Physiologie du globule rouge : l’hémolyse
I. Intitulé de la leçon:
HEMOLYSE
Niveau du cours : LS5-LS6 med, LS3-LS4 ph
Responsable de l’enseignement : Professeur A. VOVOR, FSS
Chargés de l’enseignement :
- Professeur A. VOVOR
- Docteur I.M. KUEVIAKOE
- Docteur E. PADARO
- Docteur Y. LAYIBO
- Docteur MAGNANG
Physiologie du globule rouge : l’hémolyse
OBJECTIFS
1. Décrire les facteurs de survie du globule rouge ;
2. Décrire les phénomènes de vieillissement du globule rouge ;
3. Décrire l’hémolyse physiologique ;
4. Décrire les moyens d’exploration d’une hémolyse ;
5. Citer les principales étiologies d’hémolyse pathologique.
Physiologie du globule rouge : l’hémolyse
Introduction
L'hémolyse est la mise en liberté de l'hémoglobine contenue dans le globule rouge
(érythrolyse) par suite d'une altération de la paroi de ce globule. In vivo l'hémolyse est en
pratique synonyme de destruction du globule rouge.
Le globule rouge est une cellule anucléée dépourvue d'organites essentiels pour la synthèse
protéique (noyau (ADN-ARN), ribosomes, mitochondries.) La conséquence en est le défaut
de renouvellement du stock enzymatique nécessaire à la survie de l'érythrocyte.
La durée de vie du globule rouge est de 120 jours normalement au terme desquels il subit un
vieillissement avec diminution importante du stock enzymatique.
L'intérêt de cette question se situe en pathologie où la compréhension des mécanismes de
l'hémolyse est indispensable au diagnostic positif et étiologique des anémies hémolytiques.
1. Techniques de mise en évidence
L'hémolyse a été étudiée par des techniques diverses. De nos jours l'hémolyse est
essentiellement explorée par repérage isotopique. La méthode de référence est celle qui utilise
le radiochrome 51.
Figure 1 : Schéma indiquant la durée de vie moyenne du globule rouge
Selon les méthodes de mesure, la vie du GR varie entre 115 et 125 j (m = 120 j).
2. Les facteurs de survie du globule rouge
L'absence de noyau rend toute synthèse protéique impossible dans le globule rouge adulte.
Pendant les 120 jours de sa vie, le globule rouge devra donc avec son équipement
enzymatique et énergétique préserver sa forme, sa souplesse et son hémoglobine.
Physiologie du globule rouge : l’hémolyse
2.1. La membrane du globule rouge
La membrane du globule rouge est constituée de deux éléments : les lipides et les protéines.
La bicouche lipidique du globule rouge est faite essentiellement de phospholipides avec le
pôle hydrophobe orienté vers l'intérieur et le pôle hydrophile orienté vers l'extérieur.
2.1.1. Les protéines membranaires
[Link]. Les protéines intrinsèques
La glycophorine
C'est une protéine trans-membranaire, responsable de la charge électronégative du G R
(globule rouge) et de la répulsion électrostatique qui lui est liée. La principale glycophorine
est la glycophorine A, mais d'autres sont connues : B et C.
La protéine 3
Ce chiffre 3 correspond à la nomenclature internationale des composants protéiques de la
membrane érythrocytaire. Ses propriétés sont :
- transfert des anions
- transfert passif facilité du glucose
[Link]. Les protéines extrinsèques ou protéines du cytosquelette
La spectrine
C'est une protéine fibrillaire de 460 kilodaltons constituée de deux chaînes alpha et de deux
chaînes bêta. Les molécules de spectrine s'associent 2 à 2 pour former un tétramère. Il joue un
rôle prépondérant dans le maintien de la forme du G R.
La protéine 4-1
C'est une protéine de P M : 80 000 ayant une haute affinité pour la spectrine.
Actine érythrocytaire
L'actine est une bêta-actine peu polymérisée qui se lie à la chaîne bêta de la spectrine. La
protéine 4 – 1 favorise la liaison actine-spectrine.
[Link]. Protéine de liaison
C'est l'ankyrine, cette protéine permet l'ancrage du cytosquelette aux protéines intrinsèques.
