Projet lunaire : l'œuf sur la Lune
Projet lunaire : l'œuf sur la Lune
1
*
L'œuf
Le
projet
était
apparu
dans
le
net.
Il
n'avait
pas
vraiment
d'auteur
puisque
le
document
avait
été
glissé
dans
un
forum
de
discussion
consacré
à
l'astrophysique.
Par
curiosité,
les
familiers
de
la
toile
cherchèrent
à
identifier
l'émetteur,
mais
les
recherches
s'arrêtèrent
à
un
cybercafé
d'un
quartier
de
Londres.
Ce
texte
illustré
avait
donc
pu
être
mis
sur
le
réseau
par
n'importe
qui.
Il
amusa
beaucoup
les
spécialistes
des
modèles
réduits.
En
effet,
toutes
proportions
gardés,
cela
ressemblait
au
projet
Apollo
à
l'échelle
un
quinzième.
Il
avait
pas
mal
de
croquis
techniques.
Les
experts
en
fusées
avouèrent
que
ceux-‐ci
témoignaient
d'une
certaine
maîtrise
du
sujet.
Ce
qui
passionnait
les
gens
c'était
le
but
poursuivi
:
déposer
sur
la
Lune
un
objet
de
la
taille
d'un
oeuf
de
poule.
En
dehors
de
ces
croquis
il
y
avait
des
photographies
montrant
un
certain
nombre
de
types
travaillant
sur
différentes
facettes
du
projet.
Les
propulseurs
cryogéniques
du
premier
étage
avait
le
diamètre
de
grosses
casseroles,
sans
plus.
On
les
voyait
aux
essais,
dans
un
centre
très
"années
cinquante".
Il
n'y
avait
pas
de
noms
cités.
Certains
crurent
reconnaître
des
collègues
partis
de
longue
date
à
la
retraite.
Apparemment
les
gestionnaires
du
projet
devaient
tous
avoir
plus
de
soixante,
soixante-‐dix
ans.
Ils
avaient
tous
une
chose
en
commun
:
un
sourire
qui
leur
barrait
la
figure.
Le
texte
disant
que
les
recherches
étaient
maintenant
arrivées
à
maturité
et
que
l'équipe
allait
bientôt
pouvoir
passer
à
l'action.
L'accent
était
sans
cesse
mis
sur
les
progrès
réalisés
en
matière
de
miniaturisation.
Nous
avions
été
effectivement
habitués
à
voir
les
engins
spatiaux
devenir
de
plus
en
plus
petit.
On
se
souvient
de
ce
robot
qu'on
envoya
explorer
Mars
et
qui
était
de
la
taille
d'un
plateau
pour
servir
le
whisky.
On
le
voyait
affronter
d'énormes
"rochers"
dont
le
plus
important
ne
devait
pas
dépasser
la
taille
du
poing,
cahotant
sur
le
moindre
gravillon.
Effectivement,
quand
on
voit
ce
qu'on
a
pu
faire
sur
Mars
on
serait
en
droit
de
se
demander
pourquoi
la
Nasa
n'a
pas
repris
les
explorations
lunaires
sur
ce
mode.
On
se
souvient
de
l'engin
russe
Lunokhod,
une
sorte
de
grosse
lessiveuse
d'un
mètre
quatre
vingt
de
diamètre,
montée
sur
chenilles.
Le
couvercle
pouvait
basculer
en
dirigeant
un
tapis
de
capteurs
solaires
destinés
à
recharger
les
batteries.
L'intérêt
d'un
robot
lunaire
est
qu'il
peut
être
piloté
manuellement
à
partir
d'une
simple
console.
En
effet
la
Lune
n'est
qu'à
une
seconde
lumière
de
la
Terre.
Ainsi,
à
condition
ne
ne
pas
rouler
comme
un
malade
on
peut
facilement
conduire
un
équipage
sur
le
sol
sélène
à
la
vitesse
d'un
type
qui
roule
en
vélo.
