1.3.
Région du Guémon
S’étendant sur une superficie de 6 695 km2, la région du Guemon, représente environ 2,07%
de la superficie totale de la Côte d’Ivoire. Située à l’Ouest du pays, elle est limitée au Nord
par la région du Tonkpi, au Sud par la région de la Nawa, à l’Ouest par celle du Cavally et à
l’Est par la région du Haut Sassandra (Carte 4). Le Guemon est divisé en quatre (4)
départements : Duékoué, chef-lieu, Bangolo, Kouibly et Facobly, englobant un total de 21
sous-préfectures, 235 villages et 573 campements.
202
Source : OCHA, (2020)
Carte 4 : Carte de la région du Guemon
1.3.1. Milieu physique
[Link]. Climat
Appartenant au grand ouest ivoirien, la région du Guemon se caractérise par un climat de
type montagnard avec deux saisons distinctes, dont une saison pluvieuse étendue sur neuf
mois et une saison sèche plus courte de trois mois. La pluviométrie dans cette région est
significative, variant entre 1 500 et 2 400 mm de précipitations par an. On observe un
gradient décroissant de pluviométrie d'ouest en est et du sud au nord de la région.
203
Source : Fick et Hijmans, (2017)
Figure 4: Diagramme ombrothermique de la région du Guémon (Duékoué)
[Link]. Relief
Le relief du District des Montagnes, auquel la région du Guemon appartient, présente les
caractéristiques typiques des zones montagneuses des environnements tropicaux. Il s'agit
d'un paysage marqué par des contrastes topographiques significatifs. Les accidents majeurs
du relief occupent une part importante du territoire, représentant près d'un tiers de sa
superficie, avec des altitudes atteignant parfois les 1000 mètres.
[Link]. Sols
La région du Guemon repose principalement sur des formations géologiques datant du
Précambrien moyen, soit il y a environ 1,5 à 2 milliards d’années. Ces formations sont
principalement constituées de formations éburnéennes volcano-sédimentaires et de
granitoïdes éburnéens qui présentent des failles. Ce complexe géologique englobe différents
types de granites, notamment des granites indifférenciés à fertilité chimique moyenne,
prédominants dans la région. On retrouve également des sols développés sur des roches
basiques potentiellement riches, des sols hydromorphes dans les bas-fonds et des sols
minéraux dans les zones montagneuses.
Les sols ferralitiques présents dans la région sont considérés comme rajeunis, avec la roche
mère située en moyenne à moins de 80 cm de profondeur sous les massifs granito-gneiss
médians rajeunis. Ces sols de type ferralitique sont accompagnés de sols lithiques ou de
randers tropicaux lorsque la roche mère est plus proche encore. En raison de températures
204
relativement basses, ces sols accumulent une certaine quantité de matière organique, ce qui
les rend plus riches que les sols de plaine sous des conditions de végétation similaires.
[Link]. Hydrographie
La région du Guemon est drainée par le bassin du Sassandra, où le fleuve éponyme, le
Sassandra, joue un rôle majeur en recueillant les eaux des rivières et des ruisseaux de cette
zone de la Côte d’Ivoire. Les cours d'eau de cette région bénéficient généralement d'un
régime régulier en raison des fortes précipitations qui caractérisent cet environnement.
Parmi les cours d'eau les plus importants dans la région, le Guemon à l’ouest de Duékoué
occupe une place centrale, donnant son nom à la région. Ces cours d’eau revêtent souvent
un caractère sacré pour les populations locales et font l’objet d'adoration rituelle. En dehors
de ces pratiques rituelles, les principaux usages de ces cours d’eau sont l'agriculture et la
pêche, assurant ainsi des activités vitales pour les communautés riveraines.
1.3.2. Milieu Biologique
[Link]. Végétation
La région du Guemon était autrefois couverte par une dense forêt tropicale, mais cette
dernière a été fortement impactée par une exploitation forestière abusive. Malgré la
présence de sept forêts classées et d'un parc national, le paysage forestier a
considérablement changé. La végétation de la région se compose principalement de
différentes formations :
‐ Les forêts marécageuses se développent dans des zones périodiquement ou
constamment inondées, généralement sur des sols argileux. Elles présentent un sous-
bois dense, souvent dominé par de grandes fougères.
‐ Les forêts dégradées sont le résultat des activités humaines et sont moins denses
que les forêts d'origine, avec quelques vestiges d'arbres isolés provenant de
l'ancienne forêt dense.
