Introduction à la théorie des groupes
Introduction à la théorie des groupes
Marco Pettini
1 Groupes
m(g1 , g2 ) ≡ g1 g2 ∈ G (1.1)
eg = ge = g ∀g ∈ G (1.3)
g1 g2 = g2 g1 (1.5)
Il est facile de voir que l’élément d’identité est unique. Un sous-ensemble H ⊂ G est
appelé sous-groupe si l’ensemble de ses éléments est un groupe sous la loi de multiplication
de G.
L’ordre d’un groupe est le nombre d’éléments. Si l’ordre est fini le groupe est dit fini.
Le sous-groupe H ⊂ G est un sous-groupe normal ou invariant si
ghg −1 ∈ H ∀g ∈ G, h ∈ H (1.6)
1
Si l’homomorphisme d’un groupe est bijectif, on l’appelle isomorphisme. L’ensemble Kφ
des éléments qui sont transformés en e2 est le noyau de φ
gH = Hg (1.12)
ghg −1 = h0 , h0 ∈ H (1.13)
et ensuite
gh = h0 g (1.14)
c.a.d. chaque élément en gH est en Hg. En d’autres termes, les cosets gauche et droite
coı̈ncident.
Soit alors H un sous-groupe normal de G et indiquons avec G/H l’ensemble de tous
les coset distincts de H en G. L’ensemble G/H équipé de la loi de multiplication
est un groupe appelé le groupe facteur de G par rapport à H. Il est facile de vérifier que
la loi de multiplication satisfait les axiomes du groupe. L’élément unité G/H est eH.
Étant donné un homomorphisme φ : G1 → G2 nous pouvons former le groupe facteur
G1 /Kφ puisque Kφ est un sous-groupe normal de G1 . Il est facile de montrer que Kφ
est un sous-groupe, et de plus, à partir de φ(ghg −1 ) = e2 il en résulte que Kφ est un
sous-groupe normal.
Il est alors possible de construire un isomorphisme φ̄ : G1 /Kφ → G2 . En fait, si a et b
appartiennent au même Kφ coset
φ(a) = φ(b) (1.16)
En fait, a = bk avec φ(k) = e2 d’où la (1.16).
2
Vice versa si φ(a) = φ(b), a et b appartiennent au même coset. En fait, si la (1.16) est
valable, si e2 est l’élément identité de G2 , nous avons
a ∈ Kφ b = bKφ (1.18)
Le centre d’un groupe est constitué des éléments de G qui commutent avec tous les
éléments de G.
À partir de deux groupes G1 et G2 il est possible de définir le produit direct G1 × G2
en tant qu’ensemble d’éléments (g1 , g2 ), g1 ∈ G1 , g2 ∈ G2 avec la loi de multiplication
suivante
(g1 , g2 )(g10 , g20 ) = (g1 g10 , g2 g20 ) (1.20)
(a, b, c)
(b, a, c)
(a, c, b)
(c, b, a) (1.21)
(c, a, b)
(b, c, a) (1.22)
( ) ne rien f aire
(1, 2) permuter les objets en position 1, 2
(2, 3) permuter les objets en position 2, 3
(1, 3) permuter les objets en position 1, 3
(1, 2, 3) permutation cyclique
(3, 2, 1) permutation contracyclique (1.23)
3
En fait
Il est clair que l’élément d’identité et l’inverse existent. L’associativité découle du fait
qu’à chaque étape du produit il existe un état défini. Le groupe de permutations de n
objets est Sn d’ordre n!.
Exemple 2. L’ensemble des rotations du cercle de multiples de 2π/n radians. C’est
un groupe fini de n elements.
Exemple 3. GL(n, R). L’ensemble de matrices n×n non singulières forme un groupe
sous la multiplication lignes par colonnes, appelé groupe linéaire général.
et cela satisfait
RT R = I . (1.30)
Cette propriété découle de la demande de laisser les distances inchangées.
Pour chaque R ∈ O(3) la correspondance R → {Rik } est un-à-un. De (1.30) il suit
det R = ±1. Le sous-groupe de O(3) avec det R = 1 (sous-groupe sans inversions) est
appelé SO(3) (groupe orthogonal spécial)). SO(3) est un sous-groupe invariant de O(3).
4
En fait det(ghg −1 ) = det h = 1 si h ∈ SO(3), g ∈ O(3). Si g ∈
/ SO(3), Alors g = P h où
P = diag(−1, −1, −1).
Les groupes correspondants en n dimensions sont O(n) et SO(n). Ce sont des exemples
de groupes continus. Leurs éléments sont des fonctions continues d’un certain ensemble
de paramètres.
Exemple 5. Le groupe SU(2).
