Première partie : L’homme
Chapitre 1 : La conscience et l’inconscient
La conscience
Définition de la conscience :
La conscience est l’intuition qu’un sujet possède de lui-même, de ses états,
d’autrui ainsi que de la réalité extérieure.
La conscience comme intuition, assure la connaissance directe de soi-même (on se
reconnaît comme différent des autres : chacun étant unique), de ce qui se passe en
nous et dans notre entourage.
Première théorie: Les fonctions de la conscience ou les preuves de son
existence
Avant d’examiner les fonctions de la conscience données par certains
philosophes pour prouver son existence, on doit mentionner que l’introspection est
la méthode d’étude de la conscience par excellence. Elle consiste à étudier sa
propre personne pour acquérir une connaissance de soi.
Le premier philosophe qui a souligné l’existence de la conscience s’avère
Descartes. Or Descartes n’emploie que très rarement le terme « conscience » et
lorsqu’il le fait, c’est au sens moral. Cependant, le cogito (« je pense ») cartésien
est considéré comme étant l’équivalent de ce qu’on appellera plus tard «
conscience ». Ce que nous apprend Descartes, c’est que celui qui pense a toujours
la certitude d’exister. C’est le sens du célèbre « cogito ergo sum » ou « je pense
donc je suis »
En plus, Descartes trouve qu’on peut mettre en question l’existence de toutes les
choses sauf le moi qui pense ou qui doute. Dans cette logique, il a écrit :” je me
suis persuadé qu’il n’y a rien du tout dans le monde, qu’il n’y avait aucun ciel,
aucune terre (…), ne me suis-je donc pas persuadé que je n’étais point ? Non
certes, j’étais sans doute, si (…) j’ai pensé quelque chose”.
Dans la même lignée de Descartes, Kant et Pierre Janet viennent montrer
que l’homme est conscient et que la fonction de la conscience est d’assurer la
synthèse. La conscience unifie tous les états en les rapportant à un même “Je”.
Les états de la conscience ne cessent de varier, alors que le “Je” est toujours
identique à lui-même (ne change pas). Le rôle que joue la conscience ici nous
protège de l’aliénation (le sentiment d’être étranger à soi-même).
À son tour, Ribot souligne que la fonction de la conscience est d’assurer
l’adaptation de l’être vivant à son milieu. La conscience apparaît dans certaines
conditions qui se résument par « la loi de l’obstacle » c’est-à-dire des difficultés
auxquelles se heurte notre activité.
Exemple : quand je conduis une voiture, je le fais par habitude mais lorsqu’un
camion apparut devant moi, ma conscience s’éveilla pour trouver une solution à ce
problème surgi. Elle me pousse alors à me diriger vers l’autre côté et à m’écarter
du camion.
À la suite de Ribot, Hegel nous montre que l’homme est doté d’une
conscience. Pour ce faire, il distingue entre deux concepts “en soi” et “pour soi”.
Les choses extérieures existent “en soi” car elles n’agissent pas et par suite ne
prennent pas conscience d’elles-mêmes. Toutefois, l’homme existe “pour soi” à
travers son activité pratique qui le pousse à transformer le monde.
Dans son Cours d’esthétique, il a écrit : ” La première pulsion de l’enfant porte
déjà en elle-même cette transformation pratique des choses extérieures ; le petit
garçon qui jette des cailloux dans la rivière admire en eux les ronds formés par lui
à la surface de l’eau radmire en eux une œuvre qui lui donne à voir ce qui est sien.”
Bref, pour Hegel, avoir conscience de soi c’est être agissant.
Au XX ème siècle, Jean Paul Sartre poursuit les réflexions de Hegel
lorsqu’il vient écrire cette célèbre phrase « l’existence précède l’essence ».
L’homme existe donc avant d’être ceci ou cela et c’est lui qui décide d’être ceci ou
cela. L’homme prend donc conscience de lui-même lorsqu’il “se projette dans
l’avenir” c.à.d. lorsqu’il réalise des projets.
Dans la même mouvance, Husserl vient admettre l’existence de la
conscience. Il nous dit que la conscience est intentionnalité c.à.d. elle est une
direction vers un objet. Dans cette direction ou visée, deux choses se prêtent
simultanément à nous. Tout d’abord, on remarque que sans objet pas de
conscience.
A titre d’exemple, l’amour d’une personne (l’amour étant un état de conscience)
n’est possible sans cette visée si on ne se dirige pas vers elle
Deuxièmement, on s’aperçoit que sans conscience pas d’objet. Exemple : sans un
sujet conscient, l’arbre ne peut être perçu. Sans les élèves (S), la leçon de
philosophie ne peut être comprise.