Le
double
retard
lié
à
la
transmission
de
l'image
et
à
l'acheminement
d'ordres
de
conduite
(virage
ou
freinage)
est
suffisamment
faible
pour
que
la
chose
soit
gérable.
Par
contre
conduire
un
robot
sur
Mars
à
la
main
est
pratiquement
impossible.
La
Terre
est
à
huit
minutes
lumière
du
Soleil.
Les
temps
d'acheminement
des
images
à
l'attention
d'un
éventuel
conducteur
et
le
temps
de
transport
des
ordres
de
conduite
vers
un
objet
posé
sur
Mars
sont
pratiquement
du
même
ordre
de
grandeur.
Avec
le
robot
martien,
tout
ce
qu'on
peut
faire
c'est
examiner
une
image
soigneusement
puis
donner
un
ordre
de
progression,
etc.
Sur
la
Lune
par
contre
c'est
royal.
On
ne
comprend
absolument
pas
pourquoi
les
terriens,
après
avoir
abandonné
les
missions
lunaires
trente
ans
plus
tôt
ne
les
ont
pas
complétées
avec
des
explorations
menées
cette
fois
par
une
armée
de
robots.
Ceux-‐ci
pourraient
faire
des
analyses
in
situ
très
complexes,
ramener
éventuellement
des
échantillons
vers
une
station
où
celles-‐ci
pourraient
être
complétées.
Un
robot
peut
2
effectuer
des
forages.
Il
serait
tout
à
fait
possible
de
réexpédier
vers
la
Terre
des
échantillons
prélevés
en
surface
ou
en
profondeur.
Décidément,
l'absence
d'un
tel
projet,
a
priori
d'un
coût
modeste
et
qui
pourrait
s'avérer
très
profitable
au
plan
scientifique
a
quelque
chose
d'incompréhensible.
L'équipe
qui
avait
apparemment
décidé
de
reprendre
l'exploration
lunaire
pour
son
propre
compte,
avec
un
financement
privé
apprenait-‐on,
avait
peut
être
décidé
de
se
substituer
à
une
administration
défaillante
à
moins
qu'elle
ne
se
soit
décidée
à
briser
quelque
interdit.
Les
messages
se
succédèrent,
toujours
expédiés
à
partir
de
cybercafés
situés
à
chaque
fois
dans
des
villes
différentes.
Les
membres
de
l'équipe
disaient
qu'ils
avaient
constitué
un
réseau
assez
vaste
et
bénéficiaient
ne
nombreuses
complicités
dans
des
laboratoires
déjà
existants.
Nous
eûmes
aussi
droit
à
quelques
films,
réalisés
de
toute
évidence
par
des
amateurs.
Dans
l'un
d'eux
on
voyait
un
robot
de
la
taille
d'un
jouet
explorer
le
green
d'un
terrain
de
golf
et
aller
récupérer
une
balle
dans
un
des
trous.
A
la
fin
de
la
séquence
l'engin,
visiblement
victime
d'une
faute
de
pilotage,
finissait
par
tomber
dans
une
piscine.
On
voyait
alors
apparaître
très
brièvement
sur
l'écran
le
visage
de
son
concepteur,
hilare,
porteur
d'un
chapeau
de
pêcheur
de
truites.
Certains
crurent
reconnaître
Harold
Stassy,
un
des
pionniers
de
l'intelligence
artificielle,
à
la
retraite
depuis
une
bonne
douzaine
d'années.
Un
beau
jour
un
message
tomba.
Le
lancement,
effectué
depuis
une
barge
d'une
taille
assez
modeste,
avait
été
nous
dit-‐on
réussi.
Le
premier
et
le
deuxième
étage
s'étaient
correctement
séparés
et
avaient
brûlé
en
retombant
dans
l'atmosphère.
Bien
sûr,
étant
donnée
la
taille
très
modeste
de
tels
engins
ces
évènements
étaient
passés
inaperçus.
