UCL
Université
catholique
de Louvain
Hydrologie Générale
C. Bielders et M. Vanclooster
AGRO/MILA/GERU, Année académique 2005-2006
Evapotranspiration
Table de matières
1. Introduction
2. Processus de transfert de vapeur dans le système sol-plante-atmosphèree
- Transfert dans l’atmosphère
- Transfert dans le continuum sol-atmosphère
- Transfert dans le continuum plante-atmosphère
3. Les variables climatiques
- Rayonnement
- Humidité
4. Les bilans d’énergie
5. Quelques aspects pratiques
1
1. Introduction
1.1 Rôle de l’évapotranspiration dans le cycle hydrologique
L’évapotranspiration joue un rôle dominant dans le cycle hydrologique: à l’échelle globale,
2/3 des volumes d’eau précipités retournent vers l’atmosphère sous forme de vapeur.
1.2 Définitions
Evapotranspiration : Transfert de masse d’eau sous forme de vapeur à partir de l’interface
sol-plante vers l’atmosphère.
Evaporation : Transfert de masse d’eau sous forme de vapeur à partir d’un plan d’eau ou à
partir d’une surface de sol vers l’atmosphère.
Transpiration : Transfert de masse d’eau sous forme de vapeur à partir d’un organisme
vivant (plante, animal) vers l’atmosphère.
Evapotranspiration potentielle (ETP): La quantité d’eau qui, sous des conditions optimales
et étant donné les conditions atmosphériques, peut être transportée sous forme de vapeur de
l’interface sol-plante vers l’atmosphère.
Evapotranspiration réelle (ETR): La masse d’eau qui, étant donné les conditions
atmosphériques, est transportée sous forme de vapeur de l’interface sol-plante vers
atmosphère.
Evapotranspiration de référence : La masse d’eau qui, étant donné les conditions
atmosphériques, est transportée sous forme de vapeur d’une surface de référence. Cette
surface de référence est un gazon de 15 cm de hauteur ne présentant aucun stress hydrique,
nutritionnel ou pathologique.
2
2. Processus de transfert de vapeur dans le système sol-plante-
atmosphère
2. 1 Processus de transfert dans l’atmosphère
Transfert de vapeur
Suppose qu’il existe un gradient de pression de vapeur entre deux positions, situé dans
l’atmosphère. A cause de ce gradient, un transfert de masse de vapeur sera engendré, et
celui-ci dans le sens opposé à l’augmentation de ce gradient. Le transfert de vapeur sera
proportionnel à ce gradient. Le facteur de proportionnalité sera D. Ce phénomène est similaire
à la réalisation d’un courant d’électrique dans un circuit électronique (loi d’Ohm), ou la
réalisation d’un flux d’eau dans un milieu poreux (loi de Darcy) :
Mathématiquement :
∂χ ∂ (ρ.q )
E = − D( z ) = − D( z )
∂z ∂z
avec
3
E, flux de masse de vapeur , c’est à dire la masse totale en vapeur qui traverse une
unité de surface de l’atmosphère pendant une unité de temps (kg m-2 s-1) ;
χ, l’humidité absolue (kg vapeur m-3 air) ;
ρ, la densité de l’air (kg air m-3 air) ;
q, l’humidité spécifique (kg vapeur kg-1 air) ; et
D(z), la diffusivité aërodynamique (m2 s-1).
4
Transfert de mouvement
Suppose qu’il existe un gradient de vitesse de vent entre deux positions dans l’atmosphère. A
cause de ce gradient, un transfert de mouvement sera engendré dans le sens opposé à
l’augmentation de ce gradient. Le transfert de mouvement sera proportionnel à ce gradient. Le
facteur de proportionnalité sera ν(z), la viscosité cinétique.
Mathématiquement :
∂ (ρ.u ) ∂u
τ = −ν ( z ) = −µ(z)
∂z ∂z
avec
τ, transfert de mouvement par une unité de surface de l’atmosphère pendant une unité
de temps (N m-2) ;
ν(z), viscosité cinétique (m2 s-1) ;
µ(z), viscosité dynamique (kg m-3 s-1) ; et
u, vitesse du vent (m s-1).
