RÉPUBLIQUE DU BÉNIN
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MINISTÈRE DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR
ET DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE
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UNIVERSITÉ D’ABOMEY-CALAVI
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ÉCOLE DOCTORALE DES SCIENCES JURIDIQUES, POLITIQUES ET
ADMINISTRATIVES
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MASTER II DROIT PRIVÉ FONDAMENTAL
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MEMOIRE DE FIN DE FORMATION DU CYCLE II
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REALISÉ POUR L’OBTENTION DU DIPLOME DE MASTER EN DROIT
PRIVÉ FONDAMENTAL
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SUJET
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION
PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU
BÉNIN.
Réalisé par : Sous la Direction de :
Djémilath Fifamè Dossi Professeur Moktar ADAMOU
ZOSSOU Agrégé des Facultés de Droit
Doyen de la Faculté de Droit
de l’Université de Parakou.
Année de soutenance : 2023 -2024
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
AVERTISSEMENT
L’école doctorale des sciences juridiques, politiques
et administratives de l’Université d’Abomey-Calavi
n’entend donner ni approbation ni improbation aux
opinions émises dans ce mémoire. Ces opinions
doivent être considérées comme propres à leur
auteur
2 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
Dédicace
Ma mère AGOSSOU Rosaline, pour son amour, ses efforts et son
investissement dans ma vie en l’occurrence dans mes études. Que ce
travail soit l’accomplissement de ses vœux tant allégués, et le fruit de son
indéfectible soutien ;
Mon père ZOSSOU Youssouf, pour ses sacrifices, ses conseils et ses
prières et soutien moral durant ces années d’études ;
Mes frères et sœurs, pour leur affection.
3 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
REMERCIEMENT
À
Dieu tout puissant
À mon directeur de mémoire le professeur Moktar ADAMOU pour avoir
accepté de diriger ces travaux et pour sa disponibilité. Ses conseils et
nombreuses incitations et exigences au travail ont guidé nos pas dans
cette aventure ;
À monsieur Arsène Joël ADELOUI ; Directeur de l’École Doctorale des
Sciences Juridiques, Politiques et Administratives de l’Université
d’Abomey-Calavi ;
À monsieur Hyacinthe GOUTONDE, Docteur en Droit, coordonnateur du
Master Droit Privé Fondamental, pour ses orientations, ses
encouragements durant notre formation ;
Aux Enseignants intervenus dans ce Master qui nous ont formés et permis
d’arriver à bout de ce parcours ;
À tout le corps professoral et au personnel administratif de l’École
Doctoral des Sciences Juridiques Administratives de l’UAC ;
À monsieur Hervé Hyppolite BOCOVO pour son accompagnement au
long de la rédaction ;
À monsieur Dorval M. Géraud ADAHOU-WANKPO pour son apport au
long de la rédaction ;
À tous ceux qui, de près ou de loin, se sont impliqués dans la réalisation
de ce travail.
4 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
SIGLES ET ABRÉVIATIONS
Al : Alinéa
Art : Article
AU : Acte Uniforme
CNRD : Commission Nationale de Réparation de la Détention
DCC : Décision de la Cour Constitutionnelle
CPCCSAC : Code de Procédure Civile Commerciale Sociale Administrative et
des Comptes
CPF : Code des Personnes et de la Famille
CPP : Code de Procédure Pénale
DIR : Dirigé
Éd : Édition
Ibidem : au même endroit
Idem : Pareil ; identique
Op. cit : Opere citato (ouvrage cité précédemment)
ONG : Organisation Non Gouvernementale
P : page
PP. : pages
TPI : Tribunal de Première Instance
5 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
SOMMAIRE
INTRODUCTION .................................................................................................. 7
PREMIRE PARTIE : UN MECANISME CONSACRÉ........................................ 13
CHAPITRE 1 : Une consécration légale avérée ................................................. 14
SECTION 1 : L’existence d’un cadre légal d’indemnisation ............................. 14
SECTION 2 : L’Existence d’un cadre institutionnel d’indemnisation ............... 24
CHAPITRE II : Les parties à l’indemnisation .................................................... 32
SECTION 1 : Les débiteurs de l’indemnisation .................................................. 32
SECTION 2 : Les créanciers de l’indemnisation ................................................ 39
SECONDE PARTIE : UN MECANISME AFFAIBLI.......................................... 47
CHAPITRE 1 : Un affaiblissement perceptible .................................................. 48
SECTION 1 : Les faiblesses juridiques du mécanisme ....................................... 48
SECTION 2 : Les faiblesses institutionnelles ..................................................... 55
CHAPITRE 2 : Un affaiblissement surmontable ................................................ 62
SECTION 1 : Les prémisses d’une indemnisation effective................................ 62
SECTION 2 : La pertinence d’un cadre préventif efficient ................................ 69
CONCLUSION GÉNÉRALE ............................................................................... 74
6 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
INTRODUCTION
« Pour combattre les injustices de toutes sortes, le citoyen devrait
compter sur la justice de son pays. Mais qu’adviendra-t-il si l’appareil
judiciaire générait lui-même l’injustice1 ». Face à ces injustices, l’État a le
devoir de « réparer équitablement le préjudice de tous ceux qui ont vu leurs vies
impactées par des poursuites qui se sont finalement révélées injustes ou dénuées
de fondement »2. À cet effet, le législateur béninois a adopté la loi N° 2012-15
du 18 Mars 2013 portant code de procédure pénale en République du Bénin telle
que modifiée et complétée par la loi N° 2018-14 du 02 juillet 2018, la loi N°
2020-23 du 29 Septembre 2020 et la loi N° 2022-19 du 19 Octobre 2022 qui a
consacré un dispositif juridique et institutionnel dédié à la réparation des
dommages subis par les victimes de la détention provisoire abusive. Cependant,
il n’existe quasiment pas encore une décision de condamnation de l’État pour
cause de détention provisoire abusive3. Or, il est établi eu égard à la
jurisprudence de la Cour constitutionnelle béninoise qu’il existe plusieurs cas de
détention provisoire abusive4. Il s’en infère donc que la mise en œuvre de cet
arsenal juridique n’est pas effective. Afin de réfléchir sur les difficultés qui sont
à l’origine de l’inexistence de la commission chargée de la réparation et de
l’absence quasi totale de l’action en compensation initiée par les justiciables, il
sied bien d’examiner le thème intitulé : « l’indemnisation de la détention
provisoire en République du Bénin ».
Avant de rentrer dans le vif du sujet, il est indispensable de définir deux
notions fondamentales à savoir indemnisation et détention provisoire abusive.
D’abord, l’indemnisation n’est pas définie par le législateur béninois. C’est la
doctrine qui permet plutôt de mieux appréhender la notion. Ainsi, selon Gérard
1
Louis Gbèhounou VLAVONOU, Président de l’assemblé national du Bénin In AZOMAHOU, La réinsertion
sociale des détenues en République du Bénin : contribution et opinion du greffier, Parakou, Essaim Plumes, p. 9.
2
P. REVIRON, « L’incontournable unification de l’indemnisation des victimes d’erreurs judiciaires », AJ Pénal
2017, p. 387 in Manon VIGLINO, « La diversité des modes de réparation pour une rationalisation des privations
indues de libertés », HAL Id : hal-03356127 [Link]/hal-03356127 Submitted on 27 Sep 2021, p. 2.
3
Roine Lesly NGMBALI, « Mise en œuvre de la procédure d’indemnisation en raison d’une détention provisoire
ou d’une garde à vue abusive », mémoire de fin de formation (cycle II), Ecole Nationale d’Administration et de
Magistrature (ENAM), 2024, p. 8.
4
DCC 23-123 du 13 Avril 2023.
7 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
CORNU, l’indemnisation est « l’opération consistant à rendre indemne la
victime d’un dommage en réparant celui-ci de la manière la plus adéquate, soit
en nature soit en argent »5. Il convient de préciser que l’indemnisation est
l’action de dédommager ou de réparer tout dommage subi. Quant à la détention
provisoire, il faut la définir séparément. Étymologiquement « détenir » vient du
mot latin « detinere » qui veut dire : tenir entre ses mains. Au terme
jurisprudentiel, c’est le fait de « garder en sa possession ce qui appartient à
d'autres », on dit détenir le bien d'autrui, un troisième sens signifie « Retenir
quelqu'un contre sa volonté », quant au terme de législation, c’est détenir
quelqu'un en prison, ou, simplement, détenir, le retenir en prison6. Du point de
vue procédural, le mot détention prendra le sens de l'arrestation, de la captivité,
de l'incarcération, de la déportation, de la réclusion et de l'emprisonnement.
Avec Gérard CORNU, la détention provisoire correspond à « l’incarcération
dans une maison d’arrêt d’un individu inculpé de crime ou délit, avant le
prononcé du jugement7 ». Au sens du lexique des termes juridiques, la détention
provisoire est une mesure d’incarcération d’un mis en examen pendant
l’information judiciaire, ou d’un prévenu dans le cadre de la comparution
immédiate8. L’adjectif ‘’abusive’’ constitue un abus. L’abus vient du latin
abusus qui signifie « mauvais usage ». C’est l’action d’abuser d’une chose.
C’est aussi l’acte d’un fonctionnaire qui outrepasse le pouvoir qui lui a été
confié9. Spécifiquement, pour que la détention provisoire soit abusive en
République du bénin, il faudrait que celle-ci puisse respecter certaines
conditions prévues par le législateur. En effet, constitue une détention provisoire
abusive « la violation par le juge des libertés et de la détention ou le procureur
de la République des dispositions régissant le délai de détention provisoire10 ».
5
CORNU (Gérard), Vocabulaire juridique, 11e éd.- Quadrige- PUF. Paris, p. 418.
6
« Détenir », définition dans le dictionnaire Littré, .[Link]/definition/d%C3%A9tenir.
7
CORNU (Gérard), Vocabulaire juridique, [Link]., p. 418.
8
Serge GUINCHARD et Thierry DEBARD, Lexique des termes juridiques, DALLOZ Gui 25e éd, p.680.
9
Paul Robert, Le petit Robert, Paris, 2013, p. 12.
10
Art 207 de la loi n° 2020-23 du 29 septembre 2020 modifiant et complétant la loi n° 2012-15 du 18 Mars 2013
modifiée portant CPP en République du Bénin
8 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
La maxime juridique qui consiste à présumer innocente toute personne
mise en cause par la justice, tant que sa culpabilité n’est pas établie, trouve son
fondement aux dispositions de l’article 9 de la déclaration universelle des droits
de l’homme et du citoyen du 1789, qui dispose que : «Tout homme étant
présumé innocent jusqu’à ce qu’il ait été déclaré coupable, s’il est jugé
indispensable de l’arrêter, toute rigueur qui ne serait pas nécessaire pour
s’assurer de sa personne doit être sévèrement réprimée par la loi », ce qui est
corroboré par le 1er alinéa de l’article 11 de la déclaration universelle des droits
de l’homme de 1948. Dans le même registre l’article 14-3 du pacte international
relatif aux droits civils et politiques prévoit que toute personne accusée d’une
infraction pénale a droit à être jugée sans retard excessif, avec insistance sur la
proclamation des décisions relatives aux affaires où sont impliquées des
personnes placées en détention provisoire et de se consacrer à leur achèvement
dans un délai raisonnable. En droit positif interne, le principe de la présomption
d’innocence est reconnu par le constituant béninois à travers l’article 17 de la
constitution béninoise du 11 décembre 1990 modifiée par la loi 2019-40 du 07
novembre 2019, dont fait partie intégrante la charte africaine des droits de
l’homme et des peuples, selon lequel, toute personne suspectée ou poursuivie est
considérée comme n’ayant pas commis les faits qui lui sont reprochés tant
qu’elle n’a pas été déclarée coupable par la juridiction qui doit la juger. En vue
de préserver ce principe fondamental, le législateur béninois a posé des limites.
En effet, aux termes de la loi portant code de procédure pénale en vigueur en
République du Bénin, « l’inculpé, présumé innocent, reste libre »11. Après avoir
affirmé le caractère exceptionnel de la détention provisoire, la loi permet de
détenir provisoirement une personne suspectée ou poursuivie lorsque la
détention est nécessaire et utile à la conduite de l’information et à la
manifestation de la vérité. Toutefois, la durée de la détention ne peut excéder 45
jours à compter de la date de la première comparution devant une autorité
11
Art 145 de la loi n° 2020-23 du 29 septembre 2020 modifiant et complétant la loi n° 2012-15 du 18 Mars
2013, modifiée, portant CPP en République du Bénin
9 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
judiciaire, si la peine prévue par la loi est inférieure à deux (02) ans12. Dans les
autres cas, elle ne peut excéder six (06) mois renouvelable une fois en matière
correctionnelle et trois fois en matière criminelle13. En dépit de cet encadrement
juridique rigoureux, il est apparu que les dispositions régissant le délai de
détention provisoire sont fréquemment violées par le juge des libertés et de la
détention ou le procureur de la république. Il en résulte pour la plupart que le
juge constitutionnel constate la violation de la constitution et déclare que la
détention du justiciable est abusive14.
En vertu des dispositions de l’article 1382 du code civil de 1804 dans sa
version de 1958 applicable au Bénin, qui prévoit que « Tout fait quelconque de
l’homme qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est
arrivé à le réparer », il serait inéquitable de ne pas réparer le préjudice résultant
de la détention provisoire abusive. Ainsi, en cas de non-lieu, de relaxe ou
d’acquittement, l’intéressé peut bénéficier d’une réparation en compensation du
préjudice que lui a causé sa détention15. En France, c’est la loi n° 70-643 du 17
juillet 1970, qui a consacré le régime de l’indemnisation de la détention
provisoire abusive. En application de cette loi, une commission d’indemnisation
a été instituée afin que la personne qui a fait l’objet d’une détention provisoire
au cours d’une procédure terminée à son égard par une décision de non-lieu, de
relaxe ou d’acquittement devenue définitive a droit, à sa demande, à la
réparation intégrale du préjudice moral et matériel que lui a causé cette
détention. S’inspirant de son homologue français, le législateur béninois a à
travers la loi n° 2012-15 du 18 mars 2013 portant code de procédure pénale en
République du Bénin qui a consacré le régime d’indemnisation en raison de la
détention provisoire abusive. Cependant, depuis l’entrée en vigueur de cette loi,
il n’existe pas encore un cas d’indemnisation en la matière. Au regard de cette
12
Art 147 de la loi n° 2020-23 du 29 septembre 2020 modifiant et complétant la loi n° 2012-15 du 18 Mars
2013, modifiée, portant CPP en République du Bénin
13
Idem
14
DCC 23-123 du 13 Avril 2023 ; DCC 24-078 DU 16 Mai 2024 ; DCC 24 -024 DU 1er FEVRIER 2024
15
Art 206 de la loi ° 2020-23 du 29 septembre 2020 modifiant et complétant la loi n° 2012-15 du 18 Mars 2013,
modifiée, portant CPP en République du Bénin
10 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
situation, il échet de s’interroger sur l’effectivité de la mise œuvre de ce
mécanisme. Ainsi, est-il possible de mettre en œuvre la procédure
d’indemnisation au regard de la législation en vigueur en République du Bénin ?
L’institution de la commission d’indemnisation est-elle envisageable ? Quelles
sont les bonnes pratiques d’un suivi efficace des justiciables en la matière ?
En choisissant d’étudier l’indemnisation de la détention provisoire
abusive, la présente étude vise à démontrer les maux qui minent l’application
effective du régime juridique mis en place en matière d’indemnisation de la
détention provisoire abusive. Ce sera l’occasion d’inciter le législateur à prendre
de nouvelles mesures législatives en vue de garantir aux victimes la jouissance
effective de leur droit à réparation du préjudice causé par la détention.
Au cœur de toutes les préoccupations et réformes législatives, la détention
provisoire constitue l’une des principales causes de dysfonctionnement du
système judiciaire, au point qu’elle est vite assimilée à une erreur judiciaire16 .
L’indemnisation en raison d’une détention provisoire abusive est indépendante
de l’action en prise à partie ou en responsabilité de l’État pour mauvais
fonctionnement du service de la justice. Elle se distingue nettement des cas des
personnes victimes d’erreur judiciaire qui à la suite d’une révision de leur
condamnation peuvent prétendre à un dédommagement. Cette étude sera donc
axée sur le cas des individus ayant subi injustement des détentions provisoires.
Cette étude sur l’indemnisation de la détention provisoire abusive en
République du Bénin présente un double intérêt. Théoriquement, cette étude vise
à relancer le débat sur les conditions de l’indemnisation de la détention
provisoire abusive et la procédure devant la commission d’indemnisation.
Pratiquement, la présente étude pourrait permettre aux personnes détenues
abusivement de pouvoir engager la procédure pour obtenir réparation du
préjudice subi. Elle permettrait également au législateur béninois d’élaborer de
16
Moktar ADAMOU, Les erreurs judiciaires en matière criminelle : contribution à une réforme de la justice
criminelle au Bénin et en France, Thèse, Faculté de droit et de science politique de Bourgogne, p. 414.
11 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
nouvelles mesures afin de rendre plus efficace le cadre juridique et institutionnel
de l’indemnisation en raison d’une détention provisoire abusive.
Pour mener convenablement cette recherche, l’option d’une démarche
analytique, d’une méthode comparative et d’une technique documentaire sera
nécessaire. En effet, dans la mesure où l’indemnisation en raison d’une
détention provisoire abusive n’est pas encore effective à cause particulièrement
de l’absence de la commission et du défaut d’information des justiciables, il
paraît idéal de mener la présente réflexion en faisant constamment recours aux
mécanismes et pratiques de la commission nationale d’indemnisation mise en
place en droit positif français.
Dans cette perspective, cette étude s’articulera autour de deux axes de
réflexion. En premier lieu, il sera question de démontrer que le droit positif
béninois a consacré le mécanisme d’indemnisation en matière de détention
provisoire abusive (PREMIERE PARTIE). En second lieu, de démontrer en quoi
ce mécanisme d’indemnisation est affaibli (SECONDE PARTIE).
12 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
PREMIRE PARTIE : UN MECANISME CONSACRÉ
Lorsqu'il y a des raisons sérieuses de croire qu'une personne a commis une
infraction, la détention provisoire est une mesure privative de liberté avant tout
jugement. Toutefois, cette mesure peut être appliquée de manière erronée, en
particulier lorsque le provisoirement détenu est acquitté ou relaxé voire quand
une décision de non-lieu est prononcé à son endroit. Pendant longtemps, les
personnes injustement incarcérées étaient peu en mesure de récupérer les
dommages subis. Il est aujourd’hui normal qu’une personne, à certaines
conditions, puisse être indemnisée pour le temps passé en détention provisoire
dans le cas où son dossier ne débouche pas sur une condamnation 17. Pour cela le
législateur béninois a au sein de la loi n° 2020-23 du 29 septembre 2020
modifiant et complétant la loi n° 2012-15 du 18 Mars 2014, modifiée, portant
CPP en République du Bénin, manifesté son désir d’indemniser les victimes en
question au prix de certaines conditions. L’indemnisation de la détention
provisoire abusive au Bénin a été consacrée dans le CPP à parti de son article
206 à 210. Ainsi le législateur béninois a à travers ces différentes dispositions
mis en place les bases et les procédés suivants lesquels la victime de la détention
provisoire abusive se ferait indemnisé. Celles-ci témoignent d’une consécration
légale avérée (CHAPITRE I) de cette indemnisation et un grand pas du
législateur qui a aussi réussi à définir le régime juridique de certains éléments
subjectifs de l’indemnisation (CHAPITRE II).