L’ensemble des matrices unitaires 2 x 2 avec déterminant égal à 1 forme un groupe
par rapport à la multiplication habituelle. La forme générale est
α β
U= (1.31)
−β̄ ᾱ
et la matrice identité
1 0
τ0 = (1.33)
0 1
Rappelons nous que les matrices de Pauli satisfont Trτi τj = 2δij et τi τj = δij + iijk τk ,
(123 = 1). De plus, les matrices de Pauli sont hermitiennes τi† = τi . On a
α0 + iα3 α2 + iα1
U= = τ0 α0 + iαi τi (1.34)
−α2 + iα1 α0 − iα3
α02 + λ2 = 1 (1.36)
et on peut demander
θ θ
α0 = cos λ = sin (1.37)
2 2
avec 0 ≤ θ < 2π (la raison de ce paramétrisation sera plus claire ci-dessous). Donc, à
partir de la (1.34) nous obtenons
θ θ
U = cos I − i~n · ~τ sin = exp(−i~n · ~τ θ/2) (1.38)
2 2
Montrons que SU (2) est homomorphe au groupe de rotations propres de E3 . Pour chaque
vecteur on définit la matrice
x3 x1 − ix2
x = ~τ · ~x = (1.39)
x1 + ix2 −x3
5
Nous observons que
det x = −|~x|2 (1.40)
Pour chaque U ∈ SU (2) on définit la transformation
x0 = U xU † (1.41)
x0 = U1 U2 xU2† U1† = U1 R(U2 )~xU1† = R(U1 )R(U2 )~x = R(U1 U2 )~x (1.43)
Donc, U → R(U ) est un homomorphisme de SU (2) en O(3). Nous observons que R(U ) =
R(−U ) et donc la même rotation correspond à deux matrices de SU (2).
Les seules matrices U telles que R(U ) = I sont U = ±I. Donc, le noyau de l’homo-
morphisme est Z2 = {+1, −1}. Il existe donc un isomorphisme de SU (2)/Z2 en O(3). En
fait, on peut montrer que l’isomorphisme est sur SO(3). Cela suit de
1 1
~x1 · ~x2 × ~x3 = Tr(x1 x2 x3 ) = Tr(U x1 U † U x2 U † U x3 U † ) = ~x01 · ~x02 × ~x03 (1.44)
2i 2i
o nous avons utilisé les propriétés suivantes des matrices de Pauli
La (1.44) implique que le triple produit scalaire est invariant sous les transformations
induites par le U , c’est-à-dire det R(U ) = +1, puisque le triple produit n’est pas invariant
sous les inversions spatiales (det R(U ) = −1).
SU (2) est appelé le groupe de recouvrement universel de SO(3). La (1.39) peut être
inversé
1
xi = Tr(τi x) (1.46)
2
6
La combinaison de (1.41) et (1.38) donne
~x0 = (~x · ~n)~n + cos θ[~x − (~n · ~x)~n] + sin θ(~n × ~x) (1.47)
et donc ~x0 est obtenu à partir de ~x avec une rotation d’un angle θ avec 0 ≤ θ < 2π autour
de l’axe déterminé par ~n.
L’expression explicite de la matrice R(U ) est la suivante
1
R(U )ij = T r(U † τi U τj ) (1.48)
2
Exemple 6. Le groupe de Lorentz propre.
L’ensemble des transformations propres de Lorentz forme un groupe indiqué par L+
qui est isomorphe au groupe de matrices 4 × 4 Λµ·ν (µ = 0, 1, 2, 3) tels que
1
−1
ΛT gΛ = g, g = (1.49)
−1
−1
avec det Λ = +1. La matrice g est le tenseur métrique de l’espace de Minkowski. On vérifie
que si Λ1 , Λ2 ∈ L+ la matrice Λ1 Λ2 satisfait également l’équation (1.49), det Λ1 Λ2 = 1.
Nous donnons également un exemple de boost le long de l’axe x:
cosh χ − sinh χ
− sinh χ cosh χ
(1.50)
1
1
où tanh χ = β = v/c.
Esempio 7. Le groupe de Poincaré.
Le groupe de Poincaré comprend toutes les transformations de Lorentz et les transla-
tions dans l’espace de Minkowski. Un élément est caractérisé par (a, Λ) où a représente un
quadrivecteur aµ et Λ è una trasformazione di Lorentz. Donc, pour chaque quadrivecteur
x
(a, Λ)x = Λx + a (1.51)
La loi de composition s’obtient en faisant deux transformations
(a0 , Λ0 )(a, Λ)x = (a0 , Λ0 )(Λx + a)
= Λ0 (Λx + a) + a0
= (Λ0 a + a0 , Λ0 Λ)x (1.52)
c’est-à-dire
(a0 , Λ0 )(a, Λ) = (a0 + Λ0 a, Λ0 Λ) (1.53)
Cette structure de produit est celle du produit semi-direct des groupes.
L’identité est (0, I) et l’inverse est
(a, Λ)−1 = (−Λ−1 a, Λ−1 ) (1.54)
7
2 Groupes de Lie et algèbres de Lie
Lorsque les éléments d’un groupe ne sont pas dénombrables, il est souvent utile d’avoir la
notion de continuité. Un groupe est un groupe continu de n paramètres si ses éléments
peuvent être paramétrés par n variables réelles (continues) et pas plus de n paramètres
sont nécessaires. Nous appelons n la dimension de G. Nous écrivons
Nous écrivons G = {g(a)}, a = a1 , ...an . Les propriétés suivantes doivent également
s’appliquer:
g(a)g(b) = g[φ(a, b)] (2.1)
g −1 (a) = g[ψ(a)] (2.2)
avec les fonctions continues φ et ψ.
Un groupe est appelé groupe de Lie si φ et ψ sont des fonctions analytiques (infiniment
différentiables) de a et b.