5
Transfert de chaleur
Suppose finalement qu’il existe un gradient de température entre deux positions dans
l’atmosphère. A cause de ce gradient, un transfert de chaleur sensible sera engendré dans le
sens inverse de l’augmentation de ce gradient. Le transfert de chaleur sera proportionnel à ce
gradient. Le facteur de proportionnalité sera κ(z), la diffusivité thermique.
Mathématiquement :
∂ (ρ.c p .T) ∂T
H = − κ( z ) = −K (z)
∂z ∂z
avec
Η, transfert de chaleur sensible par une unité de surface de l’atmosphère pendant une
unité de temps (W m-2) ;
ρ, la densité de l’air (kg air m-3 air) ;
cp, chaleur spécifique de l’air à pression constant (J kg-1 K-1)
Τ, la température (K) ;
K(z), la conductivité thermique (W m-1 K-1)
6
Linéarisation des diffusivités : les résistances aérodynamiques
Les diffusivités reprises dans les formules précédentes sont très variables dans l’espace et
dans le temps et sont fonction des caractéristiques aérodynamiques de l’atmosphère.
Pour les calculs pratiques, on simplifie la caractérisation des diffusivités en introduisant une
linéarisation appliquée aux diffusivités. Par cette procédure, on introduit des résistances
aérodynamiques qu’on considère constantes pour un certaine espace et temps donné. Les
résistances sont obtenues par une intégration appropriée des diffusivités dans le volume
considéré :
Résistance aérodynamique au transfert de vapeur, rav
Z2
dz ρ.q z1 − ρ.q z 2
rav = ∫ D( z ) =
z1
E
avec z1, z2, le niveau inférieur et le niveau supérieur de l’interface
Résistance aérodynamique au transfert de mouvement, raτ
Z2
dz ρ.u z1 − ρ.u z 2
raτ = ∫ ν(z) =
z1
τ
Résistance aérodynamique au transfert de chaleur, raH
Z2
dz ρ.c p Tz1 − ρ.c p Tz 2
raH = ∫ κ( z )
z1
=
H
Dans notre application, on mettra :
rav = raτ = raH = ra
7
2.2 Processus de transfert dans le continuum sol-atmosphère
Dans le sol, l’eau ne se situe plus seulement dans son état moléculaire. Avant de diffuser vers
l’atmosphère, l’eau liquide au sein des pores doit se vaporiser, afin de maintenir le flux de
l’évaporation et de rencontrer les demandes atmosphériques. La diffusion de vapeur vers
l’atmosphère continuera à la vitesse potentielle à condition que l’eau liquide pour la
vaporisation soit suffisamment présente à l’interface sol-atmosphère. Si ce n’est pas le cas, la
ressource en eau à la surface de sol est insuffisante pour maintenir le flux d’évaporation
potentielle, dicté par les conditions météorologiques.
Le transfert de l’eau sous forme liquide du sous-sol vers la surface (c’est là où la vaporisation
a lieu !) est limité par les forces de résistances d’écoulement d’eau. Comme cela a déjà été
discuté dans la partie ‘Infiltration’, ce mouvement est décrit par le loi de Darcy, imposant un
flux d’eau liquide au sein du sol proportionnel à un gradient hydraulique total. Le facteur de
proportionnalité vaut la conductivité hydraulique du sol.
Alors, d’une façon simplifiée, le transfert de masse d’eau du sol vers l’atmosphère se fait en
trois étapes :
1. Transfert de l’eau liquide du sous-sol vers la surface suivant le loi de Darcy ;
2. Vaporisation de l’eau liquide au sein des pores à la surface du sol ;
3. Diffusion de vapeur des pores du sol vers l’atmosphère.
La vitesse de l’ensemble de ces processus sera dictée par le processus le plus lent dans cette
chaîne. Il s’agit du transfert de l’eau liquide du sous-sol vers la surface. Alors, lorsque le sol
est saturé à la surface, l’évaporation du sol continuera à la vitesse potentielle, déterminée par
les demandes météorologiques. Au fur et à mesure que le sol se sèche, l’évaporation
potentielle diminuera, et ceci parce qu’un processus limitatif entre en jeu : le transfert de
l’eau du sous-sol vers le sol.
