Les mécanismes sociaux de
l’information
Pour les uns, il ne faut donner l’information au malade que s’il la demande. D’autres choisissent de
limiter cette information à ce qui est sûr, distinguant à cet égard diagnostic et pronostic, en ver tu de
la dimension d’incertitude liée au second. D’autres enfin ne donnent l’information qu’aux malades
qu’ils jugent aptes à la comprendre, intellectuellement, ou encore aptes à l’entendre et à la
supporter, psychologiquement. Dès lors, se posent toute une série de questions : comment les
médecins décèlent-ils l’existence d’une demande chez les patients ? Comment jugent-ils de l’intérêt
du malade ? Comment distinguer si nettement diagnostic et pronostic lorsque, dans certains cas, la
frontière se dilue entre les deux ? Enfin, sur quoi les médecins se fondent-ils pour juger de l’aptitude
du patient à comprendre ou à supporter cette vérité ? Une première dificulté tient à la conviction
partagée par de nombreux médecins que les patients savent déjà ce qu’ils ont (ce qui dédouane les
premiers de la nécessité d’informer les seconds), ou qu’ils « ne veulent pas savoir » : « Si peu de
malades expriment cette demande de savoir la vérité, c’est soit parce qu’ils ne veulent pas savoir,
soit parce que de manière plus ou moins claire, ils savent déjà » (Geets, 1993 : 75). Cette conviction
se double de leur tendance à qualifier de manière systématique l’attitude des patients en termes de
déni, lorsque ceux-ci ne formulent pas de questions explicites. Ainsi les professionnels de la santé
s’entendent-ils pour constater que lorsque l’information est bouleversante pour le malade, les
patients sont trop abasourdis pour enregistrer les autres informations qui leur sont données, et
considèrent ensuite qu’ils manquent d’informations, tout en développant de l’anxiété et de la
dépression (voir Ong et al., 1995). Ici, il ne s’agit pas pour nous de récuser les analyses des
psychologues sur ce sujet et de nier l’existence, parfois effective, du déni (par exemple Ruszniewski,
1995). Toutefois, le point qu’il convient de souligner est que l’usage outrancier et systématique que
cer tains professionnels de santé font des analyses psychologisantes revient à nier la dimension
sociologique de l’échange verbal entre médecin et malade. Expliquer systématiquement l’absence de
questionnement de la par t des malades en termes de déni ou de refus de savoir, c’est occulter le fait
que, en raison des différences de statut social entre cer tains patients et leurs médecins, les patients
n’osent souvent pas poser de questions à l’oncologue, alors qu’ils cherchent manifestement à
obtenir de l’information auprès du personnel inirmier, de leur médecin traitant, ou auprès d’autres
malades, ou encore des médias ou de l’internet. De même, on entend dire que si les patients
prétendent n’avoir pas reçu l’information demandée, c’est parce qu’ils sont sous l’effet d’une «
sidération », les empêchant d’assimiler les explications reçues. Or, on constate en réalité que les
questions posées par les malades reçoivent parfois des réponses « à côté » ou n’en reçoivent pas du
tout, ou encore que les informations données ne correspondent pas à celles demandées par les
patients, donnant lieu à de nombreux malentendus. S’agissant de la distinction entre diagnostic et
pronostic, on s’aperçoit que la frontière tendàêtre poreuse, voire à se diluer entre les deux. En effet,
s’il est vrai que les médecins disent plus facilement aujourd’hui à un malade qu’il a un cancer −
contrairement à ce qui a pu être observé autrefois ou ailleurs (Gordon, 1991) −, c’est parce que le
cancer est considéré aujourd’hui davantage comme une maladie chronique que comme une maladie
fatale. Cependant, une autre réalité, elle, est souvent dissimulée : la présence de métastases. Il y a
souvent silence sur ce mot qui revêt l’image redoutée qu’avait autrefois le mot « cancer ». La raison
de cette dissimulation est que, dans ce cas, le diagnostic contient en soi un pronostic. Dire à un
patient « votre cancer a métastasé », c’est l’informer à la fois sur la nature de son mal et sur son