Le
document
comportait
néanmoins
un
film
de
quelques
secondes
où
on
voyait
ce
mini
train
spatial
fonçant
à
bonne
vitesse
entre
les
nuages.
C'était
maintenant
le
"module
de
service"
qui
était
en
route
vers
la
Lune,
pour
une
croisière
de
quatre
jours.
Tout
le
monde
crut
bien
entendu
à
une
vaste
blague.
Il
était
en
outre
hors
de
question
d'apercevoir
sur
un
quelconque
télescope
un
engin
aussi
petit,
baptisé
"la
poule"
par
ses
concepteurs.
Une
poule
qui
allait
pondre
son
oeuf
sur
la
surface
lunaire.
Les
documents
diffusés
depuis
de
nombreux
mois
montraient
ce
singulier
équipage
spatial
d'à
peine
plus
d'un
mètre
de
long,
ayant
le
diamètre
d'un
seau
de
plage.
La
technique
d'alunissage
s'inspirait
des
techniques
mises
en
oeuvre
pour
déposer
les
mini-‐robots
sur
Mars.
Après
un
freinage
minimal
un
ballon
amortisseur
était
déployé.
L'engin
prenait
alors
contact
avec
le
sol
lunaire
puis
rebondissait
un
certain
nombre
de
fois
avant
de
s'immobiliser.
L'un
des
membres
de
l'équipe
avait
créé
un
film
assez
"pro"
montrant
toute
cette
affaire
en
images
de
synthèse
mais
cela
ressemblait
plus
à
une
publicité
pour
une
marque
de
chewing
gum
qu'à
une
réelle
expérience
scientifique,
étant
donnée
l'échelle.
Un
nouveau
message
commençait
par
:
Un
petit
geste
pour
l'homme,
mais
un
grand
pas
pour
l'humanité
:
l'oeuf
a
été
pondu.
3
On
se
rappelle
qu'un
des
astronautes
américains
s'était
rendu
célèbre
en
emmenant
sur
la
Lune
un
club
de
golf
et
en
réalisant
le
plus
long
coup
fait
par
un
humain.
Une
balle
de
golf
traîne
donc
quelque
part
sur
le
sol
lunaire.
Mais
quel
intérêt
cela
pouvait-‐il
présenter
de
mettre
sur
le
sol
de
notre
satellite
un
objet
de
la
taille
d'un
oeuf
de
poule
?
Les
humains
n'allaient
pas
tarder
à
le
savoir.
Le
réseau
donna
les
coordonnées
du
point
d'alunissage
:
le
centre
du
cratère
Alphonse.
Des
gens
écrivirent
à
la
Nasa
en
demandant
que
le
télescope
Hubble
soit
pointé
dans
cette
direction
mais
les
responsables
répondirent
que
primo
cet
appareil
n'avait
pas
été
conçu
pour
cela
et
que
secundo
ils
avaient
bien
autre
chose
à
faire
que
de
s'occuper
de
telles
âneries.
C'est
alors
qu'un
nouveau
message
annonça
que
l'oeuf
commencerait
à
émettre
le
6
février
prochain
entre
vingt
trois
heures,
heure
de
Greenwich,
et
minuit.
Le
texte
demandait
aux
astronomes
de
surveiller
cette
région
du
cratère
Alphonse.
A
l'époque
en
question
cette
partie
du
sol
lunaire
était
dans
l'obscurité.
Quelques
astronomes
amateurs
effectuèrent
un
suivi
de
routine.
Le
développement
des
clichés
ou
l'analyse
de
données
CCD
révéla
l'existence
d'un
point
brillant.
Ceux
qui
disposaient
de
moyens
informatiques
purent
même
situer
exactement
l'évènement
dans
le
temps.
L'émission
aurait
eu
lieu
à
vingt
trois
heures
dix
sept
exactement,
un
flash
de
brève
durée,
semblable
à
ceux
que
délivrent
les
systèmes
à
éclat
de
balises.