Exemples de groupes de Lie sont GL(n, R) (dim = n2 ), GL(n, C) (dim = 2n2 ), O(n)
(dim = n(n − 1)/2), U (n) (dim = n2 ) etc. Beaucoup de ces groupes laissent les formes
quadratiques inchangées. Par exemple, U (n) laisse le produit scalaire inchangé.
n
X
(x, y) = x∗i yi (2.3)
i=1
Tous les groupes ne sont pas des groupes de matrices. Par exemple, le groupe de tran-
sformations canoniques en mécanique classique ou le groupe de transformations de coor-
données en relativité générale. Un élément de ces groupes ne peut pas être déterminé par
un nombre fini de paramètres, mais plutôt par une fonction ou plusieurs fonctions. Une
application de R en G,
t → g[a(t)] ≡ g(t) t ∈ R (2.5)
avec a(t) continue, est appelé un chemin (courbe) en G. Deux éléments g1 et g2 sont
connectés s’ils peuvent être joints par un chemin, c’est-à-dire s’il existe un g(t) tel que
g(0) = g1 et g(1) = g2 .
Un groupe est appelé connexe si, pour chaque paire d’éléments, il existe un chemin qui
les unit. La composante connexe d’un groupe est l’ensemble des éléments d’un groupe qui
sont connectés les uns aux autres. Par exemple, le groupe SO(n) est connexe alors que
le groupe O(n) ne l’est pas (et il n’est pas possible de passer continuellement de matrices
avec det = +1 à des matrices avec det = −1).
La composante d’un groupe contenant l’identité est appelée composante identité. Par
exemple, le groupe O(n) est constitué de deux composantes connexes (matrices avec
det = +1 et matrices avec det = −1). SO(n) est la composante identité.
8
Sous-groupes à un paramètre. Ils sont constitués par l’ensemble des éléments (2.5) tels
que g(s)g(t) = g(s + t), ∀s, t ∈ R.
Un espace vectoriel V sur K associé à une opération bilinéaire V × V → V , appelé
parenthèse de Lie, (X, Y ) → [X, Y ] est appelé algèbre de Lie si
[X, [Y, Z]] + [Y, [Z, X]] + [Z, [X, Y ]] = 0, ∀X, Y, Z ∈ V (2.8)
Etudions maintenant les propriétés infinitésimales des groupes de Lie, c’est-à-dire les
propriétés du groupe situé au voisinage de l’élément identité. Cela conduit naturellement
aux concepts de générateurs et d’algèbre de Lie. Par exemple, la structure locale du
groupe de rotations SO(3), groupe de Lie dont les paramètres sont les angles d’Euler, est
complètement déterminée par l’algèbre de Lie bien connue du moment angulaire en trois
dimensions [Li , Lj ] = iijk Lk , i, j, k = 1, 2, 3.
Supposons que le groupe est un groupe de Lie. A partir de la fonction φ de l’eq. (2.1)
il est possible de définir les générateurs du groupe de Lie:
n
X ∂φi (a, b) ∂
Xk = (k = 1...n) (2.9)
i=1
∂bk b=0 ∂ai
Cijk Ckn
l k
+ Cjn l
Cki k
+ Cni l
Ckj =0 (2.12)
Dans le cas de groupes de matrices, l’algèbre de Lie des générateurs peut être obtenue
à partir des générateurs infinitésimaux des sous-groupes à un paramètre (dgk /dt|t=0 =
Xk , k = 1, · · · , n).
Nous observons qu’un groupe de Lie abélien a des constantes de structure nulles.
Une sous-algèbre A1 d’une algèbre A est un sous-espace de V qui est fermé par rapport
à la parenthèse de Lie:
[X, Y ] = Z, X, Y, Z ∈ A1 (2.13)
9
ou symboliquement [A1 , A1 ] ⊂ A1 .
Une algèbre de Lie A est décomposable en somme directe de sous-algèbres
A = A1 ⊕ A2 ⊕ ... ⊕ Aq (2.14)
si pour chaque paire de sous-algèbres Aα , Aβ nous avons Aα ∩ Aβ = 0 .
Une sous-algèbre A1 d’une algèbre A, A1 ⊂ A, est appelée invariante si [A1 , A] ⊆ A1 .
L’algèbre de Lie est semi-simple si elle ne contient pas de sous-algèbres abéliennes
invariantes. Étant donné une algèbre de Lie, il est pratique de définir le tenseur symétrique
En ce qui concerne SO(3), écrivons lexpression des trois rotations autour des axes:
1 0 0 cθ 0 s θ cθ −sθ 0
R1 (θ) = 0 cθ −sθ R2 (θ) = 0 1 0 R3 (θ) = sθ cθ 0 (2.21)
0 sθ cθ −sθ 0 cθ 0 0 1
10
où sθ = sin θ et cθ = cos θ. En prenant le paramètre θ infinitésimal, nous avons Ri () =
I3 − iXi (ou I3 est la matrice identité de rang 3) avec
0 0 0 0 0 i 0 −i 0
X1 = 0 0 −i X2 = 0 0 0 X3 = i 0 0 (2.22)
0 i 0 −i 0 0 0 0 0
g = eiβi Ji (2.24)
11
rotation d’un angle θ nous associons un point d’abscisse curviligne θ. Cette correspondan-
ce est bijective et respecte la topologie du groupe, en ce sens que deux rotations proches
sont représentées par deux points proches du cercle. SO(2) est connexe, car je peux passer
continuellement d’un élément à l’autre. De plus, le groupe est compact puisque l’espace
des paramètres est fini (0 ≤ θ ≤ 2π).