devenir possible, compte tenu du fait que le diagnostic lui-même peut être le signe d’une évolution
défavorable. On est là face à ce que j’appellerai la dimension pronostique du diagnostic. On assiste
donc aujourd’hui à un déplacement de la dissimulation, du non-dit. Le tabou s’est simplement fixé
sur un nouvel objet, à un autre stade de la maladie. Du silence fait sur la maladie, on est passé au
silence sur ses complications ou son aggravation. Enfin, s’agissant de la capacité du patient à
entendre la vérité et à recevoir l’information, on s’aperçoit que les critères de jugement des
médecins sont largement sociaux. L’aptitude des patients à recevoir une information précise et
détaillée sur leur état de santé est supposée sur la base de l’impression de solidité psychologique que
donne le malade, et dont l’appréciation est souvent laissée au seul médecin. En vérité, cette
information est donnée essentiellement à des personnes appartenant à des catégories sociales
supérieures, soit que leur distinction (dans l’acception bourdieusienne du terme) laisse supposer une
plus grande aptitude à comprendre l’information, soit qu’elle laisse supposer une plus grande
capacité à la supporter, le médecin faisant souvent un amalgame entre ces deux types de
compétences.
Tableau 2 : Thèmes et situations cliniques pour l’ a p p rentissage de la communication * Thèmes ou
tâches de l’ a t e l i e r Situations cliniques pour les abord e r Le survol des raisons de consultation Le
médecin veut aborder diabète et lipides ; le patient : parler de son arthralgie, sa fatigue, son lecteur
de glyc é m i e . La notion des agendas (objectifs) Le médecin veut pre s c r i re un médicament pour l’
h y p e rtension. du patient / du médecin Le patient hypertendu se sent bien, veut des conseils «
naturels » et craint le « chimique ». L’exploration de la perspective du patient Patient avec un
lymphome (stade précoce) qui refuse la chimiothérapie. Le soutien à l’ o b s e rva n c e Le patient
reçoit une pre m i è re ordonnance pour traiter son taux de cholestérol élevé. La gestion des
émotions Un patient est nettement en colère au sujet du retrait médical de son permis de conduire
une automobile. L’annonce d’une mauvaise nouve l l e Le médecin doit informer une patiente du
résultat positif de sa biopsie du sein (cancer). L’ e n t revue à plusieurs Une « Grand-maman »
diabétique est « amenée » par sa fille chez le médecin. L’ e n t revue en présence d’un interprète Un
patient asiatique fatigué voit le médecin a vec l’aide d’un parent interprète. Di re non à un patient Le
patient croit nécessaire un arrêt de travail que le médecin juge non justifié. Le dévoilement de soi Le
patient demande à son médecin si elle est mariée, combien elle a d’enfants… L’ e m p a t h i e Un
patient consulte pour céphalée dans un contexte de surcharge de travail et de stress familiaux. La
prise de décision part a g é e Une femme consulte pour des symptômes liés à la ménopause
(hormonothérapie : oui ou non ?) Le patient multi-symptomatique Le médecin reçoit un patient se
plaignant de multiples symptômes laissant soupçonner un trouble de personnalité ou un trouble
somatoforme. * Liste partielle des thèmes et situations abordés durant les SEM à la Cité de la Santé
de Lava
Cet article propose une analyse de la réaction des médecins et des patients au nouveau modèle de
soin fondé sur l’information du patient. Différentes études, notamment américaines (Charles et al.,
1999), montrent que ce modèle, également appelé modèle horizontal et co-participatif, a redéfini le
rôle du patient dans la relation thérapeutique. Le patient n’est plus le simple objet des soins
médicaux, mais le co-protagoniste des décisions concernant son corps, sa santé et sa vie. Cette
réflexion partagée entre médecin et patient sur le parcours de soins est indispensable dans l’alliance
thérapeutique. Ainsi, de nouveaux concepts clés – tels que la liberté de choisir du patient –
s’affirment-ils, renversant la vieille idée de délégation au personnel médical (Edozien, 2015).