En un mot, Husserl a montré que la conscience est un cogito ( un sujet pensant) en
relation avec un cogitatum ( un objet de pensée) et par suite, il a dépassé Descartes
qui n’a parlé que du cogito.
Dans le même ordre d’idées, Bergson vient souligner l’importance de la
conscience dans notre vie en montrant que” la conscience est synonyme de choix”.
Selon lui, plus on fait un choix et on prend une décision, plus notre conscience est
vive, tandis que lorsqu’on n’a pas besoin de décider ou de choisir, notre conscience
s’endort et s’efface au profit d’un comportement mécanique et automatique. Ceci
montre bien que la conscience est le critère de la liberté.
Exemple: dans les moments de crise intérieure, la conscience pousse l’homme à
prendre une décision qui va le sauver dans l’avenir et préserver sa liberté.
Finalement, Sartre réduit l’inconscient à la « mauvaise foi ». Celle-ci est un
mensonge à soi-même et une excuse pour échapper à la responsabilité.
Nous savons que seulement les sujets conscients sont considérés comme libres et
par suite comme responsables. Or pour Sartre le recours l’inconscient nous
débarrasse du fardeau de notre liberté et nous rend irresponsables de nos actes.
L’inconscient pose alors un problème pour la morale. C’est pour cette raison que
Sartre refuse l’inconscient et affirme qu’on est toujours conscient et toujours
« responsable de ce que l’on fait ».
Critique du psychisme conscient :
-Les faits psychiques apparemment conscients peuvent avoir des raisons
inconscientes exemple : un sentiment d’amour.
-Certains faits psychiques comme les symptômes pathologiques de la phobie ne
s’expliquent, ni par l’organisme, ni par la conscience, d’où la nécessité selon
Freud, de l’existence d’un psychisme inconscient.
-On reproche à l’introspection d’être subjective, puisque le sujet est en même
temps l’objet pensé. Auguste Comte écrit : « On ne saurait être à la fois à la
fenêtre et se regarder passer dans la rue. »
L’inconscient :
Introduction : T.I
La psychologie classique assimile, le psychisme à la conscience. Pour elle,
tout ce qui est psychique est conscient et tout ce qui est inconscient n’est pas
psychique mais plutôt physiologique (il relevait du corps) : le sang passe dans mes
artères sans que je le sache (circulation sanguine), je respire d’une façon
mécanique et non consciente mes cheveux poussent sans que
je m’en aperçoive, mon estomac digère les aliments à mon insu. La psychologie
classique a donc refusé l’idée d’un « inconscient psychique » et l’a trouvée
contradictoire.
Il est à noter que Freud n’était pas le premier à parler d’inconscient
psychique. Beaucoup de philosophes ont décelé la présence de cet inconscient
avant lui, entre autres, nous pouvons citer : La Rochefoucauld, Rousseau,
Nietzsche, Schopenhauer. Mais il reste que l’analyse systématique de l’inconscient
psychique a été inaugurée par Freud.
I- Description de l’appareil psychique selon Freud (Première topique) T.I
Pour Freud, c’est la zone inconsciente qui commande toute notre vie
psychique.
Par définition, le mot « inconscient » désigne l’ensemble de ce qui n’est pas
conscient c’est-à-dire l’ensemble de ce qui dans la vie psychique reste inconnu du
sujet.
Freud distingue deux formes d’inconscient :
L’inconscient au sens descriptif ou le préconscient, et l’inconscient au sens
dynamique ou l’inconscient pathologique.
La première forme d’inconscient constitue l’inconscient normal qui ne pose
aucun problème d’ordre pathologique. Ce préconscient est formé de l’ensemble des
représentations (images, souvenirs) qui sont latentes c’est-à-dire momentanément
inconscientes mais qui peuvent devenir conscientes dans certaines conditions vu
l’absence de tout obstacle et de toute résistance.
(N.B : La psychologie classique admet cette forme d’inconscient car elle peut être
ramenée facilement à la conscience.)
Par contre, l’inconscient dynamique est essentiellement pathologique car les
désirs qui y sont conservés trouvent beaucoup de difficultés à remonter à la
conscience vu qu’ils sont refoulés. Cet inconscient dynamique est visible d’une
part dans les actes manqués et les rêves nocturnes et d’autre part dans les conduites
névro-psychotiques.
