoie à la désignation, par le juge, d’une personne autre que le conjoint de l’absent, char-
gée de s’occuper de la personne et des biens de l’enfant. L’administration légale consiste à nommer une per-
sonne s’occupant de la gestion des biens de l’absent. L’administration légale revient en principe à la personne
qui exerce la puissance paternelle sur l’enfant, souvent le conjoint de l’absent. Comme pour l’administration
des biens de l’absent, la mise ne œuvre des régimes de tutelle et d’administration légale se fait sous le contrôle
étroit du juge. La réapparition de l’absent met immédiatement fin à ces régimes de protection.
2 – La disparition
Son régime juridique est moins formaliste, moins procédurale que celui de l’absence. Le disparu est la per-
sonne dont « l’absence s’est produite dans des circonstances mettant sa vie en danger sans que son corps ait pu
être retrouvé ». A la différence de l’absence, la disparition se caractérise donc par la constatation de circons-
tances qui laissent peu de chance à la survie de la personne (incendie, naufrage, crash d’avion, inondation…).
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De ces circonstances particulières, la loi fait plus un « pari » sur la mort de l’individu que sur sa survie. Cette
présomption de mort influence tout le régime juridique de la disparition.
Comme pour l’absence, le prononcé du jugement de décès est transcrit sur les registres de l’état civil. Elle
ouvre la succession du disparu. Le jugement doit nécessairement fixer une date pour le décès. Celle-ci doit
être fixée en tenant compte des éléments du dossier ou, en cas de difficultés, fixée au jour de la disparition.
Comme l’absent, le disparu peut réapparaître après la déclaration de décès. Il se trouve dans la même situa-
tion que l’absent qui revient : il récupère ses biens dans l’état où il les trouve. Le divorce ou le remariage de
son conjoint lui sont opposables.
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DOCUMENTS DE CULTURE
GENERALE
THEMES :
L’économie d’énergie
Environnement
Organisations Non Gouvernementales
Aide Internationale
Tiers-monde
Commerce Internationale
Accord de Libre Echange Nord Américain ([Link])
Libre-échange
Accord sur les Tarifs Douaniers et le Commerce (G.A.T.T)
Organisation Des Pays Producteurs de Pétrole (O.P.E.P)
Nord-sud, rapports
Commerce de Marché
Monopole
Inflation et Déflation
Chômage
Crise économique
Dévaluation
Mondialisation
Finance
Third International Conferance for African Developmnt
Intégration de l’économie internationale et financement international
Le secteur informel en Afrique, une croissance qui n’est pas forcement signe de
marginalisation
Terrorisme
Relations Internationales
Economie du Développement
Développement Humain, Indice de (IDH)
Libéralisme (politique, économique)
Endettement public
NEPAD
Pauvreté
Décentralisation
Décentralisation et déconcentration
Etat
Urbanisme
Règlement des conflits
Union économique et monétaire
Impérialisme
Sélectionnés par Ibrahima COULIBALY
1
Source : ENCARTA 2004
Économies d'énergie
1 PRÉSENTATION
Économies d'énergie, réductions des besoins et des dépenses énergétiques par le biais de
dispositions techniques — amélioration des rendements des machines — ou politiques
— lois, taxes sur la consommation d’énergie. Ces mesures concernent plus particulièrement
les pays industrialisés.
2 SOURCES D’ÉNERGIE
Les sources d’énergie sont les matières premières ou les phénomènes naturels employés pour
produire de l’énergie. On distingue les énergies non renouvelables — énergies fossiles et
fissiles — et les énergies renouvelables.
Les énergies fossiles sont essentiellement les combustibles solides, liquides ou gazeux,
comme respectivement le charbon, le pétrole et le gaz naturel. Les réserves de pétrole et de
gaz sont difficilement accessibles (fond des océans, par exemple) et mal réparties à la surface
de notre planète : 77 p. 100 du pétrole et 39 p. 100 du gaz disponibles sont concentrés dans
les pays de l’OPEP, alors que les États-Unis, l’ex-URSS, la Chine, l’Australie et l’Afrique du
Sud possèdent près des trois quarts des réserves mondiales de charbon. Ainsi, ces dernières,
plus abondantes et beaucoup mieux réparties que les réserves de pétrole et de gaz naturel,
pourront assurer, pendant quelques siècles encore, la relève des combustibles liquides et
gazeux, intensément exploités.
L’uranium, combustible fissile à la base de l’énergie nucléaire, est également une source
d’énergie non renouvelable en péril. On le trouve dans un grand nombre de roches, mais en
teneurs restreintes. Son exploitation est délicate et coûteuse. Les réserves d’uranium risquent
de s’épuiser plus rapidement que celles de pétrole si l’on ne crée pas d’autres techniques pour
accéder à l’énergie nucléaire. Le décalage entre les réserves de ces formes d’énergie non
renouvelables et leur consommation, toujours croissante, est l’un des problèmes majeurs de la
gestion à long terme de ces ressources énergétiques.
2
2.2 Énergies renouvelables
Les risques réels d’épuisement des sources d’énergie non renouvelables à terme nous font
considérer de plus en plus les sources d’énergies renouvelables, les premières à être exploitées
par l’Homme. Par exemple, le bois — ou plus généralement la biomasse — représente le
combustible le plus courant dans les pays en voie de développement ; l’énergie hydraulique,
jadis utilisée dans les moulins à eau, est actuellement exploitée dans les centrales
hydroélectriques ; l’énergie marémotrice utilise le mouvement d’importantes masses d’eau
lors des marées ; l’énergie éolienne tire parti de la force du vent ; l’énergie solaire, qui peut
être transformée en électricité ou en chaleur, est le plus grand espoir comme source d’énergie
inépuisable.
D’après certains spécialistes, en l’an 2000, le potentiel annuel d’énergies renouvelables serait
de 3 365 Mtep (mégatonnes équivalent pétrole) pour le monde entier, dont près de 1 650 Mtep
provenant du bois, 880 Mtep, de l’énergie hydraulique, 505 Mtep, des déchets industriels,
200 Mtep en énergie solaire, 70 Mtep en combustibles énergétiques et 60 Mtep en énergie
éolienne.
Autrefois, le bois et le charbon de bois étaient les principaux combustibles, utilisés pour leur
pouvoir calorifique. La révolution industrielle, au XVIIIe siècle, entraîna une augmentation de
la consommation de combustible, en premier lieu en raison de la généralisation des machines
à vapeur. L’invention de ces dernières, remonte à 1615, date à laquelle l’ingénieur français
Salomon de Caus pensait utiliser la vapeur comme force motrice. En 1707, Denis Papin
expérimenta un bateau à vapeur à aubes ; entre 1769 et 1785, James Watt apporta les
améliorations qui permirent de nombreuses applications pour ce type de machines.
En 1824, le physicien français Sadi Carnot énonça les deux principes fondamentaux de la
thermodynamique, qui se révélèrent incontournables pour parvenir à une amélioration du
rendement des machines. Dans une turbine à vapeur, par exemple, si la température d’entrée
de la vapeur est T1 et que la température de sortie après la mise en mouvement est T2, le
rendement de conversion théorique maximal pour le moteur est :
3
Les besoins en énergie s’accrurent considérablement au XXe siècle, en particulier avant la
Première Guerre mondiale. Les pays industrialisés connurent un autre bouleversement majeur
à partir de 1973, lorsque les pays producteurs de pétrole multiplièrent par quatre le prix du
baril de pétrole, le fixant à 12 dollars ; ils réduisirent également de 5 p. 100 leurs ventes aux
principaux pays importateurs. En 1979, ils devaient encore augmenter ce prix ; en 1980, le
pétrole brut se négociait ainsi à 40 dollars le baril (voir Crise économique).
Lorsque le cartel des pays producteurs de pétrole commença à se fissurer et que les prix du
pétrole chutèrent, redescendant en dessous de 10 dollars le baril, la réduction de la
consommation d’énergie demeura une préoccupation.
L’augmentation rapide de la population des pays en voie de développement rend, bien sûr, ce
problème crucial. Selon les Nations unies, la population mondiale, au milieu des années 1990,
était légèrement supérieure à 5 milliards d’habitants ; elle pourrait atteindre 10 milliards en
2040. Huit milliards de personnes vivront alors dans des pays à économie en croissance rapide
et dont les besoins énergétiques augmenteront.
La demande croissante en combustibles fossiles, ainsi que les risques de pollution qu’elle
implique, ont conduit divers groupes d’experts — dont la Commission des Nations unies sur
4
l’environnement et le développement dirigée par Gro Harlem Brundtland (1988) — à lancer
des appels en faveur d’une concertation au niveau mondial, visant la régulation de la
consommation d’énergie.
Consciente de ces problèmes, l’Union européenne considère que 20 p. 100 d’économie est un
objectif raisonnable. Pour sa part, le Conseil mondial de l’énergie a demandé des réductions
considérables de l’« intensité de l’énergie », c’est-à-dire de la quantité d’énergie nécessaire à
la production d’une unité de produit national brut (PNB). Les chiffres publiés dans un rapport
du Conseil mondial de l’énergie, en 1993, suggèrent un rendement énergétique mondial
moyen de 3 à 3,5 p. 100. En Europe de l’Ouest et au Japon, il est de 4 à 5 p. 100, alors qu’il
n’est que de 2 p. 100 aux États-Unis.
En Europe de l’Ouest, 40 p. 100 de l’énergie est consommée par les particuliers, 25 p. 100 par
l’industrie et 30 p. 100 dans les transports ; près de la moitié de l’énergie totale est
consommée dans des locaux d’habitation ou professionnels.
Les appareils de chauffage électrique par rayonnement, de conception plus récente, offrent un
rendement supérieur, mais leur prix d’achat est plus élevé. Les dispositifs à soufflerie avec
élément en céramique ont également un très bon rendement, mais nécessitent plus d’attention
quant aux risques d’incendie. Les systèmes de chauffage à briques réfractaires présentent,
quant à eux, l’avantage de pouvoir consommer de l’électricité en dehors des heures de pointe,
ce qui permet une meilleure gestion de la production d’électricité.
Le chauffage central au gaz est plus économique et offre un confort supérieur aux convecteurs
électriques, mais son installation est nettement plus onéreuse. Le chauffage central au fioul
engendre des émissions polluantes, et le prix de son installation ne se justifie que pour de
grandes surfaces habitables.
Les progrès dans le secteur habitatif sont nécessairement lents, car c’est lors de la construction
que les meilleures techniques d’économie d’énergie peuvent être prises en compte. Si l’on
appliquait des techniques de construction appropriées, la consommation d’énergie pourrait
5
être réduite de 20 p. 100, la période d’amortissement de l’investissement étant inférieure à
cinq ans.
Dans la mesure où le renouvellement du parc des logements n’est que de quelques pour cent
par an, il faut encourager l’aménagement rétroactif des systèmes plus performants de
chauffage, d’isolation et d’éclairage, ou généraliser l’usage des systèmes informatiques de
gestion de l’énergie, l’installation de dispositifs de régulation, de climatisation, de
réfrigération de conception récente.
Des systèmes d’aides aux particuliers et aux entreprises qui investissent dans des travaux de
ce type ont été mis en place. En France, elles sont distribuées par l’Agence nationale pour
l’amélioration de l’habitat (ANAH), et elles comprennent des dégrèvements fiscaux et des
subventions.
5.2 Isolation
Les travaux d’isolation concernent les murs, les sols, la toiture et les ouvertures.
Le double-vitrage, posé sur un cadre à rupture de pont thermique, permet de pallier le défaut
du verre, bon conducteur de chaleur. Ce dispositif est constitué de deux vitres parallèles,
séparées par un vide.
Le polystyrène expansé est un bon isolant thermique. Avec ce matériau, on peut recouvrir à
peu de frais les murs intérieurs des habitations, ou encore le mélanger au béton afin de réaliser
des dalles de sol isolantes. La laine de verre est aussi un excellent isolant thermique,
notamment pour l’isolation des combles. Des procédés récents permettent de monter des
cloisons au moyen de plaques de plâtre à fixer sur des rails, entre lesquelles on place de la
laine de verre, pour ses qualités d’isolant à la fois thermique et phonique.
5.3 Éclairage
6
Le rendement des chaudières et des fours pourrait souvent être radicalement amélioré par un
réglage et un contrôle soignés de la quantité d’air. La récupération des calories excédentaires
au moyen d’échangeurs de chaleur, de pompes à chaleur et de programmateurs thermiques
pourrait faire l’objet d’évaluations rigoureuses. L’amélioration des systèmes de vapeur et de
condensation entraînerait des économies substantielles.
Pour exploiter l’énergie des combustibles fossiles de façon encore plus rentable, on peut
utiliser des systèmes de cogénération, ou systèmes dits combiné chaleur et électricité (CHP).
Dans ce cas, la chaleur issue de la turbine est utilisée pour actionner le générateur électrique,
qui permet le chauffage ou la climatisation des locaux. Ces systèmes ont un rendement global
énergétique supérieur à 80 p. 100.
7
de stationnement aux portes des villes, ou encore interdiction de circuler les jours de pics de
pollution. Malheureusement, ces mesures sont le plus souvent dissuasives pour les
automobilistes, qu’incitatives par le biais d’améliorations notables des services de transport
urbains. Il existe néanmoins quelques exceptions, telle la ville de Zurich, en Suisse, dont les
transports urbains sont exemplaires quant à la fréquence, la densité du réseau, la couverture
horaire étendue et la propreté (atmosphérique — le réseau fonctionnant pour l’essentiel à
l’électricité — et des voitures), facteurs auxquels il convient d’ajouter le prix de
l’abonnement, compétitif par rapport au prix de l’utilisation d’une voiture particulière.
5.7 Carburants
Les taxes françaises sur les carburants pour les véhicules à moteur représentent plus de la
moitié de leur prix pour les consommateurs. Le choix politique d’un prix inférieur pour le
gazole a été récemment remis en question, à la suite notamment des déclarations de nombreux
experts quant à la pollution atmosphérique qu’il engendre. De nombreux pays encouragent ou
rendent obligatoires les pots catalytiques, dispositifs permettant, tout en utilisant une essence
dont la teneur en plomb est très basse par rapport à l’essence traditionnelle — donc nettement
moins polluante que cette dernière —, de bénéficier d’un bon rendement.
Afin de favoriser les économies d’énergie, les gouvernements ont recours à des incitations
fiscales combinant subventions et impôts. Un impôt carbone énergie a ainsi été suggéré pour
l’Union européenne, de 10 dollars par baril d’équivalent pétrole, partagé de manière égale
entre énergie et carbone. De telles mesures sont déjà appliquées dans certains pays comme le
Danemark.
Les ressources énergétiques mondiales devront être utilisées de façon plus rentable à l’avenir,
si nous souhaitons faire face à la demande accrue en énergie. La limite même des ressources
mondiales en combustibles non renouvelables ainsi que la progression constante du nombre
d’habitants sur notre planète exigent une réponse urgente.
8
9
Environnement
1 PRÉSENTATION
Les sciences de l'environnement étudient les conséquences de ces modifications sur les
plantes, les animaux et l'homme aussi bien à l'échelle de l'individu ou de l'écosystème que de
toute la biosphère. Il convient de distinguer les sciences de l'environnement de l'écologie qui
étudie (dans la mesure où il en existe encore) des milieux naturels ou peu modifiés. Le mot
« environnement », d'origine anglaise, s'est substitué peu à peu au mot « milieu » vers la fin
du XIXe siècle.
L'homme moderne, Homo sapiens sapiens, est apparu tardivement sur la Terre. Les premiers
hommes, peu nombreux et dépourvus de moyens techniques, ont vécu pendant longtemps en
harmonie avec leur milieu, comme les autres animaux. Ils étaient des chasseurs-cueilleurs qui
avaient besoin, pour survivre, de bien connaître les plantes et les animaux. Cet équilibre a
profondément changé avec la première révolution agricole, au néolithique, qui a favorisé
l'érosion du sol et la régression de la végétation naturelle. Tant que les hommes sont restés
peu nombreux et leurs moyens techniques rudimentaires, leur impact sur la nature a été limité
et localisé.
Aujourd'hui, il y a plus de six milliards d'hommes sur Terre, et certaines régions sont
surpeuplées. Les besoins en terres cultivables, en matières premières et en sources d'énergie
croissent constamment et les moyens techniques permettant de modifier ou même de détruire
le milieu ont une puissance considérable. En outre, les hommes se concentrent dans des villes
dont l'air est de plus en plus pollué et ils perdent le contact avec la nature.
La dégradation de la biosphère qui en résulte a déjà, et aura des conséquences de plus en plus
préoccupantes.
3 GLOBAL CHANGE
L'utilisation des combustibles fossiles (charbon, pétrole, gaz naturel) libère dans l'atmosphère
une partie du carbone qui était stocké dans le sous-sol sous la forme de carbone fossile (voir
10
carbone, cycle du). La teneur de l'atmosphère en gaz carbonique était, semble-t-il, restée
stable pendant des siècles et était de l'ordre de 290 parties par million (ppm). Elle a
augmenté, depuis 1850 environ, et est aujourd'hui de 350 ppm. Ce changement important
provoque déjà des modifications de l'état général de la biosphère, et entraîne en particulier
une amplification de l'effet de serre. Depuis 1850, la température moyenne de la surface du
globe a ainsi augmenté de près de 1 °C. Les spécialistes prévoient que, si l'augmentation de la
teneur de l'atmosphère en gaz carbonique continue à ce rythme, l'élévation de température
sera dans un siècle comprise entre 2 °C et 6 °C.
Si rien n'est fait pour enrayer ces rejets de gaz carbonique, la fonte d'une partie des glaces
polaires entraînera une élévation du niveau des mers (estimée à 80 mètres en l'an 2100), ce
qui submergera des régions littorales, dont certaines sont très peuplées. À Paris, par exemple,
seules les tours de Notre-dame émergeront. Le régime des pluies sera perturbé et des régions
aujourd'hui favorables à la culture, comme les plaines du Middle West américain, se
transformeront en déserts de poussière. Beaucoup d'animaux et de végétaux inadaptés aux
températures élevées disparaîtront ou devront migrer vers des régions situées plus au nord.
Le gaz carbonique n'est pas le seul gaz capable d'augmenter l'effet de serre. Le méthane, dont
les émissions ont pour origine la décomposition organique anaérobie (rizières, sols,
décharges) et la fermentation microbienne de nourriture dans l’appareil digestif des animaux
d’élevage, ainsi que les chlorofluorocarbones (CFC) ont le même effet et sont, eux aussi,
libérés dans l'atmosphère en quantités croissantes.
L’augmentation de ces gaz à effet de serre est à relier d’une part à l’augmentation de la
population mondiale, et d’autre part au développement des techniques industrielles et aux
besoins qu’elles impliquent.
Il existe dans la stratosphère, vers 40 Km d'altitude, une couche d’ozone (O3) qui est formée
par des réactions photochimiques : combinaison d’oxygène moléculaire (O2) et d’oxygène
atomique (O) libéré par le rayonnement solaire. Cette couche d'ozone arrête une grande partie
des rayons ultraviolets solaires et sans elle aucune vie ne serait possible sur Terre. Une
diminution inquiétante de la quantité d'ozone au-dessus de l'Antarctique a été détectée entre
1970 et 1980. Cette destruction de l'ozone est liée à l'utilisation dans diverses industries
(climatisation, réfrigération, solvants, aérosols) de composés à base de fluor et de chlore (le
plus connu étant le Fréon) que l’on appelle communément les chlorofluorocarbones (CFC).
Les CFC, dont la durée de vie est de 60 à 120 ans, s’élèvent jusqu’à la stratosphère, où les
rayons solaires les dissocient, libérant leur chlore très réactif qui, brisent les molécules
d’ozone. Chaque molécule de chlore peut détruire jusqu’à 100 000 molécules d’ozone sans
disparaître pour autant.
L'exposition à des doses de rayons ultraviolets plus importantes que la normale entraîne des
conséquences néfastes pour les animaux et les végétaux. Les ultraviolets ralentissent le
processus de la photosynthèse, affectent la croissance du phytoplancton dans les océans et
semblent, au moins en partie, responsables de phénomènes restés longtemps mystérieux
11
comme la disparition progressive sur toute la Terre des amphibiens (crapauds, grenouilles,
salamandres). Chez l'homme, les actions les plus évidentes des rayons ultraviolets sont
l'augmentation du nombre de cancers de la peau et des cataractes, ainsi que la baisse d'activité
du système immunitaire qui intervient en particulier dans la lutte contre les maladies
infectieuses.
Les pluies acides sont, comme l'effet de serre, une conséquence de l'utilisation des
combustibles fossiles. Elles sont provoquées par les rejets de dioxyde de soufre (ou gaz
sulfureux) et d'oxyde d'azote dans l'atmosphère lors de la combustion qui a lieu dans les
centrales thermiques, les chaudières de chauffage central ou les véhicules à moteur. Ces
produits, en présence des rayons ultraviolets solaires, réagissent avec la vapeur d'eau
atmosphérique et avec des oxydants comme l'ozone, se transformant en acide sulfurique et en
acide nitrique, qui sont entraînés loin de leur lieu de production par les courants
atmosphériques. Ces particules acides se déposent et s’accumulent sur les feuilles des arbres,
puis sont lessivées par la pluie ou la neige. Ce lessivage entraîne alors une augmentation de
l’acidité dans le sol.
L'acidité se mesure en déterminant le pH, qui est d'autant plus bas que l'acidité est plus forte.
Les pluies normales ont un pH moyen de 5,6. Par définition, les pluies acides sont celles dont
le pH est inférieur à 5,6. Dans le nord-ouest de l'Europe, le pH moyen des pluies est
aujourd'hui de 4,3 et on a enregistré aux États-Unis un pH record de 2,3, égal à celui du
vinaigre. Les pluies acides sont un exemple de pollution sans frontières. Celles qui dégradent
les eaux douces du sud de la Norvège et font disparaître les poissons ont leur origine dans les
zones industrielles d'Allemagne et d'Angleterre et celles qui provoquent le dépérissement des
forêts d'érables à sucre au Québec proviennent du nord-est des États-Unis.
Les pluies acides corrodent les métaux, altèrent les édifices en pierre, détruisent la végétation,
acidifient les lacs dont les poissons disparaissent. Elles ralentissent la croissance des arbres et
sont responsables, au moins en partie, du dépérissement des forêts qui sévit en Europe et en
Amérique du Nord.
4 POLLUTIONS LOCALISÉES
À côté des pollutions généralisées à presque toute la planète existe un grand nombre de
pollutions, encore relativement localisées, mais qui se répandent de plus en plus.
12
4.1 Pollution atmosphérique
Un phénomène voisin des pluies acides est celui de la pollution de l'air des villes par le
dioxyde de soufre provenant de la combustion de combustibles fossiles dans les chaudières de
chauffage et par les oxydes d'azote rejetés avec les gaz d'échappement des véhicules à moteur.
L'air pollué des villes contient de l'ozone, des oxydes d'azote et de l'acide sulfurique. Dans
certaines agglomérations, comme Los Angeles ou Athènes, situées dans des régions
ensoleillées, il se forme fréquemment une couverture grisâtre — renfermant des gaz
toxiques — due aux réactions photochimiques activées par les rayons solaires. Ce brouillard
toxique est connu sous le nom de « smog ». Ce genre de pollution commence à s'installer dans
d’autres grandes villes européennes comme à Paris, où plusieurs alertes à la pollution ont déjà
eu lieu. L'épisode de smog qui a sévi à Londres en décembre 1952 a causé la mort d'environ
4 000 personnes. Cette pollution atmosphérique est responsable d'un nombre croissant
d'affections respiratoires, surtout chez les enfants et les adultes fragiles. Les coûts induits par
la corrosion des métaux, des pierres et autres matériaux par l'air pollué des villes étaient déjà
estimés à 500 millions d’euros par an en 1980.
Les pesticides sont des produits destinés à lutter contre les insectes nuisibles (insecticides), les
mauvaises herbes (herbicides) ou les champignons nuisibles (fongicides). La mise au point
après 1945 d'insecticides de synthèse appartenant au groupe des hydrocarbures chlorés (dont
le plus connu est le DDT) et leur utilisation massive dans la lutte contre les insectes ravageurs
des cultures et nuisibles à l'homme, ont eu des effets catastrophiques. Ces insecticides sont
très stables et ils résistent pendant des années à la dégradation. Ils peuvent s'accumuler dans le
sol, dans les tissus des végétaux et des animaux, sur le fond vaseux des étangs et des rivières.
Les insecticides pulvérisés sur les cultures se diffusent dans l'atmosphère et se retrouvent
partout dans le monde, contaminant des zones comme les régions polaires qui sont très
éloignées des régions cultivées.
13
En raison des dangers que représentent les insecticides pour les animaux et pour l'homme, et
de l'apparition d'insectes résistants à ces substances, l'utilisation de produits comme le DDT a
diminué rapidement dans les pays occidentaux, mais ils sont encore en usage dans de
nombreux pays en voie de développement. Les produits comme le dibromure d'éthylène,
suspecté d'être cancérigène, sont aujourd'hui interdits dans plusieurs pays. Certains herbicides
renferment des impuretés comme la dioxine qui est peut-être le produit le plus toxique que
l'on connaisse, aussi bien pour l'homme que pour les animaux.
Les inconvénients nombreux des pesticides, et en particulier des insecticides, sont bien
connus. C'est la raison pour laquelle on les remplace de plus en plus par la lutte biologique ou
la lutte intégrée. Ces procédés ne sont pas nocifs pour l'environnement et ont déjà prouvé leur
efficacité (voir parasites, lutte contre les).
Même si les essais des armes nucléaires dans l'atmosphère ont été arrêtés par la plupart des
pays, éliminant une source importante de pollution radioactive (voir radioactives, retombées),
celle-ci demeure cependant un sujet inquiétant. Les centrales nucléaires ne dégagent que des
quantités limitées de déchets radioactifs dans l'air et dans l'eau, mais les risques d'accidents
subsistent et les problèmes liés au stockage des déchets sont loin d’être résolus. En effet, du
fait de leur propriété radioactive, les déchets restent toxiques pendant des périodes allant de
quelques siècles à plusieurs millions d'années, et on ne dispose pas encore de méthode sûre
pour les conserver pendant une durée aussi longue. L'accident en 1986 de la centrale nucléaire
de Tchernobyl, située alors en URSS et aujourd'hui en Ukraine, doit inciter à la plus grande
prudence (d'après certaines estimations, 150 000 personnes décèderont prématurément en
Russie tandis que des milliers d'autres seront affectées par des cancers de la thyroïde, par des
cataractes et par la stérilité).
L'approvisionnement en eau potable est devenu difficile dans beaucoup de pays. En effet
1 p. 100 seulement de l'eau présente sur Terre peut être capté dans la nappe aquifère ou dans
les rivières tandis que 97 p. 100 de cette eau se trouvent dans les océans, ce qui la rend
inutilisable (sauf si l'on emploie une méthode coûteuse, le dessalement de l'eau de mer).
De plus, cette eau est mal répartie : elle est rare dans les régions arides, et encore
surabondante dans des pays comme le Canada. La situation déjà préoccupante se verra
aggravée à terme dans des États comme la Libye ou l'Arabie saoudite, qui puisent
inconsidérément dans des nappes d'eau souterraine non renouvelables. En Chine, trois cents
14
villes risquent de manquer d'eau à brève échéance. En Californie, la ville de Los Angeles doit
chercher son eau à plus de 500 Km dans la Sierra Nevada, entraînant la désertification de la
région où ont lieu les prélèvements. La pénurie menace même le sud de l'Espagne, qui est en
limite de région aride et qui a besoin de beaucoup d'eau pour assurer la culture des légumes
primeurs qui s'est considérablement développée. Les besoins en eau posent des problèmes de
frontière qui risquent d'engendrer des conflits, comme à propos de l'Euphrate dont l'eau est
partagée entre la Turquie, la Syrie et l'Irak.
Partout dans le monde, on constate une baisse de la qualité de l'eau et des réserves
disponibles. Environ 75 p. 100 de la population rurale et 20 p. 100 de la population urbaine
mondiale ne bénéficient pas d'un accès direct à de l'eau non contaminée.
L'homme gagne progressivement du terrain sur des régions restées intactes — ou presque —
et inhabitées, s'étendant jusqu'aux contrées autrefois considérées comme inaccessibles. Des
besoins en énergie sans cesse croissants conduisent à l'exploitation pétrolière des régions
arctiques, mettant en péril le fragile équilibre des écosystèmes qui constituent la toundra. Une
catastrophe comme celle du naufrage sur les côtes de l'Alaska du pétrolier Exxon Valdez, en
1989, a provoqué des dégâts considérables dans la riche faune marine de cette région (voir
hydrocarbures, pollution par les).
4.6 Déforestation
15
L'érosion des sols s'accélère sur tous les continents et elle concerne entre un cinquième et un
tiers des terres cultivées. Elle représente une menace considérable pour l'approvisionnement
en nourriture. Un cas spectaculaire d’érosion des sols a été l'épisode du « dust bowl » qui a
sévi aux États-Unis de 1933 à 1936 et qui a été provoqué par la conjonction d'une période de
sécheresse avec des pratiques culturales inadaptées lors de la mise en culture des Grandes
Plaines du centre du pays. Une région plus grande que la France a été affectée. Cet épisode
tragique a fourni à John Steinbeck le sujet de son roman les Raisins de la colère. L'Europe,
qui semble bénéficier de conditions favorables, n'est pas à l'abri de l'érosion des sols. Celle-ci
a commencé dès l'Antiquité et elle a été décrite par Platon dans le Critias. Aujourd'hui, des
zones du sud de l'Espagne et certaines régions de France sont touchées. Voir aussi
dégradation des sols.
Dans de nombreux pays, les besoins croissants en nourriture et en bois de chauffage ont
conduit à la déforestation et à la mise en culture de terrains en pente sur lesquels sévit une très
forte érosion. Ce problème est aggravé par l'industrialisation, les barrages, et le bétonnage,
engendrés par l'urbanisation et la construction de routes. L'érosion du sol et la disparition des
forêts réduisent la capacité des sols à retenir l'eau et provoquent une accumulation des
sédiments dans les cours d'eau et les lacs ainsi que dans les barrages qu'il faut périodiquement
vider et nettoyer.
16
5 DÉVELOPPEMENT DURABLE
En juin 1992, une conférence des Nations unies sur l'environnement et le développement,
appelée Sommet de la Terre, réunit les représentants de 172 pays à Rio de Janeiro, au Brésil.
Les principaux sujets abordés sont les changements climatiques, la biodiversité et la
protection de la nature. Un calendrier de protection de l'environnement est adopté et ses
conséquences politiques et économiques sont envisagées. Cette réunion, très médiatisée, a
toutefois bien peu de résultats concrets concernant la conservation de la nature et les multiples
problèmes liés à la dégradation de l'environnement. La volonté de ne pas aborder des
problèmes tels que ceux qui sont liés à la croissance démographique est l’une des raisons de
ce semi échec.
17
18
19
Organisations non gouvernementales (ONG)
Organisations non gouvernementales (ONG), organismes ayant une large structure
internationale mais dont le financement est essentiellement privé et dont l'objectif est de venir
en aide aux pays en voie de développement ou aux victimes de catastrophes ou de conflits.
Les Organisations non gouvernementales (ONG) sont apparues sur la scène politique
internationale au XIXe siècle, à la suite de la tenue de la Convention mondiale contre
l'esclavage en 1840. Les ONG abordent de nos jours quantité de problèmes et de causes,
allant des échanges scientifiques à la religion, à l'aide d'urgence et aux questions
humanitaires. Le Conseil œcuménique des Églises, le Secours catholique, le Secours
populaire, Terre des hommes et la Croix-Rouge internationale figurent parmi les ONG les
plus célèbres. En 1909, il y avait près de 200 ONG internationales enregistrées. Au milieu des
années 1990, elles étaient plus de 2 000. Le rôle de plus en plus officiel qui est dévolu aux
ONG dans les organisations comme les Nations unies, l'Organisation de coopération et de
développement économiques (OCDE) et l'Union européenne leur est très bénéfique. Ainsi,
l'article 71 de la charte de l'ONU invite le Conseil économique et social des Nations unies
« à prendre les dispositions nécessaires en vue de consulter les ONG ». Sachant faire entendre
leurs voix, efficaces et bénéficiant d'un large soutien, les ONG permettent l'échange de
contacts et d'informations d'un pays à l'autre en dehors de toute participation des
gouvernements. Elles sont désormais reconnues comme partie intégrante des relations
internationales et contribuent toujours plus à influencer la politique nationale et multilatérale.
Elles ont néanmoins fait l'objet de quelques critiques au sujet des limites de leurs programmes
et, pour certaines, d'un manque de rigueur dans leur financement.
20
Aide internationale
1 PRÉSENTATION
2 MODALITÉS DE L’AIDE
2.1 Les objectifs
Les capitaux transférés aux pays bénéficiaires se substituent à une épargne nationale
insuffisante pour favoriser l’investissement directement ou indirectement productif. Outre un
soutien financier direct, l’aide internationale peut prendre la forme de transferts de
technologie et de coopération technique. Pour les pays en transition, il s’agit plutôt d’ajuster
les économies déjà industrialisées au fonctionnement du marché et de lutter contre la
dégradation des conditions de vie engendrées par un passage brutal du système communiste
au système libéral.
Dans les deux cas, l’aide a pour objectifs de réduire les inégalités entre pays et de réduire les
déséquilibres régionaux à l’intérieur d’un même pays. En ce sens, elle répond à des
motivations à la fois philosophiques, politiques et économiques. Des considérations d’ordre
humanitaire sont plus directement apparentes lorsque est dispensée une aide d’urgence,
alimentaire ou médicale, dans le contexte de catastrophes naturelles ou industrielles, ou bien
de conflits.
Dans un monde marqué par une interdépendance croissante des économies, l’aide
économique s’inscrit nécessairement dans une démarche politique : réduire les inégalités entre
Nord et Sud et accompagner les changements qui se sont opérés à l’Est contribuent également
à assurer la stabilité du système international.
Cet aspect était déjà présent dans le plan Marshall, mis en place pour lutter contre la
propagation du communisme dans des pays considérablement affaiblis par les destructions de
la Seconde Guerre mondiale. Fort logiquement, chaque pays donateur privilégie donc toujours
21
une sphère d’influence pour dispenser son aide : Israël et l’Égypte sont devenus les premiers
destinataires des transferts américains ; le Japon, aujourd’hui premier dispensateur d’aide
publique, a consacré aux États asiatiques 61,3 p. 100 du montant global des ressources
allouées en 1995 aux pays en développement. Quant aux transferts publics de la France, ils
s’opèrent essentiellement en direction de ses anciennes colonies : en 1995, le seul continent
africain a reçu plus de 69 p. 100 de l’aide publique française au développement.
Les pays donateurs attendent également des retombées économiques de l’aide qu’ils
fournissent : l’« aide liée », accordée à condition que le pays destinataire importe biens et
services en provenance du pays donateur, représente toujours, malgré une baisse substantielle,
environ un tiers de l’aide internationale globale. Au-delà de cette dérive, elle retourne
indirectement vers son origine, par le remboursement de la dette publique ou par la création
de nouveaux marchés, investis plus facilement par les entreprises des pays donateurs.
L’aide privée, recouvrant principalement les dons et projets financés par les organisations non
gouvernementales (ONG), ainsi que les transferts technologiques réalisés par les entreprises,
ne constitue qu’une part minoritaire de l’aide internationale.
L’aide publique recouvre, pour sa part, un ensemble de ressources apportées soit directement
d’États à États (on parle alors d’aide bilatérale), soit par les organisations multilatérales. Le
Comité d’aide au développement (CAD) de l’Organisation de coopération et de
développement économique (OCDE), qui regroupe 21 pays industrialisés, principaux
contributeurs, produit chaque année des statistiques annuelles (qui portent autant sur l’aide au
développement que sur l’aide aux pays en transition), en a précisé la définition dès 1969. Sont
comptabilisées comme aides les ressources assorties de conditions financières favorables,
c’est-à-dire les dons ou les prêts dont, l’élément de libéralité est au moins égal à 25 p. 100 du
montant de l’aide. Cette définition couvre un éventail relativement large d’opérations, qui
vont de l’aide alimentaire à la coopération technique, en passant notamment par les
financements d’infrastructures, les programmes éducatifs, les remises de dette.
Les deux tiers de l’aide publique prennent la forme de transferts bilatéraux. Les États
apportent par ailleurs leurs contributions aux organismes multilatéraux, lesquels mobilisent
également des ressources obtenues par des emprunts sur les marchés. En effet, les
organisations multilatérales sont souvent mieux à même de mener sur le long terme des
programmes de grande ampleur, correspondant davantage aux besoins des pays destinataires.
Cependant, il existe un réel problème de coordination entre la multitude d’institutions
impliquées : dans le cadre de l’Organisation des Nations unies coexistent des agences
spécialisées relativement autonomes, tels que le Programme des Nations unies pour le
développement (PNUD), l’Unicef ou le Programme alimentaire mondial, qui coordonnent les
programmes d’aide et de développement et apportent une assistance technique aux pays, et
une centaine de fonds rattachés à l’Assemblée générale.
22
mondiale. Si les prêts accordés par la BIRD sont soumis à des conditions strictes de
solvabilité et de forte rentabilité économique des projets ainsi financés, l’Association
internationale de développement (AID), créée en 1960, propose aux pays les plus pauvres des
financements à des conditions moins lourdes. La Société financière internationale contribue
quant à elle aux financements d’entreprises commerciales dans les pays en développement.
L’aide internationale ne constituait pas, à l’origine, une des missions attribuées au Fonds
monétaire international (FMI). Il apparaît pourtant aujourd’hui dans les contributeurs à l’aide
publique multilatérale. Dans le cadre des programmes d’ajustement structurel mis en place
pour répondre à la crise de la dette à partir de 1982, le FMI, comme la Banque mondiale, ont
en effet été amenés à accorder des aides « hors projet » destinées à réduire les déficits des
balances des paiements et à financer les importations (voir Commerce international). Ces
interventions ont fait progresser la notion de conditionnalité de l’aide, ces facilités étant
accordées en échange de rigoureuses réformes budgétaires et fiscales, mais aussi de politiques
d’assainissement et de privatisation des entreprises publiques.
Outre les contributions propres de ses membres, l’Union européenne est également, en tant
qu’institution, l’un des acteurs essentiels de l’aide internationale. Elle a notamment mis en
place un dispositif original de garantie du prix de certaines matières premières, dans le cadre
des conventions de Lomé (Sysmin et Stabex). Une part non négligeable de l’aide publique aux
pays de l’ancien bloc communiste provient de la Commission des communautés européennes,
à quoi s’ajoutent les prêts de la Banque européenne pour la reconstruction et le
développement (BERD).
3 ÉVOLUTION DE L’AIDE
3.1 Le volume des flux
Les pays de l’OCDE s’étaient engagés en 1964, lors de la première Conférence des Nations
unies pour le commerce et le développement (Cnuced), à consacrer 1 p. 100 de leur produit
national brut (PNB) à l’aide au développement, objectif ramené à 0,7 p. 100 en 1972. À
l’exception des États scandinaves et des Pays-Bas, les 21 pays membres du Comité d’aide au
développement (CAD) n’ont jamais tenu cet engagement. De 1970 à 1990, ils ont transféré en
moyenne 0,35 p. 100 de leur PNB vers les pays en voie de développement. Cette part est
tombée à 0,27 p. 100 en 1995.
Sur l’ensemble de la période, il apparaît en fait que les courbes de l’aide et des flux financiers
privés suivent des évolutions inverses. Entre 1975 et 1982, alors que l’aide publique stagnait,
les flux financiers privés (prêts bancaires, investissements directs, achats de titres) à
destination du Sud en développement ont augmenté fortement, favorisés par le recyclage des
pétrodollars. Lorsque les prêts bancaires privés se sont taris après le déclenchement de la
crise, l’aide publique a pris le relais. Depuis le début des années quatre-vingt-dix s’est opéré
un nouveau renversement. L’aide publique, qui représentait en 1985 la moitié des flux de
capitaux vers les pays en développement, n’en constitue plus aujourd’hui qu’un tiers. En
1995, les investissements privés directs ont atteint la somme record de 160 milliards de
dollars.
23
L’aide publique au développement fournie par les pays membres du CAD a régressé de
9 p. 100 de 1994 à 1995. Elle atteignait pour cette année 59 milliards de dollars, dont
8,4 milliards apportés par la France, ce qui représente une baisse de la contribution française
de 12 p. 100 en valeur réelle par rapport à 1994. Une des explications immédiates de cette
évolution est le retrait croissant des États-Unis en matière d’assistance au développement : ce
pays qui fournissait un quart de l’aide publique au développement en 1985 n’en apporte plus
que 12,5 p. 100, soit seulement 0,1 p. 100 de son PNB.
La politique américaine témoigne d’une lassitude plus générale des bailleurs de fonds qui, par
ailleurs, doivent réduire leurs propres déficits budgétaires. Dans un contexte de difficultés
économiques, les gouvernements justifient d’autant moins facilement l’aide internationale
auprès des opinions publiques que l’efficacité de celle-ci est mise en doute. Alors que les
nouveaux pays industrialisés d’Asie du Sud-Est constituent des concurrents économiques
redoutables, les pays les moins avancés, pour la plupart situés sur le continent africain,
semblent frappés d’incapacité à se développer.
Les principales critiques portent sur le gaspillage de l’aide internationale, dont un tiers
n’atteindrait jamais sa destination, ainsi que sur l’incohérence et la lourdeur des programmes
de développement menés par les organisations internationales. Celles-ci sont en conséquence
les premières victimes des restrictions. Le PNUD, pièce maîtresse en matière d’aide au
développement, a ainsi vu ses ressources, provenant des contributions volontaires des États,
baisser de 15 p. 100 entre 1993 et 1994.
Les bouleversements géopolitiques jouent également leur rôle dans cette situation : avec la
disparition de l’antagonisme Est-ouest, l’intérêt stratégique de l’aide aux pays du Sud est
moindre. Et les pays de l’Est, autrefois pays donateurs, sont devenus des réceptacles de l’aide
internationale. L’aide publique des pays de l’OCDE aux PECO-NEI n’a cessé d’augmenter,
passant de 7,5 milliards de dollars en 1994 à 8,2 milliards en 1995.
24
développement est aujourd’hui destiné à l’éducation, à l’amélioration des infrastructures
sanitaires et sociales, et à la réforme des administrations publiques. Un autre quart est
consacré à l’agriculture, l’objectif étant de permettre aux pays les plus pauvres d’atteindre
l’autosuffisance alimentaire.
La réussite des nouveaux pays industrialisés d’Asie, continent qui recevait la plus grande part
de l’aide internationale jusqu’aux années soixante-dix, témoigne de l’utilité de cette aide
lorsqu’elle s’inscrit dans une politique cohérente et volontariste de développement. La
politique engagée en faveur des pays de l’Est en transition tend également à montrer que
l’aide internationale demeure essentielle pour atténuer les inégalités sociales engendrées par la
croissance économique et les ajustements de structures.
Tiers-monde
1 PRÉSENTATION
25
Tiers-monde, terme très général désignant l’ensemble des pays en voie de développement.
C’est Alfred Sauvy, statisticien et économiste français, qui a forgé le terme de « tiers-monde »
en 1952 en référence au tiers état de l’Ancien Régime en France. Toutefois, de multiples
critères d’ordre économique, culturel, social, militaire et démographique sont utilisés pour
définir cette notion. Ce concept peut s’analyser en termes de rapports ou d’étapes dans le
processus mondial de la civilisation industrielle et de ses conséquences. Il englobe ainsi les
régions du monde où la technologie n’a pas été assimilée. Aujourd’hui, il est fortement remis
en cause du fait de la multiplicité des réalités qu’il recouvre, avec l’essor économique de
certains États dits « du tiers-monde » ou, au contraire, la paupérisation de pays dits
« développés ». Par ailleurs, depuis l’effondrement de l’empire soviétique, ce concept semble
avoir perdu de son actualité dans sa version politique.
2 LE TIERS-MONDE POLITIQUE
Apparu durant la guerre froide, le terme s’est rapidement politisé. Dans ce modèle bipolaire,
en effet, un certain nombre de pays économiquement et technologiquement moins développés,
qui revendiquaient l’appellation de tiers-monde, se sont définis par leur non appartenance aux
deux blocs qui s’affrontaient alors, refusant d’être intégrés dans l’une des deux sphères
d’influence, américaine ou soviétique. C’est lors de la conférence de Bandung (1955), où sont
réunis des leaders de grande envergure tels que Nehru, Zhou Enlai, Sukarno, Nasser, et Hô
Chí Minh, que s’est effectuée cette politisation à travers l’émergence du mouvement des pays
non-alignés. La politique mondiale y est conçue comme une lutte généralisée entre pays
riches et pays pauvres, entre le Nord industrialisé et le Sud sous-développé. Cette rencontre
permet donc une première synthèse doctrinale de cette notion, du point de vue du tiers-monde
lui-même.