Des
très
rares
journaux
se
firent
l'écho
de
l'évènement,
en
général
sur
le
ton
de
la
dérision.
Un
seul
journal
évoqua
le
phénomène
en
première
page
en
titrant
"il
y
a
une
poule
sur
la
Lune
!".
Le
cliché
ayant
été
fourni
par
un
astronome
amateur,
des
professionnels
furent
consultés.
Certains
d'entre
eux
s'étendirent
sur
l'éventuelle
défectuosité
des
cellules
CCD
vendues
dans
le
commerce.
D'autres,
plus
incisifs,
avancèrent
même
la
thèse
d'une
mystification.
Selon
eux,
les
gens
qui
avaient
mis
en
circulation
ce
faux
cliché
étaient
les
mêmes
que
ceux
qui
avaient
présenté
au
fil
des
mois
précédents
cette
ridicule
conquête
lunaire
en
modèle
réduit.
A
travers
un
nouveau
message,
toujours
injecté
sur
le
web
à
partir
d'un
cybercafé,
situé
à
Sidney
cette
fois,
l'équipe
des
farceurs
annonça
que
l'émission
allait
reprendre
vingt
huit
jours
plus
tard.
Cette
fois-‐ci
de
très
nombreux
astronomes
amateurs
se
prirent
au
jeu.
Mais
saisir
le
phénomène
devenait
cependant
plus
difficile
étant
donné
que
la
fourchette
temporelle
indiquée
s'était
élargie.
Selon
les
auteurs
du
message
un
flash
unique
serait
émis,
du
même
endroit,
pendant
un
laps
de
temps
de
plusieurs
jours.
Sans
y
croire
plus
que
cela,
quelques
mordus
laissèrent
leurs
appareils
braqués
pendant
toute
la
période
indiquée.
Ô
surprise,
six
clichés
furent
alors
produits,
fournis
par
des
gens
de
pays
très
divers.
La
thèse
de
la
mystification
devenait
délicate
à
soutenir
étant
donné
qu'il
aurait
fallu
cette
fois
que
celle-‐ci
mette
en
jeu
un
réseau
couvrant
pratiquement
la
Terre
entière.
Les
astronomes
professionnels
invoquèrent
alors
des
phénomènes
qui
auraient
été
perçus
il
y
a
plusieurs
décennies
au
coeur
du
cratère
Alphonse,
bien
avant
que
l'homme
n'ait
mis
le
pied
sur
la
Lune.
On
reparla
d'un
éventuel
volcanisme
lunaire.
Ceci
déclencha
une
vive
polémique
au
sein
de
la
communauté
scientifique.
On
sait
de
longue
date
que
la
sismicité
lunaire
est
simplement
inexistante.
On
considère
donc
que
4
le
coeur
de
la
Lune
est
froid,
inerte.
Dans
ces
conditions
comment
un
volcanisme
aurait-‐
il
pu
se
manifester
?
Les
choses
en
restèrent
là
pendant
plusieurs
semaines.
L'attention
des
gens
fut
abondamment
captée
par
un
regain
de
tension
au
Moyen-‐Orient
et
par
de
nouvelles
catastrophes
naturelles
:
un
tremblement
de
terre
au
Sinkiang
et
des
incendies
de
forêts
dévastateurs
en
Australie.
On
oublia
l'oeuf,
la
cratère
Alphonse
et
le
reste.
Mais
l'objet
se
rappela
soudain
brutalement
à
l'attention
des
hommes.
Le
professeur
Carey,
qui
a
toujours
aimé
l'excentricité,
las
de
surveiller
depuis
des
années
des
éventuels
messages
radio
que
le
radiotélescope
d'Arecibo
aurait
pu
capter
avait
installé
un
petit
célestron,
braqué
en
permanence
sur
le
cratère
Alphonse.
Quand
le
cratère
était
dans
l'obscurité
le
petit
télescope
envoyait
automatiquement
les
images
à
un
ordinateur
qui
procédait
à
une
analyse
de
l'image.