L’introduction du modèle co-participatif va de pair avec une transformation concrète de la médecine
moderne. Pour que l’alliance thérapeutique et la défense de la liberté de choix ne restent pas des
principes circonscrits au domaine des idées, la pratique hospitalière doit évoluer. Cette évolution est
désormais encadrée par la pratique du consentement éclairé, qui définit explicitement les nouveaux
droits des patients et les nouveaux devoirs du personnel médical. Les patients ont le droit d’être
informés sur l’évolution de leur maladie, les différentes possibilités de soin et les risques liés aux
traitements, et le personnel médical a quant à lui le devoir de leur fournir des informations claires et
exhaustives. Le patient ne peut donner (ou pas) son consentement qu’après avoir été informé de
manière adéquate. La communication dans la relation médecin-patient prend donc une nouvelle
importance (Coulter et al., 1999 ; Mol, 2008): le processus d’information qui conduit à la réalisation
des actes médico-sanitaires est aujourd’hui l’objet d’une attention croissante. En Italie, un patient
a la possibilité de porter plainte pour un manque d’information de la part du personnel médical
même si l’opération ou l’examen s’est bien passé2 . Cette nouveauté confirme que la décision du
patient est indissociablement liée à un dialogue préalable avec le personnel médical. En son absence,
le consentement – qu’il soit écrit ou oral – ne peut pas être qualifié d’éclairé.
ont-ils produit un changement effectif des formes d’exercice de la médecine moderne? La
reconnaissance du droit à l’information du patient s’est-elle traduite par une plus grande
communication médecin-patient? Le consentement aux soins donné par le patient est-il réellement
éclairé? Notre article essaiera de répondre à ces questions en s’appuyant sur un travail de recherche
mené entre 2014 et 2015 dans quatre hôpitaux de Turin, dans le Nord de l’Italie.
Autrefois, tout ce qui concernait l’acte médical relevait du pouvoir
discrétionnaire des professionnels de santé.
Le patient ne bénéficiait d’aucun droit à être informé sur son état de
santé et n’avait pas son mot à dire sur les soins prodigués. Envisagée
comme un simple devoir déontologique, la divulgation d’une
information médicale n’était soumise qu’à la seule volonté du médecin.
Le patient, désormais impliqué dans la prise de décision des soins le
concernant, doit disposer de toutes les informations relatives à son
état de santé, car, c’est à lui et, sauf urgence, à lui seul, que reviendra
la décision finale d’accepter, ou de refuser, un traitement ou une
opération.
La reconnaissance de ce principe d’autonomie de la volonté du malade
a renforcé l’obligation d’information du médecin qui au moindre
manquement verra sa responsabilité engagée.
Les fondements de l’obligation d’information.
Un devoir déontologique.
Le code de déontologie médicale précise à l’article 35 que « Le
médecin doit à la personne qu’il examine, qu’il soigne ou qu’il
conseille, une information loyale, claire et appropriée sur son état, les
investigations et les soins qu’il propose ».
Tout manquement à ce principe entraînera des poursuites
disciplinaires.
Un principe jurisprudentiel.
C’est dans l’arrêt Mercier du 20 mai 1936, que la cour de cassation
reconnaît pour la première fois l’existence d’un contrat de soins liant
tout patient à son médecin et, sur qui pèse désormais, l’obligation de
prodiguer des « soins consciencieux, dévoués, attentifs et conformes
aux données acquises de la science ».
L’arrêt Teyssier rendu le 28 janvier 1942 par la chambre des requêtes
de la cour de cassation, va préciser l’étendue de l’obligation
d’information du médecin qui doit être délivrée avec clarté et
humanité : « le devoir de conscience, au regard du respect de la
personne humaine commande une information claire de son patient et
du recueil de son consentement éclairé pour les soins envisagés et
prodigués ».