C’est dans cette optique d’indépendance que naissent des organisations multilatérales
destinées à regrouper des pays aux intérêts convergents comme la Ligue arabe (1945),
l’Organisation de l’unité africaine (OUA) (1963), ou encore la Commission économique pour
l’Amérique latine. Certains pays, comme ceux de l’Organisation des pays exportateurs de
pétrole (OPEP), qui se sont regroupés en 1960, ont trouvé un moyen d’affirmer leur
importance économique en tant que fournisseurs d’une matière première indispensable aux
pays développés, provoquant le choc pétrolier de 1973. Néanmoins, le mouvement des non-
alignés s’est heurté à d’importants obstacles. Il a alors été très difficile aux pays du tiers-
monde de demeurer en dehors des deux blocs antagonistes, car ils constituaient le champ de
bataille par excellence de la guerre froide. Si des organisations et des accords multilatéraux
subsistent, l’impossible maintien d’une réelle solidarité entre les non-alignés a fortement mis
en échec le « tiers-monde politique », tandis que l’arrêt de la guerre froide au tournant des
années quatre-vingt dix a rendu le mouvement caduc.
3 LES TIERS-MONDES
26
Malgré ces évolutions, l’expression « tiers-monde » est restée en usage et permet de qualifier
de façon plus ou moins adéquate un ensemble de pays présentant certaines similitudes. Pris
dans une acception très large, le tiers-monde regrouperait les deux tiers de la population
mondiale, selon certaines caractéristiques politiques, économiques et sociales communes.
L’instabilité politique, fruit d’une histoire chaotique et de conditions économiques précaires, y
est largement répandue. Sur le plan intérieur, la démocratie, au sens occidental du terme, est le
plus souvent fragile, quand elle existe, même s’il y a quelques exceptions importantes (Inde).
Les régimes sont souvent marqués par de nombreuses dérives autoritaires (République
centrafricaine, Salvador) héritées parfois du colonialisme du début du siècle et / ou induites
par les inégalités insidieuses des échanges économiques entre pays riches et pays pauvres, ou
encore dues aux luttes d’influence entre les deux blocs qui se sont affrontés par pays du tiers-
monde interposés (Cuba).
Malgré cela, le tiers-monde est loin d’être homogène, et cette notion recouvre des réalités si
différentes selon les pays, qu’elle s’en trouve, encore une fois, profondément remise en cause.
Les divisions du tiers-monde sont d’ordre aussi bien religieux, culturel, économique que
géographique, et proviennent souvent d’intérêts contradictoires. Il a donc fallu introduire de
nouveaux concepts économiques, afin d’en affiner le sens. On parle ainsi de « quart monde »
pour désigner les pays les plus pauvres ou « pays les moins avancés (PMA) », et de
« nouveaux pays industrialisés (NPI) » pour désigner ceux qui, au contraire, émergent d’une
situation de sous-développement et rejoindront bientôt les rangs des pays industrialisés. Par
ailleurs, certains pays producteurs de pétrole (PPP), en particulier les pays du Golfe, dégagent
des revenus extrêmement élevés, issus d’une économie de rente, sans pour autant présenter
des signes réels de développement. En Asie, alors que l’essentiel de l’économie est restée
rurale, d’autres pays à revenus intermédiaires ont réussi à créer de puissantes industries, tels
que la Corée du Sud, Hong Kong, Singapour, Taiwan, les quatre « dragons », ou le Brésil.
Dans le même temps, les pays riches semblent prendre conscience d’un partage inévitable des
richesses ou, pour le moins, d’une régulation des lois du marché. Un « nouvel ordre
économique international », qui consisterait à transférer une part de la richesse des pays
développés aux pays en voie de développement par des traités d’aide au développement et de
commerce, a été revendiqué pour la première fois au Sommet des non-alignés d’Alger
(septembre 1973), et dès lors désigné par ses initiales NOEI. En mai 1974, l’Assemblée
générale des Nations-Unies a proclamé à l’unanimité la nécessité d’un « programme d’action
en faveur d’un nouvel ordre économique international ».
27
économiques, tout comme la disparition des anciens blocs géopolitiques, marquent le début de
l’éclatement de l’ancienne structure d’alliances et de positions propres au tiers-monde, ce qui
ne contribue cependant pas à remédier aux extrêmes difficultés des pays les plus pauvres. Le
problème de la dette des pays pauvres domine les années quatre-vingt. Les sept pays les plus
riches du monde regroupés au sein du G7 se mettent alors à envisager un nouveau partenariat
avec les pays du tiers-monde, ne serait-ce que pour tenter de limiter des flux migratoires de
plus en plus importants. Malgré tout, ce soutien rencontre d’importantes limites. Il n’est
jamais désintéressé, et est souvent utilisé à des fins politiques par les pays riches, tout en
faisant parfois l’objet de détournements dans les pays du Sud.
Commerce international
28
1 PRÉSENTATION
Commerce international, ensemble des échanges de biens et services pratiqués entre les
nations.
Le commerce international permet à un pays de consommer plus que ce qu’il produit avec ses
ressources propres et / ou d’élargir ses débouchés afin d’écouler sa production.
Le commerce international s’est développé à partir du XVIe siècle, sous l’influence combinée
de l’essor du commerce maritime, de la découverte du Nouveau Monde et de l’organisation de
nouvelles méthodes de production. En reconnaissant l’importance du rôle du marchand et la
légitimité de l’activité économique, les mercantilistes ont favorisé le développement des
échanges, en particulier des échanges internationaux, par l’importance qu’ils accordent dans
leur doctrine à la balance commerciale. Selon cette doctrine, qui fait de l’échange un élément
de la prospérité des nations, l’intervention de l’État dans le domaine économique est
souhaitable dans la mesure où elle peut permettre un accroissement de la richesse, en
particulier des possessions d’or et de métaux précieux. Le commerce international commence
à prendre sa forme actuelle à partir du XVIIe siècle avec l’émergence des Etats nations et la
prise de conscience que le commerce extérieur contribue à accroître la puissance des États.
En 1776, l’économiste écossais Adam Smith, dans la Richesse des nations, formalise la
première théorie économique d’ensemble favorable à l’échange. En s’interrogeant sur les
fondements du commerce, sur le pourquoi des échanges, et sur l’intérêt pour les nations de
commercer, Smith élabore la théorie dite de l’avantage absolu. Tout pays a intérêt à
participer à l’échange s’il produit un bien ou un service à un moindre coût que ses
concurrents. Dans son modèle de raisonnement, si chacune des nations dispose de ce type
d’avantage dans la production d’au moins un bien, il trouve un intérêt à participer à l’échange.
En cela, il applique à sa théorie du commerce celle de la division internationale du travail.
Ce corpus théorique va être enrichi par un autre économiste du courant classique, David
Ricardo. En dépassant la loi de Smith, il établit la théorie de l’avantage comparatif. Dans le
système décrit par Smith, la logique se heurte rapidement à une objection : si un pays ne
dispose pas d’un avantage tel qu’il le définit, il ne peut participer à l’échange mondial. C’est à
cette contradiction que Ricardo entend répondre. Pour lui, tout pays peut participer à
l’échange dès lors qu’il dispose dans un secteur productif donné du plus grand avantage
absolu, ou du plus petit désavantage absolu. Cette théorie repose sur une comparaison des
coûts de production entre deux pays. Ainsi cela permet à un pays d’importer un produit
relativement moins cher qu’il ne coûterait à fabriquer, et d’exporter un autre produit qu’il
produit à moindre coût, et donc qu’il peut vendre plus cher à l’étranger que sur son territoire
national. De cette comparaison naît le gain de l’échange.
29
Outre cet avantage fondamental, les échanges commerciaux ont d’autres répercussions. Sur le
bien-être d’abord, puisque l’augmentation de la production permet aux individus de
consommer davantage et de bénéficier d’un choix plus étendu quant à la nature des biens
consommables. Sur le niveau d’emploi ensuite, car l’accroissement de la demande nécessite
une hausse de la quantité de travail nécessaire à la production. Sur le tissu économique, enfin,
en obligeant les entreprises nationales à se moderniser et à innover pour faire face à la
compétition accrue suscitée par les échanges internationaux.
4 PROTECTIONNISME ET LIBRE-ÉCHANGE
Le degré plus ou moins important d’ouverture au commerce international peut inciter les
gouvernements à établir des restrictions pour protéger des secteurs fragiles de leur économie
ou contrecarrer les politiques commerciales d’autres pays, l’objectif principal restant le plus
souvent d’atteindre ou de stabiliser la balance commerciale à un niveau excédentaire, c’est-à-
dire d’exporter plus de biens que l’on en n’importe. L’excédent de la balance commerciale, et
mieux encore de la balance des paiements, permet à un pays d’accroître ses réserves en
devises, donc de mieux contrôler les flux de monnaie nationale et la politique monétaire. Si
cet objectif ne peut être réalisé par un accroissement des exportations, un pays peut tenter de
limiter les importations.
La méthode la plus usitée afin de limiter les importations consiste à imposer des tarifs
douaniers, c’est-à-dire des taxes sur les importations. Les tarifs douaniers ont plusieurs effets :
ils sont supportés par l’acheteur et par le consommateur, pour lequel le prix du bien se trouve
renchéri. Le prix étant plus élevé, la demande du consommateur diminue et les importations
se réduisent. Ils représentent un revenu supplémentaire pour les pouvoirs publics, car ils
engendrent un supplément de recettes fiscales, et, enfin, une subvention pour les producteurs
nationaux des biens taxés à l’importation : leur prix devient plus compétitif du fait de
l’augmentation du prix du bien importé.
30
Au cours de ces dernières années, l’utilisation de barrières commerciales non tarifaires s’est
développée, pratique qui engendre les mêmes effets sur la réglementation des échanges que
les droits de douane. Elles peuvent prendre la forme de règles de sécurité ou de santé, de
codes commerciaux de conduite, de politiques fiscales nationales édictées par les
gouvernements. Les subventions gouvernementales directement versées à des entreprises
nationales sont également considérées comme des barrières non tarifaires car elles avantagent
les entreprises aidées au détriment de celles des autres pays.
Différentes communautés commerciales plus restreintes ont été créées pour encourager les
échanges commerciaux entre certains pays ayant des intérêts politiques, économiques ou
géographiques communs. Ces communautés appliquent des tarifs préférentiels destinés à
favoriser les pays membres. L’une des premières communautés commerciales fut le
Commonwealth, créé en 1932. En 1948, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg se
réunissent pour former l’union douanière du Benelux où n’existe aucun tarif douanier entre
les trois pays membres, des droits uniformes étant imposées aux autres États. En 1951, la
France, la République fédérale d’Allemagne, l’Italie et le Benelux s’associent pour former la
Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA). En 1957, ces six pays créent la
Communauté économique européenne (CEE, aujourd’hui Union européenne) afin de réduire
les barrières commerciales entre pays membres, principe qui a été conservé avec l’entrée de
neuf autres pays dans la CEE depuis cette date. Le pendant communiste de ces unions était
formé par le Conseil d’assistance économique mutuelle (CAEM) ou Comecon. Créé en 1949,
il est dissout en 1991 du fait des bouleversements politiques et économiques subis par le bloc
communiste.
Dans le futur, l’interdépendance des économies nationales devrait continuer à s’accroître. Les
économistes prévoient l’essor de trois zones commerciales majeures dans le monde : l’Union
européenne, l’Alena et une zone en Asie-Pacifique. Les négociations mondiales porteront
alors plus particulièrement sur la réduction des barrières commerciales entre ces différentes
zones.
31
7 LE COMMERCE MONDIAL
32
Accord de libre-échange nord-américain (Alena) (en anglais, North American Free Trade
Agreement, NAFTA), accord économique multilatéral de libre-échange signé par le Canada, le
Mexique et les États-Unis le 18 décembre 1992.
L'Alena prévoit non seulement la disparition progressive des barrières tarifaires et autres
entraves à la libre circulation de la plupart des marchandises produites et vendues en
Amérique du Nord, mais aussi l’élimination des obstacles à l’investissement international et la
défense des droits de propriété intellectuelle. Après ratification par chacun des pays
signataires, la zone de libre-échange a été mise en application le 1er janvier 1994.
Après plusieurs années de discussions, le traité de l’Alena a été conclu par les représentants
des trois pays : George Bush, le président américain, Carlos Salinas de Gortari, le président
mexicain, et Brian Mulroney, le Premier ministre canadien.
L’accord prévoit l’élimination des barrières à l’échange tant tarifaires (les droits de douane)
que non-tarifaires (quotas ou licences d’exportation) dans un délai de quinze ans à compter de
son entrée en vigueur. Il contient également des dispositions relatives aux échanges de
services.
Le Canada a été le premier signataire à ratifier l’accord, le 23 juin 1993. Aux États-Unis, le
débat sur l’Alena a divisé à la fois le Parti démocrate et le Parti républicain, et a soulevé une
opposition farouche de la part des syndicats. Ces derniers ont redouté, en effet, la perte de
nombreux emplois au sein de l’industrie américaine en raison d’une concurrence déloyale
mexicaine, pays dans lequel les coûts salariaux sont inférieurs à ceux existant aux États-Unis.
Ces craintes relatives à l’emploi expliquent le traitement spécifique que l’accord réserve à
l’échange de certains produits (notamment le textile, les produits agricoles ou encore
l’automobile) pour lesquels des restrictions subsistent. La volonté de protéger certains
secteurs d’activité sensibles, au nom de la défense de l’emploi, explique la longueur du
processus de négociation et de ratification du traité instituant l’Alena. Le Congrès américain a
approuvé finalement le traité en novembre 1993. Au Mexique, les critiques ont reposé sur la
crainte de la perte de souveraineté économique, ainsi que sur celle de voir l’accord renforcer
la position du Parti révolutionnaire institutionnel.
Même après avoir été approuvé, l’Alena continue d’être l’objet de controverses.
L’administration du président américain Bill Clinton a estimé que cet accord avait permis la
création de 100 000 emplois aux États-Unis pendant la première année, tandis que les
opposants au traité étaient d’avis que l’augmentation des importations avait provoqué des
pertes d’emplois. D’autres imperfections de l’accord sont apparues lorsque l’effondrement de
la bourse mexicaine, à la suite de la dévaluation du peso effectuée en décembre 1994, a mis en
lumière les faiblesses structurales et l’insuffisance de la modernisation des systèmes
économiques et politiques mexicains.
Cette zone de libre-échange, qui ne constitue cependant pas un marché commun (en raison de
l’absence d’un tarif douanier extérieur commun et d’une politique commerciale commune à
33
l’égard des autres pays), crée toutefois un espace regroupant 365 millions de consommateurs,
soit la deuxième zone d’échanges après l’Espace économique européen (EEE), qui représente
380 millions d’habitants.
Libre-échange
34
1 PRÉSENTATION
Libre-échange, dans le cadre des échanges entre deux ou plusieurs pays, situation dans
laquelle les transactions commerciales ne sont pas soumises à des restrictions volontaires
(droits de douane, quotas ou contrôle des changes, par exemple). Cette politique économique
s'oppose au protectionnisme qui favorise la production industrielle ou agricole nationale par
l'intermédiaire de contingents d'importation ou d'autres réglementations qui font obstacle à la
circulation transfrontalière de marchandises.
Smith prévoyait que chaque pays se spécialiserait dans la production et l'exportation de biens
pour lesquels il bénéficiait d'un avantage absolu. Au début du siècle suivant, David Ricardo
étendit cette analyse au principe plus général de l'avantage comparatif. Ricardo mit en
évidence le fait que certaines nations ne bénéficiaient d'un avantage absolu sur aucune
marchandise, mais qu'elles pouvaient malgré tout profiter du libre-échange en se consacrant à
la production de biens sur lesquels elles possédaient un avantage comparatif. Ce principe est
resté à la base de toutes les théories en faveur du libre-échange.
35
Ricardo affirmait que tous les pays partageraient les bénéfices du libre-échange. John Stuart
Mill, philosophe et économiste anglais, montra par la suite que ces bénéfices dépendaient de
l'importance de la demande réciproque en matière d'importations et d'exportations. Plus la
demande d'exportations provenant d'un pays était forte par rapport à sa demande
d'importations, plus ce pays tirerait des bénéfices du libre-échange. Il connaîtrait ainsi de
meilleures conditions en termes d'échange, exprimées par le rapport entre les prix à
l'exportation et à l'importation.
La théorie classique du commerce, telle qu'elle fut exprimée par Smith, Ricardo et Mill, avait
pour objectif essentiel d'analyser les bénéfices des échanges commerciaux. La théorie
moderne, au contraire, considère comme acquis le principe de l'avantage comparatif. Elle se
concentre plutôt sur la base de l'échange et sur les différences en termes d'avantage comparé.
Pour les tenants de la théorie classique, ces différences résultaient des écarts de productivité
entre les ressources, qui témoignaient en fait de l'inégale répartition dans l'espace des
technologies et des capacités de travail. Les économistes du XXe siècle, notamment Elie
Hecksher, Bertil Ohlin et Wassily Leontieff, fournirent une explication plus complète en
soulignant que les différences de prix des produits finis tendaient à refléter les écarts de tarifs
entre les ressources productives, principalement dus à la disponibilité relative de ces
dernières. Les pays se spécialisent donc dans la production et l'exportation de marchandises
nécessitant une quantité importante de ressources abondantes dans leur pays, alors qu'ils
importent des biens qui réclament de grandes quantités de ressources rares sur le territoire
national.
En dépit des conclusions de la théorie classique, peu de pays ont véritablement adopté une
politique de libre-échangisme. La Grande-Bretagne fit figure d'exception puisqu'elle ne
préleva aucune taxe à l'importation des années 1840 jusqu'à 1930 environ. La prédominance
historique des politiques protectionnistes reflète en partie la puissance des intérêts industriels
au niveau national, qui s'oppose nécessairement à la concurrence étrangère, mais également à
la force de certains arguments théoriques en faveur du protectionnisme, qui peuvent être
répartis en trois groupes en fonction de leur influence sur : la composition de la production, le
niveau de l'emploi et la distribution du revenu. Selon les circonstances, ces trois catégories
d'arguments ont à la fois une certaine valeur et des limites sur le plan théorique.
L'un des principes les plus anciens du protectionnisme est l'argument des « industries dans
l'enfance » selon lequel la réduction ou la suppression de la concurrence étrangère au moyen
de barrières douanières permet à l'industrie nationale de se développer rapidement. Une fois
complet, ce développement devrait entraîner une levée du protectionnisme puisque les
entreprises nationales devraient théoriquement être en mesure de concurrencer les industries
étrangères. Dans la réalité pourtant, le protectionnisme ne peut souvent être éliminé, car
l'industrie nationale n'atteint jamais un niveau de compétitivité suffisant. L'argument de
36
l'industrie naissante trouve ses limites dans son incapacité à identifier les entreprises en
mesure de parvenir à une véritable maturité.
L'intégration économique au niveau mondial a progressé à un tel point que les politiques
économiques nationales ont maintenant d'importantes incidences sur le commerce
international dans son ensemble. Cette situation a engendré le développement de nouveaux
arguments en faveur du protectionnisme, fondés sur l'injustice de certaines politiques
37
économiques à l'étranger. Les règles qui régissent les échanges sous l'égide de l'Accord
général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) ne traitent pas des politiques
nationales mais, théoriquement, l'Organisation mondiale du commerce (OMC) a le pouvoir de
trancher des litiges entre partenaires commerciaux.
38
Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce
(GATT)
1 PRÉSENTATION
Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) (en anglais, General
Agreement on Tariffs and Trade), traité signé à Genève en 1947 par les représentants de
23 nations non communistes.
Le principal effet de cet accord est de constituer une organisation internationale destinée à
favoriser l’expansion du commerce multilatéral en assurant une réduction des barrières à
l’échange — tant tarifaires (droits de douane) que non tarifaires (quotas) —, mais également
de faciliter le règlement des différends commerciaux internationaux. Prenant effet en janvier
1948, le traité est ensuite ratifié par un nombre croissant de nations. Aujourd’hui, ce sont
128 nations qui adhèrent au GATT en tant que membres de droit ou membres associés,
représentant en tout 90 p. 100 du commerce mondial des marchandises.
Depuis sa constitution, les membres du GATT ont organisé huit cycles de conférences
consacrées aux négociations commerciales : Genève (1947), Annecy (1948), Torquay (1950-
1951), Genève ( 1955-1956), le Dillon Round à Genève (1961-1962), le Kennedy Round à
Genève (1964-1967), le Tokyo Round à Genève (1973-1979) et enfin l’Uruguay Round de
1986, négocié à Genève et à Bruxelles et qui s’est achevé en 1994 par la création de
l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
2 POLITIQUES COMMERCIALES
Les membres du GATT étudient et proposent des
dispositions conduisant à la réduction, à défaut de la suppression, des barrières douanières,
des quotas, ainsi que toute mesure d’effet équivalent (comme les licences d’exportation par
exemple). Les concessions tarifaires sont négociées selon le principe de réciprocité. Une
concession faite dans un domaine particulier est appliquée à toutes les parties contractantes,
bien qu’un pays puisse demander à être exempté de sa concession originale dès lors que la
baisse des droits menace sérieusement son économie nationale.
3 RÉVISIONS DU GATT
Les premières révisions majeures du traité fondateur du GATT sont intervenues en 1955. Les
pays membres ont souhaité intégrer des dispositions plus strictes concernant le traitement des
subventions visant à restreindre les importations ou à faire augmenter les exportations.
Pendant les années soixante, le traité est révisé pour refléter l’intérêt croissant des pays
39
développés pour les problèmes commerciaux des pays en voie de développement. Les
changements adoptés dégageaient ces derniers de l’obligation de réciprocité normalement
imposée aux parties contractantes lors d’une négociation tarifaire. Le cycle de l’Uruguay a
permis d’adopter une révision très importante conduisant au remplacement du GATT par
l’Organisation mondiale du commerce.
4 GATT ET OMC
Créée pour remplacer le GATT, l’OMC reprend à la fois les dispositions du traité originel
et celles de ses révisions, la synthèse étant appelée « GATT 1994 ». L’OMC étend le mandat
originel du GATT à de nouveaux secteurs, tels que les services et la propriété intellectuelle.
Elle fournit un cadre légal pour l’application des accords du GATT. Comme elle est
chargée d’administrer l’acte final de l’Uruguay Round, elle perpétue dans les faits
l’organisation et les décisions du GATT dans une structure renouvelée et plus efficace.
40
Organisation des pays exportateurs
de pétrole (OPEP)
1 PRÉSENTATION
L'OPEP compte aujourd'hui douze membres : Algérie, Gabon, Indonésie, Iran, Irak, Koweït,
Libye, Nigeria, Qatar, Arabie saoudite, Émirats arabes unis et Venezuela (l'Équateur a rejoint
l'OPEP en 1973 et l'a quittée en 1992). Le siège de l'OPEP se trouve à Vienne, en Autriche.
L'autorité suprême de l'organisation est la Conférence, constituée de représentants hauts
placés des gouvernements des membres qui se réunissent au moins deux fois par an pour
formuler leur politique. Le Conseil des gouverneurs applique les résolutions de la Conférence
et dirige l'organisation. Depuis sa création, l'OPEP a dû s'affirmer face à la circonspection des
compagnies pétrolières qui l'ont finalement acceptée comme interlocuteur.
La création de l'OPEP a eu des conséquences très importantes. Son existence même a amené
la définition d'une politique commune des États du tiers-monde, favorisée par le fait que le
secrétariat général est occupé par un fonctionnaire de nationalité différente à chaque
renouvellement. Cette politique de concertation permet l'alignement des principes de base qui
régissent la législation pétrolière des États membres.
La charte de l'OPEP élaborée à Caracas en 1961 prévoit d'augmenter les revenus pétroliers
des pays membres pour assurer leur développement, d'assurer progressivement leur contrôle
sur leur production et d'unifier les politiques de production notamment par le biais de quotas.
Dans un premier temps, de 1960 à 1970, l'OPEP ne s'intéresse qu'aux royalties versées par les
compagnies pétrolières internationales. Par ailleurs, les tentatives pour élaborer une politique
commune stagnent. Même les quotas indicatifs ne sont pas respectés. Les années soixante-dix
marquent un tournant sur les fronts économique et politique.
Sur le plan économique, les États consommateurs se lancent dans une conversion aux produits
pétroliers de leur consommation énergétique au détriment des autres sources d'énergie : la
demande explose et le rapport de force entre producteurs et consommateurs s'inverse au profit
des premiers.
Dans le même temps, au niveau politique, le pétrole devient une arme de chantage qui
s'exerce à l'occasion de la guerre du Kippour, en 1973, entre Israël et la « Nation arabe ». Les
pays arabes imposent un embargo aux pays soutenant Israël, multipliant ainsi en quelques
mois le prix du baril par quatre et créant une panique dans les pays consommateurs. À cette
41
occasion se crée le marché libre de Rotterdam. C’est la première crise pétrolière. Puis le
marché se calme, les pays producteurs craignant la réaction des pays consommateurs qui se
lancent dans des politiques d'économie d'énergie. Un moratoire sur les prix est même signé à
Genève en 1977 et à Caracas en 1978.
À la fin des année soixante-dix, l'instauration d'un régime islamique en Iran et la guerre Iran-
Irak font craindre d'autres pénuries, ce qui aboutit à une nouvelle montée des prix. Dès lors, la
politique de l'OPEP devient plus agressive. Cette deuxième crise pétrolière a des
conséquences plus lourdes que la première pour les pays consommateurs dont les déficits
s'accroissent brutalement. Les États non producteurs du tiers-monde en subissent
particulièrement les conséquences. Le marché ne se stabilise qu'en 1981 et le premier objectif
de l'OPEP semble en partie atteint.
Le deuxième objectif ne se concrétise qu'à partir de 1972. Pour assurer la mainmise des pays
producteurs sur leurs ressources, trois solutions sont adoptées. La première consiste à
exproprier les compagnies internationales en les nationalisant (Algérie en 1971, Libye et Irak
en 1972). D'autres pays adoptent des mesures plus souples à base de participation
progressivement croissante dans les sociétés exploitantes par le biais de compagnies
nationales créées à cet effet. L'accord cadre de New York en 1972 entérine cette mesure prise
notamment par les pays du golfe Arabo-persique. Troisième solution : les pays détenteurs de
ressources pétrolières mettent en production des gisements inexploités en association avec des
compagnies qui servent d'opérateurs travaillant sous le contrôle de l'État hôte (par exemple
l'Indonésie).
3 LE CONTRECHOC PÉTROLIER
Face au deuxième choc pétrolier, les pays consommateurs s'organisent afin de réduire leur
dépendance, principalement envers l'OPEP. Les États occidentaux, en particulier,
s'engagent dans une politique drastique d'économie d'énergie. Dans le même temps,
plusieurs tentent de promouvoir une alternative énergétique. Ainsi la France et le Japon
décident un développement important du nucléaire. Parallèlement, les compagnies
pétrolières se lancent dans la mise en exploitation de gisements dont l'extraction, jusqu'alors
plus difficile, devient désormais rentable en raison du prix élevé du baril. Les gisements en
mer du Nord, golfe de Guinée, Alaska, ou Mexique sont exploités à plus large échelle.
Rapidement, la part de l'OPEP sur le marché mondial chute de 50 p. 100 en 1973 à
29 p. 100 au début des années quatre-vingt. Les prix stagnent et les revenus pétroliers
diminuent, plaçant les membres de l'OPEP dans des situations difficiles. L'OPEP tente alors
de s'organiser.
Dans un premier temps, de 1982 à 1985, le cartel pétrolier décide de rationaliser la production
pour créer une pénurie génératrice de prix élevés. Cette politique des quotas nécessite un
consensus quasiment impossible à obtenir à cause des divergences politiques et économiques
entre certains membres. En effet, une baisse des revenus immédiats est catastrophique pour
42
certains pays, tels l'Algérie ou l'Irak. Enfin, cette solution encourage les pays consommateurs
dans leur politique visant à se détacher de leur dépendance vis-à-vis de l'OPEP.
La politique des quotas ayant échoué, le cartel décide à partir de 1985, sous l'impulsion de
l'Arabie saoudite, de développer la production pour faire baisser les prix et donc ramener la
demande vers l'OPEP, au détriment des autres producteurs plus chers. Mais une fois encore, la
politique de l'OPEP échoue. Si elle parvient à faire remonter la part du cartel dans la
production mondiale à près de 40 p. 100, en revanche elle entraîne une forte chute des prix qui
reviennent à leur niveau de 1973. Ce contre-choc pétrolier est aggravé par la profonde
discorde qui règne entre tous les pays producteurs, membres ou non de l'OPEP, qui se
refusent à réduire leur production dans un marché surabondant.
Si les pays consommateurs ont été surpris par les deux chocs pétroliers, les pays de l'OPEP
n'ont pas su prévoir un éventuel retournement des cours, ce qui a entraîné de graves
conséquences sur leurs économies à partir du milieu des années quatre-vingt.
La guerre du Golfe provoque une éphémère flambée des prix. Mais la puissante réaction
internationale conduite par les États-Unis et la défaite de l'Irak ramènent les cours à la
situation d'avant la guerre. Surtout, l'embargo décidé contre l'Irak n'enraye pas la chute des
prix.
Face à une situation d'offre surabondante, dans un marché au prix très bas, une nouvelle
attitude semble depuis 1996 se dessiner. Plusieurs données sont désormais à prendre en
compte. Certes, malgré la faiblesse des prix, la consommation de pétrole n'a jamais
retrouvé son niveau d'avant 1973. Les pays consommateurs ont en effet fait évoluer leur
demande énergétique. De même, sous la pression des mouvements écologiques, l'accord de
Kyoto (décembre 1997) prévoit une limitation de rejet des gaz carboniques dans l'atmosphère.
Mais l'augmentation des besoins, liée à la croissance de la population mondiale, le fait que
le pétrole demeure pour au moins les cinquante prochaines années l'énergie dominante, et
la possession par les membres du cartel des trois quarts des réserves d'hydrocarbures,
donnent à l'OPEP quelques atouts non négligeables. Surtout, une prise de conscience par
certains des acteurs du marché pétrolier que des prix trop bas auraient de graves conséquences
sur l'économie mondiale, s'est fait jour. Ainsi l'Arabie saoudite et le Venezuela, tous deux
membres de l'OPEP, se sont associés avec le Mexique, qui n'appartient pas au cartel, pour
donner le signal en 1998 d'une baisse autoritaire de la production afin de tenter de soutenir
les cours. L'Arabie saoudite a également tenté, en septembre 1998, de renouer le dialogue
avec sept grandes compagnies pétrolières, parmi celles contraintes de quitter le royaume en
1976 après la nationalisation de la Saudi Aramco, dans le but de les associer à l'exploration et
au développement de nouveaux gisements.
Mais l'échec de la conférence de Vienne en novembre 1998 qui visait à s'entendre sur une
nouvelle réduction de la production et l'hostilité de certains pays membres face aux initiatives
de l'Arabie saoudite témoignent de graves divergences persistantes au sein de l'OPEP, alors
43
même que les prix ont continué de chuter de près de 40 p. 100 au cours de la seule année
1998.
44
Pétrole brut : production et consommation Pétrole brut : production
PRODUCTION EN 1996*
PAYS (millions de tonnes)
États-Unis 831,7
Japon 274,4
CEI 196,0
Chine 172,4
Allemagne 137,0
Corée du Sud 94,8
Italie 94,2
France 85,0
Royaume-Uni 83,0
Canada 80,0
Inde 79,1
Total mondial 3 301,0
* Seules sont indiquées les consommations
45
supérieures à 70 millionsdetonnes.
46
Nord-Sud, rapports
1 PRÉSENTATION
Nord-Sud, rapports, expression employée pour désigner les relations internationales entre les
pays anciennement industrialisés, à revenus élevés et constitués de longue date en États
indépendants, pour la plupart situés dans l’hémisphère Nord, et les pays en voie de
développement de l’hémisphère Sud, dont l’accession à l’indépendance s’est faite après la
Seconde Guerre mondiale. La distinction entre Nord et Sud est née avec l’émergence sur la
scène internationale de ces nouveaux États issus de la décolonisation ; elle rend compte d’un
clivage essentiel de la seconde moitié du XXe siècle, à la fois politique, économique, social et
culturel. Elle exprime d’abord une inégalité de richesse : selon le Programme des Nations
unies pour le développement (PNUD), en 1996, les trois quarts de la population mondiale
se partageaient seulement 16 p. 100 du revenu mondial.
2 L'ÉMERGENCE DU SUD
En 1964, Raúl Prebisch, l’un des chercheurs du CEPAL, devint le premier secrétaire de la
Commission des Nations unies pour le développement et le commerce (Cnuced), au sein de
laquelle les pays du Sud constituèrent le « groupe des 77 ». La création de la Cnuced
représentait une victoire diplomatique pour les pays du Sud, qui estimaient que leurs intérêts
n’étaient pas pris en considération par le GATT, accord régissant le commerce mondial. La
Cnuced devint un lieu privilégié pour les négociations Nord-Sud tandis que le PNUD, créé en
1965, jouait un rôle essentiel en matière d’aide au développement (voir Aide internationale).
47
3 LA BATAILLE POUR UN NOUVEL ORDRE INTERNATIONAL
Le dialogue Nord-Sud tourna à l’affrontement au début des années 1970. Les pays du Sud
revendiquèrent plus nettement un partage du pouvoir au sein des organisations internationales,
dominées par les pays riches, principaux contributeurs. Surtout, ils réclamèrent une politique
volontariste de redistribution des ressources : puisque la croissance économique ne profitait
pas à tous, mais qu’au contraire les inégalités entre pays et entre groupes au sein d’un pays se
creusaient, il s’agissait d’instaurer des mécanismes de compensation.
En 1971, ils obtinrent la mise en place d’un système généralisé de préférences (SPG),
conforme aux recommandations de la Cnuced mais faisant entorse à deux principes
fondamentaux du GATT, le principe de non-discrimination et le principe de traitement
réciproque : les produits orginaires des pays en voie de développement pouvaient faire l’objet
d’un traitement tarifaire préférentiel, laissé toutefois à la discrétion des pays développés.
En 1973, le premier choc pétrolier, qui pouvait apparaître comme un avertissement du Sud
au Nord, ébranla le système international et accrut les tensions entre pays riches et pays en
voie de développement (voir Crise économique). Ces derniers publièrent une déclaration
pour un nouvel ordre économique international (NOEI), qui fut votée en mai 1974 par
l’Assemblée générale des Nations unies.
Le débat sur le NOEI domina la décennie, mais les avancées concrètes ne furent guère
nombreuses. Si la Communauté européenne instaura en faveur des pays de l’ACP (Afrique,
Caraïbes, Pacifique) un système original et coûteux de compensation des pertes à
l’exportation, garantissant un prix minimal des produits de base, le cours de ceux-ci était
toujours fixé par l’offre et la demande. Les pays en voie de développement demeuraient
marginalisés dans le commerce international. Au début des années 1980, pourtant, 85 p. 100
des ressources de l’Organisation des Nations unies (ONU) étaient consacrés aux programmes
de développement.
À partir de 1982, date à laquelle la crise de la dette internationale des pays en voie de
développement a été déclenchée par le Mexique, les institutions financières issues des accords
de Bretton Woods, la Banque internationale pour la reconstruction et le développement
(BIRD) et le Fonds monétaire international (FMI) jouèrent un rôle prépondérant dans la
définition des politiques de développement, supplantant les organismes de l’ONU. Les
ressources dont ceux-ci disposent pour la mise en œuvre de programmes de développement
n’ont d’ailleurs cessé de diminuer : les États-Unis se sont retirés d’un certain nombre
d’instances et, depuis le début des années 1990, plus de la moitié des ressources de l’ONU
sont affectées à l’aide d’urgence et aux opérations de maintien de la paix.
48
L’effondrement des régimes communistes a achevé d’imposer le modèle de l’économie de
marché. La disparition de la bipolarité a contribué également à affaiblir la position du Sud
sur la scène internationale : les pays en voie de développement ne peuvent plus jouer sur la
rivalité entre les blocs, et un certain transfert de solidarité s’est opéré en faveur des anciens
pays de l’Est. Face à un Nord en recomposition, où s’accroît l’intégration économique et
politique, le Sud apparaît de plus en plus divisé. Dans les négociations globales avec le Nord,
les pays du Sud, très inégalement développés, ne défendent pas toujours des intérêts
similaires, tandis qu’au niveau national l’exclusion économique et politique de pans entiers de
la société constitue une menace pour la cohésion de nations encore jeunes et pour la stabilité
régionale.
Pourtant, l’émergence d’enjeux planétaires transcendant la division entre Nord et Sud rend
paradoxalement plus flagrante la fracture entre les deux parties du monde : les négociations
sur le commerce mondial comme les conférences internationales sur l’environnement ou les
questions démographiques révèlent des positions souvent incompatibles entre pays
développés et pays en voie de développement. Lors de la conférence de Rio sur
l’environnement (ou Sommet de la Terre), en juin 1992, le débat sur le développement
durable et la protection de la planète a mis en lumière un déséquilibre flagrant dans l’accès
aux ressources naturelles. Si les pays du Sud ont obtenu que soit posé le principe d’une
contrepartie financière pour l’exploitation par les pays industrialisés des ressources qu’ils
n’ont pas les moyens de valoriser eux-mêmes, ils interprètent toutefois la volonté des pays
du Nord d’édicter des normes pour une croissance économique respectueuse de
l’environnement comme une nouvelle ingérence dans la conduite des politiques nationales
et comme un frein posé à leur industrialisation.
49
Marché, économie de
1 PRÉSENTATION
Marché, économie de, terme employé pour désigner une économie où les prix et les
quantités produites sont essentiellement le fruit de la confrontation de l'offre et de la
demande. Cette notion est opposée à celle d'économie centralisé[Link] débat sur l'économie de
marché est récurrent et renvoie à celui du rôle de l'État.
2 LE RÔLE DE L'ÉTAT
En premier lieu, la nature des activités qui doivent relever de la responsabilité de l'État plutôt
que des individus donne lieu à une grande variété d'interprétations et dépend pour une grande
part de la perception qu'ont les individus de la notion de droit fondamental. Si l'on considère
que le droit d'être protégé est un droit fondamental, l'État devra rendre ce droit effectif par la
création de services d'ordre. L'État n'a pas, en revanche, de devoir de protection envers
certains intérêts particuliers, ce qui peut laisser place à un secteur marchand de la sécurité.
Des entreprises privées fournissent ainsi de nombreux services de surveillance, mais n'ont pas
un rôle de protection générale des citoyens. Il est en fait difficile de tracer une frontière exacte
entre ce qui relève ou devrait relever de la responsabilité de l'État et ce qui est, (ou) devrait
être, du domaine du marché. Le secteur médical pose le même type de problème : tout
individu peut recourir à des services médicaux privés, mais dans un grand nombre de pays on
estime que l'État doit garantir à tous les citoyens l'accès aux soins quels que soient leurs
revenus en raison de l'existence d'un droit à la vie, voire d'un droit à la santé. Les mêmes
considérations peuvent également s'appliquer à l'éducation, à la culture ou à diverses autres
activités. Dans un grand nombre de pays où prévaut une économie de marché, l'État peut être
responsable d'autres activités telles que le transport ferroviaire, les services postaux, la
production et la distribution de gaz et d'électricité, etc. Ce secteur public est particulièrement
important en France, mais il est d'un poids nettement moindre aux États-Unis, par exemple.
Quand ce type d'activité relève du secteur privé, elles sont le plus souvent soumises à une
réglementation étatique visant à empêcher que ces situations de monopole n'entraînent des
profits excessifs.
3 LES LIMITES
La liberté dont jouissent les secteurs privés de l'économie est la plupart du temps, encadrée
par une réglementation. Elle correspond à une conception philosophique et politique
largement acceptée selon laquelle il est nécessaire de restreindre la liberté des individus
lorsque l'exercice de celle-ci risque de porter préjudice à celle des autres. La liberté
économique est en particulier limitée par le devoir de respecter la propriété d'autrui ou les
engagements contractuels.
50
ceux-ci soient libres de consommer ce qu'ils veulent. Elles ne peuvent non plus émettre des
substances toxiques dans l'atmosphère ou dans les cours d'eau.
Ainsi, parce que les points de vue divergent sur la nature des activités qui doivent être
exercées par l'État et sur l'étendue de la réglementation applicable au secteur privé, il est
difficile d'élaborer une définition objective ou normative de l'économie de marché. La réalité
que recouvre l'expression « économie de marché » peut ainsi varier fortement entre les
différents pays qui s'en réclament. On peut toutefois estimer qu'il n'existe pas d'économie de
marché pure, c'est-à-dire exempte de toute intervention de l'État. La difficulté d'élaborer un
modèle de l'économie de marché est en outre exacerbée par les controverses relatives à ses
bienfaits.
Dans la philosophie occidentale, on considère en effet qu'une société est bonne si les
individus supportent et acceptent la responsabilité de leurs actes, ce qui suppose de leur laisser
une grande responsabilité en matière économique, d'autant plus nécessaire qu'elle serait l'un
des garants de la liberté politique. La tradition libérale veut également que la liberté soit plus
efficace du point de vue économique, car, en poursuivant des intérêts propres et apparemment
sans cohérence entre eux, les individus permettent d'atteindre une situation collective optimale
grâce au mécanisme de marché (c'est la théorie de la main invisible d'Adam Smith). En effet,
le marché permet une allocation optimale des ressources en les orientant vers les usages les
plus productifs et incite les entreprises à produire les biens et services qui correspondent à une
demande des consommateurs tout en maximisant leur profit. L'intervention de l'État est
considérée avec suspicion et, sans être totalement exclue, elle doit être limitée à certains cas
précis. Cette analyse a été récemment confortée par l'effondrement du bloc communiste. L'état
de délabrement des économies socialistes a mis en évidence les effets économiques néfastes
d'une intervention excessive de l'État qui s'appuyait sur la propriété collective des moyens de
production et la centralisation et planification de l'économie.
A contrario, l'économie de marché est souvent critiquée pour l'injustice qu'elle entraîne en
termes de répartition de revenus et pour son absence de préoccupation humanitaire visant à
soulager la pauvreté. Le libéralisme qui prévalait au XIXe siècle a ainsi été tempéré par
l'élaboration de systèmes de protection sociale durant le XXe siècle et plus particulièrement
après la Seconde Guerre mondiale. Il est également reproché à l'économie de marché de
permettre une vaste accumulation de richesses au bénéfice d'un petit nombre dont les intérêts
et le poids économique peuvent porter atteinte à la liberté publique. C'est pourquoi l'existence
d'une économie de marché n'exclut pas, voire nécessite, la protection des libertés politiques et
des valeurs sociales.
51
Monopole
1 PRÉSENTATION
L'apparition d'un monopole dans un domaine d'activité particulier repose sur la réalisation
d'une ou plusieurs des conditions suivantes : 1) le contrôle d'une ressource importante
nécessaire à la fabrication du produit ; 2) la capacité technologique d'une seule société à
assurer, à des prix convenables, toute la production d'un bien ou la réalisation intégrale d'un
service, situation parfois appelée monopole « naturel » ; 3) le contrôle exclusif d'un produit ou
de son procédé de fabrication, grâce à un brevet, et 4) l'octroi d'une concession, qui réserve à
une seule société le droit de commercialiser un bien ou un service sur un territoire donné.
2 HISTOIRE DU MONOPOLE
Les monopoles économiques font partie de l'histoire de l'humanité. La pénurie des ressources,
fréquente jusqu'à la fin du Moyen Âge, affectait la vie de la plupart des hommes. Cette rareté
allait de pair avec celle des produits, dans un contexte peu propice à la multiplication
spontanée des producteurs ou des fournisseurs de services. C'est l'organisation de monopoles
officiels, par les empereurs chinois, à partir de la dynastie des Han, qui permit la création de
véritables secteurs d'activités. Citons aussi, par exemple, les guildes médiévales, corporations
de marchands ou d'artisans qui contrôlaient leur production, fixaient les conditions pour entrer
dans une corporation professionnelle, et régulaient ainsi les prix et les salaires.
52
privées tendant à restreindre le commerce. Selon le droit coutumier, les accords privés à
caractère monopolistique, qui restreignaient le libre-échange, n'étaient pas applicables. Les
réticences exprimées dans le droit coutumier étaient importantes en Grande-Bretagne et en
Amérique du Nord. Dans un second temps, ce fut l'expansion de la production consécutive à
la révolution industrielle, associée aux idées du philosophe et économiste écossais Adam
Smith, concernant la propriété, les marchés et le libre jeu de la concurrence, qui devinrent les
facteurs les plus influents sur la vie économique dans la première moitié du XIXe siècle. Cette
période s'apparentait à un cas d'école évoqué par Smith dans un de ses manuels, celui de
l'ordre économique compétitif, consistant dans un monde où les sociétés commerciales, dans
presque tous les secteurs, étaient à la fois nombreuses et de taille réduite.
Plus récemment, la plupart des gouvernements a mis en place des lois sur la concurrence, pour
tenter d'empêcher la constitution de monopoles privés dans les industries importantes, et a
utilisé la législation, les tribunaux, et divers règlements pour assurer que les entreprises de ces
secteurs se soumettent bien aux principes concurrentiels. Si les conditions de la concurrence
ne sont pas assurées — dans le cas du monopole naturel —, les gouvernements ont eu recours
soit à la nationalisation du secteur, soit à la limitation de ses bénéfices, dans le but de protéger
les consommateurs.