Les premiers se trouvent chez les normaux et les anormaux, alors que les seconds
se trouvent uniquement chez les anormaux.
Pour comprendre les raisons de l’inconscient dynamique et pour remonter à
ses origines, il nous faut revenir au conflit décrit par Freud entre le « Ça » et le
« Sur-Moi ».
II- Description de l’appareil psychique selon Freud (2ème topique) T.I
Freud se représente le psychisme comme une maison à trois étages :
Au milieu, c’est le « Moi » conscient qui subit des pressions contradictoires.
D’en bas, vient le « Ça » qui incarne des désirs contraires aux normes sociales. La
plupart de ces désirs sont liés à la sexualité.
D’en haut, vient la pression de la censure morale, sociale et religieuse qui cherche
à refouler les instincts : c’est le « Sur-Moi ».
Il y a donc un conflit entre des exigences sociales, morales, religieuses et des
désirs jugés inconvenants qui sont pour cela « refoulés » dans l’inconscient.
Est considéré comme normal tout comportement où le « Moi » concilie les
exigences du « Ça » et les exigences du « Sur-Moi ».
L’individu normal, vivant en société, est tenu de contrôler ses désirs, de leur
refuser certaines satisfactions.
Il est à remarquer que la conciliation est souvent difficile puisque les
exigences du « Ça » sont souvent en opposition avec celles du « Sur-Moi ».
Face à cette difficulté, il résulte le refoulement.
Mais qu’est-ce que le refoulement ?
Le refoulement est l’opération qui consiste à renvoyer et à maintenir dans
l’inconscient des désirs désapprouvés par le « Sur-Moi ».
La censure ou le « Sur-Moi » empêche ces désirs refoulés de passer à la
conscience. Toutefois, ce qui est refoulé ne meurt pas. Le « Ça » va se venger du
« Sur-Moi » et réapparaître sous forme symbolique. Cette irruption du « Ça » dans
le champ de la conscience se fait dans un premier cas à travers les actes manqués et
les rêves nocturnes, et dans un second cas travers les névroses et les psychoses.
III- Les manifestations de l’inconscient (Ça) : T.I
A- Les actes manqués :
Ces phénomènes de la vie quotidienne que l’on rencontre aussi bien chez les
individus normaux que chez les névroses, sont considérés on les considérait
comme des accidents fortuits ou insignifiants.
Or Freud découvre que ces actes ont un sens bien déterminé : ils réalisent le désir
refoulé expriment l’irruption des tendances inconscientes dans la conscience. Cette
irruption est déguisée.
a) Le lapsus :
Le lapsus est l’emploi d’un mot pour un autre l’oral ou l’écrit. Le mot
lapsus n’est pas le résultat d’une erreur mécanique mais un phénomène chargé de
sens, il est en rapport direct avec les intentions inconscientes de l’homme
Exemple : « Eh bien messieurs, je constate la présence de la majorité des membres
et je déclare la séance close…Oh ! Pardon je veux dire ouverte. »
Ce lapsus commis par un président d’une assemblée politique s’explique
facilement : le premier membre qui devait prendre la parole l’ouverture de la
séance était l’un de ses adversaires les plus acharnés.
Ex2 : Le lapsus écrit existe encore mais il est moins fréquent.
« J’espère que vous êtes en bonne santé et malheureuse »
Voil ce qu’un amoureux avait écrit à son ex-amie qui devait épouser un autre
jeune homme et voyager dans un autre pays.
b) L’oubli :
Loin d’être une usure ou fatigue de la mémoire, l’oubli se montre aux yeux
de Freud fonctionnel et significatif.
La fonction de l’oubli est de repousser hors du champ de la conscience les
souvenirs pénibles. Ce qui fait qu’on n’oublie pas les personnes aimées et les
événements où l’on a joué le beau rôle, mais on oublie facilement le nom des
personnes qui ont été associées à des événements passés pénibles ou désagréables.
Exemple : l’oubli d’un rendez-vous sera une manifestation inconsciente d’hostilité.
c) Les conduites d’échec :
L’échec de conduites qui est attribué à l’inattention ou au hasard constitue
chez Freud une représentation symbolique d’un désir refoulé.
(Exemple de la fille qui a jeté la tasse de café sur l’invité qui vient demander sa
main).
B- Le rêve :
Le rêve a passé par trois étapes.
1- L’étape métaphysique : (psychologie classique avant Freud)
Le rêve est interprété comme une prédiction. Il est considéré comme un message
envoyé par les dieux ou les âmes des morts pour mettre en garde le rêveur contre
un danger ou pour lui annoncer une bonne nouvelle.