Physiologie du globule rouge : l’hémolyse
2.1.2. Enzymes de la membrane
Ce sont :
- le magnésium ATPase (Na+, K+) dépendant qui a pour action principale la sortie du Na du
GR
- l'ATPase Ca dépendant
- les protéines de transport des anions, de l'eau, du glucose
- l'acétylcholinestérase
- l'adenylcyclase
- les enzymes de la glycolyse
2.1.3. Les échanges transmembranaires
Ces échanges assurent l'apport de matériel énergétique tels les sucres qui permettent le
fonctionnement des systèmes enzymatiques érythrocytaires. La membrane règle de façon
active l'équilibre hydroelectrolytique :
- passage passif de l'eau
- expulsion du Na grâce à l'ATPase Na + K+ dépendante.
La membrane est en outre perméable aux anions Cl- et CO3 H-.
2.2. Métabolisme intra-érythrocytaire
2.2.1. Glycolyse intra-érythrocytaire
[Link]. Voie principale ou glycolyse anaérobie ou voie d’EMBDEN MEYERHOF
Cette voie aboutit à la régénération :
De deux molécules d’ATP qui vont intervenir :
- dans le maintien de l'intégrité de la membrane
- le transport des cations
- la synthèse du glutathion
- et la glycolyse
d'une molécule de NADH qui permet :
- la réduction de la Met- hémoglobine sous l'action d'une diaphorase NADH dépendante
ou diaphorase principale (60%)
- la transformation du Pyruvate en lactate sous l'action de la LDH (lactico-
déshydrogènase)
[Link]. Le shunt de RAPOPORT – LUEBERING
Il permet la production de 2-3 D.P.G. qui intervint :
- Vdans le maintien de l'affinité de l'Hb pour l'oxygène
- en servant de réserve énergétique du G R sous forme de phosphate
- et dans la dégradation des trioses de la glycolyse anaérobie
Physiologie du globule rouge : l’hémolyse
[Link]. La voie de DICKENS et HORECKER (pentoses phosphate)
Cette voie permet la production de NADPH qui participe à la réduction du glutathion ; mais
aussi elle participe à la formation de la Met Hb réductase NADPH dépendante ou diaphorase
accessoire (5%.)
[Link]. Système protégeant contre l'oxydation
Il s'agit du glutathion (G S H) qui intervient dans la réduction de la Méthémoglobine.
C’est un système rédox ou interviennent 2 enzymes :
- la glutathion péroxydase qui permet la transformation du péroxyde d’hydrogène en eau ;
- la glutathion réductase
En outre le glutathion protége les groupements thiols de la membrane érythrocytaire.
3. Vieillissement du globule rouge
Ce vieillissement se traduit par une diminution des activités enzymatiques de la glycolyse
anaérobie et du cycle des pentoses. Tout ceci contribue à la diminution de la déformabilité du
GR
3.1. Modifications membranaires
3.1.1. Modifications de la répartition des lipides membranaires
- L’excès isolé de cholestérol diminue la déformabilité du G R
- L’excès de sphingomyéline détermine une perte de souplesse du G R
- L’augmentation de la lysolécithine entraîne une fragilisation du G R.
[Link]. Augmentation de la densité du G R.
Il y a une diminution de la teneur en acide sialique.
Ceci fait qu’il y a une tendance à l’agglutination des G R qui deviennent agglutinables.
[Link]. Perturbation des échanges transmembranaires
Nous notons :
- une augmentation du Na+ intra-érythrocytaire
- une diminution du K+ intra-érythrocytaire.
[Link]. Oxydation des groupements SH de la membrane
3.1.2. Modification de l’hémoglobine
Nous notons :
- une diminution du taux du 2,3-Diphosphoglycérate (2,3-DPG)
- une altération discrète de l’Hb A qui donne l’Hb A3
- un accroissement de la teneur de G R en Méthémoglobine.
Augmentation teneur GR en met-Hb
Physiologie du globule rouge : l’hémolyse
4. Hémolyse physiologique
4.1. Siège
Au sein des cellules réticulo-endothéliales de la moelle osseuse.
4.2. Mort du G R
Nous notons :
- une hydratation du G R qui va entraîner une augmentation de son volume. Le GR aura
une forme sphérique et aura une déformablilité diminuée ;
- une dénaturation et précipitation de l’hémoglobine ;
- une dénaturation des protéines membranaires.
4.3. Conséquences de la mort du G R
4.3.1. Dégradation de l’hémoglobine
[Link]. Formation de la bilirubine non conjuguée
L’ouverture du cycle tétrapyrrolique sous la catalyse de l’hème oxygénase va donner la
biliverdine qui sous la catalyse d’une réductase donne la bilirubine. Cette bilirubine non
conjuguée (BNC) est toxique car non soluble. Cette bilirubine peut se fixer au niveau des
noyaux gris centraux et déterminer un ictère nucléaire.