3 THÉORIE DU MONOPOLE
Les économistes ont développé un ensemble de théories sophistiquées pour expliquer en quoi
la conduite d'une société bénéficiant d'un monopole diffère de celle d'une société soumise à la
concurrence. Une société en position de monopole, comme tout autre activité économique, est
soumise à deux facteurs : 1) un ensemble de conditions qui régissent la demande du bien ou
du service qu'elle fournit ; 2) un ensemble de conditions relatives aux coûts qui déterminent la
somme qu'elle doit payer à ceux qui fournissent les ressources et la main-d'œuvre nécessaires
à la production du bien ou du service. Chaque société doit ajuster son niveau de production
afin d'atteindre une maximisation de ses bénéfices, qui consiste dans la différence entre le
chiffre d'affaires qu'elle réalise grâce à ses ventes et les coûts engagés dans la production
correspondante. Le niveau de production pour lequel la société atteint son bénéfice maximal
n'est pas nécessairement celui auquel la société obtient le prix de vente le plus élevé pour son
produit. La différence majeure entre une société en situation de monopole et une société en
situation concurrentielle est que le monopole confère une maîtrise du prix de vente d'un
produit beaucoup plus importante, quoique jamais absolue. En conséquence, le monopole
53
confère plus de latitude pour l'ajustement du prix et de la production, et pour l'obtention du
profit le plus élevé.
Du point de vue des consommateurs, le monopole produit des effets moins favorables que
ceux qui résultent de la libre concurrence économique. En général, les situations
monopolistiques génèrent une production de biens et de services inférieure à celle que l'on
constate dans un environnement compétitif, et des prix supérieurs. De plus, la pratique de prix
discriminatoires est souvent associée à la position monopolistique : les mêmes biens ou
services sont vendus à des prix différents, selon la partie du marché où ils sont
commercialisés.
4 VARIÉTÉS DE MONOPOLES
Les monopoles économiques peuvent prendre plusieurs formes : monopoles naturels, trusts,
cartels et fusions de sociétés (ou conglomérats).
Les monopoles naturels (une seule société sur un marché) se rencontrent rarement en
économie, sauf dans le domaine des services publics. Ceux-ci sont constitués d'entreprises
ayant vocation à produire des biens ou services utiles au bien-être collectif, par exemple la
fourniture d'eau et d'électricité, le transport et les communications. Fréquemment, de tels
monopoles apparaissent comme le meilleur moyen d'assurer les services publics absolument
nécessaires ; ils n'en doivent pas moins être contrôlés lorsqu'il s'agit de sociétés privées, ou
gérées par un organisme public dans le cas contraire.
4.2 Trusts
4.3 Cartels
54
Aujourd'hui, la forme la plus connue d'association est probablement le cartel, en raison de
l'attention générale portée aux activités de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole
(OPEP). Le cartel est une organisation créée par des producteurs, dont les buts sont
l'attribution de parts de marché, le contrôle de la production et la régulation des prix. L'OPEP
remplit toutes ces fonctions, même si ses actes les plus connus ont concerné la fixation du
cours mondial du pétrole.
4.4 Fusions
Les efforts portant sur l'organisation d'une industrie, pour atteindre dans les faits un contrôle
de type monopolistique, peuvent prendre différentes formes. Une association de sociétés
réduisant la concurrence peut être de nature verticale, horizontale, ou prendre l'aspect d'un
conglomérat. Une association de type vertical implique la fusion dans une seule entité
d'entreprises impliquées à différents stades du processus de fabrication. Citons l'exemple de
certaines compagnies pétrolières qui possèdent des champs pétrolifères, des raffineries, des
infrastructures de transport et des stations-service. Une association de type horizontal est le
rassemblement dans une seule entité de sociétés opérant dans le même secteur, intervenant au
même niveau du processus de fabrication. Le conglomérat est le rassemblement de plusieurs
sociétés, opérant dans des secteurs indépendants, dans le cadre d'une seule organisation. Toute
fusion ou association peut aboutir à l'élimination de la concurrence et la création d'un
monopole. Ces concentrations sont suivies de près par des instances nationales de régulation
de la concurrence et par la Commission européenne. Toute fusion ou concentration créant une
position monopolistique et agissant contre l'intérêt public est en principe interdite.
Inflation et déflation
55
1 PRÉSENTATION
L'inflation est une augmentation ample et soutenue du niveau général des prix, mesurée par
un index du coût de différents biens et services. Une augmentation répétée des prix érode le
pouvoir d'achat de la monnaie et des autres actifs financiers à valeur fixe, provoquant ainsi de
graves distorsions et incertitudes économiques. L'inflation apparaît lorsque des pressions
économiques et l'anticipation de certains événements font monter la demande en biens et en
services au-delà de l'offre disponible aux prix existants, ou lorsque la production disponible
est réduite par une productivité défaillante ou par les contraintes du marché.
La déflation est une baisse soutenue du niveau général des prix, comme celle qui est survenue
au cours de la crise économique de 1929. Elle est généralement associée à une érosion
prolongée de l'activité économique et à un niveau de chômage élevé. Néanmoins, les baisses
de prix généralisées sont aujourd'hui très rares, et l'inflation est devenue la principale variable
macroéconomique affectant la planification économique, publique ou privée.
Une inflation rampante, de quelques points de pourcentage par an, ne constitue pas une
menace grave pour le progrès économique et social. Elle peut même stimuler l'activité
économique. En effet, l'illusion d'une augmentation du revenu au-delà de la productivité réelle
encourage la consommation, et l'investissement dans l'immobilier s'accroît par l'anticipation
d'une future hausse des prix. Dans l'activité commerciale, l'investissement en usines et en
équipements s'accélère car les prix montent plus vite que les coûts, et les particuliers,
entreprises et organismes publics emprunteurs prennent conscience que les prêts seront
remboursés avec de l'argent porteur de moins de pouvoir d'achat.
Plus grave est le modèle de l'inflation chronique, caractérisé par une hausse des prix plus
importante atteignant des taux annuels compris entre 10 p. 100 et 30 p. 100 dans certains pays
industrialisés et parfois même 100 p. 100 ou plus dans quelques pays du tiers-monde.
L'inflation chronique tend à devenir permanente et installe un cercle vicieux. Pour s'adapter à
l'inflation chronique, les activités économiques normales se dérèglent : les consommateurs
achètent des biens et des services pour éviter de payer des prix encore plus élevés dans le
futur ; la spéculation immobilière s'accroît ; les investissements commerciaux se concentrent
sur le court terme ; les incitations à épargner, ou à souscrire à une assurance, à un plan de
retraite ou à des obligations à long terme sont restreintes, car l'inflation réduit le pouvoir
d'achat à terme de ces produits financiers ; les gouvernements accroissent rapidement leurs
dépenses dans l'attente de revenus gonflés ; les nations exportatrices voient la compétitivité de
leur commerce compromise et sont contraintes de recourir au protectionnisme et à un contrôle
arbitraire de la monnaie.
Dans sa forme extrême, la hausse chronique des prix devient de l'hyperinflation et provoque
la chute du système économique entier. Par exemple, l'hyperinflation qui frappa l'Allemagne
56
après la Première Guerre mondiale eut pour effet de multiplier le volume de la monnaie en
circulation par plus de 7 millions et les prix par 10 millions sur les seize mois qui précédèrent
novembre 1923. D'autres exemples d'hyperinflation se produisirent aux États-Unis et en
France à la fin du XVIIIe siècle, en URSS et en Autriche après la Première Guerre mondiale,
en Hongrie, en Chine et en Grèce après la Seconde Guerre mondiale, et dans quelques pays du
tiers-monde au cours de ces dernières années. Au cours d'une période d'hyperinflation, la
monnaie et le crédit s'accroissent à un rythme exponentiel, détruisant tous les liens existant
entre valeur réelle et valeur nominale et rendant nécessaires des systèmes complexes de troc.
Les gouvernements recourent à la planche à billets pour financer l'augmentation des
programmes de dépenses, et ces financements inflationnistes des déficits budgétaires (voir
Budget) détruisent la stabilité économique, sociale et politique.
3 HISTOIRE
Par rapport aux autres périodes de l'histoire, celle qui suit la Seconde Guerre mondiale est
caractérisée par des niveaux relativement élevés d'inflation dans de nombreux pays et, vers le
milieu des années 1960, une tendance à l'inflation chronique s'est installée dans la plupart des
pays industrialisés. Ainsi, de 1965 à 1978, les prix à la consommation ont-ils augmenté à un
taux moyen annuel de 5,7 p. 100 aux États-Unis, avec un pic de 12,2 p. 100 en 1974. Au
Royaume-Uni, l'inflation a également atteint un record de 25 p. 100 en 1974, après le
quadruplement des prix mondiaux du pétrole. Plusieurs autres pays ont subi une accélération
comparable de la hausse des prix, mais certains, comme la République fédérale d'Allemagne
(alors limitée à l'Allemagne de l'Ouest), ont échappé à une inflation chronique. Si l'on
57
considère le niveau d'intégration de nombreux pays à l'économie mondiale, ces résultats
disparates révèlent la relativement bonne efficacité des politiques économiques nationales.
Cette tendance inflationniste a été renversée dans la plupart des pays industrialisés vers le
milieu des années 1980. Des mesures budgétaires et des politiques monétaires audacieuses
engagées au début de la décennie, combinées à la baisse brutale du prix du pétrole et des
matières premières, ont permis de retrouver des taux annuels d'inflation de moins de 4 p. 100.
4 CAUSES
L'inflation par la demande se produit lorsque le total de la demande excède l'offre disponible,
entraînant des hausses de prix et faisant monter les salaires, le coût des matériaux, ainsi que
les coûts d'exploitation et de financement. L'inflation par les coûts se produit lorsque les prix
montent pour couvrir le total des coûts et maintenir les marges bénéficiaires. Une spirale
coûts-prix finit par se développer lorsque tous les groupes d'intérêt et toutes les entités
économiques répercutent chaque augmentation. Une déflation se produit lorsque les effets de
la spirale sont inversés.
Pour expliquer comment les composantes de base de l'offre et la demande peuvent varier, les
économistes ont proposé trois théories différentes : la quantité de monnaie disponible, le
niveau général des revenus, ainsi que la productivité et les coûts comme variables de l'offre.
Pour les partisans du monétarisme, les modifications du niveau des prix reflètent les
fluctuations de la monnaie disponible, définie traditionnellement par l'argent en numéraire et
les comptes de dépôt à vue. Selon eux, pour que les prix soient stables, la masse monétaire
doit s'accroître à un rythme stable adapté à la capacité de production réelle de l'économie. Les
adversaires de cette théorie rétorquent que les modifications de la masse monétaire sont une
conséquence, non une cause, des variations du niveau des prix.
La théorie du niveau général des ressources est fondée sur l'œuvre de l'économiste britannique
John Maynard Keynes, publiée au cours des années 1930. Selon ce dernier, la consommation
et l'investissement sont déterminés par les modifications du revenu national. Ainsi les
dépenses budgétaires et la politique fiscale d'un gouvernement doivent-elles être utilisées pour
maintenir des niveaux optimaux de production et d'emploi. Ensuite seulement, la masse
monétaire doit être ajustée de manière à financer le niveau désiré de croissance économique
tout en évitant des crises économiques et des taux d'intérêt élevés qui décourageraient la
consommation et l'investissement. Ainsi, selon cette théorie, les dépenses publiques et la
politique fiscale peuvent être utilisées pour compenser l'inflation et la déflation par un
ajustement de l'offre et de la demande.
La troisième théorie se concentre sur les éléments relatifs à l'offre. Ceux-ci incluent le rythme
à long terme de l'investissement en capital et le progrès technologique, les modifications de la
composition et de l'âge de la force de travail, le déplacement des activités industrielles, la
rapide prolifération des réglementations nationales, le détournement de l'investissement vers
des usages non productifs, la rareté croissante de certaines matières premières, les événements
sociaux et politiques qui ont réduit les incitations à travailler, ainsi que des chocs
économiques divers tels que problèmes monétaires et commerciaux, augmentations
58
importantes du prix du pétrole et récoltes désastreuses dans l'une ou l'autre partie du monde.
Ces problèmes relatifs à l'offre peuvent jouer un rôle important dans l'élaboration de
politiques monétaires et budgétaires.
5 CONSÉQUENCES
L'inflation commence par accroître les bénéfices commerciaux, car les salaires et les autres
coûts augmentent moins vite que les prix, ce qui permet plus d'investissements et de plus gros
paiements de dividendes et d'intérêts. De plus, les dépenses personnelles augmentent parfois
grâce à une anticipation des augmentations futures et, dans l'immobilier, l'espoir de voir
monter les prix peut également attirer des acheteurs. L'inflation intérieure peut améliorer
provisoirement la balance commerciale dans la mesure où le même volume d'exportations
peut être vendu plus cher. Enfin, les dépenses publiques augmentent parce que de nombreux
programmes sont, officiellement ou non, indexés sur l'inflation pour maintenir la valeur réelle
des services publics et des transferts de ressources. L'État peut également anticiper le
paiement de budgets plus importants avec les recettes fiscales provenant de revenus gonflés
par l'inflation.
Néanmoins, malgré tous ces avantages temporaires, l'inflation finit par dérégler les activités
économiques normales, surtout si son rythme varie. Les taux d'intérêt tiennent généralement
compte du rythme d'inflation anticipé qui alourdit les coûts de production, décourage la
consommation et fait baisser la valeur des actions et des obligations. La hausse des taux des
prêts hypothécaires et l'envolée des prix de l'immobilier découragent la construction.
L'inflation érode le pouvoir d'achat réel des revenus et des actifs financiers, ce qui réduit la
consommation, surtout si les consommateurs ne peuvent pas ou ne veulent pas utiliser leur
épargne ou accroître leurs dettes personnelles. L'investissement souffre du déclin général de
l'activité économique et les profits sont limités dans la mesure où les employés demandent à
ce que l'inflation qui frappe leurs revenus soit compensée par des mécanismes automatiques
de hausse des salaires. La plupart des matières premières et des coûts d'exploitation réagissent
très rapidement aux signaux inflationnistes. Des prix plus élevés finissent par nuire aux
exportations, provoquant des déficits dans le commerce extérieur et entraînant des problèmes
de taux de change. L'inflation est un élément essentiel dans les booms et récessions des cycles
économiques, qui provoquent des distorsions indésirables dans les prix et l'emploi, ainsi
qu'une incertitude généralisée quant aux performances futures de l'économie.
Les effets de l'inflation sur chaque individu dépendent de nombreux facteurs. Les catégories
de population dont les revenus sont relativement fixes, particulièrement dans les catégories de
bas revenus, souffrent de l'inflation, alors que celles dont le revenu est plus flexible ou
négociable peuvent le maintenir, voire l'accroître. Ceux qui dépendent d'avoirs à valeur
nominale fixe, tels que comptes d'épargne, pensions, assurances ou titres de créance à long
59
terme, souffrent de l'érosion de la richesse réelle. En revanche, ceux dont les avoirs ont une
valeur fluctuante, comme les biens immobiliers, les objets d'art, les matières premières et les
biens permanents, peuvent maintenir ou accroître la valeur de leur patrimoine. Les salariés du
secteur privé luttent pour introduire des indexations sur le coût de la vie dans leurs contrats de
travail. Les emprunteurs bénéficient de l'inflation alors que les prêteurs en souffrent, car les
prêts hypothécaires, personnels et commerciaux ainsi que les emprunts d'État sont remboursés
avec de l'argent déprécié et les taux d'intérêt parviennent rarement à rattraper les taux
d'inflation. Une « psychologie inflationniste » finit par inspirer toutes les décisions
économiques, publiques ou privées.
6 MESURES DE STABILISATION
Tout effort réel de lutte contre l'inflation ne peut être que difficile, risqué et long, parce que la
rigueur tend à réduire la production réelle et l'emploi avant même que son efficacité se
manifeste, alors que les mesures de relance budgétaires et monétaires commencent au
contraire par faire augmenter l'activité économique avant de faire monter les prix. Ce
phénomène explique la prédominance des politiques de relance.
Les efforts de stabilisation tentent d'annuler les distorsions produites par l'inflation et la
déflation en restaurant une activité économique normale. Pour être efficaces, ces efforts
doivent être soutenus et ne pas se limiter à des mesures d'ajustement occasionnelles, qui
souvent ne font qu'amplifier les variations cycliques. Une condition essentielle de succès est
une croissance stable de la monnaie et du crédit ajustée à la croissance réelle et aux besoins
des marchés financiers. À long terme, la banque centrale peut influer sur la disponibilité et le
coût de l'argent et du crédit en faisant varier le seuil des réserves financières obligatoires des
banques, mais également par d'autres mesures. Lors des phases cycliques d'expansion, la
rigueur monétaire réduit la pression inflationniste. Dans les phases cycliques de récession, au
contraire, une politique accommodante contribue à la remise sur pied des finances. Mais les
autorités monétaires ne peuvent restaurer la stabilité économique de façon unilatérale si la
consommation et l'investissement privés provoquent des pressions inflationnistes ou
déflationnistes ou si d'autres mesures prises par le gouvernement ont un effet opposé aux
leurs. Les dépenses publiques et la politique fiscale doivent être cohérentes avec la politique
monétaire pour parvenir à créer la stabilité et éviter des revirements exagérés dans la politique
économique.
Les déficits budgétaires importants des gouvernements doivent notamment être financés par
l'emprunt ou par la planche à billets. Le recours à cette dernière méthode entraîne
inévitablement une pression inflationniste. Pour être efficaces, les efforts de stabilisation
doivent comprendre des mesures monétaires et budgétaires cohérentes et soutenues.
Pour combattre l'inflation et éviter la stagnation que crée une déflation, il est important d'agir
également sur l'offre. Les moyens d'action comprennent une augmentation des incitations à
l'épargne et à l'investissement, des efforts financiers dans la recherche et le développement de
la technologie, l'amélioration des techniques de gestion et de la productivité du travail par la
formation, des efforts importants pour entretenir les sources de matières premières et en
développer de nouvelles, ainsi que la réduction des réglementations superflues.
60
Certains analystes préconisent l'utilisation de diverses mesures sur les revenus pour combattre
l'inflation. Ces mesures vont des cadres de réglementation obligatoires fixés par le
gouvernement pour les salaires, les prix, les loyers et les taux d'intérêts à de simples
propositions facultatives, en passant par des incitations ou des dissuasions fiscales. Les
partisans de ces actions considèrent qu'une intervention de l'État peut compléter les mesures
monétaires et budgétaires de base. Leurs adversaires soulignent l'inefficacité des programmes
de contrôle engagés par les nations industrialisées dans le passé et mettent en question l'aspect
positif d'un accroissement des interventions de l'État dans les décisions économiques privées.
Il est probable que, dans le futur, les mesures de stabilisation se concentreront sur une
coordination des mesures monétaires et budgétaires et sur un renforcement des actions sur
l'offre pour restaurer la productivité et développer de nouvelles technologies.
Tous les problèmes nationaux d'inflation et de déflation, ainsi que les politiques relatives à ces
problèmes, prennent une importance accrue dans le contexte de mobilité des investissements
et de la spéculation des marchés déréglementés et mondialisés de la fin du XXe siècle.
Lorsque les milieux financiers internationaux peuvent changer en quelques minutes la valeur
d'une monnaie ou plonger un pays dans la récession parce qu'ils fuient des mesures
inflationnistes, la stabilité économique ne peut être préservée que par une gestion rigoureuse.
Allemagne 2,1 %
Autriche 2%
Belgique 2,9 %
Danemark 2,7 %
Espagne 3,5 %
Finlande 3%
France 1,8 %
Grèce n.c.
Irlande 5,3 %
Italie 2,6 %
Luxembourg 3,8 %
Pays-Bas 2,3 %
Portugal 2,8 %
Royaume-Uni 0,8 %
Suède 1,3 %
Source : Eurostat
Chômage
61
1 PRÉSENTATION
2 MESURE DU CHÔMAGE
La méthode de mesure du chômage la plus utilisée a été développée aux États-Unis dans les
années 1930 ; elle est utilisée par de nombreux autres pays selon les recommandations de
l’Organisation internationale du travail. À partir d’une enquête mensuelle menée sur un
échantillon représentatif de la population active, des informations sont obtenues à propos de
l’activité de chaque personne en âge de travailler. Est chômeur, au sens de cette organisation,
toute personne âgée de plus de 15 ans, sans travail, immédiatement disponible pour occuper
un emploi, qui recherche activement du travail, c’est-à-dire qui a effectué au moins un acte
positif de recherche. Pour calculer le taux de chômage, on établit le rapport entre les chômeurs
et la population active occupée, l’ensemble formant ce que l’on appelle la population active.
En France, le chômage est calculé à partir de l’enquête sur l’emploi de l’Institut national de la
statistique et des études économiques (Insee), qui est réalisée chaque année au mois de mars
et qui retient les critères définis par le Bureau international du travail ; le ministère du Travail
dispose d’un indicateur différent, fondé sur les demandes d’emploi en fin de mois, qui recense
les seules personnes inscrites à l’Agence nationale pour l’emploi (ANPE) à la fin d’un mois
donné, recherchant un emploi à temps plein et à durée indéterminée. Le taux de chômage
s’élevait en 2002, en France, à 9,1 p. 100 de la population active.
Les économistes établissent des typologies quant aux formes du chômage en fonction de ses
manifestations et de ses caractéristiques.
Le chômage dit frictionnel correspond au temps nécessaire qui sépare la cessation volontaire
d’une activité et la reprise d’une autre activité professionnelle. Ce type de chômage résiduel
est en réalité — et au-delà de la contradiction — un chômage de plein emploi. Il ne concerne
que l’hypothèse, aujourd’hui rare, du salarié qui quitte un poste pour un autre poste qu’il sait
prochainement disponible.
Le chômage saisonnier concerne, quant à lui, l’ensemble des activités qui se déroulent selon
un cycle qui n’est pas constant dans le temps. Ce type de chômage concerne par exemple les
activités liées au tourisme, ou encore certaines activités agricoles.
Le chômage conjoncturel est celui qui résulte d’un ralentissement, plus ou moins durable, de
l’activité économique. Lorsque le cycle économique connaît un ralentissement, celui-ci peut
62
être cause de chômage. C’est le cas, par exemple, lorsque le volume de production excède la
demande des consommateurs. L’entreprise qui ne peut plus écouler ses produits peut être
contrainte de licencier faute de débouchés. Si cette situation frappe non pas une seule
entreprise mais un ou plusieurs secteurs d’activité, le volume de chômage peut être important.
Ce type de crise survenue dans le passé — la crise des années trente en est un exemple —
peut être en partie résolue, comme Keynes l’a montré, par une politique publique de soutien
de la demande, consistant à utiliser le déficit budgétaire afin d’injecter un supplément de
pouvoir d’achat, pour que les entreprises puissent vendre leur production, augmenter celle-ci
et, pour cela, embaucher à nouveau.
Au-delà des querelles théoriques relatives aux causes du chômage, qui opposent libéraux et
keynésiens, les éléments factuels et historiques qui expliquent le chômage que connaît
l’ensemble des pays industrialisés sont nombreux. Le chômage actuel n’a pas pour seule
cause le ralentissement de la croissance : il est également — et surtout — la conséquence
d’une rupture des liens, que l’on pensait éternels, entre production et emploi. Le système de
production, qui fait de plus en plus appel à l’innovation technique, substitue, plus encore que
par le passé, les machines aux hommes. L’évolution est telle, que le progrès technique ne
recrée pas au stade de sa conception les emplois qu’il supprime au stade de son utilisation.
L’utilisation de machines toujours plus sophistiquées entraîne le recours toujours moins
important à la main-d’œuvre. En cela, le chômage actuel revêt une spécificité historique :
c’est la crise et le dépassement du modèle fordiste de production qui, en opérant une mutation
dans l’organisation du système productif, engendre le chômage. Cette évolution a mis l’accent
sur le déficit existant entre les compétences demandées par les entreprises et le niveau de
formation moyen de la population active. Alors que les exigences professionnelles, techniques
et intellectuelles de ceux qui proposent un emploi sont élevées, le niveau de qualification de
ceux qui sont à la recherche d’un travail n’est pas nécessairement apte à y répondre. Cette
inadéquation entre qualifications proposées et demandées joue comme un facteur aggravant
sur le marché de l’emploi. Elle explique pour une large part le chômage des jeunes qui
quittent le système scolaire en n’étant pas ou peu qualifiés.
63
À cela s’ajoute le fait, avancé par beaucoup afin d’expliquer la persistance d’un chômage
important, que les charges sociales supportées par les entreprises qui embauchent seraient trop
lourdes, et auraient un effet dissuasif sur la création d’emplois. Cet argument est fréquemment
invoqué, à l’appui du précédent, pour expliquer le fort taux de chômage que connaît la frange
de la population active privée de qualification professionnelle et / ou universitaire. Ce dernier
élément d’explication est utilisé par ceux qui relèvent que ce sont les « rigidités du marché du
travail », qui expliquent l’absence de création d’emplois. Parmi ces rigidités, outre celles
mentionnées plus haut, les tenants de cette analyse avancent que l’existence d’un salaire
minimum, en deçà duquel l’entreprise ne peut embaucher, associé au poids relatif des charges
qui pèsent sur les salaires, empêche la création de nouveaux emplois. Il s’agirait alors pour
soutenir l’emploi de rendre le marché du travail plus flexible. Cette flexibilité exigerait, par
exemple, de réduire les salaires, au motif que l’entreprise, en réduisant ses coûts salariaux
unitaires, pourrait utiliser cette marge de manœuvre afin de créer davantage d’emplois. Il
s’agit en clair de payer moins pour payer plus de monde. Cette notion de flexibilité a servi, et
sert encore, de critère aux politiques de l’emploi visant à lutter contre le chômage.
Depuis une dizaine d’années, les politiques de lutte contre le chômage ont été conduites dans
le but de remédier aux dysfonctionnements du marché du travail. Elles se sont articulées
principalement autour de deux objectifs. Elles ont consisté pour une part à agir sur
l’environnement de l’entreprise. On peut inclure ici l’ensemble des mesures visant à réduire le
coût du travail : réduction des charges sociales sur les salaires (notamment les plus faibles),
octroi de subventions aux entreprises qui embauchent, déréglementation sociale rendant plus
aisé le recours aux emplois précaires (contrats à durée déterminée, travail intérimaire, etc.).
Ces mesures participent à ce que l’on dénomme le traitement économique du chômage.
Parallèlement, et cela constitue le second axe d’intervention des politiques de relance de
l’emploi, les pouvoirs publics ont consenti un effort financier dirigé vers des catégories de
chômeurs présentées comme les plus vulnérables face au risque d’inactivité. Ce traitement
social du chômage concerne principalement les jeunes, les personnes de plus de cinquante
ans, ainsi que les chômeurs de longue durée. En faveur des premiers, on recense depuis une
dizaine d’années un ensemble varié de mesures qui ont pour objet de faciliter l’insertion sur le
marché du travail : des pactes pour l’emploi aux plans avenir-jeunes, en passant par les
récents emplois jeunes, ces nombreuses mesures n’ont à ce jour pas réglé le problème de
l’inactivité de ceux qui postulent pour la première fois à un emploi. En faveur des seconds,
l’intervention des pouvoirs publics a porté sur les retraits anticipés d’activité, principalement
par l’incitation aux départs en préretraite. Il faut noter le lien entre ces deux politiques qui
repose sur l’idée que le départ d’un salarié expérimenté, bénéficiant par définition d’une
rémunération conséquente, peut permettre l’embauche d’un ou plusieurs jeunes pour un coût
identique. Enfin, la politique de l’emploi s’oriente vers l’insertion des chômeurs de longue
durée : les stages d’accès à l’emploi, le crédit-formation, les contrats de retour à l’emploi,
constituent quelques-unes des mesures initiées dans ce but.
64
La persistance d’un chômage massif et durable a profondément modifié la structure du
marché du travail, caractérisé aujourd’hui par sa segmentation. Au côté d’un marché dit
primaire, qui regroupe l’ensemble de ceux qui disposent d’un emploi à temps plein et à durée
indéterminée, s’est développé un marché secondaire du travail. Celui-ci regroupe l’ensemble
des situations précaires d’activité : contrats à durée déterminée, contrats à temps partiel,
contrats d’insertion ou de réinsertion rémunérés en deçà du SMIC, dont les titulaires alternent
périodes d’activité et période de chômage. Au-delà, et cet aspect apparaît aujourd’hui comme
le plus grave et le plus discriminant, le marché du travail fonctionne comme un marché
d’exclusion. Exclusion des chômeurs de longue durée, dont le nombre ne cesse de croître,
exclusion des jeunes dépourvus d’expérience professionnelle, exclusion des femmes, dont le
taux de chômage est supérieur à celui des hommes, exclusion des salariés les plus âgés qui
peinent à retrouver un emploi. Ces caractéristiques expliquent que les politiques orientées vers
l’emploi assurent davantage que par le passé une fonction d’assistance envers les plus
démunis.
Cela n’est pas sans conséquences. Le principal effet est ressenti au niveau de l’équilibre des
comptes sociaux de la nation. L’indemnisation du chômage représente un coût toujours plus
lourd à assumer, surtout pour les pays qui, comme la France, ont conçu un système
d’indemnisation qui repose sur la répartition. Ceci signifie que les actifs contribuent à
financer l’indemnisation de ceux qui sont privés d’emploi. Dans une conjoncture dans
laquelle le nombre de ceux qui travaillent reste, peu ou prou, constant, alors que le nombre de
chômeurs augmente, la charge de l’indemnisation apparaît de plus en plus coûteuse. En outre,
sur le plan social, la persistance de cette situation aggrave ce qu’il est convenu d’appeler la
« fracture sociale », en opposant ceux qui ont un emploi à ceux qui en sont privés.
En vue de remédier à ce type de situation, les pays qui y sont confrontés réagissent de manière
différente. La France, par exemple, tout comme l’Italie, oriente sa politique vers un
mouvement de réduction de temps de travail généralisé. L’idée qui sous-tend cette pratique
est simple : il s’agit de faire travailler moins afin de faire travailler davantage de personnes.
D’autres, comme l’Angleterre ou les États-Unis qui, il est vrai, connaissent un taux de
chômage moins élevé que la France, poursuivent une politique visant à réduire le coût du
travail afin de renforcer l’employabilité de la main-d’œuvre. Toutefois, il est clair que les uns
comme les autres doivent faire face à des situations de chômage aggravé, durable et massif,
qui sont source de difficultés économiques, et plus encore sociales, graves.
Crise économique
65
1 PRÉSENTATION
L'apparition d'une crise signifie que l'économie est entrée dans une période de diminution de
la production et d'augmentation du chômage. Les contractions ou baisses effectives de la
production sont aujourd'hui peu fréquentes dans les pays occidentaux. L'entrée en crise passe
plutôt par un ralentissement de la croissance et une réduction du taux de croissance du produit
intérieur brut (PIB), situation que l'on nomme récession (les spécialistes de la conjoncture
donnent pour leur part un sens plus précis à ce terme en appelant récession toute période de
plus de deux trimestres consécutifs durant laquelle une économie enregistre une croissance
négative). La stagflation est pour sa part une situation caractérisée par la coexistence d'une
stagnation de la production, d'une hausse du chômage et d'une hausse cumulative des prix,
phénomène observé durant les années 1970.
Sous l'Ancien Régime, les difficultés économiques se manifestaient avant tout dans le secteur
alors dominant de l'agriculture. Les guerres et les aléas climatiques réduisaient brusquement
les récoltes, ce qui entraînait une chute des revenus de la population agricole et une hausse du
prix des céréales qui gagnait progressivement les secteurs de l'industrie et du commerce. En
raison de la diminution du pouvoir d'achat de la paysannerie, la demande de produits
industriels accusait alors une diminution. Le chômage se développait dans les villes,
déterminant la multiplication des troubles sociaux. Les économistes estiment que la crise de
1847-1848, marquée par la disette, fut la dernière grande crise de ce type dans les pays
européens, et qu'elle représentait déjà par certains aspects (crise boursière, paralysie
industrielle) l'entrée dans le type moderne des crises industrielles.
Les crises industrielles sont des crises de surproduction, à l'inverse des précédentes. Elles
apparaissent lorsqu'il y a excès de l'offre par rapport à la demande solvable et non lorsqu'il y a
insuffisance de marchandises par rapport à la demande. La crise économique de 1929 en
constitue certainement l'exemple le plus frappant. Précédée d'un krach boursier, elle est née de
l'insuffisance de la demande par rapport à la quantité de biens produits par les entreprises. Des
66
effets cumulatifs n'ont pas tardé à se manifester : inquiets de la mévente de leurs produits, les
industriels ont réduit leurs activités et licencié des salariés, ce qui a entretenu un phénomène
de surabondance des marchandises. Les crises industrielles ont souvent la particularité de se
produire à la suite de perturbations boursières, puis bancaires. Le secteur commercial et le
secteur industriel sont alors touchés et la production est affectée, les prix des produits
s'effondrant avec les salaires tandis que le chômage s'accroît.
Le quadruplement des prix du pétrole décidé par l'Organisation des pays producteurs de
pétrole (OPEP), a provoqué de nombreux déséquilibres dans les pays occidentaux, qui se sont
manifestés notamment par une hausse des taux d'inflation, une aggravation des déficits
commerciaux liés à la facture pétrolière, un ralentissement de la croissance imposé par la
hausse des coûts de production et des déficits extérieurs, et par la montée du chômage. Mais
l'augmentation des prix du pétrole n'a été que le facteur déclenchant de la crise ; en effet, les
sources de déséquilibre étaient déjà visibles au début des années 1970, avec les
dysfonctionnements du système monétaire international, la réduction de la profitabilité des
entreprises et l'accélération de l'inflation.
La crise contemporaine, comme celle de 1929, a débuté avec un événement marquant (le
krach boursier en 1929, le choc pétrolier en 1973). À l'image de la crise de 1929, on peut
noter à propos de la crise contemporaine l'augmentation brutale du taux de chômage.
Cependant, les deux crises présentent des différences essentielles. Après 1973, on a enregistré
une réduction des taux de croissance (récession), et non une baisse de la production
(dépression) ; en 1929, les prix n'avaient cessé de baisser (déflation), alors que l'inflation s'est
accrue depuis 1973 (elle s'est ralentie depuis le milieu des années 1980) ; sur le plan des
échanges commerciaux, il n'a pas été constaté une contraction du commerce qui serait due à
un repli protectionniste ; enfin, la consommation a connu une progression, certes timide, mais
réelle, depuis 1973, alors qu'elle s'était effondrée dans les années 1930. Si la crise de 1973
apparaît profondément différente de celle des années 1930, c'est qu'entre ces deux périodes
l'État a accru sa participation et son rôle dans la vie économique et que des systèmes de
protection sociale et de redistribution fiscale ont pu maintenir les revenus et la consommation.
Face aux crises industrielles, les économistes ont développé plusieurs types d'explications.
Les théoriciens des cycles ont cherché l'origine des crises dans les phases d'expansion : son
apparition ne traduit pas nécessairement l'existence de dysfonctionnements économiques,
mais seulement l'alternance de périodes hautes et de périodes basses, ces dernières permettant
à l'économie de connaître une certaine détente dans l'activité. Les partisans de Schumpeter
voient dans les crises courtes une conséquence de l'aspect destructeur du progrès technique à
court terme, et dans les crises longues une conséquence de l'insuffisance de ce progrès
technique. Les analyses des continuateurs de Keynes soulignent quant à elles le rôle de la
faiblesse de la demande dans les crises et préconisent l'intervention de l'État, chargé de
relancer la demande globale en particulier par l'investissement public, mais également par le
biais d'une politique monétaire agissant sur les taux d'intérêt et la masse monétaire. Les
67
néoclassiques font de l'inobservance des mécanismes spontanés du marché la cause des crises.
Ils s'opposent à une politique keynésienne de relance par les dépenses publiques, à une
politique de soutien des industries en difficulté, et recommandent une politique favorisant la
restauration de la concurrence, la flexibilité des salaires et le contrôle de la progression de la
masse monétaire. Les oppositions entre ces courants de pensée ne sont plus aujourd'hui aussi
nettes qu'elles pouvaient le paraître dans les années 1960-1970. Des travaux
macroéconomiques parviennent à concilier les apports keynésiens (le constat de l'impuissance
du marché dans certaines circonstances, la nécessité de l'intervention de l'État pour débloquer
cette situation, l'absence de neutralité de la monnaie) et les apports néoclassiques (la nécessité
de laisser jouer le plus possible les mécanismes de marché).
Certaines écoles de pensée ont tenté de décrire les crises économiques à partir de facteurs non
seulement économiques mais également institutionnels et sociaux. Ainsi, l'école française de
la régulation a-t-elle souligné l'importance des règles et des rapports sociaux dans l'analyse du
fonctionnement de l'économie : les modalités de la fixation des salaires, le droit du travail, les
formes de la concurrence entre les entreprises, le rôle de l'État sont tour à tour mobilisés pour
l'explication. Ces auteurs dessinent une opposition entre un mode de régulation
concurrentielle, se développant durant la seconde moitié du XIXe siècle et s'effondrant avec la
crise économique de 1929, et un mode de régulation monopoliste qui connut son apogée entre
les années 1950 et 1970.
Dévaluation
68
1 PRÉSENTATION
2 CAUSES
Dans un marché libre, la valeur d'une devise nationale est déterminée par l'interaction des
deux facteurs suivants : l'offre et la demande. Si la demande de devises est supérieure à l'offre,
le pays bénéficie d'une balance des paiements excédentaire. Si la demande de devises est
inférieure à l'offre, la balance des paiements est déficitaire. La demande qui s'exprime pour la
monnaie d'un pays dépend du volume de ses exportations, de ses investissements intérieurs et
de ses avoirs (ou réserves) détenus en devise locale. L'offre ou la circulation de monnaie
nationale sur les marchés dépend en partie du volume des importations du pays considéré, de
ses investissements à l'étranger et de ses avoirs détenus en monnaie étrangère. Enfin, l'offre
dépend de la politique monétaire nationale ; si un pays émet trop de monnaie, provoquant une
inflation intérieure, la balance des paiements enregistre un déficit.
Dans un système de taux de change fixe, un pays peut ajuster sa balance des paiements en
échangeant sa devise nationale contre des devises étrangères ou contre de l'or. Si la balance
des paiements demeure excédentaire, le gouvernement peut décider d'acquérir davantage de
devises étrangères ou d'or pour revenir à l'équilibre. Inversement, en cas de déficit, le
gouvernement peut vendre une partie de ses réserves en monnaie étrangère ou en or, de façon
à faire remonter la valeur de la devise nationale. Les réserves nationales en or ou en autres
devises étant limitées, le gouvernement peut choisir de remédier à un déséquilibre en
modifiant le cours officiel de sa monnaie. Une telle dévaluation est habituellement réalisée
par loi ou par décret. Dans un système de taux de change flexible, les modifications du taux
de change peuvent aider une nation à atteindre l'équilibre de sa balance des paiements.
3 EFFETS
69
montant identique exprimé en devise dévaluée, le coût des exportations nationales baisse, ce
qui rend celles-ci plus attractives pour les consommateurs étrangers.
Une dévaluation doit diminuer le volume d'importations arrivant dans le pays, et augmenter la
demande extérieure pour les exportations partant du pays : son efficacité dépend de l'influence
d'un changement de prix sur le consommateur et le producteur (élasticités de l'offre et de la
demande). L'amélioration de la balance commerciale nationale devrait entraîner un nouveau
flux de monnaie étrangère dans le pays, et finalement une amélioration de la balance globale
des paiements du pays considéré.
L'effet global d'une dévaluation monétaire dépend des élasticités réelles de l'offre et de la
demande de produits de consommation. Plus la demande d'importations et d'exportations de
biens commerciaux est élastique, plus grand est l'effet de la dévaluation sur le déficit
commercial du pays et, par conséquent, sur sa balance des paiements ; moins la demande est
élastique, plus l'amplitude de la dévaluation visant à corriger le déséquilibre constaté est
importante.
La dévaluation est souvent dénoncée comme étant une pratique monétaire inflationniste, car
elle augmente la valeur, exprimée en monnaie locale, des importations et des exportations. La
dévaluation est une politique impopulaire, surtout dans les petits pays très dépendants de leurs
importations pour la satisfaction de besoins alimentaires ou structurels.
4 HISTOIRE
Dans les années qui suivirent les accords de Bretton Woods, le dollar acquit le statut de devise
mondiale dominante. Il était utilisé, en remplacement de l'or, pour régulariser les
déséquilibres des balances des paiements internationales. Le dollar américain devint en
quelque sorte une devise mondiale, jouant le rôle d'unité de mesure, d'instrument d'échange et
de référence monétaire. Dans les autres nations, les réserves monétaires en devises
internationales étaient constituées d'une large proportion de dollars.
70
5 DÉVALUATION DU DOLLAR
Ce système fonctionna de façon satisfaisante jusqu'au milieu des années 1960, lorsque les
États-Unis commencèrent à enregistrer un déficit important de leur balance des paiements.
L'offre de dollars dépassait la demande, et certains pays réclamaient une dévaluation du
dollar. Les États-Unis et certaines nations la refusèrent, en invoquant le statut privilégié du
dollar, au centre du système monétaire international.
La permanence des déficits de la balance des paiements américaine entraîna une baisse de la
confiance dans le dollar, se traduisant par la suspension de la convertibilité du dollar en or,
décidée par le président Richard Nixon le 15 août 1971. En décembre 1971, les dix plus
grandes puissances économiques se réunirent à Washington, pour corriger le système mis au
point à la conférence de Bretton Woods. L'accord final, appelé Smithsonian Agreement
(1971), élargit l'intervalle autorisé pour la fluctuation d'une monnaie, à 2,25 p. 100 au-dessus
ou en dessous de son cours légal. À la suite de cette réunion, les États-Unis appliquèrent une
dévaluation de 8 p. 100 à leur monnaie, et la valeur de la livre sterling fut également revue à
la baisse.
La dévaluation du dollar intervenue en 1971 n'eut aucun effet positif immédiat sur la balance
commerciale des États-Unis, en raison de la faible élasticité du prix des importations et des
exportations américaines. Les chiffres témoignent même d'une aggravation, le déficit
commercial passant de 2,3 milliards de dollars en 1971 à 6,4 milliards en 1972.
Simultanément, le gouvernement menait une politique monétaire excessivement
expansionniste, l'abondance de l'offre en dollars atteignant des niveaux historiques. Les forces
du marché poussant donc le dollar à la baisse, celui-ci subit une nouvelle dévaluation de
10 p. 100 en février 1973. Les États-Unis enregistrèrent un excédent commercial en 1973,
mais leur balance commerciale fut très affectée, jusqu'à la fin de la décennie, par la forte
hausse des cours du pétrole décidée la même année. Les États-Unis commencèrent en 1973 à
promouvoir la doctrine des taux de change flexibles, selon laquelle le cours d'une devise est
seulement fonction du rapport entre l'offre et la demande. Dans les faits, ce choix signifiait la
fin du système de Bretton Woods.
Selon les principes de ce système de taux de change flexible, le dollar s'est apprécié d'environ
100 p. 100 vis-à-vis des devises des dix pays les plus industrialisés, entre juin 1980 et mars
1985. L'appréciation du dollar a finalement conduit à la constitution d'un très important déficit
commercial américain. En septembre 1985, les représentants du Royaume-Uni, de la
République fédérale d'Allemagne, de la France, du Japon et des États-Unis décidèrent d'unir
leurs efforts pour faire baisser la valeur du dollar ; une année suffit pour atteindre une baisse
de 40 p. 100 face au mark allemand, et de 50 p. 100 face au yen japonais.
71
comme surévaluées ; l'intervention concertée des banques centrales, au niveau mondial, ne
permit pas d'obtenir une appréciation de ces monnaies. Depuis, aucune tentative
d'établissement d'un système strictement fondé sur un taux de change fixe ne s'est produite.
Mondialisation
72
1 PRÉSENTATION
73
répétée par beaucoup d’analystes de la mondialisation. Dans le domaine des relations
internationales, certains ont pu de même prévoir avec la mise entre parenthèses des frontières,
la « fin des territoires » (B. Badie), parce qu’ils pensent que l’Etat-nation est définitivement
dépassé et que la référence spatiale (territoriale) traditionnelle est en voie d’être remplacée par
des réseaux supranationaux ou infranationaux. Ces représentations, même si elles ont
probablement exagérées, ne sont pas sans intérêt. Les symboles ne sont pas à négliger, car ils
expliquent, pour une large part, la nature du débat — qui n’est pas seulement d’ordre
économique, mais également politique et idéologique — qui se cristallise autour de cette
notion de mondialisation, tantôt présentée comme une panacée capable de résoudre les
problèmes du monde, tantôt comme un spectre menaçant les emplois, engendrant les crises et
touchant gravement à la souveraineté des peuples et des nations.
Bien plus, ce multilatéralisme des échanges s’est accompagné d’une intégration régionale des
marchés, qui s’est opérée dans le respect des règles du GATT. La création de la Communauté
Économique Européenne, qui deviendra l’Union européenne, une union douanière devenue
une union économique et monétaire, reposait sur un fondement clair : constituer un vaste
marché susceptible d’offrir de nouveaux débouchés aux entreprises européennes. Plus
récemment, la constitution de vastes zones de libre-échange est venue structurer le commerce
mondial dans quelques régions du monde : l’Alena associe les États-Unis, le Mexique et le
Canada et le Mercosur quatre pays du continent sud-américain, dont le vaste Brésil. La
dynamique de ce type d’intégration a également eu des effets bénéfiques en termes de
74
croissance dont nul ne vient contester le bien-fondé. Enfin, les sociétés multinationales sont
dans l’ensemble favorables à cette ouverture des marchés, parce que cela leur permet de faire
des économies d’échelle et de rationaliser leurs investissements (souvent au prix de
restructurations et de réductions d’effectifs).