Des
ordinateurs
puissants,
à
Arecibo,
ça
n'était
pas
cela
qui
manquait.
Celui-‐là
comparait
chaque
pixel
d'une
image
prise
à
un
instant
t
avec
celle
captée
une
milliseconde
plus
tôt.
A
la
moindre
variation
d'éclat
il
donnait
l'alerte.
Carey
avait
carrément
connecté
l'appareil
à
la
sirène
destinée
à
signaler
un
incendie
et
c'est
ainsi
qu'une
nuit
toute
le
personnel
du
centre
fut
tiré
de
son
lit
par
un
sifflement
assourdissant.
Carey,
entendant
le
signal,
sauta
dans
sa
Buick
en
pyjama
et
fonça
vers
la
salle
de
contrôle.
Il
y
trouva
ses
assistants
et
le
personnel
de
maintenance.
-‐
Cet
incendie,
où
est-‐il
?
criait
un
homme
visiblement
surexcité.
Il
y
avait
bien
un
signal,
à
cet
endroit
précis.
Quelque
chose,
au
centre
du
cratère
Alphonse,
avait
émis
une
suite
de
flashes,
sept
au
total.
On
les
voyait
parfaitement
sur
la
courbe
affichée.
Carey
passa
alors
en
visuel
et
tous
purent
plonger
au
coeur
du
cratère,
noyé
dans
l'obscurité
et
observer
sur
l'écran
les
étranges
clignotements
enregistrés.
-‐
Vous
avez
déjà
vu
un
volcan
qui
émet
des
bips
rythmés,
vous
?
Mais
qu'y
avait-‐il
derrière
tout
cela
?
Carey,
ses
assistants
et
les
hommes
de
service
regardèrent
ce
clignotement
pendant
de
longues
minutes.
Soudain
l'un
deux
se
mit
à
frapper
son
doigt
sur
la
table
au
même
rythme
que
celui
du
signal
lumineux.
Carey
se
leva,
interdit.
5
-‐
Ecoutez
ce
rythme
:
ta....
ta
ta
ta......
ta....
ta
ta
!
Il
prononça
ces
mots
plusieurs
fois.
Les
assistants
mirent
leurs
sourcils
en
accents
circonflexe.
-‐
Vous
entendez
?
Le
soit
même
l'interview
donnée
par
Carey
était
sur
toutes
les
télés.
On
pouvait
se
moquer
d'astronomes
amateurs,
pas
d'Alexandre
Carey,
membre
éminent
de
la
société
internationale
d'astronomie,
découvreur
des
premiers
quasars
doubles.
-‐ Qui vous dit que ce ne sont pas les Chinois?
-‐
Général,
les
Chinois
ont
bien
affirmé
qu'ils
avaient
l'intention
de
relancer
la
conquête
lunaire
et
d'y
implanter
une
base
mais
d'une
part
ils
sont
loin
d'en
être
capables,
d'autre
part
c'est
pipeau.
-‐
Est-‐ce
qu'on
voit
quelque
chose
dans
ce...
cratère
Alphonse.
Qu'on
donné
les
observations
d'
Hubble
?
-‐
Rien.
-‐
Comment
cela,
rien
?
-‐
Si
vraiment
le
truc
qui
émet
a
la
taille
d'un
oeuf
il
n'existe
aucun
télescope,
basé
sur
Terre
ou
dans
l'espace
qui
soit
capable
de
voir
un
objet
de
la
taille
d'un
oeuf
à
repriser
à
quatre
cent
mille
kilomètres
de
distance.
-‐
Vous...
vous
croyez
à
cette
histoire
de
mini-‐fusée
?
-‐
Nos
gars
ont
passé
au
crible
tout
ce
qui
a
traîné
sur
le
web
depuis
le
début
de
cette
affaire.
Tous
les
détails
techniques
sont
crédibles.
C'est
effectivement
la
fusée
Appolo
à
l'échelle
un
quinzième.