17
Art 206 de la loi n° 2020-23 du 29 septembre 2020 modifiant et complétant la loi n° 2012-15 du 18 Mars
2013, modifiée, portant CPP en République du Bénin
13 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
CHAPITRE 1 : Une consécration légale avérée
Les droits fondamentaux des personnes abusivement privées de leur liberté ont
été progressivement reconnus sous l'influence de la doctrine, des décisions
judiciaires et des réformes législatives. La reconnaissance légale implique que
ce droit à indemnisation est maintenant intégré dans les lois et que des
mécanismes de réparation sont clairement établis. Une procédure
d'indemnisation pour détention provisoire abusive est explicitement prévue dans
de nombreuses lois, définissant ainsi les critères d'éligibilité, et le processus
d'évaluation du préjudice. Dans l’objectif de faire de l’indemnisation de la
détention provisoire abusive, une réalité en République du Bénin, maints efforts
ont étés consentis par le législateur. Ce dernier a essayé de mettre en place
l’essentiel afin de pouvoir mettre en pratique ce mécanisme. Ceci se justifie très
bien par l’existence d’un cadre légal d’indemnisation (A) et d’un cadre
institutionnel d’indemnisation (B).
SECTION 1 : L’existence d’un cadre légal d’indemnisation
Dans le souci de réparer le préjudice résultant d’une détention provisoire
abusive, le législateur béninois a érigé un cadre légal d’indemnisation des
victimes de la détention provisoire abusive. Pour rendre compte de cet état de
chose, il paraît judicieux de préciser d’abord les critères d’admission au droit à
indemnisation (Paragraphe 1) avant de se pencher sur l’établissement de la faute
indemnisable (Paragraphe 2).
PARAGRAPHE 1 : Les critères d’admission au droit à indemnisation
En réalité, ce ne sont pas tous les inculpés détenus abusivement qui bénéficient
de l’indemnisation18. Selon le législateur béninois, l’inculpé ayant subi une
détention provisoire, qui s’est révélée par la suite abusive à cause de la violation
par le juge des libertés et de la détention ou le Procureur de la République des
18
Idem
14 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
dispositions régissant le délai de détention provisoire19, peut bénéficier de
l’indemnisation à condition d’abord qu’il y ait une décision de non-lieu, de
relaxe ou d’acquittement20 (A) même si les raisons de certaines décisions de
liberté de ces détenus constituent parfois des cas exclus du droit à réparation (B).
A - L’obligation d’une décision de non-lieu, de relaxe ou d’acquittement
définitive
D’après le législateur béninois, le demandeur d’une indemnisation doit
avoir subi une mesure de détention provisoire soldée à son égard par une
décision de non-lieu, de relaxe ou d’acquittement devenue définitive21.
En effet, est considérée comme une décision de non-lieu, une décision par
laquelle une juridiction d’instruction, se fondant sur un motif de droit ou une
insuffisance des charges, ne donne aucune suite à l’action publique22. La
renonciation à la poursuite peut être due soit au fait que les faits ne sont pas
constitutifs d’une infraction, soit parce que l’auteur de l’infraction est resté
inconnu ou soit parce qu’il n’existe pas de charges suffisantes contre la personne
mise en examen23. La décision de non-lieu entraîne le dessaisissement du juge
de l’instruction, la main levée totale du contrôle judiciaire24, la mise en liberté
des personnes détenues qui au cas échéant peuvent demander une indemnisation
auprès de l’État25 et aussi la restitution des objets mis sous scellé sauf si ces
objets présentent un danger pour les personnes ou les biens. Une décision de
relaxation est celle par laquelle une juridiction autre que la juridiction
19
Art 207 de la loi n° 2020-23 du 29 septembre 2020 modifiant et complétant la loi n° 2012-15 du 18 Mars
2013, modifiée, portant CPP en République du Bénin
20
Art 206 de la loi n° 2020-23 du 29 septembre 2020 modifiant et complétant la loi n° 2012-15 du 18 Mars
2013, modifiée, portant CPP en République du Bénin
21
Idem
22
CORNU (Gérard), Vocabulaire juridique, Op. cit., p.1285.
23
Le mis en examen est une personne soupçonnée d’infraction, envoyée devant un tribunal pour être jugé
24
Le contrôle judiciaire est une mesure restrictive de liberté consistant à astreindre la personne mise en examen à
se soumettre à une ou plusieurs obligations légalement définies, choisie en vue des nécessités de l’instruction ou
à titre de mesure de sureté
25
Art 208 de la loi n° 2020-23 du 29 septembre 2020 modifiant et complétant la loi n° 2012-15 du 18 Mars
2013, modifiée, portant CPP en République du Bénin
15 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
criminelle26, déclare non coupable le prévenu27 devant elle. Quant à une décision
d’acquittement, elle est celle par laquelle une juridiction criminelle déclare non
coupable un accusé traduit devant elle28. Dans le CPP, le législateur béninois a
bien insisté sur l’obligation d’une décision passée en force de chose jugée29.
Cela voudrait dire que le simple fait que le juge d’instruction fasse sortir une
décision de non-lieu ou un juge relaxe ou acquitte, sur le champ, ne suffit pas
pour commencer une procédure en indemnisation. Les voies de recours doivent
d’abord être éteintes contre ladite décision avant l’engagement d’une
quelconque action en indemnisation. Cela se comprend bien d’autant plus
qu’après l’ordonnance de non-lieu du juge d’instruction, le Procureur de la
République a le droit d’interjeter appel devant la chambre d’accusation et la
chambre des libertés et de la détention de toute ordonnance du juge d’instruction
et ou du juge des libertés et de la détention30. De même, l’inculpé ainsi que son
conseil, ont le droit de faire appel contre lesdites ordonnances31.
Cet appel doit être interjeté dans les 03 jours qui suivent la réception de
l’avis d’ordonnance juridictionnelle par le conseil de l’inculpé et de la partie
civile32. Le Procureur Général près la cour d’appel a aussi le droit de former
appel par déclaration au greffe de la cour d’appel dans les quinze (15) jours qui
suivent l’avis donné au Procureur de la République de l’ordonnance du juge
d’instruction33.
La partie civile également ou son conseil peut interjeter appel des
ordonnances de refus d’informer, de non-lieu et des ordonnances faisant griefs à
26
La cour d’assise est une juridiction répressive compétente pour juger les crimes.
27
Un prévenu est une personne contre laquelle est exercée l’action publique devant les juridictions de jugement
en matière correctionnelle et contraventionnelle
28
CORNU (Gérard), op. cit., p. 48.
29
Art 206 de la loi n° 2020-23 du 29 septembre 2020 modifiant et complétant la loi n° 2012-15 du 18 Mars
2013, modifiée, portant CPP en République du Bénin
30
Art 200 de la loi n° 2020-23 du 29 septembre 2020 modifiant et complétant la loi n° 2012-15 du 18 Mars
2013, modifiée, portant CPP en République du Bénin
31
Art 201 de la loi n° 2020-23 du 29 septembre 2020 modifiant et complétant la loi n° 2012-15 du 18 Mars
2013, modifiée, portant CPP en République du Bénin
32
Idem
33
Idem
16 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
ses intérêts civils.34 Toutefois, son appel ne peut, en aucun cas, porter sur une
ordonnance ou la disposition d’une ordonnance relative à la détention de
l’inculpé35. L’appel de la partie civile doit être formé par déclaration au greffe
du tribunal dans les trois (03) jours de la notification faite aux conseils36.
Si après l’ordonnance de non-lieu aucunes des personnes précitées
n’interjettent appel jusqu’à l’écoulement du délai ou simplement interjettent un
appel qui aboutit à un rejet, la décision de non-lieu est considérée comme
définitive et sur cette base, la victime de la détention provisoire peut engager
une procédure d’indemnisation. Il en est de même pour les décisions de relaxe
ou d’acquittement. Lorsque personne n’interjette un recours contre la décision
ou l’arrêt rendue, celle-ci devient définitive puis constitue l’un des éléments
pouvant permettre l’indemnisation de la victime.
La détention peut avoir été subie dans le cadre d’une procédure
d’information judiciaire ou d’une procédure de comparution immédiate37. De
même, il n’y a pas lieu de distinguer selon que la mesure de détention ait été
ordonnée à titre principal ou qu’elle résulte de la révocation d’un contrôle
judiciaire. Cependant, ce ne sont pas toutes les victimes de la détention
provisoire abusive qui se font indemniser.
B - Les cas exclus du droit à réparation
Conformément au CPP en vigueur au Bénin, le législateur béninois a
exclu les victimes de la détention provisoire abusive dont la procédure n’a pas
débouché sur une relaxation, un acquittement ou un non-lieu38. Cela voudra dire
34
Idem
35
Idem
36
Idem
37
Oumar (KONE), Problématique de la détention provisoire, Universsité Nanci ll, diplôme de criminologie
2008, .[Link]/07/08/1270/la-problematique-de-la-detention-provisoire. Consulté le 4 Octobre 2024
à 13 :13
38
Art 206 de la loi n° 2020-23 du 29 septembre 2020 modifiant et complétant la loi n° 2012-15 du 18 Mars
2013, modifiée, portant CPP en République du Bénin
17 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
que toute personne qui se ferait détenir provisoirement et par la suite ne se ferait
pas condamner, ne peut pas bénéficier de ladite indemnisation. Cependant, en
procédure pénale, trois différents éléments permettent de constituer une
infraction à savoir l’élément matériel, l’élément moral et l’élément légal.
L’élément matériel permet de constituer l’infraction à condition que celle-ci soit
effectivement commise par l’accusé. Quant à l’élément moral, il permet de
constituer l’infraction à condition que la commission de celle-ci soit
intentionnelle39.
L’élément légal quant à lui permet de constituer l’infraction à condition
que l’acte reproché à l’accusé, soit effectivement interdit par la loi40. « Nul ne
peut être arrêté ou inculpé qu’en vertu d’une loi promulguée antérieurement
aux faits qui lui sont reprochés41 » L’absence de l’un des éléments suffit pour
relaxer, acquitter voire rendre une ordonnance de non-lieu. De même, il peut
arriver à ce que le prévenu soit libéré à cause de l’action publique prescrite42; de
l’amnistie43 ; ou du fait qu’il se soit accusé pour protéger une autre personne44.
Le souci ici est de savoir si l’indemnisation serait toujours dû à la victime de la
détention provisoire abusive qui se ferait libérer à cause de l’élément
intentionnel qui ne serait pas réuni ou de l’amnistie voire de la prescription de
l’action publique et même du fait qu’il se soit accusé lui-même pour protéger
quelqu’un d’autre. L’article 206 du CPP béninois, n’a pas distingué ces
différents cas de liberté. Ce qui laisse croire que dans l’un ou l’autre des cas
précités, la victime de la détention provisoire abusive peut faire une demande en
indemnisation.
39
Art 19 de la loi n°2°18 -16 du 28 Décembre 2018 portant Code pénal en République du Bénin
40
Art 16 de la loi n° 90 du 11 Décembre 1990 portant constitution de la République du Bénin
41
Idem
42
L’action publique se prescrit par 10 années révolues à compter du jour où le crime a été commis. Elle est de
trois années révolues en matière de délit et une année en matière de contravention. Les crimes économiques, les
crimes de guerre et les crimes contre l’humanité sont imprescriptibles.
43
L’amnistie est le synonyme de pardon légal. Sans effacer les faits matériels et leurs conséquences civiles,
l’amnistie, prévue par la loi, éteint l’action publique et efface la peine prononcée.
44
Il peut arriver à ce que certaines personnes s’accusent dans le but de protéger une autre. C’est le cas d’un
parent qui s’accuse pour protéger son enfant.
18 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
En droit comparé, notamment en France, se trouve exclut de
l’indemnisation, les cas de détention provisoire abusive des personnes qui se
sont librement et volontairement accusées ou laissées accuser à tort en vue de
faire échapper l’auteur des faits aux poursuites45. Cette mise à l’écart se
comprend bien dans la mesure où c’est l’inculpé même qui s’est fait détenu de
par ses intentions viciées.
De même nous avons les cas de réparation fondée sur la prescription de
l’action publique intervenue après la libération de la personne46. En effet, la
victime d’une détention provisoire abusive ne saurait prétendre bénéficier d’une
indemnisation après sa libération en raison de la prescription de l’action
publique d’autant plus qu’elle pourrait être condamnée si l’action publique
n’était pas éteinte. De plus, il y a les cas de libération pour cause
d’irresponsabilité47. A illustratif, en France, aucune indemnisation n’est due à
quelqu’un qui a été libéré pour cause d’irresponsabilité48 d’autant plus que
l’irresponsabilité n’emporte pas le non culpabilité. Enfin, il y a les cas
d’amnistie postérieur à la mise en détention provisoire.
Au Bénin, sur la base de l’article 206 du CPP en vigueur, on peut croire
que même l’infracteur qui est relaxé au bénéfice du doute peut bel et bien
profiter de l’indemnisation en question s’il établit après que la détention
provisoire abusive lui a créé un préjudice actuel d’une gravité particulière. On
aurait pu comprendre autrement si le législateur avait parlé par exemple d’une
relaxation pure et simple. Dans ce cas, on saurait que ce n’est pas la libération
que le législateur vise mais plutôt l’innocence de la personne.
Toutefois, ce ne sont pas uniquement les victimes de la détention
provisoire abusive qui ont subi une condamnation privative de liberté qui ne
45
Art 149 du CPP français
46
Idem
47
Idem
48
Idem
19 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
bénéficient pas de l’indemnisation. Il y a également ceux ne pouvant pas établir
la faute qu’ils souhaitent faire indemniser.
PARAGRAPHE 2 : L’établissement de la faute indemnisable
En matière de responsabilité civile en générale, tout préjudice n’est pas
forcément indemnisable49. Par principe, le préjudice doit répondre à certaines
conditions avant d’être réparé50. Il serait même insensé qu’une responsabilité
soit engagée alors même qu’aucun préjudice n’ait été subi voire aucun lien entre
le préjudice subi et le fait dommageable. C’est ce qui a certainement poussé le
législateur à exiger la preuve d’un préjudice actuel d’une gravité particulière51
(A) qui nécessite l’existence d’un lien de causalité entre le préjudice et la
détention provisoire abusive (B).
A- La preuve d’un préjudice actuel d’une gravité particulière
Le langage juridique courant ne permet pas en tant que tel de distinguer la
notion de préjudice de celle de dommage. En réalité le dommage désigne toute
atteinte certaine à un intérêt reconnu et protégé par la loi52 pendant que le
préjudice se rapporte aux conséquences juridiques du dommage c’est-à-dire les
conséquences engendrées par le dommage53.
À prendre l’exemple d’un automobiliste qui se fait cogner sa voiture, la
dégradation de la voiture désigne un dommage subi pendant que le préjudice
pourrait être par exemple sa perte de chance pour un recrutement s’il rapporte la
preuve qu’il allait à un entretien d’embauche. Le législateur béninois a
certainement parlé de préjudice sans vouloir le différencier du dommage. Sans
49
Fiche de [Link], la responsabilité délictuelle : définition et conditions, https ://fiche [Link]/
responsabilite-delictuelle/, consulté le 2 octobre 2024 à 10 :04
50
Idem
52
Serge GUINCHARD et Thierry DERARD, Lexique des termes juridiques, op. cit, p. 719.
53
Serge GUINCHARD et Thierry DEBARD, Lexique des termes juridiques, [Link]., p. 1460.
20 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
s’attarder sur la question on considérera simplement qu’il veut mettre l’accent
sur une indemnisation pour le tort crée par son agent. Par ailleurs, on distingue
deux (02) types de préjudices à savoir les préjudices patrimoniaux et les
préjudices extrapatrimoniaux. Les préjudices extrapatrimoniaux sont ceux
n’ayant pas de rapport avec le patrimoine de la personne à savoir le préjudice
corporel qui vise les atteintes à la santé et à l’intégrité physique 54. On distingue
les préjudices esthétiques comme les marques de blessures de tache voir de
cicatrice, les préjudices d’agrément qui ont rapport avec la privation de certaines
satisfactions de la vie courante, les préjudices moraux qui sont d’ordre
psychologique touchant l’honneur ou les sentiments, les préjudices sexuels, les
souffrances endurées, les préjudices d’établissement qui se rapporte à la perte
d’espoir de chance ou de possibilité de réaliser un projet55. Les préjudices
extrapatrimoniaux sont les préjudices qui ont rapport à l’économie de la
personne56.
Le législateur a exigé avant la demande d’une indemnisation, que la
victime de la détention provisoire abusive soit en mesure de prouver que la
détention provisoire lui a porté un préjudice actuel d’une gravité particulière57.
Cela se rapproche de ce qui a cours en droit administratif58. En effet, en droit
administratif, « le dommage n’ouvre droit à réparation que s’il présente certains
caractères intrinsèques»59 .
Généralement en droit de responsabilité, il est attendu du demandeur
d’indemnité, la preuve du préjudice qu’il a subi du fait reprochable. Mais le
législateur est allé jusqu’à exiger l’actualité du préjudice60.
54
Cabinet ACI, les différents préjudices en droit français, [Link]/les differents-prejudices/ consulté le 2
octobre 2024 à 10 :04
55
Idem
56
Idem
57
Art 206 de la loi n° 2020-23 du 29 septembre 2020 modifiant et complétant la loi n° 2012-15 du 18 Mars
2013, modifiée, portant CPP en République du Bénin
58
Euloge AKPO, « Les garanties des droits de l’Homme à la phase de l’enquête de police judiciaire », mémoire,
Université d’Abomey Calavi 2015, p. 69.
59
Jean RIVERO, Droit administratif, Paris, Dalloz, 3e éd, cedex 5, 1990, p. 346.
60
Art 206 de la loi n° 2020-23 du 29 septembre 2020 modifiant et complétant la loi n° 2012-15 du 18 Mars
2013, modifiée, portant CPP en République du Bénin
21 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
En France par contre, le législateur a fait obligation de la réparation du
préjudice moral et matériel que cause la détention provisoire abusive61 et non
exigé de la victime de détention provisoire abusive, qu’il prouve l’actualité du
préjudice. En prévoyant l’obligation d’une preuve de préjudice actuel, le
législateur béninois exclut les préjudices qui ne seraient pas en mesure de se
faire remarquer sur le champ. Aucune réparation ne peut donc aboutir si le
préjudice est à subir dans le futur.