Si l’on examine le seul cas français, il apparaît que le pays a profité largement des effets de la
mondialisation. La France reste le quatrième exportateur mondial et jouit d’un excédent
positif de ses échanges. Le niveau des importations rapporté au produit intérieur brut (PIB)
n’a que peu progressé dans les deux dernières décennies : il était de 18 p. 100 en 1975, il est
de 24 p. 100 en 1999. La structure des échanges de la France montre qu’une grande part de
ceux-ci se font avec ses partenaires de l’Union européenne, et que la part qui s’effectue avec
les pays dont on redoute la concurrence reste faible : en ce qui concerne les pays asiatiques, la
balance commerciale est excédentaire. La France s’accommode donc bien des contraintes et
des effets de la mondialisation.
La concurrence des pays émergents n’est, en réalité, le fait que d’un nombre réduit de pays et
les contraintes ne sont pas homogènes, tant au niveau géographique, qu’au niveau des secteurs
d’activité concernés. À travers l’échange international, ce sont surtout les régions très
spécialisées (textile des Vosges et du Nord) et les industries employant un fort pourcentage de
main-d’œuvre peu qualifiée qui souffrent de ce type de concurrence.
La mondialisation se manifeste aussi sur le plan culturel par une certaine homogénéisation des
modes de consommation, ce que les sociologues appellent parfois par dérision la
macdonalisation du monde (du nom des restaurants rapides McDonald qui se sont implantés
dans pratiquement tous les pays du monde). La jeunesse voit les mêmes films, danse sur les
mêmes rythmes, au moins dans la partie occidentalisée du monde. Des canons communs
tendent à devenir une norme, où certains dénoncent une « américanisation » des sociétés
contemporaines, qui serait caractérisée par exemple par la consommation de films
d’Hollywood, l’adoption d’une sous culture anglo-saxonne et une pratique instrumentale de la
langue anglaise. D’autre sociologues montrent d’une manière plus subtile que
l’homogénéisation s’accompagne parallèlement d’éléments de différenciation et de
revendications identitaires (ethniques, religieuses, régionales…) qui méritent d’être relevées,
sans y voir nécessairement des tendances à l’intégrisme (J. Cesari).
Le processus de mondialisation est l’objet de critiques de nature et d’origine très diverses : les
religions renâclent devant une idéologie universaliste qui leur échappe, les syndicats craignent
des disparitions d’emplois, les nationalistes redoutent des pertes de « souveraineté » au profit
d’entités politiques supérieures, les mouvements écologistes voient dans l’influence
75
mondialiste un risque pour l’équilibre de la planète. Toutes ces mouvements diffus
d’opposition, déjà présents lors des négociations sur le traité de l’ALENA en 1992-1993, ou
lors de l’adoption du traité de Maastricht en Europe en 1992, se sont retrouvés réunis, en
compagnie de mouvements politiques plus classiques, dans de grandes manifestations, lors
des assemblées de la Banque Mondiale. Les scènes d’émeute lors de la Conférence de
l’Organisation Mondiale du Commerce convoquée à Seattle en novembre décembre 1999 ont
marqué l’opinion publique et l’échec et le report de cette Conférence ont semblé donner
raison aux groupes anti-mondialisation. Cependant ces mouvements, tiraillés entre des
tendances idéologiques diverses, semblent avoir des difficultés à articuler un plan de
propositions concrètes. Leur opposition et leurs manifestations, bien coordonnée sur le plan
logistique, grâce aux moyens d’information et de communication, offre en fait, un nouveau
témoignage de la mondialisation en cours, témoignage renforcé par la récente tenue (janvier
2001) du premier Forum social mondial qui s’est tenu à Porto Alegre au Brésil, réunion au
cours de laquelle l’ensemble des opposants à une mondialisation par trop libérale ont pu faire
contrepoids aux global leaders réunis au même moment à Davos en Suisse.
La mondialisation, en tant que telle, ne suffit pas à expliquer les maux dont souffrent les
économies modernes. L’importance de ce mouvement comporte cependant des dangers qu’il
ne faut pas négliger. Certaines craintes sont légitimes : ce sont les mêmes qui s’adressent aux
excès des politiques libérales fondées sur la déréglementation et la privatisation de biens
publics naturels ou patrimoniaux. Une étude de la Banque Mondiale sur la pauvreté (2000)
montre par exemple que la tendance actuelle de l’économie mondiale va dans le sens d’une
augmentation des inégalités entre pays industriels et pays sous-développés. A l’intérieur des
pays sous-développés eux-mêmes, les disparités économiques et sociales sont de plus en plus
évidentes. Ces phénomènes de concentration de la richesse, déjà annoncés par les auteurs
marxistes, sont maintenant admis par tous les économistes. L’objectif doit donc être
d’atténuer ou même de réduire ces contrastes par des politiques sociales ou des politiques de
redistribution (par exemple, les fonds structurels de l’Union Européenne, qui ont donné des
résultats spectaculaires).
L’accord multilatéral portant sur les investissements (AMI), négocié en 1999 sous l’égide de
l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), est une autre
illustration des dangers d’une mondialisation non contrôlée. Ce projet avait pour objet de
consacrer l’absolue priorité de l’investissement international direct par rapport au droit
international des affaires et même par rapport au droit national. Il a dû être retiré sous la
pression des Etats et en raison des représentations faites par des intellectuels et certains
groupes d’action, dont en France l’Association pour la Taxation des transactions Financières
(ATTAC). Ces exemples montrent que le processus de mondialisation, auquel l’époque ne
peut échapper sous peine de régression, doit être surveillé et contrôlé, chaque fois que ses
manifestations sont de nature à porter atteinte à l’exercice des droits fondamentaux des
individus et des peuples.
76
Finance
1 PRÉSENTATION
77
Finance, terme appliqué à l'achat ou à la vente de titres juridiques donnant à leurs détenteurs
des droits spécifiques sur un ensemble de flux monétaires futurs. Ces titres sont appelés actifs
financiers ou valeurs mobilières, et comprennent principalement les obligations, les actions et
les prêts effectués par les établissements financiers.
L'émetteur d'une valeur mobilière est un emprunteur, l'acheteur un prêteur. Les emprunteurs
se caractérisent par un besoin immédiat d'argent, les prêteurs par un excès d'argent. Lorsque
l'emprunteur émet une valeur mobilière adressée à un prêteur, chacun est bénéficiaire. En
effet, l'emprunteur obtient l'argent dont il a besoin et le prêteur obtient le droit à de futurs flux
monétaires qui rembourseront le prêt initial à un taux de profit équitable à titre d'intérêt.
Les transactions entre emprunteurs et prêteurs initiaux ont lieu sur le marché primaire. Les
valeurs mobilières créées sur le marché primaire peuvent être revendues par un prêteur initial
à d'autres personnes sur le marché secondaire. Les échanges de valeurs mobilières
négociables sur les marchés secondaires n'ont aucune influence sur l'emprunteur initial, la
valeur mobilière changeant seulement de détenteur. Les Bourses de valeurs sont des marchés
secondaires constitués officiellement en sociétés. Les plus connues sont le New York Stock
Exchange à Wall Street, les bourses de Londres, Tokyo ou Paris. Les transactions secondaires
qui n'ont pas lieu sur des places boursières sont qualifiées de transactions hors-cote.
La plupart des valeurs échangées en Bourse appartiennent à l'une des deux catégories
suivantes : obligations ou actions. Les obligations sont des titres de créance remboursables qui
rapportent un intérêt fixé par avance. Les principales caractéristiques d'une obligation sont sa
valeur nominale (le pair), sa date d'échéance, et le taux du coupon, c'est-à-dire son taux
d'intérêt. La valeur nominale représente la somme totale remboursable à son détenteur à
l'échéance de l'obligation, qui peut aller de 3 mois à 30 ans. Avant l'échéance, un coupon d'un
montant égal à la valeur nominale multipliée par le taux d'intérêt est payé chaque année au
propriétaire. Ce coupon représente le profit du détenteur de l'obligation. Le taux, fixé à
l'émission, ne change pas, malgré les fluctuations des taux d'intérêt que peut connaître
l'économie. En revanche, c'est la cote de l'obligation, c'est-à-dire son prix sur le marché, qui
peut fluctuer. Lorsque le taux du coupon est égal au taux d'intérêt pratiqué dans l'économie, la
cote de l'obligation est égale à sa valeur nominale. Si le taux du coupon est supérieur au taux
d'intérêt, l'obligation pourra se vendre au-dessus de sa valeur nominale. Enfin, si le taux du
coupon est inférieur au taux d'intérêt, l'obligation se vendra à un prix inférieur à sa valeur
nominale. Le paiement du coupon est légalement obligatoire, et tout manquement à ce
paiement peut être un cas de mise en faillite.
Les actions ne comportent pas de date d'échéance et n'engagent pas leur émetteur à payer un
intérêt annuel. Ces valeurs ont une durée de vie indéfinie et ne rapportent un dividende que
lorsque l'émetteur a dégagé un profit satisfaisant. Les intérêts d'obligations étant les plus sûrs,
ces dernières sont considérées comme l'investissement le moins risqué et on attend donc
d'elles un taux de profit moins élevé que celui qui est espéré des actions. La détention
78
d'obligations ne donne aucun droit sur la gestion de l'entreprise, contrairement à la possession
d'actions.
Individus et sociétés émettent des valeurs mobilières pour payer les divers éléments d'actif
qu'ils désirent acheter. Les sociétés de capitaux représentant la principale force financière du
secteur privé, c'est principalement à elles qu'il sera fait référence ici. Les sociétés acquièrent
du nouveau capital en vendant des actions et des obligations, ou financent leurs besoins
temporaires de trésorerie en empruntant de l'argent aux banques.
Le directeur financier d'une entreprise doit décider des éléments d'actif à acquérir et du
financement de leur acquisition. La décision d'investissement se fait en fonction de deux
critères : les taux d'intérêt attendus et le risque. Pour évaluer ce qu'un projet rapportera, des
prévisions détaillées sont élaborées sur les ventes potentielles, les dépenses et les profits qu'un
investissement donné peut rapporter. Le niveau de risque dépend du degré d'incertitude de la
société au sujet de son profit pour l'année en cours.
Une dette peut être financée à court ou à long terme. Les dettes à court terme sont
généralement remboursables dans un délai inférieur à cinq ans. Les prêts octroyés par les
banques commerciales constituent une forme répandue de dette à court terme. Les lignes de
crédit bancaire permettent un découvert permanent avec un plafond fixe, à la condition que le
découvert soit comblé pendant un ou plusieurs mois de l'année. Les lignes de crédit ne sont
généralement pas couvertes par une garantie. Les banques offrent généralement des prêts
garantis sur les effets à recevoir au cas où ils ne seraient pas remboursés dans les délais fixés.
Le billet de trésorerie est émis sur les marchés financiers par les grandes sociétés. Il permet à
l'entreprise de se financer hors du circuit bancaire, à un taux légèrement inférieur à celui
pratiqué par les banques pour les prêts les moins risqués. Inspiré du commercial paper
américain, il a été introduit en France en 1985. Il s'agissait au départ d'un prêt à court terme
(de dix jours à deux ans) ; leur durée peut atteindre sept ans depuis 1987.
Jusqu'au milieu des années 1960, la quasi-totalité des titres de créance était émise dans le pays
de la société émettrice. Le financement s'est internationalisé de façon spectaculaire. Une
grande partie de ce financement international se fait à court terme sur le marché dit des
eurodollars, dont le principal centre est Londres. Le marché des eurodollars est utilisé pour le
financement à court terme comme à long terme. Au cours des dernières années, certaines
créances ont été émises avec des échéances pouvant atteindre 50 ans.
79
3.2 Financement à long terme
Certaines obligations à long terme donnent à leur détenteur le droit d'acheter des actions de la
société émettrice. Les obligations convertibles, introduites en France en 1969, peuvent être
converties par leur détenteur en actions, à des conditions fixées à l'avance. Elles permettent à
leur détenteur de se garantir à la baisse du marché en gardant l'obligation, ou de profiter de la
hausse éventuelle du marché des actions. La société voit, quant à elle, sa dette transformée en
fonds propres. Les obligations à bons de souscriptions d'obligations (OBSO) permettent à
leurs porteurs de souscrire à de nouvelles obligations, dans des délais prévus, ou de revendre
ces bons, dont le cours varie. Les obligations à bons de souscriptions d'actions (OBSA)
permettent à leur détenteur d'obtenir des actions de l'émetteur, selon le même principe.
Les vrais propriétaires d'une société sont les détenteurs de ses actions. Ils perçoivent les
profits des investissements lorsque les intérêts des dettes sont payés. Ces profits sont
distribués de deux façons : en numéraire sous la forme de dividendes, et en plus-value de
l'action. Les plus-values (ou moins-values) de l'action sont dues à deux facteurs.
1) La mise en réserve des profits, afin de financer la croissance de l'entreprise par exemple,
accroît la valeur de l'actif de la société et par conséquent la valeur du capital. Si un montant
donné de profit par action est gardé en réserve par la société, la valeur de l'action s'accroît de
ce montant.
2) Les variations d'opinion des actionnaires quant à la capacité de l'entreprise à réaliser des
profits entraînent des hausses ou des baisses du prix de l'action. Le taux de profit réel de
l'action est donc déterminé à la fois par le montant réel du dividende payé et par la hausse ou
la baisse du prix de l'action.
Les organismes qui obtiennent des ressources financières d'un prêteur pour les fournir à un
emprunteur sont appelés intermédiaires financiers. Une banque commerciale obtient de
l'argent sur les dépôts à vue et les comptes d'épargne de ses déposants, ainsi que par l'émission
de certificats de dépôt. Cet argent est ensuite prêté à des particuliers, des sociétés ou des États.
Il existe d'autres intermédiaires financiers : caisses d'épargne, fonds communs de placement,
compagnies d'assurance et caisses de retraites. Ces organismes, en rassemblant les fonds de
petits épargnants, leur permettent de diversifier leurs placements. De plus, l'expertise
financière de ces organismes peut permettre aux épargnants de faire des profits plus
importants.
80
services publics à des domaines autrefois réservés à l'initiative privée, à la croissance
démographique, à l'accroissement des richesses et à l'élévation du niveau de vie.
Les finances publiques dérogent aux règles qui régissent les finances privées. L'État dispose
en effet d'un moyen exorbitant du droit privé pour financer ses dépenses : le prélèvement
obligatoire.
4.1 L'impôt
Les dépenses publiques sont principalement financées par l'impôt. L'impôt prend des formes
diverses : impôt sur le revenu, taxe sur la valeur ajoutée, taxes douanières et autres
mécanismes de collecte de revenus. Il fournit la plus grande partie des recettes qui sont
introduites dans le secteur public de l'économie.
Lorsque les dépenses d'un gouvernement excèdent ses recettes fiscales, le déficit qui en
résulte doit être financé de l'une des deux manières suivantes : la vente d'obligations garanties
par l'État ou la création de monnaie.
Les États peuvent financer les déficits en émettant des bons du Trésor, qui sont en principe
considérés comme des valeurs mobilières sûres. On suppose en effet que les États ne peuvent
être en faillite, puisqu'ils ont toujours la possibilité (jusqu'à un certain point) de se financer par
l'impôt.
Les emprunts des collectivités nationales et locales ont considérablement augmenté dans
certains pays. Ces emprunts sont semblables à bien des égards aux bons d'État, mais
comportent un risque plus grand de défaillance. Ils offrent donc généralement un taux d'intérêt
après impôt plus élevé. Outre ce degré de risque plus élevé, ils sont souvent assortis
d'exonérations fiscales.
Le dernier recours pour financer la dette publique est la création de monnaie. Le pouvoir de
battre monnaie est un attribut de souveraineté et n'appartient qu'aux États (lorsque la banque
centrale européenne existera, il appartiendra également à une instance supranationale).
L'impression de billets supplémentaires est effectuée sous les ordres de la banque centrale. En
France, la Banque de France est chargée de contrôler la masse monétaire disponible dans le
pays. La banque centrale agit souvent sur cette masse monétaire de manière à aider les
gouvernements à financer les déficits, contrôler les taux d'intérêt, maîtriser l'inflation et
augmenter l'emploi. Cependant, les différentes politiques visant à satisfaire ces objectifs
entrent en conflit les unes avec les autres. Ainsi, les politiques tendant à diminuer les taux
d'intérêt à un moment donné entraînent souvent une hausse des taux d'intérêt et de l'inflation à
long terme.
81
Pendant la période de transition vers l'union monétaire en Europe, les banques centrales
connaissent des changements statutaires qui modifient leurs objectifs et leur action. Avant la
création de la BCE, prévue pour 1999, les banques centrales des différents États deviennent
progressivement indépendantes des gouvernements. Leur objectif prioritaire étant la lutte
contre l'inflation et la fixation d'un taux d'intérêt optimal pour le rapprochement des
économies, il est peu probable qu'elles aient recours à la création monétaire pour financer les
déficits ou la dette publique.
5 FINANCE INTERNATIONALE
Chaque pays exige le paiement de son excédent net dans sa propre monnaie. La valeur d'une
monnaie par rapport à une autre dépend de l'excédent ou du déficit du pays avec les pays
étrangers. Si par exemple la balance commerciale des États-Unis avec la France présente un
déficit net, la valeur du franc français augmente par rapport à celle du dollar. Cette valeur
relative est exprimée par le taux de change, qui indique le prix d'une unité de monnaie
exprimé dans une autre monnaie. La hausse du franc rendra les exportations françaises vers
les États-Unis plus chères et les exportations américaines vers la France meilleur marché, ce
qui entraînera alors une réduction du déficit américain. Le taux de change joue donc un rôle-
clé pour réguler les excédents commerciaux ou financiers entre pays.
Les mouvements internationaux de capitaux ont connu une croissance très rapide depuis la
libéralisation financière des années 1980. Spéculateurs et investisseurs utilisent les
technologies modernes de communications et peuvent déplacer instantanément d'énormes
sommes d'argent d'un pays à l'autre.
On a pu mesurer le pouvoir de ces spéculateurs lors des étés 1992 et 1993 en Europe. Les
attaques très fortes contre la lire italienne et la peseta espagnole, en particulier, ont eu raison
du mécanisme de change du Système monétaire européen, tel qu'il fonctionnait jusqu'alors. Le
taux de change de chaque monnaie pouvait varier par rapport à l'ensemble des autres
monnaies dans une « marge étroite » de plus ou moins 2,25 p. 100. En octobre 1993, face à la
vente massive de ces monnaies par les spéculateurs, les banques centrales et les
gouvernements n'ont pu qu'élargir la marge à plus ou moins 15 p. 100 ! La livre et la lire ont
quitté le SME. Cependant, les critères de convergence nécessaires à l'entrée dans l'Union
monétaire incluent l'obligation d'avoir maintenu suffisamment longtemps le taux de change de
la monnaie « candidate » dans des marges de variations restreintes. La défection des
investisseurs internationaux peut aller jusqu'à menacer les États : la crise financière du
Mexique, en 1982, en est un exemple.
82
TICAD
Third International Conference for African Development
Ou Objectifs du Millénaire pour le Développement (O.M.D)
Ce sont entre autre :
83
-la réduction de moitie de la pauvreté ainsi que la fin d’ici 2015
-l’atteinte d’une éducation universelle l’égalité des sexes
-la réduction de 2/3 de la mortalité infantile des moins de 5 ans et de ¾ celle maternelle
-l’inversion de la tendance en matière de propagation du VIH SIDA et du paludisme.
-la réalisation d’un développement durable qui puisse assurer la viabilité de l’environnement.
-l’établissement d’un partenariat mondial pour le développement avec des objectifs pour
l’aide, les échanges et l’allégement de la dette.
84
Sur les 50 pays les plus pauvres du monde, classés selon l’indicateur de développement
humain (IDH) du PNUD, 33 sont situés en Afrique subsaharienne. Malnutrition, pauvreté,
illettrisme, situation sanitaire désastreuse... le continent est la première victime du
creusement des inégalités dans le monde. Si de 1960 à 1980, les pays d’Afrique ont
enregistré des progrès sensibles en matière de développement économique et social, ces
progrès se sont ralentis, notamment du fait des effets désastreux des plans d’ajustement
structurel menés par les institutions financières internationales.
85
Sources : World Resources Institute (WRI), Programme des Nations unies pour le
développement (PNUD), Banque mondiale, Programme des Nations unies pour
l’environnement (PNUE).
[Link]
86
Inégalité de revenus dans le monde par
janvier 1996 grand format
Philippe Rekacewicz
Le monde diplomatique
87
Intégration de l’économie internationale
et financement international
La problématique de l'intégration économique internationale et du financement international
restera un axe fort des engagements de la nouvelle recherche académique. Cette thématique est
servie par la dynamique actuelle du processus de mondialisation et constitue un domaine
important où peuvent jouer des synergies de recherche fécondes, à la fois par la mise en
correspondance avec d'autres questionnements théoriques de la discipline, et par l'implication
possible des deux champs géographiques d'application des analyses économiques. Les travaux
d'approfondissement seront notamment conduits dans la ligne des études ayant concerné les
relations entre l'aide internationale, la croissance et la réduction de la pauvreté, c'est-à-dire
l'efficacité économique de l'aide et la portée de la conditionnalité de décaissement des bailleurs
de fonds. Sous ce volet de recherche, il s'agira d'abord de réexaminer et d'étendre, dans les
domaines à la fois théoriques et appliqués, les programmes menés dans les toutes dernières
années et dont les résultats ont déjà fait l'objet d'un nombre appréciable de publications.
Il s'agira ensuite de revoir et de prolonger les études sur le rôle de la distance dans l'évolution
du commerce extérieur mondial.. Il s'agit de réévaluer l'impact de l'intégration régionale, dans
ses modalités commerciales et monétaires sur le développement des échanges et la croissance
économique, et d'élucider les facteurs de la marginalisation de l'Afrique et d'une éventuelle
fragmentation de l'espace économique chinois.
Une importante réflexion est également en cours sur les Pays les Moins Avancés (PMA). Elle
capitalisera l'expérience acquise par P. Guillaumont dans le cadre institutionnel du Comité
pour les Politiques de Développement des Nations Unies. Les 49 pays, constitutifs de cette
catégorie d'économie reconnue par les Nations Unies, souffrent de handicaps structurels de
croissance, mais participent peu, et n'ont pas qualité de décideurs influents, sur les grandes
questions faisant émerger le besoin d'une gouvernance mondiale. Ces économies sont pourtant
très tributaires de l'évolution de l'économie internationale et de la manière dont est gérée sa
conjoncture. L'objectif des économistes du développement sera de traiter d'un thème central en
regard de la problématique de recherche générale de l'Unité : Echapper au piège du sous-
développement.
88
1] Le défi social du développement : mondialisation, croissance, pauvreté et
inégalités
Depuis la fin de la guerre froide, la problématique du développement est déterminée par le
phénomène de « globalisation » dans lequel est entrée l’économie mondiale. S’inscrivant dans
le climat idéologique de libéralisation qui prend la forme de dérégulation systématique, de
concurrence accrue, de privatisations et de réduction du rôle des pouvoirs publics, cette
mondialisation de l’économie se traduit essentiellement par l’accélération des échanges et des
flux commerciaux, financiers et migratoires, ainsi que de la culture dominante véhiculée par
les nouvelles technologies de l’information et de la communication. Les auteurs se sont pour
la plupart attelés a cette de développement social qui ne cesse d’agresser nos consciences.
Par ailleurs, les processus et stratégies de développement mis en œuvre depuis le début de
cette nouvelle phase de mondialisation sont essentiellement tournés vers l’objectif de
croissance économique qui, malgré les critiques dont il est depuis longtemps l’objet, tant
comme indicateur que vecteur d’un véritable développement durable à l’échelle planétaire,
reste toujours considéré comme seul à même de réduire la pauvreté. Or, non seulement cette
dernière n’a pas reculé de manière significative depuis dix ans, mais la libéralisation de
l’économie mondiale a entraîné une forte croissance des inégalités entre pays riches et
pauvres et à l’intérieur de chacun d’entre eux, au Sud comme au Nord. Dou l intérêt des
économistes a réfléchir sur cette question de liquidation de la pauvreté.
Les économistes se fixent comme objectif d’étudier de manière approfondie ce qu’ils
considèrent comme le défi social du développement par une analyse critique de la
mondialisation néo-libérale, de l’objectif de croissance économique qui la sous-tend et des
conséquences sociales qui en résultent.
89
ressources et une meilleure maîtrise des effets cumulatifs sur le contexte écologique et social
de cette utilisation. Les deux ensembles de questions se situent toujours dans un contexte
d’asymétries sociales et de multiples conflits d’intérêts.
L’eau, la terre et les ressources biotiques sont les ressources combinées dans l’agriculture, la
foresterie, l’élevage, le jardinage, la pêche et les aires protégés. L’étude de la gestion de ces
ressources combinées sous de multiples pressions économiques et de multiples conflits
d’intérêts, du point de vue de potentialités nouvelles tout aussi bien que du point de vue de
répercussions cumulatives de leur actualisation sur un contexte écosocial précis, est au cœur
de ce séminaire. C’est donc un contexte institutionnel précis que la complexité des problèmes
de la gestion des ressources potentiellement renouvelables devient compréhensible. Une
deuxième question de choix dans le séminaire concerne l’étude des conditions
institutionnelles dans lesquelles les décisions des acteurs se font. Les différentes formes de
possession et de propriété (accès, extraction, gestion, exclusion, aliénation) et leur
signification économique (y compris monétaire) et sociale, les conflits d’intérêts qui résultent
de l’asymétrie de la distribution de droits, d’obligations de privilèges et de non droits qui vont
de pair et l’évolution de ces règles dans le temps, font ainsi partie intégrante des questions de
ce séminaire.
La gestion de l’eau illustrera les points précédents. Lié au programme de recherche du Réseau
universitaire international de Genève, « Négocier les conflits d’intérêts liés à l’utilisation de
l’eau » dont le but est d’élaborer des méthodes et instruments de négociation des conflits
d’intérêts, une partie du séminaire étudie le potentiel d’amélioration de la gestion de l’eau
d’un point de vue technique et institutionnel d’un coté, et les risques et dangers écologiques et
sociaux d’une telle actualisation de l’autre. Les aménagements hydrauliques, qu’ils soient de
grandes ou de petites tailles, posent des questions d’une grande complexité, y compris celle de
la santé humaine, et nécessitent ainsi des évaluations multicritères, qui – pour être décidées –
dépendent des négociations des conflits d’intérêts entre les groupes concernés. Mais alors,
quel poids accorder à chaque critère, vu l’hétérogénéité des indicateurs économiques,
écologiques et sociaux, et vu les asymétries de pouvoir de la diversité des acteurs ?
> R. Steppacher, R. Jaubert et J.-P. Jacob
• La cohérence des politiques des pays industrialisés compte tenu des grands défis qui se
posent aujourd’hui au niveau global et régional.
• Les pays en développement sont particulièrement confrontés à des mutations
importantes concernant la répartition des rôles entre l’Etat et la société civile.
90
4] Réformes économiques et développement durable: réflexions sur les rôles
des acteurs financiers et commerciaux
Le déclin économique du tiers- monde suscite de vives controverses sur ses causes et sur
l’adoption de mesures susceptibles de renverser la tendance. La spécialisation défavorable des
économies africaines, leur vulnérabilité et leur dépendance sont souvent mentionnées, ainsi
que l’accroissement des inégalités sociales et la détérioration des écosystèmes.
Les programmes d’ajustement structurel n’ayant pas entraîné les changements attendus, les
institutions financières internationales ont adopté de nouvelles orientations basées sur les
principes du développement durable. Désormais, leurs stratégies visent simultanément la
croissance économique et la réduction de la pauvreté. En accord avec ces objectifs, les
gouvernements africains ont lancé des programmes favorables à l’intégration régionale et à
l’initiative privée.
91
développés est aussi un puissant facteur de changements, au travers de l'importation des
valeurs scolaires au sein des entreprises et de nouveaux comportements de consommation
comme le goût pour la diversité et les biens et services culturels.
Dans ce cadre, l'organisation des entreprises est pensée comme un facteur d'efficacité. Les
nouvelles formes d'organisation auraient une capacité plus grande à mobiliser leurs ressources
pour créer de la richesse en stimulant la créativité de tous les salariés. Le pendant empirique de
l'article de Aoki a été publié 10 ans plus tard dans l'AER. Il s'agit de l'article de Ichniowski,
Shaw et Prennushi (1997). Il présente une ensemble d'estimations réalisées sur un échantillon
de lignes de production de l'industrie sidérurgique américaine qui confirme la performance plus
grande obtenue par les entreprises ayant mis en œuvre des outils innovants de gestion des
ressources humaines. Notons que ce travail témoigne d'un autre changement : sur les 10 ans qui
ont suivi la publication de l'article de Aoki, ce n'est plus le Japon, aux prises avec une bulle
spéculative à partir de 1986, qui est dans toutes les têtes comme modèle d'efficience
industrielle mais bien les Etats-Unis qui renouent avec la croissance autour du succès de son
industrie informatique.
Dans le contexte actuel d'épuisement du progrès technique " exogène " et de politiques de
dérégulation, nombreux sont ceux qui voient dans l'efficacité micro-économique le ressort
central de la compétitivité " hors-prix " d'une économie : la croissance dépend plus que jamais
des mécanismes de marché, c'est-à-dire des efforts réalisés par les entreprises pour déplacer
leur propre frontière technologique (Beffa, Boyer et Touffut, 1999 ; Guellec, 1999).
On le voit, toute cette problématique met en avant la face positive des changements
organisationnels. Leur contribution a la croissance par l'intermédiaire d'une capacité cognitive
accrue des collectifs de travail, source d'efficacité micro-économique. Or, un ensemble de
résultats empiriques conduit à s'interroger sur cette représentation vertueuse des liens entre
changements organisationnels, efficacité micro-économique et croissance macro-économique.
Il y a tout d'abord la grande difficulté qu'ont les études empiriques à mettre en évidence de
manière robuste et sur des échantillons larges d'entreprises un lien significativement positif
entre mesures du changement organisationnel et mesures de la productivité (Cappelli et alii,
1997 ; Coutrot, 1996 ; Godard et Delaney, 2000, Greenan, 1996b, Greenan et Guellec, 1998,
Ichniowski C., Kochan T., Levine D., Olson C. et Strauss G., 1996) . L'interrogation sur la
multiplicité des formes du changement et sur la difficulté à la saisir en s'appuyant uniquement
sur le discours managérial fournit des pistes pour interpréter ces résultats. La théorie des
complémentarités productives suggère d'autres problèmes méthodologiques (Milgrom et
Roberts, 1990 ; Athey et Stern, 1998) et montre que l'analyse des déterminants des
changements organisationnels est un préalable indispensable à celle de leurs effets.
Il y a ensuite le constat de la dégradation des conditions de travail sur les 20 dernières années
(Gollac et Volkoff, 1996 ; Coutrot, 1999 ; Askenazy et Gianella, 2000). En insistant sur la face
positive des changements organisationnels, on omet de décrire les coûts pour les salariés, de
l'injonction à la flexibilité et à l'engagement intellectuel dans le travail. Faut-il considérer que
le discours managérial sur les nouvelles formes d'organisation du travail ne font que masquer
de nouvelles manières d'intensifier l'effort des salariés dans un contexte où la conjoncture du
marché du travail ne laisse que peu de choix à la main d'œuvre ? Ou bien la dégradation des
conditions de travail reflète-t-elle aussi des coûts ou des défauts d'ajustement des
organisations?
92
Un Nouvel Ordre Economique International
pour plus d’égalité. Une utopie ?
Bérénice Van Den Driessche
93
Tiers-Monde, le réveil - Les voix du Sud émergent - Brève coopération - Obsolescence
du NOEI
Tiers-Monde, le réveil
C’est à la Conférence d’Alger, en 1973, où sont réunis les 75 pays non-alignés que s’énoncent
les revendications pour un « Nouvel ordre économique international ». Véritable programme
destiné à inverser les rapports de force mondiaux, il vise à réduire les inégalités qui pénalisent
les pays sous-développés lors des échanges commerciaux internationaux. Abaissement des
94
mesures protectionnistes contre les produits en provenance du Tiers-Monde, nationalisations
de leurs ressources naturelles,… Les pays du Sud désirent maîtriser les marchés et prix des
matières premières dont ils sont les principaux producteurs. La crise du baril de pétrole, en
1973, en est l’exemple le plus probant. Conscients de détenir un produit stratégique, les pays
de l’OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole) cherchent à imposer
l’augmentation du prix du baril qui quadruple en un mois pour atteindre, dix ans plus tard,
quatorze fois son prix initial.
Face à cette soudaine agressivité commerciale de certains pays du Sud, et contrainte par la loi
du nombre (les pays du Tiers-Monde sont désormais majoritaires à l’Assemblée Générale),
L’ONU, au travers de la CNUCED (Conférence des Nations-Unies pour le Commerce et le
Développement), entend alors les exigences du Sud. Les Nations-Unies adoptent, par
consensus, un programme d’action relatif à l’Instauration d’un « Nouvel ordre économique
international» : droit de nationaliser, indemnisation des dommages subis lors de la
colonisation… Ce programme, ainsi que la Charte qui l’accompagne, précisant la pleine
souveraineté des Etats sur leurs ressources naturelles suscite, naturellement, un immense
espoir. N’est-ce pas dés la fin de la seconde Guerre Mondiale que le préambule de la
déclaration de l’ONU avait affirmé que : « L’instauration d’un nouvel ordre économique
international (…) permettra d’éliminer le fossé croissant entre les pays développés et les pays
en voie de développement et assurera, dans la paix et la justice, aux générations présentes et
futures, un développement économique et social qui ira en s’accélérant » ?
Brève coopération
Certaines initiatives seront menées à bien. Les accords de Lomé en 1975, notamment.
Qualifiés de véritables bonds en avant dans le dialogue Nord-Sud, ils prévoient l’abolition des
taxes douanières pour les exportateurs d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (zone ACP) à
l’entrée de la CEE. Mais ces accords, pourtant efficaces jusqu’en 2000, ne résisteront pas aux
principes du libre-échange et aux exigences de l’OMC (Organisation Mondiale du
Commerce). En effet Célestin Tchaffa, auteur d’ Histoire de la Coopération Nord-Sud précise
que « la convention de Lomé V met fin aux préférences commerciales entre l’Europe et les
pays d’ACP, trahissant par là l’objectif de base qui était de promouvoir un partenariat Nord-
Sud fondé sur la solidarité. »
Obsolescence du NOEI
95
La conjoncture, tant économique que politique, a donc mené le « Nouvel ordre économique
international » à l’échec. En effet, l’antagonisme Est-Ouest s’est essoufflé et « la chute du
mur de Berlin a diminué l’importance d’un «Tiers-Monde, une troisième force unie, face au
deux blocs » affirme André Linard (1). La Guerre froide permettait, il est vrai des « appels
d’empires », véritables luttes d’influence entre les deux camps, dotant le Tiers-Monde de
séductions aujourd’hui disparues. N’ y aurait-il désormais plus réellement de cause commune
au Sud ? Les écarts se sont aggravés entre les Etats et certains semblent aujourd’hui parfois
convaincus des bienfaits du marché mondial.
DEVELOPPEMENT DURABLE
96
WEBDEV
Publié dans la revue ENSAIOS FEE, Fundaçao de Economia e Estatistica Siegfried Emanuel
Heuser, Porte Alegre, Brazil. Les tableaux sont reproduits.
2.1- Niveau et évolution des revenus salariaux et non salariaux dans le secteur informel
RÉFÉRENCES
97
Le concept de secteur informel a pris naissance au début des années 70, servant à désigner les
activités de petite taille essentiellement destinées à procurer des revenus de subsistance aux
nouveaux citadins des métropoles du Tiers Monde qu'un exode rural amplifié par la
modernisation, sinon par l'industrialisation, avait tendu à multiplier. Par la suite, la notion s'est
étendue à l'ensemble des petites activités qui, du fait de leur origine traditionnelle ou de leur
caractère récent et spontané, sont restées en marge des législations et des diverses formes
d'enregistrement, notamment statistiques.
La découverte du concept au début des années 70 (Hart, 1973 ; ILO, 1972) ne fit que révéler
aux économistes et sociologues du travail l'importance d'un phénomène que les comptables
nationaux avaient bien dû prendre en considération dans leurs estimations du PIB, à grands
renforts d'hypothèses et de méthodes indirectes. Ces petites activités "hors enquête", hors
"collecte statistique" et que l'on rangeait jusqu'alors sous le vocable de secteur "traditionnel",
se trouvaient ainsi projetées dans le champ des conceptions de la population active.
Ces activités que l'on découvrait avec un certain intérêt puisque, du fait de leur facilité d'accès
et de leur flexibilité, elles jouaient un rôle d'atténuation du chômage ouvert pour des migrants
livrés à la vie urbaine par un exode rural particulièrement important, n'avaient-elles pas
préexisté même à l'emploi salarié dont l'apparition moderne et récente avait entraîné
l'invention du chômage (Salais et alii, 1988) : celui-ci fut lié au départ à la perte (entraînant la
recherche) de l'emploi salarié, les travailleurs indépendants et familiaux n'ayant qu'à s'installer
et à décider de travailler, fût-ce en étant sous employé, pour ne pas se trouver désoeuvrés et
inoccupés.
Mais on considérait aussi ces activités avec une certaine condescendance doublée de tolérance
: n'étaient-elles pas vouées à disparaître avec la modernisation, l'industrialisation et
l'inéluctable généralisation du salariat ?
Pendant deux décennies (1970 à 1990), le concept nourrit ainsi de nombreuses polémiques,
parfois utiles et parfois vaines, qui ne détournèrent pas les statisticiens et les organismes
officiels de collecte statistique de se lancer dans des enquêtes et des mesures du phénomène,
d'autant plus que, loin de disparaître, le secteur informel connaissait une importance
croissante en terme d'emploi et de PIB, à la faveur de la crise.
Et même dans les pays développés, la persistance de la crise a provoqué des effets qui, sans
être identiques ni même assimilables à ceux observés dans le monde en développement, se
sont traduits par des ajustements de grande ampleur et ont bouleversé les structures de
l'économie et de la société : dans des pays où les activités traditionnelles avaient été depuis
longtemps presque totalement absorbées par le salariat , on a vu les entreprises de petite taille
et le travail indépendant connaître un certain regain et reprendre de l'importance, en
comparaison avec un emploi salarié devenu moins dynamique et parfois même stagnant ou en
décrue.
98
d'ailleurs que les efforts d'un pays comme l'Italie pour mesurer la pluri-activité - autre forme
que prend le phénomène - en montraient l'ampleur non négligeable.
Après avoir rappelé les origines et les éléments de la nouvelle définition internationale du
secteur informel, on montrera les signes de son inexorable croissance sur le continent africain
au cours des deux dernières décennies, avant de fournir quelques indices du dynamisme et des
espoirs que recèle ce phénomène et qui empêchent de l'assimiler à une simple tendance à la
marginalisation dans le processus de mondialisation.
L'introduction de l'emploi informel et du secteur informel dans les débats, puis sur l'agenda de
la Conférence, qui a adopté des résolutions à leur sujet, constitue une innovation originale à
plusieurs points de vue dans sa (déjà) longue histoire. Outre le fait que c'est la première fois
que la Conférence a discuté d'un nouveau concept de population active, on notera aussi qu'il
s'agit :
- d'un concept qui a pris son origine dans la réalité des pays en développement,
- d'un concept qui ne se réfère pas aux seules caractéristiques de l'individu, mais prend en
compte les caractéristiques propres à l'activité exercée,
- d'un concept qui dépasse les diverses formes de sous-emploi, impropres à décrire une réalité
complexe. Jusqu'à présent, c'est bien sur la base de situations prévalant dans les pays
industrialisés qu'avaient été forgés les principaux concepts de population active, c'est-à-dire
sur la base d'une prédominance de l'emploi salarié, régulier et à plein temps, et d'un chômage
indemnisé. Sans doute les discussions sur le travail des aides familiaux et sur le sous-emploi
avaient-elles eu pour effet de faire prendre de plus en plus en compte la situation propre aux
pays en développement, dans les définitions et les recommandations. Mais, avec l'emploi
informel, c'est véritablement un concept forgé en vue de décrire une situation spécifique aux
pays en développement qui fait son apparition parmi les instruments chargés de décrire les
structures de la population économiquement active. Un concept recouvrant une réalité qui, il
99
est vrai, a eu tendance à se développer dans les pays industrialisés au cours des années
récentes.
Le concept d'emploi informel se situe sur un autre plan que celui du sous-emploi, dont les
diverses formes ne sont pas en mesure de décrire complètement et sans ambiguïté une réalité
complexe et mouvante. Lorsque s'est généralisée la nouvelle définition internationale du
chômage (est considérée comme sans travail toute personne n'ayant pas travaillé - ne fût-ce
qu'une heure - pour autre raison que maladie ou congé, durant la semaine qui précède
l'enquête, qui recherche un emploi et qui est disponible pour travailler), on a rapidement pris
conscience que l'application d'une définition aussi restrictive avait pour résultat de maintenir
dans la population active occupée des fractions importantes de travailleurs dont on pouvait à
juste titre se demander s'il convenait bien de les considérer comme occupés. L'adoption de
cette norme, de plus en plus fréquemment appliquée dans les enquêtes, rejette ainsi sur le
concept de sous-emploi le soin de décrire correctement l'état et le fonctionnement du marché
du travail dans de nombreux pays. Or le sous-emploi visible s'est avéré difficile à mesurer,
même si un nombre toujours plus grand d'enquêtes et de recensements relèvent des
informations sur la durée du travail : car le sous-emploi visible (en référence à une durée du
travail involontairement inférieure à la durée normale) faillit à décrire la diversité des
situations que recouvre le secteur informel.
Le secteur informel ne peut pas non plus être assimilé aux autres formes de sous-emploi, pour
plusieurs raisons :
- certaines activités informelles peuvent procurer des revenus substantiels, en une durée de
temps inférieure à celle qui sert à définir le sous-emploi visible,
- les résultats d'enquêtes récentes, et adaptées aux situations qu'il s'agit de décrire, montrent
que les revenus des petits entrepreneurs du secteur informel peuvent être largement supérieurs
aux salaires des employés du secteur moderne : des comparaisons sur plusieurs pays
(Charmes 1990) montrent qu'à ce compte le secteur informel n'est pas non plus synonyme de
sous-emploi invisible ;
100
à trouver de jeunes diplômés exerçant des petits métiers du secteur informel. Certains peuvent
ainsi gagner plus que s'ils exerçaient une activité en rapport avec la formation qu'ils ont reçue.
La "résolution concernant les statistiques de l'emploi dans le secteur informel" (BIT, 1993b)
rappelle tout d'abord les principales caractéristiques de ce qu'il est convenu d'appeler le
secteur informel, et qui confèrent à celui-ci la richesse, la diversité et la valeur descriptive des
définitions multicritères :
Le secteur informel est constitué des unités économiques produisant des biens et services en
vue de créer principalement des emplois et des revenus, travaillant à petite échelle, avec un
faible niveau d'organisation et une faible division entre travail et capital, des relations de
travail recouvrant étroitement les relations de parenté, personnelles, sociales, des relations
souvent occasionnelles plutôt que permanentes, contractuelles et garanties. Ce sont des
entreprises individuelles dont les actifs, les dépenses et les engagements sont difficilement
dissociables de ceux du ménage de leurs propriétaires. Pour autant ces entreprises ne visent
pas forcément et délibérément à se soustraire aux obligations légales, et sont distinctes de
l'économie dite souterraine.
Quels que soient le lieu d'exercice de l'activité, le degré d'utilisation du capital fixe, la durée
de l'activité (permanente, saisonnière ou occasionnelle) et le caractère principal ou secondaire
de son exercice, sont rattachées au secteur informel les entreprises individuelles répondant
aux critères suivants :
101
. les entreprises familiales ou "entreprises informelles de personnes travaillant pour leur
propre compte". Ce sont des entreprises individuelles qui n'emploient pas de salariés de
manière continue, mais peuvent employer des travailleurs familiaux et/ou des salariés
occasionnels. "Pour des raisons opérationnelles" et "selon les circonstances nationales", cette
catégorie pourra comprendre toutes les entreprises de ce type, ou bien seulement celles qui ne
sont pas enregistrées selon des formes spécifiques de la législation nationale (réglementations
commerciales, fiscales, professionnelles, …).
- une taille des établissements inférieure à un certain niveau, variable selon les pays et les
branches, et dépendant des législations nationales et du champ des enquêtes statistiques sur
les grandes unités ;
- le non-enregistrement de l'entreprise,
La population occupée dans le secteur informel est constituée de toutes les personnes qui,
pendant la période de référence, étaient pourvues d'un emploi dans au moins une unité du
secteur informel, indépendamment de la situation dans la profession et de l'exercice principal
ou secondaire de cette activité.
Pour des raisons pratiques, le champ du secteur informel pourrait se limiter aux activités non
agricoles, ce qui n'exclut évidemment pas les activités non agricoles exercées par les
agriculteurs (cas fréquent).
La production non marchande est exclue du champ du secteur informel ; les travailleurs
domestiques pourront ou non être inclus selon les circonstances nationales, mais il est
recommandé de les constituer en catégorie séparée ; en revanche, les professions techniques et
libérales, dès l'instant qu'elles satisfont aux critères de la définition proposée, devraient être
incluses.