Le groupe O(2) , par contre, n’est pas connexe, car il n’est pas possible de passer en
continu d’une rotation à une inversion spatiale. Ainsi, le groupe O(2) se décompose en
deux composants et seul celui contenant l’identité est un sous-groupe.
Exemple 3. Considérons le groupe de rotations dans un espace tridimensionnel.
Nous avons identifié chaque rotation en donnant le vecteur unitaire ~n qui caractérise
l’axe de rotation et l’angle θ avec 0 ≤ θ ≤ 2π. Le problème est que
comme nous le pouvons vérifier explicitement avec l’eq. (1.47). La structure de l’espace
des paramètres du groupe peut être visualisée en associant à chaque rotation un vecteur
θ~n
R(θ, ~n) → θ~n (0 ≤ θ ≤ π) (2.26)
Les extrémités de ces vecteurs décrivent une sphère de rayon π (voir Fig. 1) et à
des points diamétralement opposés sur la sphere il correspond la même rotation. Par
conséquent, pour avoir une correspondance biunivoque, il est nécessaire d’identifier les
points diamétralement opposés.
L’ensemble de paramètres étant fermé et limité (et connexe), donc R3 est un groupe
compact et connexe. Mais ce n’est pas simplement connexe. En fait, une courbe qui relie
deux points diamétralement opposés est fermée, les deux éléments étant identifiés, mais
elle n’est pas réductibles à un point. Il existe donc deux classes de courbes homotopiques:
12
Figura 2: Exemples de courbes fermées dans l’éspace des paramètres du groupe SO(3)
celles avec un nombre pair de sauts et celles avec un nombre impair de sauts (voir Fig.
2).
Le groupe SO(3) est donc doublement connexe. En général tous les groupes SO(n)
avec n > 2 sont doublement connexes.
Par ailleurs, il est possible de réécrire la rotation comme il suit (voir l’équation 1.37))
~ · ~τ
α
α · ~τ ) = cos α − i
U = exp(−i~ sin α U ∈ SU (2) (2.27)
α
avec α ~ = θ/2~n et 0 ≤ θ ≤ 2π. Par conséquent, il est possible de construire une cor-
respondance entre le éléments de SU (2) et les points de la sphère de rayon π. Cette
correspondance est un-à-un si tous les points de la surface sont identifiés (α = π) avec
l’élément −1. Pour cette raison, SU (2) est non seulement compact et connexe, mais aussi
simplement connexe. Tous les groupes SU (n) sont simplement connexes.
3 Représentations
13
La représentation est dite fidèle si l’application est un isomorphisme. Une représentation
unitaire est une représentation T dans un espace de Hilbert complexe V tel que ∀g ∈ G
T (g)est un operateur unitaire. Soit T une représentation du groupe G en V . On dit qu’un
sous-espace M de V est invariant pour T si
T (g)x ∈ M ∀g ∈ G ∀x ∈ M (3.3)
On dit aussi que D est la somme directe des représentations D(1) , D(2) ,...D(p) .
Étant donné deux représentations D(1) et D(2) sur les espaces vectoriels V1 , V2 , elles
sont équivalentes s’il y a un opérateur linéaire un-à-un S tel que
Si les espaces des représentations sont des espaces de Hilbert et que S est unitaire, les
représentations sont dites unitairement équivalentes.
Nous donnons l’énoncé du Lemme de Schur:
a) Soient T, T 0 deux représentations irréductibles d’un groupe G dans les espaces V, V 0
et A ∈ L(V, V 0 ) un operateur tel que
14
alors A est un multiple de la matrice identique, A = λI.
Dans le cas de représentations de groupes compacts (tels que SU (2) ou SO(3)) et finis,
il convient de rappeler certains résultats sans les démontrer:
i) toute représentation d’un groupe de Lie compact est équivalente à une représentation
unitaire
ii) toute représentation irréductible est de dimension finie
iii) chaque représentation unitaire est complètement réductible.
Une représentation de l’algèbre de Lie LieG est un homomorphisme de l’algèbre de
LieG dans lespace des opérateurs linéaires L(V ), cest-à-dire une application T : LieG →
L(V ) Tel que
T ([X, Y ]) = [T (X), T (Y )] ∀X, Y ∈ LieG (3.10)
En général, une fois que la représentation de l’algèbre de Lie est construite, la représentation
d’un groupe est obtenue en exposant celle de l’algèbre correspondante.
La procédure à suivre pour construire les représentations d’un groupe de Lie G consiste
à étudier les représentations de l’algèbre de Lie de son groupe de recouvrement universel,
puis en les exposant.
Exemple. Représentations unitaires irreductibles de SU (2).
Étudions les représentations de l’algèbre de Lie [Ji , Jj ] = iijk Jk . Nous indiquons les
opérateurs de la représentation T (Ji ) avec le même symbole Ji .
Etant le groupe SU (2) compact, le théorème général dessus mentionné assure que ses
représentations irréductibles sont de dimension finie.