L’on pourrait sous-entendre par préjudice particulier d’une part, le préjudice
qui a une appréciation concrète et subjective et d’autre part à un préjudice de
caractère anormal c’est-à-dire un préjudice qui dépasse celui d’habitude subi
dans les maisons de détention62. En France, la victime de la détention provisoire
abusive n’a pas à prouver l’actualité du préjudice ni la particularité de celui-ci
avant de se faire indemniser63. En revanche, la preuve d’un préjudice actuel
d’une gravité particulière après une libération devenue définitive de la victime
ne suffit pas au Bénin aussi pour une indemnisation. Il faut de même l’existence
d’un lien de causalité entre le préjudice en question et la détention provisoire
abusive qui représente ici la faute.
B - L’existence d’un lien de causalité entre le préjudice et la détention
provisoire abusive
En droit de la responsabilité civile extracontractuelle, le lien de causalité
se définit comme étant le lien de cause à effet entre le fait générateur de
responsabilité et le dommage dont il est demandé réparation64.
Après un dommage, si l’auteur du dommage ou celui qui veut répondre de
l’auteur du dommage veut s’exonérer de sa responsabilité, il peut démontrer une
61
Art 149 du CPP français
62
Euloge KAKPO, « Les garanties des droits de l’homme à la phase de l’enquête de police judiciaire »,
Master, Université d’Abomey Calavi, 2014, p. 69.
63
Art 149 du CPP français
64
Fiche d’orientation responsabilité civile, Dalloz, .[Link]/documentation/document? Consulté le 10
septembre 2024, à 11 :05
22 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
rupture de lien de causalité en prouvant que le préjudice à une cause étrangère65.
Il existe plusieurs théories autour du lien de causalité à savoir la théorie de
l’équivalence des conditions et la théorie de causalité adéquate 66. La première
implique que tous les faits qui ont encouru à la réalisation du résultat sont
considérés comme ayant causé ce résultat67. La deuxième implique que tous les
faits qui ont encouru à la réalisation du résultat n’ont pas la même incidence et
qu’il faut chercher lequel de ces faits était de nature à réaliser le résultat68.
Dans le premier cas, le juge essayera d’analyser toutes les causes ayant
concouru au préjudice sans opérer aucun tri69. Dans ce cas le préjudice subi par
la victime de la détention provisoire peut ne pas être uniquement à la charge de
l’auteur ni de celui qui veut en répondre. Dans le second cas, le juge cherchera
parmi tous les faits lesquels étaient de nature à réaliser plus le préjudice et de ce
fait opérer un tri en excluant le comportement sans lequel le préjudice ne se
serait pas produit70.
Face aux deux théories les juges statuent au cas par cas et vont surtout
décider de prendre la théorie qui les arrange en fonction du résultat qu’ils
recherchent. Si le juge veut exonérer l’auteur du dommage ou celui qui veut en
répondre, il s’orientera vers la théorie de la causalité adéquate. Par ailleurs la
preuve du lien de causalité incombe à la victime qui doit rapporter la preuve du
fait que c’est de la détention provisoire abusive qu’a eu lieu le préjudice71. Mais
parfois la preuve du lien de causalité peut être renversée et ce ne sera plus au
demandeur de réparation de le prouver mais plutôt le défendeur72. Le dommage
65
Lien de causalité : définition appréciation et preuve, [Link]/lien-de-causalite, consulté le 5 septembre
2024 à 12 : 03
66
Idem
67
L’école jurixio, .[Link]/lien-de-causalité-definition-preuve/, consulté le 5 septembre 2024 à 13 :05
68
Idem
69
Idem
70
Idem
71
Art 10 de la loi n° 2016-16 modifiant et complétant la loi N° 2008-07 du 28 février 2011 portant CPCCSAC
en République du Bénin
72
Idem
23 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
juridiquement réparable doit se rattacher au fait générateur de responsabilité par
le lien de causalité.
Cependant on remarque que le législateur béninois ne parle uniquement que
de préjudice actuel de gravité particulière73. Il n’a mis d’accent que sur l’État
comme civilement responsable de tout préjudice causé par la détention
provisoire abusive74. Une fois donc devant le juge qui connaitra de la demande
en indemnisation, celui-ci ne devrait pas chercher à savoir qui doit réparer le
dommage à part l’État. De même on remarque que le législateur n’a pas exigé
du dommage qu’il soit exclusivement la cause de la détention provisoire
abusive. Même si d’autres causes ont concouru à la réalisation du dommage,
d’autant plus que la victime ait été abusivement détenue, une réparation lui est
dû. On n’a donc pas besoin de prouver que le préjudice vient exclusivement de
la détention provisoire abusive avant de se faire indemniser.
SECTION 2 : L’Existence d’un cadre institutionnel d’indemnisation
L’indemnisation effective n’aboutirait point sans des organes pouvant la
prendre réellement en charge. Ces organes doivent être en mesure de recevoir la
victime de la détention provisoire afin d’analyser les conditions pour en déduire
si celle-ci devrait normalement bénéficier d’un dédommagement d’après les
règles de l’article 206 du CPP.
Autrement dit, ces organes auront pour rôle de vérifier si les conditions à
remplir pour se faire indemniser sont respectées. Au Bénin, afin de décider de
l’indemnisation de la victime de détention provisoire abusive, le législateur a
consacré une commission d’indemnisation (Paragraphe 1) tout en énumérant les
garanties procédurales. (Paragraphe 2).
73
Art 206 de la loi n° 2020-23 du 29 septembre 2020 modifiant et complétant la loi n° 2012-15 du 18 Mars
2013, modifiée, portant CPP en République du Bénin
74
Art 208 de la loi n° 2020-23 du 29 septembre 2020 modifiant et complétant la loi n° 2012-15 du 18 Mars
2013, modifiée, portant CPP en République du Bénin.
24 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
PARAGRAPHE 1 : La consécration d’une commission d’indemnisation
Le législateur béninois n’a pas manqué de prévoir une commission
d’indemnisation afin d’assister les victimes de la détention provisoire pour
décider ou non de leur droit à se faire indemniser. De même en son article 209,
le législateur béninois a pris le soin de décider de la composition de cette
commission d’indemnisation (A) ainsi que la procédure devant celle-ci (B).
A- La composition de la commission
Au Bénin, l’indemnité est allouée par décision d’une commission qui statue en
premier ressort75. « Lorsque la commission statue sur les demandes dirigées
contre les magistrats, la commission est composée d’un (01) conseiller près la
Cour suprême qui est le président dont les membres sont : un (01) magistrat de
la cour d'appel concernée ; un (01) représentant du ministère en charge de la
fonction publique ; un (01) représentant du ministère en charge des finances ; le
bâtonnier de l'ordre des avocats ou son représentant »76.
En France, la commission est constituée autrement. Elle est composée du
premier président de la Cour de cassation, ou de son représentant, qui la préside,
et de deux magistrats du siège de la cour ayant le grade de président de chambre,
de conseiller ou de conseiller référendaire, désignés annuellement par le bureau
de la cour77. Outre ces deux magistrats, ce bureau désigne également, dans les
mêmes conditions, trois suppléants78.
On voit que la composition de la commission en France est clairement
différente de celle prévue par le législateur béninois. De plus au Bénin, la
commission est la première juridiction saisie dès lors que la victime veut se faire
75
Art 209 de la loi n° 2020-23 du 29 septembre 2020 modifiant et complétant la loi n° 2012-15 du 18 Mars
2013, modifiée, portant CPP en République du Bénin
76
Idem
77
Art 149-3 CPP français
78
Idem
25 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
indemniser79. Pendant qu’en France, la commission n’est saisie que lorsque le
président de la cour d’appel ne satisfait pas le requérant80. C’est le président de
la cour d’appel qui est appelé à allouer l’indemnité81. La composition de la
commission d’indemnisation n’est pas la seule à avoir une différence. Il en est
de même pour la procédure à suivre devant elle.
B - La procédure devant la commission
Au Bénin, la commission d’indemnisation de la détention provisoire abusive
est saisie par voie de requête dans les six (06) mois de la décision de non-lieu,
de relaxe ou d’acquittement devenue définitive82.
La victime de la détention provisoire abusive doit donc obligatoirement
adresser une requête à ladite commission qui statut en premier ressort83 avant
qu’une indemnisation ne soit envisagée. Il ne s’agit donc pas d’une
indemnisation automatique qui peut se faire sans l’initiative de la victime. De
même le droit d’indemnisation est frappé de forclusion lorsque la demande est
faite dans plus de 06 mois après la décision de non-lieu, de relax, ou
d’acquittement84. De plus, la procédure à suivre devant la commission
d’indemnisation est celle devant la chambre judiciaire de la cour suprême 85. En
effet ce qui marque plus les procédures devant la cour suprême est celle
obligeant la constitution de conseil86. Pour donc se faire indemniser la victime
doit obligatoirement constituer un avocat87. Les débats ont lieu et la décision
79
Idem
80
Art 149-3 du CPP français
81
Art 149-1 du CPP français
82
Art 210 de la loi n° 2020-23 du 29 septembre 2020 modifiant et complétant la loi n° 2012-15 du 18 Mars
2013, modifiée, portant CPP en République du Bénin
83
Art 209 de la loi n° 2020-23 du 29 septembre 2020 modifiant et complétant la loi n° 2012-15 du 18 Mars
2013, modifiée, portant CPP en République du Bénin
84
Art 210 de la loi n° 2020-23 du 29 septembre 2020 modifiant et complétant la loi n° 2012-15 du 18 Mars
2013, modifiée, portant CPP en République du Bénin
85
Idem
86
Art 921 de la loi n° 2016-16 modifiant et complétant la loi n° 2008-07 du 28 février 2011 portant CPCCSAC
en République du Bénin
26 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
est rendue en chambre du conseil88. La commission statut par décision
susceptible d’appel devant la chambre judiciaire de la cour suprême 89. En
France, la procédure est toute autre. Avant que la commission ne soit saisie soit
par l’agent judiciaire du trésor ou le demandeur ou le procureur général près la
cour d’appel ; il faudrait que le prévenu adresse d’abord une requête au premier
président de la cour d’appel dans le ressort de laquelle a été prononcée la
décision de non-lieu de relaxe ou d’acquittement90.
Le premier président saisi par voie de requête dans le délai de six (06) mois
de la décision de non-lieu, de relaxe ou d’acquittement devenue définitive, doit
statuer par une décision motivée.91 Contrairement au Bénin, les débats ont lieu
en audience publique, sauf opposition du requérant92 .
Les décisions que prennent le premier président de la cour d’appel peuvent,
dans les dix jours de leur notification, faire l’objet d’un recours devant la
commission nationale de réparation des détentions placées auprès de la cour de
cassation, qui statut souverainement93. Ses décisions ne sont susceptibles
d’aucun recours, de quelque nature que ce soit94. Le bureau de la cour de
cassation peut décider que la commission comportera plusieurs formations 95.
Les fonctions du ministère public sont remplies par le parquet général près la
cour de cassation96. Pour ce qui concerne les délais de recours, il est important
de rappeler qu’en France, les décisions du premier président peuvent faire
l’objet, dans les 10 jours de leur notification, d’un recours devant la commission
nationale de réparation des détentions97.
88
Idem
89
Idem
90
Art 149-2 du CPP français
91
Idem
92
Idem
93
Art 149-3 du CPP français
94
Art 149-3 du CPP français
95
Idem
96
Idem
97
Art 149-3 du CPP français
27 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
De même en France, d’autant plus que la représentation n’est pas obligatoire,
le point de départ du délai de recours ne peut commencer que lorsque le
demandeur reçoit la notification quel que soit la date à laquelle la décision a été
notifiée le cas échéant à l’avocat de celui-ci98. La déclaration de recours est
remise au greffe de la cour d’appel en quatre exemplaires99. Elle est remise au
greffe de la cour d’appel d’où provient la décision de réparation et non au greffe
de la cour de cassation, sous peine d’irrecevabilité du recours100 .
Lorsque l’auteur du recours est le demandeur ou l’agent judiciaire du trésor,
le secrétaire de la commission lui demande, dans un délai de quinze jours à
compter de la réception du dossier et par lettre recommandée avec demande
d’avis de réception, de lui adresser ses conclusions dans le délai d’un mois101.
Mise à part la composition de la procédure devant la commission qui présence
une certaine spécificité, il y a également les garanties procédurales devant celle-
ci.
PARAGRAPHE 2 : Les garanties procédurales devant la commission
Contrairement aux procédures habituelles auxquelles sont soumises les
décisions rendues en général, les décisions issues de la commission
d’indemnisation en raison de la détention provisoire abusive ont une spécificité.
Cette spécificité (A) s’accompagne aussi de la particularité de l’appel devant la
chambre judiciaire de la cour suprême (B).
A- La spécificité de la décision de la commission
Au Bénin, la décision de la commission d’indemnisation est rendue en Chambre
du conseil suivie d’une motivation102. Ainsi, en dehors des magistrats, des
98
CNRD, 18 JANVIER 2002, N°9C-RD.045, bull, n°1
99
Art 40-4 du CPP français
100
CNRD, 31 janvier 2003, n° 02-99.067, bull. n° 2
101
Art R.40-8 du CPP français
102
Art 210 de la loi n° 2020-23 du 29 septembre 2020 modifiant et complétant la loi n° 2012-15 du 18 Mars
2013, modifiée, portant CPP en République du Bénin
28 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
avocats, des parties ou leurs représentants, de même que le parquet pour les
affaires nécessitants leur présence, aucune autre personne n’est habilité à suivre
cette audience. En France, par contre, les débats ont lieu en audience publique
devant le premier président de la cour d’appel comme devant la commission
d’indemnisation sauf opposition du requérant ou à sa demande où celui-ci peut
être entendu personnellement ou par l’intermédiaire de son conseil 103. La
décision serait donc le fruit de la concertation du conseillé de la cour suprême ;
du magistrat de la cour d’appel concernée du représentant du ministère en
charge de la fonction public et du bâtonnier de l’ordre des avocats ou son
représentant. Ce sont eux qui analyseront le cas de la victime de la détention
provisoire pour voir si ce dernier mérite d’être indemnisé ou pas.
Les membres de la commission s’assureront d’abord que le requérant a bel et
bien subi une détention provisoire abusive ensuite que la décision est soit une
décision de non-lieu de relax ou d’acquittement passée en force de chose jugée
et enfin contrôler si les preuves du requérant témoignent d’un préjudice actuel
d’une gravité particulière causée effectivement par la détention provisoire
abusive104. De plus les décisions de la commission ont une particularité de
recours devant la chambre judiciaire de la cour suprême.
B – La particularité de l’appel des décisions devant la chambre judiciaire
près la Cour suprême
Au Bénin, l’appel des décisions qui découlent de la commission
d’indemnisation, se fait devant la chambre judiciaire de la cour suprême 105 par
déclaration écrite que l’avocat ou la partie fait, remet ou adresse au greffe de la
juridiction qui a rendu la décision attaquée106. « Les délais prévus pour l’appel
103
Art 149-23 du CPP français
104
Art 206 de la loi n° 2020-23 du 29 septembre 2020 modifiant et complétant la loi n° 2012-15 du 18 Mars
2013, modifiée, portant CPP en République du Bénin
105
Art 210 de la loi n° 2020-23 du 29 septembre 2020 modifiant et complétant la loi n° 2012-15 du 18 Mars
2013, modifiée, portant CPP en République du Bénin
106
Art 693 al 1 de la loi n° 2016-16 modifiant et complétant la loi N° 2008-07 du 28 février 2011 portant
CPCCSAC en République du Bénin
29 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
sont ceux prévus pour le pouvoir en matière civile107 ». « Lorsque la volonté
d’appel se fait connaitre par écrit, il peut être une lettre simple directement
remise au greffe, la date de la remise étant réputée celle de l’appel 108 » comme
il peut être une lettre simple postée, soit une lettre recommandée ou une
recommandée avec avis de réception, la date d’envoi portée sur le cachet de la
poste étant considérée comme date de l’appel109. Quel qu’il soit, l’écrit doit être
rédigé, à peine d’irrecevabilité, de sorte qu’on identifie facilement l’auteur et
doit comporter la signature de l’intéressé110. L’appel peut aussi se faire
connaitre par écrit avec une télécopie un télégramme, un télex ou un courrier
électronique ; la date d’émission étant considérée comme celle de l’appel111.
Dans ce dernier cas, la déclaration doit être confirmée par le déclarant dans un
délai d’un (01) mois à compter de la date d’émission, à peine d’irrecevabilité de
l’appel112. L’écrit doit indiquer la décision de la commission attaquée sous peine
d’irrecevabilité113. Le délai d’appel en cassation contre les décisions de la
commission d’indemnisation est de trois (03) mois à compter du prononcé de la
décision114. Lorsque le jugement est rendu par défaut, le délai d’appel contre la
décision de la commission court à compter de la signification du jugement
attaqué, à la victime même ou à domicile115. Toute partie ayant intérêt est
recevable à cet appel116. Dans le présent cas, le ministère public tout comme la
107
Art 210 de la loi n° 2020-23 du 29 septembre 2020 modifiant et complétant la loi n° 2012-15 du 18 Mars
2013, modifiée, portant CPP en République du Bénin
108
Art 693 al 2 de la loi n° 2016-16 modifiant et complétant la loi N° 2008-07 du 28 février 2011 portant
CPCCSAC en République du Bénin
109
Art 693 al3 de la loi n° 2016-16 modifiant et complétant la loi N° 2008-07 du 28 février 2011 portant
CPCCSAC en République du Bénin
110
Art 693 de la loi n° 2016-16 modifiant et complétant la loi N° 2008-07 du 28 février 2011 portant CPCCSAC
en République du Bénin
111
Idem
112
Idem
113
Idem
114
Art 685 de la loi n° 2016-16 modifiant et complétant la loi N° 2008-07 du 28 février 2011 portant CPCCSAC
en République du Bénin
115
Art 685 de la loi n° 2016-16 modifiant et complétant la loi N° 2008-07 du 28 février 2011 al 2 portant
CPCCSAC en République du Bénin
116
Art 682 de la loi n° 2016-16 modifiant et complétant la loi n° 2008-07 du 28 février 2011 al. 2 portant
CPCCSAC en République du Bénin
30 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
victime de la détention provisoire abusive ainsi que l’État peuvent être recevable
à cet appel. En France, c’est plutôt le recours contre la première décision qui se
fait auprès d’une commission nationale de réparation des détentions117. Cette
commission est placée auprès de la cour de cassation et statut souverainement.
117
Art 149-3 du code de CPP français
31 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
CHAPITRE II : Les parties à l’indemnisation
Différentes personnes interviennent dans le processus d’indemnisation de la
détention provisoire abusive en République du Bénin comme ailleurs. Le
législateur béninois a fait l’effort de mettre l’accent sur ces personnes devant
intervenir dans le processus d’indemnisation de la détention provisoire abusive.