À préciser : Le devoir d’information pèse indépendamment sur chaque
professionnel de santé et ce, qu’il s’agisse du médecin, de
l’anesthésiste, du chirurgien… Aucun intervenant dans le parcours de
soins ne peut s’estimer être libéré de son devoir d’information au
prétexte qu’un de ses confrères avait informé le malade.
Une obligation légale.
Tant au niveau national qu’internationale les sources légales faisant
référence de manière directe ou indirecte, à l’obligation d’information
se sont multipliées au cours de ces dernières années.
Le devoir d’informer le patient est imposé par :
Les articles L.1111-2, R. 4127-35 et R. 4127-36 du code de santé
publique.
L’article 16-3 alinéa 2 du Code civil « Le consentement de l’intéressé
doit être recueilli préalablement hors le cas où son état rend
nécessaire une intervention thérapeutique à laquelle il n’est pas à
même de consentir ».
L’article 3 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union
européenne, qui impose, outre le « droit [de toute personne] à son
intégrité physique et mentale », que « dans le cadre de la médecine et
de la biologie, doivent notamment être respectés […] le consentement
libre et éclairé de la personne concernée, selon les modalités définies
par la loi ».
La charte des droits fondamentaux de l’Union européenne adoptée à
Nice le 7 septembre 2000.
La convention sur les droits de l’homme et la biomédecine signée à
Oviedo le 4 avril 1997.
Le contenu de l’obligation d’information.
Les critères du contenu de l’information sont précisés à l’article 35 du
code déontologie médicale et souvent repris par la jurisprudence :
« L’information doit être claire, loyale et appropriée ».
L’information est transmise au cours d’un entretien individuel et doit
être comprise par le patient. Le médecin doit s’adapter tant à la
personnalité, qu’au niveau de compréhension intellectuel et
psychologique de son patient.
Car dispenser l’information n’est pas tout, il y a aussi l’art et la manière
de l’annoncer. Ce qui requiert un minimum d’attention et d’humanité.
Toute information délivrée de manière brutale et/ou incomplète sera
jugée fautive et source d’un préjudice moral.
Une patiente devait subir une ablation partielle du colon, mais suite à
un accident cérébral survenu en cours d’opération les médecins ont
opéré à l’ablation totale du colon. Il n’y avait pas d’alternative
thérapeutique et l’ablation totale répondait à une urgence vitale.
Cependant, les juges ont sanctionné les conditions de délivrance de
l’information qui s’est faite de manière brutale au milieu d’étudiants en
médecine, sans que la patiente n’en comprenne le sens, jusqu’à ce
qu’elle consulte son dossier médical [1].
L’information doit aussi intervenir au bon moment. Le législateur a
prévu que le patient devait être informé tant avant, que pendant et
après l’acte médical.
L’information préalable à l’acte médical.
Le médecin est tenu d’éclairer le patient sur :
Son état de santé : Préciser la pathologie dont est atteint le patient et
de ses possibilités d’évolution.
L’acte médical envisagé : Cela recouvre tous les soins et les
examens pouvant être pratiqués avec une explication des résultats
obtenus ; les traitements et les actions de prévention pouvant être
envisagés au regard des avantages et des inconvénients ; leur utilité,
l’urgence de les pratiquer…
Les conséquences : il s’agit des risques fréquents ou prévisibles, et
ce, du plus anodin au plus grave ; les solutions d’alternatives
thérapeutiques et les risques encourus en cas de refus des actes
proposés.
À noter : La jurisprudence civile et administrative était plus sévère
puisqu’elle mettait à la charge du médecin l’obligation d’informer le
patient sur tous les « risques graves même exceptionnels » [2]. Alors
que la loi Kouchner n’envisage que les risques « fréquents ou graves
normalement prévisibles ». Le risque grave est celui dont les
conséquences sont mortelles ou invalidantes.