Enfin, en ce qui concerne les travailleurs extérieurs à l'entreprise, c'est-à-dire les personnes
qui travaillent en tant qu'indépendants ou salariés pour le compte d'une entreprise, mais en
dehors des locaux de cette entreprise (travail, ou sous traitance à domicile), leur appartenance
au secteur informel dépend de l'appartenance à ce secteur de l'unité qu'ils constituent ou dont
ils dépendent.
102
On voit ainsi que les termes de la nouvelle définition internationale du secteur informel
s'appuient fortement sur, et restent proches des pratiques antérieures des statisticiens
d'enquêtes et des économistes du travail qui avaient tenté de saisir cette réalité multiforme et
mouvante.
Alors que le début des années 1970 se caractérisait par des taux de chômage insignifiants
(mais il en était alors de même en Europe, avant les chocs pétroliers), ce qui paraissait
d'autant plus logique et normal que le chômage n'était pas indemnisé et que le salariat était
peu développé, le nombre et la proportion des chômeurs ont considérablement augmenté
quelque 20 ans plus tard, en milieu urbain tout au moins, alors même que le salariat ne s'est
guère étendu et que la situation faite aux chômeurs n'a pas été modifiée. Comment expliquer
dans ces conditions, des taux de chômage urbain couramment supérieurs à 10 %, dépassant
même parfois 20 % (Cameroun) ou 30 % (Mauritanie), et des taux nationaux variant entre 12
et 20 % en Afrique du Nord ? (cf. tableau 1).
103
Tout d'abord, pendant de nombreuses années, la crise due aux chocs pétroliers a été atténuée
par des politiques d'endettement initialement indolores, à moins que ce ne fût, comme en
Afrique Centrale, les revenus pétroliers eux-mêmes qui permirent d'ouvrir largement des
recrutements dans la fonction publique qu'il devînt plus tard difficile de maintenir, avec la
baisse des cours ou la hausse des taux d'intérêt. Dans la plupart des pays, les administrations
et les entreprises publiques, le secteur privé moderne aussi, embauchèrent à tour de bras les
jeunes diplômés, ou d'autres qui l'étaient moins. Dans certains pays, l'embauche des jeunes
diplômés était automatique et constituait même un droit pour ceux qui ne trouvaient pas à
s'employer ailleurs (Egypte, Guinée, et d'une façon générale les pays qui se réclamaient du
104
socialisme) ; dans d'autres où l'idéologie libérale prévalait, c'était le plan et le budget de l'Etat
qui cherchaient à prévoir un nombre suffisant de recrutements pour absorber l'essentiel des
effectifs des promotions sortantes (Tunisie...). Parfois même, les capacités d'absorption étaient
tellement insuffisantes par rapport au flux des sortants que des files d'attente furent instituées
(Egypte).
Peu ou prou, tous les pays appliquèrent un tel système dont le revers fut de transformer en un
droit l'emploi dans la fonction publique et de maintenir en vigueur l'idée que l'école, et a
fortiori l'enseignement supérieur, conduisent aux emplois administratifs ou du moins aux
emplois publics, dans la mentalité des jeunes scolaires et étudiants, tout comme dans celle des
familles qui les y poussent.
Il s'en est suivi, parfois avec retard, une diminution drastique des salaires réels dans la
fonction publique (sauf dans certains pays comme le Cameroun, où la rente pétrolière a pu
permettre de les maintenir à un niveau assez élevé jusqu'à leur toute récente diminution des
3/4) puisque des recettes budgétaires étriquées et en forte diminution ne permettaient qu'à ce
prix d'entretenir un nombre important d'employés publics. Le tableau 2 suivant montre la
situation des emplois administratifs dans quelques pays de la région en 1987.
Le ratio du nombre de fonctionnaires par habitant désigne bien les pays qui ont eu le plus
tendance à appliquer la politique qui vient d'être décrite. Parmi les pays sahéliens, la
Mauritanie qui a le ratio le plus élevé (11,1 %) est aussi celui qui a aujourd'hui le taux de
105
chômage urbain le plus important (31,6 %). Et en Afrique centrale, le ratio de 13,9 % au
Cameroun correspond également à un taux de chômage élevé (24,6 %).
On voit aussi que les salaires publics sont les plus élevés par rapport au PIB par tête dans les
pays sahéliens les plus pauvres, mais le niveau des salaires est le plus élevé en Côte d'Ivoire et
au Sénégal, ainsi qu'au Cameroun et au Congo. La masse salariale restait, dans ces pays,
proche du tiers du budget de l'Etat sauf au Sénégal et au Congo où elle atteignait 47,7 % et
61,6 % respectivement.
Le décalage progressif entre les revenus salariaux du secteur public et la productivité attendue
du travail ainsi rémunéré a tendu à aligner cette dernière sur le niveau du salaire consenti.
Autrement dit, le salaire public n'est devenu qu'une faible partie du revenu familial, au profit
de la pluri-activité du fonctionnaire ou des membres de son ménage, ou encore des revenus
occultes tirés de la privatisation de l'Etat, c'est-à-dire de la mise en coupe réglée des services
publics par leurs agents, à travers des pratiques clientélistes rémunératrices.
Cela pour dire que malgré le peu d'attrait que peuvent désormais représenter les
rémunérations de la fonction publique, l'emploi administratif en tant que tel a continué à
conserver sa faculté d'attractivité, parce qu'il est devenu une sorte d'indemnité toujours bonne
à prendre, donnant accès aux pratiques clientélistes, assurant une couverture sociale et
permettant toujours l'exercice d'une seconde activité à titre privé.
Les taux de chômage les plus élevés s'observent en Mauritanie (31,6 %), au Cameroun (24,6
%) et en Algérie (20,5 %). Dans chacun de ces cas, on comprend que le fait, pour un actif -
jeune en général - de se déclarer sans travail prend ses racines dans la situation telle qu'elle est
vécue actuellement et dans le processus qui y a conduit :
- en Mauritanie, pays où sédentarisation et urbanisation sont intervenues sur une période assez
brève, l'emploi dans l'administration est recherché prioritairement parce qu'il constituait,
jusqu'aux récents ajustements, un débouché relativement ouvert permettant en outre de faire
jouer à plein les relations de parenté,
- au Cameroun, pays bénéficiant d'une rente pétrolière, le niveau élevé des salaires publics ne
pouvait qu'attirer une population dont le taux d'alphabétisation et le taux de scolarisation à
tous niveaux sont élevés (respectivement 57 et 52 % contre 51 et 35 pour l'Afrique sub-
saharienne). On peut penser que la réduction récente et drastique des salaires publics aura eu
un effet dépressif sur le taux de chômage, car la diminution des ressources des ménages qui en
résulte se sera traduite par une diminution des attentes des jeunes et donc du chômage
d'insatisfaction ; beaucoup, poussés par la nécessité, en viennent à considérer que les petites
activités qu'ils entreprennent sont en définitive les formes d'emploi plus ou moins stables
auxquelles ils sont en mesure de prétendre. C'est ce que confirment les résultats du second
passage de l'enquête DIAL/DSCN sur Yaoundé : le taux de chômage y est tombé de 25 % en
1993 à 18 % en 1994.
106
également très élevé, l'ambition des jeunes sortant du système éducatif ne peut être que le
salariat dans le secteur public.
En fait, la durée du chômage qui atteint toujours des niveaux importants (3 ans et demi à
Yaoundé, plus de 72 % des chômeurs étaient dans cette situation depuis plus de 2 ans à
Cotonou et Parakou au Bénin…) signifie que le chômage est interprété comme l'absence d'un
emploi stable et rémunéré et non pas comme l'absence d'exercice d'activités occasionnelles ou
informelles.
Si la signification de taux de chômage élevés reste donc une insatisfaction devant le type
d'emplois offerts sur les marchés du travail urbains et une persistance à considérer que
l'emploi salarié reste encore et toujours, sinon une ambition du moins une aubaine à laquelle
on essaie encore de croire, un tel état d'esprit peut très vite évoluer avec la disparition du
mirage.
Tout d'abord, les taux peuvent diminuer de près d'un tiers lorsqu'une investigation un peu plus
poussée permet de se rendre compte - et permet à l'intéressé d'admettre - qu'intervient souvent
l'exercice d'activités informelles rémunératrices. Ainsi par exemple au Mali en 1989, le taux
de chômage déclaré qui est de 9,9 % en milieu urbain, passe à 6,7 % lorsqu'on le mesure en
terme de chômage réel (c'est-à-dire l'absence d'exercice, ne serait-ce qu'une heure, d'une
activité rémunératrice durant la semaine qui précède l'enquête). De même au Bénin en 1993,
le taux de chômage déclaré, en milieu urbain, était de 10,1 % et le taux de chômage réel de
6,3 %.
Par ailleurs les taux réels peuvent chuter brusquement lorsque la situation exige plus de
réalisme, même si l'on peut continuer à observer des divergences accrues entre taux apparents
et taux réels. On verra au § IV infra que le taux de chômage urbain qui s'est élevé au Bénin de
10,1 à 12,2 % entre 1993 et 1994 pour ce qui est du taux apparent (déclaré), a en revanche
diminué de 6,3 à 1,8 % en ce qui concerne le taux réel, suite à la dévaluation du FCFA.
Ainsi l'augmentation importante et récente des taux de chômage est le signe de la montée de
l'insatisfaction d'une jeunesse dont le niveau d'éducation s'est élevé, en dépit des aléas et des
incertitudes de la scolarisation, une jeunesse ainsi rendue moins apte, selon toute apparence, à
se lancer dans l'initiative privée du secteur informel, seule issue réelle dès lors que les
Programmes d'Ajustement Structurel ont fermé les portes de la fonction publique et du secteur
public et que le retour à la terre est encore moins envisageable. Mais cette insatisfaction
manifeste - et clairement manifestée - n'est pas totalement dénuée de pragmatisme puisque les
taux de chômage réels sont bien plus faibles que les déclarations spontanées veulent bien le
dire et qu'un choc, de grande ampleur il est vrai, tel que la dévaluation du Franc CFA,
parvient même à les réduire au minimum. C'est dire que les évaluations de l'emploi dans le
secteur informel, pour élevées qu'elles soient, sont encore sous-estimées dans la proportion de
la différence entre taux de chômage apparent et taux de chômage réel.
En dépit de cette sous-estimation intrinsèque, l'emploi dans le secteur informel atteint des
niveaux extrêmement élevés, ainsi que le montrent les tableaux 1,3 et 4 ci-dessus et ci-après.
107
L'intérêt des évaluations du secteur informel présentées dans ces tableaux provient de l'unicité
et de l'homogénéité de la méthode qui a été mise en oeuvre pour y parvenir : cette
méthodologie, comparable d'un pays à l'autre consiste à comparer les sources exhaustives de
la population active (recensements, enquêtes de ménages) avec les sources de l'enregistrement
(qui peuvent être variables selon les pays, en fonction de leur fiabilité, de leur exhaustivité, et
évidemment de leur disponibilité). L'estimation du secteur informel, qui en résulte équivaut au
solde de l'emploi non enregistré. Ainsi, par exemple, la source de l'enregistrement (fichier
fiscal, ou fichier des entreprises suivies par les services de comptabilité nationale, ou fichier
de la sécurité sociale) permet de retrancher des effectifs recensés dans les sources exhaustives,
les emplois qui relèvent des entreprises ayant le statut de sociétés, ou tenant une comptabilité
complète, ou enregistrant leurs salariés. Cette méthodologie a, en quelque sorte avant la lettre,
mais après également, appliqué de façon assez proche la définition internationale du secteur
informel, en tant que concept de population active, qui a été adoptée à Genève, par la XVème
Conférence Internationale des Statisticiens du Travail, en janvier 1993.
Ainsi défini, et évalué selon la méthode brièvement indiquée, moyennant également quelques
hypothèses et approximations, le secteur informel représentait selon les pays 20 à 75 % de la
population active non agricole dans les années 1980, la plupart des pays se concentrant entre
35 et 70 % (à l'exception de l'Algérie et du Sénégal). Dans les années 1990, ces taux sont
passés à 25-90 ou, en éliminant les extrêmes pour resserrer la fourchette : 40 - 80 %. Par pays,
on constate des évolutions de 3 à 15 points, le minimum étant observé en Tunisie, et le
maximum au Mali. Ces estimations sont tirées du tableau 1, le tableau 3 donnant les
estimations par année.
Entre 1975 et 1993, le poids du secteur informel s'est considérablement accru dans tous les
pays, consacrant son rôle d'absorption de la main d'oeuvre excédentaire sur le marché du
travail, dans le même temps où le secteur moderne (public, mais aussi privé) voyait
progressivement ses capacités réduites sous l'effet de la crise puis de l'ajustement.
La seule exception est la Tunisie pour laquelle on dispose d'ailleurs de 3 points d'observation
(tableau 3) : la période 1970-80, de croissance libérale compétitive puis d'industrialisation
rapide, se caractérise après 1970 (date de l'abandon du système des coopératives) par une
véritable explosion des activités informelles, suivie à partir du milieu de la décennie, par une
formalisation progressive de l'économie, de telle sorte que la part de l'emploi informel va
régresser de 38,4 % à 36,0 % entre 1975 et 1980. Puis les effets de l'ajustement, à partir du
milieu des années 1980, entraînent une remontée à 39,3 % en 1989, corrélative à une poussée
du chômage. Il est probable que, lorsqu'on disposera des chiffres de 1994, on constatera une
nouvelle diminution de la part du secteur informel, puisque la période récente correspond à
nouveau à une phase d'industrialisation rapide. Ainsi observe-t-on dans ce pays le caractère
proprement anticyclique du secteur informel : il se développe en période descendante du cycle
et régresse en phase ascendante.
Mais le cas tunisien permet aussi de différencier, au sein même du secteur informel dans son
ensemble, une fraction procyclique qui se développe en phase et une fraction anticyclique.
Ainsi durant la période 1975-80 où l'on voit se réduire la part de l'emploi informel, le secteur
108
informel localisé - c'est-à-dire le segment des micro-entreprises - s'est renforcé, au contraire
du segment non localisé plus précaire (travail à domicile, ambulant, tâcheronnage …).
109
Tout d'abord, la dimension urbaine du phénomène apparaît importante puisque tous les
chiffres dont on dispose sont supérieurs à 50 %, et s'élèvent même à plus de 80 % dans le cas
de la Guinée.
C'est également un secteur à dominante tertiaire (commerce et services) puisque les activités
de production (essentiellement manufacturières) y représentent en général moins de 50 % des
effectifs (sauf au Maroc ; la Tunisie et le Mali étant proches du seuil). Dans certains pays,
cette prédominance du tertiaire informel est écrasante (au Tchad, en Mauritanie et au
Sénégal). Le Zaïre et le Burkina Faso se situent à un niveau intermédiaire (avec 23 et 29 %
d'activités manufacturières) alors que le Mali et la Guinée se caractérisent par un secteur
informel productif relativement important (47 et 37 % respectivement).
La proportion des femmes dans le secteur informel est également très variable, mais elle
dépend évidemment de la plus ou moins bonne saisie de l'activité féminine. Seuls le Tchad et
le Mali se situent au dessus du seuil de 50 % (avec des proportions de femmes à hauteur de 52
et 54 % respectivement). Le Burkina Faso se situe à un niveau intermédiaire avec un taux de
46 % . Enfin la Mauritanie, l'Egypte et la Guinée sont à des niveaux plus faibles (20 à 26 %).
D'autre part, la proportion des micro-entreprises, assimilées à l'emploi salarié dans le secteur
informel, est en général très faible (5 % au Bénin et en Guinée, 7 à 8 % au Tchad et au Niger,
18 % au Mali et 26 % au Zaïre). D'une façon générale cette catégorie reste assez limitée ce
qui pose le problème des potentialités d'accumulation du secteur ; sa relative importance au
Mali et au Zaïre ne fait qu'illustrer la faible emprise de l'Etat et de l'administration sur des
entreprises qui, dans des conditions politiques différentes, seraient enregistrées.
110
Toutefois, ce profil du secteur informel à dominante urbaine, tertiaire et masculine peut être
complètement remis en cause par la prise en compte des activités secondaires. L'exemple du
Burkina Faso est de ce point de vue intéressant : la mesure des activités secondaires effectuée
lors du recensement de la population de 1985 permet de voir qu'en terme d'emplois (et non
plus d'actifs), le secteur informel y devient à dominante rurale, manufacturière et féminine
(tableau 5).
Tableau 5: Le secteur informel au Burkina Faso, selon l'approche par les actifs et selon
l'approche par les emplois (pluri-activité).
Tableau 5 : Le secteur informel au Burkina Faso, selon l'approche par les actifs et selon
l'approche par les emplois (pluri-activité).
111
On réalise ainsi le changement complet de perspectives qu'introduit la pluri-activité dont le
rôle soupçonné reste largement sous estimé, aussi bien pour ce qui concerne la fonction que
tiennent les femmes d'une part, le secteur informel d'autre part, dans le processus d'adaptation
des ménages aux conséquences de l'ajustement. 3- Informalisation n'est pas forcément
synonyme de marginalisation.
Si l'on peut tenir désormais pour avérée la croissance considérable qu'a connue le secteur
informel au cours des 20 dernières années, en termes d'actifs et d'emplois, et si l'on met en
rapport cette observation avec la croissance lente ou la stagnation du Produit, et la
décroissance des PNB par tête, on peut légitimement se demander si une telle évolution ne
correspond pas simplement à des stratégies de survie et à terme, sinon déjà aujourd'hui, à une
marginalisation des économies africaines.
En Afrique du Nord (sauf en Algérie) les taux de croissance du PNB ont été sensiblement
supérieurs aux taux de croissance démographique, de sorte que les PNB par tête se sont accrus
de 1 à 2 points par an au cours de la période 1980-91.
En Afrique sub-saharienne au contraire (sauf au Tchad qui se relevait d'une longue période de
guerre, au Niger et en Afrique du Sud), les taux de croissance du Produit ont constamment été
inférieurs aux taux de croissance démographique et ainsi la plupart des pays de la région ont
connu une quasi-stagnation ou le plus souvent une décroissance de leur PNB par tête (- 1,1 %
par an sur la période 1980-91).
112
Le taux de croissance du Produit (2,6 % par an pour l'Afrique sub-saharienne) reste cependant
légèrement supérieur au taux de croissance de la population active sur la décennie 1980 (2,5
% par an) ; ainsi la productivité moyenne du travail n'aurait-elle pas diminué au cours de la
période, elle se serait même légèrement améliorée, surtout si l'on considère que le taux de
chômage s'est aggravé. Toutefois le risque est grand que cette tendance s'inverse au cours de
la décennie 1990, alors que les perspectives de croissance du Produit restent sombres et que le
taux de croissance de la population active devrait passer à 2,7 % par an. Et au demeurant un
tel niveau de productivité ne suffit pas à maintenir le niveau de vie d'une population en forte
croissance.
Certes on doit légitimement considérer que les PNB sont sous-estimés et qu'ils auront
tendance à l'être de plus en plus avec l'accroissement d'un secteur informel dont, par
définition, la Comptabilité Nationale saisit mal la contribution à la formation du Produit : il
n'est pour en juger, que de constater la relation inverse qui existe entre PNB par tête et
proportion de l'emploi dans le secteur informel (les pays d'Afrique du Nord, à revenu
intermédiaire, ont des taux d'emploi dans le secteur informel inférieurs à 60 % pour des PNB
par tête supérieurs à 1 000 $, alors que les pays les moins avancés atteignent des taux d'emploi
informel supérieurs à 70 %).
En définitive, si l'on ne peut être certain que les niveaux de vie ont vraiment diminué (en
l'absence de données comparatives et diachroniques sur la consommation des ménages), il est
certain qu'ils ont au moins stagné et, en tout état de cause, pris du retard par rapport aux autres
régions du monde.
La question de la marginalisation doit cependant être examinée à la lumière des revenus tirés
des activités économiques du plus grand nombre, et en l'occurrence et principalement des
activités informelles. Elle doit être également confrontée aux données disponibles indiquant
l'existence d'une accumulation du capital en général, et d'une accumulation productive en
particulier.
La question se pose dans les termes suivants : puisqu'un nombre toujours plus grand d'actifs
entrent dans le secteur informel et que le Produit augmente faiblement ou stagne, c'est donc
que les revenus tirés de ces activités tendent à diminuer. La forte concurrence qu'induiraient
des entrées massives dans le secteur serait encore exacerbée par la diminution brutale du
pouvoir d'achat des salariés (et des salariés publics en particulier), suite aux déflations
d'effectifs, aux restructurations des entreprises publiques et aux diminutions de salaires,
décidées dans le cadre des Programmes d'Ajustement Structurel.
113
De ce double mouvement d'entrées massives et de restriction du pouvoir d'achat des salariés,
résulterait une marginalisation des participants du secteur informel : en somme, la
concurrence tendrait à établir dans ce secteur un équilibre du minimum de subsistance.
Au niveau macro-économique, ce mécanisme peut se trouver contrecarré par le fait que les
restrictions budgétaires et la réduction de la masse salariale distribuée par l'Etat et le secteur
public, si elles tendent effectivement à diminuer la demande, ont aussi pour objectif de limiter
le déficit public et de réorienter les dépenses publiques vers des emplois plus productifs. A
l'échelle nationale, il s'agit bien d'inverser les termes de l'échange entre consommateurs
urbains et producteurs agricoles, de sorte que la diminution de la demande des salariés peut
être contrebalancée par une augmentation du pouvoir d'achat de la population rurale ou des
centres semi-urbains.
D'autre facteurs peuvent jouer pour atténuer ou même annihiler l'effet déflationniste de la
réduction de la masse salariale distribuée par l'Etat : l'augmentation de la vitesse de circulation
de la monnaie, l'apurement des dettes et leur redistribution (questions peu documentées
jusqu'à présent), le recours accru (ou maintenu en dépit de la dévaluation du Franc CFA) au
commerce transfrontalier.
Existe-t-il néanmoins des indications tendant à montrer que les revenus tirés des activités
informelles ont décru au cours de la période récente ?
114
Les tableaux 7 et 8 suivants reprennent la synthèse des données disponibles sur les revenus
informels de la période 1975-84 que nous avions présentée en 1990 (cf. Charmes, 1990).
A l'époque les données disponibles portaient sur le seul secteur informel "moderne", au sens
de modernisable, c'est-à-dire sur les petites entreprises (familiales et micro-entreprises)
localisées dans des établissements (et à l'exclusion du commerce), et sur les seules capitales.
Ce segment du secteur informel ne représente en général guère que 20 à 30 % des unités
économiques du secteur. Cependant, les données tunisiennes sont nationales et portent sur
l'ensemble des petites entreprises ; en outre pour Niamey, Lagos et Kano, on dispose de
données sur le commerce non sédentaire (c'est-à-dire les petits vendeurs de rue), donc sur une
fraction importante du secteur informel non localisé (qui comprend en outre le travail à
domicile et le travail ambulant).
TABLEAU 7: Revenus des entrepreneurs du secteur informel dans quelques pays africains
Précisons enfin que les enquêtes tunisiennes et nigériennes (Niamey) ont mis en oeuvre des
méthodes indirectes de collecte des données sur les résultats de l'activité qui ont permis de
montrer que les déclarations directes étaient en moyenne sous-estimées de moitié. Ainsi
s'explique le niveau plus élevé des revenus observés dans ces deux pays, alors que le champ
des enquêtes y est plus large.
115
Même si les moyennes peuvent cacher de fortes dispersions (les disparités sont les plus
importantes entre branches d'activité, particulièrement dans le commerce où existe une
hiérarchie des produits), elles donnent cependant une nette idée de la hiérarchie des revenus.
Il était ainsi clair, au tournant des années 70 et des années 80 que les revenus des petits
entrepreneurs du secteur informel étaient nettement supérieurs au salaire minimum légal, et
même au salaire moyen du secteur moderne dans les pays où ceux-ci n'étaient pas
artificiellement élevés. Même les petits commerces de rue rapportaient 2 à 4 fois plus que le
salaire minimum et les intéressés déclaraient, pour leur plus grand nombre, qu'ils n'étaient pas
à la recherche d'un emploi salarié, mais plutôt d'un local où exercer leur activité sur une base
plus stable.
Quant aux salaires (tableau 8), qui concernent une petite fraction de l'emploi informel
(correspondant aux micro-entreprises), ils étaient d'une façon générale proches du salaire
minimum légal, pour peu qu'on exclue de la statistique, les apprentis et les aides familiaux.
TABLEAU 8 : Salaires moyens versés par les entrepreneurs du secteur informel de quelques
pays africains (en multiples du salaire minimum légal). Apprentis et aides familiaux exclus.
Dix à quinze ans plus tard, que sait-on de l'évolution des revenus salariaux et non salariaux
dans le secteur informel ?
Au cours de la dernière période, les méthodologies d'enquêtes sur le secteur informel se sont
profondément modifiées. On privilégie aujourd'hui, dans le sens des recommandations de la
XVème Conférence Internationale des Statisticiens du Travail, une approche par les enquêtes
auprès des ménages. Cela présente l'avantage de couvrir l'ensemble des segments du secteur
informel et plus seulement les petites entreprises, mais cela entraîne aussi l'inconvénient de
rendre plus difficiles les comparaisons car l'étroitesse des échantillons ne permet pas toujours
116
de distinguer les divers segments, lorsqu'on veut croiser les variables revenu, branche
d'activité et statut notamment. Par ailleurs la lourdeur des enquêtes empêche de développer les
méthodes indirectes et les risques de sous-estimation sont ainsi plus importants.
Jan Vandemoortele (1991) donne des indices de la chute des salaires réels pour l'Afrique sub-
saharienne dans les années 1980 : partant de 100 en 1980 l'indice est tombé à 78 au Niger en
1988, à 77 au Kenya en 1987, à 80 au Ghana en 1985.
Au Bénin en 1993 (cf. Charmes et al., 1993), dans les villes de Cotonou et Parakou, le revenu
mensuel médian des indépendants se situe aux alentours de 10 000 FCFA (en baisse par
rapport à 1992 où il se situait à 13 000 FCFA), alors que pour les salariés informels, il se situe
à plus de 30 000 FCFA (en hausse par rapport à 1992 où il se situait à 25 000 FCFA) et à plus
de 50 000 FCFA pour les salariés du secteur formel, contre 45 000 FCFA en 1992. Ainsi les
revenus salariaux formels et informels sont en hausse alors que les revenus des indépendants
sont en baisse.
L'enquête de Yaoundé (DIAL, DSCN, 1993) permet de savoir que les patrons du secteur
informel (micro-entreprises que l'on assimilera grosso modo aux entreprises avec local,
résultat comparable à celui de 1978) percevaient, toutes activités confondues, un revenu
mensuel de 67 000 FCFA, soit 2,7 fois le salaire minimum, ce qui représenterait une
diminution de moitié par rapport à 1978 ; alors que pour l'ensemble des petits entrepreneurs
(indépendants à domicile compris), ce coefficient s'élevait à 1,3 fois le salaire minimum.
S'il existe bien de sérieux indices de la baisse des revenus informels (alors qu'au niveau
macro-économique, cela n'est guère apparent jusqu'en 1991, mais on peut penser à une forte
accélération depuis cette date), ceux-ci sont cependant masqués et troublés et en quelque sorte
rendus opaques par les difficultés de comparaison avec les données antérieures, dans les
opérations de collecte. Mais surtout on peut penser logiquement que la croissance de l'emploi
informel a concerné en priorité son segment anticyclique, c'est-à-dire le travail à domicile,
ambulant, non localisé, tertiaire et surtout commercial, et féminin. De cela il existe quelques
indices puisqu'on sait que la part du secteur tertiaire dans l'emploi informel est passée de 71 à
85 % en Mauritanie entre 1980 et 1988, et la part du commerce de 34 à 36 % entre 1976 et
1986 en Egypte, et de 27 à 35 % entre 1981 et 1989 en Tunisie. De même, la proportion des
femmes dans le secteur informel est passée de 31 à 54 % au Mali entre 1976 et 1989.
Cependant la connaissance de ces évolutions reste encore très mince au niveau national, et on
ne peut les approcher qu'à partir de données globales sur la croissance de l'emploi non salarié,
de l'emploi féminin et du secteur tertiaire.
Tertiarisation et féminisation, ainsi que non localisation (au sens de l'exercice à domicile ou
dans la rue, en l'absence d'établissements) seraient donc trois indicateurs de marginalisation
que devraient s'efforcer de documenter les enquêtes actuelles et à venir. Ce qui n'exclut pas,
simultanément, un développement de potentialités d'accumulation dans le segment localisé
des micro-entreprises, même si ce segment reste relativement faible.
117
D'une façon générale, on peut remarquer que partout sur le continent africain, la croissance
démographique rapide s'est accompagnée, en dépit de la crise et de l'ajustement structurel, de
l'édification d'un habitat et de constructions en dur qui représentent bien une accumulation
puisqu'ils résultent en effet, d'une manière ou d'une autre, de la mobilisation d'une épargne
intérieure, soit par auto construction, soit par investissement d'un capital financier accumulé à
travers des activités productives (et aussi par l'émigration). Cette accumulation s'est surtout
opérée en milieu urbain, et c'est le mérite de recherches telles que celles du programme
WALTPS (West African Long Term Perspective Study) mené par le Club du Sahel de
l'OCDE d'avoir contribué à inverser le sens d'une réflexion qui inclinait à présenter
l'urbanisation comme un "biais", au profit d'une reconnaissance du rôle plus positif que
jouerait la ville dans l'accumulation productive (cf. OCDE, BAD, CILSS, 1994).
Plus particulièrement, cette accumulation productive que les économistes et les développeurs
appellent de leurs voeux, pourquoi est-elle si peu visible et pourquoi est-on réduit à en
chercher les signes dans le dynamisme d'un secteur informel que l'on a plutôt spontanément
tendance à assimiler à la simple survie et dont on doute qu'il soit porteur de progrès ?
En d'autres termes, n'y a-t-il pas leu de penser que le "missing middle" (c'est-à-dire
l'inexistence de ce secteur intermédiaire qui témoignerait du passage possible du secteur
informel vers le secteur moderne) est bien le signe d'une absence d'accumulation dans le
secteur informel ? Des auteurs tels que J. Page et D. Steele ont déduit cette inexistence de la
répartition bimodale de l'emploi dans les économies africaines (c'est-à-dire une forte
concentration de l'emploi dans les unités de petite taille, et dans celles de grande taille). Dans
le secteur informel, les bénéfices tirés de revenus plus substantiels qu'on le pense
habituellement, seraient essentiellement destinés à la consommation et aux dépenses de
solidarité communautaire, d'ostentation ou d'investissement "social" ou "politique",
empêchant ainsi toute accumulation productive.
Il s'avère cependant que le "missing middle" est une illusion statistique, résultant du fait que,
dans les recensements d'établissements, on assimile l'établissement à l'entreprise. Lorsqu'on se
donne les moyens de reconstituer celle-ci à partir de ses établissements, on constate
l'existence d'un secteur de petites et moyennes entreprises, de taille intermédiaire, dont la
croissance se fait par gradualisme, c'est-à-dire par multiplication des petites unités : leur
agrégation se traduit par des formes de croissance horizontale, verticale, par diversification ou
intégration amont et aval des activités : bref une croissance qui permet de maintenir les modes
traditionnels de gestion de la main d'oeuvre et du capital, tout en restant peu visible vis-à-vis
d'une administration en principe toujours prompte à formaliser les dynamismes apparents.
Sa mise en évidence reste cependant difficile en raison d'un état-civil embryonnaire (qui rend
délicate l'identification des raisons sociales des entrepreneurs individuels), mais la littérature
abonde sur le dynamisme des entrepreneurs africains (Ellis S. et Fauré Y.-A., 1995). 3.
Quelques exemples du rôle joué par le secteur informel dans le contexte de crise et
d'ajustement qu'a connu l'Afrique au cours de la dernière décennie : Bénin, Guinée, Burkina
Faso.
118
Le Bénin offre un exemple archétypique du rôle que peut jouer le secteur informel dans un
contexte d'ajustement structurel. Lorsque les premières mesures d'ajustement furent mises en
place, en 1990, les activités informelles n'employaient "que" 69,5 % de la population active
des deux grandes villes du pays, alors que le taux de chômage avoisinait ou même dépassait
les 20 % (cf. tableau 9 ci-dessous). Depuis lors, l'emploi informel n'a cessé de s'étendre - on
n'ose dire se développer - puisqu'il en est venu à représenter, en 1995, 87 % de l'emploi urbain
pour un taux de chômage déclaré de 12 %.
Déflation des effectifs des entreprises publiques restructurées, privatisées ou fermées, départs
volontaires de la fonction publique sont venus restreindre de façon importante le salariat
urbain et jeter dans les activités informelles une population déjà très portée sur le commerce.
C'est dans ce contexte d'ajustement et alors qu'un certain équilibre avait été atteint
(décroissance du taux de chômage déclaré et réel, et du sous-emploi) que va intervenir un
premier choc avec l'arrivée de quelque 100 à 150 000 réfugiés du Togo, au début de l'année
1993. Le gros du flux des réfugiés fut accueilli par les ménages béninois et le secteur informel
permit d'en amortir les effets puisqu'on ne constate pas d'aggravation du taux de chômage, ni
du taux de sous-emploi. On remarque cependant une diminution du revenu médian des
indépendants.
Le second choc que constitue la dévaluation du Franc CFA, au début de l'année 1994 va se
traduire par une chute brutale du taux de chômage réel, démontrant ainsi la capacité
d'absorption du secteur informel, alors que les revenus médians des indépendants et des
salariés informels sont en hausse. Et bien que les résultats de 1995 soient venus corriger en
partie cette tendance, il n'en reste pas moins que la capacité de mobilisation du travail dans le
secteur informel joue un rôle essentiel dans l'amortissement des chocs extérieurs. A partir de
1996, le taux de chômage déclaré se met à décliner, de même que le taux d'emploi informel,
comme si ces deux facteurs d'équilibre avaient, par leur croissance, joué leur rôle
119
d'amortisseurs jusqu'à ce que le regain de l'emploi salarié, qui se dessine cette année-là,
amorce leur repli.
On constate ici encore un important écart entre les revenus médians des indépendants et ceux
des salariés, écart qui s'explique en partie par le fait qu'ont été pris en compte les revenus des
activités secondaires des salariés, c'est-à-dire de leurs activités informelles à compte propre.
Au Burkina Faso où des efforts particuliers ont été faits pour mesurer ce phénomène (cf.
tableau 5 supra), on dispose aujourd'hui de données montrant le considérable accroissement
de la pluri-activité, aussi bien en milieu urbain qu'en milieu rural :
Le rôle du secteur informel apparaît ainsi en pleine lumière, mais il est évident qu'en ce
domaine les résultats directs des enquêtes sont souvent décevants et risquent de l'être encore
longtemps malgré tous les efforts déployés pour saisir un phénomène capital. On convaincra
difficilement les salariés de déclarer spontanément une pluri-activité qui est illégale par
définition (sans même parler des revenus tirés de la pratique clientéliste de l'utilisation des
services publics) et l'on aurait tort d'en déduire que l'on attribue à ce phénomène une
importance qu'il n'a pas. Tout comme pour l'appréhension des revenus des activités
informelles, des approches indirectes s'imposent comme par exemple le calcul du taux
d'exercice d'activités informelles par les conjoints ou les autres membres de la famille, ou
encore l'écart entre revenus et dépenses des ménages dont le chef est un salarié du secteur
public.
120
Le tableau 11 ci-après montre l'importance des activités non agricoles pratiquées par les
membres des ménages (et particulièrement les conjoints) dont les chefs sont salariés, en
Guinée en 1991.
TABLEAU 11: Répartition des activités non agricoles exercées dans le ménage selon le
groupe socio-économique du chef de ménage et le lien de parenté avec le chef de ménage.
Guinée 1991 (rapport du nombre d'activités au nombre de ménages).
On voit que la pluri-activité touche 8 % des salariés publics et 10,6 % des salariés privés et 21
à 23 % des agriculteurs, s'agissant du moins des chefs de ménage, mais l'exercice d'activités
non agricoles par leurs conjoints porte respectivement sur 41,5 %, 51,3 % et 11 à 16 % des
catégories concernées.
Ainsi s'expliquerait en partie que les revenus moyens des ménages dont le chef est salarié
soient si fortement supérieurs à ceux des autres catégories et notamment aux revenus des
ménages dont le chef est indépendant du secteur informel.
***
On peut sans doute considérer que le secteur informel a puissamment contribué à absorber la
croissance soutenue de la population active et qu'il a réussi à contenir l'explosion d'un
chômage qui reste essentiellement un chômage d'insatisfaction de primo demandeurs
d'emploi.
121
Cette explosion de l'emploi informel ne peut évidemment aller sans une chute de la
productivité et des revenus. Mais il apparaît que les limites sont encore loin d'être atteintes, en
dépit des apparences brouillées par des évaluations sous-estimées des PNB. En outre
l'informel s'articule sur les comportements des divers agents économiques et contribue ainsi à
maintenir les écarts et les clivages entre catégories d'agents : ainsi s'explique que le salariat
continue à rester un objectif recherché, non comme ambition, mais comme aubaine, donnant
accès à des revenus faibles mais stables, des revenus indirects, et des opportunités d'exercice
d'activités informelles.
Mais le secteur informel ne doit pas être seulement considéré comme une source de
compléments de revenus permettant d'affronter la crise et l'ajustement, il est aussi un creuset
où se forge, dans des situations difficiles, une initiative privée susceptible de déboucher sur un
petit entreprenariat dynamique source d'accumulation : le foisonnement actuel - et qui ne
semble pas devoir se démentir - des activités informelles ne peut qu'en être un signe évident.
L'existence d'un secteur intermédiaire est attestée par le dynamisme d'une classe de petits
entrepreneurs africains, en dépit des difficultés de son identification et de sa mesure qui le
font qualifier de "missing middle". Elle traduit bien une forme originale -transitoire mais sans
doute efficace- d'insertion dans le processus de mondialisation : une compétitivité certaine sur
les marchés intérieurs et locaux, susceptible de permettre une consolidation ultérieure
d'avantages comparatifs sur les marchés régionaux.
RÉFÉRENCES
Charmes J. (1988) : Essai d'estimation de l'emploi dans le secteur informel au Mali. Analyse
de la période 1976-85. Ministère du Plan. DNSI, PNUD-DTCD-PADEM, Bamako, 59 p.
Charmes J. (1989) : Trente cinq ans de comptabilité nationale du secteur informel au Burkina
Faso (1954-89). Leçons d'une expérience et perspectives d'amélioration. Ministère du Plan et
de la Coopération, PNUD-DTCD, Ouagadougou, 108 p.
Charmes J. (1990) : Une revue critique des concepts, définitions et recherches sur le secteur
informel. OCDE : Nouvelles approches du secteur informel, Paris, 271 p. (pp. 11-51).
122
Charmes J. (1990) : Deux études sur l'emploi dans le monde arabe. Dossiers du CEPED n°11,
37 p.
Charmes J. (1994) : Les jeunes et l'économie au Sahel : place, rôle et attentes. Pop Sahel n°21,
CERPOD, Bamako, pp. 30-35.
Charmes J. (1995) : La capacité d'adaptation des ménages béninois sous ajustement aux effets
de la dévaluation du Franc CFA. Une analyse du comportement des ménages urbains d'après
les résultats de l'enquête légère auprès des ménages. INSAE-PNUD, Cotonou, 30 p.
Charmes J. (1996) : Le secteur informel au Burkina Faso. Evolution sur longue période et
suivi conjoncturel. Ministère de l'Economie, des Finances et du Plan, GTZ, 30 p.
Charmes J. et al. (1993) : Suivi des caractéristiques et comportements des ménages et des
groupes vulnérables en situation d'ajustement structurel, 1990-93. Résultats de la troisième
enquête légère réalisée à Cotonou et Parakou, ELAM 3. INSAE-PNUD, Cotonou, 76 p.
123
Charmes J., Daboussi R. et Lebon A. (1993) : Population et migrations dans le bassin
méditerranéen. BIT, SIMED, Genève, 75 p.
Ellis S. et Fauré Y.-A. eds. (1995) : Entreprises et entrepreneurs africains. Paris, Karthala-
ORSTOM, 632 p.
OCDE, BAD, CILSS (1994) : Pour préparer l'avenir de l'Afrique de l'Ouest : une vision à
l'horizon 2020. Synthèse de l'étude des perspectives à long terme en Afrique de l'Ouest, Paris,
67 p.
PNUD (1994) : Rapport mondial sur le développement humain, Paris, Economica, 240 p.
124
République Islamique de Mauritanie, Ministère du Plan, Projet Dimensions sociales de
l'Ajustement (1993) : Plan d'action de lutte contre la pauvreté en Mauritanie. Nouakchott, 82
p.
125
Terrorisme
1 PRÉSENTATION
Lorsqu’il est pratiqué par des groupes non gouvernementaux, des unités secrètes ou illégales,
le terrorisme constitue le plus souvent un phénomène transfrontalier. S’il vient à être utilisé
par un État, il se caractérise par l’instauration d’un régime de violence contre des citoyens,
des groupes de citoyens ou des groupes communautaires. D’une façon générale, le terrorisme
use de mesures d’exception qui ne relèvent pas des règles de la guerre.
Dans sa forme la plus courante, le terrorisme est un moyen de pression, un moyen de pouvoir
tel, qu’il permet d’imposer une contrainte sur l’action des gouvernements ou des institutions
qu’il vise. Dans sa forme extrême, le terrorisme peut aller jusqu’à la remise en question de
l’ordre politique et social existant ou même jusqu’à la révolution. Le terrorisme recouvre ainsi
un champ d’action très vaste, dont la diversité est illustrée par plus d’un exemple historique.
Depuis l’après-guerre, ce phénomène s’est accentué et internationalisé.
Dans le sud des États-Unis, le Ku Klux Klan se constitue après la défaite des États confédérés
pendant la guerre de Sécession (1861-1865), dans le but de terroriser les anciens esclaves,
ainsi que les représentants des administrations responsables de la reconstruction imposée par
le gouvernement fédéral.
126
En Europe, à la fin du XIXe siècle, les partisans de l’anarchisme lancent des attaques
terroristes contre de hauts fonctionnaires ou contre de simples citoyens, dont la victime la plus
célèbre reste l’impératrice Élisabeth, épouse de François-Joseph Ier, assassinée par un
anarchiste italien en 1898. Avant la Première Guerre mondiale, le mouvement révolutionnaire
russe a aussi une forte connotation terroriste.
Au XXe siècle, des groupes tels que l’Organisation révolutionnaire macédonienne, les
oustachis croates, et l’Armée républicaine irlandaise (Irish Republican Army, IRA) ont
souvent exporté leurs activités terroristes en dehors des frontières nationales. C’est ce type de
terrorisme nationaliste qui est à l’origine de l’assassinat de l’archiduc héritier François
Ferdinand, perpétré à Sarajevo en 1914 par un nationaliste serbe, et qui déclencha la Première
Guerre mondiale.
Par ailleurs, fascisme et communisme ont l’un et l’autre fait du terrorisme le principal
instrument de leur politique, terrorisme qu’ont, par exemple, prôné Léon Trotski et Georges
Sorel.
Dans les années vingt et trente, l’instabilité politique fait une large place à l’activité terroriste.
Mais, dans l’ensemble, ce phénomène a fini par disparaître dans le conflit de plus grande
ampleur qu’a été la Seconde Guerre mondiale.
4.1 Au Proche-Orient
Le conflit ouvert entre les pays arabes et Israël au Proche-Orient est à l’origine de la vague de
terrorisme qu’ont connue les années soixante. À la fin des années quarante, des groupes
radicaux juifs, comme le groupe Stern ou l’organisation Irgoun Zwaï Leoumi (Irgoun), ont
recours au terrorisme contre les communautés arabes et contre les Britanniques, durant la lutte
pour l’indépendance d’Israël. À compter des années soixante, leurs adversaires arabes font un
usage beaucoup plus systématique du terrorisme. Ainsi, l’expulsion des guérilleros
palestiniens de Jordanie, en septembre 1970, est-elle commémorée par la création d’une
armée terroriste extrémiste appelée Septembre noir. Par ailleurs, l’Organisation de libération
de la Palestine (OLP) mène des opérations de commandos et des actions terroristes (prises
d’otages, détournements d’avions).
127
islamique, apparaissent. Le 21 décembre 1988, une bombe détruit le vol Pan American 103
au-dessus de Lockerbie, en Écosse, provoquant la mort de 270 personnes. L’Iran et la Libye
sont soupçonnés par l’Agence centrale de renseignements des États-Unis.
Le 26 février 1993, un attentat à la bombe dans le World Trade Center de New York fait six
victimes et provoque des dégâts matériels et économiques estimés à 600 millions de dollars.
Cet attentat est, lui aussi, dû au terrorisme fondamentaliste, qui touche les États-Unis sur leur
sol pour la première fois. Le 19 avril 1995, l’attentat d’Oklahoma City, perpétré par des
extrémistes de droite américains, cause la mort de 168 personnes. Mais l’épisode terroriste le
plus spectaculaire et le plus meurtrier de l’histoire des États-Unis est la série d’attentats du
11 septembre 2001 : quatre avions civils détournés s’écrasent sur les tours jumelles du World
Trade Center du quartier des affaires de New York — lesquelles s’effondrent, emportant avec
elles leurs occupants —, sur le Pentagone (ministère de la Défense) à Washington et dans la
région de Pittsburgh, en Pennsylvanie. Le bilan s’élève à plus de 3 000 morts ou disparus.