Les débiteurs de l’indemnisation (SECTION 1) se trouvent parfois obligés de
dédommager les créanciers de l’indemnisation (SECTION 2).
SECTION 1 : Les débiteurs de l’indemnisation
Le débiteur de l’indemnisation n’est pas celui ayant créé le dommage 118.
Selon l’article 208 du CPP, on considère l’État comme personne civilement
responsable (Paragraphe 1) de la détention provisoire abusive causé par son
agent et l’autorité judiciaire comme auteur de l’acte fautif (Paragraphe 2).
PARAGRAPHE 1 : L’État comme personne civilement responsable
Contrairement à l’article 1383 du Code civil119 selon lequel « Chacun est
responsable du dommage qu’il a causé non seulement par son fait, mais encore
par sa négligence ou par son imprudence », c’est l’État qui ici répond de la
faute du juge des libertés et de la détention ou du procureur de la république120.
L’indemnité est payée par l’État qui peut exercer une action récursoire contre
l’agent fautif121. L’origine de la responsabilité (A) s’accentue sur des arrêts
mondialement connus mais ladite responsabilité ne reste pas sans portée
juridique (B).
118
Art 208 de la loi n° 2020-23 du 29 septembre 2020 modifiant et complétant la loi n° 2012-15 du 18 Mars
2013, modifiée, portant CPP en République du Bénin
119
Code Civil de 1804 dans sa version de 1958 applicable en République du Bénin
120
Idem
121
Idem
32 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
A – L’origine de la responsabilité
Admis de façon restrictive par l’arrêt Blanco, la responsabilité de l’État s’est
généralisée par l’action conjuguée du juge et du législateur. Pendant longtemps
la puissance publique était vue comme irresponsable. Il a fallu à la fin du XXI
siècle pour que l’arrêt célèbre de Blanco122 puisse consacrer la responsabilité de
celui-ci pour les dommages causés de son action. À l’origine, le droit à
l’indemnisation des préjudices causés par l’administration relevait du bien
vouloir du prince. Bien que constituant un héritage de l’ancien régime, le dogme
a longtemps perduré. L’État ne pouvait mal faire. Toutefois une nouvelle
histoire dans l’irresponsabilité de l’État fut ouverte par la loi Pluviôse123, pour
les dommages de travaux publics.
Mais ce dogme ne céda qu’à la fin du XIXe siècle. L’arrêt Blanco du 8 février
1873 consacre enfin la responsabilité de la puissance publique et l’autonomie
d’un régime applicable à celle-ci. Ainsi par un arrêt Tomasco- Grecco124, le
conseil de l’État a admis en 1905 la mise en œuvre de la responsabilité de l’État
pour les méfaits des policiers et plus récemment la responsabilité de l’État pour
les dommages causés par la détention provisoire125. La responsabilité de l’État à
l’occasion des erreurs de ses agents trouve principalement sa source dans
l’article 1383 du code civil français applicable au Bénin qui dispose : « On est
responsable non seulement du dommage que l’on cause par son propre fait,
mais encore de celui qui est causé par le fait des personnes dont on doit
répondre, ou des choses que l’on a sous sa garde ». À chaque fois que l’un des
agents de l’État commet une faute lors de l’exercice de sa fonction, celle-ci est
imputable à l’État et il appartient à l’État de la réparer. Mais cette réparation ne
demeure pas sans portée juridique.
122
Tribunal des conflits, .[Link]/decisions-de-justice/jurisprudence/les-grandes-decisions-depuis-
1873/tribunal-des-conflits-8-fevrier-1873-blanco, consulté le 5 septembre 2024 à 10 : 02
123
C’est une loi Française promulguée le 8 ventôse an VII 27 Février 1800. C’est la première des grandes lois du
consulat sous Napoléon Bonaparte qui souhaitait réformer et professionnaliser l’administration révolutionnaire.
Son nom officiel est alors « loi concernant la division du territoire de la République et l’administration »
124
Conseil d’État, [Link]/arret-tomaso-grecco-1905/, consulté le 2 Octobre 2024 à 12 : 02
125
Loi n°78-753 du 17 juillet 1978
33 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
B – La portée juridique de la responsabilité
À l’issu d’un procès civil, lorsque le juge condamne une partie à un quelconque
paiement à son adversaire, à défaut de son exécution volontaire, le juge peut
ordonner son exécution forcée126. Ainsi, la partie condamnée peut être forcément
démuni de ses biens dans le but de désintéresser son débiteur. Il est de règle
admise en droit OHADA que le créancier peut saisir les biens de son débiteur
défaillant dans le but de l’obliger à payer sa dette127.
Ce principe est l’un des principes connus en droit civil constituant une pierre
angulaire en droit des obligations128. C’est une conséquence de la théorie du
patrimoine et de la corrélation qui existe entre l’actif et le passif129. C’est en cela
que l’article 28 de l’AU portant organisation des procédures simplifiées de
recouvrement et des voies d’exécution dispose qu’« à défaut d’exécution
volontaire, tout créancier peut, quelle que soit la nature de sa créance, dans les
conditions prévues par le présent acte uniforme, pratiquer une saisie pour
contraindre son débiteur défaillant à exécuter ses obligations à son égard ou
pratiquer une mesure conservatoire pour assurer la conserve de ses droits ».
L’on pourrait croire que cette mesure peut aussi s’appliquer à toutes les
personnes que ce soit public ou privées. Mais tel n’est pas le cas. Le droit
OHADA a soustrait les personnes morales de droit public de l’exécution forcée
en prévoyant leur immunité d’exécution130. L’immunité d’exécution peut être
définie comme un privilège que la loi accorde à certains débiteurs pour les
soustraire à toutes mesures d’exécution131. Elles font échapper le débiteur
bénéficiaire, en raison de sa qualité, à toutes mesures d’exécution forcée ou
conservatoire sur ses biens. Donc si le débiteur n’exécute pas spontanément sa
126
Art 28 de l’AU portant organisation des procédures simplifiées de recouvrement et des voies d’exécution
127
Art 55 de l’AU portant organisation des procédures simplifiées de recouvrement et des voies d’exécution
128
THERY Philippe, « saisissabilité et limites », in Acte du colloque du 9 juillet 2001 sur ‘’le 10 e anniversaire de
la loi du 9 juillet 1991 sur la réforme des procédures civiles d’exécution’’, Paris, Edition juridiques et
Techniques, 2002, p.61.
129
Cashmir KOLONGELE EBERANDE, « Immunité d’exécution, obstacle à l’exécution forcée en droit
OHADA contre les entreprises et personnes ? » inédit, p. 2.
130
Art 30 de l’AU portant organisation des procédures simplifiées de recouvrement et des voies d’exécution
131
Idem
34 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
dette, il ne peut pas y être contraint132. En fin de compte, elles s’érigent en un
obstacle insupportable qui peut mettre en péril la sécurité juridique 133. En effet,
le principe de continuité du service public ne tolère pas à ce qu’une exécution
forcée soit opéré sur les biens de l’État. Normalement lorsqu’un créancier est
muni d’un titre exécutoire, il peut facilement recouvrir sa créance en procédant à
l’exécution forcée de son débiteur134. Mais, on constate que cette mesure ne peut
s’appliquer à l’État. Comme dit plus haut, le principe de continuité du service
public, est la cause de l’impossibilité de pratique sur lui de la mesure
d’exécution forcée.
Néanmoins, « toute créance constatée par un titre exécutoire ou découlant
d'une reconnaissance de dette par une personne morale de droit public,
notamment l'État, une collectivité territoriale ou un établissement public, peut,
après mise en demeure adressée à l'organe dirigeant ou à l'autorité compétente
dans chaque État partie et restée infructueuse pendant un délai de trois mois à
compter de la notification, faire l'objet d'une inscription d'office dans les
comptes de l'exercice et dans le budget de ladite personne morale, au titre des
dépenses obligatoires»135 . En effet, pour protéger le créancier qui risque d’être
complètement démuni lorsqu’il se heurte à l’obstacle de l’immunité d’exécution,
le législateur a prévu une procédure particulière qui existait dans la législation
de certains États parties, la procédure d’inscription d’office qui permet, après
mise en demeure adressée à l’organe compétent et restée sans effet, d’adresser
au ministre chargé des finances une demande aux fins d’inscription d’office de
la créance dans les comptes de l’exercice et dans le budget de la personne, au
titre des dépenses obligatoires136. Toutefois, l’immunité d’exécution n’est pas à
confondre avec l’immunité de juridiction qui est plutôt un privilège dont
bénéficient les États, les chefs d’État étrangers, certains ministres et les agents
132
Idem
133
Idem
134
Art 28 du de l’AU portant organisation des procédures simplifiées de recouvrement et des voies d’exécution
135
Art 30-1 de l’AU organisation des procédures simplifiées de recouvrement et des voies d’exécution
136
Au portant organisation des procédures simplifiées de recouvrement et des voies d’exécution commenté par
Ndiaw DIOUF et autres publié au JO OHADA N° spécial du 15 novembre 2013, p.70.
35 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
diplomatiques, au nom du respect de la souveraineté, et en vertu duquel ces
personnes ne peuvent être déférées aux juridictions de l’État où elles résident, ni
en matière pénale ni en matière civile137.
PARAGRAPHE 2 : L’autorité judiciaire comme auteur d’acte fautif
L’autorité judiciaire responsable de l’acte fautif ici est le juge des libertés et de
la détention ou le Procureur de la République138. Le législateur béninois a donc
instauré l’irresponsabilité personnelle de l’agent fautif (A) tout en permettant
contre l’agent la possibilité d’une action récursoire de l’État (B).
A - L’irresponsabilité personnelle de l’agent fautif
L’irresponsabilité personnelle de l’agent fautif est profitable au juge des libertés
et de la détention de même qu’au Procureur de la République139. En effet c’est le
juge des libertés et de la détention qui est chargé de la gestion de la détention
des inculpés dont les procédures sont en cours d’information dans un cabinet
d’instruction140.
Il est chargé d’ordonner ou de proroger la détention provisoire des inculpés141.
Il est aussi l’auteur de la détention provisoire abusive de l’inculpé d’autant puis
que c’est lui qui décide de la détention ou de la liberté de celui-ci. Le Procureur
de la République quant à lui a pour rôle de recevoir les plaints et les
dénonciations et d’apprécier la suite à leur donner142. C’est lui qui procède ou
137
Les indispensables du droit international privé, les immunités de juridiction et d’exécution, [Link]/les -
indispensables-du-droit-international/ Consulté le 2 septembre 2024 à 19 :02
138
Art 207 de la loi n° 2020-23 du 29 septembre 2020 modifiant et complétant la loi n° 2012-15 du 18 Mars
2013, modifiée, portant CPP en République du Bénin
139
Idem
140
Art 46 de la loi n° 2020-23 du 29 septembre 2020 modifiant et complétant la loi n° 2012-15 du 18 Mars 2013,
portant CPP en République du Bénin
141
Idem
142
Art 38 de la loi n° 2020-23 du 29 septembre 2020 modifiant et complétant la loi n° 2012-15 du 18 Mars 2013,
modifiée, portant CPP en République du Bénin
36 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
fait procéder à tous les actes nécessaires à la recherche et à la poursuite des
infractions à la loi pénale143.
À cette fin, il dirige l’activité des officiers et agent de police judiciaire de son
ressort144. Il a tous les pouvoirs et prérogatives attachés à la qualité d’officier de
police judiciaire de son ressort145. Il doit également répondre de la détention
provisoire abusive, d’autant plus qu’en cas d’infraction flagrante, lorsque le juge
d’instruction n’est pas encore saisi, il a la possibilité de décerner un mandat
d’amener contre toute personne à l’égard de qui, il existe des présomptions
graves et concordantes d’avoir participé à l’infraction146.
De même si le juge d’instruction n’est pas encore saisi, le Procureur de la
République peut, lorsqu’il s’agit d’un crime ou d’un délit susceptible
d’emprisonnement, au vu des résultats de l’enquête, mettre l’inculpé sous
mandat de dépôt après l’avoir interrogé sur son identité et sur les faits qui lui
sont reprochés, conformément aux dispositions de l’article 133 du CPP147.
Mais ce n’est pas à eux de payer les indemnités à la victime de la détention
provisoire abusive148. L’indemnité est payée par l’État qui exerce une action
récursoire contre l’agent fautif149.
Normalement si l’administration cause un préjudice à quelqu’un, c’est que
c’est un seul ou un groupe d’agent qui ont causé ce préjudice et doivent donc
personnellement répondre de leurs actes. Mais tel n’est pas le cas avec la
distinction entre la responsabilité pour faute personnelle et la responsabilité pour
faute de service. En ce qui concerne la faute personnelle, elle est régie par
143
Art 40 de la loi n° 2020-23 du 29 septembre 2020 modifiant et complétant la loi n° 2012-15 du 18 Mars 2013,
modifiée, portant CPP en République du Bénin
144
Idem
145
Idem
146
Art 70 de la loi n° 2020-23 du 29 septembre 2020 modifiant et complétant la loi n° 2012-15 du 18 Mars 2013,
modifiée, portant CPP en République du Bénin
147
Art 71 de la loi n° 2020-23 du 29 septembre 2020 modifiant et complétant la loi n° 2012-15 du 18 Mars 2013,
modifiée, portant CPP en République du Bénin
148
Art 208 de la loi n° 2020-23 du 29 septembre 2020 modifiant et complétant la loi n° 2012-15 du 18 Mars
2013, modifiée, portant CPP en République du Bénin
149
Idem
37 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
l’article 1382 du code civil150 selon lequel « Tout fait quelconque de l’homme
qui crée à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel le dommage a eu
lieu, à le réparer ».
En revanche, la faute de service est principalement régie par l’article 1384 du
code civil selon lequel « on est responsable non seulement du dommage que l’on
cause par son propre fait, mais encore de celui qui est causé par le fait des
personnes dont on doit répondre, ou des choses que l’on a sous sa garde ». Un
agent ne peut être poursuivi devant une juridiction que pour ses faits personnels.
La notion de faute personnelle étant la faute qui, révèle l’homme avec ses
faiblesses ses passions et ses imprudences151. Mis à part l’irresponsable
personnelle de l’agent fautif, le législateur n’a pas aussi rendu obligatoire
l’action récursoire contre celui-ci.
A- La possibilité d’une action récursoire de l’État
L’action récursoire est une action exercée par celui qui a dû exécuter une
obligation dont un autre était tenu en tout ou en partie, soit contre le véritable
débiteur pour lui faire supporter le poids de la condamnation, soit contre un
coobligé pour obtenir le paiement de la part lui incombant152.
Ainsi au Bénin une action récursoire reste ouverte à l’État contre l’agent fautif.
En France, l’État a la possibilité d’intenter une action récursoire contre le
dénonciateur de mauvaise foi ou le faux témoin dont la faute aurait provoqué la
détention ou la prolongation de la détention provisoire153.
Toutefois l’action récursoire se distingue de l’action subrogatoire qui est
l’hypothèse ou une personne appelée solvens ou subrogé paie
volontairement, mais sans intention libérale, la dette d’un tiers débiteur. En
150
Code civil français de 1804 dans sa version de 1958 applicable en République du Bénin
151
Citation de la Ferryère, le cnfpt, la responsabilité de l’administration : faute personnelle et faute de service,
[Link] Consulté le 2 octobre 2024 à 12 :02
152
CORNU (Gérard), op. cit, p. 84.
153
Art 150 du CPP Français
38 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
subrogeant donc le créancier, le solvens est alors subrogé dans ses droits, la
créance lui étant transmise avec tous ses accessoires154.
SECTION 2 : Les créanciers de l’indemnisation
Il est sans doute que ce n’est pas seulement la victime qui a subi un dommage
du fait de la détention provisoire. Il en reste de même pour la famille de la
victime qui durant la détention de celle-ci ont eu des désagréments qui
n’auraient pas eu lieu si l’intéressé ne s’était pas fait détenu pour une infraction
non commise. À cet effet la procédure doit tourner autour de la victime de la
détention provisoire abusive (Paragraphe 1) et de ses ayants droits (Paragraphe
2).
PARAGRAPHE 1 : La victime de la détention provisoire abusive
L’indemnisation de la victime de la détention provisoire n’est pas une
procédure qui se déclenche automatiquement L’indemnisation n’est pas, et n’a
jamais été systématique155. Elle a toujours été soumise à des conditions
restrictives156. Avant que la victime de la détention provisoire n’arrive à obtenir
une indemnisation, il faudrait que celle-ci puisse faire une demande en saisissant
la commission d’indemnisation prévue par l’article 206 du CPP en vigueur au
Bénin. On assiste donc à la possibilité de poursuivre (A) accentuée par aussi une
possibilité de dédommagement (B).
154
La Base Lextenso, .[Link]/ouvrage/ Consulté le 2 octobre 2024 à 12 :06
155
Moktar ADAMOU, Les erreurs judiciaires en matière criminelle : contribution à une réforme de la justice
criminelle au Bénin et en France, Thèse de doctorat, Faculté de droit et de science politique de Bourgogne,
2009, p. 284
156
Idem
39 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
A- La possibilité de poursuite
Tout comme en droit civil ou la victime a la possibilité ou non d’intenter une
action157 en justice, la victime de la détention provisoire abusive peut saisir la
commission ou s’abstenir de la saisir. Cela dépendra de sa volonté. S’il décide
de ne pas poursuivre la procédure en saisissant la commission prévue il ne
bénéficiera d’aucune indemnité et son droit violé resterait sans
dédommagement. Par contre lorsqu’ il décide de la saisir, d’autant plus que c’est
une action, elle se doit de respecter les règles d’une action en justice. De même
l’action est ouverte à tous ceux qui ont un intérêt légitime d’agir ; la capacité
d’agir et la qualité à agir158. En ce qui concerne l’intérêt à agir, c’est la
condition de recevabilité de l’action consistant dans l’avantage que procurait au
demandeur la reconnaissance par le juge du bien-fondé de sa prétention159. C’est
aussi l’intérêt conforme au droit, sérieux et suffisant pour agir en justice160. Il
doit être né et actuel de plus il doit être personnel c’est-à-dire que le demandeur
doit être une victime directe du préjudice et ne peut donc pas engager une action
à la place d’une autre personne dont l’intérêt aurait été lésé161. L’intérêt doit
aussi être légitime162. Il est directement lié au droit d’agir qui conditionne la
recevabilité de l’action.
Concernant la qualité pour agir, c’est un titre légal conférant à un individu le
pouvoir de solliciter du juge l’examen de sa prétention163. En règle générale, la
qualité à agir en justice n’ayant pas été réservée par la loi à certaines personnes,
elle appartient à tout intéressés, c’est-à-dire à tous ceux qui peuvent justifier
d’un intérêt direct et personnel à la reconnaissance du bien-fondé de leur
prétention164. C’est l’habilitation légale qui permet à une personne d’agir en
157
Intenter une action est la possibilité offerte au justiciable de s’adresser à la justice pour faire reconnaitre ses
droits
158
Art 33 de la loi n° 2016-16 modifiant et complétant la loi N° 2008-07 du 28 février 2011 portant CPCCSAC
en République du Bénin
159
CORNU (Gérard), op. cit, p. 1063.