8
Modélisation empirique : Modèle de Ritchie (1972)
Pour un sol nu, Ritchie à proposé un modèle empirique permettant de calculer la réduction de
l’évaporation dans un sol sec, due à l’indisponibilité de l’eau libre à l’interface sol-
atmosphère. L’évaporation se modélise, en deux phases, comme suit:
i) Pour la période initiale, l’évaporation réelle correspond à l’évapotranspiration
potentielle, soit :
Eact = Epot
ii) Pour la période suivante, l’évapotranspiration diminue en fonction du temps, soit :
Eact = Epot.α. t
Note qu’ α est supposé constant pour un type de sol donné et est fonction de la diffusivité de
ce sol.
Modélisation physique : Résistance du sol
Reprenons l’équation de Darcy :
∂H
Jw = − k (θ)
∂z
Introduisons la capacité et diffusivité hydraulique (voir partie infiltration).
1 ∂θ ∂θ
Jw = − k (θ) + 1 = − D(θ) − k (θ)
c(θ) ∂z ∂z
Lorsque le sol devient très sec, on peut considérer que le flux d’eau par gravité est
négligeable (-k(θ)->0), alors :
∂θ
Jw = − D(θ)
∂z
Similairement à ce qu’on a vu ci-dessus, on peut maintenant calculer la résistance du sol, rs,
par une linéarisation de la diffusivité hydraulique comme suite:
9
z2
∂z θ z1 − θ z 2
rs = ∫ D(θ) =
z1
Jw
2.3 Transfert dans le continuum plante-atmosphère
La transpiration de l’eau dans les plantes se situe au niveau des stomates. Cette vaporisation
sera limitée lorsque la plante subit un stress hydrique.
Le transfert de l’eau dans les plantes vers les stomates se fait à travers les organes racinaires,
les tiges et les feuilles. Ce transport est de nouveau engendré par un gradient de pression
hydraulique et proportionnel à une diffusivité hydraulique de l’organe. A l’échelle
macroscopique et d’une façon simplifiée, les résistances au transfert d’eau, exercées par les
différentes organes des plantes, peuvent être modélisées par des résistances linéaires. Les
résistances le plus importantes se développent au niveau des racines et au niveau des
stomates.
10
3. Les variables climatiques
Dans ce paragraphe on reprend la définition des variables nécessaires aux calculs
d’évapotranspiration.
3.1 Rayonnement
3.1.1 Le rayonnement extra-terrestre
Différentes variables auxiliaires sont nécessaires pour le calcul du rayonnement extra-
terrestre :
La déclinaison solaire δ, (rad)
Il s’agit de l’angle entre l’axe polaire de la terre et la plaine éclipsoïdale. Il varie d’une
journée à l’autre.
Dn + 284
δ = 0.4093. sin 2.π.
365
avec Dn, le jour de l’année.
La longueur d’une journée, N, (heures)
Il se calcule en fonction de l’angle solaire, ωs, qui varie dans l’espace (ϕ) et le temps (δ) :
24
N= .ωs
π
ωs = arccos(− tan ϕ. tan δ )
avec ϕ, la latitude (rad).
11
L’angle du zénith, θ (rad)
L’angle du zénith varie également en fonction du temps et de l’espace. Il se calcule comme
suit :
cos θ = sin δ. sin ϕ + cos δ. cos ϕ. cos ω
π
cos ω = cos15.( t − t 0).
180
t : temps du jour (heures)
t0 : temps du midi
La distance relative terre-soleil, dr
2.π.Dn
dr = 1 + 0.33. cos
365
avec Dn, le jour de l’année.
Rayonnement extraterrestre instantané, Ri,ex (W m-2)
R iex = [Link]. cos θ
avec E, la constante solaire (1367 W m-2) ; dr, la distance relative terre-soleil ; Dn, le jour de
l’année.