Puisque nous avons défini les générateurs de l’algèbre de Lie de SU (2) en factorisant
un i, la représentation du groupe sera obtenue sous la forme U = exp(iβi Ji ) avec les
paramètres βi réels. L’unitarité de ceci implique U † U = 1 et cette condition sera satisfaite
si les opérateurs Ji sont hermitiens.
Soit V l’espace vectoriel sur lequel la représentation est faite. Puisque J3 est hermitien,
J3 peut être transformé, avec une transformation de similitude, sous la forme diagonale
où m désigne la valeur propre réelle et |mi le vecteur propre correspondant (nous utilisons
la notation de Dirac pour les vecteurs et pour les produits scalaires). Les vecteurs propres
sont orthonormaux hm0 |mi = δmm0 .
Ensuite, nous définissons J± = J1 ± iJ2 . Nous avons ensuite les relations de commu-
tation suivantes
[J3 , J± ] = ±J± [J+ , J− ] = 2J3 (3.13)
15
En utilisant ces relations on a
J+ |mi = Am |m + 1i
J− |mi = Bm |m − 1i (3.15)
Puisque la dimension de V est finie, il doit exister un état |ji, tel que J3 |ji = j|ji mais
J+ |ji = 0 (3.16)
et donc Aj = 0.
De même, il doit y avoir un entier n0 tel que (J− )n0 |ji ∝ |j − n0 i et J− |j − n0 i = 0.
Donc Bj−n0 = 0.
D’autre part, en utilisant les relations
et
hm|J+ |ni = hJ+ n|mi = hn|J+† mi = hn|J− |mi (3.18)
On en déduit
Am−1 Bm − Am Bm+1 = 2m
Am−1 = Bm (3.19)
|Am |2 = (j − m)(j + m + 1)
|Bm |2 = (j + m)(j − m + 1) (3.24)
16
La condition Bj−n0 = 0 implique
n0 = 2j (3.25)
c’est-à-dire
n0
j= , n0 = 0, 1, 2... (3.26)
2
En conclusion, à chaque entier ou semi-entier est associée une représentation irréductible
de l’algèbre SU (2), de dimension 2j + 1, spécifiée par la base orthonormale::
Sur ces représentations, l’opérateur J 2 = J12 + J22 + J32 , suite au lemme de Schur, est
un multiple de l’identité et vaut j(j + 1). Pour vérifier cette propriété, il suffit de récrire
J 2 = 12 (J+ J− + J− J+ ) + J32 et calculer J 2 |mi, en utilisant (3.28) (ou plus simplement
évaluer J 2 |ji).
Il est alors possible de dériver les expressions explicites des éléments matriciels de J1
et J2 dans cette représentation, en utilisant les éléments (3.28) et
1 1
J1 = (J+ + J− ) J2 = (J+ − J− ) (3.29)
2 2i
En obtenant
0 1h p p i
hm |J1 |mi = δm0 ,m+1 (j − m)(j + m + 1) + δm0 ,m−1 (j + m)(j − m + 1) (3.30)
2
1 h p p i
hm0 |J2 |mi = δm0 ,m+1 (j − m)(j + m + 1) − δm0 ,m−1 (j + m)(j − m + 1) (3.31)
2i
17
La représentation générique avec un poids maximal j (Dj ) est de dimension 2j + 1.
Ceci est dite aussi représentation de spin j car cest la représentation irréductible avec
laquelle il est possible de décrire les états d’une particule avec spin j.
Afin de définir le produit des représentations, nous définissons d’abord le produit
tensoriel des espaces vectoriels.
Soient V et V 0 deux espaces vectoriels de dimension n et n0 . Considérons l’ensemble
V ⊗ V 0 des vecteurs
n X
n 0
X
x= cmα em ⊗ e0α m = 1, · · · n, α = 1, · · · n0 (3.34)
m α
où em (e0α ) est une base en V (V 0 ) et cml ∈ C. On peut définir des combinaisons linéaires
d’éléments de V ⊗ V 0 , qui acquiert la structure d’espace vectoriel et est appelé produit
tensoriel, ou produit de Kronecker, de V multiplié par V 0 .
On peut alors définir un produit scalaire comme
X
(y, x) = b∗mα cmα (3.35)
m,α
si x = m,α, cmα em ⊗e0α et y = m,α bmα em ⊗e0α sont des éléments de V ⊗V 0 . Considérons
P P
ensuite deux représentations D(g) et D0 (g) du même groupe G agissant respectivement
sur V et V 0 . Il est possible de construire une nouvelle représentation du même groupe G
sur V ⊗ V 0 définie comme suit
g → D(g) ⊗ D0 (g) (3.36)
où
(D(g) ⊗ D0 (g))(em ⊗ e0α ) = D(g)em ⊗ D0 (g)e0α (3.37)
La nouvelle représentation est dite produit direct.
Si D(g) et D0 (g) sont unitaires alors le produit l’est aussi. Toutefois, si D(g) et D0 (g)
sont irréductibles, en général le produit ne l’est pas. Cependant, étant D ⊗ D0 unitaire,
elle est complètement réductible. Ainsi, l’espace V ⊗ V 0 se décompose en somme des sous-
espaces invariants UA (A = 1, · · · q) qui se transforment sous la représentation irréductible
DA comme:
q q
M M
0 0
V ⊗V = UA D ⊗ D = DA (3.38)
A=1 A=1
Dans
Pchacun des espaces UA choisissons une base uA
r con r = 1...dim UA . L’ensemble de
q
ces A=1 dim UA vecteurs fournit une base pour V ⊗ V 0 . Nous avons donc
X
em ⊗ e0α = C(m, α, A, r)uAr (3.39)
A,r
18
Remarque: dans la représentation produit directe, les générateurs sont la somme des
générateurs des représentations constituantes.