-‐
Et
ce
truc
pourrait
mettre
quelque
chose
sur
la
Lune
?
-‐
Il
se
trouve
que
l'électronique
s'est
extraordinairement
miniaturisée
depuis
trente
ans.
Quand
les
gars
pilotaient
leur
LEM
arrivaient
sur
la
Lune
ils
avaient
un
ordinateur
de
bord
qui
aujourd'hui
ferait
rigoler
n'importe
quel
lycéen.
On
en
était
aux
tous
débuts
de
la
micro-‐informatique.
Aujourd'hui
c'est
autre
chose.
Il
y
a
les
nano-‐technologies,
les
micro-‐vannes,
etc.....
Mais
il
y
a
surtout
une
autre
donnée.
L'ingénieur
se
tourna
vers
la
cabine
de
projection.
-‐
Vous
pouvez
nous
passer
la
vidéo,
d'abord
à
vitesse
normale
puis
au
ralenti
?
Les
images
défilèrent.
La
scène
montrait
les
essais
de
ce
qui
ressemblait
au
premier
étage
quadri-‐tuyères
de
la
fusée
Apollo,
à
l'échelle
un
quinzième,
à
proximité
d'une
sorte
de
garage.
-‐
Là
!
Est-‐ce
que
vous
pouvez
revenir
un
peu
en
arrière
?
Faites-‐nous
un
vue
par
vue
et
montrez
nous
les
gars.
Le
projectionniste
effectua
la
manœuvre.
Eclairés
par
la
lumière
émise
par
des
tuyères
on
voyait
des
types,
à
l'arrière-‐plan
avec
des
casques
sur
les
oreilles
pour
se
protéger
du
bruit.
L'opérateur
sélectionna
la
meilleure
vue,
puis
effectua
un
grossissement.
L'ingénieur
bondit
de
son
siège
et
alla
vers
l'écran.
7
-‐
Vous
voyez
ce
type,
général.
C'est
Wang-‐Li.
Il
travaillait
à
l'Aerojet
Corporation
jusqu'à
il
y
a
cinq
ans.
Il
nous
a
quitté,
soit
disant
pour
faire
des
recherches
médicales.
Or
ce
type,
un
crack
de
la
miniaturisation
est
aujourd'hui
introuvable.
Et
à
côté
de
lui
c'est
Webstein.
-‐
Mais
Webstein
est
à
la
retraite
!
Il
finit
ses
jours
aux
Bahamas.
-‐
Introuvable
lui
aussi.
Il
a
vendu
sa
villa.
On
ne
sait
plus
où
il
est
passé.
Or
Webstein
était
un
des
piliers
du
projet
Apollo,
vous
le
savez
très
bien.
Le
général
baissa
le
regard,
semblant
se
concentrer.
-‐
Je
veux
qu'on
me
piste
tous
les
retraités
qui
ont
travaillé
sur
ce
type
de
projet.
A
part
ça
quelles
sont
les
dernières
nouvelles
?
-‐
Roger
Rabbit
continue
à
émettre.
On
ne
compte
plus
maintenant
les
stations
d'observations
qui
ont
l'oeil
sur
lui.
-‐
Est-‐ce
qu'on
ne
peut
pas
....
mettre
ce
truc
hors
service
?
-‐
C'est
la
première
chose
à
laquelle
on
a
pensé.
Pour
émettre
ces
impulsions
cet
oeuf
a
besoin
d'énergie.
Je
pense
que
ces
gars
ont
du
aller
au
plus
simple.
L'objet
doit
être
relié
à
un
panneau
solaire
d'une
taille
limitée,
un
mètre
carré,
peut
être.
Ca
lui
permet
de
se
charger
quand
il
est
face
au
soleil.
Puis
il
vide
son
accu
en
émettant
ses
pulses,
etc.
Il
émet
effectivement
au
plus
tous
les
vingt
huit
jours,
ce
qui
correspond
à
un
mois
lunaire.