Rayonnement extraterrestre moyen journalièr, Rex (W m-2)
π/2
= ∫ [Link]. cos θ.dθ
ex
R
−π / 2
+ ωs
[Link].(sin δ. sin ϕ + cos δ. cos ϕ. cos ω).dω
1
2.π −∫ωs
=
= [Link].(ωs . sin ϕ. sin δ + cos ϕ. cos δ. sin ω)
12
La figure ci-dessous présente l’allure du rayonnement solaire extra-terrestre simulé pour 2
latitudes différentes :
1. A Louvain-la-Neuve (50°N-4°E)
20
Ray. extra-terrestre journalier (W/m^2)
400
Durée du jour maximale (h)
15
300
10
Ray. extra-terrestre journalier
Durée du jour max.
200
5
100
0
01/01/99 01/03/99 01/05/99 01/07/99 01/09/99 01/11/99
Date
2. A Quito (0°N-75°W)
500 20
Ray. extra-terrestre journalier (W/m^2)
450
Durée du jour maximale (h)
15
400
10
Ray. extra-terrestre journalier
350 Durée du jour max.
5
300
250 0
01/01/99 01/03/99 01/05/99 01/07/99 01/09/99 01/11/99
Date
13
3.1.2 Le spectre du rayonnement
Suivant le loi de Wien, l’énergie émise par des surfaces rayonnantes se situe dans un spectre
continu de différents longueurs d’ondes. L’intensité du rayonnement est fonction de la
longueur d’onde et se calcule comme suit :
f (λ.T)
E (λ ) =
λ5
avec f, la fonction de Wien. La valeur maximale de cette expression est obtenue pour une
longueur d’onde λmax. Ce λmax est inversement proportionnel à la température de la surface
rayonnant:
2900
λ max =
T
avec T, la température absolue (K). Alors pour le soleil, qui se situe à une température de
surface moyenne de 6000 K, la puissance de l’énergie se trouve dans les courtes longueurs
d’onde, car :
2900
λsoleil
max = = 0.5µm → R c : longueur d' onde courte
6000
Pour la terre, l’énergie est surtout émise sous forme de longueur d’onde longe, car
2900
λterre
max = = 9.7µm → R l : longueur d' onde longue
300
3.1.3 Atténuation du rayonnement de courte longueur d’onde dans l’atmosphère
Etant donné l’existence de l’atmosphère, une partie de l’énergie émise par le soleil sera
absorbée. On peut estimer la quantité d’énergie sous forme de courte longueur d’onde qui
atteindra l’interface sol-plante comme suit:
14
n
R c = p + q .R ex
c
N
avec n (heures) le nombre d’heures d’ensoleillement réel ; N (heures) la durée maximale
théorique du jour, Rcex (W m-2), le rayonnement extraterrestre sous forme de courte longueur
d’onde; et p,q des paramètres empiriques. Les valeurs de p se situent entre 0.18 et 0.25, tandis
que les valeurs de q se situent entre 0.47 et 0.57.
3.1.4 Réflexion du rayonnement de courte longueur d’onde vers l’atmosphère
Une partie de l’énergie sous forme de longueur d’onde courte qui atteindra la surface sera ré-
émise vers l’atmosphère. Ce fraction qui retourne vers l’atmosphère est appelée l’albedo. La
partie nette de l’énergie émise par le soleil sous forme de courte longueur d’onde, qui
finalement sera disponible à la interface sol-plante-atmosphère se calcule finalement comme
suit:
c (1 − albedo)
R cn = R surf
Des valeurs indicatives d’albedo sont données dans le tableau ci-dessous :
Surface Albedo (%)
Eau 6-7
Neige 75-95
Sable sec 35-45
Sable humide 20-30
Forêts 10-20
Cultures agricoles 15-25
3.1.5 Rayonnement de longue longueur d’onde
Etant la température réduite de la surface du terre, la radiation émise par la terre se situera sur
tout le spectre de longue longueur d’onde. Egalement, l’hémisphère et surtout les nuages
émettront des rayonnements sous forme de longueur d’onde longue. Suivant le loi de
Stéphane Boltzmann, le rayonnement sous forme de longueur d’ondes longes est
proportionnel à la température de la surface et ceci à la puissance 4. Le facteur de
15
proportionnalité vaut l’émissivité. Le bilan net du rayonnement sous forme de longue
longueur d’onde vaut , Rnl:
Ta4 + Tvs4
R ln = R inl − R out
l ≈ f (ε a − ε vs ).
