MODULE:
LEXICOGRAPHIE
Semestre: 2
Année universitaire: 2021-2022
VI- LA DÉFINITION LEXICOGRAPHIQUE
I- Les caractéristiques de la définition lexicographique
II- Les types de définitions lexicographiques
1. La définition référentielle
2. La définition nominale
3. La définition morphosémantique ou relationnelle
4. La définition approximative
5. La définition méronymique/ holonymique
6. La définition métalinguistique
7. La définition logique : traitement de l’hyperonymie et de l’hyponymie.
III- La circularité de la définition lexicographique
IV- Exercices
INTRODUCTION
• Parmi les constituants essentiels de l’article : la définition et l’exemple.
• Emprunté au latin definire, le verbe définir désigne étymologiquement
« délimiter », « déterminer » et « fixer », en posant les limites afin de comprendre le
sens d’un mot.
• Selon le PR (2019), la définition est une « formule qui donne le sens d’une unité du
lexique (mot, expression) et lui est à peu près synonyme. »
• Il n’est pas toujours évident d’énumérer tous les sens d’un mot dans le même
article, vu le problème de la polysémie.
I. Les caractéristiques de la définition lexicographique
• Sur le plan syntaxique, la définition prend la forme d’une proposition
attributive, mettant un rapport d’équivalence entre le mot à définir (l’entrée)
avec le métalangage définissant (les définisseurs). Celui-ci peut être soit un mot
unique ou une périphrase définitoire (pas forcément une phrase complète).
• Hormis les définitions métalinguistiques, la définition lexicographique doit
généralement remplacer le mot-entrée, c’est-à-dire être de la même nature
grammaticale que le mot défini (on définit souvent un N par un autre N ou un
SN, un V par un autre V ou un SV…)
Ex. (le PR 2019) DUEL n. m. combat entre deux adversaires armés.
DISPOSÉ, ÉE adj. arrangé, placé.
DISPOSER v. tr. dir. Arranger, mettre dans un certain ordre.
• La définition lexicographique peut porter sur le signe linguistique, en se
limitant à décrire les traits inhérents au mot défini, c’est le type de
définition qu’on trouve généralement dans un dictionnaire de langue;
comme elle peut fournir aussi des informations extralinguistiques
renvoyant au référent, notamment dans les dictionnaires
encyclopédiques. (visée référentielle)
Ex. (DFC 1971) 1. faisan n.m. gros oiseau au plumage de couleurs vives,
possédant une longue queue, et qui constitue un gibier recherché.
(PLI 2010) faisan n.m. oiseau gallinacé originaire d’Asie, à plumage éclatant chez
le mâle, à chair estimée, dont l’espèce dite faisan de Colchide a été introduite comme
gibier dans toute l’Europe et en Amérique du Nord.
La place de la définition
• Les définitions lexicographiques précèdent généralement les exemples
dans la microstructure dans un dictionnaire.
(DFC 1971) intégrer v. tr. Faire entrer dans un ensemble, dans un groupe plus
vaste : Intégrer les nouveaux apports de la science dans l’enseignement.
• Mais, cet ordre n’est pas toujours respecté, car on peut avoir l’exemple
en premier lieu, suivi d’une glose définitionnelle.
(DFC 1971) insulter v. tr. Insulter quelqu’un, l’offenser par des actes méprisants et
surtout par des paroles injurieuses.
II- Les types de définitions lexicographiques
• Depuis l’antiquité, Aristote se souciait de spécifier ce que c’est la
définition. Pour lui, définir consiste à « poser l’objet dans son genre et alors
seulement y rattacher les différences. » Topiques, VI,1
• Les principaux types de définitions sont : la définition logique ou par
inclusion, la définition référentielle, la définition nominale, la définition
morphosémantique ou relationnelle, la définition approximative, la
définition méronymique/ holonymique et la définition métalinguistique.
1. La définition logique ou hyperonymique (par inclusion)
• Basé sur la conception aristotélicienne, ce type de définition donne tout d’abord des
informations sur le genre (l’incluant), c’est-à-dire la classe générale à laquelle appartient le
mot à définir, puis spécifie le(s) trait(s) qui le distingue(nt) des autres espèces appartenant au
même genre.
Ex. OREILLE : organe de l’ouïe […]
AGUICHER : provoquer par diverses agaceries
CONGRE n. m. Poisson marin gris-bleu foncé, très vorace, appelé aussi anguille de mer, qui vit dans les
creux des rochers. (long. 2 à 3 m ; genre Conger, famille des congridés.)