Enfin, nous observons que si D1(2) est une représentation de G1(2) alors D1 ⊗ D2 est
une représentation du produit directe G1 × G2 .
Une autre façon d’obtenir les représentations irréductibles du groupe SU (2) est de
1
partir de la représentation D 2 et en faire le produit direct, en considérant comme espace
de la représentation le produit tensoriel symétrique C2 ⊗ C2 .
En fait, si nous considérons, par exemple, un tenseur de second ordre avec deux indices
spinoriels Tαβ , celui-ci peut être décomposé en parties antisymétriques et symétriques. La
partie antisymétrique est proportionnelle au tenseur
0 1
αβ = (3.40)
−1 0
19
Vérifions que la dimensionnalité de lespace somme directe des sous-espaces invariants
est (2j1 + 1)(2j2 + 1) (supposons par simplicité que les nombres j1 et j2 sont des entiers
avec j1 > j2 ):
j1 +j2 j1 +j2 j1 −j2 −1
X X X
(2j + 1) = 2( j) − 2( j) + j1 + j2 − (j1 − j2 ) + 1
j=j1 −j2 j=0 j=0
(j1 + j2 + 1)(j1 + j2 ) (j1 − j2 )(j1 − j2 − 1)
= 2 −2 + 2j2 + 1
2 2
= (2j1 + 1)(2j2 + 1) (3.44)
Pn
où nous avons utilisé j=0 j = n(n + 1)/2.
Une base pour Dj est |jmi, m = −j, ..., j avec
X
|jmi = C̄(j, m, m1 , m2 )|j1 m1 i ⊗ |j2 m2 i (3.45)
m=m1 +m2
On denote les quatre vecteurs |m1 i ⊗ |m2 i avec | + +i, | + −i, | − +i, | − −i.
1 1
Le résultat général vu ci-dessus garantit que D 2 ⊗D 2 = D0 ⊕D1 . Donc l’espace produit
tensoriel se décompose en tant que somme directe des deux sous-espaces correspondants
aux représentations avec j = 0 e j = 1.
Nous indiquons les vecteurs de base des deux sous-espaces avec |00i e |1−1i, |10i, |11i.
Ceux-ci satisfont
J~2 |jmi = j(j + 1)|jmi J3 |jmi = m|jmi (3.48)
avec m = −j, −j + 1 · · · , j − 1, j.
Les générateurs de la représentation du produit direct correspondent à la somme des
générateurs des représentations individuelles
20
Donc m = m1 + m2 . Commençons par étudier les coefficients de Clebsch-Gordan pour
le sous-espace j = 1. Le vecteur qui correspond à m = 1 peut être obtenu comme m1 +m2
uniquement avec m1 = m2 = 1/2, donc à moins d’un choix de la phase
|11i = | + +i (3.50)
on obtient √
J − |11i = 2|10i = (J (1)− + J (2)− )| + +i = | + −i + | − +i (3.52)
d’où
1
|10i = √ (| + −i + | − +i) (3.53)
2
En travaillant encore avec J − on obtient
|1 − 1i = | − −i (3.54)
21
tandis que de la composante 00 de la même équation il suit
3
X
(Λ00 )2 =1+ (Λi 0 )2 (4.5)
i=1
d’où encore
Λ00 ≥ 1 Λ00 ≤ −1 (4.6)
Par conséquent, le groupe de Lorentz n’est pas connecté mais est composé de quatre
composantes correspondant aux quatre possibilités données par les (4.4),(4.6). Nous indi-
querons les quatre composantes avec L↑+ (det Λ = 1, Λ00 ≥ 1), L↓+ , (det Λ = 1, Λ00 ≤ −1),
L↑− (det Λ = −1, Λ00 ≥ 1), L↓− (det Λ = −1, Λ00 ≤ −1). Les transformations sont dites
propres (non-propres) si det Λ = 1 (−1), orthochrones (antichrones) si Λ00 ≥ 1 (≤ −1).
Le groupe de Lorentz est isomorphe au groupe des matrices pseudo-orthogonales
O(1, 3). Les rotations tridimensionnelles sont des transformations particulières appar-
tenant au groupe de Lorentz.
Rappelons qu’un vecteur est dit de type temps, espace et lumière si respectivement
x > 0, x2 < 0, x2 = 0.
2
Puisque l’identité du groupe a det Λ = 1, Λ00 = 1 I ∈ L↑+ . Donc L↑+ est la seule
composante liée à l’identité. Le nom orthocrone indique que le signe de la la partie
temporelle d’un vecteur de type temps ou lumière reste inchangée. En fait si xµ est un
quadrivecteur de type temps (x2 = a2 > 0) et supposons x0 > 0, Λ00 ≥ 1, on a
q
0 0 0 0 i
(Λx) = Λ 0 x + Λ i x = 1 + Λi 0 Λi 0 x0 + Λ0i xi
q √
≥ 1 + Λ0i Λ0i a2 + xi xi − |Λ0i ||xi |
q √ q √
= 1 + Λ i Λ i a + x x − Λ0i Λ0i xi xi > 0
0 0 2 i i (4.11)
22
De même, on peut montrér que si (Λ1 )00 ≥ 1 et (Λ2 )00 ≥ 1 on obtient (Λ1 Λ2 )00 ≥ 1.