2
avec Rlin, (W m-2), le rayonnement incident sous forme de longue longueur d’ondes, à partir
de l’atmosphère ; Rlout ,(W m-2), le rayonnement émis sous forme de longue longueur d’onde
vers l’atmosphère ; εa et εvs, les émissivités de la surface et de l’atmosphère; f, une fonction
empirique, et Ta, Tks (K), les températures de la surface et de l’atmosphère.
Pour les calculs pratiques, on utilise l’équation suivante :
n
(
R l = −2.45.10 − 9. 0.9 + 0.1. 0.34 − 0.14 e . Tmax
4
)(
+ Tmin
4
)
N
avec Rl, le bilan net sous forme de longue longueur d’onde ; Tmax et Tmin, (K) les
températures maximales et minimales mesurées dans les stations agrométérologiques ; e, la
pression de vapeur réelle(kPa) ; et n/N le rapport entre le nombre d’heures d’ensoleillement
réel et le nombre d’heures d’ensoleillement maximal possible de la journée.
3.1.6 Le rayonnement net
Le rayonnement net, disponible pour vaporiser de l’eau à l’interface sol-plante-atmosphère
vaut :
R n = R cn − R ln
16
3.2 L’humidité de l’air
La pression de vapeur d’un mole d’air se calcule à partir de la loi universelle des gaz :
e = χ.(R / M w ).T
avec e (Pa), la pression de vapeur; χ, l’humidité absolue (kg vapeur m-3 air) ; R, la constante
universelle des gaz ; Mw, la masse molaire de l’eau (18 g/mol); et T la température absolue
(K). La pression vapeur à saturation est une fonction de la température et se déduit du
diagramme de l’air humide :
Ta
e s (T) = 610.8. exp 17.27.
Ta + 237
L’humidité relative, en pourcentage, vaut :
e (T )
RH = x100
e s (T )
Dans les équations de l’évapotranspiration, on utilise également d’autres expression de
l’humidité de l’air. Considérons la densité de l’air sec qui vaut :
M a .(p − e)
ρ as =
RT
avec Ma, la masse molaire de l’air sec (29 g/mol), tandis que la densité de l’air humide vaut :
M w .e + M a .(p − e)
ρ aw =
RT
avec Mw, la masse molaire de l’air humide.
L’humidité spécifique, qv, (kg vapeur/ kg air) vaut :
χ ε.e ε.e
qv = = ≈
ρ a (p − e) + ε.e p
17
avec ε = Mw/Ma.
3. 3 La température
Ce paramètre ne vaut plus d’explications.
18
4. Les bilans d’énergie
4.1 Le bilan d’énergie d’une lame d’eau
Considérons une lame d’eau en contact avec l’atmosphère. La température de surface de l’eau
vaut Ts, la pression de vapeur de la lame d’air juste au dessus de cette surface est à saturation.
Considérons également dans l’atmosphère un point de référence. La température et la pression
de vapeur à cette position valent Ta et ea. Considérons que la surface est isolée, et donc qu’il
n’y a pas des pertes d’énergie vers le sous-sol.
Ta ea
Rn
H λ.E
Ts es
Le rayonnement net apporte de l’énergie à la lame d’eau, un apport qui est compensé par un
flux de chaleur latente et sensible.
Rn − H − λE = ∆E
avec Rn (W m-2), le rayonnement net ; H (W m-2), le flux de chaleur sensible; λE (W m-2), le
flux de chaleur latente; λ, la chaleur latente de vaporisation (2.4518 J g-1); et ∆E,
l’accumulation ou perte de l’énergie dans la lame d’eau. Considérons qu'il n’y a pas d’
accumulation d’énergie dans le système ou que tout du moins celle-ci soit négligeable. Dans
ce cas, le bilan d’énergie vaut :
19
Rn = H + λE
Considérons maintenant nos expressions de H et E :
ρ a .c p
H= (Ts − Ta )
ra
ρa ρ .c
E= (q vs − q va ) = ρ a .ε (e s − e a ) = a p λ.ε 1 (e s − e a )
ra [Link] λ p.c p ra
or :
ρ a .c p 1
λ.E = (e s − e a )
ra γ
avec
p.c p
γ=
λ.E
la constante psychométrique. Introduisons maintenant le rapport de Bowen, β :
H Ts − Ta
β= = γ.