‐ Les savanes guinéennes se caractérisent par de vastes étendues herbeuses avec de
petits arbres et des palmiers dispersés. Pendant la saison des pluies, l'herbe peut
atteindre plus de 2 mètres de hauteur, se desséchant pendant le reste de l’année et
souvent sujette à des brûlis.
‐ Les zones de cultures occupent une part importante du paysage, que ce soit pour
les cultures vivrières (riz, bananes) ou les cultures commerciales (café, cacao). Ces
terres
présentent des champs récents, plus anciens, voire des vestiges d'anciennes cultures comme
des cacaoyers, caféiers ou bananiers.
[Link]. Espèces fauniques
La disparition du couvert forestier et la dégradation des différentes forêts classées ont
conduit à la disparition de certaines espèces animales et végétales. Toutefois, Dans le Parc
national du Mont-Péko, subsistent encorevingt-trois (23) espèces considérées comme
"endémiques ouest-africaines", dont trois (3) sont classées comme "Sassandriennes de
l’Ouest", dont une (1) était considérée comme "rare" et six (6) comme "relativement rare".
La région du Guémon, autrefois riche en gros mammifères, a vu cette faune se raréfier en
raison de chasses intensives et de la déforestation. Aujourd'hui, la faune se compose
principalement de quelques rares buffles et d'une variété de petites espèces telles que les
biches (céphalophes), les gazelles (harnachés), les agoutis (aulacodes), les hérissons
(athérures), les sangliers, les singes, les pangolins, les chats huant, etc. On observe
également la présence de rongeurs tels que les rats palmistes ainsi que diverses espèces
d'oiseaux.
Les cours d'eau de la région du Guémon abritent des espèces de poissons typiques de la
région, notamment des tilapias, des mâchoirons et des silures Clarias. Ces cours d'eau
offrent une variété de micro-habitats, comprenant des veines de courant, des zones de
contact avec la berge, et de petits affluents constitués d'eaux stagnantes. Certaines sections
moins touchées par l'activité humaine, associées à des forêts galerie le long des berges et à
une eau bien oxygénée, fournissent des habitats diversifiés pour la faune aquatique. Les
habitats aquatiques tels que les mares et les marécages, favorables à une vie aquatique
spécifique, sont également présents dans la zone initialement peuplée par les Wè (Lafargue
et Loucou, 1988).
1.3.3. Milieu Humain
[Link]. Population
Avec 930 873 habitants dont 46 % de femmes, soit une densité d’environ 138 habitants par
kilomètre carré (Tableau 14), la région du Guémon abrite une population autochtone
principalement composée des groupes ethniques Wés et Guérés. Cependant, la dynamique
migratoire de l'Ouest ivoirien en fait une région cosmopolite, accueillant non seulement les
autochtones Guérés, mais aussi des allochtones tels que les Baoulés, les Sénoufos, les Lobis,
entre autres, ainsi qu'une forte présence de populations étrangères venant du Burkina Faso,
du Mali, de la Guinée, etc. Les Guérés détiennent des droits coutumiers sur les terres, mais
les autres communautés ont acquis des droits fonciers, que ce soit par le droit de culture,
l'achat, les donations, la location, et d'autres moyens. Cependant, il y a eu des tensions entre
les autochtones Guérés et les migrants en raison de l'exploitation des terres cultivables par
les migrants, souvent au détriment des autochtones. La crise post-électorale en Côte d'Ivoire
a accentué cette dynamique migratoire, et la région continue d'attirer des migrants
subsahariens en raison de l'importance économique des ressources foncières disponibles.
Cela a contribué à une croissance démographique notable dans cette région de l'Ouest
ivoirien.
Tableau 14 : Superficie et population selon le recensement générale de la population de
2021 de la région du Guémon
Régions (Chef- Superficie Pourcentage de femmes
Population Départements Population
lieu) (km2) (%)
Guemon (Duékoué)
Source : INS, 2021
[Link].
6 695
930 873
Bangolo Duekoue Facobly Kouibly
270 629 45 420 911 46 94610 46 144 723 46
Activités socio-économiques
Le Guémon est une région principalement agricole, avec une forte focalisation sur les
cultures de rente telles que le café et le cacao. D'autres cultures de rente, notamment
l'hévéa et le palmier, ainsi que des cultures vivrières comme le riz, le maïs, le manioc, la
banane plantain et divers légumes, contribuent à la diversité agricole de la région. Les
cultures maraîchères, comprenant des plantations d'aubergine, de piment, de gombo, de
laitue et de haricot, sont également présentes.