Étant donné une transformation de L↑+ , des transformations appartenant aux autres
composants peuvent être obtenues à travers les transformations
1 −1
−1 1
S= T = (4.12)
−1 1
−1 1
On a clairement
SL↑+ = L↑− T L↑+ = L↓− ST L↑+ = L↓+ (4.13)
Puisque seul L↑+ est lié à l’identité, L↑+ est un sous-groupe, appelé le groupe orthochrone
propre de Lorentz. L+ est isomorphe à SO(1, 3), tandis que L↑+ est isomorphe à SO0 (1, 3)
(la composante de SO(1, 3) reliée à l’identité).
En réalité, en général, lors du passage dun système de référence inertiel à un autre,
nous pouvons ajouter une translation à la transformation de Lorentz.
avec aµ quadrivecteur constant. Sous ces transformations, la (4.2) reste toujours inchangé.
En effectuant deux transformations successives on obtient la loi de composition
On voit donc que la structure de multiplication est celle du produit semi-direct. Nous
nous intéresserons donc au produit semi-direct T4 ⊗s SO0 (1, 3) où T4 est le groupe de
translations dans l’espace-temps.
Considérons une représentation U (a, Λ) de T4 ⊗s SO0 (1, 3). Il faudra alors
gνλ ' (g µν + µν )gµρ (g ρλ + ρλ ) ' gνλ + λν + νλ (4.18)
Puis il s’ensuit
λν = −νλ (4.19)
Pour une telle transformation, nous pouvons écrire
i
U (α, 1 + ) ' 1 + iαµ P µ + µν M µν (4.20)
2
23
avec M µν = −M νµ étant donné l’antisymétrie de de µν . La représentation U sera unitaire
si P µ et M µν sont des opérateurs auto-adjoints.
Pour calculer les commutateurs de ces opérateurs, nous considérons la transformation
suivante
U (0, Λ−1 )U (a0 , Λ0 )U (0, Λ) = U (Λ−1 a0 , Λ−1 Λ0 )U (0, Λ) = U (Λ−1 a0 , Λ−1 Λ0 Λ) (4.21)
et donc
U (0, Λ−1 )αµ P µ U (0, Λ) = Λ−1 ν µ ν
µν α P = α Λνµ P
µ
(4.24)
Par consequent on en deduit
24
C’est-à-dire nous avons
d’où encore
i
− ρλ M ρλ , M µν = ρλ (g ρµ M λν + g ρν M µλ )
2
1
= ρλ (g ρµ M λν + g ρν M µλ − g λµ M ρν − g λν M µρ ) (4.33)
2
et donc ρλ
M , M µν = i(M ρµ g λν − M λµ g ρν + M λν g µρ − M ρν g µλ )
(4.34)
Evidemment les generateurs des translations commutent:
[P µ , P ν ] = 0 (4.35)
25
Il y a deux operateurs de Casimir P µ Pµ et W µ Wµ avec
1
Wµ = µνρσ P ν M ρσ (4.40)
2
Les representations unitaires irreductibles seront caracterisées par les valeurs de deux
Casimir qui sont respectivement associés à la masse et au spin de la particule (l’helicité
dans le cas de masse nulle). Par exemple, si nous indiquons la valeur propre de l’opérateur
P µ Pµ avec pµ pµ , il y a quatre classes de représentations définis par pµ pµ > 0, pµ pµ =
0, pµ pµ < 0, pµ = 0. Les particules observées en physique sont associées aux deux
premières représentations.
5 Le Groupe SL(2,C)
Montrons que le groupe de recouvrement universel de SO0 (1, 3) est SL(2, C), c’est-à-dire
le groupe de matrices complexes 2 × 2 de déterminant égal à un.
Considérons les matrices σµ , σ̃µ (µ = 0, 1, 2, 3) définies par
où les τi (i = 1, 2, 3) sont les matrices de Pauli. Nous pouvons faire correspondre les
quadri-vecteurs xµ avec les matrices hermitiennes 2 × 2:
0
µ 0 x + x3 x1 − ix2
x̂ = x σ̃µ = x + ~x · ~τ = (5.2)
x1 + ix2 x0 − x3
On a
1
xµ = Tr(x̂σµ ) (5.3)
2
comment on peut verifier en utilisant
La transformation définie par la (5.5) vérifie det x̂0 = det x̂ étant donné que det U = 1
et induit donc une transformation x0µ = Λµν xν avec (x0 )2 = x2 . Donc Λ ∈ O(1, 3). En
inversant la (5.5) nous pouvons également déduire la forme explicite de Λ:
1
Λµν = Tr(σµ U σ̃ν U † ) (5.6)
2
En réalité, il est possible de prouver que Λ ∈ SO0 (1, 3).
