DISCOURS DE SINE DU FUTUR
À l’occasion des 72H de l’Étudiant Fatickois – Juillet 2025
Mesdames, Messieurs,
Chers camarades,
Frères et sœurs du Sine,
On nous a conviés à 72 heures de l’Étudiant Fatickois, organisées par la CESF/COM.
Pas 24h, pas 48h, non : 72h – c’est dire à quel point on veut laisser le temps à
l’intelligence de circuler, à la culture de s’exprimer, et à la jeunesse de respirer. Et
franchement, ça fait du bien.
Un programme riche, rythmé, où l’on passe du débattons et panels la nuit culturelle, du
terrain de sport à l’excursion, sans jamais perdre le fil : celui de l’unité, de la fierté, et
de la promesse d’un avenir meilleur. Si l’objectif était de célébrer la jeunesse en
mouvement, d’intégrer les nouveaux étudiants, alors disons-le clairement : mission
réussie.
Ici, à la PSA, ici à Fatick, terre de ressources — humaines, culturelles, naturelles — nous
ne parlons pas d’avenir comme d’un rêve lointain. Nous y sommes déjà. Car la jeunesse,
ici, est à la fois la ressource et le moteur du changement. Et ce changement ne peut être
juste que s’il est pensé à partir d’elle, avec elle.
Aujourd’hui, nous nous interrogeons : comment grandir, apprendre, décider, dans un
monde traversé par l’intelligence artificielle ? L’IA nous offre des outils puissants. Elle
ouvre des portes, simplifie l’accès au savoir. Mais elle peut aussi, si nous n’y prenons
garde, renforcer les inégalités, appauvrir l’esprit critique, priver d’autonomie ceux qui
n’ont pas voix au chapitre.
Étudier à l’ère de l’IA, ce n’est donc pas simplement utiliser des machines. C’est se poser
les bonnes questions : Pourquoi ce savoir ? Pour qui ? À quel prix ? C’est refuser de
subir les technologies, et au contraire apprendre à les maîtriser, à les détourner
pour servir nos réalités, nos besoins, notre justice.
Et c’est là que tout se rejoint : ressources locales, jeunesse, justice sociale. Pour que
Fatick ne soit pas seulement spectatrice de la révolution numérique, mais qu’elle en
devienne actrice. Active. Critique. Créative.
Mais derrière les lumières, les pas de danse et les discours, une ombre persiste.
Fatick, notre Fatick, celle que nous aimons – aujourd’hui, elle a peur.
Peur des nuits devenues dangereuses.
Peur des ruelles mal éclairées.
Peur des cambriolages en série, des agressions armées, des commerces pris pour cibles –
comme 3SM, Diaz Kana, ou encore les incidents devant Nafio.
Et ce n’est pas une rumeur de quartier. C’est un fait social. Répété. Et trop souvent ignoré.
Alors permettez à SINE DU FUTUR de dire ce que beaucoup pensent tout bas :
À quoi bon parler d’engagement citoyen si le citoyen lui-même n’est plus en sécurité ?
À quoi bon rêver le Sénégal de 2050 si on n’ose plus sortir en 2025 ?
Nous saluons l’intelligence du programme, la qualité de l’organisation, et l’énergie de la
CESF/COM. Mais nous appelons à ce que ces 72 heures ne soient pas que festives, qu’elles
soient aussi réflexives, interpellatrices, utiles.
Nous appelons :
• à l’écoute des populations,
• à la réhabilitation immédiate des dispositifs de sécurité,
• à une alliance entre jeunesse, autorités et forces de l’ordre,
• à une vigilance communautaire digne de notre histoire.
Le Sénégal de demain se prépare aujourd’hui — non pas dans les seules promesses,
mais dans les actes.
Et si l’on veut des jeunes debout, innovants, entreprenants,
il faut d’abord leur garantir un sol ferme, un cadre sûr, un environnement vivable.
SINE DU FUTUR ne fait pas de discours pour meubler le temps.
Nous parlons pour bousculer. Pour construire.
Avec vous. Pour vous. Et surtout, avec courage.
Je vous remercie —
et que ces 72h soient, non pas une parenthèse…
mais un point de départ.