En Allemagne de l’Ouest, la Fraction Armée rouge (Rote Armee Fraktion, RAF), mieux
connue sous le nom de « bande à Baader », cambriole de nombreuses banques et organise
maintes attaques contre les installations militaires américaines dans les années soixante-dix.
Ses attentats les plus spectaculaires sont l’enlèvement et l’assassinat du grand industriel Hans
Martin Schleyer en 1977, ainsi que le détournement d’un avion de ligne de la Lufthansa à
Mogadiscio, en Somalie, afin de faire pression pour que les dirigeants de la RAF, Andreas
Baader et Gudrun Ensslin, soient libérés de prison. Tout comme l’organisation terroriste
japonaise de l’Armée rouge, les membres de la RAF coopèrent fréquemment avec les
terroristes palestiniens, comme lors de l’assassinat de onze athlètes israéliens par un
commando de Septembre noir, aux jeux Olympiques de Munich en 1972. Dès la fin des
années soixante-dix, la plupart des militants de la Fraction Armée rouge sont morts ou
emprisonnés.
4.4 En Italie
En Italie, la puissance des terroristes, dont les plus importants ont été les Brigades rouges,
repose sans doute sur la tradition anarchiste du pays et sur son instabilité politique. Leurs
activités culminent en 1978, avec l’enlèvement et l’assassinat de l’ancien président du Conseil
Aldo Moro. Par la suite, le terrorisme gauchiste décline, grâce aux mesures policières, sans
toutefois disparaître entièrement. En revanche, le terrorisme de droite tend à se renforcer,
illustré en 1980 par l’attentat à la bombe de la gare de Bologne. En 1993, c’est le musée
historique des Offices de Florence qui est visé lors de la série d’attentats à la bombe qui seront
attribués à la Mafia. Beaucoup de ces attentats sont actuellement considérés comme des
exercices de « propagande noire » mis en œuvre par la droite ou par tout autre groupe ayant
intérêt à entretenir un climat d’instabilité politique afin de favoriser un régime autoritaire.
4.5 Au Japon
128
Au Japon, plus récemment, un attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo, perpétré par la
secte Aum le 20 mars 1995, et ayant fait 12 victimes et intoxiqué plus de 5 000 personnes, a
cristallisé les craintes latentes face à un terrorisme qui aurait recours aux armes dites non
conventionnelles (chimiques, bactériologiques ou nucléaires).
4.6 En Irlande
4.7 En Espagne
4.8 En France
La France a notamment été la cible d’attentats attribués au Djihad islamique, lié au pouvoir de
Téhéran, en septembre 1986, et attribués aux réseaux islamistes algériens en 1995.
Des attentats ont aussi été commis en France par des ressortissants français, tels que ceux
constituant le groupuscule d’extrême gauche Action directe. Actifs de 1979 à 1987, les
membres d’Action directe défendent une idéologie antiaméricaine et luttent contre
l’impérialisme en posant des bombes dans les institutions représentant l’ordre et le pouvoir
établi (ministères, bureaux de police, Agence spatiale européenne, etc.) et en assassinant, ou
en tentant d’assassiner, des responsables politiques et économiques. Le général René Audran
est ainsi assassiné en janvier 1985 et Georges Besse, président de la Régie Renault, en
novembre 1986. Joëlle Aubron, Nathalie Ménigon, Georges Cipriani et Jean-Marc Rouillan
ont été arrêtés en février 1987.
En outre, des actes terroristes sont commis à partir des années soixante-dix par le Front de
libération nationale de la Corse (FLNC) qui prend pour cible, en Corse et sur le continent, des
bâtiments représentant l’État français et des structures touristiques. Depuis 1976, le FLNC a
ainsi revendiqué plus de 5 000 actions armées.
129
Pour juger les actes terroristes, une section spécialisée dans la lutte antiterroriste a été créée
par une loi du 9 septembre 1986 au sein du tribunal de grande instance de Paris. Les crimes
terroristes sont jugés par une formation spéciale en cour d’assises, constituée de sept
magistrats, sans jury populaire. Une association, SOS Attentats, a été créée en janvier 1986
par Françoise Rudetzki, afin de faire évoluer la législation en faveur des victimes d’actes de
terrorisme.
En Amérique latine, les mouvements terroristes s’inscrivent dans une longue tradition
nationale de violence politique. Avec la formidable croissance des villes, les mouvements de
guérilla urbaine se sont multipliés. Le Sentier lumineux, organisation terroriste maoïste
péruvienne, en est l’un des plus célèbres exemples : il a recours à des tactiques
particulièrement sanglantes et aveugles pour déstabiliser l’État et provoquer des contre-
mesures répressives. Dans les années quatre-vingt-dix, certains membres du cartel de la
cocaïne en Colombie emploient des méthodes terroristes, afin que le gouvernement limite
l’application des lois interdisant le trafic des stupéfiants. La même stratégie est suivie par le
crime organisé en Italie dans la défense des intérêts du cartel.
5 LE TERRORISME D’ÉTAT
En règle générale, le terrorisme soutenu par les États est lié aux dictatures, aux régimes à parti
unique et aux régimes totalitaires, précisément ceux qui utilisent la terreur contre leur propre
population. Les cas des Khmers rouges au Cambodge, de la Gestapo dans l’Allemagne
hitlérienne ou des polices politiques soviétiques, telles que la Tchéka, la Guépéou et le NKVD
sont particulièrement significatifs à cet égard.
Par ailleurs, durant la guerre du Viêt Nam, le Viêt Nam-du-Nord a soutenu une campagne de
terrorisme et de subversion communiste dans le Viêt Nam-du-Sud. Plus récemment, la Corée
du Nord a perpétré plusieurs attaques terroristes contre la Corée du Sud, dont un attentat à la
bombe à Rangoun en 1983 qui a provoqué la mort de 4 membres du cabinet et fait 13 autres
victimes, et un attentat à la bombe dans l’avion de la Korean Air Lines en 1987.
Il est aussi notoire que la Libye et l’Iran, deux pays dotés de gouvernements révolutionnaires,
ont déjà officiellement commandité des actes de terrorisme. Quant à l’Algérie, elle est
plongée depuis les années quatre-vingt-dix dans une véritable guerre civile, où le terrorisme
fondamentaliste de groupes armés tels que le Groupe islamique armé (GIA) et la répression
par les militaires conduisent à une surenchère de la violence.
Démocratie
1 PRÉSENTATION
130
Démocratie (du grec dêmokratia, dêmos, « peuple » ; kratein, « gouverner »), système
politique dans lequel la souveraineté procède de l’ensemble des citoyens.
Pour les cités-États de la Grèce classique, comme Athènes, la démocratie directe, modèle
opposé à la tyrannie et à l’oligarchie, paraît le mode de gouvernement le plus adapté à de
petites entités, soucieuses d’autonomie et dotées d’une forte homogénéité sociale. Tous les
citoyens peuvent effectivement prendre la parole et voter à l’Agora, l’assemblée de la cité, à
l’exception notable des femmes, des esclaves et des « métèques » (non autochtones) qui,
exclus de la citoyenneté, n’ont aucun droit politique. La démocratie romaine ressemble à celle
des Grecs, bien que Rome ait parfois accordé la citoyenneté à des hommes nés hors de la cité.
131
Si le souverain n’est plus incontestable, soit parce qu’on considère que sa qualité de
représentant de Dieu ne lui confère pas une légitimité absolue, soit, dans une optique plus
concrète prenant en compte la finalité du pouvoir, parce qu’on estime que la monarchie telle
qu’elle existe ne garantit pas à chacun le bonheur auquel il aurait droit, la question consiste à
définir le « bon » modèle de gouvernement. La démocratie, qui associe au pouvoir l’ensemble
de la collectivité, apparaît dès lors comme l’horizon de toute réforme politique d’envergure.
Rompant avec cette optique qui, si elle définit un nouveau mode d’exercice du pouvoir,
mettant l’accent sur la protection de l’individu dans la perspective du libéralisme, refuse de
s’interroger sur l’origine du pouvoir, et refuse par exemple toute perspective de démocratie
directe, Jean-Jacques Rousseau fait de toute forme de collectivité politique la résultante d’un
contrat social, par lequel chaque citoyen, se soumettant à la volonté générale incarnée par le
corps social dans son ensemble, est plus libre que s’il était isolé face au pouvoir d’un seul, et
plus heureux puisque la collectivité favorise nécessairement le bonheur du plus grand nombre.
Cette conception, qui fait primer le collectif sur l’individuel, est l’une des sources de la
conception moderne de la démocratie, mais elle est entrée fréquemment en conflit avec le
132
modèle de la démocratie représentative et libérale tel qu’il a été défini par les révolutions
américaine et française.
C’est sans doute la Révolution française qui, en raison de son caractère radical et de son
retentissement en Europe, a exercé l’influence la plus déterminante sur la formation de l’idée
démocratique moderne. En effet, l’importance de la Révolution française ne réside pas tant
dans un changement brutal de régime, puisque la France connaîtra de nouveau des formes
plus ou moins autoritaires de régime monarchique au XIXe siècle, mais dans l’affirmation
d’un certain nombre de principes qui acquièrent peu à peu une portée universelle. Découlant
de la Déclaration des droits de l’homme adoptée en 1789, la consécration des principales
libertés publiques (sécurité et sûreté individuelles, liberté d’opinion, d’expression, de
circulation) a dessiné d’une manière définitive l’idéal d’une société démocratique, quel que
soit le type de régime politique dans lequel elle s’incarne.
L’idée démocratique connaît une diffusion remarquable dans les sociétés occidentales du
XIXe siècle, en proie à de profonds changements économiques et sociaux (extension de la
révolution industrielle, consolidation du capitalisme, naissance de la classe ouvrière). Avant la
fin du XIXe siècle, toutes les grandes monarchies d’Europe occidentale ont adopté une
constitution qui limite ou encadre le pouvoir de la Couronne et accorde une part plus ou
moins importante du pouvoir politique à des représentants élus, sur le modèle de la Grande-
Bretagne, berceau du régime parlementaire. Dans le cadre de ce mouvement, le droit de vote
connaît des extensions successives, jusqu’à devenir universel dans la plupart des sociétés
démocratiques occidentales.
133
4.2 Droits et garanties dans les démocraties modernes
Néanmoins, la démocratie n’est qu’un concept vide si tous les citoyens n’ont pas accès à
l’information ou à un niveau d’instruction qui leur permette de participer au débat politique.
Cette conception, qui souligne que la démocratie n’a pas pour seule finalité de garantir
l’autonomie de l’individu mais aussi celle de favoriser son insertion et sa participation dans
une collectivité qui ne serait rien sans lui, a inspiré les tentatives modérées d’inscrire dans les
Constitutions certains droits sociaux, à l’image de la Constitution française de 1946. Un
versant plus radical de cette conception s’est incarné dans les pays socialistes qui, s’appuyant
sur l’analyse de Marx selon laquelle la démocratie bourgeoise n’est qu’une démocratie
formelle, entendaient promouvoir de véritables démocraties sociales, dans lesquelles la
suppression de la propriété privée et la mise en commun des moyens de production,
supprimant les antagonismes de classe, permettait de promouvoir une démocratie à visée
totalisante.
Ainsi, l’existence formelle d’une Constitution démocratique ne saurait garantir pour autant le
caractère réel de la démocratie, dans la mesure où tout pouvoir peut s’affranchir par la force
ou par des pratiques plus discrètes des limites qui lui sont fixées, dès lors que l’opinion
publique ne parvient plus à faire entendre sa voix. Ainsi la démocratie semble toujours
enfermée dans le dilemme qu’a souligné au XIXe siècle l’un de ses plus éminents analystes,
Tocqueville : favorisant l’égalité de tous plutôt que la liberté de chacun, la démocratie est
toujours fragile, à moins que l’action des corps intermédiaires et la qualité du débat public
évite la fragmentation du corps social, qui laisserait le citoyen seul face au pouvoir.
Relations internationales
1 PRÉSENTATION
Relations internationales, terme désignant les rapports qu’entretiennent entre eux les États
souverains et les nations, et les différentes théories que suscitent l’analyse de ces liens. Du
134
point de vue théorique, l’étude des relations internationales s’est affranchie du droit et de
l’histoire pour se constituer en discipline autonome au début des années 1920, lorsqu’est
apparu le projet d’une sécurité collective, qui devait donner lieu à la création de la Société des
Nations.
Ce courant, qui a donné naissance à la discipline des relations internationales, a engendré une
théorie normative, tendant à définir une organisation idéale de la vie internationale.
L’élimination de la menace de guerre passait par une diplomatie ouverte et impliquait le
désarmement général. Dans la mesure où l’équilibre international était fondé sur la sécurité
collective, les États devaient être collectivement responsables face à toute agression, les
conflits étant soumis à des procédures de règlement pacifique, parfois à l’arbitrage
international (voir International public, droit). Poussée à son terme, la théorie idéaliste
s’incarnait dans l’utopie d’un gouvernement mondial.
Si, dans les dernières décennies, l’accent mis sur le respect des droits de l’homme dans la
conduite des relations internationales ainsi que certaines campagnes pour le désarmement
semblent témoigner d’un retour de l’approche idéaliste, cette théorie fondatrice a cependant
été détrônée après la Seconde Guerre mondiale par une doctrine réaliste, dont l’élaboration
procède de l’échec du projet de sécurité collective qui avait été incarné par l’« esprit de
Genève », à l’époque de la Société des Nations.
135
C’est en 1948 que Hans Morgenthau posa les fondements de la théorie réaliste dans son
ouvrage Politics among Nations, The Struggle for Power and Peace (« la Politique des
nations, la lutte pour la puissance et la paix »). Cette théorie, qui se veut descriptive, part du
postulat que la finalité de toute politique étrangère est la défense de l’intérêt national, laquelle
conduit les États à se doter des moyens d’affirmer leur puissance par rapport aux autres États.
Cette vision impliquant que la stabilité internationale repose sur l’équilibre des forces, toute
tentation de recourir à la violence doit être désamorcée par la menace crédible d’une contre
violence. La diplomatie mise en œuvre est donc celle de la dissuasion.
C’est vers cet équilibre des forces que tendait déjà le système européen des traités de
Westphalie, mettant fin, en 1648, à la guerre de Trente Ans. L’équilibre des forces, devenu
équilibre de la terreur avec la technologie nucléaire, a régi les relations Est-ouest depuis 1945,
prévenant l’éclatement d’un nouveau conflit généralisé. Durant cette période, les principales
alliances régionales se sont édifiées afin de dissuader le bloc adverse, qu’il s’agisse de
l’ensemble constitué par l’Union soviétique et ses pays satellites ou de celui constitué par les
États-Unis et leurs alliés, d’étendre leur influence. La stratégie de dissuasion exigeait que les
uns et les autres se dotent d’un arsenal crédible (ce qui explique la course aux armements) et
montrent au moment opportun, lors des phases de tension extrême qui furent nombreuses
durant la guerre froide, leur détermination à préserver la sécurité internationale.
Dans le cadre de cette approche, la guerre a pour principale cause une rupture de l’équilibre
entre puissances ou une mauvaise appréhension des forces en présence. Cela conduit à
négliger aussi bien le rôle des idéologies, autour desquelles se sont pourtant constitués les
blocs occidental et oriental qui ont dominé le système international durant la seconde moitié
du XXe siècle, que des acteurs tels que les opinions publiques ou les organisations
internationales. La théorie réaliste ne parvient pas non plus à rendre compte de phénomènes
qui caractérisent la période, telles les guérillas ou, plus fondamentalement, les relations
d’interdépendance économique ou l’évolution vers l’intégration politique supranationale
contenue, par exemple, dans le mouvement qui a conduit à la constitution de l’Union
européenne.
3 L’APPROCHE CONTEMPORAINE
3.1 Les méthodes scientifiques
À partir des années 1950, une nouvelle approche des relations internationales s’est affirmée.
Elle s’est attachée, en utilisant des méthodes quantitatives, à produire des modèles explicatifs.
Ceux-ci introduisent de nouveaux facteurs d’analyse : ils font notamment intervenir dans
l’étude du processus de décision les influences internes qui s’exercent sur la volonté du
responsable politique. Ainsi, pour James Rosenan, le choix de politique étrangère est
déterminé par des facteurs tels que la fonction qu’occupe le décideur au sein d’un régime
politique particulier, par le degré de cohésion nationale, par le poids respectif des différents
groupes de pression autant que par la conjoncture internationale.
Le contexte international est abordé d’un point de vue typologique. En 1957, Morton Kaplan
proposait une classification des systèmes internationaux. À côté de la notion traditionnelle de
multipolarité, celle de bipolarité traduisait l’opposition des deux blocs dominants tandis que le
136
concept de système du veto national permettait de rendre compte des conséquences de la
dissuasion nucléaire. Dans cette approche, les comportements des États au sein des structures
internationales renvoient à la nature du système, la bipolarité, lâche ou rigide, tendant à
réduire la liberté diplomatique des États.
Cette analyse a été notamment affinée par Raymond Aron, qui a étudié les relations des sous-
systèmes, ensembles constitués autour d’un équilibre des forces locales, avec le système
dominant. Pour Aron, les États ou les peuples d’un sous-système « vivent la solidarité de leur
destin et font la différence entre ce qui se passe à l’intérieur et ce qui se passe au dehors de
leur zone géographique historique ». Dès lors, on peut comprendre les positions adoptées par
de nombreux pays du Sud. L’Inde, par exemple, pouvait à la fois être le chef de file du non-
alignement et s’allier, à partir de 1971, à l’Union soviétique : dans le cadre de sa relation avec
le système dominant, ce pays refusait la subordination, mais il avait besoin de l’alliance avec
le régime soviétique pour affirmer sa puissance au sein du sous-système asiatique, vis-à-vis
du Pakistan et de la Chine.
À partir des années 1960, qui virent l’émergence, sur la scène internationale, des pays en
développement, d’autres analyses tentèrent d’appréhender l’évolution de la vie internationale.
Les théories prospectives mettent toutes l’accent sur la disparition du clivage Est-ouest au
profit d’une opposition entre pays anciennement industrialisés du Nord et pays en
développement du Sud (voir Nord-sud, rapports). Ainsi, tandis que se dessinerait, au Nord, un
monde toujours plus intégré grâce à la création d’autorités supranationales, le Sud serait de
plus en plus divisé par les rivalités nationalistes et ethniques.
Dans le même temps, la pertinence de cette distinction entre Nord et Sud est mise en cause
par la globalisation des enjeux, en raison des liens d’interdépendance de plus en plus étroits
qui se nouent entre les nations. La dimension étatique tend dès lors à s’effacer. Ainsi la notion
de devoir d’ingérence humanitaire, appliquée pour la première fois en droit dans la région
kurde irakienne, à l’issue de la guerre du Golfe, subordonne l’action des États à des normes
morales définies par la communauté internationale. Cette évolution représente un défi pour les
théoriciens des relations internationales, dont l’analyse se fonde en premier lieu sur les
décisions d’États ayant la souveraineté comme premier attribut.
Economie du Développement
1 PRÉSENTATION
137
L’ÉCONOMIE DU DÉVELOPPEMENT, UNE ANALYSE RÉCENTE ET
2 « DÉMYTHIFIANTE »
L’essentiel du corpus théorique développé par les économistes concernant ce qu’il est devenu
courant de dénommer « l’économie du développement » est relativement récent,
puisqu’élaboré dans le courant des années cinquante. Avant cette date, les théories
économiques relatives au sous-développement se confondaient avec l’analyse traditionnelle
des déterminants de la croissance (voir taux de croissance).
Si, grâce à l’apport d’une perspective historique « large », il est permis d’affirmer que,
pendant longtemps, le « sous-développement » a été le quotidien des hommes, les premiers
analystes qui ont abordé cette thématique du sous ou du mal développement ont nuancé le
propos et contribué à rompre avec un système de pensée que l’on pourrait qualifier
d’exotique. En effet, le sous-développement n’était envisagé que comme la résultante de
facteurs d’ordre institutionnel — le colonialisme (voir colonisation) — ou d’ordre culturel et
psychologique — mentalités primitives, propension à l’indolence des populations
indigènes —, soit autant d’arguments à la lisière de la discrimination raciale.
La première catégorie met l’accent sur la situation de dépendance dont ces pays ont été les
victimes. L’industrialisation des pays développés se serait appuyée sur le pillage des
ressources en matières premières dont disposaient les colonies ; interrompu lors de l’accession
à l’indépendance politique de ces nations, ce pillage se poursuivrait toutefois par la
perpétuation d’un échange inégal.
Pour pertinentes que soient ces théories, il apparaît hasardeux de réduire cette question
complexe de la pauvreté à la seule conséquence de l’exploitation d’un Sud pauvre et peu
industrialisé par un Nord prédateur et « pillard » de richesses. Il est vrai que le colonialisme
politique s’est mué en colonialisme économique (les pays développés fournissent l’essentiel
des produits manufacturés consommés par le tiers-monde ; ceci explique, pour une large part,
les phénomènes de désindustrialisation qui caractérisent les économies des pays pauvres).
138
Cependant, pour incontestables que soient les effets négatifs de cette politique, le
colonialisme ne semble pas avoir eu l’effet déterminant qui lui a été prêté.
Les premiers pays occidentaux qui ont accompli leur révolution industrielle l’ont fait en
exploitant leur propre main d’œuvre et leurs propres ressources, principalement énergétiques :
il en est ainsi de la Grande-Bretagne, grande puissance industrielle avant de devenir une
puissance coloniale. Le propos peut toutefois être infirmé par la constatation que les pays
d’Europe, lorsqu’ils ont effectué leur révolution industrielle, n’étaient pas soumis à une tutelle
comparable à celle de nombreux pays du Sud. Il n’en reste pas moins vrai que les pays dits
riches l’étaient avant la révolution industrielle et que ceux qui forment aujourd’hui le tiers-
monde étaient déjà défavorisés. La conclusion qui peut être tirée de ces différentes
constatations est impitoyable et effrayante : les pauvres semblent condamnés à le rester, voire
à s’appauvrir davantage, tandis que les riches ne peuvent que s’enrichir.
Les indicateurs statistiques mesurant le développement des nations sont eux-mêmes variés :
taux d’alphabétisation, mesure de la mortalité, notamment infantile, revenu par tête, indice de
développement humain et structure de la population active — un pays dont une grande partie
de la main-d’œuvre est employée dans l’agriculture est, a priori, à un degré de développement
moindre qu’un pays dont la main d’œuvre est principalement occupée dans le secteur tertiaire,
à l’instar des pays industrialisés — constituent autant d’éléments permettant de classer tel
pays parmi les pays sous-développés. Plus de 130 pays du monde appartiennent ainsi, à un
degré ou un autre, au tiers-monde, et 78 p.100 de la population mondiale se partage 20 p. 100
du PIB mondial.
139
à un titre ou un autre, de lourds handicaps — endettement élevé auprès des grandes
institutions financières internationales (FMI, Banque mondiale, banque des règlements
internationaux), croissance démographique mal maîtrisée, main d’œuvre peu formée
(notamment lorsque le taux d’alphabétisation est faible) —, les pays du tiers-monde ont
encore la plus grande peine à s’extirper du cercle vicieux de la pauvreté. Voir pays en voie de
développement.
Développement durable
1 PRÉSENTATION
140
2 PRINCIPES DE BASE DU DÉVELOPPEMENT DURABLE
Le concept de développement durable se fonde sur la mise en œuvre d’une utilisation et d’une
gestion rationnelles des ressources (naturelles, humaines et économiques), visant à satisfaire
de manière appropriée les besoins fondamentaux de l’humanité. Les conditions nécessaires du
développement durable sont les suivantes : la conservation de l’équilibre général et de la
valeur du patrimoine naturel ; une distribution et une utilisation des ressources équitables
entre tous les pays et toutes les régions du monde ; la prévention de l’épuisement des
ressources naturelles ; la diminution de la production de déchets (qui inclut la réutilisation et
le recyclage des matériaux) ; la rationalisation de la production et de la consommation
d’énergie (voir énergie, économies d’).
Le développement durable peut également se définir par une série de grands principes qui
constituent sa charte :
• — la gestion intégrée : gestion globale qui tient compte de toutes les relations et interactions
existant entre les systèmes. Elle se traduit par l’adoption d’une démarche transversale (plutôt
que sectorielle), multi-partenariale et interdisciplinaire ;
• — la gouvernance : elle implique des approches rationnelles de la décision, basées sur des
indicateurs et des évaluations ;
• — le long terme : réflexion des actions et projets sur une échéance supérieure à 4 ou 5 ans ;
• — la précaution : maintien d’un certain nombre d’options possibles ouvertes lorsque
subsiste un doute ou une incertitude ;
• — la prévention : choix des solutions limitant au minimum les impacts, afin de réduire les
actions correctives après la mise en œuvre des projets ;
• — la responsabilité : engagement global et universel qui renvoie à la responsabilité
individuelle et locale. Elle débouche sur le principe de pollueur payeur qui stipule que les
responsables des pollutions et nuisances sont ceux qui assument les coûts ;
• — la subsidiarité : principe de travail à l’échelon de décision le mieux approprié pour agir
efficacement en faveur de l’intérêt général ;
• — la solidarité : notion de reconnaissance d’intérêts communs entre personnes, entreprises,
États, etc., impliquant pour les uns l’obligation morale de ne pas desservir les autres et de leur
porter assistance.
3 CONFÉRENCE DE STOCKHOLM
C’est à la conférence de Stockholm en 1972 que sont adoptés, au niveau international, les
principes de base du développement durable : c’est à l’homme qu’incombe la responsabilité
de la protection et de l’amélioration de l’environnement pour les générations présentes et
futures ; la sauvegarde des ressources naturelles de la Terre doit faire l’objet d’une
programmation et d’une gestion appropriées et vigilantes, tandis que la capacité de la Terre à
produire des ressources vitales renouvelables doit être conservée et améliorée. La mise en
œuvre et l’application de ces principes sont confiées au Programme des Nations unies pour
l’environnement (PNUE), qui est créé à cette occasion.
141
En 1983, l’Assemblée générale des Nations unies décide d’instituer une Commission
mondiale sur l’environnement et le développement (également appelée Commission
Brundtland, du nom de sa présidente Madame Gro Harlem Brundtland) chargée de trouver
une solution au problème de la satisfaction des besoins primaires d’une population mondiale
en accroissement constant. Pendant trois ans, cette commission (composée de ministres, de
scientifiques, de diplomates et de législateurs) procède à une série de consultations sur tous
les continents. Au terme de son mandat, elle est en mesure de dresser un tableau des priorités :
examiner les questions environnementales les plus urgentes et créer de nouvelles formes de
coopération internationale pour faire face de manière globale à chaque problème spécifique,
élever le niveau de conscience et d’éducation « écologiques » des responsables politiques et
des citoyens, obtenir un engagement et une participation active accrus de la part de tous
(individus, associations, industries, institutions, gouvernements).
En 1987, cette commission rend un rapport intitulé « Notre avenir à tous », plus connu sous
l’appellation de « rapport Brundtland », qui fournit une définition du développement durable :
« un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des
générations futures de répondre aux leurs ». Cette définition sous-entend qu’un
environnement dégradé et appauvri de ses ressources n’est pas capable de garantir un
développement économiquement viable et socialement acceptable. La protection de
l’environnement n’est donc plus considérée comme un obstacle au développement, mais au
contraire comme une condition nécessaire à un développement durable.
En 1992, se tient à Rio de Janeiro (Brésil) la Conférence des Nations unies sur
l’environnement et le développement (Cnued), plus généralement appelée Sommet de la Terre
ou encore Conférence de Rio, qui réunit les représentants de 172 pays (dont 120 chefs d’État),
diverses organisations gouvernementales et quelque 2 400 représentants d’organisations non
gouvernementales (ONG). L’objectif de la conférence de Rio est de définir des stratégies
efficaces pour concilier les exigences des pays en voie de développement et celles des pays
industrialisés. Outre une série de conventions sur des questions environnementales spécifiques
(changement climatique, biodiversité et protection des forêts), la conférence de Rio établit une
« Charte de la Terre », dans laquelle sont énoncées des directives pour la mise en place de
politiques économiques plus équilibrées. Cette charte s’accompagne d’un programme
d’actions, baptisé Agenda 21 (ou Action 21), qui doit servir de référence pour comprendre et
identifier les initiatives qu’il est nécessaire d’entreprendre pour un développement durable au
XXIe siècle.
142
6 COMMISSION DU DÉVELOPPEMENT DURABLE
En 1994, la première conférence européenne sur les « villes durables » aboutit à l’adoption et
à la signature par plus de 300 municipalités de la Charte d’Ålborg (du nom de la ville du
Danemark où a lieu la conférence), dans laquelle sont définis les principes de base pour un
développement durable des villes et fixées des lignes d’orientation pour des plans d’action
locaux. Cette charte s’inscrit parfaitement dans le cadre de l’application des principes de
développement durable présentés dans les textes de l’Agenda 21.
9 BILAN ET PERSPECTIVES
À New York, en juin 1997, l’Assemblée générale des Nations unies tirant le bilan de la mise
en œuvre de l’Agenda 21, fait un constat d’échec. Les chefs d’États ne s’entendent pas sur
une déclaration politique commune. Par ailleurs, en dépit des gains d’efficacité obtenus grâce
aux nouvelles technologies, les modèles de consommation actuels demeurent en conflit avec
la capacité de l’écosystème terrestre à supporter les atteintes portées à l’environnement et à la
dilapidation des ressources disponibles. Condition nécessaire mais non suffisante, l’objectif
d’efficacité devrait par conséquent s’accompagner de mesures incitatives en faveur du
développement durable, aussi bien sur le plan économique (introduction de taxes
environnementales par exemple) que social (éducation environnementale dans les écoles).
143
tenu à Rio, devrait permettre d’insuffler une nouvelle dynamique à l’engagement mondial en
faveur du développement durable.
développement, pays en voie de, pays dont les structures économiques, politiques et sociales
ne permettent pas de satisfaire les besoins fondamentaux des populations et qui se
caractérisent principalement par une pauvreté massive ainsi qu’une faible insertion dans
l’économie mondiale.
144
Historiquement, la distinction entre pays du tiers-monde, selon une expression, recouvrant
également une dimension politique, popularisée par l’économiste Alfred Sauvy en 1954, et
pays développés, riches et anciennement industrialisés, s’est opérée avec le mouvement de
décolonisation amorcé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Depuis, les premiers se
sont engagés de manière inégale dans la voie du développement, enjeu majeur des rapports
Nord-Sud. Le monde en voie de développement, où vivent plus des trois quarts de la
population mondiale, recouvre aujourd’hui une réalité très contrastée.
Depuis le début des années 1960, le développement du Sud s’est effectué à un rythme
extrêmement rapide : les progrès économiques et sociaux réalisés sont à la mesure de ceux
que connurent en un siècle les nations aujourd’hui les plus riches. Après une période de
décollage économique, une rupture est cependant intervenue en 1973, avec le premier choc
pétrolier. Le processus de développement s’est en grande partie enrayé avec la crise de la
dette, en 1982, qui provoqua un tarissement des financements privés et qui fut aggravée par
une détérioration continue des termes de l’échange. Après cette « décennie perdue du
développement », la croissance économique a certes repris, mais le retard accumulé explique
que l’écart entre Nord et Sud ait globalement continué de s’accroître.
Les situations sont cependant très différentes d’une région à l’autre, comme le souligne le
rapport 1996 de la Banque mondiale. L’ensemble constitué par l’Asie de l’Est et le Pacifique,
bénéficiant d’une forte croissance économique et de la majeure partie des flux de capitaux
privés, est aujourd’hui davantage intégré à l’économie mondiale tandis que recule la pauvreté.
Ces avancées globales dissimulent toutefois le fait que 80 p. 100 de la population de cette
vaste région vit dans des pays à faible revenu, confrontés à des problèmes de développement
importants. Le contraste est le même en Amérique latine et dans les Caraïbes, ensemble le
plus lourdement endetté : au sein même des nouveaux pays industrialisés (NPI) comme le
Brésil ou l’Argentine, les inégalités économiques et sociales n’ont cessé de se creuser. Le
continent africain, malgré une récente amélioration en terme de croissance du produit intérieur
brut (PIB), cumule les handicaps : sur fond d’extrême pauvreté, tous les indicateurs sociaux y
demeurent inférieurs à ceux des autres régions ; l’investissement et l’épargne y sont toujours
insuffisants pour susciter un développement endogène, et l’aide internationale, en recul ces
dernières années, ne suffit pas à pallier ces carences.
145
Les institutions financières et les organismes économiques intergouvernementaux opèrent une
classification des pays en développement à partir du produit national brut (PNB) par habitant,
sur la base de l’année 1992. En 1996, celui-ci était inférieur à 675 dollars dans 64 pays à
faible revenu (PFR), parmi lesquels la Chine, l’Égypte et l’Inde, la majorité des pays les
moins avancés (PMA) se situant en Afrique subsaharienne. Une cinquantaine de pays
d’Afrique, du Proche-Orient, d’Amérique du Sud et des Antilles se situent dans la tranche
inférieure des pays à revenu intermédiaire, pour lesquels le PNB par habitant est supérieur à
676 dollars et inférieur à 2 695 dollars. Trente pays, dont l’Argentine et l’Arabie Saoudite, et
de nombreux pays d’Asie de l’Est, se classent dans la tranche supérieure de cette catégorie,
avec un PNB par habitant compris entre 2 696 dollars et 8 355 dollars. Quinze pays figurent
parmi les pays à revenus élevés, dont le PNB par habitant dépasse 8 355 dollars.
Ne disposant pas des ressources en capitaux nécessaires à leur développement, ces pays l’ont
en grande partie financé en s’endettant à l’extérieur. À la fin de l’année 1995, l’Organisation
de coopération et de développement économique (OCDE) chiffrait la dette extérieure totale
des pays en développement à 1 940 milliards de dollars. Cette dette, qui a augmenté plus
rapidement dans la seconde moitié des années 1990, est inégalement répartie, l’Amérique
latine et les Caraïbes en supportant près du tiers, l’Asie et le Pacifique 22,9 p. 100.
L’endettement constitue une entrave à la poursuite du développement. Outre le fait que les
sommes consacrées au remboursement de la dette sont détournées de l’investissement
productif, les pays endettés sont contraints de privilégier les secteurs économiques tournés
vers l’exportation au détriment de la satisfaction des besoins internes, notamment en ce qui
concerne l’agriculture. Depuis 1983, en raison du remboursement de la dette, les flux
financiers entre le Nord et le Sud se sont inversés, les pays en voie de développement
transférant en moyenne vers leurs créanciers du Nord une somme nette de 40 milliards de
dollars par an. En 1996, ils consacraient globalement un cinquième de leurs recettes
d’exportation au service de la dette.
L’essor de l’industrie manufacturière a permis aux pays d’Asie d’améliorer leur insertion dans
le commerce mondial. En vingt ans, leur poids dans les échanges internationaux a doublé,
essentiellement grâce aux exportations de produits manufacturés. Dans le même temps, la part
des pays les moins avancés, toujours spécialisés à l’exportation dans les produits agricoles et
les matières premières, dont le prix n’a cessé de baisser depuis le début des années 1980, était
divisée par deux. Or, la participation aux échanges commerciaux constitue un facteur
nécessaire du développement. Mais le commerce mondial demeure dominé par les pays de
l’OCDE, à l’origine des deux tiers des échanges internationaux, dont ils définissent également
146
les règles. Les exportations des pays en développement ne représentent qu’un cinquième du
total des exportations mondiales, mais la moitié pour les produits primaires.
Les indicateurs économiques ne donnent qu’une vision partielle de la situation des pays du
Sud. Aussi, le PNUD calcule-t-il, depuis 1990, un indice de développement humain (IDH),
qui prend en compte non seulement le niveau de revenu, mais également l’espérance de vie à
la naissance et le niveau d’alphabétisation des plus de quinze ans. Les progrès sanitaires et
sociaux ont permis de resserrer l’écart entre Nord et Sud : depuis les années 1960, l’espérance
de vie moyenne a augmenté de dix-sept ans dans les pays en voie de développement, et le
taux de scolarisation dans le primaire et le secondaire a été multiplié par 1,5, ce qui a
provoqué un recul relatif de l’analphabétisme.
En 1996, cependant, l’IDH atteignait 0,916 pour les pays industrialisés contre 0,570 pour les
pays en développement. Cette moyenne masque à nouveau de fortes disparités, entre d’une
part l’Afrique subsaharienne (0,389) et l’Asie du Sud (0,453), d’autre part l’Amérique latine
et Caraïbes (0,823), et l’ensemble constitué par l’Asie de l’Est et le Pacifique (0,874 sans la
Chine).
L’insuffisance des structures sanitaires est particulièrement frappante dans les grandes villes
du Sud, qui se développent de manière anarchique, attirant en masse des paysans chassés par
la raréfaction des terres cultivables ou pâturables. Entre 1950 et 1990, la population urbaine
des pays en développement a quadruplé lorsque celle des pays industrialisés doublait.
147
industrielle servait de référence. Pour des économistes tels Walt Rostow ou Arthur Lewis, le
retard du tiers-monde par rapport aux pays riches s’analysait par une insuffisance de l’épargne
intérieure, entraînant celle de l’investissement productif.
Rostow proposa ainsi dans les années 1950 un modèle du processus de développement en
cinq étapes, de la société traditionnelle à celle de la consommation de masse. Le décollage de
l’économie ne pouvait intervenir qu’après une période de transition, correspondant à
l’accumulation de capital et à la diffusion des connaissances technologiques. Dans ce
contexte, l’aide internationale devait se substituer à l’épargne intérieure et fournir les
ressources nécessaires au décollage. Elle s’orienta en priorité vers les infrastructures
économiques et les « industries industrialisantes ».
Ces économistes mettaient également l’accent sur la spécificité des économies du Sud,
caractérisée par un dualisme entre un secteur traditionnel négligé et un secteur moderne
tourné vers l’extérieur, renforçant la dépendance à l’égard du Nord. Pour mettre fin à cette
inégalité et à cette dépendance, les pays du Nord devaient accepter d’ouvrir largement leurs
marchés et contribuer à la stabilisation du prix des matières premières ; les ressources
dégagées par des échanges plus équitables devaient être consacrées à un développement
autocentré, afin de permettre la substitution progressive de produits nationaux aux
importations.
Le courant tiers-mondiste, représenté par Samir Amin ou Gunter Frank, défendait une
politique plus radicale de rupture avec le capitalisme, considéré comme un modèle imposé par
le Nord dominant, et de déconnexion du marché mondial. Les pays qui adoptèrent le modèle
socialiste développèrent en priorité l’industrie lourde.
Dès les années 1960, des critiques avaient été émises à l’encontre des deux types de théorie.
Albert Hirshman avait ainsi mis en doute la capacité d’absorption de l’aide par les économies
sous-développées. En l’absence de cadre institutionnel adéquat, une grande partie de l’aide fut
en effet gaspillée, et la priorité absolue donnée aux infrastructures lourdes donna parfois le
jour à des complexes coûteux et parfaitement improductifs.
En Asie, l’accent avait davantage été mis sur l’amélioration de la production agricole, avec
pour double objectif de réduire la dépendance vis-à-vis de l’extérieur et de dégager, par
l’augmentation du niveau de vie paysan, une épargne mobilisable pour l’industrialisation. Si
une politique protectionniste permit, dans la phase de décollage, de protéger les industries
nationales naissantes, la réussite des « dragons asiatiques », confrontée à l’échec des
expériences autarciques, a démontré que l’insertion dans l’économie mondiale était une
condition essentielle du développement.
148
3.2 Pour un développement de qualité
L’échec des politiques fondées sur une vision mécaniste du développement, le renforcement
des inégalités, y compris celles engendrées par la croissance économique dans certains pays
en voie de développement, contribuèrent à réorienter la réflexion en la matière. À partir des
années 1970, les programmes de développement, sous l’impulsion du PNUD, prirent
davantage en considération les spécificités culturelles et sociales des pays concernés ainsi que
leurs structures institutionnelles.
L’accent fut mis sur la satisfaction des besoins fondamentaux des populations. Il ne pouvait y
avoir de développement sans que fût résolu le problème de l’insécurité alimentaire et
sanitaire, sans élévation du niveau d’éducation des hommes et des femmes, acteurs du
développement local. À la notion d’un modèle imposé de l’extérieur se substitua l’idée que le
développement devait être un processus endogène, favorisé par la mise en place d’un cadre
politique, financier et juridique favorable à l’initiative économique. Les populations devaient
être plus étroitement associées aux projets de développement : leur participation fut
notamment encouragée par les organisations non gouvernementales (ONG), de plus en plus
impliquées sur le terrain.
La mise en œuvre des politiques d’ajustement structurel, à partir des années 1980, a cependant
marqué un retour à la primauté de l’économie. Elle a eu pour conséquence immédiate de
renforcer l’influence des institutions financières intergouvernementales au détriment des
organismes spécialisés des Nations unies. Ces politiques ont incontestablement contribué, en
Amérique latine et en Asie, à rétablir les grands équilibres financiers, et partant, à restaurer la
confiance des investisseurs et prêteurs étrangers. Mais elles ont eu un coût social extrêmement
élevé. Leur efficacité est davantage contestée dans les pays les moins avancés, notamment
africains. Là, le processus d’industrialisation et de diversification de l’économie est à peine
amorcé. Les possibilités de croissance sont hypothéquées par l’existence de multiples goulets
d’étranglement (infrastructures inconsistantes ou défaillantes, segmentation des marchés
internes et absence d’intégration régionale), handicaps aggravés par la corruption, la
bureaucratie et l’instabilité politique.
En fait, ces facteurs de blocage sont désormais mieux intégrés aux stratégies de
développement et au cours des années 1990, les approches de la Banque mondiale, voire du
Fonds monétaire international, ont tendu à rejoindre celles d’organismes tels que le PNUD.
Un consensus tend à se dégager quant aux priorités : la transformation des modes de
production, que doivent accélérer les transferts de technologie, doit s’accompagner d’une
réforme de l’État et d’un changement des structures sociales. Il n’en demeure pas moins que
l’évolution des pays en voie de développement dépend étroitement du contexte international,
à plus forte raison lorsque s’opère une mondialisation de l’économie.
149
Développement humain, indice de (IDH)
1 PRÉSENTATION
Développement humain, indice de (IDH), indice synthétique élaboré par les agences de
l’ONU afin de rendre compte de l’état de développement des nations.
2 DÉFINITION DE L’IDH
La mesure de la richesse des nations utilise le plus souvent des indicateurs statistiques
élaborés à partir de données réelles et physiques quantifiables (produit intérieur brut, produit
150
national brut, solde de la balance commerciale ou de la balance des paiements, etc.). L’indice
de développement humain (IDH) s’efforce, quant à lui, de mesurer le bien-être des
populations et d’intégrer dans la mesure du niveau de vie par pays des variables telles que le
taux de mortalité infantile (voir taux de mortalité), l’espérance de vie à la naissance, l’accès à
l’enseignement et le taux d’alphabétisation.
3 CALCUL DE L’IDH
L’élaboration de cet indice, qui apparaît dans les statistiques annuelles du Programme des
Nations unies pour le développement (PNUD) depuis 1990, doit beaucoup aux travaux de
l’économiste Amartya Sen, prix Nobel d’économie en 1998. L’IDH est composé de trois
indicateurs — la longévité mesurée par l’espérance de vie à la naissance, le taux
d’alphabétisation des adultes et le niveau de vie mesuré par le PIB par habitant —, chacun
d’eux étant calculé dans un premier temps en fonction de l’écart existant entre un minimum et
un maximum déterminé au niveau mondial, puis intégré dans une moyenne arithmétique de
ces trois éléments.
Le résultat ainsi obtenu est interprété selon une grille de lecture qui attribue aux résultats
supérieurs à 0,8 la mention « élevée », les résultats « moyens » étant ceux situés entre 0,799 et
0,5, tandis que les résultats dits « faibles » sont inférieurs à 0,5.
151
Libéralisme (politique, économie)
1 PRÉSENTATION
Libéralisme (politique, économie), ensemble des doctrines politiques et économiques qui font
de la liberté individuelle, définie comme un droit naturel, la valeur suprême que toute
collectivité humaine doit garantir et promouvoir. L’unité indissoluble du libéralisme politique
et du libéralisme économique, postulée par les théoriciens libéraux, peut cependant apparaître
problématique et donner lieu à une interrogation sur le caractère opératoire de ce principe.
2 ORIGINES DU LIBÉRALISME
152
Le libéralisme ne constitue pas un véritable corps de doctrines, et l’on peut davantage parler à
son propos d’une aspiration partagée par un certain nombre de penseurs que d’une théorie
uniforme. Cependant, il est possible de dater son apparition au XVIIe siècle avec la
philosophie des droits naturels, formulée par John Locke, qui constitue l’un de ses premiers
fondements.
Contre Thomas Hobbes, théoricien du pouvoir absolu, John Locke, partisan de la limitation
des pouvoirs du souverain, s’appuie sur une théorie des droits naturels : selon lui, dans la
mesure où les hommes jouissaient dans l’état de nature d’un certain nombre de droits,
antérieurs à toute société politique et par là même imprescriptibles, un contrat est certes
nécessaire pour passer de l’état de nature à l’état social, mais ce contrat social ne peut avoir
pour effet d’abolir les droits naturels des individus et doit seulement les codifier. Le souverain
se voit donc contraint de respecter ces droits naturels des hommes que sont la liberté et
l’égalité, mais également la propriété privée et la sûreté personnelle.