Le cas particulier de la chirurgie esthétique :
La jurisprudence reprise à l’article 6322-2 du code de la santé publique
considère qu’un acte médical dénué de nécessité thérapeutique fait
peser sur le médecin une obligation d’information renforcée.
L’information s’étend à tous les risques et complications encourus, les
tarifs pratiqués et un délai de réflexion légal de 7 jours.
L’information postérieure à l’acte médical.
L’obligation d’information du médecin ne cesse pas avec l’opération.
Une fois réalisé, le médecin est tenu d’informer le patient sur la
manière dont s’est déroulé l’acte médical. Si l’opération ne s’est pas
passée comme prévu, le patient a droit à une information complète sur
les causes et les conséquences que peuvent entraîner l’acte
dommageable.
L’article 1111-2 du Code de santé publique étend l’obligation aux
risques postopératoires, à toutes les précautions à prendre et au
traitement pratiqué.
L’article 1142-4 du Code de santé publique impose en cas de
dommage survenu postérieurement à l’acte médical un suivi du patient
avec des entretiens devant s’effectuer tous les 15 jours.
L’article 1111-7 du Code de santé publique permet dans ce cas « à
toute personne un accès direct à l’ensemble des informations
concernant sa santé, détenues par les professionnels et les personnels
de santé ». Dans tous les cas, le patient doit avoir accès à son dossier
médical.
Précisions : L’information ne porte que sur les risques connus du
médecin. Une connaissance évaluée aux regards des données
acquises de la science.
Les bénéficiaires du droit à l’information.
Les mineurs.
Les mineurs bénéficient d’un droit à être informé et de participer à la
prise de décision. Il appartient aux titulaires de l’autorité parentale de
l’informer. Cependant, la loi du 4 mars 2002, permet aux mineurs que
soit opposé à leurs parents le secret médical sur leur état de santé et
permet aux médecins de réaliser des actes sans l’accord des parents.
Selon l’article L1111-5 du Code de la santé publique, modifié par la loi
n°2016-41 du 26 janvier 2016, « Par dérogation à l’article 371-1 du
Code civil, le médecin ou la sage-femme peut se dispenser d’obtenir le
consentement du ou des titulaires de l’autorité parentale sur les
décisions médicales à prendre lorsque l’action de prévention, le
dépistage, le diagnostic, le traitement ou l’intervention s’impose pour
sauvegarder la santé d’une personne mineure, dans le cas où cette
dernière s’oppose expressément à la consultation du ou des titulaires
de l’autorité parentale afin de garder le secret sur son état de santé.
Toutefois, le médecin ou la sage-femme doit dans un premier temps
s’efforcer d’obtenir le consentement du mineur à cette consultation.
Dans le cas où le mineur maintient son opposition, le médecin ou la
sage-femme peut mettre en œuvre l’action de prévention, le dépistage,
le diagnostic, le traitement ou l’intervention. Dans ce cas, le mineur se
fait accompagner d’une personne majeure de son choix ».
« Lorsqu’une personne mineure, dont les liens de famille sont rompus,
bénéficie à titre personnel du remboursement des prestations en
nature de l’assurance maladie et maternité et de la couverture
complémentaire mise en place par la loi 99 641 du 27 juillet 1999
portant création d’une couverture maladie universelle, son seul
consentement est requis ».
Les majeurs protégés.
L’article 1111-2 du CSP prévoit que le médecin doit s’adapter aux
capacités de discernement du majeur sous tutelle afin de recueillir son
consentement au même titre que celui du tuteur.
L’information des proches, de la famille.
Le principe est que l’information est due au patient et non aux tiers, tel
que des proches ou la famille. La cour de cassation a rappelé que si le
patient avait compris l’information et consenti à l’opération (à la suite
de laquelle il est décédé), le médecin n’était pas tenu à l’obligation
d’information envers la veuve ou les enfants du patient.