Le commerce occupe une place importante dans l'économie régionale, se positionnant
comme le second secteur d'activité après l'agriculture. L'élevage, principalement
traditionnel, concerne les bovins, les ovins, les caprins, les porcins et la volaille. En plus de
l'élevage, la pêche est pratiquée dans plusieurs localités de la région, dont Bibita, Taobly,
Kanebly, Gbapleu et Dibobly.
207
Sur le plan minier, la région du Guémon dispose d'un sous-sol riche en diverses ressources,
notamment le fer, abondamment présent dans le Mont Klanhoyo (Facobly) et à Bangolo, où
une exploration finale est menée par la société Tata Steel. Le fer est également présent à
Kouibly dans le Mont Etia. L'or est exploité à Amanikro dans le département de Duékoué.
Ainsi, le Guémon se révèle être une région exceptionnellement riche, tant sur le plan naturel
(pluviométrie, végétation et sous-sol) qu'au niveau agricole et minier.
L'activité industrielle est dominée par l'exploitation du bois, qui est de loin la plus
importante activité industrielle de par son volume d'actions. Des grandes scieries telles que
Sbg, Nsd, Stbo, Thanry, ainsi que des unités de moindre envergure comme les ébénisteries et
le commerce de détail de bois transformés, contribuent significativement à l'économie
régionale. La région abrite également une unité de transformation du riz, du manioc et du
maïs, ainsi que d'autres unités industrielles.
[Link]. Aspects socio-culturels
Le Guemon jouit d’une diversité culturelle exceptionnelle, est mise en lumière par la
coexistence de différentes croyances religieuses, notamment l'animisme, le christianisme et
l'islam. Les populations de la région pratiquent diverses formes de spiritualité, avec des lieux
sacrés tels que forêts, bois, cases, etc., qui sont le cadre d'adorations et de pratiques
mystico- religieuses. Ces lieux revêtent une importance particulière lors de rituels tels que
les rites initiatiques et de passage.
Certains endroits emblématiques, comme la forêt de Mizouin, sont dédiés aux masques
sacrés, tandis que la forêt de Adah à Tiéné-zagna abrite le plus grand masque de la région.
Des cérémonies spéciales, notamment la fête des masques pendant la saison sèche,
rythment la vie culturelle de la région. Les montagnes et les grottes sacrées de Guitrozon,
ainsi que les 34 000 hectares de forêt dense du Parc national du Mont Péko, classé au
patrimoine mondial, font partie des nombreux sites culturels de la région.
La richesse culturelle du Guémon s'exprime également à travers ses danses traditionnelles,
telles que le Tématé, le Gobois, le Gbahia (danse des femmes), ainsi que les festivals de
masques. Les sculpteurs de masques et de nombreuses statuettes, les tisseurs de nattes, les
artisans de vannerie, et d'autres expressions artistiques, ajoutent à la diversité culturelle de
la région. Les praticiens de l'artisanat, notamment les confectionneurs de tenues comme les
208
boubous yacouba, et les fabricants de sandales traditionnelles, contribuent également au
riche patrimoine artisanal de la région.
Dans ce contexte culturel foisonnant, on trouve également des adorateurs de masques tels
que les Koui et Glaè, les Djih (homme panthère), le Kogni (Cor), et d'autres figures qui
participent à la préservation et à la transmission des traditions culturelles dans la région du
Guémon.
[Link]. Situation sanitaire générale
Le Guémon se caractérise par une situation sanitaire marquée par une insuffisance notable
de personnel médical et des taux d'utilisation relativement faibles des services de santé
publics (27,55%). En effet, les ratios médecin-population (0,45 médecin pour 10 000
habitants), infirmier-population (1,15 infirmiers pour 500 habitants) et sage-femme/femme
en âge de procréer (1,59 sages-femmes pour 3000 femmes en âge de procréer) se classent
parmi les plus faibles du pays. La densité de professionnels de la santé dans le Guémon est
estimée à seulement 3,78 professionnels de santé pour 10 000 habitants (MSHPCMU, 2021).
En dépit des ressources médicales limitées, les incidences des principales pathologies de
santé publique dans la région apparaissent néammoins relativement faibles par rapport à
d'autres régions du pays. Le paludisme avec un taux de 169,41 cas pour 1000 habitants, et
les maladies diarrhéiques infantiles (59,43 ‰ chez les moins de 5 ans), demeurent les
problèmes de santé les plus préoccupants.