26
En plus à chaque U correspond un seul Λ tandis que à chaque Λ correspondent
±U . Cette correspondance préserve le produit (c’est un homomorphisme). Le noyau
de l’homomorphisme est Z2 et donc il y a un isomorphisme
SL(2, C)
→ SO0 (1, 3) (5.7)
Z2
SL(2, C) est simplement connexe et donc est le groupe de recouvrement universel de
SO0 (1, 3). Pour étudier les représentations de SO0 (1, 3) nous devrons étudier celles de
SL(2, C).
Nous ne construirons que des représentations SL(2, C). En définissant
(1) 1 (2) 1
Jk = (Jk − iNk ) Jk = (Jk + iNk ) (5.8)
2 2
et en utilisant les (4.38), on obtient l’algèbre suivante
h i
(1) (1) (1)
Ji , Jj = iijk Jk
h i
(1) (2)
Ji , Jj = 0
h i
(2) (2) (2)
Ji , Jj = iijk Jk (5.9)
La structure de cette algèbre est celle qui correspond à l’algèbre de Lie du groupe produits
direct SU (2) × SU (2). D’autre part, le problème de la détermination des représentations
irréductibles unitaires de SU (2) × SU (2) est complètement trivial. Celles-ci sont données
par le produit direct Dj1 ⊗ Dj2 ≡ (j1 , j2 ), où Dj est la représentation de spin (poids
maximal) j du groupe SU (2). Donc
Nous pouvons maintenant voir facilement le contenu d’une représentation par rapport
au sous-groupe SU (2) de SL(2, C) généré par J~(1) + J~(2) . Puisque J~ = J~(1) + J~(2) le
contenu du spin sera
|j1 − j2 |, ..., j1 + j2 (5.11)
Nous observons que la représentation (j1 , j2 ) peut être décomposée comme produit
direct
(j1 , j2 ) = (j1 , 0) ⊗ (0, j2 ) (5.12)
et que chaque représentation (l, 0) peut être décomposée en le produit direct de 2l facteurs
( 21 , 0) produit tensoriel et symétrisation).
27
Les représentations du groupe SL(2, C) sont des représentations à deux valeurs du
groupe de Lorentz. En général, seules les représentations de SL(2, C) avec j1 + j2 entier
sont des vraies représentations du groupe de Lorentz.
Les vecteurs des espaces des deux représentations ( 21 , 0) et (0, 21 ) sont des spineurs à
deux composantes dits spineurs et spineurs conjugués.
Sur ces espaces l’élément générique de SO0 (1, 3)
i i
U = exp( αµν M µν ) = exp(iα0i Ni + αij ijk Jk ) (5.13)
2 2
après avoir pris
1
χi = α0i αk = αij ijk (5.14)
2
devient
α · J~ + i~
U = exp(i~ ~)
χ·N (5.15)
i
U = exp (~ χ) · ~τ
α + i~ (5.16)
2
L’espace sur lequel ces matrices opèrent est l’espace des spineurs (undotted) ψ α , α = 1, 2.
De même pour la représentation (0, 21 ) on a
i
α − i~
U = exp (~ χ) · ~τ (5.17)
2
et l’espace est celui des spineurs (dotted) ψα̇ . Les spineurs de Dirac sont obtenus en faisant
la somme directe des spineurs ( 21 , 0) ⊕ (0, 12 ). Il est donc évident la non-unitarieté des
représentations. Les représentations unitaires du groupe de Poincaré seront de dimensions
infinies. Comme on peut le constater, la représentation 2×2 de SL(2, C) n’est pas unitaire;
en fait, les générateurs des boosters sont anti-hermitiens. Cela est vrai pour toutes les
représentations de dimension finie de SL(2, C) et est dû à la non-compacité du groupe
(tanh χ = v/c et donc l’intervalle de χ est −∞ ≤ χ ≤ ∞). On peut demontrer que pour un
groupe de Lie non compact, les représentations unitaires sont de dimension infinie. Toutes
ces affirmations sont vraies à cause de l’isomorphisme également pour T4 ⊗s SO0 (1, 3).
La variable χ avec laquelle le boost est représenté est ce qu’on appelle la rapidité. Par
exemple, dans le cas d’un boost lelong la direction x, la (5.17) devient exp(−χτ1 /2), où
s
1+β
χ = log γ(1 + β) = log (5.18)
1−β
et β = v/c. En particulier, lors de boosters successifs suivant le même axe, les rapidités
sont additionnées.
28
Comme nous l’avons vu, les représentations spinorielles sont des représentations à deux
valeurs du groupe de rotations. Donc quand on fait une rotation de 2π autour de l’axe z
sur un spineur |ψi = ψ 1 |+i + ψ 2 |−i avec τ3 |±i = ±|±i on obtient
i
|ψi → exp τ3 2π |ψi = −|ψi (5.19)
2
Donc, pour retrouver l’état |ψi nous devons faire une rotation de 4π. Une expérience
d’interférométrie neutronique a confirmé cette propriété des particules de spin 1/2. Un
faisceau de neutrons est séparé en deux faisceaux qui suivent deux chemins différents
et sont ensuite amenés à interférer. Un faisceau traverse une trajectoire sans champ
magnétique et l’autre dans un champ magnétique qui modifie sa phase, ce qui équivaut
à une rotation. La distance entre les fringes d’interférence montre qu’il faut une rotation
de 4π pour retrouver le spineur |ψi (Rauch et al, Phys. Lett. 54A (1975) 425, Werner et
al, Phys. Rev. Lett. 35 (1975) 1053).
29