Ce qui suppose, a contrario que l’exception à cette règle de
confidentialité est admise quand le patient n’est pas en état de
consentir à l’intervention médicale [3].
Sauf en cas d’opposition exprès du patient, l’article 1110-4 du code de
santé publique, prévoit qu’en cas de pronostic grave, le secret médical
ne s’applique pas aux proches, aux personnes de confiance et à la
famille du patient (déterminées par le patient lui-même comme le
permet l’article 1111-6 du Code de santé publique) afin de lui apporter
un soutien.
Précision : Si le médecin traitant dirige le patient vers un médecin
spécialisé, il appartient à ce dernier d’informer le médecin traitant des
résultats, des conclusions et suggestions d’un traitement adapté suite
à l’examen pratiqué. Dans un arrêt, la cour de cassation a retenu la
responsabilité d’un médecin radiologue qui, en ne transmettant pas les
résultats d’une mammographie à son confrère, a entraîné un retard de
diagnostic du cancer du sein de la patiente [4].
La preuve de l’information.
Auparavant, c’était au patient de prouver qu’il n’avait pas reçu les
informations suffisantes. Ce qui en définitive était impossible à
prouver ! La jurisprudence va donc poser le principe de la charge de la
preuve par un arrêt Hédreul (Cass, civ. 1ère du 25 février 1997 n°94-
19. 685) qui fait peser sur le médecin la preuve qu’il a rempli son
obligation d’information.
« Celui qui est légalement tenu d’une obligation particulière
d’information doit rapporter la preuve de l’exécution de l’obligation…
Le médecin est tenu d’une obligation d’information vis-à-vis de son
patient et il lui incombe de prouver qu’il a exécuté cette obligation ».
La jurisprudence dite Guyomar [5], va assouplir le régime de la preuve
pesant sur le médecin en lui permettant de démontrer qu’il a rempli son
obligation d’information « par tous moyens ». Ce principe est
désormais codifié à l’article 1111-2 du Code de santé publique.
Évalués à l’aune de présomptions précises graves et concordantes, la
jurisprudence a ainsi pris en compte :
Les longs entretiens avec la patiente qui avait manifesté des
hésitations et des angoisses avant de décider de se faire opérer.
Une correspondance entre confrères prévoyant des analyses
complémentaires qui figuraient dans le dossier médical.
Des courriers envoyés par le chirurgien au médecin traitant précisant
qu’il avait informé le patient des troubles consécutifs au traitement.
A contrario, le refus d’un acte par le patient ne suffit pas à démonter
qu’il a été suffisamment informé des conséquences encourues suite au
refus.
Précision : Nous l’avons vu, l’information doit être délivrée au cours
d’entretiens individuels. En cas de poursuites, se posera donc un
problème de preuve. Les professionnels de santé, ont alors pris soins
de se prémunir d’un écrit en vue de se préconstituer une preuve. Cela
pourra être des formulaires d’information reprenant le protocole de
soins… qui seront nécessairement signé du patient.
Cependant, ces documents ne constituent qu’un mode de preuve
parmi tant d’autres. Ils ne lient pas le patient qui pourra valablement
les remettre en cause.
D’un point de vue juridique, l’obligation d’information n’est pas
entendue comme un inventaire à la Prévert recensant sur 30 pages
tous les effets indésirables et tous les risques encourus, ni un
condensé du Vidal pour les nuls.
C’est un échange au cours duquel le « sachant », le médecin, partage
ses connaissances avec un « profane », le patient, en se mettant à son
niveau, afin de lui permettre de comprendre ce qui ne va pas dans son
corps et lui expliquer comment il sera possible de le guérir.
De même, il faut savoir, que certains de ces documents peuvent
comporter des clauses exonératoires ou limitatives de responsabilité :
elles n’ont aucune valeur !