λ.E es − ea
et la pente de la courbe de l’air humide à saturation.
e s − e s ,Ta
∆=
Ts − Ta
Maintenant, on essaie d’isoler λE, en utilisant seulement des termes climatologiques mesurés
à la hauteur de référence. Par substitution on obtient:
20
H γ e s − e s ,Ta γ e s ,Ta − e a
= . = . 1 −
λ.E ∆ e s − e a ∆ es − ea
⇔
Rn − λE γ e s ,Ta − e a
= . 1 −
λE ∆ es − ea
⇔
γ γ e s ,Ta − e a
Rn = λE + λE. − λE. .
∆ ∆ es − ea
⇔
∆Rn e s ,Ta − e a
+ γ.E.
λ es − ea =E
∆+γ
et finalement :
e s ,Ta − e a
∆Rn + ρ a .cp.
ra
λE =
∆+γ
Cette expression est la formule de Penman. D’une façon similaire, on peut calculer la
température de surface de la lame d’eau en fonction des paramètres météorologiques, mesurés
à la hauteur du point de référence :
[Link] γ e s ,Ta − e a
Ts = Ta + . −
ρ a .cp ∆ + γ γ
4.2 Le bilan d’énergie d’une couverture végétale homogène
Monteith s’était basé sur le développement de Penman pour dériver un bilan d’énergie d’une
culture végétale homogène. Pour ce faire, il ajoute dans la formulation des résistances, une
résistance additionnelle : celle à la transpiration au sein des stomates des plantes. L’équation
qu’il obtient vaut :
21
e s ,Ta − e a
∆Rn + ρ a .cp.
ra
λE =
rs
∆ + γ 1 +
ra
et l’expression de la température de surface devient :
Rn.(ra + rs) e s ,Ta − e a
Ts = Ta + .γ −
ρ a .cp rs
∆ + γ 1 +
ra
4.3 Le bilan d’énergie d’une couverture réelle
En utilisant les mêmes principes (bilan d’énergie), on peut développer des modèles de bilan
d’énergie plus complexes pour des surfaces de couverture végétale plus réalistes. Ces modèles
considèrent plusieurs sources de vaporisation, y compris le sol. Pour plus de détails à ce sujet,
le lecteur intéressé est invité à consulter la littérature spécialisée.
22
5. Quelques aspects pratiques
5.1 Les mesures météorologiques
L’utilisation des équations du bilan d’énergie de l’interface sol-plante-atmosphère, telles que
l’équation de Penman-Monteith, nécessite la disponibilité des données (agro-)
météorologiques. Des réseaux des stations agrométéorologiques sont actuellement
opérationnels, tels que le réseau PAMESEB (Promotion de l’agrométéorologiques dans la sud
est de Belgique) implanté en Wallonie. Ce réseau comprend un ensemble des stations qui
enregistrent de façon continue l’ensemble des variables climatiques . Une station
agrométéorologique moderne comprend i) des thermomètres humide et sec pour les mesures
de la température humide et sèche ; ii) des pyranomètres pour les mesures du rayonnement ;
iii) une girouette pour la mesure de la direction du vent ; iv) un anémomètre pour la mesure de
la vitesse du vent ; et v) un pluviomètre pour les mesures de l’intensité de la pluie. Dans les
stations modernes, les capteurs sont suivis en continu et les valeurs sont stockées en temps
réel. Par contre, la plupart des bases de données météorologiques historiques contiennent des
valeurs qui ont été mesurées manuellement. On y retrouve également souvent des paramètres
qui ont été mesurés par des capteurs simplifiés tels que le Bol de Stockes, ou la panne
d’évaporation. Or, des transformations empiriques sont nécessaires pour traduire les valeurs
de ces capteurs simplifiés à des valeurs fonctionnelles. Il est évident que des séries de
mesures discontinues avec des capteurs simplifiés, ajoute une incertitude importante aux
calculs d’évapotranspiration.