Cette conception du pouvoir, nécessairement limité, que l’on retrouve par exemple chez
Montesquieu, est caractéristique du mouvement des Lumières : dans une perspective
individualiste centrée sur l’homme, la liberté devient le but de toute société mais aussi sa
condition nécessaire, ce que la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, adoptée dans
le contexte de la Révolution française, viendra inscrire de manière irrévocable dans la
tradition politique.
Dans sa variante politique, le libéralisme cherche à définir le type de régime qui permettra de
garantir au mieux le respect de ces droits et de se prémunir contre les éventuels empiétements
de l’État. L’État est ainsi pensé chez l’ensemble des libéraux comme un État minimal, voué à
ses missions de régulation, qui s’oppose à l’État absolu du XVIIe siècle. À des titres divers,
Jeremy Bentham et John Stuart Mill en Grande-Bretagne, Mme de Staël, Guizot, Royer-
Collard, Tocqueville et surtout Benjamin Constant en France sont, dans la première moitié du
XIXe siècle, quelques-uns des principaux acteurs du courant libéral.
Le libéralisme politique se veut donc une éthique, reposant sur les aspects positifs de
l’homme, conception qu’illustre bien, par exemple, l’utilitarisme d’un Bentham, pour lequel
est utile ce qui est moralement justifiable.
153
Dans sa variante économique, le libéralisme s’applique à la défense de la liberté individuelle
sur le marché. C’est en France que l’on voit se développer au début du XVIIIe siècle les
contributions les plus importantes à cette doctrine économique. En s’appuyant sur la théorie
des droits naturels, des économistes physiocrates comme Pierre de Boisguillebert ou François
Quesnay s’opposent au mercantilisme incarné par les successeurs de Colbert et dénoncent
l’intervention économique de l’État. Pour ces auteurs, les individus doivent être laissés libres
de poursuivre leur intérêt particulier puisque l’ordre social qui en résulte est le meilleur
possible. Il existe en effet des lois naturelles qui permettent de concilier l’intérêt personnel et
le bien-être général : ces lois sont celles du marché, régi par les principes de la concurrence
pure et parfaite. La formule « laissez faire, laissez-passer », du physiocrate Vincent de
Gournay, résume cette première formulation du libéralisme en matière économique.
Ces idées sont reprises par les économistes classiques britanniques de la fin du XVIIIe siècle
et du début du XIXe : dans la Richesse des nations, publié en 1776, Adam Smith évoque une
« main invisible du marché » qui, grâce aux prix, assure la coordination des intérêts
individuels et conduit à un résultat profitable pour tous, sans qu’à aucun moment un acteur
quelconque ait eu à sa charge la responsabilité de l’intérêt général. Le marché assure ainsi
bien-être et résolution des conflits. Dans ce cadre, l’intervention de l’État doit être réduite au
maximum. Pour Smith, l’État doit être défini comme un « État gendarme », un État minimal,
qui a pour seule fonction de veiller au respect des conditions de concurrence pure et parfaite,
de permettre l’exercice de la liberté individuelle et, le cas échéant, de pallier les rares
défaillances du marché. Au XIXe siècle, David Ricardo, Malthus, John Stuart Mill, en
Grande-Bretagne, Jean-Baptiste Say, en France, prolongent la réflexion d’Adam Smith et font
des années 1820-1914 l’âge d’or du libéralisme économique.
L’influence du libéralisme au XIXe siècle ne saurait mieux se manifester que dans la diffusion
progressive du modèle de démocratie libérale, régime au sein duquel se réalise la conciliation
du libéralisme politique et du libéralisme économique. Si, à la fin du XIXe siècle, l’Europe
occidentale, pour l’essentiel, et l’Amérique du Nord sont les principales aires de diffusion du
modèle de démocratie libérale, un nombre croissant de pays l’ont adopté au cours du
XXe siècle.
154
également libéral : le régime a en effet pour but de maintenir et de défendre les libertés
individuelles progressivement acquises en Occident depuis la fin du XVIe siècle.
Les libertés économiques vont de pair avec la liberté politique : l’État se proclame le
défenseur des deux postulats de base que sont l’initiative individuelle et la propriété privée.
La liberté sociale, sœur de la liberté économique, implique enfin que l’État ne doit pas
intervenir dans les rapports sociaux, et tout particulièrement dans les rapports entre patrons et
salariés. La forme politique du régime peut différer d’un pays à l’autre : certaines démocraties
sont des monarchies, d’autres des républiques. Mais partout les mêmes principes
fondamentaux sont respectés.
5 OPPOSITIONS ET ÉVOLUTIONS
Le libéralisme, bien qu’influent, n’est pas la seule doctrine politique à marquer les XIXe et
XXe siècles. Nombre d’auteurs se sont en effet opposés au libéralisme, tant du point de vue
politique qu’économique.
Parmi ces adversaires, les plus importants sont sans conteste les penseurs qui se réclament du
socialisme. Au-delà de leur diversité, réelle, les socialistes ont en commun de faire primer
l’égalité sur la liberté, le collectif sur l’individuel et, bien souvent, les rapports économiques
sur l’organisation politique. Selon eux, le libéralisme est l’idéologie d’une classe particulière,
la bourgeoisie, qui, jouant sur l’ambiguïté entre libertés formelles et libertés réelles, profite
d’un système qui postule l’égalité de tous pour établir sa prospérité et sa domination aux
dépens des autres classes sociales. La liberté est essentiellement la liberté du plus fort et, sans
réelle égalité, la libre concurrence a pour conséquence l’exploitation des plus faibles.
Ils considèrent donc que l’État doit intervenir : au lendemain de la révolution de 1848, des
auteurs comme Louis Blanc estiment que l’État est « une machine de progrès », apportant à
l’homme les conditions de son perfectionnement.
Mais les socialistes ne sont pas les seuls adversaires du libéralisme : en 1832, l’Église
catholique condamne également ceux qui, parmi les siens, se réclament du catholicisme
libéral et souhaitent l’alliance du clergé et de la démocratie. Par une encyclique, le pape
exprime son opposition à la liberté de conscience, qualifiée d’« opinion absurde et erronée »,
et à la liberté de la presse, « la pire de toutes, que l’on ne pourra jamais assez exécrer et
maudire ».
C’est toutefois le libéralisme économique qui, bien plus que le libéralisme politique, suscite
les critiques les plus fortes. Marx et le marxisme avaient, dès la fin du XIXe siècle,
considérablement affaibli la foi que l’on pouvait avoir dans les mécanismes autorégulateurs
du marché. Mais c’est John Maynard Keynes qui, par la publication de sa Théorie générale de
155
l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, apporte en 1936 la preuve décisive du caractère
faillible du marché, et donc de la nécessité d’une intervention de l’État, seul à même de
résoudre la question du chômage.
Les années qui suivent la Seconde Guerre mondiale se caractérisent ainsi par un
interventionnisme croissant de l’État dans le domaine économique et social : pour les
économistes d’inspiration keynésienne, l’État doit non seulement se substituer au marché
lorsque celui-ci est incapable de produire tel ou tel bien, mais il doit également agir sur la
répartition des richesses et sur le niveau de l’activité économique. L’État n’est plus seulement
« gendarme », il est également « providence », ayant pour charge d’assurer la prospérité
(welfare, en anglais) de chacun.
Face au keynésianisme, une contre-offensive libérale se dessine : à la fin des années soixante,
l’incapacité du keynésianisme à combattre la crise mondiale naissante permet à des auteurs
comme Milton Friedman ou Friedrich August von Hayek de se faire entendre. Ceux-ci voient
dans l’interventionnisme de l’État la cause des difficultés contemporaines et proposent un
retour aux sources du libéralisme. Selon eux, le chômage ne disparaîtra qu’à la condition de
libérer les individus et le marché des contraintes qui les entravent. L’arrivée au pouvoir de
Margaret Thatcher en Grande-Bretagne, de Ronald Reagan aux États-Unis, au début des
années quatre-vingt, peut être considérée comme l’apogée de cette nouvelle vague libérale.
Celle-ci connaît toutefois un reflux dans les années quatre-vingt-dix.
Les économistes sont en effet aujourd’hui beaucoup plus circonspects vis-à-vis du libéralisme
qu’ils ne l’étaient il y a dix ans. Les nouvelles théories de la concurrence ou de la croissance
ont suscité un regain d’intérêt pour l’intervention de l’État. Sans que ces évolutions marquent
un retour aux doctrines strictement keynésiennes d’antan, il n’en demeure pas moins que les
nouvelles générations d’économistes apparaissent plus interventionnistes que la précédente.
Endettement public
1 PRÉSENTATION
endettement public, montant total des obligations pécuniaires d'un État, résultant des
emprunts qu'il a contractés, auprès des particuliers, d'États étrangers ou d'organismes
internationaux tels que la Banque internationale pour la reconstruction et le développement ou
Banque Mondiale, par l'intermédiaire des marchés financiers.
2 DÉFINITION
La dette publique est généralement financée par l'émission d'emprunts (qui donnent lieu au
versement d'intérêts), sous la forme d'obligations ou de bons du Trésor. Ces emprunts sont
156
émis pour équilibrer le budget ou pour payer des dépenses non couvertes par les ressources de
l'État, ou encore pour favoriser une relance économique en créant un déficit budgétaire
destiné à atténuer les effets du chômage ou d'une dépression (ou des deux à la fois).
L'endettement comme instrument de politique économique ne fait pas l'unanimité, dans la
mesure où il peut avoir un effet inflationniste. Mais la capacité d'une nation à rembourser sa
dette publique a finalement plus d'importance que son niveau d'endettement.
Autrefois, les dettes contractées par les souverains étaient juridiquement considérées comme
des dettes personnelles. Ce n'est que lorsque les États ont commencé à disposer d'un revenu
régulier permettant de rembourser les emprunts qu'un système monétaire et un véritable
marché monétaire organisé ont fait leur apparition, et que les finances publiques ont pris en
compte le problème de l'endettement. À l'époque contemporaine, le financement et le
remboursement de la dette publique représentent une charge importante dans le budget des
États. Le remboursement de cette dette étant principalement assuré par l'impôt, l'ampleur de la
dette publique joue un rôle déterminant dans le taux de pression fiscale (voir Fiscalité).
À l'échelle mondiale, le niveau d'endettement public des États augmente de façon générale, en
relation directe avec l'interventionnisme croissant des États dans l'économie. Ainsi,
l'endettement des États s’accroît de manière continue jusqu'à la fin de la Première Guerre
mondiale, puis connaît une certaine diminution, avant de recommencer à augmenter à la suite
de la crise économique de 1929, qui détermine l'utilisation du déficit budgétaire comme
moyen de relancer l'économie, et particulièrement l'emploi. Avec la Seconde Guerre mondiale
enfin, l'emploi massif du déficit budgétaire dans une perspective keynésienne provoque une
nouvelle augmentation des niveaux de l'endettement public dans le monde.
À partir des années 1970, la croissance du niveau d'inflation, la hausse des taux d'intérêt et
l'augmentation des prix du pétrole contribuent à accroître la dette mondiale. Les pays en voie
de développement empruntent de façon massive sur les marchés internationaux des capitaux
pour financer leurs importations. Ces emprunts, principalement contractés à taux variables
auprès des grandes banques, précipitent une crise financière en 1982, lorsque la croissance
économique mondiale connaît un net ralentissement. Plusieurs pays en voie de
développement, dont le Mexique, le Brésil et l'Argentine, doivent alors adopter des
programmes d'austérité pour pouvoir continuer à rembourser leurs dettes.
En France, les dépenses publiques représentent, en 2002, 53,4 p. 100 du produit intérieur brut
(PIB) soit plus de 800 milliards d’euros. Les intérêts versés par l'État pour le remboursement
de cette dette avoisinent 15 p. 100 du budget. Un tel niveau d'endettement fait aujourd’hui
l’objet d’un encadrement strict depuis l’adoption du pacte de stabilité signé dans le cadre de
l’Union européenne (UE). Pour autant, cela n’a pas empêché la France de faire l’objet d’une
procédure de sanction de la part des autorités communautaires en raison du dépassement des
critères définis par ce pacte, laquelle est motivée par une dégradation des comptes publics,
notamment budgétaires.
157
Nouveau partenariat pour le développement
de l'Afrique (NEPAD)
1 PRÉSENTATION
Plus connu sous son abréviation anglaise NEPAD, le Nouveau partenariat pour le
développement de l’Afrique est conçu comme un contrat passé avec la communauté
internationale (en fait les pays développés), proposant d'échanger bonne gouvernance et
libéralisme contre investissements massifs et aide au développement.
158
2 ÉLABORATION ET ADOPTION
Né d'une volonté des chefs d’État africains de ne pas attendre que des propositions nouvelles
pour le développement de leur continent émanent des grands pays industrialisés, le NEPAD
est le fruit du constat des échecs essuyés par tous les plans d’aide portés par les bailleurs de
fonds, sans une véritable implication des peuples africains. Il est initié par les trois plus
importants États d'Afrique — l’Afrique du Sud, le Nigeria et l’Algérie —, désireux de rompre
avec un passé autoritaire ou en proie à la corruption (apartheid, dictatures militaires), et
d’instaurer de nouvelles relations avec les pays riches, où la logique du partenariat se
substituerait à celle de l’assistance.
3 PRINCIPES FONDATEURS
4 OBJECTIFS ET PRIORITÉS
159
tenue, en particulier de la part des pays les plus riches. Le bilan politique est en outre
dramatique : en quarante ans d'indépendance, le continent a connu quelque quatre-vingts
coups d'États et trente guerres faisant sept millions de victimes et dix millions de réfugiés.
Pour rompre avec le passé et réaliser un développement durable, le NEPAD préconise une
approche globale et fixe dix thèmes prioritaires, chacun de ces secteurs d’action étant confié à
l’un des cinq pays initiateurs : la bonne gouvernance publique, la bonne gouvernance de
l’économie privée, les infrastructures, l’éducation, la santé, les nouvelles technologies de
l’information et de la communication (TIC), l’agriculture, l’environnement, l’énergie, l’accès
aux marchés des pays développés.
Cette initiative apparaît à beaucoup comme une dernière chance pour l’Afrique de monter
dans le train du développement. Elle n’est cependant pas sans susciter de nombreuses
réserves, notamment sur la capacité des dirigeants africains à respecter et faire respecter les
principes de la bonne gouvernance, politique, économique et sociale, d’autant plus que
l’application de ces critères passe par un mécanisme, facultatif, de contrôle par les pairs.
Pauvreté
Pauvreté, situation dans laquelle se trouve une personne n'ayant pas les ressources suffisantes
pour conserver un mode de vie normal ou y accéder.
Les tentatives d'analyse de la pauvreté s'appuient largement sur une distinction entre pauvreté
relative et pauvreté absolue qui rendrait compte des deux principales manières d'être pauvre :
celle des pays développés et celle des pays en développement.
La pauvreté est absolue quand le revenu perçu est inférieur à un minimum objectivement
déterminé ; elle n'est que relative si les ressources sont inférieures à un certain pourcentage du
revenu moyen.
Cet essai de classification, pour utile qu'il soit, est extrêmement délicat à employer car la
pauvreté absolue reste, dans la façon dont elle est supportée, fonction du développement de la
160
société, alors que la pauvreté relative dépend de l'attention, variable, portée aux besoins non
alimentaires.
Malgré l'accroissement de la pauvreté dans les pays développés, accroissement d'ailleurs mis
en doute par certaines études économiques, la situation n'est guère comparable avec celle des
pays en développement. D'après le rapport de la Banque mondiale de 1990, un habitant sur
trois, soit 1 milliard de personnes vivait dans un état de pauvreté absolue, c'est-à-dire qu'il
disposait d'un revenu de moins de 370 dollars par an, un sur cinq disposant même de moins de
200 dollars. Cette proportion varie en fonction des aires géographiques, les pauvres au sens de
la Banque mondiale représentant 10 p. 100 des habitants de l'Asie de l'est, 52 p. 100 de l'Asie
du Sud, 25 p. 100 de l'Amérique Latine et 48 p. 100 de l'Afrique subsaharienne. Cette
population de déshérités connaît en outre des taux de mortalité plus élevés qu'ailleurs et des
espérances de vie moindres du fait de la malnutrition ou de la sous-nutrition, des famines, et
des insuffisances sanitaires qui y sévissent tandis que l'analphabétisme y est largement
répandu. La pauvreté frappe plus durement les femmes et les minorités ethniques. Ces causes
sont multiples et mêlent développement économique, handicaps climatiques ou conditions
politiques.
Cependant, en moyenne, il semble que la pauvreté recule. Les cinquante-cinq pays les plus
pauvres ont vu leur revenu moyen par habitant passer de 190 dollars en 1975 à 390 dollars en
1993, mais la situation se détériore dans certaines régions : l'Afrique a vu son revenu par
habitant passer de 570 dollars à 350 dollars entre ces mêmes dates.
La pauvreté dans les pays développés présente un visage très différent. Si la faiblesse de
ressources est l'une de ses caractéristiques, elle se double souvent d'une faible intégration
sociale qui amène à parler des plus pauvres comme des exclus. Elle touche avant tout les
personnes âgées et les personnes à faible niveau de qualification tandis qu'une nouvelle
pauvreté se développe parmi les jeunes adultes relativement qualifiés.
Dans les pays développés, les États et les organisations internationales se réfèrent
habituellement à un seuil de pauvreté dont la détermination résulte d'arbitrages entre des
éléments objectifs (normes nutritionnelles) et subjectifs (revendications des plus démunis). Il
peut être purement monétaire ou intégrer d'autres critères économiques.
Le seuil de pauvreté correspond souvent à celui de l'intervention de l'État qui reconnaît ainsi
l'existence d'un minimum vital constitué d'un minimum alimentaire (Angleterre, États-Unis)
ou prend en compte des besoins essentiels qui peuvent différer selon les situations
individuelles (âge, état de santé, etc.).
161
approche de long terme agissant sur les conditions du développement économique et social et
des mesures d'urgence.
Décentralisation
1 PRÉSENTATION
162
pouvoir central au profit d’autres personnes administratives territoriales (département ou
commune, par exemple) ou de personnes administratives spécialisées.
— il faut tout d’abord isoler, parmi les besoins auxquels l’administration doit pourvoir, ceux
qui présentent, à titre principal, un caractère local. C’est à propos de ceux-ci que le transfert
de compétences pourra s’opérer. Il est exclu, en effet, de voir l’État renoncer à son pouvoir
décisionnel sur des questions intéressant l’ensemble de la population ou qui relèvent de ses
attributions régaliennes (en matière de défense nationale, par exemple) ;
— il faut enfin que les organes exécutifs de ces collectivités soient élus en leur sein (et non
désignés par l’État), et qu’ils jouissent d’une réelle autonomie à l’égard du pouvoir central.
On peut donc estimer que la décentralisation est mise en œuvre dès lors que la loi accorde, à
des organes élus par une collectivité personnalisée, un pouvoir de décision sur les affaires
locales.
On mesure ainsi les enjeux de la décentralisation. Certes, il s’agit de rapprocher les centres
décisionnels des administrés, et d’augmenter ainsi la pertinence des décisions prises, fondées
sur une meilleure connaissance du terrain, en évitant les erreurs dues à l’ignorance des
données propres à la vie locale. Mais, au-delà, certains auteurs y voient une véritable école de
la démocratie. C’est le cas du doyen Hauriou qui, dans son ouvrage de droit administratif,
estime que : « Les raisons de la décentralisation ne sont point d’ordre administratif, mais bien
d’ordre constitutionnel. S’il ne s’agissait que du point de vue administratif, la centralisation
assurerait au pays une administration plus habile, plus impartiale, plus intègre et plus
économe que la décentralisation. Mais les pays modernes n’ont pas besoin seulement d’une
bonne administration, ils ont aussi besoin de liberté politique. »
Maurice Hauriou se fait ainsi l’écho de la pensée de Tocqueville, qui voyait dans la commune
« la force des peuples libres ». Il ajoutait : « Les institutions communales sont à la liberté ce
que les écoles primaires sont à la science ; elles la mettent à la portée du peuple ; elles lui en
font goûter l’usage paisible et l’habituent à s’en servir. Sans institutions communales, une
nation peut se donner un gouvernement libre, mais elle n’a pas l’esprit de la liberté » (De la
démocratie en Amérique, Ire partie, chapitre 5).
S’il est vrai qu’une centralisation excessive risque d’exacerber les clivages entre capitale et
régions (on a longtemps opposé Paris au « désert français » que constituait la province dénuée
de compétences administratives) et, ce faisant, de malmener l’unité nationale, il n’en est pas
163
moins vrai que le souci d’imposer une politique unique à l’ensemble du territoire en dépit des
résistances locales peut conduire un régime démocratique au choix légitime d’une forte
centralisation.
En outre, la décentralisation peut accentuer les inégalités naturelles entre collectivités riches et
pauvres (selon les atouts respectifs dont elles disposent : localisation géographique et densité
des réseaux de transport, niveau de développement industriel, ressources naturelles) et faire
obstacle à une politique efficace d’aménagement du territoire. Et ceci sans évoquer les
surcoûts considérables engendrés par la décentralisation, quand le choix de la centralisation
permettrait la rationalisation des dépenses et une meilleure allocation des ressources (en
évitant notamment les actions parallèles d’administrations locales juxtaposées).
4 DÉCENTRALISATION ET DÉCONCENTRATION
La décentralisation territoriale se fait au profit de collectivités locales sur la base d’un critère
géographique. Cette notion de collectivité locale recouvre donc une portion de territoire aux
limites géographiques précises. Ainsi la commune, le département et, depuis 1986, la Région,
sont des personnes morales de droit public dont l’exécutif n’est plus soumis à l’autorité
hiérarchique du pouvoir central et qui exercent des prérogatives de puissance publique sur une
partie du territoire national. Enfin, l’élection des membres de ces collectivités au suffrage
universel est une composante importante de la décentralisation territoriale.
La décentralisation technique, quant à elle, s’opère sur la base d’un critère technique. Elle
consiste à effectuer le transfert d’attributions du pouvoir central à des personnes
administratives spécialisées (il s’agit le plus souvent d’établissements publics), chargées de
164
gérer un service particulier. Cette attribution est motivée par des préoccupations strictement
techniques, qui sont donc sans rapport avec les motifs politiques de la décentralisation
territoriale.
Le modèle français de décentralisation consacré par les lois de 1982 n’a pas surgi ex nihilo. Il
est le produit d’une lente évolution ponctuée de soubresauts et retours en arrière. Afin de bien
mesurer l’importance et la nature des réformes entreprises en 1982, il est utile de présenter un
bref aperçu historique retraçant cette évolution depuis la fin de l’Ancien Régime.
La construction d’un État centralisé a été une préoccupation essentielle de l’Ancien Régime.
C’est en effet au prix d’un effort continu de centralisation administrative que la monarchie a
pu réaliser l’unité française en l’imposant au foisonnement centrifuge des collectivités et
groupements de toute nature hérités de la période féodale.
Le mouvement est vite interrompu avec la Convention, qui revient à une centralisation
rigoureuse. C’est en fait la loi du 28 pluviôse an VIII qui pose les bases de la structure de
l’administration, en lui donnant la plupart des organes qui la composent aujourd’hui. Créés en
1790, les départements deviennent alors les circonscriptions locales de base de l’État, tandis
que la loi crée l’institution préfectorale.
La monarchie de Juillet est marquée par l’élection des conseils municipaux (1831) puis des
conseils généraux (1833), qui ne disposent alors que de fonctions consultatives.
Le second Empire consacre le pouvoir des préfets au profit desquels les décrets de 1852 et
1861 transfèrent de nombreuses attributions qui relevaient auparavant des ministres. Alors
que, sous la IIIe République, les lois du 10 août 1871 et du 5 avril 1884 avaient organisé
respectivement la décentralisation du département et de la commune, le régime de Vichy
marque un net retour à la centralisation. Ainsi, la loi du 16 novembre 1940 remplace l’élection
du maire par sa nomination pour les communes de plus de 2 000 habitants.
La loi du 2 mars 1982 « relative aux droits et libertés des communes, des départements et des
régions » pose le principe de la libre administration des collectivités territoriales. Pour la
commune, l’énoncé de ce principe n’est pas novateur. Depuis la loi du 5 avril 1884, la
165
commune est une collectivité territoriale de plein exercice : élu au suffrage universel, le
conseil municipal prend des délibérations dont il confie l’exécution au maire, qui est élu en
son sein.
Enfin, selon la même logique, la Région est érigée en collectivité territoriale. Le schéma de
pouvoir municipal est donc étendu au département et à la Région.
La loi tend par ailleurs à limiter le contrôle de l’État sur les collectivités. Elle supprime la
tutelle qui permettait au représentant de l’État d’exercer a priori un contrôle portant sur
l’opportunité des actes des collectivités. Seul demeure un contrôle de légalité exercé
dorénavant a posteriori par le juge administratif dûment saisi. En matière financière, ce sont
les chambres régionales des comptes, nouvellement créées, qui sont compétentes pour
apprécier la régularité de ces actes.
C’est par les lois des 7 janvier et 22 juillet 1983 que le législateur a posé les principes de la
nouvelle répartition des compétences entre État et collectivités territoriales.
Outre les affaires locales, les collectivités territoriales gèrent « les affaires de leur
compétence », c’est-à-dire celles dont le législateur estime qu’elles seront mieux traitées à un
échelon autre que national.
Dans certains domaines, l’essentiel des compétences a pu être transféré à une collectivité.
Ainsi l’urbanisme à la commune, les transports scolaires au département ou l’apprentissage à
la Région. En revanche, pour des matières comme l’enseignement public, l’environnement, la
culture, ou la gestion des ports et voies d’eau, les compétences sont nécessairement
fragmentées. Ceci suppose un effort de concertation et de coopération de tous les instants, afin
d’éviter les décisions contradictoires.
166
LA LOI DU 6 FÉVRIER 1992 : POUR PLUS DE COHÉRENCE DANS
10 L’ORGANISATION ADMINISTRATIVE
Répondant au double souci de coordonner l’action des diverses collectivités locales entre
elles, et avec l’action des administrations d’État, cette loi d’orientation accentue la
déconcentration des services de l’État pour en faire des interlocuteurs privilégiés des
administrations locales, et s’efforce d’organiser la cohérence des politiques des collectivités.
À cet effet, elle renforce les pouvoirs des représentants locaux de l’État, chargés d’orchestrer
un aménagement cohérent du territoire.
Avec trois niveaux d’administration locale, la situation de la France n’est pas atypique en
Europe. Pourtant le surnombre des collectivités territoriales et l’inadéquation de ce
morcellement aux problèmes posés sur le terrain sont fréquemment dénoncés. La concurrence
économique européenne imposera peut-être, à terme, une restructuration de cette répartition.
Certains auteurs estiment que le département est la collectivité la moins adaptée. Or, il a été le
principal bénéficiaire de cette nouvelle répartition des compétences, ce qui semble le mettre à
l’abri, pour le moment, de toute réduction des niveaux d’administration qui pourrait
s’effectuer au profit des communes et des Régions. L’institution régionale essuie également
des critiques : opérée en 1972, l’organisation du territoire métropolitain en 221 Régions ne
permet pas à celles-ci d’atteindre une taille efficiente à l’échelon européen, et de nombreuses
études ont montré l’avantage d’un découpage en 10 Régions.
Enfin la densité du réseau des 36 558 communes françaises rend la concertation difficile.
Après l’échec des méthodes coercitives de fusion, c’est la constitution de syndicats
intercommunaux qui a été jugée comme la formule la plus apte pour concilier d’éventuels
conflits entre municipalités.
Décentralisation et déconcentration
1 PRÉSENTATION
2 LA DÉCONCENTRATION
167
Sur le plan historique, la déconcentration se développa en France en réaction à la
concentration administrative de l'Ancien Régime. Elle fut alors à l'origine de la création de
l'institution préfectorale en l'an VIII, qui permit aux ministres de se défaire d'un certain
nombre de leurs attributions. De nos jours, elle reste très pratiquée, suivant le principe selon
lequel la déconcentration doit constituer le droit commun des interventions de l'État. Les
administrations centrales n'ont vocation à intervenir que dans la mesure où l'exécution de la
loi ne peut être déléguée à un échelon territorial quelconque.
168
Pourtant, après la Seconde Guerre mondiale, l'État reprit l'initiative dans le domaine du
développement local en menant une politique volontariste de planification et d'aménagement
du territoire. La déconcentration (création du préfet de région, élargissement des compétences
du préfet de région) fut privilégiée malgré les revendications des collectivités en faveur de la
décentralisation.
Ces revendications débouchèrent sur le vote des lois de décentralisation (loi du 2 mars 1982)
qui procédaient à des transferts de compétences au profit des régions. La région s'est vu
principalement investie de la planification, de l'aménagement du territoire, des lycées, de la
formation professionnelle ; le département de l'action sanitaire et sociale, des transports
scolaires, des collèges, des archives, de la voirie départementale ; la commune, des
équipements de proximité, des écoles primaires, de l'urbanisme, de la voirie communale.
État
1 PRÉSENTATION
169
2 LES FONDEMENTS DE L’ÉTAT DÉMOCRATIQUE LIBÉRAL
L’État démocratique libéral garantit les droits fondamentaux de l’individu tels qu’ils sont
proclamés dans la Déclaration universelle des droits de l’homme. Les libertés fondamentales
se trouvent assurées par les mécanismes de l’État de droit, dans lequel les autorités politiques
elles-mêmes sont soumises au respect du droit. À l’opposé, les États totalitaires, comme
l’Allemagne sous le régime nazi ou l’ex-URSS, interviennent sur tous les aspects de la vie
privée, et nient les libertés individuelles élémentaires.
3 L’ÉMERGENCE DE L’ÉTAT-NATION
Très répandue au XIXe siècle par l’intermédiaire du mouvement des nationalités, l’idée
d’État-nation comme forme accomplie d’organisation politique n’est cependant que rarement
devenue effective, comme en Grande-Bretagne ou dans la France sous la Révolution. La
plupart des États actuels d’Afrique, d’Asie, d’Amérique et même d’Europe sont constitués de
groupes humains multiples.
Dans le même temps, le pouvoir politique s’est progressivement détaché de son origine
divine, donnant naissance à des États sécularisés. Peu à peu, la souveraineté a été pensée
comme appartenant au peuple. Le pouvoir politique se trouve désincarné, détaché de l’homme
qui l’exerce, ce qui permet de concevoir les institutions et les pouvoirs comme distincts des
hommes qui en ont la responsabilité. Les contributions philosophiques de Jean-Jacques
Rousseau et Georg Wilhelm Friedrich Hegel sur ce sujet ont été d’une importance
considérable. Max Weber a ensuite souligné la tendance à la rationalisation et à la
bureaucratisation de l’État moderne.
L’État revêt diverses formes. L’État unitaire concentre le pouvoir politique dans l’État,
l’autorité centrale. Il peut être plus ou moins centralisé : l’Espagne et l’Italie accordent une
certaine autonomie à leurs provinces. La France, pour sa part, s’est engagée en 1982 dans un
processus de décentralisation administrative. Toutefois, l’État conserve tout le pouvoir
politique, et il peut réduire le degré d’autonomie des collectivités territoriales. Dans les États
fédéraux, ce principe diffère, dans la mesure où certains droits et pouvoirs propres aux entités
fédérées que sont les Länder en Allemagne et les « États » aux États-Unis ne sont pas
délégués par le gouvernement fédéral central, mais procèdent de la Constitution et sont
garantis par elle. Cependant, dans tous les cas, les constitutions réservent au pouvoir central la
compétence en matière de monnaie et de politique étrangère.
170
6 LES RÔLES MULTIPLES DE L'ÉTAT
Sur le plan interne, le rôle de l’État est multiple. Tout d’abord, il consiste à fournir à la
population un cadre juridique lui permettant de vivre et d’agir dans l’ordre et la sécurité.
L’État crée le droit par le biais de ses organes, notamment constitutionnels. On distingue
traditionnellement : le pouvoir législatif, qui vote la loi et qui appartient au Parlement ; le
pouvoir exécutif, qui applique la loi et qui est dévolu au gouvernement ; le pouvoir judiciaire,
qui tranche les litiges dans les cas particuliers et qui échoit aux tribunaux. En principe, ces
trois pouvoirs sont séparés en démocratie, et confondus en dictature.
D’autre part, l’État remplit d’autres fonctions. Il assure la défense au moyen de l’armée, la
justice au moyen des juridictions, et l’ordre intérieur au moyen de la police. Il dispose
traditionnellement du privilège de battre la monnaie, mais certains États européens procèdent
actuellement à la mise en commun de cette compétence dans la cadre de l’Union économique
et monétaire. Si ces fonctions, dites « régaliennes », sont communément acceptées, les autres
domaines d’intervention de l’État font l’objet de débats, et leur étendue dépend des choix des
sociétés concernées. En France, l’État fournit de nombreux services publics accessibles à
l’ensemble de la population. Au cours du XXe siècle, l’État a constamment étendu ses
interventions dans l’économie, la protection sociale ou la culture, suscitant l’émergence de la
notion d’État-providence. Le financement de ces interventions donne lieu au prélèvement de
l’impôt.
Dans la vie internationale, tous les États sont reconnus souverains et égaux. Théoriquement,
l’existence internationale de l’État résulte de l’apparition de ses trois éléments constitutifs : le
territoire, la population et le gouvernement souverain. En réalité, pour devenir effective, cette
existence doit être reconnue par d’autres États. Actuellement, l’admission aux Nations unies
est un gage important de reconnaissance internationale. Les États sont soumis au respect du
droit international, et ne doivent pas s’ingérer dans les affaires intérieures les uns des autres.
171
Urbanisme
1 PRÉSENTATION
Le terme « urbanisme » est une création récente : il est apparu dans la langue française au
cours des années 1910 pour désigner un champ d’action pluridisciplinaire nouveau, né des
exigences spécifiques de la société industrielle. Développant une pensée et une méthode de
penser sur la ville, l’urbanisme se présente comme la science de l’organisation spatiale et
comporte une double face théorique et appliquée. C’est l’art d’aménager et d’organiser les
agglomérations urbaines et, de façon plus précise, l’art de disposer l’espace urbain ou rural
(bâtiments d’habitation, de travail, de loisirs, réseaux de circulation et d’échanges) pour
obtenir son meilleur fonctionnement et améliorer les rapports sociaux. Cette discipline s’est
progressivement imposée dans le monde entier. L’urbanisme comprend l’ensemble des règles
relatives à l’intervention des personnes publiques dans l’utilisation des sols et l’organisation
de l’espace. Il définit la disposition matérielle des structures urbaines en fonction des critères
172
de l’architecture et de la construction. Vers le milieu du XXe siècle, l’urbanisme s’est élargi
pour faire place à une réflexion sur l’environnement économique et social des sociétés. Il s’est
développé selon deux grands courants issus des utopies du XIXe siècle : l’urbanisme
progressiste, dont les valeurs sont le progrès social et technique, l’efficacité et l’hygiène,
élabore un modèle d’espace classé, standardisé et éclaté ; l’urbanisme culturaliste, dont les
valeurs sont, à l’opposé, la richesse des relations humaines et la permanence des traditions
culturelles, élabore un modèle spatial circonscrit, clos et différencié. Les éléments
caractéristiques de l’urbanisme moderne sont les plans généraux d’urbanisme, qui résument
les objectifs et les limites de l’aménagement des sols ; les contrôles du zonage et des
subdivisions, qui spécifient l’utilisation autorisée des sols, les densités, les conditions requises
pour les rues, les services publics et les autres aménagements ; les plans de la circulation et
des transports en commun, les stratégies de revitalisation économique des zones urbaines et
rurales en crise ; les stratégies de soutien des groupes sociaux défavorisés et les principes de
protection de l’environnement et de préservation des ressources rares.
En tant que tissu de l’organisation humaine, la ville est aujourd’hui un système complexe. À
un premier niveau, l’urbanisme concerne l’aménagement des quartiers selon des critères
esthétiques et fonctionnels et la création des services publics indispensables. À un second
niveau, il concerne le milieu socioculturel, l’éducation, le travail et les aspirations des
résidents, le fonctionnement général du système économique auquel ils appartiennent, la
position qu’ils occupent dans ce système et leur capacité à prendre ou à influencer les
décisions politiques qui affectent leur vie quotidienne.
2 HISTOIRE DE L’URBANISME
Les fouilles archéologiques ont révélé des traces d’urbanisme intentionnel dans les cités
anciennes : disposition de l’habitat en structures rectangulaires régulières et emplacement bien
en vue des bâtiments publics et religieux en bordure des rues principales.
Les Romains accentuèrent cette organisation réfléchie de l’espace public : les plans de leurs
temples, portiques, gymnases, thermes et forums sont autant d’exemples de constructions qui
tiennent rigoureusement compte de la symétrie. Leurs cités coloniales, conçues comme des
camps militaires appelés « castra », possédaient de grandes avenues et un quadrillage de rues
entourées de murs d’enceinte rectangulaires ou carrés, canalisant ainsi la vision de la ville.
Après la chute de l’Empire romain, les villes déclinèrent en population et en importance. Du
173
Ve au XIVe siècle apr. J.-C., l’Europe médiévale disposa ses villes autour des châteaux, des
places fortes, des églises et des monastères, dont le tracé ne correspondait à aucun plan.
La Chine et les régions incluses dans sa sphère d’influence développèrent une haute culture
urbaine, le gouvernement central chinois utilisant les villes comme une arme administrative.
Le style d’urbanisme fut déterminé par Chang’an (aujourd’hui Xi'an), capitale des dynasties
Han et Tang. Dès la fin du VIe siècle, elle était disposée en damier et entourée par un mur de
terre battue d’une circonférence de 36,7 km avec de larges avenues (jusqu’à 155 m) allant du
nord au sud et d’est en ouest. Ce plan fut repris pour les villes de nombreux autres pays
influencés par la Chine, notamment pour la capitale impériale japonaise Heiankyo
(aujourd’hui Kyoto), fondée en 794 apr. J.-C. Le développement du commerce et d’une
économie monétaire en Chine sous la dynastie Song favorisa l’essor des cités qui, pour la
plupart, s’efforcèrent de reprendre le même plan. D’autres pays d’Asie orientale (le Tibet,
l’ancien empire Mongol) se sont inspirés du modèle chinois tout en le modifiant afin de
corriger sa trop grande rigidité.
Le bas Moyen Âge, qui vit l’essor de nombreuses villes, se traduisit par une oblitération des
volumes purs. Les maisons étaient soudées entre elles et les monuments perdirent leur
autonomie pour s’enraciner dans le tissu urbain. À un langage essentiellement temporel dans
les dispositions urbaines (la ville est le fait du prince) correspondait une architecture
antispatiale. Les villes se développèrent à la façon d’un palimpseste ; elles procédaient en
effet d’une accumulation sédimentaire, se reconstruisant en permanence sur elles-mêmes à la
suite des guerres qui les ravageaient périodiquement. La ville médiévale, limitée par ses
fortifications, progressait selon un modèle concentrique, ajoutant à la première enceinte,
historique, une deuxième enceinte de défense militaire qui distinguait clairement l’espace
ville de l’espace rural. Très dense, close et souvent chaotique, elle opérait également une
confusion totale entre le travail et le logement, ignorant les voies de transport.
2.4 La Renaissance
174
autour d’un point central et d’autres étaient disposées en étoile à partir de ce point, comme les
rayons d’une roue), mettant en perspective l’espace urbain. Une ville comme Ferrare, en
Italie, souvent considérée comme la première ville européenne moderne, présentait ainsi des
rues droites et des angles droits, mais intégrées dans des blocs de construction asymétriques
liés à la dynamique et à l’histoire ancienne de la cité. La « cité idéale » ne devint ainsi
concrète que dans de rares cas, comme par exemple Urbino en Italie ou les villes-forteresses
de Vauban. On trouve d’autres exemples d’une disposition néoclassique dans le plan de
Londres de l’architecte anglais sir Christopher Wren (1666) ainsi que dans les villes de
Mannheim et de Karlsruhe en Allemagne.
Dès la fin du XVIIIe siècle, les problèmes sociaux, économiques et politiques qui surgissaient
dans une société en pleine transformation favorisèrent la naissance d’une réflexion critique et
suscitèrent une vague de projets à grande échelle. Les phalanstères de Fourier (petites villes
miniatures), le « familistère » construit par l’industriel Godin près de son usine à Guise (1859-
1870) ou encore le concept de ville idéale de Claude Nicolas Ledoux rompaient avec la ville
ancienne, s’efforçant de regrouper le travail et l’habitat et de développer les voies de
circulation.
Vers le milieu du XIXe siècle, une partie des villes européennes apparaissaient anachroniques,
impropres à remplir les fonctions que leur imposaient l’industrialisation et les concentrations
démographiques. Pour survivre et s’adapter, elles réclamaient des transformations globales de
grande envergure.
La transformation la plus spectaculaire, sans équivalent ailleurs, fut accomplie entre 1853 et
1869 par le baron et préfet de Paris Georges Eugène Haussmann. À la différence de certains
projets qui ne tenaient parfois aucun compte des conditions matérielles et esthétiques les plus
175
élémentaires, son plan s’appliquait à une ville déjà existante et ne s’appuyait ni sur une
critique sociale, ni sur une théorie de l’aménagement : pour la première fois, il traitait
l’ensemble de l’espace parisien comme une totalité, de façon méthodique et systématique. Il
fit exécuter le premier plan global de Paris, avec des courbes de niveaux, ce qui lui permit
d’analyser de façon approfondie la topographie et la morphologie parisiennes. Pour résoudre
les problèmes d’une circulation congestionnée et améliorer une hygiène souvent inexistante
(Paris avait subi deux graves épidémies de choléra dans la première moitié du siècle), la
solution radicale d’Haussmann fut le percement. Il donna une priorité à la création d’axes
nord-sud, à la construction du boulevard Sébastopol et à l’extension à l’est de la rue de Rivoli
(137 km de nouveaux boulevards). Concevant la ville en termes de systèmes homologues,
hiérarchisés et solidaires, il mit en relation tous les points névralgiques de la ville. Grâce à un
alignement sur rue très réglementé, il contribua largement à l’aération et à une uniformisation
architecturale de la capitale. Cependant, les îlots du Paris haussmannien présentaient plusieurs
inconvénients, notamment celui d’empêcher une bonne diffusion de la lumière (les pièces
donnant sur cours étaient très sombres). L’œuvre novatrice d’Haussmann inspira la
transformation du réseau urbain français et exerça une influence considérable en Europe
(notamment à Vienne, à Berlin et à Anvers) et aux États-Unis où elle fut à l’origine du
remodelage de Chicago par Daniel Burnham (1909).
Les pays anglo-saxons réagirent de façon uniforme à la nécessité d’améliorer les conditions
de vie dans les cités. Ils commencèrent par réguler les conditions sanitaires et la densité des
immeubles. En France, des expériences d’habitat amenèrent à la construction des premiers
logements ouvriers, comme la fondation Lebaudy, installée rue Gassendi à Paris. La cité-
jardin créée par le Britannique Ebenezer Howard en 1903 (modèle culturaliste) fut adoptée
par quantité d’urbanistes qui la généralisèrent dans de nombreux pays. La « ville-jardin »
communautaire de Welwyn (1920), construite d’après ses plans, avait été conçue comme une
cité indépendante, protégée de l’empiétement urbain par une ceinture verte ou une zone
agricole.
Un peu plus tard apparurent les premières habitations à bon marché (HBM) que l'on retrouve
dans l'actuelle ceinture parisienne des Maréchaux. Un urbanisme social et quelque peu
paternaliste vit ainsi le jour (modèle hygiéniste), bientôt radicalisé par les premiers modèles
urbanistes progressistes (la cité linéaire de Soria, la cité industrielle de Tony Garnier, etc.). Ce
mouvement prônait une approche globale et à long terme de l’urbanisme, impliquant
l’abandon ou la destruction des centres anciens. Les idées développées étaient d’abord des
thérapies sociales afin d’éliminer le « cancer » de la ville ancienne. Les programmes
cherchaient à concilier technologie moderne et justice sociale, s’efforçant de définir les
différents facteurs affectant les cités modernes (travail, logement, transport et loisirs).
176
Entre le premier après-guerre et la fin des années 1960, l’urbanisme progressiste s’imposa,
consacrant la figure de l’architecte français d’origine suisse Le Corbusier. Il resta néanmoins
cantonné dans la théorie et dans une expérimentation limitée jusqu’en 1945, année après
laquelle il trouva de nombreuses applications sur le terrain. Cette période fut caractérisée par
l’effacement progressif du projet social, propre aux modèles de la première génération. Les
membres du Bauhaus et du mouvement De Stijl projetaient des cités plantées sur des espaces
verts, inondées de soleil, sillonnées de voies de circulation pour drainer harmonieusement la
population évoluant entre les différents quartiers définis par leurs activités (habitat, travail,
loisir). La doctrine de l’urbanisme progressiste fut élaborée lors des Congrès internationaux
d’architecture moderne (CIAM), la charte d’Athènes définissant les critères de la ville
moderne. Le logement était privilégié, la rue « corridor » bannie et la nature largement
introduite dans les villes. Appliquant à la ville un fonctionnalisme radical (à chaque quartier et
à chaque bâtiment une fonction unique : travail, habitat, loisir, etc.), ces urbanistes
proposaient un zonage séparé dans les villes où le développement des techniques de
construction (béton, immeubles de grande hauteur, ascenseurs) permettaient toutes les
audaces.