2- L’étape physiologique : (psychologie classique avant Freud)
À l’état de veille, la conscience est vigilante ; les images ne peuvent s’échapper
d’elles-mêmes car elles sont contrôlées. Pendant le sommeil, la conscience est
relâchée, les images contenues dans les cellules nerveuses, s’enchaînent
n’importent comment, le rêve n’a alors aucune signification et ne peut s’expliquer
que par l’automatisme cérébral. C’est la position des matérialistes et plus
particulièrement de Ribot.
3- L’étape psychologique : (avec Freud)
Ni l’explication métaphysique, ni l’explication physiologique ne donnent au
rêve un sens humain. Les dieux parlent en mes rêves, ou bien c’est mon corps qui
rêve, mais ce n’est pas moi qui rêve ; mes rêves ne me concernent donc pas. Avec
Freud, le rêve commence par avoir une signification psychologique : mes rêves me
concernent. Le rêve nocturne permettra aux désirs inconscients (parce que
refoulés) à l’état de veille d’être satisfaits pendant le sommeil. C’est pour cette
raison qu’on dit que « le rêve est essentiellement message de l’inconscient. »
En effet, la censure ou le « Sur-Moi » qui refoule à l’état de veille les désirs
scabreux, interdits, se trouve pendant le sommeil non pas supprimée mais affaiblie.
Ainsi les désirs interdits sont satisfaits dans le rêve mais d’une manière encore
détournée, voilée, symbolique. (Il est à noter que les rêves des adultes sont le plus
souvent étranges et déformés, alors que ceux des enfants, où la censure ne s’est pas
tout à fait constituée, sont d’une grande clarté.)
Le rêve nécessite donc une interprétation.
L’analyse du rêve permet à Freud de distinguer entre deux contenus :
Le contenu patent ou manifeste (c’est l’histoire telle qu’elle est racontée par le
rêveur) et le contenu latent ou caché (la vraie signification du rêve).
L’essentiel consiste à trouver derrière le contenu manifeste un contenu latent. Le
contenu manifeste exprime alors d’une manière voilée et symbolique le contenu
latent.
Ainsi pour Freud, l’interprétation des rêves est la voie royale qui mène à la
connaissance de l’inconscient.
Donnons un exemple.
Le contenu manifeste :
Une malade raconte qu’elle a rêvé qu’elle achetait dans un grand magasin un
magnifique chapeau noir très cher.
Le contenu latent :
L’analyse révélera par la suite que le mari de la malade est âgé et souffrant et
qu’elle, d’autre part, est amoureuse d’un homme riche et beau.
Les désirs inconscients (et coupables) du sujet sont cachés derrière les symboles
suivants :
Le beau chapeau : signifie un besoin de parure afin de séduire le bien-aimé.
Le prix coûteux : révèle le désir de richesse.
Le chapeau noir : est un chapeau de deuil, ce qui signifie discrètement l’envie
d’être délivrée du mari encombrant.
Critique du psychisme inconscient :
Freud a fait de la psychanalyse une philosophie systématique c’est-à-dire il a
prétendu expliquer à travers la psychanalyse toutes les manifestations de la culture
humaine.
Sur le plan moral, Freud a réduit la conscience morale au « Sur-moi » alors que la
conscience morale d’une personne adulte et libre ne se réduit pas totalement au
« Sur-moi » compris comme ensemble d’interdictions.
Certes, le « Sur-moi » (qui est un ensemble d’interdictions) apparaît comme une
étape nécessaire dans la formation de la conscience morale de l’enfant, mais il ne
faut pas la confondre avec la conscience morale elle-même.
Sur le plan esthétique, Freud a réduit l’œuvre d’art à la sublimation de désirs
refoulés inconscients.
Maurice Utrillo a couvert ses toiles de devantures de café au moment où son
entourage l’empêche de boire. Toulouse-Lautrec, qui était handicapé, « demi cul-
de- jatte » a compensé sa disgrâce en peignant les jambes souples et agiles des
danseuses et des acrobates.
C’est pour cette raison que Docteur Delay vient écrire : « la psychanalyse de l’art
n’expliquera de l‘art que ce qu’il y a en lui de moins artistique. »
Enfin, nous pouvons dire que la psychanalyse a été taxée de matérialisme qui est,
selon Auguste Comte, « l’explication du supérieur par l’inférieur ».
Ou guide de philosophie p.22 n 2