• Le choix du genre ou de l’incluant peut varier d’un dictionnaire à un autre. (genre éloigné ou
genre prochain)
Ex. (le PR 2019) TABLE n. f. Objet formé essentiellement d’une surface plane horizontale, généralement
supportée par un pied, des pieds, sur lequel on peut poser des objets.
(le PLI 2010) TABLE n. f. Meuble composé d’un plateau horizontal posé sur un ou plusieurs pieds.
• En associant l’ensemble des traits linguistiques qui renvoient aux propriétés du mot-
entrée, on peut faire une analyse du sens lexical exprimé par la définition (l’analyse
sémique ou componentielle). Ainsi, le sens du mot, tel qu’il est défini dans le
dictionnaire, est composé d’un ensemble de traits distinctifs. (sémème =
sème1+sème2+sème3…) [sème générique + sème(s) spécifique(s)]
• Pour définir le sémème fille, on aura besoin d’un sème /+humain/, /-mâle/, /-
adulte/
(DFC 1971) 3. Fille n.f. Personne du sexe féminin qui n’est pas mariée, ou qui est vierge.
• Notons que le nombre de traits retenus pour définir le mot varie d’un dictionnaire à
un autre.
Ex. (le PLI 2010) CHAISE n.f. Siège à dossier, sans bras.
(le PR 2019) CHAISE n.f. Siège à pieds, à dossier, sans bras, pour une seule personne.
a. La définition logique peut être hypospécifique, si le nombre des traits spécifiques
énumérés par le lexicographe est insuffisant.
Ex. (DFC 1971) 2. combinaison 1° sous-vêtement féminin (les sous-vêtements féminins sont
nombreux)
b. Elle est suffisante, lorsque les traits cités sont nécessaires et permettent de
spécifier le sens du mot de façon précise.
Ex. (le PR 2019) CHAMEAU 1 Grand mammifère ongulé (camélidés) à une ou deux bosses dorsales,
à pelage laineux.
c. Elle est hyperspécifique quand le lexicographe cite un nombre élevé de traits non
nécessaires qui dépassent le cadre de la description linguistique, pour aborder des
informations encyclopédiques.
Ex. (PLI 2010) chameau 1. a. Mammifère ruminant d’Asie centrale, à deux bosses graisseuses sur le
dos, adapté à la vie dans les régions arides, où il sert de monture et d’animal de trait.
2. La définition morphosémantique ou relationnelle
• Comme son nom l’indique, cette définition renvoie aux propriétés morphologiques
de l’entrée, car elle s’applique aux mots dérivés ou aux mots composés. Le sens de
ces mots est prédictible, car il peut être déduit des composants ou de la forme de
base. En voici quelques exemples qui illustrent ce type :
1. Mots dérivés
Ex. (DFC 1971) ralentir v. tr. Rendre plus lent.
Parfaitement adv. d’une manière parfaite.
Applicable : qui est susceptible d’être appliqué.
2. Mots composés
Porte-bagages n. mas. Inv. : Dispositif accessoire d’un véhicule, destiné à recevoir les bagages.
3. La définition métalinguistique
• Ce type de définition décrit le signe lui-même en faisant usage d’un métalangage comme :
surnom donné à, nom générique donné à, sert à, se dit de, s’emploie quand, est utilisé pour, etc. Elle se
caractérise par deux traits :
• La présence dans la définition d’une copule explicite (autre que le verbe être).
Ex. maniaque adj. et N. : se dit de qqn qui a une idée fixe, bizarre ou perverse.
• L’apparition d’un incluant métalinguistique.
Ex. cuillerée loc. Une cuillerée pour papa, une cuillerée pour maman : formule d’encouragement à manger,
adressée aux jeunes enfants)
• Ce qui caractérise ce type de définitions, c’est qu’elles ne sont pas substituables au mot
défini. C’est pourquoi elles sont utilisées pour définir les mots grammaticaux qui ne
présentent pas des possibilités de permutation entre le mot et sa définition.
Ex. sur : marque la position en haut par rapport à ce qui est en bas.
Ce stylo se trouve sur la table ; on ne peut pas dire : *ce stylo se trouve marque la position en haut par
rapport à ce qui est en bas sur la table
4. La définition méronymique/ holonymique
• Sont classées sous cette catégorie les définitions qui concernent des
relations entre la partie et le tout correspondant. La méronymie renvoie à
la partie ; alors que la holonymie désigne le tout. Ainsi, on trouve des
définisseurs comme : partie de, pièce de, morceau de, chacun (e) de, ensemble de…
Ex. (PR 2019) ENCOLURE : partie du corps du cheval (et de certains animaux) qui
s’étend entre la tête, le garrot, les épaules et le poitrail.