160
Idem
161
Pivoine avocats, intérêt à agir, .pivoine-avocats. Consulté le 20 septembre 2024, à 11 : 03
162
Légitime veut dire ce qui est dicté, explicable par le bon sens
163
CORNU (Gérard), op. cit, p. 1068.
164
Idem
40 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
justice afin d’élever une prétention ou combattre une prétention 165. La notion de
qualité à agir entretient des liens forts avec la notion d’intérêt à agir. Dans
certains cas dès lors que l’intérêt à agir est démontré, la qualité à agir en découle
naturellement.
Pour ce qui en est de la capacité à agir, au Bénin, l’âge à atteindre est de 18 ans.
La victime de la détention provisoire doit avoir l’âge de 18 ans avant de se
présenter de lui-même devant un tribunal ou le cas échéant devant ladite
commission. Le droit béninois opère une différence entre le mineur civil et celui
pénal. Est mineur civil, la personne de l’un ou de l’autre sexe qui n’a pas encore
atteint l’âge de 18 ans accompli166.
Au plan pénal, « est mineur au sens de la loi pénale, toute personne âgée de
18 ans lors de la commission de l’infraction » dans le CPP, l’âge minimum
d’excuse permettant au mineur d’échapper aux mesures de détention provisoire
est de 15 ans167.
Du coup, ce ne sont pas uniquement les personnes âgées de plus de 18 ans qui
peuvent se faire détenir en République du Bénin. Il y a aussi les personnes de
plus de 15 ans qui peuvent faire objet d’une détention provisoire168.
Au Bénin, la loi autorise la détention provisoire des mineurs âgés de plus de 15
ans lorsqu’ils sont soupçonnés d’avoir commis une infraction de crime, en son
article 655 du CPP qui stipule que : « tout mineurs de quinze (15) ans à dix-huit
(18) ans, lorsque les circonstances paraissent l’exiger, peut faire l’objet de
détention provisoire lorsqu’il commet une infraction criminelle ». Si ces mineurs
peuvent faire l’objet d’une détention provisoire, c’est qu’ils ont le droit de se
faire indemniser si celle-ci arrivait à être abusive. Dans ce cas, il peut se faire
représenter par ses parents devant la justice vu qu’il n’est pas en âge d’actionner
165
Idem
166
Loi no 2021-13 du 20 décembre 2021 modifiant et complétant la loi no 2092-07 du 24 Août 2004 portant
Code des personnes et de la famille
167
Art 655 de la loi n° 2020-23 du 29 septembre 2020 modifiant et complétant la loi n° 2012-15 du 18 Mars
2013, modifiée, portant CPP en République du Bénin
168
Idem
41 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
lui-même. En revanche, la possibilité n’est pas seulement au niveau de la
poursuite en indemnisation par la victime. Elle en est de même pour le
dédommagement.
B – La possibilité de dédommagement
Au Bénin, le législateur a rendu l’indemnisation de la détention provisoire
abusive possible et non obligatoire169.
En terme précis, il est dit : « Toutes personnes ayant fait l’objet d’une garde à
vue ou d’une détention abusive peut, lorsque la procédure aboutit à une
décision de non-lieu, de relax, ou d’acquittement passée en force de chose
jugée, obtenir une indemnisation si elle établit qu’elle a subi du fait de sa
détention ou garde à vue un préjudice actuel d’une gravité particulière ».
De par cette disposition, le législateur a conjugué l’indemnisation de la détention
abusive, avec le verbe ‘’pouvoir’’ qui incarne une possibilité. Que ce soit donc
pour une détention définitive qui soit abusive ou une détention provisoire qui le
soit, l’indemnisation après obéissance à toutes les règles prévues par le
législateur béninois, peut bel et bien, ne pas avoir lieu pour aucune raison
valable.
En France par contre, il est question d’un droit et non d’une possibilité. En
termes plus clair, il est dit : « Sans préjudice de l’application des dispositions
des articles L. 141-2 et L. 141-3 du code de l’organisation judiciaire, la
personne qui a fait l’objet d’une détention provisoire au cours d’une procédure
terminée à son égard par une décision de non-lieu, de relaxe ou d’acquittement,
devenue définitive, a droit, à sa demande, à réparation intégrale du préjudice
moral et matériel que lui a causé cette détention170 ».
169
Art 206 de la loi n° 2020-23 du 29 septembre 2020 modifiant et complétant la loi n° 2012-15 du 18 Mars
2013, modifiée, portant CPP en République du Bénin
170
Art 149 de la loi n° 2020-23 du 29 septembre 2020 modifiant et complétant la loi n° 2012-15 du 18 Mars
2013, modifiée, portant CPP en République du Bénin
42 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
Ce n’est pas par certitude au bénin qu’une victime ayant fait l’objet d’une
détention provisoire abusive, espère paisiblement, obtenir une indemnisation
malgré la conformité du cas de la victime aux conditions fixées par le législateur
béninois. Ce n’est pas seulement l’indemnisation de la victime de la détention
provisoire abusive qui est sans certitude, nous avons aussi le sort des ayants
droit.
PARAGRAPHE 2 : Les ayants droit de la victime
Les ayants droit de la victime de la détention provisoire abusive sont ici soit les
descendants soit le conjoint ou les parents de la victime de la détention
provisoire abusive. Face aux cas où la victime devant bénéficier de
l’indemnisation en question décède, l’on observe le silence du législateur
béninois dans le CPP. Ce silence fait penser à la fois à une improbabilité
d’indemnisation (A) et à une possibilité d’indemnisation dès lors qu’on entre
dans le cadre de la transmission des actions patrimoniaux (B).
A- L’improbabilité d’indemnisation face au silence du législateur béninois
Le législateur dans le CPP n’a pas mis l’accent sur le sort des ayants droit de la
victime. Son silence fait moins penser à une possibilité d’indemnisation. Ce
point de vue se comprend dans la mesure où un accord exprès n’a pas été donné
par le législateur béninois dans ce cas. Il est clair que le législateur ne reconnait
pas ces derniers dans ladite procédure, raison pour laquelle il n’a pas laissé
transparaitre ce qu’il adviendrait d’eux au décès du parent abusivement détenu.
Il est donc incertain que l’action des ayants droit dans le but de percevoir à la
place du parent décédé, une indemnité, soit recevable une fois devant la
commission d’indemnisation. On aurait pu affirmer le contraire si le législateur
avait pris la peine de vouloir la transmission de ce type d’action dans le CPP. Ce
n’est pas seulement l’inculpé ayant subi la détention provisoire abusive qui est le
seul à qui la détention provisoire a causé de dommage. Nous avons de même ses
43 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
parents, sa femme et ses enfants. Et comment expliquer à toutes ces personnes
que la loi ne les considère pas à la mort du parent abusivement détenu. En
revanche, dans les cas de détention provisoire abusive des mineurs 171, l’action
n’étant recevable que si le demandeur possède la capacité d’agir en justice172,
l’un des parents de ce dernier peut quand même saisir la commission au nom de
son enfant. Dans toutes procédures judiciaires le concernant, le mineur capable
de discernement a le droit d’être entendu et d’être assisté173. Il doit être entendu
par le juge soit, en présence de son civilement responsable soit de son avocat
soit d’une personne de son choix174. C’est au cas où le choix n’apparait pas
conforme à l’intérêt du mineur, que le juge peut procéder à la désignation d’une
autre personne175. Pendant que le silence du législateur béninois peut empêcher
l’indemnisation des ayants droits, nous avons le principe de transmission des
actions patrimoniaux qui peut rendre possible l’indemnisation de ces derniers.
B – La possibilité d’indemnisation face à la transmission des actions
patrimoniales
L’article 724 du Code civil applicable au Bénin prévoit : « les héritiers légitimes
et les héritiers naturels sont saisis de plein droit des biens, droits et actions du
défunt, sous l’obligation d’acquitter toutes les charges de la succession ». Il
ressort de cet article que les actions du défunt sont transmissibles aux héritiers
sauf les actions attachées à sa personne. Les actions attachées à la personne
n’étant rien d’autre que les droits extra patrimoniaux176. Mise à part les droits
extrapatrimoniaux nous avons aussi les droits patrimoniaux177. Les droits
171
Art 655 de la loi n° 2020-23 du 29 septembre 2020 modifiant et complétant la loi n° 2012-15 du 18 Mars
2013, modifiée, portant CPP en République du Bénin
172
Art 33 de la loi n° 2016-16 modifiant et complétant la loi N° 2008-07 du 28 février 2011 portant CPCCSAC
en République du Bénin.
173
Art 234 al 1 loi n° 2015-08 portant code de l’enfant en République du Benin
174
Art 234 al 2 loi n° 2015-08 portant code de l’enfant en République du Benin
175
Art 234 al 3 loi n° 2015-08 portant code de l’enfant en République du Benin
176
[Link] [Link]/droits-patrimoniaux-et-extrapatromoniaux consulté le 5 Septembre 2024 à
13: 04
177
Idem
44 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
patrimoniaux sont des droits subjectifs susceptibles d’une évaluation
pécuniaire178. Ils sont cessibles c’est à dire qu’ils peuvent être vendu,
transmissibles c’est à dire qu’à la mort de la personne, ils sont transmis à un
successeur ; saisissable c'est-à-dire que les créanciers peuvent payer sur le prix
de vente et prescriptibles c'est-à-dire qu’on peut les perdre si on ne les utilise
pendant un certain moment179. Dans les droits patrimoniaux, il y a les droits
personnels, les droits réels et les droits mixtes. Au cas échéant, il s’agit d’un
droit personnel. Autrement dit pour intenter une action en indemnisation, au lieu
de parler d’une action réelle ou mixte, on parlerait plutôt d’une action
personnelle. Une action personnelle est une action en justice par laquelle on
demande une reconnaissance ou la sanction d’un droit personnel 180, qu’elle
qu’en soit la source181. Dans le cas de l’indemnisation de la détention provisoire
abusive, l’article 724 du Code civil applicable au Bénin peut permettre donc aux
héritiers c-à-dire l’époux, les enfants et les parents du défunt à saisir la justice,
dans le but de percevoir l’indemnisation prévue par l’article 206 du CPP en
vigueur au Bénin. Mais reste à savoir si l’action peut être enclenchée ou
simplement poursuivie par ces derniers. En France la jurisprudence a pu mettre
précisément de mot sur le sort de ces derniers. Ainsi dès lors qu’à la date du
décès de l’intéressé, l’instruction par exemple, ne s’était pas terminée par une
décision de non-lieu, celui-ci ne dispose d’aucune action en indemnisation qu’il
aurait pu transmettre à ses héritiers182. Dans une décision du 12 octobre par
exemple, la commission nationale de la France a jugé que la personne décédée
avant l’expiration des droits à recours contre la décision par laquelle a été
prononcée par la cour d’assise son acquittement, n’a pu transmettre un droit à
indemnisation des préjudices résultant de la détention dont elle n’était pas
178
CORNU (Gérard), [Link]., p.758.
179
[Link]://[Link]/droits-patrimoniaux-et-extrapatromoniaux consulté le 5 Septembre
2024 à 13: 04
180
Le droit personnel est un droit juridique octroyé à une personne d’exiger d’une autre, qu’elle fasse ou non
quelques choses
181
CORNU (Gérard), [Link]., p. 83.
182
CNRD, 26 MARS 2007, N°6C-RD. 069, bull. n°2
45 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
titulaire à la date de son décès et la demande de ses héritiers est irrecevable183. Il
en est de même pour la personne qui a été placée en détention provisoire dans
une procédure terminée à son égard par un acquittement. Ce dernier n’est pas
titulaire de l’action en réparation résultant de l’article 149184 du CPP français,
qu’elle ne peut transmettre à ses héritiers, si, au moment de son décès, cette
décision n'était pas devenue définitive, en raison de l’appel du ministère
public185.
183
CNRD, 12 Octobre 200, n° 9 C-RD.017, bull. n°5
185
CNR , 17 NOVEMBRE 2008, n° 8C-RD.020, bull n°6
46 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
SECONDE PARTIE : UN MECANISME AFFAIBLI
Au Bénin comme dans la plupart des pays d’ailleurs, une indemnisation est
toujours prévue pour les victimes de détention provisoire abusive. Dans la
plupart de ces pays, une mise sur pied de la juridiction devant connaitre des
différents cas de détention provisoire abusive s’en est déjà suivi jusqu’à même
des victimes qui se font déjà dédommager. Au Bénin, ce n’est pas encore le cas.
Bien que le mécanisme d’'indemnisation en cas de détention provisoire abusive
soit reconnue par la loi, celui-ci se retrouve affaibli par des obstacles pratiques
et juridiques qui en restreignent l'accès et l'efficacité. Ce fossé entre le droit
théorique et sa mise en pratique dans la réalité témoigne des obstacles à rendre
ce droit pleinement opérationnel pour les personnes victimes de détention
provisoire abusive. Il est vrai que le législateur béninois a prévu une
indemnisation en cas de violation des droits de l’homme par les juges qui était
censé protéger les droits de ces derniers d’autant puis qu’ils les connaissent plus
que tout autre personne. Mais ce mécanisme ne demeure pas sans défaut en
République Bénin. Le législateur béninois l’a prévu dans ses textes mais celui-ci
n’est pas mis en œuvre à tel point que nous pouvons parler d’un affaiblissement
perceptible (CHAPITRE 1) qui reste toutefois surmontable (CHAPITRE 2).
47 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
CHAPITRE 1 : Un affaiblissement perceptible
Les contours de l’indemnisation en République du Bénin en matière de
détention provisoire abusive, ne demeure pas sans insuffisance. Le législateur a
pensé aux différentes victimes mais n’a pas pu établie les éléments pouvant
garantir cette indemnisation. Les insuffisances liées à l’indemnisation de la
détention provisoire abusive, restent remarquable dans plusieurs domaines. Si
aujourd’hui ce principe n’est pas mis en œuvre, cela est lié aux faiblesses
juridiques (Section 1) de même qu’aux faiblesses institutionnelles (Section 2).
SECTION 1 : Les faiblesses juridiques du mécanisme
Le législateur béninois a pensé à instaurer dans ses textes le mécanisme
d’indemnisation mais n’a pas pour autant fait l’effort de rendre ce mécanisme
profitable aux victimes de la détention provisoire abusive. Ce mécanisme serait
bien profitable aux victimes abusivement détenues s’il n’y avait pas de
soubassements préjudiciables des textes (SECTION 1) marqués également par
des carences des textes législatives (SECTION 2).
PARAGRAPHE 1 : Les soubassements préjudiciables des textes
S’il demeure compréhensible que recours est fait à la détention provisoire en
raison d’efficacité de la justice, ceci ne doit pas entrainer le mépris systématique
des droits individuels. La détention provisoire qui respecte les conditions fixées
à l’article 149 du CPP186 ne constituerait pas un problème si son abus se faisait
facilement réparer. Selon l’article 206 en question, « la détention provisoire
abusive peut, lorsque la procédure aboutit à une décision de non-lieu, de relax
186
La détention provisoire ne peut être ordonnée ou prolongée que si elle constitue l’unique moyen de conserver
les preuves ou les indices matériels ou d’empêcher, soit une pression ou une subordination, de témoins ou de
victime, soit une concertation frauduleuse entre le ou les inculpés ou leurs complices. Elle permet de protéger
l’inculpé, de garantir son maintien à la disposition de la justice, de mettre fin à l’infraction ou de prévenir son
renouvellement ; de mettre fin à un trouble exceptionnel et persistant à l’ordre public provoqué par la gravité de
l’infraction , les circonstances de sa commission ou l’importance du préjudice qu’elle a causé.
48 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
ou d’acquittement passée en force de chose jugée, obtenir une indemnisation si
elle établit qu’elle a subi du fait de sa détention ou garde à vue un préjudice
actuel d’une gravité particulière »187. Il ressort de cet article qu’en matière de
détention provisoire abusive, non seulement une obligation de preuve de
préjudice (A) pèse sur la victime de détention provisoire mais également une
ambigüité de l’expression : préjudice actuel d’une gravité particulière (B).
A – L’obligation d’une preuve de préjudice actuel
L’obligation de la preuve de préjudice actuel voulu par le législateur au sein
de l’article 206 du CPP dépasse l’entendement. En effet il est inconcevable de
vouloir de quelqu’un qui a non seulement été gardé dans une maison de
détention loin de ses parents, enfants et conjoint et de plus arbitrairement,
prouve d’abord qu’il ait subi un préjudice avant qu’on ne puisse savoir qu’il a
vraiment subi un préjudice. C’est une condition qui ne peut qu’être une
absurdité d’autant plus que le simple fait pour un innocent d’être en prison
constitue en lui-même un préjudice. Sa détention portait déjà atteinte à la
présomption d’innocence et de culpabilité.
On a comme l’impression que le simple fait d’être gardé en détention et pire
arbitrairement ne constituent pas en eux seuls un préjudice grave qui mérite
réparation. Or le principe de réparation trouve son fondement dans le principe
selon lequel, même en l’absence de faute imputable à ses agents la puissance
publique doit supporter les conséquences du risque social créé par le
fonctionnement du service de la justice188.
187
Art 206 de la loi n° 2020-23 du 29 septembre 2020 modifiant et complétant la loi n° 2012-15 du 18 Mars
2013, modifiée, portant CPP en République du Bénin
188
Oumar (KONE), Problématique de la détention provisoire, Universsité Nanci ll, Diplôme de criminologie
2008, .[Link]/07/08/1270/la-problematique-de-la-detention-provisoire., consulté le 3 octobre 2024
à 11 :12
49 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
C’est certainement ce qui a poussé le législateur français, à supprimer
l’exigence de la démonstration d’un préjudice manifestement anormal et d’une
particulière gravité à travers l’article 9 de la loi n° 96_1235 du 30 décembre
1996. Néanmoins au Bénin, l’obligation de préjudice actuel de gravité
particulière reste d’actualité et présente d’ailleurs une ambiguïté. Il en est de
même pour l’actualité du préjudice. À vouloir du préjudice qu’il soit forcement
actuel, peut facilement laisser croire que les préjudices futurs qu’il pourrait y
avoir à cause de la détention provisoire abusive ne sont pas les conséquences de
cette dite détention.
B - L’ambigüité du préjudice d’une gravité particulière
En principe lorsqu’une personne est injustement et anormalement privée de sa
liberté d’aller et de venir, il mérite un dédommagement. On n’a pas à soumettre
la recevabilité en indemnisation à l’importance du préjudice subi. Pour ce qu’il
en est de l’obligation de prouver la gravité particulière du préjudice subi par la
victime de la détention provisoire abusive, on se rend compte que la formulation
ne permet pas de saisir de quoi veut concrètement parler le législateur béninois.