À partir de la grande dépression des années 1930, l’intervention des États en matière
d’urbanisme s’accentua. Pour stimuler le développement économique dans les régions en
déclin, la Grande-Bretagne autorisa la nomination de commissaires spéciaux aux pouvoirs
étendus. La Grande-Bretagne, la France, les Pays-Bas et d’autres pays européens réalisèrent
plusieurs programmes de logements sociaux inspirés des théories progressistes et surtout
hygiénistes. Aux États-Unis, le président Franklin Roosevelt créa, dans le cadre du New Deal,
une Administration des travaux publics chargée de l’amélioration des investissements, un
Bureau national d’urbanisme destiné à coordonner l’aménagement à long terme ainsi qu’un
programme de création de trois ceintures vertes.
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les grands travaux de reconstruction des villes
et l’urgence du logement entraînèrent une application massive des principes de la charte
d’Athènes. Ils inspirèrent d’abord la rénovation des quartiers et des centres urbains anciens,
c’est-à-dire leur démolition au nom de l’hygiène et de la modernisation et leur reconstruction
selon les normes nouvelles. Ce type de rénovation débuta d’abord aux États-Unis sous
l’influence des anciens protagonistes du Bauhaus et gagna progressivement l’Europe. Elle a
permis en région parisienne plus de cent opérations couvrant près de 600 hectares (à Paris les
secteurs du Front de Seine, des Halles-Beaubourg et de la place d’Italie). Les villes orientales
ne furent pas épargnées par cette chirurgie radicale, comme en témoignent certaines
opérations au Maroc et au Moyen-Orient. L’urbanisme progressiste inspira également (et
inspire toujours) l’aménagement des périphéries urbaines, qu’il s’agisse de quartiers nouveaux
(Stockholm, Amsterdam, etc.) ou surtout de grands ensembles : tours et barres de logements
identiques sur tous les continents, dans lesquelles la rue a disparu (la cité des Quatre Mille de
Le Corbusier à La Courneuve, Sarcelles, etc.). Le mouvement progressiste fut également à
l’origine de la création ex nihilo de villes comme Brasilia au Brésil (Oscar Niemeyer) ou
177
Chandigarh en Inde (Le Corbusier), mais ne put mettre en œuvre de colossaux projets
utopiques (les cités lacustres de Kenzo Tange, les villes entonnoirs de Walter Jonas, etc.).
Seule la Grande-Bretagne resta relativement fidèle au modèle culturaliste de Howard dont les
villes nouvelles, résultant du New Town Act (1946), portent la marque. Bâties autour d’un
noyau central, elles intégraient des activités diversifiées, se distinguant du modèle progressiste
par leur refus d’un fonctionnalisme systématique. En raison de cette politique volontariste, de
nombreux ensembles d’habitations de ce type furent érigés dans les banlieues de Londres
mais aussi en France, où la construction de neuf villes nouvelles (Melun-Senart, Saint-
Quentin-en-Yvelines, etc.) fut lancée à l’occasion de la publication du Schéma directeur
d’aménagement et d’urbanisme de la région parisienne (1965).
Après une phase d’euphorie, le triomphe de l’urbanisme progressiste suscita une critique
croissante sur ses réalisations et sa démarche à partir des années 1960. Les effets sociaux
provoqués par le gigantisme et la pauvreté formelle et sémantique de ces innombrables cités-
dortoirs et déserts de béton d’une part et le scientisme quelque peu dogmatique de ses
théoriciens, d’autre part, amenèrent à une remise en cause de sa suprématie. Parallèlement, on
prit conscience que, dans la « nouvelle ville », l’urbanisme dépassait la simple dimension
matérielle et qu’il englobait également les questions sociales, économiques et politiques. Ces
questions étaient trop importantes pour laisser tout pouvoir aux urbanistes et à leurs rêves de
cités radieuses. C’est ainsi qu’un mouvement postmoderne vit le jour, caractérisé par son
hostilité au mouvement moderne et par une plus grande modestie et un plus grand réalisme en
matière d’urbanisme.
178
urbanistes disposent aujourd’hui de moyens accrus pour recycler, transformer et restituer les
ensembles anciens dans le processus d’urbanisation. Les villes, qui sont des formes
complexes ou imparfaites, deviennent ainsi des villes flexibles, plus soucieuses de cohésion
formelle que fonctionnelle. Pour autant, il ne faut pas supprimer les différences entre les
territoires, ni trop « coudre » les espaces urbains les uns aux autres pour tout homogénéiser.
La banlieue ne doit pas être comme le centre, sans quoi les sens humains, qui lisent le dedans
et le dehors d’une ville, peuvent se perdre. Il convient de créer des sous-villes, offrant ainsi
des échelles d’appropriation plus petites aux mégapoles.
Le quartier Massena, dans l’Est parisien, se veut une illustration de ces théories, un quartier-
laboratoire de la ville de l’âge III : à l’opposé des îlots fermés haussmanniens, il est composé
d’une succession d’îlots ouverts, avec des fentes pour permettre le passage de la lumière. En
même temps, l’alignement sur rue est respecté, tout comme une certaine homogénéité des
constructions qui donne sa cohérence à l’ensemble. La ville de reconversion, de modification
et de transformation du contexte se substitue ainsi à la ville moderne de la rupture.
179
repenser entièrement l’encadrement juridique de l’aménagement urbain. Ce fut l’époque de
l’avènement des SDAU (schémas d’aménagement et d’urbanisme) et des POS (plans
d’occupation des sols). Le législateur s’attacha également à créer un nouvel équilibre entre les
compétences de l’État et celles des collectivités locales, permettant ainsi aux élus locaux de
pouvoir mieux maîtriser le développement de la cité. Cette loi connut un succès mitigé. Les
POS ont été établis malgré les réticences, mais les SDAU ne furent élaborés qu’en nombre
réduit. Devant la persistance du problème foncier, le gouvernement fit adopter la loi
établissant le principe du PLD (plafond légal de densité). En cas de dépassement du PLD
autorisé, le constructeur était redevable d’une participation financière assez dissuasive pour
que le plafond soit effectivement respecté. La loi de janvier 1983 relative à la répartition des
compétences entre l’État et les collectivités locales opéra ensuite une profonde
décentralisation de l’urbanisme au profit des communes (contrôle des POS). L’État continuait
toutefois à exercer ses pouvoirs de contrôle. La loi de juillet 1985 relative à l’urbanisme
opérationnel (définition et mise en œuvre de l’aménagement) modernisa encore le droit de
l’urbanisme, accroissant les responsabilités des communes et garantissant aux administrés une
véritable concertation. Enfin, la loi d’orientation pour la ville (LOV) de 1991 mit l’accent sur
la cohésion sociale dans les quartiers et les besoins de logements sociaux. Elle correspondait à
la mise en œuvre d’une politique globale de la ville, conséquence du mal-être de certains
quartiers constitués de grands ensembles construits dans les années 1960.
La planification urbaine est la méthode de prévision et d’organisation qui permet aux autorités
publiques d’orienter et de maîtriser le développement urbain par l’élaboration et la mise en
œuvre de documents d’urbanisme. Elle s’exprime par les plans d’occupation des sols (POS) et
les anciens SDAU, appelés aujourd’hui schémas directeurs (SD). Les POS sont des
documents qui déterminent avec précision l’affectation des sols et les règles de leur
utilisation ; les SD définissent quant à eux les règles générales du développement urbain à
l’échelle d’une ou de plusieurs agglomérations. Le maillage de la planification urbaine
s’insère dans celui de la planification générale de l’espace et rejoint de ce fait les
180
préoccupations d’aménagement du territoire. Le régime du permis de construire est
aujourd’hui étroitement lié aux prescriptions du POS.
Les schémas directeurs sont des documents prévisionnels qui fixent les orientations
fondamentales de l’organisation des territoires intéressés en tenant compte en principe des
besoins de l’extension urbaine, de l’exercice des activités agricoles, industrielles et tertiaires
et de la préservation des sites et des paysages. Documents d’orientation et non de prescription,
les SD précisent la destination des sols, le tracé des grands équipements d’infrastructure et la
localisation des services. En vertu de la loi de décentralisation de 1983, la procédure
d’élaboration des SD est très largement du ressort des communes. Ces schémas ont peu à peu
été abandonnés, puisque seulement dix-huit SD ont été approuvés depuis 1983 — leur
difficulté principale provenant du fait qu’ils supposent une concertation au niveau
intercommunal. Le SDRIF, schéma directeur de la région Île-de-France élaboré entre 1990 et
1994, a permis aux collectivités locales d’imposer leurs vues en matière d’aménagement du
territoire à l’État. Au lieu de s’inscrire dans des frontières administratives, les communes ont
opté pour un espace géologique, celui du Bassin parisien, repoussant ainsi les frontières du
développement à 150 ou à 200 km de la capitale.
Le POS détermine les règles générales de l’utilisation et de la destination des sols dans un
périmètre qui est généralement celui de la commune. Le POS se compose d’un document
graphique et d’un règlement. Il comporte un zonage et des prescriptions d’urbanisme,
établissant pour chaque zone un coefficient d’occupation des sols (COS). Il détermine au
minimum l’affectation des sols et la nature des activités qui peuvent y être exercées, prescrit
le droit d’implantation des constructions, leur destination et leur nature (un permis de
construire doit impérativement respecter le POS). Le POS doit se fonder sur les données
existantes pour prévoir, programmer et maîtriser l’urbanisation et l’équipement de la
commune à moyen terme. Le conseil municipal prend la décision d’élaborer un POS ; les
administrés ont alors la possibilité de le consulter et de le contester le cas échéant. Susceptible
d’évoluer, le POS peut par conséquent être révisé. Il constitue un document de planification
urbaine essentiel, placé entre les mains des élus locaux qui peuvent ainsi gérer et maîtriser la
croissance de l’aménagement urbain. Dans certains lieux, l’utilisation de certains sols est
réglementé par la loi, qui spécifie les restrictions générales concernant la hauteur, le volume et
l’usage des bâtiments. D’autres règlements contiennent les normes générales, beaucoup plus
souples, concernant les usages multiples ou l’architecture d’un bâtiment. Les règles de la
construction et du logement portent sur la qualité et la sécurité de la construction de nouveaux
bâtiments ainsi que sur leur entretien ultérieur. Dans la plupart des cas, les règles spécifient
les matériaux devant être utilisés, leur qualité minimale et les éléments de construction
nécessaires à une structure appropriée à l’occupation humaine.
L’urbanisme opérationnel désigne l’ensemble des actions dont l’objet est la conception et la
réalisation d’opérations de construction et d’équipements menés ou contrôlés par les autorités
publiques. C’est l’expression la plus forte de l’interventionnisme public dans le domaine
urbain. Une libéralisation progressive des procédures a permis d’y associer plus largement les
opérateurs privés et les administrés. La loi d’aménagement de 1985 a voulu relancer
181
l’urbanisme opérationnel en donnant aux collectivités locales plus de pouvoir en la matière et
surtout plus de moyens pour en maîtriser la conception et la mise en œuvre. Les opérations
d’urbanisme les plus répandues sont les lotissements et les zones d’aménagement concerté, les
ZAC, qui ont remplacé les ZUP (zones à urbaniser en priorité) et permettent la réalisation
d’opérations complexes, mêlant souvent la réalisation de constructions à usage d’habitation,
de commerces, d’entreprises, d’installations et d’équipements collectifs. Les réalisations de
ZAC engagent des établissements publics d’aménagement (EPA) et éventuellement des
sociétés d’économie mixte (SEC) lorsqu’une entreprise privée participe à l’opération. La ville
de Paris a actuellement trois projets de ZAC en construction (Aubervilliers, Alésia-
Montsouris, porte d’Asnières), mais souhaite se réorienter vers des opérations plus légères.
Le mouvement de renouveau urbain des années 1940 fut insensible aux fluctuations des
quartiers urbains. Des années 1940 aux années 1960, le credo consistait, lors de l’échec d’un
agent économique, à laisser affleurer le « pourrissement » et à déblayer le terrain en vue de sa
réutilisation. Dans bien des cas, la reconversion n’avait jamais lieu. Les multiples facteurs qui
ont entraîné la mutation des quartiers furent ignorés ou mal analysés.
La programmation financière des investissements est l’instrument budgétaire utilisé par les
urbanistes pour établir le programme de construction et de financement des travaux publics.
Les projets d’investissements — comme l’amélioration des routes, l’éclairage des rues, les
parcs de stationnement publics et l’achat de terrain pour les espaces libres — doivent être
classés par priorités. Un contrat d’objectifs annuel précise les projets prioritaires sur une
période de six ans, qui auront pour but de mettre en œuvre le plan général et de remplacer
l’infrastructure usagée. Dans les régions à forte croissance, les urbanistes sont
continuellement confrontés à des équipements collectifs qui ne correspondent plus aux
critères de l’aménagement futur. Dans les zones en déclin, la reconversion économique est de
première importance. Avant même d’établir un programme financier d’investissement, il faut
établir une estimation du quartier, de sa viabilité et adopter des stratégies de redressement.
Les urbanistes ont maintenant compris qu’une ville est affectée par les conditions
économiques régionales, interrégionales, nationales et internationales. Ils savent également
que l’efficacité des plans dépend de la qualité de l’analyse et de l’interprétation de ces
conditions. Telles sont les leçons qui ont été tirées des bouleversements qui ont marqué les
structures économiques suburbaines et interrégionales dans les années 1960 et 1970.
182
Le droit de l’urbanisme alimente un important contentieux. Ce sont les tribunaux
administratifs qui sont compétents en première instance ; en appel, à la suite de la réforme du
contentieux instituée par la loi de 1987, ce sont les cours administratives d’appel qui sont
compétentes. Aujourd’hui, le contentieux de l’urbanisme représente à lui seul entre 10 et
15 p. 100 des affaires traitées par les tribunaux administratifs. Les litiges les plus nombreux
tendent à demander aux juges l’annulation d’une décision dont la légalité est contestée, ou des
indemnités pour des préjudices subis du fait d’une faute de l’administration.
Au cours des dernières décennies du XXe siècle, l’urbanisme a été de plus en plus impliqué
dans la définition et la réalisation de la politique des services publics ainsi que dans la
fourniture de ces services. Depuis qu’il est manifeste que les ressources sont limitées et que
les évolutions d’ensemble ont des répercussions sur l’avenir de chaque communauté,
l’urbanisme a dû s’intégrer aux structures nationales et internationales de planification de
l’aménagement.
Dans ce contexte, différents groupes urbains d’habitants ont appris à défendre leurs intérêts.
Mieux informés, ils connaissent les lois et les procédures et sont à la fois plus militants et plus
tenaces. Conscients que la planification permet de structurer le changement, ils cherchent à
influencer celle-ci. En retour, les urbanistes cherchent à équilibrer les intérêts rivaux par un
consensus communautaire minimal permettant de prendre des décisions. D’autre part, les
réactions contre la centralisation de la planification et les appels au développement privé dans
les années 1980 et 1990 ont donné lieu à d’ambitieuses expériences en matière de réduction
des contrôles de planification, parfois — comme dans le cas de la reconversion du quartier
des docks à Londres — avec des résultats mitigés.
Dans les cinquante prochaines années en effet, les urbanistes seront confrontés au défi d’une
croissance urbaine qui va s’intensifier et dont le centre de gravité se déplacera en Asie et dans
le tiers-monde. En 2005, plus de la moitié de la population mondiale sera concentrée dans les
villes et 60 p. 100 en 2025, perspective vertigineuse puisque la terre ne comptait que
10 p. 100 de citadins au début du XXe siècle. Alors que Londres a mis cent trente ans pour
passer de 1 à 8 millions d’habitants, Lagos au Nigeria, qui n’en avait que 290 000 en 1950, en
comptera 24,4 millions en 2015. Sur les 33 mégapoles annoncées par l’ONU pour 2015, 27
seront situées dans les pays les moins développés, dont 19 en Asie. Tokyo (28,7 millions
d’habitants en 2015) sera la seule ville « riche » à continuer de figurer sur la liste des dix plus
183
grandes villes du monde. Paris, classée au 4e rang des villes les plus peuplées en 1950, sera
reléguée en 29e position en 2015. Bombay (Inde), Shanghai (Chine), Jakarta (Indonésie),
São Paulo (Brésil) et Karachi (Pakistan) dépasseront toutes les 20 millions d’habitants.
Devant de tels bouleversements, les avis des experts sont partagés entre ceux qui croient aux
« mégavilles » comme facteur d’émancipation de l’humanité et ceux, plus sceptiques, qui
considèrent que la poursuite de ce processus mènera à une implosion urbaine.
Plusieurs phénomènes tendent en effet à démontrer que la croissance des villes est un
phénomène non seulement inéluctable mais porteur d’espoir. Le mouvement d’urbanisation
est déjà si profondément engagé que l’essentiel de l’expansion des villes repose désormais
non plus sur l’exode rural, en voie de marginalisation, mais sur leur démographie interne
galopante. Urbanisation et développement vont de pair, plaide aujourd’hui l’ONU, dont un
récent rapport concluait que les citadins pauvres étaient trois à dix fois plus riches que les
ruraux pauvres.
Les villes, carrefours des compétences et des initiatives, supports stimulants pour l’éducation
et l’innovation, lieux d’ouverture au monde, favorisent non seulement le décollage
économique mais aussi la baisse de la fertilité. Déjà, les rythmes de croissance s’essoufflent
dans les vieux pays industrialisés : l’urbanisation porterait en elle les remèdes à ses propres
ravages. En soulageant les campagnes, la croissance des villes permettrait une hausse de la
productivité agricole et une meilleure préservation des ressources naturelles. Dans les pays
riches, le fait urbain est non seulement une réalité démographique ancienne (85 p. 100 des
Français vivent dans une commune comptant plus de 30 000 habitants ou jouxtant une telle
commune), mais l’unique référence en matière de mode de vie. Les agglomérations urbaines
modernes tendent de plus en plus à s’étendre sur un espace plus vaste. Les urbanistes parlent
désormais de conurbations, ces zones d’habitat humain s’étendant sur plusieurs centaines de
kilomètres, de Boston à Washington, de Tokyo à Kobe, d’Amsterdam à la Ruhr.
Au rythme de croissance actuel de la population urbaine, soit 170 000 personnes de plus par
jour dans le monde, les nouvelles mégalopoles sont, selon l’avis de certains spécialistes,
lourdes de menaces pour l’humanité. La plupart d’entre elles ont atteint une taille critique au-
delà de laquelle les problèmes de la vie urbaine (pollution, embouteillages, prix élevé de
l’immobilier) en balaient les avantages, étouffant chaque jour un peu plus ses habitants. Dix
millions de citadins meurent chaque année du fait de la mauvaise qualité des logements, de
l’eau et de l’hygiène. Le déracinement et le chômage, la violence, l’éclatement social et
ethnique comptent parmi les plaies consécutives à la prolifération des villes. Déjà en 1964, un
grand historien du monde urbain, Lewis Mumford, appelait Nécropolis la cité moderne :
« ceux qui prétendent que la prolifération des grandes métropoles est inévitable oublient que
celles-ci ont marqué, d’une manière constante, l’effondrement de toute une période
civilisatrice », écrivait-il dans la Cité à travers l’histoire. Dans de nombreuses villes du tiers-
184
monde — mais aussi des pays industrialisés —, la croissance urbaine s’accompagne en effet
aujourd’hui d’une misère profonde. À l’échelle mondiale, la pauvreté touche jusqu’à
60 p. 100 de la population des villes. Même dans les pays développés, qui se révèlent
désormais incapables de loger l’ensemble des ménages à faibles revenus, l’équilibre qui
maintenait des liens entre quartiers riches et quartiers pauvres s’est rompu. La ville, qui était
le lieu de la civilisation par excellence, l’endroit où l’on trouvait sécurité, bien-être et liberté,
est aujourd’hui cernée par une périphérie trouble et incertaine. Dans les métropoles modernes,
des quartiers entiers deviennent des lieux d’enfermement et d’exclusion. De Lagos à Shanghai
en passant par nombre de villes américaines protéiformes comme Mexico, Los Angeles ou
São Paulo, la ville est devenue un espace urbain subi et cisaillé par les tribus sociales et
ethniques, des damiers où chaque case se fortifie et se durcit et dans lesquelles l’individu ne
joue plus qu’un second rôle. Une ville comme Atlanta, aux États-Unis, est assez
caractéristique du standard mondialisé en train de se mettre en place : au centre, un quartier
d’affaires dominé par les tours de Coca-Cola et de la chaîne d’information en continu CNN ;
légèrement décalé, le centre administratif, beaucoup plus modeste ; tout autour se trouvent
différents quartiers, organisés de façon ethnico-sociale et qui ne sont reliés entre eux que par
un réseau autoroutier urbain ; les Blancs, plus aisés (20 p. 100 de la population), ont fui le
centre-ville pour aller vivre dans des banlieues résidentielles. Ainsi, au nord comme au sud de
la planète, la ville se structure désormais comme un archipel de zones isolées les unes des
autres, abritant des groupes de population qui ne se côtoient plus. La mondialisation fait
planer une lourde menace sur les villes et l’État paraît dans de nombreux pays de plus en plus
incapable de gérer le développement urbain.
4.4 Habitat II
Pour rendre les villes plus viables et plus respirables et pour débattre de ces questions, près de
9 000 spécialistes (urbanistes, maires de grandes villes, architectes, etc.) se sont réunis de mai
à juin 1996 à Istanbul, en Turquie, pour un sommet de l’ONU consacré aux défis du
développement urbain. Vingt ans après Habitat I, organisé à Vancouver (Canada) en 1976, qui
avait préconisé des politiques centralisées et focalisées sur le logement peu suivies d’effets, le
sommet d’Istanbul a marqué une réorientation de la politique onusienne dans ce domaine.
Longtemps en effet, l’idée largement dominante dans les organisations internationales était
que le salut du tiers-monde passait par le développement rural et l’agriculture. Cependant,
devant la croissance urbaine continue et l’accélération de la « tertiarisation » des économies
nationales, les enjeux urbains (3 p. 100 seulement des budgets de l’aide internationale vont
aux villes) sont devenus l’une des grandes priorités du IIIe millénaire. La conférence, dont
l’ambition finale était la mise en œuvre d’un plan mondial de développement urbain pour les
cinquante prochaines années, a insisté sur le droit de tous au logement, l’importance des
femmes dans l’accès à la ville et la nécessité d’intensifier l’action urbaine comme moteur du
développement, particulièrement dans les domaines des infrastructures de transport et de la
lutte contre la pollution. Une ambition qui, d’une part, ouvre la porte à de nouveaux modes de
fonctionnement démocratique (décentralisation, revalorisation des pouvoirs locaux avec un
rôle accru donné aux élus locaux et aux associations d’habitants) et, d’autre part, encourage
une participation plus active du secteur privé industriel (BTP notamment) dans les projets de
développement en coopération avec les collectivités locales, pour répondre aux besoins
d’équipements des nouvelles mégalopoles.
185
Entre deux mythes, celui de Babylone, mère de tous les vices et l’utopie de la Jérusalem
céleste, les urbanistes vont devoir trouver de nouvelles solutions. L’urbanisme a changé
d’échelle : intervenant à un niveau plus général, il s’est rapproché de l’aménagement du
territoire et doit prendre en compte des phénomènes jouant à l’échelle régionale, nationale ou
même planétaire. Aménager des îlots entre deux ruelles, concevoir des liens de
communication entre deux espaces urbains ou encore réinventer des villages, comme au
Brésil. Reparcourir en quelques années le cycle pluriséculaire de l’invention urbaine, afin,
comme le disait Georges Perec dans Espèces d’espaces (1974), qu’il n’y ait « rien d’inhumain
dans une ville, sinon notre propre humanité ».
Règlement des conflits, moyens non juridictionnels de parvenir à la solution d’un litige.
186
L’idée est de soulager la justice étatique de tous les litiges à propos desquels il n’est pas
indispensable de la mobiliser et de remédier ainsi à l’encombrement endémique auquel elle
est soumise. En d’autres termes, il convient d’encourager toutes les solutions qui peuvent
permettre d’éviter un contentieux judiciaire, car celui-ci est souvent lourd, long et laisse des
traces indélébiles chez les parties du litige. Les parties doivent avoir la possibilité d’éviter un
tel procès si elles le souhaitent. On retrouve ainsi l’application du fameux adage : « un
mauvais accord vaut mieux qu’un bon procès ». C’est pourquoi les modes alternatifs de
règlement des conflits sont, avant tout, fondés sur l’acceptation par les parties d’une solution
amiable, et non juridictionnelle. L’arbitrage, mode juridictionnel, n’appartient donc pas à la
catégorie des modes alternatifs de règlement des conflits.
2.1 Les modes alternatifs de règlement des conflits dans les tribunaux judiciaires civils
La loi n° 95-125 du 8 février 1995 a organisé en France les modes alternatifs judiciaires civils
de règlement des conflits. Cette réforme était attendue depuis longtemps, car elle
correspondait à un besoin pour les tribunaux de pouvoir tenter eux-mêmes une conciliation ou
une médiation avant qu’une phase proprement contentieuse ne soit engagée. Deux procédés
différents sont à la disposition des parties : la conciliation judiciaire et la médiation judiciaire.
Avant d’aborder le sujet de la conciliation comme mode alternatif de règlement des conflits, il
faut rappeler que la conciliation est, en vertu de l’article 21 du nouveau Code de procédure
civile, l’une des missions que tout juge doit obligatoirement avoir à l’esprit lorsqu’il tranche
un litige.
187
Les conciliateurs de justice agissent au nom et pour le compte du juge qui les a désignés. Les
parties ont l’obligation d’être physiquement présentes durant toute la procédure de
conciliation, bien qu’elles puissent se faire assister d’un conseil. Au terme de la phase de
conciliation, le conciliateur informe le juge du succès ou de l’échec de sa mission. En cas
d’échec, une procédure juridictionnelle recommence devant le juge. En cas de succès, le
conciliateur établit un constat d’accord, signé par les parties. Celles-ci peuvent alors
demander au juge une homologation de l’accord, qui s’obtiendra selon une procédure
gracieuse.
Le médiateur judiciaire n’est pas investi d’un pouvoir de juger que lui aurait délégué un juge,
ni même d’un pouvoir d’instruction. Son unique fonction est « d’entendre les parties et de
confronter leurs points de vue pour leur permettre de trouver une solution au conflit qui les
oppose » (article 131-1 du nouveau Code de procédure civile). Il est soumis à une obligation
de secret qui couvre tous les débats auxquels il a participé. Aussi, à l’issue du délai imparti
par le juge pour la médiation, la seule information que le médiateur est en droit de révéler au
juge est le résultat de la médiation — à savoir si les parties sont ou non parvenues à un
accord. Dans la négative, l’instance juridictionnelle reprend son cours ordinaire. Dans le cas
inverse, les parties peuvent, comme pour la conciliation judiciaire, demander une
homologation de l’accord, qui s’obtient, là encore, suivant la procédure gracieuse.
Les modes alternatifs de règlement des conflits dans les tribunaux judiciaires
2.2 pénaux
En matière pénale, les modes alternatifs de règlement des conflits sont moins répandus.
Pourtant, un procédé de médiation pénale — devenu l’article 41 du Code de procédure
pénale — a été instauré par la loi du 4 janvier 1993. Cet article permet au procureur de la
République de recourir à la médiation pénale si les parties en sont d’accord, et à la double
condition que, d’une part, la médiation intervienne avant la mise en place de l’action
publique, et d’autre part, qu’elle soit opportune au regard des circonstances de la cause. Parmi
ces circonstances, sont notamment pris en considération : les liens entre l’auteur de
l’infraction et sa victime, l’importance des dommages provoqués, le trouble causé à l’ordre
public, ou les conditions de reclassement de l’auteur de l’infraction.
188
Comme en matière civile, le médiateur peut être une personne physique ou une association, et
il doit offrir des garanties de compétence et d’indépendance. Son rôle est surtout d’évaluer le
montant du préjudice, ce qui engagera les parties si elles acceptent cette évaluation. En cas
d’échec de la médiation pénale, l’instance est reprise par le procureur de la République.
Cependant, le médiateur pénal ne transmettra pas au juge le contenu des débats qu’il a
arbitrés, car il a une obligation de secret.
Les dispositions parfois strictes examinées ici s’expliquent par le fait que ces modes
alternatifs de règlement des conflits se déroulent dans un cadre judiciaire. La latitude des
protagonistes est beaucoup plus grande dès lors qu’ils évoluent dans un cadre uniquement
conventionnel.
Ceux-ci sont innombrables, car il en existe autant que l’imagination des parties se plaît à en
inventer. Se situant en dehors du cadre juridictionnel, les solutions auxquelles parviennent ces
modes alternatifs de règlement des conflits n’empêchent pas les parties de les contester
ensuite devant les tribunaux. Une telle démarche constituerait naturellement un échec, mais
elle n’est pas interdite, car on ne peut assimiler un mode alternatif de règlement des conflits à
une décision de première instance. Ces modes alternatifs ne bénéficient d’ailleurs pas de
toutes les mesures de protection attachées au déroulement du procès judiciaire.
Certains modes alternatifs de règlement des conflits font pourtant l’objet de réglementations
spécifiques ou de pratiques répétées qui permettent d’en dégager un régime juridique. Il s’agit
de la conciliation conventionnelle, de la médiation conventionnelle, de la transaction, et du
mini-trial. D’autres modes alternatifs restent encore en phase de développement.
189
préfèrent considérer que la différence est surtout une différence de degré : la conciliation
privilégierait le résultat, tandis que la médiation s’attacherait surtout aux moyens d’y parvenir.
Cependant, il ne faut pas oublier que, comme pour la conciliation conventionnelle, il existe
des cas de médiations conventionnelles institutionnelles, comme par exemple le médiateur du
cinéma, institué par le décret du 9 février 1983. Dès lors, il est nécessaire de bien distinguer
ces deux modes alternatifs de règlement des conflits, car les lois qui y font référence, elles, les
distinguent.
3.3 La transaction
La transaction est définie dans le Code civil à l’article 2044 comme « le contrat par lequel les
parties terminent une contestation née, ou préviennent une contestation à naître ». Cette
technique se différencie quelque peu des deux précédentes pour deux raisons : d’une part,
pour qu’elle ait lieu, un litige préalable n’est pas toujours nécessaire ; d’autre part, la
transaction adoptée est dotée de l’autorité de la chose jugée (article 2052, alinéa 1er). Pourtant
il ne s’agit ici que d’un des effets de l’autorité de la chose jugée, celui qui permet de
considérer les énonciations contenues dans l’acte comme vraies, au sens de l’adage romain,
Res judicata pro veritate accipitur, « la chose jugée est tenue pour vérité ». En revanche, la
chose jugée lors d’une transaction peut être rejugée si nécessaire par un tribunal de première
instance, comme ce devrait être le cas si elle disposait de ses pleins effets.
3.4 Le « mini-trial »
Comme son nom l’indique le « mini-trial » est une forme simplifiée du procès. Comme il
l’indique aussi, il s’agit d’une pratique américaine. Elle connaît un grand succès aux États-
Unis et se développe très rapidement en France.
Calqué sur le modèle d’un procès, le mini-trial se déroule dans les mêmes conditions que
celles du procès. Une sorte de tribunal est en effet constitué, composé de trois personnes dont
deux sont des représentants des parties et la troisième, qui préside, est une personnalité neutre
et qualifiée. La procédure se déroule selon les règles de la procédure civile et les parties
plaident devant ce collège comme elles le feraient devant un tribunal normal. Au terme de
cette procédure, qui peut même être assez longue, une décision est rendue par ce collège de
trois personnes. C’est alors que deux situations peuvent se présenter : soit les parties acceptent
cette solution qui aura la valeur d’une conciliation, soit elles ne l’acceptent pas, et elles
engagent une véritable procédure contentieuse devant un tribunal normal qui reprendra la
cause au début. Même en cas d’échec, cette démarche présente un intérêt, car les parties
sauront désormais comment un tribunal risque de juger, et elles pourront orienter leurs
arguments en conséquence.
Il s’agit de modes alternatifs dont la pratique n’est pas encore très diffusée, mais qui émergent
suffisamment pour que l’on y accorde une certaine importance.
190
Tel est, par exemple, le cas du « med-arb ». Ce mode alternatif de règlement conjugue une
phase de médiation et une phase d’arbitrage devant une même personne. Le tiers agit en effet
d’abord comme médiateur, et se transforme ensuite en arbitre si la médiation n’aboutit pas à
une solution acceptée par les deux parties. Il existe aussi une variante du med-arb : le « co-
med-arb ». Dans ce cas, les missions de médiation et d’arbitrage sont remplies par deux
personnes différentes qui assistent à l’ensemble des débats.
Autre mode alternatif encore peu connu : « le baseball arbitration ». Celui-ci se distingue des
autres modes alternatifs de règlement des conflits parce que la solution adoptée n’est pas
proposée par le tiers, mais par l’une des parties. En effet, chaque partie suggère une solution
pour le litige, et le tiers doit choisir la solution qu’il préfère sans y apporter de modification.
L’intérêt de ce procédé est d’obliger les parties elles-mêmes à proposer des solutions de
compromis, car le tiers retient celle qui lui apparaît la plus raisonnable.
Le projet de réaliser une union économique et monétaire entre les pays membres de ce qui
était alors la Communauté économique européenne est formulé pour la première fois en 1970
191
dans le rapport Werner, qui propose une intégration monétaire pour 1980. Les marges
d’intervention du projet sont par la suite réduites, comme le prévoyait le rapport, mais le
processus est stoppé en raison des chocs pétroliers, du mouvement mondial d’inflation du
milieu des années 1970 et de l’inévitable divergence des taux de change qui s’en est suivi.
Le système monétaire européen (SME) — et son mécanisme des taux de change — est crée
en 1979, sans toutefois être étroitement associé au projet d’union monétaire, car il prévoit, au
moins au départ, de fréquents réajustements des taux de change. Les propositions d’union
monétaire prennent une nouvelle acuité en 1989 avec la publication du rapport Delors
— Jacques Delors est président de la Commission européenne de 1984 à 1994 —, qui dresse
un plan détaillé des conditions nécessaires à la réalisation de l’union monétaire. Le plan
Delors est adopté, avec quelques modifications, dans le cadre du traité de Maastricht signé en
mars 1992 par les douze États membres de l’Union européenne. Néanmoins, le Danemark et
le Royaume-Uni obtiennent le droit de reporter leur engagement final dans l’union monétaire.
La première étape débute le 1er juillet 1990 et s’achève le 31 décembre 1993 : elle permet la
mise en place de la libre circulation des capitaux entre les États membres, lesquels élaborent
une coopération économique et monétaire plus étroite dans le cadre des institutions existantes.
La deuxième étape, qui prend fin au 31 décembre 1998, consiste à mettre en place les
instruments de politique économique et budgétaire, nécessaires à la conduite d’une politique
monétaire unique.
Le traité définit en outre des critères de convergence quantifiés — mesurés lors du sommet
européen de Bruxelles en mai 1998 sur la base des performances enregistrées au cours de
l’année 1997 — qui constituent les conditions permettant le passage à la monnaie unique,
troisième et dernière phase du processus d’intégration monétaire qui débute le 1er janvier
1999.
— à la stabilité des taux de change qui doivent avoir évolué à l’intérieur des marges de
fluctuation permises par le mécanisme de change européen défini par le SME ;
— au taux moyen d’inflation des prix à la consommation qui ne doit pas avoir excédé de plus
de 1,5 point de pourcentage les taux observés dans les trois pays dont l’inflation est la plus
faible au cours de l’année 1997 ;
192
— aux taux d’intérêt à long terme qui ne doivent pas avoir dépassé de plus de 2 points de
pourcentage le niveau atteint par les trois pays qui jouissent des taux les moins élevés.
Au niveau des finances publiques, ces mêmes critères imposent que le déficit budgétaire
annuel doit être inférieur à 3 p. 100 du produit intérieur brut (PIB) et que le rapport de la dette
publique au PIB ne doit pas excéder 60 p. 100.
En mai 1998, onze pays sur les quinze membres que compte l’Union européenne sont retenus
afin de former le cercle fondateur de ce qu’il est convenu de nommer, en jargon
communautaire, « l’euroland ».
C’est au conseil des gouverneurs de la BCE (composé des six membres du directoire et des
onze gouverneurs des banques centrales nationales des pays participant à la zone euro) qu’il
revient d’assumer, en totale indépendance vis-à-vis des gouvernements des pays membres, la
gestion de l’euro.
Le rôle principal de la Banque centrale européenne ne diffère en rien de celui qui relève de la
compétence de toute banque centrale. La BCE est, en premier lieu, un institut d’émission
chargé de mettre en circulation la monnaie fiduciaire et divisionnaire (les billets et pièces de
monnaie) libellée en euros. Sous son autorité, et en coopération avec le Conseil des ministres
des finances européens (Ecofin), elle assure la conduite de la politique monétaire, ainsi que la
gestion des relations de change entre l’euro et les devises étrangères, avec comme objet final
d’assurer la stabilité des prix.
Les onze pays qui participent à la phase finale de l’UEM sont la France, la Belgique, le
Luxembourg, les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Irlande, le Portugal, l’Espagne, l’Autriche, l’Italie
et la Finlande, qui ont satisfait aux critères de convergence dès 1999 ; ils sont rejoints par la
Grèce début 2001. L’Angleterre, le Danemark et la Suède, pour leur part, expriment leur
intention de ne pas adhérer à la monnaie unique européenne pour des raisons de politique
intérieure. Les pays de la zone euro adoptent alors un calendrier couvrant la période 1999-
2002, au terme de laquelle l’UEM est effective.
Le 1er janvier 1999 marque l’adoption officielle de l’euro en qualité de monnaie européenne.
C’est à cette date que les parités entre les devises nationales et l’euro ont vocation à s’établir,
193
et ce de façon irrévocable. Le début de cette dernière étape ouvre une période de transition
pendant laquelle monnaies nationales et devises communautaires cohabitent de manière
concurrente. Parallèlement à la mise en circulation des billets et des pièces en euros, le
1er janvier 2002, commence le retrait progressif de chacune des monnaies des Douze, qui
disparaissent dès le mois de février de cette même année. À cette date, ces monnaies n’ont
plus de cours légal et ne peuvent plus constituer un moyen de paiement.
L’UEM marque ainsi l’abandon d’une prérogative d’origine régalienne à laquelle l’État a, de
tout temps, accordé une importance déterminante : le droit de battre monnaie. À ce titre,
l’UEM constitue une véritable révolution.
Zone euro
L’Union européenne compte quinze États membres, mais la zone euro est actuellement
constituée de douze pays uniquement : l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, l’Espagne, la
Finlande, la France, la Grèce, l’Irlande, l’Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas, le Portugal.
Trois petits États d'Europe (principauté de Monaco, république de Saint-Marin et État du
Vatican) ont été autorisés à adopter également l'euro comme monnaie unique. Trois pays de
l'Union européenne ont fait le choix politique de ne pas faire partie de la zone euro : le
Danemark, le Royaume-Uni et la Suède.
194
Parités des monnaies européennes par rapport à l'euro
MONNAIE DE L’ÉTAT MEMBRE PARITÉ AVEC L’EURO
Impérialisme
1 PRÉSENTATION
195
Impérialisme, pratique par laquelle un État cherche à réunir des peuples ethniquement et
culturellement divers dans un même ensemble économico-politique. Bien que cette notion ait
un sens similaire à celui de colonialisme et que les deux termes soient parfois utilisés
indifféremment, il convient cependant de les distinguer. Le colonialisme réside dans le
contrôle politique et l’exploitation économique d’un territoire par une population étrangère en
lien avec sa métropole. A contrario, dans sa forme pure, l’impérialisme implique le brassage
des populations, l’unification des institutions politiques, l’intégration des élites locales au
pouvoir central ainsi que la diffusion d’un modèle culturel dominant. De ce fait, la réussite
d’une politique impérialiste dépend autant de la puissance de ses instigateurs que de la faculté
de leur modèle culturel à s’universaliser.
2 HISTOIRE
2.1 De l'Antiquité au XVI e
siècle : l'impérialisme antique
Le phénomène impérialiste a existé tout au long de l’histoire de l’humanité, dans toutes les
régions du globe. Dès l’Antiquité, il s’est manifesté par la constitution de grands empires, qui
émergeaient lorsqu’un peuple doté d’une civilisation et d’une religion particulières essayait de
préserver ses conquêtes en créant un système unifié de gouvernement. On voit cette tendance
à l’œuvre dans le bassin méditerranéen, avec les empires égyptien, crétois, assyrien, mède,
perse, athénien, macédonien et romain, mais aussi en Extrême-Orient avec les multiples
empires chinois ; ou, plus tardivement, dans l’Amérique précolombienne avec les empires
aztèque, maya et inca.
À partir du XVIe siècle, l’impérialisme devient de plus en plus colonial. Au cours de cette
période, marquée par l’émergence de l’État-nation (voir État), il ne s’agissait plus pour un
peuple de tenter d’unifier le monde, mais pour plusieurs États concurrents d’établir un
contrôle politique sur des territoires de plus en plus éloignés de leur métropole. Chaque
empire colonial s’efforçait de contrôler le commerce de ses colonies afin d’en monopoliser les
bénéfices. Il en est ainsi des empires ottoman, espagnol, britannique, français, russe,
allemand, austro-hongrois, américain et japonais. L’empire napoléonien fait ici figure
d’exception par sa volonté d’unifier l’Europe au moyen de l’imposition hégémonique d’un
modèle politique issu de la Révolution française. Il apparaît donc autant comme une
résurgence de l’impérialisme antique que comme une préfiguration des impérialismes
idéologiques du XXe siècle.
196
national-socialiste, ou de l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS), on retrouve
cette tentative d’unification politique des territoires conquis, ainsi que la volonté de former
une élite politique sur une base transnationale caractéristique de la visée impérialiste.
Les différentes formes que prend l’impérialisme (et sa fréquence) amènent à voir dans ce
phénomène l’expression d’une réalité plus profonde, en relation avec l’instinct de
conservation, par lequel les collectivités humaines (dans quelque domaine que ce soit) sont
enclines à l’expansion. Aussi de nombreux spécialistes ont-ils cherché à comprendre les
causes d’un tel phénomène. Ils identifient trois grands types de motivations selon l’école à
laquelle ils appartiennent.
Les principales théories économiques qui associent impérialisme et capitalisme sont celles qui
s’inspirent de la pensée de Karl Marx, notamment les analyses de Lénine, telles qu’il les
exprime dans son ouvrage Impérialisme, stade suprême du capitalisme (1916). Les États
cherchent à dominer d’autres États afin de développer leur économie, de se procurer des
matières premières et de la main-d’œuvre supplémentaires, ou encore de trouver des
débouchés pour leur surplus de capital et des marchés pour leur excédent de production. Ces
théories ont depuis lors été affinées par des auteurs tels qu’Immanuel Wallerstein, donnant
lieu à l’interprétation structuraliste de l’impérialisme selon le modèle centre-périphérie. Cette
école continue à placer l’économie au cœur du phénomène capitaliste, tout en tenant compte
d’autres facteurs fondamentaux tels que le « leadership » politique, militaire ou culturel que le
« centre » impose à la « périphérie ». Assouplissant la vision monolithique de Marx, ce
courant introduit la possibilité d’une pluralité de centres secondaires aux côtés de la puissance
dominante. Selon ce modèle, les États-Unis se situeraient au cœur du centre, et constitueraient
aujourd’hui la plus grande puissance impérialiste de la planète, en cette fin de siècle, depuis la
chute de l’empire soviétique.
197
D’autres théories mettent en avant les déterminants politiques de l’impérialisme et soutiennent
que les États cherchent à s’étendre avant tout pour répondre à leur soif de puissance, de
prestige, de sécurité et d’avantages diplomatiques vis-à-vis des autres États.
Il existe un troisième type d’explication qui met en avant les motivations idéologiques. Dans
cette perspective, les États seraient poussés à l’impérialisme (on pourrait parler ici d’une sorte
de prosélytisme) par leurs convictions politiques, culturelles ou religieuses. Il est vrai que,
contrairement au simple fait colonial, la politique impérialiste n’est possible que justifiée par
une idéologie dépassant le particularisme culturel des nations dominantes aussi bien que
dominées. Celle-ci se doit donc d’être universalisable en droit, et susceptible d’être adoptée en
fait par les nations conquises.
Pour expliquer les politiques impérialistes, aucune de ces raisons n’est suffisante et aucune ne
peut se suffire à elle-même. D’ailleurs, la plupart du temps, ces raisons s’entrecroisent plus ou
moins. La caractérisation d’un impérialisme ne peut donc vraiment se faire que lorsqu’il y a
prédominance de l’une d’entre elles.
Ils sont tout aussi difficiles à évaluer. D’une part, ils peuvent irrémédiablement détruire les
modes de vie et de pensée traditionnels sans toujours rendre possible ni l’assimilation
véritable de cultures allogènes, même dans leurs versions universalisables, ni la production de
nouvelles formes culturelles autochtones. Il ne résulte alors de l’impérialisme qu’une
198
paupérisation absolue, tant économique que culturelle, responsable en partie de l’instabilité
politique chronique de nombreux pays du tiers monde. D’autre part, l’impérialisme peut
permettre la mise en relation des peuples et des cultures ainsi que le dépassement du cadre
étroit de l’autochtonie. Dans cette mesure, on peut considérer qu’il est, en tant que
syncrétisme, producteur de civilisation et d’universalité.
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