On
a
alors
effectué
plusieurs
tirs
avec
le
laser
ultraviolet
depuis
le
centre
de
Sandia,
au
Nouveau
Mexique.
C'est
loin
mais
même
à
cette
distance
on
devrait
pouvoir
mettre
hors
service
des
cellules
photovoltaïques.
-‐
Bien
sûr,
si
ça
été
conçu
par
un
gars
de
chez
nous....
Les
journalistes
faisaient
le
siège
de
la
Maison
Blanche
et
du
Kremlin.
Les
responsables
faisaient
de
leur
mieux
pour
éluder
les
questions.
Les
bruits
les
plus
fous
couraient.
Le
8
Times
avait
mis
sur
sa
couverture
un
lapin,
tapant
du
pied
sur
la
Lune.
Des
marchands
de
gadgets
avaient
fait
fortune
en
vendant
les
globes
lunaires
en
plastique
doté
d'une
lumière
clignotante,
pile
sur
le
cratère
Alphonse
dont
le
nom,
du
coup,
était
sur
toutes
les
lèvres.
Les
membres
d'une
secte,
persuadés
qu'il
s'agissait
de
messages
d'extraterrestres
avaient
racheté
un
projecteur
de
DCA
et
essayaient
de
communiquer,
en
renvoyant
le
même
signal.
Quand
la
lumière
du
projecteur
frappait
un
nuage
on
avait
l'impression
que
Batman
allait
débouler
d'un
instant
à
l'autre.
Tous
les
soirs
en
s'endormant
les
gars
du
Pentagone
faisaient
une
prière
en
demandant
que
ce
fichu
truc
cesse
d'émettre.
Il
fallait
que
quelqu'un
se
mouille,
se
débrouille
pour
endosser
l'affaire,
mais
il
fallait
aussi
que
cela
reste
américain,
sinon
cela
signifierait
que
d'autres
avaient
la
maîtrise
de
l'espace.
Déjà,
plus
personne
ne
s'intéressait
aux
quatre
couillons
qui
étaient
dans
la
station
spatiale
internationale,
l'ISS.
C'est
la
Rand
corporation
qui
finalement
se
dévoua.
Des
"fuites"
furent
orchestrées
laissant
entendre
qu'une
mini
conquête
spatiale
avait
débuté
avec
des
engins
de
très
petite
taille
et
que
ceci
correspondait
à
un
premier
essai.
La
réponse
de
l'oeuf
arriva
peu
de
temps
après,
dès
que
le
cratère
fut
de
nouveau
dans
l'ombre.
-‐
Du
Morse
!
-‐
Non,
comme
ça.
Et
ne
lésinez
pas,
mettez-‐m'en
une
bonne
dose.
-‐
Je
ne
vous
comprends
pas,
ça
n'a
pas
l'air
d'aller
ces
temps-‐ci.
Vous
vous
baladez
toujours
avec
cette
blouse
blanche.
Vous
devriez
prendre
une
peu
des
vacances,
mon
vieux
.
Aérez-‐vous
un
peu.
Vous,
les
scientifiques,
vous
êtes
toujours
perpétuellement
angoissés.
Maintenant,
on
est
tranquille,
non
?
Roger
Rabbit
nous
fout
la
paix.
Il
y
a
toujours
une
bonne
idée
pour
dégonfler
un
truc
et
vous
avez
fini
par
la
trouver,
nous
vous
en
sommes
tous
reconnaissants.
Faire
dire
aux
gens
de
la
Rand
que
les
USA
relançaient
une
mini-‐conquête
spatiale
n'avait
pas
été
suffisant.
Mais
on
avait
fini
par
trouver
une
explication
pour
les
messages
de
l'oeuf.
Il
avait
suffi
de
dire
aux
gens
que
la
Nasa
avait
placé
au
centre
du
cratère
Alphonse
un
cataphote
capable
de
renvoyer
un
signal
lumineux.