Or « tant que le texte des lois ne sera pas un livre familier, une sorte de
catéchisme, tant qu’elles seront solennellement conservées comme de
mystérieux oracles, le citoyen, qui ne pourra juger par lui-même des suites que
doivent avoir ses propres actions sur sa liberté et sur ses biens, demeurera dans
la dépendance d’un petit nombre d’homme dépositaire et interprète des lois»189 .
Comme dit plus haut, on a comme l’impression que le législateur veut parler soit
d’un préjudice qui a une gravité d’appréciation subjective soit concrète ou soit
encore à un préjudice d’une gravité de caractère anormal c’est-à-dire un
préjudice qui dépasse celui d’habitude subit dans les maisons de détention. Cette
ambigüité risque de nuire aux intérêts de la victime. En effet une fois devant la
189
Cesare BECCARIA, Des délits et des peines, Dalibon, Paris, p.20.
50 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
commission, les juges et membres de la commission, risquent de l’interpréter en
défaveur de celle-ci.
Dans l’un ou l’autre des cas, précités, ces conditions ne devraient pas être
réclamées avant un quelconque dédommagement. Dans le premier cas, vouloir
que le préjudice soit d’une gravité particulière c’est-à-dire particulière à la
personne qui l’a subi, c’est nier l’existence même du préjudice simple au cas où
celui-ci ne serait pas d’une particularité pour la victime.
Dans le deuxième cas, c’est-à-dire vouloir du préjudice qu’il soit d’une
gravité concrète, insinue que le législateur a pris le soin d’énumérer
concrètement les préjudices susceptibles d’être indemnisé. Mais tel n’est pas le
cas. Le législateur n’a nul pars énuméré concrètement les préjudices d’une
intensité grave à moins grave. Le législateur français l’a vite compris, qu’à
travers l’article 9 de la loi n° 96-1235 du 30 décembre 1996, il a supprimé
purement et simplement l’exigence de la démonstration d’un
préjudice « manifestement anormal et d’une particulière gravité ». Ce dernier a
aujourd’hui énuméré les préjudices en parlant de préjudices morals, et
matériels190 . Ce qui n’est pas le cas avec le législateur béninois qui a laissé la
compréhension à la guise de toute personne. Il s’ensuit de même la carence des
textes législatifs.
PARAGRAPHE 2 : La carence des textes législatifs
Le législateur béninois est resté trop succinct sur la notion d’indemnisation de la
détention provisoire abusive. Il a manqué d’être plus large afin de solutionner
toutes les circonstances de cette indemnisation. Ce constat se traduit par
l’inexistence de textes définissant le barème d’indemnisation (A) et de
d’inexistence de textes définissant le régime juridique des ayants droit (B).
190
Art 149 du CPP Français
51 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
A – L’inexistence de texte définissant le barème d’indemnisation
Aucun texte législatif n’a pu définir la mesure suivant laquelle
l’indemnisation de la détention provisoire abusive se ferait. Or les préjudices
subis ne se valent pas. À prendre l’exemple des préjudices moraux, les différents
types d’accusation ne se valent pas. Il aurait pu accorder un certain type
d’indemnisation aux victimes de détention provisoires abusives qui se feraient
libérés par une décision de non-lieu, un autre type d’indemnisation aux dites
victimes qui se feraient libérés par une décision de relax et aussi pour ceux qui
se feraient libérés par un acquittement. Cette mesure se comprend car toutes ces
différentes détentions ne se valent pas.
Avoir subi une fausse accusation de meurtre n’équivaut pas à la même peine
que de se faire accuser d’un simple vol par exemple. De même se présenter à
une audience de cession criminelle en tant qu’accusé, ne suscite pas le même
gène que le fait de se présenter à une audience correctionnelle en tant que simple
voleur.
Il en est de même pour les délais de détention qui ne sont pas les mêmes dans
tous les cas. Les délais de détention diffèrent en fonction de l’infraction
commise. Le délai de détention que doit subir une personne soupçonnée d’un
délit, n’est pas le même que celui qui est soupçonné d’avoir commis un crime191.
Au Bénin, en matière correctionnelle, lorsque le maximum de la peine prévue
par la loi est inférieur à deux (02) ans, d’emprisonnement, l’inculpé domicilié en
République du Bénin, ne peut être détenu plus de quarante-cinq (45) jours après
sa première comparution devant le juge d’instruction ou devant le procureur de
la République en cas de flagrant délit s’il n’a pas déjà été condamné pour crime
ou délit de droit commun en matière correctionnelle192. Il en est de même pour
191
Art 147 de la loi n° 2020-23 du 29 septembre 2020 modifiant et complétant la loi n° 2012-15 du 18 Mars
2013, modifiée, portant CPP en République du Bénin
192
Idem
52 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
les personnes qui sont abusivement détenus alors qu’ils sont dans une condition
très défavorable. C’est le cas des femmes enceinte ; des vielles personnes et des
enfants.
Outre l’inexistence de texte pouvant définir le barème d’indemnisation, nous
avons également l’inexistence de texte définissant le régime juridique des ayants
droit.
B – L’inexistence de texte définissant le régime juridique des ayants droit
Aucune législation béninoise n’a pu définir en tant que tel le régime juridique
des ayants droit des victimes de la détention provisoire abusive. En réalité les
parents d’un détenu subissent parfois même plus de peine que le détenu lui-
même. Mais il ne s’agira pas de plaider une indemnisation propre de ces derniers
mais plutôt de plaider à que le dû au parent décédé soit versé à ces derniers.
Si on doit se baser sur les dispositions de l’article 206, comme dit plus haut,
on ne peut qu’affirmer sous réserve. Cette disposition de même que celles qui la
suivent ne permettent pas de savoir ce que le législateur béninois entend
réellement faire de ces ayants droit. En se penchant vers le code civil français
applicable au Bénin, on pourrait affirmer que les ayants droit peuvent demander
l’indemnisation. Mais reste à savoir si les ayants droit doivent déclencher ou
juste poursuivre une procédure déjà ouverte par le de cujus. En effet vu que la
personne abusivement détenue de son vivant n’a pas manifesté son désir auprès
d’une juridiction dans le but de se faire indemniser, il peut arriver à ce que les
ayants droits soient débouté en leur action sous prétexte que ce dernier se serait
de son vivant manifesté s’il voulait vraiment d’une réparation. Dans la majorité
des cas, les personnes qui se font détenues laissent derrière eux un ou une
conjointe, des enfants qui ne peuvent pas avoir la chance d’aller à l’école à
cause de la mort de leur parent causée par la dite détention et peuvent facilement
s’adonner à la délinquance. De même que des parents qui n’arrivent plus à
53 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
subsister convenablement à leur besoins comme du vivant de la victime Il est
inacceptable que le législateur n’ait pas prévu une disposition exprès et bien
précise pour encadrer le sort de ces derniers au cas où le parent serait décédé à
l’issue de la procédure d’indemnisation même si nous savons très bien qu’une
atteinte aux droits fondamentaux, est par nature irréparable193.
Paradoxalement quand on parle de la détention surtout dans un sujet portant
sur les erreurs judiciaires, l’on a tendance à ne penser qu’à la seule intervention
financière résultant de l’erreur judiciaire ce qui n’est pas pour autant faux194.
Mais dans la réalité, la réparation qu’on ne saurait confondre, ni assimiler à la
seule indemnisation englobe également une autre dimension : la restauration195.
Il est beaucoup injuste de ne pas tout au moins penser aux enfants malgré leur
vulnérabilité et toutes les protections dont ils ont droit en tant que mineur après
la mort, par outre passement de la justice, de la personne qui constitue en réalité
leur espoir de s’en sortir. Récemment au bénin, le gouvernement a été invité à
s’exprimer au parlement sur les décès enregistrés des détenus dans les milieux
d’incarcération. En effet, l’amnistie international a communiqué un décès total
de quarante te six (46) détenus dans quatre (04) prisons béninoises196.
Selon l’ONG, les détenus sont enfermés dans des cellules surpeuplées et sales
par de fortes chaleurs et se voient refuser des soins de santé197. Ces différentes
études, témoignent de la mort que peut également connaitre la victime de la
détention provisoire abusive, juste après sa libération. Il est donc urgent de
mettre dans le CPP en vigueur au Bénin, un accent sur ces différents cas sus
énumérés.
193
Moktar ADAMOU, op. cit, p. 283.
194
Idem
195
Idem
196
L’investigateur, [Link]/s?d=6900450999594513613&extra consulté le 2 Octobre 2024 à 10 :05
197
Idem
54 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
SECTION 2 : Les faiblesses institutionnelles
Le mécanisme de détention provisoire abusive au Bénin ne connait pas des
faiblesses à cause uniquement des défauts juridiques. S’il connait des faiblesses,
c’est aussi la faute au mode de fonctionnement des institutions prévues pour
connaitre de ces cas de détention provisoire abusive. Hormis donc les carences
législatives et d’autres dispositions qui peuvent pratiquement rendre impossible
l’indemnisation de la victime devant la commission d’indemnisation, on note
également des faiblesses issues de la commission (paragraphe 1) et les faiblesses
procédurales (paragraphe 2).
PARAGRAPHE 1 : Les faiblesses issues de la commission
Afin d’organiser l’indemnisation de la détention provisoire abusive en
République du Bénin, le législateur béninois a prévu une commission qui aura
pour but d’ordonner l’indemnisation ou non de la victime de la détention
provisoire abusive en vérifiant si l’intéressé a respecté ou pas les conditions
fixées par le législateur. Mais nous notons à cette date, un quasi inexistence de la
commission d’indemnisation (A) prévue par le législateur lui-même malgré la
forte présence des membres de l’État dans la commission (B).
A- La quasi inexistence de la commission d’indemnisation
Au Bénin, la commission qui doit analyser si les conditions de la victime de la
détention provisoire, obéissent ou non aux conditions prévues par l’article 206
du CPP en vigueur au Bénin, n’a pas encore vu le jour198. Bien que le législateur
l’ait prévu il y a longtemps, aucune victime n’a pu bénéficier de cette indemnité
justement à cause de son inexistence.
198
Roine Lesly NGMBALI, [Link]., p. 8.
55 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
En France, vu qu’il appartient au premier président de la cour d’appel dans le
ressort de laquelle a été prononcée la décision de non-lieu, de relax ou
d’acquittement, d’allouer la réparation199 avant que la commission ne soit saisie
après insatisfaction d’une partie200, il reste à noter que la France à cette date a
déjà bon nombre de victime indemnisés. En 2002, en France, un montant moyen
de vingt-six million (26.000) euros a été versé à ces victimes. Cinq cent
quarante-sept (547) personnes ont fait la demande de réparation pour de
détention provisoire abusive. Cinquante et deux (52%) ont pour origine une
relaxe, trente et un (31%) un non-lieu et dix-sept (17%) un acquittement201.
En fin 2021, quatre-vingt et six (86%) des personnes ayant fait une demande
ont eu gain de cause. Ce qui correspond à un montant de 11,2 millions d’euros,
soit un montant de 25.000 euros par dossier.202 Ce qui équivaut à un montant de
seize millions neuf cent (16.900.000) FCFA. Au Cameroun, Il y a aussi déjà la
mise sur pied de la commission même si jusqu’en 2021, seulement que cent
douze (112) dossiers ont étés enregistrés par le greffe de la commission203.
De plus il y a de forte chance que la commission dont parle le législateur ait
pour siège la Cour suprême. Par contre au Bénin, il existe une seule Cour
suprême et 12 départements. Ce qui voudra dire que lorsqu’une personne se
trouvant par exemple à Parakou, subit une détention provisoire abusive, il doit
aller jusqu’à Porto-Novo pour se présenter à chaque fois qu’il y aurait audience.
Il est sans doute que la victime au bout d’un certain temps va se décourager et
donc abandonner la procédure.
À supposer que la commission existe, sa décision est rendue en chambre du
conseil204. Cela voudra donc dire que la décision que doit rendre la commission
d’indemnisation ne serait pas publiée. Or l’art 11 de la DUDH énonce le
199
Art 149-2 du CPP Français
200
Art 149-3 du CPP Français
201
Ministère de la justice, .[Link]/detention-provisoire-tort , consulté le 2 octobre 2024 à 14 :05
202
Idem
203
6e Rapport thématique de 2021 de la commission des droits de l’Homme du Cameroun relatif à
l’indemnisation des victimes de détention provisoires et des gardes à vue abusives, p. 2.
204
Art 210 de la loi n° 2020-23 du 29 septembre 2020 modifiant et complétant la loi n° 2012-15 du 18 Mars
2013, modifiée, portant CPP en République du Bénin
56 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
principe selon lequel la décision issue d’un tribunal soit rendue publiquement.
L’innocence d’une personne encore plus d’une personne victime à tort d’une
détention provisoire, doit être proclamé avec force. Par ailleurs les décisions de
la commission font l’objet d’appel devant la chambre judiciaire de la cour
suprême. Or il existe comme dit tantôt une seule cour suprême au Bénin.
Prévoir donc que c’est seulement cette juridiction qui aurait compétence à
connaitre en la matière, risque de donner naissance à des décisions tardives. En
effet bon nombre de personne se font libérées dans les douze (12) départements
du Bénin par les juges au parquet comme en audience après avoir passé des
jours en excès en détention provisoire. Si toutes ces personnes doivent
poursuivre l’indemnisation devant cette seule juridiction, elles risquent d’être
présentées à un juge tardivement. C’est d’ailleurs ce qui pousserait la victime de
la détention provisoire à ne plus vouloir se faire indemniser. Au-delà de la
commission d’indemnisation qui n’existe pas jusqu’à ce jour, on note au sein du
CPP une forte présence des membres de l’État dans ladite commission.
B - La forte présence des membres de l’État dans la commission
Lorsque la commission statut sur les demandes dirigées contre les magistrats,
elle est composée d’un conseil de la cour suprême dont les membres sont un
magistrat de la cour d’appel concernée, un représentant du ministère en charge
de la fonction publique et un représentant du ministère en charge des finances et
enfin le bâtonnier de l’ordre des avocats ou son représentant205. Il ressort que la
commission compose deux (02) membres de l’État ce qui pourrait constituer un
obstacle pour la crédibilité de sa décision. Toutefois la séparation du pouvoir
législatif, exécutif, judiciaire est un principe fondamental. Élaboré par J. Locke
et Montesquieu206, la théorie de la séparation des pouvoirs vise à séparer les
différentes fonctions de l’État, dans le but de limiter l’arbitraire et d’empêcher
205
Art 209 de la loi n° 2020-23 du 29 septembre 2020 modifiant et complétant la loi n° 2012-15 du 18 Mars
2013, modifiée, portant CPP en République du Bénin
57 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
les abus qui naissent de l’exercice de la mission souveraine. La théorie de
séparation des pouvoirs plaide à ce que chacun des pouvoirs soient exercée par
des organes distincts et indépendants les uns des autres. Le pouvoir législatif
doit être exercé par l’assemblé national, le pouvoir exécutif par le chef de l’État
et le pouvoir judiciaire par les juridictions. Pour qu’on ne puisse abuser du
pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arête le pouvoir
disait Montesquieu. Par cette citation, Montesquieu plaide à ce que le pouvoir
soit organisé de telle sorte à comprendre en lui-même ses propres gardes fous
pour favoriser un juste équilibre dans l’expression des différents pouvoirs. La
séparation des pouvoir est sans l’ombre d’un doute l’un des fondements
principaux des démocraties contemporaines. Ainsi en n France, c’est le premier
président de la cour suprême qui est saisi en premier pour l’indemnisation 207. De
même la commission qui connait du recours après insatisfaction de l’une des
parties de la décision émanant du premier président, est composé uniquement
des membres du corps judiciaire208. La composition dans la procédure étant donc
en France l’apanage du corps judiciaire, il est sans doute que les décisions
seraient équitables. Mise à part la forte présence des membres de l’Etat dans la
commission, il y a également les faiblesses qui sont attachées à la procédure.
PARAGRAPHE 2 : Les faiblesses procédurales
Deux faiblesses attirent plus l’attention au niveau de la procédure
d’indemnisation en République du Bénin hormis le fait que la décision de la
commission doit être rendue en chambre de conseil d’où clandestinement et non
publiquement comme le souhaite l’article 7 de la Déclaration universelle des
207
Art 149-1 du CPP Français
208
Art 149-3 du CPP Français
58 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
droits de l’Homme209 et l’appel qui doit se faire devant la chambre judiciaire de
la cour suprême210 qui nécessite un conseil.
La première faiblesse reste liée au délai d’action très court (A) qui peut
facilement faire perdre à la victime de la détention provisoire ses chances à être
indemnisé malgré la longueur de la procédure (B).
A – La lourdeur de la procédure
La procédure en indemnisation de la détention provisoire peut être au Bénin
qualifié de lourde pour deux raisons : d’abord à cause de l’application devant la
commission d’indemnisation des procédures applicables devant la chambre
judiciaire de la cour suprême211 ensuite de l’appel qui doit se faire devant la
chambre judiciaire de la cour suprême212. En effet ce qui marque plus la
procédure devant la chambre judiciaire de la cour suprême est la constitution
d’avocat213. Faire comprendre à une victime de détention provisoire abusive
qu’il doit forcément constituer un conseil malgré l’indemnisation qui n’est pas
garantie, suffit déjà pour lui faire changer d’avis. Les frais d’honoraire des
avocats sont très énormes à payer pour finir par ne pas, être dédommagé.
En cas d’insatisfaction de la décision par la victime, celle-ci peut saisir la
chambre judiciaire de la cour suprême. Alors que pour saisir la chambre
judiciaire de la cour suprême, le demandeur c’est-à-dire la victime de la
détention provisoire abusive, est tenu, sous peine de déchéance, de consigner au
greffe de la cour, une somme de quinze mille francs dans le délai de 15 jours à
compter de la mise en demeure qui lui sera faite par la lettre recommandée avec
209
En effet la justice ne doit pas être rendue clandestinement afin d’éviter des soupçons sur sa partialité
210
Art 210 de la loi n° 2020-23 du 29 septembre 2020 modifiant et complétant la loi n° 2012-15 du 18 Mars
2013, modifiée, portant CPP en République du Bénin
211
Art 210 al 2 de la loi n° 2020-23 du 29 septembre 2020 modifiant et complétant la loi n° 2012-15 du 18 Mars
2013, modifiée, portant CPP en République du Bénin
212
Art 210 al 3 de la loi n° 2020-23 du 29 septembre 2020 modifiant et complétant la loi n° 2012-15 du 18 Mars
2013, modifiée, portant CPP en République du Bénin
213
Art 920 de la loi n° 2016-16 modifiant et complétant la loi N° 2008-07 du 28 février 2011 portant CPCCSAC
en République du Bénin
59 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
demande d’avis de réception ou la notification administrative, sauf s’il fait une
demande d’assistance judiciaire dans le même délai214. Le même article prévoit
que la consignation de cette somme est justifiée par la production d’un récépissé
de versement et qu’en cas de rejet, la somme est restituée. Ces différentes
procédures constituent, une véritable lourdeur pour la victime. Outre la lourdeur,
on note aussi la longueur de la procédure.