(DFC 1971) 4. Pièce n. f. Morceau de métal plat servant de monnaie.
Chevelure n. f. Ensemble des cheveux d’une personne.
5. La définition nominale (synonymique et antonymique)
• Cette définition présente une équivalence sémantique qui peut être un synonyme ou un antonyme
correspondant au mot vedette.
Ex. (PR 2019) FALZAR : fam. Pantalon (PLI 2010) FALZAR n.m. Arg. Pantalon
(DAF) TORDANT, E adj. fam. Drôle, amusant.
• La définition par antonymie est généralement utilisée pour définir les dérivés négatifs.
( PR 2019) Ex. impolitesse n. f. manque de politesse.
Inintelligent adj. qui n’est pas intelligent.
(N.B. On peut parler aussi de définitions morphosémantiques d’opposition.)
• Le défaut majeur de ce type est la circularité, c’est-à-dire quand les définitions renvoient l’une à
l’autre.
Ex. (PR 2019) Moquer : railler Railler : se moquer de
6. La définition référentielle
• La définition référentielle est relative au noms propres (de
personnes, de lieux, d’institutions…)
• On trouve ce type de définition dans un dictionnaire
encyclopédique, mais pas dans un dictionnaire de langue.
Ex. (PLI 2010) CURIE (Marie) physicienne française d’origine polonaise…
LOGONE n.m. rivière d’Afrique.
ACADÉMIE FRANÇAISE l’une des cinq compagnies de l’Institut de France.
7. La définition approximative
• Le lexicographe fait recours à la définition approximative s’il ne trouve
pas un métalangage adéquat pour définir certains mots qui posent
problème. C’est pourquoi elle est généralement introduite par des
définisseurs comme : sorte de, espèce de, genre de, permettant de faire un
rapprochement entre le défini et les mots définisseurs.
Ex. (DAF) TORCOL n.m. genre d’oiseaux grimpeurs.
APTÉRIX n. m. genre d’oiseaux de la Nouvelle-Zélande, n’ayant que des rudiments
d’ailes, des plumes ressemblant à des soies, et pas de queue.
III- La circularité de la définition lexicographique
• Consulter le dictionnaire pour résoudre un problème de sens, en
proposant une définition de l’entrée. Celle-ci doit utiliser un
métalangage clair et compréhensible visant à décrire le mot défini.
• Le métalangage de la définition doit être plus connu que le mot défini.
• Ce principe n’est pas toujours respecté, surtout pour la définition
nominale (définir un mot par un autre) : les définisseurs sont moins
connus que le mot vedette.
III- La circularité de la définition lexicographique
• Clôture du texte lexicographique est le terme couramment utilisé
pour décrire la circularité des définitions des dictionnaires, c’est-à-dire
que tout mot utilisé dans une définition nécessite lui-même une
recherche dans le dictionnaire pour qu’il soit défini.
Ex. BIGORNE n. f. Petite enclume à deux cornes.
ENCLUME n. f. Masse de fer aciéré, monté sur un billot, sur laquelle on bat les
métaux. ► bigorne
Conclusion
• Faisant appel à une métalangue, les définitions énumérées jusqu’ici
s’attachent pour le mieux à décrire le signifiant en apportant des
informations sur le signifié, de telle sorte que l’utilisateur du
dictionnaire puisse avoir accès au sens du mot.
• Au demeurant, il n’existe pas un type de définition passe-partout qu’il
suffit d’appliquer, pour définir toute unité lexicale. En réalité, les mots
diffèrent de par leur morphologie (mot simple, mot dérivé, mot
composé…) ou leur appartenance à des domaines différents. Le choix
de l’une ou de l’autre définition dépend du type du lecteur auquel le
dictionnaire est destiné.
Exercice 1 : Déterminez le type de chaque définition.
1. BIJOU : 1 Petit objet ouvragé, précieux par la matière ou par le travail et servant à la
parure.
2. BILINGUE adj. Qui est en deux langues
3. BIÈRE n.f. Boisson alcoolique fermentée, faite avec de l’orge germée et aromatisée
avec des fleurs de houblon.