Rien ne peut exonérer le médecin de son obligation d’information. Si
ce n’est… de dispenser une information claire, loyale et adaptée au
cours d’un entretien individuel. À moins que le médecin, débiteur de
l’obligation d’information, ne fasse valoir une exception légale.
Les limites de l’obligation d’information.
Trois limites viennent tempérer ce droit à l’information.
L’article 1111-2 du Code de la santé publique, modifié par la loi du 26
janvier 2016, ne reconnaît que deux cas permettant au médecin de
limiter l’information due au patient : l’urgence et l’impossibilité
d’informer. Tandis que l’article 1111-4 du code de santé publique
accorde au patient le droit de ne pas être informé.
Le refus du patient d’être informé.
Le droit de savoir a nécessairement pour corollaire le refus de savoir.
De ce fait, le patient peut décider de ne pas être informé sur son état
de santé. Sauf en cas de risque de transmission d’une maladie à des
tiers.
Le médecin ne doit cependant pas se contenter d’un simple refus. Il
doit l’informer des risques et des conséquences de son refus. Le
patient peut aussi refuser les soins proposés. L’article 1111-4 du Code
de santé public prévoit l’obligation pour le médecin de respecter la
volonté du malade qui peut refuser ou interrompre tout traitement,
même si cela met sa vie en danger.
Cependant le médecin n’est pas délié de son obligation d’information,
il doit alors préciser au patient tous les risques que ce refus entraîne et
tout mettre en œuvre pour convaincre le patient de revenir sur sa
décision. Le médecin ne sera exonéré de sa responsabilité que si le
patient à été suffisamment éclairé [6].
L’empêchement du médecin à informer son patient.
Cela concerne deux hypothèses distinctes :
L’urgence :
Les articles L1111-4 et R4127-9 du Code de santé publique imposent
au médecin d’agir même en l’absence du consentement du malade s’il
y a un danger pour sa vie.
Cela recouvre le cas d’une personne inconsciente admise en urgence
dans un établissement de soins. Si la personne est accompagnée de
sa famille ou d’un proche, le médecin a la faculté et non l’obligation de
recueillir leur avis.
L’impossibilité d’informer.
Le médecin pourra agir sans le consentement du malade s’il est mis
dans l’impossibilité de transmettre l’information au patient ou s’il est
face à une exception thérapeutique.
Le problème de compréhension.
Le terme d’impossibilité recouvre plusieurs notions, qu’il s’agisse d’une
impossibilité de compréhension matérielle (avec un patient étranger)
ou psychologique (diminution des facultés intellectuelles). La
jurisprudence admet régulièrement que l’information donnée au patient
soit limitée en psychiatrie [7].
Cette impossibilité d’informer recouvre également les cas de
conscience légitime du médecin face à un diagnostic ou pronostic
grave : c’est « l’exception thérapeutique ».
L’exception thérapeutique.
Prévu à l’ancien article 35 du Code de déontologie médical, et
désormais codifié à l’article R2147-35 du Code de santé publique, le
peut médecin peut décider en toute conscience de retarder, de
minimiser, voire de ne pas informer le patient sur son état de santé
réel.
Cette disposition permet aux médecins, face à un risque de mort
prochaine ou de pronostic grave, d’adapter leurs discours envers des
patients psychologiquement fragilisés à qui l’annonce d’une mort
imminente ou irrémédiable causerait un choc psychologique.
Ce pouvoir de limiter ou de retenir l’information n’est pas évident à
mettre en œuvre. D’autant que ce choix légitime du médecin a des
contours très troubles. Ainsi, la jurisprudence n’admet pas ce droit au
silence au seul motif que l’opération était inévitable [8]. Ce choix même
fait en conscience, ne doit être envisagé que du point de vue de
l’intérêt du patient.
Mis à part ces exceptions, le patient bénéficie d’un droit à l’information
devant lui permettre de s’associer à toutes les prises de décisions
concernant son état de santé. En cas de manquement à son obligation
d’information, le médecin, aura commis une faute susceptible
d’engager sa responsabilité civile.