[Link]. Conjugaison hépatique de la B N C
- La B N C est captée grâce à la protéine Y ou ligandine. Dans la maladie de GILBERT ou
cholémie familiale il existe un trouble de la captation de B N C
- Glucurono-conjugaison par l’Uridine 5-Diphosphate (U.D.P) glucuronosyltranférase. Le
déficit en cette enzyme détermine le syndrome de CRIGGLER-NAJAR.
- excrétion active de la bilirubine conjuguée (B.C) au pôle biliaire de l’ hépatocyte.
[Link]. Etape intestinale
Cette étape se fait sous l’action des bactéries intestinales ; on obtient :
- l’urobilirogène qui sera transformé en urobiline ;
- le stercobilinogène qui sera transformé en stercobiline.
[Link]. Catabolisme rénal de l’Hb
Il s’effectue dans les cellules épithéliales du tubule rénal. Ce catabolisme de l’hème aboutit à
l’hémosidérine.
On observe de façon pathologique une hémosidérinurie dans la maladie de
MARCHIAFAVA-MICHELI ou hémoglobinurie nocturne paroxystique.
Physiologie du globule rouge : l’hémolyse
4.3.2. Production de compensation
Pour maintenir l’équilibre hématologique il faut une production médullaire équivalente à la
destruction. C’est ainsi que 200 milliards de G R sont produits chaque jour. Cette production
de compensation est appréciée par :
- le taux de réticulocytes
- et le taux d’érythroblastes médullaires.
5. Hémolyse pathologique
L’hémolyse qui est un phénomène physiologique peut être pathologique dans certaines
conditions. Il s’agit de situation d’hyperhémolyse qui peut être corpusculaire ou
extra-corpusculaire notamment intravasculaire. En cas d’hémolyse intravasculaire, nous avons
une hémoglobinémie et quelquefois une hémoglobinurie. L’Hb libérée dans le plasma est
prise en charge par l’haptoglobine. Le problème posé ici est surtout étiologique.
5.1. Affirmer l’hyperhémolyse
5.1.1. Signes directs d’hémolyse
mesure de la durée de vie des hématies Réduction directs d'hémolyse
signes biochimiques d’hyperhémolyse :
- Bilirubine non conjugué (BNC) élevé
- stercobiline fécale
- fer sérique élevé
- hémoglobinurie
- hémosidérinurie.
Effondrement haptoglobine
5.1.2. Signe de régénération
- Numération des réticulocytes.
Augmentation du nombres des réticulocytes
Physiologie du globule rouge : l’hémolyse
5.2. Détermination du siège de l’hyperhémolyse par comptage externe
L’hémolyse peut être intra vasculaire ou intra-tissulaire (moelle osseuse ou dans la rate)
5.3. Recherche de l’étiologie
C’est le point le plus important des hémolyses pathologiques.
5.3.1. Causes corpusculaires
Anomalies de l’hémoglobine
- Drépanocytose
- Hémoglobines instables
- Thalassémie
Enzymopathies érythrocytaires
- Déficit en G.6.P.D (Glucose 6-Phosphate Déshydrogénase)
- Déficit en P.K (Pyruvate-Kinase)
Anomalies de la membrane
- Sphérocytose ou maladie de MINKOWSKI CHAUFFARD
- Elliptocytose.
Ovalocytose
5.3.2. Causes extra-corpusculaires
Parasitoses
- Paludisme
- Brucellose
Immunologiques
- Allo-immunisation foeto-maternelle et transfusionnelle.
- Auto-immunisation
- Allergies médicamenteuses.
Toxiques
- Les
toxiques déterminent un trou dans la membrane érythrocytaire
- Saturnisme
- Venin de serpent
- Médicaments divers
Bactériennes
Les toxines bactériennes entraînent un trou dans la membrane : le plus
redoutable est Welchia Perfringes.
Physiologie du globule rouge : l’hémolyse
Mécaniques
Le mécanisme est une fragmentation du G. R au contact de valves cardiaques chez les
porteurs de prothèse cardiaque.
Conclusion
L’hémolyse est un processus physiologique.
Elle est inéluctable puisque le globule rouge est une cellule anucléée.
La survie du globule rouge est conditionnée par :
- l’état de la membrane
- les échanges transmembranaires
- le métabolisme intra-érythrocytaire.
Le vieillissement du globule rouge est le fait de modifications membranaires et de l’altération
de l’hémoglobine. Tout l’intérêt de cette question est constitué par les états d’hyperhémolyse
dont la recherche étiologique est indispensable.