5.2 Les calculs des besoins en eaux des plantes
Disposer de données météorologiques fiables est une chose mais il faut également
paramétriser les résistances aérodynamiques et stomatiques dans les modèles du bilan
d’énergie. Les résistances sont une fonction des caractéristiques de turbulence au sein de la
canopée; des paramètres physiologiques de la plante, etc. Bien qu’il existe des approches
mécanistiques pour pouvoir caractériser ces résistances en termes de variables de la
morphologie de la canopée, en pratique on utilise fort souvent l’approche de calcul proposée
23
par la FAO (Food and Agricultural Organisation). Ces calculs se basent sur le calcul d’une
évapotranspiration d’une surface de référence (par exemple surface de gazon, en bon état) en
utilisant des variables météorologiques de base et des paramètres de résistance de référence
(rs=70 s.m-1). Ensuite, cette évapotranspiration de référence (ETo) est multipliée avec un
facteur de correction (kc) pour obtenir les valeurs d’évapotranspiration optimale d’une culture
donnée. Ce facteur de correction, appelé généralement coefficient cultural, varie en fonction
de la phase phénologique de la plante, des conditions météorologiques, etc. Les détails de ces
procédures sont données par exemple au [Link]
5.3. Les mesures d’évapotranspiration
Avant d’utiliser les modèles de calcul, l’utilisateur doit veiller à ce que la procédure de calcul
soit valable. Pour cette analyse de validité, des mesures directes d’évapotranspiration sont
nécessaires, pour pouvoir comparer les mesures avec les calculs.
5.3.1 Méthode micro-météorologique (station de Bowen)
Cette méthode consiste à mesurer le rapport entre la chaleur latente et la chaleur sensible à
deux différentes positions dans l’atmosphère, proche de la surface, en mesurant l’écart de
température et d’humidité relative à cette position. Considérant que ce rapport est connu pour
un milieu donné, on peut en déduire les valeurs d’évapotranspiration. Soit :
H Ts − Ta T1 − T 2
β= =γ ≈γ
λ.E es − ea e1 − e2
Rn − λ.E Rn
⇔ λ.E = =
β β +1
On mesure donc le Rn, et le β (donc T1, T2, e1, e2), à partir duquel on estime le λ.E.
Des ordres de grandeur pour les rapports de Bowen pour différentes surfaces sont données
dans le tableau ci-dessous.
24
Tableau : Rapport des Bowen pour différentes surfaces :
Conditions β
Evaporation élevée <0
Evaporation forte 0 – 0.2
Evaporation légère 0.2 – 0.4
Evaporation convective 0.4 – 0.6
Convective 0.8
Fortement convective 0.8 – 1.0
Extrêmement convective > 1.0
Il est important de réaliser que la mesure fournie par la station de Bowen est valable pour
l’échelle de la station, c’est à dire à une échelle locale. L’extrapolation des valeurs
d’évapotranspiration à l’échelle régionale est subordonnée à la hétérogénéité de
l’évapotranspiration.
5.3.2 Méthodes lysimétriques
Une autre mesure consiste a réaliser un bilan de masse dans un lysimètre. Un lysimètre est un
échantillon d’un sol, complètement isolé de son environnement. Dans cet échantillon on peut
mesurer correctement les différents termes du bilan hydrique. L’évapotranspiration se calcule
par le bilan de l’eau du sol :
E = P − D − R − ∆S
avec P, la quantité de pluie (mm); D, la quantité de drainage (mm); R la quantité
ruissellée (mm); et ∆S le changement de stock d’eau au sein du lysimètre (mm). Dans des
lysimètres pesables, on mesure ∆s par un changement de poids. Dans des lysimètres non
pesables, on mesure le changement du stock par des mesures du profil hydrique. Même si les
mesures lysimétriques sont des mesures de référence, celles-ci ne restent que des mesures
ponctuelles.
25