On
avait
déjà
fait
cela
lors
de
missions
lunaires.
Cela
avait
même
permis
de
découvrir
que
la
Lune
s'éloignait
de
la
terre
de
quatre
centimètres
par
an.
Les
mesures
de
vitesse
par
effet
Doppler
ont
une
précision
qui
défie
l'imagination.
Dix
moins
dix
centimètres
par
seconde,
grâce
à
la
possibilité
d'éliminer
le
bruit
en
conjuguant
de
nombreuses
mesures
étalées
dans
le
temps.
N'était-‐ce
pas
ainsi
qu'on
avait
mis
en
évidence
la
dérive
des
continents
à
l'aube
de
la
conquête
spatiale
en
collant
un
coup
de
laser
sur
le
premier
satellite
venu
?
Il
avait
suffi
d'expliquer
aux
gens,
en
étalant
cela
dans
toute
la
presse
de
vulgarisation,
Scientific
American
en
tête,
que
la
Nasa
avait
placé
une
sorte
de
miroir,
tout
à
fait
analogue
aux
cataphotes
des
vélos,
au
centre
du
cratère
Alphonse.
Pourquoi
?
Simplement
pour
voir
s'il
n'y
avait
pas
d'infimes
mouvement
dans
cette
région
de
la
Lune,
signalant
un
reste
de
tectonique.
Quant
aux
signaux
?
Des
farces
de
techniciens,
sans
plus.
Les
scientifiques
aiment
bien
les
blagues,
on
le
sait.
Par
ailleurs,
comment
empêcher
un
labo
disposant
d'un
laser
assez
puissant
de
pointer
vers
cette
région
et
de
lui
faire
envoyer
des
âneries
?
On
avait
pas
détecté
les
mouvements
cherchés.
Le
centre
du
cratère
était
aussi
calme
que
le
reste.
Toute
la
Lune
était
calme,
d'ailleurs
et
on
n'avait
plus
grand
chose
à
espérer
de
ce
caillou
mort.
Par
contre,
la
réaction
des
terriens
face
à
des
messages
venus
du
ciel
avait
été
fort
intéressante
à
étudier.
Des
tas
de
gens
firent
des
Phd
sur
le
sujet.
Il
y
eut
des
colloques.
Un
grand
Texan,
en
riant
aux
éclats,
avait
même
dit
:
-‐
Si
nous
avions
voulu
poursuivre
l'expérience,
nous
aurions
même
pu
créer
une
nouvelle
religion.
Cet
oeuf,
c'était
"la
voix
de
Dieu
lui-‐même".
On
a
trouvé
des
millions
de
gens
tous
prêts
à
le
croire.
De
nouveau
la
situation
était
"under
control".
On
pouvait
continuer
tout
tranquillement
à
faire
prendre
aux
gens
des
vessies
pour
des
lanternes.
Le
général
se
versa
aussi
un
whisky.
-‐
Vous
savez,
cette
idée
était
si
excellente
qu'avec
le
temps
j'ai
presque
fini
par
y
croire
moi-‐même.
Nous
avons
tellement
embrouillé
les
pistes
qu'une
chatte
n'y
retrouverait
même
plus
ses
petits.
Maintenant,
ce
truc
peut
émettre
n'importe
quoi
:
tout
le
monde
s'en
fout
dans
la
mesure
où
les
gens
ont
fini
par
se
convaincre
que
les
signaux
venaient
en
fait
de
la
Terre.
-‐
Vous
ne
comprenez
pas.
Quand
le
message
a
été
émis,
et
la
date
de
passage
au
plus
près
de
la
Terre
a
été
vérifiée
avec
la
plus
grande
précision,
l'objet
était
beaucoup
plus
loin.
-‐
Bon,
et
alors
?
-‐
A
la
distance
à
laquelle
il
se
trouvait
aucun
télescope,
basé
sur
Terre
ou
en
orbite
n'aurait
été
capable
de
déceler
sa
présence.