4. LIQUIDE adj. Se dit d’un corps qui coule ou qui tend à couler.
5. BIGNOLE n.f. pop. Concierge (femme).
6. BÉZEF ou BÉSEF adv. fam. beaucoup.
7. BENNE n.f. Sorte de caisse servant au transport de matériaux dans les mines, les
chantiers.
8. PIED n.m. Chez l’homme, partie de l’extrémité de la jambe qui sert à soutenir et à
marcher.
Exercice 1 : Déterminez le type de chaque définition.
9. GAULOISEMENT adv. D’une manière gauloise.
10. GAUDE n.f. 1 bot. Variété de réséda, fournissant une teinture jaune.
11. FOULE n.f. Multitude de personnes rassemblées indistinctement et sans ordre dans
un endroit.
12. SAUSSURE (Ferdinand de) linguiste suisse.
13. IMBUVABLE adj. Qui n’est pas buvable.
14. DÉVOILER v. tr. Enlever le voile de (qqn), ce qui cache (qqch)
15. LIMPIDE adj. Se dit de ce qui est d’une parfaite transparence, de ce qui n’est troublé
par rien.
16. CHAMBRÉE n. f. L’ensemble des personnes qui couchent dans une même chambre.
17. CONTRE-EXEMPLE n.m. Exemple qui illustre le contraire de ce qu’on veut
démontrer, cas particulier qui va à l’encontre d’une thèse.
Exercice 2 : Indiquez les caractéristiques des définitions suivantes
(linguistiques/encyclopédiques) et justifiez votre réponse.
1. espadon n.m. poisson dont la mâchoire supérieure se prolonge en forme
d’épée.
• ESPADON n.m. n.m. poisson des mers chaudes et tempérées, atteignant 6m de
long, à la nage puissante et rapide, à la mâchoire supérieure allongée comme
une lame d’épée.
2. CAPUCINE n.f. Plante ornementale (tropéolacées) à feuilles rondes et à
feuilles jaunes, orangées ou rouges.
• CAPUCINE n.f. Plante ornementale originaire des montagnes d’Amérique du
Sud, à feuilles rondes et à feuilles orangées (famille des tropéolacées).
Exercice 3 : Les définitions suivantes vous semblent-elles complètes,
suffisantes ou insuffisantes ? (Justifiez votre réponse)
• (PR 2019) COSTARD n.m. : fam. costume d’homme.
• (DFC 1971) Chien n.m. Animal domestique dont il existe de nombreuses races ayant diverses
aptitudes: chasse, garde des troupeaux…
• (PLI 2010) DROMADAIRE n.m. mammifère proche du chameau, à une bosse, grand coureur, résistant,
utilisé comme monture et comme bête de somme dans les déserts d’Afrique et d’Arabie.
• (PR 2019) CORTON n.m. Vin renommé de Bourgone.
• (PLI 2010) MUSARAIGNE n. f. Petit Mammifère à museau pointu, très actif et vorace, qui se nourrit de
vers, d’insectes et de grosses proies telles que grenouilles et poissons, qu’il paralyse grâce à sa salive
venimeuse.
• (PR 2019) MUSARAIGNE n. f. Petit Mammifère insectivore (soricidés), de la taille d’une souris.
• (Lexis 1992) MUSARAIGNE n. f. Petit Mammifère insectivore, de la taille d’une souris, à museau pointu,
utile car il détruit un grand nombre de vers, d’insectes, etc. ( Famille des soricidés)
Exercice 4
Les définitions suivantes vous semblent-elles complètes, suffisantes ou insuffisantes?
• (PR 2019) PERSIL n.m. Plante potagère (ombellifères) très aromatique, utilisé comme
condiment.
• (DAF) PERSIL n.m. Plante potagère de la famille des ombelliféracées.
• (PLI 2010) PERSIL n.m. Petite plante herbacée potagère, annuelle ou bisannuelle, utilisée en
garniture et comme condiment dans les préparations culinaires.
• (PR 2019) CORTINAIRE n. m. Champignon à lamelles (basidiomycètes) très répandu dans les
forêts.
• ( Le Lexis 1992) CORTINAIRE n. m. genre de champignons dont une espèce, très rare en
France, est mortellement toxique.
• (PLI 2010) CORTINAIRE n. m. Champignon à lamelles dont le bord du chapeau reste attaché
au pied par une cortine. (Parmi les nombreuses espèces [plus de 500], beaucoup sont
comestibles d’autres, vénéneuses, voire mortelles ; classe des basidiomycètes.)