B – La longueur de la procédure
Il est vrai que la possibilité de plusieurs recours contre la décision de la
commission d’indemnisation peut être profitable à la victime de la détention
provisoire abusive mais le contraire l’arrangerait encore plus. Le
raccourcissement de la procédure l’arrangerait plus dans la mesure où elle lui
permettrait de non seulement rentrer vite en procession des indemnités mais
également ne pas la décourager lors de la procédure au point de lui faire
abandonner la procédure. Il n’est pas question de décrier le nombre de degré de
juridiction. Mais plutôt de décrier la longueur de la procédure que ce soit avec
l’existence seule de la commission ou le contraire. En France la procédure est de
deux (02) recours. Le premier recours étant la saisine sur requête, du premier
président de la cour d’appel dans un délai de six (06) mois de la décision de non-
lieu, de relaxe ou d’acquittement devenue définitive215 et le deuxième, le recours
à la commission nationale de réparation des détentions dans les dix (10) jours
qui suivent la notification de la décision216. Le législateur français a fixé le délai
d’appel sur 10 jours à compter de la date de notification de la décision du
premier président de la cour d’appel217. Au Bénin par contre les délais d’appel
prévu sont ceux prévus pour le pouvoir en matière civile.
214
Art 931 de la loi no 2008-07 du 28 Février 2011 portant CPCCSAC en République du Bénin
215
Art 149-2 du CPP Français
216
Art 149-3 du CPP Français
217
Art 149-3 CPP Français
60 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
En matière civile, le délai pour le pouvoir en cassation est de trois (03) mois à
compter du prononcé de la décision contradictoire218. La victime déclarée
indemnisable par la commission d’indemnisation doit donc attendre trois (03)
mois avant que la décision issue de la commission ne soit exécutable alors qu’en
France, dix (10) jours suffisent pour que les voix de recours soient éteintes et
pour que la décision ait la valeur de la chose jugée. Toutefois ces différents
affaiblissements ne sont pas insurmontables.
218
Art 923 de la loi no 2008-07 du 28 Février 2011 portant CPCCSAC en République du Bénin
61 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
CHAPITRE 2 : Un affaiblissement surmontable
Une solution à ces différentes difficultés énumérées plus haut sera l’objectif de
cette partie. Des solutions seront proposées afin de réaménager au Bénin, les
contours de ce mécanisme. D’autant plus que l’homme est lié, comme l’animal
par sa chaine, ‘on lie les bœufs par les cornes et les hommes par les paroles 219,et
que la prévention est l’arme du sage, il importe d’aborder les prémisses d’une
indemnisation effective (SECTION 1) de même que la pertinence d’un cadre
préventif efficiente (SECTION 2).
SECTION 1 : Les prémisses d’une indemnisation effective
Pour une indemnisation effective de la détention provisoire en République du
Bénin, des mesures plus efficaces doivent être adoptées. Cela doit passer par une
simplification de la procédure d’indemnisation (Paragraphe 1) et par
l’institutionnalisation effective de la commission d’indemnisation (Paragraphe
2).
PARAGRAPHE 1 : La simplification de la procédure d’indemnisation
Plutôt que de chercher à agrémenter et à complexifier, il est plus noble de
parvenir à l’excellence par les moyens simples et épurés220. Les règles du
mécanisme d’indemnisation doivent être simplifiées si l’on veut vraiment d’une
justice équitable. Comme dit plus haut, si l’indemnisation en République du
Bénin n’est pas effective, cela est dû à l’inexistence de la commission
d’indemnisation et le manque de vulgarisation du mécanisme d’indemnisation.
Ces deux remarques sont limitées à l’étape d’inexistence aujourd’hui de la
commission. S’il advient demain à ce que la commission soit sur pied, malgré la
219
Citation de Loysel auteur du XVIe siècle
220
Citation de Léonard de Vinci, .[Link]/ consulté le 4 septembre 2024 à 10 : 02
62 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
mise au courant de toutes les victimes, le même problème ne manquerait pas
d’exister d’autant que les textes en présence freinent aussi la réalisation de ce
vœu. Il importe à cet effet une demande en réécriture de certaines dispositions
déclenchants l’indemnisation (A) et le retrait des moyens de menace de l’État à
l’indemnisation (B).
A- La réécriture de certaines dispositions déclenchant l’indemnisation
Il est souhaitable que le législateur béninois rechange certaines expressions du
CPP afin que l’indemnisation soit une garantie pour la victime. Il ne s’agira pas
d’indemniser sur aucune base la victime mais plutôt de ne pas fixer des règles
inatteignables par cette dernière. Ces modifications passeront par l’article 206 et
207 du CPP. Ainsi, au lieu que l’article 206 du CPP dispose que : « toute
personne ayant fait l’objet d’une garde à vue ou d’une détention abusive peut,
lorsque la procédure aboutit à une décision de non-lieu de relaxe ou
d’acquittement passée en force de chose jugée obtenir une indemnisation si elle
établit qu’elle a subi du fait de sa détention ou garde à vue un préjudice actuel
d’une gravité particulière » ; il peut disposer que : « toute personne ayant fait
l’objet d’une garde à vue ou d’une détention abusive doit, lorsque la procédure
aboutit à une décision de non-lieu de relaxe ou d’acquittement passée en force
de chose jugée obtenir une indemnisation ».
Au sein de l’article 206 le souhait est non seulement le changement du verbe
pouvoir en devoir mais également la suppression de l’obligation d’un préjudice
actuel d’une gravité particulière. Il doit être d’une obligation pour l’État de
réparer les dommages causés par ses agents en matière de droits fondamentaux.
Et comme dit plus haut, on n’a pas à prouver après une détention provisoire
abusive, qu’on a subi un préjudice d’autant plus que ladite détention constitue en
elle seule déjà un préjudice.
Demande aurait pu aussi être faite dans le sens de la suppression au sein de
l’article en question de l’obligation d’une décision d’acquittement ; de relaxe ou
63 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
de non-lieu avant la demande d’une indemnisation d’autant puis qu’il y a des
inculpés qui sont toujours détenues au-delà de la période imposée par le
législateur. Est-ce à dire que ces derniers sont légalement détenus ? Mais là n’est
pas le problème. On ne peut pas dire qu’ils sont détenus légalement mais le
législateur béninois a prévu la déduction de leur temps passé en détention
provisoire dans la peine prononcée une fois le jugement déroulé. C’est justement
la raison pour laquelle l’État doit faire tout son possible pour arriver à vraiment
dédommager ces victimes une fois libérés.
Au niveau de l’article 207 du CPP au lieu de disposer que : « Constitue une
garde à vue ou une détention provisoire abusive au sens de l’article précédent, :
la violation par l’officier de police judiciaire des dispositions du présent code
relatives au délai de garde à vue ; la violation par le juge des libertés et de la
détention ou le procureur de la République des dispositions régissant le délai de
détention provisoire », l’article peut disposer que : « Constitue une garde à vue
ou une détention provisoire abusive au sens de l’article précédent la violation
par l’officier de police judiciaire des dispositions du présent code relatives au
délai de garde à vue ; la violation par le juge des libertés et de la détention ou le
procureur de la République ou encore le juge d’instruction des dispositions
régissant le délai de détention provisoire ». Le juge d’instruction participe
même plus à l’abus de la détention provisoire. Il n’apprécie pas la culpabilité du
suspect, ce qui appartient aux tribunaux, il apprécie uniquement la
vraisemblance de celle-ci221. Après la réécriture de ces dispositions, le retrait des
moyens de menace de l’État est aussi indispensable.
B - Le retrait des moyens de menace de l’État à l’indemnisation
Les moyens par lesquels l’État constitue une menace ici à l’indemnisation de
la victime de la détention provisoire sont de par sa vive présence dans la
221
CONTE (Philipe), L’apparence en matière pénale, Grenoble, 1984, p. 9
64 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
commission d’indemnisation et de par l’immunité d’exécution dont il bénéficie.
Le législateur béninois peut faire comme celui français où la commission
d’indemnisation est composée de que du corps judiciaires.
Donner la possibilité aux membres de l’État d’avoir une emprunte sur la
décision d’indemnisation, serait de ne pas mettre toutes les chances du côté de la
victime pour se faire indemniser. La commission doit être impartiale et ne doit
pas être dépendante d’une personne du pouvoir exécutif en premier au nom de la
séparation des pouvoirs. Une fois la commission débarrassée des différents
membres de l’État, la commission serait sans doute en mesure de pouvoir rendre
des décisions équitables.
En ce qui concerne l’immunité d’exécution, il ne va pas s’agir ici de
demander à ce que l’immunité d’exécution soit amputé à l’État en matière
d’indemnisation d’autant plus qu’effectivement ce sont des biens publics qui
sont sacrés. Dans l'AU portant organisation des procédures simplifiées de
recouvrement et des voies d’exécution, il est bien vrai que la procédure a été
renforcée dans l’intérêt de la victime mais le législateur OHADA n’est pas allé
au bout de la procédure. Il appartient alors à l’État béninois lui-même de prendre
toutes les dispositions utiles pour la mise en œuvre effective de cette innovation
communautaire qui vient tempérer l’immunité d’exécution dont bénéficiait
l’État. Il importe de même d’obliger l’État à poursuivre effectivement l’agent
fautif comme le voudrait le législateur béninois. Ce serait un grand pas dans la
lutte contre l’impunité vu que l’État n’arrive pas à effectivement intenter
l’action récursoire prévue par le législateur. Si l’État arrive à effectivement
poursuivre l’agent en question, il peut arriver à ce qu’à l’issue de l’action
récursoire, l’agent soit condamné à une amande. Il serait probable que le salaire
du magistrat ne permette un tel paiement. Mais ce ne serait pas à lui de payer
directement. Les amandes seraient plutôt payées par une société d’assurance
auxquelles vont souscrire tous les magistrats du Bénin. Les cotisations seraient
effectuées de leur salaire mensuel. Au cas où durant la fonction d’un magistrat
65 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
celui-ci n’aurait fait aucune victime, toutes ces cotisations lui seraient versées à
sa retraite. Mais au cas où tout le temps passé en fonction celui-ci aurait fait bon
nombre de victime en la matière, il ne bénéficierait d’aucun retour de ses
cotisations. On considèrerait les cotisations comme étant les moyens ayant
servis à réparer ses torts. Il s’ensuit de même l’institutionnalisation effective de
la commission d’indemnisation.
PARAGRAPHE 2 : L’institutionnalisation effective de la commission
d’indemnisation
Pour que la commission soit mise sur pied et que les victimes arrivent à
réellement être indemnisées, une réorganisation quasi moderne de la
commission (A) est nécessaire de même qu’un nouveau mode de
fonctionnement de la commission (B).
A – La réorganisation quasi moderne de la commission
La commission pour être bien constitué, comme dit plus haut ne doit pas en
tout premier lieu, comporter les membres de l’État. Sa composition doit pouvoir
témoigner de son impartialité. Il est clair qu’avec la présente composition de la
commission, celle-ci ne soit point impartiale dans ses décisions.
En deuxième lieu, il faudrait un plus grand nombre de personnes au sein d’une
telle commission. Il n’est pas sans savoir qu’il s’agit d’apprécier si le juge des
libertés et de la détention ou le procureur de la république a commis une faute.
Ainsi il conviendrait que d’autres personnes fassent partie de cette commission,
tels que d’autres professionnels du droit, pourquoi pas des citoyens ayant été
victimes d’erreurs judiciaires.
Il ne s’agit pas de voir engager systématiquement la responsabilité des juges
pour un oui ou pour un non. La Commission précitée doit être élargie pour plus
66 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
de crédibilité et d’indépendance. D’autant plus qu’il serait difficile d’expliquer à
une personne qui a passé des années indues derrière les barreaux que les
personnes qui l’ont injustement amené continuent d’exercer paisiblement leur
fonction.
En troisième lieu, le législateur béninois doit préciser où est-ce que la
commission doit siéger. À lire l’article 210 du CPP en vigueur au Bénin, il y a
de forte chance que celle-ci soit prévue siéger à la cour suprême. La commission
ne doit en aucun cas siéger à la cour suprême pour faciliter la tâche aux
victimes. Ainsi au lieu que le législateur fasse siéger la commission uniquement
au niveau de la cour suprême, il devrait créer une loi pour préciser les différents
sièges de la commission. Pourquoi ne pas créer des démembrements régionaux
de la commission auprès de chaque cour d’appel comme dans le cas des
tribunaux administratifs. Outre la réorganisation de la commission
d’indemnisation, celle-ci doit de même avoir un autre mode de fonctionner.
B – Le mode de fonctionnement de la commission
Pour ce qui relève du mode de fonctionnement de la commission
d’indemnisation, le législateur aura deux (02) choix. Soit il fait en sorte que ce
soit uniquement la commission qui existe puis connait du dossier en premier et
en dernier ressort, soit il décide à ce que la commission puisse exister et soit un
deuxième recours après la saisine du président de la cour d’appel mais tout ceci
dans un délai raisonnable. Dans le premier cas, il est clair que la procédure ira
très vite. Et vu la composition de la commission qui serait désormais exempte
des membres de l’État, sa composition jouerait beaucoup sur la qualité de la
décision. Dans le deuxième cas, la commission d’indemnisation de la détention
provisoire abusive au Bénin doit comme la France, être saisie en deuxième
ressort et non premier comme voulu par le législateur béninois 222. Avant que la
222
Art 207 de la loi n° 2020-23 du 29 septembre 2020 modifiant et complétant la loi n° 2012-15 du 18 Mars
2013, modifiée, portant CPP en République du Bénin
67 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
commission ne soit saisie, il faudrait que la victime au préalable puisse saisir le
président de la cour d’appel du tribunal qui a rendu la décision de non-lieu
d’acquittement ou de relaxe.
Une fois la commission considérée comme voulu en tant que juridiction de
deuxième ressort pour connaitre des appels de la décision du président de la cour
d’appel, elle ne doit pas statuer en chambre de conseil. Elle doit plutôt statuer
publiquement pour que l’innocence de la victime de la détention provisoire
abusive soit connue publiquement. À prendre l’exemple des cas de détention
provisoire qui se font médiatiser, il est clair qu’une telle procédure223
n’arrangerait pas la victime de la détention provisoire abusive. La commission
doit statuer publiquement pour que ce dernier soit effacé dans la mémoire des
témoins de sa détention comme infracteur. Non seulement la commission doit
statuer publiquement comme le voudrait l’article 7 de la Déclaration Universelle
des droits de l’Homme mais également sa décision doit faire l’objet de publicité
à la charge de l’État. De même elle doit être saisie dans les plus brefs délais pour
que la procédure soit vite terminée. La commission doit avoir pour rôle de
connaitre des décisions issues du président de la cour d’appel dont le rôle serait
de connaitre en premier ressort les cas de détention provisoire abusive. Il est
bien vrai qu’une amélioration des dispositions existantes en République du
Bénin arrangerait plus la victime de la détention provisoire abusive mais il est
sans l’ombre d’un doute que demander à un détenu de choisir entre sa liberté et
les indemnités à percevoir une fois libéré, ce dernier choisirait la première
option. Il serait donc plus louable de limiter voir de rendre inexistant les cas de
détention provisoire abusive d’où la pertinence d’un cadre préventif efficiente.
223
La procédure qui fait statuer en chambre de conseil
68 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
SECTION 2 : La pertinence d’un cadre préventif efficient
À ce niveau on pourrait bien mettre en avant comme meilleur moyen, de
prévention des cas d’indemnisation des victimes de la détention provisoire
abusive, les alternatives à la détention provisoire qui ne sont rien d’autre que le
contrôle judiciaire et la consignation vu que c’est de la détention provisoire que
découle un abus. Si donc personne n’est détenu avant sa condamnation, en
aucun cas il ne s’agirait de dédommager qui que ce soit pour détention
provisoire abusive. Mais cela serait moins envisageable par le législateur vu que
la bonne foi des présumés serait mise en question. Dans la mesure où jamais une
telle doléance ne saurait être toléré et que le législateur ferait quotidiennement
recours à la détention provisoire et jusqu’à en abuser, il serait mieux d’espérer la
vulgarisation permanente du droit à indemnisation (Paragraphe 1) de même que
la création d’une commission de suivi de la détention provisoire (Paragraphe 2).
PARAGRAPHE 1 : La vulgarisation permanente du droit à indemnisation
Sans engager la responsabilité du législateur, il se trouve que neuf (09)
justiciables sur dix (10) c’est-à-dire la quasi-totalité des Béninois, ne
connaissent pas cette loi.
Le droit à indemnisation serait plus réclamé si elle était tout le temps mis à la
connaissance de la population. Pour ce fait, la vulgarisation doit cibler toutes les
classes sociales qui existent dans la société afin de trouver les expressions pour
chaque niveau d’éducation reçu de chaque individu. L’État doit mettre en place
des acteurs dont le rôle serait de mettre en savoir ces derniers. Il s’agira de faire
en sorte que la population ainsi que les personnes qui pratiquent le droit soient
au courant d’une telle indemnisation. Cette vulgarisation consistera à donner
surtout une éducation élémentaire aux personnes qui n’ont pas eu la chance de
faire des études juridiques, alors qu’il importe que ces connaissances ne leur
restent pas étrangères. Pour ce fait il sera question d’une vulgarisation vis-à-vis
69 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
des usagers de la justice (A) et d’une vulgarisation vis-à-vis des praticiens du
droit (B).
A – La vulgarisation vis-à-vis des usagers de la justice
Les usagers de la justice doivent nécessairement connaitre l’existence de
l’indemnisation qui leur est dû, une fois détenu abusivement. Il n’est pas sans
savoir que le CPP a pour rôle d’indiquer les mesures à prendre de même que les
voies à suivre par un justiciable devant le juge. C’est pourquoi il est urgent à ce
que toute la population soit au courant du mécanisme. La complexité du langage
juridique engendre l’incompréhension et le désintérêt des populations vis à vis
des lois existantes. Ces derniers se sentent alors écarté et non concernés par les
différentes lois. Et pourtant la règle sociale a pour raison sociale dit-on. Le
premier principe selon lequel « nul n’est censé ignorer la loi », s’avère être bien
plus difficile bien qu’elle soit mise en valeur dans les cours magistraux. Seule la
vulgarisation aiderait à faire valoir ce droit. Il est donc important de vulgariser la
loi auprès de la population. Cette vulgarisation doit se faire dans la langue de
chaque région pour favoriser sa bonne compréhension. Ainsi, ils pourraient
comprendre l’enjeu de cette loi. L’accent doit être mis non seulement sur
l’existence de cette loi de même que les procédures à suivre par ces derniers en
cas de détention provisoire abusive. Ils doivent expliquer à ces derniers les
conditions dans lesquelles une personne abusivement détenue est passible
d’indemnisation. Ils doivent de même porter à la connaissance de ces derniers,
la procédure à suivre pour que ce droit puisse être effectif. Pour mener à bien
cette information, il serait aussi important de faire intervenir les journaux les
radios de même que les chaines de télévision sans oublier les acteurs de réseau
sociaux. Il inquiet de même à vulgarisation de la loi, vis-à-vis des praticiens du
droit.
70 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
B- La vulgarisation vis-à vis des praticiens du droit
Ce n’est pas seulement la population qui a besoin de ladite vulgarisation. Elle est
aussi nécessaire à tous ceux qui participent aux instances à savoir les greffiers,
magistrats et aussi les avocats. Ce n’est pas une manière de dire qu’ils ne
connaissent pas bien les lois. Vulgariser la loi auprès de ces derniers consistera à
ne pas leur faire oublier ce dit mécanisme. L’avocat auprès de qui la loi
d’indemnisation pour détention provisoire abusive est quotidiennement
vulgarisée, sera très vite en mesure de proposer à son client abusivement détenu,
de réclamer ses droits. Il lui permettra de plus, à faire respecter la procédure afin
que la victime ne soit pas déchue de son droit de se faire indemniser. Il en est de
même pour le magistrat auprès de qui ladite loi est vulgarisée. En réalité, il
appartient au juge de donner la décision suivant laquelle l’inculpé est mis en
relaxe ou acquitté. Le juge dans cette condition serait bien placé à faire savoir à
la victime de la détention provisoire qu’elle a le droit de faire une demande en
indemnisation auprès de telle juridiction et qu’il dispose de tel délai pour mettre
en place cette poursuite. Il en est ainsi pour le juge d’instruction qui peut aussi
dire à l’inculpé après avoir prononcé le non-lieu de l’affaire, qu’il dispose de ce
droit.
PARAGRAPHE 2 : L’urgent besoin de création d’une commission de suivi
de la détention provisoire
Pour pallier aux cas de détention provisoire abusive l’État doit pouvoir mettre
en place une commission qui serait chargée de suivre convenablement la durée
des détenus provisoire. Pour ce fait, sont déterminant, la composition de la
commission (A) de même que les attributions de commission (B).
71 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
A – La composition de la commission
La commission de suivi doit être constituée des membres capables de se
réunir au moins 3 fois par an pour l’accélération des contrôles. Les prisons et
maisons d’arrêt sont surpeuplées et méritent d’être libérés des détenus par abus.
Pour remédier à la surpopulation carcérale, les autorités béninoises avaient mis
en œuvre plusieurs mesures visant à créer de nouvelles places et à développer
des mesures alternatives à l’emprisonnement mais ils auraient pu aussi penser à
désengorger les prisons des détenus abusivement en créant ladite commission
pour veiller minutieusement sur ces cas.
À cet effet, plusieurs prisons ont été construites pour lutter contre la
surpopulation carcérale. La nouvelle prison d’Abomey-Calavi, d’une capacité
qui a permis avec sa capacité de mille (1000) places à désengorger la prison de
Cotonou, pendant qu’en juillet 2018 celle de Savalou a été mise en service.
D’autres prisons ont vu leur capacité d’accueil étendue comme les prisons
civiles de Ouidah et de Natitingou. La prison civile de Parakou a également a été
réaménagée. Mais comme dit plus haut, cette mesure serait plus efficace si le
gouvernement avait pensé à aussi instaurer une commission de suivi de
détention provisoire. Cette dite commission doit avoir une composition adéquate
pour vraiment pallier à ce phénomène. Tous comme l’ancienne commission224
de la France qui s’occupait du suivi de la détention provisoire abusive, la
commission doit composer deux représentants du parlement choisi par le
président de l’assemblé nationale, d’un magistrat de la cour suprême nommé
sur proposition du président de la cour suprême ; d’un professeur de droit ; d’un
avocat d’’un représentant d’un organisme judiciaire et tous les membres devront
être nommés sur une durée de trois ans par arrêté ministériel et le président de la
commission serait désigné entre eux. La commission doit siéger au ministère de
la justice.
224
La commission n’existe plus en France et son rôle a été dévolu aux services du ministère de la justice
72 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
B – Les attributions de la commission
Le rôle de la commission sera de limiter principalement les cas de détention
provisoire abusive. Il ne s’agit pas de ne pas placer en détention provisoire mais
plutôt que le détenu ne dépasse pas les délais de détention provisoire, prévus par
le législateur. Il est à noter que le phénomène surpopulation des milieux
carcérale au Bénin, s’explique non seulement par la lenteur administrative
notamment dans les cas de perte de dossier que par différents problèmes qui
minent l’environnement pénitencier béninoise225. L’article 147 du CPP précise
pourtant les délais de détention provisoire. Ainsi, la durée maximum de
détention est de 18 mois en matière délictuelle et une durée de 30 mois en
matière criminelle.
Le rôle de la commission serait de recueillir et d’analyser les données relatives
à la détention provisoire au Bénin. Elle sera chargée comme en France, de réunir
les données juridiques, statistiques et pénitentiaires concernant la détention
provisoire des étrangers ainsi que des béninois au Bénin. Une communication
des documents importants pour sa mission est nécessaire comme voulu par le
législateur Français226. Elle peut aussi procéder à des visites ou à des auditions
dans les maisons de détention afin d’analyser le bon fonctionnement des choses.
Elle doit aussi publier régulièrement un rapport qui présente les données
statistiques locales, nationales concernant la manière dont se font détenus les
inculpés ainsi que la présentation des différentes politiques mises en œuvre tout
comme la France227. Ledit rapport doit contenir aussi une synthèse des décisions
issues de la commission d’indemnisation de la détention provisoire abusive.
225
[Link], Détention provisoire au Bénin : des milliers de détenus en attente de leur procès,
.[Link]/detention-provisoire-abenides milliers-de-detenus-en attente-leur-proces/ consulté le 18 septembre
2024 à 12 :06
226
Loi n°2000_516 du 15 juin 2000 renforçant la protection de la présomption d’innocence et les droits des
victimes
227
Rapport de 2018
73 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
CONCLUSION GÉNÉRALE
Au demeurant, il est à retenir que le législateur béninois a procédé à une
énorme innovation face à la réparation des préjudices causés par les agents de
l’État et plus précisément rn matière de détention provisoire abusive. Ainsi il a
consacré un mécanisme d’indemnisation et prescrit à travers le CPP, les
conditions de fond pour que la victime soit déclarée indemnisable. Dans cette
hypothèse, seules les personnes ayant fait l’objet d’une détention provisoire
abusive peuvent lorsque la détention aboutit à une décision de non-lieu, de
relaxe ou d’acquittement passée en force de chose jugée, obtenir une
indemnisation, si elles établissent qu’elles ont subis du fait de la détention
provisoire un préjudice actuel d’une gravité particulière. Le législateur a aussi
précisé l’auteur de la réparation en désignant l’État comme civilement
responsable. Il a également pris la peine de donner la composition de l’organe
qui doit connaitre en premier ressort, ces cas d’indemnisation. Cet organe n’est
rien d’autre que la commission d’indemnisation prévue par l’article 209 du CPP.
Il n’a pas manqué de garantie aux parties le droit de saisir une juridiction
supérieure au cas où elles ne seraient pas satisfaites des décisions issues de la
commission.
Cependant, les conditions établies dans le but d’indemniser la victime sont à la
fois complexes et hors du bon sens. Le législateur a d’abord exigé que la victime
de la détention provisoire abusive prouve qu’il a subi un préjudice avant de
l’indemniser. Ensuite, il est resté complexe sur la notion de préjudice actuel
d’une gravité particulière. Il a de même manqué de prévoir dans toutes les
circonstances pouvant exister, de l’indemnisation. Le plus grave est
l’inexistence de la commission sensée indemnisé ces victimes sans oublier que
cette commission est énormément composée des membres de l’État. Ce qui ne
devrait pas être le cas au nom du principe de séparation des pouvoirs. Enfin il
reste à noter une lourdeur et une longueur de la procédure d’indemnisation. Cela
74 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
peut à tout moment décourager la victime en question. Ainsi, pour que
l’indemnisation de la détention provisoire abusive soit effective en République
du Bénin, l’État doit d’abord mettre sur pied la commission consacrée par le
législateur au Bénin. Ensuite, le législateur doit simplifier la procédure
d’indemnisation tout en réduisant non seulement ses exigences vis-à-vis de la
victime de ladite détention, mais également en éliminant les obstacles pouvant
empêcher l’indemnisation effective de cette dernière. S’il est de bon sens de
décerner contre quelqu’un un mandat de dépôt, sur un simple soupçon, il devrait
aussi être de bon sens de forcément le dédommager au cas où il n’aurait pas fait
ce pour quoi il a été abusivement détenu. De plus dès lors que la détention
provisoire qui consiste en une mise à l’écart de prévenu apparait comme la
solution parfaite et immédiate pour des mesures sécuritaire, l’indemnisation doit
aussi être la solution obligatoire dès lors que les droits du détenu sont violés.
75 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
BIBLIOGRAPHIE INDICATIVE
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1821, 1066 p
2. Édouard VERNY, Marie-Anne FRISON-ROCHE, Procédure
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Universitaires de France (PUF), 5ème Tirage, Paris, 2007, p. 2040.
4. Serge GUINCHARD et Thierry DEBARD, Lexique des termes juridiques,
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B. OUVRAGES SPECIAUX
1. Caroline ELIACHEFF, Daniel SOULEZ LARIVIERE, Le temps des
victimes, Paris : Albin Michel, 2007, 256, p.
2. Cashmir KOLONGELE EBERANDE, « Immunité d’exécution, obstacle à
l’exécution forcée en droit OHADA contre les entreprises et
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3. Jean-Luc DOMENECH, "Victime et sanction pénale. La participation de
la victime au procès", RPDP n° 3 septembre 2005, p. 600.
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République du Bénin : contribution et opinion du greffier, In
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76 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
C. ARTICLES
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juillet 2001 sur le 10e anniversaire de la loi du 9 juillet 1991 sur la réforme
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Techniques, 2002, pp. 61-69.
2. Patrice REVIRON, « L’incontournable unification de l’indemnisation des
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D- TEXTES JURIDIQUES
1. Loi n° 2020-23 du 29 septembre 2020 modifiant et complétant la loi n°
2012-15 du 18 Mars 2013 portant Code de Procédure Pénale en République
du Bénin.
2. Loi portant Code de Procédure Pénale Français
3. Loi N° 2021-13 du 20 décembre 2021 modifiant et complétant la loi n°
2002-07 du 24 août 2004 portant code des personnes et de la famille.
4. Loi n° 2015-08 portant code de l’enfant en République du Benin.
5. Code civil de 1804 dans sa version de 1958 applicable en République du
Bénin.
6. Loi N° 2008-07 du 28 février 2011 portant Code de Procédure Civile,
7. Commerciale, Sociale, Administrative et des Comptes du Bénin modifiée et
complétée par les lois n° 2016-16 du 28 juillet 2016 et 2020-08 du 23 Avril
2020 portant modernisation de la Justice.
E. JURISPRUDENCE
1. DCC 23-123 Du 13 Avril 2023
2. DCC 23-123 DU 13 Avril 2023 ; DCC 24-078 DU 16 Mai 2024 ; DCC 24
-024 DU 1er FEVRIER 2024
3. CNRD, 29 JUIN 2009 ; N°9C-RD.008, bull n° 3
77 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
4. CNRD, 18 JANVIER 2002, N°9C-RD.045, bull, n° 1
5. CNRD, 31 janvier 2003, n° 02-99.067, bull. n° 2
6. CNRD, 26 MARS 2007, N°6C-RD.06, bull. n° 2
7. CNRD, 12 octobre 200, n° 9 C-RD.017, bull. n° 5
8. CNRD, 17 NOVEMBRE 2008, n° 8C-RD.020, bull n° 6
9. Arrêt Blanco du 8 Février 1873
10. Arrêt Tomaso Grecco du 10 Février 1905
F. THESES ET MEMOIRES
1. Moktar ADAMOU, Les erreurs judiciaires en matière criminelle :
contribution à une réforme de la justice criminelle au Bénin et en France,
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2. Oumar KONE « Problématique de la détention provisoire », Diplôme de
criminologie Université Nancy ll.
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Calavi, 2014, 369 p.
4. Roine Lesly NGMBALI, « Mise en œuvre de la procédure d’indemnisation
en raison d’une détention provisoire ou d’une garde à vue abusive »,
Mémoire de fin de formation (cycle II), École Nationale d’Administration
et de Magistrature (ENAM), 2024, 358 p.
G. RAPPORTS ET COLLOQUES
1. Anne LEBORGNE, « Rapport introductif » Acte du colloque sur « Les
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GARNOT, Les victimes : les oubliés de l’histoire, Actes de colloque de
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78 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
3. Rapport thématique de la commission des droits de l’Homme du
Cameroun relatif à l’indemnisation
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rationalisation des privations indues de libertés », URL : [Link]/hal-
03356127 .
[Link], URL : [Link]
ame=4262&file=FrenchTranslation
79 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
TABLES DES MATIÈRES
AVERTISSEMENTDédicace.................................................................................................................................... 2
REMERCIEMENT ....................................................................................................................................... 4
SIGLES ET ABRÉVIATIONS .................................................................................................................................. 5
SOMMAIRE ............................................................................................................................................................. 6
INTRODUCTION .................................................................................................................................................... 7
PREMIRE PARTIE : UN MECANISME CONSACRÉ .......................................................................................... 13
CHAPITRE 1 : Une consécration légale avérée ................................................................................................... 14
SECTION 1 : L’existence d’un cadre légal d’indemnisation ................................................................................ 14
PARAGRAPHE 1 : Les critères d’admission au droit à indemnisation ................................................................ 14
A - L’obligation d’une décision de non-lieu, de relaxe ou d’acquittement définitive ............................................ 15
B - Les cas exclus du droit à réparation ................................................................................................................ 17
PARAGRAPHE 2 : L’établissement de la faute indemnisable .............................................................................. 20
A- La preuve d’un préjudice actuel d’une gravité particulière ............................................................................. 20
B - L’existence d’un lien de causalité entre le préjudice et la détention provisoire abusive ................................. 22
SECTION 2 : L’Existence d’un cadre institutionnel d’indemnisation ................................................................... 24
PARAGRAPHE 1 : La consécration d’une commission d’indemnisation ............................................................. 25
A- La composition de la commission ..................................................................................................................... 25
B - La procédure devant la commission ................................................................................................................ 26
PARAGRAPHE 2 : Les garanties procédurales devant la commission ................................................................. 28
A- La spécificité de la décision de la commission ................................................................................................. 28
B – La particularité de l’appel des décisions devant la chambre judiciaire près la Cour suprême ...................... 29
CHAPITRE II : Les parties à l’indemnisation ....................................................................................................... 32
SECTION 1 : Les débiteurs de l’indemnisation .................................................................................................... 32
PARAGRAPHE 1 : L’État comme personne civilement responsable .................................................................... 32
A – L’origine de la responsabilité ......................................................................................................................... 33
B – La portée juridique de la responsabilité ......................................................................................................... 34
PARAGRAPHE 2 : L’autorité judiciaire comme auteur d’acte fautif ................................................................... 36
A - L’irresponsabilité personnelle de l’agent fautif............................................................................................... 36
A- La possibilité d’une action récursoire de l’État ............................................................................................... 38
SECTION 2 : Les créanciers de l’indemnisation .................................................................................................. 39
PARAGRAPHE 1 : La victime de la détention provisoire abusive ........................................................................ 39
80 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
A- La possibilité de poursuite ................................................................................................................................ 40
B – La possibilité de dédommagement .................................................................................................................. 42
PARAGRAPHE 2 : Les ayants droit de la victime ................................................................................................ 43
A- L’improbabilité d’indemnisation face au silence du législateur béninois ........................................................ 43
B – La possibilité d’indemnisation face à la transmission des actions patrimoniales .......................................... 44
SECONDE PARTIE : UN MECANISME AFFAIBLI ............................................................................................ 47
CHAPITRE 1 : Un affaiblissement perceptible ..................................................................................................... 48
SECTION 1 : Les faiblesses juridiques du mécanisme .......................................................................................... 48
PARAGRAPHE 1 : Les soubassements préjudiciables des textes ......................................................................... 48
A – L’obligation d’une preuve de préjudice actuel ............................................................................................... 49
B - L’ambigüité du préjudice d’une gravité particulière ....................................................................................... 50
PARAGRAPHE 2 : La carence des textes législatifs ............................................................................................. 51
A – L’inexistence de texte définissant le barème d’indemnisation ........................................................................ 52
B – L’inexistence de texte définissant le régime juridique des ayants droit .......................................................... 53
SECTION 2 : Les faiblesses institutionnelles ........................................................................................................ 55
PARAGRAPHE 1 : Les faiblesses issues de la commission .................................................................................. 55
A- La quasi inexistence de la commission d’indemnisation .................................................................................. 55
B - La forte présence des membres de l’État dans la commission ......................................................................... 57
PARAGRAPHE 2 : Les faiblesses procédurales.................................................................................................... 58
A – La lourdeur de la procédure ........................................................................................................................... 59
B – La longueur de la procédure ........................................................................................................................... 60
CHAPITRE 2 : Un affaiblissement surmontable ................................................................................................... 62
SECTION 1 : Les prémisses d’une indemnisation effective .................................................................................. 62
PARAGRAPHE 1 : La simplification de la procédure d’indemnisation ............................................................... 62
A- La réécriture de certaines dispositions déclenchant l’indemnisation ............................................................... 63
B - Le retrait des moyens de menace de l’État à l’indemnisation ......................................................................... 64
PARAGRAPHE 2 : L’institutionnalisation effective de la commission d’indemnisation ...................................... 66
A – La réorganisation quasi moderne de la commission ....................................................................................... 66
B – Le mode de fonctionnement de la commission ................................................................................................ 67
SECTION 2 : La pertinence d’un cadre préventif efficient ................................................................................... 69
PARAGRAPHE 1 : La vulgarisation permanente du droit à indemnisation ..................................................... 69
A – La vulgarisation vis-à-vis des usagers de la justice ........................................................................................ 70
B- La vulgarisation vis-à vis des praticiens du droit ............................................................................................. 71
PARAGRAPHE 2 : L’urgent besoin de création d’une commission de suivi de la détention provisoire .............. 71
A – La composition de la commission ................................................................................................................... 72
81 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU
L’INDEMNISATION DE LA DÉTENTION PROVISOIRE ABUSIVE EN RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.
B – Les attributions de la commission ................................................................................................................... 73
CONCLUSION GÉNÉRALE ................................................................................................................................. 74
BIBLIOGRAPHIE INDICATIVE ........................................................................................................................... 76
TABLES DES MATIÈRES ..................................................................................................................................... 80
82 Réalisé par Djémilath Fifamè Dossi ZOSSOU